La nouvelle génération, tout comme les touristes, qui se rendent chaque mois de juin au ‘Hellfest’ n’ont pu échapper à l’imposante statue de Lemmy Kilmister qui trône sur le site de Clisson. Edifié tel un dieu du Metal, le bassiste et chanteur est devenu une véritable icône, chose qui l’aurait d’ailleurs beaucoup amusé de son vivant. Presque dix ans après son décès, il continue de faire couler beaucoup d’encre et c’est le journaliste et auteur Julien Deléglise, qui se penche cette fois sur l’épopée de la formation désormais incontournable, qui a laissé un héritage conséquent à tous les amateurs de Rock joué fort.
MOTÖRHEAD
Julien Deléglise
Editions du Layeur
Sur MOTÖRHEAD, tout a été très probablement dit, écrit et entendu depuis un bon moment déjà. Et pourtant à chaque anniversaire d’un album, de celui du groupe, ou de la naissance et de la mort de Lemmy, tout est prétexte à ressortir des choses, pas toujours sortables d’ailleurs. Le groupe est devenu, un peu malgré lui, un objet marketing très rentable. Car c’est finalement seulement quelques années avant la disparition de l’emblématique leader du plus ‘power’ des power-trios que les Britanniques ont enfin pu embrasser une reconnaissance plus que méritée par le plus grand nombre, fans ou pas d’ailleurs. Et étonnamment, et à l’instar des Ramones par exemple, tout le monde est aujourd’hui en adoration devant cette institution du Rock au sens large… sans souvent la connaître.
Le projet de Julien Deléglise, l’auteur du livre, est de célébrer cette incroyable sensation de liberté absolue représentée par MOTÖRHEAD. C’est vrai qu’on peut presque comparer sa carrière à un véritable mode de vie, très souvent borderline, mais authentique Et puis, il revient également sur l’intégrité de ce musicien mythique, fédérateur et charismatique qu’était Lemmy Kilmister. Et il n’y a rien de galvaudé là-dedans. Pour l’avoir vu à de très nombreuses reprises en concert, il y a avait un côté hypnotique qui se produisait dès son arrivée sur scène et les premières notes suffisaient à enflammer n’importe quelle salle. Immédiatement, le public entrait dans une sorte de transe contagieuse. Car, on ne se rendait jamais à une prestation du combo par hasard.
Par conséquent, c’est un plaisir de se plonger dans ce « Motörhead » qui s’articule autour de la chronologie des albums des rockeurs anglais, petite exception faite de « On Parole » sorti quatre ans après son enregistrement. On y retrouve des anecdotes sur la vie de ses membres en studio, en tournée (car ils n’arrêtaient jamais !) ou même au quotidien. Souvent houleux, le parcours de MOTÖRHEAD est tout sauf un long fleuve tranquille. Et il en jouera d’ailleurs aussi entre provocations assumées et déclarations tranchantes et pleines de bon sens du grand Lemmy, qui les distillait malicieusement. C’est aussi l’occasion de se pencher sur la belle discographie, officielle ou non, de la légende et aussi de celles des musiciens qui ont œuvré à sa construction. Instructif et nostalgique à la fois !
Mélanger aussi habillement Heavy Metal et Hard Rock en y apportant une touche mélodique n’est pas forcément un exercice aisé. Mais lorsqu’il s’agit de ce qui peut s’apparenter à un super-groupe, cela devient presque facile. KINGS OF MERCIA présente sans doute l’un des meilleurs line-up actuels et avec de tels musiciens, lorsque la magie opère, cela devient une évidence. Avec « Battle Scars », la formation anglo-américaine confirme l’élan pris sur son prédécesseur avec toute la classe et la fougue qu’on peut légitimement attendre d’elle.
KINGS OF MERCIA
« Battle Scars »
(Metal Blade Records)
Ils ne se sont jamais rencontrés physiquement et pourtant l’alchimie entre eux est manifeste. Jim Matheos, guitariste de Fates Warning, et Steve Overland, frontman de FM, ont scellé une belle collaboration qui avait débouché sur un premier album éponyme sorti il y a deux ans. Fort de cette complicité artistique naissante, KINGS OF MERCIA se présente avec « Battle Scars », un digne successeur dont le style s’affine et qui se veut plus précis musicalement et désormais vraiment identifiable. Chacun semble avoir trouvé ses marques.
