Avec son registre atypique fait de Grunge, de Stoner, de Doom et de Sludge, FÁTIMA avoue une certaine tendresse pour les années 90, et pourtant il n’en demeure pas moins aussi brutal qu’efficace. Grâce à un groove compact et enveloppant, la formation francilienne franchit à chaque effort un palier supplémentaire et si le côté primaire résonne fort, la nuance et la délicatesse ne sont jamais loin. « Primal » offre bien des visages et multiplie les atmosphères avec une attitude frontale réjouissante.
FÁTIMA
« Primal »
(Black Robes Records)
Depuis dix ans déjà, le power trio déverse son Sludge/Grunge mâtiné de Doom et de saveurs orientales et avec « Primal », son cinquième album, on peut affirmer qu’il atteint un sommet dans sa discographie. En partageant deux réalisations avec Seum en 2021 et Clegane en 2023, FÁTIMA a aussi perfectionné son art du DIY et paraît même changer de dimension dans son savoir-faire à chaque sortie. En effet, le son s’affine et monte en puissance, tandis que le groupe livre des compositions toujours plus fluides et maîtrisées.
Depuis « Fossil » (2022), puis « Eerie » (2024), les bestioles de ses pochettes changent elles aussi d’apparence, travaillant une délicieuse hostilité avec minutie. D’ailleurs, « Primal » n’est pas plus docile que ses prédécesseurs et son visuel ferait presque passer le célèbre King Kong pour une peluche. Bref, FÁTIMA est surtout devenue une machine bien huilée, massive et incisive, mais où les mélodies ont tout autant leur place que les lourdes rythmiques sur lesquelles elles reposent. Original et imprévisible, le combo s’affirme férocement.
S’ils font parfois penser à un Nirvana sous stéroïdes, les Parisiens gèrent l’animalité de leur style avec brio et sans retenue. Le duo Base/batterie est gras à souhait, les riffs d’une épaisseur impénétrable et le chant y trouve sa place avec autorité. FÁTIMA déroule son jeu, harangue et hypnotise même à l’occasion avec des envolées Stoner Psych bien senties (« Sassquatch », « Killer Wart Hog », « Chilled Monkey Brains », « Waters Of Babylon », « Gazelle Horns » et le morceau-titre). Instinctif et massif, le combo a bien mûri et « Primal » écarte les doutes avec conviction.
Retrouvez la chronique du split avec Clegane et le [Going Faster] à l’occasion de la sortie de « Fossil » :
Familiarisés avec le format EP qui semble bien leur convenir, les Australiens ont une vision très claire de leur musique et de ce qu’elle doit apporter. Chaque titre du quintet est d’une précision absolue, tant dans leur structure que dans cet équilibre qui fait que chacune d’elles vibre à l’unisson. Avec un côté très 90’s dans l’approche, STONETRIP offre une vision du Hard Rock de son île-continent bien différente de ceux qui ont percé jusqu’en Europe. Percutant et mélodique, « The Fight » nous transporte avec force et émotion dans les grands espaces de son pays avec une touche très british. La formation de Melbourne devient très vite addictive, tant le songwriting est ici élevé au rang d’art. Riffs accrocheurs, rythmique solide, chant puissant soutenu par des chœurs envoûtants, le combo avance avec l’assurance d’une intemporalité maîtrisée et un savoir-faire irréprochable. Rencontre avec un groupe d’une classe évidente sur qui le temps paraît glisser.
– On vous a découvert en 2021 avec un premier EP déjà très mature, accrocheur et solide. A l’époque, le sentiment que vous donniez était que vous étiez vraiment un groupe de scène. Aviez-vous beaucoup enchaîné les concerts avant d’entrer en studio ?
Absolument. STONETRIP a été conçu avant tout comme un groupe de scène. Avant d’entrer en studio, nous avons passé beaucoup de temps en concert, à peaufiner les arrangements et à laisser les morceaux évoluer naturellement. Cette expérience a façonné l’EP. Nous savions déjà ce qui fonctionnait, ce qui touchait le public et où chaque morceau avait besoin de respirer. L’enregistrement ne consistait pas à faire des démos, mais à capturer l’essence d’un groupe qui savait déjà qui il était.
– J’imagine que cet EP vous avait ouvert des portes, car deux ans plus tard, vous sortiez votre premier album « Run Free ». Pourtant, on y retrouve les morceaux de « Stonetrip ». Pour quelles raisons n’aviez-vous pas enregistré un disque totalement inédit ?
Ces chansons avaient encore du potentiel. Elles suscitaient un vif intérêt en concert et gagnaient en popularité sur les plateformes de streaming, et nous pensions qu’elles méritaient une plus grande visibilité et un écrin plus cohérent. « Run Free » n’était pas un nouveau départ, mais la consolidation de ce premier chapitre et sa présentation comme un aboutissement. Pour nous, il était logique de capitaliser sur cette dynamique plutôt que d’abandonner des chansons qui représentaient encore notre identité.
– STONETRIP revient d’ailleurs aujourd’hui avec « The Fight », qui est encore un EP. On aurait pu vous attendre avec un album complet. Est-ce une question de budget d’enregistrement, ou plus simplement un format qui vous convient et aussi une façon d’avoir une actualité après trois ans sans disque ?
L’important, c’est la concentration, pas le budget. Le format EP nous permet de sortir des morceaux percutants, sans remplissage, et de rester créatifs. « The Fight » est un projet très réfléchi : chaque titre a sa place. On ne voulait pas se précipiter sur un album complet juste pour le plaisir. Cet EP reflète où en est le groupe actuellement, musicalement et émotionnellement, et c’était le moyen idéal de renouer après une longue pause. Et oui, un album complet est bel et bien en préparation.
