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Americana Blues Soul

Elles Bailey : des racines fortes

Touchante et enjouée à la fois, cette nouvelle réalisation vient propulser la carrière de l’Anglaise et fait d’elle une valeur sûre de l’Americana Soul Blues Made in UK. « Can’t Take My Story Away » la dévoile aussi dans un spectre sonore nouveau avec une proximité musicale, qui met en valeur son timbre unique. Très narratifs dans leur déroulé, les onze titres présentent aussi ELLES BAILEY entouré de nouveaux partenaires, qui rendent son univers encore plus captivant. Une fois encore, le voyage vient défier le temps,

ELLES BAILEY

« Can’t Take My Story Away »

(Cooking Vinyl Records/Outlaw Music)

Avec le talent qu’on lui connaît, la chanteuse livre son cinquième album et il y a quelques changements chez l’artiste de Bristol, Avec « Can’t Take My Story Away », ELLES BAILEY s’ouvre d’autres horizons en œuvrant sur ce nouvel opus avec un tout nouveau groupe pour l’enregistrement. Elle retrouvera cependant ses musiciens sur la tournée à venir. Et c’est vrai que cet entourage inédit la mène vers d’autres sonorités, toujours Soul et Blues, de même que la production signée Luke Potashnick très élégante.

Si la Britannique s’est déjà imposée chez elle, raflant de très nombreux ‘UK Blues Awards’ au passage, elle parvient une fois encore à surprendre grâce à de nouveaux morceaux très groovy et avec des cuivres plus présents. Mais par dessus tout, c’est la voix chaleureuse et délicieusement éraillée d’ELLES BAILEY, qui s’imprime brillamment tout au long de « Can’t Take My Story Away », grâce à un aspect positif omniprésent, malgré quelques nuages plus sombres dans les textes. Et cette sincérité la suit note après note de manière intense.

Toujours très personnelle et d’une authenticité parfois poignante, la songwriter relate son histoire à travers onze chansons qu’elle travaille pour certaines depuis de longues années, A peine deux ans après « Beneath The Neon Glow », ELLES BAILEY parvient à se renouveler, tout en développant une irrésistible identité artistique (« Growing Roots », « Better Days », « Angel », « Tightrope », « Starling » et le morceau-titre en ouverture). Au-delà de s’affirmer dans un registre très maîtrisé, elle séduit avec force et délicatesse.

Photo : Blackham

Retrouvez l’interview accordée par l’artiste à l’occasion de la sortie de son album précédent et la chronique de « Shining In The Half Light » (2022) :

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Blues Rock France

Paul Personne : la liberté dans l’humilité [Interview – Part 2]

Après avoir évoqué son actualité encore brûlante avec la sortie du coffret « A L’Ouest », comprenant la réédition des albums « Face A » et « Face B » et augmenté d’un DVD live enregistré en 2011, le guitariste et chanteur revient cette fois plus largement sur sa carrière. L’occasion aussi de l’interroger sur son regard sur la scène française, l’industrie musicale plus largement, le Blues d’aujourd’hui et plus concrètement les émotions que ce soit de véhiculer et de diffuser la musique, selon lui. Entier et authentique, PAUL PERSONNE se livre sans détour dans cette seconde partie d’une interview riche en enseignements.

– En 2007, il y a aussi eu « Amicalement Blues » avec Hubert-Félix Thiefaine, qui était la rencontre entre vos deux univers et qui avait débouché sur un très bel album. Est-ce que tu serais, aujourd’hui, tenté par une nouvelle expérience de ce type et avec quel artiste penses-tu que cela serait possible ?

Je ne saurais du tout te dire. Tu sais, ma vie est faire de rencontres, de hasards, d’occasions… Comme je ne prémédite rien , je ne me suis jamais dit que j’allais faire telle ou telle chose. Ça s’est passé comme ça avec Higelin qui m’avait fait écouter les mises à plat de son album « Illicite » (1991 – NDR), et dont il n’était pas très content. Je lui avais dit qu’on pouvait faire mieux et je me suis retrouvé en studio à faire le mix. Je ne m’y attendais absolument pas ! Pareil pour Johnny qui m’appelle pour faire le Parc des Princes avec lui. Ce sont vraiment les circonstances et c’est exactement ce qui s’est passé avec Hubert-Félix. C’est parti d’une opportunité par rapport à l’album Blues de Johnny. J’avais des musiques, Hubert avait des textes et on s’est retrouvé à faire des trucs ensemble. On a proposé et ça n’a jamais été accepté. Mais pour moi, Johnny n’a jamais entendu les titres qu’on proposait, parce que je pense qu’il y avait quelques chansons qu’il aurait vraiment aimé. Du coup, Hubert-Félix m’a proposé de faire notre propre album Blues. On avait l’énergie, on a bien rigolé, c’était super et on a même fait quelques concerts. Pour revenir à ta question, je ne vois vraiment pas sur qui je pourrais me projeter. Ça ne peut être que le hasard qui m’amènerait à refaire quelque chose comme ça. Il faudrait que cela naisse d’une circonstance pour repartir sur une future aventure.

– C’est une question de génération, ou pas ?

Non, je ne pense pas. C’est vrai qu’avec Hubert-Félix, il y a eu connexion. On était un peu deux animaux sauvages du show business, un peu marginaux dans ce milieu. Et puis, on se connaissait déjà, on avait des atomes crochus et on avait déjà passé de bons moments ensemble. On s’était mutuellement invités sur nos albums. Pourtant, nous sommes complètement opposés dans nos personnalités, lui étant plus extraverti et moi plus introverti. Et c’est ce mélange qui était plutôt sympa et qui a donné cette rencontre vachement positive. Mais pour les générations, je ne crois pas, car j’ai toujours été quelqu’un de très ouvert. J’ai toujours écouté beaucoup de choses. En fait, ça me touche ou pas, ce qui ne veut pas dire que c’est bien ou pas. (Sourires) Je marche à l’émotion et il y a des trucs qui ne me parle pas. A partir du moment où c’est de la musique préfabriquée, ou que ça manque de sincérité, je dois inconsciemment le sentir et je n’accroche pas. Tous les trucs conçus pour telle ou telle case, tel ou tel public… Et puis, il y a l’IA qui déboule et qui commence à rafler la mise un peu partout avec des choses sans émotion et auxquelles certaines personnes commencent à adhérer. On joue sur les sentiments des gens avec des choses préfabriqués. On met à tempo à 120 BPM, comme le faisait d’ailleurs le Disco, ensuite on regarde la suite d’accords qui touche les gens. Après, on cherche les mots qui vont bien. Alors, c’est quoi ? Des histoires d’amour, de rencontres ou de ruptures. C’est hyper-machiavélique. Puis, on regarde ce qui plaît au niveau des voix. Il y a Taylor Swift qui marche fort et les gens aiment bien Aretha Franklin aussi, alors on va essayer de trouver quelque chose qui fait l’amalgame. Et les mecs te composent un truc complètement virtuel et qui peut normalement toucher les gens. Et apparemment, il y en a qui craquent là-dessus. Après, il y a des personnes qui s’en foutent plein les fouilles sur les plateformes et les trucs comme ça. Et à côté de ça, tu as de ceux qui crèvent la dalle, parce qu’aujourd’hui la vie de musiciens et d’auteur-compositeur est devenue très, très compliquée.

– Tu as lâché le mot quand tu parles de produit. C’est exactement ça, on n’est même plus dans la musique avec tout ce qu’il peut y avoir de feeling et d’émotion… On est dans le marketing pur et dur !

Oui, oui. Au départ, la musique est un état émotionnel. Tu as quelqu’un qui vient te raconter une histoire qui te donne envie de chialer, ou de rigoler, ou de danser ou juste de te sentir vivant, quoi. Là maintenant, on est dans une ère où les robots déboulent doucement, mais sûrement. On est dans un moment qui se déshumanise de plus en plus, y compris les gens vis-à-vis des autres. C’est vachement dur de trouver de l’empathie. Il y a beaucoup de grandes gueules, beaucoup de haine, de choses comme ça. Heureusement, il en reste encore, mais à petit niveau. On le découvre parfois dans des petites structures, des associations, dans les relations de tous les jours avec un commerçant ou autre, par exemple. Heureusement que ça existe encore, mais ça devient de plus en plus dur. J’espère que l’être humain, qui se sort toujours de situations très dramatiques, va à un moment donné parvenir à renverser la situation, que ce soit au niveau climatique qu’à celui de la déshumanisation aussi. Parce que sinon, on sait où on va, quoi… ! (Rires)

– Cela fait maintenant six ans que tu n’as pas sorti de nouvelles compositions. Est-ce que tu y travailles, ou comptes-tu plutôt faire revivre une nouvelle fois « Face A » et « Face B » sur scène ? Ou les deux peut-être ?

En fait, « Face A » et « Face B » sont juste une parenthèse, ce qui ne m’empêchera pas un jour de rejouer une ou deux chansons avec un autre groupe. Elles font partie de mon répertoire. Avant de partir en tournée, je regarde toujours ce que j’ai fait sur la précédente pour savoir ce que je pourrais ressortir des cartons. Il y a des titres que je joue dans toutes les tournées évidemment et qui sont un peu mes cartes de visite. Les gens aiment bien les entendre et j’aime aussi les jouer. Mais il y a des moments où je ressors des vieux morceaux, qui font partie de moi et qui sont un bout de ma vie. Donc, je peux très bien rejouer l’une de ses chansons sur scène. Pour le moment, j’ai quelques idées, des bouts de zique à droite, des mots à gauche et j’attends. Je laisse mûrir comme une période de jachère en quelque sorte. Même si le temps passe, ce n’est pas pour ça que je vais me précipiter pour sortir quelque chose et imposer un album aux gens, si ce n’est pas un besoin et un plaisir de le faire. Quand je commence à sentir que les mots viennent s’imbriquer sur des bouts de musique, que j’ai sur des dictaphones ou des calepins, je vois si ça marche bien et si ça commence à devenir une chanson. Là, je me dis que ça commence à sentir bon la rentrée en studio. Ce sont des petites choses comme ça, je laisse faire un peu la vie. J’attends que ça me porte… (Sourires)

– Tu es l’un des pionniers et des piliers du Blues français à chanter également dans ta langue. Quel regard portes-tu aujourd’hui sur la scène hexagonale, qui se porte de mieux en mieux ? Y a-t-il des groupes ou des artistes qui t’ont littéralement bluffé ces derniers temps ?

