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France Southern Rock

Diesel Dust : raw gasoline [Interview]

Bientôt deux décennies que les Lyonnais de DIESEL DUST distillent leur Southern Rock à travers l’hexagone. Sorti l’an dernier, « Just Another Day… » est probablement l’album le plus abouti du sextet, tant dans la qualité des compositions que dans sa production très soignée. Guitariste et fondateur du groupe, Raphaël Porcherot est l’un des garants de ce temple aussi rassembleur que généreux, et où les guitares rivalisent avec un harmonica devenu aussi emblématique de sa couleur musicale. Tout en revendiquant des références américaines, le groupe a également su trouver ses marques pour devenir une valeur sûre de la scène française. Entretien avec le principal compositeur d’une formation fraîche et pêchue.  

– Il y a un peu moins d’un an, DIESEL DUST sortait son troisième album complet près de 20 ans après « Ghost Dance » en 2006. C’est un disque positif et volontaire, qui résume finalement assez bien votre parcours et votre état d’esprit, je trouve. Est-ce aussi ton sentiment : des passages d’obstacles et l’envie comme moteur ?

Oui, je pense que cela résume exactement l’état d’esprit du groupe. Le retour de DIESEL DUST puise son fondement dans le confinement dû au Covid et les épreuves qui lui ont été liées. Isolement, enfermement, décès, etc… Pendant cette période difficile, j’ai écrit et composé quelques morceaux pour dire les choses et évacuer les idées noires, particulièrement le décès de mon père. Ce sont ces premiers morceaux qui m’ont fait décrocher le téléphone et demander à Nico (l’harmoniciste – NDR) si ça lui disait de reprendre le groupe. Sa réponse a été immédiate et positive. Ainsi, l’écriture a continué avec cette envie viscérale d’entendre à nouveau le groupe déverser son Rock. Bon, nous faisons du Rock en France, qui plus est du Southern Rock, alors les obstacles sont nombreux. Mais l’envie est à son maximum ! (Rires)

– Justement, le Rock Sudiste en général a quelque chose d’intemporel qui vient de ses fondations-mêmes. Etonnamment, c’est la réflexion que je me suis faite en écoutant « Ghost Dance », puis « Just Another Day… » dans la foulée. Il y a une réelle continuité dans le son comme dans les morceaux. Est-ce le fruit d’une démarche artistique qui s’est imposée d’elle-même et qui résume l’essence de DIESEL DUST ?

L’intemporalité nous sied à merveille, elle permet d’effacer, en quelque sorte, ces années pendant lesquelles nous avons mis le groupe au repos. (Sourires)  La continuité dans le son, les messages et l’expression de DIESEL DUST ont plusieurs facteurs. Le fait que je sois jusqu’alors le seul à écrire et composer en est un. Mais le groupe fonctionnant comme une famille, on trouve un équilibre certain en live, dans la vie en général et bien entendu lorsqu’il s’agit des arrangements des morceaux. C’est la source de notre couleur artistique. Enfin, la volonté de vouloir respecter le style, avec ses origines multiples teintées de Blues, de Country et de Rock, oriente notre musique vers une véritable signature sonore qui fait que DIESEL DUST se reconnait facilement et est accepté par tous comme un véritable combo Southern Rock.

– Raphaël, tu es le principal compositeur du groupe depuis ses débuts. On peut donc affirmer que DIESEL DUST porte ton empreinte. Pourtant, vous êtes six musiciens. Es-tu le seul à avoir des velléités d’écriture, et est-ce que certaines structures ou arrangements peuvent aussi se faire de manière collégiale parfois ?

J’ai effectivement écrit l’intégralité des précédents albums, mais la nouveauté avec le line-up actuel fait que les membres de DIESEL DUST ont aussi des velléités de composition. Nous sommes donc actuellement dans une démarche de création musicale de groupe et c’est un plaisir fantastique que d’être ensemble à chercher des idées et les mettre en forme. Cela va enrichir d’autant la palette ‘Dieseliste’ et promettre un futur album encore plus enraciné dans la continuité moderne de notre son et de nos influences diverses. Je pense que nous allons intégrer ces nouvelles compos à la setlist des lives au fur et à mesure de leur finition, afin de les présenter au public.

– Comme presque toujours dans le Southern Rock, les parties de guitares sont essentielles et DIESEL DUST ne déroge pas à la règle. Outre les riffs, les solos sont primordiaux et vous n’êtes pas en reste, loin de là. Ils font d’ailleurs souvent l’objet de beaux duels sur scène. Est-ce que vous les travaillez dans ce sens avec une marge d’improvisation pour les concerts ?

Plus que des duels, ce sont de véritables voyages en communs que représentent les chorus et les questions-réponses des solos. C’est l’un des aspects magiques indéniables du Southern Rock. Les chevauchées solistes des instruments sont permises et encouragées, comme à l’époque de ses origines, dans les 70’s. Il suffit d’écouter un live des Allman Brothers ou le « Free Bird » de Lynyrd Skynyrd pour l’entendre. Cela permet à chacun de s’exprimer pleinement et de mettre ses particularités de jeu au service de l’entité du groupe. Nous avons la chance d’avoir deux guitares et un harmonica qui peuvent envoyer des solos puissants et nous en profitons. Côté improvisation, pour le moment, nous laissons peu de place à cet aspect, même si parfois nous nous offrons la liberté de sortir du chemin tracé. Nous sommes dans une période où nous souhaitons imposer l’album « Just Another Day… » et nous faisons tout pour que le public reconnaisse les différentes parties, notamment les solos qui sont écrits note par note. Mais oui, l’impro reste une merveille sur scène et nous comptons bien lui donner plus de volume à l’avenir. C’est aussi ça l’essence du Rock, ne pas rejouer les albums à l’identique.

– J’aimerais que l’on dise un mot de l’univers visuel du groupe. L’imaginaire américain est très présent avec les peuples amérindiens également. Comment s’est fait ce choix et est-ce que c’est plus ou moins incontournable dans le Rock Sudiste, selon toi ?

Comme je le disais, nous respectons le style dans lequel nous évoluons. Le Southern Rock est né dans le Sud des Etats-Unis, là où effectivement l’image de l’Amérique est quasi sacro-sainte avec ses certitudes et ses exagérations. Ce que je retiens de cet aspect des USA dans les textes est surtout du domaine des routes poussiéreuses et du sentiment de liberté intense, réelle ou imaginaire. Le volant d’un pick-up entre les mains, du Rock Sudiste à fond dans les oreilles et on fait des milliers de kilomètres sans s’en rendre compte avec le sourire aux lèvres. C’est mon image de l’Amérique, rassurante et sans aucun doute idéalisée. Les Amérindiens ont régulièrement été évoqués dans les textes de Southern Rock, mais plutôt de manière mythologique ou poétique, souvent loin de la réalité. Toutefois des groupes comme Blackfoot ont carrément intégré dans leur chanson leur héritage, musicalement évidemment, mais aussi dans leurs traditions, ne serait-ce qu’en rappelant leur rapport à la Terre. C’est ce qui m’a frappé dans la découverte de cette culture. Elle inspire nombre de mes textes. La sagesse des lettres de Sitting Bull m’a littéralement ouvert les yeux sur ces peuples. La capacité à respecter la nature et ce qu’elle offre. La résistance de la grandeur du cœur devant les horreurs comme le massacre des familles Cheyennes à Sand Creek en 1864. De même, la générosité tribale et la force de la famille sont autant de sujets, qui font que les Amérindiens font partie intégrante de notre musique, car c’est une source d’inspiration pour tenter d’ouvrir les yeux sur les dérives de notre civilisation actuelle.

