Avec beaucoup d’énergie et de finesse, LEE O’NELL se dévoile sur scène dans un set incandescent, où son Blues Rock donne toute sa puissance. La guitare est affûtée, les claviers scintillants, la rythmique d’un groove hyper-précis et la voix de Gipsy enveloppe de sa belle tessiture. Tout est en parfaite symbiose sur ce « Live », parfaitement capté et restitué sans fioriture avec une authenticité de chaque instant. Léger, jazzy, swing ou plus musclé, le registre du combo hexagonal fait des merveilles et nous emporte avec lui.
LEE O’NELL
« Live »
(Independant)
Après deux albums studio avec son Blues Gang, « Different Shades OF Love » (2020) et « This Is Us… » (2022), c’est avec une réalisation sobrement intitulée « Live » que Lionel Wernert, alias LEE O’NELL, fat son retour de très belle manière. Car le Blues Rock et le Blues plus largement, peut-être plus que d’autres registres qui misent dorénavant sur des shows exubérants plus préoccupés par l’image que la musique, se vit et se ressent en concert et face au public. Et en ce sens, le quintet vosgien ne triche pas et ses morceaux sont d’une sincérité sans faille.
Enregistré en octobre dernier à Vitry-le-François devant des spectateurs attentifs et enthousiastes, « Live » s’étend sur une petite heure, où l’on se délecte des multiples facettes de LEE O’NELL. Avec sa chanteuse Gipsy, ils forment un duo fusionnel, où le chant communique et répond aux assauts guitaristiques du principal compositeur de la formation. Cette dernière est d’ailleurs complétée avec beaucoup de talent par Pierre-Alain Delannoy (batterie), Phil Dandrimont (basse) et François Barisaux (claviers) dans une belle osmose.
Complices et complémentaires, les cinq musiciens manient puissance et délicatesse sur des titres très accrocheurs, dont l’objectif (atteint!) est d’abord de livrer beaucoup d’émotion (« Come What May », « Be A Man », « Different Shades Of Love », « Kiss Me Again », « Never Again », « Paradise Highway »). Et cerise sur le gâteau, on retrouve en toute fin le single « O Gimme Faith » qui, espérons-le, est le présage d’un beau troisième effort à venir. Avec ce « Live », LEE O’NELL est dans son élément, brillamment accompagné et avec une telle frontwoman, l’avenir s’annonce radieux.
En attendant l’arrivée d’un deuxième effort studio, EMERALD MOON nous fait patienter avec un album live de grande classe. Intenses de bout en bout, les 13 morceaux sont évidemment le reflet de sa courte discographie et la formation a même pimenté son set avec quelques belles surprises. Entre titres originaux et reprises électrisantes, on s’engouffre dans la chaleur des années 70 et un Rock/Hard intemporel aux contours bluesy, qui est très loin d’avoir livrer toutes ses saveurs. Le groupe prend toute sa dimension sur scène et on se délecte de cette atmosphère explosive et chaleureuse à la fois distillée sur ce magnifique « The Sky’s The Limit Tour 2025 ».
EMERALD MOON
« The Sky’s The Limit Tour 2025 »
(Independant)
Après la sortie d’un EP éponyme en octobre 2024, qui avait acté la naissance du groupe, puis un premier long format, « The Sky’s The Limit » en juin dernier qui a reçu un bel accueil, EMERALD MOON a logiquement pris la route pour défendre un Classic Rock original et actuel. Ce live est donc le témoignage de tout juste un an de travail et le moins que l’on puisse dire est que le combo est parfaitement rôdé. Pas surprenant qu’une telle cohésion fasse mouche lorsque l’on se penche sur le pedigree des cinq musiciens . L’expérience parle d’elle-même, ça ronronne et ça envoie du bois !
Enregistré en octobre dernier au Wood Stock Guitares devant un public aux anges, EMERALD MOON y présente bien sûr ses premières compositions avec une fougue et une assurance de vieux briscards. Ayant œuvré avec Laura Cox, Gaëlle Buswel, Jack Bon ou encore sur le projet United Guitars, ces amoureux de Rock 70’s aux saveurs Blues un brin Southern, et tirant sur un Hard Rock vintage, se font plaisir tout au long de ce concert et surtout, ils transmettent et partagent une énergie et une joie très communicative. Par ailleurs, la captation comme la prestation sont parfaites.
Avec sa magnétique frontwoman, le quintet se montre puissant et fait aussi preuve de beaucoup de délicatesse. De twin-guitars en riffs acérés, les solos virevoltent sur une rythmique millimétrée. Pour étoffer la tracklist, quelques covers savamment choisies nous font tendre l’oreille comme « Ramble On » et « Rock’n’Roll » de Led Zeppelin, « Nutbush Bush Limits » d’Ike et Tina Turner (1971), « Boys Are Back In Town » de Thin Lizzy ou encore « Stay With Me » (1973) de Faces, groupe fondé par Rod Steward et Ronnie Wood. Quelques pépites pour enrober un ensemble radieux !
