Toujours debout malgré des aléas de la vie qui ne les ont pas épargnés, les Américains continuent d’aller de l’avant avec une volonté qui ne faiblit pas. Pour ce nouvel opus, leur leader, Michael Sweet, a carrément occupé un triple emploi, y allant de ses talents de guitariste tout en restant solide vocalement. Avec « Throne Of Thorns », STRYPER affiche une ardeur inamovible et si son Heavy Metal originel glisse aujourd’hui avec agilité vers un Hard Rock racé, toujours aussi fédérateur, il fait toujours de lui l’un des plus tenaces et inspirés de sa génération.
STRYPER
« Throne Of Thorns »
(Frontiers Music)
Depuis 1983, STRYPER est un modèle de fidélité à deux croyances qui ne l’ont jamais quittées : le Heavy Metal et la foi. Pour la première, les Californiens sont même, pour rappel, les pionniers du White Metal, c’est-à-dire le Metal Chrétien, un genre dont l’impact est assez minime, mais qui conservent pourtant sa place depuis des décennies. Les frères Sweet (Michael au chant et à la guitare et Robert à la batterie), Perry Richardson (basse) et Oz Fox (guitare) livrent ici leur 18ème album. Là où une certaine lassitude serait assez légitime, « Throne Of Thorns » atteste de la créativité du groupe et surtout de sa résilience face à des circonstances médicales difficiles.
En effet, pour la première fois de son histoire, Oz Fox n’a pas joué une seule note en raison d’importants problèmes de santé. Plusieurs fois opéré au cerveau et ne participant plus aux trop longues tournées du combo, des pics de tension sont apparues lors de l’enregistrement de « Throne Of Thorns » et elles ont altéré la justesse de son jeu et de son audition de manière générale. C’est donc Michael Sweet, devant lui même composé avec un cancer de la thyroïde diagnostiqué fin 2025, et avec des cordes vocales amoindries par l’âge, qui en a assuré toutes les parties. Alors que l’on pourrait imaginer STRYPER affaibli ou sur le déclin, c’est tout le contraire.
Ce qui est fascinant avec le quatuor, c’est qu’il fait preuve d’une force incroyable. Certes, le Heavy véloce de ses débuts a basculé vers un Hard Rock musclé, mais en gardant toujours chevillé au corps une identité musicale très identifiable. « Throne Of Thorns » multiplie les riffs tranchants et les solos restent toujours aussi virtuoses, tandis que les mélodies deviennent très vite familières. STRYPER maintient le cap avec beaucoup de classe, une envie et une fougue toujours très présente (« I’m Alright (I’m Okay) », « Alone Again », « Carry The Flame », « Here In Your Heart », « Shadowbreaker » et le morceau-titre en ouverture). Puissant et d’une grande justesse !
Renforcé par l’arrivée d’un second guitariste il y a deux ans, SVBMARINER élargit un peu plus son champ d’action et son post-Metal, toujours aussi polymorphe, prend un volume qu’il n’avait pas encore sur « Before The Celestial Realm ». Avec ce troisième album, «Another Rotation », Guillaume Pillitteri (chant, guitare), Vincent Boyer (basse), Corentin Achard (batterie, claviers) et donc Yome Venice (guitare) semblent prendre un nouvel élan, même si leur registre n’a pas fondamentalement changé. Adepte des (très) longs morceaux, le quatuor prend le temps d’installer des atmosphères très changeantes, captive aussi parfois par la complexité de la structure de ses morceaux pour, au final, surgir là où on ne l’attend pas forcément. Sombre et brut dans son approche, le quatuor joue sur une explosivité soudaine comme sur des passages instrumentaux plus aériens, qui offrent un contraste net avec un puissant growl. Le quatuor parisien au complet revient sur ce nouvel opus, ainsi que de son dessein créatif.
– Depuis ses débuts, SVBMARINER a toujours eu une démarche très originale en explosant littéralement les formats standards. Votre premier album « Morning Joy » comptait trois morceaux, le second « Before The Celestial Realm » quatre, tout comme celui-ci. Au-delà d’un style qui s’y prête, est-ce que ce sont finalement les atmosphères qui vous intéressent le plus ?
Guillaume : Oui, cela n’est pas un choix délibéré de notre part, mais la construction d’atmosphères est ce qui nous intéresse le plus. Si nos morceaux se démarquent des structures canoniques Rock ou Metal, c’est parce que nous cherchons à emporter et à nous faire emporter par les ambiances que nous créons.
Corentin : On pense beaucoup aux dynamiques quand on compose et qu’on structure un morceau. On fait tourner longtemps les plans en répétition pour que chacun puisse chercher la bonne intention, sans forcément avoir d’idées sur là où on veut l’emmener. Et on laisse l’alchimie nous guider. On aime qu’au sein d’un même morceau des moments lumineux côtoient des moments d’une grande noirceur ou d’une forte intensité, parfois même d’un plan à l’autre, sans notion de couplet ou de refrain à respecter.
Vincent : Dans la phase de composition, j’ai une approche presque cinématographique. Je visualise le morceau comme une histoire qui se raconte avec des rebondissements, des plans contemplatifs et une ligne directrice. Aussi, la durée importe peu, et au-delà des atmosphères, ce qui compte est de mettre en place une ambiance et d’embarquer l’auditeur dans l’aventure.
– D’ailleurs, et puisque c’est devenu la norme, vous aviez présenté deux singles, « Served » et « Theories », qui représentent à eux deux la moitié de votre album. N’est-ce pas un peu frustrant d’en dévoiler autant avant la sortie officielle ?
Guillaume : Nous sommes partagés à ce sujet, dévoiler la moitié de l’album ne laisse en effet plus trop de surprise, mais c’est la norme. Et pour cet album, nous avions à cœur de le promouvoir comme il se doit. Nous n’avions presque rien fait pour le précédent, qui méritait mieux que le simple post Instagram que nous lui avions dédié. C’est pourquoi nous avons fait le choix d’être de bons élèves et de nous faire aider.
Vincent : Clairement, on n’est pas les rois de la promo, et comme l’a dit Guillaume, on a fait le service minimum pour l’album précédent, dont on est pourtant très fiers, et c’est dommage puisqu’il n’a pas réellement rencontré son public. Donc cette fois, on joue le jeu de la promo et on sort des singles. Mais ce qui compte au final, c’est que notre musique parle au plus grand nombre.
Corentin : Et il reste encore beaucoup de choses qui n’ont pas été dévoilées ! Notamment notre morceau qui est je pense le plus ambitieux à ce jour, j’ai hâte que les gens l’écoutent.
– Revenons au contenu d’« Another Rotation », qui est une fois encore très nuancé. Le post-Metal est l’un des registres qui permet le plus de variations et SVBMARINER en explore énormément. Est-ce que, malgré tout, il y a un courant (Prog, Black, Doom, …) qui a votre préférence et qui vous sert de point de départ pour la composition ?
Guillaume : Non il n’y a pas de courant spécifique, les points de départs de nos compositions varient énormément, cela peut partir d’un plan très post-Rock ou d’un gros riff plus Doom. Ce qui est certain, c’est que pour cet album nous avons composé très différemment par rapport au précédent. Sur « Before The Celestial Realm » les morceaux étaient composés quasiment entièrement avant d’arriver dans le local de répétition par l’un d’entre nous. Alors que cette fois avec Corentin, nous avons posé les bases de plusieurs morceaux lors de sessions à deux, puis nous les avons longuement peaufinés à quatre.