– Contrairement à ce que l’on peut penser dans l’inconscient populaire, vos textes dégagent beaucoup de générosité avec des messages de paix et de tolérance, comme c’est d’ailleurs très souvent le cas dans le registre. Est-ce que l’actualité de notre société nourrit aussi vos paroles, ou ont-elles un aspect plus intemporel et universel ?

Les deux. Nous vivons dans un monde qui n’a rien appris des leçons du passé, et qui est au bord de l’effondrement à cause de la haine, de la différence, de la religion et de l’égoïsme. Autant de sources d’aveuglement et de dissentions qui poussent les hommes à oublier que leur planète est fragile, et leur vie et leur existence encore plus. Le Southern Rock est souvent critiqué et soupçonné de diverses dérives en particulier à cause du drapeau confédéré arboré par nombre de groupes du genre. S’il est historiquement un symbole de rébellion du Sud de l’esclavage dans la guerre de Sécession, il est aujourd’hui une bannière musicale pour nous. Depuis toujours, beaucoup de musiciens du genre ont diffusé des messages d’unité et de tolérance à l’instar du Allman Brothers Band. On trouvera toujours des textes pour dire le contraire, chaque artiste est maître de ses propres mots, mais de manière générale, les messages sont plutôt positifs. Le Rock Sudiste est complexe. Il reflète la richesse de la culture du Sud d’une part et les tensions raciales des Etats qui le composent d’autre part, et il s’en trouve donc décrié. C’est pour cela que je trouve qu’il est le véhicule idéal pour prêcher la bonne parole du respect des hommes, de la tolérance et de la défense de cette mère qu’est la Terre.

– Le Southern Rock de DIESEL DUST est assez complet et ne penche pas véritablement d’un côté en particulier, comme c’est souvent le cas avec certains qui portent plus sur l’aspect Blues, le Hard Rock ou la Country. Est-ce un choix qui s’est fait dès le départ, assez naturellement, ou c’est un équilibre qu’on trouve au fil du temps ?

C’est un véritable équilibre naturel depuis la création du groupe, qui prend encore plus de sens avec le line-up actuel. Même si nous surfons toujours sur les racines du Southern Rock originel, nous intégrons nos différences pour enrichir et moderniser notre musique. Avec David (guitare) qui joue du Joe Satriani, Micka (basse) qui vient de école Punk et Jazz-Rock, Joss (batteur) qui évolue dans le Metal, Max (chant) qui est issu plutôt du Rhythm’n’Blues, Nico (harmonica) du Blues et Southern rocker convaincu, et moi-même (guitare) emprunt de Blues et de musique 70’s, il y a de quoi faire des recettes détonantes et savoureuses. C’est un aspect extraordinaire du style, car il se nourrit et s’enrichit sans cesse de toutes les musiques : Jazz, Rock, Blues, Country, irlandaises, traditionnelles, etc…

– DIESEL DUST a aussi la particularité de compter dans ses rangs un harmoniciste, Nico, et pas de manière anecdotique. C’est suffisamment rare pour être souligné. Il intervient d’ailleurs un peu en électron libre. C’est un instrument que l’on entend assez peu souvent dans le Southern Rock et il forge aussi votre identité. C’est une manière de souligner votre côté bluesy et peut-être de palier l’absence de claviers ?

Il est clair que Nico apporte une identité bluesy marquée et nécessaire dans notre style. Il ne pallie pas l’absence de claviers, il est un instrument libre à part entière, qui répond tantôt au chant, tantôt joue en solo ou crée des nappes de soutien. Il apporte de la richesse à notre palette sonore. Cela fait 20 ans que nous partageons la scène et la joie de jouer ensemble est intacte. Du coup, son harmonica est indispensable à la sonorité particulière de DIESEL DUST.

– « Just Another Day… » dispose d’une très bonne production dans un ensemble équilibré et des arrangements très soignés. Et puis, il a été masterisé aux studios Abbey Road. C’était important pour la touche finale d’apporter un certain éclat ? Et en quoi cela fait-il la différence, selon toi ?

C’est un choix dès le départ que de soigner l’ensemble de la production de l’album. C’est un investissement lourd, mais notre souhait était d’offrir un joyau, tant au niveau sonore qu’au niveau design. Les arrangements sont très importants pour nous, parce qu’ils permettent de mettre un écrin autour de la composition. Le design de la cover a été concocté par Pegpixel, un jeune créateur talentueux qui s’est appliqué à marier le texte de « Just Another Day… » à l’imagerie de DIESEL DUST et c’est une parfaite réussite. Le choix d’Abbey Road, pour la seconde fois déjà, réside dans le fait que ce studio représente pour moi en particulier, mais pour nous tous, la légende du son Rock, dans lequel j’ai été bercé et aussi une certaine fierté, reconnaissons-le. (Sourires) Mais aussi et surtout, la qualité de travail hors normes qui est la leur, a mis en valeur ce que le studio de la Soierie, où nous avons enregistré et mixé, a magistralement mis en boite. Abbey Road a fabriqué les laques pour presser le double vinyle, ce qui lui confère une qualité sonore irréprochable. Le CD et les pistes pour les plateformes numériques ont aussi été édités par eux. C’est en quelque sorte une véritable déclaration d’amour au public, qui écoutera notre album, que de travailler avec des monstres techniques pareils.

– Enfin, j’aimerais qu’on dise un mot sur la scène Southern française. Elle frémit tout doucement, mais reste bien trop discrète. Quel regard as-tu sur sa situation ? Te donne-t-elle parfois des envies d’ailleurs, surtout lorsqu’on voit l’effervescence de la scène américaine ?