– L’omniprésence des plateformes vous y ont-elles aussi conduit ? A moins que vous ne favorisiez d’abord les concerts ? Et puis, la scène est aussi ce qu’il y a de plus révélateur pour un groupe à travers notamment la connexion avec les fans…
Le streaming a indéniablement transformé notre façon de consommer la musique, mais les concerts restent notre priorité. C’est sur scène que STONETRIP prend toute son ampleur. Ce contact direct avec le public est essentiel : on ne peut pas le simuler, ni se cacher derrière une mise en scène. Le streaming permet de nous faire découvrir, mais le véritable lien se tisse face à face, chanson après chanson, soir après soir.
– Musicalement, STONETRIP dénote un peu de la scène australienne que l’on connaît ici en Europe, qui nous a plus habitué à un Hard Rock brut et direct, façon Pub Rock. Est-ce justement pour vous démarquer que vous empruntez une voie plus mélodique et plus affinée, car votre jeu est plus limpide et précis ?
Nous n’avons jamais cherché à créer un contraste délibéré, mais la mélodie a toujours été au cœur de notre écriture. Nous aimons la clarté, les mélodies accrocheuses et le dynamisme. Notre musique conserve sa puissance et son intensité, mais elles sont contrebalancées par une structure et une atmosphère soignées. C’est tout simplement ainsi que nos influences et notre instinct se rejoignent : c’est authentique, plutôt que calculé.
– D’ailleurs, c’est assez surprenant de voir que STONETRIP semble plutôt avoir des références anglaises dans le son et dans l’approche du songwriting aussi, à l’instar de Def Leppard, par exemple. Cependant, vous conservez cette énergie et cette vélocité qui évoquent les grands espaces. Est-ce finalement ça votre touche australienne ?
C’est une façon juste de le dire. Nous sommes influencés par la musique britannique classique et ses harmonies, mais nous les interprétons à travers un prisme australien : un sentiment de mouvement, de liberté et d’ouverture. Il y a quelque chose dans la distance, l’espace et la culture de la route ici, qui nourrit naturellement l’énergie de notre musique. C’est probablement de là que vient cet équilibre.
– Ce qui est remarquable entre « Run Free » et « The Fight », c’est une production assez similaire et un son très identifiable, grâce à de belles et incisives guitares et un chant personnel et puissant. Est-ce que c’est une espèce de quête d’intemporalité, qui guide STONETRIP depuis le début ?
Oui, l’intemporalité a toujours été importante pour nous. Nous voulons des morceaux qui restent pertinents des années plus tard, pas quelque chose d’éphémère, figé dans une mode passagère. La constance du son et de la production contribue à forger notre identité. Quand on écoute un morceau de STONETRIP, on veut que ce soit immédiatement reconnaissable.
– Enfin, il y a ce son très 90’s qui caractérise en partie STONETRIP, tout en affichant une touche très actuelle. On vous sent un peu imperméables aux modes, est-ce le cas ?
Nous respectons les tendances, mais nous ne les suivons pas. L’influence des années 90 vient d’une époque où les chansons avaient le temps de s’épanouir et où les groupes privilégiaient le fond. Ce qui nous intéresse, c’est la pérennité, pas les algorithmes. Si la musique est authentique et puissante, elle trouvera toujours son public.
Autoproduit, le nouvel EP de STONETRIP, « The Fight », est disponible chez Golden Robot Records.
Fidèle à son époque, à l’air du temps et à ses inquiétudes, le quintet livre la suite et la fin de son concept-album, « The Cage & The Crown », démarré deux ans plus tôt. En jouant sur une certaine modernité et en faisant l’amalgame de nombreux courants, HEADKEYZ se perd parfois et semble courir après une identité qui lui échappe encore. Si le combo peut se reposer sur une production solide, celle-ci souffre d’un manque de relief et d’une authenticité, qui lui conféreraient pourtant une belle assise. Un « Chapter II » qui aurait mérité plus de panache et moins d’arrangements.
HEADKEYZ
« The Cage & The Crown Chapter II »
(Independant)
Sorti en 2023, « The Cage & The Crown Chapter I » avait dévoilé un groupe pour le moins audacieux. En optant pour un diptyque dès ses premiers pas sur la scène hexagonale, HEADKEYZ n’a pas hésité à placer la barre très haut. Et il faut reconnaître que la maîtrise et l’univers du groupe ont de quoi séduire, tant ils sont le reflet de leur temps et surtout de leur génération. Entre Rock et Metal, avec des bases alternatives et Nu Metal, les Montpelliérains savent où ils vont, guidés par leur frontman Edge (Adrien Girard), garant et maître d’œuvre de la direction artistique.
Comme son style et sa personnalité musicale semblent encore chercher une voie claire et précise, HEADKEYZ ne se refuse à peu près rien sur ce « Chapter II », pourtant solide malgré des absences créatives comme ce « Rotten Party » presque surréaliste. Mais cet égarement ponctuel laisse place rapidement à des morceaux plus costauds, dans le fond comme dans la forme. Et l’un des éléments notables de ce second volet est sa production. Alors que le premier avait été masterisé par Howie Weinberfg (Nirvana, Deftones), celui-ci l’est par Emerson Mancini (Linkin Park, Paramore).
