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Carmine Appice : golden sticks [Interview]

Un groove imparable, un toucher et une frappe inimitables : CARMINE APPICE a laissé son empreinte au fil des décennies à travers un nombre impressionnant de collaborations et à la tête aussi de groupes devenus cultes. De Vanilla Fudge à Rod Steward, en passant par Cactus bien sûr, Blue Murder, Guitar Zeus ou King Kobra, il a aussi accompagné Ozzy et Ted Nugent, joué avec Jeff Beck, Pat Travers, Rick Derringer ou Paul Stanley. L’américain est ce qu’on pourrait appelé un batteur complet, et si ses racines et ses inspirations musicales viennent surtout du Jazz, on retient aussi ses effets de double grosses caisses, bien avant l’heure, et ses légendaires jonglages de baguettes. Depuis quelques années, c’est au sein de son groupe de toujours, Cactus, qu’il impose sa frappe sur un Blues Rock solide qu’il partage avec des musiciens de renom. Bien sûr, il est difficile de retracer une telle carrière sur une interview, mais l’Américain revient avec plaisir sur un parcours étonnant et d’une incroyable richesse. Rencontre.

– Tout d’abord, j’aimerais que l’on revienne brièvement sur ton parcours, car il est assez atypique et unique. Tu fais tes débuts avec Vanilla Fudge et son côté psychédélique, puis c’est Cactus et son Blues assez lourd. Ensuite, les années 80 et 90 sont plus Hard Rock et Heavy Metal avec Blue Murder et King Kobra surtout. Et il y a également de très nombreux projets ou participations à de nombreux albums. Est-ce ta curiosité qui te pousse toujours ? Une certaine soif de découverte ?

J’aime juste jouer. Malheureusement, je n’ai jamais été dans de grands groupes comme John Bonham avec Led Zeppelin ou Neil Peart avec Rush. A chaque fois que j’étais dans un groupe, il a splitté et j’ai du retrouver autre chose. C’est ce qui m’a mené dans de nombreuses directions. J’ai donc joué dans beaucoup de groupes de Blues, de Jazz, de Rock et j’ai aussi fait des shows de batterie. J’ai adoré ça, car ce n’était jamais la même chose ! Je n’aurais pas pu jouer les mêmes chansons pendant 50 ans ! (Rires) J’ai du utiliser mes talents pour d’autres choses. J’ai aussi eu la chance de créer Guitar Zeus, par exemple. Cela dit, tous les projets que j’ai faits ont été assez connus dans le monde, ce n’est pas comme si c’était sorti dans l’anonymat le plus complet ! (Rires) J’ai quand même vendu beaucoup de disques avec Guitar Zeus, Blue Murder, King Cobra et Cactus, notamment les derniers albums.

– Tu as justement forgé ta réputation et ta légende à travers des styles très différents. Est-ce cette polyvalence qui, selon toi, fait la marque des grands batteurs ? Une grande capacité à s’adapter à tous les registres ?

Oui, mais un grand batteur ne peut pas forcément tout jouer. Aujourd’hui, il y a beaucoup de grands batteurs de Metal. Ils jouent vite et c’est dégueulasse. Sont-ils capables de jouer avec des balais ? Je ne crois pas. J’ai joué du Jazz, de la musique latine, du Rock, de la Soul… J’ai vraiment jouer de tout quand j’étais très jeune. Tu vois, à cette époque, il n’y avait ni Hard Rock, ni Heavy Metal. Il y avait surtout des choses comme Frank Sinatra, alors je jouais ce genre de choses… (Sourires) Mais quand je fais du Rock, je suis toujours moi-même. Quand j’étais avec Rod Stewart, cela n’avait rien à voir avec les autres batteurs de ses albums. Je reste ce que je suis avec ma façon de jouer. J’ai pu faire beaucoup de choses très différentes et ça me faisait très plaisir, parce que c’était toujours d’une grande fraîcheur ! (Sourires)

– Avant de reparler de Cactus, qui est ton actualité la plus récente, j’aimerais qu’on dise un mot de King Kobra, dont le dernier album, « We Are Warriors », est sorti il y a maintenant trois ans. Est-ce que le groupe va continuer son activité ? Et y a-t il des projets en cours de ce côté-là ?

En fait, quand on a lancé ça, cela ne s’est pas très bien passé. On avait pourtant fait des tournées en Europe, un bon album et quelques gros festivals. Ensuite, on avait juste sorti une chanson. Et puis, Paul (Shortino, chant – NDR) est très occupé, il chante partout dans le monde. Comme c’est pareil de mon côté, je ne sais pas pour le moment si King Kobra aura une suite, ou pas.

– Un mot aussi sur ton instrument, la batterie. Toi qui as parcouru tant de styles et d’époques différentes, restes-tu fidèle à un kit en particulier, ou est-ce que tu évolues aussi suivant les musiques sur lesquelles tu joues, voire les avancées techniques ?

Je pense que mon jeu a évolué au fil des années. Quant à mon kit de batterie, pour les enregistrements, je garde le même, d’autant que j’ai un studio à la maison. Oui, c’est sensiblement le même kit, il n’a pas tellement bougé… (Sourires) J’ai encore les toms sur lesquels je jouais avec Cactus en 1971, une Slingerland de 2004, quelques D-Drum qui sonnent bien aussi. Je n’en change pas, car je peux réenregistrer d’une semaine à l’autre des plans qui ne me plaise pas. En revanche, pour la scène, j’utilise toujours le même kit, peu importe la formation avec laquelle je joue. Je l’utilisais déjà avec Vanilla Fudge, Rod Steward et aussi Cactus. En fait, c’est juste une question de changement de style de jeu, de dynamique. Il suffit de s’ajuster au mieux à chacun ! (Sourires)

– Il y a peu de batteurs dans le monde du Rock notamment qui sont identifiables en quelques secondes. Il y a notamment John Bonham, Stewart Copeland, Dave Lombardo, Mick Portnoy et toi. Comment expliques-tu que ton style se soit si facilement imposé, là où les gens se concentrent surtout sur les chanteurs et les guitaristes ?

