Déjantés et un brin irrévérencieux, les Transalpins font un retour costaud et enthousiaste. Capables de belles fulgurances et livrant des mélodies claires et puissantes, SPEED STROKE joue sur une certaine nostalgie, tout en imprimant une touche très actuelle, histoire de faire durer le plaisir du Glam et du Sleaze Rock. Et « Damage Control » mène cette mission à bien. Traditionnel et exalté, le groupe offre une belle performance et garde toute la légèreté inhérente au style. Un disque qui respire, dopé à un carburant Metal/Rock détonant.
SPEED STROKE
« Damage Control »
(Scarlet Records)
Alors que le Glam et le Sleaze, Rock comme Metal d’ailleurs, semblent reprendre des couleurs depuis un moment déjà, c’est du côté de l’Italie qu’il résonne cette fois. Fondé en 2010, SPEED STROKE sort son quatrième album, quelques six ans après « Scene Of The Crime ». Cependant, si elle est moins prolifique que d’autres, la formation d’Imola n’a rien perdu de son mordant, ni de cette énergie si communicative. Et avec « Damage Control », les ambiances plus Heavy et Hard Rock dominent et donnent du corps à l’ensemble.
Guidé par un frontman percutant, SPEED STROKE évolue dans un univers positif et dynamique. Très direct, le Heavy Glam du combo fait mouche. Riffs acérés et solos plus ou moins épiques, la recette fonctionne bien et les refrains accrocheurs finissent vite par devenir entêtants. Bien sûr, c’est l’esprit 90’s qui donne le ton et il va puiser autant dans la fondatrice scène californienne que dans celle, plus récente, issue de Scandinavie. Le mix est audacieux et l’assimilation des deux héritages plutôt réussie. La connexion est établie.
En ouvrant avec l’explosif « Glorious Breakdown », SPEED STROKE tape dans le mille et s’assure toute notre attention. Le travail sur les guitares est remarquable et les twins donnent du volume à un registre bien maîtrisé (« State Of Shock », « In Flames », « All For The Week-end », « Blessed By Misery » en duo avec la chanteuse Giorgia Colleluori d’It’sAlie, et le morceau-titre). Même s’il affiche quelques baisses de régime, « Damage Control » est un bon album, bien produit aussi, et qui confirme les qualités du quintet. Le Glam Metal et Sleaze Rock n’ont pas dit leur dernier mot.
Avec beaucoup d’impact et une force brute, la formation de la Grande Pomme conjugue la vélocité du Heavy Metal avec la rudesse du Hard Rock. Mené par une frontwoman exaltée et mordante, WITCHFORCE s’adresse autant aux puristes du siècle passé qu’à la nouvelle génération. Dense et généreux, « Witchforce » n’entend pas révolutionner le genre, mais il vient franchement apporter une belle pierre à l’édifice. Costaud et bien (auto)produit, il renforce une tradition inamovible.
WITCHFORCE
« Witchforce »
(Independant)
Après avoir sorti quatre singles ces deux dernières années, WITCHFORCE se déploie sur un premier album éponyme plus que prometteur. Originaire de New-York, le quintet propose un Hard’n Heavy solide et musclé, qui n’est pas sans rappeler le meilleur des années 90. Avec une saveur très underground, les Américains ont su tirer parti de leur héritage national, tout en y insufflant également des influences européennes. Et ce mélange de Metal traditionnel inter-continental est franchement séduisant et presque évident.
Ayant reboosté leurs premières compositions, on retrouve donc « Into The Woods », « The Hunter », « True Believer » et le récent « Kicked Out Of Hell » sur ce premier opus et ils se fondent parfaitement dans ce furieux « Witchforce ». Composé de musiciens expérimentés, WITCHFORCE peut aussi compter sur une chanteuse survoltée et tout en maîtrise. Très puissante vocalement, Cassie Nadeau a du coffre et renvoie par moment à la grande Doro de l’époque Warlock. Une comparaison qui tient même ici de l’évidence.
A fois classique et contemporain, le jeu des deux guitaristes alternent entre des riffs racés, des solos millimétrés et un sens de la mélodie plein de feeling. Fluides et massifs, ils offrent un bel équilibre à WITCHFORCE et renforcent le groove de la section rythmique (« Witchcraft », « We All Shine On », « Call Of The Wild », « Save Our Souls »). Accrocheur et fédérateur, « Witchforce » se dévore de bout en bout et l’intensité des morceaux ne faiblit pas. Sans fioritures, le combo va à l’essentiel, sans retenue, reste accessible et fait déjà forte impression.
Du riff, du riff, du riff… et de la nuance ! Dynamique et resserré sur un registre parfaitement maîtrisé, AIRBOURNE surgit avec un sixième album aussi brûlant que racé. Attendu avec impatience, sept ans après le sulfureux « Boneshaker », il atteste avec force et conviction de la pertinence du groupe à persévérer dans un style tellement intemporel et devenu si familier. « Airbourne » transpire le Rock’n’Roll sur chaque note dans une allégresse communicative et on a du mal à se défaire de cette nouvelle réalisation made in Australie.
AIRBOURNE
« Airbourne »
(Spinefarm)
Chroniquer un album d’AIRBOURNE, c’est un peu comme faire ses devoirs de vacances. On y va avec le sourire et pas mal d’insouciance ! Il faut dire que tous les ingrédients sont réunis : beaucoup de fraîcheur et un enthousiasme à toute épreuve. Certes, le quatuor ne réinvente pas la roue et préfère utiliser celle qui tourne déjà toute seule, mais on ne saurait s’en plaindre. Dans un Rock’n’Roll appuyé et dans la droite lignée de qui-vous-savez, les Australiens font une fois encore honneur à leur rang et à ce qui est devenu le style institutionnel de leur île-continent.
Et ce n’est pas un hasard si AIRBOURNE a si longtemps peaufiné ses nouveaux morceaux. Les Australiens ont eu à cœur d’aller au plus près de leur ADN musical en travaillant au maximum ce « Airbourne », qui n’est pas éponyme pour rien. On y retrouve en effet le concentré de ce qui a forgé l’identité artistique du combo depuis ses débuts. Hyper-efficace, frontal et aussi entraînant que fédérateur, ce nouvel effort est probablement le plus abouti de tous. Et pour parvenir à un tel résultat, les choses ont été faites dans les règles de l’art.