Forcément conceptuel, ce deuxième opus possède un petit côté cinématographique agréable, mais il peine à réellement accrocher l’auditeur, malgré quelques envolées bien senties (« The Crown », « Intoxicated », « Revenge »,« The End »). L’arrivée de Stella Cristi en seconde guitariste apporte du punch et de la vélocité à l’ensemble et lui permet surtout de sortir de sa zone de confort. HEADKEYZ maîtrise son sujet, se montre techniquement à la hauteur, mais manque trop souvent de ce grain de folie qui pourrait tout faire décoller. La route est encore longue.
En l’espace de quelques années, les Bretons se sont taillés une solide réputation, menant de front deux formations avec Komodrag & The Mounodor. Un changement de label plus tard, KOMODOR donne enfin une suite à « Nasty habits » avec un deuxième album plus mature et plus assuré, mais qui conserve cet esprit festif et Rock dans une atmosphère toujours 70’s aux élans psychédéliques et à l’énergie Glam Rock. Avec « Time & Space », le quintet amorce presque un nouveau virage avec des compos accrocheuses et audacieuses et un son désormais parfaitement identifiable, qui vient nous rappeler qu’il est avant un groupe de scène. Retour sur les grands axes de cette évolution assez fulgurante, finalement très logique et attendue, avec son guitariste et chanteur Slyde Barnett, heureux de voir ce nouveau chapitre s’ouvrir.
– Lors de notre première interview à la sortie de « Nasty Habits » en 2021, j’avais été surpris par votre signature chez Soulsell Records, qui est un label de Metal assez extrême. Cette fois, on vous retrouve chez les Lyonnais de Riptide Records. C’était une simple erreur de casting, ou en avez-vous tout de même retiré quelques avantages ?
On s’est mis à la recherche d’un label français, parce que ça avait été le cas avec le projet Komodrag & The Mounodor, et les échanges étaient beaucoup plus simples. Au niveau financier, les subventions sont plus nombreuses aussi chez nous. Les labels ici ont plus de moyens et de force de frappe que les labels étrangers, en fait. Pour la promo, par exemple, c’est beaucoup plus développé en France et cela facilite la visibilité pour pouvoir ensuite tourner. C’est nettement plus intéressant pour nous en termes de communication, d’échange et de vitrine pour le groupe finalement. Les interactions avec le label sont quasi-immédiates et beaucoup plus synchronisées. Et puis, à l’époque de « Nasty Habits », on n’avait pas de management. Aujourd’hui, le projet est plus structuré et on a un nouveau tourneur aussi. Et cette équipe toute neuve fonctionne très bien ensemble, il a une grosse entente entre le label, le tourneur et le management. Cela facilite beaucoup de choses et on s’en aperçoit déjà alors que l’album n’est pas encore sorti. Et le fait que tout le monde soit en France aussi aide énormément. Et le label possède également tous les codes d’une communication moderne à travers les réseaux sociaux notamment, ce qui est important car le Rock est plus compliqué à travailler que d’autres styles.
– « Time & Space » arrive cinq ans après « Nasty Habits » et pour cause, vous avez été très occupés. En plus de vos nombreux concerts, vous avez aussi sorti « Green Fields Of Armorica » avec Komodrag & The Mounodor qui vous a mené sur la route également. Quand vous êtes-vous mis à la composition de ce nouvel album, car il n’y a pas eu de véritable break, si ?
Sur la période hivernale, on est toujours un peu plus en off, car l’activité est moins dense. On a donc eu du temps en février dernier (2025 – NDR). Nous avons donc pris un mois et on a composé et enregistré dans la foulée. A l’époque, on avait pas mal tourné en décembre et janvier, et février était plus tranquille. On a profité de ce temps-là pour composer, parce que Moundrag faisait aussi la même chose de son côté. On s’était aussi posé la question d’un deuxième Komodrag & The Mounodor, ou pas. Et puis, nos projets respectifs étaient aussi peut-être voués à mourir, si on ne relançait pas un peu la machine de part et d’autre. Nous sommes donc repartis sur nos projets indépendants en se disant qu’on verrait pour le commun plus tard, quand on aura épuisé la tournée avec ce nouvel album.
– D’ailleurs, passer d’un groupe à l’autre n’a pas un peu compliqué la composition de « Time & Space », car il y a beaucoup de similitudes entre les deux formations ? Arrivez-vous facilement à vous détacher des deux univers ?
Oui, dans nos têtes, c’est bien segmenté en termes d’univers. D’ailleurs, lorsqu’on se retrouve avec Moundrag, on sait vraiment ce qui va pour tel projet. Parfois, on a du temps entre-nous, avant les balances notamment, et on se dit que telle chose ne marchera pas pour Komodrag & The Mounodor, par rapport au style de chacun. On sait vraiment ce qui va convenir à chaque formation. C’est bien séparé dans nos esprits.
– Vous aviez enregistré, mixé et produit « Nasty Habits » vous-mêmes et il semblerait que vous en ayez fait de même pour « Time & Space ». Qu’est-ce qui a changé en cinq ans dans votre approche de cet exercice ?
La vie, tout simplement ! (Sourires) Le temps qui passe, l’expérience, la rencontre avec d’autres musiciens et le fait aussi de bosser avec Moundrag. Ils sont issus du conservatoire et ils ont une éducation musicale plus élaborée et plus poussée que la nôtre pour tout ce qui concerne le travail d’harmonie et d’arrangements. On a beaucoup appris avec eux en composant notamment. Cela nous a permis d’aller plus loin en termes d’écriture dans ce qu’on savait déjà faire. Et puis, on a fait de grosses scènes avec eux, où on a rencontré plein de monde et vu beaucoup d’artistes. Tout ça, que ce soit sur la route ou en studio, nous a énormément fait grandir. Nous écoutons aussi d’autres choses maintenant, venant d’autres univers, donc forcément je pense que tu t’enrichis au fur et à mesure de toutes ces découvertes.
