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Alternative Rock France Post-HardCore

Untitled With Drums : le relief des émotions [Interview]

Et si le sinueux parcours d’UNTITLED WITH DRUMS ne lui avait finalement pas permis d’atteindre la maturité attendue depuis la sortie de « Hollow », un premier album qui avait posé les bases d’un style, qui ne demandait qu’à éclore ? C’est en tout cas la question qu’on peut légitimement se poser. L’an dernier, l’EP « Symbols » avait déjà donné des éléments de réponse. Cela dit, c’est véritablement sur ce deuxième effort que le quatuor de Clermont-Ferrand s’affirme avec force et puissance. Dans un Alt Rock proche du post-HardCore et aux teintes de grungy, le groupe donne de l’élan et du relief à des morceaux, dont les textures sont, elles aussi, tout en contraste. « Made Flesh » manie le frontal et l’aérien avec beaucoup de finesse et d’assurance et pose le combo comme un acteur sur lequel il faudra désormais compter sur la scène française. C’est Martin Le Borgne, son chanteur et bassiste, qui revient en détail sur l’évolution et la démarche de cet OVNI du Rock hexagonal.

– Tout d’abord, un petit mot sur votre parcours qui a débuté avec la sortie de « Hollow » en 2020 dans une période compliquée. Malgré un bel accueil, il aura fallu attendre cinq ans pour découvrir votre EP « Symbols ». Que s’est-il passé durant ce long moment ?

La sortie de « Hollow » s’est faite de manière assez particulière à cause du Covid. On a pu défendre le disque en live plusieurs mois après la sortie du disque. Comme aucun de nous ne fait de la musique à titre professionnel, les délais sont malheureusement plus longs et la motivation est constamment mise à l’épreuve, même si cela occupe une place importante dans nos vies. Nous préférons ne pas nous imposer un rythme que nous serions incapables de tenir, alors je pense que ces délais, très longs dans le contexte actuels de course à la visibilité, sont naturellement le temps dont nous avons besoin pour rester créatifs.

– Il y a quelques mois, « Symbols » a surpris par sa maturité notamment et sa production également. Pourtant, il s’agissait d’anciens morceaux réarrangés et réinterprétés. Y avait-il un goût d’inachevé par rapport à ces titres, ou était-ce pour mieux rebondir ?

Oui, effectivement, « Symbols » jouait à la fois ce rôle de pouvoir enregistrer ces morceaux b-sides qu’on a du écarter lors de l’enregistrement faute de temps (« Power » et « Obsolete »), de ressusciter un autre morceau inédit de l’époque d’« Hollow » (« Far ») et de monter un morceau exclusivement pour l’EP (« Candle »), que l’on n’avait d’ailleurs jamais joué ensemble avant de le travailler en studio. « Symbols » était une façon pour nous de mettre en application certaines choses que nous avons apprises lors de l’enregistrement de notre second album, « Made Flesh ». En plus de tous ces aspects artistiques, « Symbols » était aussi et avant tout une façon de rester musicalement actif durant toute la période qui a suivi l’enregistrement de l’album, où l’on a fait beaucoup de démarchage, ce qui pouvait facilement nous éloigner de la création et du jeu en groupe.

– Aujourd’hui, vous sortez enfin ce deuxième album et « Made Flesh » est plein de surprises. La première vient de la production qui est franchement massive, tout en restant aérée. Qu’avez-vous changé dans votre approche et est-ce qu’il vous fallait ce temps aussi pour peaufiner votre son ?

Cyrille Gachet, à la production, a été pour beaucoup dans ce ‘step-up’. Même si « Hollow » nous avait fait prendre beaucoup d’expérience dans l’exécution en studio et en live, Cyrille nous a proposé un niveau d’exigence au-delà de ce que nous nous étions nous-mêmes fixés. Sa réflexion complétait la nôtre dans la mesure où il était capables d’apporter rapidement des solutions techniques à des envies artistiques et ainsi nous aider à les valider, ou à les écarter. Il nous a beaucoup apporté et ses méthodes ont impactées notre vision de la musique jusqu’à la façon dont nous composons aujourd’hui.

– D’ailleurs, j’ai aussi appris que les compositions de ce nouvel album dataient d’avant la sortie de « Symbols ». Cet EP a-t-il finalement été un galop d’essai avant de revenir quelques mois plus tard ? D’autant que vous avez aussi sorti trois singles extraits de « Made Flesh » dans ce laps de temps

En fait, l’EP a été enregistré après l’album pour pouvoir garder un rythme de création. La décision de le sortir avant a été motivée par plusieurs choses : l’incertitude des conditions et de la date de sortie pour « Made Flesh », la volonté de se rassurer sur le fait de pouvoir assurer une sortie en terme de promotion et de communication et enfin, l’occasion de pouvoir collaborer avec des labels DIY avec qui on avait plaisir à faire des choses, comme MA Saret Records, Araki, Atypeek et Stellar Frequencies.

– Vous avez conçu« Made Flesh » pas très loin de vous en confiant l’enregistrement et le mix à Cyrille Gachet (Fange, the Great Old Ones) et le mastering à Alan Douches (Dillinger Escape Plan, Converge). Cherchiez-vous d’abord les personnes capables de restituer parfaitement votre univers et l’esprit de ce nouvel album ?

Après avoir pris contact avec plusieurs personnes, Cyrille nous est apparu comme le plus impliqué et le plus pertinent vis-à-vis de notre vision de l’album. Le fait de pouvoir échanger en amont sur la base des pré-prods nous a confortés dans cette décision. Il est capable, sans rien dénaturer des compositions, de leur conférer l’intensité et la sonorité qui conviennent le mieux. Nous étions preneurs de conseil et nous souhaitions travailler avec quelqu’un capable d’endosser un rôle de producteur. L’idée était de fournir une idée la plus précise possible, puis de laisser ces professionnels nous surprendre par ce qu’ils sont capables d’apporter. Alan Douches, pour sa part, nous a été conseillé par Cyrille par affinité et nous sommes fiers de pouvoir figurer dans un tel catalogue d’artistes.

– Un mot aussi sur votre signature chez Season Of Mist, qui semble vraiment le label adéquat pour UNTITLED WITH DRUMS. Votre style étant assez peu répandu dans l’hexagone, est-ce que cela a peser dans votre décision, compte tenu de sa position sur le marché ?

On a ressenti cette signature comme quelque chose de très réciproque, dans le sens où de notre côté, nous avions besoin de soutien pour franchir un cap en termes de portée, de communication et de crédibilité. Et de leur côté, je pense que nous appartenons à des esthétiques plus ‘alternatives’ que le label souhaitait développer. Pour nous, c’est plutôt une bonne chose de profiter des avantages d’une telle structure, tout en se démarquant naturellement de leur style général.

– J’aimerais qu’on parle aussi de cette belle complicité contre Lucas et Nicolas, qui offrent des combinaisons guitares/claviers sur lesquelles vous jouiez assez peu auparavant. Est-ce un aspect de votre jeu que vous avez tout particulièrement souhaiter peaufiner et explorer sur « Made Flesh » ?

La place du synthé et des samples dans UNTITLED WITH DRUMS est un sujet de réflexion constant. Pour moi, c’est précisément l’élément capable d’apporter la modernité et le twist sonique, dont des groupes comme nous, hérités des 90’s, ont besoin. Son rôle à la fois mélodique et texturiel le rend particulièrement polyvalent, c’est pourquoi j’ai souhaité les faire se rejoindre sur certaines lignes mélodiques. Cyrille Gachet nous a beaucoup encouragés en ce sens également, en nous invitant à moins faire de ‘nappes’ pour remplir, ce qu’on avait pu faire sur « Hollow », et plus de combinaisons mélodiques sur des passages clés.

