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Hard Rock Punk Rock

Gluecifer : incendiaire

Toujours très affûtés, les Scandinaves donnent enfin une suite à « Automatic Thrill », sorti en… 2004 ! S’ils ont repris les concerts depuis un petit moment, rien ne vaut un nouvel opus pour rassurer tout le monde et partir sur de nouvelles bases. Tendus et acérés, les riffs sont toujours un atout majeur, tout comme la voix de leur inamovible chanteur. GLUECIFER n’a pas changé de recette, mais y intègre des éléments actuels et font rugir son Hard Rock à l’humeur très Garage et direct.

GLUECIFER

« Same Drug New High »

(Steamhammer/SPV)

Après une grosse dizaine d’années d’activité, entre 1994 et 2004 précisément, le quintet a pourtant mis fin à une belle aventure. Une chose assez inattendue compte tenu de la notoriété enfin acquise par les Norvégiens à l’époque. Autour d’une fan-base solide, GLUECIFER retrouve ensuite la scène en 2018 et, forcément, l’idée d’enregistrer un huitième album n’a pas mis longtemps à germer. Loin d’être usés, les cinq rockeurs remettent le couvert avec l’explosivité de leurs débuts et une fièvre qui ne les a jamais quitté. Une belle continuité.

Souvent comparé à ses voisins suédois des Hellacopters avec un côté underground plus prononcé, la filiation avec Danko Jones semble pourtant plus évidente. Mais peu importe, car GLUECIFER possède une véritable identité et ce bel édifice est garanti par la solidité de son frontman Biff Malibu et de son guitariste Captain Poon, moteurs indéfectibles du combo. « Same Drug New High » vient donc sonner la fin d’une disette discographique interminable de 24 ans et son énergie phénoménale, un brin Punk, n’a pas pris la moindre ride.

Non que le groupe ait gagné en maturité, elle est acquise de longue date, mais on peut noter tout de même un élan aussi vif qu’assuré. GLUECIFER ne se cherche pas, il avance avec la force et la conviction de vieux baroudeurs célébrant avec le même appétit une envie irrésistible d’un Hard Rock brut et sans fioriture (« The Idiot », « Armadas », « The Score », « 1996 », « On The Wire » et le morceau-titre). Un retour carrément fracassant pour une formation, qui semble n’avoir jamais lâché les reines et qui transpire le Rock’n’Roll.

Photo : Paal Laukli

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Heavy metal

Venger : planeta metallicus

Puissant et mélodique, le nouveau groupe de Doug Scarrat, qui fait les belles heures de Saxon depuis 30 ans maintenant, ne va pas chercher dans des sphères Metal très éloignées, puisque c’est un Heavy Old School qu’il propose sur « Times Of Legend ». Compact et incisif, ce premier opus va à l’essentiel avec une touche moderne, une rythmique massive et robuste et un chant très NWOBHM, cher à un certain Rob Halford. Cela dit, VENGER n’a pas mis longtemps à trouver ses marques et laisse s’exprimer l’expérience de ses membres avec la vigueur d’une formation établie et sûre de son fait.

VENGER

« Times Of Legend »

(Silver Lining Music)

Pour son premier album, VENGER se présente avec un line-up assez étonnant pour une musique qui l’est beaucoup moins. Rangé aux côtés de Doug Scarrat, guitariste de Saxon, on retrouve le guitariste et bassiste James Fogarty, qui a œuvré chez In The Woods et Old Forest, soit dans une sphère Black Metal. Deux univers bien distincts qui n’empêchent pourtant pas les deux musiciens de trouver un terrain de jeu commun et une entente assez évidente. Ils sont à eux deux à l’origine de la formation, ont écrit l’album ensemble et c’est le six-cordiste en chef qui s’est chargé lui-même du mix et de l’enregistrement.

