Catégories
France Hard Rock

HighWay : wild, free & happy [Interview]

C’est dans l’Hérault, du côté de Sète, que les premières notes ont commencé à se faire entendre au début des années 2000. Depuis, HIGHWAY trace sa route, poursuit un chemin pavé de Rock, de Hard Rock, de Heavy Sleaze et de bien d’autres saveurs encore. Le changement de line-up intervenu il y a deux ans tout juste semble même avoir renforcé la vigueur et la joie de jouer du quintet. Avec ce sixième album, « Last Call For Rock’n’Roll », le groupe s’impose en patron d’un genre malheureusement trop peu représenté en France. Les compositions sont entêtantes et addictives, la production est massive et soignée et surtout la bonne humeur est franchement communicative. Ce nouvel opus est un véritable remède à la morosité et c’est son fondateur et guitariste, Ben Chambert, qui nous en parle sans détour et avec une passion intacte…

– Tout d’abord, j’aimerais qu’on revienne sur « The Journey », votre précédent et très acoustique album. C’est vrai que dans votre registre, beaucoup y sont allés de leur réalisation ‘unplugged’, de Tesla à Mr Big en passant par G N’R, Scorpions, Kiss et tant d’autres. Il est sorti en 2022 en pleine pandémie. D’où est venue cette idée de revisiter votre répertoire, avec quelques inédits, sous cette forme ?

En fait, ça nous trottait dans la tête depuis un moment déjà, car on l’habitude jouer en acoustique dans des pubs, lors d’événements spéciaux ou pendant les days-off en tournée. On avait réarrangé pas mal de nos morceaux et c’était toujours un plaisir de les jouer. On est allé au bout de nos envies et on en est vraiment ravis. Je pense notamment à la version flamenco de « In The Circus Of Madness », qui a vraiment lancé la machine et l’envie de l’enregistrer. La pandémie et l’annulation de tous nos concerts nous a permis de faire le tour de notre ‘to do list’ et de concrétiser ce rêve d’album ‘MTV Unplugged’ ! (Sourires) Comme tu le dis, on adore ce genre d’albums et on a grandi avec ces live cultes des 90’s ! KISS, les Guns, Eric Clapton, Bryan Adams, Scorpions… Que de bijoux ! Son titre de travail était d’ailleurs « The Truth » en réponse au « Lies » de Guns N’Roses justement ! (Rires) De fil en aiguille, on est passé d’un album assez simple et intimiste à une magnifique production très riche et soignée. On a écrit trois morceaux spécialement pour cet opus, dont « Like A Rockstar » qui a super bien marché, et revisité des anciens titres de notre discographie. Comme son nom l’indique, « The Journey » est un vrai voyage auditif et sensoriel et il nous a aussi permis de grandir en tant que musiciens et compositeurs.

– Vous avez également forgé votre son depuis l’album « IV » en 2017 avec Brett Caldas-Lima, qui a vraiment révélé votre signature musicale. Est-ce que cette complicité justement est une chose à laquelle vous tenez et surtout qui joue un rôle prépondérant aujourd’hui ?

Absolument et je suis heureux que tu en parles, car on a vraiment trouvé la personne idéale pour nous. Brett est un peu notre Bob Rock à nous ! (Sourires) En l’espace de trois disques, nous avons développé une relation humaine et professionnelle forte au point qu’il est un peu le garant de notre son. Les groupes et les productions actuelles ont un manque énorme de ce côté-là en ce moment et c’est une vraie chance pour nous. De nos jours, il est possible de réaliser un album qui sonne très bien en home-studio et dans sa chambre… Mais avoir une écoute et une vision extérieure de qualité est un plus indéniable. Il est connu pour ses productions Metal (Devin Townsend, Ayreon…), mais il reste très éclectique et est surtout un passionné de musique au sens large. Il nous a aidé à révéler et intégrer toutes nos influences dans le son d’HIGHWAY pour en faire quelque chose d’unique et de reconnaissable. On parle le même langage et il sait tirer le meilleur de nous en nous poussant dans nos retranchements lors des prises. On a beaucoup appris et progressé à tous les niveaux grâce à Brett. J’avais l’impression de vivre un extrait de « 1 an et demi dans la vie de Metallica » sur le tournage du ‘Black Album’ ! (Rires) Sur « « IV », il avait ‘juste’ mixé et masterisé l’album, mais sur « The Journey », et encore plus sur le petit dernier « Last Call For Rock’n’Roll », il a vraiment réalisé un travail de producteur. Nous avons travaillé les maquettes et pré-prod’ ensemble pour tirer la substantifique moelle des morceaux et les faire sonner le mieux possible. Il a également contribué à tous les arrangements. C’était un travail passionnant et un vrai rêve d’avoir la possibilité de travailler comme ça, ‘à l’ancienne’… et ça s’entend ! La prod’ de l’album est incroyable. Puissante mais organique. J’ai vraiment la sensation de livrer au monde un album fini dont nous sommes satisfaits à 2000% de chaque détail.

– Aujourd’hui, vous faites donc votre retour en version très électrifiée avec « Last Call For Rock’n’Roll », votre sixième album. Outre une confiance renouvelée à Rock City Music Label, c’est au niveau du line-up qu’il y a du nouveau. Le départ de votre bassiste Sam Marshal s’est fait juste après qu’il ait enregistré ses parties et il a d’ailleurs aussi participé à la composition. C’est une décision qui peut surprendre…

Oui, et ça n’a pas été une chose facile, même si cela s’est fait qu’un commun accord. On a joué 15 ans ensemble, et il a eu le sentiment d’en avoir fait le tour. Il aspire aujourd’hui à un autre univers. Mais il me fallait vraiment une équipe très investie pour porter ce nouveau projet à un niveau supérieur. Et comme cela devenait un peu difficile à vivre, nous nous sommes séparés. Néanmoins, il signe trois excellents titres de l’album et a écrit et joué des lignes de basses parmi les plus affûtées de sa carrière. C’est une très belle manière de tourner la page et d’entamer une nouvelle ère pour lui comme pour nous. On a appris le métier, grandi et vécu des choses inoubliables ensemble. Il laisse incontestablement sa trace dans notre musique et notre histoire. On lui souhaite le meilleur !