– Enfin, il y a un côté très écorché sur ce nouvel album, tant dans les textes que dans les ambiances qui oscillent entre passages très tranchants et d’autres plus aériens et introspectifs. Placer l’être humain au cœur de « Made Flesh » devait inévitablement faire ressortir cette atmosphère, dans une époque actuelle très incertaine ?

La direction des lyrics et du chant est également en pleine évolution. Cet angle un peu cynique, écorché et provocateur représente pour moi à la fois un bon dosage de zone de confort et de challenge. Le mot d’ordre de cet album était le contraste. Je voulais assumer un côté plus frontal et plus catchy quitte à relayer certaines ambiances au second plan pour contrebalancer.

Le nouvel album d’UNTITLED WITH DRUMS, « Made Flesh », est disponible chez Season Of Mist.

Photos : Joan Sabatier (1), Angelique Delabre (2, 3) et Madelaine Ré (4).

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Dark Gothic Doom Neo-Folk

Chelsea Wolfe : un halo réconfortant

Pour son neuvième opus, l’Américaine parvient encore à surprendre, malgré un environnement désormais familier. Artistiquement insaisissable, CHELSEA WOLFE prolonge la voie prise sur son précédent effort et approfondit même son propos. Son regard sur l’existence oscille entre des ambiances feutrées apaisantes et des mouvements carrément Doom, où le Metal fait une discrète apparition dans une néo-Folk d’une grande richesse sur ce « The Dark », qui brise les codes avec beaucoup de classe.

CHELSEA WOLFE

« The Dark »

(Loma Vista Recordings)

Tenter de définir sa musique est quelque chose dont la Californienne ne s’encombre plus depuis longtemps. Pour comprendre l’univers de CHELSEA WOLFE, il suffit d’y entrer et de se laisser happer par cette douce mélancolie aux puissants éclats lumineux. Depuis un peu plus de vingt ans, elle se façonne une identité artistique unique, dont beaucoup se réclame d’ailleurs aujourd’hui dans la nouvelle génération. Pour autant, on peut s’en approcher, certes, mais marcher dans ses pas relève du parcours du combattant, car le chemin est très sinueux.

Rangées sous une bannière assez gothique et empruntes d’une certaine poésie, les compositions de CHELSEA WOLFE sont d’une étonnante fluidité, un contraste supplémentaire au regard des tumultes passés qui ont jalonné sa vie. Si ceux-ci ont d’ailleurs pu alimenter ses précédents albums, elle s’est offert un nouveau départ depuis le très bon « She Reaches Out To She Reaches Out To She » et si les ténèbres ne sont jamais loin, le ciel s’est très largement éclairci. « The Dark » n’est pas si sombre qu’il n’y paraît, bien au contraire, il est presque réconfortant.

Une fois encore, CHELSEA WOLFE joue sur le symbolisme, bien aidé en cela par Jennifer Decilveo, venue prêter main forte à la compositrice. Alternant les tessitures organiques, grâce à une approche guitaristique mêlant l’acoustique et l’électrique, et des sonorités plus froides et presque Indus, la néo-Folk polymorphe de « The Dark » libère beaucoup de volume et offre un large champ d’action à des mélodies fortes et délicates. Puis, l’intimité des textes met en lumière une sensibilité à fleur de peau, non-dénuée d’une détermination et d’une constante assurance.

Photo : Magdalena Wosinska

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Dark Gothic Heavy Blues International

DieveNoire : gothic far-west [Interview]

Basé à Chicago, DIEVENOIRE est apparu l’an dernier avec un premier album aussi surprenant qu’inspiré et parfaitement réalisé. Il faut dire aussi qu’autour de sa chanteuse, Lariyah, s’est constitué un groupe de musiciens aguerris et, surtout, issus d’univers très différents. Avec « The Story Of A Gunslinger », les Américains ont frappé fort et dans cet univers où le western croise le Metal et le Blues, on retient d’abord une originalité assez unique à travers laquelle l’audace ressort comme un leitmotiv, aussi pertinent que personnel. Alors que le quintet a enchaîné les concerts et qu’il procède à quelques changements de line-up avant de se plonger pleinement dans l’écriture de son deuxième album, sa fougueuse et touchante frontwoman revient sur l’évolution et les intentions de ce qui était au départ, un projet solo.

– Pour commencer, j’aimerais que l’on présente le groupe, car il est atypique à bien des égards. Tout d’abord, vous êtes issus de registres très différents comme le Black Metal, le Doom, le Metal Progressif et le Heavy Rock. Pourtant, vous vous retrouvez autour d’un Hard Rock très bluesy aux accents gothiques. Comment cette connexion a-t-elle eu lieu ?

Oui, c’est certain, le mélange des styles de nos autres groupes est assez différent, n’est-ce pas ? (Sourires) Je pense que c’est un atout majeur pour DIEVENOIRE. L’inspiration vient de l’intérieur, pas des influences à proprement parler. Personnellement, j’ai baigné dans la musique gothique à l’adolescence, puis dans le Heavy Metal plus tard, deux genres très portés sur les ballades et une ambiance plus lente et douce. L’album était conçu comme une histoire très émouvante et je voulais qu’il le reste. Le nouvel album s’annonce déjà comme une approche assez différente. J’ai vraiment hâte de sortir le premier single au plus vite, si possible cette année… (Sourires)

– Ce qui était au départ ton projet solo, Lariyah, a finalement rassemblé des musiciens chevronnés avec un style qui a aussi évolué pour donner votre premier album, « The Story Of A Gunslinger ». Et on a presque l’impression que le fait que ce soit un album-concept est une évidence. A quel moment vous êtes-vous dit qu’il fallait articuler vos chansons autour d’une même histoire ?

Tu sais, j’ai toujours adoré les histoires et les contes. Depuis que j’ai entendu l’album « The Crimson Idol » de W.A.S.P., avant même de commencer à chanter, évidemment, je rêvais d’écrire des romans, de devenir réalisatrice ou quelque chose du genre. Lancer DIEVENOIRE m’a donné l’idée de créer cet univers western moderne, où je pouvais donner vie à une histoire à travers une présentation audio, agrémentée de quelques clips vidéo, bien sûr.

– Ce qui est également étonnant, c’est cette ambiance très Southern qui enveloppe l’album, car il est réalisé par Jakob Herrmann, connu pour son travail avec Draconian, Thyrfing ou Art Nation, c’est-à-dire des styles très éloignés du vôtre. Aviez-vous aussi besoin d’un regard extérieur très différent pour que l’aventure soit justement complète et unique ?

Eh bien, pour commencer, Jakob est un artiste très polyvalent. Il passe beaucoup de temps dans ce qu’il appelle sa deuxième maison : la Nouvelle-Orléans, où il baigne principalement dans le Blues, le Jazz et le Rock, ce qui est peut-être aussi une échappatoire au Metal omniprésent ! (Rires) Blague à part, je pense que les musiciens, ou les artistes en général, ne devraient jamais stagner dans leur travail, sinon cela devient mécanique. Je crois au progrès et à la nécessité de se réinventer régulièrement. Je crois qu’il faut trouver de nouvelles inspirations pour évoluer. Et d’un autre point de vue, j’avais une idée très précise du son que je voulais pour les chansons et je n’avais jamais travaillé avec un producteur auparavant, malgré toutes ces années passées sur d’autres projets. J’ai donc décidé de tenter le coup et de voir où cela nous mènerait. J’ai été absolument bluffée par la façon dont Jakob a transformé le son de DIEVENOIRE, et crois-moi, c’est beaucoup plus puissant que l’idée de départ, plus simple aussi et dans un Blues Rock sombre. Il a su donner cette dimension plus lourde au son et j’en suis vraiment ravie. Il s’agissait en quelque sorte de définir une direction musicale, d’amplifier ce que nous avions créé, sans forcément réécrire les chansons à partir de zéro.

