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Post-Metal

SaaR/Maudits : alchimie instrumentale

Sur le papier, c’est vrai que la rencontre entre SaaR et MAUDITS est très attractive au-delà même d’être évidente, lorsque l’on connait les deux formations. Non pas que les groupes se ressemblent au point qu’on les confonde, loin de là, mais leur démarche présente de singulières concordances. Même s’ils évoluent chacun de leur côté sur ce « Split » enchanteur, la cause et l’objectif sont communs. Les atmosphères se rejoignent pour n’en faire qu’une et on attend qu’une seule chose maintenant, c’est une scène, ou mieux encore, une composition les réunissant.

SaaR / MAUDITS

« Split »

(Source Atone Records)

Il fut un temps, pas si lointain, où les groupes se partageaient les galettes vinyliques, occupant chacun la face d’un disque dans des courts ou longs formats. Cette belle pratique a disparu pour l’essentiel, sans doute dû à un individualisme envahissant. Et pourtant, les groupes SaaR et MAUDITS, dont le talent et la notoriété croissante ne font plus mystère, se sont associés pour livrer chacun un morceau autour d’une démarche musicale qu’ils partagent : le Post-Metal instrumental. Et le résultat est à la hauteur des attentes. 

SaaR – Photo : Fakele Photographie

Ce sont les Parisiens de SaaR qui ouvrent les festivités avec « Loved », long de près de neuf minutes et d’un éclat incroyable. Si l’entame est progressive, elle ne fait qu’amorcer un déploiement dans les règles d’un style musclé et très structuré. Comme sur « Gods », son dernier album, le quatuor avance sur des rythmiques saccadées, des guitares aériennes en déversant quelques belles déflagrations aux saveurs Doom et dans une atmosphère souvent pesante, mais très aérée. Imposant !

MAUDITS – Photo : William Lacalmontie

Quant à vous, lecteurs adorés, MAUDITS n’a plus beaucoup de secrets pour vous, puisqu’il est présent sur le site depuis ses débuts. Séduisant sur son premier album éponyme (2020) et brillant sur son dernier EP « Angle Mort », le trio accueille à nouveau Raphaël Verguin au violoncelle sur ce « Breken Pt 1/2/3 » de toute beauté. Louvoyant à l’envie dans des registres post-Rock, Doom et Ambient, ce titre de 15 minutes reflète les capacités de MAUDITS à nous embarquer dans un tourbillon souvent hypnotique et toujours captivant.

« Split » est probablement l’une des meilleures réalisations de son genre depuis très longtemps. Affichant une belle unité dans une production très organique, la complémentarité des deux groupes étonne tant il y a une vraie progression sur l’ensemble des deux morceaux. D’ailleurs, on passe de l’un à l’autre (et vice-versa) sans sourciller un seul instant, preuve s’il en est que SaaR et MAUDITS ont l’art et la manière de nous envoûter avec le même penchant pour un post-Metal instrumental de grande classe.

Retrouvez la chronique du dernier album de SaaR (« Gods ») et les deux interviews de MAUDITS accordées à Rock’n Force :

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Blues Metal Progressif Rock

United Guitars : à cordes déployées

Trois ans et trois albums déjà pour UNITED GUITARS, un projet guitaristique qui prend du volume au fur et à mesure que ceux-ci s’empilent dans les discothèques des amoureux de la guitare. Et voici le troisième ! Loin d’être un album de spécialistes pour les spécialistes, le concept se veut plutôt une découverte de l’instrument sous toutes ses facettes et à travers des registres aussi vastes que la très belle pléiade de musiciens présents sur ce « Volume 3 », qui s’étend sur un beau double-album.

UNITED GUITARS

« Volume 3 »

(Mistiroux Productions)

Et de trois ! C’est déjà le troisième volet de l’aventure UNITED GUITARS débutée fin 2019 à l’initiative de la productrice Olivia Rivasseau (productrice) et Ludovic Egraz (guitariste et réalisateur) et qui a vu défiler le gratin des guitaristes français, mais pas seulement, et uniquement en instrumental et dans des styles très différents, voire opposés, qui vont du Rock au Metal en passant par le Progressif, le Jazz et le Blues notamment. Un large panel entièrement dédié à la six-cordes sous toutes ses sonorités.  

