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Blues Rock International

Eamonn McCormack : Irish vibes [Interview]

De par son style et ses sonorités, le Blues irlandais a toujours tenu une place particulière grâce, notamment, à ses deux piliers que sont Rory Gallagher et le nordiste Gary Moore. Tout en perpétuant la tradition, le guitariste et chanteur EAMONN McCORMACK impose une touche très personnelle à son Blues Rock. Le natif de Dublin livre un huitième album éponyme puissant et profond. Entretien avec un songwriter et un bluesman de son temps.

– On t’avait quitté il y a trois ans avec « Storyteller », un album lumineux emprunt d’une belle touche irlandaise. Avec ce nouvel album, ton jeu et surtout les morceaux sont beaucoup plus sombres et bruts. La différence d’ambiance et d’atmosphère est grande et manifeste. Que s’est-il passé ? On te sent un peu moins enjoué…

En effet, l’album laisse peut-être paraître ça, mais c’est juste ma façon d’être honnête et c’est aussi ce que je ressens. Avec les années Covid, puis la guerre en Ukraine, la société via Internet est aussi devenue très sombre. Il me fallait écrire avec mon cœur et je savais que certaines chansons ne seraient pas pour les timides. Je n’ai jamais été formaté. Donc, si je ressens le besoin d’écrire sur des sujets qui dérangent, j’ai du mal à me retenir et personnellement, j’ai toujours cru que c’était ce qui caractérise l’art également. Mais si on regarde le bon côté des choses, je suis en fait une personne positive, même si beaucoup de choses sont difficiles et dingues dans le monde d’aujourd’hui. Mais avec le temps, je crois que des changements apparaîtront et que nous, ou la prochaine génération, vivrons dans un monde meilleur et plus sûr.

– Tu ouvres l’album avec « Living Hell », long de huit minutes, au tempo assez lent et à la noirceur dominante. C’est assez inédit que démarrer un disque avec un titre d’une aussi grande émotion. C’est un choix très fort. Qu’est-ce qui t’a décidé à placer cette chanson en début plutôt qu’un titre plus entraînant et joyeux, et quel est son thème principal ?

Je me souviens qu’une fois que les dix chansons étaient prêtes, j’ai tout de suite pensé que « Living Hell » ouvrirait l’album. J’avais l’idée dans un coin de la tête dès le départ. En plus, c’était une des premières chansons, sinon la première, composée pour l’album. Je me suis donc habitué à ce qu’elle le soit avant même que nous ayons commencé l’enregistrement. Pendant un moment, j’ai également pensé qu’elle serait sans doute trop sombre pour démarrer. Mais je me suis immédiatement repris ! Bon sang, c’est un sujet profond sur lequel je me sens très légitime. Toute l’activité et cette industrie corrompue des armes à feu profitent directement, ou indirectement, aux gangs de rue et se propagent aussi dans des fusillades dans les écoles, dans les guerres de la drogue, dans les armées d’enfants et finalement attisent la guerre elle-même dans sa globalité.

– Au fil de l’album, on retrouve toujours ce Blues Rock très brut et délicat aussi, notamment dans les solos de guitare. S’il est toujours aussi survolté, c’est l’un de tes disques le plus pesant et le plus lourd dans le propos également. Il reflète peut-être plus notre société et notre monde d’aujourd’hui. C’est ce que tu as voulu dépeindre ?

Oui, je voulais relayer mes sentiments et projeter mes émotions dans les chansons, surtout qu’il s’agit de l’actualité du monde qui nous entoure aujourd’hui. Je joue toujours de la guitare en pensant d’abord à la chanson. C’est très important. Par conséquent, une chanson sur la guerre contre la drogue, ou la guerre nucléaire, ne sonnerait pas avec une ambiance douce. Donc ça devient sacrément lourd par endroit, mais c’est quelque chose de très naturel pour moi. Je n’y pense pas vraiment en tant que tel, c’est une sorte d’approche en pilote automatique. Je comprends tout de suite quelle guitare et le son qui fonctionneront pour chaque chanson. J’ai tendance à jouer très lourd, mais sans franchir cette frontière avec le Metal. Ma façon de jouer me permet de le faire tout en conservant cette sensation de Blues. C’est juste mon jeu qui est ainsi.

