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Heavy metal Thrash Metal

Bloodstain : héritier direct

Véritable terre de Metal, la Suède voit émerger une nouvelle pépite, qui fait déjà parler d’elle depuis quelques temps. Fondé il y a seulement trois ans, BLOODSTAIN montre les muscles sur un premier album éponyme puissant, racé et dense. Traditionnel dans l’approche, son Heavy Metal aux contours légèrement Thrash s’inspire autant de la scène européenne qu’américaine. Et il en ressort un opus vivifiant et fougueux. La formation scandinave, si elle se cherche encore un peu, est déterminée et convaincante… Et donc à suivre.

BLOODSTAIN

« Bloodstain »

(Threeman Recordings)

Après avoir autoproduit un EP, « I Am Death » en 2024, le combo de Stockholm avait tapé dans l’œil de beaucoup de monde, à commencer par le label Threeman Recordings dirigé par Alex Hellid, guitariste d’Entombed, qui produit d’ailleurs « Bloodstain ». Une entrée en matière plutôt réussie et ce premier album vient confirmer tout le potentiel entrevu sur les singles distillés des derniers mois. Malgré leur jeune âge, les membres de BLOODSTAIN font preuve d’une grande maturité, même si certaines influences demandent encore à être bien digérées.

La première qui vient à l’esprit est l’empreinte manifeste de Metallica sur les compositions du groupe. Et même s’il est estampillé ‘Thrash Metal’ par sa maison de disques, c’est plutôt un Heavy Metal, certes musclé et solide, que nous livrent les Suédois. Soutenues par de gros riffs et une rythmique massive, les mélodies prennent vraiment le dessus, offrant un aspect musicalement très accessible à BLOODSTAIN. Techniquement, le quatuor est irréprochable et sait se montrer fédérateur. Nul doute que les concerts doivent être franchement enflammés.

Ce qui est intéressant ici, c’est que le quatuor fait le pont entre le Thrash de la Bay Area de la grande époque et la NWOBHM. Avec une énergie brute, on le sent impliqué et enthousiaste, et à la fois technique et direct. BLOODSTAIN avance sans compromis, avec maîtrise et la qualité des arrangements lui donne un côté épique sur certains titres. « Bloodstain » est bien ficelé et si on le considère comme une carte de visite, l’avenir du combo s’annonce radieux (« Annihilation Line », « Somewhere Sinister », « Taint Me », « Lies Bleeding Though », « Conspiracy »). Costaud !

Photo : Linda Florin

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Hard Rock Sleaze Rock

Velveteen Queen : high voltage

La Suède a toujours été le creuset du Sleaze Rock à l’européenne, qui a su s’imposer sur la scène mondiale en lui redonnant même un certain lustre. Alors, même si ce deuxième album de VELVETEEN QUEEN nous renvoie irrémédiablement aux années 90, il n’y a rien de vintage ou de nostalgique sur ce très bon « The Greater Good » livré par le très prometteur quintet. Au contraire, il va de l’avant avec insouciance peut-être, mais laquelle sert surtout de façade à un Hard Rock très travaillé, instinctif et musclé, autant que touchant à travers des ballades bien ciselées. Une vitalité qui fait franchement très plaisir à écouter !

VELVETEEN QUEEN

« The Greater Good »

(Silver Lining Music)

C’est en 2021 que cinq amis de Göteborg décident de monter VELVETEEN QUEEN, un combo destiné à distiller son amour pour le Hard Rock et, en particulier, celui qui sévissait jadis sur le Sunset Strip de la Cité des Anges. Cependant, la scène suédoise étant très active et possédant aussi sa propre touche, c’est un beau mélange de ces deux cultures que présentent les Scandinaves. Le Hard Rock US y côtoie le Sleaze nordique et après un premier effort il y a deux ans, « Consequence Of The City », « The Greater Good » confirme l’assise et l’aisance du groupe.

Bien réalisé et bénéficiant d’un son clair et puissant, VELVETEEN QUEEN s’inscrit dans la veine de formations majeures du siècle dernier comme G N’R surtout (« The Greater Good », « Can’t Go Back In Time ») , mais aussi Aerosmith et The Black Crowes. Bien assimilées, ces références se fondent dans un style personnel explosif. Aux guitares, Lukas Axx et Noah Mårdh multiplient les riffs tranchants et des solos plus incisifs que démonstratifs. Solide, le duo basse/batterie (Vilmer Fall et Isac Borg) offre les inébranlables fondations à un Rock’n Roll débridé.

Fougueux et fort d’une belle assurance, Samuel Nilsson est impérial au chant et vient démontrer que la nouvelle génération a aussi mon mot à dire dans un registre qui peine à se renouveler, voire même à se trouver une place dans l’espace actuel. VELVETEEN QUEEN sait se montrer audacieux avec des morceaux accrocheurs, contemporains et à l’énergie folle (« Too Far Gone », « Adrenaline », « Talk Or Walk », « It Ain’t Over », « Liar »). Cerise sur la gâteau, le claviériste de Lynyrd Skynyrd, Peter Keys, accompagne brillamment nos rockeurs sur le morceau-titre. Survoltés !

Photo : Walter Hamilton

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Psychedelic Rock Rock 70's

Svindel : une ode chaleureuse

Assez nonchalant de prime abord, c’est avec beaucoup d’assurance que la formation nordique livre sa première réalisation et, tout en décontraction, propose un voyage aux saveurs vintage dans les méandres Psych du Rock 70’s. Une balade sincère et sans fioritures vers des sommets où le présent rejoint le passé dans une belle harmonie. L’ambiance est positive et les compositions rayonnent littéralement. Avec « Drömfeber », SVINDEL se façonne une avenir flamboyant sur de solides fondations.

SVINDEL

« Drömfeber »

(Ripple Music)

C’est une sensation de légèreté, de liberté et de joie qui émane de la première écoute de « Drömfeber », qui signifie « Fièvre Onirique » en suédois . Car l’une des particularités du trio est de s’exprimer dans sa langue maternelle, ce qui est assez rare pour être souligné. Si le parti-pris de SVINDEL peut surprendre, il est pourtant parfaitement en phase avec l’atmosphère et, passé le barrage linguistique, on se laisse vite séduire par cet univers psychédélique qui nous renvoie quelques décennies en arrière avec le sourire.

