Tourbillonnant et imprévisible, ce premier album des Parisiens de SWEET NEEDLES montre un groupe déjà pointu, pertinent et plein d’audace. Dans un Alternative Metal particulièrement Heavy, le quintet trouve sa voie en s’engouffrant dans de multiples registres avec une facilité et une homogénéité pleine d’imprévus. « Tormenta » est un aller simple pour la cour des grands et il devrait agiter les foules.
SWEET NEEDLES
« Tormenta »
(Independant)
Pour un premier album, c’est un coup de maître. Formé en 2012, SWEET NEEDLES a surtout fait ses armes sur scène tout en prenant le temps de sortir deux EP assez différents… histoire sans doute de se forger un style et de peaufiner son identité sonore et musicale. Une chose est sûre, avec « Tormenta », le quintet sait où il va et son Metal Alternatif très Heavy vient le confirmer.
Naviguant entre Metal et Hard US, les Parisiens apportent beaucoup de fraîcheur et surtout un impact à la fois musclé et groove. Dès la furieuse intro portant le titre de l’album, SWEET NEEDLES affiche une couleur mélodique et sauvage. Sur de gros riffs aussi entrainants que tranchants et une solide rythmique, les morceaux s’enchainent avec une véloce férocité.
Si on pense bien sûr à RATM, Disturbed, RHCP et No One Is Innocent pour la voix, le combo se veut pourtant très original avec des titres percutants, tout en nuances et en contrepieds (« Not The Only One », « Egotrip », « Headache »). Avec des clins d’œil assumés au Jazz, à l’Electro et parfois au Punk dans l’énergie, SWEET NEEDLES séduit par son effervescente diversité avec des morceaux taillés pour la scène (« From Hisingen To Paris »).
Mr LORDI n’est pas du genre à procrastiner, loin de là ! Alors que « Killection » venait de sortir et que les Finlandais étaient sur les routes, la pandémie a ramené tout le monde au bercail. Mais pas question pour le multi-instrumentiste de sortir un nouvel album standard ou même un volume 2 du précédent. Et pourquoi ne pas composer et enregistrer sept albums dans sept styles différents et qui auraient pu être édités entre 1975 et 1995 ? C’est le pari (remporté !) fou du Scandinave qui nous balade entre Hard Rock, Heavy Metal, AOR, Rock Progressif, Indus et Speed/Thrash. Une « Lordiversity » peu banale et hors-norme. Entretien avec le monstre en chef de LORDI.
– « Killection » est sorti il y a moins de deux ans et après une tournée écourtée, LORDI est déjà de retour et avec un coffret de sept albums inédits. Tu as tout composé durant ce laps de temps, ou est-ce que certains morceaux existaient déjà ?
En fait, j’avais déjà quelques morceaux prévus pour « Killection ». L’idée de « Lordiversity » vient directement de cet album, je voulais créer le back-catalogue de ce groupe imaginaire. En fait, j’ai tout composé durant l’été 2020 et au départ, je voulais sortir dix albums. Ma maison de disques m’a dit de n’en faire que sept. Pourtant, ce n’était pas un problème, j’avais les dix albums en tête. Ils ont tous été composés dans l’ordre chronologique et chacun a nécessité un mois complet pour l’enregistrement et le mixage. Donc, on aurait très bien pu en sortir dix, j’en suis sûr ! (Rires)
– Avec le recul, crois-tu possible qu’un seul et unique groupe puisse aborder autant de styles différents… à part toi, bien sûr ?
Je n’en sais rien, mais j’ai envie de dire : « si tu peux le faire, get in the ring, motherfucker ! » (Rires) Blague à part, ce n’est pas si simple de passer du Thrash au Progressif, etc… Je savais que je pouvais le faire, traverser toutes ces ambiances différentes et faire les arrangements. Je sais faire tout ça et je n’ai pas besoin d’aide de qui que ce soit. Et ça me fait sourire intérieurement d’être conscient de ça. Et tous ceux qui se foutent de nous, de LORDI le monstre, j’aimerais beaucoup qu’ils essaient de faire la même chose. J’adorerais voir ça, vraiment !
– Durant la composition des albums, est-ce que tu t’es immergé en écoutant d’autres disques du même style et de la même époque pour mieux saisir l’état d’esprit et le son, ou pas du tout ?
