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Paul Personne : la liberté dans l’humilité [Interview – Part 2]

Après avoir évoqué son actualité encore brûlante avec la sortie du coffret « A L’Ouest », comprenant la réédition des albums « Face A » et « Face B » et augmenté d’un DVD live enregistré en 2011, le guitariste et chanteur revient cette fois plus largement sur sa carrière. L’occasion aussi de l’interroger sur son regard sur la scène française, l’industrie musicale plus largement, le Blues d’aujourd’hui et plus concrètement les émotions que ce soit de véhiculer et de diffuser la musique, selon lui. Entier et authentique, PAUL PERSONNE se livre sans détour dans cette seconde partie d’une interview riche en enseignements.

– En 2007, il y a aussi eu « Amicalement Blues » avec Hubert-Félix Thiefaine, qui était la rencontre entre vos deux univers et qui avait débouché sur un très bel album. Est-ce que tu serais, aujourd’hui, tenté par une nouvelle expérience de ce type et avec quel artiste penses-tu que cela serait possible ?

Je ne saurais du tout te dire. Tu sais, ma vie est faire de rencontres, de hasards, d’occasions… Comme je ne prémédite rien , je ne me suis jamais dit que j’allais faire telle ou telle chose. Ça s’est passé comme ça avec Higelin qui m’avait fait écouter les mises à plat de son album « Illicite » (1991 – NDR), et dont il n’était pas très content. Je lui avais dit qu’on pouvait faire mieux et je me suis retrouvé en studio à faire le mix. Je ne m’y attendais absolument pas ! Pareil pour Johnny qui m’appelle pour faire le Parc des Princes avec lui. Ce sont vraiment les circonstances et c’est exactement ce qui s’est passé avec Hubert-Félix. C’est parti d’une opportunité par rapport à l’album Blues de Johnny. J’avais des musiques, Hubert avait des textes et on s’est retrouvé à faire des trucs ensemble. On a proposé et ça n’a jamais été accepté. Mais pour moi, Johnny n’a jamais entendu les titres qu’on proposait, parce que je pense qu’il y avait quelques chansons qu’il aurait vraiment aimé. Du coup, Hubert-Félix m’a proposé de faire notre propre album Blues. On avait l’énergie, on a bien rigolé, c’était super et on a même fait quelques concerts. Pour revenir à ta question, je ne vois vraiment pas sur qui je pourrais me projeter. Ça ne peut être que le hasard qui m’amènerait à refaire quelque chose comme ça. Il faudrait que cela naisse d’une circonstance pour repartir sur une future aventure.

– C’est une question de génération, ou pas ?

Non, je ne pense pas. C’est vrai qu’avec Hubert-Félix, il y a eu connexion. On était un peu deux animaux sauvages du show business, un peu marginaux dans ce milieu. Et puis, on se connaissait déjà, on avait des atomes crochus et on avait déjà passé de bons moments ensemble. On s’était mutuellement invités sur nos albums. Pourtant, nous sommes complètement opposés dans nos personnalités, lui étant plus extraverti et moi plus introverti. Et c’est ce mélange qui était plutôt sympa et qui a donné cette rencontre vachement positive. Mais pour les générations, je ne crois pas, car j’ai toujours été quelqu’un de très ouvert. J’ai toujours écouté beaucoup de choses. En fait, ça me touche ou pas, ce qui ne veut pas dire que c’est bien ou pas. (Sourires) Je marche à l’émotion et il y a des trucs qui ne me parle pas. A partir du moment où c’est de la musique préfabriquée, ou que ça manque de sincérité, je dois inconsciemment le sentir et je n’accroche pas. Tous les trucs conçus pour telle ou telle case, tel ou tel public… Et puis, il y a l’IA qui déboule et qui commence à rafler la mise un peu partout avec des choses sans émotion et auxquelles certaines personnes commencent à adhérer. On joue sur les sentiments des gens avec des choses préfabriqués. On met à tempo à 120 BPM, comme le faisait d’ailleurs le Disco, ensuite on regarde la suite d’accords qui touche les gens. Après, on cherche les mots qui vont bien. Alors, c’est quoi ? Des histoires d’amour, de rencontres ou de ruptures. C’est hyper-machiavélique. Puis, on regarde ce qui plaît au niveau des voix. Il y a Taylor Swift qui marche fort et les gens aiment bien Aretha Franklin aussi, alors on va essayer de trouver quelque chose qui fait l’amalgame. Et les mecs te composent un truc complètement virtuel et qui peut normalement toucher les gens. Et apparemment, il y en a qui craquent là-dessus. Après, il y a des personnes qui s’en foutent plein les fouilles sur les plateformes et les trucs comme ça. Et à côté de ça, tu as de ceux qui crèvent la dalle, parce qu’aujourd’hui la vie de musiciens et d’auteur-compositeur est devenue très, très compliquée.

– Tu as lâché le mot quand tu parles de produit. C’est exactement ça, on n’est même plus dans la musique avec tout ce qu’il peut y avoir de feeling et d’émotion… On est dans le marketing pur et dur !

Oui, oui. Au départ, la musique est un état émotionnel. Tu as quelqu’un qui vient te raconter une histoire qui te donne envie de chialer, ou de rigoler, ou de danser ou juste de te sentir vivant, quoi. Là maintenant, on est dans une ère où les robots déboulent doucement, mais sûrement. On est dans un moment qui se déshumanise de plus en plus, y compris les gens vis-à-vis des autres. C’est vachement dur de trouver de l’empathie. Il y a beaucoup de grandes gueules, beaucoup de haine, de choses comme ça. Heureusement, il en reste encore, mais à petit niveau. On le découvre parfois dans des petites structures, des associations, dans les relations de tous les jours avec un commerçant ou autre, par exemple. Heureusement que ça existe encore, mais ça devient de plus en plus dur. J’espère que l’être humain, qui se sort toujours de situations très dramatiques, va à un moment donné parvenir à renverser la situation, que ce soit au niveau climatique qu’à celui de la déshumanisation aussi. Parce que sinon, on sait où on va, quoi… ! (Rires)

– Cela fait maintenant six ans que tu n’as pas sorti de nouvelles compositions. Est-ce que tu y travailles, ou comptes-tu plutôt faire revivre une nouvelle fois « Face A » et « Face B » sur scène ? Ou les deux peut-être ?

En fait, « Face A » et « Face B » sont juste une parenthèse, ce qui ne m’empêchera pas un jour de rejouer une ou deux chansons avec un autre groupe. Elles font partie de mon répertoire. Avant de partir en tournée, je regarde toujours ce que j’ai fait sur la précédente pour savoir ce que je pourrais ressortir des cartons. Il y a des titres que je joue dans toutes les tournées évidemment et qui sont un peu mes cartes de visite. Les gens aiment bien les entendre et j’aime aussi les jouer. Mais il y a des moments où je ressors des vieux morceaux, qui font partie de moi et qui sont un bout de ma vie. Donc, je peux très bien rejouer l’une de ses chansons sur scène. Pour le moment, j’ai quelques idées, des bouts de zique à droite, des mots à gauche et j’attends. Je laisse mûrir comme une période de jachère en quelque sorte. Même si le temps passe, ce n’est pas pour ça que je vais me précipiter pour sortir quelque chose et imposer un album aux gens, si ce n’est pas un besoin et un plaisir de le faire. Quand je commence à sentir que les mots viennent s’imbriquer sur des bouts de musique, que j’ai sur des dictaphones ou des calepins, je vois si ça marche bien et si ça commence à devenir une chanson. Là, je me dis que ça commence à sentir bon la rentrée en studio. Ce sont des petites choses comme ça, je laisse faire un peu la vie. J’attends que ça me porte… (Sourires)

– Tu es l’un des pionniers et des piliers du Blues français à chanter également dans ta langue. Quel regard portes-tu aujourd’hui sur la scène hexagonale, qui se porte de mieux en mieux ? Y a-t-il des groupes ou des artistes qui t’ont littéralement bluffé ces derniers temps ?