– Il règne cet esprit irlandais avec une morale finalement assez présente sur beaucoup de morceaux comme « Letter To My Son » ou « Angel Of Love ». Sans donner de leçon, il y a un côté protecteur et prévoyant. C’est assez rare de voir cet aspect assez engagé dans ta discographie. C’était important pour toi de livrer certains messages cette fois-ci ?

Bien sûr, je pense que la paternité change beaucoup votre point de vue sur la façon dont vous voyez les choses. Et oui, il y a toujours un élément de conseil irlandais, qui vient de notre culture. Il y a un prédicateur craignant Dieu et qui est ancré dans le cœur, l’âme et le corps, lorsque vous venez d’Irlande. C’est difficile à changer. Mais pour moi, « Letter To My Son » et « Angel Of Love » sont des chansons d’espoir. Avouons-le, il y a assez de cupidité, de haine et de racisme dans le monde et c’est donc aux parents d’éduquer leurs enfants à l’amour. Nous pouvons le changer pour le mieux, mais beaucoup de travail reste à faire. Dans « Angel Of Love », je demande qu’un ange d’amour soit envoyé, mais en fait, ce n’est qu’un portrait, une vision romane. Ce dont nous avons vraiment besoin, c’est d’un véritable Sauveur qui serait capable un jour, dans un avenir pas trop lointain, de rassembler toutes les grandes et petites puissances nucléaires et les amener à s’asseoir à une même table pour discutez de l’avenir, parce que nous savons que la guerre nucléaire sera dévastatrice pour tous.

– Et en marge, on retrouve ton style en power trio avec des morceaux beaucoup plus festifs comme « Rock’n’Roll Bogie Shoes » et « Social Media Blues », qui sont très dansants et beaucoup plus fun. Ce sont d’ailleurs des respirations très bienvenues sur l’album. C’est aussi comme ça que tu as souhaité qu’on les perçoive ?

C’est assez inconscient finalement. Ces deux chansons se prêtent à des sujets amusants et plus légers. Je me souviens les avoir joué sur ma guitare acoustique, assis dans une chambre d’hôtel et avoir pensé : « Génial ! Quelques chansons plus fun pour équilibrer un peu l’album » et cela pourra aussi empêcher l’auditeur de prendre du Prozac ! (Rires)

– Souvent, lorsqu’on sort un album éponyme, c’est pour affirmer son identité. La tienne est multiple avec des influences du Delta, Southern, parfois funky, Metal et celtique, bien sûr. Et ensuite, très moderne dans son graphisme, la pochette en dit long aussi. Comment l’as-tu imaginé ?

Tout a commencé autour de mon propre logo celtique, qui était l’idée de mon management. Mes initiales, ‘E-Mc-C’, sont y cachées ! Une fois les chansons écrites, et aussi diverses soient-elles, il y avait cet entremêlement qui me représente tellement. Donc, à peu près au même moment avec mon management, nous nous sommes dit que l’album était fidèle à ce que je suis, à mon style et à mon écriture. Alors, pourquoi ne pas en faire un album éponyme et avec mon nouveau logo ? Et nous nous y sommes tenus…

– Après une écoute attentive de l’album, on y décèle beaucoup de nuances avec un gros travail effectué sur les arrangements notamment. Où et dans quelles conditions a-t-il été enregistré ? Je trouve qu’il sonne légèrement différemment des précédents…

Il a été enregistré dans le même studio que « Storyteller » en Allemagne et de manière similaire, c’est-à-dire en live autant que possible. Les morceaux ont été répétés pour la plupart sur la magnifique île de Texel aux Pays-Bas. La grande différence sur cet album est que j’ai finalement pu développer le son de ma guitare exactement là où je le voulais. Et je l’ai fait sous la direction et avec l’aide de Hoovi, qui est un arrangeur et designer sonore autrichien. De plus, Arne Wiegand est un producteur fantastique et il a également ajouté sa magie au mix final.

– J’aimerais que tu nous dises un mot de ces deux chansons que tu as dédié à Lemmy de Motörhead et à l’aviatrice Amelia Mary Earhart, appelée également Lady Lindy (« Hats off to Lemmy » et « Lady Lindy »). Si je vois bien le lien avec Lemmy, le second est plus étonnant. On sent une grande marque de respect et presque de remerciement, c’est le cas ?

