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Doom Heavy metal

Cirith Ungol : la légion du chaos

La lumière ne passe que très rarement sur les réalisations de CIRITH UNGOL, ce qui ne l’empêche pas, et ne l’a d’ailleurs jamais empêché, de briller grâce à une créativité toujours très mesurée pour plus d’efficacité. Le quintet semble peser chaque note comme pour mieux respecter un style savamment élaboré depuis des décennies. « Dark Parade » est un modèle du genre, l’essence-même du Metal où le Doom et le Heavy guident une cavalcade épique torturée, qui vous happe sans crier gare. Un monument… encore !

CIRITH UNGOL

« Dark Parade »

(Metal Blade Records)

CIRITH UNGOL, c’est une aventure qui démarre discrètement dans la ville de Ventura en Californie, bastion que le groupe n’a d’ailleurs jamais quitté. Tirant bien sûr son nom de l’œuvre de J.R.R. Tolkien, c’est en 1972 que les premières notes résonnent pour donner vie à un premier album neuf ans plus tard, « Frost And Fire ». S’en suivront les classiques « King Of The Dead »(1984), « One Foot In Hell » (1986) et « Paradise Lost » (1991) qui sont les bases fondatrices du son si particulier des Américains. La légende est marche et, malgré un coup d’arrêt jusqu’en 2020 et un retour avec « Forever Black », elle est restée terriblement vivante.

Malheureusement, ou heureusement selon ses membres, CIRITH UNGOL est toujours resté dans l’ombre underground d’un style auquel il a pourtant donné ses plus belles lettres de noblesse de l’autre côté de l’Atlantique. Précurseur du Doom (avec d’autres) et délivrant un registre épique que d’autres prendront d’ailleurs à leur compte, le quintet est peut-être celui qui incarne le mieux le Heavy Metal dans sa forme primale et originelle. Extrêmement pointilleux et perfectionniste, il n’y a pas trace de superflu et encore moins d’esbroufes techniques sur les disques des Californiens, et « Dark Parade » s’inscrit bien sûr dans cette lignée.

Si certains considèrent, peut-être à juste raison, que CIRITH UNGOL est une formation vintage au son prisonnier des années 80, une écoute très attentive de ce sixième album s’impose. La production est massive, d’un équilibre parfait, avec des guitares idéalement réparties, offrant ça et là une multitude détails qui donnent du coffre et surtout une énergie et une vélocité très maîtrisées et si évidentes (« Relentless », « Sailor on the Seas of Fate », « Looking Glass », « Dark Parade », « Distant Shadows »). Les riffs sont imparables, la rythmique ronronne, les solos tranchent et la voix de Tim Baker ensorcelle ! What else ?     

Photo : Peter Beste
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Atmospheric Avant-Garde Doom

The Answer Lies In The Black Void : l’envoûtement

Rompu aux registres avant-gardistes, Martina Horváth et Jason Köhnen se sont attelés à la création d’un deuxième opus et celui-ci s’avère encore plus fascinant. Entre Metal et passages très aériens, THE ANSWER LIES IN THE BLACK VOID aborde le Doom sous tous les angles dans une approche atmosphérique très novatrice. Sur « Thou Shalt », la magie opère brillamment  pour produire un ‘Avant-Doom’ astral et fulgurant.

THE ANSWER LIES IN THE BLACK VOID

« Thou Shalt »

(Burning World Records)

La chanteuse hongroise Martina Horváth (Thy Catafalque) et le multi-instrumentiste hollandais Jason Köhnen (Celestial Season, The Lovecraft Sextet, Bong-Ra) continuent leurs expérimentations musicales communes, en marge de Mansur, et présentent le nouvel album de THE ANSWER LIES IN THE BLACK VOID, « Thou Shalt ». Deux ans à peine après l’étonnant « Forlorn », le duo nous replonge dans les méandres saisissants de son Doom Metal atmosphérique avec tout que cela comporte de nuances et de paysages sonores panoramiques.