Travailler à distance n’est apparemment plus un rempart à la créativité, même si le Britannique admet sa préférence pour la proximité du studio. Et KINGS OF MERCIA s’en accommode d’ailleurs facilement. Cela dit, le duo est accompagné de Simon Phillips à la batterie et de Joey Vera à la basse, et ça aide beaucoup. En effet, très peu de groupes tirent leur épingle du jeu dans ce genre de configuration. Et les exemples ne manquent pas. A eux quatre, ils rivalisent de virtuosité jusqu’à ne faire qu’un.
Le quatuor livre un Hard Rock mélodique et s’éloigne aussi des prédispositions progressives de l’Américain. D’ailleurs, afin de mieux saisir l’énorme potentiel de KINGS OF MERCIA, plusieurs écoutes s’imposent en s’attachant aux détails de chaque instrument. Car, même s’ils ne se sont jamais réunis, les arrangements et la production de l’album surclassent bien des réalisations. Les riffs sont racés, les solos millimétrés, la rythmique impériale et Steve Overland se révèle dans un registre assez éloigné de sa formation d’origine. Une leçon !
(Photo : Simon Ward & Jeremy Saffer)
Retrouvez la chronique du premier album du groupe :
Ces cinq dernières années sont probablement les plus créatives de D-A-D depuis un bon moment. Même si la formation de Copenhague est restée fidèle à ce Hard Rock si californien, le définissant presque comme le plus américain des groupes scandinaves, elle semble surfer aujourd’hui sur la vague d’une inspiration retrouvée. Dynamique et accrocheur, le quatuor y va même de son premier double-album en 40 ans de carrière et le musée national de la capitale danoise lui a même dédié une exposition relatant sa belle aventure. Autant d’évènements sur lesquels revient Jesper Binzer, heureux frontman d’un groupe qui mesure sereinement le chemin parcouru et le travail accompli…
– Avant de parler de ce nouvel et double album, j’aimerais que tu me dises quels sentiments t’ont traversé lorsque le ‘Danish National Museum’ a décidé de vous consacrer une exposition pour célébrer les 40 ans du groupe en mars dernier ? C’est quelque chose d’assez exceptionnel, j’imagine, que de devenir une institution dans son pays ?
Lorsque le Musée National du Danemark nous a demandé si nous souhaitions participer à une exposition D-A-D pour célébrer les 40 ans du groupe, nous avons commencé par rire ! Sommes-nous désormais devenus des pièces de musée ? (Rires) Il s’avère que oui et c’était un grand honneur et beaucoup de travail aussi. Ils ont eu leur façon de communiquer dessus et nous avons eu la nôtre. Mais nous avons trouvé un terrain d’entente et cela s’est avéré être un très grand moment de culture contemporaine, avec tout ce que nous avons pu traverser et transmettre à travers notre musique dans le temps.
– Autre moment fort de cette année en plus de cette exposition, c’est ce concert que vous avez donné au ‘Planetarium’ à Copenhague, qui est l’endroit où se trouvait l’emblématique théâtre ‘Saltlageret’ et où D-A-D a donné son tout premier concert. Est-ce que c’est la date la plus excitante, et émotionnellement la plus forte, de cette tournée avec ce que cela représente ?
Remonter dans le temps est bien sûr le mot d’ordre lorsqu’il s’agit d’un 40ème anniversaire. Donc jouer un concert au sommet des ruines du lieu de l’un de nos premiers concerts était une excellente idée. Et comme le nouvel album a une pochette très spatiale et lointaine avec le crâne de vache en guise de météore, c’était parfait pour coller au thème. Doublement parfait, en fait… (Sourires)
– Parlons de « Speed Of Darkness », votre treizième album, qui se trouve aussi être votre premier double-album. Qu’est-ce qui pousse une formation reconnue comme la vôtre à sortir un tel disque dans une époque où le streaming est devenu envahissant ? Peut-être un peu de nostalgie par rapport au vinyle et à vos débuts, où ce genre de production n’était pas rare du tout ?