Retrouvez l’interview du groupe à la sortie de son premier album :
Dix ans après sa création, SISKA prend un virage important dans sa courte carrière discographique. Avec « Broken Dreams », sa deuxième réalisation, il place la barre assez haut en se donnant les moyens de marquer les esprits. Doté d’une production massive et aérée et présentant une interprétation irréprochable, les Transalpins ont également un argument de poids, puisque c’est le chanteur Tim ‘Ripper’ Owens, qui vient apporter son expérience à la formation. Et si le pari est audacieux, le résultat est lui aussi convaincant.
SISKA
« Broken Dreams »
(Independant)
Fondé en 2015 du côté de Venise en Italie par le guitariste et compositeur Mattia Sisca, on peut dire que ce dernier ne manque pas de ténacité et encore moins de suite dans les idées. Après un premier effort sorti en 2018, « Romantic Dark & Violent », qui reçut un accueil assez confidentiel, le musicien est de retour avec un groupe solide. SISKA est donc un combo chevronné aguerri à la scène pour avoir ouvert pour de grands noms et c’est presque assez logiquement qu’il se présente avec un deuxième album à la hauteur de ses ambitions. Et c’est franchement réussi.
Et la première évidence qui atteste de cette reprise en main musclée est la présence au chant de Tim ‘Ripper’ Owens, homme de projet s’il en est. Lui qui a toujours gravité autour d’une sphère musicale proche de celle de Judas Priest, puisqu’il y a brièvement tenu le micro, ainsi qu’avec Iced Earth et aujourd’hui KK’s Priest, est loin d’être à contre-emploi avec SISKA. Un sacré pari aussi pour les Italiens et l’Américain trouve facilement ses marques et imprègne sa touche grâce à une voix vite identifiable. Pourtant, c’est surtout sa faculté d’adaptation qu’on saluera ici.
Pour l’aspect production, SISKA a carrément fait appel à Max Norman qui a rendu de belles copies pour Ozzy et Megadeth et qui assure le mix et le mastering de « Broken Dreams ». Musicalement, le quintet se présente avec un Heavy Metal assez classique et efficace. Construit sur une structure conceptuelle avec quelques passerelles instrumentales bien senties (« Last Days », « Daydream », « The Inexorable Passage Of Time »), et les morceaux puissants et accrocheurs ne manquent pas (« Gangster », « We’ll Return », « Lonely Tomb », « Thunderbird », « Mother Nature »). Une belle copie.
Du côté de Toulouse, la jeunesse a un œil dans le rétro, comme en témoigne DAMANTRA qui assume pleinement ce bond dans le temps. Après avoir arpenté de nombreuses scènes et s’être plié à l’exercice de l’EP à deux reprises, le groupe passe aujourd’hui à la vitesse supérieure de belle manière avec un premier album très réussi. Solide, organique et produit en interne, son Rock 70’s aux élans Psych et bluesy est plus que convaincant. Passant par toutes les émotions et multipliant les ambiances, « Better Off This Way » se termine sur les chapeaux de roue sans lever le pied et avec une intensité constante. Un premier effort complet qui vient confirmer l’ambition et les intentions du quatuor depuis ses débuts. Entretien avec quatre musiciens passionnés ayant fait de l’univers vintage leur propre terrain de jeu…
– Depuis « Jekyll & Hyde » en 2020, puis « Comet » en 2023 et aujourd’hui avec « Better Off This Way », il y a beaucoup de constance dans votre jeu, même si la production évolue, bien sûr. Est-ce qu’à la création de DAMANTRA, vous aviez déjà une idée très précise de votre ligne musicale ?
On se laisse toujours guider par la musique que l’on aime au moment de la création des morceaux. Alors naturellement, comme on évolue avec les années, notre musique aussi. On a composé les morceaux de « Jekyll And Hyde » avec un premier batteur beaucoup plus Metal dans son jeu et ses influences. Avec l’arrivée de Rémi (Fournier, NDR) aux baguettes, notre style s’est rapidement orienté vers un Rock plus rétro, en y ajoutant de nouveaux instruments plus ancrés dans les 70’s : clavier Moog, Orgue Hammond, Theremine…. Cependant, on a toujours été fans de Rival Sons et de Blues Pills, des groupes actuels pleinement inspirés par la Soul, le Blues et le Rock 70’s. Mais c’est vraiment sur ce nouvel album qu’elles sont pleinement assumées à la fois musicalement et visuellement.
– Même si la musique n’échappe aux phénomènes cycliques, qu’est-ce qui vous a poussé à construire un répertoire vintage 70’s, d’autant qu’aucun d’entre vous quatre n’a connu cette époque ?