Wow ! Merci beaucoup ! (Sourires) Mon grand rêve était de devenir le Gene Krupa du Rock (un grand batteur et chef d’orchestre de Jazz, décédé en 1973 – NDR) ! Il s’amusait tellement ! J’ai grandi en l’écoutant, car ma mère me racontait ses performances au Paramount Theater à Brooklyn. Il m’a beaucoup inspiré, lui et tous les grands batteurs de Jazz comme Buddy Rich, Max Roach ou Joe Morello. C’est vraiment ce que je voulais être et je pense que j’ai un peu réalisé mon rêve… (Sourires) Je ne voulais pas être juste le gars qui joue derrière le groupe, je voulais aussi amuser les gens. C’est de cette façon que j’ai développé mon style au fil du temps, même s’ils sont vraiment restés mes modèles. Et c’est vrai aussi pour John Bonham, Ian Paice et moi. On s’est emprunté des choses, on nous a en aussi pris et ça continue. Personne n’a tout à lui dès le départ. On se façonne. Et j’ai eu la chance d’être au début de tout ça. Et il n’y avait pas tous ces amplis d’aujourd’hui, non plus. Il fallait vraiment cogner, lever les bras au ciel et y retourner en fracassant les toms ! (Rires) Et en le faisant, j’ai créé un style. Je ne le savais pas à ce moment-là, car je le faisais vraiment par nécessité… (Rires)

– Revenons sur Cactus que tu as ressuscité plus de 30 ans après son dernier album « Ot ’n’ Sweaty ». Même si Vanilla Fudge reste un groupe très important, on a vraiment le sentiment que Cactus reste ton véritable groupe, celui où tu t’exprimes peut-être le plus librement aussi. Est-ce le cas ?

Ce sont deux groupes vraiment différents. On a fait beaucoup de concerts avec Vanilla Fudge et nous avions même enregistré un live au ‘Sweden Rock’. C’était rigolo, parce que nous avions joué avec les deux groupes sur la même édition, Vanilla Fudge et King Kobra. Ça reste un bon souvenir ! (Sourires) Mais j’ai l’impression que l’industrie musicale ne s’intéresse plus à la nouvelle musique que peuvent produire certains groupes. Elle veut juste leurs classiques, pourtant nous avions composé de nouvelles choses et le public aimait ça. Les nouveaux albums de ce genre de groupes n’intéressent plus. C’est pour cette raison que nous avons enregistré « Temple Of Blues I » (paru en 2024 – NDR) avec Cactus. C’était d’ailleurs une demande du label, qui voulait que je rassemble des musiciens qui avaient été influencés par le groupe. Et il y a eu du beau monde à nos côtés comme Joe Bonamassa, Warren Haynes, Slash, … L’album a même été classé numéro 3 dans les Charts. Le label nous a proposé de continuer et j’ai dit que j’étais d’accord, si nous faisions un vrai album de Blues. Je me suis donc concentré sur ce qui m’avait vraiment influencé en y ajoutant trois morceaux de Cactus. Puis, nous avons fait six/sept concerts par an et d’autres sont actuellement en préparation. Ce qu’il faut absolument, c’est prendre du plaisir et s’amuser. La musique de Vanilla Fudge était trop sérieuse pour moi, alors que le reste de ma carrière est beaucoup plus fun. Cactus, BBA (Beck, Bogert & Appice – NDR), Rob Stewart, Ted Nugent, King Kobra… Tout ça était vraiment très amusant ! (Sourires)

– Et justement, Cactus, s’il reste très Rock, est surtout Blues. D’ailleurs, c’est le style qui te suit le plus dans ta carrière avec tes collaborations avec Jeff Beck, KGB ou ton groupe avec Pat Travers. Est-ce que, finalement, tu te sens l’âme du bluesman ?

Je ne sais pas… Personnellement, je n’aime pas tellement le Blues, parce que c’est un peu ennuyeux à jouer ! (Rires) Mais les chansons que nous avons reprises avaient toutes un très bon batteur. Morris Jennings en est un très bon exemple. Il était fantastique. Je m’en suis inspiré, mais à ma façon. Et quand tu joues, tu t’amuses vraiment ! (Sourires) Quand je jouais avec Pat Travers, par exemple, on jouait du Blues, mais c’était du Rock en fait. On faisait du Rock ! La base était Blues, mais on jouait du Rock ! On s’est vraiment amusé, même à écrire les paroles. On a passé de bons moments et ça reste de très bonnes chansons, je trouve. Pat est génial, c’est comme un frère pour moi ! On se voit très souvent et on organise une fête tous les ans en Floride où l’on se retrouve. Il a un super groupe et c’est vrai qu’on a fait de bonnes choses ensemble.

– En juillet dernier, tu as aussi sorti la vidéo du morceau « United States » à l’occasion des deux cent cinquante ans de l’indépendance des Etats-Unis. C’était aussi un hommage à Rick Derringer, décédé l’an dernier. C’était important pour toi de réaliser finalement cette double-célébration ?

J’ai enregistré cette chanson avec Rick il y a cinq/six ans. Et on n’en avait rien fait. Je suis toujours en contact avec sa femme et j’en avais même parlé avec Rick la nuit avant sa mort. On parlait beaucoup tous les deux… (Silence) Alors qu’on évoquait le 250ème anniversaire de l’Indépendance avec Jenda (la dernière femme de Rick Derringer – NDR), je lui ai demandé où était la chanson qu’on avait faite ensemble ? Elle s’appelait donc « United States » et c’était un super titre. Elle a regardé et elle me l’a envoyé. Je lui ai dit qu’il fallait vraiment faire quelque chose avec ça. Alors, je l’ai envoyé à mon ingénieur Pat Regan, qui a produit tous les albums de Cactus et de King Kobra. Je lui ai demandé ce qu’il pouvait faire pour que ça sonne mieux. Il a viré toute la batterie, puis il a tout remastérisé. Et l’ensemble sonne vraiment bien. Ensuite, on avait juste une journée pour en faire une vidéo et on a décidé de ressusciter Rick avec l’IA en le rajeunissant un peu. Il a aussi fallu lui mettre des lunettes de soleil pour des raisons d’autorisation légale. Mais peu importe, le résultat est génial et c’est une très belle fin. Et le sortir le 4 juillet était bien sûr la cerise sur le gâteau, c’est un titre magnifique ! (Sourires)

– En avril dernier, tu as sorti avec Cactus «Temple Of Blues II » avec un ‘All-Stars band’ vraiment exceptionnel. C’est un projet très ambitieux et audacieux aussi. Tu te retrouves en véritable chef d’orchestre et le choix des morceaux est lui aussi très judicieux. C’est un casting et une setlist que tu avais depuis longtemps en tête ?  

