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Southern Rock

The commoners : well-rounded

Des guitares brillantes, des choeurs ensorceleurs, un groove costaud, un orgue magistral et un chant puissant et envoûtant, THE COMMONERS a vu les choses en grand pour ce troisième effort qui apparait comme son meilleur à ce jour. Avec « Restless », la formation  Southern de Toronto se montre techniquement imparable et ses nouvelles compositions sont plus créatives que jamais. La variété des tempos et la qualité des solos et de la slide confirment l’élan du combo depuis le précédent « Find A Better Way ». Rayonnant.

THE COMMONERS

« Restless »

(Gypsy Soul Records)

Doucement mais sûrement, THE COMMONERS œuvre au renouveau de la scène Southern nord-américaine et est en train de se faire une belle place. Faisant suite au très bon « Find A Better Way » sorti il y a deux ans, « Restless » reste dans la même veine et conforte les premières intentions. Les Canadiens ont gagné en assurance et les multiples concerts donnés ces derniers mois y sont certainement pour beaucoup. Si les références restent évidentes, ils ont renforcé leur identité artistique, tout comme élevé leur niveau de jeu.

Toujours aussi bien produit, chaleureux et organique, ce troisième album fait la part belle aux harmonies et aux refrains, ainsi qu’aux parties de guitares et d’orgue, qui enveloppent littéralement « Restless ». Evoluant désormais en quintet, THE COMMONERS semble avoir trouvé la formule idoine pour rendre son Southern Rock le plus percutant et surtout le plus complet possible. Soutenu par trois choristes, les morceaux prennent l’ampleur qui manquait peut-être sur « Find A Better Way » pour avancer.

Pour ce qui est du son, Ross Hayes Citrullo a encore fait des merveilles et sa complicité à la guitare avec Chris Medhurst apporte beaucoup de dynamisme à l’ensemble. D’ailleurs, ce dernier livre à nouveau une prestation vocale époustouflante. Moins Soul et légèrement plus acoustique, « Restless » combine un Rock très roots avec des saveurs sudistes du plus bel effet. THE COMMONERS passe au niveau supérieur en distillant quelques pépites (« Devil Teasin’ Me », « Shake You Off », « Body And Soul », « Restless », « Gone Without Warning »).

Photo : Paul Wright

Retrouvez la chronique de « Find A Better Way » :

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Stoner Rock

Sons Of Arrakis : flux et reflux

Le voyage proposé par SONS OF ARRAKIS sur son deuxième opus est captivant à bien des égards. Derrière l’épaisseur des guitares, une paire basse/batterie redoutable et un chant très aérien, les Canadiens parviennent à rendre leur Stoner Rock très accessible en nous plongeant subtilement dans l’aspect conceptuel de leur propos. Véloce et accrocheur, « Volume II » montre une étonnante diversité, très rassembleuse, tant elle parcourt des couleurs musicales très changeantes.

SONS OF ARRAKIS

« Volume II »

(Black Throne Productions)

Avec ce « Volume II », SONS OF ARRAKIS passe à la vitesse supérieure et laisse exploser tout le potentiel aperçu sur le premier volet. L’univers Sci-Fi du groupe s’inspire toujours de paysages musicaux variés, mais aussi de littératures diverses. Cette fois, c’est le livre ‘Dune’ de Frank Herbert qui sert de fil rouge et c’est vrai que vu les récentes sorties cinématographiques couronnées de succès, le choix est plutôt judicieux d’autant que l’œuvre en question est vaste et le champ d’investigation ouvre bien des portes.

Bien produit, ce deuxième album présente un Stoner Rock multi-facette et sur une même thématique, les Québécois se montrent autant à leur aise dans des sonorités Psych, Desert et Prog que Doom et carrément Classic Rock. SONS OF ARRAKIS ne s’interdit rien et des twin-guitares galopantes à des riffs plus lourds et des solos hyper-Heavy, le quatuor s’amuse le plus sérieusement du monde. La dynamique du jeu de faiblit pas un seul instant et on se laisse agréablement guider dans cette épopée ambitieuse.

Avec beaucoup d’efficacité dans l’écriture, le combo de Montréal ne néglige pas pour autant une certaine complexité dans la structure de ses morceaux, bâtis pourtant sur un modèle de chansons. Mélodique, le groove n’en est pas moins costaud et la puissance affichée par la rythmique notamment libère une sorte d’euphorie captivante. SONS OF ARRAKIS se montre original dans l’approche, mariant des effets très actuels avec des passages presque vintage soigneusement élaborés. Un bel album rétro-futuriste et une belle vision du Stoner.

