Catégories
Heavy Stoner Rock International

Electric Hydra : extreme energy [Interview]

Six longues années après son premier effort, le quintet fait un retour explosif avec « From The Fallen », composés de onze morceaux qui sentent la poudre et d’où jaillit un Heavy Stoner Rock massif. Entre-temps, ELECTRIC HYDRA a accueilli deux nouveaux guitaristes, rien que ça, et a forcément pris du volume. Le son de cet nouvel opus est plus brut, ample et puissant. Rangé derrière sa percutante frontwoman, Sanne Karlsson, le combo terrasse tout sur son passage, non sans s’appuyer sur de belles mélodies et il montre surtout avec une solide cohésion. Avec deux femmes dans ses rangs, le groupe joue presque la parité, d’autant que leur présence apporte un élan singulier à un répertoire déjà incisif et tranchant. Entretien avec une chanteuse pétillante, qui a hâte d’enchaîner les concerts et qui reste d’une curiosité viscérale.

– ELECTRIC HYDRA revient six ans après un premier album éponyme remarqué. Même s’il y a eu le single « Eyes Of Time » en 2022 et en quatuor, « From The Fallen » apparaît presque comme une renaissance. Est-ce le cas ?

Oui, on pourrait dire ça, plus ou moins. On s’est en quelque sorte réinventés. Le chemin n’a pas été facile, mais il nous a menés à cet album, et nous voilà : fiers et rayonnants. (Sourires)

– D’ailleurs, il y a eu un changement conséquent de line-up avec l’arrivée de deux nouveaux guitaristes. C’est loin d’être anodin, car c’est souvent la couleur musicale d’un groupe. Or, ELECTRIC HYDRA conserve et renforce même son identité. Comment avez-vous négocié ce virage ?

Comme nous avançons constamment, nous ne réfléchissons pas souvent à ces transitions. N’étant pas tenus de sonner d’une certaine manière, ou plutôt, aimant explorer différents genres, nous avons toujours été ouverts à l’expérimentation de nouvelles idées, comme les collaborations avec des artistes invités, par exemple. C’est peut-être cette curiosité d’explorer de nouvelles pistes tout en préservant cette identité profonde qui nous définit.

– Est-ce qu’aujourd’hui, ELECTRIC HYDRA a trouvé son équilibre à cinq et surtout avec deux guitares ? Le groupe a clairement gagné en puissance et votre Heavy Rock trouve aussi ses bases dans un Stoner Rock massif et toujours cette touche Hard Rock légèrement vintage. Avez-vous maintenant le sentiment d’avoir plus de possibilités que vous n’en aviez auparavant ?

C’est vrai, que nous sommes influencés par de nombreux styles différents et nous aimons explorer divers univers sonores. Avoir deux guitares nous permet d’être plus créatifs. Cela apporte également une dimension supplémentaire à nos concerts, ce que nous apprécions beaucoup. Et n’oublions pas la contribution d’Emil à la composition. Il a apporté une perspective nouvelle au groupe que nous apprécions énormément.

– Un mot aussi de la production, qui est signé par votre batteur Dennis Åhman. Le travail qu’il a accompli dès l’enregistrement jusqu’au mastering est remarquable. Est-ce que c’est justement ce qui a permis au groupe de conserver le son qui le caractérise depuis le début ?

L’anecdote est assez amusante, car suite à une série de soucis, nous nous sommes retrouvés complètement fauchés. Heureusement, grâce à la solide expérience de Dennis en ingénierie du son et à notre proximité avec le studio, le projet a pu être lancé. Nous avions une vision précise du son que nous souhaitions pour l’album, et le fait de maîtriser l’ensemble du processus nous a permis d’atteindre exactement le résultat escompté.

– Sanne, on te sent également plus déterminée que jamais, comme si c’était le moment de t’affirmer pleinement en véritable leader du groupe. On a presque l’impression que tu attendais ce deuxième album avec beaucoup d’impatience, tant ta prestation est forte. Est-ce que qui t’a animé aussi ?

Je ne sais pas si c’est quelque chose que je fais consciemment, mais oui, je m’y investis à fond, à 100 %. J’imagine que ça peut parfois agacer mon entourage, car j’ai tendance à trouver les autres trop lents quand je suis à fond. (Sourires) La raison pour laquelle je joue dans un groupe, et ce que j’apprécie le plus, c’est de jouer en live, et j’espère que nous sommes tous d’accord là-dessus ! (Sourires) Il n’y a pas eu assez de concerts ces derniers temps. Il était donc grand temps de sortir un nouvel album pour pouvoir reprendre la route.

– Par ailleurs, ELECTRIC HYDRA a toujours eu une approche très underground dans le son, ainsi que dans le style. Est-ce aussi l’une des raisons qui vous a incité à produire « From The Fallen » en interne ? Pour conserver cette flamme et cette énergie ?

Oui et non. La scène underground nous a permis de jouer et de créer. C’est une communauté très solidaire. Mais bien sûr, on adorerait aussi investir dans un bon studio avec un producteur de renom, dès qu’on aura le budget ! (Rires)

– Un mot aussi des morceaux « Contagious », « Riding The Haze » et « The Fallen » où vous accueillez quelques invités, à savoir Per Wiberg (ex-Opeth, Spiritual Beggars), l’Américain Mateo Von Bewitcher (Bewitcher) et aussi… ton père, Sanne. C’est assez inédit de jouer en famille dans ce registre. Comment cela s’est-il passé ? Et comment est née l’idée de ces trois featurings ?

