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Blues Folk/Americana Soul / Funk

Eric Bibb : la lumière d’un sage

C’est la résonance d’un peuple opprimé qu’ERIC BIBB a voulu faire entendre sur « Ridin’ », où le musicien se fait l’écho de siècles de lutte des Afro-Américains avec un positivisme incroyable chevillé au corps et aux cordes. Précieux et précis, ce disque est autant un voyage qu’une réflexion sur les mouvements populaires actuels et passés, le tout distillé à travers des chansons sensibles et émouvantes et en évitant toute noirceur. Un modèle d’optimisme et d’une incroyable sobriété musicale.

ERIC BIBB

« Ridin’ »

(Dixiefrog)

La captivante voix de velours d’ERIC BIBB opère toujours comme par magie sur ce superbe « Ridin’ », et cela fait même cinq décennies et près de 40 albums que l’Américain installé à Londres régale de son jeu plein de finesse et si expressif. Teinté de Folk, d’Americana et d’un brin de Country, le bluesman a aussi conservé dans son répertoire ses racines Soul et Gospel, qui rendent cette nouvelle réalisation d’une grande et apaisante douceur. 

Librement inspiré de la peinture d’Eastman Johnson (« A Ride For Liberty » – 1862), la pochette de « Ridin’ » évoque sans détour l’espoir, la détermination et le courage de la communauté afro-américaine au fil du temps. C’est donc sur la base de ce concept qu’ERIC BIBB a bâti son nouvel opus où il exprime sa conception d’un racisme systémique et la façon de le purger du monde. Le songwriter est un humaniste, ainsi qu’un passeur.

Musicalement aussi, le songwriter ne s’interdit rien et nous promène dans des contrées funky, groovy et chaloupées dans un Blues dépouillé et très acoustique. Inspiré et délicat, il aspire à transmettre son espérance dans un voyage plein d’amour et de volonté. Et histoire de faire briller « Ridin’ » encore un peu plus, ERIC BIBB accueille les stellaires contributions de Taj Mahal, Jontavious Willis, Russell Malone et Habib Koité. Indispensable !      

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Metal Progressif

Jirfiya : un univers unique

Dotée d’une très bonne production, les Parisiens s’affirment avec talent sur une première réalisation menée de main de maître. Eclectique et pimenté, JIRFIYA se dévoile à travers un registre où les parties instrumentales dominent pour s’étendre dans des ambiances colorées et puissantes. Très bien arrangé, « W » est loin de livrer tous ses secrets à la première écoute. Il faut donc creuser un peu pour en saisir toute la substance.

JIRFIYA

« W »

(Independant)

Déjà auteur de deux EP, JIRFIYA présente enfin son premier album et les Franciliens frappent fort. Sorti il y a quelques semaines en autoproduction, « W » est à l’image de la scène progressive française actuelle : techniquement imparable et particulièrement inspirée. Oscillant entre Metal et Rock, le groupe s’est construit un univers riche et varié, qui lui permet d’aborder des atmosphères et des sonorités très originales.

Dès « Asylum » et ses neufs minutes, le ton est donné. JIRFIYA ne manque ni d’ambition, ni de créativité. Puissante et atmosphérique, l’entrée en matière laisse présager d’un opus plein de surprises… et c’est peu de le dire ! Au chant, Ingrid Denis (frontwoman du groupe de Rock Progressif Oscil) se montre sobre et efficace, laissant le côté lyrique aux amateurs de Metal Symphonique. Très bien structuré, « W » ne montre que peu de failles.

Pour accompagner les deux guitares, JIRFIYA a fait appel à la violoniste Coline Verger sur cinq morceaux, au violoncelliste Quentin Fauré sur ces mêmes titres et au trompettiste Jules Jassef sur deux compositions qui prennent une dimension incroyable dans la veine d’un certain Amin Maalouf. Envoûtante sur « Sister In Blood », « Dark Storms », « The Factory » ou « The Girl With The Perfect face », la formation régale et enchante.