– C’est donc Cerise Pouillard, qui a œuvré 12 ans avec Ladies Ballbreaker qui vous a rejoint. Sur le papier, ça paraît même évident. Son intégration n’a pas dû être très compliquée…

Oh non ! (Sourires) On se connaît depuis une dizaine d’années maintenant et c’est aussi une excellente chanteuse, guitariste et bassiste. Nous avons les mêmes goûts, les mêmes influences et elle a toujours fait un peu partie de l’environnement du groupe. Nous avons partagé le même ingé-son pendant des années, elle avait même filmé le clip de notre titre « I Like It » tiré de l’album « United States Of Rock’n’Roll » (vidéo shootée en première partie de Gotthard en 2012). Elle a mené la barque des Ladies Ballbreaker avec brio, puis leur groupe a stoppé ses activités quelques mois avant notre décision de changer de bassiste. Le choix de lui proposer le poste s’est fait naturellement et Sam lui a transmis le flambeau de la quatre cordes avec amitié. Elle apporte son énergie solaire, son enthousiasme et une rigueur qui tire clairement le groupe vers le haut et qui correspond exactement à ce dont nous avions besoin. Les planètes se sont alignées et j’en suis très reconnaissant.

– En revanche, ce qui est plus étonnant, c’est l’arrivée d’un second guitariste, Florian Arnaud, originaire lui aussi de Montpellier. L’idée était-elle d’avoir plus de volume sur scène, ainsi que pouvoir expérimenter autre chose dans le jeu ?

En fait, après le départ de Sam, on s’est demandé comment on voyait le futur du groupe et surtout de quelle manière on allait défendre ce nouvel album. On a opté pour un vrai changement, histoire aussi d’ouvrir un nouveau chapitre. Florian est l’un des meilleurs guitaristes de la région, le choix n’a pas été compliqué ! (Rires) Cerise sur le gâteau, c’est aussi un fantastique chanteur ! Nous l’avions sollicité par le passé sur un ou deux remplacements à la basse quand Sam n’était pas disponible et nous avions tout de suite matché sur le plan humain, ce qui est primordial pour nous. L’aspect collectif, le coté équipe ! Quand l’idée de rajouter une deuxième guitare est sortie, c’était le candidat idéal à tous les niveaux et… il a accepté la proposition ! (Sourires) Nous sommes hyper-heureux et excités de vous présenter le nouveau line-up en live ! Les twin-guitars et les chœurs massifs vont vous scotcher ! Le travail sur les voix est vraiment original dans le style.

– HIGHWAY évolue dorénavant en quintet, ce qui n’était plus arrivé depuis 2007. Est-ce qu’on retrouve facilement un nouvel équilibre et ses marques ? Et surtout est-ce la formation qui vous convient le mieux en raison de la puissance à disposition au niveau des guitares et des chœurs notamment ?

J’ai été seul guitariste pendant 15 ans, donc j’ai pris mes marques et de mauvaises habitudes aussi ! (Rires) Mais l’ajout Florian s’est fait très simplement. Il a une grande intelligence musicale, qui lui permet de s’intégrer facilement et de mettre sa patte. Je me suis un peu lâché sur les parties guitares en studio, ça aurait dommage d’amputer ces titres d’une deuxième guitare et de ne pas leur rendre honneur en concert. Pareil pour le travail sur les chœurs. Cette formule nous a permis aussi de mettre un bon coup de lifting à nos anciens titres, qui devrait donner le sourire à nos fans ! (Sourires)

– Avec « Last Call For Rock’n’Roll », vous ne changez pas non plus vos bonnes habitudes, puisque l’album s’étend sur une heure et douze morceaux, ce qui devient de plus en plus inhabituel dans cette époque très formatée. Est-ce que c’est ça aussi la marque de HIGHWAY, un Hard Rock généreux ?

Oui ! On ne sort pas des albums tous les ans, alors quand l’heure est venue, on a envie de donner beaucoup à nos fans et au public. On mijote des albums à l’ancienne : un album pensé du début à la fin, avec des variations de rythme, d’intensité. Un voyage auditif, émotionnel et sensoriel ! Le format d’une heure permet de bien développer cela. C’est un peu aux antipodes de la mode actuelle imposée par les algorithmes des plateformes et la stratégie des singles… Mais bon, on fait la musique qui nous plaît et comme il nous plaît ! Si vous avez un bon film, ou un bon livre, entre les mains, vous ne regardez pas d’abord le milieu pour passer à la fin et enfin le chapitre du début. Il y a une logique voulu par l’auteur ou le réalisateur… un sens à tout ça. Je considère que c’est pareil avec un album. Il y a un vrai travail d’enchaînement de tonalité, de tempos, etc… pour procurer des sensations à l’auditeur et lui raconter une histoire. Il faut du temps pour créer une vraie connexion.

– Ce qui est aussi un peu étonnant sur ce nouvel album, c’est la variété des ambiances, des sons qui le traversent. Vous vous détachez du Hard US auquel vous êtes attachés pour explorer d’autres registres, tout en restant évidemment très Rock…

Exactement, on passe du Hard Rock au Heavy en revenant au Rock plus classique. C’est un mélange d’influences américaines, australiennes, anglaises… Et l’ensemble est intégré à l’univers d’HIGHWAY et il est vaste ! (Sourires) On a démarré l’interview en parlant de l’album acoustique et, en fait, « Last Call For Rock’n’Roll » est la suite directe en version électrique. « The Journey » nous a ouvert de nouveaux horizons, qui se concrétisent ici. Notre mot d’ordre est depuis : ‘No Limit’ ! Tu vois le concept ! (Rires) On retrouve la section cuivre de « Like A Rockstar » sur « Action », interprétée des musiciens américains proches de notre producteur, du clavier, des chœurs ‘Queenesques’, des percussions cachées un peu partout. « The Journey » était en fait le tremplin à notre évolution musicale. « Last Call For Rock’n’Roll » est l’aboutissement de ce travail commencé il y a de nombreuses années. Il fait le lien entre le Hard plus sauvage et naïf de nos débuts et la maturité acquise depuis.

– Enfin, j’aimerais qu’on dise un mot sur cette bonne humeur, qui se traduit autant dans votre style, que dans votre musique et votre interprétation. Il y a une réelle joie de vivre dans ce nouvel album qui donne vraiment la patate. Est-ce aussi une ligne de conduite chez vous, de ne pas trop se prendre au sérieux ?

Merci beaucoup ! Ça me touche vraiment… (Sourires) Effectivement, on reste avant tout une bande de rigolos qui passons du bon temps sur cette Terre en jouant la musique qui nous fait vibrer. Et ça doit se ressentir dans nos compositions. C’est juste naturel et authentique. La musique est vraiment un langage universel qui peut aider et donner du bonheur au gens, alors autant ne pas s’en priver. On ne fera jamais dans le Rock ou le Metal dépressif. C’est pas pour nous ! (Rires) Il y a assez de tristesse dans le monde qui nous entoure. On est de nature optimiste et on est tellement heureux de jouer notre musique et de la partager au public depuis 25 ans maintenant ! Je vis mon rêve de gosse. Je ne pourrais pas faire dans le Hard trop sérieux, genre ‘angry face’. Ça ne nous irait pas du tout. On fait la musique qui nous ressemble. On rit tellement qu’il y a même des rires de Benjamin, notre chanteur, qui se retrouvent dans l’album ! (Rires) Life is beautiful !

