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International Metal Progressif Sludge

Mastodon : l’introspection [Interview]

Soyons clairs, le 28 août dernier, MASTODON a sorti l’album de l’année. Une évidence difficilement contestable pour tout fan de Metal, tant « Marrow Deep » explore des sphères et des atmosphères multiples, en puisant au plus profond de l’identité-même du groupe et avec la technicité qu’on lui connaît. Avec un style d’une telle richesse, regroupant en son sein autant de courants, la formation d’Atlanta semble être parvenue sur ce neuvième opus à un sommet de son art. Son Metal aux accents Sludge et aux teintes progressives, est plus percutant que jamais et la maîtrise affichée dévoile une musique d’une fluidité absolue. Si la présence d’une impressionnante liste d’invités apporte encore plus de saveur à l’ensemble, on retiendra aussi le moment très particulier dans lequel « Marrow Deep » surgit dans la vie du quintet. Fondateur, batteur, chanteur et compositeur, Brann Dailor revient sur ces dernières années en évoquant «Hushed And Grim », le concert-hommage à Black Sabbath, les récents changements de line-up et plus largement sa vision de la musique. Entretien.

– Sans revenir sur les drames personnels qui vous ont directement touchés, ainsi que l’ouragan Hélène il y a deux ans et dont vous parlez dans le morceaux « In The Ruins », est-ce qu’il y a eu un moment où vous avez pu vous dire : ça commence à faire beaucoup ? Y a-t-il eu un certain fatalisme au sein du groupe à une période ?

(Silence) Je ne suis pas sûr… (Rires) Cela a été un moment difficile et long. Mais ça n’a pas été comme si nous nous étions arrêtés, car nous avons continué malgré tout. L’album a été compliqué à faire, car beaucoup de choses ont été bousculées, beaucoup plus que d’habitude. Que ce soit dans notre vie de manière générale et collective comme dans la vie personnelle de chaque membre, tout a été compliqué. Je pense que c’est ce qui explique qu’il nous aura fallu cinq ans pour y arriver. Mais nous sommes là, nous sommes passés de l’autre côté ! (Sourires)

– Ce qui est assez extraordinaire, c’est que vous donnez le sentiment de vous être alimentés de tous ces évènements pour afficher aujourd’hui une énergie et une force décuplée. « Marrow Deep » est probablement votre album le plus intense et dense à ce jour. Est-ce que tout ça vous a finalement aidés à inverser le cours des choses et à nourrir aussi votre inspiration ?

Oui, c’est certain. Je sais qu’à la sortie de « Hushed And Grim » (en 2021 – NDR), il y avait beaucoup de mélancolie qui se ressentait sur l’album. C’était dû à la pandémie et aux divers sentiments qui nous ont traversés à ce moment-là. Et puis, nous avions aussi perdu notre ami et manager Nick John… C’est comme ça que nous nous sentions à l’époque. Ensuite, on s’est retrouvés à avoir beaucoup de temps devant nous, comme la majorité des gens, et c’est ce qui nous a conduit à composer ce double-album. Cela dit, je pense que nous avions aussi voulu faire une sorte de volte-face en catalysant toute cette énergie engrangée à ce moment-là. Ça a été une espèce de mission, car nous n’avions bien sûr pas anticipé tous ces changements et ces tragédies. C’est une combinaison de tout ça.

Et puis, tu sais, quand tu perds un frère comme Brent (Hinds, guitariste et chanteur décédé en 2025 – NDR) et que tu dois aller en studio dix jours après, tu ressens vraiment le besoin de jouer, de chanter et d’écrire sur ce qui vient de se passer. Quand c’est quelqu’un d’aussi proche de toi et qui a le même âge, tu te sens obligé de chérir ta vie. Tu veux à tout prix te sentir vivant et je pense que c’est ce qui s’est passé pour nous tous pendant l’enregistrement. L’urgence à ce moment-là était de jouer quelque chose de rapide et de chaotique. J’avais vraiment besoin de me sentir vivant derrière ma batterie et en chantant… Et cela se ressent forcément dans l’album. Cela a aussi, d’une certaine manière, aidé à sa construction.

– « Marrow Deep » est donc votre neuvième album et peut-être aussi le plus contrasté. Il y a une tension très palpable, qui tient presque de la rage et de la colère, et aussi des moments très aériens et délicats, comme si vous observiez les choses de plus haut. Est-ce l’album le plus personnel et introspectif que vous ayez enregistré jusqu’à présent ?

Oui, je pense. Tout était tellement frais quand nous sommes allés en studio enregistrer. Tout ce que vous entendez sur l’album est le reflet de ce que nous sommes en tant que groupe dans notre quotidien. Les sentiments sont partout, mais ils sont finalement très rares. Il nous a fallu prendre la décision de sortir de tout ça, de nous mettre à nu, ou au contraire aussi de se cacher. On s’est retrouvé dans l’obligation de s’ouvrir à la critique de nos sentiments les plus profonds et les plus sombres. C’est parfois très difficile à faire. Mais je pense qu’avec l’aide de tous ceux qui étaient là avec nous en studio, nous avons acquis le fait qu’il n’y avait pas de mal à être si vulnérables et on a retrouvé beaucoup d’assurance. En effet, c’est probablement notre album le plus personnel, notamment au niveau des textes.

– Dans cette même optique, vous vous êtes aussi inspirés des Moires de la mythologie grecque et de ses trois divinités qui relient la vie, la perte et le destin en conclusion de l’album sur le morceau « The Three Fates », avec Neil Fallon de Clutch. Est-ce que, de cette manière, vous considérez « Marrow Deep » comme le début d’un nouveau chapitre pour MASTODON, car c’est un peu l’impression qu’il donne ?

Oui, je le pense vraiment et spécialement sur et avec cette dernière chanson, « The Three Fates ». Cela se ressent surtout sur le troisième mouvement, qui est une conversation musicale entre João (Nogueira, claviers – NDR) et Nick (Johnston, guitare – NDR) qui devient fusionnelle. Pour nous, c’est un regard très réconfortant sur l’avenir du groupe. Cela arrive en fin d’album et on ressent peut-être l’angoisse, la tristesse et l’introspection qu’il y a tout au long de l’album. C’est un focus sur la musique de ces deux musiciens, qui sont les derniers arrivés dans l’équipe. Pour moi, cela représente l’avenir et ça dit aussi que tout va bien. C’est une fin très réconfortante ! (Sourires)

– Justement, un mot aussi sur Nick Johnston (guitare) et João Nogueira (claviers), vos deux anciens musiciens de scène qui vous ont officiellement rejoints. J’imagine que leur intégration s’est faite naturellement, mais est-ce que vous avez songé un moment à d’autres nouveaux partenaires ?