Si on n’est jamais mieux servi que par soi-même, VENGER se tient pas sur les seules épaules des Anglais, puisque c’est l’Autrichien Franz Bauer de Roadwolf qui tient le micro et le Norvégien Sven Rothe, également issu du sérail Black Metal et ami proche de Fogarty, qui se poste derrière les fûts. Ainsi armé de vétérans plus qu’affûtés, le quatuor livre un Heavy Metal assez classique, allant même jusqu’à reprendre un par un tous les codes du genre. Histoire, légendes, horreur, fantasy et science fiction : l’ensemble a une saveur très aventurière et un côté épique, qui n’a pourtant rien de passéiste.

Bien que formé en 2024, les idées ont donc rapidement jailli entre les deux hommes, notamment au niveau des riffs qui déferlent dès « From Worlds Unknown ». C’est bien sûr l’artilleur de Saxon qui prend en main les solos et il ne manque ni de virtuosité, ni d’inspiration. D’ailleurs, il donne l’impression de bénéficier d’une soudaine liberté (« Pharaoh’s Curse », la power ballade « Crystal Gazer », « The Legend Still Remains », le génial « Séance », « Impaler Of Souls »). VENGER surprend agréablement avec un Heavy Metal sombre et rafraîchissant, à la fois fédérateur et instinctif. Audacieux.

Photo : Artur Tarczewski

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Melodic Metal Modern Metal

Hollow Peak : vif et introspectif

Racé et fédérateur, HOLLOW PEAK n’aura pas mis bien longtemps pour se montrer très convaincant. L’entrée en matière des Norvégiens avec « Obsidian Cult » manifeste beaucoup de certitudes sur leur jeu et leur style, une maîtrise que l’on retrouve tout au long de ce nouvel opus. Compact et jouant aussi sur le côté émotionnel du registre, il met en lumière une forte présence féminine au chant, une rythmique massive et des guitares musclées. Puissant et mélodique.

HOLLOW PEAK

« Obsidian Cult »

(Massacre Records)

Apparu sur la scène norvégienne il y a deux ans avec un EP autoproduit, « Endless », le quintet ne tarde pas à livrer son premier album. Dans la lignée du précédent effort, « Obsidian Cult » confirme tout le potentiel de HOLLOW PEAK, qui navigue habillement entre Melodic et Modern Metal. Plus aguerris qu’à leurs débuts bien sûr, la chanteuse Ragnhild Westgard et le batteur Marius Karlsen sont aussi à la production de ce premier long format et le duo fait beaucoup mieux que de s’en sortir. L’ensemble est solide.

Loin d’en être à leur coup d’essai, les Scandinaves affichent beaucoup de puissance sur cette nouvelle réalisation et leur frontwoman est un atout majeur. Aussi puissante que délicate dans son approche vocale, elle donne du corps et du relief à HOLLOW PEAK. Grâce à la fiabilité de son cogneur qui n’hésite pas à user du double-pédalage pour apporter de la vélocité aux morceaux, « Obsidian Cult » explore divers degrés d’intensité. Très accrocheuses, les atmosphères sont changeantes, mais l’ensemble reste homogène.

Techniquement imparables, les deux guitaristes, Vegard Frydenlund Ripsrud et Henning Ramseth, sont les principaux architectes du combo et leurs riffs respectifs se répondent autant qu’ils se complètent. On regrettera cependant qu’à eux deux, il n’y ait de solos dignes de ce nom sur « Obsidian Cult ». Un signe des temps sûrement… Mais HOLLOW PEAK se montre très pertinent sur « From Ashes Rises A Crown », « Labyrinth », Unseen », « Ray Of Light », « Attack », le morceau-titre et le très bon « Town ». Une belle cohésion.

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Rock Progressif

Airbag : la beauté et l’élégance

Aérienne et immersive, deux adjectifs qui reviennent régulièrement et de manière inévitable qualifier la musique d’AIRBAG. Pleine d’émotion et hors du temps, elle possède ce don de transcender un Rock Progressif qui, s’il ne manque pas de références, a su les gommer au fil des disques pour devenir parfaitement identifiable. Le combo possède un son et une élégance inimitable qu’il parvient à restituer en concert, grâce à un répertoire pointu et d’une sophistication non-exagérée. « Dysphoria (Live In The Netherlands) » vient couronner et se faire le témoin d’une dernière tournée qu’il fallait immortaliser.