Depuis quatre ans maintenant, Jan Lindblad (guitare, chant), Johannes Braf (batterie) et Daniel Forsberg (basse) écument les scènes de leur pays, enflamment les radios locales et il n’en fallait pas plus pour que cela parvienne aux oreilles de Ripple Music. L’aspect brut de la musique de SVINDEL combiné à une infaillible authenticité libère un Rock efficace et mélodique, qui donne le sentiment que le combo survole son sujet, tant il sait se faire aérien. Il ne contente pas de se réapproprier le style, il est véritablement habité par son héritage.

Sans jouer de trop sur l’effet de puissance et en s’appuyant plutôt sur l’aspect planant du registre, les Scandinaves déploient une énergie lumineuse et inspirée. Les couleurs se détachent entre bien-être, rêverie et une douce mélancolie. SVINDEL a su se créer une identité originale, qui se nourrit aussi de touches jazzy avec quelques notes bluesy et funky bien senties. Le groove est constant, le chant clair et captivant et la guitare ne demande qu’on la suive (« Jupiterbarn », « Drömfeber »,  « Atlantide », « Chimar »). Convaincant !

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Glam Metal Hard Rock Sleaze

Zan/Cody : reconnected

Il y a quelques décennies maintenant, ces deux-là ont fait entrer la Suède dans l’ère du Glam et du Sleaze, grâce à un Hard Rock pêchu et accrocheur. Aujourd’hui, le frontman et le six-cordiste remettent le couvert avec le premier opus de ZAN/CODY, « Beautiful’n Damned », et il se murmure même qu’un deuxième est en cours d’écriture. L’alchimie est palpable et le talent vivace. Explosif et très contemporain, le duo a retrouvé ses marques et ne manque pas de repères.

ZAN/CODY

« Beautiful’n Damned »

(Frontiers Music)

Malgré trois albums seulement entre 1988 et 1993, Shotgun Messiah a laissé une empreinte forte dans le Hard Rock européen et surtout il fut précurseur du Glam Metal scandinave en ouvrant la voie à toute une génération, et même à d’autres depuis. De son line-up, on se souvent bien sûr du guitariste Harry Cody et du chanteur Zinny Zan, qui n’était pourtant présent que sur le premier effort éponyme, mais qui fut aussi le plus marquant. Et c’est dans cette perspective qu’est né ZAN/CODY, à savoir retrouver cette atmosphère aussi emblématique que particulière.

Bien sûr, les années ont passé et l’intention des deux Suédois n’est pas de livrer une réplique de leur ancien groupe. Et si on retrouve en partie le son qui a fait son succès, celui-ci s’est considérablement modernisé avec même un aspect presque futuriste, et un peu dérangeant. Car sur le papier, ZAN/CODY n’est crédité que des deux hommes, au chant et à la guitare. C’est-à-dire que le reste consiste en de la programmation, ce qui n’est jamais une bonne nouvelle pour qui aime le Hard Rock brut et sincère. La production y est donc essentielle.

En la confiant à Chris Laney (Pretty Maids, Crazy Lixx, Ronnie Atkins), le duo a tapé dans le mille et l’esprit d’un Hard Rock moderne et mélodique est parfaitement restitué. Les riffs de Harry Cody sont précis et incisifs et ses solos survolent les morceaux. Quant à Zinny Zan, sa puissance vocale est intacte et a même très bien mûri avec le temps. ZAN/CODY ne s’interdit pas quelques éclairs Sleaze et Glam et avance même sur un train d’enfer (« Sever », « I Am The Shit », « She Walks With Violence », « Damn » et le morceau-titre). On attend la suite !

Photo : Tallee Savage

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Heavy metal Old School

Master Massive : Metal octopus

Très créatifs et percutants, les musiciens de MASTER MASSIVE mènent une espèce d’armada Heavy Metal, qui s’engouffre dans de très nombreux courants comme pour mieux établir une identité musicale plus forte. Avec « White Shadows », leur troisième album, les Scandinaves se montrent très techniques, mélodiques et véloces. Classique dans le fond, la forme quant à elle est pleine d’imprévus et prend bien soin d’éviter des clichés souvent incontournables. Inattendu et musclé, le jeu du combo sort des sentiers battus avec autant d’allant et de maîtrise que de finesse.

MASTER MASSIVE

« White Shadows »

(Fireflash Records)

Les Suédois ne donnent pas souvent de leurs nouvelles, alors si en plus elles sont bonnes, le plaisir n’en est que décuplé. Fondé en 1993 par le guitariste Janne Strandh, il aura pourtant fallu attendre 2015 pour que « The Pendulum » voit le jour, puis « Black Feathers On Their Graves », cinq ans plus tard. Autant dire que MASTER MASSIVE avance à un rythme de sénateur, mais avec la manière et la certitude de bien faire les choses et de délivrer de très belles surprises. Et sur « White Shadows », c’est notamment le line-up qui détonne.

Le groupe se présente avec trois chanteurs et affiche une phénoménale force de frappe, ainsi son Heavy Metal devient plus polymorphe encore. Tony Niva (ex-Lion’s Share, Zanity), Viktor Gustafsson (Lethal Steel) et Marcus Karlsson, qui faisait déjà partie de l’aventure, se complètent à merveille et ont surtout la particularité d’offrir un panel vocal plus que conséquent à MASTER MASSIVE. Aigus, massifs, agressifs ou rauques, les registres empruntés par le trio ne montrent pas la moindre faiblesse et l’ensemble est étincelant.

Si l’atmosphère est clairement Old School, le Heavy Metal du sextet est quant à lui beaucoup plus complexe. En ouvrant avec le morceau « Noah’s Cross » et ses onze minutes, le ton est donné et l’audace, dont fait preuve la formation, laisse supposer que la suite s’annonce étonnante… et elle l’est ! Entre Speed Metal, Power, Prog et Doom, MASTER MASSIVE ne s’interdit rien, fait une très belle synthèse et obtient un son et un style originaux (« Islands And Bells », « Blood On The Floor », « Silver Bullet » et le morceau-titre). Solide et virtuose !

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Classic Rock Psychedelic Rock

Gin Lady : magic trip

Avec ce premier opus live, les Suédois établissent une belle et solide connexion entre leurs terres nordiques et la chaleur espagnole. Dans une ambiance vintage, solaire et un brin expérimentale, GIN LADY présente le premier volume de « Toads & Diamonds » en laissant d’ailleurs penser qu’il y en aura d’autres. Original et virtuose, le Classic Rock très Psych des cinq musiciens prend toute sa dimension en concert en se faisant aussi instinctif que mélodique, grâce à une setlist très soignée.

