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Motorpsycho : free psychoverse [Interview]

Erigé au rang de groupe culte par certains, voire qualifié d’intellectuel du Rock par d’autres, MOTORPSYCHO présente cependant une musique d’une fluidité qui la rend vraiment accessible. Certes, elle va se nicher dans les années 70, une période qui peut paraître lointaine pour beaucoup, mais elle prend finalement son élan depuis la source-même du Rock. Cela signifie aussi qu’elle intègre une multitude de courants allant du Progressif au Psychédélique, avec des embardées parfois Metal, Hard Rock ou Folk, notamment. Le son des Norvégiens révèle une authenticité très live, spontanée et instinctive qui est le fruit d’un travail minutieux et d’une recherche constante. A l’occasion de la sortie du nouvel album, « The Gaia II Space Corps », l’un de ses fondateurs, le chanteur et multi-instrumentiste Bent Sæther, nous éclaire sur la démarche de son atypique formation. Entretien avec un passionné qui cultive l’émerveillement.

– MOTORPSYCHO existe depuis un peu plus de 35 ans aujourd’hui, et vous avez sorti une trentaine d’albums et beaucoup d’EPs. C’est devenu assez rare de nos jours. Diriez-vous que vous êtes des boulimiques de travail ou, plus simplement, que c’est votre manière de vous exprimer et que vous avez beaucoup de choses à dire ?

Nous avons tendance à considérer le groupe comme un projet artistique continu centré sur la musique, plutôt que tout ce qui précède, si tu vois ce que je veux dire ? C’est quelque chose que nous sommes en quelque sorte ‘obligés’ de faire, je crois, et nous essayons de nous concentrer sur la musique elle-même, et pas tellement sur les facteurs extérieurs qu’elle peut engendrer comme la gloire, la fortune, etc… Puisque MOTORPSYCHO ne se limite à aucun style ou genre musical spécifique, nous nous sommes autorisés à utiliser une palette aussi large que nous le souhaitions, et avec le temps, chaque type d’expression musicale est devenu valide dans notre ‘Psychoverse’. De plus, quand on a dit quelque chose, on ne devrait pas avoir à le répéter sans cesse . Cela signifie simplement qu’on n’a pas réussi la dernière fois et c’est une façon un peu bête de faire les choses. Alors nous ne le faisons pas, mais nous laissons les muses nous guider vers d’autres musiques et d’autres ambitions. Et je pense que nous continuerons tant qu’elles viendront frapper à notre porte ! Dans cette optique, 30 albums en 35 ans, ce n’est finalement pas si énorme ! (Sourires)

– D’ailleurs, parmi cette vaste discographie, on retrouve assez peu d’albums live au regard du reste. Pourtant et paradoxalement, vous êtes un groupe qui a toujours sonné très live. Votre préférence va plus à la création qu’à la performance et au fait d’en garder une trace discographique ?

La réponse dépend du moment où la question se pose et nous essayons de mélanger les deux, c’est-à-dire la création et l’interprétation, autant que possible. Mais nous avons généralement abandonné l’idée que la version studio enregistrée soit la représentation parfaite d’une chanson, car chaque fois que nous la jouons, elle sera légèrement différente, et c’est très bien comme ça. La version enregistrée reflète simplement le son du groupe à un moment donné, avec cette formation et dans un endroit précis. Parfois, une chanson atteint son apogée en studio et devient imbattable en concert, et d’autres fois, c’est l’inverse. On ne sait jamais. Mais c’est justement ce qui est intéressant : quelle est la richesse de cette structure musicale ? Jusqu’où peut-on la pousser tout en la reconnaissant ? Et quand l’avons-nous épuisée ? L’album est une sorte de portrait idéalisé de notre musique, mais très rarement la version finale et parfaite ! (Sourires) Pour faciliter la vie des fans de concerts avides d’enregistrements live, nous avons récemment créé nos propres pages sur Internet Archive (https://archive.org/details/MotorpsychoBand), où chacun peut télécharger ses enregistrements, ou écouter ceux des autres gratuitement. Je pense qu’il y a déjà au moins 100 concerts disponibles, et ce nombre ne cesse d’augmenter ! (Large sourire)

– MOTORPSYCHO est porté depuis le début par vous deux, Hans et toi, et beaucoup de batteurs se sont succédés au fil des années. Cela dit, Tomas Järmyr a un temps été officiellement le troisième membre du groupe. Que se passe-t-il avec vos batteurs, parce qu’il faut vraiment vous suivre ?

(Rires) Parfois, les choses vont vite dans le ‘Psychoverse’. Tomas a quitté le groupe en 2022 et il n’en fait plus partie. Aujourd’hui, les deux seuls membres permanents sont Hans (Magnus Ryan, guitariste et chanteur – NDR) et moi, mais Reine Fiske (guitariste, NDR) est membre associée depuis 2013. Nous avons actuellement une organisation plus ponctuelle avec des batteurs de projets, comme Ingvald Vassboe (Kaanan) et Olaf Olsen (Big Bang, divers projets de Jazz), qui participent à différents enregistrements et concerts. Olaf joue d’ailleurs sur ‘Gaia’. Chaque batteur a un rythme et un feeling différents, et chacun de ceux avec qui nous avons joué a apporté sa touche personnelle. Travailler avec eux a toujours été intéressant, chacun à sa manière. Certains s’intégraient mieux que d’autres, mais tous ont apporté des interprétations personnelles intéressantes à notre musique, ce qui est tout ce qu’on peut demander. Et nous les remercions tous !

– L’an dernier, vous avez sorti votre album éponyme, ce qui n’est jamais anodin pour un groupe. Est-ce que vous avez considéré que « Motorpsycho » est la quintessence de votre style, même si celui-ci reste toujours aussi difficile à saisir ?

Après toute cette période de pandémie, et les deux albums plus ou moins enregistrés à la maison qui en sont sortis (« Yay! » et « Neigh!! »), ainsi que le départ de Tomas juste après le confinement et la création de notre label au même moment, l’album éponyme nous a donné l’impression de nous rassembler autour d’une bannière commune et de réaliser un album marquant, pour nous et pour nos fans. Nous avions besoin de faire quelque chose d’important et d’ambitieux, une véritable déclaration artistique, et c’est ce que nous avons finalement obtenu. D’une certaine manière, c’est un ‘album typique de MOTORPSYCHO’, diraient certains, mais… je ne sais pas ! Il y a quand même un sentiment de plénitude, le résultat est à peu près conforme à nos attentes, et c’est toujours bon signe ! (Sourires)

– On l’a dit, MOTORPSYCHO se nourrit de Rock Progressif, de Space Rock, de Rock Psychédélique, de Folk aussi et même de Metal, de Hard Rock et de quelques élans Free Jazz à l’occasion. Malgré toutes ces influences, vous parvenez à rassembler et le groupe est aujourd’hui une institution très respectée. Avec aussi une approche très cérébrale, diriez-vous que le groupe a un petit côté élitiste et réservé à un public connaisseur à l’instar d’un Frank Zappa, par exemple ?

Si c’est le cas, ce n’est pas intentionnel, je te le garantis ! Comment disaient-ils ça dans ‘Spinal Tap’ ? « Ils s’adressent à un public de niche » ou quelque chose comme ça ? L’expression de ‘Spinal Tap’ me semble plus juste qu’‘élitiste’, mais bon, c’est du pareil au même, non ? (Sourires) Nous pensons que les choses les plus intéressantes se situent entre les archétypes, et nous cherchons toujours à créer des œuvres qui ne se laissent pas facilement catégoriser. Cette approche musicale simpliste est insupportable, mais c’est aussi la plus commerciale. C’est pourquoi nous sommes passés relativement inaperçus dans certains pays, comme la France, et nous comprenons que cela puisse paraître élitiste, mais… J’imagine que notre approche a sûrement dérouté beaucoup de gens ? Je ne sais pas, mais on n’a jamais vraiment réussi à trouver un large public en France. Et si on reste assez longtemps dans l’underground, on finit par devenir soit un phénomène culte, soit un truc élitiste, qu’on le veuille ou non ! (Sourires) Alors, que faire ? Comme tu l’as sans doute compris, on n’a pas de grand plan, ni de modèle économique. On laisse parler la musique et on sait bien qu’on n’est plus les petits nouveaux, mais c’est super de susciter de l’intérêt sur un terrain qui était jusqu’ici inexploré pour nous. Alors, merci ! (Sourires)

– Revenons à « The Gaia II Space Corps », dont le titre donne déjà des indications sur l’aspect Space Rock du contenu. Derrière un côté très jam, on perçoit que les morceaux sont très écrits et minutieux. Est-ce que c’est, selon vous, la précision de l’écriture et donc du jeu, qui vous permet autant de liberté artistique ?  

Merci pour tes compliments ! Je crois que tu as mis le doigt sur quelque chose, car malgré l’énergie brute du live, un travail considérable est consacré aux arrangements et aux détails avant l’enregistrement. Ce travail permet de définir l’ensemble et facilite grandement l’enregistrement lui-même. Pour l’album « Gaia », les structures musicales et l’ambition artistique étaient si bien définies que nous savions tous, presque intuitivement, quoi jouer et comment le jouer. Il y a eu une période faste dans l’histoire du Rock autour de 1970 où tout, sauf les Beatles, était qualifié d’’underground’. Le Progressif, le Heavy Metal et bien d’autres genres sont devenus grand public bien plus tard. Dans ce bouillonnement post-LSD et hippie, une musique empreinte d’une certaine liberté et d’un mépris des conventions a émergé. Au Royaume-Uni, The Pretty Things, Soft Machine, Family, Mighty Baby… et en France, Magma, Gong et d’autres encore. Tous étaient des groupes qui créaient une musique à la croisée des genres. Une musique en pleine création. En clair, c’est l’atmosphère de ces albums que nous recherchions.

– Etonnamment, les morceaux de ce nouvel album sont assez courts, même si l’on sent que vous pourriez prolonger votre plaisir de jouer, car certains sont même shuntés. Est-ce que sur scène, on peut s’attendre à des titres qui s’étalent en longueur, d’autant que c’est quelque chose que vous semblez vraiment apprécier ?

Au fil des ans, nous avons composé quelques odyssées de plus de 20 minutes, et un nombre surprenant d’entre-elles sont en fait jouables en live. C’est pourquoi nous essayons d’en inclure une ou deux chaque soir. De plus, nous faisons pas mal d’improvisation à chaque concert, généralement au milieu d’un morceau plus court, donc… un concert de MOTORPSYCHO prend un peu de temps ! (Sourires) Sur « Gaia », la durée idéale des morceaux semblait être plutôt courte, ils sont donc tous assez concis. Avec un titre comme celui-là, on s’attend à un peu d’improvisation, je sais, mais… on se rattrapera en live ! (Sourires)

– « The Gaia II Space Corps » est très fortement porté par un Hard Psych 70’s, qui fait une sorte de jonction entre Led Zeppelin et les Doors, avec un côté direct et l’autre plus aérien. Je trouve que c’est peut-être l’album qui définit le mieux le MOTORPSYCHO de ces dernières années ? Est-ce aussi votre impression et peut-être votre objectif aussi ?

