Nul n’est prophète en son pays et FRANCK CARDUCCI en est une preuve éclatante. Cependant, avec « Sheeple », il devrait pouvoir enfin s’y imposer, car la dextérité et la qualité d’interprétation à l’œuvre sont irréprochables. Ancré dans un Rock Progressif originel et un Rock très 70’s, son style affiche beaucoup de vélocité et un souci du détail imparable. Sur le fond, le musicien nous questionne sur le libre-arbitre et l’obéissance aveugle. Un travail d’équilibriste personnel réussi et robuste.
FRANCK CARDUCCI
« Sheeple »
(Cherry Red Records/Socadisc)
Autoproduit depuis ses débuts en 2011, le multi-instrumentiste virtuose semble avoir trouvé son bonheur sur le prestigieux label britannique Cherry Red Records, où les Français ne sont d’ailleurs pas légion. Une belle reconnaissance pour celui qui a opté pour un registre un brin vintage, évoluant entre un Classic Rock musclé et un Rock Progressif délicat. Avec « Sheeple », FRANCK CARDUCCI signe son cinquième album studio, auquel il faut ajouter deux live. Autant dire que le Lyonnais possède une belle expérience, essentiellement acquise à l’étranger également.
Producteur de « Sheeple », il y joue la plupart des instruments, à savoir la basse, la batterie, l’orgue Hammond et les guitares, en plus du chant, ce qui ne l’empêche pas d’être très bien entouré. Réputé pour ses prestations live, on retrouve ce même côté immédiat et organique sur les neuf morceaux. Grâce à un étonnant sens de la narration et une production brillante, FRANCK CARDUCCI propose ici un voyage musical dense, où les passages à forte intensité flirtent avec le Hard Rock et où se mêlent des instants suspendus d’une grande finesse.
Guidé par une ambition artistique largement à sa portée, le musicien joue sur les contrastes avançant sur des morceaux fleuves (« Love Or Survive », « The Betrayal Of Blues »), d’autres plus costauds (« Self-Righteousness ») et offre même une petite trilogie mélancolique très subtile (« Sweet Cassandra »). Emprunt d’une grande liberté et très abouti, ce nouvel opus ne se fond pas uniquement dans un esprit old school, il pose aussi un regard neuf et moderne sur un Rock Progressif qu’on croyait difficile à renouveler. Une leçon de volonté et d’humilité.
Intense et d’une fraîcheur joyeuse, MASHEENA enchaîne avec un deuxième opus qui s’inscrit parfaitement dans la lignée du premier. Malgré une refonte en interne, le cap est maintenu entre un Heavy Stoner Rock ravageur et un Hard Rock solidement ancré dans les origines du style. Une fusion d’une densité incroyable qui libère une énergie porté par un Fuzz scotchant arrivé à maturité. « Let The Spiders In » est puissant, créatif et totalement addictif.
MASHEENA
« Let The Spiders In »
(Majestic Mountain Records/Ripple Music)
Malgré un line-up renouvelé de moitié, les intentions de la formation de Bergen ne semblent pas avoir énormément changé. Avec les renforts des multi-instrumentistes Martin Holmes et Tarjel A. Heggerness, Luis-Alberto et Bård Nordvick ont donc trouvé de solides compagnons de route et donnent une suite explosive au génial « West Coast Hard Rock », sorti en 2023. Avec beaucoup de savoir-faire et d’inspiration, MASHEENA a encore peaufiné son Stoner Rock mâtiné de Hard Rock et de quelques teintes solaires, empruntées à la Soul et au Blues.
Pour « Let The Spiders In », le quatuor a quitté sa Norvège pour les paysages arides d’Austin au Texas. Comme pour le premier album, c’est le producteur de renom Machine (Clutch, Lamb Of God, King Crimson), qui s’est chargé de l’enregistrement et du mix, ce qui offre une belle continuité à la démarche si originale de MASHEENA. Plus varié qu’auparavant, d’autres registres sont aussi abordés avec un naturel déconcertant. Outre le côté très scandinave de l’ensemble dans le son, quelques touches bluesy font donc leur apparition.
Sans doute est-ce atmosphère du sud américain, car ces morceaux sont littéralement lumineux. Bien sûr, le Stoner Hard Rock de MASHEENA est toujours aussi brut et massif, mais il a aussi gagné en vélocité et affiche une certaine légèreté et surtout une joie communicative. Gorgé de refrains entêtants, de mélodies accrocheuses et de riffs incisifs, « Let The Spiders In » brille aussi par son groove si organique et un songwriting d’une redoutable efficacité (« Been Waiting », « One Eye », « Sara Lost Her Way », « Don’t Tell Her », « You Owe Me »). Vivifiant !
Photo : El Profesor
Retrouvez la chronique du premier album, « West Coast Hard Rock » :
Souvent sous-estimé, faute sans doute de n’avoir pas bénéficié de la même exposition que ses homologues américains dans les années 90, HARDLINE reste pourtant une référence du Hard Rock. Toujours debout malgré un line-up qui a beaucoup changé au fil du temps, son frontman Johnny Gioeli reste la voix irrésistible d’une formation qui a aujourd’hui une saveur très italienne, au regard de ses débuts en Californie. Avec « Shout », le quintet fait bien plus que d’entretenir le mythe, il l’enrichit et le fait avancer, grâce à des musiciens aussi talentueux que complets. Alessandro Del Vecchio, claviériste, chanteur, compositeur et aussi producteur de ce huitième album, nous parle justement de la démarche et du fonctionnement de l’entité actuelle.
– Alessandro, cela fait maintenant 15 ans que tu joues avec HARDLINE et « Shout » est ton cinquième album avec le groupe. Même si Johnny reste le seul membre originel, comment s’y prend-on pour conserver l’ADN d’une formation créée en 1992 ?
