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Joe Satriani : alien connection [Interview]

En 1987, en sortant l’album « Surfing With The Alien », JOE SATRIANI allait bouleverser le petit monde de la guitare et du Rock avec un disque entièrement instrumental et pourtant si fédérateur. Non pas qu’il fut le premier, ni même le plus technique, mais c’est ce feeling si particulier qu’il allait marquer plusieurs générations de musiciens et d’amoureux de musique, plus simplement. Depuis il n’a cessé d’expérimenter, d’innover et de se réinventer, tant en proposant des albums toujours accessibles malgré leur technicité. Aujourd’hui, c’est avec le G3, qu’il a fondé en 1996, qu’on le retrouve avec le line-up originel aux côtés de Steve Vai et Eric Johnson sur ce génial « Reunion Live ». Entretien avec le grand ‘Satch’, qui revient sur ce projet d’amoureux de la six-cordes.

– L’an dernier, c’était la première fois en 28 ans que G3 se produisait dans sa formation originelle avec Steve Vai et Eric Johnson. J’imagine qu’il devait y avoir beaucoup d’émotion et d’excitation pour vous trois. Est-ce que c’est cette magie retrouvée qui vous a poussé à enregistrer ce concert à l’Orpheum Theatre de Los Angeles ?

Oh, tu sais, l’histoire derrière tout ça est intéressante. Tout a commencé avec mon fils. Il avait l’idée de faire un film pour documenter sa première fois avec nous alors qu’il n’avait que quatre ans. C’était en octobre 1996, le tout premier ‘G3 Tour’. Et quelques jours plus tard, il s’est retrouvé avec nous dans le bus et ensuite il les a tous fait ! Il a donc voulu faire un film là-dessus et il a un peu utilisé G3 comme une sorte de véhicule pour expliquer son lien avec sa grande famille de guitaristes. Son père a un métier un peu bizarre et il connaissait aussi Steve Vai, Robert Fripp (le guitariste et fondateur du groupe Rock Progressif King Crimson – NDR) et tous ces grands musiciens depuis des années. Et même s’il est un bon guitariste lui-même, il n’a jamais voulu devenir professionnel. Son truc, ce sont les films. L’idée est donc venue sur la dernière tournée avec Steve et Eric et il ne voulait pas seulement filmer le concert. Le point culminant a été lorsqu’il m’a rejoint sur scène pour jouer « Summer Song ». Cela a vraiment été un moment magnifique pour nous nous deux, père et fils, de pouvoir la jouer tous les deux. Tout sera dans le film qu’il est actuellement en train de finaliser.

Et à la fin de cette tournée un peu particulière, earMusic, notre maison-de-disques, s’est montrée très intéressée pour sortir l’enregistrement d’un album. C’est donc à ce moment-là que les choses se sont faites et Steve, Eric et moi étions vraiment ravis. Tu sais, on ne reçoit plus beaucoup d’offres pour réaliser un album live. Mais on savait que le travail serait remarquable avec quatre vinyles et deux CD. C’est un projet magnifique, car le package est tellement beau et le set l’est tout aussi. Et puis, cela a été un peu comme une tornade, comme quelque chose de très excitant, car tout s’est réalisé très rapidement. Je pense que cela a ajouté encore plus d’énergie au projet, car tout a été très spécial pour nous.

– Depuis 1996, G3 a connu plusieurs lines-up et accueilli beaucoup de virtuoses de la guitare. J’aimerais savoir comment tu as choisi tous ces musiciens au fil des années ? D’abord parce que ce sont des amis, ou pour le simple plaisir de partager une fois la scène avec eux ?

C’est un processus vraiment intéressant. En fait, j’arrive avec des idées, uniquement basées sur la musique. Et ensuite, je me dis que ce sera génial d’avoir des gens vraiment différents les uns des autres, comme c’est le cas avec Steve et Eric. Je les ai d’abord contactés, parce que sont des gars qui font vraiment des choses uniques et qui sont en même temps tellement opposés dans leur jeu. Et je sais que la magie peut opérer. Ca ne sert à rien de mettre des gens qui font la même chose, comme on le voit tout le temps. C’est cette différence qui provoque et amène toute cette énergie.

Maintenant, voici le partie la plus compliquée : en tant que leader de G3, c’est aussi mon travail de vendre l’idée à des promoteurs. Et ils doivent aussi apprécier les deux autres personnes que j’ai invitées. Alors, parfois, il peut y avoir des problèmes liés à des points de vue artistiques différents, notamment concernant ensuite la vente des billets, car ils peuvent ne pas y croire. Et c’est quelque chose que je dois gérer moi-même. D’habitude, un projet de G3 se met en place au bout d’un an, en raison de ce que veulent les promoteurs ou les artistes qui veulent, ou pas, venir jouer. Tu vois ? Car certains ne veulent pas jouer ensemble ! (Rires) Et puis, je recherche toujours une sorte de défi musical. Mais peu de gens pensent comme moi. Je veux aussi être aux côtés de guitaristes qui jouent mieux que moi. Certains veulent aussi être perçus comme les meilleurs et être les plus brillants chaque soir. Alors, je me demande toujours quel serait le meilleur show et si le public appréciera. Mais c’est une tension positive entre trois guitaristes, car on s’amuse vraiment beaucoup ! C’est un sacré challenge pour moi. Et j’apprends énormément. Beaucoup de gens ne l’imaginent pas, mais lorsque l’on sort d’un concert, on discute beaucoup de ce que l’autre a joué et à quel point c’était cool ! On est vraiment des gosses excités par la guitare ! (Rires)

– Je ne vais pas te demander quel a été le meilleur G3, j’ai ma petite idée, mais est-ce que tu penses que chaque formation correspond parfaitement à une époque précise où tous ces musiciens étaient alors à leur sommet ?

