Ayant quitté leur Georgie natale pour Nashville, Tennessee, Megan et Rebecca Lovell se sont aussi imprégnées d’une couleur Country, qui colle à merveille à leur Blues Rock de plus en plus Southern. Et avec « Blood Harmony », les Américaines réussissent un tour de force remarquable en combinant des riffs costauds et de belles harmonies vocales avec une lap-steel aérienne et brûlante.
LARKIN POE
« Blood Harmony »
(Tricki-Woo Records)
2020 avait été une année chargée pour les sœurs Lovell avec la sortie du très bon « Self Made Man » et de leur album de reprises « Kindred Spirits ». Non contentes d’avoir retrouvé le chemin des concerts, Rebecca et Megan en profitent pour livrer un nouvel album où leur talent éclate plus que jamais au grand jour. LARKIN POE a pris en effet du volume, affiche beaucoup d’assurance et conforte une réelle identité musicale.
Chez certains groupes, le fameux ‘album de la maturité’ arrive plus ou moins rapidement. Ainsi, « Blood Harmony » surgit un peu tardivement, puisqu’il est le sixième opus du duo et il est de loin le plus abouti et le plus inspiré. Kevin McGowan (batterie) et Tarka Layman (basse) offrent un groove constant aux compositions très féminines, sans être mielleuses, et surtout très Southern de LARKIN POE.
Enregistré dans le home-studio de Rebecca et Tyler Bryant (son mari et guitariste-chanteur de son groupe The Shakedown) et co-produit ensemble, « Blood Harmony » montre les sœurs au sommet de leur art avec un chant clair et puissant et la lap-steel de Megan plus chaleureuse et charmeuse que jamais. Entre Blues, Pop, Rock et des résonnances Country, LARKIN POE affiche enfin son appartenance sudiste (quel accent !).
Afin d’attiser l’engouement et de rassasier ses fans, le groupe a laissé s’échapper quatre singles ces dernières semaines et on peut dire que le choix a été plutôt judicieux et annonciateur de très bonnes choses (« Bad Spell, « Blood Harmony », « Georgia Off My Mind » et « Strike Gold »). Fiévreux, sensuel, touchant ou pied au plancher, LARKIN POE sait tout faire et le montre de la plus belle des manières. Addictif et exaltant !
Affichant une belle puissance et des morceaux costauds et véloces, RISING STEEL sort un troisième album dans lequel le groupe peaufine son Crossover Heavy, teinté d’éléments Thrash et Speed Metal. En s’éloignant ainsi du son de la MWOBHM, mais on conservant sa structure et ses codes, les Rhodaniens s’inscrivent dans une modernité flagrante en dépoussiérant quelques peu leur registre pour le rendre plus hargneux et massif.
RISING STEEL
« Beyond The Gates Of Hell »
(Frontiers Music)
Depuis son premier EP en 2015 (« Warlord »), RISING STEEL poursuit son chemin avec une régularité remarquable, tant dans le rythme de ses productions que dans leur qualité. Et il faut reconnaître que les Grenoblois affinent leur style depuis quelques années aujourd’hui et le Heavy Metal du combo se précise au fil des albums. Ancré dans un Heavy Metal Old School, qui vaut surtout par les caractéristiques de la voix de son frontman Emmanuelson, d’autres particularités se font plus présentes.
Sans tomber franchement dans un registre Thrash, les guitares notamment ne sont pas sans rappeler dans leurs riffs celles qui firent les belles années de la Bay Area. Cependant, la comparaison est plutôt sonore car, musicalement, on se rapproche nettement plus d’un Speed Metal plus européen. Bref, ce qui importe ici, c’est que RISING STEEL se forge une identité musicale très identifiable, qui vient probablement aussi des nombreuses tournées aux côtés de cadors du genre ces dernières années.
Mais revenons à « Beyond The Gates Of Hell », troisième opus des Français, qui ne manque ni de vigueur, ni d’inspiration. Direct tout en restant mélodique, la maturité affichée sert des morceaux solides et racés. RISING STEEL ne lève pas le pied un seul instant et assène un Metal aux variations très maîtrisées (« Life Awaits », « Infinite Pain », « Skullcrusher », « Beast », et le très bon « We Are Free » qui vient clore l’album). Enregistré chez lui et mixé en Suède, cette nouvelle réalisation marque une assise indiscutable.