Oui, c’est vrai. Mais ce qui se passe en ce moment et que j’expliquais tout à l’heure à propos des revenus de droits d’auteurs, beaucoup d’artistes s’en sortent grâce au live, qui se porte bien. Et heureusement, même si certains concerts sont très, très chers. Mais en gros, les gens peuvent tourner à des échelles différentes, que ce soit dans un bar, dans un petit théâtre, dans des salles un peu plus grandes ou des festivals. Chaque été, il y a une liste incroyable de festivals. C’est vrai que la scène se porte bien et des tas de musiciens peuvent jouer. Après, j’entends des choses qui me plaisent et d’autres moins. Je ne suis pas du tout blasé, car il y a des choses qui m’émoustillent encore et ça me rassure d’ailleurs ! (Rires) Et en même temps, j’ai entendu tellement, tellement de trucs qui m’ont nourri toute ma vie depuis mon adolescence. J’étais véritablement une éponge. Parfois, j’écoute des choses intéressantes, mais que je connais déjà finalement. Certains parfums reviennent. Il y a de bons grooves, de belles mélodies, des choses intéressantes dans les textes, mais je ne suis pas étonné. Ça ne me scotche pas comme quelque chose que je n’aurais jamais entendu. Et ce n’est vraiment pas grave, car mon avis n’a aucune importance ! (Rires) C’est vrai que la scène française se porte bien, car elle s’est enfin décomplexée de cet ascendant et de cette hégémonie anglo-saxons. Elle a fini par trouver son truc, elle a aussi trouvé son public et je trouve ça positif. Ça me plaît que la France existe à travers des musiciens qui ont de la personnalité sans avoir toujours recours aux ficelles américaines ou autres.

– Justement, il y a finalement assez peu de groupes qui chantent en français dans le domaine du Blues. Qu’en penses-tu ? C’est de la frilosité, une question de génération aussi peut-être, ou une priorité qui n’est sans doute plus mise sur les textes finalement ?

C’est parce que c’est compliqué en raison de cette fameuse langue anglaise qui sonne si bien. Pour ceux qui ont été élevé avec cette musique-là, ça sonne, quoi ! L’anglais est une langue plus courte et plus concentrée et elle swingue peu importe ce que tu écoutes. Elle arrive à dire plein de choses avec peu de mots. Le français est une langue poétique, littéraire et que beaucoup de gens admirent, car c’est une belle langue. Bob Dylan est fan de Rimbaud et Baudelaire, tu vois. Mais c’est compliqué à partir du moment où tu fais de la musique. Il y a des gens, dès qu’ils chantent en anglais, ça va sonner, ils vont trouver leur truc. Et dès qu’ils vont chanter en français, ça va sonner variété ou ce genre de choses ! (Sourires). Donc, c’est un exercice de style vachement compliqué. Chanter en anglais, c’est la facilité ou c’est se dire qu’on s’en fout, qu’on ne veut pas uniquement jouer en France, mais aussi s’exporter. On est ouvert sur le monde, donc on veut aller jouer en Allemagne, en Italie, en Angleterre, aux Etats-Unis, en Australie, … Alors, il vaut mieux une langue internationale comme l’anglais. Après, pour les groupes français, il peut y avoir un décalage entre ce que tu vas dire entre les morceaux et ce que tu vas chanter, où les gens ne comprendront peut-être pas. Moi, je me suis dit que c’était un peu nul de chanter en anglais devant des Français. C’est à partir du moment où j’ai compris ce décalage que j’ai chanté en français. Et puis, j’ai aussi compris l’importance du poids des mots en écoutant des gens comme Claude Nougaro, Léo Ferré, Jacques Higelin, Eddy Mitchell, Johnny, Téléphone ou Trust. Voilà, le poids des mots ! Je pense que si les gens ont craqué pour Trust, par exemple, c’est pour la voix de Bernie aussi sur « Antisocial » notamment. Des groupes de Hard Rock en anglais, il y en avait à l’époque, mais des Frenchies, il n’y en avait pas ! Je pense que l’émotion vient des deux : la musique et la langue. Maintenant, c’est vrai que ça sonne bien en anglais et écrire en français demande un super effort. Il faut faire swinguer les mots. Et je pense aussi que les gens sont nettement plus touchés quand ça leur parle directement et qu’ils comprennent les textes. C’est ce qu’ils me disent en tout cas. Et le Blues permet beaucoup de choses aussi dans la forme. Il y a une très grande liberté.

– Et il y a aussi et surtout quelque chose que tu as, toi, c’est une voix…

C’est gentil de me dire ça, mais je ne l’ai jamais vraiment aimé, je l’ai toujours détesté. C’est vrai que parfois je chante des mots et ça se pose bien. Peut-être qu’avec quelqu’un qui aurait une voix plus belle ou plus claire, ça pourrait tomber à plat. Ma voix est un bon transporteur par rapport à ce que j’ai envie de véhiculer. C’est un drôle de truc finalement. C’est assez difficile à expliquer car, à une époque, les gens ont craqué sur la voix éraillée de Ray Charles. Ensuite en Angleterre, il y a eu le jeune Steve Winwood avec cette même influence, puis Joe Cocker avec sa voix complètement cassée. C’est pareil pour Bob Marley, qui a une identité vocale très forte. Et tous ne peuvent rien y faire. Finalement, les gens aiment ou détestent ces sonorités, ces tons et ça, on n’y peut rien.

– Enfin, on voit émerger des musiciens comme Markus King, Larkin Poe, Christone ‘Kingfish’ Ingram, Samantha Fish, Eddie 9V et d’autres aux côtés d’ailleurs de gens comme Joe Bonamassa, Kenny Wayne Shepherd, Beth Hart ou Ana Popovic pour n’en citer que quelques uns. Est-ce que tu penses que le Blues a changé de visage ces dernières années ?

Avec tous les noms que tu cites, ce qui a surtout changé, selon moi, c’est la technique et la technicité. Ils sont tous vachement dans la virtuosité. Cette musique, au départ, est simple, sensuelle, sexy et pas spécialement virtuose. Ce sont surtout des états d’âme. Quand tu écoutes John Lee Hooker, Lightnin’ Hopkins ou même Robert Johnson, qui étaient peut-être des virtuoses à leur époque, c’est quand même de la musique simple. C’est le Blues anglais avec Eric Clapton qui a déclenché les hostilités avec ce putain de son qu’il avait ! Il a scotché tout le monde ! (Rires). Et ensuite avec Peter Green et Mick Taylor aussi, le trio infernal ! Et aux Etats-Unis, il y avait BB King, Freddie King et Albert King, l’autre trio infernal et beaucoup d’autres encore ! Et au bout d’un moment, on ne peut pas empêcher les gens d’évoluer, Et aujourd’hui, on a des guitaristes qui jouent fabuleusement bien, qui se baladent entre le Blues et le Jazz avec des gammes et des modes particuliers où ils mélangent tout. Ça joue super bien, je regarde ça en me disant que je ne jouerai jamais comme ça et ce n’est pas grave ! Ce n’est pas le Graal de ma vie, (Sourires) Je reste très sensible au Allman Brothers Band où il n’y avait pas une énorme virtuosité, c’était vachement bien et ça ne cavalait pas tout le long du manche en permanence. Aujourd’hui, je reconnais bien sûr la grande technique d’une certaine nouvelle génération, mais ça ne me touche pas des masses. Les mecs s’éclatent, c’est super et je respecte, mais il y a du déjà-vu et du déjà-entendu qui est poussé à l’extrême. Il n’y a aucun problème, mais ce n’est pas mon chemin, car mes influences sont sans doute plus vastes aussi. Je tourne un peu toujours autour des mêmes accords, Je suis un mec bluesy, je fais de la musique bluesy, mais je ne fais pas forcément du Blues. Je connais ce qui se fait aujourd’hui. Je leur tire mon chapeau, mais ce n’est pas forcément des choses qui me touchent. Ils jouent super bien, mais voilà, quoi… (Sourires)

Le coffret « A L’Ouest » de PAUL PERSONNE, avec les réédition de « Face A » et « Face B » et le DVD « Live A La Traverse » (2011), est disponible chez Verycords.

Photos : Eric Martin (3) et Olivier Ducruix (4).

Retrouvez la première partie de l’interview :

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Blues Rock France

Paul Personne : la liberté dans l’humilité [Interview – Part 1]

Habile jongleur de mots et guitariste d’une grande finesse, PAUL PERSONNE livre ses notes délicatement bleutées depuis quelques décennies maintenant au point d’être devenu une figure incontournable du Blues à la française. Car, malgré une vaste culture musicale, c’est ce style qu’il a choisi, et qui lui va si bien, qu’il enrobe d’un Rock sincère. Près de 15 ans après leur sortie avec le groupe A L’Ouest, le musicien ressort les albums « Face A » et « Face B », accompagnés d’un DVD live capté en décembre 2011 à ‘La Traverse’, emblématique salle située à Cléon en Normandie. L’occasion de revenir avec lui sur ses deux opus, leur histoire et plus largement sur sa carrière et sa vision de la musique. Une interview fleuve, dont voici la première partie…

– Avant de parler de ce beau coffret, j’aimerais que l’on revienne sur les disques originaux. Dans quel état d’esprit étais-tu à l’époque, car je crois que c’est le nombre de morceaux qui t’a poussé à sortir d’abord la « Face A » et ensuite la « Face B » dans la foulée ?