Il y a tant à dire sur la France et le Rock. Trouver des dates et des débouchés dans notre pays quand on officie dans le Rock est un parcours semé d’embuches, et dans le Southern Rock, une voie presque sans issue. Ce n’est pas dans la culture de notre pays que de mettre le Rock en avant, même si on voudrait tous que cela change. Il est certain que nous avons envie d’ailleurs, de ces pays comme l’Allemagne, la Belgique ou l’Espagne pour ne citer qu’eux en Europe, qui ont un véritable amour du Rock et de tous ses styles. ‘Ailleurs’ nous apparait plus ensoleillé, c’est certain. Pourtant le Southern Rock en France possède des groupes tels que Natchez, Calibre 12, Bootleggers pour parler des plus connus, mais aussi The Owl Band, The Redneck Roots Band, Mainstreet, Gunsmoke Brothers Band et bien d’autres. C’est la confidentialité de la diffusion du genre, qui donne l’impression que ce style est peu représenté dans l’hexagone. Il faudrait que les festivals se dérident un peu dans leur programmation en arrêtant de tous programmer les mêmes choses et, pourquoi pas, que nous puissions avoir en France un véritable festival de Southern Rock. A méditer…

Le dernier album de DIESEL DUST, « Just Another Day… » est disponible chez Brennus Music.

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Blues Rock

T.G. Copperfield : Blues spirit

Toujours aussi brut et Rock, le Blues T.G. COPPERFIELD fait des étincelles et « All In Your Head » montre qu’il est encore loin d’avoir dévoilé l’entendue de son talent. Très européen dans le son et inspiré de références pourtant très américaines, le six-cordiste germanique fait encore parler la poudre et la qualité de son jeu et du songwriting offre à la nouvelle réalisation de sa décade un panache réjouissant et rassembleur. Inarrêtable, le musicien est à la tête d’une belle et conséquente discographie en assez peu de temps finalement.

T.G. COPPERFIELD

« All In Your Head »

(Timezone)

En huit ans seulement, T.G. COPPERFIELD a sorti deux EPs et présente aujourd’hui son dizième album. Autant dire que l’Allemand n’est pas du genre à rester se tourner les pouces. Cela dit, le Blues est un univers sans fin et lorsqu’il est agrémenté de Rock et de sonorités Southern, les possibilités sont infinies. Le songwriter l’a bien compris et semble intarissable comme le prouve « All In Your Head », un nouvel opus gorgé d’un Blues Rock incendaire toujours aussi roots, mené de main de maître par un groupe au diapason.

A ses côtés, Claus Bächer (claviers), Don Karlos (basse), Michael Hofmann (batterie) et Claudia Zormeier aux chœurs font vivre et respirer des compositions aussi explosives qu’elles peuvent aussi être réconfortantes. L’empreinte et l’identité sonore de T.G. COPPERFIELD est immédiatement identifiable et sa signature jaillit sur chaque riff et à chaque solo distillés par le guitariste-chanteur. Avec « All In Your Head », il affiche beaucoup de puissance, tout en restant terriblement mélodique et accrocheur.

Sur un groove épais, le Blues Rock de son ‘Electric Band’ fait des merveilles et présente aussi une belle diversité dans ces nouvelles compos (« Mule », « I’m On My Way », « Not Your Name »). Exigeant et pointilleux sur la production, T.G. COPPERFIELD aborde des thèmes sensibles et actuels en évitant de ne pas se faire trop sombre. S’il manie plus le chaud que le froid, il reste d’une créativité positive en mettant la même intensité sur toutes ses chansons (« Have Mercy On Me », « Redemption Blues », « World War III » et le morceau-titre).  

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Blues

Jimmy Vivino : vif et mordant

Tout en jetant un regard assez acerbe sur son pays et sa politique, JIMMY VIVINO libère un Blues authentique avec un savoir-faire permanent et surtout des idées plein la tête. Aux guitares, derrière le micro, à l’orgue et au piano, il se fait chef d’orchestre de « Gonna Be 2 Of Those Days », d’où s’échappent d’autres guitares, acoustiques et électriques, de l’harmonica et même de l’accordéon. Parfaitement accompagné, le musicien est lumineux, virevoltant et plein d’humour. Le tout sur une production irréprochable et pleine de relief.

JIMMY VIVINO

« Gonna Be 2 Of Those Days »

(Gulf Coast Records)

Fort d’une carrière exceptionnelle, notamment en tant que directeur musical sur la télévision américaine, JIMMY VIVINO est un touche-à-tout de talent, compositeur, producteur, ainsi que chanteur, guitariste et claviériste. Mais il est surtout un grand bluesman et « Gonna Be 2 Of Those Days » vient confirmer son intarissable inspiration. Sur près d’une heure et onze morceaux, il présente un panel assez incroyable d’approches différentes du Blues. Car cet album a quelque chose d’insaisissable dans sa diversité et c’est sa force.

Pour l’anecdote, il est également membre du dernier line-up de Canned Heat et a donc joué sur le dernier très bon « Finyl Vinyl » sorti il y a quelques mois, qu’il a aussi co-produit. On comprend ainsi beaucoup mieux le retour si enthousiasmant du combo. Mais c’est avec des chansons originales, et aucune reprise, que JIMMY VIVINO signe cette nouvelle réalisation qui est également sa première chez Gulf Coast Records, le label de Mike Zito. Et ce n’est pas tout, car il nous gratifie de quelques autres surprises de taille.

La première est dévoilée dès le premier titre, « Blues In The 21st », avec Joe Bonamassa qui surgit avec une slide de grande classe. Une entrée en matière qui en dit déjà long sur les intentions en termes d’exigence de JIMMY VIVINO. Son Blues se fait ensuite plus narratif et traditionnel, mais aussi funky, Honky-Tonk et presque Americana. Puis, c’est à John Sebastian, songwriter américain de Folk Rock, de s’immiscer sur « Beware The Wolf », et « Back Up The Country » en clin d’œil à Joni Mitchell. Classe et très engagé !  

Photo : Ali Hasbach

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Blues

Tommy Castro & The Painkillers : exaltant

Le titre de cette nouvelle production de TOMMY CASTRO & THE PAINKILLERS résume à lui seul l’intention du maestro : revenir à l’essence-même du Blues, en parcourant ses différents courants et en s’y collant au plus près. Pari amplement remporté, ce qui n’est pas vraiment une surprise lorsque l’on connaît le sens de la musique qui l’habite. En ne proposant que trois petits inédits, c’est surtout vers des morceaux qui le font vibrer que le musicien s’est penché et « Closer To The Bone » côtoie les sommets.

TOMMY CASTRO & THE PAINKILLERS

« Closer To The Bone »

(Alligator Records)

En un peu plus de trois décennies, TOMMY CASTRO avoisine la vingtaine d’albums, une dizaine de Blues Music Awards et surtout un feeling qui va grandissant. Avec ses PAINKILLERS, c’est un disque un peu spécial que le natif de San José en Californie propose, puisque celui-ci ne comprend que trois chansons originales (« Can’t Catch A Break », « Crazy Woman Blues » et « Ain’t Worth The Heartache »), auxquelles il faut ajouter tout de même onze reprises, et pas n’importe lesquelles. Lui qui a exploré à peu près tous les registres, passant du R’n B à la Soul ou au Rock, s’offre le loisir de se faire plaisir… et nous avec !

