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France Heavy Blues Heavy Rock Psychedelic Rock

Birdstone : un instinct magnétique [Interview]

Une chaleureuse couleur 70’s enveloppe ce nouvel album des poitevins, où la puissance d’un Heavy Rock massif se mêle à un Classic Hard Rock légèrement bluesy. Pour autant, on n’est pas dans une ambiance vintage poussiéreuse, loin de là. BIRDSTONE cultive le goût de l’aventure musicale et son univers ne serait pas complet sans évoquer cet élan Psych Rock, qui sert presque de guide à « IV ». Sur six morceaux seulement, le groupe impose ses mélodies sur la longueur, entre jam enivrantes, fulgurances explosives et l’impression d’une fragilité toutefois discrète. L’esprit est résolument live, la production organique et les longues plages instrumentales sont autant d’instants de rêverie traversés par des émotions parfois à fleur de peau. Ben (batterie), Edwige (basse, claviers) et Basile (guitare, chant) reviennent sur cet enregistrement marqué par un isolement choisi, qui semble avoir exalté la spontanéité de leur jeu.

– Ce nouvel album arrive un peu plus de dix ans après la formation de BIRDSTONE. Sans parler de bilan, que retenez-vous de cette décennie ? L’évolution de votre musique et de votre style ? Une maîtrise totale de ce que vous pouviez avoir en tête à vos débuts ? Ou peut-être plus simplement la rencontre avec un public de plus en plus réceptif à votre démarche artistique ?

Edwige : On a toujours voulu rester fidèle à ce qu’on aimait dans notre musique, à ce que l’on avait envie d’exprimer sur le moment sans forcément chercher à se cantonner à ce qu’on attendait de nous. L’important nous semble de rester honnête. Même si on a tous parfois envie de ranger par étiquette les artistes que l’on suit, il est difficile de classer sa musique ainsi. Du coup, on s’est souvent retrouvé à graviter autour de certaines niches sans forcément y rentrer complètement, avec ce que ça implique comme avantages et inconvénients.

Basile : Justement, on essaie de chercher la prise de risque plutôt que la maîtrise. Je ne pense pas vraiment qu’on projetait un moule défini sur l’avenir du groupe à nos débuts.

– Vous avez avoir ressenti le besoin de vous isoler pour l’enregistrement de « IV », et vous avez quitté votre Poitou pour l’Aveyron. J’imagine que vous étiez en quête de calme et de sérénité. Etait-ce dû à l’atmosphère que vous souhaitiez développer, car j’imagine que les morceaux devaient être déjà composés, et pour ainsi éviter tout parasitage ?  

Edwige : Notre amie et manager, Léa, nous a proposé d’enregistrer dans cette maison familiale, sachant que nous sommes indépendants et avions très peu de moyens. On a voulu jouer de cette contrainte pour pouvoir être autant investi dans le processus d’enregistrement que de création.

Ben : On voulait se créer un cocon ou il était possible de prendre le temps. On avait évidemment bien avancé les compos avant l’enregistrement, mais on s’est gardé une plage de création. 

Basile : Le processus d’enregistrement influence évidemment le résultat final, et cet album est peut-être plus intime que le précédent. Cet isolement nous semblait pertinent pour nourrir le propos et trouver la spontanéité que l’on recherchait.

– « IV » a donc été enregistré en conditions live et cette spontanéité, justement, est très palpable. De fait, quelle différence faites-vous entre un concert et un enregistrement comme celui-ci, puisque les performances sont finalement très proches ? Y a-t-il tout de même un gros travail de production derrière ?  

Edwige : Que ce soit devant un public ou entre nous, l’important à mes yeux reste la connexion entre nous trois. 

Basile : Justement, la base ‘live’ nous permet de garder cette spontanéité en fondation pour ensuite explorer les arrangements librement sans s’écarter de l’essence de chaque morceau.

Ben : Concernant la production, on a fait en sorte de garder les aspérités que le live implique, vivre avec les accidents et sublimer les défauts inhérents pour en faire une force.

– Cette fois encore, vous avez effectué un beau mélange de Hard 70’s, de Psych Rock avec une légère touche de Heavy blues et « IV » est probablement votre album le plus instinctif. Est-ce, même lors d’un enregistrement comme ici, il reste un part d’improvisation, ou ce nouvel album a-t-il été minutieusement composé en amont ?

Basile : Il reste évidemment une part d’improvisation. Ce n’est pas forcément le cas à chaque enregistrement et ça peut être une volonté que de préparer un enregistrement dans le moindre détail. Notre album précédent, « The Great Anticipation », avait été beaucoup plus préparé en amont. Pour « IV », nous voulions vraiment changer de formule et conserver la sensation de créer jusqu’à la fin de la production.

– Ce nouvel album est très contrasté et la première chose qui surprend est une impression d’inimité pourtant à l ’œuvre dans un spectre sonore très vaste. Est-ce que c’est justement ce type de production qui permet ça, grâce peut-être aussi à la disposition des instruments et surtout de votre formule en trio ?

Ben : On a cherché à pousser certains curseurs pour que la narration soit d’autant plus contrastée, pour que l’album puisse sonner aussi fragile qu’explosif. 

Edwige : Depuis nos débuts, on a toujours voulu creuser les nuances, quitte à pousser certaines parties dans leur retranchements. Si le but est de toucher à une certaine réalité émotionnelle, on se voyait difficilement jouer dans la demi-mesure.

– L’album se termine avec le morceau entièrement instrumental « Swell ». D’où est venu l’idée de clore « IV » avec aussi un incroyable solo de trompette ? L’idée était-elle de surprendre l’auditeur, ou l’atmosphère du morceau s’y prête-t-elle naturellement et des paroles auraient été superflues ? 

Basile : « Swell » est pour le coup le morceau qu’on a laissé le plus libre avant l’enregistrement. On voulait explorer une autre manière de faire, en se basant sur un unique thème et en se laissant porter ensuite dans les arrangements. Une fois que la base était posée, nous est venu l’idée dans un second temps de contacter Paul Weeger pour lui proposer de composer et d’enregistrer une partie de trompette. En quelques prises, nous étions complètement conquis et c’est devenu l’instrument phare du morceau. 

– En dehors de « No One Else » qui ouvre l’album, les morceaux sont plutôt longs et ils offrent une sensation très jam à l’ensemble, qui est d’ailleurs plus Psych que « Loss » et « The Great Anticipation ». Ces longues plages instrumentales au cœur des morceaux sont-elles des échappatoires avant de revenir à la chanson elle-même, à savoir son refrain et ses couplets ?

Edwige : On a simplement voulu retrouver de longues plages de jam sans forcément être contraint par un format plus court. 

Basile : Je sais pas si on conçoit ça comme un échappatoire au morceau. Ce serait plutôt une extension naturelle qui permet de se connecter à quelque chose d’un peu plus organique, hors des structures classiques couplet/refrain, pour mieux y revenir ensuite. 

– Enfin, j’aimerais qu’on dise un mot de « Largo », qui se déploie sur plus de onze minutes. On passe d’un entame très Folk 70’s à un milieu clairement Rock et plus mid-tempo pour aller crescendo vers un final explosif et débridé. C’est un schéma que l’on trouvait beaucoup dans le Classic Rock. Comment compose-t-on un morceau d’une telle longueur et qui multiplie autant les ambiances ? Le fil rouge reste-t-il la narration quoiqu’il arrive ?  

Basile : Effectivement, la narration reste le fil rouge. Elle guide nos morceaux les plus progressifs. On avance souvent par bloc. Le thème, c’est-à-dire le riff principal, sert de base et ensuite on déploie les différentes parties dans le temps, en faisant en sorte que les différentes évolutions s’imbriquent les unes aux autres pour servir au mieux la narration. Certaines parties naissent plus naturellement, notamment en jam, alors que d’autres nécessitent plus de travail d’écriture, afin de lier les différentes péripéties. 

Le nouvel album de BIRDSTONE, « IV », est disponible chez Harpyes Records.