En fait, nous avons passé beaucoup de temps à composer et à nous amuser ensemble. A tel point que c’était difficile de choisir les morceaux à la fin… Après, chacun peut écouter tout ce qu’il veut aujourd’hui avec le streaming, c’est vrai. Mais le vinyle est aussi quelque chose de spécial pour beaucoup de nos fans…
– Justement, depuis la sortie du très bon « A Prayer For The Loud » en 2019, où on vous avait retrouvé très inspirés, vous avez composé 40 chansons pour n’en garder que celles qui figurent sur « Speed Of Darkness ». Comment expliques-tu cette grande créativité de ces dernières années ? Y a-t-il eu un déclic entre vous ? Quelque chose de particulier et de déclencheur ?
Pour être honnête, il a fallu très longtemps pour que ce déclic arrive. Nous avions composé au moins une dizaine de chansons, qui étaient fondamentalement nulles. Mais nous avons continué et insisté, même si rien de génial n’est apparu immédiatement. Je pense que le déclic a eu lieu début 2023. À ce moment-là, nous étions en répétition depuis plus d’un an déjà. Au final, ce sont l’astuce, la persévérance et le travail acharné, bien sûr associés à une certaine forme de confiance en nous, qui nous ont aidés à y parvenir.
– 2024 marque donc le quarantième anniversaire de D-A-D et l’on ne peut que saluer une telle longévité, d’autant que votre line-up n’a pas bougé depuis les débuts en dehors de l’arrivée de Peter Lundholm en 1998, il y a 26 ans déjà. C’est aussi ça le secret du groupe ? D’être restés unis et avec une idée commune de la musique que vous avez toujours souhaité faire ?
J’imagine que nous avons la chance d’avoir un objectif commun. Sans doute aussi avons-nous peut-être eu une bonne éducation ? Il faut beaucoup d’introspection pour pouvoir non seulement voir les défauts des autres, mais aussi essayer de changer soi-même parfois. Mais je pense aussi que c’est principalement parce que nous nous offrons la possibilité de pouvoir toujours façonner le Rock dont nous rêvons. La communion entre nous est parfaite et nous savons tous comment faire un super riff bien Rock… (Sourires)
– Vous avez également fait appel à Nick Foss, qui vous connait très bien, pour produire « Speed Of Darkness ». On y retrouve vraiment ce qui fait l’essence-même de D-A-D, c’est-à-dire un son à la fois puissant et moderne, mais paradoxalement très intemporel. L’objectif était-il de réaliser une sorte de synthèse musicale et sonore de votre carrière à l’occasion cet anniversaire ?
En fait, nous avons simplement composé beaucoup de chansons. Ensuite, plus nous nous sommes impliqués, mieux nous avons su qui nous sommes aujourd’hui. On ne voulait pas non plus être des copies, ou des parodies, de nous-mêmes, mais créer un D-A-D nouveau et amélioré.
– L’album contient des morceaux très directs, parfois assez épurés puisqu’ils ne sont pas surproduits justement. C’est vers cette efficacité que vous tendiez dès le début ? Ecrire et jouer des chansons fraîches, directes et accrocheuses ? Retrouver les fondamentaux du Hard Rock comme on le jouait dans les années 90 et avec l’esprit d’aujourd’hui ?
C’est vrai que nous avons travaillé dur et, au fil du temps, notre confiance en nous a grandi. Cela dit, nous ne pouvons pas nier que nous sommes aussi des témoins de l’évolution du Rock. Nous avons donc essayé de maintenir notre meilleur côté au goût du jour, c’est-à-dire en restant très actuel, tout en conservant l’énergie de nos débuts.
– Justement, où est-ce que vous vous situez aujourd’hui sur la scène Hard Rock en tant que précurseurs du genre ? Quel regard portez-vous sur la nouvelle génération et vous sentez-vous aussi dépositaires d’un certain héritage musical ?
