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Heavy metal Old School Thrash Metal

Mocs & Cucs : une frénésie contagieuse

Loin d’être parodique, MOCS & CUCS est au contraire farouchement frondeur. Avec une fantaisie mordante, il offre un point de vue libre et engagé sur une Chrétienté, dont il se moque ouvertement. Et quoi de mieux qu’un Heavy Thrash véloce et vivifiant pour lâcher quelques vérités sur fond de grosses guitares et avec un duo basse/batterie au groove épais et ravageur. Avec « Art Al Cristianisme », la formation de Catalogne déferle et appuie là où ça fait mal avec une fougue et une vigueur enthousiasmantes.

MOCS & CUCS

« Mort Al Cristianisme »

(Flegma Records)

Affirmer qu’il y a un petit côté hérétique chez MOCS & CUCS est un doux euphémisme. Cela dit, il faut plutôt voir chez eux une réponse ironique et satirique à la place de la religion chrétienne dans notre société. Volontairement provocateurs et acerbes, ils lâchent « Mort Al Cristianisme », dont la pochette à elle seule résume bien le propos. Le groupe a pour habitude de se faire critique et d’user d’humour noir en s’affirmant anti-religion et indépendantistes. Originaire de Lleida, il est catalan et donc, tout naturellement, c’est dans sa langue maternelle qu’il s’exprime.

A la base du combo fondé en 2011, on retrouve Jordi Castells (chant, guitare) et Guillem Tugues (basse, chant), alias Milford Mocs et Gunther Cucs, qui jouaient aussi au sein de Plowshare, qui a splitté en 2013 après trois albums. Et par coïncidence, « Mort Al Cristianisme » est également le troisième opus de MOCS & CUCS. Comme dans leur ancienne formation, c’est une sorte de crossover Heavy/Thrash qui est à l’œuvre ici. Sarcastiques, mais joués avec une grande précision, ces huit morceaux sont également très bien produits, loin de toute rigolade sonore.

Assez Old School dans l’esprit, on sent bien que le trio a grandi au son du Thrash Metal de la Bay Area et à celui du Heavy européen. Avec un très bon Joaquim Castañ, ami de longue date, derrière les fûts, MOCS & CUCS affiche une belle puissance de frappe. Preuve en est qu’avec beaucoup de légèreté, on peut faire les choses très sérieusement sans jamais tomber dans la caricature. Certains en France pourraient en prendre de la graine ! Les riffs sont tendus, les solos hargneux, la voix rageuse et « Mort Al Cristianisme » fait plus que tenir la route : il déblaye !

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Doom Metal Heavy metal International

Cirith Ungol : la noirceur comme prophétie [Interview]

Il y a 54 ans aujourd’hui, un groupe hors-norme voyait le jour sur la côte californienne, au nord de Los Angeles. Loin du ‘California Sound’ alors en vogue, c’est un Heavy Metal soigné, percutant et ténébreux qu’avait alors élaboré le quintet. Sous l’influence directe de l’œuvre de J.R.R. Tolkien, dont il tire son nom, il dénote de la scène locale et même plus largement du registre Metal d’alors. Pionniers et précurseurs du mouvement Doom, les Américains sont aussi opté pour ce style épique, dont il a aussi fait sa marque de fabrique. Certes, CIRITH UNGOL a fait des émules, notamment du côté de la NWOBHM, mais sans trouver encore actuellement de réel successeur. Après plus de cinq décennies d’activité, avec un break de 23 ans tout de même, cela fait plus d’une décennie que le groupe est revenu sur le devant de la scène et cette renaissance a donné d’incroyables albums. « All The Shadows » est son septième et peut-être même le plus abouti d’entre-eux. Captivant et sombre, il joue sur une intemporalité qui se fond désormais dans l’actualité. Membre fondateur, le batteur Robert Garven revient sur cette magnifique épopée et l’univers de ce combo si particulier et légendaire.

– Avant de parler de ce nouvel album, j’aimerais que l’on revienne un instant sur le « Live At Roxy » sorti l’an dernier. Quelles sensations aviez-vous ressenti 40 ans après avoir foulé ses mêmes planches pour la première fois ? L’émotion était-elle toujours présente ?