Photos : Léonard Szakow

Retrouvez aussi les chroniques de leurs deux précédents albums :

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Heavy Blues Psych Rock 70's

Oakfarm : natural vibes

Originaire du nord de l’Allemagne, c’est pourtant en Autriche que le groupe est allé enregistrer son deuxième effort, et ce changement de paysage semble l’avoir inspiré. Maniant toujours aussi habillement les contrastes, OAKFARM étend son Heavy Blues Rock dans un espace presque réconfortant, qui se fait aussi rapidement volcanique. « Too Hard For Some, Too Soft For Others » reflète avec un prisme actuel la rencontre d’un Rock instinctif et celle d’un Blues fluctuant à travers les époques. Le combo grandit et son style s’affine avec beaucoup de certitude.

OAKFARM

« Too Hard For Some Too Soft For Others »

(Pink Tank Records)

Deux ans après un premier opus éponyme réussi, OAKFARM propose un nouvel instant dans sa bulle intemporelle. Ici encore, le temps semble s’être arrêté, et la chaleur et la proximité qui émanent de « Too hard For Some Too Soft For Others » ont un effet réconfortant. L’atmosphère très 70’s, entre Rock vintage et Heavy Blues, doit beaucoup à son aspect très organique et le trio ne fait pas pour autant systématiquement dans la douceur, puisqu’il flirte avec le Stoner et un Psych Rock assez relevé. Il y a une exaltation forte qui submerge de cet environnement sonore et le rend explosif.

Tobias Lemberger (guitare, chant), Dennis Oelze (batterie) et Arne Döpper (basse) ont acquis beaucoup d’expérience grâce aux très nombreux concerts, en salles comme en festivals, donnés à travers leur pays ces dernières années. OAKFARM a consolidé son identité musicale à travers un jeu qui a beaucoup gagné aussi en fluidité et en profondeur. « Too Hard For Some Too Soft For Others » voit le groupe arriver à maturité et l’exploration artistique proposée ici est bien plus audacieuse que précédemment. C’en est même à se demander si son style est encore rétro.

Ample et dynamique, la production livre parfaitement toute l’énergie et les vibrations à l’œuvre sur ces huit nouveaux morceaux. Globalement très Blues, ils sont menés par un élan Rock où puissance et vulnérabilité s’entremêlent délicatement sur des titres rapidement captivants. Par ailleurs, OAKFARM a trouvé son équilibre dans un power trio soudé, où les contrastes des textes comme des registres restent instinctifs et pleins d’émotion (« 3000 Miles », « Lucy », « Oakpop », « Don’t Fade Away » et « Now And Then »). Une confirmation sans faute et réellement spontanée !

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Hard 70's Heavy Stoner Psych International

Saturna : master of rings [Interview]

Avec leur sixième album, les Catalans se sont délestés de tout superflu, de tous ces effets omniprésents sur les productions actuelles pour revenir à l’essentiel, à savoir la transmission des émotions. Et le résultat est criant de vérité et d’authenticité. SATURNA nous propulse au cœur de ses morceaux dans un environnement organique savoureux. Il faut dire que son registre s’y prête vraiment et que ces nouvelles compositions résonnent d’une grande justesse, d’un feeling de chaque instant doté d’arrangements bien sentis. En effet, « Light And Shadow » remonte le temps sous le prisme d’un Rock parfois psychédélique, aujourd’hui qualifié de ‘classique’, qui se veut direct et sincère. Rarement les instruments et le chant n’auront trouvé aussi facilement leur place au sein d’un Hard 70’s que le quatuor a délicatement voilé de Stoner Rock. Y compris dans le songwriting, rien n’est laissé au hasard. Les guitares sont scintillantes, la voix et les chœurs envoûtants et la rythmique nous ramène aux belles heures d’un groove presque charnel, le tout bercé par des mélodies irrésistibles. Les Espagnols atteignent ici à un sommet de leur art, et ce nouvel opus s’inscrit déjà parmi les meilleurs de l’année. Rencontre avec des musiciens qui ont une idée bien précise de leur musique et qui sont passés maîtres dans l’art de la capturer pour mieux la laisser respirer.

– « Light And Shadow » est votre sixième album et surtout, il marque l’arrivée à la guitare et à la composition de Max Erikson. Comment son intégration s’est-elle passée et explique-t-elle les trois ans depuis« The Reset », car vous nous aviez habitués à un rythme plus soutenu ?

L’arrivée de Max a évidemment apporté de nouvelles idées de composition. Par exemple, sur des morceaux comme « No Questions », largement inspiré de son idée personnelle, on perçoit un rythme et un style beaucoup plus rapides que ce que SATURNA proposait ces derniers temps. Et honnêtement, l’intégration s’est faite très naturellement. Il a été très actif, apportant de nouvelles idées, peaufinant celles que nous avions déjà et créant avec une énergie renouvelée en répétition. Il a également insufflé sa propre personnalité et son propre style aux anciens morceaux de notre setlist, composés avant son arrivée, et cela se ressent en concert notamment.

– Vous avez vous-mêmes enregistré ce nouvel album et confié le mix à votre batteur, Enric Verdaguer, ce qui est une première pour SATURNA. Est-ce que l’idée était de donner à « Light And Shadow » le son que vous recherchiez vraiment, à savoir un environnement très organique et une approche live ?

Ce n’est tout à fait pas la première fois qu’Enric mixe un album pour nous. Il l’avait déjà fait pour « Atlantis » et quelques autres titres pour des compilations. Ce changement de son est tout à fait intentionnel. Nous voulions nous éloigner du style de production de notre précédent album (« The Reset »), que nous adorons, mais qui impliquait beaucoup plus de préproduction, de nombreuses pistes, des samples et un montage poussé. Ici, nous voulions faire exactement l’inverse : de nombreuses prises complètes et sans coupure, un montage minimal et aucun sample.

Au lieu de trop lisser l’équalisation, nous voulions laisser chaque instrument respirer et conserver son timbre unique, loin de cette perfection moderne et lisse. Nous recherchions le son brut d’instruments jouant ensemble dans une même pièce, avec toutes leurs imperfections naturelles, leurs médiums un peu brouillés et leur résonance. L’objectif principal était de recréer au plus près le son de nos répétitions. C’est évidemment très différent des méthodes de production actuelles et cela ne plaira peut-être pas à tout le monde.

– Pour rester sur la production de l’album, vous avez confié sa distribution aux labels Spinda Records, Discos Macarras et Ripple Music pour les Etats-Unis. C’est assez inhabituel d’autant que vous le produisez. Comment s’organise un tel déploiement et qu’est-ce qui a motivé cette décision ?

Oui, même si nous avons géré l’enregistrement et le mixage nous-mêmes, des aspects comme le pressage physique et surtout la distribution, le marketing et les campagnes sur les réseaux sociaux, c’est-à-diretout ce qu’implique la sortie d’un album digne de ce nom, représentent une charge de travail bien trop importante pour que nous puissions la gérer seuls. C’est pourquoi nous sommes si reconnaissants, notamment envers Spinda Records et Dani de Discos Macarras. Cette fois-ci, ils se sont associés à Ripple Music, ce qui nous permet d’être distribués également aux Etats-Unis. Je trouve qu’ils font un travail formidable avec les médias, les relations presse et le positionnement, ce que nous n’aurions jamais pu réaliser seuls.

– Revenons à « Light And Shadow » qui, comme le titre le laisse entendre, traite de plusieurs dualités à savoir les ténèbres et la lumière, la vie et la mort et l’amour et la haine. Pourtant, là on aurait pu s’attendre à des atmosphères assez sombres, vous avez surtout jouer sur les textures sonores et l’ensemble est très homogène et lumineux. Plus que le contraste musical, l’objectif a-t-il été de mettre en avant les émotions ?