Nous sommes un vieux groupe de ‘Punk Rock’ dans l’âme et cela nous permet de rester authentiques ! (Sourires) Nous savons que la mélodie et l’énergie sont les deux choses les plus importantes dans notre musique et dans cet ordre-là. Et puis, avoir des fans fidèles, notamment dans notre pays, constitue également une grande partie de notre travail au fil des années. Nous sommes constamment en dialogue avec eux et avec ce qui se passe autour de nous. Aujourd’hui, nous restons curieux de voir ce que l’avenir nous réserve… (Sourires)
– La tournée a déjà commencé et elle doit avoir une saveur particulière, d’autant que vous êtes aussi réputés pour être un groupe de scène redoutable. Sortir un double-album et fêter en même temps ses 40 ans d’existence peuvent avoir des avantages et quelques inconvénients… Comment choisir vos meilleures chansons dans un tel répertoire ? Vous allez donner des concerts de quatre heures ?
Je ne pense pas que nous ferons un jour un concert de quatre heures ! (Rires) C’est vrai que nous avons environ 200 chansons que nous pourrions jouer sans même les répéter. En l’occurrence, et comme il s’agit de concerts anniversaires sur la tournée, nous jouerons environ cinq nouvelles chansons au milieu des classiques. Notre objectif est surtout de délivrer beaucoup d’énergie sur scène.
– Enfin, à l’écoute de « Speed The Darkness », D-A-D apparait avec une incroyable fraîcheur et surtout beaucoup d’envie. Et on a le sentiment que vous n’êtes vraiment pas prêts de lever le pied et qu’au contraire, ce nouvel album vous a donné un nouveau souffle et qu’il a presque un effet ‘fontaine de jouvence’ sur vous. C’est le cas ?
L’expérience de l’exposition au Musée National nous a permis d’apprendre à mieux connaître notre passé. Nous avons passé des nuits là-bas à regarder de vieilles photos des premiers albums et des concerts de D-A-D. Nous avons aussi pu observer et écouter beaucoup d’enregistrements et de documentaires. Tout cela nous a apporté un nouveau regard et aussi une certaine douceur de voir ce que nous avons réellement accompli pendant 40 ans. Et puis, c’est vrai que nous sommes dans une bonne phase en ce moment… (Sourires)
Le nouvel et double-album de D-A-D, « Speed The Darkness » est disponible chez AFM Records.
Il est tellement actif qu’on pourrait très bien imaginer MYLES KENNEDY être à court d’idées ou d’inspiration. L’homme possède, c’est vrai, un agenda très, très rempli. Or, avec « The Art Of Letting Go », c’est tout le contraire que vient démontrer le musicien de Boston. Car ce troisième effort en solitaire, loin du feu des projecteurs essentiellement braqués sur ces projets en groupe, est de loin son meilleur. Complet et virtuose, ce nouvel opus est d’une justesse de chaque instant. Généreux et authentique, dans sa musique comme dans ses textes, le songwriter atteint une maturité artistique guidé par un fort tempérament.
MYLES KENNEDY
« The Art Of Letting Go »
(Napalm Records)
Il y a des artistes dont les albums solos dépassent très nettement ceux qu’ils font en groupe, et MYLES KENNEDY fait définitivement partie de ceux-là. Tout semble si naturel et évident lorsqu’il est seul aux commandes qu’on a presque le sentiment qu’ailleurs, il est freiné. Que ce soit avec Slash & The Conspirators ou même avec Alter Bridge (le meilleur des deux !), il est méconnaissable dans sa façon d’écrire. Alors, bien sûr, chacun choisira ensuite dans quel rôle il le préfère. En tout cas, pour tout amateur de Rock/Hard US, ses productions sont toujours limpides et lumineuses. Ici encore, ses parties de guitare et son chant prennent subitement un nouvel éclat et une saveur toute personnelle.
