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Hard 70's International Proto-Metal

Lynx : a vintage claw [Interview]

Epanoui dans un registre 70’s, le style de LYNX peut paraître assez insaisissable. Ne reniant pas des références Hard Rock et proto-Metal, il y a également chez lui des élans progressifs et parfois même psychédéliques, qui offrent beaucoup de profondeur à ses compositions. Porté par une chanteuse et claviériste à la voix envoûtante, le quintet se présente avec un deuxième opus, « Trinity Of Suns », qui le voit encore évoluer dans son approche. Délicate, mais solide, la formation allemande n’a pas fait les choses à moitié et a opté pour un son organique, où le relief de ses morceaux prend toute son ampleur. Il aurait d’ailleurs été difficile de le concevoir autrement, tant l’authenticité sonore est liée à sa profondeur artistique. C’est l’un de ses fondateurs, le bassiste Phil Helm, qui revient sur l’évolution musicale et les changements de line-up qui ont émaillé le groupe entre ses deux albums.

– Avant de parler de ce nouvel album, j’aimerais qu’on évoque le changement de line-up depuis « Watcher Of Skies » sorti en 2021. Il y a eu l’arrivée d’Amy Zine au chant et aux claviers et celle de Janni à la guitare et au chant. Quel orientation cela a-t-il provoqué, notamment au niveau au niveau de la composition de « Trinity Of Suns »?

C’est une excellente question. Amy figurait déjà sur « Watcher Of Skies » en tant que choriste. Elle était une amie proche du groupe avant même de le rejoindre officiellement, et nous étions ravis de sa participation à ces enregistrements. Comme « Watcher Of Skies » est sorti avant même notre premier concert, nous n’avons commencé à réfléchir qu’après coup à la manière de gérer les synthés en live à quatre. Tim et moi avons fini par partager ces parties, alternant constamment entre nos instruments principaux et les synthés. C’est vraiment à ce moment-là qu’est née l’idée d’ajouter un cinquième membre. Avec Amy, nous avons non seulement accueilli une claviériste, mais aussi une chanteuse incroyable qui s’est progressivement imposée comme la voix principale du groupe. Janni nous a rejoints à la fin de l’été 2025. A ce moment-là, l’album était déjà écrit, et nous avions convenu que Marvin enregistrerait les parties de guitare en studio. Nous souhaitions néanmoins que Janni participe, il a donc contribué aux parties vocales de l’album.

– « Trinity Of Suns » est très différent de son prédécesseur, notamment dans le style, mais aussi dans le fait que le chant soit dorénavant essentiellement féminin. Est-ce qu’avoir une chanteuse a été un tournant pour le groupe, et cela a-t-il été aussi l’opportunité d’y apporter une nouvelle vision ?

Pour nous, la transition entre « Watcher Of Skies » et « Trinity Of Suns » a été très naturelle, car le changement de voix s’est opéré progressivement sur plusieurs années. Mais pour quelqu’un qui écoute les deux albums à la suite, le changement de son peut paraître radical. Grâce à la voix d’Amy, nous avons pu nous concentrer davantage sur les lignes vocales et donner à l’ensemble une dimension plus émotionnelle. Notre objectif était de créer un lien sensible plus profond avec les auditeurs.

– Vos deux albums pourraient presque être ceux de deux groupes différents pour qui ne vous connaîtrait pas bien. Est-ce que vous avez le sentiment que LYNX vit un nouveau départ ?

Comme je te le disais, cela nous semble être une évolution très naturelle et cohérente. Nous avons peaufiné le son que nous avions commencé à développer sur « Watcher Of Skies » et nous avons essayé de donner aux morceaux une plus grande profondeur émotionnelle sur « Trinity Of Suns ». Mais nous n’avons jamais eu l’impression de repartir de zéro.

– D’ailleurs, lors de vos concerts, vos setlists représentent-elles vos deux albums ? Et de quelle manière Amy s’est-elle approprié les anciens morceaux ?

Alors que « Trinity Of The Suns » n’était pas encore sorti, nous jouions déjà des morceaux du prochain album en concert depuis un certain temps. Depuis peu, plus de la moitié de notre setlist est composée de nouveaux titres, tout simplement parce que nous avons une grande confiance en leur qualité. Et nous avions joué « Island Universe » pour la première fois en 2023 à Athènes, lors du festival ‘Up The Hammers’. Les anciens morceaux se marient particulièrement bien avec la voix d’Amy, ils gagnent en profondeur et prennent une nouvelle dimension.

– « Trinity Of Suns » a un son très organique et il me semble que vous l’avez d’ailleurs enregistré en analogique. Etant donné le style de LYNX, j’imagine que le choix vous a paru évident. Et il possède aussi une approche très live. Etait-ce essentiel pour vous de réunir ces deux conditions ?

Il était primordial pour nous que l’album sonne le plus organique possible. C’est pourquoi nous avons choisi de l’enregistrer au Fat & Holy Studio avec René Hofmann, réputé pour ses enregistrements live. Ce processus a donné aux morceaux une dynamique impossible à obtenir dans des conditions de studio classiques. Nous avons aussi passé la majeure partie de ce temps ensemble en studio, ce qui a vraiment renforcé notre cohésion et notre lien avec l’album. C’était presque comme un petit voyage scolaire avec LYNX ! (Sourires)

– Parlons du style de ce nouvel album, qui est moins Metal et beaucoup plus Psych Prog. L’esprit 70’s est très présent et les morceaux sont aussi plus longs. L’idée était-elle d’être plus Rock et surtout de travailler plus sur les atmosphères ?