Oui, « Hats Off To Lemmy » est exactement ça. C’est un hommage au Hell Raiser sans compromis qu’était Lemmy. Je crois qu’il était le rockeur le plus authentique de tous les temps. Il était vraiment entier et il a vécu sa vie à fond.

Et c’est vrai que les pionniers de l’aviation m’ont toujours fasciné : des frère Wright, Alcock et Brown à Charles Lindburgh et Amelia Earhart. Quand j’étais jeune, mon père m’a montré sur la plage de Galway, où Alcock et Brown ont débarqué. Mais l’histoire d’Amelia a toujours été la plus intéressante pour moi. C’était une vraie pionnière. Elle vivait à une époque où les femmes ne mettaient pas de pantalon, sans parler de piloter son propre avion. Elle était en avance sur son temps. J’ai également écrit une chanson sur l’album au sujet du grand chef apache Geronimo et le sort des tribus indigènes. Son histoire est à la fois incroyable et tragique.

– Enfin, depuis huit albums maintenant, on t’a vu et considéré à juste titre comme la relève du Blues Rock irlandais, qui vit toujours dans le souvenir de Rory Gallagher et aussi du nordiste Gary Moore. Quel regard portes-tu sur la scène de ton pays, dont on entend finalement assez peu parler ?

C’est vrai que je suis très heureux de jouer, d’enregistrer, de faire des tournées et de perpétuer à ma manière une tradition unique de Blues Rock celtique. J’ai eu le plaisir de jouer et d’enregistrer avec Rory et Gary, et  j’étais conscient de cette chance. Il y a pas mal de groupes ‘Tribute’ à Rory et Gary et c’est cool. Mais j’aimerais voir plus de jeunes Irlandais écrire et interpréter leur propre Blues Rock. Il y en a quelques-uns, mais très peu et c’est dommage, car les artistes de Blues Rock irlandais apportent quelque chose de très différent et de spécial dans leur jeu. Il y a une grande scène Rock chez nous et nous avons aussi le ‘Rory Gallagher International Tribute Festival’ à Ballyshannon dans le Donegal. Les médias nationaux et grand public ne soutiennent pas le Blues et le Rock autant qu’ils le devraient en Irlande. Ils l’ignorent presque et c’est dommage.

Le nouvel album d’EAMONN McCORMACK est disponible sur le site du musicien :

https://eamonnmccormack.net/

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Rythm'n' Blues Soul / Funk

The Supersoul Brothers : soul on fire !

Un premier album studio très bien accueilli et voilà que THE SUPERSOUL BROTHERS réapparaît déjà avec un disque live enregistré à domicile, « The Road To Sound Live ». Et c’est avec un optimisme communicatif que les musiciens du Sud-ouest font parler la poudre dans la joie à travers 15 titres mêlant Blues, Soul et Rythm’n Blues. Entre fougue et émotion, la communion est intense.   

THE SUPERSOUL BROTHERS

« The Road To Sound Live »

(Dixiefrog)

Révélé en 2021 grâce à un premier album digne des meilleures formations du genre (« Shadows & Light »), le sextet palois a cette fois les honneurs de son label et de ses ‘Dixiefrog Live Series’. La collection propose des captations scéniques inédites et THE SUPERSOUL BROTHERS se livre brillamment à l’exercice sur ce deuxième volume de haut standing. Un pari osé après un unique opus… mais largement remporté !

C’est dans leur Béarn natal, lors de ‘La Route du Son’, que le groupe a enflammé le public le 26 mars 2022 lors d’un concert désormais gravé dans le sillon et dépositaire d’une Deep Soul torride. Et l’énergie déployée sans compter par le frontman David Noël et ses compagnons de route hisse THE SUPERSOUL BROTHERS parmi les combos hexagonaux les plus dynamiques et inspirés… et évoluant dans une bonne humeur omniprésente.

Faisant la part belle à leur effort studio avec sept morceaux, les Français sont littéralement portés par une foule entièrement acquise à leur cause. Et si l’ombre de leurs aînés The Blues Brothers plane sur « The Road To Sound Live », la puissance du set lève rapidement le voile et THE SUPERSOUL BROTHERS partage de somptueuses reprises de grands noms, dont le « Heroes » de David Bowie dans une version Soul étonnante. Brillant et vivifiant ! 