C’était incroyable ! J’y ai vu beaucoup de mes groupes préférés au fil des ans, et ça a fait ressurgir plein de bons souvenirs ! J’étais stupéfait de la qualité de l’enregistrement audio, car enregistrer un concert peut parfois être un vrai défi. Je suis très critique envers mes performances, mais je pense avoir bien joué ce soir-là, et ce concert restera gravé dans les annales ! (Sourires)

– D’ailleurs, vous aviez joué (sur le premier CD) l’intégralité de votre dernier album en date, « Dark Parade ». Peu de groupes le font encore aujourd’hui. En quoi était-ce important pour vous ? Est-ce dû justement au fait que vous faites assez peu de concerts ?

Nous ne l’avions jamais fait auparavant, et je suis ravi que nous l’ayons fait. Quand j’étais jeune, de nombreux groupes de la première heure jouaient l’intégralité de leur nouvel album en concert, comme Montrose, Judas Priest et Captain Beyond. Pouvoir reproduire cela a toujours été un rêve pour moi. Bien sûr, certains de ces groupes n’avaient sorti qu’un seul album à l’époque où je les ai vus, c’était donc facile pour eux ! (Sourires) Nous prévoyons de le refaire pour ce nouvel album, une fois à Los Angeles en février et une autre au festival ‘Up the Hammers’ à Athènes en mars prochain !

– Depuis ses débuts, CIRITH UNGOL n’a jamais caché l’influence de J.R.R. Tolkien et du « Seigneur des Anneaux » sur son univers musical. Depuis, des films et des séries ont été réalisés ces dernières années sur cette vaste œuvre. Est-ce qu’à un moment donné, vous vous êtes dits que votre musique ferait une bonne bande originale ? Et auriez-vous aimé participer, de près ou de loin, à l’une de ses aventures cinématographiques ?

Bien sûr, on y a tous pensé à l’époque, mais je crois que la musique qui correspond le mieux à ces sagas épiques était, et est, probablement le style acoustique médiéval qu’elles ont utilisé. La plupart de ces histoires ne mentionnaient pas l’électricité, alors adieu les guitares électriques ! (Rires) Bien que notre nom soit tiré du « Seigneur des Anneaux » de J.R.R. Tolkien, et que nos pochettes d’album représentent Elric de Meliniboné, le champion éternel de Michael Moorcock, la vérité est que ces œuvres littéraires et artistiques incroyables nous ont profondément influencés, mais n’ont jamais été destinées à nous définir en tant que groupe, ni à travers notre musique. C’était simplement une imagerie à laquelle nous nous sentions très attachés.

– Vous sortez « All The Shadows » trois ans après « Dark Parade », ce qui est assez rapide pour CIRITH UNGOL. D’ailleurs, depuis 2020, vos sorties sont plus régulières. Comment expliques-tu ce regain d’inspiration, car on ne peut pas dire que vous soyez très contraints par l’industrie musicale depuis vos débuts ?

A nos débuts, nous étions constamment à la recherche de financements, car nos deux premiers albums étaient autofinancés. Ensuite, d’autres problèmes, parfois indépendants de notre volonté, retardaient sans cesse leur sortie. Ironie du sort, à peine un album sorti, le suivant était déjà composé et prêt à être enregistré, mais nous étions constamment retardés par tous les facteurs évoqués précédemment. De plus, même une fois la musique composée, il faut encore l’enregistrer, la produire, la fabriquer et la distribuer, ce qui prend un temps considérable, généralement environ un an. Il faut donc en tenir compte. Depuis notre reformation, nous nous sommes davantage concentrés sur la finalisation de ces projets et nous avons eu la chance de trouver des maisons de disques prêtes à les distribuer, ce qui nous a énormément aidés.

– D’ailleurs, vous avez quitté Metal Blade Records pour No Remorse Records. Est-ce un désir de renouer justement avec un milieu plus underground, dont vous êtes un représentant de marque et qui vous correspond peut-être mieux ?