On adore tous le Rock des années 70, avant que le Heavy Metal ne devienne ce qu’il est devenu. Des groupes comme Blue Öyster Cult, Genesis, Pink Floyd, Jefferson Airplane, Led Zeppelin et, bien sûr, Black Sabbath, nous ont beaucoup influencés. On voulait composer des morceaux plus longs, plus profonds et plus intenses. On aime tous les morceaux Rock courts, mais un titre de huit minutes qui vous emmène en voyage, c’était vraiment notre objectif. Honnêtement, on n’a pas cherché consciemment à sonner moins Heavy, mais c’est en partie comme ça que l’album a pris cette tournure, et c’est très bien comme ça. On connaît tous des albums qui nous touchent profondément, et c’est ce qu’on voulait obtenir avec notre musique.

– LYNX peut aussi compter sur ses deux guitaristes et ses deux claviéristes, ce qui laisse un champ d’action très vaste. Sur quel instrument vous basez-vous pour composer et de quelle manière trouvez-vous l’équilibre, même si la guitare domine les compostions ?

Amy est notre principale claviériste, même si Tim a aussi enregistré quelques parties en studio. Composer est toujours un travail d’équipe pour nous. Parfois, l’un d’entre nous propose une idée de base, mais nous développons toujours les morceaux ensemble, en groupe. Il est important pour nous que chaque instrument puisse s’exprimer pleinement. Par exemple, le morceau-titre est construit autour d’une section rythmique basse-batterie très solide.

– Enfin, « Trinity Of Suns » a vraiment tous les attributs d’un album-concept. Est-ce le cas et sur quelle thématique vous êtes-vous concentrés pour créer l’ensemble ?

Je suis ravi que tu le perçoives ainsi, et oui, dans une certaine mesure, c’était le but. Tout comme dans « Watcher Of Skies », notre protagoniste fictif est le lynx, que nous envoyons en voyage. Dans « Trinity Of Suns », il l’entreprend réellement et vit des aventures qui se transforment également en un voyage intérieur et émotionnel. Nous souhaitions raconter une histoire à laquelle chacun puisse s’identifier, tout en laissant suffisamment de place à l’interprétation pour que chacun puisse se la forger sa propre vision.

Le nouvel de LYNX, « Trinity Of Suns », est disponible chez Dying Victims Productions.

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Classic Hard Rock Hard Blues Southern Blues

John Corabi : personal way

Avec un premier effort fortement imprégné par les 70’s, mais avec un son très actuel, JOHN CORABI se livre avec authenticité sur ce qui constitue sa culture musicale. Et même si on n’avait aucun doute sur le bon goût du chanteur de The Dead Daisies, il faut reconnaître qu’il se dévoile aussi comme un redoutable songwriter. Solaire et sincère, il passe en revue des atmosphères plus Rock peut-être, plus Southern aussi et portées par un groupe cinq étoiles. En s’offrant même une reprise de Sly And The Family Stone et flirtant avec la Soul et le Blues, le musicien de Philadelphie se montre impérial.

JOHN CORABI

« New Day »

(Frontiers Music)

Marqué au fer rouge par son passage chez Mötley Crüe le temps d’un album éponyme en 1994, JOHN CORABI s’est aussi essayé à d’autres formations, mais celles-ci firent beaucoup moins de bruit que le remplacement de Vince Neil. Depuis, il a enfin récupéré sa place au sein de The Dead Daisies qui a, de nouveau, retrouvé toute sa splendeur. Avec « New Day », c’est en solo qu’il se présente avec un disque qui lui ressemble beaucoup et sur lequel il se fait plaisir entre Classic, Southern et Hard Rock avec une même aisance et surtout une voix puissante.

Enregistré l’été dernier à Nashville avec le fameux Marti Frederiksen (Aerosmith, Ozzy) aux manettes, JOHN CORABI livre un opus très personnel et chaleureux. A ses côtés, le gratin du genre œuvre avec lui, à savoir son producteur, Evan Frederiksen pour la rythmique et beaucoup d’autres instruments, Richard Fortus (Guns N’Roses) à la guitare, Paul Taylor (Winger, Steve Perry) aux claviers et Charlie Starr de Blackberry Smoke aux solos. Difficile d’aligner un plus beau line-up et le résultat est à la hauteur des attentes : époustouflant !

De sa déjà longue carrière, l’Américain semble avoir rassemblé tout ce qui le fait vibrer. Que ce soit sur des titres acoustiques sensibles et délicats, ou d’autres plus entraînants aux teintes bluesy, ou évoluant dans un Rock plus brut, le frontman sait absolument tout faire et sa classe naturelle fait le reste. JOHN CORABI garde aussi un œil dans le rétro en incluant « Cosi Bella (So Beautiful) » (2021) et « Your Own Worst Enemy » (2022), sortis tous deux en singles, aux côtés d’autres pépites (« New Day », « That Memory », « When I Was Young », « 1969 »). Incontournable !

Photo : Jeff Fasano

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Hard'n Heavy

Elegant Weapons : target achieved

Sans doute désireux de prendre un peu la lumière en dehors de l’ombre de la légende avec laquelle il évolue d’habitude, Richie Faulkner mène depuis plus de trois ans maintenant ELEGANT WEAPONS avec quelques camarades soigneusement triés sur le volet. Et alors qu’on aurait pu y voir à l’époque un one-shot ou un simple plaisir passager, « Evolution » vient contredire ceux qui avaient un doute quant aux velléités du six-cordiste britannique. Ce deuxième opus est nettement plus varié, plus inspiré aussi et à l’évidence moins conventionnel que « Horns For A Halo ».

ELEGANT WEAPONS

« Evolution »

(Exciter Records)

Alors que son line-up avait soudainement changé après l’enregistrement de « Horns For A Halo », son premier effort, ELEGANT WEAPONS confirme sa détermination à s’installer durablement dans le paysage Metal. Cela dit, il faut ici surtout s’attendre à un Hard Rock assez classique aux reflets Heavy, certes, et même bluesy à l’occasion. Le guitariste de Judas Priest, Richie Faulkner, œuvre donc toujours aux côtés du caméléon Ronnie Romero (ex-Rainbow, MSG, …) au chant, du bassiste Dave Rimmer (Uriah Heep) et du batteur Christopher Williams (Accept). De la tenue, donc !