Oui, c’est toute une histoire et c’était même un peu improvisé à l’époque. On avait monté tout ça avec le groupe A L’Ouest. On se connaissait depuis pas mal de temps, on tapait souvent le bœuf jusqu’au jour où je leur ai proposé de faire nos propres morceaux dans un style entre Rock et Blues. Il y avait une chouette complicité entre nous, c’était rigolo et on se marrait bien. Ils étaient jeunes, mais il se passait vraiment quelque chose. Et au moment où il y a eu le projet de sortie d’album, on partait surtout sur un EP, car nous n’avions pas assez de titres. Or, j’en avais d’autres sur le feu et le label nous a suivis en nous laissant le temps de compléter le tout. C’est de là qu’est venue l’idée de « Face A » et « Face B ». On a donc finalisé ce premier disque et ensuite, on s’est mis sur le second pendant que le premier sortait. C’était assez marrant. J’avais déjà fait ce genre d’expérience avec « Demain, il F’ra Beau » et « Coup d’Blues », qui étaient sortis à six mois d’intervalle. Ces deux albums étaient différents l’un de l’autre, et là je retombais un peu dans le même principe et c’était amusant. Donc, on a sorti le premier et le second six mois plus tard environ, juste au moment du début de la tournée.

– D’ailleurs, pourquoi n’as-tu pas opté tout de suite pour un double-album, quitte à attendre un peu ? Tu avais déjà distingué deux atmosphères différentes en faisant la tracklist, voire au moment de la composition ?

Non, il n’y avait pas de distinction ou d’orientation musicale différente. C’était fait dans le même moule, dans la continuité. L’idée de sortir « Face A » d’abord était de nous laisser du temps, sinon il aurait fallu attendre six mois de plus où il ne se passerait rien. C’est à ce moment que j’ai rencontré Gérard Drouot, qui m’a proposé de faire un Olympia et de commencer à avoir des concerts. On est donc parti sur la route et dès qu’on rentrait à la maison, on finissait « Face B ». Et puis, c’était intéressant car, après avoir enregistré dans des super studios avec des musiciens américains, etc., on se retrouvait dans un petit local, comme des mômes, en conditions live et artisanales. Et la situation me plaisait beaucoup ! On faisait les choses dans notre coin, et c’est quelque chose que j’ai toujours aimé aussi de toutes manières. On ne se posait pas de questions comme savoir si ça allait plaire aux gens, ou pas. Comme je dis souvent, je propose et les gens disposent. Je ne m’intéresse pas à l’aspect commercial de la musique. On s’est vraiment fait plaisir, on a vraiment passé du bon temps et il s’en est suivi une super tournée.

– Aujourd’hui sort donc ce coffret, « A L’Ouest » avec en bonus cette vidéo issue des captations des deux concerts enregistrés les 3 et 4 décembre 2011 à ‘La Traverse’ en Normandie. C’est vrai que les deux albums studio sont aujourd’hui indisponibles, mais pourquoi ces deux dates ? Ont-elles été un point culminant de cette tournée pour toi ?

Au contraire, c’était le début de la tournée, L’aventure A L’Ouest s’est terminée en 2015 par un enregistrement au Stéréolux à Nantes et qui est ensuite sorti sous le titre « Electric Rendez-Vous ». Là, nous étions en fin de tournée et je suis ensuite parti sur autre chose. A ce moment-là, à ‘La Traverse’, nous sommes au tout début, les albums venaient tout juste de sortir. Tout à l’heure, tu parlais de fraîcheur et de spontanéité et il y avait vraiment de ça. Et je le ressentais pleinement. Alors, comme on restait deux jours à Cléon, je me suis dit que ça valait le coup d’enregistrer quelque chose. Plus pour conserver un souvenir, pas à des fins commerciales. L’idée était de garder une trace de cette époque. Et depuis, en fin de compte, ça restait dans des cartons. Dès le moment où il a été question de rééditer les deux albums, je me suis dit que ce serait sympa de le faire avec un petit bonus. J’ai rappelé ceux qui avait enregistré la captation et avec le bassiste Nicolas Bellanger, on a mixé l’audio. J’ai sélectionné 13 chansons, qu’on ne retrouvait pas ailleurs et on a fait un montage. Ça fait un souvenir sympa d’un chouette moment, où on s’est vraiment amusé ! (Sourires) Il y a des moments assez inattendus avec des improvisations aussi. Et ça reste un beau témoignage de cette époque.

– Aujourd’hui, la vidéo a pris beaucoup d’importance dans la communication des artistes. Est-ce que c’est aussi ça qui t’y a poussé, car tu aurais tout aussi pu sortir un album live plus classique ?

Oui, bien sûr, mais je l’avais déjà beaucoup fait par le passé. Cette fois, ça ne me disait pas grand-chose de sortir un album live. Ça m’intéressait surtout de ressortir les albums studio. Ils ont un certain charme, car ils ont été faits très spontanément et je les ai finalement composés assez vite aussi. Dès l’idée de « Face B », entre les concerts, il fallait se mettre au boulot sur les textes, finir certaines parties, penser aux arrangements, … Il y avait une super énergie à ce moment-là. Et il y a une sorte de fil conducteur, on faisait vraiment ce qui nous passait par la tête comme tous ces petits bruits que l’on retrouve sur les disques. Je ne veux pas parler de concept album, mais il y a un petit côté comme ça avec une chouette ambiance sur les deux albums. C’est pour ça que je trouvais dommage que ces disques restent inconnus, un peu dans l’ombre. Alors quand le label m’a proposé une réédition, j’ai vraiment trouvé l’idée cool, car il y a beaucoup de gens qui ne les connaissent pas.

– D’ailleurs, est-ce que tu as remasterisé les deux albums, ou est-ce qu’ils ressortent dans leur version originale ?

Oui, j’ai tenté une remasterisation. L’idée était de repartir des mixes de base, alors on a fait ce qu’on pouvait faire. Je voulais essayer d’améliorer un petit truc. Le mastering de base était bien, et si cela ressortait comme ça, ça ne me dérangeait pas, non plus. Mais j’ai voulu donner un petit coup de boost et voir si on pouvait améliorer l’histoire. On a gagné un petit truc, qui est pas mal, je pense. Et le mastering du DVD a été fait dans le même esprit et c’est vachement bien. C’était juste histoire de redonner un petit coup de peinture là-dessus, tu vois… (Rires)

– Ton dernier album date de 2019, « Funambule (ou tentative de survie en milieu hostile) » et il a été suivi d’une tournée stoppée net par le Covid. Comment as-tu vécu ce break forcé, d’autant que les salles affichaient complet ?

Ça a été vachement dur, car j’avais monté une équipe de chouettes musiciens. On se marrait bien, la tournée était lancée et comme tu le dis les salles étaient pleines. Comme à chaque fois, cela me surprenait et me faisait très plaisir, parce que je ne suis pas un mec médiatisé. Je ne vais pas sur les plateaux de télé ou dans les talk-shows. Et cela me va très bien comme ça, car j’ai toujours vécu ma vie de musicien comme un artisan. Je n’ai jamais cherché à faire des tubes, je n’ai jamais travaillé dans ce sens-là. Je fais la musique que j’ai envie, je propose des petites aventures aux gens avec des mots et des sensations et je finis par avoir une fidélité du public qui est géniale. Et au début de cette tournée, qui se passait super bien, arrive le Covid, qui a fait du mal à beaucoup de gens. C’est une horreur mondiale que nous avions vécu. C’était très dur. L’avantage que j’ai eu par rapport à cette tournée, c’est qu’elle n’a pas été annulée, mais reportée. En dehors d’un ou deux concerts, j’ai pu refaire la plupart des dates courant 2020/2021 et cela m’a amené jusqu’à l’Olympia en 2022, le jour de la Saint-Valentin. (Sourires) Mais j’ai quand même pu continuer la tournée avec la même équipe, les mêmes musiciens et le public qui a été fidèle au poste. Donc ça, c’est cool ! (Sourires)

– Est-ce à ce moment-là qu’a germé l’idée des deux volumes de « Dédicaces (My Spéciales Personnelles Covers) », sortis en 2023 ? Et est-ce parce la pandémie ne te permettait pas de te projeter artistiquement que tu t’es lancé dans ce projet, ou c’est quelque chose que tu mûrissais déjà depuis un moment ?

Oui, c’est quelque chose à laquelle je pensais depuis longtemps. Ça fait partie des trucs qui me trottent dans la tête et que je ne mets jamais à jour. Ça remonte même aux années 90, où j’en avais parlé à Didier Varrod, mon directeur artistique chez Polydor, en lui disant que je voyais des Américains et d’autres faire pas mal de covers, et que j’aimerais bien réaliser un album de reprises de gens que j’aime bien et dans un vaste panel. J’avais déjà rencontré beaucoup d’artistes comme Johnny, Eddy Mitchell, Jacques Higelin, Manu Dibango et d’autres encore. L’idée était de leur faire un coup de chapeau, par rapport à tous ces moments que j’ai passé avec eux. Ensuite, l’idée est tombée aux oubliettes et je suis passé à autre chose. Peut-être qu’inconsciemment le Covid m’a mené à ça, en effet, avec aussi l’arrêt de la tournée. J’ai donc repris mon huit-pistes et je me suis amusé à jouer et à sélectionner des chansons. Le plus dur a été de choisir. Malgré les deux volumes, je n’ai pas pu tout mettre. Il y en a encore beaucoup d’autres que j’aurais pu reprendre. Il aurait presque fallu faire un troisième volume ! (Sourires) C’était vraiment un truc que j’avais au fond de moi et que je voulais faire…

A suivre…

Le coffret « A L’Ouest » de PAUL PERSONNE, avec les réédition de « Face A » et « Face B » et le DVD « Live A La Traverse » (2011), est disponible chez Verycords.