TOMMY CASTRO & THE PAINKILLERS n’élude ici aucun d’entre-eux, sachant se faire tendre, délicat ou explosif et pétillant le morceau suivant. « Closer To The Bone » fait un peu le tour des goûts et des préférences du guitariste-chanteur et il faut bien avouer qu’on ne voit pas le temps passer. L’idée est donc de le réécouter dans la foulée avec la même délectation. Avec comme noyau dur Mike Emerson aux claviers, Randy McDonald à la basse et au chant et Bowen Brown à la batterie, l’ensemble sonne comme une ode au Blues sous toutes ses belles coutures et le talent de chacun fait naître une osmose savoureuse.

Car ce qui surprend aussi sur « Closer To The Bone », c’est l’harmonie qui règne au sein de THE PAINKILLERS, qui n’a jamais aussi bien porté son nom, avec aussi un humour omniprésent. Petite cerise sur le gâteau, TOMMY CASTRO a invité quelques amis et non des moindres. On y croise au fil des titres Chris Cain, Rick Estrin, Christoffer ‘Kid’ Andersen et l’incroyable saxophoniste et chanteuse Deana Bogart sur «  Some Moves Me » et « Bloodshot Eyes » pour un duo. Electrique et jouant sur une proximité naturelle, l’Américain livre un opus radieux, optimiste et tout simplement irrésistible. Une vraie gourmandise !

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Blues Rock France

No Money Kids : fresh bluesy view [Interview]

Profondément ancré dans un Blues authentique et viscéral, NO MONEY KIDS transforme ce genre auquel peu de monde ose toucher pour en donner une vision très moderne et protéiforme. En se réinventant à chaque album, le duo composé de Felix Matschulat (guitare, chant) et de JM Pelatan (basse, machines, synthés) accueille désormais Alex Berger à la batterie, comme pour mieux imprégné d’acoustique un registre élégant et toujours aussi novateur. Ce nouvel album, « Fireworks », tire aussi son titre d’un sentiment partagé par les trois musiciens et dont son chanteur et guitariste nous parle…  

– Près de quatre ans après « Factory », on vous retrouve enfin avec « Fireworks », un cinquième album qui porte bien son nom. A l’époque, comment avez-vous vécu cette pandémie ? J’imagine que passer à la suite n’a pas dû être évident…

En fait, pendant la pandémie, on était en pleine création de « Factory » et c’est au sortir du Covid qu’on a commencé la tournée. Cette période nous a profondément marqué, et encore sur cet album, car elle nous a montré qu’il était toujours important de créer et d’être en perpétuelle recherche. On ne sait pas de quoi demain sera fait et si on aura de nouveau un confinement. Au final, ça nous a donné l’élan de produire « Factory », puis dans la foulée « Fireworks ».

– Justement, est-ce que l’intention première avec « Fireworks » a d’abord été de renouer avec la joie, celle de composer de nouveaux morceaux, puis de retrouver votre public bien sûr ?

C’est clairement ça ! « Factory » était un album assez introspectif et assez lourd dans lequel on traitait de la condition ouvrière. Pour composer un album, j’ai aussi besoin d’un thème principal pour créer une architecture avec des personnages qui se retrouvent. Pour « Factory », c’était donc l’usine, alors que sur « Fireworks », on est beaucoup plus dans le lâcher-prise. Et justement après le Covid, on avait envie de faire du Rock’n’Roll sur scène et c’est ce qu’on a fait en studio. J’ai imaginé tous les personnages qui se retrouvent dans un motel un peu fantasmé des Etats-Unis. Une espèce d’Amérique très visuelle aussi et qui t’amène dans des road-trips.

– Il y a un vent de liberté palpable sur ce nouvel album, qui se veut peut-être plus direct et aussi plus joyeux que les précédents. Y avait-il une sorte d’urgence pour vous de retrouver et de provoquer les sourires ?

Ce sont des trucs qu’on ne maîtrise finalement pas trop. Tu sais, quand on va en studio, on ne se met pas de cahier des charges trop précis car, généralement, on finit toujours par être un peu déçu. On ne se pose pas de questions, on fait en fonction de nos envies et des sensations en nous disant que tout est possible. Et il se trouve que sur cet album-là, ce qui nous a vraiment animés, c’est ce désir de tout envoyer valdinguer, de prendre ta voiture et de voyager. C’était un peu l’idée.

– Musicalement, on retrouve le son de NO MONEY KIDS et ce mélange de Blues Rock et de sonorités Electro. Cependant, « Fireworks » a un côté très roots et immédiat. L’idée était-elle d’être explosif avec aussi à l’esprit vos futures prestations live ?

Je crois que ce qui a beaucoup impacté notre manière de produire est l’arrivée d’Alex (Berger du groupe Jokvs – NDR) à la batterie. On a toujours été un duo depuis nos débuts et là, ça fait deux ans que nous sommes un trio sur scène. On a mis longtemps pour changer de formule, parce qu’on marche à la rencontre et à l’émotionnel dans le groupe. On voulait rester à deux, car notre relation est tellement forte sur scène et ailleurs. Et là, on a commencé à travailler plus à trois. Même si JM et moi produisons toujours l’ensemble, l’arrivée d’Alex à influer sur notre manière de faire. En fait, on avait déjà anticipé les parties de batterie et avec lui, cela sonne clairement plus live. Ensuite, il y a aussi eu des réenregistrements de batterie et ça nous a lancé sur des sonorités plus authentiques et plus roots sûrement.

– Ce nouvel album a été en partie enregistré à New-York, qui n’est pas forcément une terre de Blues, par ailleurs. Vous aviez besoin de changer un peu d’air ? Peut-être aussi de vous livrer à de nouvelles expériences sonores ? Quel était l’objectif de cette ‘délocalisation’ ?

On est revenu quand même, on ne s’est pas totalement délocalisé ! (Rires) En fait, à la fin du processus de création, il nous restait un titre à faire. C’était « Get Free » qui est sorti en single juste avant le disque. Et on a eu besoin d’expérimenter tout ce dont on se servait sur l’album, c’est-à-dire cette Amérique un peu fantasmée, ces grands espaces et cette imagerie un peu ‘tarantinesque’. C’est aussi un peu un concours de circonstances, car on a signé avec un tourneur aux Etats-Unis, qui nous a proposé immédiatement une date à New-York. On s’est donc dit qu’il fallait faire les prises là-bas. On a enregistré « Get Free » à New-York et on en a profité pour faire un partenariat avec un label sur place. Du coup, on a fait des sessions live en pressant les vinyles à chaque fermeture. Il y a 18 sessions qui vont bientôt sortir en autant de 45tr.

– A l’écoute de « Fireworks », on remarque quelques similitudes avec le travail de Sturgill Simpson et aussi de Dan Auerbach, et pas seulement avec les Black Keys, mais aussi dans sa manière de produire. Est-ce que, d’une certaine manière, NO MONEY KIDS s’inscrit dans cette veine artistique pour toi ?