On vient tous d’esthétiques musicales différentes, ce qui nous a permis de nous nourrir les uns les autres, et les années 70 nous ont paru comme une évidence en jouant ensemble. C’est d’ailleurs en poussant l’imagerie 60/70’s sur ce dernier album qu’on s’est rendu compte que nos grands-parents avaient bien la classe. Cette période est finalement la genèse de tous les styles de musique Rock qu’on apprécie. Les années 70 sont une époque fantasmée par ceux qui ne l’ont pas connue, et nostalgique pour ceux qui l’ont vécue. Elle est synonyme de bouleversement technologique, de conquête de l’espace, de pleine guerre froide, de pantalons patte d’eph et de la mode Space Age. C’est difficile de ne pas faire un parallèle avec les événements actuels : IA, retour sur la lune, situation géopolitique mondiale.
– Forcément dans ce registre précis, le son est essentiel, notamment son aspect organique. L’utilisation d’instruments vintage est aussi souvent de mise et j’ai même lu que vous aviez créé les vôtres. En quoi cette démarche a-t-elle constitué et comment vous y êtes-vous pris ?
On a tous essayé des instruments vintage qu’on n’avait clairement pas les moyens de se payer. On voulait pousser l’expérimentation au maximum, avec des sons toujours plus fuzzy, plus psychédéliques, et ça nous a paru comme une évidence de mettre la main à la pâte. Alors, on a appris l’électronique du son, la lutherie pour les nuls et on a commencé à se fabriquer des pédales d’effets, amplis dans de vieille radio TSF, guitares/basses et claviers. On a appris sur le tas grâce à des magazines spécialisés et Internet. On ne va pas se mentir, il y a eu quelques étincelles et des ratés avant d’avoir un premier résultat concluant. Mais, au final, tout ça fait qu’aujourd’hui, on joue sur du matos sur mesure, dont on est trop contents et qui suscite souvent la curiosité du public à nos concerts.
– « Better Off This Way » possède une production très soignée et nettement plus ample que celles de vos deux EPs. Et c’est d’ailleurs votre bassiste et claviériste Robin Fleutiaux qui a mixé l’album. Vous l’avez aussi enregistré au studio Capitole à Toulouse et quelque part dans les Pyrénées. C’est une démarche globale très DIY, qui va d’ailleurs jusqu’aux visuels. C’était essentiel pour vous de maîtriser chaque étape du processus ?
C’est justement tout le sens du nom de cet album « Better Off This Way », littéralement « C’est mieux comme ça ». On a voulu faire appel à un graphiste et un mixeur pour ce disque. Même si on a rencontré plusieurs personnes extraordinaires, on arrivait pas à faire retranscrire le son et l’image qu’on avait en tête. Alors, on s’est rendu compte qu’avec l’expérience des deux premiers EP, on avait toutes les compétences en interne pour arriver à un résultat qui nous corresponde. On a enregistré la batterie, une guitare et basse en live au Studio capitole. On était tous les quatre dans la même pièce, dans le grand studio et on a joué les dix morceaux en live pour capturer leur essence-même, à savoir des compos qui se vivent en concert. Les autres instruments (deuxième guitare, claviers, chants) ont été ajoutés à huis clos dans une maison dans les Pyrénées pour nous permettre de pousser la production à son maximum et de façon collégiale.
– D’ailleurs, là où vous surprenez un peu, c’est que vous avez fait appel à un directeur artistique, Nathan Bouschet, pour superviser l’album. Pour quelles raisons avez-vous pris cette décision ? Vous aviez besoin d’un regard extérieur, voire d’une aide supplémentaire, pour canaliser votre jeu ?
Contrairement aux deux premiers opus, qui ont été enregistrés après avoir éprouvé les morceaux en concert, les dix nouveaux morceaux de l’album ont été composés en cinq mois et n’ont jamais été joués en live avant l’enregistrement. C’était une période très dense et on avait besoin d’un regard extérieur pour suivre la ligne artistique qu’on s’était fixée. Nathan a poussé ces nouvelles compos à leur maximum, sans nous ménager, mais en étant toujours bienveillant.
– Avant « Better Off This Way », vous avez donc sorti deux EPs, et vous vous êtes également aguerris sur scène. C’était nécessaire, selon vous, avant de vous lancer dans la création d’un album de suivre ces passages presque initiatiques dans l’évolution d’un groupe, afin aussi d’avoir certaines garanties artistiques ?
On a fait plus de 100 concerts avant de se lancer dans la composition de cet album. Ces deux EPs et toutes ces dates nous ont confortés sur notre identité artistique. On a pu tester ce qui fonctionne en concert. De cette expérience, on a pu composer sereinement ces nouveaux morceaux qui ont justement vocation à se vivre en live. Car, on le redit, « Better Off This Way » a été composé et enregistré en quelques mois et aucun de ses morceaux n’ont été joués en concert avant l’enregistrement.
– Parmi les artistes qui résonnent à l’écoute de votre album, on pense à Rosalie Cunningham, Tora Daa, Ina Forsman et bien sûr Blues Pills. Est-ce que finalement l’essentiel de l’inspiration vintage ne viendrait-elle pas de l’actuelle génération, et par ailleurs d’une scène très nordique ?