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Desert Rock Heavy Psych Rock

Mooch : l’odyssée de l’âme

Entre Heavy Psych et Desert Rock, les Québécois de MOOCH semblent avoir cerné leur terrain de jeu, et les atmosphères présentes sur « Visions », viennent confirmer la belle créativité du combo. Avec un côté brut soigné, on se laisse porter par des morceaux aux climats à la fois apaisants et aussi propres à la réflexion. Costaud ou plus léger, le voyage proposé par la formation de Montréal combine des références évidentes avec une personnalité affirmée.

MOOCH

« Visions »

(Black Throne Productions)

Non seulement MOOCH possède une identité musicale singulière, mais en proposant un regard philosophique très pertinent à travers ses textes,  il parvient à se réinventer à chaque album. Avec « Visions », son troisième, il nous transporte dans un Heavy Psych Rock qui va puiser dans la scène de Seattle de la belle époque, tout comme dans l’univers psychédélique des 70’s. Mais s’il y a une agréable touche vintage dans le jeu des Canadiens, on la doit aussi à l’unité et la complémentarité qui règnent au sein du trio.

Car l’une des forces de MOOCH est d’être composé de trois chanteurs, tous multi-instrumentistes. Les configurations sont donc aussi nombreuses que les paysages sonores explorés. Et « Visions » donne cette fois encore une autre facette que celle perçue sur « Wherever It Goes ». Ben Cornel, Julien Lac et Alex Segreti jouent aussi sur les émotions à travers des plages instrumentales captivantes et si l’ombre des Doors plane sur ce nouvel opus, le groupe s’en détache habillement avec beaucoup d’originalité.

Grâce à une production très organique, probablement analogique, il émane énormément de chaleur de ces nouvelles compositions, où les ambiances acoustiques rayonnent au côté d’autres plus Rock, Desert et Stoner. Vocalement, l’empreinte du grand Jim Morrison habite littéralement « Visions », ce qui le rend très attachant. Non sans d’émotion, MOOCH étend son univers unique avec une profondeur pleine d’optimisme (« Hangtime », « Vision », « Together », « Intention, « Morning Prayer »). L’odyssée est belle et envoûtante.  

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Rock Hard

Lee Aaron : under cover

C’est avec beaucoup de caractère et en restant elle-même que LEE AARON s’est essayée, avec talent et réussite, à l’exercice des reprises sur ce « Tattoo Me ». D’ailleurs, pour qui ne connaitrait pas les originaux, on pourrait presque penser un opus original tant elle est parvenu à imposer son style. Vocalement, elle passe d’un titre à l’autre en les faisant siens et on n’y voit que du feu. Toujours accompagnée de son groupe de longue date maintenant, elle se fait vraiment plaisir… et nous avec !

LEE AARON

« Tattoo Me »

(Metalville Records)

Malgré 18 albums à son actif et une récente intronisation au ‘Walk Of Fame’ canadien l’an dernier, LEE AARON ne s’était jamais prêtée au jeu de l’album de reprises. Et c’est en se remémorant la phrase de la grande Joni Mitchell, qui disait en substance : « Les chansons sont comme des tatouages », qu’elle a eu l’idée de rendre hommage à son tour aux artistes qui ont forgé son parcours et son identité musicale. La chanteuse s’est donc plongée dans ses souvenirs et a parcouru les disques des pionniers qui l’ont inspiré pour dresser une liste et ensuite enregistrer « Tattoo Me », tout en gardant sa patte et ce son qui lui est propre.

Assez éclectique dans l’ensemble, et forcément très Rock voire Hard Rock,  LEE AARON a eu la judicieuse idée de se distinguer des traditionnels disques de covers en reprenant des morceaux un peu moins connus, tout en traversant les décennies à travers un choix de 11 chansons parfois étonnant. Assez peu conventionnelle, la tracklist de l’artiste propose un large éventail passant d’Alice Cooper (« Is It My Body ») à Nina Simone (« The Pusher »), notamment. C’est chez elle et entourée de ses musiciens habituels que « Tattoo Me » a été produit par la frontwoman et mixé par Frank Gryner (Rob Zombie, Larkin Poe, Def Leppard).

Avec Sean Kelly (guitare), Dave Reimer (basse) et John Cody, LEE AARON semble littéralement s’épanouir sur des titres qui ne sont pas si souvent repris, hormis peut-être le « What Is And Should Never Be » de Led Zeppelin ou « Someone Saved My Life Tonight » d’Elton John. Et quel plaisir d’entendre sa version de « Go Your Own Way » de Fleetwood Mac ou « Even It Up » de Heart. On notera aussi « Tattoo » qui ouvre les festivités, dont l’original est de The 77s, ou encore « Hole » des Américains de Malibu et « Are You Gonna Be My Girl » des mythiques Australiens de Jet. Bravo, Madame !