Accompagné de Botond Fogi (guitare), Attila Kovacs (guitare) et de Mark Potkovacz (batterie), le combo se fond dans l’obscurité pour mieux jaillir sur des fulgurances très Metal. La frontwoman se fait presqu’obsédante tant la variété et la qualité de son chant sont exceptionnelles. THE ANSWER LIES IN THE BLACK VOID repousse l’univers du Doom dans ses derniers retranchements avec une créativité d’une grande richesse. A la fois complexe et évidente, la musique du quintet donne des frissons de plaisir tout en s’ouvrant à des dimensions multiples.

Tour à tour extrême et très mélodique, le style affiché est hallucinant de variations et « Thou Shalt » demande donc plusieurs écoutes avant d’en saisir l’entièreté. Lentes, écrasantes, mystérieuses, sauvages, démoniaques ou sensibles, d’une rare beauté et insaisissables, les atmosphères et les ambiances explorées par THE ANSWER LIES IN THE BLACK VOID transcendent les frontières du genre pour se faire ‘Avant-Doom’, comme le décrit la formation. Et pour que l’expérience soit totale, il faut se perdre dans ce monument artistique hors-norme. 

Photo : Peter Palotas
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Heavy Psych Rock Stoner Doom Stoner Metal

[Going Faster] : Superlynx / Orbiter

Les plus fidèles d’entre vous se souviennent sûrement des [Going Faster] que j’avais mis en place, afin de pouvoir parler d’un maximum d’albums pour faire face à l’avalanche de sorties. Les groupes ne semblaient pas vraiment apprécier la formule, alors j’avais arrêté, histoire de ne froisser personne, mais aussi au risque de passer à côté de bien belles choses. Cela dit, il faut faire des choix et ce sont souvent les mêmes qui en pâtissent.

L’une des conditions était que les planètes soient alignées, qu’il y ait donc des points communs et une démarche artistique proche. C’est le cas ici avec les Norvégiens de SUPERLYNX et les Finlandais d’ORBITER. Les deux voisins évoluent dans un registre Psychedelic Doom Rock/Metal, sont guidés par une frontwoman et surtout partagent le même label : Argonauta Records. Alors, allons-y !

SUPERLYNX

« 4 10 »

(Argonauta Records)

Pour leurs dix ans d’existence, les Norvégiens opèrent quelques changements avec la sortie de « 4 10 ». Tout d’abord, le groupe fait son arrivée sur le label italien Argonauta Records et surtout il accueille à la guitare et en live Espen Krøll. Musicalement, on retrouve le style si particulier de SUPERLYNX voguant dans un Psych Rock profondément Doom et Heavy. Au chant, Pia Isaksen (également bassiste) hypnotise toujours autant, parfaitement soutenue par Ole Teigen (batterie) et Daniel Bakken (guiatre). Très atmosphérique, le registre du combo peut laisser penser à une jam directement inspirée par les rêves et une part de surréalisme. Et si la noirceur de « 4 10 » est envahissante, la lumière entre aussi de bien des manières. Avec ce quatrième album, SUPERLYNX s’impose avec classe et une sincérité débordante.

ORBITER

« Hollow World »

(Argonauta Records)

Derrière cette fascinante pochette se cache un opus qui l’est tout autant. Déjà enthousiasmant sur « The Deluge », son premier EP sorti en 2020, la formation d’Helsinki se présente avec un long format, qui en dit déjà long sur ses ambitions et son talent. Mixé et produit par Hiili Hiilesmaa (Him, Apocalyptica) et masterisé par Ted Jensen (Alice In Chains, Mastodon), « Hollow World » fait l’écart et surtout la jonction également entre un Doom Metal massif et un Stoner Rock puissant et dynamique. ORBITER montre beaucoup d’assurance et de créativité, à l’instar de sa chanteuse Carolin, qui enveloppe les morceaux de sa voix captivante, tranchant ainsi avec les riffs acérés et l’ambiance psychédélique à l’heure tout au long de ce premier album. Une montée en puissance très réussie sur des morceaux qui ne manquent pas de créativité.  