Corentin : C’est la beauté de ce style, je trouve, il est finalement assez peu codifié et permet une interprétation très libre. Au moment de la composition avec Guillaume, nous prenions beaucoup de plaisir à expérimenter de plein de façons différentes : une idée de métrique inhabituelle, une gamme qu’on voulait essayer, … On a tenté de ne pas s’imposer de limites pour faire la musique que l’on avait envie d’entendre et qui nous faisait progresser en tant que musiciens. Avec beaucoup de choses qui n’ont pas été gardées ! Puis une fois tous les quatre, chacun se réappropriait la base qu’on avait proposée. Ensuite, comme Vincent l’a expliqué, on construit les morceaux au fur et à mesure en fonction des dynamiques et des ambiances. Si nous avons beaucoup de goûts musicaux en commun, chacun de nous à des influences assez différentes qu’il apporte à sa manière.
Yome: On essaye justement de jouer avec les codes des différents styles mais sans jamais les adopter complètement et en ajoutant si possible un élément discordant : du champ clair apaisé sur un passage blast, une rythmique prog sur un instrumental shoegaze, un pattern à la Meshuggah entre deux riffs post-Metal… je pense que c’est justement dans ce mélange des genres, sans jamais vraiment choisir, qu’on s’épanouit et qu’on est le plus pertinents.
– « Another Rotation » arrive quatre ans après « Before The Celestial Realm », ce qui peut paraître assez long. Est-ce qu’il vous a fallu un laps de temps plus important cette fois pour élaborer ce nouvel album et peut-être pour trouver de nouvelles thématiques ?
Guillaume : Le laps de temps s’explique par plusieurs raisons, la première est que nous avons changé de guitariste et il nous a fallu quelques mois avant de trouver Yome, puis qu’il s’approprie les morceaux inachevés. L’album était déjà bien avancé quand il nous a rejoint, mais plutôt que de lui demander de jouer les parties que Florian avait créées, nous l’avons laissé reprendre les morceaux. C’était pour nous la bonne façon pour qu’il prenne pleinement sa place au sein du groupe. La deuxième raison est assez commune, certains d’entre nous sont devenus pères et cela passait bien sûr avant la musique. Cependant, je pense que la principale raison vient du travail de composition qui a été différent. Bien que plus long, il nous a permis de nous renouveler et d’explorer notre créativité.
Vincent : Avec quasiment un nouveau bébé par année entre les deux albums, il a été très compliqué de tenir un quelconque planning. Par contre la musique, et la composition en particulier, a réellement été un exutoire dans ces années ‘difficiles’.
– D’ailleurs, ce nouvel album aborde des sujets très intimes qui vont de la paternité à la croyance. Est-ce que derrière ces longs morceaux se dessine une sorte de concept, ou chaque titre est-il indépendant des autres ?
Guillaume : Il n’y a pas de concept global, les morceaux partagent cependant tous la même nature introspective, questionnent l’identité et la spiritualité. « Theories » questionne la sincérité et la pertinence des croyances, « Served » est la transcription d’un moment de haine profonde de soi, « Season » contemple les choix toxiques de nos proches et « Best Mistake » est une réflexion à propos de la paternité.
– Les morceaux d’« Another Rotation » bénéficient de structures solides et parfois complexes. Est-ce que cette précision vous autorise tout de même quelques improvisations sur scène, ou l’ensemble est-il très calibré ?
Guillaume : L’ensemble est en effet très calibré, les quelques improvisations sont minimes et de l’ordre de l’interprétation plutôt que structurelles. La batterie pourra faire des breaks différents, le chant ou la guitare lead quelques variations, mais cela s’arrête là.
Corentin : J’aime qu’on garde un petit côté ludique entre nous, mon côté progueux fait que j’aime lancer un break un peu aventureux en live pour voir la tête et les sourires des copains sur scène. Et le côté hypnotique et expressif de certains plans fait qu’on les interprète forcément un peu différemment à chaque fois. Mais ça reste très écrit pour le reste.
Yome : L’album a été composé essentiellement en répétition et on a ajouté très peu d’overdub au moment de l’enregistrement. Les versions diffèrent donc assez peu entre le disque et les concerts, mais comme tout est joué et que notre configuration est plutôt classique, il reste de la place pour moduler l’interprétation et l’énergie sur scène.
– L’une des particularités de SVBMARINER est de jouer sur les variations vocales, passant du chant clair au growl et au scream avec agilité. Justement, l’écriture des textes se fait-elle en fonction des possibilités qu’offre la voix, ou est-ce sa versatilité qui guide vos mots ?
Guillaume : L’écriture ne se fait pas en fonction des possibilités vocales, les variations sont là encore le reflet de ce que nous essayons de faire, c’est-à-dire être créatifs et nous amuser en essayant de se renouveler. Les textes viennent souvent après la musique. Finalement, la voix n’est qu’un des éléments des atmosphères que nous créons.
– Enfin, c’est Magnus Lindberg qui signe le mastering de l’album et c’est vrai qu’il est devenu assez incontournable dans ce style notamment. Etait-il pour vous une sorte de garantie ? L’assurance de restituer le plus fidèlement l’atmosphère et l’esprit d’« Another Rotation » ?
Guillaume : C’est Etienne Sarthou, qui nous a suggéré de faire masteriser l’album par Magnus Lindberg. Avant la phase de production avec lui, nous n’avions personne de spécifique en tête. Mais lorsqu’il nous a proposé de travailler avec Magnus, nous n’avons pas hésité longtemps, car c’est effectivement une garantie. Nous ne nous sommes pas trompés, puisque le résultat va bien au-delà de nos espérances.
Vincent : Ça va bientôt faire 20 ans que Magnus Lindberg est dans mon radar, d’abord pour Cult Of Luna, et ensuite pour son travail de mastering. Aussi quand Etienne nous a proposé de passer par lui pour le master, il n’y a pas eu trop de questions à se poser. Et comme l’a dit Guillaume, le résultat est incroyable.
Yome : Etienne bosse avec Magnus depuis plusieurs années, ses mix sont optimisés pour son mastering. C’est un peu perturbant lorsqu’on doit écouter les mix intermédiaires d’ailleurs, car ils peuvent sembler déséquilibrés, avec notamment une caisse claire très en avant. Quand le master est arrivé, j’ai été soufflé par le résultat. Le son est énorme et cohérent. La caisse claire sonne aussi bien que celle des derniers disques de Cult Of Luna. Que demander de mieux !
Le nouvel album de SVBMARINER, « Another Rotation », est disponible chez Klonosphere/Season Of Mist.
Soyons clairs, le 28 août dernier, MASTODON a sorti l’album de l’année. Une évidence difficilement contestable pour tout fan de Metal, tant « Marrow Deep » explore des sphères et des atmosphères multiples, en puisant au plus profond de l’identité-même du groupe et avec la technicité qu’on lui connaît. Avec un style d’une telle richesse, regroupant en son sein autant de courants, la formation d’Atlanta semble être parvenue sur ce neuvième opus à un sommet de son art. Son Metal aux accents Sludge et aux teintes progressives, est plus percutant que jamais et la maîtrise affichée dévoile une musique d’une fluidité absolue. Si la présence d’une impressionnante liste d’invités apporte encore plus de saveur à l’ensemble, on retiendra aussi le moment très particulier dans lequel « Marrow Deep » surgit dans la vie du quintet. Fondateur, batteur, chanteur et compositeur, Brann Dailor revient sur ces dernières années en évoquant «Hushed And Grim », le concert-hommage à Black Sabbath, les récents changements de line-up et plus largement sa vision de la musique. Entretien.
– Sans revenir sur les drames personnels qui vous ont directement touchés, ainsi que l’ouragan Hélène il y a deux ans et dont vous parlez dans le morceaux « In The Ruins », est-ce qu’il y a eu un moment où vous avez pu vous dire : ça commence à faire beaucoup ? Y a-t-il eu un certain fatalisme au sein du groupe à une période ?