Enregistré par Mike Fraser, mixé par Zakk Cervini et produit par Brian Howes, qui avait déjà œuvré sur « Black Dog Barking » en 2013, « Airbourne » frappe, cogne et surtout respire grâce à un travail en analogique soigné. Palpitant, AIRBOURNE nous cueille dès « Gutsy » avec un Hard Rock qui va à l’essentiel et un Joel O’Keeffe, au chant, qui ne demande qu’à en découdre… dans la joie ! Et malgré le sombre « Alive After Death (Last Plane Out) », c’est surtout l’aspect festif qui domine (« Kid In A Candy Shop », « Last Man Standing », « Hell’s Got No Vacancy »). Bouillonnant !
En un peu de plus de 15 ans, la formation d’Atlanta a imposé sa patte sur la scène Hard Rock internationale avec ce côté Sleaze, un brin Glam et sans compromis qu’elle affiche en étendard. Avec « Anthems From The Underground », KICKIN VALENTINA fait bien plus que de rendre hommage à ce milieu en marge des productions mainstream, il salue un public fidèle, sincère et amoureux d’un style que le quatuor porte haut et qu’il fait sonner avec une modernité qui ne néglige pas cet état d’esprit et cette attitude si Rock’n’Roll. Ce nouvel album est un hymne à la liberté, à un style de vie aussi et surtout à une obstination à ne pas se plier aux règles, ni aux dictâtes quels qu’ils soient. Et c’est encore le très direct frontman et parolier D.K. Revelle, qui s’exprime le mieux sur la démarche ‘underground’ et authentique, si chère au combo.
– Ce cinquième album, hors EPs bien sûr, est assez spécial puisque vous y clamez votre amour pour le Hard Rock underground, dont vous êtes issus. Pourtant, votre notoriété dépasse aujourd’hui largement le milieu. Est-ce à dire que vous ne vous sentez pas à votre place dans un cercle plus mainstream ?
Le terme ‘Underground’, tel que nous l’utilisons dans le titre du nouvel album, « Anthems From the Underground », signifie simplement que, puisque le ‘Rock’n’Roll’ n’est pas ‘grand public’ actuellement et ce depuis un certain temps, et que nous sommes un groupe de ‘Rock’n’Roll’, le style de musique que nous produisons est, selon nous, ‘Underground’ aujourd’hui. C’est ainsi qu’est né ce titre, finalement, c’est notre vision des choses.
– D’ailleurs, si l’underground est d’abord une question d’attitude et d’état d’esprit, tout se joue aussi dans le son et le contenu des morceaux et, en ce sens, KICKIN VALENTINA est sans concession. Est-ce ce qui vous rattache en premier lieu à cet univers ? Sa sonorité et son ambiance si particulières ?
Les quatre membres de ce groupe jouent et composent ce style de Rock depuis les années 80… On y était ! D’ailleurs, je me fais peut-être vieux ! (Rires) Mais honnêtement, c’est ce qu’on ressent individuellement et collectivement, et c’est ce qui fait la magie du groupe.
– « Anthems From The Underground » reste ancré dans ce que vous avez toujours joué. Cependant, je le trouve peut-être moins Sleaze et moins festif. Sans être sombre, il paraît moins léger et plus sérieux. Etait-ce votre intention de marquer une sorte de virage ?Et puis, cette fois, vous avez travaillé avec Pete Newdeck et c’est peut-être cela qui donne cette sonorité si particulière à « Anthems From The Underground ». Avez-vous senti qu’il fallait aborder un nouveau chapitre après « Star Spangled Fist Fight » ?
Non… Excellentes questions, mais non… (Sourires) L’ambiance et le son de ce nouvel album sont surtout dus à la présence de notre ami et frère Pete Newdeck à la production. Il nous a suggéré de nouvelles pistes que nous n’aurions peut-être pas explorées sur les précédents albums de KICKIN VALENTINA… De plus, l’écriture des chansons n’est pas préméditée. C’est simplement ce qui nous est venu naturellement cette fois-ci, et je trouve que c’est une évolution naturelle pour nous. Nous n’avons jamais de direction prédéfinie, ni ne suivons aucune tendance lorsque nous commençons à écrire un nouvel album. On ne se prend pas la tête, on fait juste ce qui nous vient instinctivement… (Sourires)
– Justement, est-ce également sur scène que de telles décisions se prennent avec l’envie de peut-être apporter de nouveau arrangements à d’anciens morceaux, tout en pensant aux prochains ?
Non… Les vieux morceaux sont à peu près les mêmes et nos concerts sont improvisés à 75 % et structurés à 25 %, en ce qui concerne la setlist… Et c’est le live et l’énergie du public, qui nous anime. Il n’y a pas de pistes préenregistrées, pas de métronome, etc… Et vous ne savez jamais à quoi vous attendre de nous, soir après soir ! (Sourires)
– Vous avez déclaré que vous vouliez rendre hommage à vos fans sur ce nouvel album. Est-ce que vous avez articulé l’ensemble du disque en ce sens ?
Non, encore une fois… J’aime à penser que tous nos albums rendent hommage non seulement à nos fans, la ‘Kickin Valentine Mob’, mais aussi à nos héros du Rock’n’Roll, d’hier comme d’aujourd’hui.
– D’ailleurs, il y a une chose qui peut également expliquer ce changement dans le son d’« Anthems From The Underground ». En effet, vous l’avez enregistré chez vous à Atlanta, puis il a été mixé en Angleterre avant d’être masterisé à Toronto au Canada par Harry Hess. Si la technologie permet beaucoup de choses, votre album a beaucoup voyagé. Etait-ce trop compliqué de tout faire en Georgie ?
Non… C’est juste le chemin qu’on a choisi cette fois-ci et on en est contents ! (Sourires) D’ailleurs, un grand merci à Pete Newdeck et Harry Hess !
– Enfin, il y a une question que j’aimerais te poser. Est-ce que tu connais des groupes issus de l’underground, qui sont aujourd’hui suivi par un très grand nombre de fans à travers la planète, et qui se déclarent toujours de ce milieu ? Et d’ailleurs, est-ce vraiment possible de revendiquer ce statut à partir d’un certain moment quand le succès est au rendez-vous ?