Au final, un album moins produit respire davantage. En épurant les choses et en évitant les arrangements et les orchestrations superflus, on laisse la composition s’exprimer pleinement. On apprécie mieux chaque élément, le son de chaque instrument et les textures spécifiques recherchées, le tout enregistré en live avec des effets, capturant la dynamique naturelle, l’interprétation vocale et tous ces détails. Tout est plus perceptible ainsi. Au final, l’essentiel est de mettre en valeur l’émotion brute. Par exemple, le morceau « About You » a été enregistré entièrement par Jimmy, en une seule prise sur laquelle il joue de la guitare et chante dans sa chambre. On a envisagé de le réenregistrer, mais on a finalement décidé de garder cette prise live enregistrée chez lui pour l’album. Et c’est peut-être ce que tu voulais dire : ne pas rechercher la perfection. Jimmy a simplement chanté et enregistré sur le vif, en fonction de ce qu’il ressentait, et quand je l’écoute aujourd’hui, ça se ressent vraiment. Une version studio aurait peut-être sonné beaucoup mieux techniquement, mais elle n’aurait pas transmis la même émotion que cette prise.

– Parmi les ambiances qui traversent « Light And Shadow », on retrouve ce qui fait votre style, c’est-à-dire un mélange savamment dosé de Hard Rock classique, de proto-Metal et de Rock psychédélique. Forcément, l’ensemble sonne très 70’s, mais l’album est loin d’être déconnecté de notre époque. Comment faites-vous le pont ? Grâce à l’écriture ou à l’état d’esprit global de SATURNA, qui reste très ouvert ?

Ce qui est génial avec ce groupe, c’est qu’on n’est pas des puristes. En fait, s’enfermer dans un genre précis peut parfois avoir une connotation négative. On a l’impression de se brider et de s’empêcher d’explorer de nouvelles pistes. Pour nous, c’est tout le contraire. On laisse simplement s’exprimer toute la musique qu’on a écoutée, vécue et aimée, quand elle en a besoin. C’est peut-être pour ça que nos chansons touchent autant les gens. Certains auditeurs nous entendent et se disent : « Punaise, on dirait un groupe tout droit sorti des années 70 ! » tandis que d’autres, plus sensibles aux années 90, disent qu’on sonne Grunge, Stoner ou un truc du genre. Au final, l’’important est de faire la musique qu’on a envie de faire. Nos racines et nos influences finissent toujours par ressurgir naturellement. Après, c’est aux autres de coller des étiquettes et de décider de notre style, mais pour nous, c’est toujours profondément personnel.

– Il y a aussi une chose marquante sur ce nouvel album, c’est le travail sur les guitares, qui montre la belle complicité entre James et Max, que ce soit au niveau des riffs comme de l’intensité des solos. Est-ce justement sur cet aspect que vous avez porté vos efforts cette fois-ci ?

Au final, tout cela nous ramène à ce que nous disions précédemment. L’album n’étant pas surproduit, tout repose essentiellement sur la composition. A cet égard, Jimmy et Max, malgré leur immense talent de musiciens, jouent toujours au service de la chanson. Chaque morceau est méticuleusement structuré, que ce soit dansle jeu de chaque guitare pendant que l’autre joue autre chose, ou encore l’exécution d’un solo. Même un solo spectaculaire s’accompagne toujours d’une ligne mélodique, qui s’intègre parfaitement au morceau, faisant office de transition entre les différentes sections. Ce sont ces détails sur lesquels nous nous sommes vraiment concentrés et que nous avons travaillés avec acharnement, aussi bien en studio que sur scène, et je pense que c’est précisément ce que l’on remarque à l’écoute de cet album.

– J’aimerais qu’on dise aussi un mot sur « About You » et « Opus One », qui sont tous les deux des titres acoustiques. Avez-vous conçu ces deux morceaux comme des sortes de respiration, au regard du reste de l’album ?

Honnêtement, au départ, ces chansons n’avaient pas d’autre but que de être simplement crées pour elles-mêmes, par besoin de transmettre quelque chose. Mais il est vrai qu’une fois l’album enregistré, après fait la même chose avec tous les morceaux que nous avions jusque-là, et surtout lorsqu’il faut faire un album avec une durée très limitée par face, on arrive à un moment où il faut établir la tracklist. C’est là qu’on réfléchit à la place de chaque chanson sur chaque face. Il faut que la durée soit plus ou moins la même sur les deux et il faut aussi éviter que la dynamique ne s’essouffle. Alors, à ce stade, on évite peut-être de placer deux chansons similaires trop près l’une de l’autre, tu vois ? On s’assure que tout s’enchaîne bien pour que l’album s’écoute d’une traite et que tout soit cohérent.

– Enfin, l’album s’achève avec « A Strange Mix Of Humans », qui est un texte de votre ami John Mann, illustrateur à Los Angeles. C’est un message qu’il vous a laissé et qui est d’une incroyable justesse et d’une grande profondeur. Il est d’ailleurs accompagné de la guitare classique de Mariano Rupil. Il résonne comme une sorte d’écho à une réflexion que peu ont dans l’industrie musicale actuelle. Dans quelle intention l’avez-vous intégré à « Light And Shadow » ?

Ce morceau est en fait un enregistrement vocal WhatsApp d’une conversation que Jimmy a eue avec lui. Si je me souviens bien, ils parlaient des Sex Pistols. Quand on l’a entendu, avec la voix de Johnny, son interprétation et ce qu’il a dit à ce moment-là, on s’est dit : « Il faut absolument que ce soit sur l’album ! » On a eu un moment la crainte que les gens pensent que c’était notre propre opinion et que ça sonne un peu… comment dire ?… un peu arrogant, voire prétentieux.

Mais au fond, je pense que c’est une opinion qui a toujours été présente dans l’Histoire de la musique. On peut former des super-groupes avec des membres incroyables dans leurs propres formations, mais ensuite, pour une raison ou une autre, quand ils forment ce nouveau groupe, ça ne marche pas. Ou on peut avoir d’excellents instrumentistes, mais quand on les réunit, ça ne donne pas de bonne musique. A l’inverse, parfois, quatre gars qui ne sont même pas particulièrement doués, ou qui, a priori, ne devraient pas travailler ensemble, finissent par faire de la super musique pour une raison inconnue. C’était simplement cette réflexion et nous l’avons adorée. Nous y avons ensuite ajouté l’accompagnement de guitare classique de Mariano. Au final, c’est tout simplement une idée qui nous plaisait beaucoup et nous trouvons qu’elle reflète bien la musique que nous écoutons.

Le nouvel album de SATURNA, « Light And Shadow », est disponible chez Spinda Records, Discos Macarras et Ripple Music pour les Etats-Unis.

Commande directe sur le site du label : www.discosmacarras.com

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Classic Hard Rock Classic Rock

Wicked Elephant Revival : electric fever

Avec une énergie débordante et un feeling incontestable, les Français signent un premier long format tout en maîtrise et surtout doté d’un songwriting imparable. Dans un Classic Rock moderne et fougueux, WICKED ELEPHANT REVIVAL marche dans les pas des pionniers avec quelques belles fulgurances Southern et Hard Rock. Très fédérateur, le quintet multiplie les ambiances sans se disperser et vibre à l’unisson sur ce « No Rest For The Wicked », aussi ambitieux qu’addictif. La sincérité de sa démarche rend cet album d’une maturité artistique devenue rare dans l’hexagone.

WICKED ELEPHANT REVIVAL

« No Rest For The Wicked »

(Independant)

A une époque où l’uniformité musicale commence à prendre beaucoup de place et où la technologie s’immisce au cœur-même de la création, WICKED ELEPHANT REVIVAL fait le pari de revenir aux sources du Rock, et même du Hard Rock, afin d’y apporter sa contribution avec originalité et conviction. En musiciens chevronnés, les Toulonnais distillent un registre bien à eux, sans éluder certaines influences évidentes qu’ils utilisent plutôt comme un socle indéfectible et la base d’un style qu’ils entendent bien encore faire briller.

Actif depuis 2022, WICKED ELEPHANT REVIVAL s’était déjà fendu d’un EP de quatre titres l’an dernier, « Mojo Rising », laissant présager du meilleur. Et ce premier effort se montre très largement à la hauteur des attendes. Grâce à une production puissante et organique, « No Rest For The Wicked » possède toute l’ampleur et le relief nécessaires à la dimension de ces nouveaux morceaux. Emprunt d’une saveur vintage enveloppante, les Azuréens se plongent dans l’époque dorée des années 70 à 90 avec inspiration et beaucoup de volume.