Toujours confié à Andy Sneap, son partenaire chez Judas Priest, la production confirme le son et le style d’ELEGANT WEAPONS et commence véritablement à le distinguer des groupes dont font partie les membres du combo. Très mélodique, « Evolution » prend une direction moins Heavy que son prédécesseur, ce qui laisse de fait l’opportunité à Richie Faulkner de montrer de nombreux aspects de son jeu. Plus personnel donc, on sent une réelle alchimie, même si le quatuor donne parfois l’impression de jouer un peu sur la retenue, mais non sans finesse et avec talent.

Loin de toutes extravagances guitaristiques (sauf peut-être sur les solos), l’instigateur du projet impose sa marque tout en laissant une belle place à ses partenaires. Et il ne sont d’ailleurs pas seuls. Côté invités, le claviériste Adam Wakeman pose de belles touches d’orgue Hammond sur « Come Back To Me » et « Keeper Of The Keys ». Et le jeune prodige Jared James Nichols se livre à une belle joute avec Faulkner sur « Thrown To The Wolf ». ELEGANT WEAPONS semble avoir trouvé son allure de croisière (« Holy Roller », « The Devil Calls », « Rupture »). Solide !

Retrouvez aussi la chronique du premier album :

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Classic Hard Rock Southern Rock

Brother Cane : back in town

Alors qu’il a collaboré avec de grands noms et également fondé Black Star Riders avec les ex-Thin Lizzy Scott Gorham et Ricky Warwick, Damon Johnson a décidé de réactiver pour de bon BROTHER CANE, une formation Hard Rock aux saveurs Southern. Et ce quatrième effort, qui surgit 33 ans après le premier, oscille entre une énergie communicative et des hommages appuyés, par ailleurs très réussis. « Magnolia Medicine » tient la route, brille parfois et propose des sonorités agréablement familières.

BROTHER CANE

« Magnolia Medicine »

(Double Dragon Records/Virgin Music Group)

Malgré sa reformation en 2022 qui avait mené le groupe sur scène pour quelques concerts, on n’osait plus véritablement croire à un retour sur disque avec de nouvelles compositions de la part de BROTHER CANE. Silencieux depuis 28 ans, après seulement trois albums à son actif, « Magnolia Medicine » marque donc la réapparition très attendue des Américains. L’idée est d’autant plus séduisante que tous les membres affichent une expérience confortable, à commencer par son guitariste et chanteur Damon Johnson au parcours exceptionnel.

Du line-up originel, il ne reste que le bassiste Glenn Maxey aux côtés du frontman. Il faut d’ailleurs préciser que ce dernier s’est affûté avec Alice Cooper, Thin Lizzy, Sammy Hagar et d’autres, ainsi qu’en solo avant d’intégrer Lynyrd Skynyrd en 2023 en lieu et place du regretté Gary Rossington à qui BROTHER CANE rend un bel hommage sur « Prince Charming », son surnom, avec en guests Johnny van Zant et Rickley Medlocke. Assurément un grand moment de « Magnolia Medicine », qui évolue globalement entre Hard Rock et Heavy Rock avec une touche Southern appuyée.

En effet, formé à Birmingham en Alabama, il y a forcément une saveur sudiste dans le jeu et l’atmosphère distillés par le quintet. On pourrait même parler de sextet, puisque le producteur Marti Frederiksen (Aerosmith, Def Leppard) joue aussi des claviers, des percussions et fait les chœurs sur ce nouvel opus. Globalement percutant et mélodique, BROTHER CANE se situe dans une certaine intemporalité marquée par les 90’s et livre de bons titres (« If This Means War », « Nothing To Lose », « Miracle » dédié à Tom Petty). Un bon retour !

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France Hard Rock

HighWay : wild, free & happy [Interview]

C’est dans l’Hérault, du côté de Sète, que les premières notes ont commencé à se faire entendre au début des années 2000. Depuis, HIGHWAY trace sa route, poursuit un chemin pavé de Rock, de Hard Rock, de Heavy Sleaze et de bien d’autres saveurs encore. Le changement de line-up intervenu il y a deux ans tout juste semble même avoir renforcé la vigueur et la joie de jouer du quintet. Avec ce sixième album, « Last Call For Rock’n’Roll », le groupe s’impose en patron d’un genre malheureusement trop peu représenté en France. Les compositions sont entêtantes et addictives, la production est massive et soignée et surtout la bonne humeur est franchement communicative. Ce nouvel opus est un véritable remède à la morosité et c’est son fondateur et guitariste, Ben Chambert, qui nous en parle sans détour et avec une passion intacte…

– Tout d’abord, j’aimerais qu’on revienne sur « The Journey », votre précédent et très acoustique album. C’est vrai que dans votre registre, beaucoup y sont allés de leur réalisation ‘unplugged’, de Tesla à Mr Big en passant par G N’R, Scorpions, Kiss et tant d’autres. Il est sorti en 2022 en pleine pandémie. D’où est venue cette idée de revisiter votre répertoire, avec quelques inédits, sous cette forme ?

En fait, ça nous trottait dans la tête depuis un moment déjà, car on l’habitude jouer en acoustique dans des pubs, lors d’événements spéciaux ou pendant les days-off en tournée. On avait réarrangé pas mal de nos morceaux et c’était toujours un plaisir de les jouer. On est allé au bout de nos envies et on en est vraiment ravis. Je pense notamment à la version flamenco de « In The Circus Of Madness », qui a vraiment lancé la machine et l’envie de l’enregistrer. La pandémie et l’annulation de tous nos concerts nous a permis de faire le tour de notre ‘to do list’ et de concrétiser ce rêve d’album ‘MTV Unplugged’ ! (Sourires) Comme tu le dis, on adore ce genre d’albums et on a grandi avec ces live cultes des 90’s ! KISS, les Guns, Eric Clapton, Bryan Adams, Scorpions… Que de bijoux ! Son titre de travail était d’ailleurs « The Truth » en réponse au « Lies » de Guns N’Roses justement ! (Rires) De fil en aiguille, on est passé d’un album assez simple et intimiste à une magnifique production très riche et soignée. On a écrit trois morceaux spécialement pour cet opus, dont « Like A Rockstar » qui a super bien marché, et revisité des anciens titres de notre discographie. Comme son nom l’indique, « The Journey » est un vrai voyage auditif et sensoriel et il nous a aussi permis de grandir en tant que musiciens et compositeurs.

