Toujours aussi brut et Rock, le Blues T.G. COPPERFIELD fait des étincelles et « All In Your Head » montre qu’il est encore loin d’avoir dévoilé l’entendue de son talent. Très européen dans le son et inspiré de références pourtant très américaines, le six-cordiste germanique fait encore parler la poudre et la qualité de son jeu et du songwriting offre à la nouvelle réalisation de sa décade un panache réjouissant et rassembleur. Inarrêtable, le musicien est à la tête d’une belle et conséquente discographie en assez peu de temps finalement.
T.G. COPPERFIELD
« All In Your Head »
(Timezone)
En huit ans seulement, T.G. COPPERFIELD a sorti deux EPs et présente aujourd’hui son dizième album. Autant dire que l’Allemand n’est pas du genre à rester se tourner les pouces. Cela dit, le Blues est un univers sans fin et lorsqu’il est agrémenté de Rock et de sonorités Southern, les possibilités sont infinies. Le songwriter l’a bien compris et semble intarissable comme le prouve « All In Your Head », un nouvel opus gorgé d’un Blues Rock incendaire toujours aussi roots, mené de main de maître par un groupe au diapason.
A ses côtés, Claus Bächer (claviers), Don Karlos (basse), Michael Hofmann (batterie) et Claudia Zormeier aux chœurs font vivre et respirer des compositions aussi explosives qu’elles peuvent aussi être réconfortantes. L’empreinte et l’identité sonore de T.G. COPPERFIELD est immédiatement identifiable et sa signature jaillit sur chaque riff et à chaque solo distillés par le guitariste-chanteur. Avec « All In Your Head », il affiche beaucoup de puissance, tout en restant terriblement mélodique et accrocheur.
Sur un groove épais, le Blues Rock de son ‘Electric Band’ fait des merveilles et présente aussi une belle diversité dans ces nouvelles compos (« Mule », « I’m On My Way », « Not Your Name »). Exigeant et pointilleux sur la production, T.G. COPPERFIELD aborde des thèmes sensibles et actuels en évitant de ne pas se faire trop sombre. S’il manie plus le chaud que le froid, il reste d’une créativité positive en mettant la même intensité sur toutes ses chansons (« Have Mercy On Me », « Redemption Blues », « World War III » et le morceau-titre).
En quelques années seulement et avec un nouvel album qui vient tout juste de sortir, GYASI s’est imposé comme un artiste à la fraîcheur outrancière. Bousculant les codes d’une scène Rock actuelle qui ne cesse de se cloner, l’Américain nous renvoie à une époque créative et insouciante, où la liberté d’explorer de nouveaux univers était presque la norme. Entre Classic Rock et Glam, le chanteur et guitariste se présente avec « Here Comes The Good Part », où il va encore plus loin dans la découverte de son propre monde. Forcément hors-norme, il a pourtant la tête sur les épaules et chaque nouveau disques se veut plus imaginatif que le précédent. L’occasion d’en parler et de revenir sur ce personnage insaisissable qu’il incarne avec beaucoup de classe et sans retenue.
– En mai dernier, tu avais sorti « Rock n’Roll Swordfight », ton premier album live. Lors de notre première interview, on avait justement parlé de cet esprit très ‘live’ qui t’animait. J’ai presque l’impression que cela s’est fait de manière très naturelle pour toi, même s’il arrive vite dans ta discographie. C’est aussi ton sentiment ?
Oui, ça s’est fait très naturellement. Sur scène, la musique devient vraiment quelque chose de vivant, qui respire et où chaque musicien contribue et interagit avec les autres et avec le public. Souvent, les concerts ne sont pas suffisamment bien enregistrés pour être publiés, donc le point de départ pour cet album était que nous ayons trois concerts enregistrés en multipiste, afin de pouvoir leur offrir un bon mix. C’était la condition sine qua none, juste avoir les enregistrements bien réalisés entre les mains. Ce que je voulais montrer, c’était comment beaucoup de chansons avaient changé et s’étaient développées au fur et à mesure que nous les jouions et que nous improvisions chaque soir en tournée. J’ai donc pensé que cela leur offrait une nouvelle perspective et qu’elles méritaient d’être publiées, même si c’était un peu tôt dans la discographie. Nous nous sommes juste dit, pourquoi pas ? Et on l’a fait !
– D’ailleurs, dans cet album live, tu nous avais dévoilé les morceaux « Cheap High », « Baby Blue » et « 23 ». Tout d’abord, aimes-tu tester tes chansons sur scène ? Et ensuite, est-ce que cela veut aussi dire que ce nouvel album était déjà prêt, du moins en partie ?
Oui, je pense que tester les chansons en live peut être utile. Parfois, cela les aide à devenir ce qu’elle doive être. D’ailleurs, nous avions joué une première version de « Sweet Thing » (qui ouvre le nouvel album – NDR) en live et il était évident qu’elle n’était pas encore terminée. Alors je suis allé la réécrire pour qu’elle soit telle qu’elle est sur le disque. Je pense souvent à la façon dont une chanson s’intégrera dans notre set live lorsque j’écris. Donc si elle semble vraiment ajouter au flux du set, alors je la joue parfois en live avant même que nous l’ayons enregistrée. Ces trois chansons ont certainement été les premières écrites pour cet album. Je les avais en tête depuis un moment, et je les ai terminées l’année dernière quand j’ai eu un peu de temps.
– On te retrouve donc avec « Here Comes The Good Part », digne successeur de « Pronounced Jah-See ». Un petit mot sur le titre : est-ce que cela veut dire que le premier était une sorte d’essai ? Un premier jet pas forcément abouti, car ce n’est pas l’impression qu’il donnait ?
Non, je pense que le premier disque était déjà abouti. C’était certainement plus une introduction. Le titre de celui-ci est plus ludique et je voulais qu’il soit ouvert à l’interprétation. Quelle est la bonne partie ? Est-ce qu’on le sait quand on l’a trouvée ? C’est tellement subjectif. Chacun se fera sa propre idée…
– Ce nouvel album est co-produit avec Bobby Holland et ton empreinte musicale semble nettement mieux définie, comme si vous étiez allés dans vos derniers retranchements en explorant beaucoup plus de sonorités. C’est dû à une plus grande maîtrise, ou y avait-il des choses que tu t’étais peut-être interdites ou que tu n’avais pas osées sur le précédent ?
