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International Power Rock

The Last Internationale : fighting for freedom [Interview]

Dans un Rock brut, autant nourri de Hard Rock que de sonorités bluesy et paré d’un léger voile vintage, les New-yorkais font un peu figure d’épouvantail dans un paysage musical, où la fraîcheur manque souvent et où les cases se remplissent de bons élèves bien tranquilles. THE LAST INTERNATIONALE est là pour sonner la révolte et la liberté, n’en déplaisent aux rockeurs de salon. Avec la musique comme instrument de lutte, il porte haut et fort une parole qui alerte sur l’état de notre société et les inquiétudes qu’elle suscite. Pour autant, le duo chante l’espoir et ce nouvel album est exaltant à plus d’un titre. Sensible et percutant, il continue aussi d’avancer en totale indépendance en ne suivant que les contraintes qu’il se fixe lui-même. Forcément, en plus d’être musicalement appliquée, fougueuse et inspirée, la démarche du groupe est également très engagée. Une chose qui tend aussi à disparaître dans une industrie musicale apathique. Avec « Road To Freedom », la chanteuse Delila Paz et le guitariste Edgey Pires donnent des indication sur la voie à suivre dans un style authentique aux riffs appuyés, qui ne ressemble qu’à eux et qui conjugue la force des émotions d’une voix libre dans un combat artistique captivant et saisissant de vérité. Un entretien évidemment un peu politique…

– Avant de parler de ce nouvel album, j’aimerais que l’on revienne sur ce « Live In Europe » que vous avez sorti en janvier dernier. On sait, et on y reviendra, que vous tournez beaucoup. Est-ce que c’est important aussi pour vous d’en garder une trace sur disque ?

Delila : Cela fait déjà un moment qu’on voulait le faire, alors nous avons décidé d’enregistrer nos concerts, spécialement quand nous venons en Europe. Il se passe aussi quelque chose au niveau du son. Je trouve qu’il s’améliore au fil des dates. C’est aussi pour ça qu’on avait envie de montrer à quoi ressemblent nos concerts. Ce sont toujours des moments particuliers et nous avions choisi les meilleurs.

– A propos de concert justement, vous allez entamer une grande tournée européenne ce mois-ci avant de revenir en France pour une douzaine de dates en février prochain. J’ai l’impression que vous entretenez une relation particulière avec le public européen et notamment français. Qu’est-ce qui change par rapport aux Etats-Unis notamment ?

Edgey : Oui, c’est vrai que nous entretenons une relation particulière avec le public français, c’est sûr, beaucoup plus qu’avec Los Angeles ! (Rires) Et c’est pour ça qu’on revient toujours ! (Sourires) Et puis, nous ne tournons pas beaucoup aux Etats-Unis, non plus ! (Sourires) La France est spéciale pour nous…

Delila : Même si nous chantons en anglais, les Français sont attentifs et très concentrés sur les paroles. Ils viennent toujours nous en parler avec beaucoup de profondeur et de sens, c’est très intéressant.

– D’ailleurs, quand on parle de THE LAST INTERNATIONALE, on parle essentiellement de votre duo et à juste titre. Pourtant, vous êtes accompagnés en concert. Est-ce que vous avez aujourd’hui un groupe stable pour la scène ?

Edgey : Oh non, je ne pense pas ! Nous n’en avons jamais vraiment eu ! (Rires) Mais ce sera le cas sur notre prochaine tournée. On a joué avec le batteur anglais Joe Lazarus, qui est phénoménal et à la basse, on avait Chris #2 d’Anti-Flag. Mais c’était surtout un line-up spécial pour des festivals qui étaient des évènements un peu spéciaux. Pour la prochaine tournée, notre ami et bassiste Anthony Meier, qui a joué avec Radio Moscow, va nous rejoindre. Nous travaillons avec lui depuis longtemps et il est vraiment incroyable. C’est vrai que nous avons une rythmique fantastique pour cette prochaine tournée. Donc, cette année, c’est stable, mais on verra bien ce qu’il se passe ! (Rires) Après, tu sais, c’est toujours compliqué lorsque tu veux avoir les meilleurs musiciens. Ils ont toujours d’autres groupes ou d’autres engagements et c’est parfois difficile de concilier les plannings, car on veut toujours jouer avec les meilleurs. Et puis, on annonce souvent nos tournées à la dernière minute aussi, ce qui n’aide pas beaucoup ! (Sourires) Pour l’instant, nous sommes très chanceux pour l’année prochaine, car tout le monde est à bord.

– Parlons de ce sixième album, qui est tout en contraste. De prime abord, c’est peut-être le plus sombre et d’un autre côté, il est réellement porteur d’espoir. Est-ce une manière de dire que, même si l’époque est difficile et incertaine, il faut rester optimiste quoiqu’il arrive et relever le défi de l’actuelle dérive mondiale ?

Delila : C’était vrai qu’il est difficile de trouver de l’espoir sur l’album. Mais c’est pourtant ce que nous avons tenté de faire avec « Road To Freedom », et on peut aussi en retrouver jusque sur la pochette de l’album d’ailleurs. L’idée n’est pas tellement de rester optimiste, car le monde est tellement sombre. Il s’agit plutôt de se concentrer que ce qui est en train de se passer et d’essayer de trouver quelques fragments d’espoir. C’est ça qui peut atteindre les gens.

Edgey : Oui, et cela a beaucoup de sens pour moi. La musique sert à ce dessein. Elle apporte l’espoir dans les vies, mais c’est une chose difficile à diffuser. Lorsque j’ai lu les ‘Situationnistes’ (organisation de théoriciens, stratèges et activistes révolutionnaires opérant dans les domaines culturels, artistiques, politiques, sociaux et désireux d’en finir avec la société de classes et la « dictature de la marchandise » – NDR), il y a une phrase qui m’a frappé. Elle disait que l’espoir est la main de la soumission. Donc, l’espoir peut être une mauvaise chose, si vous ne la transformez pas en une action concrète. Et c’est précisément ce que nous essayons de faire, c’est le but de notre musique. Ne pas juste espérer un meilleur avenir, mais faire en sorte qu’il arrive à travers l’action justement.

– THE LAST INTERNATIONALE a toujours été un groupe engagé sur un terrain social et humain d’abord. Avec « Road To Freedom », on sent des positions clairement politiques, même si elles sont passées sous un prisme personnel. Selon vous, est-ce que, plus que jamais, le premier des combats à mener actuellement est-il celui de la liberté ?

Delila & Edgey : Plus que jamais ! (Rires)

Edgey : Oui, plus que jamais, bien sûr. Cette lutte pour la liberté a toujours existé, cela fait des générations. C’est la même que menait Martin Luther King. S’il était encore vivant, il serait dans la rue et aussi radicalisé que Malcolm X ou Che Guevera. En tout cas, c’est mon opinion, car les risques sont très élevés. Il y a les armes nucléaires, le réchauffement climatique, etc… Je pourrais te donner une liste complète de tous ces risques, mais tout le monde les connaît. Le monde entier connaît ces problèmes et sait qui en est responsable. Ce dont nous avons besoin aujourd’hui, c’est de nous organiser et de trouver une manière de nous défendre.

– Pour rester sur cette thématique de la liberté, j’ai aussi remarqué que c’était un mot qui revenait souvent dans vos chansons, et pas seulement sur ce nouvel album. Est-ce quelque chose qui reste au cœur de la musique et de la démarche de THE LAST INTERNATIONALE ?

Edgey : Delila aime chanter la liberté, c’est sûr ! (Sourires)

Delila : Oui, il y en a, mais il n’y en a pas encore assez ! (Sourires) C’est vrai que c’est un mot qui revient souvent dans notre musique. C’est une question de liberté personnelle, car on peut vite se sentir emprisonnés en tant qu’être humain. D’ailleurs, je porte un t-shirt avec le mot ‘Liberté’ écrit dessus ! C’est inconscient ! (Rires)

Edgey : Oui, je n’avais même fait fait attention ! (Rires) Et puis, tu sais, si vous avions cette liberté, nous ne la chanterions pas…

– En 2014, vous chantiez « 1968 », qui faisait écho aux mouvements sociaux en France, en 2023 c’était « 1984 » en référence au livre d’Orwell et aujourd’hui « Animals » décrit parfaitement ce que l’on retrouve un peu partout dans le monde, y compris dans nos démocraties. THE LAST INTERNATIONALE est-il plus que jamais un groupe engagé et revendicatif ? On a vraiment le sentiment que votre démarche va bien au-delà de la musique…

Edgey : Oui, je pense que c’est l’essentiel. Que disait déjà le grand Pete Seeger que j’adore ? ‘La musique peut changer le monde, mais pas un seul musicien dans son coin’, ou quelque chose comme ça. Cela signifie que la musique est une chose puissante, mais qui a aussi ses limites. Pour nous, en tant que groupe, nous utilisons notre musique comme un outil. Mais en dehors du groupe, chaque artiste dans le monde est un individu et un citoyen. C’est une responsabilité que nous n’oublions pas, que ce soit en tant qu’artistes ou comme citoyens. Tout cela va bien au-delà de la musique. Donc, si nous n’avions pas été musiciens, tu nous aurais de toutes façons aussi vu dans les rues !