(Silence) Je ne suis pas sûr… (Rires) Cela a été un moment difficile et long. Mais ça n’a pas été comme si nous nous étions arrêtés, car nous avons continué malgré tout. L’album a été compliqué à faire, car beaucoup de choses ont été bousculées, beaucoup plus que d’habitude. Que ce soit dans notre vie de manière générale et collective comme dans la vie personnelle de chaque membre, tout a été compliqué. Je pense que c’est ce qui explique qu’il nous aura fallu cinq ans pour y arriver. Mais nous sommes là, nous sommes passés de l’autre côté ! (Sourires)
– Ce qui est assez extraordinaire, c’est que vous donnez le sentiment de vous être alimentés de tous ces évènements pour afficher aujourd’hui une énergie et une force décuplée. « Marrow Deep » est probablement votre album le plus intense et dense à ce jour. Est-ce que tout ça vous a finalement aidés à inverser le cours des choses et à nourrir aussi votre inspiration ?
Oui, c’est certain. Je sais qu’à la sortie de « Hushed And Grim » (en 2021 – NDR), il y avait beaucoup de mélancolie qui se ressentait sur l’album. C’était dû à la pandémie et aux divers sentiments qui nous ont traversés à ce moment-là. Et puis, nous avions aussi perdu notre ami et manager Nick John… C’est comme ça que nous nous sentions à l’époque. Ensuite, on s’est retrouvés à avoir beaucoup de temps devant nous, comme la majorité des gens, et c’est ce qui nous a conduit à composer ce double-album. Cela dit, je pense que nous avions aussi voulu faire une sorte de volte-face en catalysant toute cette énergie engrangée à ce moment-là. Ça a été une espèce de mission, car nous n’avions bien sûr pas anticipé tous ces changements et ces tragédies. C’est une combinaison de tout ça.
Et puis, tu sais, quand tu perds un frère comme Brent (Hinds, guitariste et chanteur décédé en 2025 – NDR) et que tu dois aller en studio dix jours après, tu ressens vraiment le besoin de jouer, de chanter et d’écrire sur ce qui vient de se passer. Quand c’est quelqu’un d’aussi proche de toi et qui a le même âge, tu te sens obligé de chérir ta vie. Tu veux à tout prix te sentir vivant et je pense que c’est ce qui s’est passé pour nous tous pendant l’enregistrement. L’urgence à ce moment-là était de jouer quelque chose de rapide et de chaotique. J’avais vraiment besoin de me sentir vivant derrière ma batterie et en chantant… Et cela se ressent forcément dans l’album. Cela a aussi, d’une certaine manière, aidé à sa construction.
– « Marrow Deep » est donc votre neuvième album et peut-être aussi le plus contrasté. Il y a une tension très palpable, qui tient presque de la rage et de la colère, et aussi des moments très aériens et délicats, comme si vous observiez les choses de plus haut. Est-ce l’album le plus personnel et introspectif que vous ayez enregistré jusqu’à présent ?
Oui, je pense. Tout était tellement frais quand nous sommes allés en studio enregistrer. Tout ce que vous entendez sur l’album est le reflet de ce que nous sommes en tant que groupe dans notre quotidien. Les sentiments sont partout, mais ils sont finalement très rares. Il nous a fallu prendre la décision de sortir de tout ça, de nous mettre à nu, ou au contraire aussi de se cacher. On s’est retrouvé dans l’obligation de s’ouvrir à la critique de nos sentiments les plus profonds et les plus sombres. C’est parfois très difficile à faire. Mais je pense qu’avec l’aide de tous ceux qui étaient là avec nous en studio, nous avons acquis le fait qu’il n’y avait pas de mal à être si vulnérables et on a retrouvé beaucoup d’assurance. En effet, c’est probablement notre album le plus personnel, notamment au niveau des textes.
– Dans cette même optique, vous vous êtes aussi inspirés des Moires de la mythologie grecque et de ses trois divinités qui relient la vie, la perte et le destin en conclusion de l’album sur le morceau « The Three Fates », avec Neil Fallon de Clutch. Est-ce que, de cette manière, vous considérez « Marrow Deep » comme le début d’un nouveau chapitre pour MASTODON, car c’est un peu l’impression qu’il donne ?
Oui, je le pense vraiment et spécialement sur et avec cette dernière chanson, « The Three Fates ». Cela se ressent surtout sur le troisième mouvement, qui est une conversation musicale entre João (Nogueira, claviers – NDR) et Nick (Johnston,guitare – NDR) qui devient fusionnelle. Pour nous, c’est un regard très réconfortant sur l’avenir du groupe. Cela arrive en fin d’album et on ressent peut-être l’angoisse, la tristesse et l’introspection qu’il y a tout au long de l’album. C’est un focus sur la musique de ces deux musiciens, qui sont les derniers arrivés dans l’équipe. Pour moi, cela représente l’avenir et ça dit aussi que tout va bien. C’est une fin très réconfortante ! (Sourires)
– Justement, un mot aussi sur Nick Johnston (guitare) et João Nogueira (claviers), vos deux anciens musiciens de scène qui vous ont officiellement rejoints. J’imagine que leur intégration s’est faite naturellement, mais est-ce que vous avez songé un moment à d’autres nouveaux partenaires ?
Non, pas du tout, car João est arrivé au moment de « Hushed And Grim ». il a joué un peu en studio, puis il est venu avec nous en tournée. Cela fait maintenant cinq ans qu’il est avec nous et c’est un musicien incroyable. Et Nick est là depuis environ deux ans et c’est un mec formidable aussi et un grand musicien. Même s’il a été créatif, il n’a pas eu l’occasion de s’exprimer pleinement, parce que nous avions déjà écrit beaucoup de choses avant son arrivée. J’ai vraiment hâte de répéter avec eux deux dans le futur. Nick a déjà proposé des riffs, des parties entières et des morceaux presque complets et il est vraiment très enthousiaste ! Ce sont tous les deux des gens et des musiciens incroyables et il y a une super ambiance entre nous. Ils sont très créatifs et c’est exactement ce dont nous avons besoin.
– D’ailleurs, vous coproduisez aussi « Marrow Deep ». Est-ce que, vu le contexte, vous avez tenu à être plus présents que d’habitude dans le processus complet de l’album, qui a été enregistré dans votre studio, mais que vous avez laissé d’autres mixer ?
En fait, nous sommes toujours producteurs, ou coproducteurs de nos albums. Nous n’avons jamais envoyé nos idées à quelqu’un d’autre. En revanche, c’est agréable d’avoir un regard extérieur une fois que les choses ont bien avancé. On peut rester bloqué sur un arrangement ou une chanson pendant des mois et c’est là qu’une autre perspective peut faire avancer des situations. Changer ou déplacer une partie, par exemple, peut vraiment changer un morceau. Donc, pour cette raison, c’est sympa. Mais pas trop non plus, c’est notre groupe ! (Rires) Nous sommes des grands garçons et nous savons ce que nous voulons. Mais nous restons ouverts à d’autres propositions quand elles viennent de personnes, qui ont suffisamment d’expérience pour cela. Oui, nous sommes toujours les seuls responsables de notre musique ! (Sourires)
– Sur « Marrow Deep », vous accueillez aussi des guests de renom comme Josh Homme, la rythmique de Converge, le chanteur de Clutch, Neil Fallon, votre ami Randy Blythe de Lamb Of God ou encore l’ex-Black Sabbath Geezer Butler. Est-ce que les circonstances ont fait que vous aviez besoin du soutien d’amis musiciens, ou est-ce une démarche purement artistique ?