Je pense que ce virement, axé sur des typologies de sons peut-être un peu plus authentique et mêlées aussi à des textures assez modernes, s’inscrit dans le travail que peut faire Dan Auerbach avec Easy Eyes Sound (son label – NDR) et ce genre d’artistes. Et pour ce nouvel album, on avait besoin de ça. Je suis un grand fan de Rythm’n Blues et de Dan Auerbach, car il va chercher des références qui me parlent. Je pense qu’on a plus assumé ce côté-là, cet aspect américain par rapport à nos albums précédents.

– On le disait, vous êtes allés à New-York pour enregistrer « Get Free ». Vous qui avez prôné le DIY (Do It Yourself), est-ce que l’heure du changement est venue ?

(Rires) Non, parce qu’on finit par tout faire nous-mêmes. On a fait les prises là-bas, mais après, c’est nous qui faisons le mix, le mastering et qui produisons. On arrange tout ensemble, on est encore producteur de nos albums d’ailleurs. On tient vraiment à le rester, car c’est une liberté de dingue. C’est ce qui nous permet aussi de voir les tenants et les aboutissants de la création et de pouvoir maîtriser tout ça. On est toujours surpris et content de vivre de notre musique et de la produire. Il n’y a personne pour nous donner telle ou telle direction artistique, et c’est quelque chose qu’on veut absolument garder. On ne sait pas de quoi demain sera fait et, si cela se trouve, on fera un album beaucoup plus Electro ou plus Blues et on veut avoir cette possibilité.

– Votre Blues Rock a toujours été très moderne dans son approche et surtout dans le son. Sans vous éloigner de ses racines, comment intégrez-vous les samples et les éléments électroniques, tout en restant fidèles au style en lui-même ? Y a-t-il des limites que vous vous imposez, ou au contraire, ça n’a aucune importance ?

Il n’y a vraiment aucune limite. On fait ce qu’on a envie à l’instant T. C’est vraiment une photographie du moment présent et la seule limite qu’on se fixe celle de notre volonté et de ce que l’on trouve esthétiquement beau. Et si ça nous plait, on ne le change pas.

– Comme d’habitude, vous avez apporté beaucoup de soins aux arrangements pour trouver un bel équilibre. Est-ce qu’une grosse partie de votre travail se fait aussi en post-production ?

Oui, même si cela a un peu changé sur cet album. J’ai plus pris part à la production cette fois. D’habitude, on travaille à deux avec JM. Je compose et j’écris les chansons en guitare/voix, et ensuite on produit à deux dans le sens où on va chercher les instruments pour construire la chanson. Pour « Fireworks », ce que j’envoyais à JM était déjà plus produit, avec les batteries, les synthés, etc… Après, JM mixait, masterisait et rajoutait le petit liant qui faisait que tout marchait bien ensemble. On retravaillait un peu tout ça en studio, mais la plus grosse partie a été faite chez moi, dans mon studio. C’est ce qui change aussi des autres albums, parce que j’ai pu pousser la composition en lien avec la production et de manière plus introspective qu’auparavant. J’ai pu amener au bout mon idée de la composition, de ma vision. Ensuite, on travaille à deux et il y a toujours des compromis évidemment.

– D’ailleurs, penses-tu que la musique de NO MONEY KIDS aurait cette même fraîcheur et cet impact sans les éléments électroniques qui l’enveloppent, même si certains titres sont très bruts ? 

Non, parce que c’est ce qui fait notre particularité et c’est aussi pour ça qu’on tient en tant que groupe. Au-delà de notre métier aujourd’hui, on est de grands passionnés et surtout des grands amoureux. C’est comme un couple, on a encore des histoires à écrire. Donc l’alliance de l’électronique et du son brut, c’est vraiment notre alliance. En tant que musicien, on n’est pas dans la copie. D’ailleurs, on n’est pas très fort là-dedans. En fait, quand on aime un style, ça ne nous intéresse pas d’en copier les éléments. Nous ne sommes pas dans une reproduction mécanique d’un genre. Sans aller chercher tel ou tel instrument, on va en faire un mélange. C’est ce mélange qui fait l’ADN de NO MONEY KIDS.

– Donc, ce serait difficilement envisageable d’imaginer NO MONEY KIDS en acoustique, par exemple ?

C’est possible, mais si tu nous demandes de choisir entre la version acoustique et la version produite, on choisira toujours la produite. Même si on adore l’acoustique !

– Il y a depuis quelques années maintenant beaucoup de duos qui œuvrent dans le domaine du Blues et ses dérivés comme The Inspector Cluzo, Knuckle Heads, One Rusty Band, Dirty Deep à l’occasion, The Blue Butter Pot et même Ko Ko Mo dans un registre Pop grand public. C’est presque devenu une spécialité française. Quel regard portes-tu sur ce type de formations à deux, même si vous êtes maintenant trois,  et entretenez-vous des relations avec certaines d’entre-elles ? Il pourrait y avoir le clan des duos…

Je suis un réel partisan de ce genre de formule, parce que ça casse les codes et les habitudes de chacun. Ca pousse à faire des choses qui ne sont pas conventionnelles quand on apprend un instrument. Ca nous pousse dans nos retranchements et, généralement, cela donne des groupes avec des particularismes plus forts. Le fait de ne pas avoir l’apport d’une basse ou d’une batterie casse ce power trio qu’on a tous dans l’oreille. Il y a donc des choses qu’il faut combler et là, les artistes prennent de l’importance car ils doivent palier ce manque. Et ça laisse aussi beaucoup plus de place à la création. C’est vrai que ce que proposent tous ceux que tu as cités sont vachement bien. Après, on en a croisé pas mal sur la route, dont Ko Ko Mo au début et Catfish aussi. Il y a MoonShaker aussi avec qui on a beaucoup tourné et avec qui on a une vraie relation fraternelle. On garde de bons contacts avec tout le monde, mais c’est vrai qu’il n’y a pas de collectif du duo. Ce serait d’ailleurs peut-être quelque chose à créer.

– Enfin, on découvre sur certaines photos récentes du groupe un troisième membre, on en a déjà un peu parlé. Est-ce que NO MONEY KIDS est en train de grossir ses rangs et peux-tu nous le présenter ?

On a rencontré Alex un peu par hasard, il nous avait été conseillé par un ami pour le remplacement de Greg (Damson, batteur au sein de la formation Steve Amber – NDR). On a eu exactement le même coup de foudre que celui entre JM et moi à l’époque quand on s’est rencontré en studio. Cela a été très simple. Ce qui est marrant chez NO MONEY KIDS, c’est qu’on est tous de génération différente. Et c’est une richesse. Alex est beaucoup plus jeune que nous, mais, musicalement, on est exactement su la même longueur d’onde. C’est la première fois qu’il a une telle fusion, car peu importe ce qu’on lui propose, il le comprend tout de suite. C’est un vrai métronome et en même temps, il a un groove de dingue. On a beaucoup joué avec des boîtes à rythmes et ça a été une dominante sur nos concerts, quelque chose sur laquelle on était très à cheval, car avoir un rythme clair nous permet de nous exprimer très librement. Il est capable de faire ça et toutes les références qu’il a apportées étaient aussi les nôtres. Je pense que cela amène NO MONEY KIDS un niveau au-dessus.