C’est une excellente question, car nous en sommes parfaitement conscients. L’ADN d’un groupe ne réside pas dans sa composition, mais dans son identité. Et chez HARDLINE, cette identité est très claire : elle prend racine chez Johnny. Sa voix, son phrasé, son interprétation émotionnelle, c’est le cœur même de notre musique. Mon rôle, au fil des années, a été de comprendre profondément cette identité et de la préserver, tout en laissant le groupe évoluer naturellement. On ne préserve pas quelque chose en le figeant, on le préserve en comprenant ce qui fonctionne et en s’appuyant dessus. Ainsi, même si la composition du groupe a changé, l’essence demeure, et c’est à cela que les gens s’identifient.
– Vous avez dit vouloir reprendre les choses là où elles en étaient restées sur « Double Eclypse » il y a 34 ans. C’est vrai que c’est l’album le plus marquant de HARDLINE. Sur quelles bases es-tu parti pour garder cet état d’esprit sur les neuf chansons que tu as composé pour « Shout » ?
Le point de départ a toujours été la chanson. On ne s’est pas dit ‘recréons « Double Eclipse »’, on s’est concentrés sur ce qui a rendu cet album intemporel : des compositions solides, des refrains accrocheurs et une forte charge émotionnelle. L’idée était d’écrire des chansons qui se suffisent à elles-mêmes, même dans leur version la plus simple. Si une chanson fonctionne juste avec voix et piano ou guitare, alors on sait qu’on est sur la bonne voie. Tout le reste, c’est-à-dire la production, les arrangements, le son, vient après. C’est comme ça qu’on reste fidèle à cet héritage sans tomber dans la nostalgie.
– « Shout » a évidemment un son plus moderne que « Double Eclypse », mais l’approche est aussi différente. Quatre des cinq musiciens du groupe sont aujourd’hui italiennes et la touche est forcément moins californienne qu’au début. Est-ce à dire que le Hard Rock américain a encore de l’influence sur vous ?
Absolument, cette influence est toujours présente. Le Hard Rock américain, surtout celui de cette époque, fait partie intégrante de l’ADN du groupe et de mon éducation musicale. Parallèlement, nous sommes ce que nous sommes aujourd’hui, et le groupe possède un bagage culturel différent, ce qui influence naturellement notre son. Je ne le vois pas comme un manque d’authenticité californienne, mais plutôt comme une évolution de ce langage musical. La musique actuelle est bien plus globale, et c’est une bonne chose, tant que l’identité reste forte.
– Justement aujourd’hui, en plus du fait qu’on peut réaliser des albums à distance, j’ai l’impression que la différence de style entre l’Europe et les Etats-Unis est moins palpable et évidente qu’auparavant. Est-ce qu’on assiste à une uniformisation des styles et du son surtout, selon toi, qui es aussi producteur ?
Oui, dans une certaine mesure, nous le constatons. La technologie a rendu tout plus accessible, ce qui entraîne naturellement une certaine uniformisation des sonorités et des méthodes de production. Mais je pense aussi que la véritable différence aujourd’hui n’est pas géographique, elle est artistique. Tout se résume à avoir une identité forte, ou non. On peut utiliser les mêmes outils, les mêmes plugins, les mêmes techniques de production, mais si l’on a quelque chose à dire, on gardera sa propre signature sonore.
– Ce huitième album reprend finalement plusieurs éléments musicaux de la carrière du groupe avec un style globalement Hard’n Heavy et quelques touches AOR et même Glam à un moindre degré. Est-ce que HARDLINE joue et fait aujourd’hui des choses qu’il n’a jamais produit auparavant dans sa carrière ?
Je pense que ce que nous faisons aujourd’hui consiste davantage à peaufiner qu’à réinventer. Tous ces éléments, à savoir le Hard Rock, AOR, et même une touche de Glam, ont toujours fait partie intégrante de HARDLINE, d’une manière ou d’une autre. Ce qui change aujourd’hui, c’est notre prise de conscience. Nous savons précisément qui nous sommes, ce qui fonctionne et comment combiner ces éléments de façon plus ciblée. Il ne s’agit donc pas de créer quelque chose de totalement nouveau, mais de faire ce que nous faisons déjà, à un niveau supérieur et avec plus de clarté.
– D’ailleurs, si on entre dans le détail de « Shout », c’est peut-être l’album le plus personnel du groupe, notamment au niveau des textes. Est-ce que l’objectif était de vous dévoiler un peu plus, tout en étant le plus efficace possible dans les mélodies et solides sur les tempos ?
Oui, c’était tout à fait intentionnel. Il faut toujours trouver un équilibre entre l’authenticité et la capacité à créer des chansons qui touchent immédiatement. Nous voulions que les paroles soient sincères, qu’elles ne se contentent pas de thèmes génériques, tout en conservant la force mélodique et les arrangements solides qui caractérisent HARDLINE. L’objectif était d’allier profondeur et immédiateté, et je pense que c’est ce qui donne à l’album son côté plus humain.
– Et puis, il y a cette reprise de Scorpions, « When You Came Into My Life », sortie en 1996 et dont vous avez aussi fait un single. On revient à cette touche européenne, mais il possède également la touche HARDLINE. Comment s’est fait l’équilibre pour vous l’approprier tout en respectant l’originale ? Et est-ce qu’il peut y avoir eu une certaine retenue au départ ?
Il y a toujours une petite hésitation lorsqu’on aborde une chanson comme celle-ci, car elle est déjà parfaite en soi. Mais en même temps, c’est précisément pour cela qu’on la choisit. L’essentiel était de respecter l’essence même du morceau, la mélodie, l’émotion, et de construire autour avec notre propre son. Nous ne voulions pas la changer juste pour le plaisir de la modifier. Nous nous sommes demandé à quoi ressemblerait cette chanson si elle était écrite par HARDLINE aujourd’hui, et une fois cet équilibre trouvé, tout s’est mis en place naturellement.