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Classic Hard Rock Hard US Rock US

Highway : summer trip

Malgré les apparences, les sonorités et le style, c’est bel et bien de notre beau pays qu’est originaire HIGHWAY. Pourtant, en fermant les yeux quelques instants, c’est sur la côté ouest américaine que nous transporte le quatuor dans un savoureux Rock US. En version acoustique, mais non sans une énergie très communicative, les Sétois sont d’une rare efficacité et surtout présentent un songwriting imparable dans un registre parfaitement maîtrisé. « The Journey » n’attend que vous…

HIGHWAY

« The Journey »

(Rock City Music Label)

Voilà un groupe français de grande qualité qui reflète parfaitement l’état de la scène hexagonale. Autant de talent et aussi peu d’exposition laissent franchement songeur et met aussi en lumière un problème récurrent de structure artistique. Car, finalement les références dont s’inspire HIGHWAY sont parmi les plus gros vendeurs de Hard Rock en France… ce qui devrait donc plaire à un large public. Et il serait d’ailleurs temps !

Cette cinquième réalisation, très justement intitulée « The Journey », revisite les quatre albums de HIGHWAY dans cette atmosphère unplugged positive, avec aussi quelques inédits. Et c’est le cas dès « Like A Rockstar », qui ouvre les festivités, et sa session cuivre qui n’est pas sans rappeler le Extreme de la grande époque, celle de « Pornograffitti ». La mise en bouche livrée par le quatuor annonce une suite éclatante.

La balade se poursuit entre un Classic Hard Rock et un Rock US bien sentis et portés par le chant chaleureux de Ben Folch (« Motel In Alabama », « The Journey »). Sachant se faire bluesy (« Freedom »), hispanisant (« In The Circus Of Madness ») et très fédérateur (« One »), HIGHWAY ne s’interdit rien et s’autorise même tout avec une élégance et une facilité dans l’interprétation qui font très franchement plaisir à entendre. Plus un instant à perdre !

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Classic Rock Rock Rock Progressif

Songs For An Angel : still alive

C’est assez naturellement que ses amis, ou partenaires, l’ayant accompagné dans diverses aventures musicales se sont réunis et ont composé des morceaux en guise d’au revoir à Eric Bouillette, artiste aussi discret que talentueux, dont la disparition a marqué le monde du Rock Progressif et bien au-delà. Parcourant les styles comme les pays, SONGS FOR AN ANGEL se veut un hommage d’une émotion joyeuse, authentique et sincère, ainsi qu’une superbe marque d’estime.

SONGS FOR AN ANGEL

« Tribute To Eric Bouillette Vol.1 »

(FTF Music)

Il y a des albums qu’on aime recevoir tout en redoutant de les écouter. C’est très précisément le cas avec SONGS FOR AN ANGEL que j’ai glissé, non sans un certain émoi, dans la platine. Car, même si on est relativement habitué à des ‘Tributes’ de toutes sortes, lorsque cela concerne une personne que vous aimez et respectez, l’instant se révèle beaucoup plus délicat et troublant. En nous quittant en août de l’année dernière, Eric Bouillette a laissé un grand vide autour de lui, et bien sûr aussi dans sa famille musicale.

Car c’est bel et bien de l’hommage d’une famille qu’il s’agit avec ce « Tribute To Eric Bouillette Vol.1 », où se sont réunis de nombreux artistes ayant partagé avec lui des moments de scène ou de studio, à travers les multiples groupes et projets auxquels le Niçois a participé dans une vie où la musique ne l’a jamais quitté. Multi-instrumentiste avec une prédilection pour la guitare, on a pu apprécier le talent d’Eric avec Nine Skies, The Room, Solace Supplice et Imaginaerium, son dernier et incroyable album-concept.

Réunissant 12 compositions originales et un titre de Solace Supplice, duo mené avec sa femme Anne-Claire Rallo présente, comme Eric, sur d’autres chansons, SONGS FOR AN ANGEL a forcément une prédominance progressive, un style dont il était devenu une référence. De nombreux membres de ses récentes formations rendent donc un hommage spontané à ce musicien et compositeur hors-norme. Et le plus étonnant est la présence permanente de la saveur des sonorités qu’il a distillées au fil des ans. Une belle respiration.

