Sous couvert d’un sludge Progressif fulgurant et massif, MASTODON s’offre une introspection pour le moins explosive. Très technique, mais accrocheuse, la formation d’Atlanta est aussi Heavy que tortueuse et parvient avec classe à renverser un destin qui semble s’acharner sur elle depuis quelques année. Complexe et moderne, « Marrow Deep » fend l’armure et repasse à l’attaque en restant attaché au jeu et à la virtuosité, qui ont toujours fait la particularité du désormais quintet. En patron, il impose sa marque et se montre particulièrement inspiré.
MASTODON
« Marrow Deep »
(Loma Vista Recordings)
Depuis des années, MASTODON fait face aux tragédies avec abnégation, et là où certains auraient sans doute baissé les bras, il sait faire preuve d’une incroyable force mentale. Cinq ans après le double-album « Hushed And Grim » qui était marqué d’une certaine mélancolie après la perte de son ami et manager Nick John, le groupe a dû essuyer d’autres drames personnels, ce qui a finalement décuplé son envie de se remettre à l’ouvrage et de se surpasser. Et « Marrow Deep » se présente comme le coup de semonce attendu et la réponse à de nombreuses questions.
Autour de Brann Dailor (batterie, chant), Bill Kelliher (guitare) et Troy Sanders (basse, chant), MASTODON accueille João Nogueira (claviers) et Nick Johnston (guitare), qui apportent leur touche et leur fraîcheur. « Marrow Deep » laisse ainsi plus de place aux synthés, renforçant les mélodies et son côté Prog pour afficher sa pleine puissance. Intenable et costaud, le combo est plus vivant que jamais, se dévoile aussi beaucoup plus, comme pour mieux évacuer de vieux démons et conjurer le sort. Son identité est intacte et elle resplendit avec une énergie accrue.
Pour ce phénoménal retour, les Américains ont invité quelques amis, une habitude, mais qui prend ici tout son sens. Ainsi, Josh Homme (QOTSA) est de la partie (« Snakes For Dinner »), Randy Blythe de Lamb Of God (« A Vampire’s Demeanor »), Neil Fallon de Clutch (« The Three Fates »), ainsi que Geezer Butler et Joe Duplantier de Gojira sur « The Vanishing ». Nate Newton et Ben Koller, la section rythmique de Converge, enfoncent le clou, mais MASTODON reste seul maître à bord et garant de son œuvre (« Poisonous Weapons », « Out Like A Lamb », « Moth And Bone ») Magistral !
A noter qu’une longue interview de Brann Dailor sera très bientôt en ligne sur le site !
En attendant, retrouvez aussi la chronique de « Hushed And Grim » :
C’est dans une ancienne cathédrale de l’époque victorienne, reconvertie en asile où la science côtoie la folie, que KAMELOT a planté le décor de son nouvel album, le quatorzième. Forcément ténébreux, « Dark Asylum » brille pourtant par des mélodies lumineuses posées sur des rythmes véloces et martelées par de puissants riffs. Entre arrangements toujours aussi soignés et un Heavy direct et tranchant, ce nouvel opus ne déroge pas au côté cinématographique et à la théâtralité auxquels nous ont habitués les Américains. D’ailleurs, pour conter cette nouvelle histoire, les guests se succèdent et trouvent leur place dans cet univers symphonique riche en rebondissements. Fondateur, guitariste et compositeur, Thomas Youngblood revient sur « Dark Asylum » et plus largement sur sa vision musicale et artistique au sein de son groupe depuis plus de trois décennies.
– En cette fin d’été, vos fans vont découvrir « Dark Asylum », sa ténébreuse histoire et vont franchir les portes de RavenHill. A quelles réactions vous attendez-vous de leur part, sachant que vous les envoyez directement à l’asile ?
(Rires) Je pense que les fans apprécieront l’album, car il parcourt les différentes périodes qui ont forgé KAMELOT et que l’on retrouve dans une sorte de grand package. Nous avons aussi des invités incroyables au casting de ce grand film. Oui, j’ai vraiment hâte d’y être et de jouer ces nouveaux morceaux sur la prochaine tournée (qui passera par la France en novembre – NDR).
– En plus de 30 ans de carrière, c’est déjà votre quatorzième album et pourtant, vous n’avez jamais cessé d’aller de l’avant que ce soit en studio comme sur scène. Est-ce que tu penses que l’univers de KAMELOT est si vaste, au point qu’il reste encore beaucoup à explorer ?