Oui, c’est vrai. Mais ce qui se passe en ce moment et que j’expliquais tout à l’heure à propos des revenus de droits d’auteurs, beaucoup d’artistes s’en sortent grâce au live, qui se porte bien. Et heureusement, même si certains concerts sont très, très chers. Mais en gros, les gens peuvent tourner à des échelles différentes, que ce soit dans un bar, dans un petit théâtre, dans des salles un peu plus grandes ou des festivals. Chaque été, il y a une liste incroyable de festivals. C’est vrai que la scène se porte bien et des tas de musiciens peuvent jouer. Après, j’entends des choses qui me plaisent et d’autres moins. Je ne suis pas du tout blasé, car il y a des choses qui m’émoustillent encore et ça me rassure d’ailleurs ! (Rires) Et en même temps, j’ai entendu tellement, tellement de trucs qui m’ont nourri toute ma vie depuis mon adolescence. J’étais véritablement une éponge. Parfois, j’écoute des choses intéressantes, mais que je connais déjà finalement. Certains parfums reviennent. Il y a de bons grooves, de belles mélodies, des choses intéressantes dans les textes, mais je ne suis pas étonné. Ça ne me scotche pas comme quelque chose que je n’aurais jamais entendu. Et ce n’est vraiment pas grave, car mon avis n’a aucune importance ! (Rires) C’est vrai que la scène française se porte bien, car elle s’est enfin décomplexée de cet ascendant et de cette hégémonie anglo-saxons. Elle a fini par trouver son truc, elle a aussi trouvé son public et je trouve ça positif. Ça me plaît que la France existe à travers des musiciens qui ont de la personnalité sans avoir toujours recours aux ficelles américaines ou autres.

– Justement, il y a finalement assez peu de groupes qui chantent en français dans le domaine du Blues. Qu’en penses-tu ? C’est de la frilosité, une question de génération aussi peut-être, ou une priorité qui n’est sans doute plus mise sur les textes finalement ?

C’est parce que c’est compliqué en raison de cette fameuse langue anglaise qui sonne si bien. Pour ceux qui ont été élevé avec cette musique-là, ça sonne, quoi ! L’anglais est une langue plus courte et plus concentrée et elle swingue peu importe ce que tu écoutes. Elle arrive à dire plein de choses avec peu de mots. Le français est une langue poétique, littéraire et que beaucoup de gens admirent, car c’est une belle langue. Bob Dylan est fan de Rimbaud et Baudelaire, tu vois. Mais c’est compliqué à partir du moment où tu fais de la musique. Il y a des gens, dès qu’ils chantent en anglais, ça va sonner, ils vont trouver leur truc. Et dès qu’ils vont chanter en français, ça va sonner variété ou ce genre de choses ! (Sourires). Donc, c’est un exercice de style vachement compliqué. Chanter en anglais, c’est la facilité ou c’est se dire qu’on s’en fout, qu’on ne veut pas uniquement jouer en France, mais aussi s’exporter. On est ouvert sur le monde, donc on veut aller jouer en Allemagne, en Italie, en Angleterre, aux Etats-Unis, en Australie, … Alors, il vaut mieux une langue internationale comme l’anglais. Après, pour les groupes français, il peut y avoir un décalage entre ce que tu vas dire entre les morceaux et ce que tu vas chanter, où les gens ne comprendront peut-être pas. Moi, je me suis dit que c’était un peu nul de chanter en anglais devant des Français. C’est à partir du moment où j’ai compris ce décalage que j’ai chanté en français. Et puis, j’ai aussi compris l’importance du poids des mots en écoutant des gens comme Claude Nougaro, Léo Ferré, Jacques Higelin, Eddy Mitchell, Johnny, Téléphone ou Trust. Voilà, le poids des mots ! Je pense que si les gens ont craqué pour Trust, par exemple, c’est pour la voix de Bernie aussi sur « Antisocial » notamment. Des groupes de Hard Rock en anglais, il y en avait à l’époque, mais des Frenchies, il n’y en avait pas ! Je pense que l’émotion vient des deux : la musique et la langue. Maintenant, c’est vrai que ça sonne bien en anglais et écrire en français demande un super effort. Il faut faire swinguer les mots. Et je pense aussi que les gens sont nettement plus touchés quand ça leur parle directement et qu’ils comprennent les textes. C’est ce qu’ils me disent en tout cas. Et le Blues permet beaucoup de choses aussi dans la forme. Il y a une très grande liberté.

– Et il y a aussi et surtout quelque chose que tu as, toi, c’est une voix…

C’est gentil de me dire ça, mais je ne l’ai jamais vraiment aimé, je l’ai toujours détesté. C’est vrai que parfois je chante des mots et ça se pose bien. Peut-être qu’avec quelqu’un qui aurait une voix plus belle ou plus claire, ça pourrait tomber à plat. Ma voix est un bon transporteur par rapport à ce que j’ai envie de véhiculer. C’est un drôle de truc finalement. C’est assez difficile à expliquer car, à une époque, les gens ont craqué sur la voix éraillée de Ray Charles. Ensuite en Angleterre, il y a eu le jeune Steve Winwood avec cette même influence, puis Joe Cocker avec sa voix complètement cassée. C’est pareil pour Bob Marley, qui a une identité vocale très forte. Et tous ne peuvent rien y faire. Finalement, les gens aiment ou détestent ces sonorités, ces tons et ça, on n’y peut rien.

– Enfin, on voit émerger des musiciens comme Markus King, Larkin Poe, Christone ‘Kingfish’ Ingram, Samantha Fish, Eddie 9V et d’autres aux côtés d’ailleurs de gens comme Joe Bonamassa, Kenny Wayne Shepherd, Beth Hart ou Ana Popovic pour n’en citer que quelques uns. Est-ce que tu penses que le Blues a changé de visage ces dernières années ?

Avec tous les noms que tu cites, ce qui a surtout changé, selon moi, c’est la technique et la technicité. Ils sont tous vachement dans la virtuosité. Cette musique, au départ, est simple, sensuelle, sexy et pas spécialement virtuose. Ce sont surtout des états d’âme. Quand tu écoutes John Lee Hooker, Lightnin’ Hopkins ou même Robert Johnson, qui étaient peut-être des virtuoses à leur époque, c’est quand même de la musique simple. C’est le Blues anglais avec Eric Clapton qui a déclenché les hostilités avec ce putain de son qu’il avait ! Il a scotché tout le monde ! (Rires). Et ensuite avec Peter Green et Mick Taylor aussi, le trio infernal ! Et aux Etats-Unis, il y avait BB King, Freddie King et Albert King, l’autre trio infernal et beaucoup d’autres encore ! Et au bout d’un moment, on ne peut pas empêcher les gens d’évoluer, Et aujourd’hui, on a des guitaristes qui jouent fabuleusement bien, qui se baladent entre le Blues et le Jazz avec des gammes et des modes particuliers où ils mélangent tout. Ça joue super bien, je regarde ça en me disant que je ne jouerai jamais comme ça et ce n’est pas grave ! Ce n’est pas le Graal de ma vie, (Sourires) Je reste très sensible au Allman Brothers Band où il n’y avait pas une énorme virtuosité, c’était vachement bien et ça ne cavalait pas tout le long du manche en permanence. Aujourd’hui, je reconnais bien sûr la grande technique d’une certaine nouvelle génération, mais ça ne me touche pas des masses. Les mecs s’éclatent, c’est super et je respecte, mais il y a du déjà-vu et du déjà-entendu qui est poussé à l’extrême. Il n’y a aucun problème, mais ce n’est pas mon chemin, car mes influences sont sans doute plus vastes aussi. Je tourne un peu toujours autour des mêmes accords, Je suis un mec bluesy, je fais de la musique bluesy, mais je ne fais pas forcément du Blues. Je connais ce qui se fait aujourd’hui. Je leur tire mon chapeau, mais ce n’est pas forcément des choses qui me touchent. Ils jouent super bien, mais voilà, quoi… (Sourires)

Le coffret « A L’Ouest » de PAUL PERSONNE, avec les réédition de « Face A » et « Face B » et le DVD « Live A La Traverse » (2011), est disponible chez Verycords.