AIRBAG

« Dysphoria (Live In The Netherlands) »

(Karisma Records)

Un peu plus de 20 ans après leur première invitation en format court, « Come On In », AIRBAG est devenu incontournable dans le petit monde du Rock Progressif. Alors qu’on les retrouve souvent à cinq sur scène, c’est surtout le trio composé d’Asle Tostrup (chant, claviers, programmation), Henrik Bergan Fossum (batterie) et Bjørn Riis (guitare, basse, claviers et chant) qui œuvrent à la création. Cette fois au complet, c’est au Poppodium Boerderij de Zoetemer au Pays-Bas, qu’ils ont capté l’une de leurs prestations et le plaisir s’étend ici sur près d’une heure quarante pour un voyage aux paysages captivants.

Les fans apprécieront, d’autant que malgré une discographie de six albums, les Scandinaves n’avaient pas encore enregistré d’album live. C’est donc chose faite avec « Dysphoria (Live In The Netherlands) », doublement fourni et qui, en plus de proposer l’intégralité du dernier opus studio « The Century Of The Self », rassemble leurs désormais classiques. Afin de retrouver toute la finesse et la précision de leur travail en studio, c’est leur ingénieur du son de longue date, Vegard Kleftås Sleipnes, qui s’est chargé de restituer la couleur et la brillance du répertoire d’AIRBAG. Un travail minutieux et exemplaire en tous points.

Artistiquement, les Norvégiens sont probablement à leur apogée, tant leurs dernières productions sont d’une créativité toujours renouvelées et c’est cette énergie forte combinée à une beauté très délicate qui transparaît sur ce live. Amples et cinématographiques, les morceaux prennent ici une dimension supplémentaire pour livrer des moments assez époustouflants (« Machines And Men », Redemption », « Dysphoria », « Erase », « Tear It Down » et ses 16 minutes, ou encore « Homesick » qui clot le concert sur plus de 20 minutes). AIRBAG confirme qu’il est aussi un véritable groupe de scène à l’intensité rare.

Photo : Anne-Marie Forker

Retrouvez les dernières chroniques et interviews du groupe, ainsi que celles des albums solo de Bjørn Riis :

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Black Metal Cinematic Metal Folk Metal

Monograf : ritual darkness

Depuis sa lointaine Norvège, MONOGRAF élabore depuis quelques années maintenant un style qui se niche entre Metal et Folk, utilisant autant d’éléments modernes dans sa conception que d’autres issus d’un passé plus lointain. Avec « Occultation », le groupe se révèle ténébreux et obscur sur des titres aux structures souvent complexes et très élaborées. Grâce à un travail d’écriture remarquable et une interprétation d’une grande liberté, les mélodies prennent une dimension très forte dans un relief parfois évanescent.

MONOGRAF

« Occultation »

(Overhead Productions)

Issu de la scène Black Metal underground et ancien membre d’Antestor, Erik Norman Sannes Aanousen est aussi diplômé en composition de musique de film et il mène depuis quelques années MONOGRAF. Après le convaincant « Nadir » en 2019, le multi-instrumentiste et chanteur continue son exploration  d’un post-Metal croisant une néo-Folk scandinave, le tout dans une narration assez sombre. Sur « Occultation », la rencontre entre ces deux univers est vraiment saisissante, malgré une noirceur souvent écrasante.

D’une grande richesse musicale, ce deuxième album va encore plus loin dans sa maîtrise, et surtout la créativité du sextet se montre encore plus ensorcelante. Très organique, la production d’« Occultation » se révèle au fil des écoutes, comme une succession de petits trésors cachés. Entre passages Folk, élans progressifs et fulgurances Black Metal, MONOGRAF parvient à une unité et une homogénéité resplendissante, qui se traduisent dans des morceaux assez longs aux ambiances captivantes et froides.