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Hard Rock

Lordi : monsters awards

Délicieusement horrifique, tellement fun et terriblement Rock’n’Roll, LORDI reste fidèle à lui-même et son leader et maître à penser n’est toujours pas à court d’idées. Cette fois, c’est dans les pas d’une association de scénaristes hollywoodiens du début du siècle dernier que nous embarquent les monstres sur ce « Screems Writers Guild » accrocheur et toujours aussi bien produit.

LORDI

« Screem Writers Guild »

(Atomic Fire Records)

Après avoir sorti le monumental « Lordiversity », coffret de sept albums inédits, et enchainé les concerts, LORDI fait déjà son retour deux ans tout juste après ses dernières réalisations. Probablement saisi d’une frénétique créativité, le quintet finlandais signe avec « Screem Writers Guild » son 18ème album en trois décennies d’une belle carrière. Qu’il est loin le temps de l’Eurovision…!

Pour ce nouvel opus, le groupe présente son nouveau guitariste Kone venu remplacer Amen, parti pour incompatibilité après 25 ans de bons et loyaux services. Et il faut reconnaître que LORDI ne perd pas au change, puisque le nouveau six-cordiste, dont on ne connait pas non plus l’identité, se fond parfaitement dans l’univers monstrueux des Scandinaves et de ses nouvelles compos.

Après avoir parcouru et s’être immergé dans sept styles différents sur « Lordiversity », le combo renoue avec son registre de prédilection : un bon vieux Hard Rock aux saveurs 90’s mélodique, entraînant et fédérateur. Et dans le domaine, on peut dire sans se tromper que LORDI s’y connait et maîtrise son sujet. Ce nouvel effort est joyeux, vivifiant et blindé de titres entêtants.

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France Metal Indus

Treponem Pal : groove, Metal & tattoo [Interview]

Identifiable entre mille, les pionniers du Metal Indus français sont enfin de retour avec « Screamers », un nouvel album toujours aussi fracassant et Heavy. Entre samples et riffs tranchants, la voix de Marco Neves s’engouffre et vient sondé les âmes sur des textes percutants. Ce huitième album de TREPONEM PAL reste marqué de cette empreinte groove et Metal, qui fait la force du groupe depuis plus de trois décennies maintenant. Entretien avec le chef de la meute, prêt à en découdre sur une tournée qui s’annonce déjà musclée et envoûtante.   

Photo : Suzanne Brun

– Vous nous avez laissé il y a six ans avec « Rockers Vibes » où vous passiez en revue vos influences à travers des reprises très marquées de l’empreinte TREPONEM PAL. Finalement depuis « Survival Sounds » en 2012, vous n’aviez pas énormément composé. J’imagine que la motivation et l’envie n’ont pas manqué pour « Screamers »…

Oui, la motivation était forte, ainsi que l’envie de revenir aux sources et d’avoir une diversité assez conséquente sur l’album avec trois grosses tendances. Et puis, on a aussi trouvé ce deal avec At(H)ome, car ce n’était pas évident de trouver un bon label. On voulait qu’il soit français et indépendant et on est tombé dans le mille. Pour la France, ça démarre bien et on ne va pas tarder à attaquer l’étranger. Tout le monde est motivé et c’est formidable !

– J’ai pu lire que vous aviez réalisé une première version de l’album et que, mécontents du résultat, vous aviez retravaillé l’ensemble. D’autres s’en seraient sûrement contenter, qu’est-ce qui n’allait pas ?

On a surtout retravailler les voix et les textes, en fait. On a aussi habillé et monter quelques morceaux différemment. On a refait environ 70% de ce qui avait été réalisé.

Photo : Muriel Delepont

– Comme souvent chez TREPONEM PAL, il y a du mouvement au niveau du line-up, mais avant de parler des deux nouveaux musiciens, j’aimerais que tu nous parles du retour de Laurent Bizet à la guitare, qui est un membre historique du groupe. Dans quelles conditions son retour s’est-il effectué ? Il y avait un goût d’inachevé de part et d’autre ?