Non car, en fait, je ne fonctionne pas comme ça. D’abord, j’enregistre quelques chansons avec mon ingénieur du son. Ensuite, avec Brian du label, on s’est demandé ce que nous allions faire. J’ai alors pensé à trois morceaux de Cactus que je souhaitais jouer. Ensuite, on a fait « Purple Haze » avec Melanie et on a enchaîné jusqu’à obtenir une démo. Après, j’ai appelé des gens en commençant par Dee Snider et au fil des discussions, Tracii Guns, Ted Nugent, Billy Sheehan, Ron ‘Bumblefoot’ Thal, Steve Morse, Joe Lynn Turner, Rudy Sarzo (Ozzy, Quiet Riot), Alex Skolnick (Testament), Derek Sherinian (Dream Theater), le Bluesman Eric Gales et quelques autres encore se sont joints à nous. 

Par ailleurs, il y a un peu plus d’un an Ozzy nous quittait après un ultime concert. Toi qui a joué avec lui sur la tournée de « Bark At The Moon » en 1983, que retiens-tu du chanteur et aussi du personnage qu’il était ?

Je connais Ozzy depuis 1971 quand Cactus et Black Sabbath ont joué ensemble pour la première fois. Je n’ai d’ailleurs jamais compris pourquoi on les a considéré comme les ‘pères du Heavy Metal’, car dans les années 60, il y avait des groupes qui jouaient déjà des trucs très lourds. Ils sont passés dans l’anonymat après un disque seulement. Ensuite, Black Sabbath s’est construit une image anti-Dieu avec des histoires de diable, etc… J’ai donc connu Ozzy à cette époque-là. Pour l’anecdote, un jour, alors qu’on était ensemble, quelqu’un a volé une petite boîte de marijuana à l’un de mes amis. On s’est carrément embrouillé à cause de ça ! Mais ensuite, Black Sabbath et Cactus se sont rabibochés. On en a reparlé avec Ozzy des années après et on s’est bien marré ! (Rires) Sur « Back At The Moon », après l’enregistrement, je suis devenu producteur associé pour les 500.000 premiers disques. Je devais donc recevoir un bonus là-dessus et Sharon n’a pas aimé. C’est probablement pour ça qu’elle m’a viré, elle ne tenait pas le bon accord. Mais j’adorais Ozzy, on était amis bien avant qu’elle n’arrive dans sa vie. Bon, la drogue et l’alcool ne le rendaient pas bon, mais c’était quelqu’un qui avait du cœur. Il avait vraiment bon cœur… (Silence) Plus tard, je l’ai même amené en studio et on lui a joué du King Kobra ! Il a vraiment aimé, c’était drôle ! (Rires) Mais bon, à chaque fois qu’on se voyait et que sa femme arrivait, ça devenait désagréable. Oui, je me suis vraiment senti mal quand il nous a quittés… (Silence)

– Loin d’avoir envie de te voir poser les baguettes, quel batteur a ta préférence aujourd’hui, et en qui tu pourrais voir un éventuel héritier ?

(Silence) Ils jouent tous la même chose ! (et il mime un rythme effréné à la bouche – NDR) J’étais au téléphone avec Dennis Chambers (un grand batteur américain de Jazz et de Funk – NDR) l’autre jour et on parlait des batteurs d’aujourd’hui. Il me disait qu’ils étaient tous incroyablement rapides, avec les mains comme avec les pieds. Mais qu’il n’y avait aucun groove ! J’ai reçu une vidéo sur mon téléphone, il n’y a pas si longtemps, de Terry Bozio (autre phénoménal batteur américain – NDR), qui jouait avec son groupe Missing Persons dans un festival ici aux Etats-Unis. Ce qu’il a fait était juste incroyable comme l’est Dennis également ! Billy Cobham (Jazz Fusion – NDR) est incroyable aussi. Aujourd’hui, ils sont tous rapides, mais ils ne savent pas utiliser la vitesse. Quand j’étais plus jeune, je jouais aussi beaucoup plus vite, ça m’a même énormément influencé. Mais c’était d’abord le groove qui était le moteur avec la technique, bien sûr. Mais bon, je ne suis plus un jeune homme, je suis vieux et j’ai vu beaucoup de choses ! (Rires) J’ai même essayé de transmettre mon travail à travers des méthodes, dont même Greg Bissonette et Kenny Aronoff se sont inspirés. Et c’est vrai qu’aujourd’hui, il y a de jeunes enfants de cinq/six ans, qui jouent de manière incroyable aussi. Le truc, c’est juste qu’ils trouvent quelque chose à dire et qu’il en fasse quelque chose ! (Rires)

– Enfin, avec quelle formation vas-tu nous surprendre la prochaine fois ? Cactus ? King Kobra ? Un autre projet peut-être ?

Probablement Cactus, car pour King Kobra, c’est plus compliqué. Et puis, Cactus est un groupe avec lequel je m’amuse vraiment ! Et j’aimerais avoir encore plus de musiciens à venir jouer avec moi, car il a influencé beaucoup de gens finalement. J’ai même vu dans une émission Joe Bonamassa dire que nous l’avions influencé ! (Sourires) Et c’est le cas pour tous ceux qui sont venus jouer comme Warren Haynes, Steve Stevens ou Alex Skolnick. Cela n’aurait pas pu se faire avec King Kobra, car c’est juste Paul Shortino, Johnny Rod à la basse, Carlos Cavazo et Rowan Robertson aux guitares et moi à la batterie. Mais qui sait ? Ça ne coûte rien d’essayer ! (Sourires)

Retrouvez les chroniques des albums de CACTUS, « Tightrope » et « Temple Of Blues II » :

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Hard Rock

CoreLeoni : core of Rock

Avec un songwriting toujours aussi affûté et une expérience qui a déjà fait ses preuves depuis longtemps, les Suisses entendent bien rassembler les générations autour d’un Hard Rock accrocheur et intemporel. Avec un frontman plus investi que jamais et dont le rôle est devenu essentiel, CORELEONI distille des refrains entêtants sur des guitares scintillantes. « Generection » est la réalisation qui cristallise le mieux le style et le son de la formation avec cet esprit Rock indéfectible.