Delila : Tout a commencé pour moi lorsque j’avais huit ou dix ans. Je suis allée protester devant un cirque. Je pense que c’est là que tout a commencé. On écrivait déjà des pamphlets sur la cruauté animale envers les éléphants. De New-York à Paris, les gens protestent d’une manière ou d’une autre. D’ailleurs actuellement en France, les lycéens et les étudiants manifestent en nombre. C’est la même chose ici.

– D’ailleurs et pour clore le sujet, comment vivez-vous l’actuelle situation chez vous à New-York ? Même si votre maire est un homme ouvert et attentif à l’aspect social de sa politique, quel est l’état d’esprit et l’ambiance globale aux Etats-Unis, en tout cas de votre point de vue ? L’atmosphère a-t-elle beaucoup changé ces dernières années ?

Edgey : Oui et c’est totalement l’inverse de ce que portent les médias. Le peuple américain et sa population sont toujours déconstruits par les médias. C’est pour cette raison que les organisations sociales ont du mal à se mettre en place. Les médias, le gouvernement et la classe aisée travaillent ensemble pour s’assurer que le peuple soit divisé. Et tu peux le constater dans la mouvance MAGA. Tu poses là une question complexe, qui demanderait des heures de discussion. Si je peux la résumer rapidement, je dirai que les Etats-Unis ont également une classe ouvrière, mais elle n’est pas aussi consciente comme elle peut l’être en France, par exemple. C’est donc plus facile de nous diviser. Les aspirations des classes ouvrières et moyennes sont légitimes, tout comme leurs préoccupations. C’est là-dessus que le mouvement fasciste porté par quelqu’un comme Donald Trump a capitalisé sur les deux dernières élections présidentielles. Dieu merci, il n’a rien de d’impressionnant. C’est un idiot, un abruti et ça, tout le monde le sait. Il nous faut donc une personne charismatique et intelligente pour galvaniser les gens, comme Trump l’a fait. La réponse est très simple. Nous devons non seulement tous nous unir sur des lignes idéologiques claires, mais aussi sur le fait qu’il faille bâtir des digues pour que des gens comme Trump ne soient plus élus. C’est un coup de pression qu’il faut mettre. C’est une lutte très sérieuse, car nous sommes tous de la classe ouvrière et il faut éviter que l’on puisse nous diviser. Nous devons débattre intelligemment de tout ça.

– Revenons à votre album et j’aimerais qu’on dise un mot de la production de « Road To Freedom » que vous avez assuré avec trois autres producteurs. Elle est nettement plus ample et bénéficie d’un gros travail sur les arrangements. Aviez-vous besoin de passer un cap au niveau du son ? D’être peut-être un peu moins ‘roots’ et brut qu’auparavant ?

Edgey : Oui, peut-être, mais ce n’est pas si évident. Je me suis beaucoup impliqué dans le mixage, c’est vrai. Et j’ai appris tellement de choses. J’ai commencé à m’en occuper et j’ai donc beaucoup appris la prise de son et le mix pour que l’album sonne mieux. Et crois-moi, cela s’est traduit par des nuits blanches et pas mal de frustration… De quoi s’arracher les cheveux ! (Rires) Ce n’est pas un processus si amusant que ça. De manière générale, il y a eu quelques changements dans l’écriture et aussi peut-être un peu dans la façon de chanter de Delila…

Delila : Je pense qu’on a travaillé différemment et on a aussi beaucoup appris, c’est vrai. On n’a jamais abordé un album en se disant qu’on allait le faire sans en retirer quelque chose et en se disant que ce serait bon de toutes façons. Nous sommes allés plus loin, on a vraiment poussé tous les paramètres au maximum.

Edgey : Cela dit, il n’y a jamais eu le moindre compromis au niveau du son. L’album nous a coûté très cher, car nous avons voulu enregistrer certaines chansons deux ou trois fois. Et on a aussi joué certains titres avec plusieurs batteurs que l’on n’a pas retenu…

– Enfin, vous avez enregistré « Road To Freedom » loin de New-York, puisque vous êtes allés au Portugal. Aviez-vous besoin de vous couper de votre milieu urbain au point de mettre un océan entre vous ?

Delila : Oui, nous avons même conçu un studio nous-mêmes là-bas. Par ailleurs, Edgey a des racines familiales au Portugal, et c’est vrai que c’est un endroit vraiment super pour réfléchir tranquillement et se concentrer sur la musique. Cela nous a permis de nous poser. Nous avons même travaillé le bois pour construire le studio. Mais New-York est en nous et on ne peut pas y échapper ! (Rires)

Edgey : En fait, une bonne partie de l’album a été composée à New-York. Une fois que le travail d’écriture était fait, nous sommes ensuite partis au Portugal nous isoler et enregistrer les morceaux. Là, nous nous sommes vraiment déconnectés de tout. Nous n’avons parlé à personne et notre seule interaction avec le monde extérieur était avec la caissière du supermarché, notamment. C’est quelque chose que nous faisons en général quand nous enregistrons, mais cette fois, nous étions encore plus isolés de tout. Bien sûr, nos avons beaucoup interagis avec les autres musiciens et nous savions aussi ce qui se passait dans le monde, mais nous n’avons vraiment réellement rencontré personne. Et pour conclure, je voulais dire quelque chose qui m’a un peu déçu concernant ce nouvel album. Nous avons enregistré une chanson avec Tom Morello, mais comme nous étions hors délai, elle ne figure pas sur l’album. Cependant, vous allez bientôt la découvrir. Nous ne savons pas encore sous quel format, ni quand, mais elle arrive ! Peut-être sur une version Deluxe de l’album ! (Rires)

Le nouvel album de THE LAST INTERNATIONALE, « Road To Freedom », est disponible chez Vivienne Music Label.

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Doom Metal Heavy metal International

Cirith Ungol : la noirceur comme prophétie [Interview]

Il y a 54 ans aujourd’hui, un groupe hors-norme voyait le jour sur la côte californienne, au nord de Los Angeles. Loin du ‘California Sound’ alors en vogue, c’est un Heavy Metal soigné, percutant et ténébreux qu’avait alors élaboré le quintet. Sous l’influence directe de l’œuvre de J.R.R. Tolkien, dont il tire son nom, il dénote de la scène locale et même plus largement du registre Metal d’alors. Pionniers et précurseurs du mouvement Doom, les Américains sont aussi opté pour ce style épique, dont il a aussi fait sa marque de fabrique. Certes, CIRITH UNGOL a fait des émules, notamment du côté de la NWOBHM, mais sans trouver encore actuellement de réel successeur. Après plus de cinq décennies d’activité, avec un break de 23 ans tout de même, cela fait plus d’une décennie que le groupe est revenu sur le devant de la scène et cette renaissance a donné d’incroyables albums. « All The Shadows » est son septième et peut-être même le plus abouti d’entre-eux. Captivant et sombre, il joue sur une intemporalité qui se fond désormais dans l’actualité. Membre fondateur, le batteur Robert Garven revient sur cette magnifique épopée et l’univers de ce combo si particulier et légendaire.

– Avant de parler de ce nouvel album, j’aimerais que l’on revienne un instant sur le « Live At Roxy » sorti l’an dernier. Quelles sensations aviez-vous ressenti 40 ans après avoir foulé ses mêmes planches pour la première fois ? L’émotion était-elle toujours présente ?

C’était incroyable ! J’y ai vu beaucoup de mes groupes préférés au fil des ans, et ça a fait ressurgir plein de bons souvenirs ! J’étais stupéfait de la qualité de l’enregistrement audio, car enregistrer un concert peut parfois être un vrai défi. Je suis très critique envers mes performances, mais je pense avoir bien joué ce soir-là, et ce concert restera gravé dans les annales ! (Sourires)

– D’ailleurs, vous aviez joué (sur le premier CD) l’intégralité de votre dernier album en date, « Dark Parade ». Peu de groupes le font encore aujourd’hui. En quoi était-ce important pour vous ? Est-ce dû justement au fait que vous faites assez peu de concerts ?