Je ne sais pas si c’est aussi bien pensé que ça ! J’aimerais bien ! (Sourires) Ecoute, on écrit des chansons tout le temps, et parfois, quand tu fouilles dans tes archives pour voir ce que tu as accumulé, tu remarques un fil conducteur entre certains morceaux. C’est ce qui s’est passé ici : ces chansons semblaient bien s’accorder et elles correspondaient aussi très bien à Reine et Olaf et à leurs styles de jeu, alors on s’est dit que ce serait sympa de faire un album dans ce registre-là. A bien des égards, je pense que l’album éponyme de l’année dernière est plus proche de ce que nous voulons faire intellectuellement en termes d’aspirations et d’ambitions compositionnelles, comme sur « Super Ego », mais « Gaia » est probablement ce qui se rapproche le plus de l’identité propre du groupe. (Sourires)

– Un mot aussi sur la production, qui est très organique avec une couleur vintage, et qui nous propulse quelques décennies en arrière. On a presque l’impression que vous donnez autant d’importance à la composition qu’à son rendu sonore. Est-ce le cas et l’enregistrement s’est-il fait en conditions live, car il est d’une incroyable spontanéité ?

La plupart des enregistrements ont été réalisés en live, mais deux ou trois ont nécessité des overdubs. Et oui, on retrouve vraiment le son d’un groupe de Rock en live ! L’idéal sonore, sans aucun doute ! (Sourires) Côté production, je dirais que les albums enregistrés par Martin Birch dans le garage de sa mère en 1969/70 nous servent de modèle : « In Rock » de Deep Purple, le premier album de Wishbone Ash, « Then Play On » de Fleetwood Mac, The Faces, Jeff Beck avec « Beck-ola », The Groundhogs… Ils ont tous ce côté brut et authentique qui est vraiment excitant. C’est aussi ce que nous recherchons : une musique non pas trop léchée, mais pleine d’énergie, de vie et d’une ambiance incroyable !

– Enfin, il y a une question que je voulais vous poser depuis longtemps. Comment élaborez-vous vos setlists pour la scène ? Vous les axez sur l’album qui vient de sortir, ou un mix de vos meilleurs morceaux est-il encore possible sans faire un concert de quatre heure ?

En général, on tâte le terrain pour voir si quelles vieilles chansons ont encore du potentiel, puis on sélectionne celles qui nous semblent pertinentes parmi les autres époques du groupe et on les ajoute à ce qu’on peut jouer du nouvel album. Du coup, on se retrouve avec un répertoire d’environ 50 à 80 chansons parmi lesquelles choisir. Chaque soir, on se réunit et on essaie de créer une progression dramatique, qui maintiendra l’intérêt et l’énergie du public pendant deux à trois heures. Chaque soir, on propose une nouvelle combinaison de chansons, en reprenant celles qu’on a moins bien jouées la veille et en ajoutant d’autres pour remplacer celles qu’on a vraiment bien jouées. C’est un peu aléatoire : parfois on a beaucoup de chance, d’autres fois c’est un peu le bazar ! (Sourires) Mais l’important c’est de se renouveler constamment et de ne pas chercher le spectacle ou l’enchaînement parfait : on cherche à atteindre le nirvana musical à partir de rien. Et chaque soirée, c’est différent. Psychologiquement, c’est vraiment libérateur, et ça rend les choses beaucoup plus amusantes pour tout le monde ! (Sourires)

Le nouvel album de MOTORPSYCHO, « The Gaia ll Space Corps », est disponible sur le label du groupe Nordenfjeldske Grammofonselskab.   

Photos : Espen Haslene

Retrouvez aussi quelques chroniques du groupe :

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Muddy What? : en quête d’émotion [Interview]

L’aventure d’Ina et Fabian Spang a débuté très tôt, et pour cause, c’est ensemble à la maison qu’ils ont commencé à s’accorder et à imaginer un Blues qui irait au-delà d’une certaine tradition, toujours respectée, mais jamais immobile. De cette complicité est né MUDDY WHAT?, une formation qui s’articule en trio essentiellement, et qui prend surtout vie sur scène. Car entre deux albums, « Neon Soul » étant le cinquième, c’est sur la route que prend forme et se transmet la musique des Allemands. Une spontanéité qu’on retrouve d’ailleurs sur disque. Avec beaucoup d’audace et de naturel, entre riffs affûtés très Rock et accords plus délicats de mandoline, leur nouvel opus dévoile une liberté et une envie intarissable d’exprimer un Blues sincère et tout en émotion. Entretien avec un fratrie complice et très inspirée.

– Alors que vous sortez votre cinquième album studio, j’aimerais qu’on fasse un peu les présentations. MUDDY WHAT? est un groupe originaire de Munich et l’une de vos particularités est qu’il est guidé par votre fratrie, Ina et Fabian, qui êtes tous deux guitaristes et dont le frère tient le micro. Tout d’abord, j’imagine que votre entente musicale ne date pas d’hier. Quand avez-vous commencé à jouer ensemble et était-ce déjà du Blues ?

Ina : Notre lien remonte vraiment à très loin. Fabian et moi avons commencé la guitare vers l’âge de six ou sept ans. Ayant grandi sous le même toit, les répétitions n’étaient jamais planifiées, la musique faisait tout simplement partie de notre quotidien.

Fabian : Le Blues n’était pas un choix délibéré, il était déjà là. Notre père possède une vaste collection de vinyles de Blues, et ce son nous a paru familier dès le départ. Lorsque nous avons commencé à jouer ensemble, nous nous sommes naturellement tournés vers ce style. Avec le temps, bien sûr, notre univers musical s’est élargi. Mais la spontanéité émotionnelle du Blues est restée au cœur de notre musique. C’est toujours comme un retour aux sources.

– Vous aviez été demi-finalistes du fameux International Blues Challenge de Memphis et votre premier album s’intitulait justement « Gone To Mississippi ». Etait-ce prémonitoire, ou plutôt un carnet de souvenirs ?

Fabian : « Gone To Mississippi » a été enregistré quelques années avant notre première participation à l’International Blues Challenge, ce n’était donc certainement pas une prémonition calculée. Enfants, nous avons eu la chance de voyager aux Etats-Unis, et le Sud américain nous avait déjà marqués. Il y a quelque chose de spécial dans cette atmosphère, ces profondes racines musicales qui semblent omniprésentes. Le titre de l’album était plutôt un hommage à ce sentiment. Le Mississippi symbolisait quelque chose de mythique pour nous, et il le symbolise encore.

Ina : Jouer ce morceau en live sur Beale Street à Memphis des années plus tard était donc un moment très spécial. C’était comme boucler la boucle, ou plutôt l’ouvrir. Donc, ce n’était donc pas une prédiction réalisée, mais la belle suite d’une histoire commencée bien plus tôt.

– Pour rester un moment sur votre parcours, vous avez créé votre propre label et, forcément, quand on s’appelle MUDDY WHAT?, il lui fallait un nom à la hauteur et vous avez opté pour Howlin’ Who Records. D’une part, on sent que l’humour fait partie intégrante du groupe et d’autre part, vous a-t-il paru essentiel dès le départ de fonder votre structure pour vous produire ?

Ina : L’humour fait partie intégrante de notre identité. C’est sain de ne pas se prendre trop au sérieux… (Sourires) Mais créer notre propre label était aussi une décision mûrement réfléchie. Dès le départ, nous avons senti que la liberté artistique était essentielle.

Fabian : Avoir notre propre label, notre propre structure, nous permet d’avancer à notre rythme et de suivre notre intuition. Il s’agit moins de contrôle que de responsabilité et nous apprécions cela.

– Il y a aussi une chose que j’ai trouvé assez étonnante. Vous vous présentez comme étant un trio, alors que vous êtes bien quatre sur ce nouvel album, avec Michi Lang qui tient la basse. C’est vrai que sur scène, vous êtes souvent trois. Pourquoi ce changement de formule ? Les enregistrements et les concerts tiennent-ils une place différente à vos yeux ?

Fabian : Nous sommes essentiellement un trio, c’est l’essence même du groupe. Pour « Neon Soul », nous avons invité Manfred Mildenberger à la batterie, ce qui a permis à Michi de se concentrer pleinement sur la basse. Michi est à la fois batteur et bassiste, mais comme tu peux l’imaginer, il ne peut pas faire les deux en même temps… (Sourires) Vu notre calendrier de concerts très chargé, Michi ne peut pas être avec nous à chaque représentation. Ces dernières années, nous avons donné de nombreux concerts avec Manfred, et il est vraiment devenu un membre à part entière de la famille MUDDY WHAT?. Il apporte une fantaisie et une sensibilité musicale uniques au groupe, et enregistrer l’album à quatre nous a semblé tout à fait naturel.

Ina : Sur scène, nous adorons la spontanéité du trio. Cela crée de l’espace, de la tension et une certaine imprévisibilité. Le studio, en revanche, est comme un terrain de jeu. Il nous permet d’explorer subtilement de nouveaux sons sans perdre notre identité. Pour nous, concerts et albums sont étroitement liés, mais ils ne sont pas forcément identiques. Un album est une photographie instantanée, alors que la scène est un organisme vivant.

– A ce propos, « Neon Soul » a été mixé et enregistré par votre batteur, Manfred Mildenberger. MUDDY WHAT? semble donc à même de pouvoir tout gérer. Faire votre album en interne et sur votre propre label a toujours été votre façon de faire ? Vous n’avez jamais ressenti le besoin d’un regard neuf et extérieur ?

Fabian : Pour « Neon Soul », il était naturel de travailler dans le studio de Manfred Mildenberger à Munich. Il n’est pas ‘seulement’ batteur, il dirige aussi son propre studio. Enregistrer là-bas pour la première fois ensemble nous a immédiatement semblé un équilibre parfait entre familiarité et nouveauté. Nous avons toujours privilégié le travail indépendant, mais nous avons abordé chaque album différemment. « Gone To Mississippi », par exemple, a été enregistré aux Bavaria Musikstudios de Munich avec une équipe talentueuse de deux jeunes ingénieurs du son. « Spider Legs », quant à lui, a été entièrement produit par nous-mêmes, en trio. Cette fois-ci, enregistrer et mixer avec Manfred a apporté un regard neuf, tout en conservant la collaboration étroite et fiable qui nous est si précieuse.

Ina : Enregistrer en live, tous ensemble, avec la batterie et la basse, a donné à l’album son énergie et sa spontanéité. Et le fait que Manfred s’occupe de l’enregistrement et du mixage, avec Ludwig Maier au mastering, nous a permis d’intégrer une contribution extérieure subtile sans perdre notre indépendance. Pour nous, le travail en interne ne se résume pas au contrôle. Il s’agit de liberté, d’espace pour expérimenter et de la possibilité d’explorer de nouvelles idées dans un environnement sûr et de confiance. Il en résulte un mélange stimulant d’intimité, d’énergie et d’inspiration renouvelée.

– Musicalement MUDDY WHAT? se distingue par un Blues moderne, d’une grande sensibilité et qui semble chercher à se détacher le plus possible de ses influences, preuve d’une belle originalité. Il y a même un petit côté David Byrne chez Fabian dans la voix. C’est assez rare de voir des groupes de Blues contemporain réinventer un style aussi impressionnant par son impact. Etait-ce votre ambition première en créant le groupe de pouvoir aussi inclure toutes sortes de sonorités et d’approches émotionnelles ?