Non, pas du tout, car João est arrivé au moment de « Hushed And Grim ». il a joué un peu en studio, puis il est venu avec nous en tournée. Cela fait maintenant cinq ans qu’il est avec nous et c’est un musicien incroyable. Et Nick est là depuis environ deux ans et c’est un mec formidable aussi et un grand musicien. Même s’il a été créatif, il n’a pas eu l’occasion de s’exprimer pleinement, parce que nous avions déjà écrit beaucoup de choses avant son arrivée. J’ai vraiment hâte de répéter avec eux deux dans le futur. Nick a déjà proposé des riffs, des parties entières et des morceaux presque complets et il est vraiment très enthousiaste ! Ce sont tous les deux des gens et des musiciens incroyables et il y a une super ambiance entre nous. Ils sont très créatifs et c’est exactement ce dont nous avons besoin.

– D’ailleurs, vous coproduisez aussi « Marrow Deep ». Est-ce que, vu le contexte, vous avez tenu à être plus présents que d’habitude dans le processus complet de l’album, qui a été enregistré dans votre studio, mais que vous avez laissé d’autres mixer ?

En fait, nous sommes toujours producteurs, ou coproducteurs de nos albums. Nous n’avons jamais envoyé nos idées à quelqu’un d’autre. En revanche, c’est agréable d’avoir un regard extérieur une fois que les choses ont bien avancé. On peut rester bloqué sur un arrangement ou une chanson pendant des mois et c’est là qu’une autre perspective peut faire avancer des situations. Changer ou déplacer une partie, par exemple, peut vraiment changer un morceau. Donc, pour cette raison, c’est sympa. Mais pas trop non plus, c’est notre groupe ! (Rires) Nous sommes des grands garçons et nous savons ce que nous voulons. Mais nous restons ouverts à d’autres propositions quand elles viennent de personnes, qui ont suffisamment d’expérience pour cela. Oui, nous sommes toujours les seuls responsables de notre musique ! (Sourires)

– Sur « Marrow Deep », vous accueillez aussi des guests de renom comme Josh Homme, la rythmique de Converge, le chanteur de Clutch, Neil Fallon, votre ami Randy Blythe de Lamb Of God ou encore l’ex-Black Sabbath Geezer Butler. Est-ce que les circonstances ont fait que vous aviez besoin du soutien d’amis musiciens, ou est-ce une démarche purement artistique ?

C’est un peu des deux, à mon avis. En le faisant, je n’ai pas réfléchi à ce que nos amis pouvaient s’imaginer. Peut-être qu’ils pensaient que nous étions blessés et qu’ils aimeraient aider si possible. Après, ce n’est pas quelque chose d’exceptionnel. Nous avons toujours eu des invités sur nos albums. En fait, nous sommes même toujours en train de chercher ! (Sourires) Le plus spécial était probablement d’avoir Geezer Butler. Nous avons baigné pendant des mois dans Black Sabbath, ce qui a aussi été amplifié avec le concert ‘Back To The Beginning’. Donc, tout était très frais dans nos esprits. Je me suis dit que l’intro d’une chanson comme « The Vanishing » lui conviendrait parfaitement. On lui a demandé et on a eu la chance qu’il accepte. C’était très excitant et aussi un grand honneur de l’avoir sur l’album. C’est le mec le plus cool que j’ai jamais vu ! (Sourires)

– Un mot aussi sur notre ‘Frenchy’, Joe Duplantier de Gojira, sur « The Vanishing » avec qui vous êtes amis de longues dates. Comment se concrétise cette connexion entre vous depuis si longtemps ?

Nous avons toujours été similaires dans notre façon de nous présenter l’un à l’autre et nous sommes animés d’une même mentalité artistique, je crois. Nous nous connaissons depuis de longues années et nous sommes très proches. On a toujours eu envie d’avoir Joe, ou l’un des membres de Gojira sur nos morceaux. Et ce moment s’est présenté avec ce titre très lourd. Joe possède la voix parfaite avec son scream puissant. C’était l’occasion idéale pour l’accueillir. Il était super content et qu’il y ait aussi Geezer Butler sur le morceau a été la cerise sur le gâteau ! (Sourires) Nous aimons vraiment les gars de Gojira. On a commencé à tourner ensemble en 2014 et notre relation a beaucoup de sens. Nous sommes toujours en contact et on s’envoie beaucoup de messages. Nous sommes de bons amis et c’était génial d’avoir Joe sur l’album. C’est le meilleur ! (Sourires)

– Par ailleurs, les gens te connaissent surtout en tant que batteur, mais tu es aussi chanteur, bassiste et compositeur. Comment se passe le processus d’écriture au sein de MASTODON ? Chacun apporte ses morceaux ou le travail est-il plutôt collectif ?

C’est un peu plus collaboratif aujourd’hui. Avant, quand nous commencions à écrite, je m’en occupais en général avec Bill (Kelliher – NDR). Nous sommes très proches, car nous vivons à un peu plus d’un quartier l’un de l’autre. Donc, je passe le matin avec un café dans son studio et on commence à tester et imaginer des riffs pour voir si ça sonne bien. Ou alors, j’arrive avec une idée de morceau, par exemple. Je la lui soumets et on en parle. Ensuite, on prend nos guitares et on joue ce qu’on a aimé. Puis, si on se dit qu’il fait trois parties, il nous faut un chorus, un pont, un riff de fin, etc… C’est un peu comme ça qu’on bosse ! (Sourires) On travaille tous les deux environ huit heures par jour, peu importe le nombre de journées qu’on y passe. On pose les bases, en fait. Mais parfois, il arrive aussi que quelqu’un arrive avec un morceau complet et c’est toujours bienvenu. Mais c’est vrai que sur les derniers albums, Bill et moi entrions en studio avec beaucoup de matières, plus ou moins abouties, que nous présentions. Cela dit, sur « Hushed And Grim », Brent (Hinds – NDR) avait aussi apporté quelques idées et nous avions travaillé les arrangements ensemble pour les faire aboutir.

– L’an dernier, vous avez joué au fameux concert ‘Back To The Beginning’ pour célébrer Black Sabbath. Comment as-tu vécu ce moment et que représentait Ozzy pour toi ? Une sorte de père spirituel ? Un mentor ?

Oui, Black Sabbath et Ozzy sont tout pour moi. Ils ont inventé cette forme d’art qu’on appelle le Heavy Metal. C’est une sorte de lieu où nous pouvons nous exprimer et laisser flotter le drapeau de cette musique. C’est la tribu à laquelle j’appartiens ! Tu sais, j’écoute toutes sortes de musiques et il y a beaucoup de choses que j’aime dans tous les genres. Mais le Heavy Metal est vraiment celui auquel je m’identifie. Et cela vient aussi de mes souvenirs d’enfance. J’ai grandi en écoutant du Metal avec Black Sabbath et Ozzy, Iron Maiden et Judas Priest. Un peu plus tard dans ma scolarité, ça a été Metallica, Slayer et les autres. Tous mes amis écoutaient ça ! Depuis mes six ans, Ozzy a toujours été là. Quand j’étais petit, je croyais même que c’était un personnage de dessin animé ! Je trouvais qu’il avait une tête de chauve-souris et qu’il était fou ! (Rires) Tout le monde autour de moi aimait Ozzy !