CORELEONI

« Generection »

(Reigning Phoenix Music)

Le petit monde du Hard Rock helvète peut se targuer s’être plutôt actif sur la scène européenne. Krokus, Shakra et Gotthard en sont les principaux acteurs et c’est d’ailleurs d’un des fondateurs de ce dernier qui est à la tête de CORELEONI depuis 2017. Leo Leoni et son groupe reviennent aujourd’hui avec un quatrième album, qui confirme de plus en plus leur identité musicale. Et on le doit aussi au chanteur Eugent Bushpepa, dont c’est la deuxième participation discographique après « III ». Vocalement puissant, il a définitivement trouvé sa place et s’impose naturellement.

Se chargeant lui-même de la production, le leader de CORELEONI a tenu à revenir à un enregistrement analogique, afin de retrouver une saveur sonore authentique, ce qui se fait aujourd’hui si rare. Intense et percutant, « Generection » fait le pont entre un passé glorieux, mais révolu, et un présent qui regarde vers l’avenir. Classique sans être vintage, ce nouvel opus dispose d’une profondeur supplémentaire au regard de ses prédécesseurs. Grâce à un duo basse/batterie imperturbable, les deux guitaristes laissent exploser leur virtuosité sur des titres taillés sur mesure.

L’entente entre Leo Leoni et Jgor Giano fait des étincelles, enchaînant les riffs entraînants et les solos bien sentis. Avec « Last Goodbye », CORELEONI fait une entame musclée, qui préfigure du meilleur. « Generation Rock », « Howling At The Moon » et « Rock’n’Roll Rebell » entretiennent bien ce rythme soutenu. Et le quintet n’oublie pas autant son penchant (sans doute hérité de Gotthard) pour les ballades et les titres plus posés (« Believe », « Yearning »). Très fédérateur, « Generection » est l’œuvre d’un combo à la fois chevronné et toujours inspiré.

Retrouvez aussi les chroniques des albums précédents :

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Hard'n Heavy International

Tygers Of Pan Tang : un mythe intact [Interview]

Après une activité riche et marquante durant les années 80, il aura fallu attendre le début des années 2000 pour que le fameux tigre de la NWOBHM se mette de nouveau en chasse. Et cette nouvelle ère s’était ouverte avec Jacopo ‘Jack’ Meille au chant. Le frontman italien a immédiatement imposé sa marque et reste depuis plus de 20 ans la voix de TYGERS OF PAN TANG. Plus régulier ses dernières années, les Anglais reviennent aujourd’hui avec « Electrifyed », un quatorzième album qui vient attester de la grande forme du quintet. Vétérans peut-être sur le papier, les cinq musiciens affichent surtout une fougue et une inspiration qui m’ont pas pris la moindre ride. Le quintet rugit encore et toujours, et ne semble pas prêt à passer le relais. Entretien avec le chanteur de l’une des formations les plus marquantes du Hard Rock et du Heavy Metal européen.

– Tout d’abord, Jack, toi qui es dans le groupe depuis plus de 20 ans et donc le chanteur de la ‘seconde vie’ de TYGERS OF THE PAN TANG, j’aimerais savoir ce que tu penses des tous débuts du groupe ? Est-ce que cela reste encore aujourd’hui une inspiration pour toi ?

Oui, j’étais déjà fan des TYGERS dans les années 80 et j’avais d’ailleurs acheté « Spellbound » (1981) et « The Cage » (1982) que j’adorais. Et c’est vrai que faire partie d’un groupe aussi mythique est toujours une source d’inspiration, près de 22 ans après les avoir rejoints ! (Sourires)

– Pour rester un instant sur cette notion d’héritage, TYGERS OF PAN TANG a été de ceux qui ont bâti la fameuse NWOBHM. Aujourd’hui, beaucoup de groupes sont encore en activité, mais est-ce que tu perçois une seconde vague au XXIème siècle ? Je n’en ai pas l’impression, pour ma part…

La NWOBHM était un mouvement unique et exceptionnel. Comment des groupes comme Def Leppard et Venom pouvaient-ils en faire partie ? Et pourtant, c’était le cas. De nos jours, ce serait impensable. A l’époque, chaque groupe possédait un son et une personnalité uniques, et tous ont contribué au succès de la NWOBHM. Aujourd’hui, les groupes suivent une tendance ou s’approprient ce qu’ils considèrent comme le son originel de la NWOBHM. Mais il n’existait pas de ‘son’ codifié à l’époque. C’était un mouvement social : la classe ouvrière anglaise cherchait une musique capable d’exprimer sa colère et sa frustration. Voilà ce qu’est la NWOBHM !

– Pour conclure sur le sujet, les groupes fondateurs de la NWOBHM encore actifs ont tous plus de 40 ans de carrière évidemment. Est-ce que, comme tous les courants finalement, celui -ci est aussi destiné à s’éteindre avec ses créateurs ?

La magie de la musique réside dans son évolution constante, même à notre insu. Les musiciens qui ont façonné la NWOBHM finiront par prendre leur retraite, mais leur musique perdurera et inspirera de nouveaux talents. Cela donnera naissance à un nouveau genre musical, qui puisera dans les sonorités et les expériences du passé.

– Revenons à ce quatorzième album, qui acte aussi l’arrivée de John Foottit en tant que second guitariste aux côtés de Robb Weir. Ils forment à eux deux un duo solide et complémentaire. Sans parler de renouveau, « Electrifyed » donne l’impression d’être plus Heavy que ses prédécesseurs. A-t-il apporté une touche plus actuelle, selon toi, dans le son et l’approche de TYGERS OF PAN TANG ?

Les morceaux que tu entends ont été écrits avant l’arrivée de John dans le groupe. Robb (Weir, guitare – NDR), Craig (Ellis, batterie – NDR), Huw (Holding, basse – NDR) et moi souhaitions composer des titres plus percutants, axés sur les riffs, tout en conservant la touche mélodique que nous avions atteinte sur « Ritual » (2019) et « Bloodlines » (2023). Mon objectif a toujours été de maintenir l’équilibre entre le son brut de « Wild Cat » (1980) et l’approche plus mélodique de « The Cage », en passant par tous les morceaux intermédiaires.