– Enfin, et avant de partir en tournée, qu’est-ce que cela représente pour toi qui a déjà une longue discographie, d’enregistrer et de monter sur scène avec Johnny Gioeli, qui compte plus d’une centaine d’albums à son actif ? C’est le genre de musicien, qu’on ne rencontre pas souvent…
Cela compte énormément pour moi, tant sur le plan professionnel que personnel. Johnny fait partie de ces rares artistes qui ont conservé cette flamme, cette passion, mais aussi une immense expérience et une grande maturité. On se stimule mutuellement, surtout vocalement, car on partage cette même expérience, et on discute souvent de technique, d’approche et de la façon de garantir une performance constante soir après soir. Sur scène, il est une véritable force de la nature. On peut avoir toute l’expérience du monde, mais sans cette énergie et cette connexion avec le public, ça ne sert à rien. Johnny possède tout cela, et partager cette aventure avec lui est un privilège que je mesure pleinement.
Le nouvel album de HARDLINE, « Shout », est disponible chez Steamhammer.
Electrisant et dynamique, ce premier opus de STAINLESS est une belle surprise en plus d’être une réussite complète. Aguerris depuis des années au sein de formations Metal underground aux Etats-Unis, ses membres affichent maîtrise et complémentarité, et l’ensemble donne un Hard’n Heavy convaincant. Compact et accessible, « Lady Of Lust & Steel » est aussi sensuel que rugueux et aussi assez surprenant dans sa démarche. Tranchant et vif, il est déjà l’un des plus pertinents de l’année.
STAINLESS
« Lady Of Lust & Steel »
(High Roller Records)
S’ils se présentent à cinq sur scène et sur le line-up officiel, c’est bel et bien à trois qu’a été enregistré « Lady Of Lust & Steel », premier album des Américains. Fondé dans l’Oregon en 2022, STAINLESS compte déjà un single et un EP à son actif et ce n’est pas un hasard si Larissa Cavacece (chant), Jamie Byrum (guitare, batterie, chant) et Clifton Martin (basse) se sont attelés en studio pour donner une suite à cette belle aventure. Très actuel dans sa production, c’est pourtant dans les années 80 et 90 que se nichent les références de ce premier long format.
Entre Heavy Metal et Hard Rock, le style de STAINLESS semble éviter les chapelles pour mieux profiter d’une liberté artistique totale. Si l’importance des guitares, tant au niveau des riffs que des solos est manifeste, le groupe possède en sa chanteuse un argument de poids. Puissante et profonde, la voix de Larissa Cavacece a ce côté brut et ce timbre légèrement rauque, qui en imposent. Solide sur les couplets, elle se montre très accrocheuse et fédératrice sur les refrains. Sans conteste, sa forte personnalité est le fil rouge de « Lady Of Lust & Steel », qu’elle guide.
Sur huit morceaux, STAINLESS offre un beau panel de ses inspirations, le tout délivré avec une énergie très live. Avec le concours de son guitariste, la frontwoman s’approprie les titres avec fougue dès l’entame avec « Restless An’ Ready », puis « Whorefrost » qui offre une dimension clairement Metal. Mélodique et musclé, le combo avance avec percussion et virtuosité. Rompu à l’exercice, il saisit l’auditeur pour ne plus le lâcher (« Danger In The Night », « Take A Listen Mama », « Rough Justice »). Un premier essai transformé avec classe.
Fondé sur les cendres encore brûlantes de Nux Vomica, Deathammer et Raw Filth, les membres de TOTAL MANIAC connaissent bien les méandres de l’underground du Maryland. Quatre ans après un premier album éponyme, ils remettent ça et leur proto-Speed Metal est clairement bien aiguisé. Old School et percutant, le quintet avance sans trembler et avec le sourire sur ce « Love Overdrive » pêchu et puissant. Les clins d’œil sont multiples et assumés, et la surchauffe est délicieusement addictive.
TOTAL MANIAC
« Love Overdrive »
(Independant)
La formation de Baltimore qualifie elle-même son style de ‘Thrash And Roll’ et on y trouver son compte, c’est vrai. Cela dit, TOTAL MANIAC évolue plus précisément dans un Street Metal tranchant et racé directement inspiré des années 80 et avec un petit côté Sleaze que n’aurait pas renié Mötley Crüe à ses débuts. Le combo ne s’interdit donc pas grand-chose et l’on retrouve même l’aspect brut de Motörhead enrobé de la précision du Judas Priest de la grande époque. « Love Overdrive » concentre ainsi une sacrée dose d’énergie et d’explosivité prête à l’emploi.
Niveau efficacité, TOTAL MANIAC n’est pas en reste et expédie ses huit nouveaux morceaux en 27 petites minutes. Pour autant, « Love Overdrive » n’oublie pas d’être accrocheur et très fédérateur, grâce à des titres entêtants aux riffs acérés et à l’humour décapant. Car, dans toute cette agréable sauvagerie musicale, les Américains sont diablement irrévérencieux et costauds, un état d’esprit que l’on retrouvait sur la côte ouest au siècle passé. Et entre des références rappelant Riot et d’autres le Sunset Strip de jadis, le pont est solidement construit et même inébranlable.
Un bâton de dynamite à la main, TOTAL MANIAC se défend de faire dans la dentelle et c’est justement cette fraîcheur et cet élan très instinctif qui fait tout son charme. Il y a même un côté Punk dans la dynamique de ses brûlots hyper-Rock’n’Roll. Le frontman harangue, chante à tue-tête et entraîne ses camarades dans des chœurs rageux et même ironiques à l’occasion. Festif et Heavy Metal, ce deuxième effort ne se perdre pas en conventions et balance des claques à tout-va (« Just Another », « Devil In Plain Sight », « Drinkin’ Our Way To Hell », « Blooze » et le morceau-titre).