Nous ne l’avions jamais fait auparavant, et je suis ravi que nous l’ayons fait. Quand j’étais jeune, de nombreux groupes de la première heure jouaient l’intégralité de leur nouvel album en concert, comme Montrose, Judas Priest et Captain Beyond. Pouvoir reproduire cela a toujours été un rêve pour moi. Bien sûr, certains de ces groupes n’avaient sorti qu’un seul album à l’époque où je les ai vus, c’était donc facile pour eux ! (Sourires) Nous prévoyons de le refaire pour ce nouvel album, une fois à Los Angeles en février et une autre au festival ‘Up the Hammers’ à Athènes en mars prochain !

– Depuis ses débuts, CIRITH UNGOL n’a jamais caché l’influence de J.R.R. Tolkien et du « Seigneur des Anneaux » sur son univers musical. Depuis, des films et des séries ont été réalisés ces dernières années sur cette vaste œuvre. Est-ce qu’à un moment donné, vous vous êtes dits que votre musique ferait une bonne bande originale ? Et auriez-vous aimé participer, de près ou de loin, à l’une de ses aventures cinématographiques ?

Bien sûr, on y a tous pensé à l’époque, mais je crois que la musique qui correspond le mieux à ces sagas épiques était, et est, probablement le style acoustique médiéval qu’elles ont utilisé. La plupart de ces histoires ne mentionnaient pas l’électricité, alors adieu les guitares électriques ! (Rires) Bien que notre nom soit tiré du « Seigneur des Anneaux » de J.R.R. Tolkien, et que nos pochettes d’album représentent Elric de Meliniboné, le champion éternel de Michael Moorcock, la vérité est que ces œuvres littéraires et artistiques incroyables nous ont profondément influencés, mais n’ont jamais été destinées à nous définir en tant que groupe, ni à travers notre musique. C’était simplement une imagerie à laquelle nous nous sentions très attachés.

– Vous sortez « All The Shadows » trois ans après « Dark Parade », ce qui est assez rapide pour CIRITH UNGOL. D’ailleurs, depuis 2020, vos sorties sont plus régulières. Comment expliques-tu ce regain d’inspiration, car on ne peut pas dire que vous soyez très contraints par l’industrie musicale depuis vos débuts ?

A nos débuts, nous étions constamment à la recherche de financements, car nos deux premiers albums étaient autofinancés. Ensuite, d’autres problèmes, parfois indépendants de notre volonté, retardaient sans cesse leur sortie. Ironie du sort, à peine un album sorti, le suivant était déjà composé et prêt à être enregistré, mais nous étions constamment retardés par tous les facteurs évoqués précédemment. De plus, même une fois la musique composée, il faut encore l’enregistrer, la produire, la fabriquer et la distribuer, ce qui prend un temps considérable, généralement environ un an. Il faut donc en tenir compte. Depuis notre reformation, nous nous sommes davantage concentrés sur la finalisation de ces projets et nous avons eu la chance de trouver des maisons de disques prêtes à les distribuer, ce qui nous a énormément aidés.

– D’ailleurs, vous avez quitté Metal Blade Records pour No Remorse Records. Est-ce un désir de renouer justement avec un milieu plus underground, dont vous êtes un représentant de marque et qui vous correspond peut-être mieux ?

Ce n’est pas tout à fait vrai, car tout notre catalogue est toujours chez Metal Blade Records, avec qui nous entretenons d’excellentes relations. Pour la petite histoire, Chris de No Remorse Records est un grand fan de notre groupe. Il m’a contacté cinq ans avant même notre reformation pour savoir si nous comptions nous reformer un jour, ou sortir de nouveaux morceaux, et s’il pouvait faire quelque chose pour nous. Il a créé un label exceptionnel en Grèce, et No Remorse Records compte parmi ses artistes des groupes de Metal épique similaires. Nous avons donc pensé que c’était l’occasion idéale de collaborer avec lui !

– Chez CIRITH UNGOL, il est toujours question de sagas et « All The Shadows » est un nouveau chapitre dans votre discographie. Justement, qu’est-ce qui guide ces aventures ? La narration ou la musique ? Composez-vous vos chansons en fonction des textes et de leurs atmosphères ?

Je ne peux pas te dévoiler notre recette secrète, sinon tout le monde composerait des morceaux comme CIRITH UNGOL ! (Rires) Mais ces chansons ont été écrites selon cette même recette, qui a traversé les âges. Nous les forgeons comme un maître forgeron crée une épée de guerre héroïque. Il ajoute les alliages adéquats pour la rendre solide et authentique, puis martèle ces éléments de métal en fusion pour lui donner force et caractère, avant de la tremper dans le sang des impies ! Une fois la forge achevée, nos cœurs sont noircis et nos âmes brûlées ! (Sourires)

Le groupe a toujours eu une double personnalité avec des chansons sur le thème de l’épée et de la sorcellerie, comme « Frost & Fire », et une facette Doom très sombre et lugubre, à l’instar de « Death of the Sun », « Forever Black » et « Dark Parade ». Depuis la reformation du groupe, le monde semble avoir sombré dans le chaos. Notre musique est le reflet du monde qui nous entoure, alors quand vous tendez un miroir au monde, le reflet que vous voyez est notre son funeste !

– De fait, chaque album de CIRITH UNGOL est un concept en lui-même. Cette fois, il est question d’un futur dystopique qui, finalement, fait aussi écho à notre époque. Est-ce qu’en fin de compte, c’est l’intemporalité du groupe et de sa musique qui rattrapent le présent ?

Nos derniers projets étaient empreints de noirceur, et Tim (Baker, chant – NDR) a une vision bien précise de la genèse des paroles. Voici ce qu’il en dit  : « All The Shadows » est la dernière étape du voyage tortueux qui définit CIRITH UNGOL. Des récits de cœurs noircis et de rêves brisés. Des échos de folie, de corruption, de péché, de visions démentes et d’horreur indicible. L’avenir dystopique de l’humanité mis à nu… La saga continue de notre descente sans fin dans les ténèbres. « All The Shadows » est l’aboutissement de tous nos efforts, entamés avec notre renaissance il y a plus de dix ans. Toutes les chansons qu’il contient sont les ombres de ces mêmes prophéties funestes, devenues la sinistre marque de fabrique de CIRITH UNGOL ».

– Enfin, comme toujours, « All The Shadows » a été enregistré chez vous à Ventura en Californie et la pochette est signée Michael Whelan. Malgré cette fidélité artistique, qu’est-ce qui fait de ce nouvel album l’un des plus aboutis de votre carrière ? Tout n’est pas uniquement question d’expérience, si ?

Bien sûr, tout est subjectif, et chacun a son propre point de vue. Mais pour ma part, je trouve cet album absolument incroyable. Pendant sa création, la musique nous est venue naturellement, comme si c’était une évidence ! Je crois à l’amélioration continue et j’ai le sentiment que chacun de nos albums est un pas en avant par rapport au précédent. C’est vrai que « Dark Parade » était vraiment excellent, alors le surpasser était un défi de taille, et je pense que nous l’avons relevé… (Sourires)

Le nouvel album de CIRITH UNGOL, « All The Shadows », est disponible chez No Remorse Records.

Photos : Nicolas Bremm (1) et Leandro Cherutti (2).

Retrouvez aussi les chroniques du « Live At Roxy » et de « Dark Parade » :

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Hard Rock International

Hardbone : electrifying [Interview]

Sorti il y a quelques semaines, ce sixième album vient clarifier les choses et surtout confirmer que la formation de Hambourg n’est pas prête de se plier aux diktats des modes et des courants musicaux, qui semblent désormais évoluer au gré de l’humeur des réseaux et des plateformes. HARDBONE respire et vit pour le Rock’n’Roll et son indémodable Hard Rock rassure quant à la très bonne santé du genre. Il faut dire aussi que le style initié par quelques Australiens entrés dans la légende a longtemps été leur chasse gardée. Mais il en fallait beaucoup plus pour décourager des Allemands inspirés et remontés, mais aussi joyeux et littéralement électrisés. Et cela fait 20 ans que ça dure ! Avec « Hardbeat », le quintet va puiser au cœur de son jeu en y insufflant modernité, explosivité et savoir-faire. La rythmique bastonne, les riffs tranchent, les solos s’enflamment et Tim Dammann mène sa troupe avec enthousiasme et une énergie toujours très positive. Le frontman revient sur la démarche de son groupe, ses envies et surtout la musique qu’il incarne… sans détour.

– En 20 ans d’existence, le sentiment que donne ce sixième album est que HARDBONE est parvenu à parfaitement concentrer la quintessence-même de son jeu sur « Hardbeat ». Est-ce que c’est pour cette raison, notamment, qu’il vous a fallu six ans après la sortie de « No Fills » ?

Tout d’abord, merci de l’avoir formulé ainsi. La raison principale de ces six années est bien sûr le Covid. Nous avions de nombreux projets après la sortie de « No Frills » en 2020, mais pratiquement aucun ne s’est concrétisé. Nous avons donc dû reconstruire notre projet pendant les premières années suivant la pandémie. Nous avons ensuite tourné avec « No Frills » jusqu’en 2024, date à laquelle nous avons décidé qu’il était temps d’en faire un autre.