– Pour la composition d’« Electrifyed », vous avez donc dit vouloir renouer avec l’énergie de « Wild Cat » (1980) justement, le premier album du groupe. Qu’y trouvez-vous qui puisse manquer dans le Heavy Metal et le Hard Rock d’aujourd’hui pour vous replonger 46 ans en arrière ? Est-ce finalement plus une question de sensation et d’état d’esprit ?

Chaque groupe a sa propre ‘recette’. La meilleure comparaison est celle d’un cocktail : vous pouvez connaître chaque ingrédient, mais le mélange est totalement unique. Je suppose que si vous demandiez à chaque membre de ce groupe de définir notre son, la réponse serait différente… (Sourires) Ce qui est certain, c’est que nous ne nous inspirons pas des autres groupes. Notre son est la combinaison des contributions des cinq musiciens et de la conscience de ce à quoi une chanson de TYGERS OF PAN TANG doit ressembler. « Electrifyed » représente cela en 2026.

– D’ailleurs, si « Electrifyed » est plus Heavy Metal dans le son, et moins Hard Rock, cette impression de noirceur se retrouve jusque dans la pochette. Avez-vous voulu ce nouvel album plus sombre et plus grave ? Peut-être plus en phase avec une époque mondialement compliquée ?

Nous vivons une époque étrange et sombre, et même si nous voulions éviter d’être influencés par le quotidien, c’est impossible. C’est pourquoi cet album est sans aucun doute plus sombre.

– Justement, sur le morceau-titre, tu fais allusion au système judiciaire américain en introduction de la chanson. Faut-il y voir un écho à l’actuel président et ses frasques, ce qui ne manquerait pas de piquant pour un Italien chantant dans un groupe anglais ?

C’est Craig, notre batteur, qui a écrit les paroles de la chanson. Elle ne parle pas de la peine de mort en tant que telle, mais plutôt des pensées d’une personne coupable qui sait qu’elle va être exécutée. Nous voulions retranscrire en chanson ce moment où la vie et la mort coexistent dans l’esprit d’une même personne.

– Enfin, par rapport à ton chant, est-ce que ton interprétation diffère dans son approche quand tu es avec TYGERS OF PAN TANG, afin d’offrir une continuité dans son identité artistique ? Car, je rappelle que tu fais aussi partie des groupes General Stratocuster And The Marshals, Damn Freaks, Mantra, Norge et plus récemment Sainted Sinners…

Oui, tout à fait. Et pour cet album en particulier, j’ai dû travailler dur pour trouver la bonne interprétation et la bonne intention pour chaque chanson. Je traversais aussi des problèmes familiaux qui n’ont rien arrangé. On a diagnostiqué un cancer à mon père pendant que j’étais en studio. Et il est décédé moins d’un mois après la fin des enregistrements. J’ai dû trouver le moyen de transformer toute cette douleur en quelque chose de créatif. Ce n’était pas facile, mais maintenant, en écoutant l’album, je crois que j’y suis arrivé, car je peux l’écouter sans ressentir de tristesse.

Le nouvel album de TYGERS OF PAN TANG, « Electrifyed », est disponible chez Mighty Music.

Photos : Steven Christie

Retrouvez aussi la chronique de l’album précédent :

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Hard Rock

Ricky Warwick : made in rock

Le plus connu des rockeurs de Belfast ne tient pas en place. Moins de deux ans se sont écoulées et RICKY WARWICK se présente déjà avec un neuvième album solo, qui tient d’ailleurs toutes ses promesses. Musclées et accrocheuses, les nouvelles compositions du guitariste-chanteur semblent immunisées contre toutes les tendances et le courants de la sphère musicale actuelle… et c’est une très bonne nouvelle ! Irrésistiblement Rock et généreusement Hard Rock, « Fire & Vengeance » parle à tout le monde avec une authenticité de chaque instant.

RICKY WARWICK

« Fire & Vengeance »

(Earache Records)

A peine dix-huit mois après « Blood Ties », l’Irlandais fait de nouveau rugir sa guitare au son de ce Rock’n’Roll, version Hard Rock évidemment, qu’il chérit tant et dont il a déjà écrit de bien belles pages. Le leader de Black Star Riders et The Almighty, qui fut également de la résurrection de Thin Lizzy, continue donc de battre le fer tant qu’il est chaud et ce « Fire & Vengeance » est une très bonne cuvée. RICKY WARWICK retrouve cette fois encore l’ex-Buckcherry Keith Nelson, venu co-produire, co-écrire et jouer sur ce nouvel opus.

Cet éternel rebelle ne triche jamais et c’est ce qui le rend si attachant. Et c’est aussi pour cette raison qu’il est encore si bien entouré sur « Fire & Vengeance ». Et ce qui est encore plus remarquable, c’est que l’ensemble reste toujours aussi personnel et tellement distinctif. Sur « Hellbent & Heaven Sent », Doug Aldrich (The Dead Daisies, ex-Whitesnake) se montre toujours aussi brillant, à l’instar de Charlie Starr de Blackberry Smoke sur le très roots « When The King Falls ». Et si les ambiances varient, la touche de RICKY WARWICK reste unique en son genre.

Bien sûr, on retrouve quelques notes celtiques (« Sweet County Down » avec Soren Hold de The High Kings), ainsi que l’ombre de Thin Lizzy (« Last Chance To Dance ») et c’est aussi ce qu’on attend de lui. Parmi les autres invités, Phil Collen de Def Leppard intervient sur « Seek Zen Destroy » et ses deux-là font vraiment des étincelles. S’il a passé 20 ans en Californie, l’Irlande tient une place de choix dans l’atmosphère générale de « Fire & Vengeance » et dans les textes. La voix de RICKY WARWICK mûrit en se bonifiant et son style reste inimitable.