Oui, absolument ! C’est un peu fou de penser à ces trente ans et ces 14 albums, mais je pense qu’en grandissant et en évoluant dans nos vies respectives, nous avons encore beaucoup de choses à dire et à bâtir. C’est important pour moi en tant qu’artiste, musicien et performeur de composer de nouveaux albums et de les jouer sur scène. Beaucoup de groupes aujourd’hui ne jouent que des morceaux datant de 30 ans sans travailler sur de nouvelles choses. Et je pense que ce qui fait la force de KAMELOT, c’est que nous continuons d’aller de l’avant. Nous sommes concentrés sur la création, nous y croyons et nous ne vivons pas dans le passé. C’est un aspect très important dans le groupe. Et créer de nouvelles expériences reste vraiment ce qui nous rend heureux.
– « Dark Asylum » marque aussi le retour de votre producteur de longue date, Sacha Paeth, qui joue d’ailleurs quelques parties de guitares. Et c’est vrai que la dynamique est là avec ce côté théâtral qui vous caractérise. Quel rôle a-t-il joué exactement dans la réalisation de l’album ?
Techniquement, Sacha peut être considéré comme le sixième membre du groupe. Il est l’un des compositeurs et il joue aussi de la guitare de temps en temps. Il travaille avec nous depuis « The Fourth Legacy » (sorti en 2000 – NDR) et il s’assure que nous n’allions pas trop loin et que nous gardions vraiment l’ADN de KAMELOT. Il est devenu l’un de mes meilleurs amis dans l’industrie musicale et c’est toujours amusant de travailler avec lui. Il s’est d’ailleurs plus impliqué sur cet album. Nous avons écrit ensemble la chanson « One Last Masquerade », et c’est pourquoi nous avons souhaiter la présence de Tobias Sammet d’Avantasia. Nos univers se rejoignaient et même s’il ne fait pas beaucoup de featuring, il a accepté notre invitation et le résultat est incroyable.
– Justement, les featurings se sont considérablement multipliés ces dernières années, au point qu’il devient rare de voir un album où il n’y en a pas. Qu’est-ce que cela apporte concrètement à KAMELOT ? Et plus largement, quelle est le sens de votre démarche en invitant d’autres musiciens ?
C’est quelque chose que nous avons commencé avec « The Fourth Legacy », il y a 26 ans maintenant. On a commencé à le faire, car j’avais des visions précises pour chaque morceau, dans le sens où je voulais transmettre certaines sensations. C’est une façon d’accéder directement à la pensée d’un personnage. C’est comme dans un film. Nous avons toujours eu une approche très cinématographique de notre musique. Je ne pense pas qu’on en a vraiment besoin, mais nous sommes tellement heureux d’avoir tous ces grands artistes comme amis aussi. Chaque album est un voyage, un film, même si on se pose la question au sujet des invités à chaque fois. Mais je pense que ces collaborations sont parfaites et rendent l’album unique. Et je suis fier de le faire avec intégrité également. Chaque artiste avec qui nous avons travaillé est le meilleur dans son domaine, et c’est un honneur aussi pour nous.
– Une fois encore, ce nouvel album est très riche en arrangements. Quelle est la proportion du temps passé à les finaliser par rapport à l’écriture en elle-même d’un morceau ?
On y a travaillé pendant deux ans, car cela représente aussi beaucoup de musique ! (Rires) Au final, il y a 15 chanson sur l’album, mais il n’y en en avait que 12 vraiment complètes ! Alors, nous sommes allés chercher des morceaux que nous avions écartés au départ, afin qu’ils soient aussi sur l’album. C’est à la fois un bonheur et une contrainte d’avoir autant de musique, car on veut être certains que tout soit à la bonne place. C’est donc un processus qui a commencé il y a environ deux ans, mais le riff de « Dark Asylum », par exemple, date d’il y a trois/quatre ans. Je n’avais pas eu l’occasion de l’utiliser jusqu’à présent. Je suis heureux d’avoir pu le faire, car il a une signature unique et étrange, telle que l’aiment les fans de KAMELOT ! (Sourires)
– KAMELOT est un pionnier du Metal Symphonique et vous êtes américains. Or, ces dernières années, on a plus le sentiment que le style est dominé par les groupes européens. Comment l’expliques-tu, toi qui as fondé le groupe ?