C’est un peu des deux, à mon avis. En le faisant, je n’ai pas réfléchi à ce que nos amis pouvaient s’imaginer. Peut-être qu’ils pensaient que nous étions blessés et qu’ils aimeraient aider si possible. Après, ce n’est pas quelque chose d’exceptionnel. Nous avons toujours eu des invités sur nos albums. En fait, nous sommes même toujours en train de chercher ! (Sourires) Le plus spécial était probablement d’avoir Geezer Butler. Nous avons baigné pendant des mois dans Black Sabbath, ce qui a aussi été amplifié avec le concert ‘Back To The Beginning’. Donc, tout était très frais dans nos esprits. Je me suis dit que l’intro d’une chanson comme « The Vanishing » lui conviendrait parfaitement. On lui a demandé et on a eu la chance qu’il accepte. C’était très excitant et aussi un grand honneur de l’avoir sur l’album. C’est le mec le plus cool que j’ai jamais vu ! (Sourires)
– Un mot aussi sur notre ‘Frenchy’, Joe Duplantier de Gojira, sur « The Vanishing » avec qui vous êtes amis de longues dates. Comment se concrétise cette connexion entre vous depuis si longtemps ?
Nous avons toujours été similaires dans notre façon de nous présenter l’un à l’autre et nous sommes animés d’une même mentalité artistique, je crois. Nous nous connaissons depuis de longues années et nous sommes très proches. On a toujours eu envie d’avoir Joe, ou l’un des membres de Gojira sur nos morceaux. Et ce moment s’est présenté avec ce titre très lourd. Joe possède la voix parfaite avec son scream puissant. C’était l’occasion idéale pour l’accueillir. Il était super content et qu’il y ait aussi Geezer Butler sur le morceau a été la cerise sur le gâteau ! (Sourires) Nous aimons vraiment les gars de Gojira. On a commencé à tourner ensemble en 2014 et notre relation a beaucoup de sens. Nous sommes toujours en contact et on s’envoie beaucoup de messages. Nous sommes de bons amis et c’était génial d’avoir Joe sur l’album. C’est le meilleur ! (Sourires)
– Par ailleurs, les gens te connaissent surtout en tant que batteur, mais tu es aussi chanteur, bassiste et compositeur. Comment se passe le processus d’écriture au sein de MASTODON ? Chacun apporte ses morceaux ou le travail est-il plutôt collectif ?
C’est un peu plus collaboratif aujourd’hui. Avant, quand nous commencions à écrite, je m’en occupais en général avec Bill (Kelliher – NDR). Nous sommes très proches, car nous vivons à un peu plus d’un quartier l’un de l’autre. Donc, je passe le matin avec un café dans son studio et on commence à tester et imaginer des riffs pour voir si ça sonne bien. Ou alors, j’arrive avec une idée de morceau, par exemple. Je la lui soumets et on en parle. Ensuite, on prend nos guitares et on joue ce qu’on a aimé. Puis, si on se dit qu’il fait trois parties, il nous faut un chorus, un pont, un riff de fin, etc… C’est un peu comme ça qu’on bosse ! (Sourires) On travaille tous les deux environ huit heures par jour, peu importe le nombre de journées qu’on y passe. On pose les bases, en fait. Mais parfois, il arrive aussi que quelqu’un arrive avec un morceau complet et c’est toujours bienvenu. Mais c’est vrai que sur les derniers albums, Bill et moi entrions en studio avec beaucoup de matières, plus ou moins abouties, que nous présentions. Cela dit, sur « Hushed And Grim », Brent (Hinds – NDR) avait aussi apporté quelques idées et nous avions travaillé les arrangements ensemble pour les faire aboutir.
– L’an dernier, vous avez joué au fameux concert ‘Back To The Beginning’pour célébrer Black Sabbath. Comment as-tu vécu ce moment et que représentait Ozzy pour toi ? Une sorte de père spirituel ? Un mentor ?
Oui, Black Sabbath et Ozzy sont tout pour moi. Ils ont inventé cette forme d’art qu’on appelle le Heavy Metal. C’est une sorte de lieu où nous pouvons nous exprimer et laisser flotter le drapeau de cette musique. C’est la tribu à laquelle j’appartiens ! Tu sais, j’écoute toutes sortes de musiques et il y a beaucoup de choses que j’aime dans tous les genres. Mais le Heavy Metal est vraiment celui auquel je m’identifie. Et cela vient aussi de mes souvenirs d’enfance. J’ai grandi en écoutant du Metal avec Black Sabbath et Ozzy, Iron Maiden et Judas Priest. Un peu plus tard dans ma scolarité, ça a été Metallica, Slayer et les autres. Tous mes amis écoutaient ça ! Depuis mes six ans, Ozzy a toujours été là. Quand j’étais petit, je croyais même que c’était un personnage de dessin animé ! Je trouvais qu’il avait une tête de chauve-souris et qu’il était fou ! (Rires) Tout le monde autour de moi aimait Ozzy !
Alors, être invité à ce concert a été l’un des plus beaux jours de ma vie. Jouer dans ce stade et en premier… C’était le plus grand honneur que je pouvais espérer. Et puis, je ne voulais pas qu’on soit le groupe qui fait de la merde ! (Rires) J’avais carrément toutes les paroles des morceaux sur un tom de ma batterie. C’est vraiment le truc le plus cool que j’ai pu faire ! (Sourires) C’était juste 15 minutes, mais c’était comme sortir d’un avion après avoir fait un voyage. Cela a vraiment été l’une des expériences musicales les plus marquantes que je n’ai jamais faites. Et il y avait tellement d’amour dans l’air, tout le monde était très excité. C’est l’un des meilleurs concerts auquel j’ai assisté aussi, car c’était la célébration des fans de Heavy Metal pour eux-mêmes et ils honoraient aussi leurs pères en montrant qu’ils étaient très fiers de faire partie de cette communauté. La veille à Birmingham, l’ambiance était incroyable. Et puis, c’était également la même chose pour tous les groupes qui ont joué. On avait tous le même objectif. Nous étions là pour honorer Black Sabbath et Ozzy et leur offrir le rendez-vous qu’ils méritaient en leur montrant tout notre respect pour tout ce qu’ils ont donné en tant que musiciens. Il y avait un sentiment très fort de fierté. Que ce soit Metallica, Slayer, Tool, Alice In Chains, Lamb Of God, Gojira et tous les autres : on leur a tout donné. Personne n’était au-dessus de l’autre. Et ensuite, je suis allé dans le public, j’ai pris une bière et j’ai commencé à fêter ça avec tout le monde. Et quand Ozzy est arrivé, on a tous commencé à pleurer ensemble et à chanter. C’était vraiment incroyable…
– J’aimerais qu’on dise aussi un mot de « Floods Of Triton », ce morceau que vous aviez sorti avec Lamb Of God il y a deux ans. Outre le fait de vous retrouver entre amis, quelle était votre intention en sortant un titre hors-album, pour les deux groupes d’ailleurs ?
En fait, nous étions en tournée pour célébrer l’anniversaire des vingt ans de leur album « Ashes Of The Wake » et celui de « Leviathan », le nôtre. Par pure coïncidence, ils étaient sortis le même jour en 2004. Et il y a dix ans peut-être, nous nous sommes dits que si nous étions encore vivants, il faudrait faire une tournée ensemble pour célébrer ces deux disques qui sont sortis ensemble ! (Sourires) Tu sais, c’est compliqué d’être dans un groupe qui dure dans le temps. Nous sommes chanceux de ce point de vue-là. Alors, il fallait fêter ça ! Donc, c’était cool de faire le lien entre nos deux groupes à travers cette tournée. Et puis, nous avions ce morceau que nous pensions parfait pour Randy (Blythe, chanteur de Lamb Of God – NDR). Oui, je pense que cela s’est bien passé et j’aime beaucoup ce titre ! (Sourires) Les gars de Lamb Of God sont des gens que j’adore, ce sont vraiment des amis.
– Enfin, pour vous suivre depuis longtemps et pour vous avoir aussi vu au Bataclan à Paris en 2012 sur la tournée de « The Hunter », MASTODON donne l’impression d’avoir éclairci son jeu, tout en restant fidèle au Sludge et au Stoner. Etes-vous en quête de précision musicale, ou c’est une évolution finalement très naturelle ?