Très immersive, l’approche des Norvégiens est assez singulière, même si d’autres s’y sont déjà essayés. Avec un violon très présent (« Carrion Seller »), des guitares acoustiques qui prennent le relais de gros riffs Metal et des instruments traditionnels qui offrent une sorte d’intemporalité à l’ensemble, MONOGRAF évolue entre une puissance débridée et des moments suspendus d’une grande finesse (« The Prophet », « Occultation », « Ashes », « Cripplegate »). La formation nordique réalise un sans-faute, tout en restant très originale.

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Bluesy Rock International Pop Soul / Funk

Tora Daa : une profonde liberté [Interview]

Multi-instrumentiste, compositrice, chanteuse et productrice, TORA DAA est devenue depuis quelques années maintenant une valeur sûre de la scène norvégienne et elle n’a d’ailleurs pas mis très longtemps à exporter son talent. Avec un style inimitable et un jeu de guitare très personnel, la frontwoman s’est créé un univers aux composantes multiples. Même si elle s’en défend, c’est sur une constante assez Blues que se construit son registre où viennent se mêler Rock, Pop et Funk dans une belle harmonie. Son quatrième album  « Prayer And Pleasure », sorti il y a quelque semaines, libère une sensation de totale liberté dans le jeu et un propos fort et engagée. Rencontre avec une artiste, qui sort des sentiers battus pour exposer une virtuosité à la fois délicate et solide.

– Avant de parler de ce nouvel album, j’aimerais que l’on évoque ton style musical, qui est assez particulier. Il est fait de Rock, de Soul, de Pop, de Funk et même de sonorités psychédéliques. Pourtant, tu reviens aussi toujours au Blues qui reste présent à travers tous tes morceaux. Est-ce que tu le considères comme la pierre angulaire de ton registre, sa base ?

J’adore le Blues, mais je ne peux pas dire que ce soit mon influence principale. Je ne l’ai pas assez écouté, ni étudié pour affirmer qu’il a eu un impact majeur sur ma musique. Mais après tout, le Blues est partout et dans tous les genres. Pour moi, toute la musique que j’ai écoutée fait partie de mon processus de composition.

– Tu as sorti ton premier album « Tora » en 2019, et en quatre réalisations, tu t’es vraiment affirmée, ainsi que sur scène, avec un style qui a aussi évolué. Sur « Prayer And Pleasure », tu sembles atteindre une certaine maturité qui passe par un rapport plus direct et efficace dans ton jeu et la composition. Est-ce aussi un sentiment que tu partages ? 

Oui, je pense que c’est le cas. La composition était quelque chose que je trouvais très difficile au début et je savais que je devais y travailler tous les jours pour m’améliorer. Et c’est ce que j’ai fait et que je continue de faire. Quand je ne suis pas en tournée, je suis au studio tous les jours pendant des heures à essayer de créer quelque chose. Peu importe que ce soit une idée de chanson, un riff de guitare ou une vidéo Instagram. Je crois que le simple fait d’y aller quotidiennement, et de créer même la plus petite chose, permet d’améliorer ses compétences et d’être bénéfique sur le long terme. Alors oui, je pense que « Prayer And Pleasure » est mon meilleur travail à ce jour et j’en suis vraiment fière. D’autant plus que j’ai produit l’album moi-même et que j’ai également enregistré tous les instruments. J’ai demandé à un ami de jouer de la batterie sur quelques morceaux, mais à part ça, tout ce que vous entendez, c’est moi.

– Justement, « Prayer And Pleasure » offre une production, que tu as signée avec Benjamin Giørtz, plus épurée et organique. L’album donne l’impression de vivre un moment que tu as voulu figer. L’objectif était-il d’être la plus spontanée possible et d’être dans une immédiateté très palpable ?

Oui, je voulais que cet album soit plus authentique. C’est pour cela que la plupart des enregistrements de guitare et de voix ont été réalisés en une seule prise. C’était un processus vraiment agréable et je suis très fière du résultat.