– Et donc, vous devenez un power trio…

Oui… (Rires) Cela dit, on casse un peu ce power trio, car on triche un peu. On est des bidouilleurs, des tricheurs. L’idée de NO MONEY KIDS à la base était d’apporter les éléments de studio sur scène, afin que les gens prennent conscience de l’importance de la production et de ses effets. Et on voulait partager ça avec le plus de monde possible. Et avec Alex, ce qui est marrant, c’est qu’en étant trois, on lance tellement de choses, il y a tellement d’artifices, de synthés partout… Et avec toujours cette idée de faire du Blues, bien sûr ! C’est un power trio qui n’en est pas un… en vrai ! (Rires) On fait tous beaucoup de choses et on a plusieurs postes chacun, en fait.

L’album de NO MONEY KIDS, « Fireworks », est disponible chez Roy Music.

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Hard'n Heavy Metal Progressif

Bumblefoot : double fun

Révolutionnaire et exalté, BUMBLEFOOT fait partie d’une short-list de six-cordistes aussi novateurs qu’imprévisibles. Techniquement hyper-créatif, l’homme à la fretless double-manche ne cesse de se réinventer et d’aller vers l’inconnu pour libérer une musique qui n’appartient qu’à lui et qui semble si évidente à l’écoute. Sur « Bumblefoot… Returns! », il multiplie les surprises avec une incroyable fluidité dans des atmosphères changeantes et toujours très maîtrisées. Ces 14 nouveaux morceaux sont d’une audace totalement débridée et jubilatoire.

BUMBLEFOOT

« Bumblefoot… Returns! »

(Bumblefoot Music LLC)

Iconoclaste, fantasque et surtout virtuose, Ron Thal est un musicien étonnant, qui mène depuis plus de trois décennies une carrière qui lui ressemble finalement beaucoup. Après des débuts sous son propre nom, il adopte BUMBLEFOOT à la fin des 90’s et il se distingue aussitôt par son jeu hors-norme. En 2006, il intègre G N’R comme troisième guitariste, forme ensuite Act Of Anarchy, Sons Of Apollo et plus récemment le super-groupe Whom Gods Destroy. Et pourtant, son champ d’action est bien plus large et varié qu’il n’y paraît.

Du Breton Pat O’May en passant par Asia, il multiplie les collaborations en tant que producteur, compositeur et même enseignant, tout en prenant soin de ne jamais rester dans sa zone de confort. D’ailleurs, en a-t-il vraiment une ? BUMBLEFOOT est un technicien brillant doté d’une culture musicale complète et érudite. Sans virer à la démonstration, « Bumblefoot… Returns! » est un modèle du genre rassemblant à peu près tout ce qu’il peut faire avec son étonnant instrument, conçu sur mesure pour dépasser ses propres limites.

Cette nouvelle réalisation donne suite à « The Adventures Of Bumblefoot » sorti il y a tout juste 30 ans et qui présente l’Américain dans un registre entièrement instrumental, où il passe en revue tous les styles qui le font vibrer. BUMBLEFOOT transcende les genres (Metal, Rock, Blues, Acid Honky-Tonk, …), soigne les mélodies et présente ici quelques invités de choix comme Steve Vai, Brian May, Guthrie Govan et Ben Karas. Et surtout, complexe et pointu, l’album ne s’adresse pas qu’aux puristes. Une prouesse et une vraie gourmandise!

Photo : Andre Tedim

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Country-Rock Folk/Americana France

Margot Viotti : French Americana [Interview]

Ils sont très peu en France à s’aventurer dans un registre comme l’Americana, tant il peut paraître éloigné de notre culture. Pourtant, chez MARGOT VIOTTI, c’est presqu’une évidence et son premier EP, « One And The Same » qu’elle autoproduit, vient confirmer un talent évident, une voix sûre et forte tout comme ses textes, dont on connait l’importance dans ce style. Accompagnée par un groupe incroyable, les trois premières chansons dévoilées laissent entrevoir un avenir rayonnant. Entretient avec une jeune songwriter, musicienne et chanteuse, dont les premiers pas sont plus que prometteurs.  

– Commençons par les présentations, puisque tu sors tout juste ton premier EP, « One And The Same », qui est d’ailleurs très abouti et particulièrement mature. Quel a été ton parcours artistique jusqu’à aujourd’hui, car tu es chanteuse et aussi compositrice ?

Je fais de la musique depuis toujours. Plus particulièrement, je chante depuis toujours. Mais j’ai commencé de manière intensive à partir de mes 11/12 ans, je dirais. Quand je dis intensive, ce sont des heures par jour. Tout mon temps libre en fait. La guitare est venue plus tard, vers l’âge de 14 ans à peu près. J’ai appris en grande partie sur YouTube, avec des tutos.

J’ai chanté sur scène pour la première fois à 15 ans. J’ai fait partie de différents groupes et projets souvent autour du Blues. Puis, j’ai commencé à chanter en solo, guitare/voix, et fais pas mal de premières parties. J’ai eu la chance d’être invitée sur scène de nombreuses fois par des artistes que j’adore. Et pour ce qui est de la composition, j’ai toujours aimé écrire et composer mes morceaux.

– L’une des choses étonnantes de cet EP est le style dans lequel tu évolues, qui navigue entre Rock, Blues, Americana et Folk avec une touche de Country Pop. C’est assez surprenant pour une jeune artiste française, car on est très loin de notre culture musicale. Comment devient-on aussi familière avec un registre aussi peu diffusé chez nous ?

Je pense que c’est la question que l’on me pose le plus souvent ! (Désolé ! – NDR) J’ai un souvenir particulièrement marquant, c’est celui de mon père qui me fait écouter pour la première fois l’album « The Wall » de Pink Floyd, lors d’un trajet en voiture. Je devais avoir entre 8 et 10 ans. Et là, c’est la claque ! Et je me dis : « Waouh, mais il faut que je creuse tout ça ! »

Comme si j’avais découvert à ce moment-là une nouvelle facette de ce qui était possible par la musique. Depuis, j’ai cherché, passé des milliers d’heures à écouter tout plein de choses. J’ai écouté énormément d’albums, d’artistes et de fil en aiguille, j’ai découvert The Doors. Et alors là, tout a basculé. Je suis devenue fan absolue et je me suis dit : « Ça, c’est la musique que j’aime ! »

Après ça, j’ai continué mon chemin et mes goûts ont évolué vers des choses plus Folk, comme Joni Mitchell et Crosby, Stills & Nash, par exemple, qui sont deux de mes plus grandes influences. En tout cas, mes goûts sont toujours restés très américains et très ‘Old School’ ! Je ne peux rien y faire, c’est comme si c’était dans mes gênes ! (Rires)

– Si tu nous fais découvrir seulement trois chansons de ton répertoire, on peut facilement l’identifier à la nouvelle génération de chanteuses Country issues de Nashville notamment, avec un petit côté Pop Rock très féminin façon Kelsea Ballerini, Alyssa Bonagura, Lainey Wilson ou Kacey Musgraves pour ne citer qu’elles. C’est une scène qui t’inspire ?