Le nouvel album de HIGHWAY, « Last Call For Rock’n’Roll » est disponible chez Rock City Music Label et distribué par FTF-Music.

Retrouvez aussi la chronique de « The Journey » :

Catégories
Alternative Metal

Black Oak County : in capital letters

Fédérateur et puissant, BLACK OAK COUNTY semble avoir trouvé son allure de croisière depuis le retour à sa formation originelle. D’un Hard Rock moderne et vivifiant, les Scandinaves ont déjà entrepris un virage Alternative Metal sur « III » et « Misprint » vient confirmer de manière indiscutable que cette décision fut la bonne. Avec un tandem très complémentaire au chant, la formation nordique est plus audacieuse que jamais et elle repousse ses limites avec un plaisir à peine contenu. Ce quatrième effort est direct et frontal, et sa dynamique est remarquable.

BLACK OAK COUNTY

« Misprint »

(Mighty Music)

Avec le retour de son frontman et guitariste Niels Beier sur le précédent album « III », BLACK OAK COUNTY affiche sans complexe un style qui lui va bien et surtout dans lequel il s’épanouit pleinement. Bien sûr, si les racines purement Hard Rock de ses débuts se font toujours ressentir, c’est bel et bien un Alternative Metal explosif et massif que distille dorénavant le quatuor. Et surtout, il a su conserver son très bon duo de chanteurs avec son bassiste René Kristensen, ce qui lui garantit beaucoup de variation et d’amplitude.

Auréolé de quelques récompenses nationales et reconnu pour ses prestations enflammées, BLACK OAK COUNTY a bien surfé sur le succès de « III » et fait même encore plus fort avec « Misprint ». Sur une production compacte et peut-être un peu uniformisée, à l’instar du registre, on pourra peut-être regretter le manque de relief. Cependant, le travail sur les guitares avec des arrangements soignés et un groove hyper-musclé apportent beaucoup de saveurs à cette quatrième réalisation des Danois. Et on se laisse vite happer par d’accrocheurs refrains.

Confié de nouveau à Niklas Sonne, qui a aussi participé à l’écriture, « Misprint » démarre avec beaucoup d’intensité sur « Kill The Pain », puis « Rock’n Roll » le bien-nommé. BLACK OAK COUNTY fait parler la poudre à grand renfort de riffs ravageurs et de mélodies entêtantes. Son Alternative Metal arrive littéralement à maturité et le fait que le combo aille à l’essentiel, en évitant toute fioriture, le rend encore plus efficace (« Starlight », « Fade », « Energy », « Sick And Tired », « The Shadow »). Agressif, tout en jouant sur les émotions, « Misprint » frappe fort et juste.

Photo : Julia Nikiforova

Retrouvez aussi la chronique de « III » :

Catégories
Hard Rock Heavy Stoner Rock

Masheena : survitaminé

Intense et d’une fraîcheur joyeuse, MASHEENA enchaîne avec un deuxième opus qui s’inscrit parfaitement dans la lignée du premier. Malgré une refonte en interne, le cap est maintenu entre un Heavy Stoner Rock ravageur et un Hard Rock solidement ancré dans les origines du style. Une fusion d’une densité incroyable qui libère une énergie porté par un Fuzz scotchant arrivé à maturité. « Let The Spiders In » est puissant, créatif et totalement addictif.

MASHEENA

« Let The Spiders In »

(Majestic Mountain Records/Ripple Music)

Malgré un line-up renouvelé de moitié, les intentions de la formation de Bergen ne semblent pas avoir énormément changé. Avec les renforts des multi-instrumentistes Martin Holmes et Tarjel A. Heggerness, Luis-Alberto et Bård Nordvick ont donc trouvé de solides compagnons de route et donnent une suite explosive au génial « West Coast Hard Rock », sorti en 2023. Avec beaucoup de savoir-faire et d’inspiration, MASHEENA a encore peaufiné son Stoner Rock mâtiné de Hard Rock et de quelques teintes solaires, empruntées à la Soul et au Blues.

Pour « Let The Spiders In », le quatuor a quitté sa Norvège pour les paysages arides d’Austin au Texas. Comme pour le premier album, c’est le producteur de renom Machine (Clutch, Lamb Of God, King Crimson), qui s’est chargé de l’enregistrement et du mix, ce qui offre une belle continuité à la démarche si originale de MASHEENA. Plus varié qu’auparavant, d’autres registres sont aussi abordés avec un naturel déconcertant. Outre le côté très scandinave de l’ensemble dans le son, quelques touches bluesy font donc leur apparition.

Sans doute est-ce atmosphère du sud américain, car ces morceaux sont littéralement lumineux. Bien sûr, le Stoner Hard Rock de MASHEENA est toujours aussi brut et massif, mais il a aussi gagné en vélocité et affiche une certaine légèreté et surtout une joie communicative. Gorgé de refrains entêtants, de mélodies accrocheuses et de riffs incisifs, « Let The Spiders In » brille aussi par son groove si organique et un songwriting d’une redoutable efficacité (« Been Waiting », « One Eye », « Sara Lost Her Way », « Don’t Tell Her », « You Owe Me »). Vivifiant !

Photo : El Profesor

Retrouvez la chronique du premier album, « West Coast Hard Rock » :

Catégories
Heavy Stoner Rock Sludge Southern Stoner

Corrosion Of Conformity : Southern spirit

Percutant, rugueux et fédérateur, ce onzième effort d’un CORROSION OF CONFORMITY encore remanié conserve l’essence-même de l’identité musicale de la formation de Caroline du Nord. Avec une énergie continue, le quatuor déclenche des tempêtes Sludge avant de se montrer électrisant sur des ballades mid-tempos, des titres clairement Hard Rock ou frontalement Heavy Rock. Son Stoner Rock oscille à l’envie, sans jamais se perdre et c’est là toute la magie à l’œuvre depuis plus de quatre décennies. Souple, rebelle et plus enjoué et déterminé que jamais, le combo déroule son jeu sur plus d’une heure.