Ah oui ? (Rires) En fait, je pense que chaque G3 que nous avons fait était exceptionnel. A l’exception d’un seul… Malheureusement, j’avais énormément d’espoir pour celui que nous avions fait en 1998, je crois, avec Uli Jon Roth que je trouve brillant. On n’en d’ailleurs pas fait d’autres. C’était pourtant incroyable, car c’est quelqu’un de formidable. Et il y avait Michael Schenker, qui est un guitariste génial dont j’ai beaucoup appris et que je faisais d’ailleurs apprendre aussi à mes élèves comme Steve Vai et Alex Klonick. Ils l’adoraient ! Seulement tourner avec lui a été très difficile, ce n’était pas son truc, en fait. Ce n’était pas le bon espace pour lui. Ce que je n’ai pas oublié c’est qu’il y avait énormément de tension, pour ne pas dire plus, entre lui et Uli Jon Roth. On était toujours sur la brèche. Je pensais que tout ça était terminé entre eux, par rapport à Scorpions, mais en fait, les problèmes sont revenus. La tournée a été très compliquée et je me sentais mal vis-à-vis des fans, qui n’ont pas pu voir les mêmes amitiés et les émulations des autres G3. Mais bon, on a joué tous les concerts. Par chance, Patrick Rondat, qui est un excellent guitariste français, que je connais bien, nous a sauvés sur la date française. Et là, ça été génial… sans Michael Schenker ! D’ailleurs, la dernière fois que nous sommes venus en France, Patrick, nous a rejoint sur scène et a joué avec nous. C’est un très bon ami et les connexions entre nous ont été fabuleuses.

– Revenons à ce « Reunion Live », qui est un peu particulier par rapport aux autres, car il contient trois sets complets de chacun de vous avant une jam finale. C’était important pour toi que vous ayez tous un espace de liberté conséquent ?

Oui, je pense la clef de la création de G3 est de donner à chaque musicien suffisamment de temps pour qu’ils puissent tous apporter leur lot de magie au public. Au départ, j’avais imaginé des plans avec huit/douze guitaristes. On s’est vite rendu compte qu’il fallait qu’ils aient vraiment le temps nécessaire pour s’exprimer. Quand on s’est retrouvé à trois, on s’est aperçu que tout le monde pouvait vraiment jouer pendant une heure ses propres morceaux, ce qui les a ravis, car ils avaient le temps de délivrer leur message. Et c’est ça qui est vraiment intéressant. Cela leur donnait vraiment la possibilité de faire leur truc pleinement.  Et on ne s’implique pas non plus dans les autres sets. La seule chose que nous faisons, c’est cette jam où nous reprenons des chansons que tout le monde connait et sur lesquelles nous pouvons aussi apporter chacun notre touche, car ce sont des titres qui s’y prêtent vraiment. Et on peut laisser parler notre folie ! Et puis, on peut aussi y inviter n’importe quel autre musicien. On décide de ça environ deux mois avant. Par exemple, quand on reprend Jimi Hendrix, tout le monde connait et c’est facile d’y inviter deux ou trois guitaristes et c’est d’ailleurs ce qu’on a fait sur les deux derniers concerts à l’Orpheum Theater à Los Angeles. On avait sept invités ! Il y avait notamment Brendan Small, Jason Richardson et Nina Strauss, et c’était super excitant ! Et Phil X est aussi venu, on s’est bien amusé. Ce sont les chansons qui permettent ça.  

– D’ailleurs, comment as-tu composé ton set ? Est-il tout de même différent des derniers concerts que tu as donnés en solo ?

En fait, c’est plus court et il faut créer une vague d’intensité et donner un certain rythme aussi. C’est d’ailleurs quelque chose d’assez amusant à faire et de voir si ça va prendre dans le public. Et puis, chaque personne se met sa propre pression. Steve doit ouvrir chaque concert et c’est quelque chose d’unique d’être le premier qu’on va voir sur scène. Ensuite, Eric doit le suivre et il peut y avoir quelque chose d’un peu effrayant. Il doit s’occuper de lui-même avec son jeu tellement unique et si différent. Et ensuite, c’est à moi de suivre ces deux excellents guitaristes (Rires). On se regarde tous jouer les uns les autres et on se demande à chaque fois comment on peut compléter les parties des autres, tout en apportant quelque chose de nouveau. En fin de compte, cela m’a aidé à trouver des éléments importants, comme la chanson « Sahara », qui possède une atmosphère très particulière et un peu étrange. J’ai aussi voulu faire « Big Dab Moon » où je chante, je joue de l’harmonica et de la slide guitare. C’est différent de d’habitude. Et puis, j’ai aussi désiré ce moment avec mon fils sur « Summer Song », qui est probablement l’une de mes chansons les plus connues. Il y a un peu de tout ça, y compris une belle ballade comme « Always With Me, Always With You » avec ensuite des trucs plus Rock très 80’s. C’est super intéressant. Enfin, on a aussi joué « Rasphberry Jam », sur laquelle on s’est vraiment amusé ! (Rires)

– Et puis, il y a les reprises d’Eric Clapton, de Jimi Hendrix et de Steppenwolf. Les avez-vous choisi ensemble et sur quels critères ? Et d’ailleurs, est-ce que trois guitaristes comme vous ont vraiment besoin de les répéter assidûment lors des préparations ?