GIN LADY

« Toads And Diamonds Volume One : Live In Spain »

(Ripple Music)

Pour qui apprécie l’époque, les années 60 et 70 ont quelque chose de réconfortant et de fascinant, et on ne parle pas ici de nostalgie, mais plutôt d’un son organique et chaleureux qui a sérieusement tendance à disparaître. C’est justement le credo choisi par GIN LADY qui œuvre dans un Classic Rock aux couleurs psychédéliques littéralement envoûtant. Avec déjà sept réalisations au compteur, dont « Before The Dawn Of Time » sorti l’an dernier, le groupe originaire du nord de la Suède s’est déjà taillé une solide réputation scénique.

Et c’est justement l’aspect live de sa musique que le quintet a souhaité partager avec « Toads And Diamonds Volume One : Live In Spain », enregistré l’hiver dernier lors de sa tournée ibérique. Et l’offrande est belle. Parfaitement captée, GIN LADY nous transporte au cœur de sa musique grâce à une production remarquable et un goût du détail prononcé. Très immersif, l’album brille par les prestations des deux guitaristes et les harmonies vocales à trois offrent un incroyable relief à des morceaux vraiment accrocheurs. Un régal.

D’une incroyable fluidité, le Rock de GIN LADY emporte le public dès « Call The Nation », suivi de « Mighty River » qui confirme que le voyage ne fait que commencer. Il s’agit un peu de ça, car la formation se laisse aller à de délicieuses improvisations sans perdre pour autant l’auditeur. Les morceaux ne s’étalent pas en longueur et respirent autant qu’ils entraînent comme le bluesy « Tingens Sanna Natur », le sudiste « I’m Your Friend », « Flower People » ou le génial et aérien « Brothers Of Canyon » qui clot ce magnifique live. Le quintet s’affirme vraiment sur scène.

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Hard Rock Heavy Stoner International

The Quill : through dark clouds [Interview]

Les groupes de la trempe de THE QUILL se font de plus en plus rares, comme une espèce en voie de disparition face à une scène mondiale Rock et Metal, qui tend inévitablement vers une uniformité aussi triste que blafarde et insignifiante. Or, en plus de 30 ans de carrière, les Suédois n’ont jamais dévié d’une trajectoire qui passe par un Heavy Stoner couplé à un Hard Rock massif, et qui se renouvellent toujours au fil des albums. Sur « Master Of The Skies », la maturité, l’expérience et la créativité se disputent le premier rôle dans un unique et tourbillonnant élan. Le quatuor y atteint des sommets, déploie avec force une identité forgée au fil des disques et des tournées par quatre musiciens au caractère affirmé. Robustes et alimentant toujours une petite lueur vintage réconfortante, les Scandinaves se montrent d’un impact encore une fois redoutable, et c’est leur bassiste au groove granitique, Roger Nilsson, qui revient sur ce nouvel opus déjà incontournable.

– Même si vous n’avez jamais caché votre admiration pour le groupe, j’ai l’impression que « Master Of The Skies » est le plus sabbathien de vos albums. Est-ce que, même inconsciemment, la mort d’Ozzy a pu avoir un impact sur son écriture ?

La majeure partie de l’album a en réalité été écrite avant le décès d’Ozzy, donc il n’y a pas eu de tentative consciente de s’inspirer de lui plus que d’habitude. Mais soyons honnêtes : Ozzy et Black Sabbath font partie intégrante de notre musique depuis le début. C’est en partie grâce à eux que nous avons commencé à jouer de la musique. Nous avons d’ailleurs donné un concert hommage à Ozzy en plein milieu de l’enregistrement, alors je pense que quelques petites touches Black Sabbath se sont glissées dans l’album sans même que nous nous en rendions compte. Plus inconsciemment qu’intentionnellement. Mais oui… c’est encore irréel qu’il soit parti. On perd nos héros à un rythme alarmant ces temps-ci, et c’est déchirant. C’étaient les géants sur les épaules desquels nous nous sommes hissés.

– Est-ce qu’après presque 35 ans de carrière et une douzaine d’albums à votre actif, le fait de vous retrouver à nouveau aux studios 491 à Oskarshamn avec Erik Nilsson peut avoir quelque chose de rassurant et de confortable, puisque vous y avez vos habitudes maintenant ? Cela peut aussi contribuer à un certain bien-être et une meilleure concentration, non ?

Absolument. Erik est presque un cinquième membre du groupe, sans pour autant avoir à apprendre la setlist par cœur ! (Sourires) Il sait parfaitement quand nous pousser, quand nous freiner, et quand dire à quatre musiciens de Rock têtus d’arrêter de se disputer et de se remettre au travail. Nous sommes tous des créatifs au caractère bien trempé, alors l’ambiance peut vite devenir électrique en studio. Erik est celui qui intervient, tape dans les mains et dit : « Ça suffit les gars ! Voilà la direction à prendre ». Et il a généralement raison. Le Studio 491 est aussi incroyablement pratique. Magnus, Christian et moi habitons à une demi-heure d’ici, donc on ne perd pas des heures dans les transports et des hôtels hors de prix. C’est un peu notre deuxième salon, avec une meilleure acoustique… (Sourires)

– « Master Of Skies » est un album percutant, mais surtout très atmosphérique avec une sensation sonore qui créé une sorte d’unité. Est-ce que vous l’avez conçu et composé comme un album concept, car il y a certains aspects notables dans sa structure ?

Ce n’est pas à proprement parler un album concept, mais nous l’avons abordé avec une structure très précise. Nous voulions offrir une expérience d’écoute complète, quelque chose qu’on apprécie du début à la fin, et non pas une simple liste de chansons. Nous avions près de 30 titres composés, et nous avons donc passé beaucoup de temps à choisir ceux qui se complétaient et créaient des ambiances différentes. Pour la toute première fois, la tracklist était quasiment définitive avant même le début de l’enregistrement. Cela nous a permis de façonner l’atmosphère de l’album de manière beaucoup plus réfléchie.