– Mais pour la production en elle-même, vous auriez pu faire appel à quelqu’un d’autre pour avoir un regard neuf…
On a toujours eu la volonté de faire un truc assez indépendant. Au-delà de ça, il y a aussi la question budgétaire quand même, car un studio coûte très cher et le fait d’avoir le nôtre simplifie beaucoup de choses. On a plus de temps pour composer et on l’a pris. Cette fois, certains morceaux sont nés en studio et certains titres ont même pu prendre une semaine. Et ça, dans un lieu extérieur, tu ne peux pas te le permettre. L’album a entièrement été composé dans le nôtre et c’était vraiment cool, car on a vraiment pris notre temps. On a aussi pu expérimenter pas mal de choses et c’est quand même un luxe en termes d’esthétisme. Après, cela a aussi forcément ses limites, car on ne pourra pas produire quelque chose d’aussi bien que dans un gros studio. Mais on souhaitait aussi garder cet aspect un peu roots et fait maison.
– D’ailleurs, même si l’album sonne toujours aussi live avec un petit côté choral et rassembleur, le spectre sonore est exploité différemment, Tout s’est joué au moment du mix, ou l’intention était d’abord musicale, car l’ensemble sonne différemment ?
Déjà, la source était plus propre que pour le précédent, même s’il y avait des choses live aussi avec également des passages qu’on a repris bien sûr. Mais le mix a été fait en analogique, contrairement au premier album. On avait toutes les pistes et chacun a pu pousser les volumes quand il fallait, les lancements d’effets se sont faits à hauts faders comme à l’époque. On a beaucoup réécouté les morceaux et quand il y avait des erreurs, on les a gardé, car on n’allait pas non plus refaire les titres indéfiniment. C’est vraiment un parti-pris ! On aura pu prendre un Pro Tools et tout corriger pour avoir un truc parfait. Mais notre volonté était aussi d’avoir quelque chose d’un peu aléatoire et le plus live possible, même dans le mix.
– Musicalement, « Time & Space » montre aussi un gros travail au niveau des arrangements, malgré un aspect très direct de vos morceaux. Est-ce quelque chose sur laquelle vous vous êtes beaucoup plus penchés cette fois ?
Surtout sur les voix, où on s’est permis beaucoup plus de choses, par rapport au premier album. Pour le côté instrumental, on a moins insisté sur l’aspect live avec moins de solos, ce genre de choses, pour opter pour un truc plus cadré, des morceaux plus écrits et moins à rallonge qu’auparavant. En ce qui concerne le chant, avec l’expérience, tu as aussi beaucoup plus confiance en toi, ce qui te permet expérimenter beaucoup plus. Il y a des choses que l’on n’aurait pas pu faire à l’époque, parce qu’on n’avait pas les techniques vocales pour ça. Aujourd’hui, on a ces connaissances-là et puis, on a rencontré beaucoup de gens sur la route. Par exemple, Colin le batteur de Moundrag est venu faire des voix, des copines sont aussi venues faire des chœurs. C’est toute cette expérience qui nous a permis de faire ça.
– Ce nouvel album est dans la continuité du premier avec cependant une touche plus moderne, là où « Nasty Habits » avait une saveur plus vintage, L’objectif était-il aussi de montrer que KOMODOR n’est pas prisonnier d’une époque et que votre style est aussi en constante évolution ?
Avec ce nouvel album, on a voulu s’émanciper de ce truc un peu classique de Rock 70’s, mais tout en gardant une base similaire dans le son. Et c’est aussi ce qu’on sait faire ! On s’est dit qu’on pouvait aller un peu plus loin, parce qu’on a également écouté d’autres choses. On est très fan de tout ce qui est Glam britannique, comme Slade ou Bowie, et on voulait mettre cette touche-là, un peu rétro. Nous sommes allés piocher un peu ailleurs, tout en s’autorisant beaucoup plus de choses. Par exemple, il y a plus de guitares acoustiques, des arrangements différents, une ambiance plus chorale aussi et un peu plus déglingué sur certains morceaux. Là où on était peut-être un peu trop dans le cliché sur « Nasty Habits », on s’est dit qu’on ne se mettait aucune barrière et qu’on faisait ce qui nous plaisait.
– Par ailleurs, ce qui est assez paradoxal sur ce nouvel album, c’est qu’il est toujours aussi libre et sauvage dans l’approche, mais plus sombre et presque engagés dans certains textes. Je pense notamment à « Once Upon The Time », « Burning Land » ou « Ravish Holy Land ». L’idée était-elle de vous livrer un peu plus, de rendre « Time & Space » plus personnel dans son contenu ?
Oui, je pense. On s’imprègne forcément aussi de l’actualité, de ce qui nous entoure, d’un peu de tout. On a compris que cela contribue aussi à nourrir l’écriture. Mais ce qui a été très cool dans ce travail, c’est qu’on a bossé sur les textes en amont avec le groupe, et on les a retravaillé avec une copine, Léa Nahon, qui est une tatoueuse assez connue de Douarnenez. Elle a beaucoup vécu en Angleterre et aux Etats-Unis et on voulait son regard. De notre côté, on avait des textes très littéraires, très scolaires et elle nous a trouvé des expressions plus proches du langage parlé et de l’esprit Glam Rock, notamment. Elle nous a permis de trouver des choses typiques de l’anglais, et non de celui parlé aux Etats-Unis. Et ce travail d’écriture a été super intéressant, enrichissant et il nous a permis aussi d’aller plus loin.