Ina : C’est une très belle observation, merci ! (Sourires)

Fabian : A nos débuts, nous étions très inspirés par le Blues traditionnel. Mais nous n’avons jamais ressenti le besoin de le reproduire à l’identique. Nous aimons insuffler de la vie et de la modernité à notre musique. Nos émotions, nos influences et nos expériences sont contemporaines. Naturellement, cela se reflète dans notre musique. On ne se dit pas : « Réinventons le blues ! ». On suit simplement notre intuition. Si cela implique des textures différentes, des dynamiques inhabituelles, ou un passage vocal un peu Art-Rock, alors cela fait partie intégrante de notre langage musical.

– Vous êtes donc deux à la guitare, et Ina joue également de la mandoline, ce qui est assez rare dans le Blues actuel, en dehors des Anglais de When Rivers Meet, où c’est d’ailleurs aussi une femme qui en joue (Grace Bond). Justement, de quelle manière cet instrument s’est-il fait une place dans vos chansons, d’autant qu’Ina y met beaucoup de virtuosité ?

Ina : J’ai commencé la mandoline vers six ou sept ans. Mon père me l’a offerte, pensant qu’elle serait parfaite pour mes petites mains. J’étais vraiment toute petite à l’époque ! (Rires) Il écoutait aussi beaucoup de Bluegrass, donc il connaissait bien l’instrument et me l’a fait découvrir très tôt. Au fil des années, j’ai grandi avec la mandoline et elle me semble tout à fait naturelle. Comme une extension de moi-même. Je ne me soucie pas de ce qui a déjà été fait ou des ‘règles’ qui pourraient exister. Si j’ai envie de jouer du Blues funky, je réfléchis à la façon dont ça pourrait sonner bien à la mandoline. Si j’ai envie de jouer des ballades émouvantes, j’explore des harmonies qui me semblent justes. L’important est de suivre la musique et le feeling. J’ai aussi pris des cours de musique classique enfant et j’ai appris des chansons de Bluegrass. Mais j’ai finalement décidé de m’affranchir de toutes les conventions. Cette liberté de simplement jouer et d’expérimenter est incroyable. Ma mandoline et moi, on est de vraies complices. C’est un instrument qui invite à la fantaisie, à la créativité et à l’expression dans chaque note.

– A l’écoute de « Neon Soul », on sent une audace nouvelle et plus prégnante peut-être que sur vos albums précédents. Est-ce que vous pensez que MUDDY WHAT? est aujourd’hui à un stade de sa carrière, où vous pouvez vous autoriser beaucoup plus de choses ?

Fabian : Après des années de tournées, d’enregistrements et d’évolution commune, nous avons indéniablement développé une grande confiance en nous-mêmes, l’un envers l’autre et en notre intuition. Nous n’éprouvons plus le besoin de faire nos preuves, et c’est incroyablement libérateur. Cela nous permet de suivre notre musique où qu’elle nous mène. Ce n’est pas que nous ayons jamais eu l’impression de devoir nous retenir, mais aujourd’hui, nous nous sentons encore plus libres d’explorer, d’expérimenter et de nous épanouir. L’audace que vous entendez sur « Neon Soul » est donc sans doute un mélange d’expérience, de confiance et, surtout, de plaisir.

– On l’a dit, votre Blues Rock sait se faire aussi délicat que costaud, et il y a également une atmosphère très live sur ce nouvel album. Et MUDDY WHAT? est aussi un groupe qui tourne beaucoup. Est-ce que c’est ce que vous avez chercher à reproduire ? Cette intensité et cette proximité qu’offre la scène ?

Ina : Absolument. On enregistre toujours en live, tous ensemble dans la même pièce, sans superposition de pistes. Il y a quelque chose de magique dans ce moment où tous les instruments, toutes les émotions, toute l’énergie s’harmonisent parfaitement. Les tournées nous ont forgés, on est vraiment un groupe de scène. On donne entre 80 et 100 concerts par an et ça vous apprend vite. La musique est un échange d’énergie. Ça ne se simule pas. Avec « Neon Soul », on voulait capturer cette énergie. Intense, certes, mais aussi intime. C’est le cœur même du groupe.

– Enfin, j’aimerais qu’on dise un mot sur l’Allemagne dont la scène Blues est très vivante, et vous en êtes la preuve. D’autres artistes s’y installent d’ailleurs aussi comme l’Argentine Vanesa Harbek ou l’Irlandais Eamonn McCormack, qui y ont posé leurs valises il y a des années. Votre pays est-il devenu le nouvel Eldorado européen du Blues et comment vivez-vous cette bonne santé artistique chez vous ?

Fabian : L’Allemagne possède une scène Blues dynamique et ouverte. Il y a une scène, un public et des promoteurs qui aiment y participer et soutenir le blues en live. Et nous apprécions énormément cela ! Nous adorons voir des artistes d’autres pays, comme Vanesa, apporter leurs propres histoires et influences, ce qui enrichit considérablement la scène.

Ina : Nous aimons montrer, et que cela soit aussi le cas par d’autres artistes, que le Blues peut avoir de multiples facettes et qu’il est plus que bienvenu de se sentir novateur et vivant. Le Blues est à la fois vénérable et ouvert, laissant place à la tradition et aux nouvelles idées. C’est quelque chose à célébrer ensemble. On ne sait pas si l’on peut déjà qualifier l’Allemagne d’Eldorado européen du Blues, mais une chose est sûre : nous sommes ravis de voir la scène devenir encore plus ouverte, colorée et accueillante à toutes les voix du blues. Vivement la suite ! (Sourires)

Le nouvel album de MUDDY WHAT?, « Neon Soul », est disponible sur le site du groupe : https://muddywhat.de

Photos : Denis Carpentier (1) et Walter Korn (4).

Retrouvez aussi la chronique de leur album précédent, « Spider Legs » :

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Hard Rock International

Gotthard : more pleasure [Interview]

Chanteur du groupe depuis 15 ans maintenant, Nic Maeder est la voix de la seconde phase artistique de l’emblématique groupe helvète GOTTHARD. Si remplacer Steve Lee n’a pas été une chose évidente, notamment auprès des fans, il a parfaitement su s’imposer et guide depuis « Firebirth » (2012) le groupe qui sort aujourd’hui « More Stereo Crush », un mini-album qui vient en complément de « Stereo Crush » , sorti l’an dernier. L’occasion pour évoquer avec le frontman la publication de ces deux productions, presque coup sur coup, et ce qui a motivé la démarche de la formation de Hard Rock.

– Un an tout juste après « Stereo Crush », vous êtes de retour avec « More Stereo Crush », cette fois sous la forme d’un EP. Aviez-vous le sentiment de ne pas être allés au bout des choses, de ne pas avoir fini le travail ?

Au départ, l’idée était de faire un album court, percutant et concis d’une dizaine de titres, mais l’inspiration étant au rendez-vous, nous avons fini par en enregistrer 17. La maison de disques a estimé qu’il valait mieux en faire un album et un EP. Et comme nous avions initialement prévu un album plus court, nous avons accepté.

– D’ailleurs, « More Stereo Crush » contient huit chansons, ce qui en fait un mini-album. Vous n’avez pas été tentés de rester un peu plus longtemps en studio pour réaliser un album complet ?

En fait, nous avions le sentiment que ces chansons s’intégraient parfaitement à l’album « Stereo Crush » et que composer et enregistrer de nouveaux morceaux donnerait une tout autre dimension à l’écriture et à l’enregistrement. Les 17 titres ont donc été enregistrés et mixés ensemble.

– Cinq des huit morceaux sont donc issus des sessions d’enregistrement de « Stereo Crush ». Qu’est-ce qui n’allait pas sur les morceaux à l’époque, selon vous? Ils avaient besoin d’être retravaillés, peaufinés ?

Non, car nous avons enregistrée et mixé les 17 morceaux, et ils sont restées tels quels. Lors de l’élaboration de la liste des titres de l’album et de l’EP, nous avons veillé à un équilibre parfait, afin d’éviter une surabondance de ballades ou de morceaux plus Rock sur l’un et l’autre. Finalement, l’album et l’EP forment un tout cohérent, agrémenté de quelques titres bonus.

– Il y a aussi cette nouvelle version de « Liverpool », qui figurait déjà sur l’album précédent et qui venait presque en complément de votre reprise des Beatles, « Drive My Car ». Sur l’original, on retrouvait Chris Von Rohr de Krokus et cette fois-ci, c’est son chanteur, Marc Storace, qui se livre à un beau duo avec toi. Que représente ce morceaux pour le groupe, au point d’en avoir fait deux versions ?

Lorsque nous avons composé cette chanson avec Chris, nous avions déjà l’idée de faire un duo avec Marc, mais cela ne s’était pas concrétisé à l’époque. Plus tard, nous y sommes revenus et, heureusement, nous avons réussi à le faire. Marc est arrivé en studio avec des idées de paroles et de mélodie, qui fonctionnaient à merveille. Nous avons passé un excellent moment à retravailler et à enregistrer la chanson. Cela reste un souvenir inoubliable pour nous !

– Pour conclure sur le sujet, GOTTHARD et Krokus ont toujours conservé des liens forts. Cela s’explique bien sûr par le fait que vous soyez deux groupes emblématiques du Hard Rock suisse. Et il y a aussi eu le projet Gotus en 2024 avec des membres de deux formations. Vous donnez le sentiment d’être une grande famille avec une forte filiation. Comment l’explique-vous et est-ce le secret de vos longévités respectives ?

La Suisse est un petit pays, et dans le milieu Rock, c’est un peu comme une famille. Le secret de notre longévité, ce sont vraiment les fans. Nous avons la chance d’avoir des fans aussi formidables et fidèles, et c’est grâce à eux que nous sommes là !

– J’aimerais qu’on dise un mot du morceau « Mayday », dont seule la vidéo était disponible jusqu’à présent. D’habitude, c’est plutôt l’inverse. Etait-ce essentiel pour vous de l’enregistrer en studio ? Et est-ce son accueil auprès du public qui vous y a poussé ?

« Mayday » est un titre bonus. Il n’a aucun lien avec les sessions de « Stereo Crush ». C’était une chanson composée il y a quelques années pour ‘X-Max’, en hommage aux services d’urgence. Le morceau n’ayant jamais été officiellement publié, certains membres du groupe ont souhaité le sortir. Personnellement, je ne pense pas qu’il ait sa place sur l’EP, mais en tant que titre bonus, ça passe.

– Il y a une autre collaboration également très forte avec le groupe, c’est celle avec votre producteur Charlie Bauerfeind, qui joue un rôle clef dans le son de GOTTHARD. Vous semblez travailler très étroitement ensemble. Comment cela se concrétise-t-il sur chaque album ? Est-il directement impliqué dans les compositions ou les arrangements également ?

Oui, Charlie est fantastique. On travaille ensemble depuis des années et il comprend parfaitement le groupe et son fonctionnement. Il participe beaucoup à la création des parties de batterie et on travaille aussi beaucoup sur les arrangements avec lui.