– Comparé à « Seventeen » sorti il y a trois ans, il y a beaucoup plus de contrastes musicalement, ainsi que dans les textes. Il y a aussi une intimité très présente sur ces nouvelles chansons. Est-ce que « Prayer And Pleasure » est ton album le plus personnel à ce jour ?

C’est vrai ! Mais en même temps, je voulais que les chansons, aussi personnelles soient-elles, puissent être accessibles à tous. Et en ce sens, trouver le juste équilibre a été un processus intéressant et stimulant.

– D’ailleurs, tu as dit avoir écrit sur des thèmes que tu n’avais jamais abordés auparavant. Comment ce déclic a-t-il eu lieu et est-ce finalement une quête de totale liberté artistique, qui t’a mené à une si forte implication ?

Je pense que c’est arrivé naturellement. J’ai 31 ans aujourd’hui et c’est mon quatrième album, donc j’ai déjà écrit et sorti beaucoup de chansons amusantes et ‘faciles’. J’étais prête à composer les morceaux que j’attendais de pouvoir écrire. De plus, le fait que le thème principal de cet album soit la façon dont la religion a traité les personnes LGBTQ+ m’a obligée à vraiment me plonger dans le sujet pour trouver les mots justes.

– Comme certains morceaux figurent sur l’album, j’aimerais qu’on parle de la commande passée par le ‘Trondheim Festival’, qui est une institution en Norvège. En quoi cela a-t-il réellement consisté par rapport à ta vision musicale habituelle et y avait-il des impératifs ?

Il n’y avait aucune contrainte, et c’est pourquoi j’ai pris tellement de plaisir à sa création. J’ai passé plus d’un an à le terminer et beaucoup de chansons se sont retrouvées sur mon album, en effet. Je ne pensais pas que cela arriverait, mais j’en suis vraiment ravie. Ce processus était différent de tout ce que j’avais fait auparavant. J’avais une chorale gospel de 15 personnes sur scène avec moi, ainsi que mon groupe. J’ai dû écrire de la musique pour une chorale pour la première fois et aussi monter un spectacle de toutes pièces avec de nouvelles musiques, de nouveaux arrangements, un sujet difficile, etc… C’était une expérience incroyable. Cela a fini par influencer tout l’album et je ne pense d’ailleurs pas que j’aurais pu le terminer sans ce projet.

– Cela doit être une expérience particulière pour une artiste. Qu’est-ce qui change principalement de la composition classique d’un album ? Est-ce que cela réside dans le temps accordé ou dans une certaine ligne musicale à respecter ?

J’ai vraiment pu faire tout ce que je voulais et je pense que c’est important lorsqu’on demande à un artiste de réaliser un projet de ce type. Se sentir libre en composant de la musique est la chose la plus importante, à mon avis.

– J’aimerais que l’on parle de ton jeu de guitare qui a des sonorités très Blues, mais pas seulement. On te sent très libre dans la composition, au niveau des mélodies, des riffs et des solos. Il y a quelque chose d’entier qu’on retrouvait beaucoup chez Prince, qui englobait tous les styles. Le plus important, selon toi, est-il d’atteindre une façon de jouer et d’écrire la complète possible ?

Pour moi, jouer de la guitare, c’est la liberté. Je n’écoute pas beaucoup de ‘musique de guitare’. Je n’en ai jamais vraiment écouté et cela m’a vraiment aidé à créer mon propre son. On m’a dit que l’on pouvait entendre des influences de Jeff Beck et de Prince dans mon jeu, mais je n’ai jamais vraiment écouté aucun d’entre-eux. Bien sûr, j’ai entendu beaucoup de chansons de Prince, mais ce n’est pas un artiste que j’ai écouté pendant des heures. Et je crois que j’ai entendu trois ou quatre morceaux de Jeff Beck. Les gens veulent toujours comparer les guitaristes entre eux et je n’aime pas trop ça. Mon jeu de guitare s’inspire de moi-même et mon propre cheminement. Quand je compose un solo de guitare, que ce soit pour une chanson ou simplement pour une courte vidéo Instagram, je chante toujours avant de jouer. C’est-à-dire que je m’enregistre en train de chanter la partie du solo, puis je prends ma guitare et je construis mon solo autour de ce que j’ai chanté. Cela rend chaque note personnelle et authentique, et non basée sur ce que les autres aiment, ou sur ce que quelqu’un d’autre aurait joué. C’est entièrement moi et mon esprit un peu bizarre.