– Avec des passages psychédéliques très marqués, ce nouvel album est très brut et très Rock aussi. Il se conclue d’ailleurs avec « Top Of The Bock », qui sonne presque Hard Rock 70’s et qui se termine en fanfare, au sens propre comme au figuré. On croirait même à un hommage au Gras de Douarnenez. C’était important pour vous de terminer sur une note festive ?
Oui, comme tu dis, il y a aussi ce côté live et déglingué chez nous. Et le fait que l’album se termine avec ces cuivres qui font un peu n’importe quoi est un peu à l’image des Gras (grande manifestation festive incontournable qui se déroule sur plusieurs jours fin-février, début mars de chaque année à Douarnenez dans le Finistère – NDR). C’était même carrément le concept, car on voulait quelque chose de décalé, un peu britannique comme ces albums qui se finissent un peu n’importe comment. Je trouve qu’aujourd’hui, la plupart des groupes de Rock sont très carrés et on voulait quelque chose de fun, de moins lisse… Et puis, avant tout, on est une bande de potes et on se marre ! (Sourires)
– Enfin, vous avez déjà annoncé une première série de concerts, que vous ne semblez d’ailleurs n’avoir jamais arrêté, et même si vous êtes concentrés sur « Time & Space », est-ce que Komodrag & The Mounodor reste dans un coin de vos têtes avec la perspective d’un deuxième album, vous qui êtes si prolifiques ?
Il y aura un deuxième album, c’est une certitude, mais on ne sait pas quand. Il faut voir aussi comment vont se dérouler nos tournées respectives. Parce que si nous partons tous à fond et que le projet est blindé sur deux ans, c’est compliqué de donner une date. On verra selon chacun, mais il y a une réelle volonté d’en faire un deuxième. On a vraiment envie, car Komodrag & The Mounodor a été une sacrée aventure et on a aussi envie de reprendre la route tous ensemble. Mais c’est compliqué d’être sur deux projets en simultané, car il n’y a pas non plus un nombre de week-ends indéfinis dans l’année ! (Sourires)
– C’est vrai ! L’idée était surtout de savoir si cela avait été un one-shot, ou pas…
A la base, c’était ça ! On fait un truc, une grosse blague entre potes avec une belle date aux Trans à Rennes et on verra bien. Et au final, ça fait plus de trois ans qu’on tourne là-dessus et on a encore le ‘Motocultor’ cet été. Cela fera plus de quatre ans cette année que le projet fonctionne. C’est énorme et c’est même allé au-delà de nos espérances. On verra bien et puis, si KOMODOR et Moundrag marchent moins bien, peut-être qu’on retournera là-dessus ! (Rires)
Le nouvel album de KOMODOR, « Time & Space », est disponible chez Riptide Records.
Photos : Marindod
Retrouvez aussi la chronique de « Nasty Habits » et l’entretien accordé à cette occasion, ainsi que l’interview croisée de Komodrag & The Mounodor à la sortie de « Green Fiels Of Armorica » :
Poser une atmosphère Soul dans un environnement très Rock, c’est le pari (gagné !) d’une formation de musiciens aussi chevronnée qu’inventive. En positionnant les émotions au cœur d’un registre dynamique, qui puise sa force dans des vibrations directement issues du patrimoine Rock de son pays, MYND READER articule son style autour d’une puissance brute. Les notes bluesy et la minutie extrême apportées aux compositions libèrent une sensation de liberté sans concession et un brin cinématographique.
MYND READER
« Mynd Reader »
(Independant)
Né de l’amitié et de la rencontre artistique entre le batteur Brian Sachs (ex-The Authority) et le multi-instrumentiste Tonin qui met brillamment en musique les textes du premier, MYND READER est le fruit d’une union créative peu courante et tellement évidente au final. Depuis octobre 2024 et son premier single « Radio Warning », il diffuse au fur et à mesure sa musique et l’on découvre enfin ce premier effort éponyme dans son intégralité et il tient toutes ses promesses. D’ailleurs, le prolifique duo travaille d’ores et déjà sur ses prochaines réalisations.
Originaire de Boulder dans le Colorado, MYND READER réunit en un même élan son amour pour le Classic et le Southern Rock, le tout posé dans un magnifique écrin moderne et particulièrement bien produit pat Tonin dans les moindres détails. En effet, « Mynd Reader » révèle au fil des écoutes un remarquable travail sur le son des morceaux. Chaque caisse claire est unique, chaque riff aussi, les parties de piano sont délicates, tout comme cette voix incroyable, qui offre une âme enthousiaste et apporte une profondeur attachante à chaque chanson.
Car si l’aspect sonore et mélodique tient une place essentielle chez le trio, la performance vocale de Shelby Kemp est tout simplement incroyable. Audacieuse, personnelle et dotée d’une chaleur enveloppante, la voix du frontman éclaire les morceaux en les rendant captivants, bouleversants et si fédérateurs. Très accrocheur, MYND READER est aussi le reflet de son époque transposé dans un American Rock authentique et sincère. Et si sept singles sont déjà sortis, « Mynd Reader » est l’exemple parfait de l’impact et de l’importance de l’écoute d’un album complet.
Retrouvez aussi l’interview du groupe réalisée il y a quelques mois :
Afficher autant de fluidité et d’assurance sur un premier album est plutôt rare et lorsque la production suit avec un tel niveau d’exigence, il ne faut pas longtemps pour comprendre que le quatuor originaire de La Rochelle n’est pas là pour faire de la figuration. Avec « Violet Crow », sorti en indépendant, VOODOO QUEEN se présente avec un Stoner Rock vif et élégant qui n’hésite pas à montrer autant de rugosité que des mélodies entêtantes et bluesy. Guidé par sa chanteuse et guitariste, le quintet est déjà une machine bien huilée, autant sur scène qu’en studio. La sortie de son premier opus est l’occasion justement d’aller à la rencontre d’un combo qui ne compte s’arrêter en si bon chemin. Au contraire, l’avenir lui tend les bras.
