Il existe des groupes qui parviennent à régénérer un style en puisant au cœur de ses racines. C’est le cas de HOLY DEATH TRIO dont le Hard Rock très vintage et Southern vient secouer l’auditeur. Les Texans signent un très bon premier album, aussi jubilatoire qu’intemporel. Tout en assumant ses influences, le power trio régale aussi par son approche très moderne et sauvage.
HOLY DEATH TRIO
« Introducing… »
(Ripple Music)
Arrivé il y a quelques mois chez Ripple Music pour y dénicher de nouveaux talents, Rob Blasko, accessoirement bassiste d’Ozzy, n’a pas mis bien longtemps à trouver une vraie pépite et méchamment armée de surcroit. Et cette première signature se nomme HOLY DEATH TRIO, combo Hard Rock aux saveurs vintage fougueuse et presque démoniaque.
Originaires du Texas, John P. Rosales, Jonathan Gibson et Trey Alfaro ont été nourris au Hard et au Heavy Metal des années 70 et 80 et bercés de Blues sudiste décapant. Et HOLY DEATH TRIO a parfaitement digéré cette belle mixture pour la faire sienne. Naturellement intitulé « Introducing… », ce premier album fracasse à tout-va.
Sur un groove imparable, le trio déroule et la machine à riffs s’emballe (« White Betty », « Bad Vibrations », « Get Down »). Sous la houlette de Charles Godfrey (Whiskey Myers, Swans), ce premier opus bénéficie d’une belle production qui met parfaitement en relief la fièvre que procure HOLY DEAH TRIO (« The Killer », « Fish Sticks »). Du beau boulot !
Réaliser un album-concept était la seule corde qui manquait à l’arc très tendu du compositeur, guitariste et chanteur PAT O’MAY. C’est chose faite avec ce très bon « Welcome To A New World » toujours très Rock, où sur une heure, il nous fait voyager dans l’univers de No Face, personnage qui guide l’histoire musicale contée par le musicien. Progressif et lorgnant parfois sur le Hard Rock et le Heavy Metal, ce nouvel album révèle une fois encore la créativité débordante du Celte, qui a mené ce projet de main de maître.
Photo : Mat Minat
– Il y a eu « One Night In Breizh Land » en 2018, ton dernier album solo date de 2016 (« Keltia Symphonia ») et plus récemment tu as participé à United Guitars. Concernant cette dernière collaboration, comment as-tu appréhendé le projet, et est-ce que cela t’a donné l’opportunité de sortir un peu de tes habitudes ?
Oui vraiment, car c’était la première fois que je co-écrivais un morceau. Je n’avais jamais fait ça. Je l’avais déjà fait pour des textes avec James Wood, mais jamais au niveau musical. Du coup, c’était intéressant de travailler avec Ludo Egraz. On a fait ce morceau et on s’est bien marré ! Mais pour que ça reste exceptionnel, je ne participerai qu’une seule fois à United Guitars, sans exclure de venir jouer en live avec eux, bien sûr.
– Après de multiples collaborations, tu reviens en solo avec « Welcome To A New World ». C’est ton premier album-concept et on sait que c’est une démarche particulière au niveau de l’écriture. Comment as-tu construit cet album ? De manière globale ou, malgré tout, titre par titre ?
De manière complètement globale ! D’habitude quand j’écris des morceaux pour un album, je me demande ensuite dans quel ordre je vais les mettre pour que ce soit cohérent. Cette fois-ci, et comme j’aime bien raconter des histoires, c’est ce que je voulais encore faire mais sur une heure. Je suis parti sur cette idée-là et je suis aperçu que cela s’appelait tout simplement un concept-album! (Rires) Comme je suis très spectateur de mon inspiration, quand ça me plait, je la fixe. Et c’est comme ça que je suis parti sur le premier titre. Ensuite, je voulais que tous les morceaux soient reliés par un sound design. Pour le second titre, j’ai juste pris ma guitare sur la nappe de fin, ce qui a donné naissance au morceau suivant. Et tout l’album s’est construit comme ça. C’est une sorte de fil d’Ariane que tu tires et l’ordre dans lequel tu écoutes l’album est le même que celui de l’écriture. Tout a été assez fluide en fait.