– Ce qui est aussi remarquable, c’est que vous n’avez jamais dévié de votre trajectoire. Mieux, vous avez affirmé votre style, qui est d’ailleurs désormais très identifiable. Y a-t-il eu des moments de doute quand même, compte tenu notamment de l’émergence de nombreux styles ?

Non, jamais. Ce genre de musique existe au moins depuis les années 70, même s’il est né dans les années 50. Pourquoi en douter ? Nous n’avons jamais voulu changer le style du groupe. Nous aimons toujours explorer de nouveaux horizons, certes. Mais nous restons fidèles à notre style, car c’est ce que nous aimons et ce que nous faisons de mieux ! (Sourires)

– Une dernière question avant de parler de « Hardbeat ». Il fut un temps pas si lointain où l’on qualifiait les groupes comme HARDBONE, et même Airbourne, comme du sous-AC/DC. Il semblerait que ce soit enfin terminé et que tout le monde a compris que le Rock’n’Roll, façon Hard Rock, n’était pas l’exclusivité des Australiens. Est-ce quelque chose que vous avez aussi ressenti  ces dernières années ?

Constamment. On a essuyé tellement de critiques du genre ‘on plagie nos groupes’, etc… Mais bon, c’est le moyen le plus simple de décrire notre son aux nouveaux auditeurs : ‘ça sonne un peu comme AC/DC’. Et oui, Airbourne, en particulier, a ouvert la voie à des groupes qui jouent une musique similaire. Ils ont fait découvrir le Rock’n’Roll Old School à tout un tas de nouveaux auditeurs qui ont ensuite découvert tous les autres groupes, et même nous ! (Rires)

– On l’a dit, je trouve que « Hardbeat » représente un sommet dans votre discographie. Quelle était l’ambition de départ ? D’être le plus efficace possible ? De trancher dans le vif ?

Notre ambition était de créer le meilleur album possible. De prendre un maximum de plaisir à écrire, enregistrer et jouer ces nouveaux morceaux. Surtout après l’arrivée de Luca (Rosnau, guitare – NDR) dans le groupe, nous savions que nous voulions insuffler cette nouvelle énergie, son regard neuf et sa folie douce dans nos nouvelles chansons. Après six ans à jouer quasiment les mêmes morceaux, nous étions impatients d’avoir de nouveaux titres pour nos concerts. Et pour l’instant, on trouve que ça a plutôt bien fonctionné ! (Sourires)

– Il y a également une sensation qui revient à chaque album, c’est cet esprit live, immédiat et avec des chansons véritablement taillées pour la scène. Est-ce le ressenti du public en concert et sa réaction qui vous importent le plus, plutôt que de chercher la complexité dans la structure de vos morceaux, par exemple ?

Oui, je crois que le plus important pour nous, c’est de jouer en live. Voir le public devant la scène s’éclater, parfois devoir convaincre un nouveau public, rencontrer les gens après les concerts… Tout ça, c’est ce qui nous motive. On adore le contact avec les gens, découvrir de nouveaux endroits, de nouvelles villes et rencontrer de nouvelles personnes. Quand on écrit nos chansons, on veut qu’elles nous fassent du bien, à nous et à nos fans, qu’elles nous donnent confiance. Pas besoin de chansons compliquées. Du moment qu’elles sont bonnes et entraînantes, pas besoin de se compliquer la vie. Vous voulez du Rock’n’Roll ? Alors, vous allez en avoir ! (Rires)

– La thématique de vos chansons sur « Hardbeat » tourne essentiellement autour du Rock’n’Roll, de son style de vie, comme de son état d’esprit. Y voyez-vous un sujet intarissable, ou plutôt une façon de ne pas succomber à la morosité d’une société et d’un monde devenus très instables et anxiogènes ?

(Rires) Oui, depuis 60 ans, c’est plus ou moins une source inépuisable ! Mais il y a toujours moyen de la moderniser, de l’adapter à l’air du temps. Bien sûr, on a toujours des chansons qui parlent de faire la fête entre potes, d’être un vrai rockeur coûte que coûte, ou de l’admiration pour une belle femme, etc. MAIS il y a aussi des chansons qui parlent de ne pas se décevoir soi-même, ni les autres, de rester unis et de lutter contre les méchants, etc… Il n’y a rien de mal à encourager les gens tout en restant Rock’n’Roll ! (Sourires)

– Si « Hardbeat » présente une unité musicale solide, en y regardant de plus près, les ambiances comme les tempos sont très variés. Avez-vous une manière précise d’établir vos tracklists, ou est-ce surtout une question de feeling ?

Je pense que c’est plutôt la deuxième option. En général, les chansons commencent par un riff ou l’idée d’un refrain accrocheur. On travaille dessus et si ça donne une bonne chanson, on la garde et on la développe. Sinon, elle retourne aux archives. On veut que nos disques soient remplis de bonnes chansons, peu importe le tempo, le thème ou le style.

– Enfin, quel regard portez-vous sur la scène actuelle Hard Rock et plus largement Metal ? Le fait que HARDBONE évolue dans un style si intemporel vous laisse encore de belles années, non ? Loin des courants et des modes…

(Rires) Espérons-le, mon pote ! En tout cas, le Hard Rock et le Metal semblent se porter à merveille en ce moment. Tous les grands groupes comme AC/DC, Metallica, Judas Priest, etc… jouent sans arrêt et rappellent à tout le monde que la musique artisanale, c’est du lourd ! (Sourires) Pour l’avenir, on verra bien. Partir en tournée devient de plus en plus compliqué, les prix de presque tout s’envolent, y compris celui des billets. Même les petits concerts deviennent inabordables pour les fans et les groupes. Mais j’espère que les fans de Rock et de Metal continueront d’aller aux concerts et de soutenir les groupes, car ce genre de musique a besoin de l’énergie et de l’ambiance des concerts. Et je suis presque sûr que ça ne changera pas de sitôt ! (Sourires)

Le nouvel album de HARDBONE, « Hardbeat », est disponible chez Massacre Records.

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Americana Blues Rock Country-Rock Southern Blues

Susan Santos : el fuego del desierto

Toujours aussi bouillonnante, la blueswoman joue à nouveau avec les atmosphères en préservant une belle unité sur ce « Camino Diablo », tout en nuances. Très électrique, sans dédaigner l’acoustique, passant d’un Blues Rock musclé à une Country-Rock relevée, SUSAN SANTOS garde aussi des éclats Southern vissé à un style insaisissable et toujours plein de ressources. Et si un voile hispanique demeure, c’est pour mieux nourrir une inspiration déjà fertile. Plus orientée Americana, cette nouvelle réalisation de la compositrice propose un voyage plein de rebondissements. 

SUSAN SANTOS

« Camino Diablo »

(Rattlesnake Records)

Entre deux tournées, la Madrilène a pris le temps d’enregistrer son septième album, deux ans après le très bon « Sonora ». Entourée de musiciens qu’elle connaît bien, à savoir le bassiste José Vera, Mario Carrión à la batterie et Paco Arroya, lui-même accompagné par SUSAN SANTOS, aux percussions. Enregistré, mixé et masterisé aux Black Betty Studios dansla capitale ibérique, c’est José Nortes et la musicienne qui ont produit « Camino Diablo ». Et même s’il sonne différemment que son prédécesseur, le thème du désert façon road-trip n’a pas changé.

Ces nouveaux morceaux s’inspirent de la célèbre ‘El Camino Del Diablo’ (la route du diable) reliant les terres arides d’Arizona au Mexique en passant par la Californie. C’est en quelque sorte la bande originale de ce périple qu’a mis en musique la chanteuse et guitariste. Peut-être moins Rock que « Sonora », « Camino Diablo » montre un visage plus Americana et dans un Blues assez classique. Toujours aussi intuitive, SUSAN SANTOS aime à ne pas se répéter et c’est encore lecas ici, même si son identité artistique et son toucher restent, quant à eux, toujours aussi évidents.

La gauchère prend un virage Country-Rock sur plusieurs chansons, même si quelques élans Boogie Rock très texans, tout comme des saveurs propres au Hill Country Blues, sont aussi présentes. En songwriter accomplie, elle déploie sa créative polyvalence. Dès l’entame avec « Camino » jusqu’au final avec « El Diablo Is Goin’ On », SUSAN SANTOS impose sa patte sur un opus dynamique et complet, grâce à un jeu toujours aussi fluide et virtuose (« Down On The Bayou » et son ambiance vaudou, « Faith », « Bad Little Susie », « The Bluesome Stranger’s Waltz »). Intense !