Oui !!! (Rires) Je vais parler pour moi-même. J’aime répéter, car c’est toujours une exploration et j’aime ça. Quand tu es jeune et que tu commences, tu t’entraînes pour la mémorisation, pour développer la coordination et les bonnes techniques. Et cela dure même toute la vie. Mais après, peut-être quatre ou cinq ans plus tard, il faut espérer que tu maîtrises tout ça, les notes, les accords… Finalement, il faut que ça permette à tout ce travail de te donner ensuite toute la liberté d’explorer la musique en général. Mentalement, c’est la chose la plus difficile. Les limites que nous avons posées dans notre esprit vont répéter ce que nous pourrons, ou pas, jouer ensuite. Donc, répéter pour un musicien expérimenté permet d’aller de l’avant et de détruire tout ce qui est préconçu et qui pose des barrières. On choisit de jouer « Spanish Castle Magic » et « Crossroads », car ce sont des chansons que tout le monde connaît. Alors, comment les jouer différemment ? Doit-on faire ce que tout le monde attend, ou au contraire laisser nos sentiments personnels prendre le dessus ? Et c’est là que la pratique aide vraiment, parce qu’on détruit nos propres restrictions et on laisse parler notre feeling ! (Rires) Tu sais, à chaque concert, on joue tous les trois quelque chose de différent et c’est à moment-là qu’on voit les yeux des gens se tourner. Et que ce soit, Steve, Eric ou moi, c’est toujours un grand moment de plaisir, car nous nous lançons dans une exploration inédite pour nous. Et c’est vraiment ce qu’on adore faire !

– Ce qu’il y a aussi d’étonnant chez G3, c’est qu’au-delà de jouer ensemble, vous donnez l’impression aussi de le faire les uns pour les autres. C’est cette forte amitié qui vous lie qui efface si facilement les egos ? Ou c’est une question que vous ne vous posez même pas ?

Oh oui ! Ce n’est pas seulement une question d’amitié, c’est surtout l’immense respect que nous avons les uns pour les autres ! Cela comprend notre travail, notre créativité et l’originalité que nous avons chacun choisi de suivre. C’est aussi difficile de rester très vigilant et authentique vis-à-vis de notre rêve et de notre vision musicale. C’est compliqué, car nous vivons notre seule et unique vie sur cette seule planète et cette vie est difficile… C’est quelque chose d’assez fou ! Et si tu peux rester concentrer et continuer à créer ton propre monde, c’est assez remarquable. C’est pour ça que le respect que nous avons les uns pour les autres est extrêmement important. Jouer pour l’autre est aussi la raison pour laquelle nous sommes là. Etre présent pour tout le monde, peu importe la situation qui peut se produire sur scène. Même quand nous sommes moins bons ! On est là pour se rattraper aussi ! (Rires)

– Il y a une question que je me pose depuis des années. Tu n’as jamais envisagé de sortir un album studio de compositions originales de G3 ? C’est essentiellement une question d’emploi du temps, ou le groupe a-t-il une vocation uniquement live ?

C’est quelque chose d’assez inconcevable pour trois guitaristes comme nous de trouver du temps et de se retrouver en studio pour composer et enregistrer un album. Même si quelqu’un venait et nous dise qu’il nous donne assez d’argent pour faire le disque qu’on voudrait. L’une des principales raison est que Steve, Eric et moi avons des standards super élevés. Et puis, nous sommes vraiment entièrement dédiés à notre propre musique et ce que l’on peut faire en solo. Je sais que d’autres pourraient le faire, car ils sont à l’aise à ça, mais nous ne le ferons jamais. Nous prenons la musique de chacun très au sérieux. Il faudrait que nous faisions des enregistrements et des compositions dont nous soyons sûrs que c’est ce que nous voulons et il faudrait aussi que cela s’adapte à notre trajectoire et à nos carrières solos. Pas juste pour avoir quelque chose à vendre. Tu vois ce que je veux dire ? Cela dit, trouver le temps et abandonner le travail que nous faisons pour nous y consacrer ne s’est jamais présenté. Mais on ne le fera jamais, car nous prenons tout ça vraiment au sérieux.

Cela dit, c’est vrai que Steve et moi travaillons ensemble sur un album studio et c’est la première fois que nous le faisons. Et nous allons le faire du mieux possible ! (Rires) Nous avons terminé trois chansons et il y en a une vingtaine sur lesquelles nous travaillons. Nous allons essayer de tout terminer pour le mois de mars. Et puis, nous avons aussi quelques obstacles, car nous travaillons avec d’autres groupes et maintenant, il y a cette catastrophe à Los Angeles… Je n’ai d’ailleurs pas les mots, car cela va nous éloigner aussi du projet. Mais nous y travaillons ! Mais imaginer que nous arrêtions tous les trois ce que nous faisons pour nous consacrer à un album n’est pas envisageable pour le moment. Dans un monde idéal, j’adorerai, mais nous ne sommes pas dans un monde idéal ! (Rires)

– Lors d’un concert à Paris il y a des années, j’avais été très surpris de voir le public chanter les mélodies de tes morceaux, alors qu’ils sont instrumentaux. Est-ce aussi quelque chose qui t’étonne et te touche aussi ?