Ce qu’il faut savoir tout d’abord, c’est que Laurent, Nicki et Bastien, qui nous ont tous rejoint pour « Screamers », n’ont pas travaillé sur l’album. Nous l’avons fait à quatre avec Polak, Didier et Jean-Pierre Mathieu. Je le précise à chaque fois, car c’est la vérité de ce disque. Et en fait, une fois qu’on avait terminé tout ça, nous nous sommes dit qu’il nous fallait un bon bassiste, un bon batteur et pour Laurent, on s’est retrouvé par hasard, en fait. On habitait au même endroit sans le savoir et de fil en aiguille, on s’est revu. On s’est ensuite dit qu’on repartirait bien ensemble pour vivre cette aventure avec le reste de l’équipe de TREPONEM. Pour le moment, il est question de la scène et pour l’avenir, on attaquera ensemble le prochain album.

– « Screamers » voit donc l’arrivée de Nicky Tchernenko à la basse et de Bastien Amy à la batterie. Vous vous connaissiez déjà ou est-ce qu’on auditionne aussi chez TREPONEM PAL ?

Oui, on a fait des sortes d’audition. C’est aussi quelque chose qu’on fait toujours de toute façon. Et ça a été long évidemment.

Photo : Muriel Delepont

– Il y a une impression qui domine encore cette fois, c’’est que peu importe le temps qui passe, on retrouve le son et la patte de TREPONEM PAL au fil des albums. Est-ce que finalement la faculté d’adaptation à chaque époque ne résiderait pas dans de solides fondations ?

Oui bien sûr et les nôtres sont là depuis le début. On a une identité, un truc bien à nous et auquel on tient. Nous, on sait que ce que c’est, même si on ne se l’explique pas. On a les sonorités qu’on veut, les rythmes qu’on veut et des ambiances bien définies.

– Avec Polak et Laurent Bizet, TREPONEM PAL est particulièrement bien pourvu au niveau des guitares et pourtant les samples sont aussi très présents. Sans dévoiler vos secrets de composition, comment l’équilibre se fait-il pour rester aussi Metal ?

Je ne sais pas vraiment. Si tu prends un groupe comme Prodigy, ils ont fait quelques morceaux avec des guitares et ils y arrivent très bien. Sur les anciens Ministry, même s’il y a surtout des samples parlés, il y a ce même savoir-faire. Cela dit, on a essayé des trucs électroniques et ça ne fonctionne pas avec les guitares. C’est vrai qu’on a l’habitude de savoir gérer les samples, les claviers et autres avec un équilibre basé sur des guitares très Heavy.

Photo : Muriel Delepont

– A l’écoute de « Screamers », on a le sentiment que vous avez effectué une fois encore un gros travail sur le groove des morceaux. Est-ce que c’est finalement ça qui vous guide ?

Le groove, on l’a toujours eu. Je n’écoute que ça, que ce soit du Reggae et en parallèle des trucs Indus et Punk que j’ai toujours kiffés. J’adore le Reggae Dub surtout et tout ce qui est expérimental en général. C’est vraiment ce que j’aime avec le HardCore-Punk et l’Anarcho-Punk, qui sont des styles droits dans la tête. J’ai aussi besoin de ça par moment, je navigue entre différentes choses.

– D’ailleurs, toujours à propos de sample, ‘machine’ est un mot qui revient souvent dans tes textes avec également ‘Sound System’. Depuis l’album « Higher », les deux termes sont très présents. C’est inconscient ou c’est plus simplement la marque de TREPONEM PAL ?