Retrouvez SUSAN SANTOS en interview à l’occasion de la sortie de « Sonora » :

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Desert Rock International Stoner Rock

Steak : sonic perspectives [Interview]

Quatrième album pour les Londoniens qui reviennent dans une configuration en quintet, ce qui leur apporte encore plus de volume et de relief. En un peu plus de quinze ans, ils ont su s’imposer au point qu’on a l’impression qu’ils ont toujours fait partie du paysage Stoner/Desert européen. Et cette forte présence s’explique par un son immédiatement reconnaissable, un jeu massif et mélodique et des albums qui vont à chaque fois creuser un peu plus profond. STEAK n’est pas l’un des fers de lance de la scène britannique par hasard et l’arrêt d’une des locomotives du genre, également londonienne, ne laissera pas un grand vide. Sobrement, et sombrement, éponyme, ce nouvel opus garde cette identité très Desert Rock dans ses fondations, tout en faisant grandir et évoluer son Stoner : la marque des grands. « Steak » est aussi surprenant qu’addictif, porté par un chant captivant, des guitares enivrantes et tranchantes et un duo rythmique d’un groove majestueux. Les Anglais frappent très fort, vont aussi régaler leurs fans et s’imposent ici avec une incontestable évidence. Entretien avec un groupe en perpétuel mouvement et qui ne renie pas la scène underground d’où il est issu.

– On vous avait quitté il y a quatre ans avec le très rouge « Acute Mania » et vous revenez avec un album à la pochette très sombre. Comme d’autres avant vous, « Steak » est-il votre ‘Black album’ ?

C’est fascinant de voir à quel point la pochette de l’album a suscité de nombreuses discussions… (Sourires) De nos jours, tout est instantané, alors c’est agréable de proposer quelque chose d’un peu mystérieux qui incite à regarder de plus près. Quiconque prend la peine d’aller au-delà des apparences est récompensé par une explosion de couleurs grâce à l’illustration intérieure réalisée par notre ami et collaborateur Schoph. C’est notre façon de dire que les meilleures choses sont celles qu’il faut découvrir en creusant un peu. Nous espérons que c’est ainsi que la musique sera appréciée.

– Sur ce nouvel album, vous accueillez aussi le guitariste Tom Cameron et STEAK est désormais un quintet. Le groupe avait-il besoin de prendre du volume dans l’objectif peut-être aussi de vos prochaines prestations live ?

C’était une suite logique après sa contribution au morceau « System » sur « Acute Mania ». Cet album était plus complexe que nos précédents, alors quand on est partis en tournée, il a rejoint le groupe. On est amis depuis une vingtaine d’années, alors on savait donc tous à quoi s’attendre ! (Sourires)

– D’ailleurs, le groupe s’agrandit et sort aussi un album éponyme, ce qui est toujours très significatif dans une carrière. Est-ce la version 2.0 de STEAK que vous livrez ici ? Comme un nouveau chapitre dans votre parcours ?

Peut-être une remise à zéro, ou une rupture définitive. Avec le recul, on voulait peut-être simplement laisser la musique parler d’elle-même, sans être contraints par un concept ou un angle précis. Le prochain album s’appellera peut-être « Steak 2.0 » ! Ou peut-être pas… (Sourires)

– Il y a une véritable géographie sonore sur ce nouvel album avec beaucoup de relief et surtout un spectre qui n’est pas écrasé. Est-ce que, étant donné le contenu de « Steak », la production a eu une importance toute particulière cette fois ?

Pour cet album, nous ne voulions pas trop en faire côté production. Avec tous ces nouveaux projets, ce n’était pas le moment de trop expérimenter en studio. Pour la première fois, nous avons deux chanteurs, deux guitaristes et de nouvelles idées de composition. Rien que cela apportera une perspective et une profondeur inédites à la musique.

– Outre ses riffs puissants et massifs, STEAK reste un groupe finalement très accessible, avec des parties vocales très accrocheuses. Vos mélodies partent-elles des voix, ou au contraire des parties instrumentales, car les refrains sont encore très soignés ?

Il n’y a pas de formule toute faite… Parfois, on travaille un morceau pendant des mois avant même de penser à le structurer et à y ajouter le chant. Parfois, la mélodie vocale vient en premier et la musique se construit autour. Ou alors, tout se fait naturellement et la chanson s’écrit d’elle-même.

– Ce qu’il y a aussi d’assez particulier chez STEAK, c’est votre touche britannique assez spécifique dans le son que l’on n’entend peu, même chez les groupes de Stoner anglais. Comment se traduit-elle dans votre jeu, selon vous, et comment l’associez-vous à vos autres influences plutôt américaines ?

Nous étions tous de jeunes adolescents dans les années 90, et il y avait tellement de groupes de guitare Pop au Royaume-Uni à l’époque. Il est presque impossible pour nous de ne pas être influencés d’une manière ou d’une autre par le son de cette période. De même, le Grunge, le Blues et l’émergence du Desert Rock américain durant cette même période ont laissé une empreinte indélébile sur notre musique. Cependant, vous avez plus de chances d’entendre les Commodores ou du Roachford dans le bus de tournée ! (Rires)

– Par ailleurs, une chose est assez marquante, c’est la manière dont les morceaux « Cometh » et « Short Arms » encadrent l’album au début et à la fin. On croirait presque qu’ils servent d’écrin au reste du disque. Est-ce que vous les avez pensé dans cette optique ?

Elles n’ont pas été écrites intentionnellement comme des morceaux de transition, mais « Cometh » semblait être un excellent moyen de présenter toutes les nouveautés du groupe et « Short Arms » ne ressemble à rien de ce que nous avons fait auparavant. Peut-être un avant-goût de ce qui nous attend ? Et cela nous semblait aussi une bonne façon de conclure l’album.

– En près de 15 ans d’existence, STEAK s’est toujours distingué par un son très live dans l’approche et ce nouvel album s’inscrit encore dans cette veine. La scène vous sert-elle aussi de champ d’expérimentation pour vos futures compositions ?

Parfois, c’est certain. Par exemple, « Dust », sur notre nouvel album, est né d’un riff improvisé pendant les balances. « Two By Two », on l’a joué en live pendant deux ans avant d’entrer en studio. Mais parfois, on attend d’être sûrs qu’un morceau soit abouti avant de se lancer à corps perdu. Par ailleurs, on a joué « Infinite » au Roundhouse à Londres, un morceau inédit, lors d’un de nos plus grands concerts à ce jour. Je crois qu’on aime bien se tester sans même y penser sur le moment… (Sourires)

– Enfin, vous qui venez de la scène stoner underground londonienne et qui aimez à le rappeler, vous considérez-vous encore en faire partie ? Ou certaines étapes clés ont-elles été franchies en ce qui concerne STEAK dans son statut notamment ?

Notre récente soirée de lancement de l’album dans le quartier de Camden à Londres pour ‘Desertscene’ était une véritable fête, non seulement pour nous, mais aussi pour toute la scène. Et ce fut aussi une façon de remercier tous ceux qui nous ont accompagnés dans cette aventure depuis toutes ces années. Nous sommes conscients de notre chance et nous sommes très exigeants envers nous-mêmes. Nous n’avons donc jamais la prétention d’être trop ambitieux. Nous sommes juste des potes qui font de la musique, et c’est la scène qui nous offre ce tremplin pour la partager avec le public.

Le nouvel album éponyme de STEAK est disponible chez Stickman Records et Ripple Music.

Photos : Sylvain Golvet (1) et Sam Huddleston (2).

Retrouvez aussi la chronique de « Acute Mania » :

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Blues Rock Heavy Blues

Eric Johanson : un savoureux bourbier

Compositeur affûté, redoutable joueur de slide et chanteur assuré, ERIC JOHANSON a accompagné de grands noms du Blues avant de prendre son envol en solo, il y a une dizaine d’années. Homme de scène s’il en est (il compte déjà deux albums live à son actif), il revient aujourd’hui avec un cinquième opus sur lequel il est pleinement aux commandes. Avec « The Open Bayou », il rend hommage à ses racines dans un Blues Rock marécageux à souhait, où son sens du riff et la sensibilité de ses solos prennent vraiment de la hauteur. Un sans-faute !

ERIC JOHANSON

« The Open Bayou »

(Levee Ward Records)

Le musicien de la Nouvelle Orléans a décidé de voler de ses propres ailes et a quitté son label Ruf Records pour créer le sien. C’est donc sous la bannière de Levee Ward Records qu’ERIC JOHANSON sort son cinquième album studio. « The Open Bayou » donne même l’impression qu’il s’exprime en toute liberté, comme lesté d’un poids. Pourtant, ses dernières réalisations étaient loin de manquer de fraîcheur ou d’audace. Mais celui -ci dégage une saveur particulière et son titre en dit d’ailleurs déjà beaucoup sur son état d’esprit et ses intentions.