Pour ce « Volume 3 », c’est toujours au cœur du Studio 180 dans le nord-est parisien que les musiciens se sont succédés pour donner corps et vie à ce nouveau double-album, entièrement dédié à la guitare dans toute sa diversité. Et comme d’habitude, la production est remarquable, car elle respecte avant tout les musiciens, leur jeu, leur toucher et leur son propre. Et c’est là l’une des forces d’UNITED GUITARS : regrouper au sein d’une même entité des artistes aussi distinctifs que talentueux.

On retrouve aussi quelques habitués présents sur les deux premiers volets comme Judge Fredd, NeoGeofanatic ou Yvan Guillevic, qui croise ici le fer avec le grand George Lynch sur « Surrounded By Darkness », tout comme Saturax qui accueille sur sa composition, « How Strong Is Your Shield ? », Popa Chubby pour un Blues endiablé. Mais que l’on ne s’y trompe pas, UNITED GUITARS n’a pas vraiment besoin de ‘stars’ pour briller. Les 34 guitaristes ne sont pas là par hasard, et au-delà d’une technique de haut vol, c’est le feeling qui l’emporte.

Toujours basé sur un modèle participatif, ce « Volume 3 » a remporté une nouvelle fois son pari et c’est donc avec plaisir que toute l’équipe, menée par un Ludovic Egraz très présent aussi musicalement, repartira pour un nouveau challenge à l’abordage d’un « Volume 4 », qui devrait encore réussir à surprendre et séduire. Et bien sûr, UNITED GUITARS et sa flopée de guitaristes ne serait pas grand-chose sans ses rythmiques basse/batterie toutes aussi virtuoses et qui mettent elles aussi en avant un groove incroyable.

Résolument tourné vers l’hexagone, le concept se dote une fois encore de quelques participations internationales et d’une belle touche féminine avec les présences de Chloé Rebeiro et de Tora Dahle Aagård. Sur le rythme d’une réalisation par an, UNITED GUITARS a déjà ouvert son Kiss Kiss Bank Bank pour le « Volume 4 » avec en jeu une immense tombola dotée de 46.000 euros de matos à gagner offert par les 50 marques partenaires (lien ci-dessous). Eclectique et créatif, ce « Volume 3 » prête donc à nouveau à l’évasion avec brio.

Yvan Guillevic, guitariste de HEART LINE et présent pour troisième fois sur UNITED GUITARS, sera encore de la partie sur le prochain et quatrième volet. Son interview accordée à Rock’n Force est à retrouver ci-dessous.

Et pour participer à l’aventure, un seul lien pour cette nouvelle campagne :

https://www.kisskissbankbank.com/fr/projects/united-guitars-vol-4?fbclid=IwAR2XdCQLr95PMzQ2jjBIhDc25YPMr9tR8FW3LREb91IISY0X8q4m21G2c5I

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Musique traditionnelle Neo-Folk

Heilung : mystic & tribal

Instruments traditionnels, sons de la nature, mélodies envoûtantes et une production authentique et très actuelle, la réalisation de ce nouvel album de HEILUNG est encore exceptionnelle. « Drif » propose un tour du monde civilisationnel et ancestral porté par une néo-Folk addictive qui berce autant qu’elle interpelle. Une balade ascensionnelle sur une musique hors d’âge et presque hors du temps.

HEILUNG

« Drif »

(Season Of Mist)

Le succès de HEILUNG vient très certainement de son côté énigmatique, des mythes et légendes qu’il entretient et aussi sûrement de sa mise en scène. Et le fait que les amateurs de Metal, le plus souvent extrême, s’y retrouvent, tout comme chez Wardruna d’ailleurs, est plutôt une bonne chose et participe à une belle ouverture d’esprit. Et pour son troisième album studio, le groupe parvient une fois encore à captiver son auditoire.

Sur ce très bon « Drif », toujours pas de grosses guitares, ni de blasts surpuissants, mais une néo-Folk expérimentale et tribale qui prend directement aux tripes. HEILUNG n’utilise que des instruments traditionnels, comme à son habitude, et charme comme nul autre grâce à des chants rituels, des atmosphères chamaniques à la fois douce et cadencées et un ensemble porté des arrangements très modernes.

Car la formation composée de musiciens danois, norvégiens et allemands revisite des musiques d’anciennes civilisations en traversant le monde à travers les cultures de ses peuples. Des tribus celtes à l’empire romain en passant par la Scandinavie et même la Syrie, HEILUNG propose un incroyable voyage, plein de magie, sur neuf titres qui offrent à « Drif » une parfaite cohésion. Toujours aussi saisissant.