Hmmmm… Je ne suis pas sûr de connaître beaucoup de nouveaux groupes underground qui jouissent d’une grande popularité, ou d’un succès retentissant… Aux Etats-Unis, on ne soutient pas les nouveaux groupes de Rock autant qu’on le faisait avec ceux des années 80… Et à mon humble avis, il est temps de passer le flambeau à des groupes comme le nôtre… (Sourires) On est toujours là, on y croit et on y croit encore. Et grâce à nos fans du monde entier, on progresse avec succès, album après album, concert après concert, année après année. Et on continuera à le faire à la manière de KICKIN VALENTINA : en live, brut, fort et sans complexe !
Le nouvel album de KICKIN VALENTINA, « Anthems For The Underground », est disponible chez Mighty Music.
Photos : John Mortensson (3, 4)
Retrouvez aussi la chronique du précédent album de KICKIN VALENTINA :
Généreux et tenaces, les Britanniques poursuivent leur renaissance avec un tel panache qu’on en viendrait à se demander si, finalement, cette seconde vie de leur carrière chaotique ne serait pas la meilleure. Certes, l’expérience acquise depuis 1982 fait toute la différence et elle les porte littéralement. Mais au regard de l’inspiration de ses deux leaders rescapés de la première heure, TOKYO BLADE paraît s’exprimer pleinement et sans complexe depuis quelques albums déjà. « Hoist The Colours High » est accrocheur et oscille avec fluidité entre Hard Rock et Heavy Metal avec précision. Les acteurs de la légendaire NWOBHM ne sont clairement pas venus faire de la figuration.
TOKYO BLADE
« Hoist The Colours High »
(Dissonance Productions/Cherry Red Records)
Depuis sa reformation en 2014, le quintet semble avoir trouvé une seconde jeunesse et c’est peu de le dire. Un peu plus d’un an après « Time Is The Fire », TOKYO BLADE rempile de belle manière avec « Hoist The Colours High », son quatrième opus en six ans. S’il n’a pas bénéficié de la même lumière que d’autres à l’époque, les Anglais sont pourtant un solide pilier de la NWOBHM, et ce nouvel effort atteste d’une vigueur intacte, d’un savoir-faire incontestable et d’une créativité qui rayonne toujours autant. Un mix de Heavy et de Hard Rock savoureux.
Aux manettes, le guitariste, compositeur et fondateur Andy Boulton n’a rien perdu de la flamme qui l’habitait jadis et se fait même plus efficace dans ses riffs et ses solos, tout en maintenant une belle virtuosité. Et si vocalement, Alan Marsh, chanteur originel du combo, marque légèrement le coup, mais s’adapte brillamment, il continue d’imprimer sa marque sur les nouveaux morceaux de TOKYO BLADE. D’ailleurs, « Hoist The Colours High » n’en manque pas, puisqu’il en compte 14 ! Une chose qui se fait très rare de nos jours et qui affirme une audace non-conventionnelle.
Doté d’une production claire, musclée et actuelle, il est difficile d’imaginer que le groupe a plus de 50 ans d’activité, tant il est direct et son approche pleine de fraîcheur. En réalisant un disque de près d’une heure dix, TOKYO BLADE pourrait laisser croire qu’il ait été réduit à faire un peu de remplissage. Au contraire, « Hoist The Colours High » se tient plutôt bien et présente même quelques titres qui devraient se faire lever les foules (« Screaming Evil », « Too Wired To Sleep », « When The Hammer Falls », « Mr. Nobody », « She Was A Soldier »). Réjouissant !
Retrouvez aussi les chroniques des deux précédents albums du groupe :
C’est avec beaucoup de fraîcheur, une douce folie, un dynamisme à toute épreuve et surtout un Hard Rock teinté d’un Glam très fédérateur que les Américains se présentent avec « Go Rebel », un nouvel album qui renoue avec l’esprit très 90’s du genre, mais pas seulement. WICKED s’inscrit parfaitement dans son époque grâce une énergie qu’il va puiser dans un sens de la fête omniprésent. Une grosse dose d’adrénaline, des riffs tranchants et des mélodies accrocheuses, la recette du quatuor est connue, certes, et elle a aussi l’ambition de renouer avec l’insouciance propre au Rock’n’Roll et qui se fait de plus en plus rare. Ce deuxième opus est une invitation au lâcher-prise et le vent de liberté qui en émane est littéralement électrisant, vivifiant et revigorant. C’est le guitariste soliste, Scotty V, qui fait les présentations de son groupe, dont on n’a pas fini d’entendre parler…!
– Je vous ai découvert en 2022 avec « The Last American Rock Band », qui était en fait une compilation de morceaux que vous aviez remixés et remasterisés. Pourtant, vous avez commencé un peu avant 2014, année où vous avez sorti « Live At Rockalahoma ». Est-ce que vous considérez vos véritables débuts, le moment où vous émergez avec ce premier album ?
Oui et non. Comme tu l’as dit, « The Last American Rock Band » était en quelque sorte un hommage à toutes ces années passées à faire nos armes, à apprendre à composer et à jouer. Ces chansons qui ont fait de nous le groupe que nous sommes aujourd’hui. Nous avions sorti quelques CD en édition limitée au début de notre carrière, avec des versions brutes, presque des démos. Mais nous pensions qu’elles méritaient une sortie digne de ce nom, avec une production professionnelle. C’est un excellent point de départ pour comprendre les débuts du groupe.
– Ce qui est assez remarquable chez WICKED, c’est que vous n’avez jamais dévié de ce Hard Rock très Glam, que vous vous êtes depuis appropriés et qui est devenu très identifiable. Comment un groupe de Rochester, New-York, donc situé sur la côte Est, en vient à jouer un style dont la référence première est la Californie ? Y avait-t-il un manque de ce côté des Etats-Unis ?
On a passé pas mal de temps sur la scène Rock new-yorkaise au début des années 2010, quand elle était en pleine effervescence. Dans le Lower East Side de Manhattan, on assistait à une renaissance du Glam-Punk déjanté, revisité avec une fraîcheur nouvelle. Il y avait plein de fêtes et de concerts en club, inspirés par la scène Rock européenne et scandinave de l’époque. C’est de là que viennent vraiment les racines du son et du style Hard Rock des débuts de WICKED. On a eu l’occasion de traîner à Los Angeles qu’un peu plus tard et on adore cette ville aussi ! Mais je ne dirais pas que Los Angeles a grand-chose à voir avec notre Hard Rock. Il faut reconnaître qu’il est surtout inspiré de l’ambiance glauque des rues de New-York ! (Sourires)
– D’ailleurs, sur ce nouvel album, « Go Rebel », il y a également des influences typiquement Punk Rock, là encore aux sonorités californiennes. C’est la musique avec laquelle vous avez grandi, ou est-ce son côté intemporel et un peu ‘sleazy’ qui vous a d’abord attiré ?