Oui, c’est vrai que cette nouvelle génération de Rock à l’inspiration vintage nous touche particulièrement. Beaucoup viennent de Suède, mais on peut aussi citer Greta Van Fleet aux USA, Les Deuxluxes au Canada, Moundrag en France ou Dirty Sound Magnet en Suisse, qui apportent un vent de fraîcheur sur ce style.
– Enfin, votre Rock avec ses sonorités très diverses, tantôt douces ou plus musclées, possède aussi comme un fil rouge une saveur, même profonde, Soul, Bluesy et Psych, à l’instar de DeWolff également. Est-ce que DAMANTRA est en quête d’une certaine authenticité qui passe forcément par certains fondamentaux ?
Le Blues et la Soul ont toujours été, par essence, des musiques sincères et exutoires : c’était leur mantra. C’est sur un projet de Blues acoustique que Mélanie (Lesage, chant – NDR) et Virgile (Jennevin, guitare – NDR) ont joué ensemble pour la première fois. Ce sont forcément des styles qui ont bercé DAMANTRA dès sa création, tout en mêlant les influences diverses de chaque musicien, dont la Pop qui infuse le paysage musical depuis les Beatles jusqu’à nos jours.
Le premier album de DAMANTRA, « Better Off This Way », est disponible sur le site du groupe :www.damantra.fr
C’est avec beaucoup de caractère que les Hispaniques réapparaissent avec un nouvel effort plein de promesses. « Divine Power Flowing » est complet et distille un Heavy Metal qui ne vient pas révolutionner le genre, mais qui lui apporte beaucoup de fraîcheur. Plein de feeling sans être démonstratifs, les solos ponctuent des morceaux bien structurés et emmenés par des riffs entraînants. UNCHOSEN ONES peut paraître assez timoré de prime abord, mais il dévoile des arrangements très soignés et une assurance que l’on retrouve dans des mélodies raffinées.
UNCHOSEN ONES
« Divine Power Flowing »
(Blood Fire Death)
La scène espagnole se porte bien et ce ne sont pas les exemples qui manquent. Et si la plupart des groupes choisissent l’autoproduction, c’est une autre preuve de leur indépendance et c’est plutôt bon signe, compte tenu de l’état de l’industrie musicale actuelle. Originaire de Vigo, UNCHOSEN ONES avait fait irruption il y a trois ans avec « Sorrow Turns To Dust » et avait marqué les esprits grâce à une qualité indéniable, autant dans son contenu que dans sa production. Un son clair, un Heavy Metal classique, mais soutenu, la démarche est aussi simple qu’efficace.
Avec « Divine Power Flowing », le quintet confirme ses ambitions et il faut dire qu’avec de tels musiciens, UNCHOSEN ONES possède de solides atouts. Expérimentés, ils ont composé un deuxième album solide et massif, au point de flirter à l’occasion avec le Power Metal de manière très subtile. Le niveau technique est irréprochable, l’inspiration aussi et l’équilibre de cette nouvelle réalisation est inébranlable. Le duo guitare/claviers offre de belles combinaisons, tout en se répondant sans jamais empiéter sur le territoire de l’autre. Une belle complémentarité.
Au chant, Javier Calderón est à la fois fédérateur et musclé. Son approche personnelle guide UNCHOSEN ONES avec classe. Particulièrement véloce et précise, la rythmique est très en place et provoque des élans costauds, qui mettent parfaitement en relief des titres accrocheurs (« Idols & Kings », « The Void », « Cursed Without A Cause », « Wirlwind Saw », « Bloodborne », « Midnight Mass », « Death And Deliverance »). Ce deuxième opus des Galiciens montre une montée en puissance significative marquée par une profondeur éclatante.
Dans un décor de western, le frontman du combo Stoner Rock Appalooza se présente aux commandes d’un projet solo, dans lequel il avance sur des titres plus dépouillés et introspectifs. Avec un fond aux résonances tribales, « Shewolf » développe une partition narrative entre Desert Rock, Americana et Folk. L’imaginaire de WILDHORSE rappelle autant les Appalaches que le désert de Mojave, et il fait le lien avec beaucoup de justesse et de subtilité. Une évasion originale et très convaincante.
WILDHORSE
« Shewolf »
(Independant)
Quelques mois après la sortie de « The Emperor Of Loss », le quatrième album du groupe Appalooza, son chanteur et guitariste s’offre une petite escapade en solitaire. C’est d’ailleurs sous le nom qu’il emprunte aussi avec ses camarades qu’il se présente avec « Shewolf ». Certes, l’approche personnelle de WILDHORSE est bien différente du Heavy Stoner Rock auquel il nous habitué, mais les similitudes sont pourtant nombreuses. Le Breton, natif d’un bout du monde lui aussi, se tourne une fois encore vers le grand Ouest pour prendre sa source au-delà de l’Atlantique.
C’est presque naturellement que le songwriter passe du Stoner au Desert Rock sur « Shewolf ». Avec quelques éléments Dark Country et une base Folk, WILDHORSE dévoile une douceur qu’on ne lui connaissait pas. Dans son imaginaire et dans l’atmosphère aussi, il nous fait parcourir de grands espaces sur des textes intimistes. Dans l’intention, le musicien conserve un fond Rock même s’il s’en détache pour un environnement plus acoustique. La production du disque est également très organique, ce qui lui confère une proximité très immédiate et palpable.