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Stoner Doom

Mammuthus : férocement débridé

Après un EP en 2020, le combo de Nouvelle-Zélande surgit avec un premier album rugueux et irrésistible, où Stoner Rock et Doom Metal forment une incroyable combinaison. Affichant un mur du son inébranlable, MAMMUTHUS se présente dans les meilleures dispositions avec « Imperator » et son île risque vite de devenir un peu petite…

MAMMUTHUS

« Imperator »

(Independant)

Rarement un groupe aura aussi bien porté son nom. Les références au légendaire animal préhistorique ne manquent pourtant pas dans le Stoner et le Doom, mais le trio de Nouvelle-Zélande n’aurait pas pu trouver mieux. MAMMUTHUS, donc, débarque tout droit de Wellington et le savoureux mélange de Stoner Rock et de Doom Metal provoque exactement l’effet escompté : une puissante cavalcade, suivi d’un écrasement dans les règles.

A eux trois, Matt Bradford (basse), Rob Dring (batterie) et Josh Micallef (guitare, chant) envoie un Stoner Rock pachydermique très organique et au groove presque bestial. Mais ne nous y trompons pas, MAMMUTHUS est loin de manquer de finesse, malgré des riffs épais et lourds et une rythmique consistante et compacte. Le chant opaque donne une dimension caverneuse à l’ensemble et, en ce sens, « Imperator » est un modèle du genre et il surprend à bien des égards.

Musicalement, le groupe ne piétine pas, il bouscule et propose aussi des mélodies entêtantes, qui lui permettent de jouer sur le côté accessible du Stoner et l’aspect massif et ténébreux du Doom (« Holy Goat », « Monolith », « Bloodworm »). Tout au long d’« Imperator », MAMMUTHUS impressionne de par la qualité et la régularité de ses compositions, dont on peut retenir aussi « Formless » interprétée par la chanteuse EJ du groupe End Boss. Du grand art !

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Atmospheric Doom

Messa : une performance inouïe et unique

Doté d’une qualité sonore exemplaire, ce premier témoignage live de MESSA va en scotcher plus d’un ! En l’espace de seulement quatre (longs !) morceaux, tous extraits de sa dernière réalisation « Close », la formation italienne, qui a convié d’éminents invités, présente l’exceptionnelle prestation offerte lors du festival Roadburn aux Pays-Bas l’année dernière. La dimension palpitante du concert est d’une rare beauté et d’une alchimie totale.

MESSA

« Live at Roadburn »

(Svart Records)

Malgré une discographie composée uniquement de trois albums, deux splits et trois singles, MESSA est parvenu à s’imposer sur la scène Doom grâce à un style et une approche originale et pour le moins singulière. Fondé en 2014, le quatuor repousse sans cesse les frontières du genre en jouant sur son côté massif, mais surtout sur les atmosphères en parvenant à véritablement sublimer des compositions étonnantes.

L’an dernier au festival Roadburn en Hollande, MESSA a livré un set de quatre titres éblouissant, qui a hypnotisé les spectateurs tant la prestation a été intense et envoûtante. D’ailleurs, il suffit d’écouter ce live pour saisir la discrétion habitée de respect du public présent. Et pour l’occasion, les Transalpins se sont présentés avec un line-up élargi pour interpréter au plus près quatre extraits du récent opus « Close ».

Et la magie du dernier album de MESSA est parfaitement restituée grâce à l’apport des guests, mais aussi et surtout sous l’impulsion de sa chanteuse Sara. Sa force et son aura portent littéralement les morceaux, qui se fondent dans des ambiances orientales captivantes. « Suspended », « Orphalese », « 0=2 » et « Pilgrim » nous font voyager dans d’incroyables paysages sonores. Incontournable !  

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Doom Psych Stoner Doom

Doom Sessions Vol.7 : no tomorrow

Avec ce septième volume, c’est une nouvelle déferlante Doom teintée de Metal et de Stoner que lâchent ENDTIME depuis la Suède et les Américains de COSMIC REAPER. Toujours constituées de titres jamais enregistrés jusqu’ici, les « Doom Sessions » continuent de nous offrir la crème de la scène actuelle, ou en devenir, à travers des splits EP originaux et dans lesquels les musiciens donnent le meilleur d’eux-mêmes.

ENDTIME & COSMIC REAPER

« Doom Sessions Vol.7 »

(Heavy Psych Sounds Records)

Rendez-vous devenu incontournable du label italien Heavy Psych Sounds Records, les « Doom Sessions » se présentent déjà avec un septième volume tout aussi écrasant et dévastateur que ses prédécesseurs. Cette fois, ce sont les Suédois d’ENDTIME qui croisent le fer avec les Américains de COSMIC REAPER. Après avoir réalisé respectivement leur premier album en 2021, ils unissent leurs forces dans un déluge Doom assourdissant.