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Alter Bridge : into the core [Interview]

Plonger au cœur de son ADN musical en affichant clairement un son et un songwriting reconnaissables entre tous après plus de 20 ans de carrière, tel est l’objectif d’ALTER BRIDGE. Et le fait de sortir un huitième album éponyme ne doit rien au hasard. « Alter Bridge » reflète bel et bien l’essence-même du quatuor américain, et s’il avait encore des limites, elles sont franchies avec force et talent. Articulé autour de Mark Tremonti (Creed, Tremonti) et Myles Kennedy (Slash & The Conspirators et en solo), le groupe rayonne comme jamais, assène un mur de guitares imposant, un duo basse/batterie massif et un chant puissant, sans jamais négliger la finesse dont il a toujours fait preuve. Entretien avec Mr Kennedy, son frontman, guitariste et compositeur au regard passionné et passionnant sur son art.

– L’une des choses qui impressionne sur ce nouvel album, c’est le fait qu’il résume parfaitement le caractère du groupe d’une part et d’autre part, que vous avez aussi conservé le même line-up, ce qui devient assez rare aujourd’hui…

Oui, c’est vrai, mais je pense qu’aucun d’entre-nous n’aime les drames ! (Rires) Nous sommes des gars un peu sentimentaux et nous voulons juste faire de la musique. D’ailleurs, peut-être que s’il nous arrivait des choses un peu plus dramatiques, cela nous aiderait à progresser encore ! (Rires) En fait, je dis ça car parfois certains groupes, qui se battent en interne, sortent des albums brillants. Pour nous, c’est différent. Nous parvenons à créer ce que nous voulons et cela fonctionne très bien. On a su conservé un environnement de travail, qui est très préservé… (Sourires)

– D’ailleurs, dans ce style, vous êtes l’un des groupes les plus emblématiques de la période post-2000. Penses-tu que ce nouveau millénaire ait aussi déclenché une nouvelle façon d’aborder le Hard Rock dans le fond plus que dans la forme ?

Oui, absolument, car dans les années 90, l’époque était surtout au Grunge et au Rap. Quand nous sommes arrivés, beaucoup de gens ont même parlé de post-Grunge, juste parce que cela arrivait après l’énorme succès du style. C’est assez logique d’ailleurs. De notre côté, nous avons essayé d’intégrer de nouveaux éléments venant de différents courants et de nous les accaparer, d’en faire notre propre son. Nous avons été très influencés par Soundgarden, par exemple, mais aussi par d’autres groupes plus contemporains comme Mastodon, qui a eu un impact profond sur moi, comme Gojira aussi d’une certaine manière. En fait, ce que tu peux toujours essayer de faire, c’est d’écouter beaucoup de choses et d’en concevoir ta propre recette : une sorte de mélange Rock’n’Roll.

– L’album a été en partie conçu dans les studios 5150 d’Eddie Van Halen. J’imagine que l’émotion a du être grande là-bas. Comment avez-vous géré ça, car il doit y avoir un mélange d’émotion, de respect et d’humilité aussi ? Tout cela s’est-il transformé en moteur et peut-être même en source d’inspiration ?

Oh oui, c’est vraiment devenu une grande source d’inspiration. En ce qui concerne Mark et moi, en tant que guitaristes tous les deux, cela a beaucoup joué et l’album est ce qu’il est pour cette raison-là aussi, notamment au niveau des riffs. Nous sommes d’ailleurs arrivés avec beaucoup trop d’idées. On avait en tête le fait d’être dans l’un des endroits les plus prestigieux où tu as l’occasion de jouer dans une carrière, et où l’on peut faire à peu près tout ce qu’on veut par rapport aux guitares. Oui, je pense que tout cela nous a vraiment inspiré et aidé aussi à mettre un pied devant l’autre par rapport à nos propres idées. Cela a indiscutablement rendu l’album meilleur.

L’album est plus sombre que les précédents, avec un contenu aux paroles peut-être plus graves aussi. C’est vrai que le monde est de plus en plus incertain et son équilibre fragile. Est-ce que vous avez puisé dans ce contexte pour composer l’album ?

Oui, un peu, c’est vrai. Par exemple, il y a des thèmes comme celui des gens vraiment toxiques, qui attendent simplement votre réaction et vous regardent sombrer, ou d’autres personnes qui sont dans des relations malheureuses et abusives… Comment naviguer dans tout ça ? Comment y survivre ? C’est un peu tout ça qui se retrouve sur l’album et c’est vrai que ce sont, en effet, des choses très lourdes de sens et pesantes. De ce point de vue, c’est sans doute notre disque le plus intense.

– Après les studios 5150, vous êtes allés terminer l’album en Floride aux studios Barbarosa que vous connaissez très bien. Etait-ce aussi par désir de vous reconnecter à un lieu familier pour apporter la touche finale à l’enregistrement ?

Je pense que cela vient de Michael (‘Elvis’ Baskette, producteur – NDR). Il savait que nous avions terminé la préproduction aux studios 5150 et que cela nous ferait du bien de sortir de notre élément, car il nous influençait d’une certaine façon malgré nous. La préproduction est la partie la plus importante dans la création d’un album, car on prend toutes les idées, les chansons et on les solidifie, tout en sachant que les arrangements jouent un rôle important aussi plus tard. Donc, une fois que c’était fait, il ne restait que l’enregistrement, notamment celui de la batterie. Alors, nous sommes retournés en Floride pour ne pas non plus imposer notre présence à Wolfgang (Van Halen – NDR), afin qu’il puisse aussi utiliser le studio quand il le souhaitait. Et je pense que cela a été une bonne idée de retourner sur la côte Est pour enregistrer les voix et les guitares. Et puis, c’est aussi un endroit plus proche de chez nous, et logistiquement, cela avait donc plus de sens.

– Avec Mark, vous êtes deux guitaristes très affûtés et virtuoses et vous avez d’ailleurs deux styles assez différents. Comment avez-vous travaillé sur ce nouvel album ? Est-ce que chacun est venu avec ses idées et vous les avez confronté ou compléter, ou vous arrive-t-il aussi de composer ensemble, dans la même pièce ?

Cela dépend vraiment beaucoup, car nous sommes très souvent dans des endroits différents dans le pays. Parfois, j’aime laisser les chansons ouvertes en me disant que peut-être Mark, ou quelqu’un d’autre dans le groupe, aura une idée sur telle ou telle partie. Mais cela dépend vraiment des morceaux finalement. Il arrive régulièrement que Mark fasse des démos avec beaucoup de choses déjà abouties et je n’ai juste qu’à ajouter la mélodie. C’est un peu de cette façon que je travaille avec Slash aussi. Il m’envoie ses maquettes et je pose les couplets et les refrains. Mark a beaucoup d’idées et cela aide, bien sûr. Mais il n’y a pas de façon de faire vraiment systématique entre nous. C’est quelque chose qu’on fait depuis longtemps maintenant, et nous réussissons à trouver le meilleur de nous-mêmes comme ça. Je pense qu’il y a plein de façons pour parvenir à construire une bonne chanson.

– ALTER BRIDGE est toujours très pointu au niveau des guitares, bien sûr, mais pas seulement. Et vous restez toujours très fédérateurs dans les refrains et les mélodies. Comment faites-vous l’équilibre et quel est ton regard sur la scène actuelle de ce point de vue ?

Tu sais, nous faisons beaucoup de festivals et je vois peu à peu que les groupes commencent à adopter des voix qui s’éclaircissent de plus en plus, qui tirent vraiment vers le chant clair. Mais c’est cyclique et c’est assez marrant de voir cette évolution. (Sourires) J’aime bien regarder les tendances. Mais il y a toujours aussi des approches très primales, très lourdes et fortes. Et j’aime bien aussi… C’est une tonalité et une approche différentes ! (Sourires)

J’aimerais que l’on dise un mot « Slave To Master », un morceau qui fait presque dix minutes et qui est monumental. C’est d’ailleurs le plus long de votre discographie. Comment a-t-il vu le jour, car vous êtes habituellement plus direct et concis ?

Oui, mais au départ, l’objectif n’était pas d’en faire un morceau si long. En fait, c’était deux chansons distinctes. Une fois que j’avais trouvé les premières minutes du morceau, mon objectif était simplement d’atteindre le pont du titre. Et puis, Mark a eu cette partie vraiment cool, très spontanée qu’on a tous beaucoup aimé. Finalement, on s’est dit qu’on allait la prendre et la mettre à la suite d’une autre que j’avais déjà composé. Et c’est parti comme ça ! (Sourires) Si tu veux tout savoir, initialement, j’allais prendre le solo, puis c’était au tour de Mark. On était en studio et il a commencé à jouer. Il a commencé et c’était vraiment long ! J’ai trouvé ça franchement génial et puis, je n’avais que huit accords à faire. C’était tellement simple à jouer que cela offrait plus de liberté aux solos. Alors, Elvis m’a dit de le jouer avec mon cœur et c’est ce que j’ai fait. A la base, cela aurait du être beaucoup plus court, pas un peu plus de neuf minutes, en tout cas ! (Rires) C’est vrai que je n’y avais jamais pensé, merci de me l’avoir fait remarquer ! (Rires)

– Enfin, et en plus d’ALTER BRIDGE, tu joues parallèlement avec Slash & The Conspirators et en solo, et à chaque fois dans des ambiances différentes. Comment est-ce que tu t’y retrouves et est-ce que distinguer les trois formations se fait naturellement ?