En fait, il y a trois histoires différentes derrière tout ça, une pour chaque collaboration. Tout d’abord, avec Elvira, qui vend nos produits dérivés lors des concerts, nous sommes de grandes fans de Bewitcher. On a rencontré Matt et les autres membres du groupe lors de leur concert en Suède. Et tout simplement, je lui a demandé de lire quelques couplets inquiétants et Matt a eu la gentillesse de le faire. Ensuite, Per est le musicien le plus cool du monde et un type vraiment sympa. Il a joué avec des groupes incroyables au fil des ans. On aurait bien aimé qu’il joue sur le premier album aussi, mais on n’avait jamais eu le temps, ni le courage de le lui demander. Alors, l’avoir avec nous cette fois-ci, c’était vraiment spécial. On l’a croisé dans différents festivals et on a toujours passé de super moments. Les claviers, surtout joués par un musicien aussi talentueux, ajoutent une autre dimension aux chansons. Il a un don pour choisir les morceaux qui conviennent à chacun. Et comme, nous sommes de grands fans de Spiritual Beggars, alors c’est un honneur de l’avoir avec nous. Et enfin, Bo Karlsson n’est pas seulement un guitariste virtuose, c’est aussi le meilleur papa du monde ! (Sourires) Quand la voiture tombe en panne, que le chauffage fait des siennes ou que quelqu’un a simplement besoin de compagnie, il est là en un clin d’œil. Lui et ma mère, Simone, habitent tout près, et ils adorent prendre un café ensemble et discuter de tout et de rien. Un jour, nous avons pris un fika traditionnel suédois ensemble (café et brioches à la cannelle – Rires) comme d’habitude. Dennis jouait de la guitare et testait des idées pour la chanson « A New Dawn » quand il a soudainement tendu la guitare à Bobo. Et là, miracle ! C’est arrivé comme ça ! El n’avait même jamais entendu cette chanson auparavant.

– Enfin, lorsque l’on voit le line-up d’ELECTRIC HYDRA, il émane forcément une identité très féminine du groupe, avec peut-être plus de souplesse et de sensibilité, mais sans pour autant enlever de l’aspect incisif et puissant de l’album. Est-ce qu’à ce niveau-là, il y a aussi une recherche d’équilibre dans le ton notamment et d’une touche plus originale également ?

Il est encore bien trop rare de voir des femmes dans les musiques plus extrêmes. Si nous pouvons contribuer à faire évoluer les choses, nous le faisons avec plaisir. Il arrive souvent que certaines viennent nous voir après les concerts pour nous dire combien elles sont heureuses de nous voir sur scène. Nous avons la possibilité d’être plusieurs choses à la fois, alors pourquoi ne pas en profiter ? (Sourires).

Le nouvel album d’ELECTRIC HYDRA, « From The Fallen », est disponible chez Majestic Mountain Records.

Photos : Jacob Hellenrud, Isuru Jayasuriya et Arkko Mattheiszen.

Catégories
International Rap Metal

Clawfinger : get in the ring [Interview]

Que l’attente fut longue ! Fer de lance d’une scène Rap/Metal en pleine ébullition dans les années 90, les Scandinaves (le combo se partage entre Suède et Norvège) offre enfin un successeur « Life Will Kill You » sorti en… 2007 ! Pourtant, rien ne semble avoir véritablement changé au sein de la formation. Bien au contraire, avec « Before All We Die », CLAWFINGER s’inscrit dans son époque grâce à des textes cinglants, des riffs tendus et tranchants et cette touche Hip-hop qui vient donner du corps au flow de l’inamovible Zak Tell, toujours aussi incisif dans sa dénonciation d’un monde en faillite à bien des niveaux. Entretien avec un frontman lucide et engagé, qui manie le second degré avec une précision chirurgicale, comme pour mieux faire tomber les masques.

– Je vous ai découvert avec « Deaf Dumb Blind » en 1993 et j’ai souvenir de prestations survoltées à Paris à l’Elysée Montmartre cette année-là et deux ans plus tard aussi. A l’époque, CLAWFINGER avait créé un petit séisme dans le monde du Metal. Qu’est-ce que a profondément changé selon toi depuis vos débuts ?

Pour nous, personnellement, rien n’a vraiment changé. On a pris de l’âge, on est peut-être un peu plus sages, on se soucie moins du regard des autres et on s’amuse plus que jamais ensemble avec le groupe. Par contre, l’industrie musicale a beaucoup évolué : les albums ont perdu de leur importance et seuls les passionnés les achètent encore. Aujourd’hui, tout tourne autour du streaming et des réseaux sociaux, et les gens n’ont plus la même patience, ni la même capacité de concentration. On essaie de s’adapter et de rester ouverts d’esprit face à tout ça, mais honnêtement, on ne comprend pas toujours tout. Au final, notre métier, c’est de faire la musique qu’on aime, et c’est bien là l’essentiel.

– Vous êtes des précurseurs du Rap Metal avec Body Count et RATM. Et c’est vrai que ce sont sûrement les deux styles les plus revendicatifs et engagés. Vous êtes très forts dans les deux registres, mais quel est celui que vous écoutez le plus et où puisez-vous l’inspiration musicalement ?

Parmi ces deux groupes, personnellement, je préfère RATM. Pour moi, Ice-T est un rappeur et c’est ce que j’écoutais en grandissant, bien avant même que Body Count n’existe. Je respecte son travail avec Body Count, même si je ne le trouve pas très excitant. Quant à l’inspiration musicale, elle vient de partout. Je ne suis absolument pas un fan de Metal pur et dur, j’adore la Country et le Western ! (Sourires) L’inspiration ne vient pas uniquement de la musique, elle vient de toutes sortes de sources : les amis, l’actualité, les livres, le travail, les rêves, etc… Musicalement, j’ai grandi en adorant les collections de disques de mes parents. Il y avait de tout, de Joan Armatrading à Led Zeppelin, en passant par John Lee Hooker, Ten Years After, les Beatles, Muddy Waters, Bob Marley, Bob Dylan, … et la liste est longue. A l’adolescence, j’ai découvert le Rap et le Punk, et c’est de là que je tire une grande partie de mon inspiration pour mes textes.

– Dans les années 90 et début 2000, CLAWFINGER était au top artistiquement, puis les choses se sont arrêtées après la sortie de « Life Will Kill You » en 2007. Il vous aura fallu presque 20 ans pour ressortir un album. Y a-t-il eu une sorte de lassitude, ou un changement dans le paysage et l’industrie musicale dans lesquels vous ne vous reconnaissiez plus ?