– D’ailleurs, vous ouvrez avec le morceau-titre que l’on retrouve également en reprise en fin d’album, comme pour boucler la boucle ? Est-ce une chanson qui vous a suivi tout au long du processus ? Et l’avez-vous d’ailleurs composé en tout premier ?

Le morceau-titre a été composé très tôt dans le processus et, à l’origine, les deux parties étaient assemblées en un seul long morceau. Mais une fois que nous avons envisagé l’album comme un voyage complet, l’idée nous est venue de l’encadrer, c’est-à-dire de commencer et de terminer par le même thème pour créer un sentiment d’achèvement. Cela nous a semblé juste et presque cinématographique. Comme si l’histoire commençait et se terminait au même endroit, mais que l’auditeur n’était plus la même personne.

– « Master Of Skies » est sans doute l’un des albums les plus sombres de THE QUILL. Pourtant, il y a toujours un aspect lumineux comme sur « Son Of Light », par exemple. On a presque l’impression que le travail sur les contrastes a été aussi important que sur les mélodies elles-mêmes. Est-ce le cas ?

Absolument. On a toujours adoré mélanger des riffs puissants avec des passages plus doux et lumineux. Beaucoup de groupes de Heavy Metal aujourd’hui enchaînent les riffs à un rythme effréné, et au bout de quelques morceaux, mes oreilles commencent à souffrir. Mais quand on intègre des passages plus légers, les parties puissantes ont un impact bien plus fort. Tout est une question de dynamique, d’ombre et de lumière. Comme dans la vie. On n’apprécierait pas son plat préféré si on devait le manger tous les jours, pas vrai ? (Sourires)

– La patte et le style de THE QUILL sont toujours très identifiables et son groove inimitable. Est-ce ce qui rend le groupe si intemporel, et êtes-vous d’ailleurs dans cette quête qui transcende les modes ?

Je le crois. Tous les quatre, nous avons une alchimie très particulière, une façon de jouer ensemble qui a quelque chose de presque magique. Et honnêtement, on essaie de ne pas trop l’analyser. On ne voudrait pas réveiller la magie et briser le charme par inadvertance. On fait ça depuis plus de 30 ans. Les modes sont allées et venues, l’industrie musicale s’est réinventée plusieurs fois, et la façon dont les gens écoutent de la musique a complètement changé. Mais nous sommes restés fidèles à nous-mêmes. On écrit avec le cœur, on joue ce qui nous semble juste et on a toujours fait les choses à notre façon. Pour paraphraser Sinatra : on l’a fait à notre manière. (Sourires)

– « Master Of The Skies » est un album puissant, qui montre beaucoup de caractère à travers toutes les ambiances qu’il traverse. Penses–tu, comme moi, que THE QUILL est aujourd’hui à un sommet de sa carrière ?

THE QUILL se porte vraiment bien ces temps-ci, peut-être même mieux que depuis longtemps. On ressent une confiance et une sérénité au sein du groupe, fruits de trois décennies passées à faire les choses à notre façon, à traverser les modes et à toujours ressentir cette étincelle. Nous sommes créatifs, productifs et, surtout… nous prenons du plaisir. Ça peut paraître simple, mais après tant d’années, c’est vraiment le secret. Nous sommes toujours quatre personnes qui aimons jouer ensemble, à débattre juste ce qu’il faut pour que ça reste intéressant, à découvrir de nouvelles idées et à sentir que la musique a toujours autant d’importance. Il y a aussi un profond sentiment de gratitude : les gens s’intéressent encore à nous, nous écoutent encore, viennent encore à nos concerts. On ne tient plus ça pour acquis et on apprend à l’apprécier encore davantage avec l’âge.

– Enfin, j’aimerais avoir ton regard sur ces trois dernières décennies durant lesquelles l’industrie musicale a connu de gros bouleversements. L’adaptation est toujours en cours et l’IA commence aussi à émerger. Comment peut-on encore rester un acteur important dans ce climat ? Et la liberté va-t-elle venir de l’indépendance des artistes, ou certaines structures ont encore du poids, selon vous ?

Excellente question. Je pense que tout dépend de la raison pour laquelle on fait de la musique. Si votre objectif est de suivre les tendances, de dominer les classements et de vous conformer à la mode du moment, alors oui, l’IA représente une réelle menace. Elle peut imiter les tendances plus rapidement que n’importe quel humain. Mais si votre objectif est de créer une musique qui puise son inspiration dans des émotions humaines authentiques, alors je pense que le public en aura toujours besoin. Peut-être même plus aujourd’hui, alors que tant de choses autour de nous deviennent artificielles. L’authenticité comptera plus que jamais. De la vraie musique, créée par de vraies personnes pour de vrais auditeurs.

Le nouvel album de THE QUILL, « Master Of The Skies », est disponible chez Metalville.

Photos : Johan Gustavsson (1, 4)

Retrouvez aussi les chroniques de « Wheel Of Illusion » et « Earthrise » :

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Glam Metal Sleaze

Crashdïet : what a mess !

Rare formation européenne à pouvoir tenir tête aux locomotives américaines, en tout cas au souvenir qu’elles ont laissé, CRASHDÏET a pourtant essuyé bien des écueils pour se faire sa place. Pas de quoi saper le moral de nos rockeurs, qui n’en eu de cesse d’aller de l’avant, imposant un Glam Metal, croisé à un Sleaze Rock, qui se veut aussi irrévérencieux qu’appliqué. Chaque album semble un défi et avec « Art Of Chaos », il est à nouveau relevé avec classe et constance. Une persévérance qui rend la formation nordique aussi enthousiasmante que déchaînée.

CRASHDÏET

« Art Of Chaos »

(Ninetone Records)

Septième album en plus de 20 ans de carrière pour les Suédois, dont l’histoire a été pour le moins agitée et même dramatique après le décès de son chanteur et fondateur Dave Lepard en 2006. Pourtant, CRASHDÏET n’a pas baissé les bras et reste aujourd’hui encore l’emblème du Glam Metal et du Sleaze Rock made in Europe. Et si les frontmen s’y sont succédés, quatre au total, John Elliot tient le micro avec brio, livrant ici son premier opus avec le groupe. Et on notera aussi l’absence prolongée du bassiste Peter London.