Photo : Mat Minat
– Tu décris « Welcome To A New World » comme un album construit sur un design sonore. C’est d’abord la musique et son esthétisme, ou les textes, qui t’ont guidé ?
C’est d’abord la musique. Et c’est au quatrième morceau que ce personnage de No Face est arrivé. Je voulais écrire ce voyage-là, mais je me suis demandé au bout d’un moment qu’elle était la thématique. Je bricolais pour faire une pochette et je suis tombé sur ce fond vert, puis sur ce businessman sans visage, sans rien. Alors, je suis allé dans mon Photoshop. (Rires) Et puis, j’ai commencé à faire cette pochette-là et tout le texte est venu comme ça. J’ai compris que c’était ça qu’il fallait que j’exploite.
– Comme toujours, on retrouve dans ton jeu différentes sonorités musicales et même plusieurs langues. C’est important pour toi de conserver cette universalité ?
Ah oui, bien sûr ! Pour moi, tous les styles sont des outils, au même titre que la guitare. J’essaie de ne jamais faire de la guitare pour faire de la guitare. Ca ne m’intéresse pas. Si j’ai besoin de deux notes, j’en mets deux. Si j’en ai besoin de 40, je travaille pour avoir la technique pour pouvoir en utiliser 40. Pour la musique, c’est la même chose. Si j’ai besoin d’un truc plus Metal pour raconter quelque chose, c’est ce que je vais prendre. Parfois, je suis seul avec une guitare nylon, parce que c’est ce qu’il faut à ce moment-là.
– Tu signes l’intégralité de l’album, tu l’as co-mixé avec Bryan Roudeau et il a été masterisé à Abbey Road, un gage de qualité supplémentaire. C’est important pour toi d’être présent à toutes les étapes de la réalisation et aussi de produire l’album ?
Ca commence à devenir une longue histoire avec Abbey Road, car c’est déjà le quatrième album que je masterise là-bas avec Alex Wharton. C’est aussi devenu une histoire d’amitié. C’est un magicien du mastering. Pour moi, il fait partie du top Ten mondial, c’est véritablement un artiste. Il n’est pas là pour faire en sorte que tout rentre dans la boîte, il y apporte vraiment son sens artistique. Il pousse ce que tu lui as amené. Pour la production, quand je suis parti en solo, je me suis acheté ma liberté. Je peux faire ce que je veux. Je n’ai pas de compte à rendre à une esthétique de groupe, par exemple. Et c’est vrai que maintenant, j’aime maîtriser la production, l’enregistrement et le mix. En revanche, pour le mastering, c’est au-delà de mes compétences. J’ai aussi fait le artwork. Ce n’est peut-être pas le meilleur du monde, mais c’est celui qui correspond le mieux à l’album et c’est ce que je voulais raconter.
Photo : Mat Minat
– L’album sonne très Progressif avec des touches Hard Rock et Classic Rock. Est-ce qu’un album-concept offre une plus grande liberté et nécessite aussi d’une certaine façon de se recentrer sur son jeu en se livrant un peu plus ?
Pas forcément, parce que je suis très spectateur de tout ça. Je suis juste là pour mettre en forme les idées qui me viennent. Il faut d’abord que ça me fasse vibrer, sinon ça n’a aucun sens.
– Une tournée va suivre. Est-ce que tu penses déjà à une mise en scène particulière, étant donné qu’il s’agit d’un album-concept ?
Oui, on a une scénographie qui est en place et sur laquelle on a travaillé tous les aspects avec un éclairagiste, etc… On vient de finir une résidence de plusieurs jours à Nancy avant la date parisienne (ce soir au Café de la Danse – NDR). Il y aura aussi des vidéos… sur lesquelles j’ai aussi travaillé évidemment ! (Rires) J’adore ça, ça me passionne ! Ce qui m’excite le plus, c’est la création. Je ne vois pas l’intérêt de faire deux fois le même album. J’essaie de toujours faire quelque chose de différent. Il n’y a aucun jugement de valeur sur les autres groupes, c’est juste ma façon de faire, toujours avec des choses neuves. Par exemple, sur « Welcome To A New World », c’est la première fois qu’on enregistre tout le monde en live. On l’a fait à l’ancienne, car je voulais vraiment retrouver un son très organique. Et puis, j’ai deux musiciens fabuleux et nous sommes vraiment connectés. Au-delà de la musique, il y a du poids dans les notes.