Alors, être invité à ce concert a été l’un des plus beaux jours de ma vie. Jouer dans ce stade et en premier… C’était le plus grand honneur que je pouvais espérer. Et puis, je ne voulais pas qu’on soit le groupe qui fait de la merde ! (Rires) J’avais carrément toutes les paroles des morceaux sur un tom de ma batterie. C’est vraiment le truc le plus cool que j’ai pu faire ! (Sourires) C’était juste 15 minutes, mais c’était comme sortir d’un avion après avoir fait un voyage. Cela a vraiment été l’une des expériences musicales les plus marquantes que je n’ai jamais faites. Et il y avait tellement d’amour dans l’air, tout le monde était très excité. C’est l’un des meilleurs concerts auquel j’ai assisté aussi, car c’était la célébration des fans de Heavy Metal pour eux-mêmes et ils honoraient aussi leurs pères en montrant qu’ils étaient très fiers de faire partie de cette communauté. La veille à Birmingham, l’ambiance était incroyable. Et puis, c’était également la même chose pour tous les groupes qui ont joué. On avait tous le même objectif. Nous étions là pour honorer Black Sabbath et Ozzy et leur offrir le rendez-vous qu’ils méritaient en leur montrant tout notre respect pour tout ce qu’ils ont donné en tant que musiciens. Il y avait un sentiment très fort de fierté. Que ce soit Metallica, Slayer, Tool, Alice In Chains, Lamb Of God, Gojira et tous les autres : on leur a tout donné. Personne n’était au-dessus de l’autre. Et ensuite, je suis allé dans le public, j’ai pris une bière et j’ai commencé à fêter ça avec tout le monde. Et quand Ozzy est arrivé, on a tous commencé à pleurer ensemble et à chanter. C’était vraiment incroyable…

– J’aimerais qu’on dise aussi un mot de « Floods Of Triton », ce morceau que vous aviez sorti avec Lamb Of God il y a deux ans. Outre le fait de vous retrouver entre amis, quelle était votre intention en sortant un titre hors-album, pour les deux groupes d’ailleurs ?

En fait, nous étions en tournée pour célébrer l’anniversaire des vingt ans de leur album « Ashes Of The Wake » et celui de « Leviathan », le nôtre. Par pure coïncidence, ils étaient sortis le même jour en 2004. Et il y a dix ans peut-être, nous nous sommes dits que si nous étions encore vivants, il faudrait faire une tournée ensemble pour célébrer ces deux disques qui sont sortis ensemble ! (Sourires) Tu sais, c’est compliqué d’être dans un groupe qui dure dans le temps. Nous sommes chanceux de ce point de vue-là. Alors, il fallait fêter ça ! Donc, c’était cool de faire le lien entre nos deux groupes à travers cette tournée. Et puis, nous avions ce morceau que nous pensions parfait pour Randy (Blythe, chanteur de Lamb Of God – NDR). Oui, je pense que cela s’est bien passé et j’aime beaucoup ce titre ! (Sourires) Les gars de Lamb Of God sont des gens que j’adore, ce sont vraiment des amis.

– Enfin, pour vous suivre depuis longtemps et pour vous avoir aussi vu au Bataclan à Paris en 2012 sur la tournée de « The Hunter », MASTODON donne l’impression d’avoir éclairci son jeu, tout en restant fidèle au Sludge et au Stoner. Etes-vous en quête de précision musicale, ou c’est une évolution finalement très naturelle ?

Je pense que c’est assez naturel. Quand tu as l’opportunité d’écrire de nouvelles chansons, tu vois ce qui se passe et tu es toujours excité de continuer dans cette perspective. C’est intéressant de regarder le passé avec le recul et de voir ce qui te fait toujours vibrer. Pour ce qui concerne la précision musicale, de mon pont de vue, quand je suis derrière ma batterie et que je fais un concert, j’essaie toujours d’être le plus parfait dans mon jeu. En tout cas, j’essaie ! (Sourires) Et il y a toujours des trucs qu’on oublie de faire, ou d’autres qu’on est content d’avoir trouvés ! C’est toujours très amusant ! (Rires) Par ailleurs, je recherche aussi cette expérience spirituelle en étant sur scène avec les gars et toucher cet instant dans une chanson qui peut atteindre un sommet. Je cherche toujours ce moment-là. Atteindre ça derrière ma batterie, le tout combiné à d’autres impacts émotionnels, est une chose qui reste gravée pour toujours. A ce moment-là, il y a une véritable et réelle connexion avec le public… Je les vois chanter… C’est ça que je recherche en fin de compte ! (Sourires)

Le nouvel album de MASTODON, « Marrow Deep », est disponible chez Loma Vista Recordings.

Photos : William Lacalmontie (1, 4, 5) et Deathcats (2).

Retrouvez la chronique de l’album…

… Et celle de « Hushed And Grim » :

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Hard Rock Heavy Stoner International

The Quill : through dark clouds [Interview]

Les groupes de la trempe de THE QUILL se font de plus en plus rares, comme une espèce en voie de disparition face à une scène mondiale Rock et Metal, qui tend inévitablement vers une uniformité aussi triste que blafarde et insignifiante. Or, en plus de 30 ans de carrière, les Suédois n’ont jamais dévié d’une trajectoire qui passe par un Heavy Stoner couplé à un Hard Rock massif, et qui se renouvellent toujours au fil des albums. Sur « Master Of The Skies », la maturité, l’expérience et la créativité se disputent le premier rôle dans un unique et tourbillonnant élan. Le quatuor y atteint des sommets, déploie avec force une identité forgée au fil des disques et des tournées par quatre musiciens au caractère affirmé. Robustes et alimentant toujours une petite lueur vintage réconfortante, les Scandinaves se montrent d’un impact encore une fois redoutable, et c’est leur bassiste au groove granitique, Roger Nilsson, qui revient sur ce nouvel opus déjà incontournable.

– Même si vous n’avez jamais caché votre admiration pour le groupe, j’ai l’impression que « Master Of The Skies » est le plus sabbathien de vos albums. Est-ce que, même inconsciemment, la mort d’Ozzy a pu avoir un impact sur son écriture ?

La majeure partie de l’album a en réalité été écrite avant le décès d’Ozzy, donc il n’y a pas eu de tentative consciente de s’inspirer de lui plus que d’habitude. Mais soyons honnêtes : Ozzy et Black Sabbath font partie intégrante de notre musique depuis le début. C’est en partie grâce à eux que nous avons commencé à jouer de la musique. Nous avons d’ailleurs donné un concert hommage à Ozzy en plein milieu de l’enregistrement, alors je pense que quelques petites touches Black Sabbath se sont glissées dans l’album sans même que nous nous en rendions compte. Plus inconsciemment qu’intentionnellement. Mais oui… c’est encore irréel qu’il soit parti. On perd nos héros à un rythme alarmant ces temps-ci, et c’est déchirant. C’étaient les géants sur les épaules desquels nous nous sommes hissés.