– VOODOO QUEEN a un peu plus de trois ans d’existence aujourd’hui et avant ce premier album, il y a eu la scène avec, notamment, une finale du tremplin Hellfest, ‘The Voice Of The Hell’, puis le Cognac Blues Passions. C’est une belle progression. Est-ce que ce sont les débuts que vous imaginiez ?
Fabiola : En tant que groupe, on espère toujours aller le plus loin et le plus vite possible. Et avant même de sortir notre premier album, on a pu ressentir cet engouement autour du projet, et notamment lors de ces évènements-là. On ne s’attendait pas à autant, et ça nous a vraiment encouragé à poursuivre dans cette voie.
– Avant ce premier album, vous avez également sorti un cinq-titres, « Les Répet’s De Lampli (Live at La Poudrière) ». C’était important et intentionnel pour vous de montrer le groupe sur scène, ou est-ce aussi une belle opportunité qui s’est offerte à vous ?
Jim : On a très rapidement eu envie de faire de la scène pour tester nos morceaux. A ce moment-là, on commençait à avoir quelques compos récentes et c’était une envie commune de les présenter au public. L’association de L’Ampli permet justement aux groupes locaux de jouer dans de bonnes conditions, et d’être enregistrés en live. La soirée était top à partager avec le public, et l’opportunité d’avoir un enregistrement et deux clips vidéo nous a permis de partager nos premiers contenus sur les plateformes. On avait tous les quatre très envie que les personnes qui nous suivent puissent enfin avoir accès en ligne à plusieurs de nos titres. C’était aussi une ouverture pour faire un premier pas vers un nouveau public.
– Il y a d’ailleurs deux morceaux (« Free Way Out », et « Between My Troubles ») de ce live présent sur l’album. C’était essentiel pour vous de présenter le plus de morceaux inédits sur « Violet Crown » ?
Jérémie : Il était important pour nous que ce premier album représente le fruit de nos trois premières années. Nous avions en effet le désir de présenter nos derniers morceaux en priorité, mais avant tout des morceaux qui s’intégraient parfaitement à l’esprit que nous imaginions pour cet album. « Free Way Out » et « Between My Troubles », même si ce sont des morceaux plus anciens, marquent de façon significative l’ambiance mélodique du groupe.
– J’aimerais que l’on reste un peu sur cet EP live car, pour ceux qui ne vous ont jamais vu, c’est aussi l’occasion de vous découvrir en concert. Outre une belle puissance de feu, vous communiquez de manière très naturelle avec le public. Est-ce d’abord la scène le poumon de VOODOO QUEEN ?
Jim : C’est exactement ça. On prend plaisir à composer ensemble, et on prend énormément de plaisir à proposer les morceaux lors de nos concerts. Cela permet d’avoir un ressenti supplémentaire sur le morceau, et de voir si l’on est dans le vrai avec l’ensemble de ce que l’on propose.
Fabiola : Nos passés respectifs font qu’on a tous pris goût à être sur scène, jouer et partager avec le public. Cet EP live montre bien l’énergie que l’on aime donner en live.
– Vous sortez donc votre premier album, « Violet Crown », et il montre une évolution du groupe également soutenue par une très bonne production. Dans quelles conditions l’avez-vous enregistré, car vous affichez beaucoup d’assurance ? C’est le résultat de ce que vous aviez en tête dès le départ , car c’est un beau travail de studio ?
Jérémie : Merci pour le compliment ! On est content d’avoir ce genre de retours, surtout après avoir eu la tête dedans pendant des mois et la crainte de ne plus avoir le recul nécessaire sur notre travail. Tout d’abord, nous avons enregistré en plusieurs sessions dans les studios du Quai de La Sirène, avec l’accompagnement de Thibaud Carter. C’est un lieu qu’on connaît bien, pour s’y rendre régulièrement en répète. On s’y sent plutôt comme à la maison. La suite est l’œuvre de personnes qui nous ont été recommandées, et qui ont su comprendre et modeler notre son. Thibaud nous a conseillé Michel Toledo pour le mixage, qui nous a ensuite conseillé Jérémy Henry pour le mastering. On souhaitait garder ce son brut du live, et l’ambiance générale qui en ressort sur l’album est exactement la finalité recherchée.
– Votre style présente un bel équilibre et le fait d’évoluer avec une chanteuse, ce qui est assez rare dans le registre, est un véritable atout, surtout lorsqu’il est aussi prégnant. Est-ce que, justement, cela vous permet d’aborder des thématiques qui sortent de l’univers traditionnel du Stoner ?
Fabiola : Jusqu’à présent, on ne s’est jamais mis de barrière, que ce soit musicalement comme dans nos textes. Nous venons tous les quatre d’univers différents dans le Rock, ce qui nous amène à explorer de nouvelles choses. Nos paroles peuvent faire écho aussi bien à des moments de vie que des sujets plus introspectifs.
– Votre Stoner Rock a aussi la particularité de flirter avec le Classic Rock et il dégage également une ambiance très bluesy. Est-ce pour obtenir plus de profondeur et d’intensité ou, plus simplement, ce sont des références communes fortement ancrées chez chacun d’entre-vous ?