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Metal Progressif

Vanden Plas : un bond dans le passé

C’est en présence de ses plus fervents fans que les maîtres du Metal Progressif allemands ont enregistré « Live & Immortal », fusionnant littéralement avec un public uni et enthousiaste. Avec une énergie intense, VANDEN PLAS offre un concert majestueux, où le quintet fait une réelle démonstration de force en mariant des mélodies atmosphériques d’une grande finesse à des fulgurances Metal puissantes.

VANDEN PLAS

« Live & Immortal »

(Frontiers Music)

Suite à l’excellent concept-album « The Ghost Experiment » sorti en deux parties (2019-2020), on pouvait s’étonner de voir VANDEN PLAS revenir si tôt avec un nouvel opus studio. Peu ou pas défendu sur scène, faire une telle impasse serait même un sacrilège. Et c’est sans doute pour cette raison que les Allemands livrent un double live dans lequel ils régalent une fois encore.

Enregistré le 30 décembre 2016 dans leur ville natale de Kaiserslautern, « Live & Immortal » dévoile une prestation exceptionnelle et même inattendue du quintet. En effet, sur plus d’une heure et demie, VANDEN PLAS y interprète l’essentiel de ses réalisations « Chronicles Of The Immortals », sorties respectivement en 2013 et 2014. Et pour info, le concert sort également en DVD.

On se replonge donc dans ses deux disques majeurs de la carrière du groupe germanique avec des titres comme « Holes In The Sky », « Iodic Rain », « Postcard To God » ou « Christ O », ainsi que des morceaux jamais joués en live comme le monumental « The Final Murder ». Limpide et puissante, la production de « Live & Immortal » rend parfaitement compte de la grande qualité de VANDEN PLAS sur scène.

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France Post-HardCore Progressif

Point Mort : post-format [Interview]

Clair, pertinent, audacieux et ascensionnel sont quelques adjectifs que l’on peut facilement attribuer à ce premier album de POINT MORT, « Pointless… ». Les Parisiens se livrent sur près d’une heure dans un post-HardCore percutent et aux reliefs étonnants, passant d’’ambiances progressives à des fulgurances Metal sans concession. Entretien avec Sam, chanteuse polymorphe s’il en est, et Simon, batteur métronomique et virevoltant du quintet.

– Le groupe existe depuis déjà sept ans et vous avez deux EP à votre actif. Et trois ans après le dernier, « R(h)ope », vous sortez votre premier album « Pointless… ». Il vous fallait être fin prêts afin de proposer un long format qui a dû demander beaucoup de travail, vu le résultat ?

Sam : Je pense que c’était le moment, que les planètes étaient alignées. (Sourires)
« Pointless… » nous a demandé du temps, en effet. Comme beaucoup de musiciens, on a bénéficié du confinement, de l’arrêt des concerts pour travailler dessus. Le groupe est plus solide aussi, humainement et musicalement. Un contexte plus favorable en tous points.

– Justement « Pointless… » est parfaitement réalisé, tant au niveau des compositions que de sa production. Vous aviez le sentiment que votre jeu n’était peut-être pas suffisamment mature jusqu’ici et qu’il vous fallait être encore patients pour pouvoir vous exprimer pleinement, surtout dans un registre aussi travaillé ?

Sam : Pas vraiment. Nous n’avons jamais vraiment réfléchi au format. Nous avons enregistré nos deux premiers EP en fonction du temps qui nous était disponible à ce moment-là. Pour « Pointless… », on avait plus de temps et on a décidé de s’en donner plus en studio aussi. C’est ce qui a permis d’enregistrer ces huit morceaux qui, pour nous, fonctionnaient comme un ensemble.

– Le Post-HardCore de POINT MORT se démarque également de la scène nationale de par, notamment, la complexité de vos morceaux. De quelle manière procédez-vous pour les composer, compte tenu de leurs structures et des innombrables détails, qui sortent franchement de l’ordinaire ?

Simon : J’espère ne pas avoir l’air trop prétentieux, mais je crois que c’est quelque chose qui nous vient assez naturellement, en fait. En tout cas, ce n’est pas prémédité, on ne recherche pas la complexité pour la complexité. C’est surtout un aspect très présent dans la musique qui nous influence, donc ça nous paraît évident de ne pas aller vers des structures trop linéaires quand on écrit.