D’une grande finesse dans la composition comme dans la technicité à l’œuvre tout au long de « Unorthodox », DOOMOCRACY livre son album le plus abouti à ce jour. Très travaillé, le Doom Metal des Grecs se montre d’une grande modernité, sans pour autant renier des influences majeures, perceptibles, mais discrètes. Avec ce troisième opus, le combo impose une belle et soignée dramaturgie, parfaitement mise en valeur par une très bonne production.
DOOMOCRACY
« Unorthodox »
(No Remorse Records)
C’est sous le soleil de Crète que DOOMOCRACY a vu le jour en 2011, offrant un regard neuf sur le Doom Metal. Moderne et Heavy, le quintet trouve sa place entre Candlemass et King Diamond avec un côté véloce et technique. Après deux albums salués et reconnus (« The End Is Written » – 2014 et « « Visions & Creatures Of Imagination » – 2017), les Grecs montent encore d’un cran, grâce à un jeu puissant et précis et des atmosphères raffinées.
Axé sur le thème de la persécution religieuse au XVIème siècle, l’album-concept de DOOMOCRACY révèle un talent d’écriture évident basé sur une belle maîtrise du contexte et une interprétation irréprochable. Ténébreux et épique, « Unorthodox » s’articule sur un Heavy Metal traditionnel très Doom, forcément, avec aussi quelques sonorités progressives servant de tremplin à une avalanche de riffs solides et acérés.
Ce troisième opus dévoile des titres imparables (« Eternally Lost », « The Spiritualist », « Our Will Be Done »). DOOMOCRACY se fait aussi plaisir sur le dernier morceau, « Catharsis », où Mike Wead (King Diamond, Mercyful Fate, Memento Mori) livre un solo époustouflant. Et on notera aussi la présence sur quatre titres de Miguel Robaina (ex-Memento Mori) aux claviers et à la flûte sur ce même titre. Une valeur sûre.
Entraînant, efficace et mené sur un train d’enfer, le duo possède ce petit quelque chose qui le rend rapidement addictif. Une batterie, une basse et quelques effets suffisent ici à réunir une volonté incandescente à livrer un Power Rock aux couleurs vintage. END2END puise autant dans les origines du Hard Rock que dans un Blues Rock gras et percutant. Réjouissant et positif, c’est un esprit live et véloce qui anime ce « Take My Train » réjouissant et positif.
END2END
« Take My Train »
(Independant)
Une fois n’est pas coutume, j’ai le plaisir de vous présenter l’EP de END2END. Petite entorse puisque la déferlante de ces formats courts est telle qu’il est presqu’impossible de s’en faire un écho exhaustif et surtout ils ne sont pas souvent très représentatifs d’un groupe, de sa démarche artistique et de ses qualités. Mais là, le fait que le duo ait un pied entre Vannes et Nantes, soit presqu’en Bretagne, et que son registre soit très rafraîchissant m’ont convaincu.
Après quelques années d’existence marquées surtout par des concerts énergiques et torrides, le duo composé de Loran Kruho (basse, multiples sons et voix) et du batteur Sylvain Boullais s’est donc attelé à la création d’un cinq-titres très convaincant bardé d’un groove accrocheur très présent et même leitmotiv de la musique de END2END. Et justement, c’est un Rock musclé très accrocheur que distille le tonique binôme avec une envie débordante.
Si aujourd’hui, la technique permet de faire à peu près tout, y compris en live, faut-il encore en faire bon usage. Et c’est le cas, puisque dès les premières notes de « Fall In Love » suivi de « See A Way Out », on tombe sur le charme de ce Rock très 70’s où la fougue se mêle à des refrains entêtants et des rythmiques appuyées et groovy. END2END met toute son énergie au service d’un registre puissant et mélodique avec un aspect revival, loin d’être désuet.
Réputé pour sa légendaire technique et un style qui a fait école depuis de longues années, VINNIE MOORE est loin d’être en reste au niveau feeling, bien au contraire. Avec ce dixième album solo, le guitariste d’UFO s’amuse à passer d’un registre à un autre avec une dextérité peu commune. Et pour une fois, il a même invité quelques chanteurs sur ce très bon « Double Exposure ».