– Enfin, une question m’interroge depuis longtemps. Malgré 35 ans d’une belle carrière, est-ce que vous nourrissez quelques regrets de n’avoir pu vous imposer, ou au moins de ne pas vous être faits plus connaître, aux Etats-Unis ? Cela aurait été dans la logique des choses…

Eh bien, le groupe n’a jamais réussi à percer sur le marché américain et on a abandonné assez tôt. Je suppose qu’au final, on se concentre sur les pays où l’on a du succès. Le fait est que, si on a des fans formidables, on n’a pas besoin d’être présent partout dans le monde pour réussir.

« More Stereo Crush » est disponible chez Reigning Phoenix Music.

Photos : Luc Braissant (3) et Manuel Schuetz (4).

Et retrouvez la chronique de « Stereo Crush » :

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Bluesy Rock Classic Rock Hard 70's

Emerald Moon : une prestation luxuriante

En attendant l’arrivée d’un deuxième effort studio, EMERALD MOON nous fait patienter avec un album live de grande classe. Intenses de bout en bout, les 13 morceaux sont évidemment le reflet de sa courte discographie et la formation a même pimenté son set avec quelques belles surprises. Entre titres originaux et reprises électrisantes, on s’engouffre dans la chaleur des années 70 et un Rock/Hard intemporel aux contours bluesy, qui est très loin d’avoir livrer toutes ses saveurs. Le groupe prend toute sa dimension sur scène et on se délecte de cette atmosphère explosive et chaleureuse à la fois distillée sur ce magnifique « The Sky’s The Limit Tour 2025 ».

EMERALD MOON

« The Sky’s The Limit Tour 2025 »

(Independant)

Après la sortie d’un EP éponyme en octobre 2024, qui avait acté la naissance du groupe, puis un premier long format, « The Sky’s The Limit » en juin dernier qui a reçu un bel accueil, EMERALD MOON a logiquement pris la route pour défendre un Classic Rock original et actuel. Ce live est donc le témoignage de tout juste un an de travail et le moins que l’on puisse dire est que le combo est parfaitement rôdé. Pas surprenant qu’une telle cohésion fasse mouche lorsque l’on se penche sur le pedigree des cinq musiciens . L’expérience parle d’elle-même, ça ronronne et ça envoie du bois !

Enregistré en octobre dernier au Wood Stock Guitares devant un public aux anges, EMERALD MOON y présente bien sûr ses premières compositions avec une fougue et une assurance de vieux briscards. Ayant œuvré avec Laura Cox, Gaëlle Buswel, Jack Bon ou encore sur le projet United Guitars, ces amoureux de Rock 70’s aux saveurs Blues un brin Southern, et tirant sur un Hard Rock vintage, se font plaisir tout au long de ce concert et surtout, ils transmettent et partagent une énergie et une joie très communicative. Par ailleurs, la captation comme la prestation sont parfaites.

Avec sa magnétique frontwoman, le quintet se montre puissant et fait aussi preuve de beaucoup de délicatesse. De twin-guitars en riffs acérés, les solos virevoltent sur une rythmique millimétrée. Pour étoffer la tracklist, quelques covers savamment choisies nous font tendre l’oreille comme « Ramble On » et « Rock’n’Roll » de Led Zeppelin, « Nutbush Bush Limits » d’Ike et Tina Turner (1971), « Boys Are Back In Town » de Thin Lizzy ou encore « Stay With Me » (1973) de Faces, groupe fondé par Rod Steward et Ronnie Wood. Quelques pépites pour enrober un ensemble radieux !

Retrouvez l’interview du groupe à la sortie de son premier album :

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Heavy Stoner Rock International

Electric Hydra : extreme energy [Interview]

Six longues années après son premier effort, le quintet fait un retour explosif avec « From The Fallen », composés de onze morceaux qui sentent la poudre et d’où jaillit un Heavy Stoner Rock massif. Entre-temps, ELECTRIC HYDRA a accueilli deux nouveaux guitaristes, rien que ça, et a forcément pris du volume. Le son de cet nouvel opus est plus brut, ample et puissant. Rangé derrière sa percutante frontwoman, Sanne Karlsson, le combo terrasse tout sur son passage, non sans s’appuyer sur de belles mélodies et il montre surtout avec une solide cohésion. Avec deux femmes dans ses rangs, le groupe joue presque la parité, d’autant que leur présence apporte un élan singulier à un répertoire déjà incisif et tranchant. Entretien avec une chanteuse pétillante, qui a hâte d’enchaîner les concerts et qui reste d’une curiosité viscérale.

– ELECTRIC HYDRA revient six ans après un premier album éponyme remarqué. Même s’il y a eu le single « Eyes Of Time » en 2022 et en quatuor, « From The Fallen » apparaît presque comme une renaissance. Est-ce le cas ?

Oui, on pourrait dire ça, plus ou moins. On s’est en quelque sorte réinventés. Le chemin n’a pas été facile, mais il nous a menés à cet album, et nous voilà : fiers et rayonnants. (Sourires)

– D’ailleurs, il y a eu un changement conséquent de line-up avec l’arrivée de deux nouveaux guitaristes. C’est loin d’être anodin, car c’est souvent la couleur musicale d’un groupe. Or, ELECTRIC HYDRA conserve et renforce même son identité. Comment avez-vous négocié ce virage ?

Comme nous avançons constamment, nous ne réfléchissons pas souvent à ces transitions. N’étant pas tenus de sonner d’une certaine manière, ou plutôt, aimant explorer différents genres, nous avons toujours été ouverts à l’expérimentation de nouvelles idées, comme les collaborations avec des artistes invités, par exemple. C’est peut-être cette curiosité d’explorer de nouvelles pistes tout en préservant cette identité profonde qui nous définit.

– Est-ce qu’aujourd’hui, ELECTRIC HYDRA a trouvé son équilibre à cinq et surtout avec deux guitares ? Le groupe a clairement gagné en puissance et votre Heavy Rock trouve aussi ses bases dans un Stoner Rock massif et toujours cette touche Hard Rock légèrement vintage. Avez-vous maintenant le sentiment d’avoir plus de possibilités que vous n’en aviez auparavant ?

C’est vrai, que nous sommes influencés par de nombreux styles différents et nous aimons explorer divers univers sonores. Avoir deux guitares nous permet d’être plus créatifs. Cela apporte également une dimension supplémentaire à nos concerts, ce que nous apprécions beaucoup. Et n’oublions pas la contribution d’Emil à la composition. Il a apporté une perspective nouvelle au groupe que nous apprécions énormément.

– Un mot aussi de la production, qui est signé par votre batteur Dennis Åhman. Le travail qu’il a accompli dès l’enregistrement jusqu’au mastering est remarquable. Est-ce que c’est justement ce qui a permis au groupe de conserver le son qui le caractérise depuis le début ?

L’anecdote est assez amusante, car suite à une série de soucis, nous nous sommes retrouvés complètement fauchés. Heureusement, grâce à la solide expérience de Dennis en ingénierie du son et à notre proximité avec le studio, le projet a pu être lancé. Nous avions une vision précise du son que nous souhaitions pour l’album, et le fait de maîtriser l’ensemble du processus nous a permis d’atteindre exactement le résultat escompté.

– Sanne, on te sent également plus déterminée que jamais, comme si c’était le moment de t’affirmer pleinement en véritable leader du groupe. On a presque l’impression que tu attendais ce deuxième album avec beaucoup d’impatience, tant ta prestation est forte. Est-ce que qui t’a animé aussi ?

Je ne sais pas si c’est quelque chose que je fais consciemment, mais oui, je m’y investis à fond, à 100 %. J’imagine que ça peut parfois agacer mon entourage, car j’ai tendance à trouver les autres trop lents quand je suis à fond. (Sourires) La raison pour laquelle je joue dans un groupe, et ce que j’apprécie le plus, c’est de jouer en live, et j’espère que nous sommes tous d’accord là-dessus ! (Sourires) Il n’y a pas eu assez de concerts ces derniers temps. Il était donc grand temps de sortir un nouvel album pour pouvoir reprendre la route.

– Par ailleurs, ELECTRIC HYDRA a toujours eu une approche très underground dans le son, ainsi que dans le style. Est-ce aussi l’une des raisons qui vous a incité à produire « From The Fallen » en interne ? Pour conserver cette flamme et cette énergie ?

Oui et non. La scène underground nous a permis de jouer et de créer. C’est une communauté très solidaire. Mais bien sûr, on adorerait aussi investir dans un bon studio avec un producteur de renom, dès qu’on aura le budget ! (Rires)

– Un mot aussi des morceaux « Contagious », « Riding The Haze » et « The Fallen » où vous accueillez quelques invités, à savoir Per Wiberg (ex-Opeth, Spiritual Beggars), l’Américain Mateo Von Bewitcher (Bewitcher) et aussi… ton père, Sanne. C’est assez inédit de jouer en famille dans ce registre. Comment cela s’est-il passé ? Et comment est née l’idée de ces trois featurings ?

En fait, il y a trois histoires différentes derrière tout ça, une pour chaque collaboration. Tout d’abord, avec Elvira, qui vend nos produits dérivés lors des concerts, nous sommes de grandes fans de Bewitcher. On a rencontré Matt et les autres membres du groupe lors de leur concert en Suède. Et tout simplement, je lui a demandé de lire quelques couplets inquiétants et Matt a eu la gentillesse de le faire. Ensuite, Per est le musicien le plus cool du monde et un type vraiment sympa. Il a joué avec des groupes incroyables au fil des ans. On aurait bien aimé qu’il joue sur le premier album aussi, mais on n’avait jamais eu le temps, ni le courage de le lui demander. Alors, l’avoir avec nous cette fois-ci, c’était vraiment spécial. On l’a croisé dans différents festivals et on a toujours passé de super moments. Les claviers, surtout joués par un musicien aussi talentueux, ajoutent une autre dimension aux chansons. Il a un don pour choisir les morceaux qui conviennent à chacun. Et comme, nous sommes de grands fans de Spiritual Beggars, alors c’est un honneur de l’avoir avec nous. Et enfin, Bo Karlsson n’est pas seulement un guitariste virtuose, c’est aussi le meilleur papa du monde ! (Sourires) Quand la voiture tombe en panne, que le chauffage fait des siennes ou que quelqu’un a simplement besoin de compagnie, il est là en un clin d’œil. Lui et ma mère, Simone, habitent tout près, et ils adorent prendre un café ensemble et discuter de tout et de rien. Un jour, nous avons pris un fika traditionnel suédois ensemble (café et brioches à la cannelle – Rires) comme d’habitude. Dennis jouait de la guitare et testait des idées pour la chanson « A New Dawn » quand il a soudainement tendu la guitare à Bobo. Et là, miracle ! C’est arrivé comme ça ! El n’avait même jamais entendu cette chanson auparavant.

– Enfin, lorsque l’on voit le line-up d’ELECTRIC HYDRA, il émane forcément une identité très féminine du groupe, avec peut-être plus de souplesse et de sensibilité, mais sans pour autant enlever de l’aspect incisif et puissant de l’album. Est-ce qu’à ce niveau-là, il y a aussi une recherche d’équilibre dans le ton notamment et d’une touche plus originale également ?