Il est également bien plus simple, à mon avis, de se repérer dans un morceau dans lequel tous les passages sont différents que dans une structure classique, où tous les couplets et refrains sont les mêmes ! Les cassures et les changements d’ambiance font que nous restons alertes et engagés dans le morceau en le jouant. On a tendance à s’ennuyer assez vite sinon !

– POINT MORT présente des arrangements très pointus, qui forment un édifice solide. Y pensez-vous dès le départ, ou c’est plutôt un travail de studio, qui se fait en aval ?

Simon : A l’échelle à laquelle nous travaillons, nous n’avons accès au studio qu’au moment d’enregistrer les morceaux. Tout le travail, de la composition, à l’arrangement puis à l’apprentissage des titres, doit avoir été fait avant d’arriver au studio, sans quoi, on est certain de perdre un temps précieux.

Pour autant, on ne peut pas dire que tout soit réfléchi ‘dès le départ’. Certaines idées d’arrangement n’arrivent qu’en fin de composition, mais il n’y a pas vraiment de règle préétablie…

– Pour revenir à votre album, il présente des atmosphères très variées qui pourtant débouchent sur un ensemble très cohérent. C’est difficile de vous suivre parfois, malgré un style très personnel qui devient d’ailleurs vite identifiable. Vous vous fixez un fil rouge, une ligne directrice ?

Simon : On cherche toujours à atteindre le fragile équilibre entre un morceau qui est intéressant à jouer pour nous les musiciens, mais qui reste cohérent pour les auditeurs. On écrit avant tout de la musique pour nous-mêmes, donc c’est important qu’on ne s’ennuie pas en jouant les morceaux. Mais si on ne suit que cette directive-là, on peut très vite se retrouver avec un morceau qui ne ressemble pas à grand chose. Parfois, il faut faire des compromis !

– Parlons de l’aspect vocal de POINT MORT avec ses passages clairs et d’autres growlés. J’imagine que ce sont les textes qui guident l’intensité et la puissance à employer à tel ou tel moment, non ?

Sam : Je compose de manière instinctive. C’est plutôt l’intensité qui dicte les mots en fait. Quand je commence à poser les lignes mélodiques, les morceaux sont généralement bien avancés. Je me jette un peu à l’eau et je lance les idées comme elles viennent. A partir de là, si les bases mélodiques nous plaisent, je commence à écrire. Les sonorités m’inspirent des mots, des thèmes. Je fonctionne plutôt dans ce sens-là. La mélodie est vraiment ce qui prime à mon sens.

– L’autre particularité du chant est de passer de l’anglais au français. Dans quels cas utilisez-vous l’un ou l’autre ? Pour faire passer certains messages ? Pour insister sur l’aspect poétique de certains textes ?

Sam : Ce sont les mélodies qui me dictent la langue. J’entends même parfois des langues que je ne maîtrise pas, à mon grand regret… D’ailleurs, on n’était tous pas très fan du français au départ. Mais c’est comme pour le reste : si on trouve tous que ça colle, on garde.

– Enfin, j’aimerais que l’on dise un mot sur le côté engagé et presque militant parfois de certains titres. L’inscrivez-vous pleinement dans votre démarche, au même titre que la musique en elle-même ?

Sam : Ah, je vois que tu as bien lu les textes. Parce qu’on nous en parle peu en fait. Pour la simple et bonne raison que j’aime utiliser une prose assez imagée quand j’écris. Mais oui, les thèmes sont engagés, car j’écris toujours sur des sujets qui me tiennent à cœur, me chamboulent, me révoltent… Mais comme ce n’est pas une écriture commune avec le reste des membres, et que je suis ‘la voix’ de ce groupe, on ne souhaite pas verser dans le  militantisme, non. Le groupe n’a pas à porter mes convictions intimes. Même si on est d’accord, la plupart du temps… et heureusement d’ailleurs. Disons que nous contestons,  mais que nous ne sommes pas là pour mobiliser l’opinion publique.

L’album de POINT MORT, « Pointless… », est disponible depuis le 29 avril chez Almost Famous.