Retrouvez les chroniques des deux précédents albums de RICKY WARWICK :

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Hard Rock

Stormbringer : deep & wild

Terre de Rock s’il en est, l’Angleterre reste toujours aussi créative et vivace. Avec force et humilité, STORMBRINGER est de ceux qui renouvellent cette scène brillamment. Fort d’une belle expérience, le combo se présente avec un nouvel effort différent des précédents, mais tout aussi dynamique et costaud. « Transcendence » évolue tout en contraste, massif d’un côté et aérien de l’autre, dans un Hard Rock intemporel gravé dans la tradition et très Heavy à l’occasion.

STORMBRINGER

« Transcendence »

(Attic Records)

Fondé en 2011 à Northampton, STORMBRINGER a trouvé sa place entre un Hard Rock puissant et un Classic Rock plus mélodique, avec cependant une touche Heavy qui lui permet de durcir le ton au moment opportun. Avec ce cinquième album, c’est un aspect plus introspectif de son identité qu’il nous fait découvrir. Brut dans le son, « Transcendence » joue sur les émotions avec beaucoup de finesse et d’authenticité. Pour autant, au regard de leurs précédents opus, c’est une évolution assez naturelle pour les Britanniques.

En confiant la production à Russ Russell (The Wildhearts, At The Gate, New Model Army), STORMBRINGER s’est assuré une assise solide pour ses morceaux et ceux-ci respirent autant qu’ils percutent. Car, même en explorant des thématiques comme la résilience, les luttes intérieures et le monde qui nous entoure, le quintet n’a rien perdu de sa verve, ni de son allant. Avec beaucoup de sincérité, le frontman Mick Stockley donne une dimension plus sensible à « Transcendence », qui gagne en profondeur et en assurance au fil des titres.

S’ils n’ont jamais cessé d’explorer diverses facettes de leur style depuis leurs débuts, les Anglais semblent ici faire volte-face pour revenir aux fondamentaux qui ont forgé ce Hard Rock à la fois racé et élégant. Direct, mais affichant beaucoup de nuances, STORMBRINGER se montre implacable et groovy à souhait (« Energy », « Busy Doing Nothing », « Grow », « Whole Again », « Damn You All »). La force des refrains, le travail sur les riffs et les solos et l’approche des compositions dévoilent un groupe inspiré et en pleine possession de ses moyens.

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Glam Metal Hard Rock Sleaze

Speed Stroke : rockin’ airplane

Déjantés et un brin irrévérencieux, les Transalpins font un retour costaud et enthousiaste. Capables de belles fulgurances et livrant des mélodies claires et puissantes, SPEED STROKE joue sur une certaine nostalgie, tout en imprimant une touche très actuelle, histoire de faire durer le plaisir du Glam et du Sleaze Rock. Et « Damage Control » mène cette mission à bien. Traditionnel et exalté, le groupe offre une belle performance et garde toute la légèreté inhérente au style. Un disque qui respire, dopé à un carburant Metal/Rock détonant.

SPEED STROKE

« Damage Control »

(Scarlet Records)

Alors que le Glam et le Sleaze, Rock comme Metal d’ailleurs, semblent reprendre des couleurs depuis un moment déjà, c’est du côté de l’Italie qu’il résonne cette fois. Fondé en 2010, SPEED STROKE sort son quatrième album, quelques six ans après « Scene Of The Crime ». Cependant, si elle est moins prolifique que d’autres, la formation d’Imola n’a rien perdu de son mordant, ni de cette énergie si communicative. Et avec « Damage Control », les ambiances plus Heavy et Hard Rock dominent et donnent du corps à l’ensemble.

Guidé par un frontman percutant, SPEED STROKE évolue dans un univers positif et dynamique. Très direct, le Heavy Glam du combo fait mouche. Riffs acérés et solos plus ou moins épiques, la recette fonctionne bien et les refrains accrocheurs finissent vite par devenir entêtants. Bien sûr, c’est l’esprit 90’s qui donne le ton et il va puiser autant dans la fondatrice scène californienne que dans celle, plus récente, issue de Scandinavie. Le mix est audacieux et l’assimilation des deux héritages plutôt réussie. La connexion est établie.

En ouvrant avec l’explosif « Glorious Breakdown », SPEED STROKE tape dans le mille et s’assure toute notre attention. Le travail sur les guitares est remarquable et les twins donnent du volume à un registre bien maîtrisé (« State Of Shock », « In Flames », « All For The Week-end », « Blessed By Misery » en duo avec la chanteuse Giorgia Colleluori d’It’sAlie, et le morceau-titre). Même s’il affiche quelques baisses de régime, « Damage Control » est un bon album, bien produit aussi, et qui confirme les qualités du quintet. Le Glam Metal et Sleaze Rock n’ont pas dit leur dernier mot.

Photo : Veronica Anacleti

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Hard'n Heavy

Witchforce : une énergie libérée

Avec beaucoup d’impact et une force brute, la formation de la Grande Pomme conjugue la vélocité du Heavy Metal avec la rudesse du Hard Rock. Mené par une frontwoman exaltée et mordante, WITCHFORCE s’adresse autant aux puristes du siècle passé qu’à la nouvelle génération. Dense et généreux, « Witchforce » n’entend pas révolutionner le genre, mais il vient franchement apporter une belle pierre à l’édifice. Costaud et bien (auto)produit, il renforce une tradition inamovible.

WITCHFORCE

« Witchforce »

(Independant)

Après avoir sorti quatre singles ces deux dernières années, WITCHFORCE se déploie sur un premier album éponyme plus que prometteur. Originaire de New-York, le quintet propose un Hard’n Heavy solide et musclé, qui n’est pas sans rappeler le meilleur des années 90. Avec une saveur très underground, les Américains ont su tirer parti de leur héritage national, tout en y insufflant également des influences européennes. Et ce mélange de Metal traditionnel inter-continental est franchement séduisant et presque évident.

Ayant reboosté leurs premières compositions, on retrouve donc « Into The Woods », « The Hunter », « True Believer » et le récent « Kicked Out Of Hell » sur ce premier opus et ils se fondent parfaitement dans ce furieux « Witchforce ». Composé de musiciens expérimentés, WITCHFORCE peut aussi compter sur une chanteuse survoltée et tout en maîtrise. Très puissante vocalement, Cassie Nadeau a du coffre et renvoie par moment à la grande Doro de l’époque Warlock. Une comparaison qui tient même ici de l’évidence.