Photos : Eric Martin (3) et Olivier Ducruix (4).

Retrouvez la première partie de l’interview :

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Paul Personne : la liberté dans l’humilité [Interview – Part 1]

Habile jongleur de mots et guitariste d’une grande finesse, PAUL PERSONNE livre ses notes délicatement bleutées depuis quelques décennies maintenant au point d’être devenu une figure incontournable du Blues à la française. Car, malgré une vaste culture musicale, c’est ce style qu’il a choisi, et qui lui va si bien, qu’il enrobe d’un Rock sincère. Près de 15 ans après leur sortie avec le groupe A L’Ouest, le musicien ressort les albums « Face A » et « Face B », accompagnés d’un DVD live capté en décembre 2011 à ‘La Traverse’, emblématique salle située à Cléon en Normandie. L’occasion de revenir avec lui sur ses deux opus, leur histoire et plus largement sur sa carrière et sa vision de la musique. Une interview fleuve, dont voici la première partie…

– Avant de parler de ce beau coffret, j’aimerais que l’on revienne sur les disques originaux. Dans quel état d’esprit étais-tu à l’époque, car je crois que c’est le nombre de morceaux qui t’a poussé à sortir d’abord la « Face A » et ensuite la « Face B » dans la foulée ?

Oui, c’est toute une histoire et c’était même un peu improvisé à l’époque. On avait monté tout ça avec le groupe A L’Ouest. On se connaissait depuis pas mal de temps, on tapait souvent le bœuf jusqu’au jour où je leur ai proposé de faire nos propres morceaux dans un style entre Rock et Blues. Il y avait une chouette complicité entre nous, c’était rigolo et on se marrait bien. Ils étaient jeunes, mais il se passait vraiment quelque chose. Et au moment où il y a eu le projet de sortie d’album, on partait surtout sur un EP, car nous n’avions pas assez de titres. Or, j’en avais d’autres sur le feu et le label nous a suivis en nous laissant le temps de compléter le tout. C’est de là qu’est venue l’idée de « Face A » et « Face B ». On a donc finalisé ce premier disque et ensuite, on s’est mis sur le second pendant que le premier sortait. C’était assez marrant. J’avais déjà fait ce genre d’expérience avec « Demain, il F’ra Beau » et « Coup d’Blues », qui étaient sortis à six mois d’intervalle. Ces deux albums étaient différents l’un de l’autre, et là je retombais un peu dans le même principe et c’était amusant. Donc, on a sorti le premier et le second six mois plus tard environ, juste au moment du début de la tournée.

– D’ailleurs, pourquoi n’as-tu pas opté tout de suite pour un double-album, quitte à attendre un peu ? Tu avais déjà distingué deux atmosphères différentes en faisant la tracklist, voire au moment de la composition ?

Non, il n’y avait pas de distinction ou d’orientation musicale différente. C’était fait dans le même moule, dans la continuité. L’idée de sortir « Face A » d’abord était de nous laisser du temps, sinon il aurait fallu attendre six mois de plus où il ne se passerait rien. C’est à ce moment que j’ai rencontré Gérard Drouot, qui m’a proposé de faire un Olympia et de commencer à avoir des concerts. On est donc parti sur la route et dès qu’on rentrait à la maison, on finissait « Face B ». Et puis, c’était intéressant car, après avoir enregistré dans des super studios avec des musiciens américains, etc., on se retrouvait dans un petit local, comme des mômes, en conditions live et artisanales. Et la situation me plaisait beaucoup ! On faisait les choses dans notre coin, et c’est quelque chose que j’ai toujours aimé aussi de toutes manières. On ne se posait pas de questions comme savoir si ça allait plaire aux gens, ou pas. Comme je dis souvent, je propose et les gens disposent. Je ne m’intéresse pas à l’aspect commercial de la musique. On s’est vraiment fait plaisir, on a vraiment passé du bon temps et il s’en est suivi une super tournée.

– Aujourd’hui sort donc ce coffret, « A L’Ouest » avec en bonus cette vidéo issue des captations des deux concerts enregistrés les 3 et 4 décembre 2011 à ‘La Traverse’ en Normandie. C’est vrai que les deux albums studio sont aujourd’hui indisponibles, mais pourquoi ces deux dates ? Ont-elles été un point culminant de cette tournée pour toi ?

Au contraire, c’était le début de la tournée, L’aventure A L’Ouest s’est terminée en 2015 par un enregistrement au Stéréolux à Nantes et qui est ensuite sorti sous le titre « Electric Rendez-Vous ». Là, nous étions en fin de tournée et je suis ensuite parti sur autre chose. A ce moment-là, à ‘La Traverse’, nous sommes au tout début, les albums venaient tout juste de sortir. Tout à l’heure, tu parlais de fraîcheur et de spontanéité et il y avait vraiment de ça. Et je le ressentais pleinement. Alors, comme on restait deux jours à Cléon, je me suis dit que ça valait le coup d’enregistrer quelque chose. Plus pour conserver un souvenir, pas à des fins commerciales. L’idée était de garder une trace de cette époque. Et depuis, en fin de compte, ça restait dans des cartons. Dès le moment où il a été question de rééditer les deux albums, je me suis dit que ce serait sympa de le faire avec un petit bonus. J’ai rappelé ceux qui avait enregistré la captation et avec le bassiste Nicolas Bellanger, on a mixé l’audio. J’ai sélectionné 13 chansons, qu’on ne retrouvait pas ailleurs et on a fait un montage. Ça fait un souvenir sympa d’un chouette moment, où on s’est vraiment amusé ! (Sourires) Il y a des moments assez inattendus avec des improvisations aussi. Et ça reste un beau témoignage de cette époque.

– Aujourd’hui, la vidéo a pris beaucoup d’importance dans la communication des artistes. Est-ce que c’est aussi ça qui t’y a poussé, car tu aurais tout aussi pu sortir un album live plus classique ?

Oui, bien sûr, mais je l’avais déjà beaucoup fait par le passé. Cette fois, ça ne me disait pas grand-chose de sortir un album live. Ça m’intéressait surtout de ressortir les albums studio. Ils ont un certain charme, car ils ont été faits très spontanément et je les ai finalement composés assez vite aussi. Dès l’idée de « Face B », entre les concerts, il fallait se mettre au boulot sur les textes, finir certaines parties, penser aux arrangements, … Il y avait une super énergie à ce moment-là. Et il y a une sorte de fil conducteur, on faisait vraiment ce qui nous passait par la tête comme tous ces petits bruits que l’on retrouve sur les disques. Je ne veux pas parler de concept album, mais il y a un petit côté comme ça avec une chouette ambiance sur les deux albums. C’est pour ça que je trouvais dommage que ces disques restent inconnus, un peu dans l’ombre. Alors quand le label m’a proposé une réédition, j’ai vraiment trouvé l’idée cool, car il y a beaucoup de gens qui ne les connaissent pas.