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Concerts France Metal

Jurassic Fest : dinosaurus headbanging [Interview]

Dès vendredi (le 20/05), Le-Grand-Pressigny, en Touraine, accueillera le JURASSIC FEST pour trois jours durant lesquels le Metal, le Hip-Hop, l’Electro et la Techno vont se réunir sous l’œil bienveillant de quelques dinosaures, venus en voisins. Avec une belle programmation, les organisateurs proposent un événement dont l’affiche est plutôt alléchante (Smash Hit Combo, Atlantis Chronicles, Beyond The Styx, Stinky, The Necromancers, Hard Mind, Carmen Sea, Final Shodown, …). Et il n’est pas trop tard pour s’y rendre !!!   

– La première édition du JURASSIC FEST aura lieu du 20 au 22 mai à Le-Grand-Pressigny. Qu’est-ce qui vous a motivé à l’organiser au départ et comment cela se présente-t-il à quelques jours de l’événement ?

Danny (organisateur) : Le JURASSIC FEST est une édition parmi une série d’événements passés durant lesquels on retrouve trois scènes distinctes : Metal, Hip Hop et Techno/Electro. Le festival reflète l’état d’esprit de notre collectif, en tant qu’organisateurs, puisque nous sommes implantés à titre personnel dans des milieux de la culture et dans des réseaux assez différents, mais complémentaires, les uns des autres. C’est toujours surprenant de pouvoir réunir des structures et un public venant de multiples horizons culturels le temps d’un festival. Effectivement, la pression monte énormément et nous sommes débordés à quelques jours du festival. Dans l’ensemble, cela se finalise bien, et c’est en partie grâce au soutien que nous apportent nos partenaires, notamment la SACEM, l’association FREEFORM et la société WWWY et ainsi qu’aux nombreuses préventes.

– Vous avez opté pour une thématique autour des dinosaures, de Jurassic Parc bien sûr et de la jungle. Et vous recommandez même au public de venir déguiser. Ca vous est venu comment ? Juste pour changer les B.O. des films de Spielberg ?

Arthur (membre du bureau) : L’idée trottait dans ma tête depuis assez longtemps. Des styles musicaux éclectiques et underground se produisant dans un environnement inédit, une infrastructure aux aires de Jurassic Park. Et puis, la franchise regorge d’idées que nous pouvons empruntées pour créer un lieu éphémère et unique en son genre avec une mise en scène et une décoration originale et vivante.

THE NECROMANCERS

– Avant de parler du contenu Metal de la programmation, vous avez prévu trois scènes avec des ambiances très, très différentes : Metal, Hip-Hop, Electro et Techno. Ce sont des domaines assez éloignés les uns des autres et le contraste va être saisissant. Vous pensez que ces publics souvent opposés peuvent se retrouver et cohabiter assez naturellement et artistiquement ?

Danny : Le public de ces trois scènes partagent beaucoup de similitudes, que ce soit au niveau de la fidélité à leurs milieux respectifs, ou de l’influence culturelle et leur mode de vie. Nous pouvons qualifier ces milieux comme étant très spécialisés, voire pour certains hermétiques. Pourtant, ils sont souvent engagés sur le plan social et surtout, ils sont très peu (ou mal ?) médiatisés en France. Et malheureusement, les financements et l’argent public ne les concernent pas, ou alors très difficilement. Et ils détiennent aussi des valeurs en commun.

Durant nos événements, c’est toujours surprenant d’être témoins de ce ‘clash’ des cultures parmi les publics. Dans l’ensemble, nous avons eu des retours très positifs de teuffeurs qui découvrent leur premier pogos, ou alors de metalleux qui hochent la tête et entrent en transe devant la Techno. Ce qui les rapproche le plus selon nous, c’est l’ouverture d’esprit, l’innovation musicale et la recherche artistique qui sont ancrés et qui continuent d’évoluer dans leur milieu respectif.

– En ce qui concerne la programmation Metal, vous avez fait appel à 12 groupes, tous français. C’est en soutien à la scène hexagonale, et plus simplement parce que le niveau est très bon ? Ou alors, c’était peut-être plus simple à mettre en place aussi…

C’est un pur hasard, et comme tu l’as précisé, la scène hexagonale nous réserve de belles surprises et des artistes de qualité. La plupart d’entre-eux sont plus ou moins proches de notre réseau d’organisation. Lorsque nous effectuons les choix de programmation, nous prenons également en compte les personnalités et l’ambiance au sein du groupe (idéologies, …), ainsi que leurs réseaux. Nous essayons de faire au mieux pour privilégier des rencontres artistiques intéressantes et enrichissantes pour tout le monde, dans le but d’élargir les réseaux et d’inciter les personnes à la découverte bienveillante et au partage. Nous privilégions les groupes proches géographiquement, puisque nous avons aussi des valeurs écologiques.