Et il faut reconnaître que l’arrivée de Chris Young en remplacement fait beaucoup de bien à CRASHDÏET qui trouve dans cet « Art Of Chaos » un second souffle, porté par le groove implacable mis en place avec le batteur Michael Sweet, par ailleurs principal compositeur. Quant au guitariste originel Martin Sweet, frère de Michael, son jeu est toujours aussi accrocheur et incisif : l’essence-même du genre. On sent le quatuor soudé et l’énergie qu’il déploie ici souligne autant sa solidité que sa créativité. Et tous ces éléments assemblés sont explosifs.

L’objectif de CRASHDÏET n’est pas forcément de réhabiliter l’âge d’or du style et de reculer de quelques décennies en y allant sans charisme, ni envie, façon Steel Panther. Au contraire, il impose sa patte, peaufine son identité et donne de l’oxygène à un style qui ne demande que ça, notamment par les temps qui courent. Déterminés et enjoués, les Scandinaves lâchent les chevaux (« Satizfaction », « Chaos Magnetic », « Get Out », « Killing It Now », « Silent Place »). Et sur cette belle dynamique, on ne laisse facilement prendre dans cet esprit délicieusement débridé.

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International Stoner Rock

Truckfighters : architects of fuzz [Interview]

Depuis le début des années 2000, les Suédois ont amorcé une opération revival du Stoner Rock à l’européenne et n’ont eu de cesse d’élever au rang d’art cette pratique du Fuzz, qui reste toujours aussi énigmatique que savoureuse. A la base de cette belle aventure, on retrouve Ozo (Oskar Cedermalm) à la basse et au chant et Dango (Niklas Källgren) à la guitare, qui ont constitué au fil du temps une belle collection de batteurs pour les accompagner. Une longue décennie de silence discographique après leur dernier album en date, « V », TRUCKFIGHTERS sort enfin « Masterflow ». Sans surprise et avec bonheur, la fraîcheur, la spontanéité et une certaine inconscience sont toujours au rendez-vous sur ce nouvel opus d’une grande richesse musicale et d’un impact fort. Entretien avec deux musiciens libres, adulés par leurs pairs, et dont la légèreté apparente est le fruit d’un réel plaisir de jouer.

– Tout d’abord, quel plaisir de vous retrouver avec un nouvel album ! Dix ans après « V », c’est très long. Pourquoi ce break, même si vous étiez remontés sur scène en 2019 pour une longue tournée ?

Ozo : Oui, on a fait une pause en 2018. Mais après seulement cinq ou six mois sans toucher à un instrument, l’envie de jouer a commencé à revenir ! (Sourires) Je pense que si ça a pris encore des années, c’est en partie à cause du Covid, mais j’étais aussi dans une relation très difficile, du moins pendant les cinq dernières années. Quand on a le cafard, on n’a pas envie de faire de la musique. Je joue de la musique surtout, voire uniquement, parce que j’aime ça…. (Sourires)

Dango : En résumé, on avait perdu le plaisir des tournées et on commençait à se lasser les uns des autres, je crois ! (Rires) On avait donné entre 80 et 110 concerts par an pendant 10 ans d’affilée, alors c’était le bon moment pour faire une vraie pause. J’avais toujours envie de composer, alors j’ai écrit et enregistré un album moi-même sous le nom d’Enigma Experience. Les dernières retouches et la recherche d’un chanteur ont pris un peu de temps, du coup, dès la sortie de l’album, on était déjà de retour sur scène avec les TRUCKFIGHTERS ! (Rires) Mais bon, le Covid nous a aussi forcés à faire une pause. Finalement, c’était peut-être une bonne chose, parce qu’après ça, on a retrouvé le plaisir de jouer sur scène. On donne aussi environ deux fois moins de concerts par an qu’avant. Une autre raison pour expliquer le long intervalle entre les albums, ce sont les enfants. Les petits prennent du temps et de l’énergie… (Sourires) Entre « V » et « Masterflow », Ozo a eu trois enfants et moi deux. La vie, c’est bien plus que la musique.

– Comme vous avez votre propre label, Fuzzorama Records, j’imagine que cette décennie a été consacrée à produire d’autres groupes. Qu’est-ce qui vous intéresse le plus dans cette activité ? C’est la découverte de jeunes talents ou accompagner d’autres plus reconnus ?

Ozo : Dès le départ, il s’agissait surtout d’apprendre le côté commercial de la musique, ce que je trouvais intéressant. Mais avec le temps, je me dis que jouer de la musique est plus amusant aujourd’hui. D’un autre côté, je n’ai plus besoin de travailler 16 heures par jour pour le label, comme je le faisais parfois au début.

Dango : On pensait qu’il était important de diffuser de la bonne musique, de rendre le monde un peu meilleur en sauvant les gens de la daube commerciale ! (Rires) C’est difficile d’expliquer ce qui nous pousse à faire certaines choses. TRUCKFIGHTERS en avaient marre de faire des démos, alors on a créé un label ! Et j’aime aussi découvrir de nouveau groupes qu’on apprécie vraiment. C’est ce que je préfère dans le fait de sortir de la musique que j’aime sincèrement. La plupart des albums sortis sur Fuzzorama sont excellents ! (Sourires)

– J’en termine avec Fuzzorama Records. Est-ce que cela vous a permis de constater une certaine évolution du style ? Certains courants qui se développent plus que d’autres ? Et surtout, est-ce que cela a pu avoir une influence, même inconsciente, sur la tonalité que vous souhaitiez donner à « Masterflow » ? Certains écueils à éviter et peut-être une production à faire évoluer peut-être aussi ?

Ozo : Non, ça peut paraître un peu bizarre, mais on ne se soucie pas vraiment de ce que font les autres groupes, surtout pas pendant les sessions d’enregistrement. On se concentre plutôt sur la création de morceaux qui nous tiennent à cœur, sans trop se préoccuper de l’avis des autres ou des tendances. Et puis, TRUCKFIGHTERS a toujours été TRUCKFIGHTERS : notre son est unique, on évolue et nos albums ne ressemblent pas aux précédents. Ce n’est pas pour suivre la mode, c’est juste la vie qui passe, on vieillit, on change, on a envie d’explorer de nouvelles chansons plutôt que de réécrire les anciennes.