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Blues

Nico Wayne Toussaint : comme un seul homme

Harmoniciste hors-pair, c’est pourtant à la guitare et au chant que s’illustre cette fois NICO WAYNE TOUSSAINT sur ce très bon « Burning Light », où le musicien s’autorise une belle et grande balade à travers le Blues et tout ce qu’il comporte comme diversité. Preuve que le style est encore loin de s’éteindre, et même qu’il brille de mille feux.

NICO WAYNE TOUSSAINT

« Burning Light »

(Independent/L’Autre Distribution)

Il aura fallu douze albums et une collaboration de près de 20 ans avec l’excellent label Dixiefrog à NICO WAYNE TOUSSAINT pour se lancer enfin en solo avec une guitare en main… même si ses harmonicas ne sont jamais bien loin. Originaire de Pau et grande figure du Blues français, le musicien a joué avec des pointures comme James Cotton, Luther Allison, Neal Black, Andrew Strong ou encore Guy Davis. Autant dire qu’entre la France et les Etats-Unis, il a eu tout le loisir de se faire plaisir aux côtés d’artistes prestigieux.

Si le talent de NICO WAYNE TOUSSAINT est incontestable, on ne l’attendait pas forcément à la guitare, et c’est là qu’il surprend autant qu’il épate. Bluesman dans l’âme, avec « Burning Light », il laisse s’exprimer son propre ressenti et son amour du genre avec une simplicité et une authenticité qui se lisent à chaque note. Les ambiances se confondent et se multiplient, passant de sonorités à la Ry Cooder à du Old-Tight plein de ressentis.  

Guitariste, il ne l’était donc pas. Pourtant, NICO WAYNE TOUSSAINT fait aussi figure de vieux briscards, quant il fait parler la slide (« I Thank You God »). Et ça lui va plutôt bien quand il rend hommage au bluesman John Campbell sur le morceau du même nom. Plus relevé sur « Wanna Try Somebody » et « Valentine », il multiplie les ambiances (« Give Me Back The Key », « How Long To Heal ») avec une classe que l’on savait déjà grande.

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Metal Progressif

Klone : la marque des grands

En pleine ébullition depuis des années, la scène française de Metal Progressif connait une ascension fulgurante grâce à sa qualité et surtout à la constance de sa créativité. Fer de lance de cette explosion artistique, KLONE assume plus que jamais sa stature de formation incontournable de l’hexagone depuis 20 ans, et « Meanwhile » enfonce le clou de façon impressionnante.

KLONE

« Meanwhile »

(Kscope Music)

Très attendu, ce septième album de KLONE est à l’image de sa carrière, à savoir mené de main de maître. Avec le « Le Grand Voyage » et « Alive », les Poitevins exploraient de manière profonde un style très aérien, plus calme et même intimiste, loin de laisser insensible. Sur « Meanwhile », le quintet renoue avec un registre plus massif, plus Metal et remet le bleu de chauffe comme pour mieux en découdre.

Une sorte de retour aux sources, ou plutôt une affirmation de son ADN, dont les fans du groupe devraient se délecter. D’une authenticité sans faille et porté par une incroyable et majestueuse production signée Chris Edrich (Leprous, The Ocean), KLONE livre une partition dont il est difficile de se défaire. « Meanwhile » est imparable et se nourrit de l’élégance qui fait sa force.  

Si la prestation XXL de Yann Lignet au chant porte littéralement cette nouvelle réalisation, c’est un groupe très soudé et évoluant à l’unisson qui se présente ici. Très riche en arrangements et parfaitement équilibré, il est difficile de détacher l’un ou l’autre des dix morceaux de « Meanwhile ». De « Within Reach » à « Bystander » en passant par « Apnea », « Night And Day », « Disobédience » et le morceau-titre, KLONE s’élève encore un peu plus.

(Photo : Léo Margarit)

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Rock Progressif Stoner Rock

Grandma’s Ashes : des Parques émancipées

Après cinq ans sur la route à peaufiner son style à travers un voyage aussi introspectif qu’instructif pour les trois musiciennes et la réalisation d’un EP très prometteur en 2021, GRANDMA’S ASHES dévoile aujourd’hui un premier effort plein de certitudes, de surprises et avec une identité personnelle dont les contours sont désormais établis. « This Too Shall Pass » étonne et séduit… tout simplement.