Pas du tout ! Ca aurait tout bousillé ! (Rires) Avant de commencer les enregistrements, j’ai juste réécouté un ou deux disques marquants de chaque époque comme le premier Kiss, les Doors, Black Sabbath et c’est tout ! Rien d’autre ! Ensuite, j’ai pris ma guitare et j’ai commencé à composer. Je n’avais pas besoin d’autre chose. Et j’ai ensuite enchaîné les albums de la même manière avec quelques repères, bien sûr, mais rien qui puisse m’influencer. C’était juste pour choper l’ambiance de chaque époque.
– Enfin, vous allez repartir en tournée très bientôt. Définir une set-list risque d’être un vrai casse-tête ! A moins que vous en changiez à chaque concert ? Comment avez-vous prévu de vous organiser ?
Tout le monde me demande ça ! C’est vrai que c’est assez rigolo ! Sur la prochaine tournée par exemple, on va ouvrir pour Sabaton avec un set de 45/50 minutes environ. Ce n’est pas une configuration pour jouer ces albums. Donc, je pense qu’on jouera les singles et peut-être un ou deux titres de « Lordiversity». En revanche, pour les festivals, ce sera très différent. Tu es là pour jouer une sorte de bande annonce pour des gens qui sont là pour boire des bières et s’amuser. Ce n’est donc ni le lieu, ni le moment pour les jouer, non plus. Et quand nous serons sur notre propre tournée, ce sera encore autre chose. Là, on pourra choisir des morceaux de chacun album. Cela dit, je ne peux pas encore dire quand est-ce que nous aurons l’occasion de repartir en tournée pour le moment. C’est finalement assez drôle, ça aussi ! (Rires)
– Au fait, un dernier petit mot au sujet du dernier Concours de l’Eurovision que vous avez gagné en 2006. Ca t’a fait plaisir de voir des groupes comme Måneskin et Blind Channel ?
C’était cool de les voir ! J’ai bien sûr été très content de voir ça. Les choses sont en train de changer. Ca fait 16 ans… Ah ouais, 16 ans quand même… (Rires) On voit arriver de nouveaux groupes et ils font du Rock, même assez Metal. En dehors de Måneskin et Blind Channel, on constate que d’autres pays présentent des groupes de Rock. C’est une vraie évolution pour l’Eurovision, car la majorité des spectateurs de ce concours n’écoutent pas de Rock ou de Metal. Tous les 15 ans, les gens ouvrent à nouveau les yeux et retrouvent le droit chemin ! (Rires)
Le coffret de LORDI, « Lordiversity » est disponible chez AFM Records.
Fondé cette année, BLACK HELLEBORE ne perd pas de temps et fait preuve d’une solide et originale identité musicale dès son premier album. Montrant de multiples facettes à travers un Modern Metal décapant, le duo français se montre très audacieux et « Disorder » devrait conquérir les fans de pluralité métallique.
BLACK HELLEBORE
« Disorder »
(Independant)
Si vous aimez la diversité et que le télescopage des genres ne vous gêne pas, l’album du duo BLACK HELLEBORE devrait vous combler. Récemment créé par Cyrielle Duval (guitare, chant) et Anthony Oshé (guitare, composition) , le groupe se présente avec une première réalisation très aboutie où de multiples courants du Metal cohabitent dans une belle harmonie.
Complété en studio par Jelly Cardarelli (batterie, mix) et Stephan Forte pour la composition, BLACK HELLEBORE a fière allure comme en témoignent le niveau technique et la dextérité affichés sur « Disorder ». En dehors des chemins balisés par les lois du marketing, les Français évoluent dans un Modern Metal où viennent s’entremêler des influences symphoniques, Heavy, Indus et même Death dans les voix.
Entre la puissance claire du chant principal et des parties growl impressionnantes, BLACK HELLEBORE joue avec les genres avec une aisance presque déconcertante, tant le niveau est élevé et la production soignée et pleine de relief (« My Difference », « Unchain », « Mother Earth », « Diffraction »). Avec « Disorder », le groupe fait une entrée fracassante et devrait exploser sur scène.