Oui et j’adore ça, c’est vraiment incroyable ! C’est une expérience fantastique et c’est le rêve de tout artiste. On m’a toujours demandé si je voulais faire partie d’un groupe de Rock et c’est amusant, car j’ai déjà vécu cette expérience. Mais il n’y a rien de similaire que de travailler dans le monde entier et de jouer devant des milliers de gens qui ont mémorisé la mélodie et qui la chantent ! Que ce soit à Paris, à New-York, à Numbai en Inde… Il se passe la même chose partout où nous jouons. Et c’est la plus belle chose pour moi de vivre de pareils moments.

– J’aimerais aussi qu’on parle de SATCH/VAI que tu as monté avec Steve. On a pu découvrir la première partie de « The Sea Of Emotion » l’an dernier. Quand est-ce que vous allez sortir la suite et y aura-t-il un album complet dans la foulée ?

Oui, l’album est en cours. Les trois parties de « The Sea Of Emotion » sont terminées et nous avons déjà présenté la première. Cet album va être fou ! Je ne sais pas encore quelle chanson sera le prochain single. Ce sera d’ailleurs peut-être avec un chanteur, mais je ne peux pas t’en dire plus pour le moment. C’est encore un peu tôt pour en parler, mais ça arrive ! (Sourires)

– Vous serez aussi en tournée cet été en Europe tous les deux pour le « Surfing With The Hydra Tour » avec un passage par la France. De quoi seront composés les concerts de ce ‘G2’ ? Avec de tels répertoires personnels, comment avez-vous bâti votre set-list ?

Oui, c’est une sorte de ‘G2’ ! (Rires) Nous n’avons pas encore défini la setlist, c’est un peu prématuré ! (Rires) Nous avons créé ce groupe et Steve et moi serons sur scène ensemble. Nous jouerons ses chansons, les miennes et les nouvelles de Satch/Vai. Nous travaillons vraiment dessus et la tournée est presque totalement bookée. Je sais aussi que quelques dates ont été ajoutées en Europe de l’Est. Et nous avons le groupe au complet, c’est fait. Il nous reste à trouver un bus de tournée, réserver les hôtels et les vols ! (Rires) Notre principale préoccupation aujourd’hui, et c’est ce sur quoi nous travaillons, est de finir l’album. Je pense que nous ferons les premiers concerts en mars.

– Pour conclure et justement à propos d’Hydra, que penses-tu de cette nouvelle, incroyable et presque folle guitare de Steve, et t’a-t-il laissé l’essayer ?

Tu sais quoi ? Je suis resté autour de cette ‘chose’, cette ‘Hydra’, pendant plusieurs semaines, même quelques mois ! (Rires) Et puis, j’ai vu Steve en jouer… Et je n’arrive toujours pas à croire ce qu’il fait avec ! C’est tellement étrange pour moi d’imaginer écrire une chanson avec cet instrument qui a trois manches, des cordes différentes, etc… mais c’est tellement Steve Vai ! Elle lui ressemble ! C’est assez marrant pour moi, car je me souviens d’un Steve, qui avait 12 ans et qui venait à la maison prendre des cours ! (Rires) J’ai toujours su que c’était un génie. Je le vois sur scène, je le vois jouer et c’est vraiment quelque chose. Mais pour te répondre, je n’ai jamais voulu toucher cette guitare si spéciale. Si je l’avais fait, je l’aurais peut-être gardé ! (Rires) C’est quelque chose de spécial pour Steve, quelque chose qui lui est propre et qui représente aussi beaucoup d’espoir pour son jeu. Alors, je le laisse faire ! (Rires)

– Et toi personnellement, tu n’as jamais été tenté de jouer sur une guitare à double-manche, voire plus ?

Non, en fait, j’adore les guitares classiques avec six cordes et les basses avec quatre ou cinq. Et je suis toujours à la recherche d’une nouvelle… mais avec un seul manche ! (Rires) D’ailleurs avec cette ‘Hydra’, Steve devra la mettre sur un stand pour jouer, car il n’arrivera pas à la porter sur un concert ! (Rires) J’ai fait de rares expériences avec des guitares un peu curieuses à double-manche et autres avec Chickenfoot et il faut souvent les poser pour en jouer car, quand tu commences, ça peut durer des heures ! (Rires)

Le nouvel et double-album de G3 sera disponible chez earMUSIC dans quelques jours.

JOE SATRIANI et STEVE VAI défendront leur nouveau projet, ‘Satch/Vai’, en France avec un concert au Hellfest à Clisson le 21 juin, le lendemain au Palais des Congrès de Paris, puis au Festival ‘Guitare en Scène’ à Saint-Julien-en-Genevois (Haute-Savoie) le 18 juillet.

Photos : Max Crace (2, 7) et Jen Rosenstein (3, 5).

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Hard'n Heavy

Bonfire : incandescent

De l’autre côté du Rhin, BONFIRE retrouve sa vigueur et sa créativité d’antan. Après quelques problèmes de santé, son leader Hans Ziller renoue avec l’inspiration en arborant un ardent Hard Rock très Heavy. Hyper-affûtés, les cinq musiciens créent la sensation grâce à une intensité constante et s’autorisent même une bonne reprise du « Rock’n’Roll Survivors » de leur précédent disque avec panache et dans des circonstances appropriées. « High Ground » est solide, vif et massif.