– Justement étant donné le format de l’album, vas-tu le jouer dans son intégralité et chronologiquement ?
Complètement ! Et puis, on n’a pas le choix, sinon ça n’aurait pas de sens, l’histoire serait biaisée. On va le jouer dans son intégralité et après on fera un petit rappel d’une quarantaine de minutes ! (Rires) On va jouer d’anciens morceaux que les gens ont envie de retrouver, d’entendre et nous aussi de jouer.
– Pour conclure, sur « Welcome In A New World », comme dans l’ensemble de ta carrière, il y a toujours un lien avec la Bretagne ou le monde celtique. Comment est-ce que tu définirais cet attachement et la nécessité de sa présence dans ta musique ?
Je crois que c’est devenu atavique. Je pense que je ne le contrôle pas, en fait. On me le fait souvent remarquer, alors que je ne m’en rends même plus compte. Et c’est vrai que ce soit dans les chorus ou les progressions d’accords, on retrouve la musique celtique. C’est très intéressant d’ailleurs. C’est un style de jeu construit année après année… dans un dur labeur. L’effort, quoi ! (Rires)
L’album « Welcome To A New World » de PAT O’MAY est disponible depuis le 17 septembre chez ArtDisto/L’Autre Distribution.
Né de la rencontre entre le compositeur et multi-instrumentiste Alessandro Del Vecchio et l’ancien chanteur de Metal Church Ronny Munroe, BETWEEN WORLDS fait le lien entre un Hard Rock classique et un Heavy Metal plus contemporain. Avec un line-up haut de gamme, le groupe propose un album éponyme réussi où la grande expérience de ses membres fait la différence.
BETWEEN WORLDS feat Ronny Munroe
« Between Worlds »
(Frontiers Music)
BETWEEN WORLDS est un projet comme Frontiers Music à l’habitude d’en produire. Forcément, on retrouve aux commandes et à l’origine de la formation le compositeur et producteur Alessandro Del Vecchio, qui assure aussi ici les claviers et les chœurs. Et comme souvent avec le multi-instrumentiste transalpin, il est question de Hard Rock assez classique pimenté de touches Heavy Metal.
Mais l’autre atout de BETWEEN WORLDS réside surtout dans la présence au chant de Ronny Munroe, qui donne beaucoup de saveurs à cet album éponyme souvent noyé dans des claviers omniprésents et un peu étouffants. Pour ceux qui l’ignorent, le frontman du groupe a été le leader de Metal Church de 2004 à 2013 et a également tenu le micro chez Trans-Siberian Orchestra notamment.
On retrouve d’ailleurs quelques uns de ses anciens compagnons : Johnny Middleton (basse), Jack Frost (guitare), Chris Caffery (guitare) et Joel Hoekstra (guitare). Ronny Munroe livre une très bonne prestation vocale, bien emmené par des riffs, des chorus et des solos de guitare imparables. Assez classique dans sa démarche, BETWEEN WORLDS rappelle les belles heures de Metal Church avec un soupçon de Crimson Glory.
Alors qu’on les croirait tous deux natifs du désert de Joshua Tree, c’est pourtant d’Allemagne que nous vient THE PICTUREBOOKS. Le duo composé de Fynn Claus Grabke et de Philipp Mirtschink a eu l’heureuse idée de réunir sur ce splendide « The Major Minor Collective » une brochette époustouflante des figures marquantes du monde du Rock, du Metal, du Stoner, du Southern et de l’Alternative mondial. Un tour de France en forme de consécration.