– Il y a un autre contraste assez saisissant, ce sont les tessitures musicales et ta voix, Lariyah, que l’on retrouve surtout dans le Rock et le Metal Alternatif, plus que dans le Blues Rock. L’idée était-elle justement de confronter ces différents univers ?

Ma voix est très douce et orientée ballades, j’en suis parfaitement consciente. Je voulais mélanger ces sonorités contrastées et intégrer ce Rock légèrement Blues à mon travail vocal. Bien sûr, il y aura des critiques et je les accueille avec grand plaisir ! (Sourires) Si on se contentait de faire toujours la même chose, il n’y aurait jamais rien de nouveau, ni d’original. Pour un premier album, je pense qu’il a donné un bon aperçu de ce à quoi ressembleront mes prochains morceaux, et crois-moi, non seulement les instruments seront plus puissants, mais ma voix le sera aussi… (Sourires)

– D’ailleurs, d’où vient le nom de DIEVENOIRE, qui est en partie d’origine lituanienne, et comment est née cette idée d’un far-west gothique avec ce pistolero, dont on suit les aventures ?

Rien de lituanien là-dedans, mais presque. J’ai vécu vingt ans en Pologne. Je suis née et j’ai grandi dans une toute petite ville au bord de la mer Baltique, appelée Dziwnow. Avant la fin des années 1940, lorsque les frontières polonaises ont été modifiées après la guerre, cette ville s’appelait ‘Dievenow’ (prononcé DEE-VEH-NOV). Elle était alors germanophone. Comme tu peux t’en douter, voici le lien, la première partie, ‘Dieven’, qui vient de l’ancien nom de ma ville natale. Ensuite, ‘Noire’, comme la plupart des gens le savent aussi sans doute, est un mot français, de chez toi, qui signifie noir, sombre, lugubre, etc… ce qui fait partie de mon enfance. Les périodes sombres, les difficultés personnelles, les promenades nocturnes sur les rivages de la Baltique en chantant, en composant des mélodies… dont certaines figurent d’ailleurs sur cet album.

– Sur « The Story Of A Gunslinger », on retrouve également plusieurs clins d’œil sonores comme des éléments tribaux ou Country, et plusieurs ballades viennent aussi ponctuer l’ensemble. L’univers de DIEVENOIRE a-t-il vraiment des frontières, ou est-ce que l’exploration musicale reste votre principale source d’inspiration ?

Je n’ai jamais voulu être cataloguée. Quand on m’a demandé quel était le style de DIEVENOIRE, je n’avais absolument aucune idée de comment le décrire car, comme tu l’as dit, les morceaux ont des ambiances très différentes. Et j’aime ça ! (Sourires) Si je devais définir un style, ce serait un mélange de Blues doux, de Hard Rock, de ballades gothiques sudistes et de berceuses crasseuses. Je n’aime pas ces étiquettes. Un de nos fans, rencontré au ‘Rock Fest’ et qui nous voyait pour la première fois, s’est exclamé : « J’adore ce Rock bien crasseux ! » Voilà. A partir de ce jour, je considère DIEVENOIRE comme du Rock bien crasseux. Quant à savoir où cela nous mènera, et à quel point ce sera plus doux, plus lourd ou plus crasseux, seul l’avenir nous le dira ! (Sourires)

– Il y a également une chose vraiment étonnante, notamment car il s’agit d’un album-concept. Pourquoi les morceaux ne respectent-ils pas la chronologie de l’histoire ? Vous avez voulu procéder par flash-backs ou de manière aléatoire, même si cette aventure a une fin ?

(Rires) J’adore tout autant que je déteste vraiment cette question ! (Rires) Franchement, j’aurais adoré que l’histoire suive une chronologie cohérente sur l’album et qu’on puisse l’écouter de manière à la comprendre. Cependant, en enchaînant les chansons dans l’ordre chronologique, ça ne sonnait pas juste. Soit c’était trop ennuyeux avec plusieurs ballades à la suite, soit ça ne collait pas. Du coup, je me suis dit qu’en les disposant de façon à ce que l’écoute soit fluide, l’auditeur prendrait plus de plaisir à l’écouter et essaierait aussi de reconstituer le puzzle. Après tout, ces chansons n’expliquent pas tout de façon explicite, mais elles sont très subtiles. Le pistolero est-il vraiment une personne, ou est-ce une métaphore utilisée par le narrateur ? (Sourires)

– Enfin, ce premier album est sorti il y a près d’un an. Est-ce que vous vous concentrez surtout sur la scène en ce moment, ou avez-vous déjà commencer le travail d’écriture du successeur de « The Story Of A Gunslinger » ? Et sera-t-il dans le même esprit ?

Le groupe étant en pleine restructuration, nous allons faire une courte pause dans les concerts, afin de trouver les bons musiciens et, en attendant de travailler sur des démos à partir de mes nouvelles compositions personnelles. L’écriture du nouvel album sera cette fois-ci complètement différente, car nous avons déjà testé quatre nouveaux morceaux lors de nos six ou sept derniers concerts. Et je sais exactement ce que je veux en faire, ainsi que du reste de l’album. Je vise à nouveau dix titres, mais le concept de l’album restera le même que pour le premier opus. Le second sera riche en émotions de toutes sortes : un mélange de colère, de haine, de déception, mais aussi, à l’inverse, une passion intense et le désir ardent de l’amour. J’aime laisser libre cours à mon inspiration, sans contrainte, ni idée préconçue sur les sujets à aborder ! (Sourires)

L’album de DIEVENOIRE, « The Story Of A Gunslinger », est disponible sur le Bandcamp du groupe et partout ailleurs sur le Net : https://dievenoire.bandcamp.com/album/the-story-of-a-gunslinger

Photos : Darrelle Esquitin (1, 4)

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Desert Rock Drone

Brad Frye : natural wanderings

Ode à la nature et déclaration d’amour au Nouveau-Mexique, cette première escapade en solitaire, à tous points de vue, de BRAD FRYE est assez unique en son genre. Empruntant à l’univers Drone comme à celui du Desert Rock, « Reverberations From The American Southwest » se détache des habituelles réalisations pour adopter pleinement une production organique à l’étonnante proximité. Plus que jamais, le terme d’immersion prend tout son sens lors de cette escapade musicale au cœur des éléments terrestres.

BRAD FRYE

« Reverberations From The American Southwest »

(Desert Records)

Si vous rêvez d’une balade aride au cœur du désert du Nouveau-Mexique, non loin d’Albuquerque, cet incroyable album de BRAD FRYE n’attend que vous. Patron du label Desert Records, fondateur du groupe Red Mesa et moitié du duo Droni Eye Omi, le musicien et explorateur sonore est parti s’isoler en pleine nature au printemps 2025 avec pour objectif d’enregistrer son premier effort solo. En effet, il fallait bien plus grand que les quatre murs d’un studio pour élaborer « Reverberations From The American Southwest ».