Un peu des deux. Pour moi, c’est la clef pour progresser. C’est le processus que j’aime le plus. Faire mon premier disque tout seul a été le déclic pour pouvoir faire celui-ci. Et faire celui-ci m’a également fait avancer en étant capable de faire ce que j’écris maintenant. J’explore et je me pousse toujours de manière créative. J’ai clairement exploré plus de sons sur celui-ci et Bobby Holland y a joué un rôle énorme. C’est un producteur et un ingénieur incroyablement talentueux qui m’a beaucoup aidé à traduire sur le disque ce que j’entendais dans ma tête. Avec lui, je me suis senti plus en confiance pour explorer des choses que je n’avais pas la capacité de réaliser dans ma chambre sur mon magnétophone huit pistes, comme arranger des cordes ou écrire au piano.
– Bien sûr, jouer du Glam Rock en 2025 renvoie forcément à l’âge d’or du style avec toujours les mêmes noms qui reviennent. Est-ce que ce n’est pas usant parfois d’entendre toujours les mêmes critiques, alors justement que ton jeu apporte vraiment du neuf ?
Oui, c’est fatiguant, mais je pense qu’au fil des albums, ma propre voix se solidifie. Sur chaque disque, je me demande toujours quelle est la partie qui me correspond le plus ou qui est la plus unique et comment je peux amplifier et explorer ça. Comme je suis capable de combiner mes différentes influences et de créer la musique que je veux, je pense que certaines de ces comparaisons vont se dissiper. D’un autre côté, la plupart des artistes qui sont mentionnés sont ceux que je considère comme le summum de la musique et de l’art. Donc, je suis souvent honoré d’être comparé favorablement.
– Pour rester sur le Glam Rock, vous êtes assez peu nombreux à en jouer aujourd’hui dans sa forme ‘classique’ en tout cas et en reprenant les codes du genre. Est-ce que tu te sens parfois étranger à la scène Rock actuelle, ou au contraire, cela t’ouvre beaucoup plus de portes que tu ne l’aurais pensé ?
Je me sens un peu étranger à la scène Rock actuelle, c’est vrai. Il y a beaucoup de nostalgie et peu de nouveautés qui semblent vitales et intéressantes au niveau de la création. Honnêtement, je me sens généralement plus connecté à ce que je vois se passer dans d’autres cercles que la scène Rock. Mon espoir est cependant de ramener un peu de cette vitalité créative au Rock et de le rendre passionnant et vital.
– L’impression immédiate que m’a donnée « Here Comes The Good Part » est que ta musique évolue en même temps que toi, ou que ton personnage au sens large à travers ton look notamment, et c’est précisément ce qui donne toute cette fraîcheur au disque. Est-ce que tu travailles, ou explores, ces deux facettes de manière simultanée et est-ce que l’une prend parfois le dessus sur l’autre ? Le look sur la musique, par exemple ?
Je pense qu’ils sont tous les deux en constante évolution. A mon avis, la musique vient en premier et que l’aspect visuel, c’est-à-dire le personnage, s’adapte ensuite à elle. J’élargis simplement mon univers à chaque album et donc il est amené à assumer de nouveaux rôles.
– Revenons à l’album et j’aimerais que l’on parle des arrangements, qui sont aussi nombreux que soignés. On y retrouve du piano et des cuivres, et ta guitare qui donne le ton. Est-ce que c’est un moyen de s’évader d’un Rock souvent brut et direct pour pouvoir exprimer plus d’émotions, notamment à travers des textes qui peuvent peut-être mieux respirer ?
Oui, je pense que la lumière et l’ombre sont nécessaires pour qu’une œuvre paraisse complète. J’aime aussi les surprises et, au fil d’un album, on a la possibilité d’emmener l’auditeur dans des lieux différents et de vivre d’autres émotions. C’est ce que j’aime dans l’expérience de l’album, le voyage que l’on peut faire au fil du disque. Je voulais avoir des couleurs différentes dans les arrangements pour que cela reste intéressant et surprenant et aussi pour lui donner une certaine ampleur émotionnelle.
– J’aimerais qu’on dise encore un mot sur ton look qui te donne beaucoup de relief à travers une personnalité finalement difficile à cerner. Est-ce une manière pour toi de te protéger, ou peut-être de te cacher derrière un personnage presqu’intouchable et qui ose tout ?
Oui, il y a vraiment beaucoup de ça. J’ai toujours aimé les ‘Rock Stars’ plus grandes que nature comme Little Richard, Mick Jagger ou David Bowie. C’est ce que je recherche chez un artiste, c’est pourquoi j’ai créé ce personnage pour cette musique, un personnage qui transmute la musique en un monde unique sur scène. Cela me donne la permission d’aller au-delà de ce que je pourrais être moi-même. Et cela me permet également de me libérer de tous les fardeaux de la réalité et d’entrer dans un nouveau monde avec des règles et des possibilités différentes. Et j’espère que ce monde touchera d’autres personnes et les transportera également ailleurs.
– Enfin, un petit clin d’œil au sujet de Nashville où tu résides depuis un moment déjà. Comment est-ce que cela se passe au milieu des cowboys et des cowgirls ? L’envie d’écrire un album de Country Music ne te titille pas encore ?
(Rires) Non, pas encore ! Et c’est une voie que je ne pense pas emprunter de sitôt. La Folk ou le Blues des origines peut-être, mais la Country n’est pas vraiment dans mes cordes. Et il y en a beaucoup qui le font bien mieux que moi. Mais Nashville est un endroit formidable pour moi. J’ai trouvé tous mes groupes ici et il y a une scène musicale vraiment florissante, qui a un sens de la camaraderie que je n’ai trouvé nulle part ailleurs.