Il est encore bien trop rare de voir des femmes dans les musiques plus extrêmes. Si nous pouvons contribuer à faire évoluer les choses, nous le faisons avec plaisir. Il arrive souvent que certaines viennent nous voir après les concerts pour nous dire combien elles sont heureuses de nous voir sur scène. Nous avons la possibilité d’être plusieurs choses à la fois, alors pourquoi ne pas en profiter ? (Sourires).

Le nouvel album d’ELECTRIC HYDRA, « From The Fallen », est disponible chez Majestic Mountain Records.

Photos : Jacob Hellenrud, Isuru Jayasuriya et Arkko Mattheiszen.

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Alternative Metal International Southern Metal

Black Stone Cherry : the taste of sharing [Interview]

Que l’on adhère, ou pas, à l’évolution musicale du quatuor du Kentucky, il reste une variante qui ne bouge pas : cet investissement constant et une volonté à toujours se dépasser, qui font partie de son ADN et, finalement, que l’on se ressent dans chacun de ses albums . Avec « Celebrate », BLACK STONE CHERRY s’essaie à un nouvel exercice, celui de l’EP, un format particulier et surtout une première pour lui, habituellement ancré dans une manière de fonctionner plus traditionnelle. Six titres, donc, et autant de facettes différentes, mais qui se rejoignent sur la démarche devenue familière des Américains. Dans la lignée de leurs deux derniers albums, ils se présentent avec un Alternative Metal costaud, sans éluder la fragilité qui peut aussi les envahir. Ils restent d’une sincérité et d’une authenticité sans faille. Chris Robertson, chanteur et guitariste du combo, revient sur l’élaboration de « Celebrate » avant de repartir sur la route dans les mois qui viennent.

– Trois ans après « Screamin’ At The Sky », vous faites votre retour avec « Celebrate ». Alors, la première question que j’ai envie de te poser est : qu’est-ce qu’on célèbre ? Votre retour ?

Tout, on célèbre tout ! L’idée globale derrière la chanson « Celebrate » sont tous les petits moments, les petites choses. Nous vivons actuellement dans un monde où on ne célèbre pas assez. Le monde va trop vite et ne fait que séparer le gens et les rendre négatifs. Essayons donc de célébrer plus et d’être plus positifs.

C’est assez surprenant de vous voir revenir avec un EP. Vous n’aviez pas la patience d’attendre de composer un album complet ? A moins que ce ne soit la scène qui vous manque vraiment ?

En fait, on voulait juste faire quelque chose de différent. Nous avions 12 ou 13 chansons, mais le monde consomme les choses si rapidement. D’ailleurs, nous sommes déjà prêts pour ce qui va suivre. Au lieu d’attendre deux ou trois ans pour sortir un album, nous voulions essayer de faire un EP pour voir comment cela se passe. Et si cela se passe bien, nous en ferons un autre avant de ressortir un album.

– « Celebrate » est donc votre premier et unique EP, un format assez inédit pour vous. Est-ce que vous avez appréhendé l’aspect créatif différemment, sachant qu’il y avait moins de morceaux ?

Non, pas vraiment, on a gardé nos habitudes. Nous avons fait les choses de la même manière. Nous avons juste essayé de composer les meilleures chansons possibles et de les jouer au mieux. Nous avons procédé comme si c’était un album normal, tout en sachant qu’on allait juste enregistrer la moitié. On voulait vraiment essayé ça, car c’est quelque chose de différent pour nous. C’était l’objectif. Ce n’est pas une question de manque de créativité, ou un truc comme ça. Tu sais, on a enregistré beaucoup d’albums et les EPs ont toujours eu cette image de format destiné aux reprises. Habituellement, ce n’est pas vraiment fait pour de la musique originale. Et pourtant, ça marche bien, notamment en ce moment. Alors, on a juste voulu faire le nôtre, et avec des chansons inédites, bien sûr.

– Il y a quelques mois, vous aviez sorti « This Is Black Stone Cherry’s RSD Album » pour célébrer justement les magasins de disques indépendants, lors du ‘Record Store Day’ et là, vous revenez avec une nouvelle réalisation qui sort uniquement en digital. C’est assez paradoxal, non ?

Ah… C’est le monde dans lequel nous vivons. Pour le ‘Record Store Day’, c’était assez spécial, car le disque a été publié à un nombre très limité. Il n’était pas destiné à un plus grand nombre. Et j’espère vraiment aussi que cet EP sera disponible en format physique également. Ce n’est pas prévu pour le moment, mais ça pourrait l’être. Mais c’est vrai que pour l’instant, il ne sort qu’en format numérique.

– « Celebrate » sera donc disponible seulement sur les plateformes, une première pour BLACK STONE CHERRY. Cela correspond aussi aux changements de l’industrie musicale. Est-ce que cela annonce également un tournant pour le groupe en termes de diffusion ? Ou est-ce juste un one-shot ?

Je ne sais pas. L’industrie musicale a tellement changé depuis 2005, lorsque nous avons sorti notre premier album. Ces 21 dernières années n’ont plus rien à voir avec nos débuts. D’ailleurs, je n’aurais jamais imaginer ça il y a encore 15 ans. C’était impensable de concevoir que les gens n’achèteraient plus d’albums, qu’ils les streameraient et qu’ils auraient même trois applications différentes sur leur téléphone pour écouter de la musique. Donc, je ne sais pas ce que nous réserve l’avenir. Je sais juste qu’avec cet EP, il était temps pour nous d’essayer quelque chose de différent, de nouveau et de voir ce qui allait se passer. Et la décision de le faire uniquement en numérique a été le fruit de discussion avec notre label. A priori, c’était une bonne chose à faire, selon lui. Et puis, nous aimons bien ce genre de challenge.

– Pour « Celebrate », vous vous êtes retrouvés dans le home studio de Ben (Wells, guitare). Aviez-vous besoin d’être uniquement entre vous dans un environnement familier pour mettre en forme les idées accumulées en tournée ?

Exactement, nous avons écrit tous nos derniers albums à l’arrière du bus quand nous étions sur la route. Il n’y a pas beaucoup d’espace et on chope vite des crampes, car ce n’est pas facile de caler quatre personnes dans un endroit aussi petit. (Sourires) Mais on a l’habitude. Alors qu’aller dans la maison de Ben, nous ne l’avions jamais fait. Là, on pouvait bouger, on avait de l’espace pour nous déplacer et nous épanouir. C’était super confortable, on a pu se dégourdir les jambes ! (Sourires)

– Justement, « Celebrate » offre un beau panorama du groupe avec ses multiples facettes. Quitte à sortir un EP, l’idée était-elle d’être le plus complet possible ?

Je ne pense pas qu’on avait une intention précise, au-delà du fait de sortir un EP. On n’avait pas pour objectif de faire des chansons qui sonnent forcément différemment. On écrit des morceaux et ce sont ceux qui nous parlent le plus que nous avons décidé de présenter. Ce sont vraiment ceux qui ont le plus d’impact sur nous que ce soit personnellement, au niveau des textes et des mélodies. Donc, nous avons choisi les six meilleurs, selon nous. Par exemple, le titre éponyme d’intro est celui décidé depuis le début, et ensuite nous nous sommes bien amusés avec la reprise de « Don’t You (Forget About Me) » aussi. C’était vraiment sympa à faire et on a passé un bon moment à élaborer notre propre version ! (Sourires)

– Il y a beaucoup d’énergie sur ces nouveaux morceaux, malgré les différences de tempos, et aussi un message toujours très positif d’une manière ou d’une autre. Et la sensation de proximité de la production joue aussi beaucoup. C’est cette connexion que vous recherchez à chaque fois ? Proches dans les textes comme dans le son ?

Oui ! La façon dont nous composons fait que c’est la musique qui vient souvent dicter le chemin que le morceau va prendre, même au niveau des textes. Cela a une influence, d’une manière ou d’une autre. Si tu prends un morceau comme « Celebrate », le refrain arrive au bon moment et colle parfaitement avec la musique. Mais ce n’est pas toujours le cas, bien sûr. C’est là que nous devons faire des choix et décider ce qui est le mieux. Est-ce que le texte est plus important que la mélodie ? Cela arrive qu’on reste sur une seule et même ligne sur les deux aspects, et d’autres fois, on va mettre plus de temps à trouver le bon message. Finalement, le plus compliqué est de trouver le parfait équilibre entre les paroles et la musique, et faire en sorte qu’elles se retrouvent à un moment donné dans la chanson.

– Parlons de la reprise de Simple Minds, « Don’t You (Forget About Me) ». Pour un Européen comme moi qui connaît cette chanson qui depuis sa sortie, son traitement est assez surprenant et très loin de l’originale. C’est vrai que tu rêvais de la chanter depuis plus de dix ans ?

Oui, c’est vrai ! (Sourires) J’ai essayé de faire cette chanson pendant plus de 15 ans. J’ai 40 ans aujourd’hui et je suis donc né en 1985, l’année de la sortie du film « Breakfast Club » (un teen-movie réalisé par John Hughes – NDR). Cette chanson et ce film m’ont suivi toute ma vie, et je me souviens encore de la première fois que je l’ai vu quand j’étais enfant. J’ai toujours adoré ce morceau et j’ai toujours pensé qu’on pouvait en faire quelque chose de cool. J’étais sûr que c’était possible. Et lorsqu’on a essayé, ça a fonctionné. On connaît tous la chanson, mais elle donne aussi l’impression que c’est nous qui l’avons écrite sur notre version. Et c’était vraiment notre objectif avec cette reprise. On s’est vraiment amusé à le faire, car on s’est mis à la place des compositeurs. On a pris l’original et on y a ajouté un autre point de vue. On a mis un riff de guitare et ensuite, on l’a joué comme on le fait avec nos autres morceaux, tout en gardant la structure de l’original. C’est la même construction, mais interprété à notre façon et j’espère que les gens l’ont apprécié. D’ailleurs, j’ai hâte de pouvoir la jouer en Ecosse pour voir la réaction des gens. Est-ce que les pouces seront levés ou baissés ? (Sourires)

– Un mot aussi sur la participation de votre ami Tyler Connoly du groupe canadien Theory Of A Deadman sur le morceau. Comment avez-vous envisagé cette collaboration ?

Nous étions en pleine discussion avec notre management et le label et l’idée d’un invité a surgit. On a bien aimé la proposition, mais on ne savait pas vraiment comment s’y prendre. Alors, j’ai envoyé un message à Tyler en lui disant qu’on avait une version de la chanson et s’il voudrait la chanter avec nous. Il a accepté et a demandé quelle partie nous souhaitions qu’il interprète. On a juste coupé un passage pour qu’il ajoute sa voix et on lui a envoyé la chanson. Et le résultat est super ! Tyler et moi sommes de grands amis et nous sommes tous fans de Theory Of A Deadman. Il a une très belle voix et c’est un mec super. Et il correspond vraiment au morceau vocalement. Le résultat est fantastique, on forme un bon duo.