BONFIRE

« Higher Ground »

(Frontiers Music)

Depuis plus de quatre décennies, BONFIRE est une institution du Hard Rock et du Heavy Metal allemand aux côtés de Scorpions ert Accept notamment. Même s’il n’a pas connu autant de succès et la même reconnaissance que ses compatriotes, il n’en demeure pas moins un groupe incontournable de la scène germanique et européenne. Pour son 18ème album studio, le quintet fait son arrivée chez Frontiers Music en livrant l’une de ses réalisations les plus enthousiasmantes avec ce virulent « Higher Ground ».

Toujours guidé par son guitariste et compositeur Hans Ziller, BONFIRE donne une suite musclée à « Fistful Of Fire », qui fut comme un nouveau départ il y a cinq ans. Aux côtés de Dyan Mair (chant), Frank Pané (guitare), Ronnie Parkes (basse) et Fabio Alessandrini (batterie), le six-cordiste ouvre la voie et avec un tel line-up, la machine est bien huilée. Dans un Hard’n Heavy qui tire même sur le Power Metal, le combo ose bouleverser ses vieilles habitudes et s’il se fait souvent sombre, il reste captivant.

C’est vrai que le BONFIRE des années 80, sa période faste, est à mille lieux de ce que propose « Higher Ground ». Hans Ziller envoie des riffs racés et fracassants et son entente avec Frank Pané est étincelante, tout comme la rythmique très resserrée qui avance sur un groove impressionnant (« I Will Rise », « Lost All Control », « I Died Tonight », « Fallin’ » et le morceau-titre). Agressif et très Heavy, cette nouvelle réalisation fait plaisir à entendre et remet aussi la formation au centre de l’échiquier. Costaud et intense.

Photo : Frank Kollbi

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Hard 70's Occult Rock Proto-Metal

Time Rift : raw & organic

Originaire de Portland dans l’Oregon, TIME RIFT signe sa deuxième réalisation. Cependant,  celle-ci a des allures de première, tant les changements de musiciens se sont multipliés en une décennie et surtout il dégage aujourd’hui une réelle unité musicale, qui manquait peut-être un peu sur son prédécesseur. « In Flight » marque donc un nouveau départ pour les Américains et le moins que l’on puisse dire est qu’ils sont dans les starting-blocks. Dans un proto-Metal aux contours occultes, ils nous emportent sur un rythme effréné dans un univers d’une nostalgie assumée.  

TIME RIFT

« In Flight »

(Dying Victims Productions)

Fondé par le guitariste et bassiste Justin Kaye sur les cendres de Doomsower en 2014, TIME RIFT a mis du temps a stabilisé son line-up, s’essayant à de multiples moutures. Avec l’arrivée de Terrica Catwood derrière les fûts en 2017, puis celle de Domino Monet (Hadean, Nyx Division) au chant en 2023, le power trio semble désormais fixe et surtout en parfaite adéquation. Après « Eternal Rock » sorti en 2020 dans le marasme qu’on connait, le groupe a écumé les scènes dès ce fut possible et s’est aguerri pour livrer ce « In Flight », qui porte particulièrement bien son nom.

Car, forcément, avec ce deuxième album, on peut aisément dire que TIME RIFT prend enfin véritablement son envol et les compositions témoignent d’une volonté à toute épreuve. Resserré sur une grosse demi-heure, les neuf titres nous font faire un bond dans le temps, dans cette époque bénie des 70’s et du début des 80’s. Ce mix entre proto-Metal et Hard Rock 70’s aux saveurs Doom et Occult Rock débouche sur un disque au revival très réussi et porté par une production brute, organique, qui manque pas de vélocité et de dynamisme. Il bouscule autant qu’il séduit.

Savoureusement rétro, on pense évidemment à Led Zeppelin ou aux premiers Scorpions d’un côté et à Doro et aux Runaways de l’autre, mais TIME RIFT y pose une patte originale et personnelle et nous entraîne dans un tourbillon de décibels finalement très frais. Grâce à une frontwoman aussi polyvalente qu’efficace, le combo livre un opus convaincant où chaque instrument dispose de l’espace nécessaire pour s’exprimer avec force (« The Spear », « Coyote Queen », « Thunder Calling », « Dancing With The Sun », « Hellbound » et le morceau-titre). Costaud et accrocheur ! 

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Classic Hard Rock Hard Rock Progressive Heavy Metal

Magnum : final flight

L’an dernier, le monde du Hard Rock a perdu un grand musicien et avec lui l’Angleterre l’un de ses meilleurs représentants. Après cinq décennies de bons et loyaux services, MAGNUM a donc tiré sa révérence et mis un terme à ses activités suite à la disparition de Tony Clarkin, mais il laisse une magnifique discographie en héritage. Avec « Live At KK’s Steel Mill », le quintet livre un ultime témoignage de sa créativité et de la classe de ses prestations scéniques. Une très belle manière de faire ses adieux à son charismatique guitariste et ami.

MAGNUM

« Live At KK’s Steel Mill »

(Steamhammer/SPV)

Il y a un an, presque jour pour jour, MAGNUM sortait son 23ème et ultime album, « Here Comes The Rain », juste après le tout récent décès de Tony Clarkin. Une terrible semaine pour les Britanniques qui venaient de signer l’une de leurs meilleures réalisations de ces dernières années. Dans la foulée, son emblématique frontman Bob Catley annonçait la fin du groupe. Difficile en effet de continuer l’aventure sans son guitariste, compositeur et fondateur avec la même fougue et surtout la même envie.