Dans le groupe, nos influences sont vraiment éclectiques. On a grandi avec le Glam Rock classique des années 70 avec des groupes comme David Bowie, The Sweet et Aerosmith, mais aussi à une époque où la scène Pop-Punk était particulièrement dynamique, avec tous les groupes du ‘Warped Tour’ comme Sum 41, Blink 182 et The Used. C’est ce mélange d’influences et le fait aussi d’être un produit de notre époque, qui nous ont permis de capturer l’essence de cette énergie Glam-Punk brute, sans pour autant la copier. On a créé quelque chose de frais et de nouveau. Au début, notre look était surtout inspiré par des groupes de Rock suédois comme Backyard Babies, Crashdiet, Hardcore Superstar, etc… On n’a jamais vraiment été influencés par la scène Glam de Los Angeles finalement.
– Entre « The Last American Rock Band » et « Go Rebel », vous avez sorti « Sunburn » que vous considérez d’ailleurs comme votre premier véritable album. Pourtant, il y a une réelle continuité dans votre jeu depuis le début. Est-ce que vous avez la sensation aussi que c’est depuis votre précédent disque que WICKED a vraiment affirmé et imposé son style ?
« Sunburn » a vraiment marqué une période exceptionnelle pour nous. Nous avons véritablement commencé à nous épanouir en tant que musiciens et auteurs-compositeurs. L’album a été enregistré pendant le confinement, période durant laquelle nous avons eu beaucoup de temps pour travailler et nous concentrer. Nous nous sommes cloîtrés dans la maison où nous vivons tous et nous avons aménagé un studio d’enregistrement professionnel avec l’aide de notre producteur Nacho, que nous venions tout juste de rencontrer. Il est resté avec nous pendant quelques mois durant le confinement et nous a beaucoup appris. Nous sommes devenus une équipe soudée et de très bons amis. « Sunburn » a marqué une sorte de renaissance pour le groupe. Nous sommes devenus autonomes et nous avons commencé à comprendre pleinement notre potentiel à partir du moment où nous avons géré la production et notre carrière.
– Par ailleurs, cela fait aussi plus de dix ans que le line-up de WICKED n’a plus bougé depuis l’arrivée de Gunnar à la batterie. Est-ce que cette constance a aussi forgé cette belle unité que vous affichez aujourd’hui ? C’est aussi une richesse, alors que beaucoup de groupes manquent peut-être de cette stabilité, qui fait avancer les choses et qui construit une identité forte, non ?
Quand Gunnar nous a rejoints, tout s’est mis en place naturellement. Depuis son arrivée, c’est comme une évidence. On vit tous ensemble, comme un vrai groupe de Rock à l’ancienne. On est une fraternité soudée, prête à tout les uns pour les autres. Et une fraternité qui se renforce avec le temps. C’est sans aucun doute notre plus grande force. On ne pourrait rien faire sans l’un d’entre nous. Tout le monde apporte quelque chose d’irremplaçable.
– WICKED est également très marqué par les années 80 et 90, jusque dans vos clips d’ailleurs, alors que pourtant vous les avez à peine connues. Qu’est-ce qui vous fascine à ce point dans cette époque ? Outre la musique, bien sûr, c’est une sensation de légèreté et peut-être aussi de plus d’insouciance qu’aujourd’hui ?
Je crois que tu as parfaitement résumé la situation. S’il y a une chose que nous voulons que les gens retiennent de notre musique et de nos vidéos, c’est que la vie est courte et qu’il faut en profiter. Nous travaillons tous dur chaque jour et, lorsque vous écoutez WICKED, que ce soit sur votre platine ou en concert, nous voulons que vous ressentiez un soulagement face à la routine quotidienne, que vous lâchiez prise et que vous vous sentiez libre.
– Il y a aussi une chose qui vous caractérise, c’est la joie et la bonne humeur qui se dégagent de votre musique, et « Go Rebel » est un modèle du genre à ce niveau-là. Vous ne concevez pas le Rock’n’Roll autrement que festif et rassembleur ?
Exactement ! Nous voulons créer une communauté autour d’une musique Rock’n’Roll festive. Et c’est précisément l’esprit de « Go Rebel ». L’objectif est de créer un lien plus fort avec le public. Nous voulons redonner au Rock’n’Roll son âme de communauté ! Il s’agit de sortir, de passer un bon moment entre amis, de se créer des souvenirs et d’écrire l’Histoire, à l’instar des plus grands qui nous ont précédés. Nous sommes convaincus que WICKED peut faire renaître cet esprit.
– Enfin, avec ce petit côté vintage assumé, on vous sent un peu en décalage avec la scène actuelle, malgré votre approche moderne du Hard Rock. Est-ce que, finalement, WICKED est surtout là pour apporter un regard neuf et pas seulement juste pour entretenir la flamme ?
Bien sûr. Comme je te le disais, nous ne sommes pas tant attachés à une esthétique ou un son vintage. Nous adorons les classiques et admirons les légendes qui ont ouvert la voie, mais WICKED a toujours eu pour vocation de tracer son propre chemin. Nous évoluons constamment et nous faisons ce qui nous semble juste sur le moment. Une chose est sûre : WICKED sera toujours là pour divertir tous les publics, quels qu’ils soient. Nous adorons le défi de conquérir de nouveaux fans, qu’il s’agisse de métalleux, de punks de bar ou même d’étudiants, qui ne connaissent pas encore le Rock ! Nous sommes toujours prêts à relever le défi ! (Sourires)
Le nouvel album de WICKED, « Go Rebel », est disponible chez Magick Rite Records.
Rugueux et mélodiques, les Scandinaves soufflent leurs 25 bougies dans une belle et très Rock atmosphère. Avec « 525 », le quatuor confirme que son style n’a rien perdu de cette authenticité de chaque instant, ni de son explosivité. Bien produit, l’ensemble est brut, sans filtre et affiche un son très live. DUCKWALK CHUCK se réfère et puise son inspiration dans un Hard Rock et un Heavy Metal éternel, en lui insufflant un aspect très contemporain. Une grosse beigne et des sourires pour cet anniversaire bien saturé.