C’est parfois difficile de donner du crédit à ce que j’écris. Est-ce que j’ai déjà fait ça il y a dix ans ? Est-ce que ça vient vraiment de moi ? C’est l’éternelle question. Je pense que le plus important est de rester le plus proche de ce que je suis et de mon ADN musical. C’est de cette façon que j’aborde mes albums solos en tout cas. Ce sont des choses que tu dois explorer, établir et le faire pour toi-même. Ensuite, quand je reviens avec Slash ou ALTER BRIDGE, je fais partie d’un groupe uni et il y a donc l’art du compromis, qui entre en compte. Mais c’est à travers ça que tu créés des choses que tu n’aurais jamais pu faire tout seul. Certains trouveront que c’est mieux quand je compose seul, par exemple. C’est aussi toute la beauté de la subjectivité ! (Sourires) Certaines personnes aiment le chocolat, d’autres c’est plutôt la vanille. Ce que j’essaie de faire, c’est juste de mixer l’ensemble et d’y apporter quelques saveurs pour en faire une bonne glace ! (Rires)

Le nouvel album éponyme d’ALTER BRIDGE est disponible chez Napalm Records.

Photo : Chuck Brueckmann

Retrouvez les chroniques des deux derniers albums solos de Myles Kennedy :

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Heavy Stoner Rock International Stoner Doom Metal

Beast Eagle : animal ferocity [Interview]

Il y a quelques semaines, le quatuor américain sortait un nouvel EP, « Sorceress », particulièrement captivant et accrocheur. Basé sur un Stoner très Heavy et épais, quelques touches de Hard Rock et même une légère saveur bluesy, BEAST EAGLE semble ici prendre véritablement en envol. Mené par une frontwoman, Kate Lewis, qui apporte beaucoup de force et de mélodie aux morceaux, le quatuor s’est forgé un style bien à lui, loin des références qui l’ont animé au départ de l’aventure. D’un Stoner Doom âpre et massif, le groupe du Nebraska a gagné en finesse, a éclairci son jeu et rivalise aujourd’hui avec n’importe quelle formation du genre. Guitariste et membre fondateur, Austin L’Ecuyer revient sur ce parcours, sa vision artistique et l’évolution du combo.

– BEAST EAGLE a un parcours assez particulier, puisque vous avez sorti « Loud At Plat Black Studios » deux ans après la création du groupe, et surtout c’est un album entièrement instrumental axé sur un Stoner Doom très rugueux. Il s’en dégage un sentiment d’urgence et il sonne aussi très live. Quel regard portez-vous aujourd’hui sur cette première déflagration et vos débuts ?

Quand on a formé le groupe, on voulait un son brut et authentique, avec de gros amplis à lampes et d’énormes enceintes. On voulait un son puissant et percutant. On voulait aussi un son rapide, pas trop lent comme beaucoup de groupes de Stoner Doom qu’on écoutait. Du coup, on a intégré des éléments Metal et Rock qu’on avait tous en commun et on a créé notre première démo.

– Il y a trois ans, Kate Lewis vous a rejoint pour donner de la voix et poser des mots sur la musique de BEAST EAGLE. A quel moment et pour quelle raison avez-vous décidé de d’intégrer du chant ?

Au cours de notre première année, alors que le groupe prenait de l’ampleur, on nous disait sans cesse que notre musique atteindrait un tout autre niveau avec la bonne chanteuse. A chaque concert, c’était la même chose. On a lancé une recherche sur Internet, mais sans grand succès. Puis, Kate est venue à notre premier concert après la pandémie. Et elle a dit : « Salut, je m’appelle Kate et je vais être votre chanteuse ». Je lui ai avoué que je n’étais pas fan des chanteuses dans le Metal et que je n’imaginais pas vraiment une chanteuse pour ce projet. Quelques mois plus tard, on a organisé des auditions. Kate est arrivée avec le morceau « Heavy Bones » déjà écrit. Elle était incroyable et nous a vraiment bluffés. Dès la première note, on a su que c’était elle.

– Sur votre premier EP éponyme, vous avez amorcé un virage plus Hard Rock et moins Doom. Aviez-vous besoin s’apporter un peu de lumière à votre registre et éclairer un peu votre direction musicale en étant peut-être moins âpres ? 

Je ne crois pas que notre choix se soit porté sur une musique moins agressive ou plus légère. Avec les changements de formation au sein du groupe, nous avons tous ressenti le besoin d’explorer davantage le groove et la mélodie, plutôt que de nous cantonner à un son Stoner Rock plus marqué. Le premier EP est un réenregistrement assez fidèle de notre première démo, mais avec un travail plus abouti et une direction plus précise. L’intégration des voix aux morceaux a permis de leur donner une dimension plus complète.

– Avec « Sorceress », BEAST EAGLE donne une touche assez bluesy à ce deuxième EP, tout en restant aussi occulte dans la démarche. Est-ce que vous avez le sentiment d’avoir peaufiné votre jeu au fil des sorties, ou est-ce juste une évolution naturelle pour vous ?

Je crois que ce groupe puise son inspiration dans un mélange incroyable de genres musicaux, bien au-delà du Rock. Du coup, à chaque réalisation, on évolue au gré des influences musicales qui nous entourent. J’adore m’inspirer de toutes ces sources et laisser les chansons se développer librement.

– D’ailleurs, vous avez sorti deux EPs après un premier album, tandis que c’est souvent l’inverse. Vous préférez les formats courts, ou est-ce aussi une façon d’occuper l’espace avec des réalisations régulières dans une industrie musicale très bousculée ces dernières années ?

Ces dernières années ont indéniablement transformé notre vision de l’industrie musicale. Sortir des morceaux plus fréquemment est sans aucun doute préférable pour capter l’attention volatile du public. Certes, composer un album complet demande plus de temps et de concentration, mais la récompense est à la hauteur : plus de 20 minutes de musique à écouter. D’ailleurs, il est grand temps de sortir un album avec notre formation au complet pour faire découvrir à tous toute la richesse de l’univers BEAST EAGLE.

– Par ailleurs, l’arrivée de Kate au chant n’a pas vraiment ralenti vos ardeurs. Qu’est-ce qui a le plus changé, selon vous, en devenant un quatuor et en quittant un registre instrumental aussi ? Votre approche dans la composition a-t-elle évolué et vous arrive-t-il aujourd’hui de partir du texte pour créer le climat d’une chanson ?

L’écriture n’a pas vraiment beaucoup changé depuis l’arrivée de Kate. On commence toujours par les instrumentaux, puis on ajoute les voix. Avec une chanteuse, on modifie parfois les paroles pour les adapter à certains passages. Le chant donne toujours une direction plus claire aux morceaux et nous permet de trouver une meilleure dynamique.

– Ce nouvel EP est basé sur l’histoire d’une sorcière et elle évolue au fil des morceaux. C’est assez rare de développer un concept sur ce type de format court. Est-ce que cela fait plus largement partie de l’imaginaire de BEAST EAGLE dans son ensemble, et donc un album n’était pas forcément nécessaire ?

La création de cet EP concept a été un parcours complexe, c’est certain, mais nous avions commencé à l’écrire en gardant l’idée des sorcières en tête. Cinq chansons nous semblaient suffisantes pour raconter l’histoire sans laisser place à des digressions inutiles. Je ne sais d’ailleurs pas encore si nous referons un album concept à l’avenir.

– Enfin, BEAST EAGLE montre un jeu très équilibré sur « Sorceress » avec des parties de guitare aiguisées et tranchantes, une rythmique massive et un chant captivant. Vous avez même été sacré meilleur groupe de Hard Rock dans votre ville d’Omaha, Nebraska. J’imagine que les concerts vont se succéder. Avez-vous déjà l’idée d’un premier album à quatre, ou d’un prochain EP, dans un coin de la tête ?

Nous vous réservons quelques petites surprises pour ce début d’année, qui tiendront nos auditeurs en haleine. Par ailleurs, nous avons commencé à composer notre prochain album, un album complet et  riche en rebondissements, qui vous captivera.

Le nouvel EP de BEAST EAGLE, « Sorceress », est disponible chez Golden Robot Records.

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Doom Metal Heavy metal International

Old Night : twilight odyssey [Interview]

Trois ans après « Ghost Light », le quintet fait son retour avec de nouvelles intentions et surtout un line-up dont les lignes ont bougé avec l’arrivée d’un nouveau membre, notamment. Toujours aussi mélodique et épique dans son approche, OLD NIGHT présente un Doom aux teintes très Heavy et où les atmosphères sont captivantes. Grâce à des riffs soignés, des chorus bien sentis et des solos millimétrés, « Mediterranean Melancoly » varie autant dans les tempos que dans les parties vocales, pour mieux édifier ces ambiances qui leur sont si personnelles. Luka Petrović, fondateur, compositeur, bassiste et chanteur de la formation croate, revient sur les changements au sein du groupe et la création de ce quatrième album, qui se présente comme une véritable odyssée.

– Sur ce quatrième album, il y a quelques changements suite au départ de Matej Hanžek, votre ancien chanteur et guitariste. Cela a donné lieu à une sorte de jeu de chaises musicales au sein du groupe, et Rafael Cvitković vous a aussi rejoint. Comment avez-vous abordé cette transition ?

Rafael est un ami de longue date, qui a d’ailleurs souvent joué de la guitare lors des balances et nous a même aidés avec le merchandising. Alors, quand Matej a quitté le groupe, nous avons décidé d’intégrer un troisième guitariste pour le remplacer et prendre le temps de trouver un chanteur. Rafael était le seul candidat. Comme il appréciait déjà notre musique et connaissait la plupart de nos morceaux par cœur, la décision a été facile. Ensuite, nous avons répété la setlist de base pendant deux semaines. En revanche, changer de chanteur s’est avéré bien plus compliqué. Ivan était notre premier choix, mais il était réticent au départ. Il se considérait avant tout comme notre guitariste et ne souhaitait pas se concentrer principalement sur le chant. Après avoir contacté plusieurs chanteurs potentiels, nous avons vite compris que nous ne trouverions personne de ce calibre dans la région. Par ailleurs, les autres options étaient soit trop éloignées, ce qui aurait rendu les répétitions au complet quasiment impossibles, soit elles ne correspondaient tout simplement pas à ce que nous recherchions. Finalement, nous avons convenu de faire une répétition avec Ivan au chant, et à la moitié de la première chanson, nous nous sommes regardés et nous avons su que c’était lui, et que nous avions notre nouveau chanteur.