– Vous avez également forgé votre son depuis l’album « IV » en 2017 avec Brett Caldas-Lima, qui a vraiment révélé votre signature musicale. Est-ce que cette complicité justement est une chose à laquelle vous tenez et surtout qui joue un rôle prépondérant aujourd’hui ?

Absolument et je suis heureux que tu en parles, car on a vraiment trouvé la personne idéale pour nous. Brett est un peu notre Bob Rock à nous ! (Sourires) En l’espace de trois disques, nous avons développé une relation humaine et professionnelle forte au point qu’il est un peu le garant de notre son. Les groupes et les productions actuelles ont un manque énorme de ce côté-là en ce moment et c’est une vraie chance pour nous. De nos jours, il est possible de réaliser un album qui sonne très bien en home-studio et dans sa chambre… Mais avoir une écoute et une vision extérieure de qualité est un plus indéniable. Il est connu pour ses productions Metal (Devin Townsend, Ayreon…), mais il reste très éclectique et est surtout un passionné de musique au sens large. Il nous a aidé à révéler et intégrer toutes nos influences dans le son d’HIGHWAY pour en faire quelque chose d’unique et de reconnaissable. On parle le même langage et il sait tirer le meilleur de nous en nous poussant dans nos retranchements lors des prises. On a beaucoup appris et progressé à tous les niveaux grâce à Brett. J’avais l’impression de vivre un extrait de « 1 an et demi dans la vie de Metallica » sur le tournage du ‘Black Album’ ! (Rires) Sur « « IV », il avait ‘juste’ mixé et masterisé l’album, mais sur « The Journey », et encore plus sur le petit dernier « Last Call For Rock’n’Roll », il a vraiment réalisé un travail de producteur. Nous avons travaillé les maquettes et pré-prod’ ensemble pour tirer la substantifique moelle des morceaux et les faire sonner le mieux possible. Il a également contribué à tous les arrangements. C’était un travail passionnant et un vrai rêve d’avoir la possibilité de travailler comme ça, ‘à l’ancienne’… et ça s’entend ! La prod’ de l’album est incroyable. Puissante mais organique. J’ai vraiment la sensation de livrer au monde un album fini dont nous sommes satisfaits à 2000% de chaque détail.

– Aujourd’hui, vous faites donc votre retour en version très électrifiée avec « Last Call For Rock’n’Roll », votre sixième album. Outre une confiance renouvelée à Rock City Music Label, c’est au niveau du line-up qu’il y a du nouveau. Le départ de votre bassiste Sam Marshal s’est fait juste après qu’il ait enregistré ses parties et il a d’ailleurs aussi participé à la composition. C’est une décision qui peut surprendre…

Oui, et ça n’a pas été une chose facile, même si cela s’est fait qu’un commun accord. On a joué 15 ans ensemble, et il a eu le sentiment d’en avoir fait le tour. Il aspire aujourd’hui à un autre univers. Mais il me fallait vraiment une équipe très investie pour porter ce nouveau projet à un niveau supérieur. Et comme cela devenait un peu difficile à vivre, nous nous sommes séparés. Néanmoins, il signe trois excellents titres de l’album et a écrit et joué des lignes de basses parmi les plus affûtées de sa carrière. C’est une très belle manière de tourner la page et d’entamer une nouvelle ère pour lui comme pour nous. On a appris le métier, grandi et vécu des choses inoubliables ensemble. Il laisse incontestablement sa trace dans notre musique et notre histoire. On lui souhaite le meilleur !

– C’est donc Cerise Pouillard, qui a œuvré 12 ans avec Ladies Ballbreaker qui vous a rejoint. Sur le papier, ça paraît même évident. Son intégration n’a pas dû être très compliquée…

Oh non ! (Sourires) On se connaît depuis une dizaine d’années maintenant et c’est aussi une excellente chanteuse, guitariste et bassiste. Nous avons les mêmes goûts, les mêmes influences et elle a toujours fait un peu partie de l’environnement du groupe. Nous avons partagé le même ingé-son pendant des années, elle avait même filmé le clip de notre titre « I Like It » tiré de l’album « United States Of Rock’n’Roll » (vidéo shootée en première partie de Gotthard en 2012). Elle a mené la barque des Ladies Ballbreaker avec brio, puis leur groupe a stoppé ses activités quelques mois avant notre décision de changer de bassiste. Le choix de lui proposer le poste s’est fait naturellement et Sam lui a transmis le flambeau de la quatre cordes avec amitié. Elle apporte son énergie solaire, son enthousiasme et une rigueur qui tire clairement le groupe vers le haut et qui correspond exactement à ce dont nous avions besoin. Les planètes se sont alignées et j’en suis très reconnaissant.

– En revanche, ce qui est plus étonnant, c’est l’arrivée d’un second guitariste, Florian Arnaud, originaire lui aussi de Montpellier. L’idée était-elle d’avoir plus de volume sur scène, ainsi que pouvoir expérimenter autre chose dans le jeu ?