Bizarrement, non, ce n’est pas du tout une scène qui m’inspire. A part Kacey Musgraves que j’adore pour ses textes absolument merveilleux, ses chansons magnifiquement produites et chantées. Mais j’ai du mal avec l’aspect marketing de cette nouvelle mode de la cowgirl, très sexualisée. Ce n’est absolument pas mon truc. Et comme je le disais musicalement parlant, à part pour les chansons de Kacey Musgraves, ce côté ‘Pop/Country commercial’ ne me parle pas du tout.

– A l’écoute des trois morceaux, on est également bluffé par la qualité de la production, dont tu t’es occupée avec Patrick Tayol. Outre un savoir-faire évident, tu avais déjà en tête le son que tu souhaitais obtenir et qui sonne d’ailleurs très américain ?

En partie, oui. J’avais des idées assez précises en tête, qui ont été discutées et retravaillées, avec l’aide précieuse et la connaissance de Patrick Tayol et Quentin Durual.

– J’aimerais que l’on dise justement un mot des musiciens qui t’accompagnent, car il y a vraiment du niveau et on sent une réelle alchimie entre-vous. Quand et comment as-tu réuni une si belle équipe ?

Ah ça oui ! Ils sont incroyables. Je connais Patrick (guitariste) depuis quelques années. L’enregistrement et le mixage, comme le tournage des clips, ont été réalisés dans son studio, le Grange Neuve Studio. Je suis chanteuse dans son groupe et nous avons développé une belle amitié, puis décidé par la suite de travailler ensemble. Lionel Bertani (claviériste) fait également partie du groupe, c’est comme cela que je l’ai rencontré. J’ai ensuite rencontré Quentin, à l’occasion d’un enregistrement au studio. Une belle amitié s’est aussi créée, et Quentin étant guitariste et aussi l’ingénieur du son pour le studio, il était évident qu’il ferait partie du projet et que c’était lui qui s’occuperait de l’enregistrement et du mixage des titres. Lovine et Rej Burlet (les choristes), sont deux amies, avec lesquelles j’avais déjà eu l’occasion de chanter et que j’aime beaucoup. Elles ont des voix extraordinaires. Cyril Gelly (batteur) et Laureen Burton (vidéaste/photographe) sont des connaissances de Quentin. C’est donc grâce à lui qu’ils ont rejoint le projet. Et enfin, je connaissais depuis un moment Anthony Prudent (bassiste) avec qui j’ai eu l’occasion de partager la scène plusieurs fois. Tous sont des artistes exceptionnels, des personnes en or, et je suis vraiment heureuse d’avoir collaboré avec eux.

– Que ce soit dans le mix, au niveau des instruments comme des chœurs, tu as apporté beaucoup de soin aux arrangements. Le travail est remarquable et j’imagine que tu as passé des heures à peaufiner ces trois titres. Est-ce que c’est un aspect de la production que tu apprécies également ?

Oui, ce sont des heures de ‘peaufinage’ effectivement ! Avec l’aide précieuse de Patrick et Quentin, ça a été un régal. Se soucier du moindre détail, aller chercher le moindre son qui vous mettra le frisson, c’est quelque chose que j’aime particulièrement, oui. Ce travail avec Patrick et Quentin a été très enrichissant.

– Tu es également compositrice et auteure comme on l’a dit, et tu évolues dans un registre où être songwriter est un gage d’authenticité et de créativité aussi. Quand as-tu commencé à écrire tes propres chansons et de quelle manière procèdes-tu ?

J’ai commencé à écrire mes chansons très tôt. Dès le départ en fait. Je ne savais jouer d’aucun instrument, mais j’avais un mini-synthé et je m’amusais à écrire et mettre en musique mes mots. Je le faisais aussi faire à mon petit frère, je m’en souviens bien !

Aujourd’hui, le processus est assez aléatoire. Des fois, j’ai un thème en tête, je gratte des accords, puis une mélodie m’apparait. Je fredonne quelques mots et parfois des phrases me viennent. Je construis ensuite autour de cela. Parfois au contraire, ce sont les mots qui me viennent en premier. Ça m’arrive de me réveiller la nuit et de me dépêcher de prendre de quoi noter, parce que j’ai la sensation que quelqu’un me souffle quelque chose. Ou alors, j’ai parfois l’impression de canaliser quelque chose qui me dépasse. Comme si je ne contrôlais rien. Les mots me viennent, et moi, je ne fais que retranscrire. C’est assez magique.

– Ce qui peut surprendre, une fois encore, c’est que tu sortes cet EP uniquement en numérique et dans un format trois titres. Même si c’est une façon de faire courante aujourd’hui et que tu fais aussi partie de cette génération. N’est-ce tout de même pas un peu frustrant de ne pas avoir l’objet physique entre les mains ? A moins que ce ne soit déjà prévu pour bientôt…

Frustrant, c’est le mot, oui ! La vérité est que je rêve de pouvoir le sortir en version physique. Mais l’EP étant autoproduit, j’ai préféré attendre de voir comment les gens réagiraient avant de me lancer là-dedans. Car tout ça a un coût, qu’on se le dise ! Mais c’est dans un coin de ma tête, j’y réfléchis…

– Vocalement aussi, tu réussis à montrer un large panel de tes capacités. Sur « One And The Same », tu mets tout le monde d’accord en affichant beaucoup de puissance. Avec « And So It Goes », tu te montres plus sensible dans une ambiance très Gospel qui va crescendo et « On The Road To Be A Woman » présente un aspect plus Folk et Americana/Country. En choisissant ces chansons, l’objectif était aussi de présenter l’éventail le plus large possible?

En quelques sortes, oui. Je souhaitais que cet EP me serve de ‘carte de visite’. Le style Americana étant assez large, je voulais pouvoir faire découvrir ces trois facettes de ma personnalité musicale.

– L’Americana est un style assez peu représenté en France, le chemin peut donc paraître très ouvert. Même s’il reste beaucoup à faire auprès du public, cela reste plus simple que de se faire une place aux Etats-Unis. Cependant, est-ce que c’est un rêve d’aller jouer là-bas rapidement, car ton EP n’a rien à envier aux productions américaines ?

Effectivement, il reste beaucoup à faire auprès du public, même si la voie a été ouverte par de grandes stars comme Taylor Swift ou Beyonce avec son album « Cowboy Carter ». Je crois qu’en fait, l’Americana devient même une tendance. Ça tombe bien, c’est pile le bon moment pour nous, artistes de ce milieu ! La difficulté en France, je trouve, reste la barrière de la langue. Les textes occupent une grande place dans cette musique, et ici beaucoup ne comprennent pas l’anglais…C’est d’ailleurs pour cela que j’ai fait le choix de mettre les sous-titres sur mes deux clips. Et c’est évidemment un rêve de pouvoir jouer mes titres aux Etats-Unis. Quel musicien ne rêve pas de ça ?