Nous n’avions plus d’argent et on devait trouver du travail pour payer nos factures et nous loger. Plusieurs d’entre nous avions de jeunes enfants et, oui, après sept albums et vingt ans de carrière, nous étions sans doute un peu fatigués. Et puis, l’industrie musicale a changé. Le téléchargement et le streaming sont probablement la principale raison de nos difficultés financières, et les maisons de disques n’étaient plus ce qu’elles étaient. Nous avons donc dû nous adapter, faire face à la réalité et essayer de survivre, avec ou sans le groupe.

– Vous êtes enfin de retour avec « Before All We Die » sur lequel on retrouve avec plaisir les fondamentaux de CLAWFINGER avec une rage et un humour intacts. Est-ce que vous avez senti, avec tout ce qui se passe dans nos sociétés, qu’il était à nouveau temps d’élever la voix ?

Non, on avait juste assez de chansons pour enfin sortir un album, en fait. Ce n’est pas tellement en rapport avec un engagement quelconque. Mais tout ce qu’on touche devient du CLAWFINGER et c’est ça nous plaît. On est à l’aise avec ça, c’est notre identité. Si notre son est toujours le même, c’est tout simplement parce qu’on n’a jamais vraiment arrêté de jouer et de faire des concerts. Du coup, notre nouvel album ne sonne pas comme si c’était le premier en 19 ans : c’est juste un autre album de CLAWFINGER… parce que ça reste du pur CLAWFINGER ! (Sourires)

– Ce nouvel album est très direct, incisif et sans fioriture. Il est aussi très politique, plein d’auto-dérision et assez sombre à l’instar de notre époque. Il y a tant de choses révoltantes aujourd’hui qu’il aura fallu un triple album ! Comment avez-vous procédé quant au choix des thématiques ?

Il n’y a pas de grande réflexion derrière tout ça, on n’est pas si intelligents, on fait des trucs, c’est tout ! (Sourires) Si ça marche, tant mieux, sinon, on ne fait pas de chansons. J’ai toujours aimé l’idée d’essayer de dire quelque chose qui ait du sens, c’est tout simplement important pour moi. Il y a tellement de groupes qui ne disent rien sur rien, nous, on n’est pas de ceux-là. On vit à notre époque, avec tout ce qui se passe, alors c’est assez naturel d’en parler dans notre musique. On y met aussi beaucoup de réflexions personnelles et toutes les épreuves et les tribulations liées à la condition humaine dans cette société pourrie qu’on essaie tous de comprendre et dans laquelle on essaie aussi de vivre.

– Preuve aussi que notre époque va mal, j’ai lu que vous ne jouiez plus « Nigger » sur scène. Or, c’est justement un morceau très tolérant et l’un des plus emblématiques de CLAWFINGER. C’est donc un signe de plus que nos sociétés sont malades. N’est-ce pas pourtant le bon moment pour le jouer et même encore plus fort ? Et ce serait aussi un beau pied-de-nez, non ?

Peut-être, mais c’est plus complexe que ça. C’est un sujet chargé d’Histoire, et vu le chemin parcouru depuis que nous avons écrit cette chanson il y a 34 ou 35 ans, il ne nous appartient peut-être plus d’en être les porteurs, si tant est que cela ait jamais été le cas. C’est un problème bien plus important que de savoir si nous jouons ou non cette chanson, et nous devons le respecter. Le véritable problème du racisme et de l’injustice dépasse largement le cadre de notre petit groupe.

– En écoutant « Before All We Die », j’ai aussi eu l’impression qu’il marquait un retour tout en puissance de CLAWFINGER, comme une sorte de renaissance. Le voyez-vous également de cette façon et commencez-vous déjà à vous projeter dans l’avenir… c’est-à-dire sans attendre 20 ans cette fois-ci ?

Nous faisons simplement ce que nous avons toujours fait. Nous comprenons que cela puisse paraître comme un retour ou une renaissance, mais encore une fois, nous n’avons jamais vraiment cessé de jouer. C’est donc une continuité dans notre parcours. Quant à l’avenir et d’éventuelles nouvelles sorties, nous n’en savons pas plus que toi. Mais s’il y a d’autres albums, je suis presque certain qu’ils sortiront plus rapidement. L’avenir nous le dira… (Sourires)

– Enfin, au regard de vos textes, CLAWFINGER se pose clairement comme un groupe anti-système. Est-ce que le monde vogue comme le Titanic (en référence au morceau « Going Down (Like Titanic ) » de l’album), selon vous, peut-on encore éviter les icebergs ?

Oui, nous naviguons comme le Titanic et nous pensons que c’est le symbole parfait de l’état du monde, malheureusement. Cependant, l’espoir demeure. Pour chaque malheur, il y a un bien qui arrive. Il faut juste parfois que la balance penche un peu avant que les choses s’améliorent. L’espoir est toujours permis. Nous ne sommes pas totalement inutiles, mais nous sommes sacrément mauvais et nous pourrions faire beaucoup mieux. Il suffit d’un peu de patience, de gratitude, de respect, d’ouverture d’esprit et d’un minimum de décence. Ce n’est vraiment pas si compliqué, finalement. Malheureusement, nous sommes distraits par le pouvoir, l’argent et la cupidité, et pour une raison ou une autre, nous leur accordons plus d’importance qu’à la bienveillance et à la gentillesse.

Le nouvel album de CLAWFINGER, « Before All We Die », est disponible chez Perception.