Retrouvez les deux interviews de Lee Aaron accordées à Rock’n Force :

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Blues Country folk International

Sue Foley : une femme et sa guitare [Interview]

Si l’on connait le Blues Rock enflammé de SUE FOLEY, on connaît beaucoup moins sa passion pour l’Histoire de son instrument de prédilection : la guitare. Réputée pour son incroyable feeling, la guitariste et chanteuse est également une grande technicienne, qui n’hésite pas à s’aventurer dans d’autres registres que le sien. Avec « One Guitar Woman », son dernier album, la Canadienne présente un panel assez inattendu de styles qu’elle traverse avec maestria en rendant hommage aux pionnières de la six-corde. Entretien avec une musicienne complète, curieuse et qui aime l’aventure.

Photo : Todd V Wolfson

– Après le très Blues Rock « Pinky’s Blues », on te retrouve dans un registre très différent dans lequel on ne t’attendait d’ailleurs pas forcément. D’où t’es venue cette idée de rendre hommage aux femmes pionnières de la guitare ? Est-ce qu’il y a aussi eu un effet #metoo, qui t’a amené à imaginer cet album ?

C’est un album vraiment basé sur une inspiration et il n’y a aucun lien avec le mouvement #metoo. C’est juste une dédicace aux femmes qui m’ont ouvert la voie. Je travaille là-dessus depuis des années et j’essaie de maîtriser les styles de guitare spécifiques à chacune de ces héroïnes de la guitare.

Au départ, l’idée est née d’un processus d’entretiens avec d’autres guitaristes femmes pour un livre sur lequel je travaille. On est d’ailleurs encore un peu loin de sa sortie. Mais cet album est né de mon amour pour la musique traditionnelle et j’ai le sentiment de pouvoir incarner cet aspect des femmes pionnières, des styles et l’histoire de ces guitaristes. C’est un véritable travail et une démarche d’amour.

– L’idée de « One Guitar Woman » est de célébrer de grandes guitaristes et surtout de tous horizons. Que ce soit de la Country, de la Folk, du Blues bien sûr, mais aussi de la guitare classique ou du Flamenco, tu ne t’aies rien interdit. C’était important pour toi de parcourir un si large panel ?

Il s’est avéré que les femmes que j’étudiais appartenaient à des genres musicaux très divers. Cela m’a conduit vers différents domaines, notamment le classique et le flamenco. Je n’ai jamais rien sorti de tel auparavant, mais cela a été un excellent exercice pour élargir mon jeu de guitare et ma connaissance de la musique en général. Il y a tellement de grandes pionnières et elles ne sont pas toutes dans le Blues. Et cela a été pour moi une grande aventure musicalement.

Photo : Mark Abernathy

– En tant que blueswoman, tu aurais aussi pu te concentrer sur les femmes dans le Blues. Il n’y avait pas suffisamment de pionnières, selon toi ?

J’aime le processus d’apprentissage de différents styles de musique. Par exemple, j’ai vraiment apprécié apprendre cette paix qu’Ida Presti incarne (guitariste et compositrice française, 1924-1967 – NDR) et donc la guitare classique. Quelle extension de mon jeu ! Il y a plusieurs femmes dans le Blues qui auraient pu aussi m’intéresser, mais elle était la plus inattendue et, je pense, plus variée aussi musicalement. Cela m’a mis à rude épreuve en tant qu’artiste.

– Si l’on reste sur la présence des femmes dans le Blues, on s’aperçoit que vous êtes de plus en plus nombreuses depuis de longues années maintenant. Qu’est-ce qui a changé aujourd’hui ? C’est le niveau de jeu qui est meilleur ? Je n’ose croire que ce soit juste une question de mode, ou de glamour…

Ce n’est certainement pas une question de mode ou de glamour. Je crois sincèrement que le fait d’avoir eu Memphis Minnie and Blues dans les années 1930, en tant que lead-guitariste a ouvert la voie pour nous toutes. On peut dire ça pour le Blues comme dans la musique classique avec Ida Presti. Il y a beaucoup de musiciennes dans ces deux genres et ce depuis des décennies. Quand j’ai débuté dans le Blues, il y en avait déjà plusieurs et Bonnie Raitt est devenue une référence à cette époque, ce qui a vraiment ouvert les yeux des gens sur les femmes qui jouent de la guitare solo. Je crois aussi que dans le Blues, c’est une question de feeling. En fin de compte, tu ne peux pas faire semblant quand tu joues. Et les plus grands musiciens connaissent très bien la différence.