A fois classique et contemporain, le jeu des deux guitaristes alternent entre des riffs racés, des solos millimétrés et un sens de la mélodie plein de feeling. Fluides et massifs, ils offrent un bel équilibre à WITCHFORCE et renforcent le groove de la section rythmique (« Witchcraft », « We All Shine On », « Call Of The Wild », « Save Our Souls »). Accrocheur et fédérateur, « Witchforce » se dévore de bout en bout et l’intensité des morceaux ne faiblit pas. Sans fioritures, le combo va à l’essentiel, sans retenue, reste accessible et fait déjà forte impression.

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Hard Rock

Airbourne : ravageur

Du riff, du riff, du riff… et de la nuance ! Dynamique et resserré sur un registre parfaitement maîtrisé, AIRBOURNE surgit avec un sixième album aussi brûlant que racé. Attendu avec impatience, sept ans après le sulfureux « Boneshaker », il atteste avec force et conviction de la pertinence du groupe à persévérer dans un style tellement intemporel et devenu si familier. « Airbourne » transpire le Rock’n’Roll sur chaque note dans une allégresse communicative et on a du mal à se défaire de cette nouvelle réalisation made in Australie.

AIRBOURNE

« Airbourne »

(Spinefarm)

Chroniquer un album d’AIRBOURNE, c’est un peu comme faire ses devoirs de vacances. On y va avec le sourire et pas mal d’insouciance ! Il faut dire que tous les ingrédients sont réunis : beaucoup de fraîcheur et un enthousiasme à toute épreuve. Certes, le quatuor ne réinvente pas la roue et préfère utiliser celle qui tourne déjà toute seule, mais on ne saurait s’en plaindre. Dans un Rock’n’Roll appuyé et dans la droite lignée de qui-vous-savez, les Australiens font une fois encore honneur à leur rang et à ce qui est devenu le style institutionnel de leur île-continent.

Et ce n’est pas un hasard si AIRBOURNE a si longtemps peaufiné ses nouveaux morceaux. Les Australiens ont eu à cœur d’aller au plus près de leur ADN musical en travaillant au maximum ce « Airbourne », qui n’est pas éponyme pour rien. On y retrouve en effet le concentré de ce qui a forgé l’identité artistique du combo depuis ses débuts. Hyper-efficace, frontal et aussi entraînant que fédérateur, ce nouvel effort est probablement le plus abouti de tous. Et pour parvenir à un tel résultat, les choses ont été faites dans les règles de l’art.

Enregistré par Mike Fraser, mixé par Zakk Cervini et produit par Brian Howes, qui avait déjà œuvré sur « Black Dog Barking » en 2013, « Airbourne » frappe, cogne et surtout respire grâce à un travail en analogique soigné. Palpitant, AIRBOURNE nous cueille dès « Gutsy » avec un Hard Rock qui va à l’essentiel et un Joel O’Keeffe, au chant, qui ne demande qu’à en découdre… dans la joie ! Et malgré le sombre « Alive After Death (Last Plane Out) », c’est surtout l’aspect festif qui domine (« Kid In A Candy Shop », « Last Man Standing », « Hell’s Got No Vacancy »). Bouillonnant !

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Hard Rock International Sleaze

Kickin Valentina : raw and wild [Interview]

En un peu de plus de 15 ans, la formation d’Atlanta a imposé sa patte sur la scène Hard Rock internationale avec ce côté Sleaze, un brin Glam et sans compromis qu’elle affiche en étendard. Avec « Anthems From The Underground », KICKIN VALENTINA fait bien plus que de rendre hommage à ce milieu en marge des productions mainstream, il salue un public fidèle, sincère et amoureux d’un style que le quatuor porte haut et qu’il fait sonner avec une modernité qui ne néglige pas cet état d’esprit et cette attitude si Rock’n’Roll. Ce nouvel album est un hymne à la liberté, à un style de vie aussi et surtout à une obstination à ne pas se plier aux règles, ni aux dictâtes quels qu’ils soient. Et c’est encore le très direct frontman et parolier D.K. Revelle, qui s’exprime le mieux sur la démarche ‘underground’ et authentique, si chère au combo.

– Ce cinquième album, hors EPs bien sûr, est assez spécial puisque vous y clamez votre amour pour le Hard Rock underground, dont vous êtes issus. Pourtant, votre notoriété dépasse aujourd’hui largement le milieu. Est-ce à dire que vous ne vous sentez pas à votre place dans un cercle plus mainstream ?

Le terme ‘Underground’, tel que nous l’utilisons dans le titre du nouvel album, « Anthems From the Underground », signifie simplement que, puisque le ‘Rock’n’Roll’ n’est pas ‘grand public’ actuellement et ce depuis un certain temps, et que nous sommes un groupe de ‘Rock’n’Roll’, le style de musique que nous produisons est, selon nous, ‘Underground’ aujourd’hui. C’est ainsi qu’est né ce titre, finalement, c’est notre vision des choses.

– D’ailleurs, si l’underground est d’abord une question d’attitude et d’état d’esprit, tout se joue aussi dans le son et le contenu des morceaux et, en ce sens, KICKIN VALENTINA est sans concession. Est-ce ce qui vous rattache en premier lieu à cet univers ? Sa sonorité et son ambiance si particulières ?

Les quatre membres de ce groupe jouent et composent ce style de Rock depuis les années 80… On y était ! D’ailleurs, je me fais peut-être vieux ! (Rires) Mais honnêtement, c’est ce qu’on ressent individuellement et collectivement, et c’est ce qui fait la magie du groupe.

– « Anthems From The Underground » reste ancré dans ce que vous avez toujours joué. Cependant, je le trouve peut-être moins Sleaze et moins festif. Sans être sombre, il paraît moins léger et plus sérieux. Etait-ce votre intention de marquer une sorte de virage ? Et puis, cette fois, vous avez travaillé avec Pete Newdeck et c’est peut-être cela qui donne cette sonorité si particulière à « Anthems From The Underground ». Avez-vous senti qu’il fallait aborder un nouveau chapitre après « Star Spangled Fist Fight » ?