A l’occasion d’une interview pour le numéro de décembre de l’excellent magazine Metallian, j’en ai profité pour poser quelques questions supplémentaires à la révélation Rock Hard 70’s finistérienne : KOMODOR. Après un EP éponyme en 2019, le quatuor sort son premier album, « Nasty Habits », aux très aériennes et solaires ambiances psychédéliques et Garage. Grâce à un énorme travail sur les voix et les guitares, on est littéralement happé par le tourbillon musical distillé par le combo. Cinq décennies plus tard, KOMODOR dépoussière les années 70 avec brio et fraîcheur sur une production magistrale. Entretien collégial avec Goudzou (basse, chant) et Slyde (guitare, chant).
– Si « Nasty Habits » évolue dans un esprit vintage, marqué par le Rock des années 70, je le trouve carrément moderne et très actuel. Au-delà de votre jeu et de vos compositions bien sûr, est-ce que vous jouez et enregistrez aussi sur du matériel d’époque ?
Oui pour les amplis et guitares, mais pas pour tout ! (Rires) On a aussi utilisé beaucoup de vieux micros. Ensuite, une partie de l’album a été enregistré en numérique et le mixage a été réalisé en analogique.
– La première chose qui émane de l’album à sa première écoute, c’est son côté solaire et hyper-joyeux. « Nasty Habits » est positif à tel point qu’on vous entend souvent vous marrer en début ou en fin de titre. Ca rigole beaucoup chez KOMODOR, on dirait…
Ah ouais, ouais, ouais, ça déconne ! On est des rigolos ! On a plus de rides de sourires que de rides de colère ! (Rires) Et puis, c’est volontaire d’avoir gardé ça, car dans certains albums d’époque, il y a souvent cet esprit live, très vivant où tu entends souvent les gens se marrer et cela apporte de la vie à l’album. Aujourd’hui, tout est calibré en fonction des radios notamment, et tout est calculé comme il faut. On voulait un album très abouti tout en gardant cet aspect fun, qui donne aussi un peu de relief à l’album. Et puis, c’est un disque de copains aussi. On a commencé l’enregistrement à Saint-Divy chez les parents de l’un de d’entre nous. Ensuite avec le confinement, il y a eu la limite de kilomètres et on s’est demandé comment on allait pouvoir faire pour réunir tout le monde. Alors, on a déplacé tout le studio à Douarnenez chez Yuna Le Braz, où on a enregistré la fin de l’album, notamment les voix et les guitares.
– En fait, vous faites les choses sérieusement sans vous prendre au sérieux !
C’est ça !!! (en chœur !)
– Pour en revenir au son et à la production de l’album, il y a une énorme énergie qui est constante et qui donne vraiment l’impression que vous l’avez enregistré en prise directe et en jouant tous ensemble. C’est le cas ?
Pour beaucoup de morceaux, ça s’est passé comme ça. On a enregistré la basse/batterie en même temps, tout simplement parce qu’on n’avait pas assez de pistes pour les guitares. Et au niveau acoustique, ça ne sonnait pas, car on joue toujours avec les amplis à fond en studio. Et ce n’était pas gérable. Sinon, en effet, l’objectif était de faire le tout en prise live. L’idée est d’avoir un maximum d’énergie, parce que notre musique est faite pour ça. Et c’est aussi le cas sur beaucoup d’albums qu’on écoute. C’est vraiment l’essence-même du groupe, c’est ce qui nous caractérise. En concert, le but est aussi de se donner à fond, quelques soient les conditions. Et puis, on compose aussi tous ensemble, pas chacun dans son coin. Ce son live commence dès le travail de composition finalement.
– Parlons aussi un peu de votre look si particulier. Vous le voyez comme un prolongement de votre musique ? Un peu comme la signature visuelle de KOMODOR ? A moins que vous alliez chercher votre pain le matin habillés de la sorte ?
On est tout le temps habiller comme ça, ce n’est pas un déguisement ! Les 70’s sont aussi une passion jusque dans la déco de l’appartement de certains d’entre nous. C’est une époque que l’on n’a pas connu, et pourtant… Et c’est pareil pour tout, que ce soient les bagnoles, les motos…
– Vous serez aux Trans le 3 décembre prochain à Rennes. En général, c’est une date importante pour les groupes. Vous la préparez d’une façon particulière, ou est-ce que c’est un concert comme un autre pour vous ?
C’est un concert comme un autre, même s’il y a des enjeux. Tous les concerts, il faut les assurer de toute façon. Après, c’est sûr qu’on va faire du social ! (Rires) On ne se met pas la pression non plus, car on veut rester naturel. Il faut que les gens apprécient le concert comme il se doit. Cela dit, c’est vrai aussi qu’il y aura des programmateurs et c’est chouette si, ensuite, on peut faire des dates à droite, à gauche ou même des festivals. On verra bien si des opportunités se dessinent.
