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One Rusty Band : still hot ! [Interview]

Si le duo Breton avait déjà créé la surprise avec son premier album, « Voodoo Queen », celle-ci ne retombe pas le moindre du monde sur ce « One More Dance », à la fois costaud et d’une incroyable fraîcheur. Toujours guidés par un enthousiasme débordant, Greg aka Rock’n Roux (guitare, chant) et Léa aka Tap’n Roll (claquettes, percussions, washboard) apportent encore un peu plus de volume à leur Blues Rock endiablé et explosif. Et c’est avec la bonne humeur qui les caractérise que le turbulent binôme a répondu à quelques questions.

Photo : I Shot Photography

– Il y a trois ans, on vous découvrait avec votre premier album, « Voodoo Queen », débordant d’énergie. Puis, il y a eu le Covid et la reprise timide des concerts. Vous qui êtes un véritable groupe de scène, j’imagine que la période a du être difficile à vivre. C’est à ce moment-là que vous avez composé « One More Dance » ?

Greg : Durant le premier confinement, la situation était trop anxiogène pour composer. Du coup, on en a profité pour faire d’autres choses. Après, on a eu la chance de pas mal tourner durant l’été 2020, grâce à notre bookeuse Kristell Arquetoux qui a remué ciel et terre pour trouver des dates.

Léa : Ce n’est que durant le deuxième confinement, en automne, que nous avons trouvé l’inspiration et composé l’album. Le positif, dans toute cette histoire de pandémie, est que nous avons eu du temps pour pouvoir expérimenter de nouvelles choses et sortir de notre manière de faire habituelle.

– ONE RUSTY BAND a la particularité d’être un duo festif et enjoué. Or, ce nouvel album paraît plus sombre et plus sérieux aussi. A quoi est-ce que vous l’attribuez ? La situation de ces dernières années ? Une certaine maturité accrue dans votre jeu ?

Léa : Le monde est très sombre, donc forcément cela transparait dans nos compositions et le fait d’avoir plus de temps a permis d’avoir de l’espace pour s’exprimer et aller au fond des choses. Mais l’album reste positif et avec des compositions pour bouger ses miches !

Greg : Nous avons quand même gardé un côté léger dans les chansons. « Boogie Brothers » est, par exemple, basée sur l’observation de nos chats qu’on imaginait avec un petit perfecto en cuir faire la loi dans le quartier !

Photo : I Shot Photography

– On a vu émergé quelques duos à tendance Blues ces derniers temps, mais ONE RUSTY BAND reste unique en son genre, grâce notamment à Léa et ses claquettes. J’aimerais savoir comment elles interviennent dans les morceaux. Sont-elles parfois à la base d’une chanson, ou est-ce qu’elles viennent surtout en complément ?

Greg : Les claquettes, de par leur présence, obligent à composer d’une certaine manière. On ne peut pas dire qu’elles soient à l’origine d’un morceau, mais elles influencent fortement la composition et la construction des chansons. 

Léa : Ça dépend vraiment. Parfois, Greg arrive avec une base construite et on réarrange le tout. D’autres fois, c’est une rythmique qui lance une jam qui aboutit à une chanson… C’est variable !

– Léa, la Tap Dance, vient de la musique traditionnelle irlandaise avant de s’être plus tard exporter aux Etats-Unis et ailleurs par la suite. En ce qui te concerne, d’où viennent tes modèles et les styles qui t’inspirent le plus, et dans quelles mesures sont-ils adaptables au Blues Rock ?

Léa : Je n’arrive toujours pas à me considérer comme une danseuse de claquettes. Ce ne serait pas faire honneur aux ‘vraies’ danseuses et danseurs ! (Rires) Je vois la chose plus du côté instrument, percussion. La première fois que je me suis dit ‘WuuuaaaaH, c’est ça que je veux faire !!!’, c’est en voyant un spectacle des Stomp. Allez voir ça sur YouTube, c’est de la percussion de rue avec toutes sortes d’objets, les pieds, les mains, le corps… et des allumettes ! Les claquettes, je les ai découvertes plus tard avec Jimmy Slide et les Nicholas Brothers, qui sont supers. Pour l’adaptation, il a fallu inventer, de la manière de sonoriser en passant par la façon de composer… C’est super passionnant !!!