Les Suédois d’ENDTIME

Entrant dans leur troisième année, les « Doom Sessions » ont la particularité de sortir sur des splits EP toujours inédits et surtout présentant une production d’égale qualité sur les deux faces. Guidé par un nihilisme porté à bout de bras dans une torpeur presque sinistre, ENDTIME ouvre le bal avec une surprenante, inattendue et à peine reconnaissable reprise de Devo (il fallait oser !), « Tunnel Of Life ». Toujours gargarisé par son Doom profond, le quintet livre « Beyond The Black Void » dans une atmosphère post-apocalyptique et aurait vraiment mérité un dernier morceau.

Les Américains de COSMIC REAPER

Plus psychés, les Américains de Caroline du Nord libèrent aussi un Doom fracassant. Fondé par des vétérans de la scène Metal de Charlotte, COSMIC REAPER se montre convaincant dès les premières notes de « Sundowner ». En proposant trois morceaux, le quatuor bénéficie d’une plus grande marge de manœuvre que le combo scandinave, ce qui lui offre le temps de porter un impact plus massif sur ce septième volet. Avec « Dead And Loving Bring It », puis « King Of Kings », cette nouvelle formation confirment avec force qu’il faudra compter sur eux et leur grande expérience.

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Heavy metal Heavy Psych Rock International Proto-Metal

Warlung : une question d’équilibre [Interview]

Au croisement entre le Psych et le vintage, WARLUNG présente une Heavy Metal tranchant et mélodique. Bardé de solos enflammés, de chorus très NWOBHM et d’un travail très précis sur les voix, le style des Texans repose sur autant de traditions que sur un aspect visionnaire où l’esprit et le son du Doom a laissé une forte empreinte. Sorti en novembre dernier, le quatrième album du quatuor embrasse les générations avec malice et puissance. Entretien avec un combo ravit de venir poser ses valises en Europe le mois prochain pour quelques dates.  

– Dès 2017 avec « Sleepwalker », vous avez conquis la scène underground Heavy Rock, et moins de six ans après, WARLUNG en est déjà à son quatrième album. Vous imaginiez que les choses iraient aussi vite ?

Eh bien, je ne suis pas sûr que nous ayons encore conquis la scène underground, mais nous y travaillons ! Le projet a commencé par une jam amusante et c’est vrai que nous n’aurions jamais pensé faire quatre albums. Heureusement, nous avons des fans géniaux et avec l’aide de Heavy Psych Sounds Records, nous nous sentons plus inspirés que jamais. L’écriture peut être rapide même si, pour nous, nous sommes toujours impatients de travailler sur de nouveaux morceaux. Et malgré ce nouveau disque tout juste sorti, nous discutons déjà des prochains et de tournées.

– Avec « Optical Delusions », vous aviez déjà placé la barre très haut et sur « Vulture’s Paradise », vous vous surpassez à nouveau. Dans quel état d’esprit étiez-vous au moment de la composition ? Vous sentiez que vous aviez un nouveau challenge à relever ?

Il peut être à la fois effrayant et inspirant de se fixer un objectif. D’un côté, nous nous inquiétons de la façon dont nous sommes censés améliorer les choses, mais de l’autre, nous nous disons : « Qui s’en soucie ? Faisons simplement la musique que nous voulons entendre ! ». À chaque enregistrement, nous regardons en arrière et discutons de ce que nous avons bien fait et de ce que nous pourrions mieux faire. En théorie, tout devrait être plus élaboré. Que cela se produise, ou pas, dépend aussi de nos auditeurs. Mais quand on compose, c’est avant tout pour s’amuser.

– En réécoutant votre précédent album, j’ai trouvé que « Vulture’s Paradise » se présentait comme une suite logique. Vous semblez ne pas avoir tout dit sur « Optical Delusions », c’est le cas ?