CORROSION OF CONFORMITY

« Good God/Baad Man »

(Nuclear Blast Records)

Ces dernières années ont été assez chaotiques pour CORROSION OF CONFORMITY. Après le décès tragique de son batteur Reed Mullin en 2020, puis le départ quatre ans plus tard de son bassiste et cofondateur Mike Dean, plus d’un aurait jeté l’éponge. Mais c’est sans compter sur la ténacité et la force de cette institution bâtie il y a déjà 44 ans et qui semble plus que jamais inébranlable. Derrière son chanteur et guitariste Pepper Keenan et le six-cordiste soliste Woody Weatherman, la nouvelle rythmique ronronne grâce à Stanton Moore derrière les fûts et au nouveau venu, le chevronné Bobby Landgraf, tous deux irréprochables et parfaitement connectés.

Les huit années qui séparent « No Cross No Crown » de ce nouvel opus peuvent laisser planer une incertitude légitime, mais « Good God/Baad Man » la dissipe aussitôt. On retrouve en effet CORROSION OF CONFORMITY dans toute sa splendeur, guidé par la voix inimitable de son frontman, bardé de riffs tranchants et épais et sur un groove massif de son nouveau duo basse/batterie, qui assure un tempo solide d’une grande complicité. Présenté comme un double-album, il y a bien deux parties regroupant les 14 titres, mais il s’agit plus d’une continuité que d’un véritable contraste. On reste naviguer dans l’univers des quatre musiciens.

La production très organique de Warren Riker (Down, Cynic) offre une impression très live à l’ensemble et l’on entend d’ailleurs quelques échanges entre les morceaux. Si l’entame du disque est très brute et axée sur un Heavy Stoner Rock puissant et parfois Metal et Sludge, la suite libère le côté Southern de CORROSION OF CONFORMITY grâce à des envolées Hard Rock, de légers accents Country-Rock, bluesy et même funky. « Good God/Baad Man » est probablement l’œuvre la plus aboutie du groupe, celle qui englobe le plus de composantes. Et il a beau se conclure sur le son d’un encéphalogramme plat, les Américains sont plus vivants que jamais ! Un must !

Catégories
Hard Rock Hard'n Heavy Heavy metal Old School

Stainless : explosif

Electrisant et dynamique, ce premier opus de STAINLESS est une belle surprise en plus d’être une réussite complète. Aguerris depuis des années au sein de formations Metal underground aux Etats-Unis, ses membres affichent maîtrise et complémentarité, et l’ensemble donne un Hard’n Heavy convaincant. Compact et accessible, « Lady Of Lust & Steel » est aussi sensuel que rugueux et aussi assez surprenant dans sa démarche. Tranchant et vif, il est déjà l’un des plus pertinents de l’année.

STAINLESS

« Lady Of Lust & Steel »

(High Roller Records)

S’ils se présentent à cinq sur scène et sur le line-up officiel, c’est bel et bien à trois qu’a été enregistré « Lady Of Lust & Steel », premier album des Américains. Fondé dans l’Oregon en 2022, STAINLESS compte déjà un single et un EP à son actif et ce n’est pas un hasard si Larissa Cavacece (chant), Jamie Byrum (guitare, batterie, chant) et Clifton Martin (basse) se sont attelés en studio pour donner une suite à cette belle aventure. Très actuel dans sa production, c’est pourtant dans les années 80 et 90 que se nichent les références de ce premier long format.

Entre Heavy Metal et Hard Rock, le style de STAINLESS semble éviter les chapelles pour mieux profiter d’une liberté artistique totale. Si l’importance des guitares, tant au niveau des riffs que des solos est manifeste, le groupe possède en sa chanteuse un argument de poids. Puissante et profonde, la voix de Larissa Cavacece a ce côté brut et ce timbre légèrement rauque, qui en imposent. Solide sur les couplets, elle se montre très accrocheuse et fédératrice sur les refrains. Sans conteste, sa forte personnalité est le fil rouge de « Lady Of Lust & Steel », qu’elle guide.

Sur huit morceaux, STAINLESS offre un beau panel de ses inspirations, le tout délivré avec une énergie très live. Avec le concours de son guitariste, la frontwoman s’approprie les titres avec fougue dès l’entame avec « Restless An’ Ready », puis « Whorefrost » qui offre une dimension clairement Metal. Mélodique et musclé, le combo avance avec percussion et virtuosité. Rompu à l’exercice, il saisit l’auditeur pour ne plus le lâcher (« Danger In The Night », « Take A Listen Mama », « Rough Justice »). Un premier essai transformé avec classe.

Catégories
Hard Rock Hard'n Heavy

Tyketto : le feu intérieur

Archétype-même du groupe sous-estimé, TYKETTO avait pourtant démarré sa carrière de belle manière au début des années 90 et au milieu d’une féroce concurrence. Puis, les New-Yorkais ont explosé en plein vol, malgré une entame très prometteuse. 35 ans plus tard, Danny Vaughn remet le couvert et rallume la flamme. Certes, son Hard Rock n’est plus aussi explosif et tranchant, mais les compositions sont là. Enregistré aux légendaires studios Rockfield au Pays de Galles, « Close To The Sun » montre que nos vétérans en ont encore sous le pied.

TYKETTO

« Close To The Sun »

(Silver Lining Music)

Après de bons débuts dans les années 90 avec trois albums plébiscités (« Don’t Come Easy » en 1991, « Strength In Numbers »  en 1994 et « Shine » en 1995), on aurait pu penser que TYKETTO allait s’imposer sur la scène Hard Rock, bien au-delà de sa ville de New-York. Et ce fut un temps le cas. Mais c’était sans compter sur le caractère imprévisible et autoritaire de son fondateur Danny Vaughn, guitariste et très bon chanteur. S’en sont suivis 17 ans d’absence avant une remise en selle en 2012 avec « Dig in Deep », puis « Reach » il y a dix ans déjà. Finalement, en trois décennies, les Américains n’auront sorti que six opus, ce nouveau « Close To The Sun » compris.

Revoici donc TYKETTO de retour avec un line-up une fois encore remanié, mais de qualité et c’est du costaud ! On y retrouve donc Chris Childs (Thunder) à la basse, Johnny Dee (Doro, Britny Fox) à la batterie, Harry Scott Elliott à la guitare et Ged Rylands, présent depuis 2012 aux claviers. Le groupe a fière allure et « Close To The Sun » est dans la parfaite lignée de ce qu’il propose depuis ses débuts, à savoir un Hard Rock mélodique. L’expérience de cette longue et chaotique carrière est bien là et on a affaire à des musiciens qui savent pertinemment où ils vont. Précis et accrocheur, rien n’est laissé au hasard et il ne faut pas longtemps pour se laisser prendre au jeu.