Ce n’est pas tout à fait vrai, car tout notre catalogue est toujours chez Metal Blade Records, avec qui nous entretenons d’excellentes relations. Pour la petite histoire, Chris de No Remorse Records est un grand fan de notre groupe. Il m’a contacté cinq ans avant même notre reformation pour savoir si nous comptions nous reformer un jour, ou sortir de nouveaux morceaux, et s’il pouvait faire quelque chose pour nous. Il a créé un label exceptionnel en Grèce, et No Remorse Records compte parmi ses artistes des groupes de Metal épique similaires. Nous avons donc pensé que c’était l’occasion idéale de collaborer avec lui !

– Chez CIRITH UNGOL, il est toujours question de sagas et « All The Shadows » est un nouveau chapitre dans votre discographie. Justement, qu’est-ce qui guide ces aventures ? La narration ou la musique ? Composez-vous vos chansons en fonction des textes et de leurs atmosphères ?

Je ne peux pas te dévoiler notre recette secrète, sinon tout le monde composerait des morceaux comme CIRITH UNGOL ! (Rires) Mais ces chansons ont été écrites selon cette même recette, qui a traversé les âges. Nous les forgeons comme un maître forgeron crée une épée de guerre héroïque. Il ajoute les alliages adéquats pour la rendre solide et authentique, puis martèle ces éléments de métal en fusion pour lui donner force et caractère, avant de la tremper dans le sang des impies ! Une fois la forge achevée, nos cœurs sont noircis et nos âmes brûlées ! (Sourires)

Le groupe a toujours eu une double personnalité avec des chansons sur le thème de l’épée et de la sorcellerie, comme « Frost & Fire », et une facette Doom très sombre et lugubre, à l’instar de « Death of the Sun », « Forever Black » et « Dark Parade ». Depuis la reformation du groupe, le monde semble avoir sombré dans le chaos. Notre musique est le reflet du monde qui nous entoure, alors quand vous tendez un miroir au monde, le reflet que vous voyez est notre son funeste !

– De fait, chaque album de CIRITH UNGOL est un concept en lui-même. Cette fois, il est question d’un futur dystopique qui, finalement, fait aussi écho à notre époque. Est-ce qu’en fin de compte, c’est l’intemporalité du groupe et de sa musique qui rattrapent le présent ?

Nos derniers projets étaient empreints de noirceur, et Tim (Baker, chant – NDR) a une vision bien précise de la genèse des paroles. Voici ce qu’il en dit  : « All The Shadows » est la dernière étape du voyage tortueux qui définit CIRITH UNGOL. Des récits de cœurs noircis et de rêves brisés. Des échos de folie, de corruption, de péché, de visions démentes et d’horreur indicible. L’avenir dystopique de l’humanité mis à nu… La saga continue de notre descente sans fin dans les ténèbres. « All The Shadows » est l’aboutissement de tous nos efforts, entamés avec notre renaissance il y a plus de dix ans. Toutes les chansons qu’il contient sont les ombres de ces mêmes prophéties funestes, devenues la sinistre marque de fabrique de CIRITH UNGOL ».

– Enfin, comme toujours, « All The Shadows » a été enregistré chez vous à Ventura en Californie et la pochette est signée Michael Whelan. Malgré cette fidélité artistique, qu’est-ce qui fait de ce nouvel album l’un des plus aboutis de votre carrière ? Tout n’est pas uniquement question d’expérience, si ?

Bien sûr, tout est subjectif, et chacun a son propre point de vue. Mais pour ma part, je trouve cet album absolument incroyable. Pendant sa création, la musique nous est venue naturellement, comme si c’était une évidence ! Je crois à l’amélioration continue et j’ai le sentiment que chacun de nos albums est un pas en avant par rapport au précédent. C’est vrai que « Dark Parade » était vraiment excellent, alors le surpasser était un défi de taille, et je pense que nous l’avons relevé… (Sourires)

Le nouvel album de CIRITH UNGOL, « All The Shadows », est disponible chez No Remorse Records.

Photos : Nicolas Bremm (1) et Leandro Cherutti (2).