Jusqu’à présent, chaque fois que nous répétons, chaque concert que nous faisons et chaque fois que nous sommes allés en studio, c’était génial. On arrêtera de faire de la musique uniquement quand ça cessera d’être amusant. Je ne peux pas parler pour l’avenir, mais à l’heure actuelle, le puits créatif n’a pas fini d’être exploité. Nous avons toujours plus de matériel, donc il reste beaucoup d’idées. Sur « Vulture’s Paradise », par exemple, nous avions environ 60 minutes de musique et nous n’en avons enregistré que 44. Chaque album est un mélange de morceaux plus anciens et retravaillés avec des choses plus récentes, de sorte que les albums ont tendance à ressembler à une transition naturelle.

– Il y a un côté obsédant dans la musique de WARLUNG, qui vient sûrement de l’ambiance et de l’esprit jam qui règnent sur vos albums. Pourtant, tout semble très écrit malgré tout. A quel moment l’improvisation intervient-elle lors de l’écriture ?

Nous apportons tous nos idées. Parfois, l’un d’entre-nous enregistre un brouillon de quelque chose sur lequel il a travaillé ou le joue simplement lorsque nous sommes ensemble. Qu’il s’agisse d’un riff, d’une mélodie ou simplement de paroles, il y a généralement suffisamment de matériel pour concevoir un morceau. Nous voyons tellement de groupes jouer un riff et rester dessus. C’est agréable de temps en temps, mais ça devient vite fatigant d’entendre ça chanson après chanson, disque après disque, groupe après groupe. Nous préférons concevoir notre musique avec un peu plus d’intention pour la garder intéressante et unique. Cependant, nous avons envisagé d’ajouter de l’improvisation dans nos concerts et sur un futur disque également, alors nous verrons !

– J’aimerais que vous nos disiez aussi un mot sur les textes. Ils traitent souvent de la mort et de la destruction. Vos paroles semblent en totale opposition à la luminosité de votre musique. C’est un contraste sur lequel vous aimez jouer ? Ou c’est par ironie ou une sorte de contre-pied ?

Même si nous ne nous considérons pas comme ‘Doom’, nous aimons toujours explorer les thèmes sombres inhérents à ce type de musique. Nous explorons consciemment des concepts et des récits pour que chaque chanson ait sa propre identité. Nos paroles vont d’événements historiques au psychédélisme ou même de la vente d’organes sur le marché noir, par exemple. Mais finalement, les histoires de création et de destruction sont les plus anciennes jamais racontées. La plupart des religions, des films et de la littérature fait aussi très souvent référence à ce concept, parce qu’il est tellement familier avec l’expérience humaine.

– Par ailleurs, WARLUNG combine un registre basé sur l’héritage de la NWOBHM avec des éléments proto-Doom, Psych et Prog 70’s. Et pourtant, la production de vos albums est très actuelle. Alors que beaucoup de groupes s’immergent dans des réalisations entièrement vintage, WARLUNG joue encore sur le contraste entre la modernité et le passé. Vous semblez aimer toutes formes de dualité finalement. C’est un exercice qui vous plait à ce point-là ?

A un moment donné du processus d’enregistrement, nous avons une conversation avec les ingénieurs du son sur ce point précis. Nous nous efforçons de trouver un juste milieu entre le son vintage et moderne. Les groupes qui font un son totalement vintage sont impressionnants, mais nous n’y arriverons probablement pas. Nous ne sommes pas un groupe basé sur le jam ou le psychédélisme, donc notre musique nécessite une touche moderne. De plus, nous apprécions autant les groupes modernes que les classiques. Nous n’avons donc aucune raison de nous en tenir à l’un ou à l’autre. Nous pouvons faire l’équilibre entre ces deux mondes.

– Enfin, un mot sur la tournée européenne qui se profile en février. Comment l’abordez-vous et qu’en attendez-vous par rapport au public américain que vous connaissez bien maintenant ?

Nous avons été signés chez Heavy Psych Sounds Records pendant la pandémie et comme nous n’avons pas encore pu nous déplacer, nous sommes très, très excités à l’idée d’aller à l’étranger ! Malheureusement, notre section rythmique reste chez nous pour s’occuper d’un souci de santé familial. Même s’ils vont nous manquer, nous croyons en la famille d’abord et soutenons leur décision de rester. Heureusement, nos amis Travis et Austin de Houston’s Kill The Lizard vont nous rejoindre à la basse et à la batterie ! En Amérique, nous pouvons jouer devant deux personnes ou 200, donc nous n’avons aucune attente. Nous sommes simplement heureux d’être là. L’opportunité de jouer devant des gens du monde entier et de voir des endroits où nous ne sommes jamais allés est un rêve absolu. Alors si vous nous voyez dans votre ville, venez partager une bière avec nous !