Affichant déjà une bonne dizaine d’albums live au compteur, celui-ci est probablement le dernier (sauf bootlegs imprévus) et il est très bon ! Enregistré le 10 décembre 2022 à Wolverhampton en Angleterre au ‘KK’s Steel Mill’, MAGNUM célébrait ce soir-là auprès de ses fans les plus dévoués la fin d’une tournée couronnée de succès. L’occasion était donc idéale pour filmer et enregistrer ce concert, sachant que juste après Tony Clarkin allait s’atteler à la composition de l’excellent « Here Comes The Rain ».    

Alors, même si double-album est posthume, il dégage une énergie folle, celle d’une formation déterminée à offrir à son public une soirée mémorable. Et les 16 morceaux triés sur le volet dans leur répertoire sont le parfait reflet d’une carrière exemplaire et qui aurait d’ailleurs mérité un peu plus de lumière hors de son île, car à l’international la reconnaissance a toujours été longue à venir. Quoiqu’il en soit, MAGNUM nous fait plaisir une dernière fois et le moins que l’on puisse dire est qu’il va cruellement manquer à la scène Hard Rock.

Retrouvez les chroniques de leurs deux derniers albums :

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Hard Rock

Trouble County : storm warning

Technique et tellement fluide, le style des Anglais a de quoi surprendre. A mi-chemin entre Hard Rock et Metal, entre Blues et Rock, on ne s’y perd pourtant pas un seul instant. C’est ce qui s’appelle avoir une personnalité artistique. Et si celle de TROUBLE COUNTY demande peut-être quelques écoutes et quelques références, son univers devient vite limpide et irrésistible. Avec « Blacken The Sky », le power trio se montre aussi pointu qu’accessible, livrant de belles envolées, tout en restant très direct, frontal et sauvage. La marque de futurs grands !  

TROUBLE COUNTY

« Blacken The Sky »

(Epictronic)

Ce premier album de TROUBLE COUNTY aurait dû voir le jour en 2020, mais le combo s’est aussi pris la pandémie en pleine face, laissant une industrie musicale statique et repoussant ainsi ce beau projet pourtant bien entamé. Suite à sa récente signature chez Epictronic, le groupe a pu réenregistrer ses morceaux, en ajouter d’autres et même s’occuper lui-même de la production, afin d’obtenir le son qu’il souhaitait. Et il faut bien reconnaître que « Blacken The Sky » est très original, tant dans son approche qu’à travers ses compos.

Massifs et d’une puissante clarté, les douze titres sont particulièrement matures et s’ils donnent cette impression de fluidité, malgré des structures complexes, et un travail rigoureux sur chaque instrument comme sur les chœurs, ils sont d’une richesse assez bluffante. Cependant, TROUBLE COUNTY reste assez insaisissable. Globalement Hard Rock, tirant souvent le Heavy avec un aspect Rock et bluesy plus intemporel façon 70’s, « Blacken The Sky » possède une petite saveur vintage sans pour autant s’y engouffrer vraiment. 

Justement, la formation de Portsmouth maîtrise parfaitement son sujet, ce qui lui permet de beaux écarts. Offrant un clin d’œil appuyé à Faith No More sur « Awake », se livrant à un Blues ardant et sauvage sur « 12 Gauge Blues » ou en se faisant carrément ténébreux sur « Rapturous Me » et « Drink Some », TROUBLE COUNTY prend même des airs zeppeliniens sur « John Baker » et ses neuf minutes, avant d’évoluer sur les lourds riffs des envoûtants « You Again » et « Drive ». Les Britanniques s’imposent d’entrée avec force et classe !

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Glam Rock Heavy Rock Punk Rock Sleaze

Dharma Guns : free spirit

Conçu avec l’aide de son ingénieur du son, le quatuor a géré de bout en bout la conception de son premier album, et « Ex-Generation Superstars » vient mettre de jolis coups de pied dans la fourmilière du Rock’n’Roll. Très inter-générationnel, DHARMA GUNS remonte aux origines du style pour mieux le rendre actuel. Et si une teneur assez Punk revient régulièrement avec ce côté très direct, le quatuor se place bien au-dessus, grâce à une technique irréprochable et un sens de la mélodie qui reflète son expérience. Brut et très bien arrangé, ce premier opus est une véritable bouffée d’air frais.

DHARMA GUNS

« Ex-Generation Superstars »

(Rockhopper Music)

Si vous connaissez l’œuvre de Jack Kerouac, peut-être avez-vous déjà entendu parler de « The Dharma Bums » (« Les Clochards Célestes ») ? C’est en tout cas ce qui semble avoir inspiré le chanteur Pete Leppänen pour le nom du groupe. Avec sûrement aussi Guns N’Roses, car on retrouve la fougue et le côté sleazy des débuts des Californiens. Deux belles références donc. Tous issus de la scène Rock d’Helsinki, les membres de DHARMA GUNS n’en sont pas à leur coup d’essai et il faut reconnaître qu’ils se sont bien trouvés.