Retrouvez aussi les chroniques du « Live At Roxy » et de « Dark Parade » :

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Doom Metal Heavy metal

Tony Iommi : inside the blackness

La disparition de son compagnon de toujours ne semble pas avoir entamé l’appétit musical de TONY IOMMI, et peut-être d’ailleurs faut-il voir dans ce « From The Dark » un dernier message d’adieu et une éternelle pensée pour le ‘Prince des Ténèbres’. Une chose est sûre, l’Anglais n’a pas dit son dernier mot et invite même une nouvelle génération de musiciens à le suivre dans les chemins tortueux, pavés de Heavy Doom, de ce nouvel opus. Très classique mais irréprochable dans l’interprétation, ces nouveaux titres, s’ils se placent au-dessus de la scène actuelle, perpétuent surtout un savoir-faire exceptionnel et une expérience, qui en a inspiré beaucoup.

TONY IOMMI

« From The Dark »

(BMG)

En reprenant l’univers visuel de son ancien groupe, TONY IOMMI n’entend pas pour autant donner une suite à l’aventure Black Sabbath, bien sûr, mais il y a des étiquettes plus difficile à décoller que d’autres. Un an et demi après cet ultime et pharaonique concert à Birmingham, ‘Back To The Beginning’, suivi du décès du légendaire Ozzy, le guitariste fait donc son retour entouré d’une jeune garde solide et qui ne semble pas impressionné par l’aura de son aîné. Assurant le chant, Jørn Lande (ex-Masterplan, ex-Ark), également à l’écriture, est accompagné par la bassiste Becky Baldwin et le batteur Karl Brazil. Et ils sont à la hauteur de l’évènement.

Ce line-up a donc fière allure et sa jeunesse n’entrave aucunement son habileté, bien au contraire, d’autant que TONY IOMMI n’a rien perdu de son jeu et encore moins de ce Heavy Metal, qui lui colle à la peau et dont il est, rappelons-le, l’un des pères. Côté production, le Britannique la cosigne avec Mike Exeter, ami de longue date et partenaire artistique également présent derrière la console. En prémisse, « World Alone » et « Stormwatcher » ont déjà été dévoilés et la mise en bouche était plutôt pas mal. En effet, les deux titres laissaient entrevoir un album inspiré et très solide dans le son. Et la suite est conforme aux attentes.

Bien entendu, TONY IOMMI ne dévie pas beaucoup de son jeu habituel et on ne saurait lui en vouloir. « From The Dark » déploie l’atmosphère Heavy Doom espérée avec des riffs massifs et impactants, des solos rutilants et toujours ce toucher inimitable (« Black Times », « Beyond The Dead »). Très convaincante, la prestation de Jørn Lande est exemplaire, d’autant qu’il n’essaie pas de revêtir un costume trop grand pour lui. Il chante avec émotion, tout en puissance et sans jouer non plus les timides (« Death Wake », « Return Of The Arbalist »). On retrouve donc tous les codes de ce Heavy Metal si familier avec une mention spéciale pour l’épique « Legacy ».

Photo : Ross Halfin

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Doom Metal Doom Rock Neo-Folk Occult Rock

Maison Dieu : le sens du rite

Le Doom est un vaste terrain de jeu et MAISON DIEU l’a bien compris. Explorant habillement toutes ses possibilités à travers une vision sans œillères du genre, les Transalpins franchissent des limites que beaucoup ne s’autorisent pas. Terriblement organique, ce premier album complet laisse déjà apparaître une créativité qui se défait des codes établis pour s’aventurer dans des univers musicaux très différents. Leur point commun : une mise en scène presque cérémoniale, souvent immersive et d’où peut aussi jaillir une explosivité née de l’urgence. « Città Nascosta » s’impose avec élégance.

MAISON DIEU

« Città Nascosta »

(Octopus Rising/Argonauta Records)

Il y a un peu plus d’un an, le trio signait un premier EP, « Herbacea », déjà très abouti. Fort d’une décennie d’existence, MAISON DIEU a pris son temps et sorti deux singles (« Sei 6 » et « Ellys ») seulement à partir de 2023. Derrière le caractère spirituel de son nom, le groupe prend des chemins sinueux à travers un Doom aussi Rock que Metal et aux accents Stoner et tribaux. En effet, les références des Italiens s’étendent de Messa à Nytt Land avec un côté Heavy et solide. « Città Nascosta » a tout du rituel, entre une noirceur omniprésente et une lumière bien réelle.