VINNIE MOORE
« Double Exposure »
(Mind’s Eye Music)
C’est après un album avec Vicious Rumors (« Soldiers Of The Night » – 1985) que le grand VINNIE MOORE s’est lancé en solo pour mieux d’adonner à son exercice préféré : la guitare shred. Longtemps affilié au courant néoclassique à l’instar de Malmsteen, il est surtout connu pour son jeu au sein d’UFO avec qui il s a sorti six albums studio. Parallèlement, on a aussi pu l’entendre avec Alice Cooper, Jordan Rudess et Destruction.
« Double Exposure » est le dixième album du virtuose américain et il présente une surprise de taille. En effet, pour la première fois sur ses propres productions, VINNIE MOORE a fait appel à des chanteurs, et pas des moindres, pour interpréter quelques morceaux. On retrouve sur la moitié de ce nouvel opus Ed Tery (Rage And Beyond), Keith Slack (MSG, Mother Road), Mike DiMeo (Riot) et Brian Stephenson (Old James). Inédit !
Moins démonstratif qu’à l’habitude, mais conservant cet incroyable toucher, VINNIE MOORE joue même sur une Gibson SG, ce qui est suffisamment rare pour être souligné. De fait, l’album sonne plus Rock et même légèrement Blues et Funky (« Still Waters Run Deep », « River Flow », « Astro Man », Southern Highway »). « Double Exposure » est certainement le plus varié de la carrière du six-cordiste, qui se montre toujours inspiré.
Entraîné par des guitaristes rivalisant de fuzz, un chanteur pleinement libéré et ténébreux et une rythmique assommante, VOID CRUISER parvient à faire jaillir un groove surpuissant sur des mélodies ténébreuses, parfois lugubres, dans une quête effrénée d’espoir et d’une luminosité qui se fait pourtant rare dans ce Stoner Heavy Psych, où la mesure et la tempérance n’ont pas leur place. « Call Of The Void » appelle à un lâcher-prise sans retenue.
VOID CRUISER
« Call Of The Void »
(Argonauta Records)
Depuis un peu plus d’une décennie maintenant, les Finlandais de VOID CRUISER assènent leur Stoner Heavy Psych avec une progression qui se lit au fil des albums. S’il reste quelques réminiscences du Grunge très 90’s qui a été la base de son jeu sur « Overstaying My Welcome » sorti en 2015, le quintet lorgne aujourd’hui sur un style plus efficace, direct et massif qu’auparavant. Une manière d’affirmer une puissance qui déborde sans relâche sur ce nouvel opus à l’esthétique sonore très travaillée.
Car, ce qui impressionne dès les premières notes de « Dragon’s Tail » qui ouvre les hostilités, c’est cette incroyable férocité portée par un chant à la fois agressif et mélodique qui surprend. VOID CRUISER sait comment emporter l’auditeur dans un registre très maîtrisé. L’imposante rythmique basse/batterie donne le ton à des morceaux qui cognent en emportant tout sur leur passage. Pourtant le quintet joue avec les atmosphères, comme pour mieux nous guider dans son monde tortueux.
Les titres de « Call Of The Void » dépassent tous (ou presque) les six minutes et il est parfois même difficile de reprendre son souffle. Mais VOID CRUISER sait aussi imposer des ambiances plus mélancoliques et envoûtantes (« Wiser Man », « When Gravity Pulls »). L’autre marque de fabrique du groupe est ce mur de guitare implacable, épais et qui frôle parfois même la saturation (« Happiness », « Woe », « Pariah »). A noter aussi le groove massif de ce troisième album qui libère des compos souvent sombres, mais captivantes.
Si le duo Breton avait déjà créé la surprise avec son premier album, « Voodoo Queen », celle-ci ne retombe pas le moindre du monde sur ce « One More Dance », à la fois costaud et d’une incroyable fraîcheur. Toujours guidés par un enthousiasme débordant, Greg aka Rock’n Roux (guitare, chant) et Léa aka Tap’n Roll (claquettes, percussions, washboard) apportent encore un peu plus de volume à leur Blues Rock endiablé et explosif. Et c’est avec la bonne humeur qui les caractérise que le turbulent binôme a répondu à quelques questions.
Photo : I Shot Photography
– Il y a trois ans, on vous découvrait avec votre premier album, « Voodoo Queen », débordant d’énergie. Puis, il y a eu le Covid et la reprise timide des concerts. Vous qui êtes un véritable groupe de scène, j’imagine que la période a du être difficile à vivre. C’est à ce moment-là que vous avez composé « One More Dance » ?