THE PICTUREBOOKS
« The Major Minor Collective »
(Century Media Records)
Quand Fynn Claus Grabke (guitare, chant) et Philipp Mirtschink (batterie) ne sont pas attelés à vivre leur passion pour les motos, les skateboards et le végétalisme, le duo réalise de très bons albums, et celui-ci est probablement l’un des plus réussis et créatifs de sa discographie. Avec « The Major Minor Collective », THE PICTUREBOOKS livre un album exceptionnel où les rencontres débouchent sur de vraies pépites. Très varié et sauvage, l’album des Germaniques nous fait passer par toutes les émotions avec une exactitude et une précision incroyables.
Dans un univers où se côtoient Blues Rock, Hard Rock, Stoner et Desert Rock, les Allemands sont parvenus à réunir les leaders de groupes majeurs en leur laissant carte blanche pour les textes notamment. Accompagné sur une majorité des morceaux par les bassistes Ryann Sinn (The Distillers) et Dave Dinsmore (Brant Bjork), THE PICTUREBOOKS accueille surtout des membres de Refused, Clutch, Black Stone Cherry, Slothrust, Monster Truck, Blues Pills, Halestorm, Erlend Hjelvik (ex-Kvelertak), Lisa Alley et Ian Graham de The Well et enfin nos Français de The Inspector Cluzo. Un All Star band comme on en voit que très, très rarement !
Enregistré entre l’Allemagne et la Suède, puis avec l’aide des nouvelles technologies, « The Major Minor Collective » montre cependant une belle unité, tant musicale qu’au niveau de la production, qui est exemplaire. Ce qui est particulièrement impressionnant sur ce quatrième album, c’est la facilité et l’aisance du duo à être aussi créatif et pertinent sur des atmosphères tantôt très Blues ou alors Desert/Stoner Rock ou même Metal et Southern. Par ailleurs, l’alternance du chant féminin et masculin offre une belle diversité à cette réalisation qui s’impose comme l’une des plus marquantes, vives et fraîches de cette année.
Les bouillonnants Norvégiens de SUNCRAFT rugissent et font résonner un bon gros fuzz comme assez rarement pour un premier album. Ludique et solide, « Flat Earth Rider » percute et envoûte de son Stoner Rock très bien écrit et furieusement Heavy. Le jeune quatuor est généreux et performant et cet opus est une pure gourmandise.
SUNCRAFT
« Flat Earth Rider »
(All Good Clean Records)
Affichant une énergie et une explosivité incroyable, SUNCRAFT livre son premier album gravé dans un Stoner Rock rugueux aux influences Doom et Hard Rock. Issu de la scène underground d’Oslo en Norvège, le quatuor avait déjà commis un EP, « Saigon » en 2019, avant d’être stoppé net dans son élan. « Flat Earth Rider » a donc été composé et enregistré l’an dernier.
Viscéralement Rock’n’Roll, les membres de SUNCRAFT semblent avoir plutôt bien pris cette sombre période tant l’écriture de l’album respire la liberté et affiche un ton très optimiste et plein d’allant. Le groove et les mélodies très accrocheuses de « Flat Earth Rider » n’empêchent pas les riffs puissants et percutants du quatuor de s’imposer de manière très fluide.
La production très organique de Ruben Willem, qui a signé quelques gros hits du Hard Rock norvégien est aussi pour beaucoup dans cette mise en lumière limpide et massive des morceaux de SUNCRAFT (« Commie Animal », « Adaptation », « Bridges To Nowhere », « Space Buddha » et l’excellent morceau-titre). Vif et ascensionnel, ce premier album des Scandinaves est une bouffée d’air pure Rock et débridée.
Parce qu’il y a beaucoup, beaucoup de disques qui sortent et qu’il serait dommage de passer à côté de certains d’entre eux : [Going Faster] se propose d’en mettre plusieurs en lumière… d’un seul coup ! C’est bref et rapide, juste le temps qu’il faut pour se pencher sur ces albums, s’en faire une idée, tout en restant toujours curieux. C’est parti !