Malgré une atmosphère qui peut paraître ténébreuse sur le papier, la musique de MAISON DIEU est finalement assez solaire. Le mélange des langues y est pour beaucoup, puisqu’Ester (chant, guitare) chante dans sa langue maternelle, en anglais et dans une autre qu’elle a elle-même créé. Et cette diversité apporte une multitude de nuances à « Città Nascosta » dans l’approche des registres abordés. « Resta » et son climat néo-Folk ancestral est le parfait exemple des surprises que révèle ce premier opus. Ici, le Doom est aussi psychédélique que ravageur.

Aguerri par une belle expérience scénique acquise ces dernières années, le combo donne le ton avec force dès « Caligramma », où la rythmique s’impose. Le tandem très polyvalent formé de Mauro (basse, chant) et Ivan (batterie) met en évidence une belle maîtrise, loin des conventions. Quant à Ester, son travail sur les riffs est aussi exemplaire que sa prestation vocale, tout en variations. MAISON DIEU possède de belles fondations et son architecture musicale est très fertile (« Dio Ci Vuole Nudi », « Uroboro », « Loba » et le morceau-titre). Captivant !

Retrouvez la chronique de leur premier EP, « Herbacea » :

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Djent Metal Progressif Modern Metal

Sangham : sans compromis

Déjà vaste, l’univers de SANGHAM prend encore un peu plus de volume et de densité sur cette deuxième réalisation. Direct et intense, « The Radiant Crown » reprend les thématiques d’« Intangible », sorti en 2021, avec une force décuplée et une intention clairement explicite. Les Français soufflent toujours le chaud et le froid dans un engagement de chaque instant. Véloce et musclé, leur Modern Prog Metal a changé de dimension, se montre plus assuré et ces huit nouveaux morceaux témoignent d’une envie et d’une maîtrise totales, qui font de ses nombreuses nuances une signature distincte.   

SANGHAM

« The Radiant Crown »

(Independant)

Il y a cinq ans, les Marseillais faisaient leurs premières armes avec « Intangible », un premier effort solide et déjà personnel. Entre-temps, la scène aidant, SANGHAM semble s’être remis en question, ou du moins a affiné la vision de sa propre musique. D’un Metal Progressif déjà très actuel dans l’approche, c’est aujourd’hui un registre nettement plus hybride qui est à l’œuvre sur « The Radiant Crown ». Ce qui n’était que fulgurances, à savoir le côté Djent et un léger penchant pour le Death, font désormais partie intégrante de la patte du combo. Ainsi, de nouvelles voies se dessinent dans lesquelles le quatuor s’engouffre habillement et sans retenue.

Sans parler de métamorphose, l’une des raisons de ce léger changement de cap vient peut-être du nouveau line-up de SANGHAM. Toujours mené par son duo fondateur, Christelle Meunier (chant) et Cyril Lhuillier (guitare), tous deux compositeurs, Paul Gavoille (basse) et Antoine Balzé (batterie) les ont rejoint et cette nouvelle rythmique a du feu dans les mains. Très polymorphes, les tempos sont d’une agilité et d’une puissance remarquables, de quoi laisser exploser ces nouvelles compositions avec fluidité. Côté chant, l’équilibre se fait toujours entre voix claires et growls, ces derniers ternissant cependant, un peu par facilité, l’identité originale du combo.

On l’aura compris, les dualités et les contrastes restent la base du jeu des Phocéens, qui s’appuient une fois encore sur une production solide et soignée. Engagé, SANGHAM mène toujours vigoureusement ses combats contre la maltraitance animale, la surconsommation et la domination patriarcale. Il en est d’ailleurs question sur « Reclaim », où pas moins de dix musiciennes françaises se relaient dans un collectif militant déterminé. Multipliant les ambiances, « The Radiant Crown » est brutal et aérien, et toujours mélodique et captivant (« The Insatiable Ogre », « La Tour Dorée » chanté en français, « Our Vain Pleasure », « Listen »). Limpide et sans compromis.