Photo : Todd V Wolfson

– D’ailleurs, quel regard portes-tu sur tes consœurs comme Ana Popovic, Samantha Fish, Susan Santos ou Susan Tedeschi pour ne citer qu’elles ? Comme pour toi, on ne porte plus un regard uniquement féminin sur leur jeu. C’est une belle reconnaissance, ou cela s’inscrit plus simplement dans l’ordre des choses ?

Les choses ont progressé au fil des années jusqu’à ce qu’il y ait de plus en plus de femmes à jouer de la guitare. Tu les vois tout le temps sur les réseaux sociaux maintenant. J’ai vu des jeunes filles adolescentes arriver. Certains d’entre-elles sont des musiciennes incroyables. C’est très excitant. Je félicite toutes mes consœurs du monde du Blues. Je sais que ce n’est pas facile et que tout le monde travaille très dur pour en faire son métier et rester sur la route. Alors, elles ont toutes mon infini respect et toute mon admiration.

– Revenons à « One Guitar Woman », qui traverse donc de nombreux styles, mais aussi plusieurs époques et différents pays. Est-ce que c’était important aussi de montrer une certaine évolution dans le temps, les cultures et leur technique ?

Je me suis principalement intéressée aux styles de guitare de ces pionnières de la guitare. Ce sont des femmes qui, selon moi, ont eu un impact énorme à la fois sur leur culture et sur le monde de la guitare. C’est principalement là-dessus que je me suis concentrée. Et j’ai aussi choisi des chansons que j’aime vraiment jouer, bien sûr.

Photo : Todd V Wolfson

– D’ailleurs, comment as-tu effectué le choix de ces 12 musiciennes et des morceaux ? Ce sont d’abord et surtout celles qui t’ont influencé d’une manière ou d’une autre ?

Certaines de ces chansons sont des standards, ou les chansons les plus connues de ces artistes comme « Freight Train » d’Elizabeth Cotten, par exemple. Et j’ai aussi choisi d’autres morceaux, parce que je sentais pouvoir vraiment les interpréter avec tout mon cœur, comme « My Journey To The Sky » de Sister Rosetta Tharpe.

– A travers tous ces styles musicaux, dans lequel as-tu pris le plus de plaisir ? On peut imaginer que c’est le Blues, voire la Country, au vue de ta discographie ?

J’adore jouer du Blues, bien sûr et j’aime aussi beaucoup jouer du fingerpicking piémontais (une technique issue du Blues du Piemont jouée sans médiator – NDR). Ce sont des styles que j’ai joués toute ma carrière. J’ai commencé à faire du picking à l’adolescence, donc je suis très à l’aise avec ça. Honnêtement, j’ai apprécié tous ces registres différents. Mais le Blues est certainement ma plus grande zone de confort.

Photo : Mark Abernathy

– Un mot aussi sur l’enregistrement qui est incroyablement limpide. Même si la production est assez épurée, j’imagine que cela ne facilite pas les choses entre des titres Folk, Country ou Flamenco. Y avait-il certains ‘codes’ à respecter au niveau des sonorités ou de l’intensité de ton jeu ?

J’ai fait appel ma dream-team, c’est-à-dire Mike Flanigin comme producteur et Chris Bell comme ingénieur du son. Ils sont vraiment étonnants. Ils ont tous les deux de très bonnes oreilles et se concentrent principalement sur l’obtention du meilleur son et de l’utilisation d’un excellent équipement. Et puis, quand nous avons masterisé l’album à Abbey Road à Londres, cela a vraiment été la cerise sur le gâteau. Il s’agit d’un disque de haute qualité (c’est-à-dire en HD – NRD) enregistré avec les meilleures personnes dans le meilleur cadre possible, puis masterisé dans l’un des meilleurs endroits au monde. Il est également mixé en son ‘Surround Dolby Atmos’. C’est vraiment incroyable. Je suis tellement fière de tous les membres de cette équipe.

– J’aimerais que tu m’expliques pour quelle raison tu as utilisé la même guitare pour tous les morceaux ? Tu aurais aussi pu adapter les instruments aux styles ? C’est un challenge que tu souhaitais aussi relever ?

Je m’attache souvent à une guitare. Je n’aime pas jouer avec beaucoup de guitares en concert, ou en studio. J’aime l’expérience de vraiment me connecter sur mon instrument. Et pour moi, cela signifie avoir une relation avec lui. Cette guitare est spéciale, je l’ai achetée moi-même à Paracho au Mexique, où j’ai rencontré son fabricant. C’était très spécial. Cet album montre la portée d’une guitare flamenco et comment elle s’adapte à différents styles de musique. Je pense qu’elle a fait du beau travail !