RIOT AT THE MOONSHINE BAR – « Ratmob » – Independant
Si l’Allemagne sort moins de grands groupes de Hard Rock que jadis, le style reste solidement ancré dans son patrimoine musical, et RIOT AT THE MOONSHINE BAR vient confirmer cette richesse. Pour son premier EP, le quintet du nord du pays a très bien fait les choses et la production réalisée part Jörg Seeman (leur ingé-son live) tient parfaitement la route, offrant brillance et fraîcheur aux six titres. Instinctifs et mélodiques, les Germains livrent un Hard Rock, certes classique, mais inspiré, dynamique et percutant. Loin de renier ses influences issues des années 70 et 80, le groupe les remet vraiment au goût du jour grâce à une tonalité résolument moderne et à même de fédérer les amateurs de Hard Rock à l’ancienne comme les plus jeunes. RIOT AT THE MOONSHINE BAR se démarque par ses compos directes, sensibles et accrocheuses. Un premier essai très réussi.
THE ORDER – « Out Of Order » – Massacre Records
Après le très bon « Supreme Hypocrisy » sorti l’an dernier, THE ORDER s’est retrouvé le bec dans l’eau faute de pouvoir defender son album sur les scènes européennes comme prévu. Peu importe, le quatuor de Hard Rock suisse en a profité pour enregistrer cinq de leurs morceaux en version acoustique, chose qu’il n’avait jamais fait en 15 ans de carrière. Produit par le groupe lui-même, « Out Of Order » offre un son de grande qualité et surtout une interprétation pêchue. Emmené par un Gianni Pontillo impérial au chant, THE ORDER revisite avec un plaisir évident ses titres préférés. Parcourant leurs albums « Rockwolf », « Metal Casino », « Son Of Armaggeddon » et bien sûr « Supreme Hypocrisy », les Helvètes réactualisent, et hissent même niveau artistique, cinq de leurs classiques avec brio. Du Hard Rock acoustique de haut vol.
DANKO JONES est avant tout un groupe de scène, qui a pour habitude de composer et de répéter inlassablement en studio pour donner vie à des morceaux inscrits dans un Rock brut aux saveurs Hard Rock et à l’énergie presque Punk. Sauf que ces derniers mois, le trio de Toronto a du modifier ses plans et revoir sa façon de faire. « Power Trio » ne souffre pourtant pas d’un manque de spontanéité, ni d’énergie… bien au contraire ! John ‘JC’ Calabrese, bassiste de la formation canadienne, nous en dit plus sur la création de ce dixième album.
Photo : Dustin Rabin
– « Power Trio » est votre dixième album et il marque aussi vos 25 ans d’existence. Alors que tout était réuni pour que la fête soit totale, la pandémie est venue tout bouleverser. Comment est-ce que vous le vivez ?
Ce confinement vécu par tout le monde a été inédit et difficile. J’ai tout de suite pensé qu’il serait sage d’utiliser notre temps pour travailler à distance sur des chansons. C’est comme ça que le processus a commencé pour l’écriture de ce dixième album studio. Il est différent des précédents, mais nous avions neuf albums studio et une grosse expérience sur lesquels nous appuyer.
– D’ailleurs, vu la situation, comment avez-vous composé ce nouvel album, vous qui avez l’habitude de travailler de manière traditionnelle et assez classique ?
Les chansons ont toutes été arrangées sur Logic, puis partagées par e-mail. Chacun a enregistré ses propres parties lui-même. J’ai fini par faire l’arrangement des chansons et j’ai aidé à tout organiser de sorte que le moment venu, il soit prêt à passer en production.
Photo : Mike Highfield
– Ce qui est également remarquable avec « Power Trio », c’est que malgré les circonstances votre son reste puissant, compact et très vif. DANKO JONES conserve aussi un son très contemporain et moderne. Quelle est votre recette ?
Merci. C’est aussi le résultat de nombreuses tournées et d’années à apprendre à faire un disque. En fin de compte, nous sommes un groupe live, mais ce processus de création de « Power Trio » nous a aidés à apprendre à écrire d’une nouvelle manière. Et en fait, je nous vois même continuer comme ça à l’avenir.
– Vous vous êtes aussi inspirés du confinement pour l’écriture de vos textes, ainsi que du meurtre de George Floyd et du mouvement Black Lives Matter. Est-ce à dire que vous prenez une voie plus engagée, voire politisée ?