Le nouvel album de Gyasi, « Here Comes The Good Part » est disponible chez Alive Natural Sound.
Tout en jetant un regard assez acerbe sur son pays et sa politique, JIMMY VIVINO libère un Blues authentique avec un savoir-faire permanent et surtout des idées plein la tête. Aux guitares, derrière le micro, à l’orgue et au piano, il se fait chef d’orchestre de « Gonna Be 2 Of Those Days », d’où s’échappent d’autres guitares, acoustiques et électriques, de l’harmonica et même de l’accordéon. Parfaitement accompagné, le musicien est lumineux, virevoltant et plein d’humour. Le tout sur une production irréprochable et pleine de relief.
JIMMY VIVINO
« Gonna Be 2 Of Those Days »
(Gulf Coast Records)
Fort d’une carrière exceptionnelle, notamment en tant que directeur musical sur la télévision américaine, JIMMY VIVINO est un touche-à-tout de talent, compositeur, producteur, ainsi que chanteur, guitariste et claviériste. Mais il est surtout un grand bluesman et « Gonna Be 2 Of Those Days » vient confirmer son intarissable inspiration. Sur près d’une heure et onze morceaux, il présente un panel assez incroyable d’approches différentes du Blues. Car cet album a quelque chose d’insaisissable dans sa diversité et c’est sa force.
Pour l’anecdote, il est également membre du dernier line-up de Canned Heat et a donc joué sur le dernier très bon « Finyl Vinyl » sorti il y a quelques mois, qu’il a aussi co-produit. On comprend ainsi beaucoup mieux le retour si enthousiasmant du combo. Mais c’est avec des chansons originales, et aucune reprise, que JIMMY VIVINO signe cette nouvelle réalisation qui est également sa première chez Gulf Coast Records, le label de Mike Zito. Et ce n’est pas tout, car il nous gratifie de quelques autres surprises de taille.
La première est dévoilée dès le premier titre, « Blues In The 21st », avec Joe Bonamassa qui surgit avec une slide de grande classe. Une entrée en matière qui en dit déjà long sur les intentions en termes d’exigence de JIMMY VIVINO. Son Blues se fait ensuite plus narratif et traditionnel, mais aussi funky, Honky-Tonk et presque Americana. Puis, c’est à John Sebastian, songwriter américain de Folk Rock, de s’immiscer sur « Beware The Wolf », et « Back Up The Country » en clin d’œil à Joni Mitchell. Classe et très engagé !
Ils sont très peu en France à s’aventurer dans un registre comme l’Americana, tant il peut paraître éloigné de notre culture. Pourtant, chez MARGOT VIOTTI, c’est presqu’une évidence et son premier EP, « One And The Same » qu’elle autoproduit, vient confirmer un talent évident, une voix sûre et forte tout comme ses textes, dont on connait l’importance dans ce style. Accompagnée par un groupe incroyable, les trois premières chansons dévoilées laissent entrevoir un avenir rayonnant. Entretient avec une jeune songwriter, musicienne et chanteuse, dont les premiers pas sont plus que prometteurs.
– Commençons par les présentations, puisque tu sors tout juste ton premier EP, « One And The Same », qui est d’ailleurs très abouti et particulièrement mature. Quel a été ton parcours artistique jusqu’à aujourd’hui, car tu es chanteuse et aussi compositrice ?
Je fais de la musique depuis toujours. Plus particulièrement, je chante depuis toujours. Mais j’ai commencé de manière intensive à partir de mes 11/12 ans, je dirais. Quand je dis intensive, ce sont des heures par jour. Tout mon temps libre en fait. La guitare est venue plus tard, vers l’âge de 14 ans à peu près. J’ai appris en grande partie sur YouTube, avec des tutos.
J’ai chanté sur scène pour la première fois à 15 ans. J’ai fait partie de différents groupes et projets souvent autour du Blues. Puis, j’ai commencé à chanter en solo, guitare/voix, et fais pas mal de premières parties. J’ai eu la chance d’être invitée sur scène de nombreuses fois par des artistes que j’adore. Et pour ce qui est de la composition, j’ai toujours aimé écrire et composer mes morceaux.
– L’une des choses étonnantes de cet EP est le style dans lequel tu évolues, qui navigue entre Rock, Blues, Americana et Folk avec une touche de Country Pop. C’est assez surprenant pour une jeune artiste française, car on est très loin de notre culture musicale. Comment devient-on aussi familière avec un registre aussi peu diffusé chez nous ?
Je pense que c’est la question que l’on me pose le plus souvent ! (Désolé ! – NDR) J’ai un souvenir particulièrement marquant, c’est celui de mon père qui me fait écouter pour la première fois l’album « The Wall » de Pink Floyd, lors d’un trajet en voiture. Je devais avoir entre 8 et 10 ans. Et là, c’est la claque ! Et je me dis : « Waouh, mais il faut que je creuse tout ça ! »
Comme si j’avais découvert à ce moment-là une nouvelle facette de ce qui était possible par la musique. Depuis, j’ai cherché, passé des milliers d’heures à écouter tout plein de choses. J’ai écouté énormément d’albums, d’artistes et de fil en aiguille, j’ai découvert The Doors. Et alors là, tout a basculé. Je suis devenue fan absolue et je me suis dit : « Ça, c’est la musique que j’aime ! »
Après ça, j’ai continué mon chemin et mes goûts ont évolué vers des choses plus Folk, comme Joni Mitchell et Crosby, Stills & Nash, par exemple, qui sont deux de mes plus grandes influences. En tout cas, mes goûts sont toujours restés très américains et très ‘Old School’ ! Je ne peux rien y faire, c’est comme si c’était dans mes gênes ! (Rires)
– Si tu nous fais découvrir seulement trois chansons de ton répertoire, on peut facilement l’identifier à la nouvelle génération de chanteuses Country issues de Nashville notamment, avec un petit côté Pop Rock très féminin façon Kelsea Ballerini, Alyssa Bonagura, Lainey Wilson ou Kacey Musgraves pour ne citer qu’elles. C’est une scène qui t’inspire ?