– Restons un moment sur l’entité TRUCKFIGHTERS. Comment expliquez-vous, et le comprenez d’ailleurs vous, que le groupe soit passé au rang de légende du Desert/Stoner en l’espace d’une bonne vingtaine d’années ? C’est assez incroyable compte tenu de la présence antérieure de beaucoup d’autres…

Ozo : Eh bien, c’est difficile à imaginer. Honnêtement, je pense que le secret de notre succès réside dans un travail acharné, la fidélité à nos convictions et le plaisir de jouer. C’est un immense honneur quand les gens nous disent que c’est grâce à nous qu’ils ont commencé la musique. C’est à la fois incroyable et irréel.

Dango : Certaines choses semblent se produire naturellement. « Desert Cruiser » a été notre première composition. J’ai composé le riff principal, une interprétation personnelle du Stoner Rock de l’époque. Le batteur d’origine m’avait prêté tout le catalogue de Kyuss, et on a monté un groupe de Stoner Rock ! (Sourires) C’est fou de repenser à l’impact de ce morceau, qui reste notre plus populaire, et je suppose qu’il le restera toujours, quoi qu’on fasse. Comme tu le dis, une des raisons de notre légende, c’est que le genre était quasiment mort à nos débuts. On fait partie des groupes qui ont contribué à le faire renaître. Au début des années 2000, presque personne ne jouait, ni n’écoutait ce genre de musique. Kyuss s’était séparé, QOTSA avait pris un tournant plus commercial et Fu Manchu n’avait pas tourné en Europe pendant cinq ans. Les quelques autres groupes underground actifs sur la scène ont également disparu, comme Lowrider et Dozer, mais nous, on a continué à faire évoluer le Fuzz.

– Si je m’avançais un peu, je dirai que TRUCKFIGHTERS est peut-être le groupe qui rassemble le mieux toutes les composantes et les sous-courants du style. Et puis, il y a aussi cet humour qui vous caractérise, à travers lequel vous affichez beaucoup de légèreté, là où votre style brille souvent sous par sa complexité. Serait-ce une explication à ce côté rassembleur ?

Ozo : Bon, l’humour est peut-être important. Mais je pense que beaucoup de groupes perdent vite de vue la raison pour laquelle ils ont commencé à jouer : s’amuser. Le succès ou la popularité ne sont pas l’essentiel. L’essentiel, c’est de rester fidèle à soi-même et de jouer pour le plaisir. Si on perd ça et qu’on joue pour l’argent ou le succès, alors autant faire n’importe quel boulot.

– Toujours sur la côté très positif, « Masterflow », outre son titre évocateur, affiche une pochette aussi pleine de bonne humeur. Etait-ce également une façon de désamorcer une certaine pression due à ce retour très attendu ?

Ozo : (Rires) Non… C’était difficile de trouver la bonne pochette. On a eu plein d’idées, dont une ou deux qui me semblaient plutôt intéressantes, mais Dango les a refusées. Du coup, cette canette avec un ingrédient magique « Masterflow », ou je ne sais quoi, était une idée plus amusante et peut-être moins sérieuse, mais j’aimais bien le rendu, et Dango aussi, évidemment. On a peaufiné le design encore et encore. Le fait que Dango et moi soyons sur et autour de la canette a été ajouté à la dernière minute, presque quand le graphiste a abandonné l’idée ! (Rires) Mais c’est sympa, ça montre qu’on est toujours dans le coup, parce qu’on trouve ça toujours aussi fun.

– Sur cette même pochette, vous indiquez « Balance Between Discipline And Freedom », une phrase que l’on retrouve aussi prononcée sur le morceau-titre. Est-ce là la vraie définition de « Masterflow », selon vous ? Un savoir-faire complété par un lâcher-prise ?

Dango : Je pense que oui. Enfin, si on reste trop disciplinés, je suis sûr que cela entraînera une certaine perte de créativité. Mais si on ne fait que s’amuser, se sentir libre et faire ce qu’on veut quand on veut, il y a un grand risque de ne rien accomplir, ou du moins de ne rien terminer.

– Comme les précédents albums, TRUCKFIGHTERS ne s’interdit rien, s’immisce dans le Desert, le Stoner, le Rock comme le Metal avec aussi des passages Doom et Psych. Est-ce que c’est cette appétit pour une grande liberté qui vous nourrit depuis vos débuts, et qui vous permet aujourd’hui de ne connaître aucune frontière artistique ?

Ozo : Difficile à dire. Nous ne nous sommes jamais sentis liés à aucune règle musicale. Nous n’avons jamais eu d’idée précise du résultat final avant même que les morceaux ne soient composés. Pendant un temps, lors de l’écriture de l’album « Universe » (2014 – NDR), nous nous sommes mis la pression pour qu’il soit encore meilleur que « Mania » (2009 – NDR). Résultat : pendant des mois, nous étions incapables de composer un seul riff satisfaisant, une expérience très frustrante. Mis à part cette période, je pense que nous avons toujours eu une grande liberté musicale et fait ce qui nous semblait juste à chaque étape de notre vie. Pour cet album, je me suis beaucoup inspiré de mon complice Dango, et j’ai recueilli ses avis et ses précieux conseils.

– Justement à propos du Fuzz dont vous êtes des maîtres en la matière, et avec un label qui s’appelle Fuzzorama, quel est votre définition, à savoir ses caractéristiques, et ce qui le rend si unique à vos yeux ?

Ozo : C’est un son caractéristique, principalement dû à la guitare et à la basse : une sorte de distorsion chaleureuse, agréable et très puissante ! Cela donne aussi un peu l’ambiance et le son de toute la production audio. C’est à l’opposé du son Metal mainstream, où le son des guitares est souvent tellement agressif qu’il en devient insupportable ! (Rires)

– On parle actuellement beaucoup de l’arrivée de l’IA dans la musique. J’ai l’impression que s’il y a un style qui en sera préservé, c’est bien le Desert/Stoner. Ça va être compliquer de reproduire ce son si organique et ce fuzz insaisissable. Est-ce aussi votre sentiment ? Et d’ailleurs, quel est votre regard là-dessus, qui peut apparaître comme une régression qui ne dit pas son nom ?

Ozo : On est bien trop vieux jeu pour même envisager d’utiliser l’IA, et ça gâcherait tout le plaisir de composer de la musique à partir de rien. Ça prend du temps, il faut laisser libre cours à sa créativité et se plonger complètement dans le processus. J’imagine qu’avec l’IA, le plus dur, c’est encore d’appuyer sur le bouton ‘Créer une chanson’ ! (Rires)

– Enfin, un dernier sourire pour conclure. Vu l’importance cruciale de l’écologie et son enjeu mondial, le nom TRUCKFIGHTERS était-il déjà quelque peu prophétique à l’époque, et l’est-il encore plus aujourd’hui ? Était-ce déjà une cause que vous défendiez lorsque vous avez créé le groupe ?