GRANDMA’S ASHES

« This Too Shall Pass »

(Nice Prod/Baco Music)

Il y a deux ans à l’occasion de la sortie de leur premier EP, « The Fates », j’avais eu le plaisir d’interviewer Eva, Myriam et Edith, respectivement chanteuse et bassiste, guitariste et batteuse de GRANDMA’S ASHES. Ce premier cinq-titres, où elles donnent toutes les trois de la voix, mariait avec beaucoup d’élégance un Stoner Rock solide et des influences directement issues du Rock Progressif.

Avec « This Too Shall Pass », le trio féminin s’affirme de plus en plus et livre un premier album très abouti, très inspiré et surtout qui sort très habillement des sentiers battus. Si on pouvait considérer « The Fates » comme une mise en bouche, on entre cette fois de plein pied dans l’univers si singulier de GRANDMA’S ASHES. Le groupe a évolué naturellement, tant dans le visuel présenté que dans l’approche musicale.

Le combo conjugue des mélodies lumineuses sur des textes pourtant sombres et des refrains efficaces. Avec un travail remarquable sur les voix notamment et la présence de trois interludes qui sont autant de belles respirations, GRANDMA’S ASHES rend son premier opus très envoûtant. Musclé (« Cold Touch », « Caffeine »), sensible (« Aside », « Cassandra ») et plus aérien (« Lost At Sea », « Borderlands »), les trois artistes imposent leur style avec brio.

Photo : Alexandre Le Mouroux

Retrouvez l’interview du groupe accordée à Rock’n Force

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Metal Progressif

Leprous : en scène !

Tout en annonçant une grande tournée européenne, LEPROUS a eu la bonne idée de ressortir « Aphelion » en version augmentée. Y figurent l’intégral de l’album, ainsi que deux bonus et surtout six titres enregistrés en live et notamment au festival ‘Motocultor’. Et sur scène, le Metal Progressif des nordiques prend une ampleur captivante.  

LEPROUS

« Aphelion (Tour Edition) & Live 2022 »

(InsideOut Music)

Sorti fin août 2021, le septième album des Norvégiens avait frappé les esprits et laissé une énorme emprunte dans la discographie du groupe et dans le monde du Metal Progressif plus largement. Alors, si vous avez manqué ce petit bijou, c’est le moment de se rattraper (et de belle manière !), car LEPROUS présente une « Tour Edition » d’« Aphelion » avec deux bonus et six inédits interprétés en public sur un beau double-album.

On ne reviendra pas sur la grande qualité de la réalisation studio (voir chronique ci-dessous), mais les morceaux bonus déjà présents sur plusieurs éditions valent le détour. « A Prophecy To Trust » et le live « Acquired Taste », enregistré en 2021, s’inscrivent dans le prolongement d’«Aphelion ». Et si le second morceau date de 2011 et de l’album « Bilateral », l’excellente production remédie à cet écart d’une décennie.  

L’autre disque, « Live 2022 », qui parait aussi séparément en édition limitée, présente sur 40 minutes six morceaux captés lors de la première partie de la tournée européenne de LEPROUS. On en retrouve donc quatre issus de leur prestation au ‘Motocultor’, où les Scandinaves communient littéralement avec leur public. Et c’est à Berlin que le quintet brille sur « Nighttime Disguise » et le phénoménal « The Sky Is Red ». Magistral !

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Alternative Metal Alternative Rock Grunge

DeadBlondeStars : émotions fortes

Basé dans le South Yorkshire en Angleterre, DEADBLONDESTARS n’en est pas à son premier coup d’essai et ce deuxième album du quintet submerge par les émotions qu’il procure. L’Alternative Metal/Rock savamment gorgé de Grunge dégage une énergie dense et pleine de contrastes. Mastodonte et tout en finesse, « Metamorphosis » est un modèle du genre, une réussite totale.