Ici, la voix est plus légère, la guitare plus épurée aussi et quelques percussions discrètes accompagnent les morceaux. L’esprit très amérindien offre une ambiance, qui prend parfois des teintes shamaniques. WILDHORSE est hypnotique et très roots, et les chansons s’enchaînent à la manière d’un road-trip en pleine nature, loin de toute civilisation. Intense et viscéral, « Shewolf » déploie une énergie très sereine (« The Craven », « Fellow Travelers », « Run Baby Run », « The Wolf March », « The Bullet Was Never Used » et le morceau-titre). Une immersion très réussie.
Après dix ans d’activité et plusieurs changements de personnels, le désormais quatuor semble avoir trouvé la stabilité. En tout cas, c’est ce que laisse supposer « Square One », le deuxième album de la formation madrilène. Affichant une parfaite parité, elle passe sa première décennie avec sérénité et son Hard Rock, féroce et mélodique, a lui aussi trouvé un bel équilibre. Sur une production actuelle signée par son guitariste, les Espagnols gardent un pied dans un registre 80’s élancé et costaud. Puissant et accrocheur, ce nouvel opus s’offre aussi quelques saveurs Heavy que la polyvalence de sa frontwoman, Sele (Selene Perdiguero – NDR), met brillamment en lumière. Rencontre avec un chanteuse, qui incarne littéralement la force et la confiance qui unit le groupe.
– En 2020, RAVE IN FIRE a négocié un virage important avec les arrivées de Sara à la basse et la tienne, Selene, au chant, ce qui offre au groupe une parité totale. C’est un changement important. Etait-ce voulu, ou ne s’agit-il que d’un simple concours de circonstance ?
RAVE IN FIRE a eu un chanteur et un bassiste masculins par le passé, mais le groupe n’a jamais laissé le genre influencer le choix de ses membres. J’ai auditionné comme tout le monde et j’ai été sélectionnée. La décision reposait uniquement sur nos compétences et notre compatibilité. C’est pourquoi ils nous ont choisi Sara (Carretero, basse – NDR) et moi. Honnêtement, je suis vraiment fière de faire partie du groupe, non pas grâce au genre de qui que ce soit, mais parce que ce sont des musiciens exceptionnels et des personnes formidables.
– « Square One » est votre deuxième album et il marque aussi le départ de David Insua, votre ancien second guitariste. En évoluant à une seule guitare, l’objectif est-il de rééquilibrer le groupe et de gagner aussi peut-être en efficacité, car vous auriez pu lui trouver un remplaçant ?
Cette opinion est controversée. Mais nous y croyons fermement car, de nos jours, peu de groupes ont réellement besoin de deux guitares. Sur scène, elles passent 80% du temps à faire la même chose, ce qui brouille le son, surtout dans les petites salles. Pour qu’un groupe ait besoin de deux guitares, il faut qu’elles aient un son très clair et se complètent parfaitement. Rares sont les groupes qui y parviennent aujourd’hui. De plus, nous sommes un quatuor d’amis. Certains d’entre nous se connaissent depuis plus de dix ans. Il existe donc un lien fort entre nous et on se comprend très bien. Par ailleurs, le fait que Jonjo (Negrete – NDR) soit le seul guitariste lui a permis, à mon avis, de s’exprimer librement et de révéler sa facette la plus personnelle.
– Si « Square One » s’inscrit dans la continuité de « Sons Of A Lie » sorti en 2022, il est aussi plus mélodique, plus Hard Rock que Heavy Metal, et il distille quelques touches proches de l’AOR. RAVE IN FIRE a également gagné en dynamisme. Est-ce pour être au plus près de ta couleur vocale, ou est-ce quelque chose de mûrement réfléchi ?
Honnêtement, ce n’était pas prévu. On a simplement suivi les idées qui nous venaient. Je pense que « Square One » est le fruit de la passion de quatre mélomanes qui, pendant leur temps libre, aiment écouter toutes sortes de musique et cela se ressent naturellement dans le résultat final.
– Par ailleurs, RAVE IN FIRE affiche toujours une saveur très 80’s et renvoie à des albums de Lita Ford ou de Chastain avec Leather Leone. Ça, c’est l’aspect américain de ce qui ressort, mais vous vous revendiquez aussi légitimement de la scène espagnole. Quelles sont vos principales références, et surtout est-ce que cela se joue surtout dans l’approche plus que dans le son ?
Musicalement, nous nous sommes inspirés de groupes de Heavy Metal espagnols vétérans comme Barón Rojo et Obús, mais aussi de groupes locaux plus récents comme Witchtower, Leather Heart, Steelhorse ou Hitten.
– Il y a aussi quelque chose de sensuel dans la musique de RAVE IN FIRE, et pas seulement dans le chant, qui dénote du Metal Old School et même de certains groupes entièrement féminins. Comment faites-vous cet équilibre et est-ce aussi une façon de vous démarquer ?