Je pense que c’est assez naturel. Quand tu as l’opportunité d’écrire de nouvelles chansons, tu vois ce qui se passe et tu es toujours excité de continuer dans cette perspective. C’est intéressant de regarder le passé avec le recul et de voir ce qui te fait toujours vibrer. Pour ce qui concerne la précision musicale, de mon pont de vue, quand je suis derrière ma batterie et que je fais un concert, j’essaie toujours d’être le plus parfait dans mon jeu. En tout cas, j’essaie ! (Sourires) Et il y a toujours des trucs qu’on oublie de faire, ou d’autres qu’on est content d’avoir trouvés ! C’est toujours très amusant ! (Rires) Par ailleurs, je recherche aussi cette expérience spirituelle en étant sur scène avec les gars et toucher cet instant dans une chanson qui peut atteindre un sommet. Je cherche toujours ce moment-là. Atteindre ça derrière ma batterie, le tout combiné à d’autres impacts émotionnels, est une chose qui reste gravée pour toujours. A ce moment-là, il y a une véritable et réelle connexion avec le public… Je les vois chanter… C’est ça que je recherche en fin de compte ! (Sourires)
Le nouvel album de MASTODON, « Marrow Deep », est disponible chez Loma Vista Recordings.
Photos : William Lacalmontie (1, 4, 5) et Deathcats (2).
Il ne faut pas très longtemps pour succomber au charme très latin du Heavy Metal d’IBRIDOMA. Chevronnés et rompus à la scène, les Transalpins font bien plus que de laisser parler leur expérience sur « Sangue Innocente ». Très libres dans leur approche du Heavy Metal, ils présentent leur septième effort et celui-ci est massif et véloce. Alternant l’anglais et sa langue natale, le groupe se distingue de bien des manière, et accueille même deux invités de choix à se joindre à lui, histoire d’élargir encore un peu plus le champ des possibles.
IBRIDOMA
« Sangue Innocente »
(Punishment 18 Records)
Fondé il y a 25 ans déjà par le chanteur Christian Bartolacci et le batteur Alessandro Morroni, IBRIDOMA poursuit sa route et sort son septième album, qui s’épanouit dans un Heavy Metal mélodique aux fulgurances Power. Malgré quelques changements de guitaristes, le line-up est aujourd’hui stable et ce sont Marco Vitali et Lorenzo Castignani qui œuvrent de belle manière aux rythmiques et aux solos. Et de côté-là, « Sangue Innocente » est franchement bien pourvu et la dynamique de la production est à nouveau irréprochable et soignée.
Musicalement, le quintet évolue dans une tradition bien établie et héritée des années 80 et 90. Cela dit, IBRIDOMA s’inscrit parfaitement dans son temps, loin de toutes ambiances vintage. Bien au contraire, les Italiens se montrent incisifs et percutants et, grâce à des refrains accrocheurs, ne tardent pas à vraiment captiver. Il faut aussi préciser que leur frontman chante également dans sa langue maternelle, ce qui donne une belle musicalité à l’ensemble. Comme quoi, l’anglais n’est pas forcément la règle, même si quelques titres sont interprétés dans la langue de Shakespeare.
Ecrites par le poète Walter Olivetti, les chansons « Sangue Innocente », « Solo Freddo », « Occhi Vuoti » et « A.I. » donnent une saveur particulière à ce nouvel opus et renforcent son originalité. Autre particularité, les présences de Giacomo Voli (Rhapsody Of Fire) sur le morceau-titre et celle de la chanteuse de Therion, Chiara Malvestiti, sur « The Other Side » dans un registre plus symphonique, montrant toute la maîtrise et l’éclectisme d’IBRIDOMA. Solide et inspiré, le combo livre sa réalisation la plus aboutie et rayonne littéralement.
Dix ans d’attente, et même beaucoup plus plus pour d’autres, et revoici nos gaillards de la côte est américaine qui refont parler la poudre ! Et la surprise est d’autant plus agréable, qu’on ne s’y attendait vraiment plus. En effet, sortir des disques est une chose, laisser une trace en est une autre. Avec « Cursum Perficio », ANTHRAX montre qu’il a toujours la rage, mais surtout que cette agressivité sonne comme une renaissance… en tout cas pour les fans de la première heure. Plus Speed que véritablement Thrash, le Metal des Américains vibre à l’unisson et puissamment.
ANTHRAX
« Cursum Perficio »
(Nuclear Blast Records)
Après Megadeth, c’est ANTHRAX qui régale. Décidément, quelle année ! Créatifs et novateurs jusqu’à « Persistence Of Time » et après avoir traversé plus de trois décennies en état de mort musicale, au point de s’interroger sur leur légitimité au sein du fameux ‘Big Four’, les New-yorkais renouent enfin avec la fougue et l’originalité qui ont fait leur marque de fabrique. Pour autant, le Thrash racé et incisif des débuts est désormais loin, mais on retrouve un Speed Metal mélodique un brin thrashy, c’est vrai, et d’une redoutable efficacité et d’une grande capacité à fédérer.
En y allant même de ses lettres latines, le groupe annonce une certaine prestance avec ce treizième album nettement plus riche et inspiré que son prédécesseur, « For All Kings », qui leur avait pourtant valu quelques belles louanges. Avec un Scott Ian retrouvé, qui était peut-être aussi parti se perdre avec The Damned Things, Motor Sister et plus récemment Mr Bungle, faute de mieux, ANTHRAX récupère le moteur de son jeu et de son style dans une forme incroyable. Ses riffs sont acérés et s’il s’est légèrement apaisé avec l’âge, ses rythmiques restent flamboyantes.
Ce qui surprend aussi sur « Cursum Perficio », c’est ce line-up originel (hormis Jonathan Donais arrivé en 2013) qui renoue avec l’envie de jouer ensemble. Derrière les fûts, Charlie Benante est impérial, Frank Bello enchaîne sans broncher les lignes de basse et surtout Joey Belladonna chante avec une liberté qu’il n’avait plus laissé entendre depuis des lustres. ANTHRAX est donc en ordre de marche et ça fait franchement plaisir ! Il suffit d’écouter « The Edge Of Perfection », « It’s For The Kids », « NYC 93 » ou « T.O.M.B. » pour s’en convaincre. La retraite n’est pas pour demain !
Très exigeante et méticuleuse, la musique des Norvégiens est l’une des plus passionnantes du monde du Metal Progressif. Le travail sur la narration est pointu et précis d’une part, l’aspect polymorphe de leur style est saisissant de l’autre, et tous deux semblent nécessiter un travail colossal. Si l’audace constitue toujours l’essentiel de l’ADN du groupe, avec « A Dark Poem », elle atteint même son paroxysme. Déployée sur trois volumes, cette saga surprend par les changements de paysages sonores, tout comme dans cette continuité artistique que l’on perçoit au cours des différents albums. GREEN CARNATION est de ces formations qui laissent des traces indélébiles dans une discographie, et ici plus que jamais. Avec « The Messiah Complex », l’ultime volet, c’est une fresque splendide qui s’achève dans une apothéose symphonique, digne de la grande créativité de ces Scandinaves décidément hors-normes. Fondateur, chanteur et compositeur, Kjetil Nordhus revient sur la démarche artistique du sextet et sur l’élaboration de cette superbe trilogie.
– Tout d’abord, on connaît le groupe pour sa démarche hors du commun avec notamment, et pour rappel, le fameux « Light Of Day, Day Of Darkness »qui était un morceau d’une heure constituant à lui seul un album. 25 ans plus tard, vous revenez avec une trilogie. Pour ceux qui vous connaissent, ce n’est pas si surprend. Qu’est-ce qui vous fascine et vous attire dans cette démarche très narrative et longue, alors que l’époque est à une musique malheureusement très formatée ?