Oui, c’est un peu la marque de TREPONEM, c’est vrai. En même temps, c’est aussi quelque chose d’inconscient. Cette obsession à la machine est quelque chose qui revient souvent chez moi. Je ne saurais pas te l’expliquer, j’ai besoin de dire ce mot ! (Rires)

– J’aimerais qu’on dise un mot de la pochette, qui renvoie à celle de « Survival Sounds » avec son graphisme asiatique réalisée par Keuns. Celle de « Screamers » est signée Rafto Dilo, qui est aussi tatoueur. Comment est née cette collaboration ? Est-ce lors d’un tatouage et faut-il y voir l’élaboration d’une trilogie d’albums, par exemple ?

En fait, Rafto Dilo a son salon de tatouage, ‘Utopia Tattoo’, à Poitiers et il travaillait auparavant avec Keuns, avec qui je suis entré en contact par le Net. Je l’avais découvert en interview dans un magazine. Il se trouve qu’il connaissait bien TREPONEM. De là, on s’est vu et il m’a tatoué un baku sur le bras droit (créature folklorique japonaise, qui se nourrit des mauvais rêves – NDR). C’est un éléphant et un chasseur de cauchemar, ce qui m’a m’allait très bien ! Ensuite, j’ai rencontré Rafto Dilo, puisqu’il travaillait ensemble, et de fil en aiguille, je lui ai demandé de faire mon bras gauche. Peu de temps après, Keuns a fait la pochette de « Survival Sounds » et en 2020/21, j’ai branché Rafto pour faire la nouvelle, celle de « Screamers ». Alors une trilogie, pourquoi pas ? Je pense que la pochette du prochain viendra encore d’un tatoueur, mais dans un autre style, je pense.

Photo : Muriel Delepont

– Concernant tes textes, ils sont toujours aussi concis et souvent revendicatifs. Comment les travailles-tu, car on peut prendre certains refrains notamment comme des punchlines ?

Oui, depuis toujours. C’est quelque chose qu’on retrouve aussi dans le Hip-Hop ou dans les groupes Electro HardCore. C’est vrai que les punchlines sont un truc que j’aime bien et qui sort naturellement chez moi.

– Il y a un peu plus de 20 ans, en 2001, tu avais sorti un album monumental avec Elephant System. Est-ce que, par un heureux hasard, on pourrait imaginer une suite ?

Oui, mais pas tout de suite. Mais on y a déjà travaillé un peu. C’est vrai que le premier a un son en béton, c’est Adrian Sherwood, quoi ! 

– Enfin, vous allez fouler en juin prochain pour la troisième fois la scène du Hellfest. Tout d’abord, comment abordes-tu un rendez-vous comme celui-ci qui est devenu depuis majeur et surtout est-ce qu’une tournée plus conséquente est-elle en cours de préparation ?

Oui, on a déjà 5/6 dates avant à Paris, Rouen, Strasbourg, Lyon et Lille et ensuite ce sera le Hellfest. On a aussi des concerts prévus pour l’été et la rentrée et on en fera l’annonce un peu plus tard. Mais pour en revenir au Hellfest, Ben Barbaud a vraiment créé un truc de fou ! Il va falloir qu’on montre au public qu’on est toujours là et on va donner le meilleur !

Le nouvel album de TREPONEM PAL, « Screamers », est disponible depuis le 10 mars chez At(H)ome.

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Blues Rock Hard Blues Southern Blues

The Answer : flamboyant

Savoureuse et chaleureuse, cette nouvelle réalisation des Anglo-irlandais est attendue depuis des années. Il faut reconnaître que THE ANSWER fait un parcours sans faute depuis plus de deux décennies maintenant. Entre Hard Rock et Blues Rock, le combo régale une fois encore avec ce lumineux « Sundowners » à la fois pêchu et délicat.

THE ANSWER

« Sundowners »

(Golden Robot Records)

Sept longues années se sont déjà passes depuis « Solas », dernier opus des Britanniques de THE ANSWER. Depuis sa création en 2000, le quatuor originaire de Newcastle d’un côté et de Downpatrick en Irlande du Nord de l’autre s’est forgé un solide répertoire commencé avec le phénoménale « Rise », qui a marqué les esprits et lui a permis d’écumer toute l’Europe avec les plus grands dont Ac/Dc.