Photo : Elise Meunier

Retrouvez l’interview du groupe à l’occasion de la sortie de son premier album « Intangible » :

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Doom Metal Heavy metal Old School

Crimson Coven : la magie du rituel

Atmosphérique et énigmatique, cette première réalisation de CRIMSON COVEN est la très belle sensation venue d’Espagne. Teinté de Doom, le Heavy Metal vintage développé sur « I – The Forge » s’inscrit dans la tradition européenne du genre avec des riffs massifs, des solos pleins de feeling, un chant captivant et une force naturelle assez sombre. Très narrative, l’épopée du combo est d’une sincérité sans faille, jouant sur des crescendos créatifs, des accélérations bien senties et un univers familier.

CRIMSON COVEN

« I – The Forge »

(Cruz Del Sur Music)

Avec après avoir sorti une première démo, « O – The Genesis », l’an dernier en catimini, le mystérieux groupe espagnol se présente sur la longueur avec le judicieusement intitulé « I – The Forge ». L’album donne tout l’air d’être la véritable entrée en matière de CRIMSON COVEN et elle est vraiment réussie. Désireux que leur musique soit appréciée sans le moindre préjugé, les membres du groupe ont préféré l’anonymat et ne sont baptisés que par des initiales. Et dans un sens, et surtout vu le niveau, l’idée est plutôt bonne, tant leur Metal est authentique.

Dans l’esprit, ce premier opus résonne d’une empreinte fortement Old School, mais la qualité de la production et de l’interprétation ne laisse aucun doute quant à la touche très actuelle de l’ensemble. L’idée de CRIMSON COVEN semble surtout de perpétuer l’héritage du True Metal que distillaient Mercyful Fate et Candlemass aux débuts des années 80, à savoir Heavy dans le fond et assez Doom dans la forme. La synthèse est parfaite et on se laisse porter par les ambiances ténébreuses de ce « I -The Forge », plutôt haut de gamme.

Epiques et faisant la part belle à des chœurs saisissants, qui vont faire des étincelles en concert, la formation ibérique est solidement armée. Alternant des titres mid-tempos avec des envolées plus musclées, elle peut compter sur deux guitaristes inspirés et virtuoses et un frontman dont le chant vient rappeler en quoi le Heavy Metal s’écrit en lettres majuscules. Efficace et mélodique, CRIMSON COVEN rebat les cartes avec beaucoup de classe et d’assurance (« Crimson Coven », « The Birth Of Serpents », « Crowns Of Geed », « Unleash The Kraken ») . Magistral !

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Groove Metal Metal Progressif Post-Metal

Hippotraktor : titanesque

Agile et féroce, la formation belge n’a pas décidé de relâcher la pression et ses nouvelles compositions témoignent d’une volonté incroyable de refuser le dictate des genres et des courants d’un Metal actuel figé et monochrome. HIPPOTRAKTOR déferle et assomme sans prévenir sur cet « Annihilist » ténébreux et d’une phénoménale densité. Tout en percussion et grâce aussi à un frontman polymorphe, l’ampleur des riffs et la variété des tessitures et des tempos sont d’une expressivité limpide et vertigineuse.

HIPPOTRAKTOR

« Annihilist »

(Pelagic Records)

Après « Meridian » (2021), puis « Stasis » (2024) auxquels il convient d’ajouter leur tout premier EP « P’eau » (2018), les Belges reviennent bousculer l’ordre établi avec « Annihilist », un troisième effort qui vient confirmer que la voie empruntée depuis le début est la bonne. Avec une approche profondément moderne, le Metal de HIPPOTRAKTOR est conçu de différents alliages. Progressif, Groove, Post-Metal et un brin Sludge, il offre une synthèse particulière avec une originalité très personnelle et une technicité impressionnante, sans être démonstrative.

La force du combo réside dans son collectif, lequel ne serait rien sans ses individualités, c’est vrai, mais lorsqu’une telle complémentarité est à l’œuvre, elle paraît tout simplement inarrêtable. Et HIPPOTRAKTOR fait partie de ceux-là, entre une puissance démesurée et une facilité à créer des atmosphères hypnotiques. « Annihilist » appartient à ses disques hors-norme, où la complexité du jeu vient se cacher derrière une évidence flagrante. D’une grande profondeur et à travers des reliefs torturés, la fluidité et la finesse d’interprétation ont de quoi éblouir.