Tu sais, mes premières influences lorsque j’étais adolescent étaient essentiellement européennes, que ce soit dans la musique classique ou à travers la NWOBHM. Alors, quand il a été temps pour moi de faire ma propre musique à la guitare, c’était important d’y inclure tous ces éléments que j’aime. Ensuite, j’ai rapidement eu l’envie du bandonéon argentin, par exemple, ou des parties de Folk islandaise. Sacha a d’ailleurs facilité beaucoup de connexions de ce côté-là. Et j’ai souhaité intégrer ces artistes à ma vision. Ensuite, cela a évolué au fil des années. Nous avons ajouté des éléments symphoniques, des chœurs… C’est un luxe de pourvoir réaliser tout ce que tu peux avoir en tête. C’est vraiment cool ! (Sourires)
– Vous sortez donc votre quatorzième album en plus de trente ans. Est-ce que tu penses que l’évolution de la technologie a aussi pu vous permettre de repenser votre musique, notamment au niveau des arrangements et de la production ? Quel a pu être son rôle, selon toi ?
C’est une bonne question car, honnêtement, je ne me souviens même plus de ces années où je travaillais sur un quatre pistes. J’ai oublié le temps où j’étais capable d’appuyer sur un bouton et d’enregistrer ! Je n’avais pas à me préoccuper si l’ordinateur buguait ou chargeait correctement le son ! (Sourires) J’ai vraiment l’impression que ces années-là étaient plus créatives. Pour « Dark Asylum », je me souviens avoir conçu des morceaux sur mon IPhone en enregistrant des parties de guitare. Mais j’ai toujours en tête la manière de faire sans toutes ces technologies ! (Sourires) Pour ceux qui aiment vraiment les ordinateurs et la technologie, c’est certainement très utile. Pour ma part, je pense que c’est un double-échec. Mais la bonne nouvelle est que l’on peut encore créer malgré cette approche nouvelle ! (Rires)
– Enfin, vous allez commencer une grande tournée d’abord aux Etats-Unis, puis en Europe cet automne. Aujourd’hui, beaucoup de groupes jouent leur dernier disque en entier, et comme « Dark Asylum » est un concept album, est-ce que vous avez prévu de le jouer en intégralité ?
Je pense que c’est quelque chose que nous ferons dans un second temps. Sur la tournée à venir, nous allons jouer quatre ou cinq chansons du nouvel album, bien sûr, ainsi que des morceaux que nous n’avons jamais joué sur scène auparavant. C’est une demande de nos fans. C’est toujours un peu compliqué, car nous devons enlever certains titres de la setlist. Mais je pense que nous devons restés concentrés sur ce nouvel album, et pas seulement sur d’anciens succès. C’est ce qu’il y a de plus intéressant pour moi en tant qu’artiste. Mais il faudrait y réfléchir. Il pourrait s’agir d’un DVD spécial tourné dans une église, puisque l’asile dans l’album est en fait une ancienne cathédrale reconvertie. Oui, ce serait cool de le faire avec tous les invités ! Il faut qu’on y pense… (Sourires)
Le nouvel album de KAMELOT, « Dark Asylum », est disponible chez Napalm Records.
Si la somme d’informations récoltées et analysées par William Spok a de quoi donner le vertige, c’est qu’elle est aussi passionnante qu’instructive. Elle nous présente, en effet, un univers assez peu connu du public occidental. Et pourtant, «QUAND LE METAL FAIT RÉSONNER LA CHINE » s’ouvre sur une scène aux desseins divers, parfois opposés, et qui ont peut-être cette chance d’avoir émerger deux décennies après la naissance des formations européennes et américaines. Pour relever le défi, il faut déjà assimiler les bases, puis alimenter sa créativité tout en ne reniant pas sa culture et ses traditions. Une chance ou une malédiction ? Etat des lieux…
QUAND LE METAL FAIT RÉSONNER LA CHINE
William Spok
(Editions des Flammes Noires)
Trésor caché ou musellement délibéré de la part d’un Etat qui craint pour le contrôle qu’il exerce sur sa population ? Une chose est sûre, on n’en sait peu sur le Metal chinois, ce qui semble assez ironique compte tenu de la déferlante de produits du géant asiatique sur toute la planète au quotidien. Certes, le style a également eu mauvaise presse en Occident à ses débuts, mais tout de même pas au point d’être bloqué à la frontière, comme c’est le cas ici. « QUAND LE METAL FAIT RÉSONNER LA CHINE » nous fait pénétrer au cœur d’un système quasi-fermé aux autres marchés.