– On te connait comme étant une grande Dame du Blues. Est-ce qu’un album du même genre pourrait voir le jour avec des reprises de blueswomen de légende, et pourquoi pas des duos entre femmes ?

Ces choses pourraient toutes arriver dans le futur, bien sûr. J’ai encore de nombreux chapitres à ouvrir… (Sourires)

L’incroyable nouvel album de SUE FOLEY, « One Guitar Woman », est disponible chez Stony Plain Records.

Retrouvez également les chroniques de ses deux derniers albums, dont celui-ci :

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Blues Country folk

Sue Foley : interprète d’une sororité rayonnante

C’est par-delà le temps et le monde que SUE FOLEY a décidé de célébrer de grandes guitaristes, plus ou moins connues, mais qui ont marqué par leur talent, leur inspiration et leur technique la place et la présence des femmes dans des registres, où elles se faisaient bien trop discrètes. La songwriter a donc décidé d’emprunter leur chemin, du Mexique à la France en passant par les Etats-Unis, pour leur témoigner son respect et les faire aussi briller de la plus belle des manières. Une reconnaissance saisissante de beauté.

SUE FOLEY

« One Guitar Woman »

(Stony Plain Records)

Blueswoman (très) reconnue et accomplie, SUE FOLEY mène depuis trois décennies une carrière ponctuée de brillantes réalisations en solo, ainsi que de très belles collaborations. Humble et créative, c’est en effectuant des recherches sur ses consœurs pionnières de la guitare que lui est venue l’idée de cet album en forme d’hommage. A travers les époques et les styles, la Canadienne basée à Austin, Texas, remet en lumière ces femmes qui ont marqué l’histoire de son instrument de prédilection et dans une configuration franchement exceptionnelle.

SUE FOLEY ne se contente pas d’un simple tribute. Avec « One Guitar Woman », elle relève plusieurs défis, et non des moindres. Le premier a été d’enregistrer les 12 morceaux en acoustique et avec la même guitare : une flamenco à cordes en nylon, histoire de pouvoir monter en puissance à l’envie. Elle s’est aussi littéralement fondue dans la personnalité unique de ces musiciennes, tout comme dans leur registre. Et elle navigue avec la même habileté et le même feeling dans la Country, la Folk, le Classique, le Flamenco et bien sûr le Blues.

Somptueusement produit, « One Guitar Woman » traverse les chansons de Maybelle Carter, Elisabeth Cotten, Sister Rosetta Tharpe, la Française Ida Presti, Tejano Lydia Mendoza, Geeshie Wiley, Elvie Thomas… SUE FOLEY passe par toutes les ambiances et toutes les sonorités avec une rare authenticité et beaucoup de sincérité. Et si l’on trouve deux instrumentaux, il est impensable de ne pas saluer sa prestation vocale. Là encore, l’adaptation est remarquable et la justesse irréprochable. Grandes parmi les grandes, elle fait jamais autant partie de cette belle sororité.

Retrouvez aussi la chronique de son dernier album solo, « Pinky’s Blues » :

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folk Musique celtique

Loreena McKennitt : une élégante simplicité

Harpiste, accordéoniste, pianiste et bien sûr chanteuse, LOREENA McKENNITT renoue avec ses premières amours, celles de la communauté Folk dans laquelle elle a commencé à se produire avant de diffuser sa musique aux quatre coins du monde. Entouré d’un groupe de chez elle, ainsi que de son amie de longue date, la violoncelliste Caroline Lavelle, la musicienne apparaît dans un registre très personnel, toujours celtique évidemment, et joue avec une proximité très acoustique et captivante.

LOREENA McKENNITT

« The Road Back Home »

(Quinlan Road/Outhere Music)

La plus irlandaise (et écossaise !) des Canadiennes fait son retour avec un album enregistré en public. Une chose pas complètement anodine pour la grande LOREENA McKENNITT, dont la discographie compte presqu’autant d’albums live que de studio. Il faut aussi reconnaître que sa musique prend réellement toute sa dimension en concert et chacun est d’ailleurs un voyage inoubliable, une expérience à vivre. Et du haut de 14 millions de disques vendus, c’est bel et bien sur scène qu’elle rayonne. Les dix morceaux de « The Road Back Home » ont été captés lors de quatre festivals Folk en Ontario, autour de Stratford où elle est installée.

LOREENA McKENNITT est ici accompagnée d’un groupe de musiciens celtiques, ‘The Bookends’, rencontré dans sa ville et qui la suivit l’été dernier dans ces quelques rassemblements. L’occasion aussi pour la chanteuse de jouer quelques titres encore jamais gravés sur aucune de ses nombreuses réalisations. Tout en simplicité, « The Road Back Home » se veut comme un hommage à ses premiers pas dans la musique, et on la retrouve dans une forme d’intimité où elle interprète d’anciennes chansons de ses débuts. Epurées et très Folk, elles sont d’autant plus touchantes qu’elles sont peu arrangées.