En fait, après le départ de Sam, on s’est demandé comment on voyait le futur du groupe et surtout de quelle manière on allait défendre ce nouvel album. On a opté pour un vrai changement, histoire aussi d’ouvrir un nouveau chapitre. Florian est l’un des meilleurs guitaristes de la région, le choix n’a pas été compliqué ! (Rires) Cerise sur le gâteau, c’est aussi un fantastique chanteur ! Nous l’avions sollicité par le passé sur un ou deux remplacements à la basse quand Sam n’était pas disponible et nous avions tout de suite matché sur le plan humain, ce qui est primordial pour nous. L’aspect collectif, le coté équipe ! Quand l’idée de rajouter une deuxième guitare est sortie, c’était le candidat idéal à tous les niveaux et… il a accepté la proposition ! (Sourires) Nous sommes hyper-heureux et excités de vous présenter le nouveau line-up en live ! Les twin-guitars et les chœurs massifs vont vous scotcher ! Le travail sur les voix est vraiment original dans le style.

– HIGHWAY évolue dorénavant en quintet, ce qui n’était plus arrivé depuis 2007. Est-ce qu’on retrouve facilement un nouvel équilibre et ses marques ? Et surtout est-ce la formation qui vous convient le mieux en raison de la puissance à disposition au niveau des guitares et des chœurs notamment ?

J’ai été seul guitariste pendant 15 ans, donc j’ai pris mes marques et de mauvaises habitudes aussi ! (Rires) Mais l’ajout Florian s’est fait très simplement. Il a une grande intelligence musicale, qui lui permet de s’intégrer facilement et de mettre sa patte. Je me suis un peu lâché sur les parties guitares en studio, ça aurait dommage d’amputer ces titres d’une deuxième guitare et de ne pas leur rendre honneur en concert. Pareil pour le travail sur les chœurs. Cette formule nous a permis aussi de mettre un bon coup de lifting à nos anciens titres, qui devrait donner le sourire à nos fans ! (Sourires)

– Avec « Last Call For Rock’n’Roll », vous ne changez pas non plus vos bonnes habitudes, puisque l’album s’étend sur une heure et douze morceaux, ce qui devient de plus en plus inhabituel dans cette époque très formatée. Est-ce que c’est ça aussi la marque de HIGHWAY, un Hard Rock généreux ?

Oui ! On ne sort pas des albums tous les ans, alors quand l’heure est venue, on a envie de donner beaucoup à nos fans et au public. On mijote des albums à l’ancienne : un album pensé du début à la fin, avec des variations de rythme, d’intensité. Un voyage auditif, émotionnel et sensoriel ! Le format d’une heure permet de bien développer cela. C’est un peu aux antipodes de la mode actuelle imposée par les algorithmes des plateformes et la stratégie des singles… Mais bon, on fait la musique qui nous plaît et comme il nous plaît ! Si vous avez un bon film, ou un bon livre, entre les mains, vous ne regardez pas d’abord le milieu pour passer à la fin et enfin le chapitre du début. Il y a une logique voulu par l’auteur ou le réalisateur… un sens à tout ça. Je considère que c’est pareil avec un album. Il y a un vrai travail d’enchaînement de tonalité, de tempos, etc… pour procurer des sensations à l’auditeur et lui raconter une histoire. Il faut du temps pour créer une vraie connexion.

– Ce qui est aussi un peu étonnant sur ce nouvel album, c’est la variété des ambiances, des sons qui le traversent. Vous vous détachez du Hard US auquel vous êtes attachés pour explorer d’autres registres, tout en restant évidemment très Rock…

Exactement, on passe du Hard Rock au Heavy en revenant au Rock plus classique. C’est un mélange d’influences américaines, australiennes, anglaises… Et l’ensemble est intégré à l’univers d’HIGHWAY et il est vaste ! (Sourires) On a démarré l’interview en parlant de l’album acoustique et, en fait, « Last Call For Rock’n’Roll » est la suite directe en version électrique. « The Journey » nous a ouvert de nouveaux horizons, qui se concrétisent ici. Notre mot d’ordre est depuis : ‘No Limit’ ! Tu vois le concept ! (Rires) On retrouve la section cuivre de « Like A Rockstar » sur « Action », interprétée des musiciens américains proches de notre producteur, du clavier, des chœurs ‘Queenesques’, des percussions cachées un peu partout. « The Journey » était en fait le tremplin à notre évolution musicale. « Last Call For Rock’n’Roll » est l’aboutissement de ce travail commencé il y a de nombreuses années. Il fait le lien entre le Hard plus sauvage et naïf de nos débuts et la maturité acquise depuis.

– Enfin, j’aimerais qu’on dise un mot sur cette bonne humeur, qui se traduit autant dans votre style, que dans votre musique et votre interprétation. Il y a une réelle joie de vivre dans ce nouvel album qui donne vraiment la patate. Est-ce aussi une ligne de conduite chez vous, de ne pas trop se prendre au sérieux ?

Merci beaucoup ! Ça me touche vraiment… (Sourires) Effectivement, on reste avant tout une bande de rigolos qui passons du bon temps sur cette Terre en jouant la musique qui nous fait vibrer. Et ça doit se ressentir dans nos compositions. C’est juste naturel et authentique. La musique est vraiment un langage universel qui peut aider et donner du bonheur au gens, alors autant ne pas s’en priver. On ne fera jamais dans le Rock ou le Metal dépressif. C’est pas pour nous ! (Rires) Il y a assez de tristesse dans le monde qui nous entoure. On est de nature optimiste et on est tellement heureux de jouer notre musique et de la partager au public depuis 25 ans maintenant ! Je vis mon rêve de gosse. Je ne pourrais pas faire dans le Hard trop sérieux, genre ‘angry face’. Ça ne nous irait pas du tout. On fait la musique qui nous ressemble. On rit tellement qu’il y a même des rires de Benjamin, notre chanteur, qui se retrouvent dans l’album ! (Rires) Life is beautiful !

Le nouvel album de HIGHWAY, « Last Call For Rock’n’Roll » est disponible chez Rock City Music Label et distribué par FTF-Music.