– Pour rester dans le domaine de la guitare, tu es aussi l’ambassadrice mondiale de Marceau Guitars, ce qui est une belle reconnaissance. La marque propose même des modèles signatures, conçus spécialement pour toi. Quelles sonorités souhaitais-tu obtenir par rapport aux standards habituels et quelles sont les principales caractéristiques de ces instruments en édition limitée ?

Pour moi, les guitares Marceau sont les guitares parfaites. Je l’ai ressenti tout de suite, la première fois que j’ai joué avec. La stabilité et la sensation de jouer sur cet instrument m’ont immédiatement convaincu que c’était celui qu’il me fallait. Je ne pense pas que je jouerai un jour sur d’autres guitares, car honnêtement, je n’en ai ni le besoin, ni l’envie. Ce sont les meilleures guitares du monde.

– Enfin, un mot aussi sur ton chant qui prend de l’assurance au fil des albums. Est-ce un domaine que tu travailles aussi beaucoup et a-t-il, à tes yeux, la même importance que ce que tu peux développer à la guitare ?

Oui, absolument. Pour moi, chanter et jouer de la guitare sont souvent indissociables. J’ai passé un nombre incalculable d’heures à travailler à la fois mon jeu de guitare et mon chant. Je répète tous les jours. Mon chant s’améliore constamment, ce qui me rend vraiment heureuse. Et lorsqu’il s’améliore, mon jeu de guitare s’améliore aussi, car les deux sont liés.

Le nouvel album de TORA DAA, « Prayer And Pleasure », est disponible sur le label de l’artiste et disponible sur son site : https://toradaa.com/

Photos : Kristian Ringen (2, 3, 4, 5)

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Desert Rock Drone post-Rock

SoftSun : une projection lumineuse

L’entente américano-norvégienne entre Gary Arce et Pia Isaksen continue d’œuvrer dans un même élan avec un style qui s’affirme sur « Eternal Sunrise ». Changement de label et aussi de batteur pour le trio dont le Post-Rock au saveurs Desert Rock trouve son harmonie dans une lueur qu’a priori tout oppose. Cette nouvelle réalisation est dense, presque onirique, et invite autant à la rêverie qu’au voyage. L’immersion proposée par SOFTSUN brille aussi grâce à un jeu d’une incroyable minutie et des arrangements très soignés.

SOFTSUN

« Eternal Sunrise »

(Heavy Psych Sounds)

Depuis deux maintenant, la connexion entre les terres norvégiennes balayées par le froid et les paysages arides du désert de Mojave en Californie est établie et pas le moindre parasite à l’horizon. Un horizon justement aussi lointain qu’imprévisible que la chanteuse et bassiste scandinave Pia Isaksen et l’Américain Gary Arce à la guitare ont transformé en terrain de jeu. Assez éloigné de leurs projets musicaux respectifs (Superlynx et une carrière solo pour l’une, Yawning man et ses dérivés pour l’autre), SOFTSUN affiche une osmose évidente et un univers singulier.

Un an tout juste après un premier effort étonnant et réussi, les deux musiciens poursuivent leur belle aventure et développent encore un peu plus leur Post-Rock aux contours Shoegaze, Desert et parfois Drone. Légèrement moins expérimental, « Eternal Sunrise » s’inscrit pourtant dans la lignée de « Daylight In The Dark » avec toujours cette ambiance à la fois mystérieuse et emprunte d’une légèreté très fluide. Et puis, SOFTSUN acte aussi l’arrivée de Robert Garson, en lieu et place de Dan Joeright, derrière les fûts et la console, puisqu’il a également enregistré ce deuxième opus.