Paul : L’objectif quand on s’est rencontré était de faire du Stoner. Cependant, nos influences sont très variées et ne sont pas forcément communes aux quatre membres du groupe. Par exemple, j’écoute beaucoup de Blues, alors que c’est plutôt différent pour les trois autres. De ce brassage sont nées des premières compositions très éclectiques. Le son de « Violet Crown » s’est ensuite construit à travers un travail de sélection, afin de ne conserver que sept titres cohérents entre eux, représentatifs de ce que nous voulions défendre. Malgré tout (et heureusement !), on retrouve nos différences dans notre musique.
Fabiola : On apporte chacun notre touche aux morceaux, provenant de différents horizons du Rock et du Blues. Les passages qui ont cette ambiance bluesy amènent un côté chaleureux et parfois posé, qui permettent de nuancer avec les passages plus pêchus ou plus sombres.
– Enfin, maintenant que « Violet Crown » est sorti, quelles sont vos perspectives et vos envies ? L’idée est-elle de s’imposer sur la scène Stoner française, d’autant qu’elle a beaucoup évolué ces dernières années et que le style a aussi gagné en visibilité ?
Paul : L’objectif principal reste de faire grandir le groupe et de l’amener le plus haut possible, à notre échelle, dans le milieu du Stoner. L’idée est avant tout de nous ouvrir des portes, que ce soit en termes de scènes ou de projets plus ambitieux. D’ici dix ans, ou peut-être deux, signer avec un label et jouer dans quelques festivals prestigieux représenterait déjà une très belle réussite.
L’album de VOODOO QUEEN, « Violet Crown », est disponible sur le site du groupe :
Depuis leur Belgique natale, les deux membres de B&L vibrent à l’unisson dans un Rock, qui conjugue puissance et élégance. Direct, subtil, rugueux et d’une grande finesse, son registre offre un équilibre savoureux à cette réalisation très bien produite. Jouant sur les tessitures avec un esprit indépendant et une immédiateté constante, le Power Rock emprunt de Stoner déployé sur « B&L » révèle bien des facettes et une multitude d’ambiances.
B&L
« B&L »
(Independant)
B&L, ou BeL c’est à vous de voir, est le fruit de l’alchimie artistique entre Bryan Hayard (batterie) pour le ‘B’ et Ludwig Pinchard (guitare) pour le ‘L’. Et en fait d’alchimie, il y a une réelle connexion entre les deux musiciens, qui n’en sont d’ailleurs pas à leur coup d’essai. Le premier a œuvré chez It It Anita, Girls In Hawaï et Eté 67, tandis que son complice est passé par The Banging Souls, Goliath et The Von Dead. Et l’expérimenté duo livre aujourd’hui un premier l’album éponyme pour le moins électrique.
« B&L » est un opus assez insaisissable. Une chose est sûre, les Belges se nourrissent du Rock sous toutes ses formes. Et leur palette est très large, puisque leur style puise autant dans le Stoner, le post-Rock et le Noise avec même quelques fulgurances Metal. Même instrumental, le tandem a une manière bien à lui de dérouler un fil narratif très expressif et tout en nuances. B&L joue sur les reliefs avec beaucoup d’explosivité et une énergie débordante dans une approche très live.
D’ailleurs, c’est sans surprise que l’on retrouve quatre morceaux de l’EP « Live Session @AMS » sorti l’an dernier. Quant aux nouvelles compositions, elles se fondent parfaitement dans l’univers du combo. Car, malgré la diversité des sonorités, il y a une vraie touche B&L, basée sur une batterie incisive et très groove, aussi percutante que légère, et une guitare capable de s’ériger en mur pour faire dans la dentelle l’instant d’après. Brute, mélodique et sinueuse, l’ensemble frappe et captive.
Bien produit, « Hell And Back » affiche la montée en puissance de la formation nord-irlandaise et celle du chevronné Conal Montgomery derrière le micro et à l’essentiel de la composition. Et ce deuxième album révèle autant de vulnérabilité que d’intensité. Si BLACK DOG MOON a posé un voile très Blues sur son registre, il peine cependant à masquer des racines très Rock, voire Hard Rock, qui font beaucoup de bien à cet ensemble Heavy Blues, dans lequel la qualité des solos des deux six-cordistes, notamment, resplendit.
BLACK DOG MOON
« Hell And Back »
(Independant)
Mené par son chanteur et songwriter Conal Montgomery, BLACK DOG MOON enchaîne déjà avec un deuxième opus, dix huit mois seulement après l’éponyme premier. Avec « Hell And Back », le quintet se montre confiant et affirme son style avec une belle persévérance. Créé par son frontman dans la foulée de Sweetleaf, son ancien groupe, il revendique un savoureux mélange entre un Rock très 80’s, tirant même très franchement sur le Hard Rock, et une atmosphère bluesy bien sentie. Et l’énergie de ce Hard Blues a même une identité très irlandaise dans le ton.
Epaulé par deux jeunes et très talentueux guitaristes (Daniel Martin et Dylan Kelly), le leader du combo peut aussi compter sur Steve Glackin (batterie) et Nicky Brown (basse), qui assurent une rythmique puissante et groovy. BLACK DOG MOON est bien en place, l’équilibre est solide et le propos se veut aussi souvent très personnel. L’alchimie entre les musiciens est très palpable et malgré la diversité, et parfois même le grand écart entre les ambiances des morceaux, l’ensemble est très homogène et ce sont même ces variantes qui font sa force.