C’est sur la base de sa thèse que William Spok, docteur en anthropologie et créateur du webzine ‘Scholomance’, a bâti cette vaste et très fouillée enquête musicale. Un travail méticuleux qui fait office de bible du Metal chinois. Et à travers cet ouvrage conséquent, on s’aperçoit aussi que l’Empire du Milieu est loin de vivre à l’écart du monde, bien au contraire, mais c’est plutôt sa propre production qu’il peine exposer au grand jour. Et « QUAND LE METAL FAIT RÉSONNER LA CHINE » nous donne les pistes à suivre pour vraiment découvrir ce qu’il en est.
Ce qui surprend au fil des pages, c’est cette quête que semblent poursuivre musiciens, producteurs et même médias (assez underground et souvent résistants) : l’identité. Partagés notamment entre une volonté de concilier Metal et musique traditionnelle, ou a contrario de la rejeter pour se fondre dans la masse, les groupes font face à bien des dilemmes. Pourtant, la palette de genres est assez large, avec une dominante extrême, mais tout semble se jouer au niveau sociétal et forcément… politique. « QUAND LE METAL FAIT RÉSONNER LA CHINE » offre un bel éclairage.
16 x 23cm, 440 pages / 27€
Le livre est disponible sur le site des Editions des Flammes Noires :
Il y a quelques décennies maintenant, ces deux-là ont fait entrer la Suède dans l’ère du Glam et du Sleaze, grâce à un Hard Rock pêchu et accrocheur. Aujourd’hui, le frontman et le six-cordiste remettent le couvert avec le premier opus de ZAN/CODY, « Beautiful’n Damned », et il se murmure même qu’un deuxième est en cours d’écriture. L’alchimie est palpable et le talent vivace. Explosif et très contemporain, le duo a retrouvé ses marques et ne manque pas de repères.
ZAN/CODY
« Beautiful’n Damned »
(Frontiers Music)
Malgré trois albums seulement entre 1988 et 1993, Shotgun Messiah a laissé une empreinte forte dans le Hard Rock européen et surtout il fut précurseur du Glam Metal scandinave en ouvrant la voie à toute une génération, et même à d’autres depuis. De son line-up, on se souvent bien sûr du guitariste Harry Cody et du chanteur Zinny Zan, qui n’était pourtant présent que sur le premier effort éponyme, mais qui fut aussi le plus marquant. Et c’est dans cette perspective qu’est né ZAN/CODY, à savoir retrouver cette atmosphère aussi emblématique que particulière.
Bien sûr, les années ont passé et l’intention des deux Suédois n’est pas de livrer une réplique de leur ancien groupe. Et si on retrouve en partie le son qui a fait son succès, celui-ci s’est considérablement modernisé avec même un aspect presque futuriste, et un peu dérangeant. Car sur le papier, ZAN/CODY n’est crédité que des deux hommes, au chant et à la guitare. C’est-à-dire que le reste consiste en de la programmation, ce qui n’est jamais une bonne nouvelle pour qui aime le Hard Rock brut et sincère. La production y est donc essentielle.
En la confiant à Chris Laney (Pretty Maids, Crazy Lixx, Ronnie Atkins), le duo a tapé dans le mille et l’esprit d’un Hard Rock moderne et mélodique est parfaitement restitué. Les riffs de Harry Cody sont précis et incisifs et ses solos survolent les morceaux. Quant à Zinny Zan, sa puissance vocale est intacte et a même très bien mûri avec le temps. ZAN/CODY ne s’interdit pas quelques éclairs Sleaze et Glam et avance même sur un train d’enfer (« Sever », « I Am The Shit », « She Walks With Violence », « Damn » et le morceau-titre). On attend la suite !
Moins démonstratif que beaucoup de représentants du Prog Metal et moins pompeux aussi que la majorité de ceux du Power Metal, NOVAREIGN semble avoir trouvé l’équilibre en seulement deux albums. Le combo de Los Angeles continue pourtant d’expérimenter et de surfer sur un belle dynamique sans perdre de vue le Heavy Metal, qui reste la source de son style. Avec « Shifting The Axis Of The World », c’est avec un état d’esprit conquérant et beaucoup de maîtrise qu’il nous embarque dans un univers à la fois complexe et limpide.