Afin de capturer au mieux l’atmosphère ambiante, BRAD FRYE a voyagé léger et n’a emporté que l’essentiel. Muni d’une guitare baryton Reverend, d’un ampli à lampes Fender Champ, d’un générateur solaire et d’un pédalier, notre randonneur a utilisé un enregistreur Zoom H6 pour saisir à la fois son instrument, mais aussi les sons naturels de son entourage direct. Et entre les accords de sa six-cordes, les visites sont nombreuses : oiseaux, trains, rivières, insectes et animaux se joignent à lui et poursuivent leur vie dans la chaleur du vent du Nouveau-Mexique.

Reparti en 15 capsules hypnotiques, « Reverberations From The American Southwest » se révèle comme une sorte de rêverie, où chacun peut laisser divaguer son esprit sur les improvisations, mais pas seulement, de BRAD FRYE. Dans une ambiance vaporeuse, on croise Sergio Leone sur « The Good, The Brad, And The Ugly » en version épurée. Un harmonica surgit aussi délicatement sur « Three Gun » et « Stone Hut », tandis que des résonnantes locales émergent de « Celestial Skies », « Desert Is As Desert Does », « Temazcal » ou « Gila ». Envoûtant !

Photo : Diego Pani

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Doom/Death Metal International

Ilienses Tree : une tempête d’émotions [Interview]

Depuis plus d’une décennie, ILIENSES TREE fait vibrer la Sardaigne avec une profonde sincérité. Puisant ses réflexions au cœur de l’esprit humain, à travers ses émotions, ses peurs, sa solitude et même ses hontes, le quintet a bâti un Death Doom Metal puissant et massif, qui semble presque inébranlable. Ce deuxième album, « Toward The Storm » appuie donc sur certaines failles que le groupe illustre de manière assez saisissante dans des atmosphères à la fois pesantes et véloces, et sur un narratif soigneusement élaboré. Le bassiste Claudio Kalb, puis le frontman Maurizio Meloni, nous parlent du parcours de ce nouvel opus, de leur vision du Doom et, bien sûr, de l’impact de leur île sur leur approche artistique.

– Avant de parler de « Toward The Storm », j’aimerais qu’on revienne sur votre parcours qui est assez étonnant. Vous avez sorti deux démos il y a une dizaine d’années, puis un premier album, « Till Autumn Comes », en 2019. Comment cela se fait-il que vos réalisations soient aussi espacées dans le temps ?

Claudio Kalb : Pour être précis, nous avons sorti notre première démo autoproduite, « 2014 BC », en 2014. Puis, en 2017, nous avons sorti l’EP « Edda », produit par le label maltais Maculata Anima Records. Et en 2020, toujours sur le même label, nous avons sorti notre album « Till Autumn Comes ». Malheureusement, nous avons ensuite dû ralentir notre rythme en raison des confinements et des couvre-feux liés à la pandémie de Covid. Comme nous passons beaucoup de temps en répétition à composer et à développer des idées ensemble, il nous en a donc fallu un peu plus pour retrouver notre alchimie et créer de nouveaux morceaux.

– Il s’est donc passé six ans entre vos deux albums. C’est assez long d’autant que le line-up est resté stable. Vous aviez besoin de laisser mûrir vos morceaux ?

Maurizio Meloni : La raison principale était résolument personnelle, bien plus que créative. Aussi étrange que cela puisse paraître, chacun d’entre nous a traversé une période de grands bouleversements professionnels. Nous avons tous dû prendre des décisions difficiles, ce qui nous a contraints à concentrer notre temps et notre énergie sur d’autres priorités.

Cet album est né de cette expérience et je pense que cela se ressent dans les émotions qui s’en dégagent. Le fait d’être de proches amis, et pas seulement les membres d’un groupe, nous a permis de rester soudés. D’ailleurs, cela nous a encore plus rapprochés et nous a aussi donné une vision claire de la manière dont nous voulions transformer cette longue et difficile période en musique.

Quant à la composition, nous avons retravaillé les morceaux à de nombreuses reprises, cherchant toujours à en tirer le meilleur parti. Ainsi, en considérant tous ces éléments, à savoir les difficultés personnelles et le temps passé à peaufiner la musique, on comprend aisément pourquoi la sortie de cet album a pris autant de temps.

– Après l’intro « Left Alone » qui ouvre l’album de manière assez solennelle au piano, « Toward The Storm » s’articule autour de quatre morceaux d’environ neuf minutes chacun. L’avez-vous conçu comme deux faces d’un vinyle, ou plutôt quatre mouvements qui font corps et se présentent comme une enchaînement narratif ?

Diviser l’album en deux faces pour le vinyle était un choix assez naturel, notamment en raison de la longueur des morceaux. Cela dit, l’album a été très soigneusement conçu, tant sur le plan musical que lyrique. Il débute par un sentiment de solitude et de honte, presque comme un cri de détresse, et monte progressivement en puissance jusqu’à son point culminant : la confrontation avec soi-même. Chemin faisant, il explore différents états émotionnels qu’une personne peut traverser lors d’une période difficile. L’idée principale était de montrer qu’il n’y a aucune honte à reconnaître ses luttes intérieures, ni à les partager avec les autres.

– Une chose m’a étonné sur votre album, c’est que le groupe compte deux guitaristes et là où on aurait pu s’attendre à de belles joutes, elles sont surtout au service des atmosphères. Est-ce d’abord le climat qui compte sur « Toward The Storm » et qui a monopolisé votre attention lors de la composition ?

Absolument. Dès le départ, notre objectif était de créer un son capable d’intégrer différents éléments musicaux tout en conservant une dimension profondément personnelle. Nous souhaitions construire quelque chose d’ambitieux, où toutes ces influences convergeraient pour former notre propre identité. En ce sens, les guitares jouent un rôle fondamental. Non pas tant d’un point de vue technique, mais plutôt émotionnel. Elles permettent aux morceaux de s’élever dans une autre dimension et de créer l’atmosphère recherchée.

Il aurait été facile d’ajouter un claviériste par le passé, notamment pour obtenir certaines textures, mais c’est précisément le défi que nous apprécions. Nous voulions créer ces moments amples et atmosphériques uniquement à la guitare, en trouvant le juste équilibre entre puissance et ambiance. C’est l’une des raisons pour lesquelles je suis si content de « Toward The Storm ». Il sonne authentique et vivant, car il est né d’expériences réelles et d’émotions sincères. Plus que tout, nous souhaitions que l’album accomplisse deux choses très simples : toucher les auditeurs et les amener à la réflexion.

– Le titre de l’album symbolise une tempête intérieure et il balaie aussi une multitude d’émotions diverses. Et par ailleurs, le Doom est un registre qui obéit aussi à de nombreux codes. Même se le vôtre est teinté de Death Metal, cela nécessite-t-il de posséder d’abord une solide expérience avant de se lancer dans un tel registre, selon vous ?

C’est une excellente question. Je pense avoir déjà abordé une partie de la réponse dans les questions précédentes, en parlant de nos débuts et des objectifs qui ont façonné notre évolution au fil des ans et qui, je l’espère, continueront de le faire à l’avenir. Il est vrai que le Doom possède de nombreuses conventions, et si vous composez dans ce genre, je pense qu’il est important de les connaître. Comprendre le genre vous donne les outils pour savoir où rester fidèle à ses codes et où vous pouvez repousser les limites de votre écriture.