Archétype-même du groupe sous-estimé, TYKETTO avait pourtant démarré sa carrière de belle manière au début des années 90 et au milieu d’une féroce concurrence. Puis, les New-Yorkais ont explosé en plein vol, malgré une entame très prometteuse. 35 ans plus tard, Danny Vaughn remet le couvert et rallume la flamme. Certes, son Hard Rock n’est plus aussi explosif et tranchant, mais les compositions sont là. Enregistré aux légendaires studios Rockfield au Pays de Galles, « Close To The Sun » montre que nos vétérans en ont encore sous le pied.
TYKETTO
« Close To The Sun »
(Silver Lining Music)
Après de bons débuts dans les années 90 avec trois albums plébiscités (« Don’t Come Easy » en 1991, « Strength In Numbers » en 1994 et « Shine » en 1995), on aurait pu penser que TYKETTO allait s’imposer sur la scène Hard Rock, bien au-delà de sa ville de New-York. Et ce fut un temps le cas. Mais c’était sans compter sur le caractère imprévisible et autoritaire de son fondateur Danny Vaughn, guitariste et très bon chanteur. S’en sont suivis 17 ans d’absence avant une remise en selle en 2012 avec « Dig in Deep », puis « Reach » il y a dix ans déjà. Finalement, en trois décennies, les Américains n’auront sorti que six opus, ce nouveau « Close To The Sun » compris.
Revoici donc TYKETTO de retour avec un line-up une fois encore remanié, mais de qualité et c’est du costaud ! On y retrouve donc Chris Childs (Thunder) à la basse, Johnny Dee (Doro, Britny Fox) à la batterie, Harry Scott Elliott à la guitare et Ged Rylands, présent depuis 2012 aux claviers. Le groupe a fière allure et « Close To The Sun » est dans la parfaite lignée de ce qu’il propose depuis ses débuts, à savoir un Hard Rock mélodique. L’expérience de cette longue et chaotique carrière est bien là et on a affaire à des musiciens qui savent pertinemment où ils vont. Précis et accrocheur, rien n’est laissé au hasard et il ne faut pas longtemps pour se laisser prendre au jeu.
Certes, le quintet ne vient pas bouleverser le paysage musical, et encore moins son propre répertoire, mais il prolonge le plaisir avec sérieux et application. Plus Rock et moins rentre-dedans que dans ses jeunes années, TYKETTO semble avoir arrondi certains angles, s’adonne aussi à des titres plus mid-tempos, mais reste toujours aussi dynamique et costaud. Vocalement, son frontman demeure l’une des plus belles voix du registre et le nouveau six-cordiste n’est pas avare de bons riffs et de solos tout en feeling (« Higher And Than High », « Bad For Good », « Harleys & Indians », « The Picture », « The Brave »). Une belle partition.
Depuis ses débuts en 1989 avec « Wild Obsession », AXEL RUDI PELL est l’un des musiciens les plus constants du Hard Rock et du Heavy Metal européen. Flamboyant et pourtant relativement discret, il mène une carrière irréprochable, malgré quelques creux, mais il ne déçoit que très rarement. Avec une signature sonore inimitable, il bénéficie d’un large succès d’estime, mais pas seulement, car ses fans sont aussi incroyablement nombreux à le suivre après tant de réalisations. Il a l’art de fédérer sans bousculer les codes, mais en y apportant cette touche très personnelle, qui a aussi construit le genre.
AXEL RUDI PELL
« Ghost Town »
(SPV/Steamhammer)
Avec une régularité métronomique, le très prolifique AXEL RUDI PELL sort son 23ème album, « Ghost Town », et sur son label de toujours. Le musicien de Bochum est d’une infaillible fidélité, même si les changements ont été assez nombreux. Cela dit, le line-up s’est depuis un moment déjà stabilisé autour du chanteur américain Johnny Gioeli (Hardline), de l’ex-batteur de Rainbow et du Blue Öyster Cult Bobby Rondinelli, du bassiste Volker Krawczak (membre originel) et du claviériste Ferdy Doernberg. Un quintet chevronné qui perpétue une certaine tradition du Hard Rock, à la fois intemporel et aussi très international dans l’approche.
Contrairement à bon nombre de ses compatriotes, AXEL RUDI PELL est sans doute celui qui affiche le moins d’influences allemandes dans son jeu, ce qui le rend assez atypique sur sa scène nationale et forcément moins marqué que d’autres. Il faut aussi rappelé que le guitariste et compositeur s’est toujours tourné vers des chanteurs, notamment, issus d’autres pays. Et pas des moindres, puisqu’on se souvient de Charlie Huhn (Ted Nugent, Gary Moore) au tout début, puis Rob Rock (Impellitteri) et Jeff Scott Soto (Malmsteen, Talisman). Chacun a d’ailleurs marqué une époque à sa façon, mais Johnny Gioeli montre beaucoup de complicité avec ses partenaires.
Produit par ses soins avec l’expérimenté Tommy Geiger (Blind Gardian, Helloween) à ses côtés, l’Allemand offre un opus résolument Hard Rock, et donc beaucoup moins Heavy que par le passé, et c’est vraiment le registre dans lequel il excelle, d’autant que son frontman et le reste du groupe sont sur le même diapason. Si l’ensemble sonne actuel, on retrouve une touche et une ambiance globale très 70’s/80’s (« Guillotine Walk », « Ghost Town », « Holy Water », « Sanity », « Steps On Stone » ou encore « Breaking Seals » en duo avec Udo Dirkschneider). Classique et efficace, AXEL RUDI PELL poursuit sa route et demeure un redoutable six-cordiste.