Dango : (Rires) Non, on trouvait juste le nom super cool. De toute façon, impossible de dire ce que ça signifie vraiment. Est-ce qu’on on se bat contre ou pour les camions, pas vrai ? (Rires) Ce que je veux dire, c’est que ‘Fire Fighter’ est évidemment quelqu’un qui lutte contre le feu, alors que ‘Freedom Fighters’, signifie quelqu’un qui se bat pour la liberté. On dirait que la langue anglaise n’arrive pas à se décider et à être très claire là-desssus, alors qui sait ! (Sourires)

Le nouvel, et tant attendu, album de TRUCKFIGHTERS, « Masterflow », est disponible chez Fuzzorama Records/Cargo.

Photos : Andreas Hylthen (1, 2, 4, 6)

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Heavy metal International Old School

Axe Dragger : l’axe du Metal [Interview]

Entre un post-NWOBHM et un héritage du Heavy Metal américain assumé, le nouveau supergroupe livre un premier album éponyme qui fait le lien avec tellement d’évidence et de naturel que c’était peut-être le combo que l’on attendait pour un véritable renouveau du genre. Initié par le guitariste californien Bob Balch (Fu Manchu, Big Scenic Nowhere, Slower) et le batteur du Minnesota Pete Campbell (ex-Pentagram), le bassiste suédois Fredrik Isaksson (Dark Funeral) et le chanteur de l’Ohio Terry Glaze (ex-Pantera, première période) ont rapidement rejoint les rangs d’AXE DRAGGER et les idées ont aussitôt fuzzé. Il en est ressorti dix morceaux puissants, mélodiques et rassembleurs, auxquels aucun fan de Heavy Metal, dans ce qu’il a de plus audacieux et traditionnel, ne pourra résister. Entretien avec un quatuor expérimenté, inspiré et techniquement imparable.

– On sait que la technologie permet aujourd’hui beaucoup de choses, mais comment vous êtes-vous retrouvés tous les quatre autour de ce projet ? Et y a-t-il un entremetteur derrière tout ça ?

Bob : Au départ, je travaillais avec Pete Campbell de Pentagram sur des riffs. Il m’avait contacté et je rêvais de faire un album de Metal Old School. J’ai grandi avec Riot, Dio, Judas Priest, Black Sabbath, Scorpions, Savatage, Armored Saint, etc… Alors, j’ai commencé à lui envoyer des morceaux et il me renvoyait ses pistes de batterie. On a parlé de chanteurs et j’ai suggéré Terry Glaze, qui avait joué aux débuts de Pantera. On lui a envoyé le morceau « Axe Dragger » et sa voix nous a bluffés. On savait qu’on tenait quelque chose d’exceptionnel. Pete a suggéré Fredrik de Dark Funeral à la basse. Et il a assuré, lui aussi. Une fois le line-up au complet, on a enchaîné les morceaux à toute vitesse. Et en neuf mois environ, on avait un album complet.

Pete : Bob et moi échangions des riffs pour d’éventuelles nouvelles chansons de Pentagram avant mon départ, et nous avons décidé de prendre une direction complètement différente et de voir où cela nous mènerait. Les riffs continuaient d’affluer, j’ai commencé à y ajouter de la batterie, et il était indéniable que nous devions poursuivre et explorer toutes les possibilités. Ce qui avait commencé comme un projet est devenu un véritable groupe !

Terry : C’est vrai que Bob m’a demandé si je voulais chanter sur un morceau et le reste appartient à l’histoire.

Fredrik : Eh bien, j’ai rencontré Pete à des festivals. Il était là avec Pentagram et moi avec Dark Funeral. On a commencé à discuter et on avait les mêmes goûts musicaux, alors on s’est dit qu’on devrait faire quelque chose ensemble. On a continué à composer et un jour, il m’a dit : « C’est parti ! » Lui et Bob faisaient du Heavy Metal des années 80, un truc que j’adore, alors j’ai dit : « Carrément ! ». (Sourires)

– Une fois que vous avez constitué le line-up d’AXE DRAGGER, vous avez travaillé pendant un an à distance sur les morceaux de l’album. Même si cela peut être pratique à bien des égards, le travail de composition et d’arrangement n’aurait-il pas été plus facile tous ensemble ? Et plus chaleureux peut-être aussi…

Bob : Pas vraiment. C’est plus facile de faire des ajustements ‘directement dans le logiciel’, si l’on peut dire. J’ai composé la majeure partie de la musique, à l’exception de « The Damned Will Cry », dont Pete a composé la musique. Je fixais simplement un BPM et j’improvisais sur un rythme pendant une dizaine de minutes. Ensuite, je reprenais le tout et je réduisais le morceau à quatre minutes. De cette façon, il conserve tout son feeling.

Pete : C’était vraiment facile d’enregistrer cet album à distance, car tous les participants sont de vrais pros. Et pour ma part, c’était passionnant, car je ne savais jamais quel riff allait arriver. Recevoir les pistes de basse et de chant et les entendre pour la première fois pour chaque morceau, c’était comme être un enfant à Noël ! Nous vivons tous dans des Etats et des pays différents, et nous avons d’autres projets et des obligations familiales, donc c’était la seule solution envisageable. Bien sûr, ce serait génial de se retrouver tous ensemble en studio pour composer, et on le fera peut-être pour le prochain album.

Fredrik : Personnellement, je n’ai pas écrit de chansons, juste quelques lignes de basse, bien sûr. Je pense qu’on peut composer de la très bonne musique en dehors du travail, la preuve ! (Rires) Plus sérieusement, c’est une excellente méthode pour travailler sur des chansons.

– Ce qui peut surprendre aussi, c’est que vous venez tous les quatre d’horizons musicaux assez différents. Le choix de vous focaliser sur un Heavy Metal très 80’s, avec un fond Stoner tout de même, a-t-il été un choix évident et collectif ? Car, finalement, ce qui peut vous rapprocher sont peut-être des influences qui remontent à bien plus loin dans vos parcours respectifs ? Votre jeunesse ?