« Vulture’s Paradise » est disponible chez Heavy Psych Sounds Records.

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Black Metal Death Metal Doom Metal

Jours Pâles : spleen Metal

Emotionnellement intense, le nouvel effort (c’est peu de le dire !) de JOURS PÂLES vient  confirmer la singularité du groupe et sa faculté à se démarquer de la scène Metal hexagonale de la plus belle des manières. Agressif et présentant une écriture fine et percutante, « Tensions » se nourrit de colère, de rage et laisser errer un spleen aussi étouffant que nerveux.

JOURS PÂLES

« Tensions »

(Les Acteurs De l’Ombre Productions)

Moins de deux ans après « Eclosion », JOURS PÂLES fait déjà son retour et toujours pas le moindre rayon de soleil à l’horizon. Toujours guidé par Spellbound dont le chant en français transcende littéralement ce nouvel album, la formation semble s’être resserrée mais les morceaux, eux, ont gagné en densité, en efficacité et se révèlent redoutables. Entre Metal et poésie, la connexion est établie.

Très créatif, le Metal très noir de JOURS PÂLES se nourrit de nombreux courants, ce qui le rend assez singulier et riche de saveurs multiples. Et même si l’atmosphère globale est clairement mélancolique, il n’est pas question ici de renoncement tant la combativité affichée à travers les textes est manifeste. Violent  et lourd, ce nouvel opus est une fusion de Black/Death, de Doom et de quelques passages Folk éthérés.

Et comme son titre l’indique très justement, il y a beaucoup de « Tensions » sur cette deuxième production des Auvergnats. Dès « Jour De pluie, Jour De Fête », on est saisi par la précision et l’aspect clair et massif du son. Vocalement, Spellbound sait autant se faire conteur et crieur que chanteur et growler, ce qui offre à JOURS PÂLES beaucoup de latitudes musicales (« Saint-Flour Nostalgie », « Hâve », « Ode A La Vie », « Dose(s) ». Unique !

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Doom France Metal

Monolithe : persévérance, expérience et puissance [Interview]

S’il y a bien un groupe atypique dans le milieu underground hexagonal, et plus particulièrement dans le Doom, c’est MONOLITHE. Grâce à une discographie étonnante constituée d’albums-concepts singuliers par leur contenu mais aussi par leur durée, ou celle de leurs morceaux, le sextet s’est forgé une solide réputation basée sur une exigence constante et des productions très soignées. Entretien spatial avec le compositeur Sylvain Bégot (guitares, claviers, programmation) sur cet incroyable « Kosmodrom », qui vient de sortir.

– MONOLITHE a la particularité d’avoir toujours beaucoup de guests sur ses albums, et c’est encore le cas sur « Kosmodrom ». Est-ce c’est une chose à laquelle tu penses dès la phase d’écriture ?

Ça dépend. Parfois, ce sont les particularités d’un musicien qui influent la composition, car je sais qu’il, ou elle, sera capable de l’interpréter de la manière dont je l’ai imaginé. C’est le cas pour Jari, par exemple, ou de Raphaël Verguin sur notre album précédent, « Okta Khora », même si, au final, il a joué quelque chose de complètement différent de ce qui était prévu. Sur « Kassiopea », quand nous demandons aux chanteurs de participer, nous connaissons évidemment leurs capacités et leur tessiture, donc le but est d’obtenir un résultat qu’eux seuls seront capables de nous offrir. Dans d’autres cas, un musicien est invité pour jouer quelque chose que nous ne pouvons pas interpréter nous-mêmes, et pas nécessairement pour sa personnalité musicale intrinsèque.

– MONOLITHE évolue aussi sur des concepts très différents à chaque album. Avec « Kosmodrom », vous entamez un nouveau chapitre. Quel était l’état d’esprit en le commençant ?