Produit par ses soins en collaboration avec Bill Skibbe, connu pour son travail avec Jack White notamment, « The Open Bayou » est probablement le disque qui lui ressemble le plus, tant il met en lumière l’atmosphère de sa Louisiane. Accompagné par son groupe de scène, à savoir Will Repholz à la basse et Jake Gartenstein à la batterie, ERIC JOHANSON est en territoire connu et son Blues Rock prend un relief incroyable. Puissant et électrisant, il est gorgé d’un fuzz chaleureux qui flirte avec le Stoner et le Heavy Blues. Et l’exploration va bien plus loin encore.

Toujours aussi virtuose, le guitariste semble faire une sorte d’inventaire de ses influences les plus profondes. Bien sûr, les bases de « The Open Bayou » repose sur un Blues Rock traditionnel, mais il est teinté de bien d’autres couleurs. Très Country sur « Alligator Smile », langoureux sur « Still I Move » ou plus sombre sur « What Makes You Real », ERIC JOHANSON est à son aise, convaincant dans tous les registres et il atteint des sommets de spontanéité et d’excellence (« Till the Sun Swallows The Earth », « The Open Bayou », « Lay Your Trouble », « Castaway »). Somptueux !

Retrouvez l’interview d’ERIC JOHANSON l’an dernier à l’occasion de la sortie de « Live In Mississippi »…

… Et la chronique de son album « The Deep And The Dirty », ainsi que celle de Blues Caravan 2024 à laquelle il participe :

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Heavy Stoner Prog

Stoned Jesus : en orbite

L’entreprise dans laquelle s’est lancée la formation ukrainienne ne manque pas de piquant. C’est toujours un moment à part dans une carrière et bien souvent une sorte d’accomplissement pour les artistes. Et cette épopée progressive repose autant sur un fuzz tranchant que sur des notes plus aérées. Les atmosphères se bousculent, mais le concept conserve un fil rouge clair sur ce « Songs To Moon », traversé de post-Metal et Heavy Stoner Prog. Ce deuxième volume donne un bel éclairage sur la suite à venir…

STONED JESUS

« Songs To Moon »

(Season Of Mist)

L’an dernier, le trio s’était engagé dans une ambitieuse trilogie avec « Songs To Sun », ouvrant ainsi un chapitre majeur de sa discographie. L’idée est en effet de dévoiler ses multiples facettes musicales. Essentiellement composé par le multi-instrumentiste et chanteur Igor Sydorenko, « Songs To Moon » continue l’introspection de STONED JESUS dans l’univers progressif. Librement inspiré par Opeth, Alice In Chains et Mastodon, ce deuxième volet s’en détache facilement pour mettre en lumière une identité artistique développée depuis 2009.

En attendant « Songs To Earth », probablement l’an prochain si le rythme est respecté, « Songs To Moon » se distingue par un aspect plus expérimental et plus sombre également. Ces nouveaux morceaux se focalisent sur le côté émotionnel du registre de STONED JESUS. Les passages plus délicats et parfois acoustiques sont plus nombreux, même si l’empreinte Heavy Rock n’est jamais bien loin. Elle résonne d’ailleurs dès le titre d’ouverture, « Under The Skin », dont la puissance, y compris vocale, explose littéralement à travers des nuances bien senties.

Sur une production jumelle à son prédécesseur, « Songs To Moon » s’inscrit dans une même continuité artistique. Si le curseur a bougé, le propos semble plus mélancolique, à l’instar d’ailleurs de sa ténébreuse pochette. Comme pour marquer cette trilogie, STONED JESUS s’offre aussi une sorte de point cardinal entre les deux premiers volets avec « Syzgy », son premier morceau instrumental, qui se situe d’ailleurs précisément et musicalement au milieu des trois réalisations. Mieux, il emprunte une mélodie de chaque disque pour n’en faire qu’une. Une suite captivante.

Photo : Babbibrun

Retrouvez l’interview du groupe à l’occasion de la sortie du premier volet, « Songs To Sun » :

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Djent Metal Progressif Modern Metal

Sangham : sans compromis

Déjà vaste, l’univers de SANGHAM prend encore un peu plus de volume et de densité sur cette deuxième réalisation. Direct et intense, « The Radiant Crown » reprend les thématiques d’« Intangible », sorti en 2021, avec une force décuplée et une intention clairement explicite. Les Français soufflent toujours le chaud et le froid dans un engagement de chaque instant. Véloce et musclé, leur Modern Prog Metal a changé de dimension, se montre plus assuré et ces huit nouveaux morceaux témoignent d’une envie et d’une maîtrise totales, qui font de ses nombreuses nuances une signature distincte.   

SANGHAM

« The Radiant Crown »

(Independant)

Il y a cinq ans, les Marseillais faisaient leurs premières armes avec « Intangible », un premier effort solide et déjà personnel. Entre-temps, la scène aidant, SANGHAM semble s’être remis en question, ou du moins a affiné la vision de sa propre musique. D’un Metal Progressif déjà très actuel dans l’approche, c’est aujourd’hui un registre nettement plus hybride qui est à l’œuvre sur « The Radiant Crown ». Ce qui n’était que fulgurances, à savoir le côté Djent et un léger penchant pour le Death, font désormais partie intégrante de la patte du combo. Ainsi, de nouvelles voies se dessinent dans lesquelles le quatuor s’engouffre habillement et sans retenue.

Sans parler de métamorphose, l’une des raisons de ce léger changement de cap vient peut-être du nouveau line-up de SANGHAM. Toujours mené par son duo fondateur, Christelle Meunier (chant) et Cyril Lhuillier (guitare), tous deux compositeurs, Paul Gavoille (basse) et Antoine Balzé (batterie) les ont rejoint et cette nouvelle rythmique a du feu dans les mains. Très polymorphes, les tempos sont d’une agilité et d’une puissance remarquables, de quoi laisser exploser ces nouvelles compositions avec fluidité. Côté chant, l’équilibre se fait toujours entre voix claires et growls, ces derniers ternissant cependant, un peu par facilité, l’identité originale du combo.

On l’aura compris, les dualités et les contrastes restent la base du jeu des Phocéens, qui s’appuient une fois encore sur une production solide et soignée. Engagé, SANGHAM mène toujours vigoureusement ses combats contre la maltraitance animale, la surconsommation et la domination patriarcale. Il en est d’ailleurs question sur « Reclaim », où pas moins de dix musiciennes françaises se relaient dans un collectif militant déterminé. Multipliant les ambiances, « The Radiant Crown » est brutal et aérien, et toujours mélodique et captivant (« The Insatiable Ogre », « La Tour Dorée » chanté en français, « Our Vain Pleasure », « Listen »). Limpide et sans compromis.

Photo : Elise Meunier

Retrouvez l’interview du groupe à l’occasion de la sortie de son premier album « Intangible » :

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International Occult Rock Stoner Doom

Terra Black : mystic vibes [Interview]

Dans une ambiance presque cosmique et pleine de mysticisme, le quatuor invoque la puissance du Doom pour guider son Stoner. Entre Occult Rock et déflagrations Metal, TERRA BLACK sort son deuxième album avec beaucoup de certitudes et un jeu qui a gagné autant en maturité qu’en maîtrise. « Mirage » fait suite à « All Descent » sorti il y a trois ans et qui avait tapé dans l’œil du label Bonebag Records. A forte dominante féminine, l’approche des Suédoises et de leur guitariste-chanteur offre beaucoup de nuances à des compositions, qui évitent les clichés en privilégiant un aspect plus aérien qu’écrasant. Enregistré en conditions live, ce nouvel opus est aussi fin que massif et sa production très organique renvoie à des atmosphères presque charnelles. Sombre et dense, l’univers des Scandinaves est à la fois profond et incantatoire, et son identité musicale est désormais claire. Ezgi, chanteuse principale de la formation, revient sur l’évolution de TERRA BLACK, la sortie il y a quelques semaines de « Mirage » et les caractéristiques du Stoner Doom à l’œuvre sur ce nouvel effort.

– Vous avez fondé TERRA BLACK en 2020 et vous avez enchaîné rapidement avec les EP « Triple Goddness » (2021) et « Capra » (2022). A l’écoute de ces quatre morceaux, on a le sentiment que vous vous cherchiez encore musicalement. Cette période a-t-elle été un terrain d’apprentissage et d’expérience pour définir votre son ?