Cette fois encore, « The Art Of Letting Go » est l’œuvre d’un maître artisan. MYLES KENNEDY est littéralement au sommet de son art. Si sa voix développe une force toujours très maîtrisée, capable notamment d’envolées surpuissantes, les parties de guitares sont elles aussi d’une incroyable richesse. Entre ce déluge de riffs aux sonorités tellement variées qu’il surprend à chaque morceau et des solos toujours aussi bien sentis, le musicien se met littéralement au service de ses chansons. S’il en fait beaucoup, il n’en fait jamais trop et les artistes de ce calibre se font très rares. Il n’y a ici aucune course à la surenchère. L’efficacité est son moteur… et il ronronne.
Accompagné des fidèles Zia Uddin à la batterie et Tim Tournier à la basse, le trio s’engouffre dans un Rock/Hard US souvent bluesy et toujours très solide. Et cette formule fait mouche que ce soit dans les moments les plus forts et implacables (« The Art Of Letting Go », « Say What You Will », « Mr Downside »). Et quand MYLES KENNEDY laisse parler ses émotions, on monte encore d’un cran dans un Rock universel qui parait si naturel (« Miss You When You’re Gone », « Save Face », « Nothing More To Gain »). Et malgré un ensemble très ample doté d’un volume incroyable, le chanteur sait jouer sur la corde sensible avec beaucoup de sincérité (« Behind The Veil » et surtout « Eternal Lullaby »). L’énergie et la beauté !
Retrouvez la chronique de son album précédent, « The Ides Of March » :
En revenant à un son plus rentre-dedans et plus ‘sauvage’, HOUSE OF LORDS semble avoir choisi la bonne voie, celle d’une certaine réhabilitation auprès d’un public un brin nostalgique de ses débuts. En effet, « Full Tilt Overdrive » présente une belle dynamique avec un accent mis sur les guitares, histoire de se rappeler ô combien Jimi Bell est un musicien plein de feeling et de fougue. Le combo américain repart de bonnes bases, déjà posées sur le précédent opus et c’est une bonne nouvelle !
HOUSE OF LORDS
« Full Tilt Overdrive »
(Frontiers Music)
HOUSE OF LORDS fait partie de ces nombreux groupes californiens qui se sont fait connaître grâce à des débuts discographiques époustouflants… Chose qu’on ne voit plus beaucoup de nos jours. En 1988, avec son premier album éponyme, il avait fait plus qu’attirer l’attention dans le petit monde du Hard Rock. Des morceaux hyper-fédérateurs et très mélodiques, mais tout de même suffisamment puissants pour rivaliser avec les plus nerveux de l’époque. La suite a été assez chaotique avec de nombreuses turbulences internes, qui ont mené à un bal incessant d’allés et venues dans ce line-up devenu par la force des choses très fluctuant.
Il ne reste aujourd’hui que son emblématique frontman, James Christian, de la formation originelle et pourtant HOUSE OF LORDS reste toujours aussi identifiable. Composé depuis « Saints And Sinners » (2022) du guitariste Jimi Bell, du claviériste et compositeur Mark Mangold et du batteur suédois Johan Koleberg, une unité artistique semble être retrouvée, ainsi qu’une envie d’avancer ensemble. C’est en tout cas qui ressort à l’écoute de « Full Tilt Overdrive », dont la production assez brute et directe se veut beaucoup plus organique et puissante. Et le quatuor, dans cette configuration, parait également beaucoup plus inspiré.
Vocalement irréprochable, James Christian n’a rien perdu de son charisme et reste l’un des meilleurs chanteurs du genre. Fidèle à lui-même en quelque sorte. La petite surprise vient peut-être des guitares, nettement plus en valeur qu’habituellement, relayant légèrement les claviers au second plan. Même s’il reste toujours très mélodique, HOUSE OF LORDS renoue avec ses racines Hard Rock grâce aux riffs et aux solos costauds d’un Jimi Bell en pleine forme (« Bad Karma, « Talking The Fall », « Crowded Room », « Full Tilt Overdrive » « You’re Cursed » et l’épique « Castles High » et ses neuf minutes). Rafraîchissant et tonique !