ATLANTIS CHRONICLES

– La qualité de la programmation est vraiment incontestable et les registres englobent des groupes Djent, Metal HardCore, Rock Occult, post-Metal… le spectre est large et même assez pointu. C’est ce que vous écoutez ou est-ce une réelle demande du public ? D’ailleurs, comment avez-vous élaboré le line-up du JURASSIC FEST ?

En tant qu’organisateurs, nous sommes investis dans la musique et nous sommes aussi porteurs de projets artistiques. Et grâce à nos expériences au fil des années, nous avons déjà pu partager la scène avec certains de ces artistes et tisser des liens. Comme je l’ai dit juste avant, nous prenons également en compte l’aspect humain de ces artistes. En ce qui concerne les choix musicaux, oui, ce sont des groupes que nous écoutons ou soutenons personnellement à travers nos réseaux respectifs.

– J’ai aussi remarqué que vous mettiez l’accent sur l’aspect écologique du festival. Quelles mesures concrètes avez-vous prises ? Et il faut aussi rappeler qu’au jurassique, la pollution était quasi-inexistence…

Danny : Selon des études récentes, l’aspect le plus polluant d’un festival est lors du déplacement du public (environ 70% des émissions). Pour ce qui est de nos initiatives suite à la crise écologique actuelle, nous mettons en place quelques actions concrètes :

– Création d’un groupe Facebook dédié aux covoiturages avec plus de 500 membres, et contenant des informations sur l’accès du festival par le biais des transports en communs (bus Rémi Touraine…) départementales et régionales.

– Optimisation et recyclage des matériaux (produits de récupérations etc…) destinés pour nos installations, la scénographie et une partie de nos décorations sur le site, mais aussi pour la signalétique, les panneaux, les infrastructures (récupération d’une caravane pour le stand des jetons, bars en palettes, etc…)

– Sensibilisation du public grâce à nos partenaires (associations, militants, artistes et affichage sur place…). 

Cette année, nous sélectionnons des prestataires spécialisés pour la restauration du festival (montage et démontage compris) : food-trucks bio, locaux et responsables qui travaillent avec des producteurs et fermiers de la région en donnant la priorité au bio local. Ils élaborent des menus conscients avec des régimes végans et végétariens, strictement sans bœuf (le bœuf étant l’un des aliments le plus néfaste pour nous et pour l’environnement).

Nos partenaires depuis le début des temps, La Cacaravane de Tours, interviennent également chaque année avec des toilettes sèches installées sur l’ensemble du site (parkings, camping, backstage etc…). Les déchets étant à chaque fois traités et compostés dans les règles à la fin du festival, afin de ne pas impacter le site. Nous interdisons l’accès à la forêt communale autour du festival en explicitant nos objectifs environnementaux.

BEYOND THE STYX

– Sans vouloir casser l’ambiance évidemment, on assiste en ce moment à de nombreuses annulations de concerts et de festivals faute de préventes suffisantes. Dans quel état d’esprit êtes-vous et ne pensez-vous pas plus largement que trop de festivals va finir par tuer les festivals ?

Danny : C’est important, voire essentiel, pour les acteurs et organisateurs du milieu de la culture de promouvoir des valeurs fortes et bienveillantes au sein de notre société, qui se doit d’évoluer sur énormément d’aspects, surtout avec les enjeux actuels. En ce sens, les événements et les organisateurs détiennent un rôle-clef dans la transmission et la sensibilisation du public. Nous encourageons d’autres festivals  à se démarquer, à s’exprimer et mettre en avant la bienveillance,- ainsi que leurs valeurs. Nous encourageons aussi le public à s’éduquer et se renseigner sur la quantité de travail qu’il y a autour de l’organisation d’un tel événement, même de petite envergure comme nous.

– Enfin pour conclure et toujours par rapport au jurassique : vous êtes plutôt ère mésozoïque ou phanérozoïque ? Car la question va se poser…

Arthur : Mésozoïque, bien évidemment ! L’ère des dinosaures a un aspect proche du merveilleux, où ces magnifiques créatures peuplaient tous les continents et prospéraient dans un écosystème symbiotique.