Erigé au rang de groupe culte par certains, voire qualifié d’intellectuel du Rock par d’autres, MOTORPSYCHO présente cependant une musique d’une fluidité qui la rend vraiment accessible. Certes, elle va se nicher dans les années 70, une période qui peut paraître lointaine pour beaucoup, mais elle prend finalement son élan depuis la source-même du Rock. Cela signifie aussi qu’elle intègre une multitude de courants allant du Progressif au Psychédélique, avec des embardées parfois Metal, Hard Rock ou Folk, notamment. Le son des Norvégiens révèle une authenticité très live, spontanée et instinctive qui est le fruit d’un travail minutieux et d’une recherche constante. A l’occasion de la sortie du nouvel album, « The Gaia II Space Corps », l’un de ses fondateurs, le chanteur et multi-instrumentiste Bent Sæther, nous éclaire sur la démarche de son atypique formation. Entretien avec un passionné qui cultive l’émerveillement.
– MOTORPSYCHO existe depuis un peu plus de 35 ans aujourd’hui, et vous avez sorti une trentaine d’albums et beaucoup d’EPs. C’est devenu assez rare de nos jours. Diriez-vous que vous êtes des boulimiques de travail ou, plus simplement, que c’est votre manière de vous exprimer et que vous avez beaucoup de choses à dire ?
Nous avons tendance à considérer le groupe comme un projet artistique continu centré sur la musique, plutôt que tout ce qui précède, si tu vois ce que je veux dire ? C’est quelque chose que nous sommes en quelque sorte ‘obligés’ de faire, je crois, et nous essayons de nous concentrer sur la musique elle-même, et pas tellement sur les facteurs extérieurs qu’elle peut engendrer comme la gloire, la fortune, etc… Puisque MOTORPSYCHO ne se limite à aucun style ou genre musical spécifique, nous nous sommes autorisés à utiliser une palette aussi large que nous le souhaitions, et avec le temps, chaque type d’expression musicale est devenu valide dans notre ‘Psychoverse’. De plus, quand on a dit quelque chose, on ne devrait pas avoir à le répéter sans cesse . Cela signifie simplement qu’on n’a pas réussi la dernière fois et c’est une façon un peu bête de faire les choses. Alors nous ne le faisons pas, mais nous laissons les muses nous guider vers d’autres musiques et d’autres ambitions. Et je pense que nous continuerons tant qu’elles viendront frapper à notre porte ! Dans cette optique, 30 albums en 35 ans, ce n’est finalement pas si énorme ! (Sourires)
– D’ailleurs, parmi cette vaste discographie, on retrouve assez peu d’albums live au regard du reste. Pourtant et paradoxalement, vous êtes un groupe qui a toujours sonné très live. Votre préférence va plus à la création qu’à la performance et au fait d’en garder une trace discographique ?
La réponse dépend du moment où la question se pose et nous essayons de mélanger les deux, c’est-à-dire la création et l’interprétation, autant que possible. Mais nous avons généralement abandonné l’idée que la version studio enregistrée soit la représentation parfaite d’une chanson, car chaque fois que nous la jouons, elle sera légèrement différente, et c’est très bien comme ça. La version enregistrée reflète simplement le son du groupe à un moment donné, avec cette formation et dans un endroit précis. Parfois, une chanson atteint son apogée en studio et devient imbattable en concert, et d’autres fois, c’est l’inverse. On ne sait jamais. Mais c’est justement ce qui est intéressant : quelle est la richesse de cette structure musicale ? Jusqu’où peut-on la pousser tout en la reconnaissant ? Et quand l’avons-nous épuisée ? L’album est une sorte de portrait idéalisé de notre musique, mais très rarement la version finale et parfaite ! (Sourires) Pour faciliter la vie des fans de concerts avides d’enregistrements live, nous avons récemment créé nos propres pages sur Internet Archive (https://archive.org/details/MotorpsychoBand), où chacun peut télécharger ses enregistrements, ou écouter ceux des autres gratuitement. Je pense qu’il y a déjà au moins 100 concerts disponibles, et ce nombre ne cesse d’augmenter ! (Large sourire)
– MOTORPSYCHO est porté depuis le début par vous deux, Hans et toi, et beaucoup de batteurs se sont succédés au fil des années. Cela dit, Tomas Järmyr a un temps été officiellement le troisième membre du groupe. Que se passe-t-il avec vos batteurs, parce qu’il faut vraiment vous suivre ?
(Rires) Parfois, les choses vont vite dans le ‘Psychoverse’. Tomas a quitté le groupe en 2022 et il n’en fait plus partie. Aujourd’hui, les deux seuls membres permanents sont Hans (Magnus Ryan, guitariste et chanteur – NDR) et moi, mais Reine Fiske (guitariste, NDR) est membre associée depuis 2013. Nous avons actuellement une organisation plus ponctuelle avec des batteurs de projets, comme Ingvald Vassboe (Kaanan) et Olaf Olsen (Big Bang, divers projets de Jazz), qui participent à différents enregistrements et concerts. Olaf joue d’ailleurs sur ‘Gaia’. Chaque batteur a un rythme et un feeling différents, et chacun de ceux avec qui nous avons joué a apporté sa touche personnelle. Travailler avec eux a toujours été intéressant, chacun à sa manière. Certains s’intégraient mieux que d’autres, mais tous ont apporté des interprétations personnelles intéressantes à notre musique, ce qui est tout ce qu’on peut demander. Et nous les remercions tous !
– L’an dernier, vous avez sorti votre album éponyme, ce qui n’est jamais anodin pour un groupe. Est-ce que vous avez considéré que « Motorpsycho » est la quintessence de votre style, même si celui-ci reste toujours aussi difficile à saisir ?