Non… Excellentes questions, mais non… (Sourires) L’ambiance et le son de ce nouvel album sont surtout dus à la présence de notre ami et frère Pete Newdeck à la production. Il nous a suggéré de nouvelles pistes que nous n’aurions peut-être pas explorées sur les précédents albums de KICKIN VALENTINA… De plus, l’écriture des chansons n’est pas préméditée. C’est simplement ce qui nous est venu naturellement cette fois-ci, et je trouve que c’est une évolution naturelle pour nous. Nous n’avons jamais de direction prédéfinie, ni ne suivons aucune tendance lorsque nous commençons à écrire un nouvel album. On ne se prend pas la tête, on fait juste ce qui nous vient instinctivement… (Sourires)

– Justement, est-ce également sur scène que de telles décisions se prennent avec l’envie de peut-être apporter de nouveau arrangements à d’anciens morceaux, tout en pensant aux prochains ?

Non… Les vieux morceaux sont à peu près les mêmes et nos concerts sont improvisés à 75 % et structurés à 25 %, en ce qui concerne la setlist… Et c’est le live et l’énergie du public, qui nous anime. Il n’y a pas de pistes préenregistrées, pas de métronome, etc… Et vous ne savez jamais à quoi vous attendre de nous, soir après soir ! (Sourires)

– Vous avez déclaré que vous vouliez rendre hommage à vos fans sur ce nouvel album. Est-ce que vous avez articulé l’ensemble du disque en ce sens ?

Non, encore une fois… J’aime à penser que tous nos albums rendent hommage non seulement à nos fans, la ‘Kickin Valentine Mob’, mais aussi à nos héros du Rock’n’Roll, d’hier comme d’aujourd’hui.

– D’ailleurs, il y a une chose qui peut également expliquer ce changement dans le son d’« Anthems From The Underground ». En effet, vous l’avez enregistré chez vous à Atlanta, puis il a été mixé en Angleterre avant d’être masterisé à Toronto au Canada par Harry Hess. Si la technologie permet beaucoup de choses, votre album a beaucoup voyagé. Etait-ce trop compliqué de tout faire en Georgie ?

Non… C’est juste le chemin qu’on a choisi cette fois-ci et on en est contents ! (Sourires) D’ailleurs, un grand merci à Pete Newdeck et Harry Hess !

– Enfin, il y a une question que j’aimerais te poser. Est-ce que tu connais des groupes issus de l’underground, qui sont aujourd’hui suivi par un très grand nombre de fans à travers la planète, et qui se déclarent toujours de ce milieu ? Et d’ailleurs, est-ce vraiment possible de revendiquer ce statut à partir d’un certain moment quand le succès est au rendez-vous ?

Hmmmm… Je ne suis pas sûr de connaître beaucoup de nouveaux groupes underground qui jouissent d’une grande popularité, ou d’un succès retentissant… Aux Etats-Unis, on ne soutient pas les nouveaux groupes de Rock autant qu’on le faisait avec ceux des années 80… Et à mon humble avis, il est temps de passer le flambeau à des groupes comme le nôtre… (Sourires) On est toujours là, on y croit et on y croit encore. Et grâce à nos fans du monde entier, on progresse avec succès, album après album, concert après concert, année après année. Et on continuera à le faire à la manière de KICKIN VALENTINA : en live, brut, fort et sans complexe !

Le nouvel album de KICKIN VALENTINA, « Anthems For The Underground », est disponible chez Mighty Music.

Photos : John Mortensson (3, 4)

Retrouvez aussi la chronique du précédent album de KICKIN VALENTINA :

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Hard'n Heavy

Tokyo Blade : éternelle authenticité

Généreux et tenaces, les Britanniques poursuivent leur renaissance avec un tel panache qu’on en viendrait à se demander si, finalement, cette seconde vie de leur carrière chaotique ne serait pas la meilleure. Certes, l’expérience acquise depuis 1982 fait toute la différence et elle les porte littéralement. Mais au regard de l’inspiration de ses deux leaders rescapés de la première heure, TOKYO BLADE paraît s’exprimer pleinement et sans complexe depuis quelques albums déjà. « Hoist The Colours High » est accrocheur et oscille avec fluidité entre Hard Rock et Heavy Metal avec précision. Les acteurs de la légendaire NWOBHM ne sont clairement pas venus faire de la figuration.

TOKYO BLADE

« Hoist The Colours High »

(Dissonance Productions/Cherry Red Records)

Depuis sa reformation en 2014, le quintet semble avoir trouvé une seconde jeunesse et c’est peu de le dire. Un peu plus d’un an après « Time Is The Fire », TOKYO BLADE rempile de belle manière avec « Hoist The Colours High », son quatrième opus en six ans. S’il n’a pas bénéficié de la même lumière que d’autres à l’époque, les Anglais sont pourtant un solide pilier de la NWOBHM, et ce nouvel effort atteste d’une vigueur intacte, d’un savoir-faire incontestable et d’une créativité qui rayonne toujours autant. Un mix de Heavy et de Hard Rock savoureux.

Aux manettes, le guitariste, compositeur et fondateur Andy Boulton n’a rien perdu de la flamme qui l’habitait jadis et se fait même plus efficace dans ses riffs et ses solos, tout en maintenant une belle virtuosité. Et si vocalement, Alan Marsh, chanteur originel du combo, marque légèrement le coup, mais s’adapte brillamment, il continue d’imprimer sa marque sur les nouveaux morceaux de TOKYO BLADE. D’ailleurs, « Hoist The Colours High » n’en manque pas, puisqu’il en compte 14 ! Une chose qui se fait très rare de nos jours et qui affirme une audace non-conventionnelle.

Doté d’une production claire, musclée et actuelle, il est difficile d’imaginer que le groupe a plus de 50 ans d’activité, tant il est direct et son approche pleine de fraîcheur. En réalisant un disque de près d’une heure dix, TOKYO BLADE pourrait laisser croire qu’il ait été réduit à faire un peu de remplissage. Au contraire, « Hoist The Colours High » se tient plutôt bien et présente même quelques titres qui devraient se faire lever les foules (« Screaming Evil », « Too Wired To Sleep », « When The Hammer Falls », « Mr. Nobody », « She Was A Soldier »). Réjouissant !

Retrouvez aussi les chroniques des deux précédents albums du groupe :