Toutes les infos à retrouver sur la page Facebook du festival :www.facebook.com/opgarencorp

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Doom Sludge

Seum : une soufflante Doom’n Bass

SEUM est un concentré d’énergie brute et cela ne date pas d’hier. Avec un album et maintenant trois EP à son actif, le trio ne cesse de peaufiner son Sludge Doom, qui ne manque ni de profondeur, ni de relief. Avec « Blueberry Cash », le trio d’expats français mange la neige du Québec goulument et nous invite à transpirer avec lui, après un p’tit passage par sa belle box personnalisée…

SEUM

« Blueberry Cash »

(Independant/Meumeu Music)

Les plus fidèles d’entre vous savent que chez SEUM, les guitares sont bannies. Seuls une batterie, une basse chimérique et le chant ont lieu d’être. Et le trio bastonne, tabasse et prend son ampleur dans un maelstrom de grave à n’en plus finir. Le Doom’n Bass du groupe se révèle donc très créatif et surprenant à chacune de ses nouvelles réalisations, dont « Blueberry Cash » est la troisième. Tout juste le temps de se remettre des deux premières claques, en somme.

Malgré la pandémie, nos trois furieux Français (dont je vous laisse (re)-découvrir le parcours à travers l’interview et les chroniques ci-dessous) ne sont pas restés inactifs. Tout en prenant leurs marques au Québec, SEUM a composé, noué des liens et proposé de bien belles choses. Et avec « Blueberry Cash », le combo a fait appel à Greg Dawson pour le mix, tout en s’acopinant avec l’artiste Grind Malaysian Fadzee Tussock pour le visuel, ce qui compte aussi beaucoup pour le groupe.

Ce nouvel EP contient deux compos qui avaient été mises de côtés car elles n’entraient, à l’époque, pas tout à fait dans l’esprit de « Winterized », premier excellent album du trio. Jointes, elles se complètent à merveille et le Sludge qui s’en dégage n’en est que plus prenant (« Blueberry Cash », « John Flag). Et enfin, SEUM fait un superbe clin d’œil à l’ancien groupe de Gaspard (chant), Lord Humungus, avec « Hairy Muff ». Le combo s’affirme donc de plus en plus entre Doom et Sludge et avec une touche très personnelle. Encore !!!

La fameuse (et fumante) Blueberry Box est disponible dans le Bandcamp du groupe.

Bandcamp :

https://seumtheband.bandcamp.com/album/blueberry-cash

Les chroniques précédentes :

L’interview sur FB :

https://www.facebook.com/171183156770793/photos/a.171191596769949/789102611645508/

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Metal SkaCore

8 Kalacas : fuego !

Loin du glamour des plages mexicaines ou même californiennes où il réside, 8 KALACAS se présente depuis 20 ans comme l’un des groupes phares du Metal SkaCore. Tranchant et revendicatif, le sextet sort un troisième album qui sent la poudre. « Fronteras » explose sur chaque morceau et respire autant la fiesta que la guérilla.

8 KALACAS

« Fronteras »

(Atomic Fire Records)

Enjoué et explosif, voilà le cocktail survitaminé servi frappé par le sextet californien 8 KALACAS. Troisième album déjà pour les bandidos du SkaCore Metal et il faut bien avouer que « Fronteras » est un mélange de saveurs pour le moins détonnant. Prenez un Hard-Core féroce et du Metal massif, ajoutez-y une session cuivre frénétique, un chant féroce en espagnol, et le Mexique version mariachi sous acid vous tend les bras.

Enregistré à Los Angeles, ce nouvel opus dépeint avec engagement et rage les nombreux travers de la société américaine. Sans détour, 8 KALACAS dénonce les divisions de classe, raciales et sexistes de son quotidien avec un ressentiment acerbe non-dissimulé. Le combo frappe vigoureusement avec des morceaux propices au plus furieux des moshs. Bien plus qu’un groupe, les Américains sont une famille, une véritable tribu soudée comme jamais.

Sur un groove imparable, des riffs acérés, une solide rythmique et une folle combinaison trompette/trombone, le SkaCore des Californiens devient très vite addictif et la contagion se propage au fil des morceaux (« Frontera », « R2rito », « Luna », « Luz Y Fer », « 1941 »). Artisan d’une fusion endiablée, 8 KALACAS ne se prélasse pas sous le soleil d’une plage mexicaine, mescal ou tequila en main : il dynamite sans retenue.