Après toute cette période de pandémie, et les deux albums plus ou moins enregistrés à la maison qui en sont sortis (« Yay! » et « Neigh!! »), ainsi que le départ de Tomas juste après le confinement et la création de notre label au même moment, l’album éponyme nous a donné l’impression de nous rassembler autour d’une bannière commune et de réaliser un album marquant, pour nous et pour nos fans. Nous avions besoin de faire quelque chose d’important et d’ambitieux, une véritable déclaration artistique, et c’est ce que nous avons finalement obtenu. D’une certaine manière, c’est un ‘album typique de MOTORPSYCHO’, diraient certains, mais… je ne sais pas ! Il y a quand même un sentiment de plénitude, le résultat est à peu près conforme à nos attentes, et c’est toujours bon signe ! (Sourires)
– On l’a dit, MOTORPSYCHO se nourrit de Rock Progressif, de Space Rock, de Rock Psychédélique, de Folk aussi et même de Metal, de Hard Rock et de quelques élans Free Jazz à l’occasion. Malgré toutes ces influences, vous parvenez à rassembler et le groupe est aujourd’hui une institution très respectée. Avec aussi une approche très cérébrale, diriez-vous que le groupe a un petit côté élitiste et réservé à un public connaisseur à l’instar d’un Frank Zappa, par exemple ?
Si c’est le cas, ce n’est pas intentionnel, je te le garantis ! Comment disaient-ils ça dans ‘Spinal Tap’ ? « Ils s’adressent à un public de niche » ou quelque chose comme ça ? L’expression de ‘Spinal Tap’ me semble plus juste qu’‘élitiste’, mais bon, c’est du pareil au même, non ? (Sourires) Nous pensons que les choses les plus intéressantes se situent entre les archétypes, et nous cherchons toujours à créer des œuvres qui ne se laissent pas facilement catégoriser. Cette approche musicale simpliste est insupportable, mais c’est aussi la plus commerciale. C’est pourquoi nous sommes passés relativement inaperçus dans certains pays, comme la France, et nous comprenons que cela puisse paraître élitiste, mais… J’imagine que notre approche a sûrement dérouté beaucoup de gens ? Je ne sais pas, mais on n’a jamais vraiment réussi à trouver un large public en France. Et si on reste assez longtemps dans l’underground, on finit par devenir soit un phénomène culte, soit un truc élitiste, qu’on le veuille ou non ! (Sourires) Alors, que faire ? Comme tu l’as sans doute compris, on n’a pas de grand plan, ni de modèle économique. On laisse parler la musique et on sait bien qu’on n’est plus les petits nouveaux, mais c’est super de susciter de l’intérêt sur un terrain qui était jusqu’ici inexploré pour nous. Alors, merci ! (Sourires)
– Revenons à « The Gaia II Space Corps », dont le titre donne déjà des indications sur l’aspect Space Rock du contenu. Derrière un côté très jam, on perçoit que les morceaux sont très écrits et minutieux. Est-ce que c’est, selon vous, la précision de l’écriture et donc du jeu, qui vous permet autant de liberté artistique ?
Merci pour tes compliments ! Je crois que tu as mis le doigt sur quelque chose, car malgré l’énergie brute du live, un travail considérable est consacré aux arrangements et aux détails avant l’enregistrement. Ce travail permet de définir l’ensemble et facilite grandement l’enregistrement lui-même. Pour l’album « Gaia », les structures musicales et l’ambition artistique étaient si bien définies que nous savions tous, presque intuitivement, quoi jouer et comment le jouer. Il y a eu une période faste dans l’histoire du Rock autour de 1970 où tout, sauf les Beatles, était qualifié d’’underground’. Le Progressif, le Heavy Metal et bien d’autres genres sont devenus grand public bien plus tard. Dans ce bouillonnement post-LSD et hippie, une musique empreinte d’une certaine liberté et d’un mépris des conventions a émergé. Au Royaume-Uni, The Pretty Things, Soft Machine, Family, Mighty Baby… et en France, Magma, Gong et d’autres encore. Tous étaient des groupes qui créaient une musique à la croisée des genres. Une musique en pleine création. En clair, c’est l’atmosphère de ces albums que nous recherchions.
– Etonnamment, les morceaux de ce nouvel album sont assez courts, même si l’on sent que vous pourriez prolonger votre plaisir de jouer, car certains sont même shuntés. Est-ce que sur scène, on peut s’attendre à des titres qui s’étalent en longueur, d’autant que c’est quelque chose que vous semblez vraiment apprécier ?
Au fil des ans, nous avons composé quelques odyssées de plus de 20 minutes, et un nombre surprenant d’entre-elles sont en fait jouables en live. C’est pourquoi nous essayons d’en inclure une ou deux chaque soir. De plus, nous faisons pas mal d’improvisation à chaque concert, généralement au milieu d’un morceau plus court, donc… un concert de MOTORPSYCHO prend un peu de temps ! (Sourires) Sur « Gaia », la durée idéale des morceaux semblait être plutôt courte, ils sont donc tous assez concis. Avec un titre comme celui-là, on s’attend à un peu d’improvisation, je sais, mais… on se rattrapera en live ! (Sourires)
– « The Gaia II Space Corps » est très fortement porté par un Hard Psych 70’s, qui fait une sorte de jonction entre Led Zeppelin et les Doors, avec un côté direct et l’autre plus aérien. Je trouve que c’est peut-être l’album qui définit le mieux le MOTORPSYCHO de ces dernières années ? Est-ce aussi votre impression et peut-être votre objectif aussi ?