Greg : Durant le premier confinement, la situation était trop anxiogène pour composer. Du coup, on en a profité pour faire d’autres choses. Après, on a eu la chance de pas mal tourner durant l’été 2020, grâce à notre bookeuse Kristell Arquetoux qui a remué ciel et terre pour trouver des dates.
Léa : Ce n’est que durant le deuxième confinement, en automne, que nous avons trouvé l’inspiration et composé l’album. Le positif, dans toute cette histoire de pandémie, est que nous avons eu du temps pour pouvoir expérimenter de nouvelles choses et sortir de notre manière de faire habituelle.
– ONE RUSTY BAND a la particularité d’être un duo festif et enjoué. Or, ce nouvel album paraît plus sombre et plus sérieux aussi. A quoi est-ce que vous l’attribuez ? La situation de ces dernières années ? Une certaine maturité accrue dans votre jeu ?
Léa : Le monde est très sombre, donc forcément cela transparait dans nos compositions et le fait d’avoir plus de temps a permis d’avoir de l’espace pour s’exprimer et aller au fond des choses. Mais l’album reste positif et avec des compositions pour bouger ses miches !
Greg : Nous avons quand même gardé un côté léger dans les chansons. « Boogie Brothers » est, par exemple, basée sur l’observation de nos chats qu’on imaginait avec un petit perfecto en cuir faire la loi dans le quartier !
Photo : I Shot Photography
– On a vu émergé quelques duos à tendance Blues ces derniers temps, mais ONE RUSTY BAND reste unique en son genre, grâce notamment à Léa et ses claquettes. J’aimerais savoir comment elles interviennent dans les morceaux. Sont-elles parfois à la base d’une chanson, ou est-ce qu’elles viennent surtout en complément ?
Greg : Les claquettes, de par leur présence, obligent à composer d’une certaine manière. On ne peut pas dire qu’elles soient à l’origine d’un morceau, mais elles influencent fortement la composition et la construction des chansons.
Léa : Ça dépend vraiment. Parfois, Greg arrive avec une base construite et on réarrange le tout. D’autres fois, c’est une rythmique qui lance une jam qui aboutit à une chanson… C’est variable !
– Léa, la Tap Dance, vient de la musique traditionnelle irlandaise avant de s’être plus tard exporter aux Etats-Unis et ailleurs par la suite. En ce qui te concerne, d’où viennent tes modèles et les styles qui t’inspirent le plus, et dans quelles mesures sont-ils adaptables au Blues Rock ?
Léa : Je n’arrive toujours pas à me considérer comme une danseuse de claquettes. Ce ne serait pas faire honneur aux ‘vraies’ danseuses et danseurs ! (Rires) Je vois la chose plus du côté instrument, percussion. La première fois que je me suis dit ‘WuuuaaaaH, c’est ça que je veux faire !!!’, c’est en voyant un spectacle des Stomp. Allez voir ça sur YouTube, c’est de la percussion de rue avec toutes sortes d’objets, les pieds, les mains, le corps… et des allumettes ! Les claquettes, je les ai découvertes plus tard avec Jimmy Slide et les Nicholas Brothers, qui sont supers. Pour l’adaptation, il a fallu inventer, de la manière de sonoriser en passant par la façon de composer… C’est super passionnant !!!
– Greg, tu es l’un des rares à jouer de la cigar box guitar en France et le seul en mode radiateur aussi. C’est un instrument que l’on voit de plus en plus, je pense à Samantha Fish, Alain Johannes, Orville Grant et beaucoup d’autres. Comment expliques-tu cette nouvelle émergence et ce retour en grâce, et qu’est-ce que cela t’inspire ? On le doit à un retour d’une musique plus ‘Roots’ ou c’est un simple effet de mode, selon toi ?
Greg : J’ai découvert la cigar box en allant manger chez mon père. Il venait d’en fabriquer une. Je l’ai essayée et j’ai tout de suite adoré : le son, la manière de jouer roots et groovy. J’en ai donc construit une dans la foulée avec lui ! Je ne sais pas si c’est un effet de mode, ou si c’est revenu sur le devant de la scène grâce à des passionnés comme mon père qui se sont mis à en fabriquer. C’est chouette de créer un objet qui sonne à partir de pas grand-chose. En tant que guitariste, c’est gratifiant de pouvoir fabriquer son propre instrument. Par la suite, j’ai trouvé un vieux radiateur électrique dans les poubelles, et je me suis dit que je pouvais en faire quelque chose dans le même esprit que la cigar box, mais dans un style Dobro. Ce sont des instruments qui sont limités pour la composition. C’est super intéressant, ça pousse à sortir du cadre standard et ça simplifie la musique !