Oui, absolument. Elle était bien sûr davantage une phase d’expérimentation qu’une période où nous avions un son clairement défini dès le départ. Nous apprenions à nous connaître en tant que groupe, mais aussi musicalement, à travers ce que nous aimions, ce que nous voulions faire et la direction que nous souhaitions donner à notre musique. L’idée principale de TERRA BLACK n’a cependant jamais vraiment changé. Dès le début, nous étions attirés par le mysticisme et cela a toujours été un élément important de notre démarche créative. Mais musicalement, il nous a fallu du temps pour trouver notre propre façon de l’exprimer. Je pense que nous l’avons trouvée en expérimentant, en jouant ensemble et, tout simplement, en faisant de la musique.

– D’ailleurs, avec la sortie d’« All Descent » sorti en 2023 et que vous aviez autoproduit, TERRA BLACK est apparu avec un tout autre visage. Y a-t-il eu un déclic, car votre style s’est vraiment affirmé et affiné au point que l’on croirait à la véritable naissance du groupe ?

En réalité, je pense que le tournant pour nous s’est produit un peu avant « All Descent ». Quand Isak a rejoint le groupe et que nous avons commencé à composer ensemble, nous avions déjà amorcé progressivement l’élaboration de notre propre son et la définition de nos aspirations musicales. Donc oui, je dirais qu’« All Descent » est vraiment le fruit de ce processus. C’est à ce moment-là que tout ce que nous avions développé a commencé à se concrétiser et que le son de TERRA BLACK s’est affirmé.

– Justement depuis l’arrivée d’Isak en 2021, TERRA BLACK a conservé le même line-up avec une dominante féminine assez peu courante. Est-ce, selon vous, cette particularité qui offre la finesse et l’aspect plus délicat de votre Stoner Doom ?

Je pense qu’il est difficile de répondre à cette question d’un seul point de vue. Mais je ne crois pas que la présence de femmes dans le groupe rend forcément notre musique plus délicate, car nous écoutons tous des styles très différents. Je pense que ce qui nous unit, c’est notre goût pour les ambiances mélancoliques et c’est probablement de là que vient cette facette de notre son. Mais s’il y a bien une chose que l’on peut retenir du fait d’être un groupe majoritairement féminin, c’est notre ponctualité et notre discipline ! (Rires)

– D’ailleurs, au niveau du chant, l’évolution a été éclatante avec « All Descent ». TERRA BLACK se distingue par un Doom plus enveloppant qu’écrasant, avec même parfois des chuchotements. L’idée est-elle aussi de pouvoir apporter plus de nuances grâce à ces nuances vocales ?

Oui, il y a eu une nette évolution au niveau du chant avec « All Descent », surtout parce qu’avant, j’étais la seule à chanter. Partager le chant avec Isak a vraiment donné une nouvelle dimension au groupe, et je pense que ça a très bien fonctionné. Mais ce n’était pas vraiment une décision consciente d’avoir deux chanteurs juste pour ajouter des nuances. C’est venu assez naturellement pendant la composition. On essayait des choses comme : ‘tiens, tu chantes cette partie et je prends celle-ci’, ou ‘peut-être que cette partie fonctionnerait mieux avec ce type de chant’. Ce sont donc vraiment ces petites décisions prises pendant l’écriture, qui ont façonné notre style vocal au final.

– Parlons de « Mirage », qui sort chez Bonebag Records. Tout d’abord, est-ce que la signature sur un label est une étape importante pour vous, et peut-être aussi une certaine confirmation de l’originalité et du talent d’écriture de TERRA BLACK ?

Je pense que signer avec un label est une étape importante, mais je ne le vois pas forcément comme une confirmation de notre originalité ou de nos talents d’auteurs-compositeurs. Ce sont des choses qui se construisent avec le temps, et on ne peut pas les confirmer et les établir simplement en signant avec une maison de disques.

Pour nous, l’aspect passionnant de travailler avec un label, c’est que cela offre à notre musique davantage de canaux et d’opportunités de toucher un public plus large. C’est ce qui représente un véritable pas en avant pour nous. C’est aussi un atout d’avoir quelqu’un comme Max Malmer (le patron du label – NDR), qui est très au fait de la scène musicale avec qui échanger des idées. Même si nous avons une grande liberté créative, un regard extérieur peut parfois s’avérer très utile.

– Ce nouvel album a été enregistré en conditions live, afin de capturer les vibrations de votre jeu et l’authenticité de l’endroit où vous étiez avec sa réverbération naturelle. Etait-ce la meilleure façon, selon vous, pour retrouver l’intensité et le côté organique de la scène et mieux les restituer ?

Oui, sans aucun doute. Ce type de musique, selon nous, se prête particulièrement bien à l’enregistrement en direct, avec tout ce que cela implique : la repisse des micros, l’ambiance de la salle et un groove plus organique. C’est aussi beaucoup plus efficace, pour être honnête, puisque la plupart des instruments peuvent être enregistrés en une seule prise. Nous insistons rarement sur les détails ou les performances individuelles dans nos morceaux, mais plutôt sur l’atmosphère générale. De ce fait, ces petites imperfections n’ont pas vraiment d’importance, et contribuent même parfois à l’authenticité du morceau.

– J’aimerais que l’on parle du morceau « Thorn », qui se distingue du reste de l’album, car il est entièrement parlé et par une voix d’homme. Que représente-t-il dans la construction de « Mirage » et quelle signification a-t-il pour vous ? D’ailleurs, l’avez-vous imaginé en version instrumentale au départ, car il s’y prête bien ?

« Thorn » est assurément un peu à part, mais pour nous, elle joue un rôle bien précis dans l’album. Elle est née tout naturellement d’une mélancolie profonde dans laquelle nous étions plongés, et les paroles nous sont venues lors d’une nuit au bord d’un lac perdu dans la campagne suédoise. Le premier riff a été entièrement improvisé en studio, un soir arrosé (en grande quantité) de vin de cerises maison ! (Sourires) Isak et moi avons commencé à jouer et j’ai rapidement enregistré. L’enregistrement nous a tous profondément touchés. Nous avons senti qu’il exprimait quelque chose d’important et d’authentique. Je pense qu’il symbolise un désespoir quasi-total, une fin dystopique, un monde dénué de toute humanité.

– Enfin, votre Stoner Doom oscille entre Rock et Metal avec beaucoup de fluidité et de relief. A la fois puissant et intense, « Mirage » est plus aérien que pesant. Etait-ce votre premier objectif après trois ans de travail ?

En fait, nous n’avions pas vraiment d’objectif précis au départ. Ce sont plutôt les morceaux qui ont pris forme et qui ont façonné l’album. Puis, un peu plus tard, pendant l’enregistrement, nous avons réalisé que cette constellation de riffs sombres, denses et imprégnés de Doom avait une dimension plus ancrée et viscérale que nos précédents albums. On y retrouve cette atmosphère étrange et éthérée qui, selon nous, définit en quelque sorte notre son, mais avec une intensité presque claustrophobique.

Le nouvel album de TERRA BLACK, « Mirage », est disponible chez Bonebag Records.

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International Southern Rock

These Wicked Rivers : along the water [Interview]

Faisant suite à « Force Of Nature », un album où le style des Anglais s’était clairement dessiné, « Fire And Folklore » vient confirmer cette touche unique qui soude et propulse le groupe à un sommet artistique d’une grande force. Avec ce troisième opus, leur Southern Rock prend une nouvelle dimension et, outre la qualité des morceaux, le travail effectué sur la production est lui aussi somptueux. Les riffs sont racés et enveloppants et la voix de John Hartwell délivre des messages d’espoir avec une sensibilité quidonne un caractère touchant à l’ensemble. Sur des guitares scintillantes, une rythmique au groove chaleureux et des notes de claviers qui viennent à la fois suspendre le temps et donner du corps au mélodies, THESE WICKED RIVERS prend son envol de la plus belle des manières. Entre passages Soul, Country, Blues et Classic Rock, le Sud guide l’inspiration des Britanniques, qui s’imposent désormais comme un valeur montante du genre. Le très polyvalent Rich Wilson (claviers, guitare, harmonica et chœurs) nous en dit plus sur la démarche du quintet, son approche de la composition et ce nouvel élan sudiste à l’œuvre depuis quelques années.

– Avant de parler de ce nouvel album, j’aimerais que l’on revienne sur le nom du groupe, qui est en lien direct avec votre ville de Belper dans le Derbyshire. Quelle est l’histoire derrière THESE WICKED RIVERS ?

Le nom du groupe vient de la comparaison entre le cours d’une rivière et la vie. Autrement dit, la rivière emprunte souvent le chemin de moindre résistance au fil du temps. Des méandres et des détours inévitables jalonnent son parcours ce qui, souvent, renforce son courant. Ces bifurcations peuvent surgir de nulle part et vous prendre totalement par surprise, vous entraînant sur des chemins insoupçonnés. Finalement, tout cela fait partie intégrante du voyage de la vie, des ruisseaux paisibles à la mer déchaînée.