NOVAREIGN
« Shifting The Axis Of The World »
(M-Theory Audio)
Huit ans après « Legends », un premier effort qui avait été salué par le public comme la critique, NOVAREIGN réapparaît enfin et avec plus d’ambition et d’audace encore. Plutôt axé sur un Prog Metal créatif que sur un Power Metal habituellement rébarbatif, le quatuor laisse libre court à son imagination… Et elle est débordante. Très technique et et véloce, « Shifting The Axis Of The World » est aussi le résultat d’années de travail, certes par intermittence, mais qui ont forgé de solides bases et permis au groupe de ne surtout pas freiner ses ardeurs.
Alors que la batteur Ulises Hernández œuvrait chez Judicator et Anubis, il a aussi intégré la formation. Un renfort de poids, d’autant qu’il connaît bien le guitariste Balmore Lemus, qui a joué ces dernières années avec Lunar, Dire Peril et… Judicator ! Et cette cohésion se ressent sur les nouveaux morceaux. NOVAREIGN est fortement armé pour se faire une place de choix sur la scène Metal. Au chant, David Marquez est imperturbable et puissant et Moises Galvez (basse) livre une véritable démonstration de force. L’art de percuter !
Sur des structures complexes et très changeantes, les Californiens ont opté pour des titres assez longs, ce qui leur laisse un bonne marge de manœuvre pour imposer des riffs acérés et des parties de guitare phénoménales sur des rythmiques aussi épiques que musclées. NOVAREIGN impose son jeu et sa patte et son Power Prog Metal prend une dimension que beaucoup vont lui envier. Les duels ne manquent pas, les envolées non plus et l’aspect atypique de l’approche instrumentale rend « Shifting The Axis Of The World » incontournable (« Ode To The Masses », « Sun &Moon », « Mors Indecepta », « Ironside »). Un bonne claque !
Brillant sur album où sa vélocité fait mouche, captivant sur ses albums live, VANDEN PLAS se montre également assez phénoménal en acoustique, où sa facilité à se réinventer est à la fois sophistiquée et intimiste. Avec « AcCult II », son inimitable Metal Progressif se fait plus Rock, même si les arrangements dans cet aspect plus organique nous rappellent son style d’origine. La connexion entre les musiciens offre aussi une chaleur inattendue et irrésistible.
VANDEN PLAS
« AcCult II »
(Frontiers Music)
Deux ans après « The Empyrean Equation Of The Long Lost Things », qui avait acté l’arrivée d’Alessandro Del Vecchio en lieu et place du claviériste Günter Werno, les Allemands signent le deuxième volet d’« AcCult », sorti il y a 30 ans. On y retrouve donc cette ambiance acoustique, mais pas forcément épurée, de l’album paru en 1996. Là où le précédent revisitait l’album « Colour Temple », première réalisation du quintet, celui-ci parcourt plus largement la discographie de VANDEN PLAS et dévoile également deux reprises.
« AcCult II » fait l’impasse sur les habituelles structures complexes des morceaux, qui ont fait la renommée du groupe pour laisser place à un style jouant directement sur le côté émotionnel. Et là où il se distingue, c’est que sa personnalité musicale et sonore est intacte. VANDEN PLAS évolue tout en maîtrise dans un registre auquel il n’est pas forcément habitué et reste cependant immédiatement identifiable. Il démontre avec habileté et virtuosité la qualité intrinsèque de ses compositions dans un vibrant état des lieux.
En ouvrant « AcCult II » avec « Far Off Grace », la formation place la barre très haut et d’ailleurs, on ne saurait que saluer l’intégration et l’approche tout en retenue de l’Italien aux claviers, qui intervient sur toute la seconde moitié de ce long morceau. Puis, VANDEN PLAS arrive encore à surprendre avec des versions pleine d’élégance de « Holes In The Sky » et « You Fly » avec la présence du saxophoniste de Supertramp, John Helliwell. Enfin, les covers « Boat On The River » de Styx et « Nothing Else Matters » de Metallica sont aussi de toute beauté.
C’est assez rare de voir des groupes de Metal se prêter au jeu de la musique de film, notamment lorsqu’il s’agit de la réinventer en se démarquant de l’originale. Pourtant, les Californiens de SLEEPBOMB se sont engouffrés dans le créneau et leur fertile créativité fait le reste. Dans ses moindres détails, « Songs in The Key Of Conan » restitue l’esprit de l’univers de « Conan le Barbare » et nous permet même de voir défiler certaines scènes. Loin d’en être à leur coup d’essai, celui-ci est un véritable coup de maître.