– D’ailleurs, ça ne te tente pas, ou plus, un beau solo ou un chorus cristallin sur une belle Gibson ou une scintillante Fender ?
Non plus vraiment, je crois que les longs solos m’ennuient maintenant ! Mais sur le dernier album, je me suis quand même permis de rajouter quelques solo avec ma Fender, sur « Screen Generation » et « Boogie Brothers », notamment.
Photo : I Shot Photography
– ONE RUSTY BAND est un duo particulièrement riche avec en plus de la guitare et des claquettes, de l’harmonica, de la washboard et plusieurs percussions. Sauf à intégrer un nouveau membre, ce que je n’ose imaginer, y a-t-il d’autres instruments que vous aimeriez ajouter à votre musique ?
Léa : Non pas vraiment, on a déjà assez de bordel et ça ne rentrerait pas dans la camionnette ! (Rires) Déjà, le rajout d’un tom a été tout un Tetris ! On essaie d’étoffer avec de nouvelles percussions et on aimerait bien rajouter plus de doubles voix… Mais c’est beaucoup de travail vu que je ne savais pas chanter du tout !
– Par ailleurs, vous développez un son très particulier de Blues Rock agrémenté de Funk et de Soul aussi. ONE RUSTY BAND met en avant une culture DIY qui vous offre une liberté totale. Pour un ingénieur du son, c’est d’ailleurs assez naturel. Est-ce que tu as déjà imaginé laisser les clefs de votre son à un autre producteur, Greg ?
Oui je l’ai déjà imaginé. Mais ça m’amuse tellement de mixer et de travailler le son que je n’en ai pas vraiment l’envie, même si peut-être qu’une autre personne ferait un meilleur boulot. Après ça pourrait être chouette de collaborer avec quelqu’un. Par contre, lâcher complètement le projet… Hors de question ! Ma contrôlite aigue me l’interdit !
– J’aimerais que l’on dise un mot de cet esprit très live qui vous anime et qui prend tout son sens sur scène avec les acrobaties incroyables de Léa. Le visuel est donc très important chez ONE RUSTY BAND. Vous arrive-t-il de composer et de façonner vos morceaux avec déjà en tête son rendu scénique ?
Léa : Pour ma part, tout le temps. Quand je compose la partie rythmique, je pense tout de suite au rendu visuel… Même si servir la musique reste la chose la plus importante !
Greg : Moi pas trop, parce que je suis moins exposé. Par contre, j’y pense au moment de construire les set-list, de varier les guitares, etc…
Le nouvel album de ONE RUSTY BAND, « One More Dance » est disponible sur le site du groupe : https://www.onerustyband.com
Figure emblématique du Heavy Metal, le chanteur Ronny Munroe fait s’abattre la foudre avec son nouveau projet solo, MUNROE’S THUNDER, autour d’un album-concept musclé s’inscrivant dans un style qu’il maîtrise très bien et avec un groupe qui fait preuve d’une belle cohésion et de beaucoup de feeling. « The Black Watch » fait le coup de poing et se sait aussi se montrer plus délicat à l’occasion.
MUNROE’S THUNDER
« The Black Watch »
(RFL Records)
Tout d’abord pour resituer Ronny Munroe, l’Américain fut le chanteur de Metal Church, du Trans-Siberian Orchestra, de quelques autres aussi et officie depuis peu chez Vicious Rumors. Autant dire que ses qualités vocales ne sont pas à remettre en question. « The Black Watch », son nouveau projet solo, devrait combler sans mal les amoureux de Heavy Metal, tant MUNROE’S THUNDER se présente avec un robuste line-up et de belles compositions.
Composé de BJ Zampa (batterie), Oliver Wakeman (claviers), Justin Zych (guitare) et David Mark Pearce (guitare, basse), le quintet donne une réelle identité à cet opus dominé par une certaine noirceur et une vigueur qui rappellent les anciens groupes du frontman, mais aussi Savatage et Dio. Pour autant, MUNROE’S THUNDER a trouvé son style et une belle dynamique.