– J’aimerais que l’on parle aussi de l’évolution, voire la mutation, de BLACK STONE CHERRY. Je trouve que l’empreinte sudiste qui vous animait se dissipe peu à peu. Aujourd’hui, votre Hard Rock tend d’ailleurs plus vers l’Alternative Metal. Est-ce une évolution naturelle pour vous, ou un simple passage avant un retour vers les sonorités Southern de vos débuts ?

Je ne sais pas, je pense qu’on joue simplement ce que l’on aime. Notre premier album était très varié. Le deuxième, puis « The Devil In The Deep Blue Sea », étaient plus modernes, plus alternatifs. Ensuite les trois suivants, « Magic Mountain », « Kentucky » et surtout « Family Tree » qui est un super album, étaient plus Southern, c’est vrai. Après, je pense qu’on a juste voulu jouer des trucs plus Heavy, parce que c’était quelque chose qu’on n’avait jamais vraiment fait. Je ne sais pas, c’est venu comme ça ! (Rires) Tu sais, on fait des choses à travers lesquelles on se sent bien. Alors, qui sait ? Je n’ai vraiment aucune idée à quoi le prochain album ressemblera. On n’a pas encore commencé à travailler dessus. Peut-être qu’il sera acoustique ! (Rires) En fait, les chansons arrivent comme ça et nous n’avons jamais choisi le parti-pris de sonner plus Metal notamment sur un album. Cependant, il peut y avoir des parties, à l’intérieur des morceaux avec des intentions Speed Metal, par exemple. En tout cas, on n’est jamais parti avec un concept précis, sauf sur « Folklore And Superstition », où on voulait un truc très lourd, très épais. Et c’est ce qu’on a fait ! Sinon, ce n’est pas vraiment un truc qui marche chez nous. On joue plutôt à l’intuition.

– Pourtant, vos racines musicales restent Southern…

Oh oui, bien sûr ! Mais en fait, ça fait partie de ce que nous sommes. L’esprit Southern est et sera toujours là. Je pense que c’est juste une approche plus moderne et des mélanges plus actuels comme sur « The Human Condition » et « Screamin’ At The Sky ». Et finalement, « Celebrate » est un brassage de ces deux derniers albums. Alors, peut-être que cela se ressent moins dans les sonorités, mais structurellement, c’est toujours bien présent. Il y a toujours du Lynyrd Skynyrd et du ZZ Top en nous. C’est ce que nous sommes. Je ne me sens pas du tout comme un gars qui vient de New-York ! (Rires) L’empreinte dans les guitares est indélébile et on essaie en aucun cas de s’éloigner de ce que nous sommes profondément.

– Enfin, cette année marque aussi vos 20 ans de carrière. Est-ce que vous avez prévu quelque chose de particulier? Il y a une grosse tournée, certes, et peut-être un nouvel album en fin d’année ?

Oui, on a une grosse tournée en Europe et aux Etats-Unis, puis nous reviendrons au Royaume-Uni pendant environ trois semaines, où nous serons l’unique groupe de la soirée. Mais pour le reste de la tournée européenne, nous aurons un groupe en soutien. Pour l’Angleterre, nous jouons tout l’album et d’autres chansons pour fêter ces 20 ans. L’idée est de proposer une longue nuit autour du groupe et ce sera vraiment génial. On a vraiment hâte !

Le nouvel EP de BLACK STONE CHERRY, « Celebrate », sera disponible le 6 mars sur toutes les plateformes.

Photos : Jimmy Fontaine

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International Rap Metal

Clawfinger : get in the ring [Interview]

Que l’attente fut longue ! Fer de lance d’une scène Rap/Metal en pleine ébullition dans les années 90, les Scandinaves (le combo se partage entre Suède et Norvège) offre enfin un successeur « Life Will Kill You » sorti en… 2007 ! Pourtant, rien ne semble avoir véritablement changé au sein de la formation. Bien au contraire, avec « Before All We Die », CLAWFINGER s’inscrit dans son époque grâce à des textes cinglants, des riffs tendus et tranchants et cette touche Hip-hop qui vient donner du corps au flow de l’inamovible Zak Tell, toujours aussi incisif dans sa dénonciation d’un monde en faillite à bien des niveaux. Entretien avec un frontman lucide et engagé, qui manie le second degré avec une précision chirurgicale, comme pour mieux faire tomber les masques.

– Je vous ai découvert avec « Deaf Dumb Blind » en 1993 et j’ai souvenir de prestations survoltées à Paris à l’Elysée Montmartre cette année-là et deux ans plus tard aussi. A l’époque, CLAWFINGER avait créé un petit séisme dans le monde du Metal. Qu’est-ce que a profondément changé selon toi depuis vos débuts ?

Pour nous, personnellement, rien n’a vraiment changé. On a pris de l’âge, on est peut-être un peu plus sages, on se soucie moins du regard des autres et on s’amuse plus que jamais ensemble avec le groupe. Par contre, l’industrie musicale a beaucoup évolué : les albums ont perdu de leur importance et seuls les passionnés les achètent encore. Aujourd’hui, tout tourne autour du streaming et des réseaux sociaux, et les gens n’ont plus la même patience, ni la même capacité de concentration. On essaie de s’adapter et de rester ouverts d’esprit face à tout ça, mais honnêtement, on ne comprend pas toujours tout. Au final, notre métier, c’est de faire la musique qu’on aime, et c’est bien là l’essentiel.

– Vous êtes des précurseurs du Rap Metal avec Body Count et RATM. Et c’est vrai que ce sont sûrement les deux styles les plus revendicatifs et engagés. Vous êtes très forts dans les deux registres, mais quel est celui que vous écoutez le plus et où puisez-vous l’inspiration musicalement ?

Parmi ces deux groupes, personnellement, je préfère RATM. Pour moi, Ice-T est un rappeur et c’est ce que j’écoutais en grandissant, bien avant même que Body Count n’existe. Je respecte son travail avec Body Count, même si je ne le trouve pas très excitant. Quant à l’inspiration musicale, elle vient de partout. Je ne suis absolument pas un fan de Metal pur et dur, j’adore la Country et le Western ! (Sourires) L’inspiration ne vient pas uniquement de la musique, elle vient de toutes sortes de sources : les amis, l’actualité, les livres, le travail, les rêves, etc… Musicalement, j’ai grandi en adorant les collections de disques de mes parents. Il y avait de tout, de Joan Armatrading à Led Zeppelin, en passant par John Lee Hooker, Ten Years After, les Beatles, Muddy Waters, Bob Marley, Bob Dylan, … et la liste est longue. A l’adolescence, j’ai découvert le Rap et le Punk, et c’est de là que je tire une grande partie de mon inspiration pour mes textes.

– Dans les années 90 et début 2000, CLAWFINGER était au top artistiquement, puis les choses se sont arrêtées après la sortie de « Life Will Kill You » en 2007. Il vous aura fallu presque 20 ans pour ressortir un album. Y a-t-il eu une sorte de lassitude, ou un changement dans le paysage et l’industrie musicale dans lesquels vous ne vous reconnaissiez plus ?

Nous n’avions plus d’argent et on devait trouver du travail pour payer nos factures et nous loger. Plusieurs d’entre nous avions de jeunes enfants et, oui, après sept albums et vingt ans de carrière, nous étions sans doute un peu fatigués. Et puis, l’industrie musicale a changé. Le téléchargement et le streaming sont probablement la principale raison de nos difficultés financières, et les maisons de disques n’étaient plus ce qu’elles étaient. Nous avons donc dû nous adapter, faire face à la réalité et essayer de survivre, avec ou sans le groupe.

– Vous êtes enfin de retour avec « Before All We Die » sur lequel on retrouve avec plaisir les fondamentaux de CLAWFINGER avec une rage et un humour intacts. Est-ce que vous avez senti, avec tout ce qui se passe dans nos sociétés, qu’il était à nouveau temps d’élever la voix ?

Non, on avait juste assez de chansons pour enfin sortir un album, en fait. Ce n’est pas tellement en rapport avec un engagement quelconque. Mais tout ce qu’on touche devient du CLAWFINGER et c’est ça nous plaît. On est à l’aise avec ça, c’est notre identité. Si notre son est toujours le même, c’est tout simplement parce qu’on n’a jamais vraiment arrêté de jouer et de faire des concerts. Du coup, notre nouvel album ne sonne pas comme si c’était le premier en 19 ans : c’est juste un autre album de CLAWFINGER… parce que ça reste du pur CLAWFINGER ! (Sourires)

– Ce nouvel album est très direct, incisif et sans fioriture. Il est aussi très politique, plein d’auto-dérision et assez sombre à l’instar de notre époque. Il y a tant de choses révoltantes aujourd’hui qu’il aura fallu un triple album ! Comment avez-vous procédé quant au choix des thématiques ?

Il n’y a pas de grande réflexion derrière tout ça, on n’est pas si intelligents, on fait des trucs, c’est tout ! (Sourires) Si ça marche, tant mieux, sinon, on ne fait pas de chansons. J’ai toujours aimé l’idée d’essayer de dire quelque chose qui ait du sens, c’est tout simplement important pour moi. Il y a tellement de groupes qui ne disent rien sur rien, nous, on n’est pas de ceux-là. On vit à notre époque, avec tout ce qui se passe, alors c’est assez naturel d’en parler dans notre musique. On y met aussi beaucoup de réflexions personnelles et toutes les épreuves et les tribulations liées à la condition humaine dans cette société pourrie qu’on essaie tous de comprendre et dans laquelle on essaie aussi de vivre.

– Preuve aussi que notre époque va mal, j’ai lu que vous ne jouiez plus « Nigger » sur scène. Or, c’est justement un morceau très tolérant et l’un des plus emblématiques de CLAWFINGER. C’est donc un signe de plus que nos sociétés sont malades. N’est-ce pas pourtant le bon moment pour le jouer et même encore plus fort ? Et ce serait aussi un beau pied-de-nez, non ?

Peut-être, mais c’est plus complexe que ça. C’est un sujet chargé d’Histoire, et vu le chemin parcouru depuis que nous avons écrit cette chanson il y a 34 ou 35 ans, il ne nous appartient peut-être plus d’en être les porteurs, si tant est que cela ait jamais été le cas. C’est un problème bien plus important que de savoir si nous jouons ou non cette chanson, et nous devons le respecter. Le véritable problème du racisme et de l’injustice dépasse largement le cadre de notre petit groupe.

– En écoutant « Before All We Die », j’ai aussi eu l’impression qu’il marquait un retour tout en puissance de CLAWFINGER, comme une sorte de renaissance. Le voyez-vous également de cette façon et commencez-vous déjà à vous projeter dans l’avenir… c’est-à-dire sans attendre 20 ans cette fois-ci ?

Nous faisons simplement ce que nous avons toujours fait. Nous comprenons que cela puisse paraître comme un retour ou une renaissance, mais encore une fois, nous n’avons jamais vraiment cessé de jouer. C’est donc une continuité dans notre parcours. Quant à l’avenir et d’éventuelles nouvelles sorties, nous n’en savons pas plus que toi. Mais s’il y a d’autres albums, je suis presque certain qu’ils sortiront plus rapidement. L’avenir nous le dira… (Sourires)

– Enfin, au regard de vos textes, CLAWFINGER se pose clairement comme un groupe anti-système. Est-ce que le monde vogue comme le Titanic (en référence au morceau « Going Down (Like Titanic ) » de l’album), selon vous, peut-on encore éviter les icebergs ?