– Greg, tu es l’un des rares à jouer de la cigar box guitar en France et le seul en mode radiateur aussi. C’est un instrument que l’on voit de plus en plus, je pense à Samantha Fish, Alain Johannes, Orville Grant et beaucoup d’autres. Comment expliques-tu cette nouvelle émergence et ce retour en grâce, et qu’est-ce que cela t’inspire ? On le doit à un retour d’une musique plus ‘Roots’ ou c’est un simple effet de mode, selon toi ?

Greg : J’ai découvert la cigar box en allant manger chez mon père. Il venait d’en fabriquer une. Je l’ai essayée et j’ai tout de suite adoré : le son, la manière de jouer roots et groovy. J’en ai donc construit une dans la foulée avec lui ! Je ne sais pas si c’est un effet de mode, ou si c’est revenu sur le devant de la scène grâce à des passionnés comme mon père qui se sont mis à en fabriquer. C’est chouette de créer un objet qui sonne à partir de pas grand-chose. En tant que guitariste, c’est gratifiant de pouvoir fabriquer son propre instrument. Par la suite, j’ai trouvé un vieux radiateur électrique dans les poubelles, et je me suis dit que je pouvais en faire quelque chose dans le même esprit que la cigar box, mais dans un style Dobro. Ce sont des instruments qui sont limités pour la composition. C’est super intéressant, ça pousse à sortir du cadre standard et ça simplifie la musique !

– D’ailleurs, ça ne te tente pas, ou plus, un beau solo ou un chorus cristallin sur une belle Gibson ou une scintillante Fender ?

Non plus vraiment, je crois que les longs solos m’ennuient maintenant ! Mais sur le dernier album, je me suis quand même permis de rajouter quelques solo avec ma Fender, sur « Screen Generation » et « Boogie Brothers », notamment.

Photo : I Shot Photography

– ONE RUSTY BAND est un duo particulièrement riche avec en plus de la guitare et des claquettes, de l’harmonica, de la washboard et plusieurs percussions. Sauf à intégrer un nouveau membre, ce que je n’ose imaginer, y a-t-il d’autres instruments que vous aimeriez ajouter à votre musique ?

Léa : Non pas vraiment, on a déjà assez de bordel et ça ne rentrerait pas dans la camionnette ! (Rires) Déjà, le rajout d’un tom a été tout un Tetris ! On essaie d’étoffer avec de nouvelles percussions et on aimerait bien rajouter plus de doubles voix… Mais c’est beaucoup de travail vu que je ne savais pas chanter du tout !

– Par ailleurs, vous développez un son très particulier de Blues Rock agrémenté de Funk et de Soul aussi. ONE RUSTY BAND met en avant une culture DIY qui vous offre une liberté totale. Pour un ingénieur du son, c’est d’ailleurs assez naturel. Est-ce que tu as déjà imaginé laisser les clefs de votre son à un autre producteur, Greg ?

Oui je l’ai déjà imaginé. Mais ça m’amuse tellement de mixer et de travailler le son que je n’en ai pas vraiment l’envie, même si peut-être qu’une autre personne ferait un meilleur boulot. Après ça pourrait être chouette de collaborer avec quelqu’un. Par contre, lâcher complètement le projet… Hors de question ! Ma contrôlite aigue me l’interdit !

– J’aimerais que l’on dise un mot de cet esprit très live qui vous anime et qui prend tout son sens sur scène avec les acrobaties incroyables de Léa. Le visuel est donc très important chez ONE RUSTY BAND. Vous arrive-t-il de composer et de façonner vos morceaux avec déjà en tête son rendu scénique ?