Certes, le quintet ne vient pas bouleverser le paysage musical, et encore moins son propre répertoire, mais il prolonge le plaisir avec sérieux et application. Plus Rock et moins rentre-dedans que dans ses jeunes années, TYKETTO semble avoir arrondi certains angles, s’adonne aussi à des titres plus mid-tempos, mais reste toujours aussi dynamique et costaud. Vocalement, son frontman demeure l’une des plus belles voix du registre et le nouveau six-cordiste n’est pas avare de bons riffs et de solos tout en feeling (« Higher And Than High », « Bad For Good », « Harleys & Indians », « The Picture », « The Brave »). Une belle partition. 

Photo : Davey Rocks

Catégories
Hard'n Heavy

Axel Rudi Pell : l’institution

Depuis ses débuts en 1989 avec « Wild Obsession », AXEL RUDI PELL est l’un des musiciens les plus constants du Hard Rock et du Heavy Metal européen. Flamboyant et pourtant relativement discret, il mène une carrière irréprochable, malgré quelques creux, mais il ne déçoit que très rarement. Avec une signature sonore inimitable, il bénéficie d’un large succès d’estime, mais pas seulement, car ses fans sont aussi incroyablement nombreux à le suivre après tant de réalisations. Il a l’art de fédérer sans bousculer les codes, mais en y apportant cette touche très personnelle, qui a aussi construit le genre.  

AXEL RUDI PELL

« Ghost Town »

(SPV/Steamhammer)

Avec une régularité métronomique, le très prolifique AXEL RUDI PELL sort son 23ème album, « Ghost Town », et sur son label de toujours. Le musicien de Bochum est d’une infaillible fidélité, même si les changements ont été assez nombreux. Cela dit, le line-up s’est depuis un moment déjà stabilisé autour du chanteur américain Johnny Gioeli (Hardline), de l’ex-batteur de Rainbow et du Blue Öyster Cult Bobby Rondinelli, du bassiste Volker Krawczak (membre originel) et du claviériste Ferdy Doernberg. Un quintet chevronné qui perpétue une certaine tradition du Hard Rock, à la fois intemporel et aussi très international dans l’approche.

Contrairement à bon nombre de ses compatriotes, AXEL RUDI PELL est sans doute celui qui affiche le moins d’influences allemandes dans son jeu, ce qui le rend assez atypique sur sa scène nationale et forcément moins marqué que d’autres. Il faut aussi rappelé que le guitariste et compositeur s’est toujours tourné vers des chanteurs, notamment, issus d’autres pays. Et pas des moindres, puisqu’on se souvient de Charlie Huhn (Ted Nugent, Gary Moore) au tout début, puis Rob Rock (Impellitteri) et Jeff Scott Soto (Malmsteen, Talisman). Chacun a d’ailleurs marqué une époque à sa façon, mais Johnny Gioeli montre beaucoup de complicité avec ses partenaires.

Produit par ses soins avec l’expérimenté Tommy Geiger (Blind Gardian, Helloween) à ses côtés, l’Allemand offre un opus résolument Hard Rock, et donc beaucoup moins Heavy que par le passé, et c’est vraiment le registre dans lequel il excelle, d’autant que son frontman et le reste du groupe sont sur le même diapason. Si l’ensemble sonne actuel, on retrouve une touche et une ambiance globale très 70’s/80’s (« Guillotine Walk », « Ghost Town », « Holy Water », « Sanity », « Steps On Stone » ou encore « Breaking Seals » en duo avec Udo Dirkschneider). Classique et efficace, AXEL RUDI PELL poursuit sa route et demeure un redoutable six-cordiste.

Photo : Kai Hoffmann

Catégories
Hard Rock International

Gotthard : more pleasure [Interview]

Chanteur du groupe depuis 15 ans maintenant, Nic Maeder est la voix de la seconde phase artistique de l’emblématique groupe helvète GOTTHARD. Si remplacer Steve Lee n’a pas été une chose évidente, notamment auprès des fans, il a parfaitement su s’imposer et guide depuis « Firebirth » (2012) le groupe qui sort aujourd’hui « More Stereo Crush », un mini-album qui vient en complément de « Stereo Crush » , sorti l’an dernier. L’occasion pour évoquer avec le frontman la publication de ces deux productions, presque coup sur coup, et ce qui a motivé la démarche de la formation de Hard Rock.

– Un an tout juste après « Stereo Crush », vous êtes de retour avec « More Stereo Crush », cette fois sous la forme d’un EP. Aviez-vous le sentiment de ne pas être allés au bout des choses, de ne pas avoir fini le travail ?

Au départ, l’idée était de faire un album court, percutant et concis d’une dizaine de titres, mais l’inspiration étant au rendez-vous, nous avons fini par en enregistrer 17. La maison de disques a estimé qu’il valait mieux en faire un album et un EP. Et comme nous avions initialement prévu un album plus court, nous avons accepté.

– D’ailleurs, « More Stereo Crush » contient huit chansons, ce qui en fait un mini-album. Vous n’avez pas été tentés de rester un peu plus longtemps en studio pour réaliser un album complet ?

En fait, nous avions le sentiment que ces chansons s’intégraient parfaitement à l’album « Stereo Crush » et que composer et enregistrer de nouveaux morceaux donnerait une tout autre dimension à l’écriture et à l’enregistrement. Les 17 titres ont donc été enregistrés et mixés ensemble.

– Cinq des huit morceaux sont donc issus des sessions d’enregistrement de « Stereo Crush ». Qu’est-ce qui n’allait pas sur les morceaux à l’époque, selon vous? Ils avaient besoin d’être retravaillés, peaufinés ?

Non, car nous avons enregistrée et mixé les 17 morceaux, et ils sont restées tels quels. Lors de l’élaboration de la liste des titres de l’album et de l’EP, nous avons veillé à un équilibre parfait, afin d’éviter une surabondance de ballades ou de morceaux plus Rock sur l’un et l’autre. Finalement, l’album et l’EP forment un tout cohérent, agrémenté de quelques titres bonus.

– Il y a aussi cette nouvelle version de « Liverpool », qui figurait déjà sur l’album précédent et qui venait presque en complément de votre reprise des Beatles, « Drive My Car ». Sur l’original, on retrouvait Chris Von Rohr de Krokus et cette fois-ci, c’est son chanteur, Marc Storace, qui se livre à un beau duo avec toi. Que représente ce morceaux pour le groupe, au point d’en avoir fait deux versions ?