Bizarrement, non, ce n’est pas du tout une scène qui m’inspire. A part Kacey Musgraves que j’adore pour ses textes absolument merveilleux, ses chansons magnifiquement produites et chantées. Mais j’ai du mal avec l’aspect marketing de cette nouvelle mode de la cowgirl, très sexualisée. Ce n’est absolument pas mon truc. Et comme je le disais musicalement parlant, à part pour les chansons de Kacey Musgraves, ce côté ‘Pop/Country commercial’ ne me parle pas du tout.
– A l’écoute des trois morceaux, on est également bluffé par la qualité de la production, dont tu t’es occupée avec Patrick Tayol. Outre un savoir-faire évident, tu avais déjà en tête le son que tu souhaitais obtenir et qui sonne d’ailleurs très américain ?
En partie, oui. J’avais des idées assez précises en tête, qui ont été discutées et retravaillées, avec l’aide précieuse et la connaissance de Patrick Tayol et Quentin Durual.
– J’aimerais que l’on dise justement un mot des musiciens qui t’accompagnent, car il y a vraiment du niveau et on sent une réelle alchimie entre-vous. Quand et comment as-tu réuni une si belle équipe ?
Ah ça oui ! Ils sont incroyables. Je connais Patrick (guitariste) depuis quelques années. L’enregistrement et le mixage, comme le tournage des clips, ont été réalisés dans son studio, le Grange Neuve Studio. Je suis chanteuse dans son groupe et nous avons développé une belle amitié, puis décidé par la suite de travailler ensemble. Lionel Bertani (claviériste) fait également partie du groupe, c’est comme cela que je l’ai rencontré. J’ai ensuite rencontré Quentin, à l’occasion d’un enregistrement au studio. Une belle amitié s’est aussi créée, et Quentin étant guitariste et aussi l’ingénieur du son pour le studio, il était évident qu’il ferait partie du projet et que c’était lui qui s’occuperait de l’enregistrement et du mixage des titres. Lovine et Rej Burlet (les choristes), sont deux amies, avec lesquelles j’avais déjà eu l’occasion de chanter et que j’aime beaucoup. Elles ont des voix extraordinaires. Cyril Gelly (batteur) et Laureen Burton (vidéaste/photographe) sont des connaissances de Quentin. C’est donc grâce à lui qu’ils ont rejoint le projet. Et enfin, je connaissais depuis un moment Anthony Prudent (bassiste) avec qui j’ai eu l’occasion de partager la scène plusieurs fois. Tous sont des artistes exceptionnels, des personnes en or, et je suis vraiment heureuse d’avoir collaboré avec eux.
– Que ce soit dans le mix, au niveau des instruments comme des chœurs, tu as apporté beaucoup de soin aux arrangements. Le travail est remarquable et j’imagine que tu as passé des heures à peaufiner ces trois titres. Est-ce que c’est un aspect de la production que tu apprécies également ?
Oui, ce sont des heures de ‘peaufinage’ effectivement ! Avec l’aide précieuse de Patrick et Quentin, ça a été un régal. Se soucier du moindre détail, aller chercher le moindre son qui vous mettra le frisson, c’est quelque chose que j’aime particulièrement, oui. Ce travail avec Patrick et Quentin a été très enrichissant.
– Tu es également compositrice et auteure comme on l’a dit, et tu évolues dans un registre où être songwriter est un gage d’authenticité et de créativité aussi. Quand as-tu commencé à écrire tes propres chansons et de quelle manière procèdes-tu ?
J’ai commencé à écrire mes chansons très tôt. Dès le départ en fait. Je ne savais jouer d’aucun instrument, mais j’avais un mini-synthé et je m’amusais à écrire et mettre en musique mes mots. Je le faisais aussi faire à mon petit frère, je m’en souviens bien !
Aujourd’hui, le processus est assez aléatoire. Des fois, j’ai un thème en tête, je gratte des accords, puis une mélodie m’apparait. Je fredonne quelques mots et parfois des phrases me viennent. Je construis ensuite autour de cela. Parfois au contraire, ce sont les mots qui me viennent en premier. Ça m’arrive de me réveiller la nuit et de me dépêcher de prendre de quoi noter, parce que j’ai la sensation que quelqu’un me souffle quelque chose. Ou alors, j’ai parfois l’impression de canaliser quelque chose qui me dépasse. Comme si je ne contrôlais rien. Les mots me viennent, et moi, je ne fais que retranscrire. C’est assez magique.
– Ce qui peut surprendre, une fois encore, c’est que tu sortes cet EP uniquement en numérique et dans un format trois titres. Même si c’est une façon de faire courante aujourd’hui et que tu fais aussi partie de cette génération. N’est-ce tout de même pas un peu frustrant de ne pas avoir l’objet physique entre les mains ? A moins que ce ne soit déjà prévu pour bientôt…
Frustrant, c’est le mot, oui ! La vérité est que je rêve de pouvoir le sortir en version physique. Mais l’EP étant autoproduit, j’ai préféré attendre de voir comment les gens réagiraient avant de me lancer là-dedans. Car tout ça a un coût, qu’on se le dise ! Mais c’est dans un coin de ma tête, j’y réfléchis…
– Vocalement aussi, tu réussis à montrer un large panel de tes capacités. Sur « One And The Same », tu mets tout le monde d’accord en affichant beaucoup de puissance. Avec « And So It Goes », tu te montres plus sensible dans une ambiance très Gospel qui va crescendo et « On The Road To Be A Woman » présente un aspect plus Folk et Americana/Country. En choisissant ces chansons, l’objectif était aussi de présenter l’éventail le plus large possible?
En quelques sortes, oui. Je souhaitais que cet EP me serve de ‘carte de visite’. Le style Americana étant assez large, je voulais pouvoir faire découvrir ces trois facettes de ma personnalité musicale.
– L’Americana est un style assez peu représenté en France, le chemin peut donc paraître très ouvert. Même s’il reste beaucoup à faire auprès du public, cela reste plus simple que de se faire une place aux Etats-Unis. Cependant, est-ce que c’est un rêve d’aller jouer là-bas rapidement, car ton EP n’a rien à envier aux productions américaines ?