Parallèlement, le Doom offre des possibilités infinies, surtout si vous avez quelque chose d’authentique à exprimer. Pour moi, c’est l’un des genres les plus libérateurs en matière d’expression artistique. Qu’il s’agisse du Doom classique ou du son plus Death/Doom qui nous caractérise, tout est question d’émotion pure. Je ne sais pas si c’est vraiment une question d’expérience, mais je suis convaincu que le Doom est un monde immense, presque un univers à part entière, qu’il faut explorer, écouter, absorber et vivre pleinement avant de pouvoir y jouer de manière convaincante. Plus que tout, je pense que c’est un genre qu’il faut ressentir vibrer en soi… et nous savons tous où ces veines mènent : droit au cœur.

– Enfin, vous êtes originaires de Sardaigne et vivre sur une île, même grande, est toujours quelque chose de particulier. En quoi vous inspire-t-elle et que génère-t-elle au niveau de la créativité et de l’approche de votre Death/Doom Metal ?

Oui, nous sommes originaires de Sardaigne. Et comme je le dis souvent, c’est une terre unique, pleine d’énergie, de contrastes, de paysages incroyables, de parfums inoubliables et de gens vraiment exceptionnels. Vivre ici nous offre une perspective très différente du reste de l’Italie. Ce n’est pas un hasard si beaucoup disent que nous sommes Sardes avant d’être Italiens. C’est un sentiment profondément ancré en nous.

Je suis convaincu que cette île a une influence considérable sur nous, surtout sur le plan émotionnel. Si nous vivions dans le tumulte d’une grande ville, notre musique serait certainement différente. Ici, il suffit de quelques minutes pour se retrouver dans des lieux presque magiques, des lieux qui invitent naturellement à la réflexion et à l’introspection. Cette atmosphère se retrouve inévitablement dans notre musique.

En revanche, vivre sur une île, et pas tout près des côtes, a aussi ses inconvénients. Cela nous tient éloignés de nombreux endroits où notre musique pourrait toucher un public plus large grâce aux concerts. Etant donné que le Doom et le Death/Doom ont une base de fans plus importante dans d’autres régions d’Europe, la distance et le fait que nous devions toujours prendre l’avion compliquent considérablement les choses d’un point de vue logistique et financier. Mais c’est la vie. On ne peut pas tout avoir… (Sourires)

Le nouvel album d’ILIENSES TREE, « Toward The Storm », est disponible chez Meuse Music Records.

www.meusemusicrecords.eu

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Heavy metal Thrash Metal

Tonic Breed : nouvelle salve

Depuis qu’il est seul aux commandes de TONIC BREED, Patrick K. Svendsen ne sort plus d’album et préfère se concentrer sur les singles et les formats courts. La fin d’une époque ou la résolution à se plier aux nouvelles règles d’une industrie musicale en pleine déroute ? Une chose est sûre : il faut se contenter d’un quart d’heure tous les quatre ans et c’est bien trop peu. Cela dit, la qualité et le choix des guests sur les compositions du Scandinave sont éclatants et le jeu est peaufiné dans les moindres détails.

TONIC BREED

« Name Dealer »

(Independant)

Depuis sa reprise en main de TONIC BREED en 2022 avec un premier EP, « Fuel The Fire », le norvégien Patrik K. Svendsen œuvre sous la forme d’un one-man-band, à l’exception près que le line-up de tous les morceaux évolue constamment. Et le multi-instrumentiste n’invite pas n’importe qui sur ses compositions. Sur le précédent effort, ce sont Dirk Verbeuren (Megadeth), Bernt Jansen (Artch/Wig Wam), Björn Strid (Soilwork), Martin Skrivbakken (Endezzma) et Oliver Palotai (Kamelot) qui étaient de l’aventure. Un casting de grande classe, et c’est encore le cas ici.

Si l’intention musicale était plus claire sur « Fuel The Fire » avec un Metal dur et très Thrash, « Name Dealer » est nettement plus diversifié, dévoilant un spectre plus large. La base n’a pas vraiment changé, mais les invités semblent avoir plus de liberté et leur touche personnelle ressort de manière plus évidente. Sur le titre éponyme en ouverture, TONIC BREED accueille Tommy Aldridge derrière les fûts et Joel Hoekstra de Whitesnake à la guitare pour un duo explosif et d’une incroyable fluidité. D’ailleurs, probablement le meilleur titre de cet EP.

Puis, c’est au tour du batteur de Five Finger Death Punch, Charlie Engen, de prendre le relais sur la power ballade « Close In », la vraie surprise de « Name Dealer » . Changement de ton ensuite avec « Anew », où Chris Adler de Lamb Of God vient dynamiter cet instant résolument Thrash et certainement le plus musclé de l’ensemble. Et TONIC BREED conclue dans la même veine avec le très 80’s « The Die Is Cast », sur lequel le guitariste Michael Gilbert (Flotsam & Jetsam) élève encore d’un cran le niveau pour le rendre tranchant et acéré. Convaincant, mais bien trop court.

Retrouvez l’interview de TONIC BREED à l’occasion de la sortie du premier EP, « Fuel For Fire » :

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Death Metal Doom Metal International

In Vespro : une dimension émotionnelle forte [Interview]

Lorsqu’il est bien fait, le Doom prend une dimension immersive, qui s’ouvre à d’autres sphères pour y laisser s’exprimer des sentiments et des émotions de manière profonde. C’est exactement le cas avec IN VESPRO qui livre un premier album très abouti et tout en maîtrise que ce soit dans l’impact comme dans les mélodies. Souvent hypnotique, le Doom/Death du quatuor italien défie les époques et les tendances, en conservant une touche Old School et une vision très contemporaine. « Where Silence Use To Sleep » voit le projet de Luca Gagnoni, guitariste et frontman, prendre de la hauteur grâce aussi aux musiciens chevronnés qui l’entourent. Le combo romain frappe fort d’entrée et ce n’est qu’un début…

– Un an seulement après votre formation, vous sortez déjà votre premier album. Malgré votre expérience, c’est très rapide. Est-ce que vous aviez déjà une idée très précise en tête au moment-même de la création de IN VESPRO ?

Oui, absolument. L’album a en fait été écrit avant même que le groupe ne soit au complet, la direction artistique était donc déjà bien définie dès le départ. IN VESPRO a commencé comme une vision créative très personnelle, bien loin d’un projet de groupe traditionnel. J’avais une idée précise de l’atmosphère, de la charge émotionnelle et du langage musical que je souhaitais explorer, et la plupart des morceaux se sont composés assez naturellement. Une fois les autres membres arrivés, l’objectif n’était pas de redéfinir le projet, mais de donner vie à cette vision collectivement. De ce point de vue, le délai relativement court entre la formation du groupe et la sortie de l’album paraît tout à fait naturel, car les bases étaient déjà posées dès le début.

– Certains d’entre-vous ont joué dans Svat Vinter, Veil Of Conspiracy et Handful Of Hate. Est-ce que cela vous a aussi aidé à définir de manière précise votre style et imposer notamment cette touche très 90’s, qui vous caractérise ?

Je pense que ces expériences m’ont surtout apporté la maturité musicale nécessaire pour embrasser pleinement l’essence même d’IN VESPRO. Après de nombreuses années passées à explorer différents courants du Metal extrême, j’ai appris à reconnaître ce qui résonne profondément en moi et à le poursuivre sans compromis. Personnellement, les albums des années 90 représentaient pour moi une forme d’expression très sincère et d’une grande puissance émotionnelle, et cet esprit s’est inévitablement retrouvé dans la composition. Pour autant, IN VESPRO n’a jamais été conçu comme un exercice de nostalgie. L’objectif n’était pas de recréer le passé, mais plutôt de retrouver cette même mélancolie, cette même atmosphère et cette même sincérité émotionnelle qui ont fait la force de ces disques.