Même si les influences sont manifestes, tout comme l’intention d’ailleurs, la formation de l’Est de la France nous embarque 50 ans en arrière au temps des pionniers et des légendes du Hard Rock et du Classic Rock. Pourtant, le propos de WINECRAFT est très actuel, seule sa musique libère une couleur vintage. Costaud et mélodique, il invoque les névroses de notre époque et ne boude pas son plaisir à faire de ces tensions des envolées inspirées et entêtantes. Une entrée en matière très réussie avec ce « Witchcraft’n Excess Wine » relevé.
WINECRAFT
« Witchcraft’n Excess Wine »
(Independant)
De toute évidence, il souffle un air de revival sur le Rock actuellement (c’est cyclique, comme dirait l’autre !) et la scène française commence à tirer son épingle du jeu dans le domaine. Bien sûr, on ne peut ignorer les deux beaux représentants issus des terres bretonnes, Komodor et Moundrag (et leur fusion !), et il faut dorénavant mentionner également WINECRAFT, dont le premier effort s’inscrit dans cette même veine. Le Classic Rock du quintet évoque bien entendu, et avec beaucoup d’efficacité, les 70’s et leur grain de folie.
Récemment rassemblés du côté de Strasbourg, les membres du groupe se sont déjà aguerris au sein d’autres formations, puis ont enchaîné avec quelques concerts. Car, c’est justement l’ADN et le nerf de la guerre chez WINECRAFT : la scène ! Ça l’est même au point que « Witchcraft’n Excess Wine » a été enregistré dans des conditions live, afin de capter au mieux l’énergie et la fougue de ses six morceaux… auxquels il faut d’ailleurs ajouter un septième issu en l’occurrence d’une prestation en public (« Who’ll Make It Out Alive ? »).
Bien produit, ce premier EP, long d’une bonne demi-heure tout de même, expose ce son brut et organique, qui constituait la saveur et l’authenticité de cette époque bénie si créative. WINECRAFT maîtrise et connait son sujet, ce qui lui offre une évidente légitimité et une belle crédibilité dans ses compos. Musicalement, l’ambiance renvoie à Led Zeppelin, l’orgue à Deep Purple et certaines parties vocales à Motörhead. Autant dire qu’on s’y sent bien et « Witchcraft’n Excess Wine » régale (« A Protest Love Song », « Back In Town »).
En actant le départ de Siân Greenaway, dont la présence derrière le micro va cruellement manquer, ALUNAH risque de voir ses fans, et beaucoup d’autres, se précipiter sur ce chant du cygne vinylique. Mais que tout le monde se rassure, le désormais trio est décidé à poursuivre son effort, dès qu’il sera de nouveau au complet. « Fever Dream » a donc un aspect assez particulier, qui apporte peut-être même une magie supplémentaire. Car il faut reconnaître qu’il s’agit sans doute de la meilleure réalisation des Anglais, toujours dans ce Hard Rock 70’s si organique et authentique.
ALUNAH
« Fever Dream »
(Heavy Psych Sounds)
La nouvelle ne vous aura pas échappé, c’est avec un petit pincement et beaucoup de regrets que je chronique ce nouvel et dernier album d’ALUNAH avec sa chanteuse Siân Greenaway, qui s’en va continuer l’aventure en solo au sein de Bobbie Dazzle dans un registre a priori plus Glam Rock. Alors, forcément, sur ce « Fever Dream », la fièvre retombe un peu. C’est donc sur ce septième opus majestueux que la frontwoman file vers de nouveaux horizons, non sans livrer une superbe prestation, qui surclasse d’ailleurs artistiquement les précédentes dans sa diversité et sa puissance vocale.
Cependant, si le groupe issu du berceau spirituel du Heavy Metal, Birmingham, perd celle qui lui offrait une identité forte, il n’a pas l’intention de rendre les armes et compte se remettre en selle très bientôt une fois que la ou le successeur sera connu. En attendant, ALUNAH fait feu de toute part avec « Fever Dream », un disque enchanteur, vif et solide et tout aussi aérien qu’épique. Que ce soit les riffs endiablés et les solos magistraux de Matt Noble, la rythmique au groove enjôleur de Dan Burchmore (basse) et Jake Mason (batterie), rien ne manque. L’unité affichée est même incroyable.