Passé un « Prologue » tout en émotion, WICKED ELEPHANT REVIVAL impose sa touche sur un groove épais et chaleureux, s’offrant même quelques embardées psychédéliques bien senties. Le duo basse/batterie est solide, le guitariste tranchant, le claviériste inspiré et le chanteur joue d’un timbre touchant et éraillé pour porter chaque chanson. Il y a du Robert Plant, du Steven Tyler et un brin de Tom Kiefer dans la voix de ce généreux frontman (« Evermore », « Fast Is Nice », « Father And Son », « Beautiful », « The Wicked And The Wise »). Authentique et soigné.

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Psychedelic Rock Rock 70's

Svindel : une ode chaleureuse

Assez nonchalant de prime abord, c’est avec beaucoup d’assurance que la formation nordique livre sa première réalisation et, tout en décontraction, propose un voyage aux saveurs vintage dans les méandres Psych du Rock 70’s. Une balade sincère et sans fioritures vers des sommets où le présent rejoint le passé dans une belle harmonie. L’ambiance est positive et les compositions rayonnent littéralement. Avec « Drömfeber », SVINDEL se façonne une avenir flamboyant sur de solides fondations.

SVINDEL

« Drömfeber »

(Ripple Music)

C’est une sensation de légèreté, de liberté et de joie qui émane de la première écoute de « Drömfeber », qui signifie « Fièvre Onirique » en suédois . Car l’une des particularités du trio est de s’exprimer dans sa langue maternelle, ce qui est assez rare pour être souligné. Si le parti-pris de SVINDEL peut surprendre, il est pourtant parfaitement en phase avec l’atmosphère et, passé le barrage linguistique, on se laisse vite séduire par cet univers psychédélique qui nous renvoie quelques décennies en arrière avec le sourire.

Depuis quatre ans maintenant, Jan Lindblad (guitare, chant), Johannes Braf (batterie) et Daniel Forsberg (basse) écument les scènes de leur pays, enflamment les radios locales et il n’en fallait pas plus pour que cela parvienne aux oreilles de Ripple Music. L’aspect brut de la musique de SVINDEL combiné à une infaillible authenticité libère un Rock efficace et mélodique, qui donne le sentiment que le combo survole son sujet, tant il sait se faire aérien. Il ne contente pas de se réapproprier le style, il est véritablement habité par son héritage.

Sans jouer de trop sur l’effet de puissance et en s’appuyant plutôt sur l’aspect planant du registre, les Scandinaves déploient une énergie lumineuse et inspirée. Les couleurs se détachent entre bien-être, rêverie et une douce mélancolie. SVINDEL a su se créer une identité originale, qui se nourrit aussi de touches jazzy avec quelques notes bluesy et funky bien senties. Le groove est constant, le chant clair et captivant et la guitare ne demande qu’on la suive (« Jupiterbarn », « Drömfeber »,  « Atlantide », « Chimar »). Convaincant !

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Desert Rock post-Rock

Yawning Balch : natural feeling

Après trois volumes qui ont laissé une empreinte forte dans le paysage Desert, Psych et post-Rock, place au quatrième et il reste dans la même veine. Avec quatre musiciens de ce calibre, YAWNING BALCH n’en est même plus à expérimenter un style, mais préfère plutôt combiner les inspirations à travers des sessions où les musiciens se confrontent autant qu’ils se complètent. Si le registre a déjà proposer ce genre d’exercice, on touche ici l’excellence. Le ciel est bleu, la température monte d’un cran et les accords s’échappent de la manière la plus naturelle qui soit.

YAWNING BALCH

« Volume Four »

(Heavy Psych Sounds)

Quand il n’est pas avec son groupe Fu Manchu, qu’il ne s’autorise pas une escapade avec Slower, Axemaster ou Big Scene Nowhere, Bob Balch retrouve ses amis de Yawning Man pour des jams aussi hallucinantes qu’hallucinatoires. Démarré en 2023, cette collaboration avec Gary Arce (guitare) Mario Lalli (basse) et Bill Stinson (batterie), tous regroupés sous l’emblème YAWNING BALCH, lui offre aussi l’occasion de satisfaire sa curiosité musicale à travers un Desert Rock psychédélique instrumental, où seules l’imagination et la créativité les guident et ont leur mot à dire.

Réunis dans le désert de Mojave en Californie, le quatuor a désormais pris ses marques et ses habitudes au Gatos Trail Studio de Joshua Tree, et la jam peut donc reprendre son cours. Pour ce « Volume Four », YAWNING BALCH utilise les mêmes recettes. Et cela se traduit par une sorte de laisser-aller onirique, immersif à souhait et où chaque musicien semble a priori dans sa bulle. Sauf que nos quatre experts sont hyper-connectés les uns aux autres et font corps pour un seul et même voyage. Aérien et insaisissable, leur jeu est d’une fluidité incroyable et d’une grande variété.

Comme précédemment, ce quatrième effort se déroule en deux actes de vingt minutes chacun. Ainsi, on se perd d’abord dans les méandres de la chaleur de « Pyramid Of Djoser » avant de plonger dans le très aride « Water Ritual ». Bien sûr, ce sont Gary Arce et Bob Balch qui donnent le ton et l’atmosphère de chaque titre, rivalisant chacun de prouesses pas forcément techniques, mais au service d’une ambiance générale, qui se veut au contraire une sorte de dialogue entre les deux guitaristes. YAWNING BALCH est une expérience musicale unique et presque nécessaire.

Retrouvez les chroniques des trois précédents volumes de l’odyssée YAWNING BALCH :

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International Stoner Rock

Waste A Saint : natural fuzz [Interview]

Trois albums et presque autant de facettes pour WASTE A SAINT, qui continue de faire évoluer son Stoner Rock avec beaucoup d’imagination. Toujours aussi brut et organique dans la production, le quatuor se présente avec un nouvel opus très ouvert, fédérateur et d’une grande variété. Les Norvégiens accueillent aussi un nouveau batteur, qui vient apporter un groove particulier à l’ensemble, assez loin des conventions, ce qui offre une approche originale à « …And It’s Evergreen ». Alors que beaucoup de groupes sont très facilement identifiables dans leurs influences, WASTE A SAINT impose sa propre vision du genre et son style avec une liberté, qui reste le maître-mot de la formation scandinave. Rencontre avec quatre musiciens, dont une magnétique frontwoman, qui assument cette indépendance et des choix artistiques forts.

– « … And It’s Evergreen » est votre troisième album et il présente quelques changements au sein de WASTE A SAINT à commencer par un nouveau batteur, puisque l’ancien a quitté le groupe en pleine composition. Comment l’avez-vous vécu, car vous ne semblez pas avoir été si déstabilisés ?

Eh bien, il y a eu pas mal de changements au sein de la section batterie ces dernières années. On dirait que le poste de batteur est maudit chez nous… (Sourires) On finit par s’y faire, je suppose. On avait enregistré quelques morceaux pour le nouvel album et, aux alentours de Noël, notre cher batteur Øivind nous a annoncé qu’il souhaitait explorer d’autres horizons. Ole (Nogva, basse, synthés, chœurs – NDR), Bogey (Stefansdottir, chant – NDR)  et Alex (Skomakerstuen, guitare, chœurs – NDR) sont les membres fondateurs de WASTE A SAINT. Et on a toujours eu une structure assez horizontale où chaque membre contribue à façonner l’univers de WASTE A SAINT. Alors, quand Trym (Solan Renolen, batterie, chœurs – NDR) a rejoint le groupe, on a d’abord dû apprendre à le connaître et tâter le terrain. On le connaissait déjà un peu, car Tronheim n’est pas une si grande ville, mais on n’avait jamais joué avec lui. Le courant est passé tout de suite, musicalement et humainement. C’est un excellent batteur et un type super. Ensuite, il a fallu que son style et son flow s’intègrent aux nôtres, ce qui est essentiel pour notre son et notre processus créatif.