– Est-ce qu’après presque 35 ans de carrière et une douzaine d’albums à votre actif, le fait de vous retrouver à nouveau aux studios 491 à Oskarshamn avec Erik Nilsson peut avoir quelque chose de rassurant et de confortable, puisque vous y avez vos habitudes maintenant ? Cela peut aussi contribuer à un certain bien-être et une meilleure concentration, non ?

Absolument. Erik est presque un cinquième membre du groupe, sans pour autant avoir à apprendre la setlist par cœur ! (Sourires) Il sait parfaitement quand nous pousser, quand nous freiner, et quand dire à quatre musiciens de Rock têtus d’arrêter de se disputer et de se remettre au travail. Nous sommes tous des créatifs au caractère bien trempé, alors l’ambiance peut vite devenir électrique en studio. Erik est celui qui intervient, tape dans les mains et dit : « Ça suffit les gars ! Voilà la direction à prendre ». Et il a généralement raison. Le Studio 491 est aussi incroyablement pratique. Magnus, Christian et moi habitons à une demi-heure d’ici, donc on ne perd pas des heures dans les transports et des hôtels hors de prix. C’est un peu notre deuxième salon, avec une meilleure acoustique… (Sourires)

– « Master Of Skies » est un album percutant, mais surtout très atmosphérique avec une sensation sonore qui créé une sorte d’unité. Est-ce que vous l’avez conçu et composé comme un album concept, car il y a certains aspects notables dans sa structure ?

Ce n’est pas à proprement parler un album concept, mais nous l’avons abordé avec une structure très précise. Nous voulions offrir une expérience d’écoute complète, quelque chose qu’on apprécie du début à la fin, et non pas une simple liste de chansons. Nous avions près de 30 titres composés, et nous avons donc passé beaucoup de temps à choisir ceux qui se complétaient et créaient des ambiances différentes. Pour la toute première fois, la tracklist était quasiment définitive avant même le début de l’enregistrement. Cela nous a permis de façonner l’atmosphère de l’album de manière beaucoup plus réfléchie.

– D’ailleurs, vous ouvrez avec le morceau-titre que l’on retrouve également en reprise en fin d’album, comme pour boucler la boucle ? Est-ce une chanson qui vous a suivi tout au long du processus ? Et l’avez-vous d’ailleurs composé en tout premier ?

Le morceau-titre a été composé très tôt dans le processus et, à l’origine, les deux parties étaient assemblées en un seul long morceau. Mais une fois que nous avons envisagé l’album comme un voyage complet, l’idée nous est venue de l’encadrer, c’est-à-dire de commencer et de terminer par le même thème pour créer un sentiment d’achèvement. Cela nous a semblé juste et presque cinématographique. Comme si l’histoire commençait et se terminait au même endroit, mais que l’auditeur n’était plus la même personne.

– « Master Of Skies » est sans doute l’un des albums les plus sombres de THE QUILL. Pourtant, il y a toujours un aspect lumineux comme sur « Son Of Light », par exemple. On a presque l’impression que le travail sur les contrastes a été aussi important que sur les mélodies elles-mêmes. Est-ce le cas ?

Absolument. On a toujours adoré mélanger des riffs puissants avec des passages plus doux et lumineux. Beaucoup de groupes de Heavy Metal aujourd’hui enchaînent les riffs à un rythme effréné, et au bout de quelques morceaux, mes oreilles commencent à souffrir. Mais quand on intègre des passages plus légers, les parties puissantes ont un impact bien plus fort. Tout est une question de dynamique, d’ombre et de lumière. Comme dans la vie. On n’apprécierait pas son plat préféré si on devait le manger tous les jours, pas vrai ? (Sourires)

– La patte et le style de THE QUILL sont toujours très identifiables et son groove inimitable. Est-ce ce qui rend le groupe si intemporel, et êtes-vous d’ailleurs dans cette quête qui transcende les modes ?

Je le crois. Tous les quatre, nous avons une alchimie très particulière, une façon de jouer ensemble qui a quelque chose de presque magique. Et honnêtement, on essaie de ne pas trop l’analyser. On ne voudrait pas réveiller la magie et briser le charme par inadvertance. On fait ça depuis plus de 30 ans. Les modes sont allées et venues, l’industrie musicale s’est réinventée plusieurs fois, et la façon dont les gens écoutent de la musique a complètement changé. Mais nous sommes restés fidèles à nous-mêmes. On écrit avec le cœur, on joue ce qui nous semble juste et on a toujours fait les choses à notre façon. Pour paraphraser Sinatra : on l’a fait à notre manière. (Sourires)

– « Master Of The Skies » est un album puissant, qui montre beaucoup de caractère à travers toutes les ambiances qu’il traverse. Pensestu, comme moi, que THE QUILL est aujourd’hui à un sommet de sa carrière ?

THE QUILL se porte vraiment bien ces temps-ci, peut-être même mieux que depuis longtemps. On ressent une confiance et une sérénité au sein du groupe, fruits de trois décennies passées à faire les choses à notre façon, à traverser les modes et à toujours ressentir cette étincelle. Nous sommes créatifs, productifs et, surtout… nous prenons du plaisir. Ça peut paraître simple, mais après tant d’années, c’est vraiment le secret. Nous sommes toujours quatre personnes qui aimons jouer ensemble, à débattre juste ce qu’il faut pour que ça reste intéressant, à découvrir de nouvelles idées et à sentir que la musique a toujours autant d’importance. Il y a aussi un profond sentiment de gratitude : les gens s’intéressent encore à nous, nous écoutent encore, viennent encore à nos concerts. On ne tient plus ça pour acquis et on apprend à l’apprécier encore davantage avec l’âge.

– Enfin, j’aimerais avoir ton regard sur ces trois dernières décennies durant lesquelles l’industrie musicale a connu de gros bouleversements. L’adaptation est toujours en cours et l’IA commence aussi à émerger. Comment peut-on encore rester un acteur important dans ce climat ? Et la liberté va-t-elle venir de l’indépendance des artistes, ou certaines structures ont encore du poids, selon vous ?

Excellente question. Je pense que tout dépend de la raison pour laquelle on fait de la musique. Si votre objectif est de suivre les tendances, de dominer les classements et de vous conformer à la mode du moment, alors oui, l’IA représente une réelle menace. Elle peut imiter les tendances plus rapidement que n’importe quel humain. Mais si votre objectif est de créer une musique qui puise son inspiration dans des émotions humaines authentiques, alors je pense que le public en aura toujours besoin. Peut-être même plus aujourd’hui, alors que tant de choses autour de nous deviennent artificielles. L’authenticité comptera plus que jamais. De la vraie musique, créée par de vraies personnes pour de vrais auditeurs.