Lorsque nous avons composé cette chanson avec Chris, nous avions déjà l’idée de faire un duo avec Marc, mais cela ne s’était pas concrétisé à l’époque. Plus tard, nous y sommes revenus et, heureusement, nous avons réussi à le faire. Marc est arrivé en studio avec des idées de paroles et de mélodie, qui fonctionnaient à merveille. Nous avons passé un excellent moment à retravailler et à enregistrer la chanson. Cela reste un souvenir inoubliable pour nous !

– Pour conclure sur le sujet, GOTTHARD et Krokus ont toujours conservé des liens forts. Cela s’explique bien sûr par le fait que vous soyez deux groupes emblématiques du Hard Rock suisse. Et il y a aussi eu le projet Gotus en 2024 avec des membres de deux formations. Vous donnez le sentiment d’être une grande famille avec une forte filiation. Comment l’explique-vous et est-ce le secret de vos longévités respectives ?

La Suisse est un petit pays, et dans le milieu Rock, c’est un peu comme une famille. Le secret de notre longévité, ce sont vraiment les fans. Nous avons la chance d’avoir des fans aussi formidables et fidèles, et c’est grâce à eux que nous sommes là !

– J’aimerais qu’on dise un mot du morceau « Mayday », dont seule la vidéo était disponible jusqu’à présent. D’habitude, c’est plutôt l’inverse. Etait-ce essentiel pour vous de l’enregistrer en studio ? Et est-ce son accueil auprès du public qui vous y a poussé ?

« Mayday » est un titre bonus. Il n’a aucun lien avec les sessions de « Stereo Crush ». C’était une chanson composée il y a quelques années pour ‘X-Max’, en hommage aux services d’urgence. Le morceau n’ayant jamais été officiellement publié, certains membres du groupe ont souhaité le sortir. Personnellement, je ne pense pas qu’il ait sa place sur l’EP, mais en tant que titre bonus, ça passe.

– Il y a une autre collaboration également très forte avec le groupe, c’est celle avec votre producteur Charlie Bauerfeind, qui joue un rôle clef dans le son de GOTTHARD. Vous semblez travailler très étroitement ensemble. Comment cela se concrétise-t-il sur chaque album ? Est-il directement impliqué dans les compositions ou les arrangements également ?

Oui, Charlie est fantastique. On travaille ensemble depuis des années et il comprend parfaitement le groupe et son fonctionnement. Il participe beaucoup à la création des parties de batterie et on travaille aussi beaucoup sur les arrangements avec lui.

– Enfin, une question m’interroge depuis longtemps. Malgré 35 ans d’une belle carrière, est-ce que vous nourrissez quelques regrets de n’avoir pu vous imposer, ou au moins de ne pas vous être faits plus connaître, aux Etats-Unis ? Cela aurait été dans la logique des choses…

Eh bien, le groupe n’a jamais réussi à percer sur le marché américain et on a abandonné assez tôt. Je suppose qu’au final, on se concentre sur les pays où l’on a du succès. Le fait est que, si on a des fans formidables, on n’a pas besoin d’être présent partout dans le monde pour réussir.

« More Stereo Crush » est disponible chez Reigning Phoenix Music.

Photos : Luc Braissant (3) et Manuel Schuetz (4).

Et retrouvez la chronique de « Stereo Crush » :

Catégories
Hard Rock

Black Swan : la marque des grands

Si les CV sont aussi impressionnants que le niveau technique affiché, c’est bel et bien la qualité d’écriture et d’interprétation, qui sont les points forts de cette troisième réalisation de la dream-team irlando-américaine. Percutant et moderne, « Paralyzed » se présente comme l’œuvre la plus accomplie de BLACK SWAN. Depuis des décennies, ses membres font vivre le Hard Rock à l’international et ils ne semblent pas prêt à lâcher les rênes. Les mélodies sont accrocheuses et la fraîcheur du style des quatre vétérans irrésistibles.

BLACK SWAN

« Paralyzed »

(Frontiers Music)

Les réunions de vieilles gloires, ou les montages de supergroupes, ne débouchent pas souvent sur grand-chose, si ce n’est l’addition de talents. Sauf que la créativité a besoin d’un peu plus, à savoir d’une certaine alchimie notamment, pour se déclencher et parvenir à obtenir de bonnes compositions. Avec ce troisième album, BLACK SWAN démontre avec brio que son line-up ne doit rien hasard et qu’il y a une réelle complicité entre l’Irlandais Robin McAuley et les Américains Reb Beach, Jeff Pilson et Matt Starr. Et ce combo ‘All-Stars’ fait encore des étincelles.

Ainsi, depuis « Shake The World » sorti en 2020, puis « Generation Mind » en 2022, le quatuor trace sa route et se distingue vraiment des anciennes formations de chacun d’entre-eux. Certes, McAuley a brillé avec MSG et en solo, Beach avec Winger et Whitesnake, Pilson avec Foreigner et Dokken et Starr avec Mr Big et Ace Frehley, mais ensemble : l’entente est manifeste. Chez BLACK SWAN, chacun est à sa place dans une configuration classique et solide et tout semble réuni pour que son frontman déploie son incroyable puissance vocale.

Composé à quatre et parfaitement produit par le magnanime bassiste du groupe, « Paralyzed » éblouit d’abord par les guitares. Les riffs comme les solos sont exécutés avec un précision d’orfèvre et un feeling de chaque instant. Reb Beach réalise un sans-faute à la guitare et l’implacable rythmique est terriblement groovy. BLACK SWAN dégage une énergie phénoménale et la qualité du songwriting est la preuve que ces quatre-là sont au panthéon du Hard Rock (« If I Was A King », « The Fire And The Flame », « Carry On », « Paralyzed »). Aussi mélodique que ravageur.

Photo : Enzo Mazzeo

Catégories
Alternative Metal International Southern Metal

Black Stone Cherry : the taste of sharing [Interview]

Que l’on adhère, ou pas, à l’évolution musicale du quatuor du Kentucky, il reste une variante qui ne bouge pas : cet investissement constant et une volonté à toujours se dépasser, qui font partie de son ADN et, finalement, que l’on se ressent dans chacun de ses albums . Avec « Celebrate », BLACK STONE CHERRY s’essaie à un nouvel exercice, celui de l’EP, un format particulier et surtout une première pour lui, habituellement ancré dans une manière de fonctionner plus traditionnelle. Six titres, donc, et autant de facettes différentes, mais qui se rejoignent sur la démarche devenue familière des Américains. Dans la lignée de leurs deux derniers albums, ils se présentent avec un Alternative Metal costaud, sans éluder la fragilité qui peut aussi les envahir. Ils restent d’une sincérité et d’une authenticité sans faille. Chris Robertson, chanteur et guitariste du combo, revient sur l’élaboration de « Celebrate » avant de repartir sur la route dans les mois qui viennent.