Toujours aussi aérien, le trio joue sur des tempos lents et hypnotiques, laissant tout le loisir à Gary Arce de s’engouffrer dans un flot d’effets captivants dessinant des atmosphères assez uniques. Vocalement lumineuse, Pia Isaksen distille son chant de manière très éthérée, tout en faisant bourdonner sa basse à l’envie. Sensuel, subtil et parfois mélancolique, SOFTSUN s’est façonné un registre bien à lui. Hypnotique et lancinant, « Eternal Sunrise » captive (« Sacred Heart », « A Hundred And Sixteen », « Abandoned Lands »). Le combo se dévoile ici encore un peu plus.

Retrouvez l’interview de Pia Isaksen et Gary Arce à l’occasion de la sortie de « Daylight In The Dark » :

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Hard Rock

Mad Invasion : ferme et consistant

Chez MAD INVASION, l’expérience, la technique et l’inspiration font bon ménage. Avec un tel background, le quintet sait ce qu’il fait et où il va et « Crack In The Sky » renoue avec un Hard Rock assez sombre, tirant parfois sur le Heavy avec beaucoup de puissance. Ses forces, on les doit à un chanteur solide, deux guitaristes affûtés et une rythmique qui compte un batteur emblématique. Autant d’atouts qui font de cette multinationale du Metal une valeur sûre et vraiment solide.

MAD INVASION

« Crack In The Sky »

(Border Music)

Etonnamment discret sur la scène européenne, MAD INVASION enchaîne avec un deuxième album, tout aussi réussi, et qui bénéficie d’un petit effet marketing qui, espérons-le, devrait l’aider à entrer un peu plus dans la lumière. Toujours guidé par Pete Sandberg (Silver Seraph, Alien, Midnight Sun et quelques autres) au chant, le quintet accueille derrière les fûts un invité (permanent ?) de choix. En effet, l’ex-Motörhead et actuel Scorpions Mikkey Dee officie cette fois sur l’ensemble du disque et lui apporte un belle dynamique.

On avait déjà pu l’entendre sur quelques morceaux de « Edge Of The World » sorti en 2021 et il est dorénavant à temps complet sur « Crack In The Sky », où il tient un rôle majeur, avouons-le. Sa légendaire frappe imprègne littéralement ces nouvelles compos, bien aidée aussi par un groupe de musiciens chevronnés, tous suédois, à savoir Mats Jeppson (basse), Hal Marabel (guitare, claviers) et Björn Dahlberg (guitare), accompagnés de leur frontman norvégien. MAD INVASION se la joue international et ça lui va plutôt bien.

Il règne une ambiance très 80’s sur cette nouvelle réalisation, mais elle se dissipe peu à peu grâce à une production actuelle et un jeu efficace. Cela dit, les Scandinaves ne s’enferment pas dans un Hard Rock si classique qu’il n’y paraît. Certes, on pense à Black Sabbath et aussi à Richie Blackmore, comme à Cinderella d’ailleurs, mais MAD INVASION peut compter sur l’expérience de son line-up pour ne pas tomber dans le piège et s’en sortir avec brio (« Welcome To My Show », « Flesh & Blood », « Crucifixion », « Danger Zone »).

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Rock Progressif

Bjørn Riis : fendre l’obscur

Après avoir hissé son groupe Airbag parmi les meilleures formations mondiales de Rock Progressif, BJØRN RIIS prend aussi le temps de quitter son trio pour des escapades plus intimes. Tout en gardant ce toucher et ce son si identifiables, le guitariste et chanteur plonge sur « Fimbulvinter » dans une douce mélancolie à la fois légère et sophistiquée. Et quand il ne laisse pas parler sa guitare, c’est avec des mots d’une extrême justesse qu’il captive et prend encore plus de hauteur.

BJØRN RIIS

« Fimbulvinter »

(Karisma Records)

Trois ans après « Everything To Everyone », c’est avec un cinquième album solo que le co-fondateur d’Airbag fait son retour, moins d’un an après « The Century Of Self » sorti avec son groupe. Certes, certains morceaux auraient pu figurer sur l’un des disques du trio, mais l’approche du Norvégien en solitaire est beaucoup plus introspective, plus personnelle aussi et possède une profondeur assez unique. Constitué de paysages sonores dont il a le secret, BJØRN RIIS nous emmène dans un voyage sombre en quête de lumière.