DEADBLONDESTARS

« Metamorphosis »

(Independant)

Rock, Grunge, Alternative Metal ou post-Rock, peu importe finalement, puisque les Anglais de DEADBLONDESTARS sont parvenus à élaborer un style très personnel. Forcément, les noms de Pearl Jam, Soundgarden, Audioslave ou Alice In Chains vous viendront à l’esprit, car le groupe est directement issu de cette mouvance et il a réussi à y insuffler beaucoup de modernité, tant dans ses compositions que dans le son.

Après deux EP et un album éponyme en 2020, DEADBLONDESTARS a décidé de reprendre sa liberté et de sortir « Metamorphosis » en indépendant. Conséquence directe ou pas, le quintet de Sheffield est animé d’une grande liberté et s’est montré particulièrement inspiré durant la pandémie, puisque sur une trentaine de titres composés, les Britanniques n’en ont conservé que douze. Et le choix est plus que judicieux.

Profond et intense, « Metamorphosis » s’accompagne aussi d’une grande mélancolie incarnée par la voix puissante et touchante de Gary Walker. Le frontman a un impact incroyable tout au long du disque et ses variations sont incroyables (« Shine Any Light », « Bow To The Bend », « This Tree », « Alaska »). Des riffs  imparables, une rythmique massive et une production  irréprochable font entrer DEADBLONDESTARS dans la cour des grands.

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Blues Rock France Rock

The Inspector Cluzo : free & groovy farmers [Interview]

Plutôt rare en interview, mais d’une grande générosité musicale, THE INSPECTOR CLUZO est de retour avec le très bon « Horizon », neuvième opus d’une discographie qui s’étoffe autant que ses prestations enflamment les scènes où le duo sévit. Toujours entre Rock et Blues, les Gascons ont composé un très bon nouvel album, qui devient vite addictif (voir chronique ci-dessous). Superbement produit, un certain Iggy Pop y est même allé de son petit message personnel avec la délicatesse qu’on lui connait. Un disque qui respire donc la joie, mais qui met aussi le doigt sur de multiples problèmes environnementaux que connaissent bien les deux fermiers. Court donc, mais très agréable, échange avec deux amis, Laurent Lacrouts (chant et guitare) et Mathieu Jourdain (batterie), qui tranchent avec le milieu de l’industrie musicale pour mon plus grand plaisir.   

Photo : Philippe Salvat

– Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce neuvième album porte bien son nom. En effet, il présente un large « Horizon » de votre univers musical et aucun morceau ne ressemble à un autre. Pourtant, il y a une grande homogénéité. Votre désir était-il de faire une sorte de bilan, ou de tour du proprio, de vos 15 ans de carrière ?

C’est le neuvième album en 15 ans, on a toujours beaucoup écrits et composés de chansons. Nous faisons de la musique depuis l’age de 7 ans tous les deux, on a démarré par le sax et la trompette et nous jouons donc de plusieurs instruments. Quand on a co-arrangé le concert des arènes de Mont de Marsan avec le symphonique de Pau l’année dernière, ça a été un peu l’aboutissement là en effet, car quand ta musique est jouée devant 4.000 personnes par une trentaine de grands musiciens. Ca fait quelque chose, surtout 40 ans après. Une forme de parcours. Cet album « Horizon » est la suite logique de l’évolution de notre songwriting et de nos compétences qui évoluent avec les années depuis 40 ans… Nous n’avons cessé, tous les deux, de nous remettre en question en permanence, depuis que nous sommes jeunes et nous continuons à chaque album, car on pense que si tu veux progresser, il faut être humble et toujours se remettre en question.

– « Horizon » a nécessité trois ans de travail, ce qu’on peut comprendre entre votre métier à la ferme et les tournées. En écoutant le résultat et l’atmosphère joyeuse de l’album, on croirait presque que ces trois semaines à Nashville ont été une petite récréation. C’est le cas ?

Oui, de toute façon pour nous l’enregistrement est un accomplissement, c’est la fin du processus de création et donc on s’amuse toujours beaucoup. Le travail dur est fait en amont à la composition. C’est là qu’on travaille énormément et qu’on laisse le temps au temps, souvent quand la chanson a mûri, ça sort en 10mn. Mais le process de digestion peut prendre des années. Par exemple, « Horizon », la chanson elle-même, ça aura pris 15 ans… car elle était sur le premier album, mais on était insatisfait du résultat. On crée tout le temps, souvent à notre insu, en vivant tout simplement.