Soudés depuis le début, Cormac Neeson (chant), Paul Mahon (guitare), Micky Waters (basse) et James Heatley (batterie) ont donc remis le bleu de chauffe et « Sundowners » est d’une incroyable fraîcheur. Le Rock Hard teinté de Blues ou le Blues mâtiné de Hard Rock, c’est selon, de THE ANSWER semble inusable et intemporel, niché quelque part entre Led Zeppelin et The Black Crowes.

Et ce septième album s’inscrit dans ce que le groupe a fait de meilleur. Dès l’envoûtant morceau-titre qui ouvre somptueusement les festivités, THE ANSWER prend les choses en main sur un groove imparable. Avec une production très soignée, l’équilibre entre les instruments est parfait et sert idéalement des chansons entêtantes (« Blood Brother », « California Rust », « Want You To Love Me », « Get On Back »). Classieux !

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Non classé

Otherwise : un tumulte positif

C’est avec une petite bombe entre les mains que ressurgit OTHERWISE et elle risque sacrément de faire trembler les murs. En effet, « Gawdzillionaire » est un concentré explosif d’adrénaline pure. La formation de la ville du péché met toutes les chances de son côté, sans laisser de place au hasard et en se montrant d’une vivacité carburant aux gros riffs de guitares, aux rythmiques écrasantes, le tout porté par un frontman rassembleur monté sur ressort.

OTHERWISE

« Gawdzillionaire »

(Mascot Records)

Formé à Las Vegas, OTHERWISE fait partie de ces groupes au talent certain, qui peinent malheureusement à exploser y compris dans leur propre pays. Et pourtant le quatuor possède de solides arguments comme vient le confirmer ce sixième album époustouflant à bien des égards. Sur un groove de chaque instant, les Américains ne relâchent pas un instant la pression et livrent 12 titres aussi explosifs que fédérateurs.

Sur une rythmique d’enfer, OTHERWISE emprunte autant à un Power Rock nerveux qu’à des riffs très Hard Rock pour obtenir un Alternative Metal tendu et frénétique. Guidé par son chanteur Adrian Patrick et son guitariste Ryan Patrick, membres fondateurs et seuls rescapés de la formation originelle, le combo propose des morceaux lourds et massifs gavés de mélodies entêtantes avec un enthousiasme et une générosité énorme.

Dès « Full Disclosure » et « Exit Wound », la tension est palpable et cette envie débordante ne fait que monter crescendo. OTHERWISE montre une assurance presqu’insolente et enchaîne sur des morceaux qui sont autant de hits en puissance (« Failure », « La Familia », « Coffins »). Et histoire de se faire plaisir, on retrouve même le rappeur Ekoh sur le morceau-titre et Heidi Shepherd de Butcher Babies sur « Paradise », un sommet de l’album.

Seul bémol et il est de taille, le gang du Nevada a laissé les clefs de la production à Matt Good, qui a bossé avec Asking Alexandria notamment. De fait, on retrouve des arrangements à la con très MetalCore, qui viennent briser une sincérité pourtant à l’œuvre. ‘Tout ce qui se passe à Vegas reste à Vegas’, certes, mais il faut souhaiter que « Gawdzillionaire » permette enfin à OTHERWISE de déverser son fougueux Metal Alternatif à travers le reste du monde.

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Thrash Metal

Kamala : la force du karma

Chez KAMALA, ça tabasse en règle et minutieusement et ça fait même 20 ans que ça dure ! Le trio brésilien sort son sixième opus studio (en plus d’un Live enregistré en France) et paraît avoir atteint la totale plénitude de son jeu. Avec « Karma », le combo conjugue vélocité, puissance et mélodie dans un juste équilibre très racé.

KAMALA

« Karma »

(M&O Music)

Cela fait maintenant deux décennies que KAMALA diffuse son Thrash Metal depuis Campinas au Brésil. D’une fraîche sauvagerie, la musique du combo s’affine au fil du temps forcément, mais aussi et surtout au gré des multiples changements de line-up. Il semblerait que son créateur, le guitariste et chanteur Raphael Olmos, soit en quête perpétuelle d’excellence, ce qu’on ne saurait lui reprocher.