Photos : Peter Bjoens

Catégories
Blues Delta Blues International

Eric Bibb : le sage du Blues [Interview]

Les premières notes de « One Mississippi » nous transportent au cœur même de cette terre lointaine et inconnue aussi pour beaucoup d’entre-nous. Pourtant, il y a quelque chose de familier dans ce nouvel album d’ERIC BIBB. Le guitariste, chanteur et songwriter a beau vivre à des milliers de kilomètres du terrain de jeu qui l’occupe ici, l’impression est telle que l’on s’y tromperait. Grâce à une proximité sonore et artistique omniprésente, le bluesman tient l’auditeur et l’embarque dans un voyage où chaque note est d’un bleu limpide et éblouissant de beauté. Toujours acoustique, l’Américain se meut dans des sphères organiques avec beaucoup de conviction et une sagesse qui se reflète sur sa vision du monde à travers ses chansons. Entretien avec un artiste aussi passionnant que passionné.

– Tu es un musicien très prolifique, puisque tu sors environ un album par an depuis des années. Est-ce le fruit d’un travail assidu et quotidien, ou est-ce que la musique est juste une manière d’exprimer ce que tu as déjà en toi ? Et d’ailleurs, as-tu une méthode précise pour donner vie à toutes ces chansons ?

Depuis mon plus jeune âge, les chansons ont été pour moi les fondements de mon univers, mon refuge. Tout mon environnement est influencé par les chansons que j’écoute, celles qui me touchent, celles que j’écris et celles que j’écoute sur les disques que je collectionne. Les chansons ont véritablement façonné mon monde plus que bien d’autres choses. Ainsi, depuis que j’ai commencé à en écrire, vers l’âge de quatorze ans, je dirais que c’est le moyen que j’ai utilisé pour découvrir mes convictions profondes et mes observations sur le monde dans lequel je vis. Donc, encore une fois, les chansons ont été, depuis le tout début, mes compagnes et la matière même de mon univers. En effet… Quant à ma méthode, je sais que certains auteurs-compositeurs ont une routine, un emploi du temps, comme c’est le cas de la plupart des écrivains, et ils consacrent un certain temps chaque jour à l’écriture. Je ne fais pas ça, mais il arrive souvent que chaque jour soit, d’une manière ou d’une autre, un jour d’écriture, simplement parce qu’une idée m’appelle et que je décide de la concrétiser. Ou alors je prends ma guitare, une idée en entraîne une autre et me voilà en mode composition. Ça arrive assez souvent, mais il y a des moments où je fais autre chose et… oui… les chansons et leur processus d’émergence sont des créatures mystérieuses. Je suis plongé au cœur de ce mystère et j’y prends toujours autant de plaisir.

– Tu es un Américain devenu très européen au fil du temps, Pourtant, ta musique résonne d’une authenticité qui provient directement des origines du Blues, Est-ce que c’est toujours naturel pour toi que ces racines soient toujours si vivaces ? C’est gravé pour toujours ?

En ce qui concerne les racines, je pense qu’elles jouent un rôle dans votre vie dans la mesure où vous les reconnaissez et savourez la richesse de celles qui ont donné naissance à… vous savez… cet arbre généalogique. Musicalement parlant, mon amour pour la culture Blues du Sud, musicale et autre, a commencé dès mon enfance et s’est nourri de cette culture, sans pour autant s’en détacher ou la perdre de vue. Au contraire, il s’’est enrichi davantage lorsque j’ai déménagé en Europe. Ce que j’ai découvert en France et surtout en Scandinavie, c’est une véritable passion pour les musiques afro-américaines, en particulier le Blues et le Jazz. J’y ai trouvé tout ce dont j’avais besoin pour poursuivre mon apprentissage : écouter, assister à des concerts. Ce lien s’est d’ailleurs renforcé après mon installation en Europe. C’est ma passion et le langage du Blues est une façon pour moi d’exprimer qui je suis et de le partager avec le monde. Alors, je crois que nous sommes guidés, si nous voulons bien le reconnaître… Nous prenons conscience que nous attirons à nous ce qui nous intéresse et nous nourrissons nos passions pour la musique, ou quoi que ce soit d’autre, simplement en nous concentrant dessus, et nous trouvons alors ce dont nous avons besoin pour continuer. On est reconnaissant… C’est tout ce que je peux dire. Je suis reconnaissant de l’héritage dont je fais partie. Je suis reconnaissant que mes parents aient encouragé ma passion pour cette musique et je suis reconnaissant d’être encore en mesure de la partager avec des gens du monde entier.

– Au-delà de la musique, tu portes aussi un héritage historique, civique et spirituel qui se libère dans tes chansons. Est-ce que, finalement, elles sont le véhicule idéal pour les transmettre ? Et d’ailleurs, te mets-tu parfois certaines barrières dans tes textes ?

Ayant grandi dans un environnement où la musique et l’actualité – d’abord au sein de ma famille, puis parmi mes amis – étaient étroitement liées aux mouvements progressistes de l’époque, comme la lutte pour les droits civiques et le mouvement pacifiste, ces mouvements étaient en phase avec ceux de nombreux acteurs du milieu artistique. Le milieu Folk, notamment, était profondément engagé dans ces deux mouvements. Ce lien étroit entre la musique et les mouvements progressistes a donc été fondamental dans mon éducation. Je pense que les chansons sont un formidable moyen de consigner l’Histoire de façon durable, car elles perdurent. Nous chantons des chansons qui étaient déjà entonnées il y a des siècles. Elles constituent donc un témoignage historique précieux. C’est une excellente chose, car la censure sévit encore aujourd’hui, comme par le passé. Des livres sont brûlés, la censure est omniprésente, les archives historiques sont manipulées numériquement. Les chansons sont donc, à mon avis, un excellent moyen de transmettre la vérité. Il en a toujours été ainsi. Quant aux limites que je pourrais m’imposer à ma propre expression, je peux seulement dire que certains qualifient mes écrits de politiques, mais je ne suis pas d’accord, je pense que cela va au-delà de la politique. Je crois qu’il est question d’éthique humaine… d’évolution de l’humanité… d’évolution spirituelle. Nous apprenons de nos expériences sur le terrain et, selon moi, commenter l’actualité exige une certaine prise de décision, voire un code de conduite. Je n’appelle pas cela des limitations, mais plutôt le fait de choisir consciemment son message et la manière dont on souhaite qu’il soit perçu.