Oui, nous naviguons comme le Titanic et nous pensons que c’est le symbole parfait de l’état du monde, malheureusement. Cependant, l’espoir demeure. Pour chaque malheur, il y a un bien qui arrive. Il faut juste parfois que la balance penche un peu avant que les choses s’améliorent. L’espoir est toujours permis. Nous ne sommes pas totalement inutiles, mais nous sommes sacrément mauvais et nous pourrions faire beaucoup mieux. Il suffit d’un peu de patience, de gratitude, de respect, d’ouverture d’esprit et d’un minimum de décence. Ce n’est vraiment pas si compliqué, finalement. Malheureusement, nous sommes distraits par le pouvoir, l’argent et la cupidité, et pour une raison ou une autre, nous leur accordons plus d’importance qu’à la bienveillance et à la gentillesse.

Le nouvel album de CLAWFINGER, « Before All We Die », est disponible chez Perception.

Photos : Peter Bjoens

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Hard Rock Hard'n Heavy International

Rave In Fire : combustion rapide [Interview]

Après dix ans d’activité et plusieurs changements de personnels, le désormais quatuor semble avoir trouvé la stabilité. En tout cas, c’est ce que laisse supposer « Square One », le deuxième album de la formation madrilène. Affichant une parfaite parité, elle passe sa première décennie avec sérénité et son Hard Rock, féroce et mélodique, a lui aussi trouvé un bel équilibre. Sur une production actuelle signée par son guitariste, les Espagnols gardent un pied dans un registre 80’s élancé et costaud. Puissant et accrocheur, ce nouvel opus s’offre aussi quelques saveurs Heavy que la polyvalence de sa frontwoman, Sele (Selene Perdiguero – NDR), met brillamment en lumière. Rencontre avec un chanteuse, qui incarne littéralement la force et la confiance qui unit le groupe.

– En 2020, RAVE IN FIRE a négocié un virage important avec les arrivées de Sara à la basse et la tienne, Selene, au chant, ce qui offre au groupe une parité totale. C’est un changement important. Etait-ce voulu, ou ne s’agit-il que d’un simple concours de circonstance ?

RAVE IN FIRE a eu un chanteur et un bassiste masculins par le passé, mais le groupe n’a jamais laissé le genre influencer le choix de ses membres. J’ai auditionné comme tout le monde et j’ai été sélectionnée. La décision reposait uniquement sur nos compétences et notre compatibilité. C’est pourquoi ils nous ont choisi Sara (Carretero, basse – NDR) et moi. Honnêtement, je suis vraiment fière de faire partie du groupe, non pas grâce au genre de qui que ce soit, mais parce que ce sont des musiciens exceptionnels et des personnes formidables.

– « Square One » est votre deuxième album et il marque aussi le départ de David Insua, votre ancien second guitariste. En évoluant à une seule guitare, l’objectif est-il de rééquilibrer le groupe et de gagner aussi peut-être en efficacité, car vous auriez pu lui trouver un remplaçant ?

Cette opinion est controversée. Mais nous y croyons fermement car, de nos jours, peu de groupes ont réellement besoin de deux guitares. Sur scène, elles passent 80% du temps à faire la même chose, ce qui brouille le son, surtout dans les petites salles. Pour qu’un groupe ait besoin de deux guitares, il faut qu’elles aient un son très clair et se complètent parfaitement. Rares sont les groupes qui y parviennent aujourd’hui. De plus, nous sommes un quatuor d’amis. Certains d’entre nous se connaissent depuis plus de dix ans. Il existe donc un lien fort entre nous et on se comprend très bien. Par ailleurs, le fait que Jonjo (Negrete – NDR) soit le seul guitariste lui a permis, à mon avis, de s’exprimer librement et de révéler sa facette la plus personnelle.

– Si « Square One » s’inscrit dans la continuité de « Sons Of A Lie » sorti en 2022, il est aussi plus mélodique, plus Hard Rock que Heavy Metal, et il distille quelques touches proches de l’AOR. RAVE IN FIRE a également gagné en dynamisme. Est-ce pour être au plus près de ta couleur vocale, ou est-ce quelque chose de mûrement réfléchi ?

Honnêtement, ce n’était pas prévu. On a simplement suivi les idées qui nous venaient. Je pense que « Square One » est le fruit de la passion de quatre mélomanes qui, pendant leur temps libre, aiment écouter toutes sortes de musique et cela se ressent naturellement dans le résultat final.

– Par ailleurs, RAVE IN FIRE affiche toujours une saveur très 80’s et renvoie à des albums de Lita Ford ou de Chastain avec Leather Leone. Ça, c’est l’aspect américain de ce qui ressort, mais vous vous revendiquez aussi légitimement de la scène espagnole. Quelles sont vos principales références, et surtout est-ce que cela se joue surtout dans l’approche plus que dans le son ?

Musicalement, nous nous sommes inspirés de groupes de Heavy Metal espagnols vétérans comme Barón Rojo et Obús, mais aussi de groupes locaux plus récents comme Witchtower, Leather Heart, Steelhorse ou Hitten.

– Il y a aussi quelque chose de sensuel dans la musique de RAVE IN FIRE, et pas seulement dans le chant, qui dénote du Metal Old School et même de certains groupes entièrement féminins. Comment faites-vous cet équilibre et est-ce aussi une façon de vous démarquer ?

Nous faisons de la musique, parce que nous y prenons plaisir et nous essayons de créer quelque chose qui nous touche profondément et qui vient du plus profond de nous-mêmes. Nous cherchons toujours à exprimer nos émotions tout en essayant de créer un lien avec le public. Aujourd’hui, avec la profusion de musique disponible, on ne cherche pas à plaire à tout le monde. Nous le faisons pour le simple plaisir, sans prétention. Et si nous plaisons, le plus important est que ce soit pour ce que nous sommes.

– Ce qu’il y a aussi de remarquable chez RAVE IN FIRE, c’est cette complicité, voire l’osmose, entre la batterie, les riffs et même les solos de guitare. Est-ce parce que ce sont les deux fondateurs du groupe, ou est-ce quelque chose qui est travaillé assidûment ?

Jonjo et Jimi (Jaime Susanna, batterie – NDR) sont sans aucun doute d’excellents musiciens, qui travaillent sans relâche. Mais je crois aussi que leur amitié contribue à créer cette synergie et cette compréhension mutuelle. S’ils n’étaient que musiciens dans le même groupe, ils accompliraient déjà des choses extraordinaires. Mais lorsqu’on se sent à l’aise dans un environnement créatif, on donne naturellement le meilleur de soi-même. Cela dit, rien de tout cela ne serait possible sans technique et professionnalisme. De manière générale, nous nous comprenons tous très bien musicalement.

– Vous avez aussi la particularité de vous occuper vous-mêmes de l’enregistrement et du processus de production et c’est votre guitariste, également principal compositeur, qui gère l’ensemble. En quoi est-ce important pour vous ? C’est une façon de garantir l’identité sonore du groupe ?

Concernant le mastering et la production, nous avons une confiance absolue en Jonjo. Il a passé de nombreuses années à apprendre non seulement à produire, mais aussi à comprendre le son qu’il recherche et que nous souhaitons tous les quatre obtenir. Cela nous permet de maîtriser notre travail et nous sommes ravis du résultat. Pour moi, c’est inestimable. Quant à la composition, Jonjo est effectivement le compositeur principal. Lors du processus de création, il propose généralement des idées, qui partent souvent de riffs plus ou moins structurés, que nous développons ensuite ensemble. Cela dit, nous restons ouverts à d’autres méthodes. Certaines chansons, par exemple, sont nées de paroles et de mélodies vocales créées par d’autres membres du groupe. J’ai d’ailleurs écrit la plupart des paroles de l’album, à l’exception de la chanson « Square One », écrite par Jimi.

– Enfin, « Square One » marque aussi votre arrivée chez High Roller Records. Est-ce une manière aussi pour vous de vous émanciper de la scène espagnole et de viser des scènes européennes plus importantes ?

Nous n’avons jamais souhaité nous couper de la scène musicale espagnole. Nous adorons jouer dans notre pays et partager ces moments avec nos amis et d’autres musiciens que nos apprécions. Par ailleurs, nous aimerions toucher un public plus large et jouer ailleurs. High Roller Records nous offre l’opportunité de faire connaître notre musique en Europe. Nous souhaitons revivre l’expérience vécue au festival de Trvheim en Allemagne. Voyager et jouer à l’(Negrete, guitare – NDR)étranger serait un véritable rêve, qui se réaliserait pour nous.

Le nouvel album de RAVE IN FIRE, « Square One », est disponible chez High Roller Records.

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Hard Rock International Rock Hard

Stonetrip : rockin’ road trip [Interview]

Familiarisés avec le format EP qui semble bien leur convenir, les Australiens ont une vision très claire de leur musique et de ce qu’elle doit apporter. Chaque titre du quintet est d’une précision absolue, tant dans leur structure que dans cet équilibre qui fait que chacune d’elles vibre à l’unisson. Avec un côté très 90’s dans l’approche, STONETRIP offre une vision du Hard Rock de son île-continent bien différente de ceux qui ont percé jusqu’en Europe. Percutant et mélodique, « The Fight » nous transporte avec force et émotion dans les grands espaces de son pays avec une touche très british. La formation de Melbourne devient très vite addictive, tant le songwriting est ici élevé au rang d’art. Riffs accrocheurs, rythmique solide, chant puissant soutenu par des chœurs envoûtants, le combo avance avec l’assurance d’une intemporalité maîtrisée et un savoir-faire irréprochable. Rencontre avec un groupe d’une classe évidente sur qui le temps paraît glisser.

– On vous a découvert en 2021 avec un premier EP déjà très mature, accrocheur et solide. A l’époque, le sentiment que vous donniez était que vous étiez vraiment un groupe de scène. Aviez-vous beaucoup enchaîné les concerts avant d’entrer en studio ?

Absolument. STONETRIP a été conçu avant tout comme un groupe de scène. Avant d’entrer en studio, nous avons passé beaucoup de temps en concert, à peaufiner les arrangements et à laisser les morceaux évoluer naturellement. Cette expérience a façonné l’EP. Nous savions déjà ce qui fonctionnait, ce qui touchait le public et où chaque morceau avait besoin de respirer. L’enregistrement ne consistait pas à faire des démos, mais à capturer l’essence d’un groupe qui savait déjà qui il était.

– J’imagine que cet EP vous avait ouvert des portes, car deux ans plus tard, vous sortiez votre premier album « Run Free ». Pourtant, on y retrouve les morceaux de « Stonetrip ». Pour quelles raisons n’aviez-vous pas enregistré un disque totalement inédit ?

Ces chansons avaient encore du potentiel. Elles suscitaient un vif intérêt en concert et gagnaient en popularité sur les plateformes de streaming, et nous pensions qu’elles méritaient une plus grande visibilité et un écrin plus cohérent. « Run Free » n’était pas un nouveau départ, mais la consolidation de ce premier chapitre et sa présentation comme un aboutissement. Pour nous, il était logique de capitaliser sur cette dynamique plutôt que d’abandonner des chansons qui représentaient encore notre identité.