Effectivement, il reste beaucoup à faire auprès du public, même si la voie a été ouverte par de grandes stars comme Taylor Swift ou Beyonce avec son album « Cowboy Carter ». Je crois qu’en fait, l’Americana devient même une tendance. Ça tombe bien, c’est pile le bon moment pour nous, artistes de ce milieu ! La difficulté en France, je trouve, reste la barrière de la langue. Les textes occupent une grande place dans cette musique, et ici beaucoup ne comprennent pas l’anglais…C’est d’ailleurs pour cela que j’ai fait le choix de mettre les sous-titres sur mes deux clips. Et c’est évidemment un rêve de pouvoir jouer mes titres aux Etats-Unis. Quel musicien ne rêve pas de ça ?
– Enfin, il est peut-être trop tôt pour en parler, mais un album complet est-il déjà dans un coin de ta tête ? Et surtout, vas-tu défendre « One And The Same » sur scène dans les mois qui viennent ?
L’album est bien sûr dans un coin de ma tête. Et ça viendra, évidemment. Je l’imagine depuis bien des années. Mais chaque chose en son temps et je vais d’abord m’occuper de chouchouter un peu cet EP. Pour ce qui est de le défendre sur scène, c’est en bonne voie. Tout ça est en construction. J’annoncerai les premières dates du projet quand tout sera prêt. En attendant, au boulot !
Le premier EP de MARGOT VIOTTI, « One And The Same », est disponible sur toutes les plateformes.
L’an dernier, le monde du Hard Rock a perdu un grand musicien et avec lui l’Angleterre l’un de ses meilleurs représentants. Après cinq décennies de bons et loyaux services, MAGNUM a donc tiré sa révérence et mis un terme à ses activités suite à la disparition de Tony Clarkin, mais il laisse une magnifique discographie en héritage. Avec « Live At KK’s Steel Mill », le quintet livre un ultime témoignage de sa créativité et de la classe de ses prestations scéniques. Une très belle manière de faire ses adieux à son charismatique guitariste et ami.
MAGNUM
« Live At KK’s Steel Mill »
(Steamhammer/SPV)
Il y a un an, presque jour pour jour, MAGNUM sortait son 23ème et ultime album, « Here Comes The Rain », juste après le tout récent décès de Tony Clarkin. Une terrible semaine pour les Britanniques qui venaient de signer l’une de leurs meilleures réalisations de ces dernières années. Dans la foulée, son emblématique frontman Bob Catley annonçait la fin du groupe. Difficile en effet de continuer l’aventure sans son guitariste, compositeur et fondateur avec la même fougue et surtout la même envie.
Affichant déjà une bonne dizaine d’albums live au compteur, celui-ci est probablement le dernier (sauf bootlegs imprévus) et il est très bon ! Enregistré le 10 décembre 2022 à Wolverhampton en Angleterre au ‘KK’s Steel Mill’, MAGNUM célébrait ce soir-là auprès de ses fans les plus dévoués la fin d’une tournée couronnée de succès. L’occasion était donc idéale pour filmer et enregistrer ce concert, sachant que juste après Tony Clarkin allait s’atteler à la composition de l’excellent « Here Comes The Rain ».
Alors, même si double-album est posthume, il dégage une énergie folle, celle d’une formation déterminée à offrir à son public une soirée mémorable. Et les 16 morceaux triés sur le volet dans leur répertoire sont le parfait reflet d’une carrière exemplaire et qui aurait d’ailleurs mérité un peu plus de lumière hors de son île, car à l’international la reconnaissance a toujours été longue à venir. Quoiqu’il en soit, MAGNUM nous fait plaisir une dernière fois et le moins que l’on puisse dire est qu’il va cruellement manquer à la scène Hard Rock.
Retrouvez les chroniques de leurs deux derniers albums :
KAT RIGGINS chante le Blues comme elle respire et les notes de Gospel et de Rythm’n Blues, dans lesquelles elle se meut, le rendent encore plus joyeux et pétillant. Sur « Revival », elle confirme la classe dont elle a toujours fait preuve depuis ses débuts. Avec un naturel et une vivacité de chaque instant, le voyage devient vite addictif et on se laisse guider par cette voix chaleureuse et envoûtante. Une magie qui devient très vite évidente et irrésistible.
KAT RIGGINS & HER BLUES REVIVAL
« Revival »
(House Of Berry Productions)
Et de six pour KAT RIGGINS qui, deux ans après l’excellent « Progeny », surgit avec « Revival » qui n’est pas sans rappeler dans son titre son premier effort, « Blues Revival » sorti en 2016. Un réveil qui semble se faire par étape pour la chanteuse et compositrice floridienne, qui en a aussi profité pour quitter le label de Mike Zito, Gulf Coast Records. Après ces deux dernières belles réalisations qui l’auront particulièrement mis en lumière et lui valurent deux nominations aux Blues Music Awards, celle-ci devrait suivre leurs pas…
Paru il y a quelques semaines parmi beaucoup d’autres, « Revival » dénote quelque peu de son prédécesseur. Vocalement, KAT RIGGINS est toujours exceptionnelle de puissance, de polyvalence et de feeling. C’est essentiellement le contenu qui peut peut-être surprendre par son côté plus classique, plus roots aussi et donc moins moderne, mais solidement intemporel. L’Américaine et son groupe montrent une fois encore qu’ils sont à leur aise dans tous les registres et qu’il n’y a pas grand-chose qui leur résiste.
Conçu avec Tim Mulberry qui l’a produit, mixé et masterisé, la frontwoman a co-écrit l’ensemble de « Revival » et les morceaux respirent toujours cet aspect optimiste et positif, dont elle a fait sa marque de fabrique. Malgré un son un peu en dessous et étouffé (à moins que ce ne soit le numérique), KAT RIGGINS est rayonnante et porte aussi ce nouvel opus grâce à des textes enthousiasmants et pertinents (« Lucky », « Revived », « Southern Soul », « Mojo Thief », « Mighty », « Healer »). Brûlant et enjoué, « Revival » réveille les sens.