– D’ailleurs, est-ce que tu as remasterisé les deux albums, ou est-ce qu’ils ressortent dans leur version originale ?

Oui, j’ai tenté une remasterisation. L’idée était de repartir des mixes de base, alors on a fait ce qu’on pouvait faire. Je voulais essayer d’améliorer un petit truc. Le mastering de base était bien, et si cela ressortait comme ça, ça ne me dérangeait pas, non plus. Mais j’ai voulu donner un petit coup de boost et voir si on pouvait améliorer l’histoire. On a gagné un petit truc, qui est pas mal, je pense. Et le mastering du DVD a été fait dans le même esprit et c’est vachement bien. C’était juste histoire de redonner un petit coup de peinture là-dessus, tu vois… (Rires)

– Ton dernier album date de 2019, « Funambule (ou tentative de survie en milieu hostile) » et il a été suivi d’une tournée stoppée net par le Covid. Comment as-tu vécu ce break forcé, d’autant que les salles affichaient complet ?

Ça a été vachement dur, car j’avais monté une équipe de chouettes musiciens. On se marrait bien, la tournée était lancée et comme tu le dis les salles étaient pleines. Comme à chaque fois, cela me surprenait et me faisait très plaisir, parce que je ne suis pas un mec médiatisé. Je ne vais pas sur les plateaux de télé ou dans les talk-shows. Et cela me va très bien comme ça, car j’ai toujours vécu ma vie de musicien comme un artisan. Je n’ai jamais cherché à faire des tubes, je n’ai jamais travaillé dans ce sens-là. Je fais la musique que j’ai envie, je propose des petites aventures aux gens avec des mots et des sensations et je finis par avoir une fidélité du public qui est géniale. Et au début de cette tournée, qui se passait super bien, arrive le Covid, qui a fait du mal à beaucoup de gens. C’est une horreur mondiale que nous avions vécu. C’était très dur. L’avantage que j’ai eu par rapport à cette tournée, c’est qu’elle n’a pas été annulée, mais reportée. En dehors d’un ou deux concerts, j’ai pu refaire la plupart des dates courant 2020/2021 et cela m’a amené jusqu’à l’Olympia en 2022, le jour de la Saint-Valentin. (Sourires) Mais j’ai quand même pu continuer la tournée avec la même équipe, les mêmes musiciens et le public qui a été fidèle au poste. Donc ça, c’est cool ! (Sourires)

– Est-ce à ce moment-là qu’a germé l’idée des deux volumes de « Dédicaces (My Spéciales Personnelles Covers) », sortis en 2023 ? Et est-ce parce la pandémie ne te permettait pas de te projeter artistiquement que tu t’es lancé dans ce projet, ou c’est quelque chose que tu mûrissais déjà depuis un moment ?

Oui, c’est quelque chose à laquelle je pensais depuis longtemps. Ça fait partie des trucs qui me trottent dans la tête et que je ne mets jamais à jour. Ça remonte même aux années 90, où j’en avais parlé à Didier Varrod, mon directeur artistique chez Polydor, en lui disant que je voyais des Américains et d’autres faire pas mal de covers, et que j’aimerais bien réaliser un album de reprises de gens que j’aime bien et dans un vaste panel. J’avais déjà rencontré beaucoup d’artistes comme Johnny, Eddy Mitchell, Jacques Higelin, Manu Dibango et d’autres encore. L’idée était de leur faire un coup de chapeau, par rapport à tous ces moments que j’ai passé avec eux. Ensuite, l’idée est tombée aux oubliettes et je suis passé à autre chose. Peut-être qu’inconsciemment le Covid m’a mené à ça, en effet, avec aussi l’arrêt de la tournée. J’ai donc repris mon huit-pistes et je me suis amusé à jouer et à sélectionner des chansons. Le plus dur a été de choisir. Malgré les deux volumes, je n’ai pas pu tout mettre. Il y en a encore beaucoup d’autres que j’aurais pu reprendre. Il aurait presque fallu faire un troisième volume ! (Sourires) C’était vraiment un truc que j’avais au fond de moi et que je voulais faire…

A suivre…

Le coffret « A L’Ouest » de PAUL PERSONNE, avec les réédition de « Face A » et « Face B » et le DVD « Live A La Traverse » (2011), est disponible chez Verycords.

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Alter Bridge : into the core [Interview]

Plonger au cœur de son ADN musical en affichant clairement un son et un songwriting reconnaissables entre tous après plus de 20 ans de carrière, tel est l’objectif d’ALTER BRIDGE. Et le fait de sortir un huitième album éponyme ne doit rien au hasard. « Alter Bridge » reflète bel et bien l’essence-même du quatuor américain, et s’il avait encore des limites, elles sont franchies avec force et talent. Articulé autour de Mark Tremonti (Creed, Tremonti) et Myles Kennedy (Slash & The Conspirators et en solo), le groupe rayonne comme jamais, assène un mur de guitares imposant, un duo basse/batterie massif et un chant puissant, sans jamais négliger la finesse dont il a toujours fait preuve. Entretien avec Mr Kennedy, son frontman, guitariste et compositeur au regard passionné et passionnant sur son art.

– L’une des choses qui impressionne sur ce nouvel album, c’est le fait qu’il résume parfaitement le caractère du groupe d’une part et d’autre part, que vous avez aussi conservé le même line-up, ce qui devient assez rare aujourd’hui…

Oui, c’est vrai, mais je pense qu’aucun d’entre-nous n’aime les drames ! (Rires) Nous sommes des gars un peu sentimentaux et nous voulons juste faire de la musique. D’ailleurs, peut-être que s’il nous arrivait des choses un peu plus dramatiques, cela nous aiderait à progresser encore ! (Rires) En fait, je dis ça car parfois certains groupes, qui se battent en interne, sortent des albums brillants. Pour nous, c’est différent. Nous parvenons à créer ce que nous voulons et cela fonctionne très bien. On a su conservé un environnement de travail, qui est très préservé… (Sourires)

– D’ailleurs, dans ce style, vous êtes l’un des groupes les plus emblématiques de la période post-2000. Penses-tu que ce nouveau millénaire ait aussi déclenché une nouvelle façon d’aborder le Hard Rock dans le fond plus que dans la forme ?

Oui, absolument, car dans les années 90, l’époque était surtout au Grunge et au Rap. Quand nous sommes arrivés, beaucoup de gens ont même parlé de post-Grunge, juste parce que cela arrivait après l’énorme succès du style. C’est assez logique d’ailleurs. De notre côté, nous avons essayé d’intégrer de nouveaux éléments venant de différents courants et de nous les accaparer, d’en faire notre propre son. Nous avons été très influencés par Soundgarden, par exemple, mais aussi par d’autres groupes plus contemporains comme Mastodon, qui a eu un impact profond sur moi, comme Gojira aussi d’une certaine manière. En fait, ce que tu peux toujours essayer de faire, c’est d’écouter beaucoup de choses et d’en concevoir ta propre recette : une sorte de mélange Rock’n’Roll.

– L’album a été en partie conçu dans les studios 5150 d’Eddie Van Halen. J’imagine que l’émotion a du être grande là-bas. Comment avez-vous géré ça, car il doit y avoir un mélange d’émotion, de respect et d’humilité aussi ? Tout cela s’est-il transformé en moteur et peut-être même en source d’inspiration ?