Dès « Never Too Late », le ton est donné et on retrouve ce Hard 70’s aux saveurs rétro et vintage, sublimé par la production de Chris Fielding (Electric Wizard). Les Britanniques se dévoilent dans un moment d’inspiration unique et ils passent d’un morceau à l’autre avec une grâce absolue, traversant avec une grande souplesse musicale des atmosphères aussi musclées que planantes (« Sacred Grooves », The Odyssee »). ALUNAH multiplie les clins d’œil au Psych, au proto-Metal avec même un peu de flûte à la Fleetwood Mac sur plusieurs titres (« Trickster Of Time », « Far From Reality », « Celestial »). De belles émotions !
Retrouvez la chronique de « Strange Machine », sorti en 2022 :
Depuis quelques albums déjà, les Suédois resserrent leur jeu, gagnant ainsi en efficacité, et misent aussi sur des riffs racés et des refrains accrocheurs. Fortement marqué par les années 80/90 et avec un son typiquement, et forcément, nordique, ECLIPSE lorgne sur le Hard FM sans complexe, tout en distillant des titres puissants et fédérateurs. Dans la continuité du premier volume, « Megalomanium II » est Heavy, Rock et entraînant. Un opus costaud et dynamique, qui devait faire son effet en concert.
ECLIPSE
« Megalomanium II »
(Frontiers Music)
Un an tout juste après « Megalomanium », le quatuor de Stockhölm livre le second volet et celui-ci confirme avec brio sa bonne marche à travers un style pleinement affiché et assumé. Car si ECLIPSE œuvre sur des fondations Hard Rock et Heavy Metal, il tend de plus en plus vers un registre plus mélodique qui s’adresse à un très large public. Très moderne dans l’approche comme dans la production assurée de bout en bout par le frontman, guitariste et claviériste Erik Mårtensson, ce onzième album garde un côté musclé.
Du côté du line-up, c’est aussi du solide avec les mêmes musiciens que sur le très bon « Wired » (2021). Magnus Henricksson fait des prouesses à la guitare, tandis que la fratrie Crusner (Victor à la basse et Philip à la batterie) guide sans trembler une rythmique implacable. ECLIPSE montre beaucoup d’assurance et l’ambition à peine voilée du titre se retrouve sur les morceaux. Le son massif et très actuel donne aussi un sérieux coup de boost au Hard’n Heavy proposé sur leurs premières réalisations.
Renforcé par quelques claviers, « Megalomanium II » met surtout en lumière le travail des deux six-cordistes, qui rivalisent de riffs acérés et de solos millimétrés. Taillées pour la scène, ces nouvelles compos n’évitent pas certaines références évidentes, mais ECLIPSE impose, par son chanteur aussi, sans mal sa patte (« Apocalypse Blues », « The Spark », « Falling To My Knees », « Still My Hero », « Until The War is Over », « One In A Million »). Les Scandinaves rendent une belle copie et ces deux récents albums consécutifs sont plus que convaincants.
(Photo : Martin DarkSoul)
Retrouvez la chronique du premier volume, « Megalomanium » :
Cela fait dorénavant une cinquantaine d’années que MICHAEL SCHENKER fait partie d’une longue lignée de musiciens qui tend à disparaître, celle des guitar-heros. S’il s’est surtout fait connaître avec MSG, en solo et avec divers projets, il a aussi marqué de son empreinte l’histoire d’UFO malgré une présence assez éphémère, mais retentissante. Afin de célébrer les 50 ans de cette période unique, le guitariste allemand a décidé d’y consacrer trois albums, dont voici le premier.
MICHAEL SCHENKER
“My Years With UFO”
(earMUSIC)
Même s’il n’a fait qu’un passage relativement court au sein du groupe britannique UFO de 1973 à 1978, MICHAEL SCHENKER aura marqué les esprits et sans doute écrit les plus belles pages de la formation devenue mythique par la suite. Cinq petites années donc, ponctuées de six albums qui trônent aujourd’hui au panthéon du Hard Rock mondial et qui sont autant de madeleines de Proust pour tout amateur qui se respecte. On y retrouve « Phenomenon », « Force It », « No Heavy Petting », « Lights Out », « Obsession » et le live « Strangers In The Night » devenu un incontournable. Le guitariste y montre une étonnante précocité qui le mènera très loin par la suite, notamment avec MSG.