Si JAX HOLLOW a basé sa réputation grâce à des concerts enflammés et un Blues Rock pied au plancher, la songwriter originaire du Massachussetts a de très nombreuses cordes à son arc. Avec « Come Up Kid », celle qui vit désormais dans la ‘Music City’ du Tennessee, n’a pas mis longtemps à en saisir des codes artistiques aussi riches que nombreux, et nourrit désormais son registre de saveurs Americana, Country et Folk. Porté par une production somptueuse et très organique, elle détonne dans un paysage où elle vient apporter de la fraîcheur et une véritable bouffée d’air frais sur des sonorités Indie et très libres.
JAX HOLLOW
« Come Up Kid »
(Independent)
Elle l’avait révélé il y a quelques semaines ici même, ce nouvel opus serait plus intime, plus personnel et sa direction ne serait peut-être pas non plus celle que l’on attend de la flamboyante guitariste-chanteuse. Il faut reconnaître que de ce côté-là, la surprise est belle et elle est de taille. Car si « Come Up Kid » s’ouvre sur « Changing Suits », suivi de « Easy Or Harder ? », deux morceaux plein d’allant, c’est un aspect plus délicat et aux teintes acoustiques plus présentes que nous présente JAX HOLLOW. Et la jeune Américaine semble aussi plus imprégnée de ce que peut apporter Nashville en termes de couleurs musicales.
Dès « Keeping My hands Busy », c’est cette fibre qui ressort, tout comme sur le single « Don’t Call Me Baby » et ensuite « Fallout » et son violon. La musicienne avait présenté son nouvel effort comme étant une sorte de biographie de ses deux dernières années, faites de hauts et de bas. Et c’est vrai qu’en cela, son Americana se prête beaucoup plus à la narration, ce qui ne l’empêche pas d’assurer de belles envolées guitaristiques, passant de l’acoustique à l’électrique avec la même dextérité. Sorte de catharsis, « Come Up Kid » apparaît presque comme une libération pour JAX HOLLOW qui resplendit littéralement au chant.
Accompagnée par un groupe irréprochable et d’un feeling irrésistible, c’est sans doute la première fois aussi que la voix de la chanteuse prend une telle dimension. Capable d’une extrême sensibilité comme d’une puissance claire (« Corner Store Jay’s », « Blazing Glory », « Stone Cold Sober »), elle se balade d’un style à l’autre, d’une ambiance à une autre en jouant sur les émotions avec beaucoup de sincérité, comme sur la poignante chanson-titre ou la très country « Birds On A Wire ». Enfin, JAX HOLLOW clôt ce très bon disque avec le touchant « Sycamore St » pour un final de toute beauté en guitare et piano. Rayonnante !
Retrouvez son interview accordée au site il y a quelques semaines :
Italienne et insulaire, EVA CARBONI n’avait, a priori, pas de prédisposition naturelle pour le Blues. Et pourtant, depuis quelques disques maintenant, elle a parfaitement réussi à imposer sa voix, mais aussi un registre qui parcourt sans retenue, et va même parfois au-delà, l’univers des notes bleues. Ce mois-ci est sorti « Blues Siren », un troisième album qui, comme son nom l’indique, est captivant à plus d’un titre et il est même difficile de s’en défaire facilement. Aujourd’hui installée à Londres, la chanteuse multi-culturelle continue de façonner un chant expressif et sincère entourée d’une équipe de haut-vol. L’occasion de revenir avec elle sur son parcours et également sa vision de la musique, de ce qu’elle apporte et aussi ses intentions pour l’avenir.
– Avant de parler de ce nouvel album, « Blues Siren », j’aimerais que l’on revienne sur ton parcours. Tu es née en Sardaigne, qui n’est pas véritablement une terre de Blues. De quelle manière l’as-tu découvert et surtout comment est venue cette envie de le chanter ?
Tout d’abord, je tiens à te dire que mon père est né et a grandi en France. Alors autrefois, je parlais très bien le français. Mais aujourd’hui, je suis très rouillée ! (Sourires) Il chantait beaucoup quand il était jeune, même s’il s’est ensuite consacré à autre chose. Mais enfant, il me faisait chanter des chansons de Gilbert Bécaud et d’Edith Piaf, assise sur la table de la cuisine pendant qu’il faisait la vaisselle. Dans notre maison, on écoutait toujours beaucoup de bonne musique et dans des styles très différents… C’est comme ça que j’ai découvert Janis Joplin. J’ai alors été frappée par la foudre, alors que je n’avais seulement que 11 ou 12 ans.
– Par la suite, tu es partie pour Los Angeles où tu as obtenu ton diplôme de chant à la prestigieuse ‘Vocal Power Academy’ avec la très réputée Elisabeth Howard. En quoi cette école a-t-elle un passage obligé et est-ce là que tu as véritablement trouvé ‘ta voix’ ?
Oui, la ‘Vocal Power Academy’ est arrivée plusieurs années après. J’ai un peu vagabondé, puis j’ai rencontré Elisabeth Howard en Italie dans une masterclass, et j’en suis tombée amoureuse. Ensuite, je l’ai rejointe à Los Angeles où j’ai pu approfondir mes connaissances avec sa super méthode. J’ai aussi beaucoup travaillé sur moi et sur ma voix, en revoyant finalement tout ce que j’avais appris auparavant. Je voulais qu’elle résonne librement, sans tension et qu’elle devienne un instrument qui me permette d’exprimer tout ce que je ressentais à l’intérieur de moi. Je l’ai ensuite cultivée et soignée avec amour et curiosité.
– Étonnamment, c’est ensuite en Angleterre aux côtés du guitariste et compositeur Mick Simpson que tu trouves l’association parfaite, puisque vous travaillez toujours ensemble. On aura pu penser que tu serais restée aux USA, berceau du Blues, et pourtant c’est à Londres, où tu vis aujourd’hui d’ailleurs, que tu t’épanouies. Tu as plus d’affinités avec le British Blues, ou c’est juste un concours de circonstance ?