– STONETRIP revient d’ailleurs aujourd’hui avec « The Fight », qui est encore un EP. On aurait pu vous attendre avec un album complet. Est-ce une question de budget d’enregistrement, ou plus simplement un format qui vous convient et aussi une façon d’avoir une actualité après trois ans sans disque ?

L’important, c’est la concentration, pas le budget. Le format EP nous permet de sortir des morceaux percutants, sans remplissage, et de rester créatifs. « The Fight » est un projet très réfléchi : chaque titre a sa place. On ne voulait pas se précipiter sur un album complet juste pour le plaisir. Cet EP reflète où en est le groupe actuellement, musicalement et émotionnellement, et c’était le moyen idéal de renouer après une longue pause. Et oui, un album complet est bel et bien en préparation.

– L’omniprésence des plateformes vous y ont-elles aussi conduit ? A moins que vous ne favorisiez d’abord les concerts ? Et puis, la scène est aussi ce qu’il y a de plus révélateur pour un groupe à travers notamment la connexion avec les fans…

Le streaming a indéniablement transformé notre façon de consommer la musique, mais les concerts restent notre priorité. C’est sur scène que STONETRIP prend toute son ampleur. Ce contact direct avec le public est essentiel : on ne peut pas le simuler, ni se cacher derrière une mise en scène. Le streaming permet de nous faire découvrir, mais le véritable lien se tisse face à face, chanson après chanson, soir après soir.

– Musicalement, STONETRIP dénote un peu de la scène australienne que l’on connaît ici en Europe, qui nous a plus habitué à un Hard Rock brut et direct, façon Pub Rock. Est-ce justement pour vous démarquer que vous empruntez une voie plus mélodique et plus affinée, car votre jeu est plus limpide et précis ?

Nous n’avons jamais cherché à créer un contraste délibéré, mais la mélodie a toujours été au cœur de notre écriture. Nous aimons la clarté, les mélodies accrocheuses et le dynamisme. Notre musique conserve sa puissance et son intensité, mais elles sont contrebalancées par une structure et une atmosphère soignées. C’est tout simplement ainsi que nos influences et notre instinct se rejoignent : c’est authentique, plutôt que calculé.

– D’ailleurs, c’est assez surprenant de voir que STONETRIP semble plutôt avoir des références anglaises dans le son et dans l’approche du songwriting aussi, à l’instar de Def Leppard, par exemple. Cependant, vous conservez cette énergie et cette vélocité qui évoquent les grands espaces. Est-ce finalement ça votre touche australienne ?

C’est une façon juste de le dire. Nous sommes influencés par la musique britannique classique et ses harmonies, mais nous les interprétons à travers un prisme australien : un sentiment de mouvement, de liberté et d’ouverture. Il y a quelque chose dans la distance, l’espace et la culture de la route ici, qui nourrit naturellement l’énergie de notre musique. C’est probablement de là que vient cet équilibre.

– Ce qui est remarquable entre « Run Free » et « The Fight », c’est une production assez similaire et un son très identifiable, grâce à de belles et incisives guitares et un chant personnel et puissant. Est-ce que c’est une espèce de quête d’intemporalité, qui guide STONETRIP depuis le début ?

Oui, l’intemporalité a toujours été importante pour nous. Nous voulons des morceaux qui restent pertinents des années plus tard, pas quelque chose d’éphémère, figé dans une mode passagère. La constance du son et de la production contribue à forger notre identité. Quand on écoute un morceau de STONETRIP, on veut que ce soit immédiatement reconnaissable.

– Enfin, il y a ce son très 90’s qui caractérise en partie STONETRIP, tout en affichant une touche très actuelle. On vous sent un peu imperméables aux modes, est-ce le cas ?

Nous respectons les tendances, mais nous ne les suivons pas. L’influence des années 90 vient d’une époque où les chansons avaient le temps de s’épanouir et où les groupes privilégiaient le fond. Ce qui nous intéresse, c’est la pérennité, pas les algorithmes. Si la musique est authentique et puissante, elle trouvera toujours son public.

Autoproduit, le nouvel EP de STONETRIP, « The Fight », est disponible chez Golden Robot Records.

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Heavy metal International Old School

Wicked Leather : raw, dark & savage [Interview]

Allier puissance et énergie dans un Heavy Metal traditionnel, tout en conférant une approche actuelle, c’est l’objectif atteint par les Barcelonais de WICKED LEATHER. Mené par une frontwoman à la fois magnétique et déterminée, le quintet se présente avec un premier album très convaincant. Entre occultisme, mystère et charges décibéliques concentrées, le groupe a déjà trouvé sa place au sein de l’underground espagnole et ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Avec une assurance et une volonté à toutes épreuves, les Catalans s’apprêtent à déferler au-delà de leurs frontières avec le sombre et véloce « Season Of The Witch », une production aboutie, organique et très efficace. Entretien avec Yami, fondatrice et chanteuse du combo qui, à l’image de sa musique, ne manque pas d’audace et ne mâche pas ses mots.

– « Season Of The Witch » est votre premier album et pourtant à vous écouter, vous êtes loin d’être des débutants. Pouvez-vous nous parler de vos parcours respectifs et de la création de WICKED LEATHER ?

Tous les membres du groupe ont une expérience musicale antérieure. Personne n’est novice : on a survécu à des répétitions qui empestaient la sueur, le tabac et la pizza, à des camionnettes en panne au milieu de nulle part et à des idées ‘géniales’ à 3h du matin qui se sont avérées catastrophiques. C’est dans ces moments-là qu’on apprend ce qui fonctionne, ce qui marque et ce qui laisse des traces. Je suis pianiste de formation, j’ai chanté dans des chorales et j’ai joué dans des groupes. Cette expérience influence notre façon de jammer et notre son. WICKED LEATHER est né de notre désir commun : faire un Heavy Metal qui déchire, qui surprend et qui assume pleinement sa nature. Si ça ne fait pas hurler vos voisins, c’est que ça ne marche pas !

– Avant l’album, vous aviez sorti un premier double-single, « Echoes Of The Storm », il y a deux ans. A-t-il été pour vous le déclencheur de ce qui a suivi, dont la signature chez Lost Realm Records ? Et l’aviez-vous considéré comme une carte de visite à l’époque ?

Oui, c’était notre façon de dire ‘bonjour tout le monde, nous existons !’. Honnêtement, on ne s’attendait pas à grand-chose. Avec Lost Realm Records, c’était différent. Ils ont écouté l’album, l’ont aimé et on a commencé à discuter. Pas de magie, juste de la bonne musique qui fait son effet. Parfois, les opportunités se présentent et il faut savoir les saisir…

– D’ailleurs, malgré une bonne visibilité et de bons retours, vous avez quitté Jawbreaker Records, votre label à ce moment-là. Ça peut paraître étonnant, juste après ce bon départ. Que s’est-il passé ?

Nous n’avons abandonné personne. Nous sommes restés en contact et nous avons tout expliqué. Lost Realm Records nous offrait simplement une voie plus logique pour le groupe. Gustav de Jawbreaker Records est un type super. On continue à boire des bières et à rigoler ensemble. Pas de drame, juste des choix qui renforcent le groupe.

– Revenons à « Season Of The Witch », dont le contenu nous renvoie au Heavy Metal des 80’s. Malgré une production brute et sans fioriture, l’ensemble garde un son assez actuel. C’était important de ne pas sonner complètement vintage et conserver ainsi un pied dans notre époque ?

Beaucoup d’entre nous sont nés dans les années 80, c’est dans nos gènes. Cette décennie nous a façonnés et influence encore aujourd’hui notre rapport à la musique. Le Heavy Metal est une évidence. Si ça ne vous fait pas vibrer, c’est qu’on a raté notre mission !

– Là où beaucoup de groupes de Metal avec une frontwoman présentent souvent un chant plus sensuel et mélodique plutôt que puissant et solide comme vous, WICKED LEATHER ne fait aucune concession en affichant un style direct et incisif. Est-ce aussi une façon de vous démarquer et de sortir du rang ?

Franchement ? Alors, je ne suis pas là pour séduire qui que ce soit. J’adore U.D.O., mais je ne me sens pas séduite par lui. Etre une femme, ce n’est pas adoucir sa voix, ni faire ce que les gens attendent de moi. Je chante du Heavy Metal. Si je voulais charmer, je ferais tout autre chose. Ici, il s’agit de force, d’honnêteté et de conviction. Du Metal qui vous prend aux tripes !

– Cela n’aura échappé à personne, WICKED LEATHER évolue entre l’occultisme et un univers horrifique. Est-ce que les textes viennent justement renforcer l’atmosphère musicale, ou au contraire, c’est elle qui influence la thématique ?

Les paroles naissent souvent d’images, de rêves, de cauchemars récurrents et de souvenirs sombres. Parfois, un riff donne vie à une parole, parfois, c’est l’inverse. C’est un dialogue qui s’écrit de lui-même en musique. L’atmosphère d’horreur et d’occultisme se développe naturellement à partir des histoires, sans être forcée. C’est juste une part d’ombre que chacun porte en soi, la part que nous avons acceptée, filtrée par notre imagination… et peut-être un cri au milieu de la nuit.

– Pour la jeune génération tournée vers un Metal moderne et très souvent aseptisé, cela peut paraître étonnant de poursuivre le bel héritage du Heavy Metal traditionnel. En formant WICKED LEATHER, quelles étaient vos intentions d’une part ? Et d’autre part, que cela représente-t-il aussi pour toi d’être une femme à la tête du groupe, ce qui commence à se démocratiser enfin ?

Que ça plaise ou non, WICKED LEATHER est un groupe fondé par une femme. Non seulement je chante, mais c’est mon groupe. Je ne suis pas là pour faire joli. Je participe activement à la composition. Les paroles sont de moi, elles font partie intégrante de la musique. Quand j’ai fondé WICKED LEATHER, je voulais un groupe qui envoie du lourd et qui décoiffe au passage. Du Heavy Metal traditionnel, mais avec une touche rebelle. De la personnalité, de la puissance, sans compromis. On remet tout en question et on recommence si besoin. Du vrai Heavy Metal, pas de la Pop déguisée en Metal. Le Heavy Metal, c’est de la force et du cran. Trop souvent, les groupes gomment leur identité pour suivre les tendances ou éviter de paraître ridicules. Nous, on préfère prendre des risques, faire des erreurs et garder notre personnalité intacte.

– Enfin, j’aimerais qu’on parle de la scène espagnole qui est plus vivante que jamais, et notamment en ce qui concerne le Heavy Metal Old School. Est-ce que vous sentez aussi un réel revival depuis ses dernières années, et comment l’expliquez-vous ?

Absolument. L’énergie est palpable. Les groupes jouent avec passion et le public est au rendez-vous par conviction. On la ressent partout : aux répétitions, sur scène, dans la salle. L’Espagne est une communauté soudée, passionnée et vouée à un véritable amour du Metal. C’est ce qui explique la force de ce renouveau.

L’album de WICKED LEATHER, « Season Of The Witch », est disponible chez Lost Realm Records.