Car c’est à 17 ans seulement qu’il est appelé au sein du groupe anglais, alors qu’il œuvre avec son grand frère Rudolf chez Scorpions. Un mal pour un bien à l’époque où UFO affiche une notoriété bien supérieure au combo familial. Comme un poisson dans l’eau, le jeune allemand signe des morceaux devenus incontournables comme les désormais classiques : « Doctor Doctor », « Rock Bottom », « Lights Out », « Let It Roll » ou l’excellent « Only You Can Rock Me » que l’on retrouve tous ici, bien sûr. Si la virtuosité de MICHAEL SCHENKER impressionne déjà, son travail d’écriture n’est pas en reste et pourtant l’aventure s’achèvera sur une fâcherie avec le chanteur Phil Mogg.
Avec son ami producteur Michael Voss, MICHAEL SCHENKER a même tenu à respecter le son de l’époque, puisque la production de « My Years With UFO » n’a rien de clinquante, bien au contraire. Ce qui est clinquant ici, c’est la liste de guests devenus lui apporter un hommage appuyé. Jugez-vous par vous- même : Axl Rose et Slash (mais pas sur le même morceau), Kai Hansen, Roger Glover, Joey Tempest, Biff Byford, Jeff Scott Soto, John Norum, Dee Snider, Joel Hoekstra, Joe Lynn Turner, Carmine Appice, Adrian Vandenberg, Michael Voss, Stephen Pearcy et Erik Grönwall. Un casting de rêve pour un musicien hors-norme, qui a marqué plusieurs générations d’artistes !
Retrouvez la chronique de son dernier en date avec MSG :
Le tempo est soutenu, les riffs tranchants et avec un frontman en grande forme, CROBOT livre l’une de ses meilleures réalisations. Totalement réoxygéné, le quatuor tourne à plein régime dans une atmosphère où son Heavy Rock mâtiné de Stoner et aux refrains typiquement Hard Rock explose frontalement, sans complexe et sans ambiguïté. « Obsidian » renoue avec le son riche de ses débuts pour un moment mélodique et à l’impact fracassant.
CROBOT
« Obsidian »
(Megaforce Records)
Et si CROBOT avait retrouvé la foi ? Non pas qu’il l’ait un jour perdu, mais la parenthèse Mascot Records, avec deux albums (« Motherbrain » et « Feel This ») et un EP (« Rat Child »), aurait pu faire penser que les Américains étaient devenus plus mainstream avec ce format adapté aux radios US. Cela dit, il s’agissait de leur expression discographique car, sur scène, les murs tremblent toujours. Et cette arrivée sur l’emblématique label Megaforce Records marque un retour musclé aux fondamentaux.
Le combo de Posstville, Pennsylvanie, rallume la fonderie sur ce cinquième opus qui transpire le Rock’n’Roll à grosses gouttes et où l’on retrouve avec beaucoup de plaisir l’épaisseur des riffs et la lourde et resserrée rythmique, qui le rendent si irrésistible. CROBOT accueille également le bassiste Pat Seals aux côtés de Dan Ryan (batterie) complétés par les irremplaçables et inamovibles Brandon Yeagley au chant et le fougueux Chris Bishop à la guitare. Gonflés à bloc, la machine retrouve toute sa rugosité et sa puissance.
Toujours au croisement d’un Hard Rock sauvage, d’un Stoner Rock appuyé et de quelques touches Doom, CROBOT avance avec vigueur et met une grosse intensité sur chaque chanson (« Come Down », « Nothing », « Metal », « Disappear », « White Rabbit » et le morceau-titre). Produit par le groupe, puis mixé et masterisé par Alberto De Icaza (Clutch), « Obsidian » creuse dans les méandres de l’âme avec authenticité et force. A la fois sombre et texturé au possible, le groove est titanesque… et obsédant !