Léa : Pour ma part, tout le temps. Quand je compose la partie rythmique, je pense tout de suite au rendu visuel… Même si servir la musique reste la chose la plus importante !

Greg : Moi pas trop, parce que je suis moins exposé. Par contre, j’y pense au moment de construire les set-list, de varier les guitares, etc…

Le nouvel album de ONE RUSTY BAND, « One More Dance » est disponible sur le site du groupe : https://www.onerustyband.com

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Blues Blues Rock Contemporary Blues

Alex Lopez : un feeling boosté par l’expérience

Très ancré dans son époque, le Blues d’ALEX LOPEZ est pétillant d’autant qu’il se complète avec de multiples autres styles, tout en gardant une identité propre. Songwriter, chanteur et guitariste, l’Américain joue avec les mêmes musiciens depuis de longues années et « Nasty Crime » reflète parfaitement cette belle entente et ce feeling commun.

ALEX LOPEZ

« Nasty Crime »

(Maremil Imprint)

Arrivé en Floride pour y faire ses études, ALEX LOPEZ a passé plus de temps à jouer et à composer, et bien lui en a pris. Le chanteur et guitariste a sorti son premier album solo en 2013, « Back Bedroom Blues », et « Nasty Crime » est le sixième effort de sa courte et déjà belle carrière. Et dans un registre très contemporain, le natif de l’Ohio livre un Blues très Rock varié et original, mais pas uniquement.

Fin guitariste et possédant une voix claire et haute, ALEX LOPEZ est toujours accompagné de son groupe de longue date, The Xpress, et la complicité affichée est plus que palpable. Le groove de Steve Roberts à la basse et de sa batteuse Kana Leimbach combine à merveille avec les envolées de l’orgue de Kenny Hoye. Aussi bien entouré, le songwriter a le champ libre et tous les atouts pour mener à bien ce nouvel opus.

Très affûté, il a co-produit « Nasty Crime » avec George Harris (Cheap Trip, Rick Derringer, Brian Johnson d’Ac/Dc) et à eux-deux, ils ont parfaitement capturé l’esprit et l’essence du style d’ALEX LOPEZ. Rock et fougueux, (« World On Fire », « Just Wait »), swing et délicat (« When The Sun Goes Down »), funky (« Nasty Crime ») ou en mode acoustique (« The First Time »), il ne s’interdit rien laisse son talent s’exprimer.

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Blues Rock

Quinn Sullivan : une efficacité bluffante

Sous ses airs de jeune premier, QUINN SULLIVAN est loin d’être un petit nouveau. Depuis plus de 10 ans, le songwriter américain présente un Blues Rock rafraîchissant, léger et pourtant tout en virtuosité. Très bon guitariste, sa prestation vocale est aussi très solide et démontre une créativité au service de ses multiples talents et d’un grand feeling.

QUINN SULLIVAN

« Wide Awake »

(Mascot Label Group/Provogue)

Auteur, compositeur, chanteur et guitariste virtuose, QUINN SULLIVAN fait partie de ces jeunes prodiges comme les Etats-Unis savent en produire. A seulement 22 ans, le natif du Massachusetts livre son quatrième opus, « Wide Awake », d’une fraîcheur incroyable et d’une étonnante maturité. Lorsque l’on sait que son premier album date de 2011, on ne peut que saluer son parcours sans faute.

Le jeune musicien a mûri comme on peut le constater sur « Wide Awake ». L’apprenti bluesman a pris du galon en côtoyant notamment son héro Buddy Guy ou Carlos Santana et en foulant des scènes prestigieuses aux quatre coins du monde. Produit par Oliver Leiber (Aretha Franklin, Beth Hart), les 12 morceaux de QUINN SULLIVAN prennent un éclat d’une authenticité et d’une sincérité rares à cet âge.