Oh oui, c’est vraiment devenu une grande source d’inspiration. En ce qui concerne Mark et moi, en tant que guitaristes tous les deux, cela a beaucoup joué et l’album est ce qu’il est pour cette raison-là aussi, notamment au niveau des riffs. Nous sommes d’ailleurs arrivés avec beaucoup trop d’idées. On avait en tête le fait d’être dans l’un des endroits les plus prestigieux où tu as l’occasion de jouer dans une carrière, et où l’on peut faire à peu près tout ce qu’on veut par rapport aux guitares. Oui, je pense que tout cela nous a vraiment inspiré et aidé aussi à mettre un pied devant l’autre par rapport à nos propres idées. Cela a indiscutablement rendu l’album meilleur.

L’album est plus sombre que les précédents, avec un contenu aux paroles peut-être plus graves aussi. C’est vrai que le monde est de plus en plus incertain et son équilibre fragile. Est-ce que vous avez puisé dans ce contexte pour composer l’album ?

Oui, un peu, c’est vrai. Par exemple, il y a des thèmes comme celui des gens vraiment toxiques, qui attendent simplement votre réaction et vous regardent sombrer, ou d’autres personnes qui sont dans des relations malheureuses et abusives… Comment naviguer dans tout ça ? Comment y survivre ? C’est un peu tout ça qui se retrouve sur l’album et c’est vrai que ce sont, en effet, des choses très lourdes de sens et pesantes. De ce point de vue, c’est sans doute notre disque le plus intense.

– Après les studios 5150, vous êtes allés terminer l’album en Floride aux studios Barbarosa que vous connaissez très bien. Etait-ce aussi par désir de vous reconnecter à un lieu familier pour apporter la touche finale à l’enregistrement ?

Je pense que cela vient de Michael (‘Elvis’ Baskette, producteur – NDR). Il savait que nous avions terminé la préproduction aux studios 5150 et que cela nous ferait du bien de sortir de notre élément, car il nous influençait d’une certaine façon malgré nous. La préproduction est la partie la plus importante dans la création d’un album, car on prend toutes les idées, les chansons et on les solidifie, tout en sachant que les arrangements jouent un rôle important aussi plus tard. Donc, une fois que c’était fait, il ne restait que l’enregistrement, notamment celui de la batterie. Alors, nous sommes retournés en Floride pour ne pas non plus imposer notre présence à Wolfgang (Van Halen – NDR), afin qu’il puisse aussi utiliser le studio quand il le souhaitait. Et je pense que cela a été une bonne idée de retourner sur la côte Est pour enregistrer les voix et les guitares. Et puis, c’est aussi un endroit plus proche de chez nous, et logistiquement, cela avait donc plus de sens.

– Avec Mark, vous êtes deux guitaristes très affûtés et virtuoses et vous avez d’ailleurs deux styles assez différents. Comment avez-vous travaillé sur ce nouvel album ? Est-ce que chacun est venu avec ses idées et vous les avez confronté ou compléter, ou vous arrive-t-il aussi de composer ensemble, dans la même pièce ?

Cela dépend vraiment beaucoup, car nous sommes très souvent dans des endroits différents dans le pays. Parfois, j’aime laisser les chansons ouvertes en me disant que peut-être Mark, ou quelqu’un d’autre dans le groupe, aura une idée sur telle ou telle partie. Mais cela dépend vraiment des morceaux finalement. Il arrive régulièrement que Mark fasse des démos avec beaucoup de choses déjà abouties et je n’ai juste qu’à ajouter la mélodie. C’est un peu de cette façon que je travaille avec Slash aussi. Il m’envoie ses maquettes et je pose les couplets et les refrains. Mark a beaucoup d’idées et cela aide, bien sûr. Mais il n’y a pas de façon de faire vraiment systématique entre nous. C’est quelque chose qu’on fait depuis longtemps maintenant, et nous réussissons à trouver le meilleur de nous-mêmes comme ça. Je pense qu’il y a plein de façons pour parvenir à construire une bonne chanson.

– ALTER BRIDGE est toujours très pointu au niveau des guitares, bien sûr, mais pas seulement. Et vous restez toujours très fédérateurs dans les refrains et les mélodies. Comment faites-vous l’équilibre et quel est ton regard sur la scène actuelle de ce point de vue ?

Tu sais, nous faisons beaucoup de festivals et je vois peu à peu que les groupes commencent à adopter des voix qui s’éclaircissent de plus en plus, qui tirent vraiment vers le chant clair. Mais c’est cyclique et c’est assez marrant de voir cette évolution. (Sourires) J’aime bien regarder les tendances. Mais il y a toujours aussi des approches très primales, très lourdes et fortes. Et j’aime bien aussi… C’est une tonalité et une approche différentes ! (Sourires)

J’aimerais que l’on dise un mot « Slave To Master », un morceau qui fait presque dix minutes et qui est monumental. C’est d’ailleurs le plus long de votre discographie. Comment a-t-il vu le jour, car vous êtes habituellement plus direct et concis ?

Oui, mais au départ, l’objectif n’était pas d’en faire un morceau si long. En fait, c’était deux chansons distinctes. Une fois que j’avais trouvé les premières minutes du morceau, mon objectif était simplement d’atteindre le pont du titre. Et puis, Mark a eu cette partie vraiment cool, très spontanée qu’on a tous beaucoup aimé. Finalement, on s’est dit qu’on allait la prendre et la mettre à la suite d’une autre que j’avais déjà composé. Et c’est parti comme ça ! (Sourires) Si tu veux tout savoir, initialement, j’allais prendre le solo, puis c’était au tour de Mark. On était en studio et il a commencé à jouer. Il a commencé et c’était vraiment long ! J’ai trouvé ça franchement génial et puis, je n’avais que huit accords à faire. C’était tellement simple à jouer que cela offrait plus de liberté aux solos. Alors, Elvis m’a dit de le jouer avec mon cœur et c’est ce que j’ai fait. A la base, cela aurait du être beaucoup plus court, pas un peu plus de neuf minutes, en tout cas ! (Rires) C’est vrai que je n’y avais jamais pensé, merci de me l’avoir fait remarquer ! (Rires)

– Enfin, et en plus d’ALTER BRIDGE, tu joues parallèlement avec Slash & The Conspirators et en solo, et à chaque fois dans des ambiances différentes. Comment est-ce que tu t’y retrouves et est-ce que distinguer les trois formations se fait naturellement ?

C’est parfois difficile de donner du crédit à ce que j’écris. Est-ce que j’ai déjà fait ça il y a dix ans ? Est-ce que ça vient vraiment de moi ? C’est l’éternelle question. Je pense que le plus important est de rester le plus proche de ce que je suis et de mon ADN musical. C’est de cette façon que j’aborde mes albums solos en tout cas. Ce sont des choses que tu dois explorer, établir et le faire pour toi-même. Ensuite, quand je reviens avec Slash ou ALTER BRIDGE, je fais partie d’un groupe uni et il y a donc l’art du compromis, qui entre en compte. Mais c’est à travers ça que tu créés des choses que tu n’aurais jamais pu faire tout seul. Certains trouveront que c’est mieux quand je compose seul, par exemple. C’est aussi toute la beauté de la subjectivité ! (Sourires) Certaines personnes aiment le chocolat, d’autres c’est plutôt la vanille. Ce que j’essaie de faire, c’est juste de mixer l’ensemble et d’y apporter quelques saveurs pour en faire une bonne glace ! (Rires)

Le nouvel album éponyme d’ALTER BRIDGE est disponible chez Napalm Records.