– On peut aussi de dire que le renouvellement dans un groupe apporte un regain de créativité, un nouveau souffle, notamment dans ces changements de rôles pour vous. Est-ce que cela a été le cas et cela vous a-t-il ouvert de nouvelles perspectives ?

Absolument ! Même si la perte de notre chanteur principal a été un choc au départ, elle nous a en réalité rapprochés et nous a peut-être même permis d’apprécier davantage les choses. D’une certaine manière, nous avons dû repartir de zéro, du moins vocalement. Ivan avait toujours chanté dans OLD NIGHT, mais surtout en tant que choriste, et son style est assez différent de celui de Matej. Nous avons donc décidé de miser sur cette différence et de l’exploiter au maximum. Cela nous a sans aucun doute apporté un regard neuf et ouvert de nouvelles perspectives.

– Sur « Mediterranean Melancoly », OLD NIGHT se présente donc avec trois guitaristes, dont un nouveau. Est-ce que ce nouvel équilibre s’est fait naturellement et est-ce que vos rôles ont été définis rapidement ?

Nous avons toujours eu trois guitares, puisque Matej jouait aussi la rythmique. Mais oui, comme tu l’as justement remarqué, cet album est clairement plus axé sur la guitare. C’était en partie un choix délibéré, et aussi en partie dû aux influences musicales de Rafael. Il est plutôt branché Funeral Doom, Death Doom et Death Metal. Le seul ajustement que nous avons dû faire a été de réarranger certaines sections, car il était devenu trop difficile pour Ivan de chanter et de gérer tous les solos en même temps.

– Ce nouvel album est donc tourné, plus que les précédents, vers la guitare. Pour autant, votre Doom n’est pas techniquement plus démonstratif. Avez-vous profité de cette nouvelle configuration pour justement travailler plutôt sur les atmosphères, comme cela s’entend, puisque de nouvelles possibilités sont apparues ?

Les possibilités offertes par trois guitaristes sont quasi illimitées. On peut simplifier les parties et les arranger de façon à donner plus d’ampleur et de richesse au son. Il ne s’agit pas forcément de faire jouer chacun un solo différent en même temps. Quand j’ai commencé le Metal, j’écoutais Iron Maiden, Judas Priest et Blind Guardian. Voir ces groupes en concert m’a fait réaliser à quel point l’absence de cette troisième guitare, audible sur les albums, me manquait, notamment lors des solos à deux. Et bien sûr, comme tu l’as dit, on utilise aussi cette configuration pour les passages atmosphériques, car elle nous offre une multitude d’options.

– On a parlé du côté guitaristique de « Mediterranean Melancoly », mais la dimension vocale n’est pas en reste et OLD NIGHT cultive cette dualité entre le growl et le chant clair. Comment procédez-vous au moment de composer pour distinguer les deux aspects ? Et d’ailleurs, est-ce que chacun écrit et interprète sa propre partie ?

Je suis le principal compositeur du groupe et je m’efforce de finaliser au maximum les morceaux. En général, j’écris au moins deux parties de guitare et la basse. Je compose aussi la plupart des mélodies. Ensuite, le batteur et moi préparons les morceaux et les présentons au reste du groupe. Puis, nous travaillons ensemble sur les arrangements et, bien sûr, sur le peaufinage des parties de guitare. Je n’écris pas leurs solos, car je ne suis pas guitariste à proprement parler. Si j’ai des idées, je les partage, mais je leur laisse le soin de prendre les décisions finales, car ils sont bien meilleurs que moi dans ce domaine. Pour ce qui est des parties vocales, c’est principalement le travail du chanteur. J’essaie simplement de donner quelques indications et de signaler où chanter, mais je n’interviens pas beaucoup. Et les growls viennent en dernier. Je les considère surtout comme un élément d’accompagnement et nous ne les utilisons que lorsque les paroles le justifient vraiment, pour accentuer des moments précis.

– Votre Doom s’inscrit dans l’esprit Old School du genre avec également un élan épique et un jeu clairement Heavy Metal, assez éloigné du Death malgré les growls. Est-ce par désir de rester proches des fondamentaux et d’une certaine tradition, ou parce que vous ne vous reconnaissez pas dans l’approche moderne du genre ?

Quand j’ai commencé à écouter du Doom Metal, c’était surtout ce qu’on appelle aujourd’hui du Death Doom, et beaucoup de ces groupes font encore partie de mes préférés. Mais c’était surtout parce qu’un ami, qui me prêtait des cassettes, écoutait ce genre de musique. Je me souviens encore de ma première écoute de Solitude Aeturnus, j’ai été complètement époustouflé. C’était au début des années 90, et Internet tel qu’on le connaît aujourd’hui, n’existait pas. Je ne savais même pas que le Doom avec du chant clair était possible. Beaucoup de mes groupes préférés ont fini par adopter le chant clair, ou du moins à l’intégrer davantage. Les autres membres sont plus branché Heavy Metal traditionnel. Et je pense que le mélange de toutes ces influences a posé les bases de notre son. Je ne suis pas vraiment fan de Death Metal classique, donc même les parties les plus lourdes qu’on compose ne sont pas ancrées dans l’agressivité ou l’esthétique Death Metal. Ce sont juste des riffs bien lourds.

– J’aimerais que l’on parle du concept de l’album, qui contient cinq morceaux qui s’étendent de plus de sept minutes à près de dix. Les avez-vous composé un par un, ou est-ce la structure en elle-même du disque qui a guidé la tracklist ?

En fait, je compose d’abord la dernière chanson de l’album. Je l’avais déjà fait pour notre premier album et c’est devenu une habitude. Ce n’est pas forcément intentionnel, mais je ne suis pas vraiment tranquille tant que je ne connais pas la fin de l’album. Ensuite, je compose la première chanson, le début de l’histoire. Comme j’écris toujours les paroles avant la musique, celle-ci est composée spécifiquement pour ces mots. Je n’ai pas de règle stricte, mais je travaille généralement sur plusieurs chansons à la fois. Je ne suis pas un compositeur prolifique, alors j’essaie d’écrire très régulièrement. Cela me donne un large choix de riffs et de parties mélodiques pour les morceaux. Tout ne convient pas forcément à une chanson en particulier, ni même à l’album, ni parfois même au groupe, mais cette méthode de travail m’évite d’être obligé d’utiliser quelque chose qui ne colle pas à l’ensemble.

L’autre chose que nous faisons bien à l’avance, c’est commander la pochette. Nous aimons qu’elle soit terminée pendant que nous sommes encore plongés dans l’écriture, car elle devient une source d’inspiration. Cet album parle de notre maison, une sorte d’ode à l’endroit où nous vivons, mais c’est aussi une lamentation. Cela a indéniablement influencé l’atmosphère de l’album, car certaines mélodies et lignes vocales ont une sonorité résolument méditerranéenne. Quant à la durée des morceaux, j’essaie de les garder aussi courts que possible, même s’il m’arrive de couper des paroles pour réduire un peu l’ensemble. Bien sûr, ce qui nous paraît ‘vraiment long’ et ce que l’auditeur lambda perçoit ne sont pas toujours les mêmes. Notre façon de composer engendre naturellement des passages plus longs, parfois presque cinématographiques. Alors, les morceaux s’étirent simplement parce que c’est l’histoire qui veut ça.

– Enfin, ce qui est assez étonnant avec le Doom d’OLD NIGHT, c’est une certaine légèreté dans votre jeu et dans les atmosphères, qui donnent parfois même une sensation apaisante. L’idée est-elle d’aller un peu à contre-courant de l’image sombre et ténébreuse du style ?

J’ai toujours perçu nos chansons comme des récits et la musique comme un véritable voyage. Nous explorons une multitude d’émotions au sein d’un même morceau, et il est parfois nécessaire de créer cette sensation d’apaisement pour bien raconter l’histoire. Il ne s’agit donc pas de s’opposer à l’image sombre et lugubre du genre, mais plutôt de suivre le chemin émotionnel que la chanson exige. Bien sûr, ces moments plus doux et paisibles rendent les passages plus intenses d’autant plus percutants, créant un contraste naturel. Je pense que cet équilibre est l’un des éléments qui nous distinguent des autres groupes du genre, ce qui donne à notre Doom une profondeur et un dynamisme uniques.

Le nouvel album d’OLD NIGHT, « Mediterranean Melancoly », est disponible chez Meuse Music Records.

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Hard Rock Power Rock

Danko Jones : animal

Vigoureux et précis dans son jeu, le groupe de l’Ontario a toujours affiché beaucoup de fraîcheur et de liberté à travers ses disques, et « Leo Rising » ne vient pas trahir l’ADN du combo. Intense et bien charpenté, ce nouvel opus est aussi fougueux que groovy et, comme toujours, DANKO JONES est sûr de sa force, se montre également sleazy à l’occasion et surtout, il semble mettre un point d’honneur à ne pas sombrer dans des sonorités actuelles fadasses et stéréotypées.

DANKO JONES

« Leo Rising »

(Perception)

Après une trentaine d’année de carrière, DANKO JONES fait toujours figure d’électron libre. Un pied dans l’underground malgré une reconnaissance mondiale, il ne dévie pas d’un iota de sa trajectoire musicale. Comme toujours, « Leo Rising » percute d’entrée de jeu et les Canadiens ne lèvent pas le pied un seul instant. Imperturbables, ils balancent leur Hard Rock brut et tendu, délivrant au passage une énergie communicative. A priori franchement rude, ce douzième album est surtout une invitation au partage. En effet, il y a toujours cette envie très perceptible, qui transpire de ses morceaux et leur offre cette vélocité particulière.