Le nouvel album de THE QUILL, « Master Of The Skies », est disponible chez Metalville.

Photos : Johan Gustavsson (1, 4)

Retrouvez aussi les chroniques de « Wheel Of Illusion » et « Earthrise » :

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Proto-Metal Stoner Doom

Margarita Witch Cult : breuvage maléfique

S’il ne fait pas dans le détail, le Stoner Doom du trio britannique se meut pourtant dans une harmonie toute personnelle, malgré des déflagrations aussi soudaines que régulières. Avec « Strung Out In Hell », MARGARITA WITCH CULT impose son style et ne manque pas d’imagination. Ecorché et enflammé, le combo sort des ténèbres pour se montrer intraitable. Stoner, Doom et attaché au Heavy Metal originel, il fracasse méticuleusement tout sur son passage.

MARGARITA WITCH CULT

« Strung Out In Hell »

(Heavy Psych Sounds)

Deux ans après un premier album remarqué, le trio de Birmingham vient enfoncer le clou avec « Strung Out In Hell », brûlot explosif et démoniaque. Et forcément, lorsqu’on est originaire de la ‘Sabbath City’, berceau du Metal, il est difficile de ne pas y trouver quelques références que MARGARITA WITCH CULT semble parfaitement assumer. Pas franchement Heavy Metal malgré des embardées rappelant ponctuellement la NWOBHM, le Stoner Doom des Anglais se veut surtout épais, massif et teinté de proto-Metal.

Avec un héritage revendiqué, Scott Abbott (guitare, chant), George Casual (batterie) et Jim Thing (basse) s’ouvrent les portes de l’enfer de la manière la plus débridée qui soit dans un maelstrom décibélique au groove épique et dans une ambiance maléfique. Très 70’s dans l’esprit, on retrouve chez MARGARITA WITCH CULT quelques éclairs que n’auraient pas renié Alice Cooper, Deep Purple et bien sûr Black Sabbath. Et, passé à la moulinette Stoner, l’ensemble prend une dimension grasse et écrasante.

La tempête commence dès les premières notes de « Scream Bloody Murder » et ne faiblit pas un instant sur « Conqueror Worm » et « Witches Candle ». L’entame est lourde et fulgurante. Mais c’est sans compter sur le sens de l’humour de MARGARITA WITCH CULT qui nous balance une reprise façon bulldozer et bardée de riffs taillés à la hache de « White Wedding » de Billy Idol. Une petite douceur avant l’agressif « Dig Your Way Out », puis « The Fool » et son dantesque solo de saxo. Un retournement de cerveau dans les règles !

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Heavy metal Livre

Children Of The Sabbath : au nom des pères [Livre]

C’est dans la lignée de leur podcast du même nom que les auteurs de CHILDREN OF THE SABBATH ont eu l’idée de poursuivre l’aventure dans une version matériel de leur travail. Alors, quoi de mieux qu’un livre, et qui de meilleures que les Editions Des Flammes Noires pour mettre tout cela sur papier et offrir cet essentiel brin d’éternité ? 66 chansons pour plus de cinq décennies de carrière, les dilemmes ont dû être nombreux, mais le résultat est plus que convaincant et toujours aussi bien illustré.

CHILDREN OF THE SABBATH

Guillaume Fleury/Gabriel Redon/Mathieu Yassef

(Editions Des Flammes Noires)

Considéré probablement à juste titre comme les pères du Heavy Metal, et même du Doom en allant plus loin, Black Sabbath a secoué une bonne fois pour toutes le monde du Rock et au-delà un vendredi 13 février (cela ne s’invente pas !) de 1970. Et il n’y a pas seulement dans la ville de Birmingham que la terre a tremblé. Le séisme s’est propagé avec énergie par delà les îles britanniques. Et en tendant bien l’oreille, il résonne toujours 55 ans plus tard chez tous les fans, devenus les enfants de cette formation pionnière, si créative et incontournable.

Bien sûr, résumer Black Sabbath en 66 morceaux, alors que le groupe affiche une vingtaine d’albums, est de l’ordre de l’impossible. Car, même s’il y a de grands classiques, c’est sans compter sur les goûts de chacun qui, eux aussi, alimentent la légende. Et n’éluder aucune période de la très mouvementée carrière des Anglais n’a sûrement pas dû être la plus facile des taches. Car, après l’emblématique Ozzy Osbourne, quelques frontmen de très haut vol se sont succédé, avec plus ou moins de réussite, s’inscrivant eux aussi dans cette grande Histoire.

Si l’on peut dénombrer une bonne dizaine de chanteurs à avoir tenu l’étendard du groupe, ils sont près de trois fois plus à s’être relayés à la basse, à la batterie ou aux claviers. Mais pour l’essentiel, et sans doute aussi pour nos auteurs, le line-up idéal semble celui composé de Tony Iommi (guitare), Geezer Butter (basse), Bill Ward (batterie) et de l’inamovible et incontestable Ozzy. Titre après titre, l’odyssée du combo jaillit comme au premier jour, et on comprend très vite qu’il n’y aura qu’un seul et unique Black Sabbath sur cette bonne vieille Terre.

100 pages – A partir de 19€ suivant les versions sur le site des Editions Des Flammes Noires : https://edt-flammes-noires.com/produit/black-sabbath/

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Heavy metal Proto-Metal

Sahg : born in hell

Sans détour et sans fioriture, le Heavy Metal teinté de Doom du trio norvégien propose un retour aux sources démoniaque et fougueux. Rugueux et brut, ce nouvel album va à l’essentiel sur dix morceaux exaltants et dynamiques. Le registre de SAHG est imparable et « Born Demon » se présente déjà comme un album majeur du groupe, dont le line-up s’est d’ailleurs resserré.

SAHG

« Born Demon »

(Drakkar Entertainment)

Personne ne déteste fondamentalement le proto-Metal ou, pour être moins technique, le Heavy Metal originel, c’est-à-dire celui de Black Sabbath en l’occurrence. Et c’est une bonne chose, puisque SAHG n’a pas dévié d’un iota son ambition des débuts. Mieux, le trio nous plonge dans un Metal revival 70’s et 80’s parfaitement orchestré. Les riffs rivalisent avec la rythmique en termes de pesanteur et le chant nous transporte à son tour.

Si les ombres d’Ozzy et de Tommy Iommi plane sur ce sixième album des Scandinaves, on ne saurait leur en tenir gré, tant le trio a mis toute son âme sur ce « Born Demon ». Les riffs sont costauds et appuyés, la rythmique est solide et massive et surtout l’envie est bel et bien là. L’esprit old school de SAHG rayonne et on se laisse prendre au jeu sans mal, car l’interprétation est magistrale et le feeling constant.