Nous faisons de la musique, parce que nous y prenons plaisir et nous essayons de créer quelque chose qui nous touche profondément et qui vient du plus profond de nous-mêmes. Nous cherchons toujours à exprimer nos émotions tout en essayant de créer un lien avec le public. Aujourd’hui, avec la profusion de musique disponible, on ne cherche pas à plaire à tout le monde. Nous le faisons pour le simple plaisir, sans prétention. Et si nous plaisons, le plus important est que ce soit pour ce que nous sommes.
– Ce qu’il y a aussi de remarquable chez RAVE IN FIRE, c’est cette complicité, voire l’osmose, entre la batterie, les riffs et même les solos de guitare. Est-ce parce que ce sont les deux fondateurs du groupe, ou est-ce quelque chose qui est travaillé assidûment ?
Jonjo et Jimi (Jaime Susanna, batterie – NDR) sont sans aucun doute d’excellents musiciens, qui travaillent sans relâche. Mais je crois aussi que leur amitié contribue à créer cette synergie et cette compréhension mutuelle. S’ils n’étaient que musiciens dans le même groupe, ils accompliraient déjà des choses extraordinaires. Mais lorsqu’on se sent à l’aise dans un environnement créatif, on donne naturellement le meilleur de soi-même. Cela dit, rien de tout cela ne serait possible sans technique et professionnalisme. De manière générale, nous nous comprenons tous très bien musicalement.
– Vous avez aussi la particularité de vous occuper vous-mêmes de l’enregistrement et du processus de production et c’est votre guitariste, également principal compositeur, qui gère l’ensemble. En quoi est-ce important pour vous ? C’est une façon de garantir l’identité sonore du groupe ?
Concernant le mastering et la production, nous avons une confiance absolue en Jonjo. Il a passé de nombreuses années à apprendre non seulement à produire, mais aussi à comprendre le son qu’il recherche et que nous souhaitons tous les quatre obtenir. Cela nous permet de maîtriser notre travail et nous sommes ravis du résultat. Pour moi, c’est inestimable. Quant à la composition, Jonjo est effectivement le compositeur principal. Lors du processus de création, il propose généralement des idées, qui partent souvent de riffs plus ou moins structurés, que nous développons ensuite ensemble. Cela dit, nous restons ouverts à d’autres méthodes. Certaines chansons, par exemple, sont nées de paroles et de mélodies vocales créées par d’autres membres du groupe. J’ai d’ailleurs écrit la plupart des paroles de l’album, à l’exception de la chanson « Square One », écrite par Jimi.
– Enfin, « Square One » marque aussi votre arrivée chez High Roller Records. Est-ce une manière aussi pour vous de vous émanciper de la scène espagnole et de viser des scènes européennes plus importantes ?
Nous n’avons jamais souhaité nous couper de la scène musicale espagnole. Nous adorons jouer dans notre pays et partager ces moments avec nos amis et d’autres musiciens que nos apprécions. Par ailleurs, nous aimerions toucher un public plus large et jouer ailleurs. High Roller Records nous offre l’opportunité de faire connaître notre musique en Europe. Nous souhaitons revivre l’expérience vécue au festival de Trvheim en Allemagne. Voyager et jouer à l’(Negrete, guitare – NDR)étranger serait un véritable rêve, qui se réaliserait pour nous.
Le nouvel album de RAVE IN FIRE, « Square One », est disponible chez High Roller Records.
Avec son registre atypique fait de Grunge, de Stoner, de Doom et de Sludge, FÁTIMA avoue une certaine tendresse pour les années 90, et pourtant il n’en demeure pas moins aussi brutal qu’efficace. Grâce à un groove compact et enveloppant, la formation francilienne franchit à chaque effort un palier supplémentaire et si le côté primaire résonne fort, la nuance et la délicatesse ne sont jamais loin. « Primal » offre bien des visages et multiplie les atmosphères avec une attitude frontale réjouissante.
FÁTIMA
« Primal »
(Black Robes Records)
Depuis dix ans déjà, le power trio déverse son Sludge/Grunge mâtiné de Doom et de saveurs orientales et avec « Primal », son cinquième album, on peut affirmer qu’il atteint un sommet dans sa discographie. En partageant deux réalisations avec Seum en 2021 et Clegane en 2023, FÁTIMA a aussi perfectionné son art du DIY et paraît même changer de dimension dans son savoir-faire à chaque sortie. En effet, le son s’affine et monte en puissance, tandis que le groupe livre des compositions toujours plus fluides et maîtrisées.
Depuis « Fossil » (2022), puis « Eerie » (2024), les bestioles de ses pochettes changent elles aussi d’apparence, travaillant une délicieuse hostilité avec minutie. D’ailleurs, « Primal » n’est pas plus docile que ses prédécesseurs et son visuel ferait presque passer le célèbre King Kong pour une peluche. Bref, FÁTIMA est surtout devenue une machine bien huilée, massive et incisive, mais où les mélodies ont tout autant leur place que les lourdes rythmiques sur lesquelles elles reposent. Original et imprévisible, le combo s’affirme férocement.