L’album-concept est basé autour du célèbre régiment de Mary Stuart, reine d’Ecosse, dont la mort a marqué les esprits. « The Black Watch » s’articule donc autour de son histoire et sur de très bons morceaux aux riffs aiguisés, aux refrains entêtants et aux mélodies entraînantes (« The Black Watch », « Gray Hall », « Echoes Of The Dead »). MUNROE’S THUNDER a du volume et la large gamme et la puissance vocale de son chanteur sont incroyables.
Même les registres les plus extrêmes obéissent à des codes, sortes de frontières imposées ou souvent même résultantes d’une autocensure rassurante. Mais chez DELIVERANCE et depuis trois albums maintenant, on fait fi de ce type de recommandations analgésiques pour s’affranchir de toutes formes de dictats musicaux. Guidé par cette liberté sans limite, les Français expérimentent, repoussent et s’engouffrent dans un post-Black Metal teinté de Sludge et d’un Psych Prog unique, mais peu lénifiant, c’est vrai. Unique donc et incontrôlable surtout.
DELIVERANCE
« Neon Chaos In A Junk-Sick Dawn »
(Les Acteurs de l’Ombre)
Comme il y a deux ans, DELIVERANCE revient jeter un énorme pavé d’une heure dans nos fragiles oreilles. Après l’excellent « Holocaust 26 :1-46 » qui n’aura malheureusement que trop peu goûté aux joies de la scène, le quatuor est parvenu à composer un album d’égale puissance et surtout à recréer des atmosphères aussi titanesques. Plus ambitieux encore, le groupe dépasse les limites de son post-Black Metal qu’il agrémente toujours de Sludge et cette fois d’un Psych Prog cathartique.
Pour ce troisième opus, le line-up reste inchangé. Tandis que Sacha Février (basse) et Fred Quota (batterie) martèlent une rythmique surpuissante, Etienne Sarthou (guitare) enchaine les riffs tranchants et épais. Quant à Pierre Duneau, on le sent littéralement habité par un chant imprévisible et sauvage. DELIVERANCE se déploie dans un univers sonore singulier, qui gagne en profondeur grâce à quelques effets savamment dosés et pertinents. Et que dire que cette production qui le rend incroyablement immersif ?
Afin de passer un cap dans la compréhension de « Neon Chaos In A Junk-Sick Dawn », un passage par le livret de l’album et une lecture des textes s’imposent. Ecrits dans des conditions très particulières et presqu’extrêmes, ils posent le concept et rendent les morceaux encore plus saisissants. Tout en percussion sur « Salvation Needs A Gun » et « Neon Chaos », DELIVERANCE est impérial sur les mastodontes « Odyssey » et « Fragments Of A Diary From Hell » longs de 18 minutes chacun. Gigantesque !
Créatif et totalement libéré, INDIGNU sort son cinquième album et il vient directement s’inscrire parmi les meilleures réalisations de post-Rock actuelles. Contemplatif et immersif, le style des Portugais dénote grâce à une inspiration et un feeling collectif hors-norme. « Adeus » est aussi expressif qu’aérien.
INDIGNU
« Adeus »
(Dunk! Records/A Thousand Arms Music)
Considérés à juste titre comme l’une des meilleures formations européennes de post-Rock, les Portugais d’INDIGNU font un retour de toute beauté avec ce cinquième album audacieux et lumineux. Basé sur cinq tableaux aussi distincts que complémentaires, « Adeus » s’inspire de la perte et de la distance pour mieux embrasser des promesses pleines d’espoir. Une lueur qui ne faiblit jamais au fil des titres.
Entièrement instrumentale, cette nouvelle réalisation a des allures de bande originale de film que la délicatesse et la finesse d’interprétation habillent de manière magistrale. Dès « A Noturna », INDIGNU saisit par la profondeur et la clarté de son jeu, qui nous mènent à « Devoluçãa Da Essência Do Ses » et ses intenses 14 minutes qui brillent de par leur parfait équilibre.
La légèreté du piano et du violon donne lieu à des passages plus épurés, qui viennent se fondre ensuite dans des ensembles aux reliefs incroyables et très prenants (« Urge Decifrar No Céu », « Sempre Que A Partida Vier »). Si INDIGNU a enregistré son album à Porto, le groupe a confié le mastering au magicien islandais Jón Þór Birgisson (Sigur Rós, Bjork, Alcest, Spiritualized) pour lui offrir un éclat majestueux. Incontournable.