Sur ce très bon sixième album, le frontman est entouré du bassiste Zé Cantelli et de la batteuse Isabela Moraes, tous deux rompus à l’exercice et d’une redoutable efficacité. Il faut bien avouer que la Brésilienne avoine sévère derrière ses fûts et non sans un groove certain, faisant corps avec des lignes de basse imparables. KAMALA montre les crocs et sort une fois encore l’artillerie lourde.

Sur des riffs acérés et agressifs, le power trio avance à toute allure dans un registre qui prend racine dans les 90’s et qui n’est d’ailleurs pas si éloigné de ses aînés et compatriotes Sepultura à leurs débuts. Cela dit, les Sud-Américains se démarquent grâce à une belle touche de modernité et « Karma » dispose également d’une production massive, qui élève aujourd’hui KAMALA dans la hiérarchie Thrash Metal.

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Rock Hard

MohoVivi : le pacte

MOHOVIVI est la réunion de deux grandes figures du Rock, parfois restées dans l’ombre, mais dont l’apport créatif et musical s’est avéré très important au sein notamment du plus grand groupe de Rock/Hard français. « Komando » est un opus qui transpire la rage autant que l’amitié et l’authenticité.

MOHOVIVI

« Komando »

(FTF Music)

Anciens compagnons d’armes sur les albums « Marche Ou Crève » et « Trust IV (Ideal) » et surtout compagnons de route sur de nombreuses tournées avec Trust, MOHO (Mohamed Chemlakh) et VIVI (Yves Brusco) célèbrent leurs retrouvailles discographiques avec « Komando », une première réalisation (trop) courte de dix morceaux entre Rock et Hard et aux saveurs 80’s.

Complété par Camille Sullet (batterie) et Sylvain Laforge (guitare), MOHOVIVI renoue avec un style musclé et efficace à la française. Mais ne nous y trompons pas, les deux vétérans de la scène hexagonale ne sont pas là pour perpétuer l’héritage du légendaire groupe au bulldozer. L’empreinte est personnelle même si, bien sûr, on ne se refait pas. Il reste forcément quelques traces … et on ne s’en plaindra pas !

Bourré d’une énergie presqu’adolescente, notamment au niveau des textes en français, « Komando » fait surtout la part belle aux riffs emprunts d’une légère touche bluesy. Relativement intenses et formatés, les titres proposés par MOHOVIVI font leur effet et on se laisse prendre à ce registre à la fois léger et entraînant (« Tic Tac », « Game Over », « C’est Pas Facile », « Candem Square »). Probant, ma foi !

Photo : Christian Montajol
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Blues Rock

Ally Venable : déjà grande

En quelques années, ALLY VENABLE est passée d’un statut de star montante à celui d’artiste confirmée. Sans donner dans le démonstratif, la Texane, qui ne renie pas l’influence du grand Stevie Ray Vaughan, fait preuve de beaucoup de feeling dans un esprit délicieusement Southern. Avec « Real Gone », la jeune musicienne fait des étincelles et s’affirme avec classe.

ALLY VENABLE

« Real Gone »

(Ruf Records)

A quelques jours de son 24ème anniversaire, ALLY VENABLE sort déjà son septième album, si l’on inclue le sept-titres « Wise Man » paru alors qu’elle n’avait que 14 ans ! Et cet enfant prodige du Blues Rock ne s’arrête plus depuis et peaufine son jeu au fil du temps. Rien d’étonnant pour cette dernière considération, si ce n’est que son registre devient également de plus en plus personnel.

Guitariste et chanteuse de grand talent, ALLY VENABLE est aussi une songwriter accomplie et réalise même l’ensemble de « Real Gone ». Une maturité qui ne surprend pas plus que ça d’ailleurs lorsque l’on connait la portante courte carrière de la jeune femme. Et pour ce nouvel opus, elle s’est même offerte la collaboration du producteur Tom Hambridge (Susan Tedeschi, Kingfish, …).