Les Finlandais n’ont pas perdu de temps et, à l’image de leur musique, la dynamique s’est rapidement mise en route. Fin novembre 2023, ils commencent les répétitions avant d’entrer en studio en février quelques semaines plus tard. Et en seulement deux jours, DHARMA GUNS enregistre l’essentiel d’« Ex-Generation Superstars », qui sort la même année. On n’est pas là pour traîner ! Autoproclamé ‘Street Rock’ avec des touches de Glam et de Classic Rock mêlées à une énergie proto-Punk, l’ensemble a de belles saveurs live.

Derrière cette façade aux teintes Garage, on devine beaucoup d’ambition de la part des Scandinaves, qui ne se contentent pas des deux/trois accords habituellement utilisés dans le registre. Ici, ça joue et chante bien et les solos distillés viennent valider une maîtrise et une qualité de composition aussi pêchue que parfaitement ciselée. DHARMA GUNS avance sur un groove qui ne manque pas d’élégance et des refrains carrément entêtants (« Far Out », « The Vipers », « Love Bug », « Psychobabble », « Dharma Guns »). Une petite bombe ! 

Photo : Marek Sabogal – Juha Juoni

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Hard'n Heavy Sleaze

JJ Pinestone : dynamite boulevard

Explosifs et survoltés, les Scandinaves font un bond dans le temps avec « Break The Chain », dont l’énergie se propage à vitesse grand V. Sans faire dans la redite, JJ PINESTONE vient prolonger la vague Sleaze Rock très Heavy de la scène américaine de la fin du siècle dernier.  L’efficacité des guitares et la dynamique de la paire basse/batterie servent très bien des parties vocales très accrocheuses, électrisantes et fortes en adrénaline. Et si l’on aurait aimé deux ou trois chansons de plus, on tombe déjà sous le charme de ces compositions pleines d’allant et déterminées.

JJ PINESTONE

« Break The Chain »

(Pinestone Music Records)

Juho Mäntykivi est un musicien étonnant. Alors qu’il est aux commandes de TakaLaiton, un combo évoluant dans un registre Thrash/Crossover depuis 2016 et qui affiche au compteur un EP, quelques singles et deux albums, dont « Mindfection » sorti l’an dernier, il surgit aujourd’hui avec un tout nouveau projet, JJ PINESTONE, dont il est toujours le chanteur et guitariste. Sauf que cette fois, il n’est pas question de Metal plus ou moins violent, mais d’un Hard’n Heavy façon Sleaze Rock aux saveurs 80’s et surtout californiennes.

Pour autant, le frontman finlandais se montre très à son aise et redoutablement efficace au sein de son nouveau quatuor, où l’on retrouve d’ailleurs Joona Juntunen de TakaLaiton. Dans la veine des G N’R, Skid Row, Ratt ou Poison avec une précision technique très moderne, JJ PINESTONE livre un premier effort de sept titres, sorte de mini-album, qui présente les multiples facettes du groupe, mais qui paraît incomplet compte tenu de sa courte durée. Un format qui, malheureusement, ne lui rend pas service.

Cela dit, la maîtrise et la fougue à l’œuvre sur « Break The Chain » donnent plutôt envie d’y retourner et de se repasser ces morceaux entêtants et tellement rafraîchissants. A grand renfort de riffs tendus et racés et de solos millimétrés parfaitement exécutés, JJ PINESTONE se montre très percutant et accrocheur, et le chant ne met pas longtemps à installer un climat positif (« On My Own », « Killshot », « Fool’s Anthem » et son côté Rap/Fusion, « Scream For More » et le morceau-titre). Un premier essai qui appelle vite une suite.

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Hard FM Hard Rock

Mystery Moon : lumineux

Des refrains entêtants, un frontman étincelant, des riffs et des solos tranchants et millimétrés et un groupe au diapason, il n’en fallait pas plus pour mettre MYSTERY MOON sur de bons rails. Chevronné et expert en la matière, le binôme Pfeffer/Lundgren fonctionne à merveille et fait de ce premier effort un modèle du genre. Solide et percutant, le Hard FM a l’œuvre sur « Shine » s’inscrit dans une belle tradition et vient démontrer que le style a encore quelques beaux jours devant lui grâce à son côté attachant et si intemporel.

MYSTERY MOON

« Shine »

(Pride & Joy Music)

Il y a des rencontres qui font des étincelles et qui débouchent sur de bien belles choses. Sur « Shine », la connexion entre le guitariste et compositeur Markus Pfeffer (Lazarus Dream, Barnabas Sky, Atlantis Drive) et le chanteur Rob Lundgren (Mentalist) n’a pas été longue à se s’installer. Alors que le frontman suédois avait convié le musicien allemand à enregistrer une chanson pour son groupe Barnabas Sky, l’entente a été telle que le duo s’est lancé dans l’élaboration et la composition d’un album complet, donnant naissance à MYSTERY MOON.

Et pour mieux sceller cette union artistique, le duo a fait appel à quelques pointures pour l’accompagner sur ce « Shine » inspiré et vivifiant. Derrière les fûts, Thomas Rieder (Lazarus Dream), aux claviers Thomas Nitsche sur trois titres et notre Jorris Guilbaud national (Heart Line), sur la version piano de « Moment Of Life », forment MYSTERY MOON, tout comme Stephan Hugo, Jürgen Walzer et Sabrina Roth qui font les chœurs, ainsi que la flûte pour cette dernière. La formation internationale a fière allure et se montre plutôt bien huilée.