Retrouvez aussi la chronique de « The Journey » :

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Hard 70's Psych Prog

The Neptune Power Federation : crazy world

Les Australiens ne font rien comme les autres et « Mondo Tomorrow » vient confirmer la liberté qui les anime. Toujours aussi inventifs, ils se fondent cette fois dans une ambiance Sci-Fi explosive et déroutante. D’une grande richesse instrumentale et reposant sur des arrangements minutieux, ce septième effort est toujours aussi entraînant, planant et incisif. La maturité artistique de THE NEPTUNE POWER FEDERATION est à son apogée et pourtant un large champ d’instigation lui tend encore les bras.

THE NEPTUNE POWER FEDERATION

« Mondo Tomorrow »

(Cruz Del Sur Music)

Deux ans après « Goodnight My Children », THE NEPTUNE POWER FEDERATION refait surface avec « Mondo Tomorrow », son septième album. Et il est toujours aussi enthousiasmant, tant l’univers du combo semble vaste. Et si sauvage et étrange sont les adjectifs qui reviennent avec évidence à chaque réalisation, on peut affirmer sans mal qu’ils s’appliquent encore une fois à celle-ci. Enregistré dans son antre, le Pet Food Factory de Marrickville à Sydney, ce nouvel opus nous plonge dans une vision rétro-futuriste et très personnelle de nos technologies.

Le Hard 70’s teinté de Psych et nappé d’un voile occulte prend ici une autre dimension, une façon pour le groupe d’explorer toujours plus et de repousser les limites de son registre. Et pour se faire, on peut compter sur la très magnétique ‘Screamin’ Loz Sutch’, dont la voix et la présence sont une composante essentielle de THE NEPTUNE POWER FEDERATION. Pour autant, son très bon duo de guitaristes mènent le jeu, soutenu de main de maître par une rythmique aussi rodée que créative. Quant à la production, elle est délicieusement organique.

Les premiers mots parlés par la ‘Prêtresse Impériale’ sur le morceau-titre qui ouvre « Mondo Tomorrow » donne le ton. Imprévisible et ensorceleur, le quintet reste une machine à riffs imparable, qui libère avec exaltation des mélodies entêtantes. Multipliant des approches musicales différentes à chaque disque, THE NEPTUNE POWER FEDERATION navigue entre Fuzz, Prog et dans une ambiance qui rappelle même à l’occasion Zodiac Mindwarp. Imposant, « Mondo Tomorrow » captive (« The Grip Of Death », « And The Bones Decay », « Cybernetic Times »). Puissant !

Retrouvez la chronique de l’album « Le Démon De L’Amour » :

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Classic Rock Hard 70's Rock Progressif

Franck Carducci : d’un naturel éclatant

Nul n’est prophète en son pays et FRANCK CARDUCCI en est une preuve éclatante. Cependant, avec « Sheeple », il devrait pouvoir enfin s’y imposer, car la dextérité et la qualité d’interprétation à l’œuvre sont irréprochables. Ancré dans un Rock Progressif originel et un Rock très 70’s, son style affiche beaucoup de vélocité et un souci du détail imparable. Sur le fond, le musicien nous questionne sur le libre-arbitre et l’obéissance aveugle. Un travail d’équilibriste personnel réussi et robuste.

FRANCK CARDUCCI

« Sheeple »

(Cherry Red Records/Socadisc)

Autoproduit depuis ses débuts en 2011, le multi-instrumentiste virtuose semble avoir trouvé son bonheur sur le prestigieux label britannique Cherry Red Records, où les Français ne sont d’ailleurs pas légion. Une belle reconnaissance pour celui qui a opté pour un registre un brin vintage, évoluant entre un Classic Rock musclé et un Rock Progressif délicat. Avec « Sheeple », FRANCK CARDUCCI signe son cinquième album studio, auquel il faut ajouter deux live. Autant dire que le Lyonnais possède une belle expérience, essentiellement acquise à l’étranger également.

Producteur de « Sheeple », il y joue la plupart des instruments, à savoir la basse, la batterie, l’orgue Hammond et les guitares, en plus du chant, ce qui ne l’empêche pas d’être très bien entouré. Réputé pour ses prestations live, on retrouve ce même côté immédiat et organique sur les neuf morceaux. Grâce à un étonnant sens de la narration et une production brillante, FRANCK CARDUCCI propose ici un voyage musical dense, où les passages à forte intensité flirtent avec le Hard Rock et où se mêlent des instants suspendus d’une grande finesse.

Guidé par une ambition artistique largement à sa portée, le musicien joue sur les contrastes avançant sur des morceaux fleuves (« Love Or Survive », « The Betrayal Of Blues »), d’autres plus costauds (« Self-Righteousness ») et offre même une petite trilogie mélancolique très subtile (« Sweet Cassandra »). Emprunt d’une grande liberté et très abouti, ce nouvel opus ne se fond pas uniquement dans un esprit old school, il pose aussi un regard neuf et moderne sur un Rock Progressif qu’on croyait difficile à renouveler. Une leçon de volonté et d’humilité.

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Hard Rock Heavy Stoner Rock

Masheena : survitaminé

Intense et d’une fraîcheur joyeuse, MASHEENA enchaîne avec un deuxième opus qui s’inscrit parfaitement dans la lignée du premier. Malgré une refonte en interne, le cap est maintenu entre un Heavy Stoner Rock ravageur et un Hard Rock solidement ancré dans les origines du style. Une fusion d’une densité incroyable qui libère une énergie porté par un Fuzz scotchant arrivé à maturité. « Let The Spiders In » est puissant, créatif et totalement addictif.

MASHEENA

« Let The Spiders In »

(Majestic Mountain Records/Ripple Music)

Malgré un line-up renouvelé de moitié, les intentions de la formation de Bergen ne semblent pas avoir énormément changé. Avec les renforts des multi-instrumentistes Martin Holmes et Tarjel A. Heggerness, Luis-Alberto et Bård Nordvick ont donc trouvé de solides compagnons de route et donnent une suite explosive au génial « West Coast Hard Rock », sorti en 2023. Avec beaucoup de savoir-faire et d’inspiration, MASHEENA a encore peaufiné son Stoner Rock mâtiné de Hard Rock et de quelques teintes solaires, empruntées à la Soul et au Blues.