Je ne sais pas si c’est aussi bien pensé que ça ! J’aimerais bien ! (Sourires) Ecoute, on écrit des chansons tout le temps, et parfois, quand tu fouilles dans tes archives pour voir ce que tu as accumulé, tu remarques un fil conducteur entre certains morceaux. C’est ce qui s’est passé ici : ces chansons semblaient bien s’accorder et elles correspondaient aussi très bien à Reine et Olaf et à leurs styles de jeu, alors on s’est dit que ce serait sympa de faire un album dans ce registre-là. A bien des égards, je pense que l’album éponyme de l’année dernière est plus proche de ce que nous voulons faire intellectuellement en termes d’aspirations et d’ambitions compositionnelles, comme sur « Super Ego », mais « Gaia » est probablement ce qui se rapproche le plus de l’identité propre du groupe. (Sourires)
– Un mot aussi sur la production, qui est très organique avec une couleur vintage, et qui nous propulse quelques décennies en arrière. On a presque l’impression que vous donnez autant d’importance à la composition qu’à son rendu sonore. Est-ce le cas et l’enregistrement s’est-il fait en conditions live, car il est d’une incroyable spontanéité ?
La plupart des enregistrements ont été réalisés en live, mais deux ou trois ont nécessité des overdubs. Et oui, on retrouve vraiment le son d’un groupe de Rock en live ! L’idéal sonore, sans aucun doute ! (Sourires) Côté production, je dirais que les albums enregistrés par Martin Birch dans le garage de sa mère en 1969/70 nous servent de modèle : « In Rock » de Deep Purple, le premier album de Wishbone Ash, « Then Play On » de Fleetwood Mac, The Faces, Jeff Beck avec « Beck-ola », The Groundhogs… Ils ont tous ce côté brut et authentique qui est vraiment excitant. C’est aussi ce que nous recherchons : une musique non pas trop léchée, mais pleine d’énergie, de vie et d’une ambiance incroyable !
– Enfin, il y a une question que je voulais vous poser depuis longtemps. Comment élaborez-vous vos setlists pour la scène ? Vous les axez sur l’album qui vient de sortir, ou un mix de vos meilleurs morceaux est-il encore possible sans faire un concert de quatre heure ?
En général, on tâte le terrain pour voir si quelles vieilles chansons ont encore du potentiel, puis on sélectionne celles qui nous semblent pertinentes parmi les autres époques du groupe et on les ajoute à ce qu’on peut jouer du nouvel album. Du coup, on se retrouve avec un répertoire d’environ 50 à 80 chansons parmi lesquelles choisir. Chaque soir, on se réunit et on essaie de créer une progression dramatique, qui maintiendra l’intérêt et l’énergie du public pendant deux à trois heures. Chaque soir, on propose une nouvelle combinaison de chansons, en reprenant celles qu’on a moins bien jouées la veille et en ajoutant d’autres pour remplacer celles qu’on a vraiment bien jouées. C’est un peu aléatoire : parfois on a beaucoup de chance, d’autres fois c’est un peu le bazar ! (Sourires) Mais l’important c’est de se renouveler constamment et de ne pas chercher le spectacle ou l’enchaînement parfait : on cherche à atteindre le nirvana musical à partir de rien. Et chaque soirée, c’est différent. Psychologiquement, c’est vraiment libérateur, et ça rend les choses beaucoup plus amusantes pour tout le monde ! (Sourires)
Le nouvel album de MOTORPSYCHO, « The Gaia ll Space Corps », est disponible sur le label du groupe Nordenfjeldske Grammofonselskab.
Chanteur du groupe depuis 15 ans maintenant, Nic Maeder est la voix de la seconde phase artistique de l’emblématique groupe helvète GOTTHARD. Si remplacer Steve Lee n’a pas été une chose évidente, notamment auprès des fans, il a parfaitement su s’imposer et guide depuis « Firebirth » (2012) le groupe qui sort aujourd’hui « More Stereo Crush », un mini-album qui vient en complément de « Stereo Crush » , sorti l’an dernier. L’occasion pour évoquer avec le frontman la publication de ces deux productions, presque coup sur coup, et ce qui a motivé la démarche de la formation de Hard Rock.
– Un an tout juste après « Stereo Crush », vous êtes de retour avec « More Stereo Crush », cette fois sous la forme d’un EP. Aviez-vous le sentiment de ne pas être allés au bout des choses, de ne pas avoir fini le travail ?
Au départ, l’idée était de faire un album court, percutant et concis d’une dizaine de titres, mais l’inspiration étant au rendez-vous, nous avons fini par en enregistrer 17. La maison de disques a estimé qu’il valait mieux en faire un album et un EP. Et comme nous avions initialement prévu un album plus court, nous avons accepté.
– D’ailleurs, « More Stereo Crush » contient huit chansons, ce qui en fait un mini-album. Vous n’avez pas été tentés de rester un peu plus longtemps en studio pour réaliser un album complet ?
En fait, nous avions le sentiment que ces chansons s’intégraient parfaitement à l’album « Stereo Crush » et que composer et enregistrer de nouveaux morceaux donnerait une tout autre dimension à l’écriture et à l’enregistrement. Les 17 titres ont donc été enregistrés et mixés ensemble.
– Cinq des huit morceaux sont donc issus des sessions d’enregistrement de « Stereo Crush ». Qu’est-ce qui n’allait pas sur les morceaux à l’époque, selon vous? Ils avaient besoin d’être retravaillés, peaufinés ?
Non, car nous avons enregistrée et mixé les 17 morceaux, et ils sont restées tels quels. Lors de l’élaboration de la liste des titres de l’album et de l’EP, nous avons veillé à un équilibre parfait, afin d’éviter une surabondance de ballades ou de morceaux plus Rock sur l’un et l’autre. Finalement, l’album et l’EP forment un tout cohérent, agrémenté de quelques titres bonus.
– Il y a aussi cette nouvelle version de « Liverpool », qui figurait déjà sur l’album précédent et qui venait presque en complément de votre reprise des Beatles, « Drive My Car ». Sur l’original, on retrouvait Chris Von Rohr de Krokus et cette fois-ci, c’est son chanteur, Marc Storace, qui se livre à un beau duo avec toi. Que représente ce morceaux pour le groupe, au point d’en avoir fait deux versions ?