Et la première chose que DANKO JONES a à partager, c’est son puissant Rock virevoltant et incisif. Coriace et sans compromis, « Leo Rising » ne manque pourtant pas d’humour et d’ironie, et avance au pas de charge. Le power trio se fait plaisir et la bonne production signée Erik Ratz ferait presque oublier que les chansons ont été enregistrées à distance, le bassiste John Calabrese étant en Finlande. Cependant, il y a une réelle cohésion et un bel esprit de corps, et cela se sent sur ces onze bâtons de dynamite. L’alchimie fait le reste et on peut compter l’implication de chacun d’entre eux pour faire parler la poudre.

Il y a aussi ce côté évident chez les Nord-Américains. L’aspect direct et frontal de leur musique y est pour beaucoup, tant le rythme est effréné et la succession de riffs tranchants efficace (« Diamond In The Rough » avec un solo de Marty Friedman, « Everyday Is Saturday Night », « Hot Fox », « Gotta Let In Go », « I ‘m Going Blind », « Pretty Stuff »). Tout en diffusant des titres costauds, DANKO JONES n’élude pas une certaine légèreté, et reste fidèle à une ligne de conduite très Rock’n’Roll. Taillée pour la scène, cette nouvelle réalisation s’inscrit dans une belle et robuste continuité et sans renier sa ligne de conduite.

Photo : Ole Martin Wold

Retrouvez l’interview du groupe à l’occasion de la sortie de « Power Trio » en 2021 et la chronique de l’album :

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Alternative Rock International

Preyrs : a regenerative power [Interview]

Alors qu’elle commençait à se faire un nom, Amy Montgomery a fait le pari d’en changer et de s’afficher en groupe : une belle preuve de ce qui l’unit à ses musiciens depuis le début. Pour autant, PREYRS est la suite logique de l’aventure menée par la chanteuse irlandaise depuis quelques années déjà et dont Rock’n Force s’est fait l’écho dès le début. Le quatuor prend également une autre dimension avec sa récente signature chez Pelagic Records et la sortie de son premier album, « The Wounded Healer ». Légèrement plus sombre et plus massif encore, c’est dans un Alternative Rock peut-être aussi plus arrangé que la frontwoman et ses musiciens œuvrent désormais et ce cap franchi vient confirmer tout le potentiel entrevu notamment sur « Astil » il y a deux ans. L’occasion de faire le point avec une artiste passionnée, enthousiaste, positive et heureuse de la trajectoire prise par son combo.   

– Tu t’en doutes, ma première question concerne ce passage d’AMY MONTGOMERY à PREYRS. Au moment où ton nom commence à être connu et reconnu dans le milieu, c’est un choix très audacieux. Pourquoi ce changement et de qui est aujourd’hui composé le groupe ? Avez-vous gardé le même line-up ?

Pendant l’écriture de l’album, nous avons constaté un changement radical dans le style des paroles et de la musique. C’était plus sombre, plus intense, comme un nouveau chapitre. Nous avons alors décidé que cette liberté d’explorer et d’expérimenter de nouveaux horizons musicaux et textuels était essentielle pour nous. Il était donc temps de donner un nom au groupe. Cela nous permet aussi de mieux définir notre identité musicale, tout en me laissant la possibilité de créer et de sortir de la musique sous mon nom à l’avenir. Désormais, nous avons des axes clairs : plus de musique, plus de concerts et plus de variété ! La formation reste la même, à l’exception du bassiste, Ciarán McGreevy, qui a rejoint le groupe cette année. Je m’occupe de l’écriture et du chant, Michael Mormecha de la composition, de la production et de la batterie, Nolan Donnelly de la guitare et donc Ciarán de la basse.

– Alors que tu avais sorti « Astil » et un live enregistré chez toi à Belfast sous ton nom, la création de PREYRS correspond à votre signature chez Pelagic Records. Est-ce que cela a été l’une des conditions du contrat, ou au contraire l’occasion pour toi de passer à la formation de groupe et de repartir, peut-être pas de zéro, mais en tout cas avec beaucoup de choses à reconstruire ?

Non, ce n’était absolument pas une condition du contrat. C’était un choix entièrement et vraiment personnel. Nous avions prévu de sortir cet album en indépendant, à tel point que nous avions déjà mis en ligne le premier single. Nous avons ensuite contacté Pelagic et avons rapidement sorti le premier single de PREYRS, réorganisé notre planning et préparé l’annonce de la signature avec le groupe. Nous devons reconstruire beaucoup de choses, c’est certain, mais les bases sont solides, tout comme notre vision pour PREYRS. Nous connaissons précisément nos objectifs et nos intentions pour ce projet, ce qui en fait une aventure passionnante ! C’était également incroyablement courageux de la part de Pelagic de nous prendre sous son aile alors que nous étions un projet quasiment nouveau et eux aussi ont perçu notre potentiel ! (Sourires)

– Toujours au sujet de cette signature chez Pelagic Records, est-ce que le fait de beaucoup tourner en Allemagne et d’y passer beaucoup de temps a-t-il joué en votre faveur ? D’ailleurs, êtes-vous dorénavant installés là-bas ?

Je pense que nos nombreuses tournées en Allemagne nous ont d’une certaine manière menés à Pelagic, car toutes les expériences de la vie sont liées. Tourner beaucoup, où que ce soit, et remplir les salles, ou avoir déjà une petite base de fans fidèles, c’est toujours un atout. On a construit quelque chose de vraiment spécial ici en Allemagne, grâce à un travail acharné ces dernières années. Comme je le disais, c’est petit, mais c’est une base très solide car on a une excellente relation avec ceux qui nous soutiennent. Ça joue toujours en notre faveur. Aujourd’hui, je partage mon temps entre l’Allemagne et l’Irlande… une double vie, en quelque sorte ! (Sourires) Et pour que les tournées fonctionnent, on a deux installations ici et là-bas.

– Parlons de « The Wounded Healer », un premier album où l’on retrouve bien sûr ton style. Et si mes souvenirs sont bons, tu étais partie au Canada en Ontario pour travailler sur ces nouveaux morceaux. Comment s’était passé ce séjour et cette expérience ? Et pourquoi partir si loin ?

C’est exact ! Michael avait reçu un coup de fil de Chris Brown, notre ami musicien et producteur canadien, pour enregistrer des parties de batterie sur un album qu’il produisait. Nous lui avons expliqué que nous avions prévu d’écrire et d’enregistrer ce mois-là en Irlande, et l’idée de réunir nos projets respectifs a rapidement germé. Deux semaines plus tard, nous nous sommes envolés pour Toronto, puis nous avons rejoint Wolfe Island, où Chris avait transformé tout le rez-de-chaussée de l’hôtel en studio improvisé. Nous y avons passé un mois entier, en plein hiver et dans un froid glacial ! (Sourires) C’était comme une retraite d’écriture. Une expérience totalement inédite. Le changement d’environnement, de matériel et d’approche a indéniablement influencé notre musique. Se lever à six heures tous les jours à cause du décalage horaire et se mettre directement à composer… Ce fut un mois de création magnifique, intense, introspectif et rigoureux. Nous avons ensuite repris les démos que nous avions réalisées, conservé quelques pistes originales enregistrées au Canada et celles que nous souhaitions réenregistrer, et nous l’avons terminé en Irlande en février.

– Une Irlandaise de Belfast qui enregistre un album au Canada pour le sortir sur un label allemand n’est pas banal du tout. Quel est l’endroit où tu te sens le mieux et où ta créativité s’exprime pleinement aujourd’hui ? Ca reste l’Irlande ? 

Excellente question ! La créativité se manifeste de bien des façons. Personnellement, je suis particulièrement inspirée par les expériences inédites, ce qui explique mon intérêt précoce pour les voyages et la découverte de différentes cultures. Mais ce qui est irremplaçable, c’est l’esprit irlandais, ou ce fameux ‘craic’ (que l’on peut traduire par passer du bon temps de manière très expressive ! – NDR), comme on dit chez nous. Je ne le retrouve nulle part ailleurs, et c’est un réconfort qui me donne envie de revenir chez moi. En matière de créativité, il suffit d’avoir l’espace et la permission de s’exprimer librement et de laisser voguer ses idées. Avec cet espace, la créativité peut s’épanouir partout. Il est cependant essentiel de se nourrir d’expériences enrichissantes, et pour cela, il faut être pleinement présent. C’est ainsi que l’inspiration peut surgir au moment et à l’endroit propices.

– La première chose qui s’impose sur « The Wounded Healer », c’est cette évolution vers un Alternative Rock plus marqué et massif. Est-ce le registre que tu souhaitais obtenir dès le départ ?

Quand on compose, on utilise une guitare acoustique, un piano ou un synthé. Dès la composition, la chanson peut prendre n’importe quelle direction en termes de production. On avait clairement en tête de donner à cette musique une ambiance et une ampleur similaires à celles de « Change Change », par exemple. De ce point de vue, c’était peut-être un peu préconçu. Mais au final, notre objectif principal était d’écrire de bonnes chansons sans les enfermer dans un genre trop tôt. En revanche, pour la production, on voulait absolument un son puissant et ample ! Michael (Morchecha – NDR) a fait un super boulot là-dessus avec Alex Loring au mixage.

– Toutes les chansons de l’album ont aussi été composées avec Michael Mormecha. Est-ce pour cette raison qu’il contient plus de sonorités électroniques, là où ton Rock était précisément plus brut ? C’est une évolution naturelle pour toi ?