Il y a quelque chose de très cinématographique dans notre musique. Il y avait donc aussi l’envie de proposer un voyage, une odyssée. Tu as entièrement raison en parlant de nouveau chapitre, car « Kosmodrom » est le début d’une autre ère après le bouclage de nos deux sagas précédentes, « The Great Clockmaker » constituée des quatre premiers albums et « The Tame Stars », constituée des quatre suivants. 

– Pour « Kosmodrom », vous vous êtes plongés dans la conquête spatiale soviétique à la fin des années 50 (en 1957 précisément). Qu’est-ce qui a vous attiré dans ce choix ? Et j’imagine aussi que cela a dû demander de très bien se documenter également…

Nous nous étions déjà intéressés à la science-fiction un peu métaphysique, façon « 2001, l’odyssée de l’espace », sur nos premiers albums. Puis, nous avons raconté des histoires de SF inspirés de l’âge d’or de ce courant littéraire, des années 50 à 70, avec comme toile de fond l’existence (ou non) de vie extra-terrestre, de premiers contacts ou de civilisations aliènes ultra-agressives. Pour « Kosmodrom » l’idée était cette fois de se recentrer sur l’humain et tout particulièrement ses premiers pas dans l’espace. Donc, quoi de mieux que de prendre la course aux étoiles entre les deux grandes puissances spatiales de l’époque, à savoir les Etats-Unis et l’URSS, comme décor ?

Cette époque a déjà été célébrée de nombreuses manières dans la littérature et le cinéma du côté américain, mais plus rarement du côté soviétique alors qu’il est tout aussi passionnant. Et puis, il y a du côté russe une dimension supplémentaire, qui est le fait qu’il s’agissait d’un régime autoritaire qui a envoyé des êtres vivants au casse-pipe dans des caisses à savon, tout en parvenant à accomplir des choses extraordinaires avant tout le monde. Et c’est absolument fascinant. Je connais plutôt bien ce morceau d’Histoire de l’humanité, cela n’a donc pas demandé beaucoup de recherche, surtout que « Kosmodrom » n’est pas un album qui parle réellement d’Histoire avec un grand ‘H’, mais qui explore la thématique des pionniers, de l’exploration et de la découverte à travers la métaphore de la conquête spatiale et l’emploi de références réelles, comme la chienne Laika sur « Kudryavka » et des figures de cosmonautes légendaires, comme Vladimir Komarov sur « Soyuz » ou encore Alexeï Leonov sur « Voskhod ».

Sylvain Bégot (guitare, claviers, programmation)

– Ce qui surprend aussi sur « Kosmodrom », c’est cette dualité entre un aspect un peu rétro forcément, mais aussi un côté très futuriste. C’est l’inconnu que représentent l’espace et sa conquête qui offrent cette sensation de profondeur et aussi d’histoires qui restent à écrire finalement ?

Bien sûr, l’espace est fascinant parce qu’il reste à explorer et parce que beaucoup de connaissances à son sujet échappent encore à l’être humain à ce stade de son évolution technologique. Il y a une ligne de texte dans « Sputnik-1 », qui résume cela en disant : « regardant le ciel, en se demandant quoi et pourquoi ». L’humain possède, je pense, une soif de découverte de son environnement. Après avoir exploré sa planète sous tous ses angles, ou presque, au cours des siècles, il cherche ensuite à aller plus loin encore. Et ce côté rétro dont tu parles est lié au fait que les événements historiques référencés plus ou moins clairement dans l’album datent de plus d’un demi-siècle. Ce qui, à l’échelle de l’humanité, et pire encore, de l’Univers dans son ensemble, est une broutille. Mais le regard que nous posons sur l’exploration spatiale et la place de l’homme dans cet environnement cyclopéen et inamical est résolument porté sur l’avenir et ce que l’humain doit encore accomplir pour y parvenir.

– En matière de Doom, de très nombreux groupes reviennent à un style très éthéré et de plus en plus organique, alors que MONOLITHE continue son avancée en intégrant des éléments sonores plus synthétiques. A l’image du concept de « Kosmodrom », c’est l’infini de l’espace qui vous a guidé sur l’album ?

Je pense que notre savoir-faire vient de notre capacité à intégrer tout cela à une base Doom/Death de manière subtile, tout en gardant une cohérence plutôt qu’un mic-mac d’influences collées les unes aux autres. Et à ce titre oui, les possibilités sont infinies… bien qu’il soit désormais admis que l’espace, lui, ne l’est pas !