Sans entrer de plein pied dans un album de Blues pur, le guitariste évolue dans un Rock US, assez californien d’ailleurs, et des ambiances plus Soul et Funk… toujours avec une teinte bluesy. Les thématiques du style sont toujours aussi présentes, mais d’une manière très moderne et QUINN SULLIVAN s’avère être un excellent songwriter (« All Around The World », « In A World Without You », « You’re The One », « Keep Up »).

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Blues

Joanna Connor : wild slide woman

Produite par Joe Bonamassa, qui joue également sur deux titres de ce nouveau petit bijou, la chanteuse et guitariste JOANNA CONNOR déverse un Blues plein d’émotion et d’une énergie incroyable. Accompagnée par un groupe de classe mondiale, l’Américaine irradie de son talent les dix morceaux de « 4801 South Indiana Avenue », qui est d’une élégance totale. Un must !

JOANNA CONNOR

« 4801 South Indiana Avenue »

(KTBA Records)

Présente depuis les années 80 sur la scène Blues de Chicago, on ne présente plus JOANNA CONNOR, l’une des reines incontestables du Blues Rock et surtout une virtuose de la slide. Toujours très bien entourée, l’Américaine s’est adjoint les services d’un groupe hors-norme pour son 14ème album, le premier sorti sur le label indépendant de Joe Bonamassa, qui produit avec Josh Smith ce magnifique « 4801 South Indiana Avenue ».

Tirant son titre d’un haut lieu du Blues et Funky de Chicago, l’atmosphère qui se dégage de ce nouvel album de la songwriter est juste exceptionnelle. Soutenue par le claviériste Reese Wynans (SRV), du bassiste Cavin Turner, du batteur Lemar Carter et d’une session cuivre renversante, JOANNA CONNOR explose et tire des sons incroyables de sa Gibson. Toute aussi puissante vocalement, elle rayonne sur les dix morceaux.

Dominant les débats sur « Destination », « For The Love Of A Man » ou « I Feel So Good », la guitariste livre une prestation à la hauteur de sa réputation : fougueuse, dynamique et intense. Honky-Tonk sur « Come Back Home », pleine d’émotion sur « Bad News » en hommage à Luther Allison et presque psychédélique sur « It’s My Time », JOANNA CONNOR livre un vrai chef- d’œuvre, qui s’annonce comme un futur classique du genre. 

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Blues

Folsom : d’une profondeur transgressive

La singularité du Blues de FOLSOM vient certainement de la cohésion et de la complicité à l’œuvre entre les musiciens. Très Southern dans l’esprit, « Bonzaï » fait autant de pousses dans le Rock que dans l’Americana avec une légèreté apparente, que le quatuor aime venir balayer à grands coups de riffs puissants et épais. Un Blues-Core à la française.

FOLSOM

« Bonzaï »

(Independant)

Une bonne odeur de souffre émane de ce nouvel EP de FOLSOM. Les Parisiens ont posé six titres très Southern, passant du Blues au Rock et du Funk à la Country avec la même envie. Un large panel qui fait du Heavy Blues du quatuor un savoureux et langoureux mélange très brut, impertinent, un brin déjanté voire irrévérencieux. Autant le dire tout de suite : un régal de bout en bout, et bien trop court.

Si le nom de FOLSOM renvoie inévitablement à Johnny Cash et son légendaire concert dans la prison de la ville, c’est aussi qu’on n’est si loin de l’esprit subversif de l’homme en noir. Très roots et soigné dans le son, le combo ouvre les festivités avec le fiévreux « Son Of A Gun » avant que le morceau-titre vienne tout bousculer d’un riff acéré et costaud. Le rythme s’accélère encore un  peu plus tard avec le très bon « Free ».

Non sans humour, le quatuor livre un « Hot Dog » à température, très sudiste et épicé. Et alors qu’on s’attend à du musclé, FOLSDOM se fait funky sur « Get My Money »… enfin jusqu’au refrain qui vient dévaster la légèreté ambiante. Enfin, le bonus track, en quelque sorte, surgit avec le très Country et Americana « Covid 19 », joli pied de nez à cette époque trouble et triste. La classe !