– Enfin, il est peut-être trop tôt pour en parler, mais un album complet est-il déjà dans un coin de ta tête ? Et surtout, vas-tu défendre « One And The Same » sur scène dans les mois qui viennent ?

L’album est bien sûr dans un coin de ma tête. Et ça viendra, évidemment. Je l’imagine depuis bien des années. Mais chaque chose en son temps et je vais d’abord m’occuper de chouchouter un peu cet EP. Pour ce qui est de le défendre sur scène, c’est en bonne voie. Tout ça est en construction. J’annoncerai les premières dates du projet quand tout sera prêt. En attendant, au boulot !

Le premier EP de MARGOT VIOTTI, « One And The Same », est disponible sur toutes les plateformes.

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Blues Rythm'n' Blues Soul

Kat Riggins & Her Blues Revival : l’éveil des sens

KAT RIGGINS chante le Blues comme elle respire et les notes de Gospel et de Rythm’n Blues, dans lesquelles elle se meut, le rendent encore plus joyeux et pétillant. Sur « Revival », elle confirme la classe dont elle a toujours fait preuve depuis ses débuts. Avec un naturel et une vivacité de chaque instant, le voyage devient vite addictif et on se laisse guider par cette voix chaleureuse et envoûtante. Une magie qui devient très vite évidente et irrésistible.

KAT RIGGINS & HER BLUES REVIVAL

« Revival »

(House Of Berry Productions)

Et de six pour KAT RIGGINS qui, deux ans après l’excellent « Progeny », surgit avec « Revival » qui n’est pas sans rappeler dans son titre son premier effort, « Blues Revival » sorti en 2016. Un réveil qui semble se faire par étape pour la chanteuse et compositrice floridienne, qui en a aussi profité pour quitter le label de Mike Zito, Gulf Coast Records. Après ces deux dernières belles réalisations qui l’auront particulièrement mis en lumière et lui valurent deux nominations aux Blues Music Awards, celle-ci devrait suivre leurs pas…

Paru il y a quelques semaines parmi beaucoup d’autres, « Revival » dénote quelque peu de son prédécesseur. Vocalement, KAT RIGGINS est toujours exceptionnelle de puissance, de polyvalence et de feeling. C’est essentiellement le contenu qui peut peut-être surprendre par son côté plus classique, plus roots aussi et donc moins moderne, mais solidement intemporel. L’Américaine et son groupe montrent une fois encore qu’ils sont à leur aise dans tous les registres et qu’il n’y a pas grand-chose qui leur résiste.

Conçu avec Tim Mulberry qui l’a produit, mixé et masterisé, la frontwoman a co-écrit l’ensemble de « Revival » et les morceaux respirent toujours cet aspect optimiste et positif, dont elle a fait sa marque de fabrique. Malgré un son un peu en dessous et étouffé (à moins que ce ne soit le numérique), KAT RIGGINS est rayonnante et porte aussi ce nouvel opus grâce à des textes enthousiasmants et pertinents (« Lucky », « Revived », « Southern Soul », « Mojo Thief », « Mighty », « Healer »). Brûlant et enjoué, « Revival » réveille les sens.

Retrouvez la chronique de « Progeny » :

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Blues Extrême International Metal Rock Stoner/Desert

Top 24 : Reste du monde (2024)

Si l’hexagone n’a pas été timoré en termes de productions cette année, le reste de la planète n’est pas en reste… très loin de là ! C’est même un peu la saturation pour tout dire. Car, si la plupart des gens ne voit que la partie émergée, l’iceberg musical mondial est assez colossal !

En 2024, certaines valeurs sûres ont sorti de très bons albums et confirmé leur statut, tandis que d’autres s’installent doucement ou créent la surprise, voire la sensation. Ce Top 24 du reste du monde revient sur quelques beaux moments qui ont émaillé ces derniers mois.

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Blues

Nico Wayne Toussaint : une immersion heureuse

Aller se réinventer dans le lieu d’origine d’un style qu’il chérit avec ardeur est le pari, peut-être audacieux, mais surtout réussi du bluesman français. Une immersion totale qui lui a permis de vivre au rythme des pionniers du genre en revisitant leur répertoire pour mieux renouveler le sien. « With Love From Clarksdale » est un disque à la fois festif et très ‘feel good’ sur lequel NICO WAYNE TOUSSAINT s’est habilement contraint de garder un pied au Mississippi et l’autre en Louisiane. Et de sa quinzaine de réalisations, celle-ci a une saveur très particulière et envoûtante. Le croisement entre feeling et confiance.

NICO WAYNE TOUSSAINT

« With Love From Clarksdale »

(Independent/Inouïe Distribution)

Si on s’adonne au Blues comme on entre en religion, certains pèlerinages s’imposent donc. C’est précisément ce qu’a entrepris NICO WAYNE TOUSSAINT en allant poser harmonicas et guitares dans la ville de Clarksdale. Sorte de petite ville cachée du Mississippi, elle est pour beaucoup le berceau du Blues et, s’ils pouvaient le faire, les nombreux champs de cotons qui enveloppent la petite cité en auraient sûrement des histoires à raconter. C’est sans doute pour cette raison et pour se rapprocher des légendes passées que le Toulonnais s’y est installé quelques semaines. Et puis, la Nouvelle Orléans est sur la même route…

Car si ce savoureux et chaleureux « With Love From Clarksdale » s’inscrit dans les pas des grands bluesmen qui ont écrit les plus belles pages du style, NICO WAYNE TOUSSAINT ne s’est pas privé d’aller jouer quelques notes du côté de la Louisiane. Le musicien s’est d’abord attelé à s’imprégner du répertoire de ses maîtres avant de se livrer à la composition. Et il en résulte des morceaux teintés évidemment de l’esprit du Mississippi, mais aussi très cuivré à mi-chemin entre le son de Memphis et celui de la Nouvelle Orléans, ce fameux ‘juke point’, qui va vite devenir la ligne directrice de ce nouvel album qu’il sort en groupe.

C’est avec « Memphis » qu’il ouvre les festivités avec une simplicité très touchante, seul à l’harmonica et a capela. Façon peut-être que signifier que l’authenticité sera le maître-mot de « With love From Clarksdale ». La suite est une sorte de road-trip tranquille et paisible, qui ne s’interdit pas les chansons dynamiques et entraînantes. Le Blues très roots de NICO WAYNE TOUSSAINT est tout sauf austère. Au contraire, il émane une joie permanente et palpable de ses 12 compositions originales, à l’exception de deux titres co-signés avec son ami Neal Black. En plus de s’écouter, ce nouvel opus se vit pleinement et réchauffe le cœur.   

Retrouvez la chronique de « Burning Light » :