Avec ce huitième album live, l’auteure, compositrice et interprète remonte aux sources de sa brillante carrière dans une ambiance pleine d’énergie et de chaleur, ce qui peut d’ailleurs trancher avec les atmosphères pleines de mystère, dont elle s’entoure souvent. LOREENA McKENNITT a souhaité donner et partager sa version musicale du ‘chez-soi’, un lieu chaleureux et familier. Toujours aussi spontanée, on se laisse porter par sa voix étincelante, qui semble figée dans le temps, tant elle est cristalline. Alors qu’elle célèbre les 30 ans de son mythique « The Visit », toujours sur les planches, sa douceur reste toujours palpable.    

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Blues Blues Rock

Philip Sayce : la puissance de l’élégance

Né au pays de Galles, c’est au Canada, puis aux Etats-Unis, que PHILIP SAYCE a passé le plus clair de sa vie et surtout qu’il s’est construit artistiquement en tant que musicien et chanteur. Accompagné par le gratin de la scène californienne devant comme derrière la console, il livre « The Wolves Are Coming », un nouvel opus qui surfe sur une dynamique Blues Rock explosive, souvent saturée et terriblement accrocheuse. Et la finesse du panel de son jeu balaie l’horizon avec un feeling solaire.

PHILIP SAYCE

« The Wolves Are Coming »

(Atomic Gemini/Forty Below Records)

Le parcours de PHILIP SAYCE a quelque chose qui teint du conte de fée, ce qui ne signifie d’ailleurs pas que le Gallois n’ait pas eu à travailler dur, mais il faut avouer que les planètes se sont particulièrement bien alignées. Ayant grandi à Toronto, il a été initié au Blues par ses parents. Adolescent, il brille déjà et le grand Jeff Healey le prend sous son aile, le fait participer à ses enregistrements et à ses tournées. Au début des années 2000, c’est à Los Angeles qu’il pose ses valises, rencontre Melissa Etheridge et joue sur ses disques. Puis, c’est en 2005 qu’il se lance en solo et sort « Peace Machine » et les fans commencent alors à le suivre et à écouter ce Blues si vivant.

Presque 20 ans plus tard, PHILIP SAYCE revient avec un septième album studio, auquel il faut ajouter un EP et un live, et il faut reconnaître que « The Wolves Are Coming » est sa réalisation la plus aboutie à ce jour. Songwriter inspiré et aguerri, le guitariste et chanteur montre une incroyable fraîcheur, qui est due à une technique, un feeling et une énergie présents sur chaque morceau. Entouré d’un groupe de musiciens chevronnés et reconnus, la production est somptueuse, aussi naturelle en apparence que travaillée dans le moindre détail. Quant au Canadien d’adoption, il s’occupe des guitares, du chant, de la basse et du piano.

Pourtant composé en pleine pandémie, « The Wolves Are Coming » révèle l’ambiance ludique et très libre qu’a précisément ressenti PHILIP SAYCE en studio à ce moment-là.  Très bruts dans le son, certains titres font l’effet d’un ouragan (« Oh ! That Bitches Brew », « Backstabber »), d’autres sont presqu’apaisants (« It’s Over Now ») et il sait aussi se faire rayonnant (« Lady Love Divine », « Black Moon »). A noter également la délicate reprise de John Lee Hooker, « This Is Hip », et « Blackbirds Fly Alone », qui aurait eu sa place sur le « Mama Said » de Lenny Kravitz. Le Bluesman excelle autant dans la douceur que dans une exaltation frénétique. Génial !

Photo : Matt Barnes
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International Site Stoner Rock

Stoner Rock Army : passionnément stoned ! [Interview]

Avec près de 10K (comme on dit aujourd’hui) de followers sur Facebook, la STONER ROCK ARMY, créée et emmenée par le Québécois Eric Varasifsky, alias The General, est devenue incontournable pour tous les amateurs de Stoner Rock, bien sûr, mais aussi de tous ses dérivés qu’ils soient Heavy, Doom, Psych, Occult, Metal, Space, etc… Conscient de l’impact des réseaux, il est aussi présent sur Bandcamp, la plateforme la plus intelligente et de très loin, où l’on peut découvrir plus de 1.500 albums en ligne. Ayant attisé ma curiosité, j’ai voulu en savoir un peu plus sur l’homme au chapeau venu de la Belle Province. Entretien.