De fulgurances écrasantes en ponts aériens délicats, HIPPOTRAKTOR poursuit le chemin tracé sur « Stasis » avec une production massive et dynamique. Dès « I Breathe, I Am », on entre dans le vif du sujet, lequel est sombre et intense. Tout en contraste, les paysages sonores défilent avec puissance sur un rythme implacable (« Courageous Apathy », « Oblivion Walker », « Everything Is Permissible », « A Different Now »). Parfois brutal, ce nouvel opus dévoile aussi une certaine sophistication, sans être pour autant surproduit. Une troisième sommation explosive !

Retrouvez la chronique de « Stasis » :

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Heavy metal Thrash Metal

Bloodstain : héritier direct

Véritable terre de Metal, la Suède voit émerger une nouvelle pépite, qui fait déjà parler d’elle depuis quelques temps. Fondé il y a seulement trois ans, BLOODSTAIN montre les muscles sur un premier album éponyme puissant, racé et dense. Traditionnel dans l’approche, son Heavy Metal aux contours légèrement Thrash s’inspire autant de la scène européenne qu’américaine. Et il en ressort un opus vivifiant et fougueux. La formation scandinave, si elle se cherche encore un peu, est déterminée et convaincante… Et donc à suivre.

BLOODSTAIN

« Bloodstain »

(Threeman Recordings)

Après avoir autoproduit un EP, « I Am Death » en 2024, le combo de Stockholm avait tapé dans l’œil de beaucoup de monde, à commencer par le label Threeman Recordings dirigé par Alex Hellid, guitariste d’Entombed, qui produit d’ailleurs « Bloodstain ». Une entrée en matière plutôt réussie et ce premier album vient confirmer tout le potentiel entrevu sur les singles distillés des derniers mois. Malgré leur jeune âge, les membres de BLOODSTAIN font preuve d’une grande maturité, même si certaines influences demandent encore à être bien digérées.

La première qui vient à l’esprit est l’empreinte manifeste de Metallica sur les compositions du groupe. Et même s’il est estampillé ‘Thrash Metal’ par sa maison de disques, c’est plutôt un Heavy Metal, certes musclé et solide, que nous livrent les Suédois. Soutenues par de gros riffs et une rythmique massive, les mélodies prennent vraiment le dessus, offrant un aspect musicalement très accessible à BLOODSTAIN. Techniquement, le quatuor est irréprochable et sait se montrer fédérateur. Nul doute que les concerts doivent être franchement enflammés.

Ce qui est intéressant ici, c’est que le quatuor fait le pont entre le Thrash de la Bay Area de la grande époque et la NWOBHM. Avec une énergie brute, on le sent impliqué et enthousiaste, et à la fois technique et direct. BLOODSTAIN avance sans compromis, avec maîtrise et la qualité des arrangements lui donne un côté épique sur certains titres. « Bloodstain » est bien ficelé et si on le considère comme une carte de visite, l’avenir du combo s’annonce radieux (« Annihilation Line », « Somewhere Sinister », « Taint Me », « Lies Bleeding Though », « Conspiracy »). Costaud !

Photo : Linda Florin

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Dark Folk Neo-Folk

Nytt Land : the celebration of nature

Acteur majeur d’une scène néo-Folk en plein essor depuis quelques années et essentiellement originaire de Scandinavie, NYTT LAND se distingue par son pas de côté. Ici, l’esprit viking ne guide pas l’atmosphère globale et c’est surtout la variété des chants, diphoniques et de gorge typiquement sibériens, qui fascine. Entourés d’instrumentaux anciens, mais aussi de quelques boucles rythmiques électroniques et d’une profondeur de chaque instant, « Ritual Of Stone Sun » fait la part belle aux morceaux les plus entraînants dans un recueillement pagan toujours très immersif.

NYTT LAND

« Ritual Of Stone Sun (Live 2026) »

(Season Of Mist)

Le chamanique duo ne pouvait manquer de célébrer l’équinoxe de printemps, et cet éveil de la nature, comme il se doit et au son de sa Dark Folk enivrante. Quelques mois seulement après la sortie d’« Abra Khan », NYTT LAND signe son arrivée sur le label français Season Of Mist avec un enregistrement live capté le 22 mars dernier à Moscou. Le couple Pakhalenko, Natalia et Anatoly, offre une performance captivante, digne de l’évènement ancestral auquel il rendait hommage. Et «  Ritual Of The Stone » captive grâce à une setlist imparable.