– Avant que l’on parle de ce nouvel album, j’aimerais revenir un instant sur « In The Real World », enregistré dans les prestigieux studios de Peter Gabriel. Y as-tu retrouvé une atmosphère propice au Blues et à ses vibrations si particulières, ou est-ce que l’endroit importe finalement peu à tes yeux ?

Enregistrer aux Real World Studios a été un véritable plaisir à bien des égards. L’ingénieure du son principale, Katie May, était une ingénieure du son et une musicienne formidable… Une technicienne hors pair, tout simplement. L’environnement est unique et incarne véritablement une vision. C’est un lieu très inspirant, physiquement parlant, et l’espace est très accueillant. Bien sûr, l’endroit où l’on enregistre a son importance, mais vous savez… La véritable essence peut jaillir de n’importe où. Elle peut jaillir de votre iPhone dans votre chambre. Elle peut jaillir du merveilleux rêve devenu réalité de Peter Gabriel. Je trouve que lorsqu’on prend sa propre musique et son partage au sérieux, lorsqu’on aborde sa création musicale avec tout le professionnalisme dont on est capable, on se rend service à soi-même et à ses fans. Cela fait toute la différence. Tout cela, c’est de la musique, mais au final, c’est l’essence même de la musique… son intention… son but véritable qui devrait primer. C’est l’essentiel, et si un environnement peut favoriser l’émergence de cet esprit fondamental, vous savez… cette essence… cette chose divine… alors oui… créons davantage de studios magnifiques, véritables visions.

– « One Mississippi » a été enregistré en Suède avec Glen Scott à la production et un groupe toujours aussi exceptionnel pour t’accompagner. L’idée d’aller enregistrer dans le Delta en Louisiane cette fois-ci t’a-t-elle traversé l’esprit, afin de te connecter directement à la source ?

Le lien avec la source transcende la géographie… la distance, l’espace, le temps. Ce lien est mystérieux à bien des égards. Il est génétique… Il est canalisé d’une manière que nous ne comprenons pas vraiment, mais que nos ancêtres comprenaient peut-être mieux. Néanmoins, lorsqu’il s’agit d’enregistrer avec de merveilleux musiciens, on a tendance à se rapprocher de l’endroit où ils se trouvent. Les musiciens que je connais bien et avec lesquels je partage une profonde affinité sont assez proches de chez moi. Les réunir et voyager jusqu’en Louisiane… Les dépenses et tout ce que cela implique seraient discutables quant à l’intérêt que cela aurait pour la qualité de l’enregistrement. Alors, je pense que ce qui compte vraiment, ce sont les musiciens, la musique et la vision de la production, plus que le lieu. J’ai enregistré en Louisiane et c’est inspirant d’être dans ce milieu, vous savez, mais au final, la musique s’exprimera où que l’on soit.

– Comme toujours « One Mississippi » est un album varié et d’une grand richesse, qui traverse le temps et les ambiances avec beaucoup de profondeur. Tout en restant très roots, il dégage beaucoup de force. Et étonnamment, celle-ci se traduit par une grande douceur. Est-ce la première choses sur laquelle tu te focalises au moment de composer et d’écrire ?

Je crois qu’’en fin de compte, l’essence même d’un auteur-compositeur se révèle dans ses chansons. Entendre la puissance de ma musique qualifiée de ‘douce puissance’ me fait sourire, car je privilégie la douceur. La force n’est pas ma voie, ce n’est pas dans ma nature. Je pense que la douceur est une force immense, et si ma musique peut être associée à cette façon d’aborder le chemin de la vie, j’en suis ravi. Je suis heureux que cela soit évident. Mais, comme je l’ai dit, je crois que ce que l’on est, au final, se reflète dans ce que l’on partage. Et quand on a fait certains choix quant à sa vision du monde et sa façon d’y vivre, il en résulte une certaine cohérence. C’est une bonne chose, je crois. C’est important de trouver sa voie, et cela transparaîtra dans son travail, dans son expression. Je ne pense pas qu’il faille décider album après album, c’est un phénomène naturel.

– L’une des autres richesses de cet album réside dans la qualité des arrangements, où l’on retrouve du dobro, de l’harmonica, du tuba, du violon, des chœurs, … En tant que compositeur, laisses-tu une certaine liberté à tes musiciens, ou est-ce le fruit d’un véritable travail de groupe ?

Les arrangements exquis qui entourent les chansons de cet album, ainsi que ceux de mes précédentes collaborations avec Glen Scott, qui un véritable génie, à mon avis, reflètent ses talents de multi-instrumentiste, de chanteur et d’ingénieur du son. Je n’ai jamais rencontré de musicien aussi accompli, doté d’une telle variété de compétences à un niveau aussi élevé. C’est une véritable chance de le connaître et de collaborer avec lui sur scène et en studio. Travaillant ensemble depuis des décennies, nous partageons une vision commune, un socle commun, quant aux chansons qui me permettent de donner le meilleur de moi-même en tant qu’artiste. En tant que producteur, il a joué un rôle essentiel dans mon développement personnel, m’aidant à identifier mes forces et à me concentrer sur ma vocation artistique. Avoir quelqu’un qui reconnaît ces qualités en vous et vous aide à les exprimer… Je ne crois pas qu’il y ait mieux pour un artiste. Grâce à ce soutien indéfectible, fondé sur une admiration et une amitié mutuelles, je suis idéalement placé pour continuer à produire un album par an pendant les vingt prochaines années.

– Enfin, il y a une question que je souhaitais te poser par rapport à ton instrument. On te voit toujours entouré, ou en train de jouer de la guitare acoustique. Tu n’as jamais été tenté par un jeu en électrique, ou est-ce c’est la question de la chaleur musicale et des sonorités organiques qui prime ?