Cette immersion au cœur des origines du Heavy Metal montre aussi toute l’authenticité du groupe et le beau travail de production réalisé par Russ Russell (Napalm Death, Dimmu Borgir) offre de belles perspectives (« Fall Into Fire », « Evil Immortal », « Salvation Damnation », « Destroyer Of The Earth »). SAHG se montre original et furieux et « Born Demon » est une offrande du meilleur effet.

Photo : Francisco Munoz
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Hard Rock Heavy metal

Ozzy Osbourne : mad man returns

Est-ce la pléiade d’invités aussi prestigieux qui a redonné toute sa folie et surtout son envie d’en découdre au mad man ? Une chose est sûre, OZZY OSBOURNE est (déjà) de retour et celui-ci est fracassant de classe et laisse de nouveau resplendir l’énorme talent de ce père du Heavy Metal. « Patient Number 9 » chasse les doutes et on retrouve le son, le style, la patte et la créativité de celui qui avait auparavant plongé les années 80 et 90 dans les ténèbres. 

OZZY OSBOURNE

« Patient Number 9 »

(Sony Music)

Malgré une succession de communiqués médicaux assez alarmants ces derniers mois, ainsi qu’un très moyen « Ordinary Man » il y a deux ans, il faut bien reconnaitre que le « Patient Number 9 » se porte aujourd’hui très bien. Avec ce nouvel album, l’iconique OZZY OSBOURNE, rare légende du Heavy Metal encore en activité, vient faire taire l’ensemble de ses détracteurs (mea culpa !), qui ne croyaient plus en cette folie unique qui anime le Britannique depuis toujours.

Loin de se cacher derrière les illustres guitaristes présents, le frontman met en avant sa voix fine et perçante, qui le rend si particulier. OZZY OSBOURNE est d’une justesse incroyable allant jusqu’à afficher une grande ambition artistique que d’aucun croyait perdue. Bien sûr, le Prince des Ténèbres n’a plus rien à prouver et c’est même tout l’inverse. On sent sur « Patient Number 9 » un chanteur radieux et qui, avec un professionnalisme sans faille, s’élève encore un peu plus.

Et ce treizième album solo pourrait bien être celui de la chance, tant il possède tous les ingrédients. Car le noyau dur de « Patient Number 9 » s’articule autour de Chad Smith à la batterie (RHCP), Robert Trujillo (Metallica) et Duff McKagan (GNR) à la basse et du musicien et producteur Andrew Watt, qui a également assuré les guitares rythmiques. Avec la participation du regretté Taylor Hawkins des Foo Fighters, de Josh Homme (QOTSA) et de Chris Chaney de Jane’s Addiction, OZZY OSBOURNE réunit déjà un casting incroyable.

Et sur ce socle somptueux, une pluie de stars déferlent sur les treize (forcément !) morceaux. Et les occasions de se réjouir sont nombreuses. A noter la présence exceptionnelle de Tony Iommi qui, pour la première fois, participe à un album solo d’OZZY sur « No Escape From Now » et « Degradation Blues ». Autres retrouvailles, celles avec Zach Wylde qui voient se reformer ce duo magique sur quatre titres parmi les meilleurs de l’album : « Parasite », « Mr Darkness », « Nothing Feels Right » et « Evil Shuffle ».

Et la fête n’est pas terminée, elle bat même son plein avec Jeff Beck sur le génial morceau-titre en ouverture, puis sur « Immortal » avec Mike McCready de Pearl Jam. Rien n’est impossible quand on est OZZY OSBOURNE. Ainsi, Eric Clapton apporte toute sa finesse bluesy sur « One of Those Days » pour une rencontre du troisième type éblouissante. Grâce à un très bon mix et des arrangements particulièrement soignés, le chanteur signe l’un de ses meilleurs albums depuis très longtemps.

Ceux qui ne donnaient pas chère de la peau d’OZZY OSBOURNE vont en avoir pour leur argent, car il apparaît au sommet de son art et à même de réunir ses fans de la première heure comme la nouvelle génération. « Patient Number 9 » est le disque que l’on n’attendait plus de la part de celui qui multiplie les frasques depuis des décennies. Grand architecte du Heavy Metal, l’ancien Black Sabbath présente des titres épiques, mélodies et sombres, auréolés de cette présence inégalable, qui le rend tellement irrésistible.

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Hard Rock Heavy metal

Tony Martin : éternelle légende du Heavy Metal

Classique et terriblement efficace, ce troisième album solo du frontman TONY MARTIN se meut dans un Heavy Metal teinté de Hard Rock sombre et massif et dont le songwriting est tout aussi précis que féroce. Le Britannique fait parler sa longue expérience sans pour autant sombrer dans la facilité. « Thorns » est enthousiasmant et percutant.

TONY MARTIN

« Thorns »

(Battlegod Productions)

TONY MARTIN est probablement le chanteur, et multi-instrumentiste, anglais le plus méconnu et sous-estimé de la scène Heavy Metal et Hard Rock. Pourtant, le musicien a un CV long comme le bras et surtout un fait d’arme qui reste impressionnant. En effet, le frontman compte la plus longue présence, après celle d’Ozzy, au sein de Black Sabbath avec qui il a sorti cinq albums et un live.

En marge, TONY MARTIN a également tenu le micro chez Aldo Giuntini, Dario Mollo, Empire et Bobby Rondinelli et s’est même fendu de deux opus en solo dont le dernier, « Scream », est sorti en 2005. Et c’est avec un casting de haute volée que le Britannique livre aujourd’hui son troisième effort, « Thorns », dans une veine Heavy Metal et Hard Rock puissante et mélodique.

Avec le batteur Danny Needham (Venom), le bassiste Magnus Rosen (Hammerfall), le guitariste Scott McClellan (Army Of Soul) qui a co-écrit l’album et le légendaire bassiste Greg Smith (Alice Cooper, Blue Öyster Cult, Rainbow, …) TONY MARTIN s’est constitué un groupe de choc pour sortir ce très bon « Thorns », bardé de morceaux imparables (« As The World », « Book Of Shadow », « Crying Wolf », « Passion Killer », « Run Like The Devil », « Thorns »). Un régal !

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Hard Rock Rock

Tommy’s Rocktrip : la route du Rock

Excellent batteur ayant joué avec les plus grands, l’Américain retrouve cette fois les baguettes pour un projet solo, qui nous plonge dans un Hard Rock musclé, simple et très rentre-dedans. TOMMY’S ROCKTRIP respire le Rock’n’Roll et cela s’entend sur chaque note. Un bon et joyeux moment, qui combat aussi toute nostalgie !