– Et puis, le lendemain, vous allez également vous produire avec vos amis du duo paimpolais Moundrag pour un projet commun qui se nomme Komodrag And The Mounodor. Est-ce que vous pouvez nous en dire un peu plus, car j’ai l’impression qu’il vous tient également beaucoup à cœur ?
Oui, c’est vrai. Cette rencontre a vraiment été un coup de foudre ! En fait, après s’être envoyé quelques messages, on a eu l’impression de se connaître depuis toujours. Ensuite, on a fait une date ensemble à Douarnenez et on s’est bien marré ! Après, on a commencé à faire des reprises et comme ça marchait super bien humainement, on s’est dit que ce serait cool de monter un set. Ils ont réussi à nous trouver une date aux Trans, donc il a fallu préparer tout ça très rapidement, en six mois. On a fait une résidence à Saint-Brieuc, à ‘Bonjour Minuit’, et ça a été vraiment super de bosser ensemble.
KOMODOR sera aux Trans à Rennes le 3 décembre à L’Étage à 19h30 (gratuit), puis le lendemain avec KOMODRAG AND THE MOUNODOR dans le Hall 3 du Parc Expo en clôture de la soirée (de 12 à 31€).
L’album « Nasty Habits » sera disponible le 17 décembre chez Soulseller Records.
Le guitariste star de YouTube Jared Dines s’est associé au tonitruant chanteur Howard Jones, ex-Killwitch Engage, pour mettre au point un projet imaginé il y a quelques années déjà. Sous le patronyme de SION, le duo sort un album éponyme entre Alternative Metal et MetalCore. Et avec une belle force de frappe, ce premier effort tient franchement la route.
SION
« Sion »
(Independant)
Sorti un peu en catimini sur les plateformes, SION est le projet du guitariste et YouTuber Jared Dines et de l’ancien chanteur de Killwitch Engage, Howard Jones, actuellement frontman de Light The Torch et anciennement de Devil You Know avec qui il sorti deux réalisations. Autant dire qu’il est question ici d’Alternative Metal fortement empreint de MetalCore, mais pas trop non plus…
L’idée de cette collaboration est née lors d’une tournée de Trivium durant laquelle les deux musiciens se sont lancés le défi de composer ensemble un album. Jared Dines et Howard Jones ont mis près de deux ans à écrire les douze titres de cet opus éponyme et le résultat est plutôt convaincant. Compact et vif, SION ne manque pas d’ambition, même si aucune signature sur un label n’apparait en marge.
Produit par Hiram Hernandez et masterisé par Ted Jensen, « Sion » bénéficie par conséquent d’un gros son, qui met en relief toute la puissance et l’agressivité du duo (« The Blade », « The Worst Day »). Forcément mis en perspective, les riffs de Dines sont aussi tranchants que racés et, vocalement, Jones sait aussi proposer de bonnes et accrocheuses mélodies (« Dying Of The Light », « Great Deceiver »).
Depuis « Focus » en 1993, CYNIC bouscule les codes et renouvelle son jeu avec une technique, une percussion et une vision rare du Metal. Avec « Ascension Codes », le trio américain met au point un Metal Progressif futuriste et avant-gardiste, repoussant encore les limites de sa créativité et prenant les devants d’un style qu’il a lui-même forgé. Ascensionnel à tout point de vue.
CYNIC
« Ascension Codes »
(Season Of Mist)
Aujourd’hui composé de Paul Masvidal (guitare, chant), Dave Mackay (basse, claviers) et Matt Lynch (batterie), CYNIC a du faire le deuil de son batteur Sean Reinet et de son bassiste Sean Malone, tous deux décédés l’an dernier. « Ascension Codes » dégage donc beaucoup d’émotions et peut même se concevoir à la fois comme un chant du cygne et une renaissance. Le trio américain force encore le respect sur cet incroyable opus.
Installés à Los Angeles depuis des années, les Floridiens restent ce groupe emblématique et précurseur du Metal Progressif sous toutes ses formes. Longtemps catalogués dans un registre Technical Death, les Américains ont rapidement évolué vers un style très Fusion où de très nombreuses influences viennent se bousculer. CYNIC a toujours eu un temps d’avance sur son temps et « Ascension Codes », avec son contenu vertigineux, vient confirmer l’évidence.