Mon amour indéfectible pour la guitare acoustique est inné. Concernant la guitare électrique et ses sonorités, j’aime combiner le son de ma guitare acoustique avec une grande variété de styles et de sonorités électriques, compatibles avec ma musique, bien sûr. Je trouve ce mélange très stimulant. Je possède quelques guitares électriques, mais je les joue essentiellement comme mes guitares acoustiques. Il y a donc une différence de sonorité, plus que de style de jeu. Mais comme je le disais, rien ne vaut la chaleur et la profondeur d’un bel instrument acoustique, et rien ne vaut l’écoute au plus près de soi… vous savez… pas à travers un haut-parleur, pas un amplificateur, mais juste… à une trentaine de centimètres au-dessus de la rosace… c’est là qu’il faut être. C’est un monde merveilleux.

Le nouvel album d’ERIC BIBB, « One Mississippi », est disponible chez Repute Records.

Photos : Jan Malmstrom

Retrouvez les chroniques des deux derniers albums de l’artiste :

Catégories
Metal Progressif

Soen : une trajectoire forte

Sur des riffs acérés et des refrains entêtants, les Suédois continuent leur aventure avec une intention forte déjà présente sur « Lotus », un disque qui semble avoir été marquant dans leur parcours. Car c’est cette approche que l’on retrouve depuis sur chaque sortie du quintet, et « Reliance » ouvre un nouveau chapitre de son édifice musical. Sans renier les passages atmosphériques qui font aussi sa touche, SOEN joue avec énormément de précision sur des thématiques ténébreuses et d’autres pleines d’espoir. Intense et fédérateur, ce nouvel opus envoûte autant par sa vélocité, sa technicité que par sa richesse mélodique.

SOEN

« Reliance »

(Silver Lining Music)

Ces quinze dernières années ont démontré de belle manière que Martin Lopez, alors batteur d’Opeth de 1997 jusqu’en 2006, avait bien fait de monter SOEN avec Joel Ekelöf, dont la voix est devenue l’une des identités premières du groupe. Depuis « Cognitive » (2012), les Scandinaves n’ont de cesse de se surpasser. Si « Lotus » (2019) a marqué un véritable tournant dans son évolution, celui-ci a perduré sur « « Imperial » (2021) et « Memorial » (2023), qui s’inscrivent tous les trois dans un belle continuité et un même élan artistique. La construction d’une œuvre totale.

Désireux de maintenir et d’entretenir du mieux possible cet héritage forgé sur ses précédents opus, le quintet se présente avec « Reliance », qui se veut comme une suite logique. Avec le retour à la basse de Stefan Stenberg après un break de cinq ans, la constance et la créativité de Lars Åhlund aux claviers et à la guitare en soutien de Cody Ford qui est littéralement brillant, SOEN offre donc une septième réalisation magistrale, qui conforte sa place au sommet du Metal Progressif européen et qui laisse surtout une marque indélébile sur le registre.

Sombre mais si lumineux, technique mais tellement limpide et évident, « Reliance » doit aussi beaucoup à la production signée Alexander Backlund, qui réalise ici un travail éclatant, que ce soit sur l’enregistrement en lui-même, comme sur les arrangements qui sont d’une extrême finesse. Il est sans conteste l’un des artisans du son de SOEN, de l’aveu-même des ses musiciens. Agressif autant que vulnérable, le combo prend une trajectoire indéfinissable, dont l’originalité se fait dans les nuances (« Primal », « Discordia », « Huntress », « Drifter », « Draconian »). Somptueux !

Photo : Linda Florin

Catégories
Hard Rock Heavy metal

Bullet : power injection

Il y a quelque chose de galvanisant chez BULLET, une dynamique qui sent la dynamite et qui foudroie, malgré un registre qui semble ne plus avoir de secrets. Authentique et classique, tout en restant ancré dans son époque, les Suédois imposent leur son et leur style avec assurance et un irréprochable savoir-faire. Cette identité, ils l’ont acquise au fil des réalisations et pourtant « Kickstarter » paraît ouvrir un nouveau et musclé chapitre de leur carrière

BULLET

« Kickstarter »

(Steamhammer)

20 ans exactement après le premier, BULLET sort son septième album et il est un beau condensé d’une carrière de plus de deux décennies dédiée au Hard Rock et au Heavy Metal. Et « Kickstarter » sonne même comme un second souffle, un nouveau départ fondé sur des solides bases forgées il y a des années. L’arrivée de Freddie Johanson en second guitariste apporte aussi beaucoup de fraîcheur et de vélocité au quintet, qui est loin d’avoir dit son dernier mot. Bien au contraire, il semble plus costaud et déterminé que jamais.

Huit ans après « Dust To Gold », BULLET n’a rien changé à ses bonnes habitudes et reste fidèle aux fondamentaux. Pas question de renverser la table, mais plutôt d’afficher une certaine fierté à entretenir la flamme, ce qui serait même l’intention première des Scandinaves. Incisifs, racés et affûtés, ils se livrent pleinement sur ce « Kickstarter », certes classique mais terriblement efficace. Et avec une bonne touche de modernité, une énergie folle et un sens instinctif du songwriting, ce nouvel opus possède beaucoup de caractère et d’envie.

Sans détour, le combo attaque avec le morceau-titre et s’impose. Les riffs sont acérés, la rythmique sans équivoque et le frontman harangue avec sa voix si particulière, qui renvoie à UDO, Bon Scott et Rob Halford. Et le mix est savoureux, hyper-Heavy et très Rock. Plus Metal sur la première partie, BULLET fait parler un groove purement Hard Rock sur la suite et se révèle intraitable avec des chansons taillées pour la scène et son urgence (« Caught In The Action », « Open Fire », « Chained By Metal », « Spitfire », « Strike At Night »). Implacable !

Photo : Robin Fritzon

Catégories
Hard Rock

Hell In The Club : wild card

Ce n’est jamais simple pour une formation même chevronnée de changer de frontman, alors quand il s’agit d’accueillir une frontwoman, cela peut même venir bouleverser beaucoup de choses. Pourtant, la Scandinave Terese Persson intègre le combo transalpin le plus naturellement du monde. HELL IN THE CLUB négocie parfaitement le virage et ouvre un nouveau chapitre avec le musclé et mélodique « Joker In The Pack », dans un registre modernisé et explosif. Une belle réussite.