SLEEPBOMB
« Songs In The Key Of Conan »
(Koolarrow Records)
Jadis, il y a bien longtemps, la musique se jouait en live durant les projections de films. Mais ça, c’était avant. Alors, les Américains s’en sont fait une spécialité et aujourd’hui, on en garde une trace sur différents supports. SLEEPBOMB s’est déjà distingué en (re)composant des bandes originales pour des classiques comme « Nosferatu », « Metropolis », « La Nuit Des Morts-Vivants » ou encore « Le Cabinet Du Docteur Caligari ». Certes, il y a des similitudes entre les genres cinématographiques abordés mais, surtout, la maîtrise est totale.
Signé chez Koolarrow Records, le label du légendaire bassiste de Faith No More Billy Gould, le groupe de San Francisco a décidé cette fois de muscler son jeu en s’attaquant à l’iconique « Conan Le Barbare » de John Milius, sorti en 1982. A l’époque, le film présentait assez peu de dialogues, il faut le reconnaître, et SLEEPBOMB s’est jeté dans cette épopée instrumentale de plus d’une heure et quart et nous fait revivre de manière plus que convaincante l’atmosphère du long métrage qui a fait connaître un certain Arnold Schwarzenegger.
Et le groupe parvient sans mal à nous faire revivre les aventures du guerrier dans un style Cinematic Doom aux teintes post-Metal et au relief tribal. En jouant sur les tessitures sonores et avec l’apport de voix féminines éthérées, de quelques cuivres, de percussions, de synthés et même de clarinette, SLEEPBOMB renoue également avec l’ambiance très 80’s du film. Aussi percutants que contemplatifs, les 16 morceaux forment un ensemble profond et envoûtant. L’album « Songs In The Key Of Conan » mériterait de devenir aussi culte que la pellicule.
Avec « Solstice », la Londonienne vient s’inscrire parmi les artistes les plus créatives de sa génération. Si elle est souvent affiliée à la tendance Alternative Metal, son champ d’investigation est bien plus large. De formation classique, elle insuffle à ses compositions des éléments qui dépassent largement le genre et l’aspect cinématographique élève autant la teneur de ses textes que l’ambiance de ce nouvel opus. Inclassable et pertinente.
A.A. WILLIAMS
« Solstice »
(Reigning Phoenix Music)
Malgré son apparition assez récente sur la scène européenne, A.A. WILLIAMS n’a pas mis longtemps à se faire un nom. Dès 2019 avec un EP éponyme aux sonorités acoustiques, l’Anglaise marque les esprits. « Forever Blue » (2020) et « As The Moon Rest » (2022) ont confirmé l’originalité de l’artiste, dont les prestations scéniques ont conquis de plus en plus d’adeptes. Il faut dire que son style à mi-chemin entre post-Rock, Metal et musique classique a de quoi séduire bien au-delà des habituelles chapelles musicales. Un style affirmé !
Mais il n’y a pas que cette touche avant-gardiste qui attire chez elle. Au chant, au piano, à la guitare ou au violoncelle, A.A. WILLIAMS envoûte et électrise. Avec « Solstice », son troisième album, elle franchit un nouveau cap et la production signée Matt de Burgh Daly offre un relief supplémentaire à ses compositions, lui qui officie par ailleurs à la guitare, à la basse et à la batterie. Et le line-up est complété, toujours derrière les fûts, par Wayne Proctor. Précis et d’une élégance rare, le trio impressionne autant par sa finesse que sa puissance.
Si l’on peut faire un rapide parallèle avec l’Américaine Chelsea Wolfe dans le traitement des atmosphères, il faut reconnaître à A.A. WILLIAMS la conception d’un univers très personnel. Intimiste et souvent hypnotique, elle atteint des profondeurs froides et mélancoliques, où sa voix cristalline transcende les émotions entre deux déflagrations. La Britannique bouscule les codes en faisant le lien entre des passages Metal sauvages qui viennent se fondre dans son post-Rock avec une sensation gothique étonnante (« Poison », « Outlines », « Breathe »). Incontournable.