Les paroles sont toutes signées Danko (Jones, guitariste et chanteur – NDR). Il a été ému par les événements entourant la mort de George Floyd et le mouvement Black Lives Matter. Je ne pense pas que nous deviendrons un groupe politique, mais avoir une chanson avec ce sentiment est génial, et peut-être qu’elle en engendrera quelques autres à l’avenir.
– « Power Trio » est également un album sans concession, ni compromis. L’efficacité brute et direct des morceaux montre une fougue toujours aussi Rock’n’Roll, comme si les modes et les tendances actuelles n’avaient aucune prise sur vous. C’est le cas ?
Oui, nous n’allons pas emmener l’auditeur dans un voyage de découverte de soi, où je jouerai de la flûte en essayant d’atteindre une conscience alternative. (Rires) Nous sommes un groupe de Rock et nous savons ce qu’on attend de nous !
Photo : Dustin Rabin
– Ce nouvel album sort dans une période qui reste instable pour les groupes, les concerts et les festivals en Amérique du Nord comme en Europe. Vous auriez pu patienter quelques temps. Vous étiez impatients d’en découdre, de proposer ce nouveau disque ?
Nous espérions planifier une tournée autour de la sortie de l’album, mais bien sûr tous les plans sont tombés à l’eau. Espérons que nous nous remettrons tous sur la bonne voie pour chavirer tous ensemble en concert. Je suis cependant certain que beaucoup de gens apprécieront « Power Trio » !
– Enfin, Danko Jones, votre chanteur et guitariste, a déclaré qu’il était facile d’écrire des chansons Rock. Tu partages aussi son avis ? C’est tellement si simple ?
Oui, mais c’est difficile d’en écrire des bonnes ! (Rires) Je pense que c’est vraiment une question d’éthique de travail. Il faut continuer à écrire et persévérer quoi qu’il arrive. Les chansons n’apparaissent pas comme par magie. Je pense que les gens entendront le travmate in germany,ail acharné et le plaisir que nous avons eu à faire cet album. En fin de compte, il faut que cela soit amusant pour tout le monde.
L’album « Power Trio » de DANKO JONES est disponible depuis le 27 août chez Mate in Germany/Tonpool.
Parce qu’il y a beaucoup, beaucoup de disques qui sortent et qu’il serait dommage de passer à côté de certains d’entre eux : [Going Faster] se propose d’en mettre plusieurs en lumière… d’un seul coup ! C’est bref et rapide, juste le temps qu’il faut pour se pencher sur ces albums, s’en faire une idée, tout en restant toujours curieux. C’est parti !
BONEYARD – « Oathbreaker » – Wormholedeath Records
Fondé en 2015 au Canada sous la forme d’un cover-band, BONEYARD s’est rapidement mis à composer, fort de la grande expérience de ses membres. Originaire de l’Atlanta, le quatuor sort « Oathbreaker », dont la conception a débuté en mai 2019. Stoppé par la pandémie, le mastering a ensuite été effectué par Maor Applebaum (Halford, Armored Saint, Anvil, …) et le résultat est plus que convaincant. Guidé par sa fougueuse chanteuse et guitariste, Pamtera, le groupe livre un bon premier album, naviguant entre Hard Rock et Heavy Metal. Les onze morceaux de « Oathbreaker » montrent une énergie et une vigueur pleines de promesses (« Fates Warning », « Smoke The Sky », « Rat Race », « Tune Attack »). Fort à parier que BONEYARD va faire parler de lui grâce à son côté non-conventionnel très Rock’n’ Roll.
ANIMS – « God Is A Witness » – Independant
L’ancien guitariste de Danger Zone et Crying Steel, Francesco Di Nicola, réapparait avec une toute nouvelle formation et un premier album autoproduit, disponible uniquement en digital et qui vaut le détour. Avec « God Is A Witness », le quatuor italien aborde un Hard’n’Heavy énergique et solide avec un petit côté Old School plutôt agréable. Si au départ, les parties vocales étaient assurées par le chanteur de Crying Steel, c’est dorénavant la frontwoman Elle Noir qui s’est saisi du micro avec beaucoup de fraîcheur. Certes, AMINS ne révolutionne pas le genre, mais y apporte une touche personnelle intéressante où les riffs inspirés sont légions et les registres visités multiples. Du Hard Rock classique au Heavy Metal plus tranchant, les Italiens montrent l’étendu de leur talent avec un bel enthousiaste.