Mixé et produit par le grand Warren Riker, ce nouvel album montre à quel point le trio est parvenu à une maîtrise totale de son art, qui reste toujours d’une technicité hallucinante. Elégant et immersif, « Ascension Codes » invite à la réflexion et à la contemplation, tant les morceaux qui le composent sont spectaculaires et transcendants. CYNIC a encore élevé le niveau d’un cran tout en restant d’une créativité rarissime dans le domaine.
Efficace, direct et terriblement Heavy, « Wolf Attack » est sans nul doute l’album le plus abouti d’EXISTANCE. Très bien produit et masterisé par Jacob Hansen, ce nouvel opus du quatuor français fait preuve d’une énergie et d’une précision chirurgicales. La nouvelle génération du Heavy Metal hexagonal compte plus que jamais un atout majeur.
EXISTANCE
« Wolf Attack »
(Independant/BloodBlast)
C’est toujours en toute indépendance qu’EXISTANCE sort son troisième et très réussi nouvel album. Produit par François Merle, guitariste de Malignance, « Wolf Attack » bénéficie d’un gros son, massif et cristallin, qui met parfaitement en relief la qualité des compos, à travers un Heavy Metal toujours aussi musclé et terriblement moderne. Percutant et mélodique, la synthèse est très réussie.
Dans une tonalité très NWOBHM qui aurait été revisitée et rafraîchie de fond en comble, EXISTANCE remet brillamment à jour le logiciel impérissable d’un Heavy Metal teinté de Hard Rock, qui fait ses preuves depuis des décennies. Julian Izard, chanteur, guitariste et fondateur du combo, offre une incroyable prestation et il n’est pas le seul. Le quatuor dans son entier livre une copie magistrale.
En effet, il livre des morceaux solides et pour certains véritablement taillés pour la scène (« Highgate Vampire », « Rock’n Roll », « You Gotta Rock It »). Véloce et virevoltant, EXISTANCE a trouvé son allure de croisière et si la mer est agitée, les Français gardent le cap avec maestria. Le talent et la dextérité de la formation dont mouche sur onze morceaux très convaincants.
Trois ans après « Grimmest Hits », c’est avec un tout nouvel album que le très prolifique Zakk Wylde refait surface avec BLACK LABEL SOCIETY. Solide et sans artifice, « Doom Crew Inc. » rend hommage à l’entourage du groupe et salue également l’arrivée de Dario Lorina à la guitare. Peaufinant sa culture du riff, l’Américain et son groupe rendent comme toujours une très belle copie.
BLACK LABEL SOCIETY
« Doom Crew Inc. »
(Spinefarm Records)
Une fois n’est pas coutume, Zakk Wylde a décidé de faire un peu de place à un autre six-cordiste, une chose presqu’impensable jusqu’ici. Le brillant guitariste rend ici hommage à son road crew et aux fans du groupe à travers ce « Doom Crew Inc. », qui paraît presque modeste et humble en comparaison de la carrière de l’Américain et des albums sur lesquels il a joué. BLACK LABEL SOCIETY joue la carte de la sincérité et ça lui va bien. Plus direct, le jeu du quatuor s’est aussi légèrement plus épuré.
Toujours accompagné de John De Servio à la basse et de Jeff Fabb à la batterie, Zakk Wylde tient le micro (et rappelle de plus en plus Ozzy !) et partage donc quelques solos avec Dario Lorina (Lizzy Borden), venu remplacer Nick Casanese. Et à l’écoute de « Doom Crew Inc. », il faut reconnaître que l’association tombe sous le sens, tant la complicité et la complémentarité des deux musiciens résonnent au diapason dans cette nouvelle formule de BLACK LABEL SOCIETY.
Zakk Wylde pousse sa culture du riff au paroxysme et renoue avec une certaine simplicité, ce qui donne à ce nouvel album une approche plus brute et efficace (« Set You Free », « Destroy & Conquer », « You Made Me Want To Live »). Très à l’aise sur les ballades (« Forever And A Day », « Love Reign Down »), BLACK LABEL SOCIETY n’a rien perdu de sa hargne et de son mordant pour autant (« Gather All My Sins », « Ruins », « Forsaken »). Un album qui fait du bien !