Outre les deux moments que constitue la participation de Joe Bonamassa (« Broken And Blue ») et du géant Buddy Guy (« Texas Louisiana »), « Real Gone » regorge de pépites et la musicienne mène l’ensemble avec une élégance rare. Punchy sur le morceau-titre, « Justifyin’ », « Kick Your Ass » et « Two Wrongs », ALLY VENABLE se montre aussi très délicate sur « Gone So Long » et « Blues Is My Best Friend ». Une désormais grande dame !

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International Symphonic Metal

Delain : un ADN intacte [Interview]

Avec « Dark Waters », les Hollandais de DELAIN signent leur septième album et accueillent surtout en leur sein la chanteuse Diana Leah, en lieu et place de Charlotte Wessels. Si le challenge pouvait paraître énorme, le quintet le remporte haut la main, grâce aussi à des compositions plus frontales et moins Pop et Electro que sur « Apocalypse & Chill », sorti en 2019. Martijn Westerholt, fondateur, claviériste et principal compositeur du groupe, revient sur ce nouvel opus où il renoue avec le Metal Symphonique qui a forgé la réputation de DELAIN. Entretien.

Photo : Andreas Falaschi

– Il y a moins de deux ans, tout le monde pensait à la disparition de DELAIN après 15 ans d’une belle carrière. Finalement te revoici avec un nouveau line-up et surtout un nouvel album. Pour « Dark Waters », tu as rappelé batteur Sander Zoer ainsi que le guitariste Ronald Landa. C’était important pour toi de ressouder DELAIN en faisant appel à d’anciens membres pour créer une solide union autour de ce nouvel album ?

Oui, c’est exactement ça et j’en suis très heureux. La seule manière dont je voulais que DELAIN continue était que l’ADN du groupe soit toujours présent. Sinon, ça n’aurait eu aucun sens de poursuivre l’aventure sous le même nom. C’était pour moi la principale condition. Nous sommes restés en contact, on se connait très bien et pour nous tous, cela a été presqu’automatique, comme un réflexe. C’est pour cette raison que je leur ai demandé de me rejoindre. 

– La grande nouveauté de l’album est bien sûr l’arrivée au chant de Diana Leah. Bien sûr, on ne lui demande pas de nous faire oublier Charlotte Wessels, mais elle doit avoir beaucoup de pression pour son arrivée chez DELAIN, non ?

Oui bien sûr, elle a eu beaucoup de pression. Elle a très bien compris que le costume qu’elle devait endosser était très grand. Je lui ai posé la question et, en fait, Diana a beaucoup de personnalité et elle est très forte. On en a parlé tous les deux évidemment et aujourd’hui, j’ai une très grande confiance en elle.

Diana Leah

– D’ailleurs, tu l’as découverte sur YouTube et tout est ensuite allé très vite. Ce réseau est-il devenu un nouveau lieu de casting ?

(Rires) Oui, c’est vrai ! En fait, tu peux voir beaucoup de choses au sujet des personnes. Tu peux observer des traits de leur comportement, comment elles s’expriment et aussi ce qu’elles pensent.

– L’autre façon d’ouvrir un nouveau chapitre pour le groupe aurait aussi été de prendre un chanteur, ce qui aurait aussi pu ouvrir d’autres voix musicales. Tu y as pensé ?

Très bonne question ! Oui, j’y ai pensé et je l’ai vraiment considéré comme une option sérieuse. La principale condition pour moi était que la nouvelle personne au chant, peu importe que ce soit une femme ou un homme, se fonde parfaitement dans la musique et se mette réellement à son service. Et finalement, le sexe n’avait pas vraiment d’importance. Mais en fin de compte, la voix de Diana m’a définitivement convaincu et j’en suis très heureux. Et puis, elle est capable de chanter l’ensemble du répertoire de DELAIN et d’assumer les tournées également. Avec un homme, cela aurait été très différent par rapport aux morceaux plus anciens notamment.