Alors que certains guitaristes ne jurent que par la wah-wah, d’autres se sont fait une spécialité de la slide, bien sûr apparentée au Blues et ses dérivés. Et c’est le cas de l’Anglais TROY REDFERN, véritable virtuose de la six-cordes de laquelle il sort des accords époustouflants avec un feeling et une liberté absolue. Sur « The Fire Cosmic ! », le Blues Rock très musclé du chanteur affiche une fougue moderne et sauvage. Un régal.
TROY REDFERN
« The Fire Cosmic ! »
(RED7 Records)
Ce sixième album du Britannique TROY REDFERN marque un réel tournant et surtout un aboutissement pour le guitariste et chanteur. Non seulement le groupe qui l’accompagne est phénoménal, ce à quoi il faut ajouter une production aux petits oignons, très organique, énergique et travers laquelle la puissance et la finesse du Blues Rock très Hard de « The Fire Cosmic ! » prend un relief incroyable.
Armé de riffs efficaces et d’une slide versatile et fougueuse, TROY REDFERN est brillamment accompagné par Darby Todd à la batterie, Dave Marks à la basse et aux claviers et même du génial Ron ‘Bumblefoot’ Thal sur le morceau « On Fire ». Enregistré dans les mythiques studios Rockfield où tant de classiques ont vu le jour, « The Fire Cosmic ! » bénéficie également du mastering de Frank Artwright effectué à Abbey Road.
Bien que britannique, TROY REDFERN joue un Blues Rock aux forts accents Hard Rock dont les influences sont résolument américaines. Musclé et accrocheur, ce nouvel album exploite parfaitement la détermination du quatuor qui a enregistré ensemble et en prise live de la vraie dynamite (« Scorpio », « Sanctify », « One Way Ticket »). Pour autant, le guitariste sait aussi lever le pied et propose des titres aux saveurs Southern délicates (« Ghosts », « Saving Grace »).
Toujours aussi Rock dans le fond comme dans la forme, le combo canadien reste sans concession et accrocheur sur ce « Power Trio », qui met en exergue la mature-même de sa composition et, au-delà, cette capacité électrique à frapper façon uppercut avec une efficacité redoutable. DANKO JONES monte au front et semble aiguisé comme jamais, l’année de ses 25 ans d’existence.
DANKO JONES
« Power Trio »
(Mate in Germany/Tonpool)
L’explosif groupe de Toronto signe un dixième album en forme d’hommage. Un hommage direct et sans concession aux formations qui ont marqué l’histoire du Rock et du Hard Rock et qui, comme DANKO JONES, évolue sous le mythique line-up de power trio. Une formule brute dont Motörhead, ZZ Top, Venom ou Jon Spencer Blues Explosion sont des références absolues. « Power Trio » sent la poudre et percute à tout-va.
DANKO JONES (guitare, chant), toujours accompagné de John, ‘JC’ Calabrese (basse) et de Rick Knox (batterie), distillent toujours ce style Hard Rock très frontal à l’énergie Punk. Et c’est indéniable que les trois Canadiens savent y faire. Grosse rythmique et riffs assassins, tous les éléments sont là et très bien mis en valeur par la production d’Eric Ratz, déjà présent sur les albums « Wild Cat » et « Fire Music ».
Groupe de scène s’il en est et adepte des studios d’enregistrement à l’ancienne, DANKO JONES a presque du se faire violence et se plier aux exigences de la pandémie en composant chacun de son côté. Si la spontanéité du jeu en pâtit forcément, les morceaux, quant à eux, sont d’une vitalité et d’une dynamique irréprochables (« I Want Out », « Let’s Rock Together », « Start The Show », « Raise Some Hell »). Une belle claque !