Ma rencontre avec mon ami, le grand guitariste et auteur-compositeur-interprète Mick Simpson, m’a fait entrer dans une famille britannique fantastique et magique. Il m’a présenté à mon producteur Andy Littlewood, qui est aussi musicien, auteur, interprète et un compositeur incroyable avec qui je collabore depuis 2017. J’adore chanter du Blues britannique et aussi made in USA. J’aimerais d’ailleurs faire une tournée aux Etats-Unis bientôt et pouvoir rendre visite à mes amis américains.
– Tu es également compositrice et tu co-signes plusieurs chansons de « Blues Siren ». Dans quel domaine interviens-tu le plus ? On imagine que les paroles ont une place particulière dans ton univers musical…
Quand j’ai l’inspiration pour écrire une chanson, elle me vient comme une histoire à raconter. La musique et les paroles naissent pratiquement ensemble. Pour moi, c’est comme recevoir un cadeau et j’en suis très reconnaissante. Je me laisse guider par ma voix intérieure. « Blues Siren », par exemple, m’est venue alors que je réfléchissais à ma vie et à celle de tous mes merveilleux amis, qui ont rendu ce monde plus beau avec leur voix. Cette chanson, sérieuse et avec une légère ironie, contient un peu de moi, un peu de toutes les grandes reines du Blues et un peu aussi des moins connues, mais qui n’en sont pas moins de grandes chanteuses de Blues. Elles ont toutes ouvert leur cœur pour donner de douces émotions à travers leur chant.
– « Blues Siren » est ton troisième album après « Italia Square » (2019) et « Smoke And Mirrors » (2022), auxquels il faut ajouter quelques singles et l’EP « In The Name Of The Blues ». Je me suis amusé à écouter ta discographie de manière aléatoire et c’est incroyable de voir à quel point il y a une intemporalité dans ta musique au point que c’est difficile de dater tes chansons. Est-ce que c’est ce que tu cherches avant tout à travers tes disques ? Qu’ils soient hors du temps ?
Oui… Avec Andy, on suit le flux du moment. C’est aussi parce que, pour moi, le temps n’existe pas… Mais là, c’est un peu plus compliqué à expliquer ! (Sourires) Et je suis très contente que tu aies écouté toute ma discographie, merci !
– « Blues Siren » vient donc tout juste de sortir, mais il y a quelques mois tu nous as fait patienter avec l’EP « In The Name Of The Blues », qui est d’ailleurs plus Rock et plus rugueux que ton répertoire habituel. Pour quelles raisons as-tu sorti ce format-court ? Ce sont des chansons que tu avais de côté depuis un moment déjà, ou est-ce peut-être parce qu’elles ne s’intégraient pas vraiment dans ce troisième album ? Car il est assez différent, y compris dans le son…
En fait, « In the Name of the Blues » est arrivé comme un double-single avant la sortie de l’album. Et comme nous avions déjà beaucoup de chansons, c’est devenu un EP. Nous avions un tas d’idées et nous y sommes allés doucement ! Cela dit, même sur « Blues Siren », il y a beaucoup de Rock, des chansons comme « Don’t Get In My Way », « Walking A Tightrope », ou « Alive And Breathing » le sont définitivement. L’album alterne avec des morceaux aux saveurs différentes et qui vivent tous ensembles en harmonie.
– Vocalement, tu t’inscris depuis tes débuts dans la tradition des grandes chanteuses de Blues et de Soul comme Etta James ou Aretha Franklin, grâce à une voix à la fois sensuelle et puissante. Curieusement, tu vas un peu à contre-courant des chanteuses actuelles qui jouent un Blues moderne plus Rock et explosif. Est-ce que, finalement, le secret ne vient-il pas du travail que tu fais sur les atmosphères ?
Comme je te le disais, j’aime beaucoup jouer avec ma voix et c’est souvent la chanson qui m’inspire et m’invite à la suivre. Sur certains titres, je chante ce que je suis, dans d’autres, je raconte une histoire en étant spectatrice. Cela peut se faire de manière plus intime, limpide ou explosive. Dans le monde du Blues, il y a beaucoup de chanteuses et de chanteurs fantastiques et authentiques et chacun suit ce qu’il ressent à ce moment-là. Cette diversité est belle et c’est génial qu’elle existe. Je n’aime pas me coller une étiquette et je ne pense pas que quiconque aime cela d’ailleurs. Beaucoup d’artistes, femmes et hommes, ont toujours aimé parcourir ce style à travers différentes atmosphères et expérimenter en permanence.
– D’ailleurs, si tu évolues dans un registre Blues au sens large du terme, il y a de nombreuses influences Soul et Jazzy avec un côté feutré et une certaine dramaturgie dans ton répertoire. C’est finalement cette chaleur très présente sur tes albums que tu recherches tant dans les textes que musicalement, comme une façon de capter intensément l’attention de l’auditeur ?On a presque le sentiment que tu ne veux rien manquer du vaste monde du Blues. Et en fin de compte, rien ne te résiste, non plus. C’est important pour toi de ne pas te restreindre à un seul courant ?
J’ai eu la chance d’étudier intensément de nombreux styles vocaux et chacun m’a laissé quelque chose. Au départ, le Blues ne nous est pas venu très naturellement, à nous les Européens. C’est une question de culture, bien sûr. Nous ne sommes pas nés noirs, ni en Amérique. Mais nous pouvons nous imprégner, écouter et intégrer en nous ce qui vient de ceux qui ont respiré le Blues depuis leur enfance et nous l’approprier à notre manière. Elisabeth m’avait dit une fois qu’elle avait même dû enseigner le Blues à des élèves noirs, qui avaient été adoptés par des blancs en Amérique.