S’ils font parfois penser à un Nirvana sous stéroïdes, les Parisiens gèrent l’animalité de leur style avec brio et sans retenue. Le duo Base/batterie est gras à souhait, les riffs d’une épaisseur impénétrable et le chant y trouve sa place avec autorité. FÁTIMA déroule son jeu, harangue et hypnotise même à l’occasion avec des envolées Stoner Psych bien senties (« Sassquatch », « Killer Wart Hog », « Chilled Monkey Brains », « Waters Of Babylon », « Gazelle Horns » et le morceau-titre). Instinctif et massif, le combo a bien mûri et « Primal » écarte les doutes avec conviction.
Retrouvez la chronique du split avec Clegane et le [Going Faster] à l’occasion de la sortie de « Fossil » :
Familiarisés avec le format EP qui semble bien leur convenir, les Australiens ont une vision très claire de leur musique et de ce qu’elle doit apporter. Chaque titre du quintet est d’une précision absolue, tant dans leur structure que dans cet équilibre qui fait que chacune d’elles vibre à l’unisson. Avec un côté très 90’s dans l’approche, STONETRIP offre une vision du Hard Rock de son île-continent bien différente de ceux qui ont percé jusqu’en Europe. Percutant et mélodique, « The Fight » nous transporte avec force et émotion dans les grands espaces de son pays avec une touche très british. La formation de Melbourne devient très vite addictive, tant le songwriting est ici élevé au rang d’art. Riffs accrocheurs, rythmique solide, chant puissant soutenu par des chœurs envoûtants, le combo avance avec l’assurance d’une intemporalité maîtrisée et un savoir-faire irréprochable. Rencontre avec un groupe d’une classe évidente sur qui le temps paraît glisser.
– On vous a découvert en 2021 avec un premier EP déjà très mature, accrocheur et solide. A l’époque, le sentiment que vous donniez était que vous étiez vraiment un groupe de scène. Aviez-vous beaucoup enchaîné les concerts avant d’entrer en studio ?
Absolument. STONETRIP a été conçu avant tout comme un groupe de scène. Avant d’entrer en studio, nous avons passé beaucoup de temps en concert, à peaufiner les arrangements et à laisser les morceaux évoluer naturellement. Cette expérience a façonné l’EP. Nous savions déjà ce qui fonctionnait, ce qui touchait le public et où chaque morceau avait besoin de respirer. L’enregistrement ne consistait pas à faire des démos, mais à capturer l’essence d’un groupe qui savait déjà qui il était.
– J’imagine que cet EP vous avait ouvert des portes, car deux ans plus tard, vous sortiez votre premier album « Run Free ». Pourtant, on y retrouve les morceaux de « Stonetrip ». Pour quelles raisons n’aviez-vous pas enregistré un disque totalement inédit ?
Ces chansons avaient encore du potentiel. Elles suscitaient un vif intérêt en concert et gagnaient en popularité sur les plateformes de streaming, et nous pensions qu’elles méritaient une plus grande visibilité et un écrin plus cohérent. « Run Free » n’était pas un nouveau départ, mais la consolidation de ce premier chapitre et sa présentation comme un aboutissement. Pour nous, il était logique de capitaliser sur cette dynamique plutôt que d’abandonner des chansons qui représentaient encore notre identité.
– STONETRIP revient d’ailleurs aujourd’hui avec « The Fight », qui est encore un EP. On aurait pu vous attendre avec un album complet. Est-ce une question de budget d’enregistrement, ou plus simplement un format qui vous convient et aussi une façon d’avoir une actualité après trois ans sans disque ?
L’important, c’est la concentration, pas le budget. Le format EP nous permet de sortir des morceaux percutants, sans remplissage, et de rester créatifs. « The Fight » est un projet très réfléchi : chaque titre a sa place. On ne voulait pas se précipiter sur un album complet juste pour le plaisir. Cet EP reflète où en est le groupe actuellement, musicalement et émotionnellement, et c’était le moyen idéal de renouer après une longue pause. Et oui, un album complet est bel et bien en préparation.
– L’omniprésence des plateformes vous y ont-elles aussi conduit ? A moins que vous ne favorisiez d’abord les concerts ? Et puis, la scène est aussi ce qu’il y a de plus révélateur pour un groupe à travers notamment la connexion avec les fans…
Le streaming a indéniablement transformé notre façon de consommer la musique, mais les concerts restent notre priorité. C’est sur scène que STONETRIP prend toute son ampleur. Ce contact direct avec le public est essentiel : on ne peut pas le simuler, ni se cacher derrière une mise en scène. Le streaming permet de nous faire découvrir, mais le véritable lien se tisse face à face, chanson après chanson, soir après soir.