L’histoire est un éternel recommencement et PRIMAL RAGE vient confirmer l’adage avec force et conviction. Formé à la fin des années 80, le quintet livre une version 2.0 de son Thrash HardCore. Explosif et d’une énergie aussi constante que débordante, « Awakening The Masses » sonne le réveil des troupes et il va falloir se bouger !
PRIMAL RAGE
« Awakening The Masses »
(M&O Music)
Après une décennie de bons et loyaux services à partir de 1988, PRIMAL RAGE est resté en sommeil une vingtaine d’années pour aujourd’hui refaire surface. Et le réveil des Français ne s’est pas fait en douceur. Le combo a toujours la rage et se révèle plus affûté que jamais. Le Thrash HardCore du quintet a encore gagné en puissance et « Awakening The Masses » tabasse à tout-va.
Bien sûr, il s’en passe des choses en 20 ans, musicalement et humainement. De fait, il reste de la formation originelle seulement deux membres et les trois nouveaux venus apportent réellement du sang neuf au groupe. Sans pour autant renier les influences et un instinct directement liés aux années 90, PRIMAL RAGE se renouvelle et avance dans une belle continuité.
« Awakening The Masses » est un album racé et compact, grâce à des riffs tranchants, une rythmique survitaminée et un chant rageur et parfois scandé. Avec un tel titre, on retrouve bien sûr des textes très engagés et revendicatifs (« Repression », « Respect », « Racial Hate », « Freedom Is A Lie »). PRIMAL RAGE dénonce, démonte et effectue un retour massif et ne semble toujours pas prêt pour les concessions.
Le Metal post-Progressif de MAUDITS prend une nouvelle tournure et continue de s’affiner. A peine un an après la sortie de son premier album éponyme, le groupe poursuit sa route et livre « Angle Mort », un nouvel EP original, pointu et sans complexe. Forte d’un univers original, la formation a aussi vu son line-up évoluer ce qui semble même lui avoir apporté une motivation supplémentaire. Olivier Dubuc, le guitariste du duo, revient sur la création de cette nouvelle réalisation très protéiforme.
– Quand je vous ai interviewé en décembre dernier peu après la sortie de votre premier album, vous aviez déjà profité des deux confinements pour composer et vous étiez même prêts à enchainer. Depuis, que s’est-il passé en marge de l’enregistrement de ce nouvel EP ?
Cet EP n’était pas prévu. Au départ, nous voulions commencer à défendre en live l’album après le premier confinement, et enchainer par l’enregistrement du matériel composé pendant ce temps-là. Mais tout le monde sait que ça ne s’est pas passé comme ça, et nous nous sommes retrouvés une nouvelle fois coincés à la maison. Je me suis donc mis à travailler sur une nouvelle version de « Résilience », seul avec ma pédale de loop pour l’enregistrement d’une vidéo live, histoire de mettre un peu de matière sur les réseaux. Finalement, nous nous sommes dit avec Chris (batterie, samples) qu’il serait bien d’étendre ça sur un ou deux morceaux, de les enregistrer proprement et pourquoi pas de les proposer en téléchargement sur notre Bandcamp. Dans le même temps, Raphaël Verguin, le brillant violoncelliste, dont je connaissais très bien le travail avec Spectrale (mais sans le connaître personnellement à l’époque), nous a commandé l’album sur Bandcamp. Je me suis donc permis de le contacter pour savoir s’il serait partant à l’idée de travailler avec nous sur ces nouvelles versions. Il a accepté et comme nous ne savons pas faire les choses à moitié, nous nous sommes mis à fond dans le projet, le tout à distance. L’idée était de pouvoir enregistrer très rapidement pour enchaîner sans laisser passer deux ou trois ans entre deux sorties. Et honnêtement, nous étions extrêmement satisfaits de la matière proposée, ce qui nous a donné l’envie et la confiance pour continuer. Cet EP est devenu pour nous une sortie à part entière, et pas juste un petit amuse-gueule avant le deuxième album, et nous l’avons chéri et travaillé avec la même intensité que le précédent.
– La surprise de cet EP vient aussi du line-up. D’une formule en trio, vous êtes devenus un duo. Que s’est-il passé et MAUDITS a-t-il rapidement trouvé un nouvel équilibre ?