Authentique et capable de recréer des ambiances vieilles de quelques décennies, MIDNIGHT RIDER pose un regard bienveillant sans être passéiste sur une époque, où la genèse du Hard Rock et du Heavy Metal se faisait grâce à des formations désormais mythiques. La qualité des compositions et de leurs arrangements couplée à une belle et organique production fait de « Limited Infinity » un troisième album, où les riffs sont aussi peaufinés que les mélodies.
MIDNIGHT RIDER
« Limited Infinity »
(Massacre Records)
Changer le line-up d’un groupe au trois quart, et même si on en est le membre fondateur, est loin d’être anodin. C’est donc autour du guitariste Blumi que MIDNIGHT RIDER reprend son souffle et poursuit l’aventure. Il accueille Chris Black au chant, Hendrik à la batterie et Nik à la basse. Musicalement, on n’assiste pas à de profonds changements, mais plutôt à un nouveau souffle. Certes, l’ambiance rétro demeure et ce quatuor presque flambant neuf se meut dans un Hard 70’s et un proto-Metal enthousiasmants.
Tout en restant classique dans la forme comme dans le fond, MIDNIGHT RIDER s’est cependant détaché de l’empreinte de Judas Priest et de Black Sabbath, notamment très présente sur « Manifestation » (2017) et un peu moins sur « Beyond The Blood Red Horizon » (2022). Plus que jamais, les Allemands affichent une identité plus personnelle et surtout une détermination nettement plus palpable. Le nouveau frontman a parfaitement trouvé ses marques dans cet environnement 70’s et sa fluidité vocale fait vraiment plaisir à entendre.
Et si « Limited Infinity » est délicieusement vintage, il est aussi costaud et les parties de guitare, tout comme la rythmique, évoluent sur une belle dynamique. Le Hard Rock de MIDNIGHT RIDER a également quelque chose de très contemporain, ce qui confirme que le retour aux sources des Germaniques ne se fait pas sans garder en mémoire l’héritage de Montrose ou Riot notamment (« Charlemagne », « The Renegade », « Twice The Pride/Double The Fall », « Blitzlight », et l’acoustique « Evening Lights »). Un bel opus et de bonnes ondes.
De l’envie, elle n’en manque pas et cela se ressent tout au long du premier opus de la formation de la capitale. « Until The Void » s’impose presque de lui-même, tant il parvient à rassembler les éléments incontournables du Metal actuel. MECHANICAL SKIN bastonne autant qu’il séduit par ses capacités à diffuser de belles émotions. Très solide techniquement, il réussit à convaincre sans mal et nul doute que la force de ces nouveaux titres devrait prendre toute leur dimension en concert, où on les imagine lever les foules. Gardez un œil ouvert et une oreille attentive, l’énergie des Français est contagieuse.
MECHANICAL SKIN
« Until The Void »
(Independant)
Faire corps et monter en puissance tout en restant mélodique, c’est le credo de MECHANICAL SKIN et ce qu’il met en place depuis sa création en 2020. Alors qu’une grande partie de la scène hexagonale se tourne vers un Metal extrême, le quintet emprunte une voie parallèle et avec autant de détermination et d’expérience, et c’est un boulevard qui s’offre à lui. Au croisement entre un Alternative Metal musclé et un Groove Metal plus agressif, ce premier album vient confirmer le bel élan déjà pris sur les quatre titres de « Before I Die », premier EP sorti en mars 2024.
Depuis, MECHANICAL SKIN a pris du volume et les Parisiens témoignent parfaitement ici du chemin parcouru. Aujourd’hui, le groupe est plus aiguisé, racé et tranchant, et la bonne production de ce premier long format met très bien en valeur le travail effectué sur ces huit nouveaux morceaux (et sur l’intro). « Until The Void » est taillé dans le granit et il jaillit avec beaucoup d’originalité grâce à des influences bien digérées. Tout en restant accessible, il développe un côté massif et véloce, grâce à des membres unis qui ont le même objectif ravageur.
Sur des fondations clairement Hard Rock, MECHANICAL SKIN se fait fédérateur sur les refrains et incisif dans les riffs et, malgré un petit coup d’oeil dans le rétro, il se montre moderne dans l’attaque des titres. L’une des surprises vient également de son frontman que l’on découvre plutôt saturé sur l’entame de l’album, avant de revenir à un chant clair et puissant, qui lui va tellement mieux, par la suite. Le combo avance avec assurance et beaucoup de diversité, ce qui fait toute la richesse d’« Until The Void » (« Into A War », « Memories », « Fall Of Tyrant », « New World »).