HELL IN THE CLUB

« Joker In The Pack »

(Frontiers Music)

Suite au départ de son chanteur Dave Moras, on aurait pu s’interroger sur l’avenir du groupe sans son fondateur. Même s’il reste toujours très proche humainement et artistiquement de ses anciens camarades de jeu, HELL IN THE CLUB a su trouver la perle rare. Loin d’être une inconnue, Terese ‘Tezzi’ Persson a œuvré au sein de Venus 5 et Infinite & Divine, mais encore fallait-il qu’elle se fonde dans le registre des Italiens. Puissante, la voix de la Suédoise colle parfaitement à leur répertoire et apporte même ici un souffle nouveau.

Après six bons albums, c’était d’ailleurs peut-être aussi le bon moment pour HELL IN THE CLUB de repartir de plus belle avec de fortes intentions et démarrer ainsi un nouveau cycle. En tout cas, rien ne s’y oppose à l’écoute de « Joker In The Pack », qui prolonge avec brio la carrière du quatuor et qui vient également bousculer un peu ses habitudes. La touche féminine libère une belle dynamique, tonique et audacieuse. Si le Hard Rock reste toujours estampillé 80’s/90’s, il a franchement gagné en vigueur et sonne nettement plus actuel.

Costauds et compacts, Andrea Buratto (basse), Andrea Piccardi (guitare) et Marco Lazzarini (batterie) restent des éléments essentiels et assurent l’efficacité du facteur force/mélodie de HELL IN THE CLUB. Très bien produit par Simone Mularoni (Nightmare, Sole Syndicate), ce septième opus combine avec le même talent Hard Rock et Glam Metal. Vocalement, Tezzi s’impose sans mal et fait vibrer ces nouvelles compositions (« The Devil Won’t Forget Me », « New Desire », « Fairytale », « Out Of The Distance »). Une nouvelle ère s’ouvre !

Photo : Manuel Moggio & Heine Otomiya

Catégories
Heavy metal Old School

Wings Of Steel : changement de dimension

Tenace, motivé et inspiré, WINGS OF STEEL enchaîne les nouvelles productions sur un rythme effréné depuis assez peu de temps finalement, et surtout  gagne en qualité à chaque fois. Si les débuts étaient déjà prometteurs, l’ascension est assez fulgurante. Vocalement, le Scandinave reste puissant et a même élargi son panel, tandis que l’Américain multiplie les riffs acérés et les solos virtuoses sans faire cependant de « Winds Of Time » une production démonstrative. Au contraire, s’il y a plus de sérieux dans le ton, la fougue reste intacte.

WINGS OF STEEL

« Winds Of Time »

(Independent/High Roller Records)

Depuis son premier EP éponyme en 2022, WINGS OF STEEL avance au pas de charge et c’est pied au plancher qu’il sort son deuxième album. « Winds Of Time » fait donc suite à « Gates Of Twilight » (2023), et le groupe s’était même fendu d’un témoignage de sa venue dans l’hexagone avec le détonnant « Live In France », capté dans la bouillonnante cité lilloise. Ainsi, le frontman suédois Leo Unnermark et le guitariste américain Parker Halub mènent une aventure aussi véloce que leur Heavy Metal, bâtit dans la tradition la plus pure.

Fort d’une nouvelle collaboration avec High Roller Records, WINGS OF STEEL garde tout de même son indépendance sur ce nouvel opus et s’affiche dorénavant officiellement en quintet. Pour autant, c’est toujours le créatif duo américano-suédois qui reste aux commandes et se montre garant de l’identité artistique à l’œuvre depuis quelques années maintenant. D’ailleurs, de ce côté-là, l’épopée Old School suit son cours et se peaufine. Moins direct que ses prédécesseurs, « Winds Of Time » révèle enfin une personnalité nette.

La formation basée à Los Angeles laisse dorénavant respirer ses morceaux, à commencer par le morceau-titre qui ouvre les hostilités, culmine à dix minutes et nous rappelle au bon souvenir du Queensrÿche de la grande époque. Des changements d’ambiance qui viennent donc confirmer la force et la maturité acquise par WINGS OF STEEL. Plus varié et doté d’une approche plus actuelle sur des compos plus lumineuses font de « Winds Of Time » un disque à mettre entre toutes les bonnes mains et à écouter sans modération. L’élan est beau !

Retrouvez aussi l’interview du groupe pour la sortie de « Live In France » et la chronique de « Gates Of Twilight » :

Catégories
Hard 70's Proto-Metal Psych

Siena Root : vintage steam

Avec ce nouveau double-album live, la formation de Stockhölm propose un voyage dont il a le secret à travers 12 morceaux soigneusement choisis et sur plus d’une heure et quart. SIENA ROOT y parcourt l’essentiel de sa discographie avec cette liberté qu’on lui connaît, c’est-à-dire une proportion à réarranger ses compostions pour les laisser atteindre des sommets d’improvisation. Capté sur bandes, « Made In KuBa » offre une chaleur et une proximité qui font le sel de ses productions depuis la fin des années 90.

SIENA ROOT

« Made In KuBa (Live) »

(Perception)

Après son dernier album studio, le très bon « Revelation » (2022), SIENA ROOT revient à ce qui fait l’essence-même de sa musique : la scène. Si le quatuor a déjà sorti huit opus, il faut revenir en 2011 et à « Root Jam » pour trouver une trace discographique du groupe en live. « Made In KuBa » est donc très attendu par les fans, et pas seulement. C’est en mars 2024 que les Suédois ont donné une série de concerts à Iéna en Allemagne et précisément au ‘Kulturbahnhof’, plus communément appelé le ‘KuBa’. 