DUCKWALK CHUCK
« 525 »
(Independant)
Retour tonitruant pour les Norvégiens qui fêtent avec « 525 » leur cinquième album en 25 ans de carrière, ce qui explique ce titre énigmatique. Quatre longues années après le très bon « Fired Up », DUCKWALK CHUCK rugit avec autant de plaisir et, sans détour ni compromis, balance un Hard Rock toujours aussi massif et véloce. Entre-temps, et comme pour mieux marquer son indépendance et sa liberté, le groupe a quitté son label et fait parler la poudre comme jamais. L’industrie musicale n’aura donc pas raison de lui pour le moment.
Au-delà de l’aspect imposant de son jeu, la formation nordique se distingue surtout par une passion dévorante pour le Rock’n’Roll… joué fort ! Car, entre des fondations basées sur un Hard Rock classique dans la forme et une puissance clairement Heavy Metal, il en est toujours question et c’est ce qui fait la force et l’identité de DUCKWALK CHUCK. D’ailleurs, « 525 » se pose déjà au sommet de sa courte discographie. Accrocheur et insaisissable, ce nouvel opus traverse le temps et bouscule les courants actuels avec une énergie incroyable.
Façon rouleau-compresseur, le combo attaque avec « Surprise Surprise » sur un groove épais que n’aurait pas renié Mötörhead. Pour la suite, le quatuor déroule et se fait plaisir sur des riffs tranchants, de vrais solos de guitare et avec un frontman inarrêtable (« Racin’ To Win », « Shell Shock », « Shaken’n Stirred », «Midnight City », « Meat On The Bon »). Un quart de siècle après sa création, DUCKWALK CHUCK ne dévie pas de sa trajectoire, au contraire, il en déblaie le chemin avec une efficacité redoutable. Joyeux et costaud !
Retrouvez la chronique de « Fired Up », leur précédent album :
Basé à Chicago, DIEVENOIRE est apparu l’an dernier avec un premier album aussi surprenant qu’inspiré et parfaitement réalisé. Il faut dire aussi qu’autour de sa chanteuse, Lariyah, s’est constitué un groupe de musiciens aguerris et, surtout, issus d’univers très différents. Avec « The Story Of A Gunslinger », les Américains ont frappé fort et dans cet univers où le western croise le Metal et le Blues, on retient d’abord une originalité assez unique à travers laquelle l’audace ressort comme un leitmotiv, aussi pertinent que personnel. Alors que le quintet a enchaîné les concerts et qu’il procède à quelques changements de line-up avant de se plonger pleinement dans l’écriture de son deuxième album, sa fougueuse et touchante frontwoman revient sur l’évolution et les intentions de ce qui était au départ, un projet solo.
– Pour commencer, j’aimerais que l’on présente le groupe, car il est atypique à bien des égards. Tout d’abord, vous êtes issus de registres très différents comme le Black Metal, le Doom, le Metal Progressif et le Heavy Rock. Pourtant, vous vous retrouvez autour d’un Hard Rock très bluesy aux accents gothiques. Comment cette connexion a-t-elle eu lieu ?
Oui, c’est certain, le mélange des styles de nos autres groupes est assez différent, n’est-ce pas ? (Sourires) Je pense que c’est un atout majeur pour DIEVENOIRE. L’inspiration vient de l’intérieur, pas des influences à proprement parler. Personnellement, j’ai baigné dans la musique gothique à l’adolescence, puis dans le Heavy Metal plus tard, deux genres très portés sur les ballades et une ambiance plus lente et douce. L’album était conçu comme une histoire très émouvante et je voulais qu’il le reste. Le nouvel album s’annonce déjà comme une approche assez différente. J’ai vraiment hâte de sortir le premier single au plus vite, si possible cette année… (Sourires)
– Ce qui était au départ ton projet solo, Lariyah, a finalement rassemblé des musiciens chevronnés avec un style qui a aussi évolué pour donner votre premier album, « The Story Of A Gunslinger ». Et on a presque l’impression que le fait que ce soit un album-concept est une évidence. A quel moment vous êtes-vous dit qu’il fallait articuler vos chansons autour d’une même histoire ?
Tu sais, j’ai toujours adoré les histoires et les contes. Depuis que j’ai entendu l’album « TheCrimson Idol » de W.A.S.P., avant même de commencer à chanter, évidemment, je rêvais d’écrire des romans, de devenir réalisatrice ou quelque chose du genre. Lancer DIEVENOIRE m’a donné l’idée de créer cet univers western moderne, où je pouvais donner vie à une histoire à travers une présentation audio, agrémentée de quelques clips vidéo, bien sûr.
– Ce qui est également étonnant, c’est cette ambiance très Southern qui enveloppe l’album, car il est réalisé par Jakob Herrmann, connu pour son travail avec Draconian, Thyrfing ou Art Nation, c’est-à-dire des styles très éloignés du vôtre. Aviez-vous aussi besoin d’un regard extérieur très différent pour que l’aventure soit justement complète et unique ?
Eh bien, pour commencer, Jakob est un artiste très polyvalent. Il passe beaucoup de temps dans ce qu’il appelle sa deuxième maison : la Nouvelle-Orléans, où il baigne principalement dans le Blues, le Jazz et le Rock, ce qui est peut-être aussi une échappatoire au Metal omniprésent ! (Rires) Blague à part, je pense que les musiciens, ou les artistes en général, ne devraient jamais stagner dans leur travail, sinon cela devient mécanique. Je crois au progrès et à la nécessité de se réinventer régulièrement. Je crois qu’il faut trouver de nouvelles inspirations pour évoluer. Et d’un autre point de vue, j’avais une idée très précise du son que je voulais pour les chansons et je n’avais jamais travaillé avec un producteur auparavant, malgré toutes ces années passées sur d’autres projets. J’ai donc décidé de tenter le coup et de voir où cela nous mènerait. J’ai été absolument bluffée par la façon dont Jakob a transformé le son de DIEVENOIRE, et crois-moi, c’est beaucoup plus puissant que l’idée de départ, plus simple aussi et dans un Blues Rock sombre. Il a su donner cette dimension plus lourde au son et j’en suis vraiment ravie. Il s’agissait en quelque sorte de définir une direction musicale, d’amplifier ce que nous avions créé, sans forcément réécrire les chansons à partir de zéro.