Bob : Notre jeunesse a certainement joué un rôle. On a parlé du style des années 80. Je voulais un son puissant et un peu brut. Un peu menaçant, si tu veux.

Pete : Je suis sûr de parler au nom de tous : on adore tous le Metal Old School ! C’est dans notre sang et je pense que c’est cette influence et cette vague qui nous ont réunis, c’est certain !

Fredrik : Bob et Pete ont parlé de faire du Heavy Metal des années 80 dès le début, je crois, et j’en suis ravi. J’adore vraiment ça, c’est la musique avec laquelle j’ai grandi et celle que j’écoute encore tous les jours.

Terry : En effet, je pense que la diversité de nos influences est aussi l’une de nos forces.

– L’une des choses assez marquante aussi, c’est que vous semblez tous, sauf peut-être Terry, être à contre-courant de votre habituel jeu, comme si vous souhaitiez vous en détacher. Est-ce le cas ? Et aviez-vous envie d’une aventure totale avec ce groupe ?

Bob : Ce n’était pas mon intention. Je joue toutes sortes de styles dans différents projets. J’adore la guitare Jazz, le vieux Metal, le Rock psychédélique, les jams ‘smooth’ des années 70, etc… C’était juste le bon moment pour ressortir du bon vieux Metal. En plus, j’en mettais beaucoup en ligne, ce qui a contribué à raviver l’envie.

Pete : Personnellement, c’était un vrai bol d’air frais de rejouer ce genre de musique après les 20 dernières années de Doom Metal. Chacun a pu montrer son talent musical et se lancer des défis, et c’est bien là l’essentiel ! (Sourires)

Fredrik : C’est très différent du Black Metal que je joue avec Dark Funeral, mais ça reste mon genre préféré. Même si, bien sûr, j’adore jouer les deux.

– AXE DRAGGER remonte à l’âge d’or du Heavy Metal, dont Terry a d’ailleurs été un acteur et un témoin de premier ordre dans les années 80. Sur l’album, il y a une intensité et une force mélodique que l’on retrouve assez peu aujourd’hui. Et malgré la distance entre vous, il y a une atmosphère très live sur les morceaux. L’idée était-elle d’être le plus direct et le plus brut possible ?

Bob : Oui. Même si nous avons tous enregistré séparément, je tenais vraiment à ce que l’album conserve un son live. C’est assez facile à obtenir au mixage. J’ai déjà fait quelques albums comme ça, surtout avec le groupe Slower, donc je connaissais bien le processus.

Pete : Je crois que c’est exactement ce qui est ressorti, et pour moi, c’est très rare. L’alchimie entre nous tous, en tant que groupe, est incroyable, surtout pour des musiciens qui n’avaient encore jamais joué ensemble auparavant. Et j’ai vraiment hâte de présenter ça sur scène !

Fredrik : Oui, on voulait vraiment faire un album de Metal des années 80, mais actuel dans le son. Et je trouve que tout le monde a fait un super boulot.

– « Axe Dragger » renoue aussi avec l’esprit des premiers albums de Judas Priest et Riot notamment. Un pont entre l’Europe et les Etats-Unis qui donne à l’album une saveur particulière, sans pour autant que ce soit trop « underground » dans l’approche. Est-ce finalement votre expérience personnelle qui vous permet de surpasser les codes et rafraîchir ainsi le Heavy Metal Old School ? Certains caps deviennent aussi plus facile à franchir, non ?

Bob : Je n’y avais jamais vraiment réfléchi, mais oui, c’est un mélange de NWOBHM et de Metal américain. J’adore les deux, donc ça paraît logique.

Pete : Je le pense aussi. La musique est universelle. Je pense que le Heavy Metal Old School a besoin d’un nouveau souffle et je suis fier que nous y ayons contribué !

Fredrik : On a tous grandi avec le Metal des années 80, et forcément, c’est plus facile de s’y identifier et d’en jouer quand on a ça dans le sang ! (Rires)

– Et bien sûr, l’un des atouts majeurs de l’album est le son et sa production. Etait-ce essentiel pour vous de recourir aux services de personnes avec un profil tel que ceux de Brian Scheuble (Mötley Crüe, Whitesnake) et Dave Collins (Metallica, Soundgarden) ? Sont-ils aussi les garants de votre son, grâce à leur expérience et leurs connaissances du style ?

Bob : Ils nous ont tous deux beaucoup aidés. Brian surtout. Il avait un sens du détail incroyable et savait exactement ce qu’on recherchait. J’avais déjà travaillé avec Dave Collins sur l’album de Fu Manchu « The Action Is Go », et il avait fait un travail formidable. Carl Saff s’est aussi occupé du mastering du vinyle. Il a travaillé sur un grand nombre de mes projets et sur les derniers albums de Fu Manchu.

Terry : Je connais et travaille avec Brian Scheuble depuis des décennies, et je savais qu’il était l’homme idéal pour ce projet. Et je tiens également à remercier Mike Herrington pour ses paroles exceptionnelles.

Pete : Ce fut un véritable honneur de collaborer avec ces messieurs sur cet album ! Deux légendes dans leurs domaines respectifs, qui lui ont véritablement donné vie ! Nous avions déjà des morceaux fantastiques, mais c’est grâce à eux que l’album est devenu une véritable machine faite pour la scène !

Fredrik : C’est génial d’avoir Brian et Dave avec nous. Ils ont vraiment fait un super boulot sur cet album. Ils travaillent seulement avec de bons groupes et maintenant avec AXE DRAGGER… Je suis presque sans voix ! (Rires)

– Enfin, il y a une question que tous les amoureux de Heavy Metal vont se poser après avoir écouté l’album : vous verra-t-on sur scène bientôt, car cela s’annonce explosif, tant « Axe Dragger » est fédérateur ? On s’attend à une vraie communion !

Bob : Nous sommes en train de planifier cela. Nous envisageons des concerts aux Etats-Unis cette année et des festivals en Europe pour 2027 !

Pete : Des discussions sont en cours et je suis certain qu’on montera bientôt sur scène ! On a tellement hâte de tout déchirer ! Restez connectés !

Fredrik : Carrément ! On a vraiment envie de faire une tournée avec AXE DRAGGER. On espère que ce sera cette année.

Terry : Nous espérons tous vous voir très bientôt !

L’album éponyme d’AXE DRAGGER est disponible chez Ripple Music.