Entièrement enregistré en analogique par l’ingénieur du son du combo, Ove Noring, qui travaille avec lui depuis « Kaleidoscope » paru en 2006, « Made In KuBa » relate à la perfection l’ambiance de ces trois soirées et surtout ce ‘Classic Roots Rock’ que SIENA ROOT élabore depuis une vingtaine d’années maintenant. Cultivant un esprit jam très créatif qui prend régulièrement le dessus, son registre défie le temps et se montre captivant dès les premières notes, où le Psych Rock côtoie le proto-Metal.

Sous l’impulsion de sa frontwoman, Zubaida Solid, également à l’orgue, les quatre musiciens s’engouffrent dans un répertoire savamment sélectionné pour le plus grand plaisir de la chanceuse assemblée présente ces soirs-là. Délicatement rétro, atmosphérique et capable d’éruptions sonores déflagrantes, SIENA ROOT accueille aussi à ses côtés Erik Petersson aux claviers Rhodes et la flûtiste et chanteuse Lisa Isaksson, qui viennent enrichir des morceaux aux riches tessitures. Une saveur vintage qui devient très vite envoûtante.  

Photo : Petter Hilber

Retrouvez la chronique de « Revelation » :

Catégories
Hard'n Heavy Melodic Metal

Sole Syndicate : une personnalité affirmée

Les Suédois prennent de la hauteur et haussent le ton, c’est en tout cas ainsi qu’on pourrait définir « The Reckoning » s’il n’était pas aussi fin dans son interprétation comme dans son écriture. Ce quatrième effort est terriblement efficace et accrocheur, preuve d’une maturité et de beaucoup de certitudes quant à la direction à mener. SOLE SYNDICATE a parfaitement cerné les contours de son Melodic Metal et se montre intraitable dans son exécution. En variant les sensations et les tempos, il s’affiche comme l’un des meilleurs groupes du genre et laisse exploser un caractère bien trempé.

SOLE SYNDICATE

« The Reckoning »

(El Puerto Records)

Et si ce quatrième album de SOLE SYNDICATE était enfin celui de la consécration sur la scène Metal européenne ? C’est en tout cas ce que laisse entrevoir « The Reckoning », qui montre le quatuor à un pic créatif évident. Trois ans après l’enthousiasmant « Into The Flames », le style est peaufiné, épuré au niveau des compositions, jadis parfois un peu pompeuses, pour revenir à l’essence-même du Melodic Metal, dont leur terre de Scandinavie est un vivier inépuisable et surtout porteuse de l’ADN du genre. Tonique et multipliant les émotions, ces dix nouveaux titres montrent une force et une assurance indiscutable.

Toujours mené par son fondateur, chanteur et guitariste Jonas Månsson, qui offre une performance incroyable et s’impose en leader incontestable, SOLE SYNDICATE avance pourtant d’un seul homme et sans la moindre hésitation. Si la voix à la fois ferme et touchante du frontman captive et séduit, la force du combo réside dans sa faculté à marier la puissance d’un Hard Rock tirant sur le Heavy avec des atmosphères plus planantes, guidé par un sens de la mélodie très travaillé, qui donne à « The Reckoning » une sorte d’évidence dans son déroulé. Tranchant et subtil, l’ensemble est minutieux et solide.

Produit en collaboration avec Jakob Herrmann, qui a notamment travaillé avec Evergrey et Art Nation, ce quatrième opus voit aussi la claviériste Katja Rasila prendre un peu plus de place au niveau du chant (« Love Is Only »), et c’est d’ailleurs une piste que SOLE SYNDICATE devrait explorer un peu plus sérieusement. Sur un groove musclé et une profondeur vocale envoûtante, les guitares sont explosives, serrées et toujours au service des morceaux (« On The Back Of A Angel », « The Way That You Are », « The Voice Inside », « The Mob Rules », « Rise Like A Phoenix », « Eye Of The Storm »). Moderne et audacieux, tout y est !   

Retrouvez la chronique de « Into The Flames » :

Catégories
Hard'n Heavy

Edgeland : towards the light

Jimmy Karlsson (chant, basse), Niklas Eriksson (guitare) et Magnus Blixt (batterie) donnent peut-être l’impression de prendre leur temps, mais à les écouter, ils ont bien raison. Pourtant, ces dernières années, EDGELAND a mis un sacré coup d’accélérateur et « Tunnels » vient confirmer cette véloce créativité qui l’anime désormais. Son Hard’n Heavy mélange les ambiances et affiche surtout une personnalité forte. Un opus que vous n’êtes pas prêts de lâcher.

EDGELAND

« Tunnels »

(Independant)

Malgré plus de trois décennies d’existence, EDGELAND a véritablement commencé à faire parler de lui avec le single « Fuel » en 2015, puis avec l’EP « Cabin E11even » deux ans plus tard. Après avoir distillé trois autres titres, c’est « Keeper Of The Light », son premier long format sorti en 2023, qui a mis en lumière le talent du power trio. Grâce à un sens plus qu’aiguisé de la mélodie couplé à un art du riff évident, il faut souhaiter que « Tunnels » soit enfin l’album qui révèle les Suédois, toujours étonnamment en autoproduction.

Rien ne manque sur ce deuxième opus. Les morceaux sont percutants, leur interprétation franchement irréprochable et la production est exemplaire, voire meilleure que beaucoup d’autres. EDGELAND est fin prêt et en bonne position sur une rampe de lancement qui n’attend que l’allumage. Car, malgré, sa sombre pochette, le combo scandinave se montre littéralement éclatant. Puissant et accrocheur, « Tunnels » est un disque complet à bien des égards et, entre Hard Rock et Heavy Metal, l’intensité et la vigueur font cause commune.

« The Release », paru précédemment en single, ouvre les hostilités de la plus belle des manières, suivi de près par « Crimson Coronation ». EDGELAND affiche une maîtrise totale, les refrains sont irrésistibles et si l’ensemble laisse échapper une saveur très 90’s, on est rapidement conquis par autant d’efficacité. Sur un groove musclé, le groupe enchaîne les titres avec beaucoup d’énergie (« Desolate Road », « The Closing Day », « Final Breath », « River Black »). Non sans émotion, « Tunnels » fait jaillir huit compositions entêtantes.