– Le morceau « Kosmonavt » referme l’album avec 26 minutes étonnantes. Ce sont les titres longs qui vous attirent le plus et à travers lesquels vous pouvez pleinement vous exprimer ?

Sur « Nebula Septem », nous avions des titres de sept minutes, ce qui est plutôt bref pour nous ! Il faut voir « Kosmonavt » comme une sorte de grand final de l’album, un titre épique qui résume et conclue l’album. C’est en quelque sorte la continuité de la tradition de ce qu’on pu faire des groupes de Rock Progressif dans les années 70 ou des groupes de Metal des années 80, qui concluaient leurs albums par un titre fleuve et homérique. Il s’agit aussi d’une autoréférence à nos débuts plus ‘Funeral Doom‘, car ce titre est, par son style, plus proche de nos premiers albums constitués d’une seule très longue piste, que de nos albums plus récents.

Vous proposez également un CD bonus, « Kassiopea », constitué de reprises très éclectiques. Quelle était l’intention première avec ces morceaux ? Les rendre à votre image en y apportant le son et la patte de MONOLITHE ?

 « Kosmodrom » est notre album ‘Covid’. Il a été créé alors qu’on ne pouvait rien faire d’autre. Comme les restrictions ont duré encore et encore, nous avons aussi eu le temps de travailler sur quelque chose d’autre, et qui est devenu « Kassiopea ». C’est un petit bonus pour les fans hardcore qui ont précommandé l’album et ça a été l’occasion pour le groupe de rendre hommage à des titres que nous aimons beaucoup et que nous avons réarrangés à notre sauce.

– Enfin, vous démarrez les concerts au moment où sort l’album, alors que la plupart des groupes se concentrent sur la promo. C’est le côté underground de MONOLITHE qui prend encore et toujours le dessus ?

C’est un peu une coïncidence, en fait. Les restrictions liées au Covid, encore elles, ont provoqué un certain chaos dans le milieu de la musique. Nous avons donné des concerts dont certains étaient en réalité des reports de dates, qui auraient dû avoir lieu en 2020. De toute façon, ce n’est pas nécessairement un problème de tout faire en même temps. C’est juste fatigant ! Mais c’est de la bonne fatigue, tu sais, comme celle que tu ressens après une bonne séance de sport !

L’album de MONOLITHE, « Kosmodrom », est disponible chez Time Tombs Production et sur le Bandcamp du groupe : https://monolithe.bandcamp.com

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Doom Post-Metal Sludge

Gavran : des nuances de noir

En jouant sur la force des émotions déployées dans son Sludge/Doom, GAVRAN sort un deuxième album très rugueux, qui laisse également de la place à des ambiances post-Metal très précises. La production à l’œuvre sur les titres des Hollandais libère des parties instrumentales qui gravitent sur des crescendos survitaminés et rendent « Indistinct Beacon » totalement évanescents.

GAVRAN

« Indistinct Beacon »

(Dunk! Records)

A eux trois, Jamie Kobic (batterie, chant), Freek Van Roogen (guitare) et Ritsaart Vetter forment GAVRAN, un combo Sludge/Doom aux climats post-Metal singuliers. Le trio hollandais évolue tout en contraste dans un style sombre et absorbant où les sentiments d’anxiété, de doute et de détresse dominent pour finalement donner un instantané troublant de notre époque.

Fondé en 2018, ce n’est que deux ans plus tard que le groupe sort le single « Uska », suivi de près par un premier album, « Still Unavailing », qui annonce déjà un goût prononcé pour un registre fait de lourdeur et de riffs écrasants, mais que des breaks éthérés allègent avec finesse. Les thèmes des textes de GAVRAN traitent de l’existence, de la vie et de la mort et d’une société très sombre sous un prisme assez pessimiste.

Construit sur cinq titres dépassant tous les neufs minutes, « Indistinct Beacon » alterne entre moments calmes et très progressifs et des souffles Sludge assourdissants. Le trio de Rotterdam avance sans fioritures sur des répétitions hypnotiques. L’épaisseur des guitares et les variations vocales entre chant clair et growl offrent à GAVRAN une robustesse très atmosphérique aussi. Subtil et herculéen !