– Avec « Dark Waters » et malgré tous ces changements, on retrouve le son et la personnalité de DELAIN, ce qui a dû aussi rassurer les fans. On se dit que malgré tout et peu importe les musiciens, le groupe reste l’entité première avec un son qui fait son ADN. C’est aussi ton point de vue ?

Merci beaucoup pour ce beau compliment ! (et en français, svp ! – NDR) J’en suis vraiment content et je suis d’accord avec toi. C’est vrai que c’était très important. Dès le départ, on a décidé de conserver les bases du son de DELAIN et le style. Malgré le départ de Charlotte, je voulais que rien ne change à ce niveau-là et aussi que cela soit mis en avant. Nous sommes restés dans notre bulle en quelque sorte. Et c’est également très agréable que les gens me fassent la remarque.

Martijn Westerholt

– Alors qu’auparavant, c’était Charlotte qui écrivait les textes, c’est ta femme Robin, qui les signe cette fois et de très belle manière. Tu n’as pas eu envie de t’essayer toi-même à l’écriture ?

Non, pas pour les paroles, cela n’aurait sûrement pas ravi les gens ! (Rires) En fait, ça n’a jamais été une option, même auparavant. J’ai la chance d’avoir une femme dont l’anglais est la langue maternelle et qui, de plus, est poétesse. C’est vrai que cela a été très facile pour moi de lui demander.

– Une fois encore, « Dark Waters » fait la part belle aux arrangements, qui restent symphoniques et pourtant l’album demeure musclé et solide. On a le sentiment que tu es resté très focalisé sur le songwriting, comme si tu voulais mettre tous les problèmes rencontrés de côté. C’est le cas ?

En fait, mon objectif premier a été de composer des morceaux efficaces et peut-être aussi plus directs, c’est vrai. J’avais besoin de paix et de tranquillité pour le faire. Alors, je me suis simplement dit : « Continue à faire ce que tu sais faire et ce que tu fais de mieux ». Et finalement, tout s’est passé le plus simplement du monde.

Photo : Andrea Falaschi

– Il y a une question que je me pose, car c’est un phénomène que l’on rencontre beaucoup aujourd’hui dans les groupes qui ont une chanteuse. Justement, loin de remettre en question le talent de Diana qui est incontestable, pourquoi le bassiste Ludovico (Cioffi de The Modern Age Slavery – NDR) vient y poser du growl ? Est-ce vraiment nécessaire et utile lorsqu’on a une frontwoman de ce niveau ?     

Rien n’est nécessaire, c’est vrai. C’est juste que j’adore son growl ! (Rires) Il est très brutal et j’avais dans l’idée de réaliser une sorte de comparaison entre ‘la belle et la bête’. Je l’adore vraiment et d’ailleurs, nous avions déjà tenté l’expérience auparavant. Et puis maintenant, nous avons aussi ce choix-là et c’est une très bonne chose.

– Enfin, lorsque l’on voit la très grande qualité, et même la prédominance des groupes hollandais sur la scène mondiale du Metal Symphonique avec Within Temptation, Epica, Delain, bien sûr, et quelques autres, et sans oublier Nightwish en Finlande, comment expliques-tu l’importance du style en Europe du Nord ? Parlerais-tu de ‘grande famille’ ?

Tu sais, c’est une question que je me pose depuis déjà une vingtaine d’années. Et cela reste une très bonne question ! Je n’ai jamais réussi à expliquer pourquoi il y avait autant de groupes de Metal Symphonique en Hollande. C’est une énigme et elle grossit de plus en plus chaque année. Et je considère les membres des autres groupes comme une famille, au même titre que Nightwish d’ailleurs. C’est vrai que c’est assez incroyable ! (Rires)

« Dark Waters » est disponible depuis le 10 février chez Napalm Records.