TOMMY’S ROCKTRIP

« Beat Up By Rock’N Roll »

(Frontiers Music)

Qu’est-ce qui a poussé un batteur comme Tommy Clufetos à se lancer dans une aventure solo en marge de ses prestigieuses collaborations ? Le plaisir, pardi ! Et c’est sous le nom de TOMMY’S ROCKTRIP que le cogneur vient nous présenter « Beat Up By Rock’N Roll », véritable concentré de tout ce qui l’a influencé depuis les débuts de sa déjà longue carrière. Et à travers onze titres, le musicien de Detroit se régale et nous régale par la même.

Avec un CV comme le sien, on peu aisément comprendre que des envies d’ailleurs et d’une certaine liberté se fassent sentir. Batteur pour Ted Nugent, Rob Zombie, John 5 et surtout Alice Cooper, Ozzy Osbourne et Black Sabbath, TOMMY’S ROCKTRIP peut être perçu comme un retour aux sources pour cet éclectique et très talentueux rockeur du Michigan. Et les soupçons se dissipent rapidement au fil des titres.

L’Américain s’est offert un casting efficace en confiant le chant à Eric Dover (Slash’s Snakepit, Alice Cooper), même s’il pousse lui-même la chansonnette sur « Make Me Smile », le morceau-titre et « The Power Of Three ». Aux guitares, Hank Schneekluth et Nao Nakashima se partagent la tache bien aidés par Eliot Lorengo à la basse et Doug Orguan à l’Hammond. Impulsif, dynamique et enjoué, ce premier album de TOMMY’S ROCKTRIP libère de belles ondes.

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Doom Extrême International Stoner/Desert

Acid Mammoth : une ascension à marche soutenue [Interview]

En l’espace de seulement trois albums et d’un split EP, le quatuor grec ACID MAMMOTH s’est fait une solide réputation dans l’univers Doom européen. Une position qu’il faudra maintenant confirmer sur scène, dès que possible. Une chose est sûre, on a franchement hâte de les découvrir en concert et prendre en pleine face le Stoner Doom lourd et épais des Hellènes. Entretien avec Chris Babalis Jr., guitariste et chanteur du combo.

– Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ACID MAMMOTH n’évolue pas  vraiment à l’allure d’un pachyderme. Trois albums et un split EP en trois ans : la cadence est soutenue. On a presque le sentiment que vous êtes dans l’urgence, c’est le cas ?

C’est vrai que nous avons été très occupés ces deux dernières années. Nous n’étions forcément pressés, mais le processus de chacun de ces albums s’est déroulé de manière assez fluide et naturelle. Nous avions beaucoup d’idées de chansons, donc c’était logique pour nous de les enregistrer plutôt que d’attendre. Nous avons pris notre temps avec « Acid Mammoth » et le suivant « Under Acid Hoof », avec des sorties espacées de trois ans. Quant à « Doom Sessions Vol.2 » et « Caravan », nous pouvons remercier les confinements pour avoir été une source d’inspiration. Dès que nous avons été coincés chez nous, écrire de la musique et être créatif était le seul moyen de préserver notre santé mentale en ces temps sombres. C’’est pour ça que nous avons pu enregistrer ces deux disques en si peu de temps.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, il faut rappeler qu’ACID MAMMOTH est aussi une affaire de famille, puisqu’on te retrouve aux côtés de ton père aux guitares, et vous êtes tous des amis d’enfance. Comment cela se passe-t-il au sein du groupe ? Qui écoute qui ? C’est qui le patron ?

Il n’y a pas de patron dans le groupe, nous travaillons tous ensemble pour atteindre les mêmes buts et les mêmes objectifs. Le simple fait que nous nous connaissons si bien nous permet de travailler encore plus facilement, car nous ne sommes pas seulement les membres d’un groupe qui se rencontrent une fois par semaine pour les répétitions, mais de très bons amis qui traînent ensemble tout le temps. Bien sûr, avoir mon père dans le groupe rend l’équipe encore plus forte, car notre lien indéfectible père/fils nous permet de travailler harmonieusement et ensemble les guitares. Dimos et Marios sont aussi ravis de travailler avec lui car, après tout, ils l’ont bien connu avant qu’on joue tous ensemble. Et nous partageons tous la même fascination pour Black Sabbath. En grandissant et à travers différentes générations bien sûr, on a pu se réaliser à travers le groupe, en jouant ensemble des airs de ‘Sabbath’ et en partageant la même passion pour le Heavy.

– Après un premier album éponyme et autoproduit, vous signez chez l’excellent label Heavy Psych Sounds Records, reconnu pour son catalogue exceptionnel. Quelle a été tout d’abord votre premier sentiment ? Un certain accomplissement, une fierté ?

Nous sommes vraiment fiers de faire partie de la famille HPS et de faire partie de cette liste d’artistes incroyables et que nous admirons. HPS a été formidable depuis le premier jour et nous sommes vraiment heureux. C’est un peu comme notre maison maintenant, après quatre albums sortis chez eux. Nous avons hâte de voir ce que nous ferons ensemble à l’avenir. Si tu me disais quand nous avons commencé ce groupe que, non seulement nous signerions avec Heavy Psych Sounds, mais aussi que nous ferions quatre albums ensemble, je ne l’aurais pas cru. Nous les avons contacté pour une signature potentielle après l’enregistrement de « Under Acid Hoof », et Heavy Psych Sounds nous a accueilli après la première écoute du disque !

– « Under Acid Hoof » sort donc en 2019 et on découvre le Stoner Doom puissant du groupe. Même si on sent encore une certaine influence sabbathienne, le chant surprend par sa clarté et une certaine douceur très contenue. C’est à ce moment-là que vous avez peaufiné et que vous avez affirmé vraiment votre style ?

Nos influences sabbathiennes sont présentes et ce n’est pas un secret : nous sommes tous de grands fans. Cependant, nous essayons de présenter notre propre version du Doom. Nous intégrons toutes ces influences, en essayant toujours de produire quelque chose d’authentique et personnel, même si ce n’est peut-être pas quelque chose de nouveau ou de révolutionnaire. Nous n’avons jamais cherché à révolutionner le genre, nous sommes d’abord des fans, puis des musiciens. Tout ce que nous avons toujours voulu depuis le début était de créer ensemble des morceaux que nous aimons. Nous avons réussi à cet égard, car nous sommes vraiment satisfaits de chaque disque que nous produisons. Chacun est fait avec beaucoup d’amour. Il peut en effet y avoir une certaine douceur à certains moments dans nos chansons, car nous voulons leur apporter une sensation apaisante, une atmosphère familière qui vous fait vous sentir chez vous à chaque fois que vous faites tourner nos disques.

– En septembre dernier, vous figurez sur le volume 2 des « Doom Sessions » de votre label aux côtés du groupe 1782. Comment s’est passée cette nouvelle expérience, où vous signez trois inédits franchement massifs. Vous n’avez pas été tentés par une collaboration directe avec 1782 ?