– D’ailleurs, vous avez aussi modifié vos habitudes jusqu’à changer d’environnement et même d’instruments. Est-ce que vous vivez ce nouvel album comme un nouveau départ ?

Bogey : Oui, je dirais même plus. Le batteur est un élément essentiel de notre son, et l’a toujours été. Son jeu, son influence sur les morceaux et la composition… Nous sommes un groupe où l’improvisation est importante et en tant que quatuor, chaque membre contribue énormément au résultat final. Parallèlement, nous avons dû changer de local de répétition au pied levé, nous avons utilisé un nouveau studio pour l’enregistrement et nous avons davantage intégré le synthétiseur à notre musique. L’intégration de tous ces éléments, ainsi que les idées et la vision de Trym pour les chansons et le groupe, ont été une véritable renaissance.

– C’est vrai qu’il se dégage de « … And It’s Evergreen » un sentiment de liberté et peut-être même d’un peu plus d’insouciance, comme l’indique aussi le titre de l’album. Aviez-vous besoin d’une nouvelle respiration pour trouver de nouvelles inspirations ?

Oui, c’était un peu le but. Les changements nous amènent à découvrir de nouvelles façons de travailler et de penser, et ces perspectives ont assurément influencé le groupe. L’album précédent était inspiré par notre soif insatiable de création, qui nous anime toujours. Mais cette fois-ci, nous avons dû intégrer tous ces changements de membres et de logistique dans notre flux de travail en un temps record. Le titre de l’album fait aussi référence à la pression liée à la diffusion de la musique, à son partage avec le public. On a toujours envie de changer des choses, de se remettre en question, de peaufiner son art jusqu’à l’épuisement. C’est très humain. Mais à un moment donné, il faut bien sortir son truc pour que les gens puissent le voir et l’entendre. Et après, impossible de revenir en arrière, impossible de changer quoi que ce soit. C’est publié, c’est là, dans le monde entier… et c’est intemporel.

– La première chose qui transparaît de l’écoute de ce troisième album, c’est toujours cette volonté de repousser les limites de votre Stoner Rock en explorant d’autres contrées musicales. Et cette fois, vous imposez une signature forte. Est-ce que c’est le travail sur le groove surtout qui vous a permis de trouver cet équilibre ?

Bogey : J’ai toujours eu l’impression qu’on flirtait avec le Stoner Rock depuis des années, sans jamais s’y consacrer pleinement. Sur cet album, je pense qu’on s’est davantage investis dans les morceaux Stoner Rock et qu’on a exploré plus en profondeur les autres. On n’avait pas trop réfléchi au groove, notamment à la batterie, mais je suppose que ça vient naturellement avec un nouveau batteur. Petite précision : Trym n’avait aucune expérience du Stoner Rock. C’est un musicien plutôt Indie/Punk, enfin, c’est comme ça que je le vois ! (Rires) Je pense que son approche novatrice du genre pousse l’expérimentation encore plus loin.

– L’album est aussi plus aéré, votre spectre sonore s’est élargi et ton chant, Bogey, est également plus libre et assuré. Est-ce à dire que vous étiez un peu à l’étroit dans un Stoner Rock trop classique ?

Bogey : En fait, notre ancien batteur, Vebjørn Svanberg Numme, à l’époque de l’album « Hypercarnivore », était aux manettes en studio, et on avait passé un super moment. Bien sûr, le temps d’enregistrement était limité, mais ça nous avait permis d’avoir une session très ouverte et exploratoire. Je pense qu’on a abordé celle-ci avec un état d’esprit différent de nos albums précédents. Cette fois-ci, on était plus détendus et on s’est concentrés sur le plaisir et l’expérience. Travailler avec un ancien membre comme producteur était aussi un avantage, du moins pour moi, car ça m’a offert une plus grande liberté pour expérimenter vocalement.

Alex : Ouais, je suis d’accord. ‘Expérimenter et voir ce que ça donne’ était peut-être le mot d’ordre de cette session. On a aussi reçu la visite du fabricant norvégien de pédales Bråk, qui nous a prêté plein de matériels géniaux et originaux. Un grand merci à Torje !

– WASTE A SAINT véhicule encore mieux la puissance du Stoner en laissant aussi beaucoup de place aux mélodies. D’ailleurs, comment procédez-vous lorsque vous composez ? Commencez-vous par une ligne de chant, ou par un riff comme c’est souvent le cas dans le registre ?

L’improvisation est notre principal moyen de création. Bien sûr, ça varie, mais souvent on commence par s’échauffer avec des riffs qu’Ole et Alex sortent de nulle part. Parfois c’est bon, parfois c’est nul ! (Sourires) A partir de là, on pose la base d’un morceau, puis Bogey et Trym y ajoutent leur touche magique et voilà, une chanson prend vie. Même maintenant que l’album est terminé, on continue à s’échauffer avec de nouveaux riffs en répétition et on peut dire qu’on a même déjà quelques morceaux en préparation.

– Votre son est également plus massif et plus ample que sur « Hypercarnivore » et « Ravenous », et vous accordez toujours beaucoup d’importance au narratif. Le côté Psych de l’album ouvre aussi de nouveaux horizons au groupe, et l’ensemble est encore très nordique dans l’atmosphère. Est-ce quelque chose que vous travaillez spécifiquement, ou cette touche scandinave est-elle inconsciente ?

(Rires) Le style nordique n’a jamais été notre priorité. Peut-être est-ce juste parce que nous le sommes tout simplement ? (Sourires) Pour cet album, Alex et Bogey se sont partagés une grande partie de l’écriture des paroles. Et il est clair que nous avons des approches très différentes. L’album présente donc une certaine dualité : le côté décalé d’Alex et le côté plus dramatique de Bogey.

– Pour conclure, j’aimerais qu’on dise un mot du morceau « Brother, I Am Starving », qui résume assez bien l’album, je trouve, et qui le conclue aussi d’ailleurs. Il évolue sur un groove langoureux avec un saxophone pour ensuite accélérer vers un rythme frénétique et puissant. Est-ce le genre de titre qu’on compose en toute fin, histoire de clore un chapitre ?

Oui, un grand bravo à David Brüggermann au saxophone ! Un gars super ! Je crois qu’on l’a fait inconsciemment pour chaque album. On n’a jamais l’intention d’écrire un morceau de clôture spécifique pour chaque disque, mais une fois la production et le mastering terminés, ça semblait être le choix évident pour conclure « ...And It’s Evergreen ».

Le nouvel album de WASTE A SAINT, « …And It’s Evergreen », est disponible chez All Good Clean Records.

Photos : Yvind Ha Enes (1, 4) et Silje Marie Svendsen (2, 3).

Et retrouvez aussi la chronique de « Ravenous », le précédent album :

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Hard 70's Psych Prog

The Neptune Power Federation : crazy world

Les Australiens ne font rien comme les autres et « Mondo Tomorrow » vient confirmer la liberté qui les anime. Toujours aussi inventifs, ils se fondent cette fois dans une ambiance Sci-Fi explosive et déroutante. D’une grande richesse instrumentale et reposant sur des arrangements minutieux, ce septième effort est toujours aussi entraînant, planant et incisif. La maturité artistique de THE NEPTUNE POWER FEDERATION est à son apogée et pourtant un large champ d’instigation lui tend encore les bras.

THE NEPTUNE POWER FEDERATION

« Mondo Tomorrow »

(Cruz Del Sur Music)

Deux ans après « Goodnight My Children », THE NEPTUNE POWER FEDERATION refait surface avec « Mondo Tomorrow », son septième album. Et il est toujours aussi enthousiasmant, tant l’univers du combo semble vaste. Et si sauvage et étrange sont les adjectifs qui reviennent avec évidence à chaque réalisation, on peut affirmer sans mal qu’ils s’appliquent encore une fois à celle-ci. Enregistré dans son antre, le Pet Food Factory de Marrickville à Sydney, ce nouvel opus nous plonge dans une vision rétro-futuriste et très personnelle de nos technologies.