Lorsque nous avons composé cette chanson avec Chris, nous avions déjà l’idée de faire un duo avec Marc, mais cela ne s’était pas concrétisé à l’époque. Plus tard, nous y sommes revenus et, heureusement, nous avons réussi à le faire. Marc est arrivé en studio avec des idées de paroles et de mélodie, qui fonctionnaient à merveille. Nous avons passé un excellent moment à retravailler et à enregistrer la chanson. Cela reste un souvenir inoubliable pour nous !
– Pour conclure sur le sujet, GOTTHARD et Krokus ont toujours conservé des liens forts. Cela s’explique bien sûr par le fait que vous soyez deux groupes emblématiques du Hard Rock suisse. Et il y a aussi eu le projet Gotus en 2024 avec des membres de deux formations. Vous donnez le sentiment d’être une grande famille avec une forte filiation. Comment l’explique-vous et est-ce le secret de vos longévités respectives ?
La Suisse est un petit pays, et dans le milieu Rock, c’est un peu comme une famille. Le secret de notre longévité, ce sont vraiment les fans. Nous avons la chance d’avoir des fans aussi formidables et fidèles, et c’est grâce à eux que nous sommes là !
– J’aimerais qu’on dise un mot du morceau « Mayday », dont seule la vidéo était disponible jusqu’à présent. D’habitude, c’est plutôt l’inverse. Etait-ce essentiel pour vous de l’enregistrer en studio ? Et est-ce son accueil auprès du public qui vous y a poussé ?
« Mayday » est un titre bonus. Il n’a aucun lien avec les sessions de « Stereo Crush ». C’était une chanson composée il y a quelques années pour ‘X-Max’, en hommage aux services d’urgence. Le morceau n’ayant jamais été officiellement publié, certains membres du groupe ont souhaité le sortir. Personnellement, je ne pense pas qu’il ait sa place sur l’EP, mais en tant que titre bonus, ça passe.
– Il y a une autre collaboration également très forte avec le groupe, c’est celle avec votre producteur Charlie Bauerfeind, qui joue un rôle clef dans le son de GOTTHARD. Vous semblez travailler très étroitement ensemble. Comment cela se concrétise-t-il sur chaque album ? Est-il directement impliqué dans les compositions ou les arrangements également ?
Oui, Charlie est fantastique. On travaille ensemble depuis des années et il comprend parfaitement le groupe et son fonctionnement. Il participe beaucoup à la création des parties de batterie et on travaille aussi beaucoup sur les arrangements avec lui.
– Enfin, une question m’interroge depuis longtemps. Malgré 35 ans d’une belle carrière, est-ce que vous nourrissez quelques regrets de n’avoir pu vous imposer, ou au moins de ne pas vous être faits plus connaître, aux Etats-Unis ? Cela aurait été dans la logique des choses…
Eh bien, le groupe n’a jamais réussi à percer sur le marché américain et on a abandonné assez tôt. Je suppose qu’au final, on se concentre sur les pays où l’on a du succès. Le fait est que, si on a des fans formidables, on n’a pas besoin d’être présent partout dans le monde pour réussir.
« More Stereo Crush » est disponible chez Reigning Phoenix Music.
En attendant l’arrivée d’un deuxième effort studio, EMERALD MOON nous fait patienter avec un album live de grande classe. Intenses de bout en bout, les 13 morceaux sont évidemment le reflet de sa courte discographie et la formation a même pimenté son set avec quelques belles surprises. Entre titres originaux et reprises électrisantes, on s’engouffre dans la chaleur des années 70 et un Rock/Hard intemporel aux contours bluesy, qui est très loin d’avoir livrer toutes ses saveurs. Le groupe prend toute sa dimension sur scène et on se délecte de cette atmosphère explosive et chaleureuse à la fois distillée sur ce magnifique « The Sky’s The Limit Tour 2025 ».
EMERALD MOON
« The Sky’s The Limit Tour 2025 »
(Independant)
Après la sortie d’un EP éponyme en octobre 2024, qui avait acté la naissance du groupe, puis un premier long format, « The Sky’s The Limit » en juin dernier qui a reçu un bel accueil, EMERALD MOON a logiquement pris la route pour défendre un Classic Rock original et actuel. Ce live est donc le témoignage de tout juste un an de travail et le moins que l’on puisse dire est que le combo est parfaitement rôdé. Pas surprenant qu’une telle cohésion fasse mouche lorsque l’on se penche sur le pedigree des cinq musiciens . L’expérience parle d’elle-même, ça ronronne et ça envoie du bois !
Enregistré en octobre dernier au Wood Stock Guitares devant un public aux anges, EMERALD MOON y présente bien sûr ses premières compositions avec une fougue et une assurance de vieux briscards. Ayant œuvré avec Laura Cox, Gaëlle Buswel, Jack Bon ou encore sur le projet United Guitars, ces amoureux de Rock 70’s aux saveurs Blues un brin Southern, et tirant sur un Hard Rock vintage, se font plaisir tout au long de ce concert et surtout, ils transmettent et partagent une énergie et une joie très communicative. Par ailleurs, la captation comme la prestation sont parfaites.
Avec sa magnétique frontwoman, le quintet se montre puissant et fait aussi preuve de beaucoup de délicatesse. De twin-guitars en riffs acérés, les solos virevoltent sur une rythmique millimétrée. Pour étoffer la tracklist, quelques covers savamment choisies nous font tendre l’oreille comme « Ramble On » et « Rock’n’Roll » de Led Zeppelin, « Nutbush Bush Limits » d’Ike et Tina Turner (1971), « Boys Are Back In Town » de Thin Lizzy ou encore « Stay With Me » (1973) de Faces, groupe fondé par Rod Steward et Ronnie Wood. Quelques pépites pour enrober un ensemble radieux !
Retrouvez l’interview du groupe à la sortie de son premier album :