Pour « Let The Spiders In », le quatuor a quitté sa Norvège pour les paysages arides d’Austin au Texas. Comme pour le premier album, c’est le producteur de renom Machine (Clutch, Lamb Of God, King Crimson), qui s’est chargé de l’enregistrement et du mix, ce qui offre une belle continuité à la démarche si originale de MASHEENA. Plus varié qu’auparavant, d’autres registres sont aussi abordés avec un naturel déconcertant. Outre le côté très scandinave de l’ensemble dans le son, quelques touches bluesy font donc leur apparition.

Sans doute est-ce atmosphère du sud américain, car ces morceaux sont littéralement lumineux. Bien sûr, le Stoner Hard Rock de MASHEENA est toujours aussi brut et massif, mais il a aussi gagné en vélocité et affiche une certaine légèreté et surtout une joie communicative. Gorgé de refrains entêtants, de mélodies accrocheuses et de riffs incisifs, « Let The Spiders In » brille aussi par son groove si organique et un songwriting d’une redoutable efficacité (« Been Waiting », « One Eye », « Sara Lost Her Way », « Don’t Tell Her », « You Owe Me »). Vivifiant !

Photo : El Profesor

Retrouvez la chronique du premier album, « West Coast Hard Rock » :

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Hard'n Heavy International

Hardline : le regard vers l’avenir [Interview]

Souvent sous-estimé, faute sans doute de n’avoir pas bénéficié de la même exposition que ses homologues américains dans les années 90, HARDLINE reste pourtant une référence du Hard Rock. Toujours debout malgré un line-up qui a beaucoup changé au fil du temps, son frontman Johnny Gioeli reste la voix irrésistible d’une formation qui a aujourd’hui une saveur très italienne, au regard de ses débuts en Californie. Avec « Shout », le quintet fait bien plus que d’entretenir le mythe, il l’enrichit et le fait avancer, grâce à des musiciens aussi talentueux que complets. Alessandro Del Vecchio, claviériste, chanteur, compositeur et aussi producteur de ce huitième album, nous parle justement de la démarche et du fonctionnement de l’entité actuelle.

– Alessandro, cela fait maintenant 15 ans que tu joues avec HARDLINE et « Shout » est ton cinquième album avec le groupe. Même si Johnny reste le seul membre originel, comment s’y prend-on pour conserver l’ADN d’une formation créée en 1992 ?

C’est une excellente question, car nous en sommes parfaitement conscients. L’ADN d’un groupe ne réside pas dans sa composition, mais dans son identité. Et chez HARDLINE, cette identité est très claire : elle prend racine chez Johnny. Sa voix, son phrasé, son interprétation émotionnelle, c’est le cœur même de notre musique. Mon rôle, au fil des années, a été de comprendre profondément cette identité et de la préserver, tout en laissant le groupe évoluer naturellement. On ne préserve pas quelque chose en le figeant, on le préserve en comprenant ce qui fonctionne et en s’appuyant dessus. Ainsi, même si la composition du groupe a changé, l’essence demeure, et c’est à cela que les gens s’identifient.

– Vous avez dit vouloir reprendre les choses là où elles en étaient restées sur « Double Eclypse » il y a 34 ans. C’est vrai que c’est l’album le plus marquant de HARDLINE. Sur quelles bases es-tu parti pour garder cet état d’esprit sur les neuf chansons que tu as composé pour « Shout » ?

Le point de départ a toujours été la chanson. On ne s’est pas dit ‘recréons « Double Eclipse »’, on s’est concentrés sur ce qui a rendu cet album intemporel : des compositions solides, des refrains accrocheurs et une forte charge émotionnelle. L’idée était d’écrire des chansons qui se suffisent à elles-mêmes, même dans leur version la plus simple. Si une chanson fonctionne juste avec voix et piano ou guitare, alors on sait qu’on est sur la bonne voie. Tout le reste, c’est-à-dire la production, les arrangements, le son, vient après. C’est comme ça qu’on reste fidèle à cet héritage sans tomber dans la nostalgie.

– « Shout » a évidemment un son plus moderne que « Double Eclypse », mais l’approche est aussi différente. Quatre des cinq musiciens du groupe sont aujourd’hui italiennes et la touche est forcément moins californienne qu’au début. Est-ce à dire que le Hard Rock américain a encore de l’influence sur vous ?

Absolument, cette influence est toujours présente. Le Hard Rock américain, surtout celui de cette époque, fait partie intégrante de l’ADN du groupe et de mon éducation musicale. Parallèlement, nous sommes ce que nous sommes aujourd’hui, et le groupe possède un bagage culturel différent, ce qui influence naturellement notre son. Je ne le vois pas comme un manque d’authenticité californienne, mais plutôt comme une évolution de ce langage musical. La musique actuelle est bien plus globale, et c’est une bonne chose, tant que l’identité reste forte.

Justement aujourd’hui, en plus du fait qu’on peut réaliser des albums à distance, j’ai l’impression que la différence de style entre l’Europe et les Etats-Unis est moins palpable et évidente qu’auparavant. Est-ce qu’on assiste à une uniformisation des styles et du son surtout, selon toi, qui es aussi producteur ?

Oui, dans une certaine mesure, nous le constatons. La technologie a rendu tout plus accessible, ce qui entraîne naturellement une certaine uniformisation des sonorités et des méthodes de production. Mais je pense aussi que la véritable différence aujourd’hui n’est pas géographique, elle est artistique. Tout se résume à avoir une identité forte, ou non. On peut utiliser les mêmes outils, les mêmes plugins, les mêmes techniques de production, mais si l’on a quelque chose à dire, on gardera sa propre signature sonore.

– Ce huitième album reprend finalement plusieurs éléments musicaux de la carrière du groupe avec un style globalement Hard’n Heavy et quelques touches AOR et même Glam à un moindre degré. Est-ce que HARDLINE joue et fait aujourd’hui des choses qu’il n’a jamais produit auparavant dans sa carrière ?