Le Hard 70’s teinté de Psych et nappé d’un voile occulte prend ici une autre dimension, une façon pour le groupe d’explorer toujours plus et de repousser les limites de son registre. Et pour se faire, on peut compter sur la très magnétique ‘Screamin’ Loz Sutch’, dont la voix et la présence sont une composante essentielle de THE NEPTUNE POWER FEDERATION. Pour autant, son très bon duo de guitaristes mènent le jeu, soutenu de main de maître par une rythmique aussi rodée que créative. Quant à la production, elle est délicieusement organique.

Les premiers mots parlés par la ‘Prêtresse Impériale’ sur le morceau-titre qui ouvre « Mondo Tomorrow » donne le ton. Imprévisible et ensorceleur, le quintet reste une machine à riffs imparable, qui libère avec exaltation des mélodies entêtantes. Multipliant des approches musicales différentes à chaque disque, THE NEPTUNE POWER FEDERATION navigue entre Fuzz, Prog et dans une ambiance qui rappelle même à l’occasion Zodiac Mindwarp. Imposant, « Mondo Tomorrow » captive (« The Grip Of Death », « And The Bones Decay », « Cybernetic Times »). Puissant !

Retrouvez la chronique de l’album « Le Démon De L’Amour » :

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Garage Rock International Psychedelic Rock Punk Rock

The Lords Of Altamont : Rock’n’Roll royalty [Interview]

Depuis bientôt 30 ans, THE LORDS OF ALTAMONT mène une carrière sans concession et le sentiment de liberté qui se dégage de sa musique oscille entre fureur et joie, le tout dans un esprit débridé et loin de toutes conventions. Pourtant, le gang de Los Angeles ne se présente pas avec un Garage Punk aussi basique que sauvage, loin de là. En témoigne ce huitième album, « Forever Loaded », qui déferle comme un cri, une tornade sonore sortie directement des amplis, qui vient bousculer les bonnes manières et un establishment étouffant. Entre riffs appuyés très Punk et Garage, des effluves d’orgue très psychédéliques et un duo basse/batterie qui joue avec le feu du Rock’n’Roll, le quatuor continue ardemment à faire ce qu’il sait de faire de mieux : saccager les codes et les conventions. Entretien avec Jake Cavaliere, chanteur passionné et claviériste de ce combo hors-norme.

– Avant de parler de « Forever Loaded », vous allez bientôt arriver en France pour une série de 15 dates, ce qui est assez exceptionnel de nos jours pour un groupe américain. Quelle relation entretenez-vous avec vos fans français au point de donner autant de concerts ?

La France a toujours été, plus ou moins, le marché et le public numéro un des LORDS, depuis l’époque où nous étions chez Fargo Records au début des années 2000. Michel, chez Fargo, a investi beaucoup d’énergie pour nous faire connaître là-bas. Je pense que les tournées régulières au fil des ans y ont aussi contribué. J’adore les gens et les fans en France. C’est comme une deuxième maison. Quand un Français me dit qu’il aime quelque chose, je le crois. Pareil quand il ne l’aime pas ! (Rires) J’adore cette conviction, elle est authentique. Pour conclure, la France n’est pas vraiment un pays où ce genre de musique bénéficie d’une grande visibilité, et pourtant, elle a beaucoup de fans.

– D’ailleurs, pour en finir sur le sujet, la France n’est pas vraiment un pays où ce genre de musique bénéficie d’une grande exposition et pourtant, les fans ne manquent pas. Comment l’expliques–tu ? C’est encore et toujours le charme de l’underground ?

La France soutient le Rock’n’Roll ! Les gens repèrent facilement les contrefaçons, alors quand c’est authentique, ils adhèrent. Les LORDS ont eu de la chance, les gens sont restés avec nous, c’est comme s’ils faisaient partie de notre bande. J’ai personnellement eu l’occasion d’en rencontrer tellement au fil des ans. J’ai l’impression qu’il manque quelque chose sans un bon voyage en France ! (Sourires) Je suis vraiment reconnaissant.

– Ce qu’il y a d’assez paradoxal chez THE LORDS OF ALTAMONT est que votre nom est synonyme pour beaucoup comme l’acte de décès du mouvement Hippie, suite aux douloureux incidents de ce festival en 1969. Or, l’un des instruments signature de votre style et de votre son est l’orgue qu’on pouvait retrouver dans beaucoup de formations psychédéliques de ces années-là. C’est un pied de nez de votre part, ou une sorte d’hommage déguisé ?

Ceci a été créé pour faire réfléchir. Ce jour mémorable, le festival d’Altamont, nous a changés à jamais : la musique, notre perspective, notre mode de vie. Il se passait tellement de choses, comme aujourd’hui d’ailleurs, les gens en avaient marre de cette ‘déroute’. Il fallait que ça change. Et la musique a évolué, c’est certain. Le message était clair : changez les choses, faites-vous entendre. Le mode de vie ‘standardisé’ des années 50 était mort. Trouver un boulot, acheter une maison, avoir des enfants, se reposer, mourir… Le modèle américain. Restez à votre place, sinon… Merde, on y est encore ! Et puis, je joue de l’orgue, parce que c’est l’instrument pour lequel j’ai été engagé dans mon premier groupe à 17 ans. Alors, ça m’est resté. Je suis un peu le ‘Sisyphe’ du Garage Punk ! (Rires) Je voulais lui redonner un peu de son intérêt. C’est marrant, l’orgue est probablement l’un des instruments les plus détestés du Rock’n’Roll, et pourtant j’en mets partout. Je pense qu’il peut avoir un impact considérable sur la musique s’il est utilisé avec goût. Ecoutez les albums des Sonics ! Aujourd’hui, Dani (Sindaco, guitare – NDR) est tellement bon guitariste qu’on n’a plus vraiment besoin de moi à l’orgue… Il me faut un point d’appui ! (Sourires)

– Décidément THE LORDS OF ALTAMONT n’est pas à un paradoxe près, puisque vous distillez un savoureux mélange de Punk, de Garage Rock et de Hard Rock. Ce sont des registres assez revendicatifs à leur façon, mais avec des origines très différentes. Est-ce que c’est finalement là que se situe l’essence-même du Rock’n’Roll, selon vous ?

Les LORDS font ce qu’ils font, et ça nous plaît. On espère que ça plaira à d’autres aussi ! (Sourires) Quand je regarde ma collection de disques, il n’y a pas qu’un seul style. Il y a tellement de créations à découvrir, tellement de façons différentes d’aborder la musique. Oui, THE LORDS est un groupe Garage, mais on est entourés d’une multitude d’influences. Je suis un passionné de musique, mon seul but est de créer et de recréer ce que j’aime tant. Au regard de notre huitième album, j’ai le sentiment qu’on a évolué tout en gardant nos racines classiques. Si on avait grandi dans les années 60, on aurait probablement été influencés par les Beatles et Chuck Berry. On a maintenant accès à toute la musique qui a été créée. On peut se replonger dans l’Histoire du Rock’n’Roll et choisir nos influences. On est en 2026, on a tout et ça continue de cartonner. De la super musique est créée en permanence. La musique n’est pas seulement contrôlée par les costards-cravates des grandes maisons de disques, c’est nous qui la contrôlons. C’est Punk à mort ! (Rires) On reprend les commandes et on mélange tout ! Jouez de tous les styles et donnez-vous à fond ! (Sourires)

– La pochette de « Forever Loaded » fait bien sûr directement référence au monde des motards, dont vous êtes et il y a aussi cette emblématique image qui rappelle l’As de pic, cher aussi à un certain Lemmy. Et c’est vrai qu’à l’évidence vos univers sont très proches. Est-ce un clin d’œil, ou y a-t-il autre chose derrière ce visuel ?