Photo : Chuck Brueckmann

Retrouvez les chroniques des deux derniers albums solos de Myles Kennedy :

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Heavy Stoner Rock International Stoner Doom Metal

Beast Eagle : animal ferocity [Interview]

Il y a quelques semaines, le quatuor américain sortait un nouvel EP, « Sorceress », particulièrement captivant et accrocheur. Basé sur un Stoner très Heavy et épais, quelques touches de Hard Rock et même une légère saveur bluesy, BEAST EAGLE semble ici prendre véritablement en envol. Mené par une frontwoman, Kate Lewis, qui apporte beaucoup de force et de mélodie aux morceaux, le quatuor s’est forgé un style bien à lui, loin des références qui l’ont animé au départ de l’aventure. D’un Stoner Doom âpre et massif, le groupe du Nebraska a gagné en finesse, a éclairci son jeu et rivalise aujourd’hui avec n’importe quelle formation du genre. Guitariste et membre fondateur, Austin L’Ecuyer revient sur ce parcours, sa vision artistique et l’évolution du combo.

– BEAST EAGLE a un parcours assez particulier, puisque vous avez sorti « Loud At Plat Black Studios » deux ans après la création du groupe, et surtout c’est un album entièrement instrumental axé sur un Stoner Doom très rugueux. Il s’en dégage un sentiment d’urgence et il sonne aussi très live. Quel regard portez-vous aujourd’hui sur cette première déflagration et vos débuts ?

Quand on a formé le groupe, on voulait un son brut et authentique, avec de gros amplis à lampes et d’énormes enceintes. On voulait un son puissant et percutant. On voulait aussi un son rapide, pas trop lent comme beaucoup de groupes de Stoner Doom qu’on écoutait. Du coup, on a intégré des éléments Metal et Rock qu’on avait tous en commun et on a créé notre première démo.

– Il y a trois ans, Kate Lewis vous a rejoint pour donner de la voix et poser des mots sur la musique de BEAST EAGLE. A quel moment et pour quelle raison avez-vous décidé de d’intégrer du chant ?

Au cours de notre première année, alors que le groupe prenait de l’ampleur, on nous disait sans cesse que notre musique atteindrait un tout autre niveau avec la bonne chanteuse. A chaque concert, c’était la même chose. On a lancé une recherche sur Internet, mais sans grand succès. Puis, Kate est venue à notre premier concert après la pandémie. Et elle a dit : « Salut, je m’appelle Kate et je vais être votre chanteuse ». Je lui ai avoué que je n’étais pas fan des chanteuses dans le Metal et que je n’imaginais pas vraiment une chanteuse pour ce projet. Quelques mois plus tard, on a organisé des auditions. Kate est arrivée avec le morceau « Heavy Bones » déjà écrit. Elle était incroyable et nous a vraiment bluffés. Dès la première note, on a su que c’était elle.

– Sur votre premier EP éponyme, vous avez amorcé un virage plus Hard Rock et moins Doom. Aviez-vous besoin s’apporter un peu de lumière à votre registre et éclairer un peu votre direction musicale en étant peut-être moins âpres ? 

Je ne crois pas que notre choix se soit porté sur une musique moins agressive ou plus légère. Avec les changements de formation au sein du groupe, nous avons tous ressenti le besoin d’explorer davantage le groove et la mélodie, plutôt que de nous cantonner à un son Stoner Rock plus marqué. Le premier EP est un réenregistrement assez fidèle de notre première démo, mais avec un travail plus abouti et une direction plus précise. L’intégration des voix aux morceaux a permis de leur donner une dimension plus complète.

– Avec « Sorceress », BEAST EAGLE donne une touche assez bluesy à ce deuxième EP, tout en restant aussi occulte dans la démarche. Est-ce que vous avez le sentiment d’avoir peaufiné votre jeu au fil des sorties, ou est-ce juste une évolution naturelle pour vous ?

Je crois que ce groupe puise son inspiration dans un mélange incroyable de genres musicaux, bien au-delà du Rock. Du coup, à chaque réalisation, on évolue au gré des influences musicales qui nous entourent. J’adore m’inspirer de toutes ces sources et laisser les chansons se développer librement.

– D’ailleurs, vous avez sorti deux EPs après un premier album, tandis que c’est souvent l’inverse. Vous préférez les formats courts, ou est-ce aussi une façon d’occuper l’espace avec des réalisations régulières dans une industrie musicale très bousculée ces dernières années ?

Ces dernières années ont indéniablement transformé notre vision de l’industrie musicale. Sortir des morceaux plus fréquemment est sans aucun doute préférable pour capter l’attention volatile du public. Certes, composer un album complet demande plus de temps et de concentration, mais la récompense est à la hauteur : plus de 20 minutes de musique à écouter. D’ailleurs, il est grand temps de sortir un album avec notre formation au complet pour faire découvrir à tous toute la richesse de l’univers BEAST EAGLE.

– Par ailleurs, l’arrivée de Kate au chant n’a pas vraiment ralenti vos ardeurs. Qu’est-ce qui a le plus changé, selon vous, en devenant un quatuor et en quittant un registre instrumental aussi ? Votre approche dans la composition a-t-elle évolué et vous arrive-t-il aujourd’hui de partir du texte pour créer le climat d’une chanson ?

L’écriture n’a pas vraiment beaucoup changé depuis l’arrivée de Kate. On commence toujours par les instrumentaux, puis on ajoute les voix. Avec une chanteuse, on modifie parfois les paroles pour les adapter à certains passages. Le chant donne toujours une direction plus claire aux morceaux et nous permet de trouver une meilleure dynamique.

– Ce nouvel EP est basé sur l’histoire d’une sorcière et elle évolue au fil des morceaux. C’est assez rare de développer un concept sur ce type de format court. Est-ce que cela fait plus largement partie de l’imaginaire de BEAST EAGLE dans son ensemble, et donc un album n’était pas forcément nécessaire ?

La création de cet EP concept a été un parcours complexe, c’est certain, mais nous avions commencé à l’écrire en gardant l’idée des sorcières en tête. Cinq chansons nous semblaient suffisantes pour raconter l’histoire sans laisser place à des digressions inutiles. Je ne sais d’ailleurs pas encore si nous referons un album concept à l’avenir.

– Enfin, BEAST EAGLE montre un jeu très équilibré sur « Sorceress » avec des parties de guitare aiguisées et tranchantes, une rythmique massive et un chant captivant. Vous avez même été sacré meilleur groupe de Hard Rock dans votre ville d’Omaha, Nebraska. J’imagine que les concerts vont se succéder. Avez-vous déjà l’idée d’un premier album à quatre, ou d’un prochain EP, dans un coin de la tête ?

Nous vous réservons quelques petites surprises pour ce début d’année, qui tiendront nos auditeurs en haleine. Par ailleurs, nous avons commencé à composer notre prochain album, un album complet et  riche en rebondissements, qui vous captivera.

Le nouvel EP de BEAST EAGLE, « Sorceress », est disponible chez Golden Robot Records.

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Americana Blues Rock

Nico Chona : en quête d’espace

Onze titres pour autant d’ambiances aux notes bleutées sur ce « Sometimes The Tears », qui fait suite à « Old Western Star », paru il y a cinq ans déjà et qui avait fait forte impression. En mode one-man-band, le Lyonnais est de chaque note sur cette nouvelle réalisation enchanteresse. Songwriter affûté et musicien virtuose, NICO CHONA fait le choix d’un style assez épuré et captivant, et évite ainsi avec soin toute démonstration superflue. Un équilibre solide assuré par une voix plein de sensibilité.