C’est vraiment génial de partager un disque avec 1782. C’est un groupe de Doom fantastique, ainsi que des gars formidables. Il y a des différences dans nos sons respectifs. 1782 adopte un son plus vintage et Old School dans leurs albums, qui fonctionne très bien et vous emmène directement aux profondeurs de l’enfer. Au contraire, nous adoptons un son plus cristallin et plus moderne dans nos chansons. Chaque style fonctionne parfaitement pour chaque groupe et malgré nos différences, les deux styles s’accordent très bien. C’est un disque vraiment sombre et occulte, et nous croyons fermement que les deux groupes ont tout donné pour produire des chansons qui nous parlent vraiment plutôt que d’adopter une approche « gardons les bonnes chansons pour le prochain album », qui aurait entaché la sortie.

– Il y a quelques jours, vous sortiez « Caravan » que vous avez écrit, enregistré et produit en plein confinement. Qu’est-ce que cette situation a apporté à ce troisième album ? J’imagine que les conditions étaient très particulières ?

Composer les chansons de « Caravan », tout en étant coincé à la maison, a été une belle expérience, apaisante même. L’enregistrement de l’album n’était pas du tout problématique, car Athènes venait de sortir du premier confinement, donc c’était génial. Cependant, dès que nous avons commencé à mixer l’album, la ville a subi à nouveau un verrouillage total. Puis la situation a changé et certainement pas pour le meilleur. Faire la post-production de l’album sans pouvoir se rencontrer a été une tâche vraiment ardue, car presque tout devait être fait à distance. Il y a eu quelques visites secrètes au studio très discrètement, mais il a définitivement fallu beaucoup d’énergie pour que ça marche. En fin de compte, nous sommes tous très satisfaits du produit final et je ne pense pas que le son et la qualité auraient été différents de toute façon. Nous avons tous les cinq, y compris notre ingénieur du son, travaillé dur pour réaliser et apporter notre vision comme elle était initialement prévue.

– « Caravan » est très mélodique et pourtant très lourd et épais. Malgré le très Stoner « Berserker », l’ensemble se fond dans un Doom profond. Il y règne pourtant une certaine luminosité, comment l’expliquez-vous ?

« Caravan » reflète vraiment notre humeur pendant cette période sombre, cette frustration de ne pas pouvoir réaliser notre passion au maximum et d’attendre que les choses s’améliorent à nouveau. Il y a une certaine mélancolie dans son essence, un sentiment morne de désespoir et de destin imminent qui se réalise à travers quelques morceaux plus mélodiques. Il conserve sa lourdeur : c’est encore 40 minutes de Doom lourd et très fuzz, mais aussi plus personnel. On aurait pu jouer la sécurité et sortir un copier-coller de « Under Acid Hoof », mais aucun de nous ne le voulait. Nous voulions sortir quelque chose qui nous parle vraiment et reflète nos pensées et nos sentiments à un moment où nous avions le plus besoin d’écrire de la musique. C’était aussi le seul moyen de préserver notre santé mentale, en bloquant nos frustrations.

– Là encore, vous avez fait appel à votre producteur Dionysis Dimitrakos, qui commence à bien connaître ACID MAMMOTH. Ce qui surprend en écoutant les deux derniers albums à la suite, c’est que les deux ne forment presqu’un tant l’unité sonore et musicale est manifeste. C’était votre volonté ?

Dionysis est comme le cinquième membre du groupe. Il a travaillé très dur pour retranscrire notre vision, tout en y mettant ses formidables compétences, ainsi que son identité sur les albums. Il fait tellement partie intégrante du groupe car, sans lui, nous serions complètement différents en termes de son et d’esthétique. Il y a définitivement une unité musicale, ainsi que de continuité entre les deux albums. Nous avons trouvé notre son et nous n’avons pas l’intention de faire de changement majeur à l’avenir. Nous voulons être cohérents, et nous avons toujours voulu que le lien entre les albums soit aussi fluide que possible. Il y a bien sûr des différences entre les deux disques. « Caravan » est sans doute plus organique que « Under Acid Hoof », mais les deux possèdent le même caractère.

– Enfin, vous reprenez sur « Caravan » le même concept graphique que sur « Under Acid Hoof ». Est-ce à dire que les couleurs rouges et noires, qui enveloppent les spécimens présents sur les pochettes, sont devenues l’identité visuelle d’ACID MAMMOTH ?

Nous pouvons remercier Branca Studio pour les pochettes. L’esthétique honore et complète parfaitement notre musique. Nous pensons que cette combinaison de rouge et de blanc jaunâtre apporte un certain côté vintage et Old School, comme un film d’horreur des années 60. Et la combinaison avec les riffs Doom Metal conduit l’ensemble à un résultat vraiment épanouissant. En effet, ces deux couleurs sont devenues notre identité visuelle, mais cela ne signifie pas que nous ne sommes pas disposés à utiliser des couleurs différentes à l’avenir. Mais oui, nous sommes tous d’accord pour dire que le rouge, en tout cas, est la couleur d’ACID MAMMOTH puisqu’elle est présente sur nos trois albums.

« Caravan » est disponible depuis le 5 mars chez Heavy Psych Sounds Records.

Bandcamp : https://acidmammoth.bandcamp.com

Retrouvez la chronique de « Caravan » : https://rocknforce.com/acid-mammoth-cest-la-que-les-atheniens-aneantirent

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Stoner/Desert

Hebi Katana : en quête d’identité

A travers un Stoner Doom varié, le trio japonais HEBI KATANA a articulé un premier album éponyme assez complet. Si l’intention est louable, le trio devra gommer encore un peu l’impact de ses influences sur ses morceaux et définir un style plus personnel. Mais les premiers pas sont encourageants.

HEBI KATANA

« Hebi Katana »

(Independant)

Si on connait surtout le Japon pour sa scène extrême et notamment Death Metal, de jeunes pousses s’essaient aussi au Stoner comme c’est le cas avec HEBI KATANA. Dans un registre plutôt Doom et Heavy, le trio basé à Tokyo sort son premier album en autoproduction, et il laisse entrevoir de bonnes dispositions.

Avec un esprit très sabbathien, HEBI KATANA livre huit titres et deux interludes instrumentales et acoustiques où le combo passe en revue ses nombreux et variées influences passant des 70’s aux 90’s l’espace d’un riff ou d’un break. Et si les Nippons ratissent si large, c’est aussi et sûrement pour faire état de leur éventail musical.

« Directions For Human Hearts », qui ouvre l’album, est probablement le morceau le plus expérimental de l’album. Ensuite, le proto-Doom laisse sa place à des titres qui vont jusqu’à puiser dans le Grunge et le Hard Rock (« Reptile Machine », « Struggle With A Lie »). HEBI KATANA doit encore affiner son style et se faire plus original, mais les bases sont bonnes.

Bandcamp : https://hebikatana.bandcamp.com/album/hebi-katana