(Rires) La pochette de l’album a été un vrai défi pour Alex Hagen (leader du groupe Ravagers – NDR) et moi. Comme c’était notre huitième album, je voulais rendre hommage à l’un de mes albums préférés : « Let It Bleed » des Rolling Stones. Alex et moi avons longuement discuté des modifications sur le design jusqu’à ce qu’on y voie « LORDS ». Au début, j’hésitais à utiliser un casque sur la pochette, car pour moi, c’est un symbole de sécurité ! Or, on n’est pas en sécurité ! (Rires) J’ai peint un vieux casque de moto Bell et je me suis dit : « Merde, les pilotes de flat track portent des casques, et ils sont sacrément dangereux ! » Des motos sans freins, carrément ! (Sourires) L’As de pique (Lemmy RIP) est la carte de la mort et c’est aussi le logo au dos de nos vinyles. ‘DFFL’ (patch de biker signifiant « Dope pour toujours, toujours chargé » – NDR) me trottait dans la tête depuis toujours. C’était même inscrit sur la peau de notre batterie une époque. Parfois, les gens se demandent : « Mais qu’est-ce qu’ils racontent, ces gars-là ? » On parlait toujours en code, etc… Oui, tout cela remonte à la culture motarde des années 60 et 70.

– Ce nouvel album est aussi fiévreux qu’organique et son titre indique clairement que vous êtes perpétuellement au taquet. Contrairement à pas mal de groupes actuels, THE LORDS OF ALTAMONT ne risque donc pas de tomber en panne de batterie, comme l’indique le titre de l’album ?

(Rires) J’adore ta description. Depuis que l’album est sorti, on tourne comme des fous ! J’ai essayé de lever un peu le pied l’année dernière. Des hauts et des bas, avec quelques petits soucis de santé, m’ont fait croire que la meilleure chose à faire était d’arrêter. Je ne sais pas à quoi je pensais, ça n’aurait probablement fait qu’empirer les choses. Les problèmes de santé semblent être sous contrôle. Je me dis souvent que le Rock’n’Roll est un monde de jeunes, et que je devrais me retirer. Tant pis, il y a de la place pour tout le monde. Que le Rock continue ! (Sourires)

– Même si « Forever Loaded » a toujours une saveur assez 70’s, il est d’une énergie très contemporaine. Comment parvenez-vous à actualiser un style qui paraît dès le départ hors du temps ? Il demeure toujours cet aspect à la fois primitif et terriblement moderne…

Je n’y avais jamais vraiment pensé comme ça. Je crois que Dani et moi combinons nos idées, Barry (Van Esbroek, batterie – NDR) et Rob (Zimmermann, basse – NDR) contribuent par leur touche personnelle sur chaque morceau. Je dirais que je penche plutôt vers le Garage/Psychédélique, et Dani apporte des riffs plus Rock’n’Roll. Il y a un équilibre entre nous tous. Cela crée un Rock particulier, très influencé par le Garage Punk. J’adore le fait que chaque membre de ce groupe soit extrêmement unique, tant par son talent musical que par sa personnalité. Ils peuvent littéralement tout jouer, et le faire putain de bien ! (Sourires) En ce qui concerne l’enregistrement, nous essayons d’obtenir la meilleure qualité possible. Nous avons travaillé avec trois studios d’enregistrement différents. Paul Roessler (Ki En Robot, Los Angeles), Evan Foster (No Count Records/Studio Sea Le), et Sylvia (Studio Moskou, Utrecht). Et le mixage a finalement été réalisé chez Evan, où il garde tout en analogique vintage jusqu’au mix final.

– S’il y a toujours cette atmosphère très Garage, la production de l’album reste soignée et très équilibrée. Quant à l’instrumentation, elle est loin d’être aussi basique qu’elle n’en a l’air. Finalement, où se situe votre public, et parvenez-vous à fédérer la nouvelle génération, ce qui serait presque un acte de salubrité publique ?

(Rires) Nous sommes des serviteurs du Rock’n’Roll ! Nous faisons des albums parce que nous sommes des fans. Nous jouons en live parce que nous sommes des fans. C’est un immense honneur d’avoir l’opportunité de jouer et de rencontrer des gens qui partagent la même passion pour la musique que nous. Le Garage Rock/Punk a considérablement élargi son champ d’action au fil des ans. Quand j’étais gamin, si ça ne sonnait pas exactement comme en 1966, avec des guitares Vox saturées à bloc et un orgue Vox Connetal qui grésille… trois accords peut-être, tu étais un imposteur. La scène Glam Rock était tellement omniprésente à Los Angeles, c’en était presque agaçant… excessif. Les chemises à motifs cachemire et les guitares Vox avaient leur propre sous-culture. Mais maintenant, avec le streaming et l’’accès à absolument tout, le Garage s’est fondu dans tellement d’autres scènes. Un excellent exemple de crossover à l’époque, c’est Stiv Bators : du Punk Rock pur et dur, un peu Pop, un peu Goth et beaucoup Garage Punk. Les Cramps en sont un autre exemple. Aujourd’hui, Ty Seagull, The Killing Floors et The Mystery Lights mélangent les genres avec brio. J’ai le sentiment que les LORDS ont tracé la voie que nous suivons encore aujourd’hui. L’évolution s’est construite sur 27 ans de carrière avec plusieurs changements de formation, et nous a menés là où nous sommes maintenant. Un soupçon de Stiv et un zeste de 13th Floor Elevators, le tout baignant dans une cuve de LSD ! (Rires)

– Votre détermination et cette incroyable débauche d’énergie qui se diffusent sur tout l’album ne laissent aucun doute sur votre démarche, qui est toujours très liée aux bikers, bien sûr, et aussi à divers excès. Justement, où se trouve la place de THE LORDS OF ALTAMONT dans le monde actuel et dans une société qui manque plus que jamais de repères ? Vous êtes un phare dans la nuit ?

On veut être libres ! On veut être libres de faire ce qu’on veut. On veut être libres de rouler ! On veut être libres de rouler sur nos machines sans se faire embêter par les autorités. Et on veut se défoncer. Bref, on veut passer un bon moment. DFFL ! (Rires)

– Enfin, on imagine évidemment qu’il y a pas une once de numérique sur ce nouvel album, ou alors c’est très bien caché. Comment et dans quelles conditions l’avez-vous enregistré ? Vous êtes restés sur un fonctionnement à l’ancienne ?

Nous devons vraiment le son de l’album aux ingénieurs du son. Le mixage final avec Evan a été une expérience formidable. Auparavant, il avait mixé un album des Bomboras, mon ancien groupe de surf, dont le son évoquait les studios Capitol Records de 1962. Cela dit, nous savions que nous étions entre de bonnes mains avec lui. Evan et Paul Roessler s’investissent dans les enregistrements comme s’ils étaient membres du groupe. Et j’apprécie vraiment leur attention et leur perspicacité. L’enregistrement est vraiment une épreuve pour moi. Alors quand un ingénieur du son/producteur parvient à me mettre à l’aise, je me sens vraiment capable de faire mon travail ! (Sourires)

Le nouvel album de LORDS OF ALTAMONT, « Forever Loaded », est disponible chez Heavy Psych Sounds.

Photo : Jessica Calvo (4)

Toutes les dates de la tournée française du groupe sont à retrouver sur son site : www.lordsofaltamont.com

Retrouvez aussi la chronique de «  Tune In, Turn On, Electrify ! » :


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Bluesy Rock France Rock 70's

Damantra : vintage home-made [Interview]

Du côté de Toulouse, la jeunesse a un œil dans le rétro, comme en témoigne DAMANTRA qui assume pleinement ce bond dans le temps. Après avoir arpenté de nombreuses scènes et s’être plié à l’exercice de l’EP à deux reprises, le groupe passe aujourd’hui à la vitesse supérieure de belle manière avec un premier album très réussi. Solide, organique et produit en interne, son Rock 70’s aux élans Psych et bluesy est plus que convaincant. Passant par toutes les émotions et multipliant les ambiances, « Better Off This Way » se termine sur les chapeaux de roue sans lever le pied et avec une intensité constante. Un premier effort complet qui vient confirmer l’ambition et les intentions du quatuor depuis ses débuts. Entretien avec quatre musiciens passionnés ayant fait de l’univers vintage leur propre terrain de jeu…

– Depuis « Jekyll & Hyde » en 2020, puis « Comet » en 2023 et aujourd’hui avec « Better Off This Way », il y a beaucoup de constance dans votre jeu, même si la production évolue, bien sûr. Est-ce qu’à la création de DAMANTRA, vous aviez déjà une idée très précise de votre ligne musicale ?