S’il s’est inspiré de ses propres expériences sur l’angoisse, le désespoir et l’anxiété, « Fimbulvinter » n’est pas pour pourtant autobiographique, selon son auteur, et il sait aussi se montrer éclatant et d’une limpide clarté. Tenant son titre de la mythologie nordique, il représente le long hiver de trois ans qui précède Ragnarök. Cependant, il n’y a vraiment que sur l’intro, « Illhug » que l’on retrouve une touche Folk scandinave. Car, sur les cinq autres plages, c’est le Rock Progressif si reconnaissable et scintillant de BJØRN RIIS qui brille.

Pour autant, rien d’étouffant sur « Fimbulvinter », qui évolue à travers des morceaux emprunts d’une belle poésie sur laquelle on se laisse flotter à l’envie. Plein d’énergie, le musicien sait se montrer aussi plus Rock et véloce (« Gone »). Autour de « Panic Attack », long titre angulaire qui articule ce nouvel opus,  BJØRN RIIS déploie son jeu de guitare fluide et lumineux et s’il a convié quelques amis venus l’accompagner, il s’est occupé du reste, tout en co-produisant l’ensemble avec son ami Vegard Kleftås Sleipnes. Magistral !

Photo : Anne-Marie Forker

Retrouvez la chronique de son précédent album solo :

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Ambient Musique traditionnelle Neo-Folk Pagan Viking

Wardruna : l’art de la transmission

Chaque nouvelle réalisation de WARDRUNA, et c’est la sixième, paraît toujours plus fascinante que la précédente. Quatre ans après « Kvitravn », le collectif articulé autour de Selvik et de Hella, grands artisans de cette quête mémorielle artistique, s’ouvre encore de nouvelles perspectives grâce à des rituels et des récits mythologiques saisissants et d’une rare authenticité. Plus que jamais, les Européens sont incontournables et surtout inégalables avec ce magnifique « Birna ».

WARDRUNA

« Birna »

(Columbia/Sony Music)

Celles et ceux qui connaissent, ou vivent, en écoutant de la musique traditionnelle, d’où qu’elle vienne, savent l’impact et l’effet souvent viscéral qu’elle produit. Pour les autres, il peut y avoir un côté magique, surnaturel et transcendant qui peut surprendre et séduire aussi. Et c’est vrai qu’Einar Selvik, ex-Gorgoroth, est un maître en matière de transmission et de conservation d’une culture ancestrale qu’il parvient aussi à rendre très moderne dans son approche. WARDRUNA représente par conséquent la vie qui continue.

Souvent assimilée simplement à de la néo-Folk/Ambient, la musique des Norvégiens va au-delà en ce sens qu’elle n’a rien d’expérimentale. A l’instar d’un ‘scalde’, le poète scandinave, le leader du groupe s’inspire autant de sons de la nature que d’instruments traditionnels à qui il a d’ailleurs souvent lui-même redonné vie. Et depuis ses débuts, l’objectif de WARDRUNA est de proposer une reconnexion à la Terre et ce qui lui appartient. Et sur « Birna », c’est l’ours qui est le centre du projet.

Animal emblématique de la culture nordique, il est donc ici le sujet du disque, auquel il donne d’ailleurs son titre en vieux norrois. Toujours aussi introspectifs, les nouveaux morceaux traitent autant des forces que de la vulnérabilité de l’ours et WARDRUNA sait toujours aussi bien se faire hypnotique (« Ljos Til Jord »), intense (« Hertan », « Birna »,) et bien sûr Pagan et poétique (« Tretale », « Hibjørnen »). Et entre la voix rauque et profonde de Selvik et la dimension céleste de celle de Linda-Fay Hella, le voyage se fait instantanément.  

Retrouvez la chronique de « Kvitravn » :