– Trois ans après « Screamin’ At The Sky », vous faites votre retour avec « Celebrate ». Alors, la première question que j’ai envie de te poser est : qu’est-ce qu’on célèbre ? Votre retour ?

Tout, on célèbre tout ! L’idée globale derrière la chanson « Celebrate » sont tous les petits moments, les petites choses. Nous vivons actuellement dans un monde où on ne célèbre pas assez. Le monde va trop vite et ne fait que séparer le gens et les rendre négatifs. Essayons donc de célébrer plus et d’être plus positifs.

– C’est assez surprenant de vous voir revenir avec un EP. Vous n’aviez pas la patience d’attendre de composer un album complet ? A moins que ce ne soit la scène qui vous manque vraiment ?

En fait, on voulait juste faire quelque chose de différent. Nous avions 12 ou 13 chansons, mais le monde consomme les choses si rapidement. D’ailleurs, nous sommes déjà prêts pour ce qui va suivre. Au lieu d’attendre deux ou trois ans pour sortir un album, nous voulions essayer de faire un EP pour voir comment cela se passe. Et si cela se passe bien, nous en ferons un autre avant de ressortir un album.

– « Celebrate » est donc votre premier et unique EP, un format assez inédit pour vous. Est-ce que vous avez appréhendé l’aspect créatif différemment, sachant qu’il y avait moins de morceaux ?

Non, pas vraiment, on a gardé nos habitudes. Nous avons fait les choses de la même manière. Nous avons juste essayé de composer les meilleures chansons possibles et de les jouer au mieux. Nous avons procédé comme si c’était un album normal, tout en sachant qu’on allait juste enregistrer la moitié. On voulait vraiment essayé ça, car c’est quelque chose de différent pour nous. C’était l’objectif. Ce n’est pas une question de manque de créativité, ou un truc comme ça. Tu sais, on a enregistré beaucoup d’albums et les EPs ont toujours eu cette image de format destiné aux reprises. Habituellement, ce n’est pas vraiment fait pour de la musique originale. Et pourtant, ça marche bien, notamment en ce moment. Alors, on a juste voulu faire le nôtre, et avec des chansons inédites, bien sûr.

– Il y a quelques mois, vous aviez sorti « This Is Black Stone Cherry’s RSD Album » pour célébrer justement les magasins de disques indépendants, lors du ‘Record Store Day’ et là, vous revenez avec une nouvelle réalisation qui sort uniquement en digital. C’est assez paradoxal, non ?

Ah… C’est le monde dans lequel nous vivons. Pour le ‘Record Store Day’, c’était assez spécial, car le disque a été publié à un nombre très limité. Il n’était pas destiné à un plus grand nombre. Et j’espère vraiment aussi que cet EP sera disponible en format physique également. Ce n’est pas prévu pour le moment, mais ça pourrait l’être. Mais c’est vrai que pour l’instant, il ne sort qu’en format numérique.

– « Celebrate » sera donc disponible seulement sur les plateformes, une première pour BLACK STONE CHERRY. Cela correspond aussi aux changements de l’industrie musicale. Est-ce que cela annonce également un tournant pour le groupe en termes de diffusion ? Ou est-ce juste un one-shot ?

Je ne sais pas. L’industrie musicale a tellement changé depuis 2005, lorsque nous avons sorti notre premier album. Ces 21 dernières années n’ont plus rien à voir avec nos débuts. D’ailleurs, je n’aurais jamais imaginer ça il y a encore 15 ans. C’était impensable de concevoir que les gens n’achèteraient plus d’albums, qu’ils les streameraient et qu’ils auraient même trois applications différentes sur leur téléphone pour écouter de la musique. Donc, je ne sais pas ce que nous réserve l’avenir. Je sais juste qu’avec cet EP, il était temps pour nous d’essayer quelque chose de différent, de nouveau et de voir ce qui allait se passer. Et la décision de le faire uniquement en numérique a été le fruit de discussion avec notre label. A priori, c’était une bonne chose à faire, selon lui. Et puis, nous aimons bien ce genre de challenge.

– Pour « Celebrate », vous vous êtes retrouvés dans le home studio de Ben (Wells, guitare). Aviez-vous besoin d’être uniquement entre vous dans un environnement familier pour mettre en forme les idées accumulées en tournée ?

Exactement, nous avons écrit tous nos derniers albums à l’arrière du bus quand nous étions sur la route. Il n’y a pas beaucoup d’espace et on chope vite des crampes, car ce n’est pas facile de caler quatre personnes dans un endroit aussi petit. (Sourires) Mais on a l’habitude. Alors qu’aller dans la maison de Ben, nous ne l’avions jamais fait. Là, on pouvait bouger, on avait de l’espace pour nous déplacer et nous épanouir. C’était super confortable, on a pu se dégourdir les jambes ! (Sourires)

– Justement, « Celebrate » offre un beau panorama du groupe avec ses multiples facettes. Quitte à sortir un EP, l’idée était-elle d’être le plus complet possible ?

Je ne pense pas qu’on avait une intention précise, au-delà du fait de sortir un EP. On n’avait pas pour objectif de faire des chansons qui sonnent forcément différemment. On écrit des morceaux et ce sont ceux qui nous parlent le plus que nous avons décidé de présenter. Ce sont vraiment ceux qui ont le plus d’impact sur nous que ce soit personnellement, au niveau des textes et des mélodies. Donc, nous avons choisi les six meilleurs, selon nous. Par exemple, le titre éponyme d’intro est celui décidé depuis le début, et ensuite nous nous sommes bien amusés avec la reprise de « Don’t You (Forget About Me) » aussi. C’était vraiment sympa à faire et on a passé un bon moment à élaborer notre propre version ! (Sourires)

– Il y a beaucoup d’énergie sur ces nouveaux morceaux, malgré les différences de tempos, et aussi un message toujours très positif d’une manière ou d’une autre. Et la sensation de proximité de la production joue aussi beaucoup. C’est cette connexion que vous recherchez à chaque fois ? Proches dans les textes comme dans le son ?