– IN VESPRO se trouve à mi-chemin entre le Doom et le Death Metal dans ce que ces deux styles ont de plus classique, c’est-à-dire un côté Old School marqué. On pourrait croire que la modernité donne plus de liberté, et pourtant il y a une grande fluidité et une créativité accrue dans votre jeu. L’idée était-elle plutôt de briser les codes, ou de perpétuer une tradition musicale encore forte ?

Ni l’un ni l’autre, vraiment. Je ne cherchais pas à prendre position sur le genre, ni à situer le groupe dans un discours musical plus large. Mon seul souci était d’exprimer un paysage émotionnel particulier avec la plus grande sincérité possible. Le Doom/Death me semblait tout simplement le langage le plus approprié. Si l’album sonne traditionnel par certains aspects, c’est parce que ces éléments restent puissants et pertinents pour moi. Parallèlement, je ne me suis jamais senti contraint par les attentes liées au genre. Le processus d’écriture était très instinctif, et j’ai laissé les morceaux prendre la forme nécessaire pour communiquer leur ambiance.

– D’ailleurs, votre Doom a un aspect très véloce, qui va un peu à l’encontre de l’habituel lenteur et du côté pesant du genre. Est-ce un héritage direct du Death Metal avec ce qu’il a de plus tranchant et brut ?

Je ne dirais pas forcément que c’est une influence directe de la brutalité du Death Metal. Le rythme découle davantage de la dynamique émotionnelle des morceaux que d’un choix stylistique. J’ai toujours apprécié le Doom Metal qui crée du mouvement et de la tension sans se reposer exclusivement sur des tempos extrêmement lents. Parfois, un tempo légèrement plus rapide peut même renforcer un sentiment d’urgence, d’agitation ou de trouble intérieur. Pour moi, l’impact émotionnel d’un passage est toujours plus important que le respect d’un tempo spécifique traditionnellement associé au genre.

– Même si vous jouez beaucoup sur les atmosphères, vos morceaux sont relativement courts et efficaces, avec une intensité qui va crescendo. Et malgré la noirceur de l’album, vous maintenez une ligne mélodique claire. Est-ce pour cette raison que vous avez opté pour une production très organique pour « Where Silence Use To Sleep » ?

Oui, absolument. L’un des principaux objectifs était de préserver la dimension émotionnelle des morceaux sans la noyer sous une production trop léchée ou artificielle. La mélodie joue un rôle primordial tout au long de l’album, même dans ses passages les plus sombres, et je souhaitais que ces éléments mélodiques restent parfaitement perceptibles. La production a été conçue pour soutenir l’atmosphère plutôt que de la dominer. Je recherchais un son naturel, dynamique et immersif, permettant à l’auditeur de ressentir les nuances émotionnelles de la musique sans sacrifier sa puissance ni sa profondeur.

– Enfin, même si le thème de la douleur reste au centre de votre album sous différentes formes, musicales et au niveau des textes, on sent également une colère assez profonde chez IN VESPRO. Est-ce que cela provient directement de la face Death Metal du groupe ?

Je crois que ce que tu perçois est moins de la colère qu’une forme de tension émotionnelle. La douleur, la perte, l’absence et les conflits intérieurs sont certes des thèmes centraux de l’album, mais ils s’expriment rarement par la seule agressivité. Même dans les passages les plus intenses, je ne cherchais pas à canaliser la rage de façon conventionnelle. Je souhaitais plutôt explorer des sentiments souvent plus complexes et difficiles à définir, comme la résignation, le désir, la désillusion, la vulnérabilité. Certains passages peuvent paraître colériques au premier abord, de par leur intensité, mais sous cette intensité se cache généralement quelque chose de beaucoup plus fragile et introspectif.

L’album d’IN VESPRO, « Where Silence Use To Sleep », est disponible chez Meuse Music Records.  

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Cinematic Metal Doom Metal Post-Metal

Sleepbomb : hyborian odyssee

C’est assez rare de voir des groupes de Metal se prêter au jeu de la musique de film, notamment lorsqu’il s’agit de la réinventer en se démarquant de l’originale. Pourtant, les Californiens de SLEEPBOMB se sont engouffrés dans le créneau et leur fertile créativité fait le reste. Dans ses moindres détails, « Songs in The Key Of Conan » restitue l’esprit de l’univers de « Conan le Barbare » et nous permet même de voir défiler certaines scènes. Loin d’en être à leur coup d’essai, celui-ci est un véritable coup de maître.  

SLEEPBOMB

« Songs In The Key Of Conan »

(Koolarrow Records)

Jadis, il y a bien longtemps, la musique se jouait en live durant les projections de films. Mais ça, c’était avant. Alors, les Américains s’en sont fait une spécialité et aujourd’hui, on en garde une trace sur différents supports. SLEEPBOMB s’est déjà distingué en (re)composant des bandes originales pour des classiques comme « Nosferatu », « Metropolis », « La Nuit Des Morts-Vivants » ou encore « Le Cabinet Du Docteur Caligari ». Certes, il y a des similitudes entre les genres cinématographiques abordés mais, surtout, la maîtrise est totale.

Signé chez Koolarrow Records, le label du légendaire bassiste de Faith No More Billy Gould, le groupe de San Francisco a décidé cette fois de muscler son jeu en s’attaquant à l’iconique « Conan Le Barbare » de John Milius, sorti en 1982. A l’époque, le film présentait assez peu de dialogues, il faut le reconnaître, et SLEEPBOMB s’est jeté dans cette épopée instrumentale de plus d’une heure et quart et nous fait revivre de manière plus que convaincante l’atmosphère du long métrage qui a fait connaître un certain Arnold Schwarzenegger.

Et le groupe parvient sans mal à nous faire revivre les aventures du guerrier dans un style Cinematic Doom aux teintes post-Metal et au relief tribal. En jouant sur les tessitures sonores et avec l’apport de voix féminines éthérées, de quelques cuivres, de percussions, de synthés et même de clarinette, SLEEPBOMB renoue également avec l’ambiance très 80’s du film. Aussi percutants que contemplatifs, les 16 morceaux forment un ensemble profond et envoûtant. L’album « Songs In The Key Of Conan » mériterait de devenir aussi culte que la pellicule.

Photo : Fred Aube

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Alternative Metal Groove Metal

Mechanical Skin : un caractère explosif

De l’envie, elle n’en manque pas et cela se ressent tout au long du premier opus de la formation de la capitale. « Until The Void » s’impose presque de lui-même, tant il parvient à rassembler les éléments incontournables du Metal actuel. MECHANICAL SKIN bastonne autant qu’il séduit par ses capacités à diffuser de belles émotions. Très solide techniquement, il réussit à convaincre sans mal et nul doute que la force de ces nouveaux titres devrait prendre toute leur dimension en concert, où on les imagine lever les foules. Gardez un œil ouvert et une oreille attentive, l’énergie des Français est contagieuse.

MECHANICAL SKIN

« Until The Void »

(Independant)

Faire corps et monter en puissance tout en restant mélodique, c’est le credo de MECHANICAL SKIN et ce qu’il met en place depuis sa création en 2020. Alors qu’une grande partie de la scène hexagonale se tourne vers un Metal extrême, le quintet emprunte une voie parallèle et avec autant de détermination et d’expérience, et c’est un boulevard qui s’offre à lui. Au croisement entre un Alternative Metal musclé et un Groove Metal plus agressif, ce premier album vient confirmer le bel élan déjà pris sur les quatre titres de « Before I Die », premier EP sorti en mars 2024.