Signe d’une grande maturité, ce premier opus s’ouvre sur « Now’s The Time » et ses sept minutes mélodiquement imparables. Basé sur un Hard Rock très 90’s dont la ressemblance avec Bon Jovi n’échappera à personne, MYSTERY MOON fait preuve de beaucoup de fraîcheur et de dynamisme. Mixé par Pfeffer, « Shine » est très accrocheur et c’est bel et bien le Hard Rock qui domine. Parmi les morceaux, on retiendra notamment « The Hidden Magic », « The Mystery », « Mindset », « Sudden Rupture » et « Stars A Million Miles Away ».

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Hard Rock Hard'n Heavy

Storace : une flamme intacte

A la tête du plus grand combo de Hard Rock suisse de longues années, Marc STORACE s’active désormais en solo avec toujours beaucoup de classe. Sa vision actualisée du style qui a fait sa renommée libère un bel esprit de liberté sur ce « Crossfire », guidé de mains de maîtres par des musiciens chevronnés, qui ne manquent pas de créativité et qui gardent un Rock’n’Roll authentique et tonitruant chevillé au corps. Un modèle du genre et un exemple.

STORACE

« Crossfire »

(Frontiers Music)

Avec « Crossfire », STORACE livre l’album de Hard Rock le plus enthousiasmant de l’année… loin même devant le retour de certains cadors du genre. Avec à sa tête un frontman à qui ne triche pas et qui maîtrise depuis quelques décennies son sujet, le combo évolue avec une telle facilité que, dès la première écoute, les morceaux se révèlent vraiment familiers. Derrière le micro de Krokus durant quatre décennies, Marc Storace et son groupe ont fait leurs adieux en 2019, et depuis il mène donc sa barque en solo.

Après un premier effort, « Live And Let Live » (2021), plutôt bien accueilli, le frontman a monté un  nouveau line-up dans la foulée et a passé ces deux dernières années à composer ce « Crossfire » frais et décapant. Avec le guitariste Tommy Henriksen, membre du groupe d’Alice Cooper et qui produit aussi l’album, et son ami et batteur Pat Aeby (Krokus, Gotus), STORACE semble prendre une autre dimension. Pour le reste, le quintet fait parler sa longue expérience et dégage une sérénité à toute épreuve. 

Les Helvètes se font plaisir et appliquent un savoir-faire éprouvé depuis des lustres, tout en gardant une étincelle de modernité dans un registre intemporel et très fédérateur. Accrocheur et percutant, « « Crossfire » nous rappelle les belles heures du Hard Rock des 90’s au croisement d’autres légendes telles qu’Ac/Dc, Cinderella et Dokken pour le côté Heavy (« Screaming Demon », « Rock This City », « Love Thing Stealer », « Millionnaire Blues », « Sirens »). STORACE régale et incite à monter le volume.

Photo : Frank Kollby

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Hard 70's Heavy Rock Old School

Ian Blurton’s Future now : absolute rock

Avec autant d’énergie et de créativité, « Crimes Of The City », deuxième opus des Canadiens, a de quoi séduire les amoureux de Rock direct et sans concession. Outre l’expérience des membres du IAN BLURTON’S FUTURE NOW, c’est une même vision qui est ici distillée avec une intensité sans limite, mélangeant des courants comme le Stoner, le Psych, le Hard Rock 70’s avec une dose de Heavy Metal à l’ancienne. Pourtant pointilleux dans sa conception, cette nouvelle réalisation donne un coup de pied dans la fourmilière Rock, tout en ménageant l’institution. Une saveur assez unique.

IAN BLURTON’S FUTURE NOW

« Crimes Of The City »

(Pajama Party Records)

Bien que né dans l’Illinois, IAN BLURTON est une figure incontournable au Canada, et notamment en Ontario, où il a fait l’essentiel de sa carrière. Guitariste, songwriter et producteur, il a fait les belles heures de son premier groupe, Change Of Heart de 1987 à 1997, avant de se consacrer à la scène Rock indépendante à laquelle il a fortement contribué à poser les fondations. Et c’est il y a un peu plus de deux ans qu’il monte le projet FUTURE NOW, destiné dans un premier temps à des prestations live, qui lui ont forgé une solide réputation et qui l’ont mené à un premier album, « Second Skin », déjà électrisant.

Accompagné par des musiciens chevronnés qui possèdent exactement le même état d’esprit et partagent une vision du Rock commune, IAN BLURTON’S FUTURE NOW compte donc dans ses rangs Glenn Milchem à la batterie et aux chœurs, la bassiste Anna Ruddick et Aaron Goldstein à la guitare. Ici, point de bidouillages, de fioritures, d’overdubs et autres coquetteries, le quatuor ne jure que sur ses amplis à lampe, des riffs percutants, des voix presque solaires et un sens de la mélodie aussi délicat que rugueux, qui le rend addictif.

Pas de faux-semblant, donc. Alors, si « Crimes Of The City » résonne globalement comme du Classic Hard Rock, il ne faudrait surtout pas oublier les touches Stoner et psychédéliques qui viennent compléter ce beau tableau. Les parties de guitares rayonnent, le travail sur les voix est exemplaire et si la production conserve un aspect très brut, elle n’en demeure pas moins soignée. La force du IAN BLURTON’S FUTURE NOW est certainement sa sincérité et sa spontanéité et on se délecte de cet album si humain et authentique. Un régal !