– Il y a un autre contraste assez saisissant, ce sont les tessitures musicales et ta voix, Lariyah, que l’on retrouve surtout dans le Rock et le Metal Alternatif, plus que dans le Blues Rock. L’idée était-elle justement de confronter ces différents univers ?
Ma voix est très douce et orientée ballades, j’en suis parfaitement consciente. Je voulais mélanger ces sonorités contrastées et intégrer ce Rock légèrement Blues à mon travail vocal. Bien sûr, il y aura des critiques et je les accueille avec grand plaisir ! (Sourires) Si on se contentait de faire toujours la même chose, il n’y aurait jamais rien de nouveau, ni d’original. Pour un premier album, je pense qu’il a donné un bon aperçu de ce à quoi ressembleront mes prochains morceaux, et crois-moi, non seulement les instruments seront plus puissants, mais ma voix le sera aussi… (Sourires)
– D’ailleurs, d’où vient le nom de DIEVENOIRE, qui est en partie d’origine lituanienne, et comment est née cette idée d’un far-west gothique avec ce pistolero, dont on suit les aventures ?
Rien de lituanien là-dedans, mais presque. J’ai vécu vingt ans en Pologne. Je suis née et j’ai grandi dans une toute petite ville au bord de la mer Baltique, appelée Dziwnow. Avant la fin des années 1940, lorsque les frontières polonaises ont été modifiées après la guerre, cette ville s’appelait ‘Dievenow’ (prononcé DEE-VEH-NOV). Elle était alors germanophone. Comme tu peux t’en douter, voici le lien, la première partie, ‘Dieven’, qui vient de l’ancien nom de ma ville natale. Ensuite, ‘Noire’, comme la plupart des gens le savent aussi sans doute, est un mot français, de chez toi, qui signifie noir, sombre, lugubre, etc… ce qui fait partie de mon enfance. Les périodes sombres, les difficultés personnelles, les promenades nocturnes sur les rivages de la Baltique en chantant, en composant des mélodies… dont certaines figurent d’ailleurs sur cet album.
– Sur « The Story Of A Gunslinger », on retrouve également plusieurs clins d’œil sonores comme des éléments tribaux ou Country, et plusieurs ballades viennent aussi ponctuer l’ensemble. L’univers de DIEVENOIRE a-t-il vraiment des frontières, ou est-ce que l’exploration musicale reste votre principale source d’inspiration ?
Je n’ai jamais voulu être cataloguée. Quand on m’a demandé quel était le style de DIEVENOIRE, je n’avais absolument aucune idée de comment le décrire car, comme tu l’as dit, les morceaux ont des ambiances très différentes. Et j’aime ça ! (Sourires) Si je devais définir un style, ce serait un mélange de Blues doux, de Hard Rock, de ballades gothiques sudistes et de berceuses crasseuses. Je n’aime pas ces étiquettes. Un de nos fans, rencontré au ‘Rock Fest’ et qui nous voyait pour la première fois, s’est exclamé : « J’adore ce Rock bien crasseux ! » Voilà. A partir de ce jour, je considère DIEVENOIRE comme du Rock bien crasseux. Quant à savoir où cela nous mènera, et à quel point ce sera plus doux, plus lourd ou plus crasseux, seul l’avenir nous le dira ! (Sourires)
– Il y a également une chose vraiment étonnante, notamment car il s’agit d’un album-concept. Pourquoi les morceaux ne respectent-ils pas la chronologie de l’histoire ? Vous avez voulu procéder par flash-backs ou de manière aléatoire, même si cette aventure a une fin ?
(Rires) J’adore tout autant que je déteste vraiment cette question ! (Rires) Franchement, j’aurais adoré que l’histoire suive une chronologie cohérente sur l’album et qu’on puisse l’écouter de manière à la comprendre. Cependant, en enchaînant les chansons dans l’ordre chronologique, ça ne sonnait pas juste. Soit c’était trop ennuyeux avec plusieurs ballades à la suite, soit ça ne collait pas. Du coup, je me suis dit qu’en les disposant de façon à ce que l’écoute soit fluide, l’auditeur prendrait plus de plaisir à l’écouter et essaierait aussi de reconstituer le puzzle. Après tout, ces chansons n’expliquent pas tout de façon explicite, mais elles sont très subtiles. Le pistolero est-il vraiment une personne, ou est-ce une métaphore utilisée par le narrateur ? (Sourires)
– Enfin, ce premier album est sorti il y a près d’un an. Est-ce que vous vous concentrez surtout sur la scène en ce moment, ou avez-vous déjà commencer le travail d’écriture du successeur de « The Story Of A Gunslinger » ? Et sera-t-il dans le même esprit ?
Le groupe étant en pleine restructuration, nous allons faire une courte pause dans les concerts, afin de trouver les bons musiciens et, en attendant de travailler sur des démos à partir de mes nouvelles compositions personnelles. L’écriture du nouvel album sera cette fois-ci complètement différente, car nous avons déjà testé quatre nouveaux morceaux lors de nos six ou sept derniers concerts. Et je sais exactement ce que je veux en faire, ainsi que du reste de l’album. Je vise à nouveau dix titres, mais le concept de l’album restera le même que pour le premier opus. Le second sera riche en émotions de toutes sortes : un mélange de colère, de haine, de déception, mais aussi, à l’inverse, une passion intense et le désir ardent de l’amour. J’aime laisser libre cours à mon inspiration, sans contrainte, ni idée préconçue sur les sujets à aborder ! (Sourires)
Avec « Entire State Of Tim Montana «, le songwriter signe probablement sa réalisation la plus personnelle et la plus intime. Des réserves indiennes à Los Angeles, puis Nashville, avant un retour du côté de Yellowstone, TIM MONTANA nous invite à un road-trip hyper-Rock’n’Roll et très sudiste. Son duo avec Royale Lynn vient aussi nous rappeler ses affinités avec la Country, tout en conservant cet état d’esprit libre et indépendant. Ce disque raconte de belles histoires, parfois touchantes, et d’une honnêteté viscérale. Juste monumental.
TIM MONTANA
« Entire State Of Tim Montana »
(BMG)
Le guitariste et chanteur sort son septième album et il vient renforcer cette authenticité et cette sincérité qui le caractérisent depuis ses débuts. Profondément attaché à l’Etat dont il tient son nom et plus largement à l’Ouest américain et à l’Histoire des Amérindiens auprès desquels il a passé une partie de son enfance, TIM MONTANA se singularise par un Hard Rock imprégné de Southern Rock et à la narration très Country. Cultivant l’art du riff massif et grâce à sa voix rauque, il s’est forgé une identité unique, hors des sentiers battus et loin des conventions.