Depuis, MECHANICAL SKIN a pris du volume et les Parisiens témoignent parfaitement ici du chemin parcouru. Aujourd’hui, le groupe est plus aiguisé, racé et tranchant, et la bonne production de ce premier long format met très bien en valeur le travail effectué sur ces huit nouveaux morceaux (et sur l’intro). « Until The Void » est taillé dans le granit et il jaillit avec beaucoup d’originalité grâce à des influences bien digérées. Tout en restant accessible, il développe un côté massif et véloce, grâce à des membres unis qui ont le même objectif ravageur.

Sur des fondations clairement Hard Rock, MECHANICAL SKIN se fait fédérateur sur les refrains et incisif dans les riffs et, malgré un petit coup d’oeil dans le rétro, il se montre moderne dans l’attaque des titres. L’une des surprises vient également de son frontman que l’on découvre plutôt saturé sur l’entame de l’album, avant de revenir à un chant clair et puissant, qui lui va tellement mieux, par la suite. Le combo avance avec assurance et beaucoup de diversité, ce qui fait toute la richesse d’« Until The Void » (« Into A War », « Memories », « Fall Of Tyrant », « New World »).

Photo : Julien Duhem

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Doom Metal International Symphonic Metal

A Dream Of Poe : failures and falls [Interview]

De par son contexte, ce nouvel album a une résonance particulière pour A DREAM OF POE. L’entité portugaise portée par Miguel Santos se présente avec « Katabasis : A Marriage Among Ashes », une cinquième réalisation née dans une douleur personnelle, qui s’est greffée à des thématiques déjà lourdes de sens. Toujours accompagné par son partenaire Paulo Pacheco, garant de l’univers narratif du groupe, le multi-instrumentiste semble même y franchir un cap en termes de profondeur, que ce soit musicalement ou à travers les mots posés sur ce Doom Symphonique à la fois ample et pesant. D’une grande finesse dans les arrangements et articulé autour d’une écriture très poétique, la noirceur guide l’auditeur dans quelque chose d’aussi monumentale que solennelle. C’est l’histoire d’une chute, d’une descente qui paraît inéluctable et qui se traduit dans un maelstrom d’émotions. Interview avec un musicien dont le parcours de vie se fond dans l’œuvre…

– Nommer son groupe A DREAM OF POE n’a rien d’anodin. Quelle relation entretiens-tu avec l’œuvre du poète américain, et en quoi pèse-t-elle sur ta musique ?

C’est un rapport entre esthétisme et émotion, car elle va chercher en chacun de nous et au plus profond. C’est quelque chose qui me parle vraiment. Dans ma musique, c’est essentiellement l’aspect narratif et atmosphérique qui en est le lien principal. Même sans le vouloir, j’ai toujours voulu composé une musique, qui évoque la chute à plusieurs niveaux. Ce sentiment d’inéluctabilité propre à Poe, cet effondrement progressif de soi, s’est naturellement inscrit dans l’ADN de A DREAM OF POE. Le nom lui-même est aussi, d’une certaine manière, né d’une chanson. Il y a de nombreuses années, Paulo Pacheco et moi jouions ensemble dans un groupe appelé Sacred Tears. A l’époque, j’avais déjà décidé de créer un projet solo, brièvement baptisé Theatre of Seven Hells. Mais lors d’une répétition en particulier, j’ai été frappé par les paroles que chantait Paulo. La fin disait : « L’un de nous doit partir, dans un rêve… un rêve de Poe ». Ce fut une révélation. A cet instant précis, j’ai su non seulement la direction que je voulais prendre, mais aussi le nom sous lequel je composerais ma musique.

– « Katabasis : A Marriage Among Ashes » a mis cinq ans à voir le jour, puisque tu as subi un incendie qui a détruit toute ta maison, mais aussi ton travail. Est-ce qu’une telle tragédie peut se transformer en un moteur créatif pour la suite, malgré tout ?

Je l’ai vécu comme une véritable tragédie. Perdre sa maison, la plupart de ses biens et devoir reconstruire sa vie à partir de rien est une épreuve incroyablement difficile, non seulement à surmonter, mais aussi à accepter pleinement. Retrouvez sa maison entièrement détruite par les flammes et ne plus jamais pouvoir y retourner. Rien que ça, ça m’a brisé le cœur. Franchement, je ne suis pas sûr de m’être jamais remis de cette incapacité à dire adieu à cette partie de ma vie. Concernant ma musique, ce fut un immense déchirement. En tant que musicien, quelqu’un qui utilise la musique pour exprimer ses émotions et immortaliser des moments, perdre des années de travail comme ça a été un véritable déchirement. J’écris avant tout pour moi, pour le processus créatif, pour ce que la musique m’apporte, mais il y a aussi quelque chose de très spécial à la partager, à savoir que quelqu’un d’autre pourrait s’y reconnaître. Alors, l’idée que ces chansons ne seraient plus jamais entendues, même pas par moi, était incroyablement difficile à accepter. Je me suis retrouvé dans un état étrange, entre le chagrin et le vide. Pendant un temps, il n’y avait plus rien sur quoi se reposer, si ce n’est un fragment survivant : ‘La Complainte de Phaeton’. Mais avant même de penser à nouveau à la musique, il y avait des choses plus importantes à gérer : s’assurer que ma copine, nos chats et moi étions en sécurité, que nous avions un toit, des vêtements… tout. C’était comme renaître dans un corps d’adulte, sans rien, et devoir reconstruire toute sa vie à partir de zéro.

Ce n’est qu’une fois ces bases posées que j’ai pu envisager de reprendre une guitare – une guitare que j’ai dû acheter, ainsi que du nouveau matériel de studio – et de recommencer à composer. D’une certaine manière, cette perte totale est devenue le fondement de l’album. Je n’avais pas d’autre choix que de recommencer et ce processus s’est avéré plus honnête, plus vulnérable, plus brut émotionnellement. Tout ce que j’écris est issu de mon vécu et un événement aussi bouleversant ne pouvait que façonner le résultat. Cet album ne parle pas d’une descente imaginaire, il est une descente. C’est vrai qu’il est devenu une force motrice, mais pas au sens d’une source d’inspiration. Plus par nécessité, pour donner enfin voix à quelque chose d’intérieur, là où les mots seuls ne suffisaient plus. Et je ne pouvais répondre à cette question sans remercier toutes les personnes qui nous ont accompagnés. Amis, collègues et même inconnus se sont mobilisés pour nous soutenir financièrement, moralement, et même en nous fournissant des choses essentielles comme de la nourriture et des vêtements. Cette solidarité, je ne l’oublierai jamais. Je leur en suis profondément et éternellement reconnaissant.

– Est-ce que vingt après la naissance de A DREAM OF POE, tu considères ce nouvel album comme un renouveau, un nouvel ancrage avec de nouvelles possibilités aussi peut-être ?

En effet, même si je le considère plutôt comme une transformation finalement. A bout de vingt ans, on peut aussi prendre des habitude pas toujours bonnes et c’est peut-être donc le moment de me renouveler, de me réinventer, mais sans perdre de vue mon identité. « Katabasis » reflète bien cette dualité. Il reprend tout ce qui a précédé, mais le redéfinit aussi. Le son, l’orchestration, la charge émotionnelle, tout est poussé plus loin que jamais. Si mes précédents albums exploraient une identité, celui-ci, pour des raisons évidentes, donne l’impression d’être… d’incarner.

– Alors que tu composes, arranges, orchestres et produis l’intégralité de l’album, en plus de jouer de presque tous les instruments, c’est ton partenaire Paulo Pacheco qui co-écrit les paroles et a développé le concept de « Katabasis : A Marriage Among Ashes ». Comment fonctionne cette collaboration, qui exige sans doute une grande complicité, mais aussi un travail d’équipe intense ?