Depuis plus de deux décennies maintenant, NYTT LAND travaille et recherche au plus profond de l’Histoire des tribus sibériennes notamment un héritage essentiellement vocal, afin de le préserver d’une part, et de le transmettre de l’autre. Les Russes, de par leur démarche artistique et les chants et récits collectés, font œuvre de préservation en (re)donnant vie à une culture immémoriale. Dans une ferveur très solennelle, « Ritual Of Stone Sun » résonne toujours de cet élan très introspectif et s’il charme, il se veut avant tout très respectueux de ces traditions.

Bien sûr, leur Sibérie natale reste au cœur leurs recherches, mais la magie de la mythologie nordique est aussi un pan important dans la discographie de NYTT LAND. Les liens paraissent même assez évidents et se dévoilent avec une même ardeur sur des morceaux devenus des classiques de la formation (« The Fires Of Midgard », « Risu Raknar », « Ragnarok »). Les applaudissements, qui viennent ponctuer le concert, sont autant de marque de respect de la part d’un public conquis par ce voyage musical intemporel (« Sotvorenie », « Equinox »).

Photo : Dimitrii Kulikov

Retrouvez les chroniques des précédents albums du duo :

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Speed Metal Thrash Metal

Anthrax : une identité retrouvée

Dix ans d’attente, et même beaucoup plus plus pour d’autres, et revoici nos gaillards de la côte est américaine qui refont parler la poudre ! Et la surprise est d’autant plus agréable, qu’on ne s’y attendait vraiment plus. En effet, sortir des disques est une chose, laisser une trace en est une autre. Avec « Cursum Perficio », ANTHRAX montre qu’il a toujours la rage, mais surtout que cette agressivité sonne comme une renaissance… en tout cas pour les fans de la première heure. Plus Speed que véritablement Thrash, le Metal des Américains vibre à l’unisson et puissamment.

ANTHRAX

« Cursum Perficio »

(Nuclear Blast Records)

Après Megadeth, c’est ANTHRAX qui régale. Décidément, quelle année ! Créatifs et novateurs jusqu’à « Persistence Of Time » et après avoir traversé plus de trois décennies en état de mort musicale, au point de s’interroger sur leur légitimité au sein du fameux ‘Big Four’, les New-yorkais renouent enfin avec la fougue et l’originalité qui ont fait leur marque de fabrique. Pour autant, le Thrash racé et incisif des débuts est désormais loin, mais on retrouve un Speed Metal mélodique un brin thrashy, c’est vrai, et d’une redoutable efficacité et d’une grande capacité à fédérer.

En y allant même de ses lettres latines, le groupe annonce une certaine prestance avec ce treizième album nettement plus riche et inspiré que son prédécesseur, « For All Kings », qui leur avait pourtant valu quelques belles louanges. Avec un Scott Ian retrouvé, qui était peut-être aussi parti se perdre avec The Damned Things, Motor Sister et plus récemment Mr Bungle, faute de mieux, ANTHRAX récupère le moteur de son jeu et de son style dans une forme incroyable. Ses riffs sont acérés et s’il s’est légèrement apaisé avec l’âge, ses rythmiques restent flamboyantes.

Ce qui surprend aussi sur « Cursum Perficio », c’est ce line-up originel (hormis Jonathan Donais arrivé en 2013) qui renoue avec l’envie de jouer ensemble. Derrière les fûts, Charlie Benante est impérial, Frank Bello enchaîne sans broncher les lignes de basse et surtout Joey Belladonna chante avec une liberté qu’il n’avait plus laissé entendre depuis des lustres. ANTHRAX est donc en ordre de marche et ça fait franchement plaisir ! Il suffit d’écouter « The Edge Of Perfection », « It’s For The Kids », « NYC 93 » ou « T.O.M.B. » pour s’en convaincre. La retraite n’est pas pour demain !

Photo : Travis Shinn