– Tout d’abord, comment es-tu venu au Stoner et quels sont les groupes qui ont fait la bascule et qui t’ont fait franchir le pas ?

Je suis de la vieille génération de groupes Rock et Hard Rock cultes des années 70 et j’ai toujours aimé les sonorités rétro, donc pour moi la musique Stoner s’en approche de beaucoup au niveau du son. Disons que la  transition a été pratiquement automatique. En ce qui concerne les groupes, c’est difficile à dire car c’est un peu loin dans ma mémoire mais, bien sûr, Black Sabbath, qui est pour moi le premier vrai groupe Stoner, puis Kyuss, Fu Manchu, Orange Goblin, Sleep, Truckfighters et la liste continue…

– Cela fait maintenant quelques années que la STONER ROCK ARMY existe. Comment est née l’idée et surtout dans quel but ?

Il est important de savoir que la STONER ROCK ARMY existe depuis 15 ans et même un peu plus, car auparavant le groupe avait d’autres noms comme ‘Stoner Montréal’, ‘Stoner Rock Montréal’ et ‘Montréal Rock’, mais ces groupes Facebook que je tentais de créer ne fonctionnaient pas. Après un certain temps, j’ai décidé de tenter le coup une dernière fois, alors j’ai soudainement pensé à la ‘Kiss Army’. Eh oui ! Et je me suis dit pourquoi pas STONER ROCK ARMY ? Du coup, cela a fonctionné et les gens on commencé à participer de plus en plus et, à ma grande surprise, même les membres de groupes, ainsi que les labels s’y sont joints. Imagine mon excitation quand les héros que tu vénères te rejoignent. La STONER ROCK ARMY est simplement une page Facebook, qui nous permet de nous retrouver, de partager notre passion pour la musique, de permettre aux groupes de promouvoir leurs productions, ainsi que les labels. Et la maxime de la STONER ROCK ARMY est ‘We Are Family, In Music We Unite’ !

– Tu es très actif sur les réseaux sociaux où tu animes donc un groupe dédié, ainsi que sur Bandcamp. Quelle est la différence entre les deux ? Bandcamp fait presque penser à une collection, une sorte de discothèque virtuelle. C’est le cas ?

Bandcamp est effectivement une grande discothèque virtuelle. Pour les groupes, c’est la plateforme par excellence pour se faire connaître, selon moi, et elle est facile d’accès. Depuis longtemps, je clame haut et fort que Bandcamp est la place pour les groupes, car elle rapporte pour eux un peu d’argent pour leur permettre de nous livrer d’autres albums grâce à un effet pyramidal. L’un est donc un réseau social, tandis que l’autre fait office de discothèque.

– Tu es basé à Montréal au Québec, comment se porte la scène Stoner de ce côté du Canada ?

Oui, le quartier général de la STONER ROCK ARMY est effectivement à Montréal au Québec. La scène Stoner ici est de plus en plus forte, et j’en suis vraiment fier. Il y a beaucoup de bons groupes qui se forment et plusieurs sont même à mon avis du calibre des grands noms. Le talent est vraiment là et la passion aussi. Nous avons également de bons endroits où nous retrouver, mais j’aimerais y voir plus de groupes de l’extérieur. Parfois, et en de rares occasions, ils passent sans s’arrêter ici et c’est vraiment dommage, car ils seraient reçu en héro. 

The General lors de la deuxième ‘Stoner Rock Army Night

– En plus de ta forte présence sur le Net, tu organises aussi les ‘Stoner Rock Army Night’, c’est-à-dire des concerts. L’idée est de promouvoir les groupes locaux, ou est-ce que tu fais aussi venir des groupes étrangers, américains, par exemple ?

Il y a eu trois concerts de la ‘Stoner Rock Army Night’ qui ont été de vrais succès. A chaque fois, l’endroit était plein à craquer. Mais pour être honnête, j’étais un bleu en ce qui concerne la promotion et l’organisation de concert, et c’est Fred, le chanteur du groupe Sons Of Arrakis de Montréal, qui m’a donné ma chance et  m’a servi  de professeur. Il s’est occupé de tous les aspects pour les deux premiers concerts. J’ai beaucoup appris et ensuite pour le troisième, c’est mon pote Frank du groupe Paradise (Montréal), qui a finalisé mon apprentissage. Le problème reste toujours l’aspect financier. J’aimerais de plus en plus être en mesure de pouvoir faire venir les groupes d’ailleurs, qui sont aussi très intéressés pour venir jouer, mais je dois procéder étape par étape. Mon rêve ultime serait un véritable ‘Stoner Rock Army Festival’ de deux à trois jours en extérieur et que des gens de tous les coins du globe y participent.