Oui, nous avons construit et maquetté « Angle Mort » presqu’exclusivement à deux avec Chris. Puis, Anthony, notre ancien bassiste, a quitté le groupe peu de temps avant l’enregistrement. Avec du recul, je pense que ces deux confinements ont largement contribué à sa perte de motivation pour MAUDITS. L’éloignement physique imposé durant cette longue période a creusé un fossé entre nous, et comme les nouvelles technologies ne sont pas vraiment son truc, il a un peu lâché et ne s’est jamais vraiment intéressé au projet avec le boulot à distance que cela nécessitait.
Je pense aussi que l’idée de base ne l’intéressait pas plus que cela. Il souhaitait enchaîner directement avec ce que nous avions mis en place durant le premier confinement. Bref, nous étions à fond dedans et lui pas du tout. Et outre cette mésentente artistique, plusieurs choses sont ressorties, notamment sur notre manière d’avancer, nos prises de décisions et notre conception de ce projet qu’est MAUDITS. L’écart s’est creusé et le point de non-retour est arrivé.
Si ces situations arrivent à beaucoup de groupes en temps normal, le contexte d’enfermement et de distance forcée a accéléré le processus de séparation et l’a donc précipité. Plus concrètement, cela ne nous a pas réellement déséquilibré, car nous avions presque intégralement fonctionné avec la même méthode depuis le premier album, en posant les bases avec Chris.
Olivier Dubucq (guitares)
– Sur « Angle Mort », on découvre deux nouvelles compositions et trois autres titres présents sur votre album dans des versions réenregistrées et réarrangées. Concernant ces dernières, vous n’étiez pas satisfaits des premières moutures ?
Si, nous les adorons ! Pour nous, l’intérêt de ses nouvelles versions était de déconstruire complètement les plages d’origine en ne gardant que les thèmes de base, afin d’en faire quasiment des nouveaux morceaux. Et à la rigueur, tant mieux si les auditeurs ne les reconnaissent pas du premier coup, cela prouve qu’on aura atteint notre objectif ! Nous les avons d’ailleurs renommé pour brouiller les pistes. Le point de départ était la réinterprétation de « Résilience », qui nous a vraiment donné envie de pousser le concept sur « Verdoemd » et « Perdu d’Avance » (initialement titrés « Maudits » et « Verloren Strijd »).
– Les deux nouveaux titres ont-ils été composés alors que vous étiez déjà à deux, ou s’agit-il de morceaux datant de l’album ?
Non, nous les avons composé à deux et à distance comme pour les trois réinterprétations. D’ailleurs, « Epäselvä », notre premier single, a volontairement été composé au dernier moment sur une période très courte en le construisant sur plusieurs rythmes Dub et très énergiques, improvisés directement en studio par Chris, le tout sur un tempo choisi sur le moment un peu au hasard. Par la suite, j’ai peaufiné mes ambiances, mes arpèges et les riffs sur ses parties, juste avant l’enregistrement final de la guitare. Nous avions déjà procédé comme ça pour le premier album sur « Verloren Strijd », et nous avons voulu retenter l’expérience. On a appris à aimer cet exercice, car tout ce qui sort quand on est dans l’urgence est très spontané et, à chaque fois, cela a donné un résultat très particulier et organique. Raphaël a par la suite improvisé une très belle ligne de violoncelle (nous avons d’ailleurs gardé sa première prise) et pour finir, Erwan a enrobé l’ensemble d’une ligne de basse bien Dub et entêtante. Le morceau dégage une émotion plus brute et sans filtre, qui tranche avec le côté très réfléchi du reste.
– Finalement, lorsqu’on voit la durée d’« Angle Mort », vous auriez pu le compléter d’un ou deux titres et sortir un deuxième album, non ? A moins que c’était vraiment un format EP que vous aviez en tête ?
Oui, l’idée initiale était un EP. Il ne devait d’ailleurs contenir que les trois réinterprétations. Mais les idées d’« Angle Mort » et d’« Epäselvä » sont arrivées toutes seules et ça collait bien avec le reste. Et puis, même si nous avions eu d’autres morceaux à disposition et qui collaient à l’ambiance, je pense nous aurions laissé comme ça car tout s’imbriquait bien tel quel. Un ou deux morceaux de plus auraient nui à la dynamique et la cohérence de l’ensemble.