NICO CHONA

« Sometimes The Tears »

(Bozeman Records)

Auteur et composteur, mais aussi guitariste, chanteur et batteur, NICO CHONA sait à peu près tout faire. Et cela tombe bien puisque, pour son troisième album, il s’est occupé de tout, y compris de la production. S’il est entièrement seul à l’œuvre sur « Sometimes The Tears », il réussit le tour de force de donner l’impression d’un véritable travail de groupe. Ici, pas de bidouillages, mais beaucoup de fluidité et de chaleur, le tout enregistré par ses soins en analogique et sur du matériel vintage pour encore plus d’authenticité et de proximité. 

Habitué des projets ‘United Guitars’ et animateur d’une chaîne YouTube, NICO CHONA renoue donc avec le format long après « Modern Delta », dernier EP en date sorti en 2021. Et s’il a lui-même le posé ses chansons sur bande, le mix de « Sometimes The Tears » a été confié aux multi-primé Bill Mims, qui a côtoyé des sommités. Toujours à Los Angeles, c’est Gavin Lurssen, autre ponte dans le domaine, qui s’est chargé du mastering. Autant dire que ça sonne et que son Blues Rock délicat aux saveurs Americana est vraiment resplendissant.

Cela dit, c’est presque la moindre des choses vu la qualité des compositions, qui proposent un voyage musical varié et changeant au fil des pistes. Du morceau-titre à « George », qui clot l’album avec classe, NICO CHONA reste chevillé à un Blues sincère, qui lorgne sur le Rock, l’Americana et même le Jazz sur « 7th Avenue ». Pour autant, c’est son style et sa patte qui brille sur « Sometimes The Tears ». Son feeling enveloppe ce bel opus à l’atmosphère très live (« Lilly Honey », « Silver Highway », « Drop Me In A River »). Un beau moment suspendu.

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Musique celtique Musique traditionnelle

Eric Vercelletto : la source comme phare

Très métissée, la musique d’ERIC VERCELLETTO prend racine en Bretagne, parfait champ des possibles pour aller piocher dans d’autres cultures des tonalités, des rythmiques et des échos qui viennent se lier, épicer et apporter des saveurs lointaines à un ouvrage aussi atypique que familier. « Beg An Dorchenn Project » est l’idée un peu folle de ce guitariste, claviériste, flûtiste, compositeur, arrangeur et producteur, qui a su faire le pont entre ses premières amours intimement liées à son pays avec des réverbérations quasi-universelles.

ERIC VERCELLETTO

« Beg An Dorchenn Project »

(Independant)

Ce premier album d’ERIC VERCELLETTO tient littéralement de l’épopée. Démarrée il y a plus de dix ans autour de la très inspirante pointe de la Torche dans le Finistère, la fameuse « Beg An Dorchenn », elle est aussi tournée vers le monde avec pour axe central cette avancée rocheuse dans l’océan qui aimante et impulse le socle musical du disque. Car si l’univers du musicien est étroitement lié à la Bretagne et à la musique celtique plus largement, des sonorités brésiliennes, balkaniques et indiennes viennent colorer l’ensemble.

Et de la couleur, « Beg An Dorchenn Project » n’en manque vraiment pas. A l’instar de ce lieu aux paysages si changeants, il hypnotise et envoûte. Enregistrée entre Quimper, Estoril et Berlin, cette première réalisation se veut transcontinentale dans le son et ce sont des musiciens issus d’horizons éloignés, plus d’une dizaine en plus du Bagad Penhars, qui se sont joint à ERIC VERCELLETTO. Sur une trame contemporaine, parfois jazzy ou classique, la jonction avec la tradition est aussi fluide qu’évidente, la virtuosité de chacun faisant le reste.

Bien qu’il s’agisse d’une autoproduction, la qualité de « Beg An Dorchenn Project » n’a rien à envier aux grosses cylindrées mainstream du genre. Au contraire, l’authenticité qui émane des dix morceaux est le fruit des rencontres d’ERIC VERCELLETTO avec des artistes dont il partage la vision et avec qui il a noué de solides amitiés. Surtout instrumental, quelques voix survolent aussi cet opus captivant avec légèreté (« An Nor I &II », « Kerz A Rimp Beteg De Jujuy », « Larry Den », « Marig Ar Pollanton », « Kelch’h Dogor ») De toute beauté !

L’album est bien sûr disponible sur le site de l’artiste : www.vercelletto.com

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Blues Rock

Thomas Frank Hopper : wild freedom

Imprévisible et très créatif, THOMAS FRANK HOPPER ajoute un magnifique nouveau chapitre à son aventure musicale. Toujours entre Blues et Rock, « Wild Ones Never Die » montre que le Belge est capable d’aller encore plus loin dans un registre parfaitement maîtrisé, où son écriture est encore plus libre, son jeu de guitare sauvage et incisif et ses parties vocales très assurées. Entouré de quelques invités, il élargit encore un peu plus son univers et offre à cette nouvelle production un souffle rafraîchissant.

THOMAS FRANK HOPPER

« Wild Ones Never Die »

(Independant)

Après « Bloodstone » (2021) et surtout « Paradize City » (2023) qui l’a véritablement révélé et qui lui a probablement ouvert les portes du tremplin de l’European Blues Challenge à Memphis où il s’est hissé jusqu’en quart de finale l’an dernier, THOMAS FRANK HOPPER s’est désormais fait une belle place sur la scène Blues Rock de côté de l’Atlantique. Avec « Wild Ones Never Die », le chanteur et guitariste affirme encore un peu plus son style fait de multiples influences et de couleurs artistiques, qui le rendent aujourd’hui très identifiable. Et son crossover entre Rock, Blues et d’autres teintes fait encore des merveilles.

Enregistré en moins de dix jours en Normandie, le musicien livre son album le plus abouti, celui de la maturité peut-être, diront certains. Le songwriting est affûté et inspiré, les structures des morceaux étonnantes et audacieuses et sa fameuse ‘lapboard’ jamais bien loin. Et si le chant de THOMAS FRANK HOPPER a gagné en assurance et en variation, il fait cette fois-ci un peu de place à des guests triés sur le volet et qui apportent un vrai supplément d’âme. Sans faire dans le clinquant, les combinaisons se font avec beaucoup de naturel et dans un feeling partagé et commun.

Du direct et envoûtant « Ready To Thrive » au plus délicat « Zippin Pippin », on pourrait citer tous les morceaux, tant ils diffusent des saveurs particulières. Accrocheur et bardé de refrains entêtants, de guitares flamboyantes et d’un groove irrésistible, « Wild Ones Never Die » se dévoile à chaque écoute (« Freak Show », « Six Feet Underground », « Jackie Brown », « Idiocracy »). Offrant une touche façon Eminem sur « Never Lonely » avec Jacob Miller, saisissant de vérité avec l’excellente chanteuse croate Vanja Sky sur « Wild Birds » et solaire sur « Open Road » avec Meri Lu Jacket à ses côtés, THOMAS FRANK HOPPER régale.

Photo : Loreta Mander

Retrouvez l’interview donné à l’occasion de la sortie de « Paradize City » et la chronique de l’album :

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Contemporary Blues R&B Soul

Greg Nagy : un instant de grâce

Caractérisé par une élégance de chaque instant, que ce soit à la guitare ou au chant, GREG NAGY fait partie de ces bluesmen pour qui le temps semble n’avoir aucune importance. Entouré d’un groupe brillant, et avec même la participation de Bobby Murray, six-cordiste attitré d’Etta James depuis un bon moment, il marie un Blues très contemporain dans un esprit Soul, alternant avec une puissance très bien contenue et un feeling tout en délicatesse et d’une grande finesse. Très intense dans l’interprétation, il fait preuve sur « Just A Little Morte Time » d’une profondeur et d’une sincérité pleine d’émotion.