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Doom Metal Rock

[Going Faster] : Messa / Wyatt E.

Parce qu’il y a beaucoup, beaucoup de disques qui sortent et qu’il serait dommage de passer à côté de certains d’entre eux : [Going Faster] se propose d’en mettre plusieurs en lumière… d’un seul coup ! C’est bref et rapide, juste le temps qu’il faut pour se pencher sur ces albums, s’en faire une idée, tout en restant toujours curieux. C’est parti !

MESSA – « Close » – Svart Records

Avec ce superbe album, MESSA assoit encore un peu plus son exponentielle notoriété. Le quatuor italien, fondé en 2014, n’aura pas mis longtemps pour s’extraire de l’underground Doom transalpin. Original, immersif et également délicat et puissant, le groupe surprend par sa maîtrise et surtout son côté expérimental du style. Guidé par sa frontwoman Sara dont la voix est d’une force incroyable, MESSA joue sur des aspects sombres, occultes, hallucinés et planants sur ce « Close » de toute beauté. Désormais au sommet de la scène Doom revival, le groupe peut tout se permettre comme cette présence obsédante et transcendantale du oud, qui libère des sonorités orientales fascinantes (« Orphalese », « Pilgrim »). « Close » est un joyau dont il serait dommage de se priver, tant il franchit toutes les limites du Rock et du Metal.   

WYATT E. – « Al Bēlūti Dārû » – Stolen Body Records

Après un premier EP en 2015, puis un album en 2017, la valeur montante du Drone Doom Oriental livre un nouveau format court basé sur deux morceaux approchant chacun les 19 minutes. Avec « Al Bēlūti Dārû », le trio belge se fait ensorceleur et captivant en repoussant les limites de son propre style. Les atmosphères développées par WYATT E. nous renvoient à la thématique de l’empire néo-babylonien à travers des boucles hypnotiques dans lesquelles se confondent technologie et instruments traditionnels. Avec une magistrale production signée Billy Anderson (Sleep, Om, Melvins), les Liégeois nous font passer dans un autre monde, jouant sur le côté solaire et l’aspect sombre de son registre. Entièrement instrumentale, la musique de WYATT E. nous invite à faire un bond dans le temps.

A noter que les deux groupes sont en tournée dans toute l’Europe et seront de passage le 19 avril au Michelet à Nantes et le 20 au Glazart à Paris.

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Groove Metal Metal Indus Modern Metal Thrash Metal

Enemy Of The Enemy : hybride et chirurgical

Ténébreux et apocalyptique, ce deuxième album des Franciliens d’ENEMY OF THE ENEMY va conquérir sans peine les fans de Metal au sens très large du terme. Avançant imparablement dans des sphères Groove et Indus, malmenées par des émanations Thrash, le registre très hybride du quatuor s’engouffre même parfois dans des ambiances très dark et presque Gothic. « The Last Dance » offre un rude combat et un choc de chaque instant.

ENEMY OF THE ENEMY

« The Last Dance »

(Wormholedeath Records)

Après être longtemps resté en indépendant, réalisant trois EP et un album depuis ses débuits en 2008, le quatuor de la banlieue sud parisienne livre son deuxième album et cette fois sous le label italien Wormholedeath, une façon de passer un cap. Fort d’une solide production, ENEMY OF THE ENEMY présente « The Last Dance », un concentré de Metal qui se meut dans un Crossover rondement mené de Groove, d’Indus avec des côtés Thrash et parfois même Nu Metal. 

Passé « A Bright Warning », sorte de long préambule à l’album, le combo nous embraque dans une déferlante de riffs tranchants et costauds, de rythmiques chirurgicales où évolue un chant versatile pouvant passer d’une voix claire, souvent parlée, à un scream dévastateur et rageur. ENEMY OF THE ENEMY sonne résolument actuel et l’atmosphère très Indus de ce nouvel opus est obsédante (« Alien », « Outta There »).

Sans laisser de répit, les Franciliens déferlent avec des titres sombres et puissants (« Blackstars », « The Devil In Me », « The Choice »). Particulièrement compacte et dense, la musique du combo se vit comme une déflagration basée sur une agressivité très maîtrisée où les riffs bastonnent avant de vous laisser respirer quelques instants (« SuperGreen », « Believe »). Avec ce son imposant, ENEMY OF THE ENEMY se montre plus que convaincant.