Passé « Courtdown » en introduction, sorte de conversation entre Martin Sheen, Charlie Sheen et l’ancien Terminator Robert Patrick, l’immersion validée par les trois acteurs est immédiate et « Beautiful Hate » ouvre les festivités avec force. Heavy et porté par une mélodie accrocheuse, le premier morceau (il y en a 14 autres !) ne laisse aucun doute quant aux intentions artistiques de TIM MONTANA. Rugueux dans l’approche, mais particulièrement soigné dans sa production, « Entire State Of Tim Montana » s’annonce renversant.
Captivant par son aspect cinématographique, l’ensemble parcourt des atmosphères variées, où il est question d’amitié, de survie et de persévérance. Le musicien rend hommage au peuple de la Nation Crow sur « Watch Me Down » avec Crazy Dog et WolfBear, avant d’accueillir Jerry Cantrell d’Alice In Chains sur « Kinda Like It ». Puis, TIM MONTANA réalise un rêve sur « Brown Sugar » où Billy F Gibbons et Slash se joignent à lui. Très intense et équilibré, ce nouvel opus renferme des trésors de vérité, tout en gardant une attitude sensible, attachante et rebelle. Incontournabale !
En plus de vingt ans et à travers huit albums, la chanteuse et multi-instrumentiste américaine a su non seulement se forger une solide réputation sur disque comme en concert, mais aussi imposer un style enveloppant un Rock vaste et fédérateur, aux frontières du Hard Rock. Tenant aussi la basse sur scène, c’est sur un groove massif et avec une voix puissante qu’elle emmène ses musiciens et son public sur des morceaux aussi mélodiques que percutants, et toujours emprunts de vérité. Authentique et directe, JASMINE CAIN passe une grande partie de sa vie sur la route et cela s’en ressent dans son écriture. Rencontre avec une artiste complète, indépendante, joyeuse et sans fard.
– Tout d’abord, j’aimerais que tu me définisses ton style, car c’est un Rock dans lequel on retrouve beaucoup de choses. Et puis, il y a aussi une forte empreinte féminine. J’ai presque l’impression que c’est même le plus important, non ?
Ma musique est essentiellement du Rock mélodique, porté par des mélodies entraînantes et des histoires authentiques. J’écris à partir de mes expériences de vie, qui capturent les joies, les peines et tout ce qui se trouve entre les deux. Elle est faite pour être ressentie autant qu’écoutée. Personnellement, le fait d’être une femme n’est pas un thème central de mon écriture. Je veux que mes chansons parlent à tout le monde.
– D’ailleurs, ce qui te caractérise aussi, c’est une forte personnalité et une attitude sans compromis. Cela a commencé avec ton arrivée à Nashville en provenance du Dakota du Sud il y a plus de 20 ans et où tu t’es imposée. La ville a aussi beaucoup changé, tout comme l’industrie musicale qui y est très concentrée. Comment y as-tu fait ta place ?
Il y a vingt ans, déménager à Nashville pour poursuivre une carrière dans le Rock paraissait un peu étrange. Mais je suis vraiment contente d’avoir fait ce choix, car cela m’a permis de participer dès le début à la construction de la scène Rock locale et de m’implanter durablement dans la ‘Capitale de la Musique’. Ces dernières années, la ville a beaucoup changé avec l’arrivée de gens venus de partout, qui n’apprécient pas forcément ce qui faisait son charme.
– Et puis, l’une de tes autres particularités est d’être l’une des premières femmes à être coutumière des rassemblements de bikers. En tant que pionnière, comment est née ton attirance pour cette communauté a priori très masculine ?
C’était incroyablement difficile à mes débuts dans les événements de bikers. J’ai dû faire face à beaucoup d’irrespect de la part d’autres groupes qui n’appréciaient pas que j’empiète sur leur territoire, et il était très difficile de gagner le respect du public, car c’était tellement inhabituel. En coulisses, je retrouvais mes affiches profanées et déchirées. J’ai choisi de rester digne et de me concentrer sur l’avenir, car je savais que dans cinq ans, ils seraient toujours sur la même voie et que je serais la tête d’affiche de ces concerts. Ces événements avaient désespérément besoin de quelque chose de nouveau et d’exubérant, et je savais que je pouvais l’apporter… (Sourires)
– Tu as donc ce caractère bien trempé que l’on retrouve jusqu’au titre de ton huitième album, « Attitude Is Everything ». Est-ce que tu te retrouves dans le monde actuel de la musique, qui semble assez loin de tes valeurs ?
Je ne me compare pas à la scène musicale actuelle. Je me compare à ce que j’étais hier pour évaluer mon évolution. Tant que je progresse, je considère cela comme une réussite. Je refuse de suivre les tendances éphémères et de me laisser entraîner dans cette course effrénée. Je veux composer une musique qui a du sens et qui me touche, et si par hasard elle trouve un écho chez d’autres, comme cela semble être le cas, j’en suis ravie ! (Sourires) Mes valeurs sont à la base de ma réussite et de mon activité, et je leur resterai toujours fidèle.
– A ce sujet, tu as sorti le single « Hurt » en mars dernier et il fait suite à une prise de position forte, qui a même créé une polémique en lien avec le magazine « Easyriders ». C’est une chanson très engagée. Que s’est-il passé pour que tu te sois sentie obligée de réagir de cette façon et en musique ?
J’ai été profondément déçue par la position du magazine ‘Easyriders’ concernant un article. Ce n’était un secret pour personne qu’ils avaient lancé ma carrière à mes débuts. John Green, le patron de la partie événementielle, m’avait donné l’opportunité de réaliser de grandes choses que je n’avais pas forcément méritées. Grâce à sa confiance en moi, en ma capacité à assurer un spectacle impeccable jour après jour et à gérer seule le rythme effréné des tournées, j’ai acquis une notoriété nationale et je me suis constituée une solide base de fans en quelques mois, chose qui m’aurait pris des années toute seule. Il était généreux et bienveillant, et je l’admirais beaucoup pour sa bonté envers les autres. Il est décédé il y a plusieurs années.