L’idée d’une trilogie d’albums est née après la sortie de « Light of Day, Day of Darkness ». Bien sûr, il était impensable de sortir un autre morceau d’une heure après ça, mais je crois qu’après ce succès, nous étions déjà conquis. Nous avons donc décidé d’explorer une direction totalement différente pour les trois albums suivants, en découvrant d’autres facettes de notre univers musical. Lorsque nous nous sommes reformés en 2016 et, après cette année de retour, c’est lorsque nous avons décidé de continuer en tant que groupe et de composer de nouveaux morceaux que l’idée nous est revenue. Nous étions convaincus qu’il s’agirait du projet idéal, à la fois novateur et extrêmement ambitieux, et nous pensions être enfin prêts à le réaliser.
– Je me souviens de la sortie du premier volet de « A Dark Poem », où nous disiez espérer que l’auditeur soit captivédu début jusqu’à la fin, c’est-à-dire jusqu’au troisième volet. Est-ce qu’au moment de sortir « The Shores Of Melancholia » en septembre dernier, toute la trilogie était déjà écrite et peut-être même enregistrée ?
Oui, tous les morceaux des albums ont été enregistrés avant décembre 2024. Il nous a fallu un peu plus de temps pour la suite orchestrale, enregistrée en juin 2025, et pour le chœur d’opéra, enregistré en janvier 2026.
– Justement, lorsque l’on s’engage dans une telle œuvre artistique, est-ce que le travail en amont sur l’histoire et plus largement l’atmosphère générale est conséquent, car la longueur est aussi un paramètre important ? D’ailleurs, avez-vous composé l’ensemble de manière chronologique, ou pas forcément ?
Non, nous n’avons pas composé l’album de façon chronologique. Dès le départ, nous avions une vision claire de l’ensemble, tant au niveau musical que des textes. Nous avons également discuté des différentes thématiques que nous souhaitions aborder, puis nous avons commencé à composer. Une fois toutes les chansons prêtes, c’est-à-dire les démos, nous avons entrepris la création des différents albums. Il était important pour nous que chaque album ait une thématique différente, notamment au niveau des textes. Il était également essentiel que musicalement, chaque album puisse être écouté indépendamment des autres, tout en s’intégrant parfaitement à la trilogie.
– Concernant les textes, avez-vous procédé à l’écriture d’un synopsis, afin d’avoir une trame précise du déroulé, ou l’approche a-t-elle été plutôt poétique avec une liberté d’action dans l’évolution de l’histoire ? Car vous assumez aussi l’inspiration d’Arthur Rimbaud…
Il s’agissait d’une démarche résolument artistique. Le poème « Ophélie » d’Arthur Rimbaud a été, à bien des égards, notre point de départ pour le processus créatif de la composition de cette trilogie. Il était donc naturel pour nous de lui accorder une place importante dans sa conclusion, au sein de la suite orchestrale.
– D’ailleurs, à l’écoute des trois volumes, on distingue une certaine continuité musicale, tout au moins dans l’atmosphère générale. Avez-vous appréhendé « A Dark Poem » à l’instar d’une musique de film, car le fil est très cinématographique dans ses enchaînements ?
Oui, je pense qu’il y a une forte continuité musicale et je trouve que tout s’imbrique parfaitement. Aborder « A Dark Poem » comme une musique de film ? Je pense que c’est une bonne façon de l’expliquer, oui. Du moins, comme pour un vrai film. La création d’un album réussi s’apparente souvent à la construction de la dramaturgie d’un film. Créer une trilogie d’albums serait comparable à la construction de la dramaturgie d’un long métrage.
– Le premier volet est sorti en septembre 2025 et le dernier arrive juste un an plus tard. Est-ce qu’il vous a aussi paru important que l’ensemble sorte dans un délai assez raisonnable, c’est-à-dire assez court finalement ? Et est-ce aussi une manière de ne pas perdre l’auditeur, afin qu’il garde en tête l’évolution de la trilogie ?
Nous avons procédé ainsi, car GREEN CARNATION n’a pas vraiment sorti beaucoup d’albums ces 20 dernières années. Bien sûr, nous aurions pu sortir les trois albums le même jour, mais j’ai pensé qu’il était judicieux d’échelonner les sorties, afin de créer une dynamique et de permettre à GREEN CARNATION de se consacrer à de nombreux projets sur une période donnée. Cela semble avoir fonctionné, car l’intérêt a rapidement grandi depuis la sortie du premier album jusqu’à aujourd’hui. Bien sûr, nous aurions pu choisir une autre voie, mais je pense que c’était la meilleure solution pour nous, compte tenu de tous les éléments concernés.
– Bien sûr, un mot sur l’incroyable et épique « Orchestral Suite » et ses plus de 16 minutes que vous avez enregistré avec la flûtiste Ingrid Ose, l’Orchestre Symphonique et le Chœur de l’Opéra de Kristiansand. On y retrouve un texte parlé, mais l’ensemble est instrumental. Comment l’avez-vous composé, car on est assez loin de votre Metal Progressif ? En quoi l’écriture diffère-t-elle entre l’univers Metal et la musique classique ? Et comment y avez-vous trouvé les ponts pour conserver l’identité de GREEN CARNATION ?
Après notre année de retour triomphale en 2016, qui s’est conclue au ‘Kilden Performing Arts Centre’ de Kristiansand, notre ville natale, j’ai contacté l’Orchestre Symphonique de Kristiansand pour leur proposer une éventuelle collaboration. Nous avons signé une lettre d’intention et, en discutant de ce qui allait devenir « A Dark Poem », l’idée d’une collaboration avec l’orchestre m’est venue. Plutôt que de le réduire à un simple ‘immense clavier en arrière-plan’, nous souhaitions l’utiliser comme il se doit dans sa forme première. L’idée de lui confier la conclusion de la trilogie, en faisant un commentaire sur les thèmes musicaux précédents, a alors germé. Malgré quelques difficultés initiales de composition, Stein Roger a relevé le défi, ce qui a été une opportunité unique aussi pour lui, et il a réussi à composer l’œuvre, avec mon aide et celle précieuse de Martin Raabe Olsen, originaire de Kristiansand et musicien classique en Allemagne depuis plusieurs années. Il a ‘traduit’ nos idées en quelque chose de cohérent et jouable par un orchestre classique. Il était également présent lors de l’enregistrement, ce qui était, pour être honnête, une expérience assez unique pour nous. Je pense que cela correspond bien à l’esprit intransigeant de GREEN CARNATION.
– Enfin, une question s’impose bien sûr : comment s’est passé le concert où vous avez jouél’intégralité de « A Dark Poem » ? Et quel genre de scénographie aviez-vous imaginépour conter cette grande fresque au public ?
Nous avons donné un concert complet le 12 septembre dernier dans notre ville natale de Kristiansand, interprétant l’intégralité de l’album « A Dark Poem », avec l’orchestre symphonique, le chœur de l’opéra et les musiciens invités. Des spectateurs venus de 22 pays différents ont assisté à ce concert. C’était pour nous l’apogée de ce sur quoi nous travaillons depuis 2018. La scénographie était aussi complexe, à l’image de nos albums. Nous nous sommes lancés un défi de taille et nous y avons consacré toute notre énergie.
La magnifique trilogie, « A Dark Poem », est disponible chez Season Of Mist.
Photos : Lars Gunnar Liestøl
Retrouvez aussi les chroniques des deux premiers volumes :
Du côté de Glasgow, on forge le Metal le plus pur dans la grande tradition. Le Heavy de PYROCLAST est de ceux-là et il combine la branche anglaise avec une autre plus germanique pour n’en faire qu’une. Et si l’on n’est pas réellement dans le True Metal, on en est pas bien loin, tant l’authenticité de « Fractured State » dégage une vérité absolue. Sinueuse et véloce, cette nouvelle réalisation a tout d’une résurrection musicale, aussi virtuose que déterminée.