– Musicalement, STONETRIP dénote un peu de la scène australienne que l’on connaît ici en Europe, qui nous a plus habitué à un Hard Rock brut et direct, façon Pub Rock. Est-ce justement pour vous démarquer que vous empruntez une voie plus mélodique et plus affinée, car votre jeu est plus limpide et précis ?
Nous n’avons jamais cherché à créer un contraste délibéré, mais la mélodie a toujours été au cœur de notre écriture. Nous aimons la clarté, les mélodies accrocheuses et le dynamisme. Notre musique conserve sa puissance et son intensité, mais elles sont contrebalancées par une structure et une atmosphère soignées. C’est tout simplement ainsi que nos influences et notre instinct se rejoignent : c’est authentique, plutôt que calculé.
– D’ailleurs, c’est assez surprenant de voir que STONETRIP semble plutôt avoir des références anglaises dans le son et dans l’approche du songwriting aussi, à l’instar de Def Leppard, par exemple. Cependant, vous conservez cette énergie et cette vélocité qui évoquent les grands espaces. Est-ce finalement ça votre touche australienne ?
C’est une façon juste de le dire. Nous sommes influencés par la musique britannique classique et ses harmonies, mais nous les interprétons à travers un prisme australien : un sentiment de mouvement, de liberté et d’ouverture. Il y a quelque chose dans la distance, l’espace et la culture de la route ici, qui nourrit naturellement l’énergie de notre musique. C’est probablement de là que vient cet équilibre.
– Ce qui est remarquable entre « Run Free » et « The Fight », c’est une production assez similaire et un son très identifiable, grâce à de belles et incisives guitares et un chant personnel et puissant. Est-ce que c’est une espèce de quête d’intemporalité, qui guide STONETRIP depuis le début ?
Oui, l’intemporalité a toujours été importante pour nous. Nous voulons des morceaux qui restent pertinents des années plus tard, pas quelque chose d’éphémère, figé dans une mode passagère. La constance du son et de la production contribue à forger notre identité. Quand on écoute un morceau de STONETRIP, on veut que ce soit immédiatement reconnaissable.
– Enfin, il y a ce son très 90’s qui caractérise en partie STONETRIP, tout en affichant une touche très actuelle. On vous sent un peu imperméables aux modes, est-ce le cas ?
Nous respectons les tendances, mais nous ne les suivons pas. L’influence des années 90 vient d’une époque où les chansons avaient le temps de s’épanouir et où les groupes privilégiaient le fond. Ce qui nous intéresse, c’est la pérennité, pas les algorithmes. Si la musique est authentique et puissante, elle trouvera toujours son public.
Autoproduit, le nouvel EP de STONETRIP, « The Fight », est disponible chez Golden Robot Records.
Fidèle à son époque, à l’air du temps et à ses inquiétudes, le quintet livre la suite et la fin de son concept-album, « The Cage & The Crown », démarré deux ans plus tôt. En jouant sur une certaine modernité et en faisant l’amalgame de nombreux courants, HEADKEYZ se perd parfois et semble courir après une identité qui lui échappe encore. Si le combo peut se reposer sur une production solide, celle-ci souffre d’un manque de relief et d’une authenticité, qui lui conféreraient pourtant une belle assise. Un « Chapter II » qui aurait mérité plus de panache et moins d’arrangements.
HEADKEYZ
« The Cage & The Crown Chapter II »
(Independant)
Sorti en 2023, « The Cage & The Crown Chapter I » avait dévoilé un groupe pour le moins audacieux. En optant pour un diptyque dès ses premiers pas sur la scène hexagonale, HEADKEYZ n’a pas hésité à placer la barre très haut. Et il faut reconnaître que la maîtrise et l’univers du groupe ont de quoi séduire, tant ils sont le reflet de leur temps et surtout de leur génération. Entre Rock et Metal, avec des bases alternatives et Nu Metal, les Montpelliérains savent où ils vont, guidés par leur frontman Edge (Adrien Girard), garant et maître d’œuvre de la direction artistique.
Comme son style et sa personnalité musicale semblent encore chercher une voie claire et précise, HEADKEYZ ne se refuse à peu près rien sur ce « Chapter II », pourtant solide malgré des absences créatives comme ce « Rotten Party » presque surréaliste. Mais cet égarement ponctuel laisse place rapidement à des morceaux plus costauds, dans le fond comme dans la forme. Et l’un des éléments notables de ce second volet est sa production. Alors que le premier avait été masterisé par Howie Weinberfg (Nirvana, Deftones), celui-ci l’est par Emerson Mancini (Linkin Park, Paramore).
Forcément conceptuel, ce deuxième opus possède un petit côté cinématographique agréable, mais il peine à réellement accrocher l’auditeur, malgré quelques envolées bien senties (« The Crown », « Intoxicated », « Revenge »,« The End »). L’arrivée de Stella Cristi en seconde guitariste apporte du punch et de la vélocité à l’ensemble et lui permet surtout de sortir de sa zone de confort. HEADKEYZ maîtrise son sujet, se montre techniquement à la hauteur, mais manque trop souvent de ce grain de folie qui pourrait tout faire décoller. La route est encore longue.