Elle fonctionne car, à la base, il y a une amitié de plus de 25 ans. Paulo n’écrit pas seulement des paroles, il construit des univers. Le concept de « Katabasis : A Marriage Among Ashes », comme celui de tous les albums précédents, vient de lui et donne à la musique une trame narrative. Mon rôle est de composer la bande-son de cet univers. Parfois, la musique vient en premier et il y réagit, parfois c’est l’inverse, et d’autres fois encore, les deux processus se déroulent presque indépendamment. Mais au final, ça fonctionne toujours, car nous sommes sur la même longueur d’onde. Nous partageons beaucoup de choses, surtout artistiquement. Il y a un dialogue constant entre nous, et surtout, une grande confiance. Nous n’envisageons pas les choses comme deux rôles distincts, mais comme deux perspectives convergeant vers un même résultat émotionnel.

– Par ailleurs, plusieurs musiciens t’accompagnent sur l’album à la basse, à la batterie, à la guitare, au violon et au chant. Est-ce aussi une façon d’éviter le syndrome du one-man-band et un certain isolement artistique ?

En partie, oui. Même si je m’occupe de la majeure partie de la composition et de la production, faire appel à d’autres musiciens est essentiel. J’ai une vision claire en tête, je sais généralement où je veux aller, surtout une fois que la structure principale d’une chanson est en place. Mais inviter des musiciens de confiance à développer cette base apporte quelque chose que je ne peux pas créer seul. Cela ajoute une perspective différente, une énergie nouvelle. Il ne s’agit pas seulement d’éviter l’isolement artistique, même si cela en fait partie, il s’agit de donner plus de vie aux chansons. Chaque personne apporte quelque chose d’humain et d’unique à la musique. Au final, il s’agit de laisser la musique respirer au-delà de moi.

– Les arrangements jouent aussi un rôle très important sur l’album, par ailleurs très bien produit. Avec son aspect symphonique, il ouvre également une fenêtre sur le musique classique. Est-ce que ta volonté était de jouer sur cette dualité entre une certaine douceur et une violence contenue dans le Doom ?

Ce serait plutôt une forme de coexistence, car le côté symphonique peut également augmenter cette impression de ‘violence’. Ils sont là pour l’amplifier, lui insuffler une nouvelle vie, voire la mort ou la misère. C’est simplement une autre façon de transmettre des émotions et des lignes mélodiques que j’écrirais autrement à la guitare. Remplacer ou compléter ces lignes par une orchestration ouvre des possibilités totalement différentes, qu’il s’agisse de créer quelque chose de plus intime ou de plus chaotique et bouleversant. J’ai toujours été influencé autant par des artistes comme Andrea Bocelli que par le Metal lui-même, et par bien d’autres genres. Ce sens de l’espace, de la mélodie et de l’intensité émotionnelle se fond naturellement avec la lourdeur, tant émotionnelle que musicale, du Doom Metal. Ainsi, plutôt que de faire le lien entre deux mondes, il s’agit d’en créer un où les deux peuvent coexister sans compromis. Au lien de créer un lien, l’idée pour moi est de les faire coexister. Je sais que ce ne sera pas du goût de tout le monde, certains pourraient même y voir une hérésie, mais pour moi, c’est simplement la façon la plus honnête d’exprimer ce que j’entends dans ma tête.

– De plus, on retrouve une touche gothique, au sens le plus pur du terme, tout au long de l’album. On l’associe souvent au romantisme, alors qu’ici, elle évoque davantage la souffrance et l’effondrement. L’idée était-elle de souligner l’aspect monumental et solennel, ou simplement de présenter deux scènes différentes, comme deux points de vue ou deux interprétations ?

Le gothique est plus synonyme de décrépitude pour moi que de romantisme, même si très souvent, les deux sont très liés et même inhérents. J’y perçois une beauté brisée. Pour moi, l’élément gothique a toujours été plus proche de la décrépitude que du romantisme, même si je ne pense pas qu’on puisse véritablement avoir l’un sans l’autre. Il y a de la beauté là-dedans, mais une beauté brisée. L’album ne cherche pas à présenter des points de vue opposés, il présente une descente continue. Une descente très réelle, enracinée dans la tragédie que nous avons vécue en 2023, et une descente imaginaire, façonnée par Paulo Pacheco. Le côté monumental vient de ce sentiment que l’effondrement se fait quoiqu’il arrive de manière assez lente, mais irrémédiable. Et toutes ses composantes, ses vérités et ses perspectives mènent toutes au même endroit. Et finalement, j’espère que les auditeurs trouveront leur propre vérité dans l’album. Cela a toujours été l’objectif : créer quelque chose avec lequel les gens puissent se connecter personnellement.

– Enfin, j’ai remarqué que tu te produisais assez rarement en concert. Est-ce dû à la difficulté de recréer parfaitement l’univers de A DREAM OF POE, tel que tu l’imagines ?

Ce n’est pas certain. Vu le peu de concerts, ça pourrait le laisser penser, mais j’adore vraiment jouer en live, et je pense que ça se voit sur scène. Après l’incendie, je me suis promis de faire plus de choses qui me rendent vraiment heureux, et jouer avec A DREAM OF POE en fait assurément partie. Cela dit, la réalité est un peu plus complexe. Même si on le perçoit souvent comme un projet solo, ce n’en est pas vraiment un, et cela engendre des défis. Monter un spectacle représente un coût important, et pour que cela se concrétise, de nombreux éléments doivent être réunis. Cela exige aussi plus des musiciens qui m’accompagnent. Dans un groupe ‘traditionnel’, tout le monde participe à la composition, ce qui facilite naturellement l’apprentissage et l’intégration des morceaux. Avec A DREAM OF POE, les musiciens qui me rejoignent sur scène n’ont pas participé à la création initiale. Il faut donc plus de temps pour atteindre le même niveau de confort et de confiance avec le répertoire. Nous avons été un peu plus actifs entre 2015 et 2017, principalement à Edimbourg, avec aussi un concert en Roumanie. Après cela, je me suis concentré sur l’écriture de « The Wraith Uncrowned » (sorti en 2019 – NDR), et nous avions prévu une tournée en 2020 pour fêter les 15 ans du groupe… mais on connaît la suite.

Pour ce qui est de recréer la musique en live, la technologie moderne le permet très bien. Certains puristes critiquent l’utilisation de samples, comme s’il s’agissait de playback, mais c’est tout à fait faux. Jouer au métronome, rester parfaitement synchronisé avec l’orchestration, exige précision, discipline et assurance. Si quelque chose tourne mal, la musique ne vous attend pas. Nous l’avons déjà fait, avec la formation écossaise et la formation açoréenne, et ça a extrêmement bien fonctionné. En 2024, nous avons donné un concert exceptionnel aux Açores, où nous avons interprété des morceaux plus orchestraux, comme « The Lament of Phaethon », « The Bringer Of Dawn » et une réinterprétation de « Whispers Of Osiris ». Ce fut une expérience incroyable, même pour moi. Par moments, on ferme les yeux et on a presque l’impression d’avoir un orchestre complet derrière soi. Cela dit, nous mettons tout en œuvre pour remonter sur scène d’ici fin 2026 et en 2027. Nous avons tous hâte de jouer en live et de présenter ces nouveaux morceaux à un nouveau public comme à nos fans de longue date.

Le nouvel album de A DREAM OF POE,  « Katabasis : A Marriage Among Ashes », est disponible chez Meuse Music Records.