PYROCLAST
« Fractured State »
(Furious Music)
PYROCLAST fait partie de ces groupes qui font franchement plaisir à écouter. Un pied dans l’héritage Old School du genre et l’autre dans un Heavy très contemporain tirant sur le Power Metal, le compromis est parfait et la transition, autant que la jonction, entre les styles et les époques, très bien négociées. Et il n’y a pas que ça qui a été bien négocié par les Ecossais . En effet, ils ont œuvré sous le nom de Tantrum de 2014 à 2025 et sortis trois albums, dont « No Place For The Damned », réédité l’an dernier sous l’actuel patronyme.
Après l’EP « 2112 Days Of Christmas » essentiellement constitué de reprises (Thin Lizzy, Deep Purple, Iron Maiden, Rush et un titre original) sorti en décembre dernier, PYROCLAST est plus que jamais d’attaque pour poursuivre l’aventure. Avec « Fractured State », ses intentions sont claires : allier puissance et mélodie dans un élan imperturbable. Très direct, le combo se montre massif, très technique et tout en maîtrise de bout en bout. Le concentré d’énergie est réel sur les huit titres, par ailleurs très bien produits, et la dynamique est électrisante.
Histoire de mettre les choses au clair, c’est la morceau « Pyroclast » qui ouvre les hostilités et livre sans équivoque l’objectif des Britanniques sous leur nouvelle bannière. Racé et incisif, ce nouvel opus semble fonctionner à l’instinct et pourtant la précision des riffs est chirurgicale, les twin-guitares renvoient à la NWOBHM, les solos sont perçants, la rythmique est galopante et le chant de Mark Reid ne tremble pas un instant. PYROCLAST montre une belle assurance, bien aidé par une solide expérience (« Break The Tide », « Ozymandias », « Erebus And Terror »). Costaud !
Déjantés et un brin irrévérencieux, les Transalpins font un retour costaud et enthousiaste. Capables de belles fulgurances et livrant des mélodies claires et puissantes, SPEED STROKE joue sur une certaine nostalgie, tout en imprimant une touche très actuelle, histoire de faire durer le plaisir du Glam et du Sleaze Rock. Et « Damage Control » mène cette mission à bien. Traditionnel et exalté, le groupe offre une belle performance et garde toute la légèreté inhérente au style. Un disque qui respire, dopé à un carburant Metal/Rock détonant.
SPEED STROKE
« Damage Control »
(Scarlet Records)
Alors que le Glam et le Sleaze, Rock comme Metal d’ailleurs, semblent reprendre des couleurs depuis un moment déjà, c’est du côté de l’Italie qu’il résonne cette fois. Fondé en 2010, SPEED STROKE sort son quatrième album, quelques six ans après « Scene Of The Crime ». Cependant, si elle est moins prolifique que d’autres, la formation d’Imola n’a rien perdu de son mordant, ni de cette énergie si communicative. Et avec « Damage Control », les ambiances plus Heavy et Hard Rock dominent et donnent du corps à l’ensemble.
Guidé par un frontman percutant, SPEED STROKE évolue dans un univers positif et dynamique. Très direct, le Heavy Glam du combo fait mouche. Riffs acérés et solos plus ou moins épiques, la recette fonctionne bien et les refrains accrocheurs finissent vite par devenir entêtants. Bien sûr, c’est l’esprit 90’s qui donne le ton et il va puiser autant dans la fondatrice scène californienne que dans celle, plus récente, issue de Scandinavie. Le mix est audacieux et l’assimilation des deux héritages plutôt réussie. La connexion est établie.
En ouvrant avec l’explosif « Glorious Breakdown », SPEED STROKE tape dans le mille et s’assure toute notre attention. Le travail sur les guitares est remarquable et les twins donnent du volume à un registre bien maîtrisé (« State Of Shock », « In Flames », « All For The Week-end », « Blessed By Misery » en duo avec la chanteuse Giorgia Colleluori d’It’sAlie, et le morceau-titre). Même s’il affiche quelques baisses de régime, « Damage Control » est un bon album, bien produit aussi, et qui confirme les qualités du quintet. Le Glam Metal et Sleaze Rock n’ont pas dit leur dernier mot.
Sous couvert d’un sludge Progressif fulgurant et massif, MASTODON s’offre une introspection pour le moins explosive. Très technique, mais accrocheuse, la formation d’Atlanta est aussi Heavy que tortueuse et parvient avec classe à renverser un destin qui semble s’acharner sur elle depuis quelques année. Complexe et moderne, « Marrow Deep » fend l’armure et repasse à l’attaque en restant attaché au jeu et à la virtuosité, qui ont toujours fait la particularité du désormais quintet. En patron, il impose sa marque et se montre particulièrement inspiré.
MASTODON
« Marrow Deep »
(Loma Vista Recordings)
Depuis des années, MASTODON fait face aux tragédies avec abnégation, et là où certains auraient sans doute baissé les bras, il sait faire preuve d’une incroyable force mentale. Cinq ans après le double-album « Hushed And Grim » qui était marqué d’une certaine mélancolie après la perte de son ami et manager Nick John, le groupe a dû essuyer d’autres drames personnels, ce qui a finalement décuplé son envie de se remettre à l’ouvrage et de se surpasser. Et « Marrow Deep » se présente comme le coup de semonce attendu et la réponse à de nombreuses questions.
Autour de Brann Dailor (batterie, chant), Bill Kelliher (guitare) et Troy Sanders (basse, chant), MASTODON accueille João Nogueira (claviers) et Nick Johnston (guitare), qui apportent leur touche et leur fraîcheur. « Marrow Deep » laisse ainsi plus de place aux synthés, renforçant les mélodies et son côté Prog pour afficher sa pleine puissance. Intenable et costaud, le combo est plus vivant que jamais, se dévoile aussi beaucoup plus, comme pour mieux évacuer de vieux démons et conjurer le sort. Son identité est intacte et elle resplendit avec une énergie accrue.
Pour ce phénoménal retour, les Américains ont invité quelques amis, une habitude, mais qui prend ici tout son sens. Ainsi, Josh Homme (QOTSA) est de la partie (« Snakes For Dinner »), Randy Blythe de Lamb Of God (« A Vampire’s Demeanor »), Neil Fallon de Clutch (« The Three Fates »), ainsi que Geezer Butler et Joe Duplantier de Gojira sur « The Vanishing ». Nate Newton et Ben Koller, la section rythmique de Converge, enfoncent le clou, mais MASTODON reste seul maître à bord et garant de son œuvre (« Poisonous Weapons », « Out Like A Lamb », « Moth And Bone ») Magistral !
A noter qu’une longue interview de Brann Dailor sera très bientôt en ligne sur le site !
En attendant, retrouvez aussi la chronique de « Hushed And Grim » :
C’est dans une ancienne cathédrale de l’époque victorienne, reconvertie en asile où la science côtoie la folie, que KAMELOT a planté le décor de son nouvel album, le quatorzième. Forcément ténébreux, « Dark Asylum » brille pourtant par des mélodies lumineuses posées sur des rythmes véloces et martelées par de puissants riffs. Entre arrangements toujours aussi soignés et un Heavy direct et tranchant, ce nouvel opus ne déroge pas au côté cinématographique et à la théâtralité auxquels nous ont habitués les Américains. D’ailleurs, pour conter cette nouvelle histoire, les guests se succèdent et trouvent leur place dans cet univers symphonique riche en rebondissements. Fondateur, guitariste et compositeur, Thomas Youngblood revient sur « Dark Asylum » et plus largement sur sa vision musicale et artistique au sein de son groupe depuis plus de trois décennies.
– En cette fin d’été, vos fans vont découvrir « Dark Asylum », sa ténébreuse histoire et vont franchir les portes de RavenHill. A quelles réactions vous attendez-vous de leur part, sachant que vous les envoyez directement à l’asile ?
(Rires) Je pense que les fans apprécieront l’album, car il parcourt les différentes périodes qui ont forgé KAMELOT et que l’on retrouve dans une sorte de grand package. Nous avons aussi des invités incroyables au casting de ce grand film. Oui, j’ai vraiment hâte d’y être et de jouer ces nouveaux morceaux sur la prochaine tournée (qui passera par la France en novembre – NDR).