– Juste avant « Blues Siren », tu as aussi sorti quelques singles comme « Winter Of 51 », « The Magic » et une version étendue incroyable de « Call My Name », toujours avec ton complice Mick Simpson. Ce sont des chansons qui n’étaient pas prévues pour un album, ou est-ce que, dans ce nouveau monde numérique, c’est aussi une façon de rester présente pour tes fans et à travers les réseaux sociaux ?
Parfois, Andy et moi essayons de tenir compagnie à nos amis et aux fans qui nous suivent avec quelques chansons, même en version single ou sur un EP. On le fait en attendant l’arrivée du nouvel album qui, comme tu le sais bien, demande parfois un peu plus de temps que prévu. « Winter Of 51 » et « Call My Name » font toutes deux partie d’un album. Pour « Call My Name », Mick avait joué un très long et très beau solo en studio. C’était si intense et touchant que nous avons décidé de le présenter dans une version augmentée. « The Magic », quant à elle, est une chanson que nous avons sortie à Noël dernier. Elle est pour moi très spéciale et sincère.
– Enfin, 2024 a été une belle et riche année pour toi avec un EP et un album complet. J’imagine que 2025 sera consacrée essentiellement à la scène, à moins que tu ne travailles déjà sur le successeur de « Blues Siren » ?
Oui, je compte désormais me consacrer intensément au live et avec un super groupe anglais. Mais… De nouvelles chansons bourdonnent déjà dans nos têtes. Je vous tiendrai au courant de tout ça plus tard ! (Sourires)
Le nouvel album d’EVA CARBONI, « Blues Siren » est chez Mad Ears Productions et sur le site de l’artiste : https://evacarboni.com/
Entamer une carrière avec un tel album et surtout dans un style qui demande beaucoup d’expérience est une chose assez inhabituelle. Pourtant, MARCUS TRUMMER, la petite vingtaine, s’ouvre la voie de la plus belle manière. Grâce à une musicalité sans faille, un songwriting étincelant et des arrangements plus que soignés, « From The Start » possède tous les atouts pour faire de lui l’un des futurs grands de la scène Soul Blues. Il faudra désormais aussi compter sur TRUMMER dans la lignée des MARCUS !
MARCUS TRUMMER
« From The Start »
(Gypsy Soul Records)
C’est vrai que les artistes, dont la précocité a surpris, sont quelques uns dans le monde du Blues. Si certains sont techniquement imparables, il en va autrement du feeling et du propos d’un musicien, en deux mots : son âme. Celle de MARCUS TRUMMER semble avoir déjà plusieurs vies, tant il présente avec ce premier album, « From The Start », une grande maturité à laquelle il convient d’ajouter une classe incroyable. Se mouvoir avec autant d’aisance artistique entre le Blues, la Soul et y injecter une dose d’Americana aussi brillamment n’est pas donné à tout le monde. Et le jeune homme semble déjà tout avoir.
Si les thèmes abordés par le Canadien sont universels et familiers du registre, la manière avec laquelle il s’y engouffre libère autant de douceur que de bien-être. Un véritable remède à la mélancolie ! Et du haut de ses 23 ans, le chanteur, guitariste et compositeur n’a pas attendu bien longtemps pour récolter ses premières récompenses, preuve s’il en est que son talent est indiscutable. Entouré de son frère Silus à la batterie et Stacy Shopsovitz à la basse, MARCUS TRUMMER a aussi pu compter sur Ross Hayes Citrullo de The Commoners et sur le patron de son label, Renan Yildizdogan, pour produire « From The Start ».
Egalement soutenu par des musiciens exceptionnels aux cuivres, tout comme par des chœurs fantastiques, on se laisse porter par la légèreté apparente de ces chansons. Vocalement, MARCUS TRUMMER est irréprochable et touchant, sans faire dans la démonstration. Une certaine sobriété que l’on retrouve dans son jeu de guitare d’une grande justesse. Cependant, il ne joue pas le pied sur le frein, bien au contraire et sait se montrer flamboyant (« Holding Out Of You », « Hard Time », « The Only Thing », « Let The Devil Win »). Subjuguant et un avenir qui s’annonce déjà faste !
En bénéficiant de la distribution de Dixiefrog et du savoir-faire d’un co-producteur de renom, le bluesman originaire de Rouen s’offre une entrée en matière confortable et audacieuse. Sur un Blues Rock alerte et cuivré, il décline une vision artistique où la modernité fait corps avec la tradition en se faisant très Rock, Funky et plus intime aussi. « Time Has Come » vient confirmer le talent de PHIL VERMONT, qui réalise une première discographique très réussie, et très personnelle.
PHIL VERMONT
« Time Has Come »
(Rock & Hall Distribution)
Après avoir passé de longues années à arpenter la scène afin d’acquérir une solide expérience, le temps semble donc venu pour PHIL VERMONT de voler de ses propres ailes et de délivrer son propre répertoire. Cela dit, « Time Has Come » ne ressemble en aucun cas à une sorte de bilan de ce qu’il serait devenu en tant que musicien, mais présente plutôt un album abouti, très varié et homogène et qui nous fait traverser plusieurs courants et époques du Blues avec beaucoup de liberté et de fluidité dans le jeu.
Guitariste accompli et chanteur convaincant, PHIL VERMONT se dévoile sur onze compositions assez éclectiques, auxquelles il faut ajouter une reprise pleine de fougue de « Tribal Dance » de Peter Green. Et en changeant quelque peu de l’ambiance très British Blues de l’original, le Normand lui a réservé un traitement aussi intense que spontané. C’est justement ce qui fait sa force de pouvoir passer d’un claquement de doigt d’approches très classiques du siècle dernier à des sonorités contemporaines très vives.
Certes, si PHIL VERMONT reste le principal acteur et moteur de « Time Has Come », il a pu profiter de l’expérience du plus français des Américains, Neil Black, qui produit l’ensemble avec lui et intervient même sur deux titres (« Me And The Devil » et « The Waders »). Et les musiciens qui l’accompagnent forment aussi un groupe soudé et complice. Expérimenté et inspiré, il offre beaucoup de couleur et de relief. Et le fait que la rythmique soit enregistrée en live libère un groove authentique et savoureux. Un album de grande classe !