C’est avec un Blues langoureux en forme de power ballade que s’ouvre « Hell And Back », preuve que les Irlandais sont sûrs de leur fait en s’offrant d’abord une parenthèse mid-tempo avant de hausser le ton. Dès « Neon Queen », les guitares deviennent incisives et BLACK DOG MOON dévoile un tout autre visage, comme sur « 1985 » ou « Lost My Mind In California ». Assez sombres sur certains titres (« The Ghostly Old Scots Pine », « Heavy Shot Of Love »), « Black Hearts And Diamonds » et le morceau-titre révèlent beaucoup de chaleur. Très convaincant.
Très métissée, la musique d’ERIC VERCELLETTO prend racine en Bretagne, parfait champ des possibles pour aller piocher dans d’autres cultures des tonalités, des rythmiques et des échos qui viennent se lier, épicer et apporter des saveurs lointaines à un ouvrage aussi atypique que familier. « Beg An Dorchenn Project » est l’idée un peu folle de ce guitariste, claviériste, flûtiste, compositeur, arrangeur et producteur, qui a su faire le pont entre ses premières amours intimement liées à son pays avec des réverbérations quasi-universelles.
ERIC VERCELLETTO
« Beg An Dorchenn Project »
(Independant)
Ce premier album d’ERIC VERCELLETTO tient littéralement de l’épopée. Démarrée il y a plus de dix ans autour de la très inspirante pointe de la Torche dans le Finistère, la fameuse « Beg An Dorchenn », elle est aussi tournée vers le monde avec pour axe central cette avancée rocheuse dans l’océan qui aimante et impulse le socle musical du disque. Car si l’univers du musicien est étroitement lié à la Bretagne et à la musique celtique plus largement, des sonorités brésiliennes, balkaniques et indiennes viennent colorer l’ensemble.
Et de la couleur, « Beg An Dorchenn Project » n’en manque vraiment pas. A l’instar de ce lieu aux paysages si changeants, il hypnotise et envoûte. Enregistrée entre Quimper, Estoril et Berlin, cette première réalisation se veut transcontinentale dans le son et ce sont des musiciens issus d’horizons éloignés, plus d’une dizaine en plus du Bagad Penhars, qui se sont joint à ERIC VERCELLETTO. Sur une trame contemporaine, parfois jazzy ou classique, la jonction avec la tradition est aussi fluide qu’évidente, la virtuosité de chacun faisant le reste.
Bien qu’il s’agisse d’une autoproduction, la qualité de « Beg An Dorchenn Project » n’a rien à envier aux grosses cylindrées mainstream du genre. Au contraire, l’authenticité qui émane des dix morceaux est le fruit des rencontres d’ERIC VERCELLETTO avec des artistes dont il partage la vision et avec qui il a noué de solides amitiés. Surtout instrumental, quelques voix survolent aussi cet opus captivant avec légèreté (« An Nor I &II », « Kerz A Rimp Beteg De Jujuy », « Larry Den », « Marig Ar Pollanton », « Kelch’h Dogor ») De toute beauté !
L’album est bien sûr disponible sur le site de l’artiste : www.vercelletto.com
Imprévisible et très créatif, THOMAS FRANK HOPPER ajoute un magnifique nouveau chapitre à son aventure musicale. Toujours entre Blues et Rock, « Wild Ones Never Die » montre que le Belge est capable d’aller encore plus loin dans un registre parfaitement maîtrisé, où son écriture est encore plus libre, son jeu de guitare sauvage et incisif et ses parties vocales très assurées. Entouré de quelques invités, il élargit encore un peu plus son univers et offre à cette nouvelle production un souffle rafraîchissant.
THOMAS FRANK HOPPER
« Wild Ones Never Die »
(Independant)
Après « Bloodstone » (2021) et surtout « Paradize City » (2023) qui l’a véritablement révélé et qui lui a probablement ouvert les portes du tremplin de l’European Blues Challenge à Memphis où il s’est hissé jusqu’en quart de finale l’an dernier, THOMAS FRANK HOPPER s’est désormais fait une belle place sur la scène Blues Rock de côté de l’Atlantique. Avec « Wild Ones Never Die », le chanteur et guitariste affirme encore un peu plus son style fait de multiples influences et de couleurs artistiques, qui le rendent aujourd’hui très identifiable. Et son crossover entre Rock, Blues et d’autres teintes fait encore des merveilles.
Enregistré en moins de dix jours en Normandie, le musicien livre son album le plus abouti, celui de la maturité peut-être, diront certains. Le songwriting est affûté et inspiré, les structures des morceaux étonnantes et audacieuses et sa fameuse ‘lapboard’ jamais bien loin. Et si le chant de THOMAS FRANK HOPPER a gagné en assurance et en variation, il fait cette fois-ci un peu de place à des guests triés sur le volet et qui apportent un vrai supplément d’âme. Sans faire dans le clinquant, les combinaisons se font avec beaucoup de naturel et dans un feeling partagé et commun.
Du direct et envoûtant « Ready To Thrive » au plus délicat « Zippin Pippin », on pourrait citer tous les morceaux, tant ils diffusent des saveurs particulières. Accrocheur et bardé de refrains entêtants, de guitares flamboyantes et d’un groove irrésistible, « Wild Ones Never Die » se dévoile à chaque écoute (« Freak Show », « Six Feet Underground », « Jackie Brown », « Idiocracy »). Offrant une touche façon Eminem sur « Never Lonely » avec Jacob Miller, saisissant de vérité avec l’excellente chanteuse croate Vanja Sky sur « Wild Birds » et solaire sur « Open Road » avec Meri Lu Jacket à ses côtés, THOMAS FRANK HOPPER régale.
Photo : Loreta Mander
Retrouvez l’interview donné à l’occasion de la sortie de « Paradize City » et la chronique de l’album :