Le magazine était une entité indépendante et, impressionnés par le succès des spectacles, ils ont décidé de me consacrer un article dans leur numéro de juin 2006. C’était l’une des premières fois qu’un artiste musical apparaissait dans le magazine ‘Easyrider’… Une véritable révolution ! (Sourires) Imaginez donc ma joie lorsque les nouveaux propriétaires ont voulu me consacrer un autre article 20 ans plus tard ! C’était un moment symbolique pour moi et j’étais ravie. L’interview était terminée et il ne manquait plus que la séance photo. J’avais choisi de travailler avec la fabuleuse photographe Allison Lynn à Tampa et de mettre en avant la ‘Triumph’, voiture primée de Jared Weems, sur les photos. Avant même de recevoir les photos, j’ai appris que le nouveau propriétaire, Keith ‘Bandit’ Ball, avait publié une story sur Facebook faisant l’apologie de la pédophilie. J’ai été vérifier l’information moi-même et je l’ai vue. Ensuite, l’un des rédacteurs lui a demandé s’il approuvait cette publication, car si c’était le cas, il ne pouvait plus travailler pour lui. Sa réponse a été : « Au revoir ».
C’était tout ce que j’avais besoin de savoir : je devais m’éloigner le plus possible d’’Easyrider’ avant d’être entraînée dans cette histoire. C’était choquant et très décevant. J’ai sorti « Hurt » quelques semaines plus tard pour boucler la boucle. Ça me brise le cœur de voir cet empire devenir ce qu’il est devenu. John Green aurait été déçu lui aussi. Le magazine ne sera peut-être bientôt plus là, mais cette chanson, elle, restera toujours.
– A ce sujet, « Attitude Is Everything » est sorti en 2024 et l’inédit « Hurt » il y a quelques mois. Est-ce que tu travailles en ce moment sur ton nouvel album ?
Les albums studio se font rares ces temps-ci. Tout le monde veut de la musique tout de suite et la préparation d’un album est très chronophage. Je vais donc privilégier des sorties plus fréquentes, sans forcément construire à un album. Beaucoup de singles et d’EPs aussi. On commence généralement à travailler dessus à l’automne, une fois la tournée d’été terminée. Comme je suis en tournée toute l’année, il faudra donc prévoir des plages horaires dédiées à l’écriture et à l’enregistrement, dès que j’aurais quelques jours de congés… (Sourires)
– Outre tes prises de position, il y a aussi beaucoup d’humour dans ta démarche artistique et je pense notamment à « Evil Disco » et « Stupid Pop Song », deux morceaux assez ironiques de ton dernier album. Est-ce important aussi pour toi d’apporter un peu de légèreté à ton répertoire ?
Je plaisante sur tout. J’essaie de ne rien prendre trop au sérieux dans la vie, car il faut en profiter sinon on devient morose en permanence. J’ai la chance d’être entourée de musiciens formidables, qui rient sans cesse. Ça allège la vie, même dans les moments difficiles. J’adore notre sens de l’humour, il est contagieux ! (Rires) On veut que les gens s’amusent avec nous. On se moque de nous-mêmes sur scène, on dit et on fait des choses ridicules juste pour le plaisir. On a tous commencé la musique par plaisir et on compte bien que ça continue comme ça ! (Sourires)
– Tu es compositrice et aussi multi-instrumentiste. Pourtant, tu as choisi la basse pour la scène. Quel est ton lien et ta relation avec cet instrument ? C’est une histoire de groove ?
Je ne crois pas avoir choisi la basse. C’est plutôt elle qui m’a choisi. En grandissant, je jouais de la guitare rythmique, ou d’autres instruments, dans des groupes et il y avait toujours un imprévu qui empêchait le bassiste de jouer. Du coup, je devais prendre sa place. C’était tellement fréquent que j’ai fini par m’y consacrer pleinement pour ne plus avoir à m’en soucier. Au fil des années, des professeurs m’ont conseillé d’abandonner la basse et de me concentrer sur le chant, mais elle est devenue presque une extension de moi-même. Je l’utilise autant comme un accessoire que comme un instrument. Je ne suis pas une bassiste virtuose, mais mon jeu est solide et c’est ce qui nous unit. J’aime aussi le fait de pouvoir emmener le groupe dans une direction expérimentale en plein morceau, si l’envie me prend d’essayer quelque chose. Avoir un instrument me permet d’improviser sur scène. Et c’est justement ce qui rend les concerts si intéressants : ils ne se ressemblent jamais ! (Sourires)
– Par ailleurs, ton dernier album se conclue avec « The Toast (Pub) », une chanson à l’esprit et aux sonorités Country. Est-ce une sorte d’hommage à Nashville, qui a accueilli et où tu as réellement pris ton envol ?
A l’origine, je rêvais d’être chanteuse de Country. Mes racines sont profondément ancrées dans cette musique. J’ai grandi en chantant des chansons de cow-boy pour mon père et dans le groupe Country de mon frère. Après le lycée, j’ai chanté du Bluegrass dans un spectacle familial pendant un été… j’ai même appris à yodler ! (Rires) J’ai participé à des rodéos et débourré des chevaux durant l’été. Je suis partie à Nashville en pensant devenir la version Rock’n’Roll de Gretchen Wilson, mais le destin en a décidé autrement ! (Sourires) J’écris toujours dans un esprit Country, car il est indéniable que trois accords et la vérité restent les maîtres mots. Je suis une fille simple dans un monde complexe… (Sourires)
– Enfin, tu seras chez toi à Sturgis en ce moins d’août. Est-ce que les concerts dans ta ville d’origine ont une saveur particulière pour toi ?
Oui, c’est vrai ! (Sourires) On a parlé de ce moment symbolique et c’est quelque chose que je ressens chaque année en rentrant chez moi. Je revois les membres de mon groupe avec qui j’ai joué dans ces petits bars enfumés, et ils me regardent comme si j’avais gagné au loto ! (Rires) Je suis vraiment heureuse de les revoir tous. Ils m’ont façonné. Ils n’ont peut-être pas perçu ce dont j’étais capable à l’époque, mais ils me voient maintenant et je leur suis toujours reconnaissante de venir à mes concerts. J’ai travaillé dur pour en arriver là, et cette fierté d’appartenir à ma ville natale est indéniable… (Sourires)
Le dernier album de JASMINE CAIN, « Attitude Is Everything », ainsi que ses autres productions, sont disponibles sur le site de l’artiste :https://jasminecain.com/