Je pense que ce que nous faisons aujourd’hui consiste davantage à peaufiner qu’à réinventer. Tous ces éléments, à savoir le Hard Rock, AOR, et même une touche de Glam, ont toujours fait partie intégrante de HARDLINE, d’une manière ou d’une autre. Ce qui change aujourd’hui, c’est notre prise de conscience. Nous savons précisément qui nous sommes, ce qui fonctionne et comment combiner ces éléments de façon plus ciblée. Il ne s’agit donc pas de créer quelque chose de totalement nouveau, mais de faire ce que nous faisons déjà, à un niveau supérieur et avec plus de clarté.

– D’ailleurs, si on entre dans le détail de « Shout », c’est peut-être l’album le plus personnel du groupe, notamment au niveau des textes. Est-ce que l’objectif était de vous dévoiler un peu plus, tout en étant le plus efficace possible dans les mélodies et solides sur les tempos ?

Oui, c’était tout à fait intentionnel. Il faut toujours trouver un équilibre entre l’authenticité et la capacité à créer des chansons qui touchent immédiatement. Nous voulions que les paroles soient sincères, qu’elles ne se contentent pas de thèmes génériques, tout en conservant la force mélodique et les arrangements solides qui caractérisent HARDLINE. L’objectif était d’allier profondeur et immédiateté, et je pense que c’est ce qui donne à l’album son côté plus humain.

– Et puis, il y a cette reprise de Scorpions, « When You Came Into My Life », sortie en 1996 et dont vous avez aussi fait un single. On revient à cette touche européenne, mais il possède également la touche HARDLINE. Comment s’est fait l’équilibre pour vous l’approprier tout en respectant l’originale ? Et est-ce qu’il peut y avoir eu une certaine retenue au départ ?

Il y a toujours une petite hésitation lorsqu’on aborde une chanson comme celle-ci, car elle est déjà parfaite en soi. Mais en même temps, c’est précisément pour cela qu’on la choisit. L’essentiel était de respecter l’essence même du morceau, la mélodie, l’émotion, et de construire autour avec notre propre son. Nous ne voulions pas la changer juste pour le plaisir de la modifier. Nous nous sommes demandé à quoi ressemblerait cette chanson si elle était écrite par HARDLINE aujourd’hui, et une fois cet équilibre trouvé, tout s’est mis en place naturellement.

– Enfin, et avant de partir en tournée, qu’est-ce que cela représente pour toi qui a déjà une longue discographie, d’enregistrer et de monter sur scène avec Johnny Gioeli, qui compte plus d’une centaine d’albums à son actif ? C’est le genre de musicien, qu’on ne rencontre pas souvent…

Cela compte énormément pour moi, tant sur le plan professionnel que personnel. Johnny fait partie de ces rares artistes qui ont conservé cette flamme, cette passion, mais aussi une immense expérience et une grande maturité. On se stimule mutuellement, surtout vocalement, car on partage cette même expérience, et on discute souvent de technique, d’approche et de la façon de garantir une performance constante soir après soir. Sur scène, il est une véritable force de la nature. On peut avoir toute l’expérience du monde, mais sans cette énergie et cette connexion avec le public, ça ne sert à rien. Johnny possède tout cela, et partager cette aventure avec lui est un privilège que je mesure pleinement.

Le nouvel album de HARDLINE, « Shout », est disponible chez Steamhammer.

Photos : Alessandro Quadrelli

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Hard Rock Hard'n Heavy Heavy metal Old School

Stainless : explosif

Electrisant et dynamique, ce premier opus de STAINLESS est une belle surprise en plus d’être une réussite complète. Aguerris depuis des années au sein de formations Metal underground aux Etats-Unis, ses membres affichent maîtrise et complémentarité, et l’ensemble donne un Hard’n Heavy convaincant. Compact et accessible, « Lady Of Lust & Steel » est aussi sensuel que rugueux et aussi assez surprenant dans sa démarche. Tranchant et vif, il est déjà l’un des plus pertinents de l’année.

STAINLESS

« Lady Of Lust & Steel »

(High Roller Records)

S’ils se présentent à cinq sur scène et sur le line-up officiel, c’est bel et bien à trois qu’a été enregistré « Lady Of Lust & Steel », premier album des Américains. Fondé dans l’Oregon en 2022, STAINLESS compte déjà un single et un EP à son actif et ce n’est pas un hasard si Larissa Cavacece (chant), Jamie Byrum (guitare, batterie, chant) et Clifton Martin (basse) se sont attelés en studio pour donner une suite à cette belle aventure. Très actuel dans sa production, c’est pourtant dans les années 80 et 90 que se nichent les références de ce premier long format.

Entre Heavy Metal et Hard Rock, le style de STAINLESS semble éviter les chapelles pour mieux profiter d’une liberté artistique totale. Si l’importance des guitares, tant au niveau des riffs que des solos est manifeste, le groupe possède en sa chanteuse un argument de poids. Puissante et profonde, la voix de Larissa Cavacece a ce côté brut et ce timbre légèrement rauque, qui en imposent. Solide sur les couplets, elle se montre très accrocheuse et fédératrice sur les refrains. Sans conteste, sa forte personnalité est le fil rouge de « Lady Of Lust & Steel », qu’elle guide.

Sur huit morceaux, STAINLESS offre un beau panel de ses inspirations, le tout délivré avec une énergie très live. Avec le concours de son guitariste, la frontwoman s’approprie les titres avec fougue dès l’entame avec « Restless An’ Ready », puis « Whorefrost » qui offre une dimension clairement Metal. Mélodique et musclé, le combo avance avec percussion et virtuosité. Rompu à l’exercice, il saisit l’auditeur pour ne plus le lâcher (« Danger In The Night », « Take A Listen Mama », « Rough Justice »). Un premier essai transformé avec classe.