– Vous êtes donc retournés à Nashville enregistrer avec Vance Powell que vous connaissez maintenant très bien. Comment cela se passe-t-il avec un producteur de cette renommée ? Vous arrivez avec une idée bien précise du son que vous souhaitez, ou est-ce que vous vous laissez guider et suivez ses conseils ?

Vance est très sélectif avec les groupes avec qui il travaille. Il a refusé un paquet de groupes (gentiment), dont la liste est longue comme le bras et certains sont des noms très célèbres. On a pu l’expérimenté, car il a refusé de faire l’un des plus grands bluesmen américains juste devant nous, car on était là et l’autre voulait nous dégager. Et ça Powell, il est un peu comme nous, il s’en fout de qui tu es. C’est un indépendant comme nous, il fait ce qu’il veut et il n’a jamais été dans le show-biz. Et malgré le fait que c’est sûrement l’un des 2/3 meilleurs en Rock aux Etats-Unis, il ne travaille pas forcément son réseau comme on dit, un peu comme nous. Il se concentre aussi sur la musique seulement. Il veut que les groupes aient ‘a thing’, un truc. Tous les groupes qu’il fait ne sont pas des débutants. Ils ont tous un truc ultra-personnel. Du coup, il ne va pas corriger ce que tu es, puisque il t’a choisi pour cela (Rires) ! Il essaie de te guider pour tirer le meilleur de toi, donc en gros, c’est beaucoup d’essai de son, car tout est fait à la source. Mais les chansons ne bougent que très peu entre les démos et l’enregistrement. Par contre, le niveau d’exigence de la performance est ultra-élevé. Le chant sur cet album a été une priorité, car les textes portés sont forts et Vance a fait avec Laurent comme il fait avec Stapleton… C’est-à-dire à fond pour avoir le meilleur.

Photo : Cyrille Vidal

– Vance Powell a d’ailleurs déclaré que c’était votre album le plus personnel. On le comprend très bien à l’écoute des textes, qui parlent essentiellement de votre quotidien. Justement, lorsque vous écrivez et composez vos morceaux, on pourrait penser que vous ayez envie d’échapper un peu à tout ça le temps d’un disque. Votre métier est si viscéral que vous ne puissiez vous en détacher ?

C’est plutôt que le style de musique qu’on fait. En tout cas, c’est vrai que ce qu’on pense a besoin de sens, sinon ça sonne vite creux. Les textes dans ce style de musique, c’est 50%, voire plus, d’une chanson. Elles sont composées à la guitare acoustique et ça fait pareil (Rires) ! Si on n’y mettait pas de sens, on ne ferait plus de musique. Il faut avoir du carburant dans les tripes et ça, c’est la vie qui te le procure et trop de confort ne fait pas bon ménage avec cette musique. Et ce n’est pas notre cas (Rires) ! Donc, on peut continuer… (Sourires)

– Votre album précédent, « We The People Of The Soil », s’est très bien vendu ce qui devient assez rare de nos jours en France surtout et dans ce registre. Vous avez été approchés par plusieurs labels et maisons de disques, et vous avez préféré continuer l’aventure en indépendant. Pourquoi ce choix ? Cela aurait aussi pu vous soulager de pas mal de boulot et aussi de contraintes, non ?

On a eu des propositions. On en a toujours eu, provenant de labels et surtout en tournée où là, ça fait la queue (Rires) ! On aurait pu se refaire la grange avec ce qu’on nous a proposé, mais on trouve ça hors-sol par rapport à notre réelle valeur économique. On essaie de maintenir une certaine idée des richesses économiques, sociales et environnementales. Les trois sont très importants à nos yeux, et nous sommes les seuls qui peuvent faire les trois par nous-mêmes. On veut juste montrer, comme avec la ferme d’ailleurs qui est aussi indépendante, qu’avec de petits moyens et des richesses économiques, sociales et environnementales, on peut faire son truc dans une certaine forme de sobriété, mais aussi d’efficacité. Nous n’avons rien contre les gros, car il en faut, mais les petits autofinancés ont aussi le droit d’exister et c’est important. Il y a de la place pour tout le monde.

L’album et le merchandising du groupe sont disponibles sur son site : https://theinspectorcluzo.com/

Retrouvez la chronique de l’album :