GREG NAGY

« Just A Little More Time »

(Independant)

Après s’être forgé une solide réputation avec le groupe Root Doctor il y a quelques années en tant que lead guitariste, GREG NAGY s’est légitimement lancé dans une carrière solo. Songwriter aguerri, il donne livre court à ses inspirations et « Just A Little More Time » est déjà son cinquième album sous son nom, depuis « Walk Than Thin Line », sorti en 2009. Solidement ancré dans son époque, l’Américain ne tourne pas pour autant le dos à la tradition et il conjugue Blues, Soul, Rock et R&B avec beaucoup d’authenticité et la même intensité.

Toujours très bien entouré par des musiciens aussi chevronnés que reconnus, GREG NAGY distille avec passion un Blues aux multiples facettes, qu’il va piocher dans des registres assez opposés. Avec sa voix de velours et son jeu fluide et limpide, il se livre à un double exercice sur « Just A Little More Time », à savoir mêler des reprises triées sur le volet, et parfois étonnantes, avec ses propres compositions. Et enregistré avec un groupe hors-norme, dont une section cuivre chaleureuse et d’une grande précision, l’ensemble est rayonnant.

Avec beaucoup de personnalité, GREG NAGY s’approprie des morceaux que l’on redécouvre sous un nouveau jour. Que ce soit « Rainy Night In Georgia » de Tony Joe White (1969), « I’m The Moon » de John Lee Hooker (1951) ou l’inattendu « Only Women Bleed » d’Alice Cooper (1975), le chanteur et guitariste leur offre une impulsion lumineuse sur des arrangements de grande classe. Et il régale aussi et surtout sur ses propres compositions (« Breaking Me », « Between The Darkness And The Light », le morceau-titre et « Big City »). Splendide !

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Hard Rock

Lynch Mob : so long !

Nombreux sont ceux qui gardent un souvenir ému de la sortie de « Wicked Sensation » en 1990, première réalisation du génial George Lynch en groupe après son départ de Dokken. Ce fut le début d’une belle envolée solo qui, si elle n’a jamais atteint le sommet des charts, aura été un formidable laboratoire pour un six-cordiste toujours en quête d’exploration et particulièrement doué. Avec un sens unique du riff et des solos plein de panache, il aura guidé LYNCH MOB pendant plus de deux décennies. Avec ce dernier « Dancing With The Devil », il affiche sa reconnaissance pour ses fans, loin de signer un lugubre chant du cygne.  

LYNCH MOB

« Dancing With The Devil »

(Frontiers Music)

Clap de fin pour LYNCH MOB après 25 ans d’une belle aventure, qui se termine avec un neuvième album en forme de baroud d’honneur. Si le groupe demeure le plus emblématique de la carrière post-Dokken du guitariste, il reste un homme de projet et nul doute qu’il ne tardera pas à refaire surface. Alors pour cet ultime opus, il a reconduit le line-up présent sur « Babylon », sorti en 2023. On le retrouve donc aux côtés de Gabriel Colón au chant, Jaron Gulino à la basse et Jimmy D’Andra derrière les fûts, histoire d’œuvrer une dernière fois dans la continuité et la ligne artistique établie du combo.

L’une des dernières formations iconiques du Hard Rock américain tourne donc la page et même si de nombreux musiciens s’y sont succédé, la touche de LYNCH MOB reste tellement identifiable. Cependant, le musicien a su moderniser son approche au fil du temps, tout en conservant ce chaleureux côté bluesy qui le suit. Comme toujours « Dancing With The Devil » sonne juste, le songwriting est irréprochable, l’interprétation du combo remarquable et le jeu de George Lynch fait encore des étincelles. Technique, mais sans tomber de trop dans la démonstration, il laisse parler son feeling… ainsi que sa virtuosité.

Avec l’assurance et la technicité qu’on lui connaît, le Californien distille un Hard Rock toujours élégant et efficace. S’il ne prend pas le moindre risque, il joue sur les contrastes avec un groove éclatant et démontre qu’il reste un maître en la matière (« Dancing With The Devil », « Pictures Of The Dead », « Saints And Sinners », « Lift Up Your Soul », « Follow My Down »). Avec ce dernier effort, le guitar-hero semble aussi poser un regard satisfait sur ce pan de sa carrière et se contente même de beaucoup de sobriété sur l’instrumental « Golden Mirrors ». Et LYNCH MOB ferme même la parenthèse avec « Somewhere », uniquement présent sur l’édition européenne. Merci pour tout Monsieur !

Retrouvez la chronique de « Babylon » :

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Rock Hard

Cassidy Paris : rockin’ lady

Même si elle n’était déjà plus une débutante, CASSIDY PARIS avait réalisé une belle entrée en matière avec « New Sensation » il y a deux ans. Le plus difficile est toujours de confirmer et avec « Bittersweet », la mission de la jeune artiste est accomplie. Se référant aux pionnières du Rock, tout autant qu’à la scène Hard Rock 80’s, ainsi qu’à certaines tendances plus modernes, la musicienne réussit le tour de force d’actualiser un registre qui a fait ses preuves et auquel elle apporte sa personnalité avec beaucoup d’impact et de conviction.

CASSIDY PARIS

« Bittersweet »

(Frontiers Music)

Du haut de ses 23 ans, CASSIDY PARIS compte déjà deux EPs (« Broken Hearted » et « Flirt ») et un premier album, « New Sensation » sorti en 2023 et très bien accueilli. La jeune chanteuse et guitariste continue sur sa lancée et livre aujourd’hui « Bittersweet », où elle marque certaines intentions de manière très claire. Tout d’abord, elle a grandi bien sûr et sa musique aussi. Dans un Rock musclé tirant sur le Hard Rock et très inspiré par la scène américaine avec des groupes comme Bon Jovi ou Warrant notamment, elle emprunte aussi à ces consœurs une fougue féminine à la fois sexy et débridée, façon Pink et Avril Lavigne.

Toujours entourée de son complice Paul Laine, ainsi que Steve Brown, CASSIDY PARIS s’affirme enfin, là où « New Sensation » versait peut-être dans des mélodies faciles. La frontwoman durcit le ton, impose sa voix qui a aussi gagné en puissance et surtout présente des parties de guitares nettement plus convaincantes. L’australienne a mûri et cette maturité s’en ressent dans ses compositions. Egalement compositrice, elle raconte ici sa vie de jeune femme sans détour et s’adresse directement à ses fans qui la suivent aux quatre coins du monde. Sincère et convaincante, elle roule pour un Rock Hard fédérateur.

Sur une production très moderne, « Bittersweet » est accrocheur, bardé de riffs costauds, de solos bien sentis et de chœurs qui apportent ce souffle ‘Power Pop’ très rassembleur. Si elle sait se faire plus douce sur des titres mid-tempos parfois touchants (« Can’t Let Go »), CASSIDY PARIS révèle son caractère sur des morceaux plus pêchus et entraînants, où elle se montre vocalement très sûre d’elle (« Butterfly », « Stronger », « Wannabe », « Undecided », « Brand New Day », « Is Anybody Out There »). Si certaines influences sont toujours très présentes, une personnalité émerge vraiment et on ne parle plus ici d’épiphénomène.   

Photo : Ian Ritter

Retrouvez son interview à l’occasion de la sortie de « New Sensation » :