– Le Stoner en général a beaucoup évolué en assez peu de temps finalement. Quels sont les courants qui ont ta préférence, et comment juges-tu l’évolution du genre ?

Je crois fermement que le Stoner Rock est le nouveau Rock et la tendance est de plus en plus à la hausse. Pour ma part, j’adore le Space Stoner et l’Occult, si on peut les classer ainsi. Je me fais vieux, donc je suis de plus en plus calme dans mes choix musicaux. (Rires) Je crois encore une fois que le vent tourne au niveau Rock, et c’est peut-être dû au fait que le genre est plus facile à produire. En seulement une année, il est clair qu’il y a eu beaucoup plus d’albums de Stoner, toutes catégories confondues, qui on vu le jour comparativement au Rock, disons plus commercial.

The General avec le groupe américain Ruby The Hatchet

– Parmi les groupes émergents, quelles sont tes plus belles découvertes de cette année qui vient de s’achever ? Et à l’heure où tout le monde y va de son Top 10 notamment, quel est le tien ?

2023 a été une année complètement folle avec de très bon albums. A vrai dire, j’ai eu beaucoup de mal pour choisir mes albums préféré, ainsi que dans mes votes pour le ‘Doom Charts’, ce qui est rare. En général, je me décide assez rapidement. Je vois cela comme un bon signe, car plus la tache est ardue, plus la qualité des groupes et leur travail sont bons. C’est juste génial, non ? Mais certains albums se sont démarqués plus que d’autres. Le groupe Black Glow du Mexique notamment a gagné mon vote cette année, suivi de Nepaal, Child, The Spacelords, Tidal Wave, Westing, Occult Witches, Burn Ritual, Moon Coven, Acid King et j’en passe…

– Un dernier mot sur les labels, car il y a quelque chose de surprenant. De nombreux groupes Stoner, même établis, ne sont pas signés sur les grosses maisons de disques. Ça reste une musique de niche, selon toi ? Et, finalement, est-ce qu’un changement de ‘statut’ serait souhaitable pour le style en général ?

Bonne question. En fait, beaucoup de groupes se financent et font leur promotion eux-mêmes. Je sais que certains gros labels reçoivent beaucoup de demande dans l’année et ils doivent faire des choix et laisser parfois passer de bons albums. A ma grande surprise, certains groupes ne connaissent même pas les labels. J’en ai d’ailleurs dirigé quelques uns vers des maisons de disques. Alors, changer ? Pourquoi changer une formule gagnante ? 

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Dark Gothic Metal Indus Modern Metal

Daemon Grey : color of sin

Grâce à un songwriting racé et efficace, ce nouvel album de DAEMON GREY est un mix très équilibré entre un Metal Indus très Dark et des atmosphères où le Heavy croise la New-Wave sans sourciller. Originaire du Canada, le musicien a habillé des marqueurs très 90’s d’une enveloppe moderne, un brin sophistiquée, qui rend « Daemonic » très fédérateur grâce à des mélodies entêtantes.

DAEMON GREY

« Daemonic »

(Out Of Line Music)

Après « Follow Your Nightmares » sorti il y a deux ans, le Canadien poursuit son ténébreux et horrifique périple avec « Daemonic », un deuxième opus toujours aussi bien produit et bien écrit. Si DAEMON GREY se nourrit de nombreux styles du Heavy au Nu Metal en passant par le Gothic et avec un soupçon de New-Wave et d’Indus, ce sont surtout les années 90 qui semblent avoir eu une forte emprise le chanteur de Toronto. Avec le revival actuel, c’en est presque à se demander si le début des années 2000 a vraiment existé.

Bien que démoniaque à bien des égards, DAEMON GREY a mis de côté les histoires liées à Dieu ou au Diable pour plonger sans un univers où Satan se tient au coin de la rue. Il est question d’amour, de douleur, de sexe, d’obsession, de pouvoir et de courage et chaque titre de « Daemonic » est un tableau dressé par le frontman. Musicalement très Heavy, les influences sont plutôt bien digérées, même si l’on pense inévitablement à Zodiac Mindwarp, Marilyn Manson, Seether, Rob Zombie ou Ministry.

Avec des arrangements qui font la part belle aux machines, mais tout en gardant des guitares très présentes et des riffs bien tranchants, DAEMON GREY fait le choix d’une production finalement très organique. Pêchu et mordant, il nous embarque dans un climat houleux et sombre, mais aussi très accrocheur et dynamisant (« Gothy Love », « Still A Slut », « Dear Vampire », « Daemonic »). Et si l’on excepte la pauvre ballade « To My Grave » et le navrant bluesy « Trouble », le Dark Metal du musicien tient la route.

Photo : Rich Misener