J’ai tellement composé avec Michael par le passé que rien n’a vraiment changé de ce côté-là. Parfois, j’ai déjà la structure de base ou l’idée, et Michael lui donne vie musicalement et à la production. C’était déjà le cas pour des morceaux solo, même à l’époque de « Dangerous ». Les influences de Michael sont aussi variées que les miennes. Outre de nombreuses influences Rock, nous avons toujours été inspirés par des groupes comme The Prodigy, Chemical Brothers et Soulwax, et je pense donc qu’il est tout à fait naturel que cela se ressente dans la production. C’est une évolution naturelle, oui ! Mais cela ne veut pas dire que je ne sortirai jamais de morceaux au son plus brut et naturel sous mon nom. Nous sommes très ouverts et l’évolution ne signifie pas forcément l’arrêt définitif d’un certain style.

– Parlons justement de la production de « The Wounded Healer », qui est plus massive et très soignée dans les arrangements avec aussi un aspect plus sombre globalement. Avez-vous changé vos habitudes d’enregistrement et est-ce que l’album a été proposé tel quel à Pelagic Records ?

Comme je te le disais, le changement radical d’environnement a indéniablement influencé nos habitudes d’enregistrement. Nous n’avions plus notre matériel habituel, nous avons donc fini par composer et enregistrer des démos avec beaucoup d’équipement vintage. Je pense néanmoins que nous serons toujours attirés par le son analogique, même en travaillant en numérique. Cette authenticité est toujours présente dans la production, malgré un son légèrement plus lissé. L’album a été soumis tel quel au label. Nous avons toujours été extrêmement indépendants, et l’autoproduction et le fait de disposer de notre propre studio ont toujours été un atout. Et l’album étant terminé, toute la création nous appartient.

– De tes précédents enregistrements, tu as gardé « Change Change », qui est un énorme hit en puissance. Est-ce le genre de chanson dont on ne peut se défaire si facilement ? Et avait-elle besoin d’un petit lifting pour être dans la continuité de l’album, au moins au niveau du son ?

Ah oui ! « Change Change » est vraiment un titre incontournable, un morceau qui, je crois, avait toute sa place avec PREYRS. On est en tournée en ce moment avec New Model Army, et on joue aussi « Astil », un autre titre de mon ancien répertoire, en live. Parce que ça colle parfaitement. D’ailleurs, « Change Change » n’a pas été modifié pour cet album… ironiquement ! Il a été remasterisé pour que les subtilités sonores s’intègrent bien au reste de l’album, mais à part ça, il est identique. C’est ça qui est génial avec la composition : cette liberté. Quand on a créé un morceau, on a le pouvoir de le jouer dans n’importe quel set, n’importe quel projet et comme on veut ! On gagne plein de nouveaux fans, qui ne connaissaient pas ma musique avant, alors pour eux, « Change Change » est un morceau de PREYRS. Question de perception, non ? C’est marrant ! (Sourires)

– Pour toi qui vis littéralement pour la scène, cela a du être un grand moment de partager l’affiche avec New Model Army. Quels sont tes projets de ce côté-là car, dorénavant, l’Europe te tend les bras ?

Absolument ! Nous sommes en route pour jouer ce soir le huitième concert de la tournée New Model Army (Interview réalisée le 12/11 – NDR). On espère vraiment que le public apprécie notre musique ! Les concerts se déroulent à merveille, toutes les salles étant pleines dès le début de nos sets, c’est tout simplement génial. Ça en dit long sur le public de NMA. Ce sont parmi les plus grands concerts que nous ayons jamais donnés, c’est donc un début idéal pour l’aventure PREYRS. Pour ce qui est de développer notre présence en Europe, nous avons deux mois de tournée en tête d’affiche l’année prochaine, avec un focus sur l’Allemagne avec vingt concerts en mars, ainsi qu’une tournée française en avril, dont l’annonce est imminente. Notre objectif est de continuer à progresser, à jouer, à composer et à sortir des albums ! Avec une super équipe autour de nous, on ne voit aucune raison pour que suivre notre cœur et notre passion ne fonctionne pas ! Un pas après l’autre ! (Sourires)

L’album de PREYRS, « The Wounded Healer », est disponible chez Pelagic Records.

Retrouvez également la chronique d’« Astil » et l’interview d’Amy à l’occasion de la sortie du single « Change Change » :

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Rock Hard

Cassidy Paris : rockin’ lady

Même si elle n’était déjà plus une débutante, CASSIDY PARIS avait réalisé une belle entrée en matière avec « New Sensation » il y a deux ans. Le plus difficile est toujours de confirmer et avec « Bittersweet », la mission de la jeune artiste est accomplie. Se référant aux pionnières du Rock, tout autant qu’à la scène Hard Rock 80’s, ainsi qu’à certaines tendances plus modernes, la musicienne réussit le tour de force d’actualiser un registre qui a fait ses preuves et auquel elle apporte sa personnalité avec beaucoup d’impact et de conviction.

CASSIDY PARIS

« Bittersweet »

(Frontiers Music)

Du haut de ses 23 ans, CASSIDY PARIS compte déjà deux EPs (« Broken Hearted » et « Flirt ») et un premier album, « New Sensation » sorti en 2023 et très bien accueilli. La jeune chanteuse et guitariste continue sur sa lancée et livre aujourd’hui « Bittersweet », où elle marque certaines intentions de manière très claire. Tout d’abord, elle a grandi bien sûr et sa musique aussi. Dans un Rock musclé tirant sur le Hard Rock et très inspiré par la scène américaine avec des groupes comme Bon Jovi ou Warrant notamment, elle emprunte aussi à ces consœurs une fougue féminine à la fois sexy et débridée, façon Pink et Avril Lavigne.

Toujours entourée de son complice Paul Laine, ainsi que Steve Brown, CASSIDY PARIS s’affirme enfin, là où « New Sensation » versait peut-être dans des mélodies faciles. La frontwoman durcit le ton, impose sa voix qui a aussi gagné en puissance et surtout présente des parties de guitares nettement plus convaincantes. L’australienne a mûri et cette maturité s’en ressent dans ses compositions. Egalement compositrice, elle raconte ici sa vie de jeune femme sans détour et s’adresse directement à ses fans qui la suivent aux quatre coins du monde. Sincère et convaincante, elle roule pour un Rock Hard fédérateur.

Sur une production très moderne, « Bittersweet » est accrocheur, bardé de riffs costauds, de solos bien sentis et de chœurs qui apportent ce souffle ‘Power Pop’ très rassembleur. Si elle sait se faire plus douce sur des titres mid-tempos parfois touchants (« Can’t Let Go »), CASSIDY PARIS révèle son caractère sur des morceaux plus pêchus et entraînants, où elle se montre vocalement très sûre d’elle (« Butterfly », « Stronger », « Wannabe », « Undecided », « Brand New Day », « Is Anybody Out There »). Si certaines influences sont toujours très présentes, une personnalité émerge vraiment et on ne parle plus ici d’épiphénomène.   

Photo : Ian Ritter

Retrouvez son interview à l’occasion de la sortie de « New Sensation » :

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Rock Progressif

Airbag : la beauté et l’élégance

Aérienne et immersive, deux adjectifs qui reviennent régulièrement et de manière inévitable qualifier la musique d’AIRBAG. Pleine d’émotion et hors du temps, elle possède ce don de transcender un Rock Progressif qui, s’il ne manque pas de références, a su les gommer au fil des disques pour devenir parfaitement identifiable. Le combo possède un son et une élégance inimitable qu’il parvient à restituer en concert, grâce à un répertoire pointu et d’une sophistication non-exagérée. « Dysphoria (Live In The Netherlands) » vient couronner et se faire le témoin d’une dernière tournée qu’il fallait immortaliser.

AIRBAG

« Dysphoria (Live In The Netherlands) »

(Karisma Records)

Un peu plus de 20 ans après leur première invitation en format court, « Come On In », AIRBAG est devenu incontournable dans le petit monde du Rock Progressif. Alors qu’on les retrouve souvent à cinq sur scène, c’est surtout le trio composé d’Asle Tostrup (chant, claviers, programmation), Henrik Bergan Fossum (batterie) et Bjørn Riis (guitare, basse, claviers et chant) qui œuvrent à la création. Cette fois au complet, c’est au Poppodium Boerderij de Zoetemer au Pays-Bas, qu’ils ont capté l’une de leurs prestations et le plaisir s’étend ici sur près d’une heure quarante pour un voyage aux paysages captivants.

Les fans apprécieront, d’autant que malgré une discographie de six albums, les Scandinaves n’avaient pas encore enregistré d’album live. C’est donc chose faite avec « Dysphoria (Live In The Netherlands) », doublement fourni et qui, en plus de proposer l’intégralité du dernier opus studio « The Century Of The Self », rassemble leurs désormais classiques. Afin de retrouver toute la finesse et la précision de leur travail en studio, c’est leur ingénieur du son de longue date, Vegard Kleftås Sleipnes, qui s’est chargé de restituer la couleur et la brillance du répertoire d’AIRBAG. Un travail minutieux et exemplaire en tous points.

Artistiquement, les Norvégiens sont probablement à leur apogée, tant leurs dernières productions sont d’une créativité toujours renouvelées et c’est cette énergie forte combinée à une beauté très délicate qui transparaît sur ce live. Amples et cinématographiques, les morceaux prennent ici une dimension supplémentaire pour livrer des moments assez époustouflants (« Machines And Men », Redemption », « Dysphoria », « Erase », « Tear It Down » et ses 16 minutes, ou encore « Homesick » qui clot le concert sur plus de 20 minutes). AIRBAG confirme qu’il est aussi un véritable groupe de scène à l’intensité rare.

Photo : Anne-Marie Forker

Retrouvez les dernières chroniques et interviews du groupe, ainsi que celles des albums solo de Bjørn Riis :