Christophe Hiegel :(batterie)
– Même si MAUDITS conserve ce côté très organique dans la production, on note la présence plus importante de samples notamment. L’intention est toujours d’explorer de nouveaux horizons sonores et musicaux ?
Oui, nous avons développé et mis en avant un peu plus les samples sur « Angle Mort ». Je n’ai jamais caché mon amour pour le Trip Hop avec, entre autre, Portishead, Massive Attack, Ezekiel ou encore Scorn et leur manière si particulière d’intégrer les samples. Chris est un expert sur tout ce qui concerne le Dub. Il avait d’ailleurs un excellent projet du nom de Blue Mountain, avec qui il a enregistré un superbe album. Ces influences, si elles étaient déjà présentes sur le premier album, ressortent encore plus sur « Angle Mort ». Je pense que le format et le contexte dans lequel on l’a travaillé ont naturellement favorisé ce genre d’expérimentation et a naturellement fait ressortir un peu plus cet aspect de notre univers musical. Et pour info, il n’y a absolument rien de programmé : tout a été joué. Chris tenait à tout faire lui-même et c’est sûrement pour ça que le côté organique est conservé.
– Cette fois encore, vous avez intégré des cordes, en l’occurrence du violoncelle. La musique de MAUDITS fait toujours la part belle aux arrangements avec également du synthétiseur Moog, ce qui est devenu assez rare, et différents effets. L’aspect expérimental demeure toujours très palpable, malgré le côté accessible de vos morceaux…
Oui, comme je l’ai dit lors de notre précédente interview, nous ne nous fixons aucune limite musicalement, tant que cela nous plaît et qu’à l’arrivée ce soit cohérent. En effet, on aime beaucoup expérimenter avec différents instruments et textures pour enrichir notre musique. Cela vient probablement de notre passé progressif avec notre ancienne formation The Last Embrace. Bien que le son et l’orientation de MAUDITS soit très différente, nous partageons probablement inconsciemment l’approche aventureuse d’une certaine frange du Rock Progressif.
– Même si on entend quelques voix, l’idée d’intégrer un chanteur n’est toujours pas à l’ordre du jour ? MAUDITS est et restera instrumental ?
C’est vrai que sur l’album, nous souhaitions intégrer un spoken words sur « Verdoemd ». Il a été écrit et enregistré par Nicolas Zivkovitch (Ddent, Fiend, Krv, Les Tigres du Futur), qui est un très bon ami et un super musicien. Mais en effet, je pense que MAUDITS restera un projet majoritairement instrumental. Après, si certains passages appellent une voix, nous n’hésiterons pas à en mettre, mais intégrer un chanteur n’est pas une option pour nous. Nous sommes très bien comme ça.
– Enfin, concernant la scène, comment allez-vous vous produire ? Juste en duo et avec l’aide de diverses programmations, ou avec quelques invités comme sur vos disques ?
En fait, nous sommes redevenu un trio, même si nous sommes effectivement deux sur les photos promos. Erwan, notre nouveau bassiste, est arrivé seulement deux semaines avant l’enregistrement final, donc il n’a pas pu participer à la composition à proprement parler. En revanche, il a composé et arrangé toutes ses lignes de basse dans ce lapse de temps très court. Je tiens d’ailleurs encore une fois à le remercier, car le résultat est fantastique et pertinent. C’est un bassiste très doué et une belle personne, qui dégage une énergie positive et qui nous a mis un bon coup de fouet. C’est un plaisir de l’accueillir officiellement parmi nous.
Nous avons d’ailleurs fait nos deux premiers concerts récemment avec lui et la formule trio marche très bien ! Chris contrôle, joue et lance les divers samples (violons, claviers, etc…) avec son PAD et j’utilise une grosse pédale de loop avec beaucoup d’effets, ce qui nous permet de reproduire presqu’à l’identique en live la masse sonore qu’on entend sur les albums. Cela représente un sacré boulot pour tout le monde, mais c’est une sensation grisante de pouvoir tout gérer soi-même. On verra en fonction des endroits et des événements, mais il n’est pas impossible qu’on fasse appel à des invités sur scène pour certaines occasions. On aimerait beaucoup le faire avec le violoncelliste d’« Angle Mort », Raphaël Verguin. On verra si c’est possible !
« Angle Mort » de MAUDITS est disponible depuis le 5 novembre chez Klonosphere.
Retrouvez la première interview du groupe pour Rock’n Force :