Oui ! La façon dont nous composons fait que c’est la musique qui vient souvent dicter le chemin que le morceau va prendre, même au niveau des textes. Cela a une influence, d’une manière ou d’une autre. Si tu prends un morceau comme « Celebrate », le refrain arrive au bon moment et colle parfaitement avec la musique. Mais ce n’est pas toujours le cas, bien sûr. C’est là que nous devons faire des choix et décider ce qui est le mieux. Est-ce que le texte est plus important que la mélodie ? Cela arrive qu’on reste sur une seule et même ligne sur les deux aspects, et d’autres fois, on va mettre plus de temps à trouver le bon message. Finalement, le plus compliqué est de trouver le parfait équilibre entre les paroles et la musique, et faire en sorte qu’elles se retrouvent à un moment donné dans la chanson.

– Parlons de la reprise de Simple Minds, « Don’t You (Forget About Me) ». Pour un Européen comme moi qui connaît cette chanson qui depuis sa sortie, son traitement est assez surprenant et très loin de l’originale. C’est vrai que tu rêvais de la chanter depuis plus de dix ans ?

Oui, c’est vrai ! (Sourires) J’ai essayé de faire cette chanson pendant plus de 15 ans. J’ai 40 ans aujourd’hui et je suis donc né en 1985, l’année de la sortie du film « Breakfast Club » (un teen-movie réalisé par John Hughes – NDR). Cette chanson et ce film m’ont suivi toute ma vie, et je me souviens encore de la première fois que je l’ai vu quand j’étais enfant. J’ai toujours adoré ce morceau et j’ai toujours pensé qu’on pouvait en faire quelque chose de cool. J’étais sûr que c’était possible. Et lorsqu’on a essayé, ça a fonctionné. On connaît tous la chanson, mais elle donne aussi l’impression que c’est nous qui l’avons écrite sur notre version. Et c’était vraiment notre objectif avec cette reprise. On s’est vraiment amusé à le faire, car on s’est mis à la place des compositeurs. On a pris l’original et on y a ajouté un autre point de vue. On a mis un riff de guitare et ensuite, on l’a joué comme on le fait avec nos autres morceaux, tout en gardant la structure de l’original. C’est la même construction, mais interprété à notre façon et j’espère que les gens l’ont apprécié. D’ailleurs, j’ai hâte de pouvoir la jouer en Ecosse pour voir la réaction des gens. Est-ce que les pouces seront levés ou baissés ? (Sourires)

– Un mot aussi sur la participation de votre ami Tyler Connoly du groupe canadien Theory Of A Deadman sur le morceau. Comment avez-vous envisagé cette collaboration ?

Nous étions en pleine discussion avec notre management et le label et l’idée d’un invité a surgit. On a bien aimé la proposition, mais on ne savait pas vraiment comment s’y prendre. Alors, j’ai envoyé un message à Tyler en lui disant qu’on avait une version de la chanson et s’il voudrait la chanter avec nous. Il a accepté et a demandé quelle partie nous souhaitions qu’il interprète. On a juste coupé un passage pour qu’il ajoute sa voix et on lui a envoyé la chanson. Et le résultat est super ! Tyler et moi sommes de grands amis et nous sommes tous fans de Theory Of A Deadman. Il a une très belle voix et c’est un mec super. Et il correspond vraiment au morceau vocalement. Le résultat est fantastique, on forme un bon duo.

– J’aimerais que l’on parle aussi de l’évolution, voire la mutation, de BLACK STONE CHERRY. Je trouve que l’empreinte sudiste qui vous animait se dissipe peu à peu. Aujourd’hui, votre Hard Rock tend d’ailleurs plus vers l’Alternative Metal. Est-ce une évolution naturelle pour vous, ou un simple passage avant un retour vers les sonorités Southern de vos débuts ?

Je ne sais pas, je pense qu’on joue simplement ce que l’on aime. Notre premier album était très varié. Le deuxième, puis « The Devil In The Deep Blue Sea », étaient plus modernes, plus alternatifs. Ensuite les trois suivants, « Magic Mountain », « Kentucky » et surtout « Family Tree » qui est un super album, étaient plus Southern, c’est vrai. Après, je pense qu’on a juste voulu jouer des trucs plus Heavy, parce que c’était quelque chose qu’on n’avait jamais vraiment fait. Je ne sais pas, c’est venu comme ça ! (Rires) Tu sais, on fait des choses à travers lesquelles on se sent bien. Alors, qui sait ? Je n’ai vraiment aucune idée à quoi le prochain album ressemblera. On n’a pas encore commencé à travailler dessus. Peut-être qu’il sera acoustique ! (Rires) En fait, les chansons arrivent comme ça et nous n’avons jamais choisi le parti-pris de sonner plus Metal notamment sur un album. Cependant, il peut y avoir des parties, à l’intérieur des morceaux avec des intentions Speed Metal, par exemple. En tout cas, on n’est jamais parti avec un concept précis, sauf sur « Folklore And Superstition », où on voulait un truc très lourd, très épais. Et c’est ce qu’on a fait ! Sinon, ce n’est pas vraiment un truc qui marche chez nous. On joue plutôt à l’intuition.

– Pourtant, vos racines musicales restent Southern…

Oh oui, bien sûr ! Mais en fait, ça fait partie de ce que nous sommes. L’esprit Southern est et sera toujours là. Je pense que c’est juste une approche plus moderne et des mélanges plus actuels comme sur « The Human Condition » et « Screamin’ At The Sky ». Et finalement, « Celebrate » est un brassage de ces deux derniers albums. Alors, peut-être que cela se ressent moins dans les sonorités, mais structurellement, c’est toujours bien présent. Il y a toujours du Lynyrd Skynyrd et du ZZ Top en nous. C’est ce que nous sommes. Je ne me sens pas du tout comme un gars qui vient de New-York ! (Rires) L’empreinte dans les guitares est indélébile et on essaie en aucun cas de s’éloigner de ce que nous sommes profondément.

– Enfin, cette année marque aussi vos 20 ans de carrière. Est-ce que vous avez prévu quelque chose de particulier? Il y a une grosse tournée, certes, et peut-être un nouvel album en fin d’année ?

Oui, on a une grosse tournée en Europe et aux Etats-Unis, puis nous reviendrons au Royaume-Uni pendant environ trois semaines, où nous serons l’unique groupe de la soirée. Mais pour le reste de la tournée européenne, nous aurons un groupe en soutien. Pour l’Angleterre, nous jouons tout l’album et d’autres chansons pour fêter ces 20 ans. L’idée est de proposer une longue nuit autour du groupe et ce sera vraiment génial. On a vraiment hâte !

Le nouvel EP de BLACK STONE CHERRY, « Celebrate », sera disponible le 6 mars sur toutes les plateformes.

Photos : Jimmy Fontaine

Retrouvez aussi les chroniques des dernières sorties du groupe :