– En plus de 30 ans de carrière, c’est déjà votre quatorzième album et pourtant, vous n’avez jamais cessé d’aller de l’avant que ce soit en studio comme sur scène. Est-ce que tu penses que l’univers de KAMELOT est si vaste, au point qu’il reste encore beaucoup à explorer ?
Oui, absolument ! C’est un peu fou de penser à ces trente ans et ces 14 albums, mais je pense qu’en grandissant et en évoluant dans nos vies respectives, nous avons encore beaucoup de choses à dire et à bâtir. C’est important pour moi en tant qu’artiste, musicien et performeur de composer de nouveaux albums et de les jouer sur scène. Beaucoup de groupes aujourd’hui ne jouent que des morceaux datant de 30 ans sans travailler sur de nouvelles choses. Et je pense que ce qui fait la force de KAMELOT, c’est que nous continuons d’aller de l’avant. Nous sommes concentrés sur la création, nous y croyons et nous ne vivons pas dans le passé. C’est un aspect très important dans le groupe. Et créer de nouvelles expériences reste vraiment ce qui nous rend heureux.
– « Dark Asylum » marque aussi le retour de votre producteur de longue date, Sacha Paeth, qui joue d’ailleurs quelques parties de guitares. Et c’est vrai que la dynamique est là avec ce côté théâtral qui vous caractérise. Quel rôle a-t-il joué exactement dans la réalisation de l’album ?
Techniquement, Sacha peut être considéré comme le sixième membre du groupe. Il est l’un des compositeurs et il joue aussi de la guitare de temps en temps. Il travaille avec nous depuis « The Fourth Legacy » (sorti en 2000 – NDR) et il s’assure que nous n’allions pas trop loin et que nous gardions vraiment l’ADN de KAMELOT. Il est devenu l’un de mes meilleurs amis dans l’industrie musicale et c’est toujours amusant de travailler avec lui. Il s’est d’ailleurs plus impliqué sur cet album. Nous avons écrit ensemble la chanson « One Last Masquerade », et c’est pourquoi nous avons souhaiter la présence de Tobias Sammet d’Avantasia. Nos univers se rejoignaient et même s’il ne fait pas beaucoup de featuring, il a accepté notre invitation et le résultat est incroyable.
– Justement, les featurings se sont considérablement multipliés ces dernières années, au point qu’il devient rare de voir un album où il n’y en a pas. Qu’est-ce que cela apporte concrètement à KAMELOT ? Et plus largement, quelle est le sens de votre démarche en invitant d’autres musiciens ?
C’est quelque chose que nous avons commencé avec « The Fourth Legacy », il y a 26 ans maintenant. On a commencé à le faire, car j’avais des visions précises pour chaque morceau, dans le sens où je voulais transmettre certaines sensations. C’est une façon d’accéder directement à la pensée d’un personnage. C’est comme dans un film. Nous avons toujours eu une approche très cinématographique de notre musique. Je ne pense pas qu’on en a vraiment besoin, mais nous sommes tellement heureux d’avoir tous ces grands artistes comme amis aussi. Chaque album est un voyage, un film, même si on se pose la question au sujet des invités à chaque fois. Mais je pense que ces collaborations sont parfaites et rendent l’album unique. Et je suis fier de le faire avec intégrité également. Chaque artiste avec qui nous avons travaillé est le meilleur dans son domaine, et c’est un honneur aussi pour nous.
– Une fois encore, ce nouvel album est très riche en arrangements. Quelle est la proportion du temps passé à les finaliser par rapport à l’écriture en elle-même d’un morceau ?
On y a travaillé pendant deux ans, car cela représente aussi beaucoup de musique ! (Rires) Au final, il y a 15 chanson sur l’album, mais il n’y en en avait que 12 vraiment complètes ! Alors, nous sommes allés chercher des morceaux que nous avions écartés au départ, afin qu’ils soient aussi sur l’album. C’est à la fois un bonheur et une contrainte d’avoir autant de musique, car on veut être certains que tout soit à la bonne place. C’est donc un processus qui a commencé il y a environ deux ans, mais le riff de « Dark Asylum », par exemple, date d’il y a trois/quatre ans. Je n’avais pas eu l’occasion de l’utiliser jusqu’à présent. Je suis heureux d’avoir pu le faire, car il a une signature unique et étrange, telle que l’aiment les fans de KAMELOT ! (Sourires)
– KAMELOT est un pionnier du Metal Symphonique et vous êtes américains. Or, ces dernières années, on a plus le sentiment que le style est dominé par les groupes européens. Comment l’expliques-tu, toi qui as fondé le groupe ?
Tu sais, mes premières influences lorsque j’étais adolescent étaient essentiellement européennes, que ce soit dans la musique classique ou à travers la NWOBHM. Alors, quand il a été temps pour moi de faire ma propre musique à la guitare, c’était important d’y inclure tous ces éléments que j’aime. Ensuite, j’ai rapidement eu l’envie du bandonéon argentin, par exemple, ou des parties de Folk islandaise. Sacha a d’ailleurs facilité beaucoup de connexions de ce côté-là. Et j’ai souhaité intégrer ces artistes à ma vision. Ensuite, cela a évolué au fil des années. Nous avons ajouté des éléments symphoniques, des chœurs… C’est un luxe de pourvoir réaliser tout ce que tu peux avoir en tête. C’est vraiment cool ! (Sourires)
– Vous sortez donc votre quatorzième album en plus de trente ans. Est-ce que tu penses que l’évolution de la technologie a aussi pu vous permettre de repenser votre musique, notamment au niveau des arrangements et de la production ? Quel a pu être son rôle, selon toi ?
C’est une bonne question car, honnêtement, je ne me souviens même plus de ces années où je travaillais sur un quatre pistes. J’ai oublié le temps où j’étais capable d’appuyer sur un bouton et d’enregistrer ! Je n’avais pas à me préoccuper si l’ordinateur buguait ou chargeait correctement le son ! (Sourires) J’ai vraiment l’impression que ces années-là étaient plus créatives. Pour « Dark Asylum », je me souviens avoir conçu des morceaux sur mon IPhone en enregistrant des parties de guitare. Mais j’ai toujours en tête la manière de faire sans toutes ces technologies ! (Sourires) Pour ceux qui aiment vraiment les ordinateurs et la technologie, c’est certainement très utile. Pour ma part, je pense que c’est un double-échec. Mais la bonne nouvelle est que l’on peut encore créer malgré cette approche nouvelle ! (Rires)
– Enfin, vous allez commencer une grande tournée d’abord aux Etats-Unis, puis en Europe cet automne. Aujourd’hui, beaucoup de groupes jouent leur dernier disque en entier, et comme « Dark Asylum » est un concept album, est-ce que vous avez prévu de le jouer en intégralité ?
Je pense que c’est quelque chose que nous ferons dans un second temps. Sur la tournée à venir, nous allons jouer quatre ou cinq chansons du nouvel album, bien sûr, ainsi que des morceaux que nous n’avons jamais joué sur scène auparavant. C’est une demande de nos fans. C’est toujours un peu compliqué, car nous devons enlever certains titres de la setlist. Mais je pense que nous devons restés concentrés sur ce nouvel album, et pas seulement sur d’anciens succès. C’est ce qu’il y a de plus intéressant pour moi en tant qu’artiste. Mais il faudrait y réfléchir. Il pourrait s’agir d’un DVD spécial tourné dans une église, puisque l’asile dans l’album est en fait une ancienne cathédrale reconvertie. Oui, ce serait cool de le faire avec tous les invités ! Il faut qu’on y pense… (Sourires)
Le nouvel album de KAMELOT, « Dark Asylum », est disponible chez Napalm Records.