– Je vous avais découvert avec « Force Of Nature » il y a deux ans et la qualité de ce deuxième album m’avait vraiment marqué. Or, avec « Fire And Folklore », votre jeu et votre écriture sont encore plus marqués. Il est d’ailleurs plutôt question de puissante émotionnelle, grâce à des mélodies et des textes forts. Cet aspect a-t-il pris plus d’importance durant l’écriture ?

Pour moi, la musique est une émotion. Dans « Sing Another Song », je parle de la bande-son de votre vie, qui vous accompagne à travers tout et nous croyons profondément au pouvoir de la musique et à son lien avec les émotions. Les liens que nous tissons avec la musique deviendront une mémoire vivante si on le permet, nous reliant aux bons comme aux mauvais moments. C’est pourquoi nous avons toujours été un groupe fier de nos textes, du message véhiculé par nos chansons. Je pense aussi qu’une mélodie forte contribue grandement à transmettre ce message, elle est donc tout aussi importante pour créer ce lien. Nous privilégions un message d’espoir, de compassion et de compréhension, si possible, mais il est tout aussi important de ne pas oublier les riffs percutants et les doubles pédales. La musique est ce qui se rapproche le plus de la magie. Créer quelque chose à partir de rien et qui puisse influencer positivement la vie des gens, est une chose puissante en ces temps difficiles.

– Revenons un instant sur votre ville de Belper où vous avez enregistré « Fire And Folklore », car il se trouve que le producteur Andy Sneap en est aussi citoyen. Qu’est-ce que le fait d’avoir travailler avec lui, ainsi qu’avec Colin Richardson, a apporté à votre son et peut-être au-delà à votre manière de composer et d’arranger ces nouveaux morceaux ?

Travailler avec des musiciens comme Colin et Andy allait forcément nous pousser à nous surpasser pour cet album. Leur riche expérience combinée était palpable à tous les niveaux du studio : ils savaient quelle guitare Arran (Day – NDR) devait utiliser pour chaque solo et avec quel ampli, afin d’obtenir le son ‘Thin Lizzy ultime’. Ils étaient même capables de déceler à l’oreille la moindre imperfection de timbre sur la peau d’un tom basse frappé par Dan (Southall – NDR). Nous avons vraiment adoré notre séjour aux studios Backstage et je pense que cela s’entend sur les enregistrements.

Pour être honnête, à part « Sing Another Song », le reste de l’album était déjà bien structuré avant d’entrer en studio, mais Colin et Andy semblaient savoir comment tirer le meilleur parti de chaque élément des morceaux. Ils suggéraient des modifications simples ici et là qui renforçaient toujours l’émotion du morceau. Andy travaillait les détails de la guitare avec Arran, l’aidant à peaufiner ses parties finales, tandis que Colin était très doué pour ajouter des idées de basse et de percussions. Il ressentait vraiment les morceaux et se déchaînait dans le studio. Nous avions également Pete Newdeck, un ingénieur du son doté d’une oreille incroyable pour les harmonies, qui s’est assuré que nous restions sur la bonne voie en ce qui concerne la partie vocale.

– Ce qui est d’ailleurs étonnant, c’est le contraste entre votre musique et celle sur laquelle Andy Sneap et Colin Richardson travaillent habituellement et qui est clairement orientée Metal. Comment s’est passée cette collaboration et comment avez-vous établi les ponts entre vos deux cultures musicales  ?

On adore le Metal, c’est indéniablement une partie de notre histoire, les membres du groupe connaissant très bien le travail de Colin et Andy. Honnêtement, je pense qu’on a contacté Colin au bon moment, car il était prêt à travailler sur un album de Rock plus classique et à faire une pause avec la scène Metal. Il a aimé les démos qu’on lui a envoyées et a parlé à Andy de l’idée de collaborer avec nous.

Bien qu’ils soient tous les deux connus pour leur travail dans le Metal, ils aiment aussi le Rock, et puis, c’était une bonne excuse pour qu’ils passent quelques mois ensemble. On voulait tous capturer au maximum l’énergie d’un vrai concert, en travaillant sur le vif pour préserver un maximum de spontanéité, ce qui, je crois, était très stimulant pour tout le monde.

– D’ailleurs, il y a une autre artiste de grand talent près chez vous et sur cet album, c’est la chanteuse de Country Music, Kezia Gill, et votre rencontre sur « Sing Another Song » est lumineuse. Comment avez-vous travaillé sur cette chanson, et ce duo s’est-il imposé de lui-même ?

Nous avons assuré la première partie du groupe ‘A Thousand Horses’ de Nashville pour quelques concerts dans le sud des Etats-Unis, et Kezia était là en tant que chanteuse invitée. On a commencé à discuter avant le concert et le courant est tout de suite passé, car on a le même humour et on vient de la même région. Après le concert, je parlais avec un fan qui avait une photo d’elle et de Michael, le chanteur d’A Thousand Horses, datant d’il y a dix ans, et une autre prise ensemble le soir même. Plus tard, je lui en ai parlé et il m’a dit que ce n’étaient pas les années qui comptaient, mais les kilomètres. Ça m’a fait réfléchir à la vie d’un musicien itinérant et à la relation entre le fan, la musique et le musicien, et c’est de là qu’est née la chanson. J’en ai fait une démo pour la maison de disques, qui a beaucoup aimé et a pensé que ça pourrait être une bonne idée pour une collaboration. Dès que j’ai entendu ça, j’ai tout de suite pensé à Kezia, car je savais que le côté Country de la chanson collerait parfaitement à sa voix. Elle était aussi liée à la genèse de la chanson, puisqu’elle était là le soir où j’ai commencé à l’écrire. Nous lui avons envoyé la chanson, elle l’a adorée et a accepté de venir au studio où elle a fait un travail formidable.

– « Fire And Folklore » affiche par ailleurs une sonorité plus Southern Rock que « Force Of Nature » qui était plus Blues Rock dans le fond. Est-ce qu’après deux EPs et trois albums, THESE WICKED RIVERS a atteint son identité artistique profonde, car ce nouvel album est vraiment le plus abouti ?

L’album « Force Of Nature » ​​avait un bassiste différent et plusieurs morceaux existaient déjà depuis un certain temps. Avec ce nouvel album, nous avons enfin les cinq membres au complet, ce qui nous a permis de peaufiner notre son. Ces deux dernières années, nous avons eu l’occasion de composer ensemble et de renforcer notre cohésion. On ressent vraiment la fusion de nos influences musicales pour créer ce son unique. Ces influences nous permettent de naviguer entre les genres, car notre objectif est de proposer la meilleure version possible de chaque chanson, quel que soit le style : ballade, morceau Rock entraînant ou Southern Blues.

– Avec DeWolff, Robert Jon & The Wreck, The Commoners, The Georgia Thunderbolts et quelques autres, THESE WICKED RIVERS fait partie du renouveau de la scène Southern. Et pour une fois, la relève ne vient pas exclusivement du sud des Etats-Unis. Selon vous, la différence vient-elle du contenu des textes, ou plutôt d’une approche musicale plus moderne et directe comme la vôtre ? Car les ingrédients sont finalement restés les mêmes…

Oui, je pense qu’au final, c’est une belle histoire. Il y a sans doute aussi un côté cyclique, car je crois que les gens commencent à se lasser des pistes d’accompagnement, des samples et qu’ils aspirent à ce son et à cette ambiance classiques. La combinaison d’instruments y contribue également, avec la présence importante du piano sur l’album. On retrouve cette basse mélodique, presque comme une guitare solo par moments, et une sincérité et une vulnérabilité touchantes dans le chant. Ajoutez à cela des riffs profonds, une batterie éclectique et des harmonies vocales riches, et vous y êtes. Je ne pense pas que nos origines importent vraiment. En tant que musiciens, nous sommes tous influencés par les grands maîtres et la musique de notre enfance. Au final, nous sommes tous des nains sur les épaules de géants.

– Enfin, il y a un véritable sentiment de liberté sur cet album, ainsi qu’une empreinte britannique très présente. Est-ce finalement l’exploration de vos racines immédiates, et non celles d’autres artistes, qui alimente votre style ?

Nous avons la chance d’avoir plusieurs auteurs-compositeurs dans le groupe. Ils s’inspirent de leurs propres expériences et racontent des histoires qui leur tiennent à cœur. Les morceaux sont toujours finalisés ensemble en répétition, ce qui permet à chacun d’y intégrer son style et ses influences. Au final, nous cherchons à transmettre une vérité à travers ces histoires, une vérité à laquelle, nous l’espérons, les gens pourront s’identifier. Nous sommes tous sur le même chemin : le ‘feu et le folklore’ ne sont que des repères pour guider ceux qui en ont besoin.

Le nouvel album de THESE WICKED RIVERS, « Fire And Folklore », est disponible chez Fat Earth Records.

Photos : Blackham

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