On se laisse toujours guider par la musique que l’on aime au moment de la création des morceaux. Alors naturellement, comme on évolue avec les années, notre musique aussi. On a composé les morceaux de « Jekyll And Hyde » avec un premier batteur beaucoup plus Metal dans son jeu et ses influences. Avec l’arrivée de Rémi (Fournier, NDR) aux baguettes, notre style s’est rapidement orienté vers un Rock plus rétro, en y ajoutant de nouveaux instruments plus ancrés dans les 70’s : clavier Moog, Orgue Hammond, Theremine…. Cependant, on a toujours été fans de Rival Sons et de Blues Pills, des groupes actuels pleinement inspirés par la Soul, le Blues et le Rock 70’s. Mais c’est vraiment sur ce nouvel album qu’elles sont pleinement assumées à la fois musicalement et visuellement.

– Même si la musique n’échappe aux phénomènes cycliques, qu’est-ce qui vous a poussé à construire un répertoire vintage 70’s, d’autant qu’aucun d’entre vous quatre n’a connu cette époque ?

On vient tous d’esthétiques musicales différentes, ce qui nous a permis de nous nourrir les uns les autres, et les années 70 nous ont paru comme une évidence en jouant ensemble. C’est d’ailleurs en poussant l’imagerie 60/70’s sur ce dernier album qu’on s’est rendu compte que nos grands-parents avaient bien la classe. Cette période est finalement la genèse de tous les styles de musique Rock qu’on apprécie. Les années 70 sont une époque fantasmée par ceux qui ne l’ont pas connue, et nostalgique pour ceux qui l’ont vécue. Elle est synonyme de bouleversement technologique, de conquête de l’espace, de pleine guerre froide, de pantalons patte d’eph et de la mode Space Age. C’est difficile de ne pas faire un parallèle avec les événements actuels : IA, retour sur la lune, situation géopolitique mondiale.

– Forcément dans ce registre précis, le son est essentiel, notamment son aspect organique. L’utilisation d’instruments vintage est aussi souvent de mise et j’ai même lu que vous aviez créé les vôtres. En quoi cette démarche a-t-elle constitué et comment vous y êtes-vous pris ?

On a tous essayé des instruments vintage qu’on n’avait clairement pas les moyens de se payer. On voulait pousser l’expérimentation au maximum, avec des sons toujours plus fuzzy, plus psychédéliques, et ça nous a paru comme une évidence de mettre la main à la pâte. Alors, on a appris l’électronique du son, la lutherie pour les nuls et on a commencé à se fabriquer des pédales d’effets, amplis dans de vieille radio TSF, guitares/basses et claviers. On a appris sur le tas grâce à des magazines spécialisés et Internet. On ne va pas se mentir, il y a eu quelques étincelles et des ratés avant d’avoir un premier résultat concluant. Mais, au final, tout ça fait qu’aujourd’hui, on joue sur du matos sur mesure, dont on est trop contents et qui suscite souvent la curiosité du public à nos concerts.

– « Better Off This Way » possède une production très soignée et nettement plus ample que celles de vos deux EPs. Et c’est d’ailleurs votre bassiste et claviériste Robin Fleutiaux qui a mixé l’album. Vous l’avez aussi enregistré au studio Capitole à Toulouse et quelque part dans les Pyrénées. C’est une démarche globale très DIY, qui va d’ailleurs jusqu’aux visuels. C’était essentiel pour vous de maîtriser chaque étape du processus ?

C’est justement tout le sens du nom de cet album « Better Off This Way », littéralement « C’est mieux comme ça ». On a voulu faire appel à un graphiste et un mixeur pour ce disque. Même si on a rencontré plusieurs personnes extraordinaires, on arrivait pas à faire retranscrire le son et l’image qu’on avait en tête. Alors, on s’est rendu compte qu’avec l’expérience des deux premiers EP, on avait toutes les compétences en interne pour arriver à un résultat qui nous corresponde. On a enregistré la batterie, une guitare et basse en live au Studio capitole. On était tous les quatre dans la même pièce, dans le grand studio et on a joué les dix morceaux en live pour capturer leur essence-même, à savoir des compos qui se vivent en concert. Les autres instruments (deuxième guitare, claviers, chants) ont été ajoutés à huis clos dans une maison dans les Pyrénées pour nous permettre de pousser la production à son maximum et de façon collégiale.

– D’ailleurs, là où vous surprenez un peu, c’est que vous avez fait appel à un directeur artistique, Nathan Bouschet, pour superviser l’album. Pour quelles raisons avez-vous pris cette décision ? Vous aviez besoin d’un regard extérieur, voire d’une aide supplémentaire, pour canaliser votre jeu ?

Contrairement aux deux premiers opus, qui ont été enregistrés après avoir éprouvé les morceaux en concert, les dix nouveaux morceaux de l’album ont été composés en cinq mois et n’ont jamais été joués en live avant l’enregistrement. C’était une période très dense et on avait besoin d’un regard extérieur pour suivre la ligne artistique qu’on s’était fixée. Nathan a poussé ces nouvelles compos à leur maximum, sans nous ménager, mais en étant toujours bienveillant.

– Avant « Better Off This Way », vous avez donc sorti deux EPs, et vous vous êtes également aguerris sur scène. C’était nécessaire, selon vous, avant de vous lancer dans la création d’un album de suivre ces passages presque initiatiques dans l’évolution d’un groupe, afin aussi d’avoir certaines garanties artistiques ?

On a fait plus de 100 concerts avant de se lancer dans la composition de cet album. Ces deux EPs et toutes ces dates nous ont confortés sur notre identité artistique. On a pu tester ce qui fonctionne en concert. De cette expérience, on a pu composer sereinement ces nouveaux morceaux qui ont justement vocation à se vivre en live. Car, on le redit, « Better Off This Way » a été composé et enregistré en quelques mois et aucun de ses morceaux n’ont été joués en concert avant l’enregistrement.

– Parmi les artistes qui résonnent à l’écoute de votre album, on pense à Rosalie Cunningham, Tora Daa, Ina Forsman et bien sûr Blues Pills. Est-ce que finalement l’essentiel de l’inspiration vintage ne viendrait-elle pas de l’actuelle génération, et par ailleurs d’une scène très nordique ?

Oui, c’est vrai que cette nouvelle génération de Rock à l’inspiration vintage nous touche particulièrement. Beaucoup viennent de Suède, mais on peut aussi citer Greta Van Fleet aux USA, Les Deuxluxes au Canada, Moundrag en France ou Dirty Sound Magnet en Suisse, qui apportent un vent de fraîcheur sur ce style.

– Enfin, votre Rock avec ses sonorités très diverses, tantôt douces ou plus musclées, possède aussi comme un fil rouge une saveur, même profonde, Soul, Bluesy et Psych, à l’instar de DeWolff également. Est-ce que DAMANTRA est en quête d’une certaine authenticité qui passe forcément par certains fondamentaux ?

Le Blues et la Soul ont toujours été, par essence, des musiques sincères et exutoires : c’était leur mantra. C’est sur un projet de Blues acoustique que Mélanie (Lesage, chant – NDR) et Virgile (Jennevin, guitare – NDR) ont joué ensemble pour la première fois. Ce sont forcément des styles qui ont bercé DAMANTRA dès sa création, tout en mêlant les influences diverses de chaque musicien, dont la Pop qui infuse le paysage musical depuis les Beatles jusqu’à nos jours.

Le premier album de DAMANTRA, « Better Off This Way », est disponible sur le site du groupe : www.damantra.fr

Photos : Tristan Boscquet (1, 3) et Alexandre Vandenabeele (2, 4).