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Hard Rock International

Hardbone : electrifying [Interview]

Sorti il y a quelques semaines, ce sixième album vient clarifier les choses et surtout confirmer que la formation de Hambourg n’est pas prête de se plier aux diktats des modes et des courants musicaux, qui semblent désormais évoluer au gré de l’humeur des réseaux et des plateformes. HARDBONE respire et vit pour le Rock’n’Roll et son indémodable Hard Rock rassure quant à la très bonne santé du genre. Il faut dire aussi que le style initié par quelques Australiens entrés dans la légende a longtemps été leur chasse gardée. Mais il en fallait beaucoup plus pour décourager des Allemands inspirés et remontés, mais aussi joyeux et littéralement électrisés. Et cela fait 20 ans que ça dure ! Avec « Hardbeat », le quintet va puiser au cœur de son jeu en y insufflant modernité, explosivité et savoir-faire. La rythmique bastonne, les riffs tranchent, les solos s’enflamment et Tim Dammann mène sa troupe avec enthousiasme et une énergie toujours très positive. Le frontman revient sur la démarche de son groupe, ses envies et surtout la musique qu’il incarne… sans détour.

– En 20 ans d’existence, le sentiment que donne ce sixième album est que HARDBONE est parvenu à parfaitement concentrer la quintessence-même de son jeu sur « Hardbeat ». Est-ce que c’est pour cette raison, notamment, qu’il vous a fallu six ans après la sortie de « No Fills » ?

Tout d’abord, merci de l’avoir formulé ainsi. La raison principale de ces six années est bien sûr le Covid. Nous avions de nombreux projets après la sortie de « No Frills » en 2020, mais pratiquement aucun ne s’est concrétisé. Nous avons donc dû reconstruire notre projet pendant les premières années suivant la pandémie. Nous avons ensuite tourné avec « No Frills » jusqu’en 2024, date à laquelle nous avons décidé qu’il était temps d’en faire un autre.

– Ce qui est aussi remarquable, c’est que vous n’avez jamais dévié de votre trajectoire. Mieux, vous avez affirmé votre style, qui est d’ailleurs désormais très identifiable. Y a-t-il eu des moments de doute quand même, compte tenu notamment de l’émergence de nombreux styles ?

Non, jamais. Ce genre de musique existe au moins depuis les années 70, même s’il est né dans les années 50. Pourquoi en douter ? Nous n’avons jamais voulu changer le style du groupe. Nous aimons toujours explorer de nouveaux horizons, certes. Mais nous restons fidèles à notre style, car c’est ce que nous aimons et ce que nous faisons de mieux ! (Sourires)

– Une dernière question avant de parler de « Hardbeat ». Il fut un temps pas si lointain où l’on qualifiait les groupes comme HARDBONE, et même Airbourne, comme du sous-AC/DC. Il semblerait que ce soit enfin terminé et que tout le monde a compris que le Rock’n’Roll, façon Hard Rock, n’était pas l’exclusivité des Australiens. Est-ce quelque chose que vous avez aussi ressenti  ces dernières années ?

Constamment. On a essuyé tellement de critiques du genre ‘on plagie nos groupes’, etc… Mais bon, c’est le moyen le plus simple de décrire notre son aux nouveaux auditeurs : ‘ça sonne un peu comme AC/DC’. Et oui, Airbourne, en particulier, a ouvert la voie à des groupes qui jouent une musique similaire. Ils ont fait découvrir le Rock’n’Roll Old School à tout un tas de nouveaux auditeurs qui ont ensuite découvert tous les autres groupes, et même nous ! (Rires)

– On l’a dit, je trouve que « Hardbeat » représente un sommet dans votre discographie. Quelle était l’ambition de départ ? D’être le plus efficace possible ? De trancher dans le vif ?

Notre ambition était de créer le meilleur album possible. De prendre un maximum de plaisir à écrire, enregistrer et jouer ces nouveaux morceaux. Surtout après l’arrivée de Luca (Rosnau, guitare – NDR) dans le groupe, nous savions que nous voulions insuffler cette nouvelle énergie, son regard neuf et sa folie douce dans nos nouvelles chansons. Après six ans à jouer quasiment les mêmes morceaux, nous étions impatients d’avoir de nouveaux titres pour nos concerts. Et pour l’instant, on trouve que ça a plutôt bien fonctionné ! (Sourires)

– Il y a également une sensation qui revient à chaque album, c’est cet esprit live, immédiat et avec des chansons véritablement taillées pour la scène. Est-ce le ressenti du public en concert et sa réaction qui vous importent le plus, plutôt que de chercher la complexité dans la structure de vos morceaux, par exemple ?

Oui, je crois que le plus important pour nous, c’est de jouer en live. Voir le public devant la scène s’éclater, parfois devoir convaincre un nouveau public, rencontrer les gens après les concerts… Tout ça, c’est ce qui nous motive. On adore le contact avec les gens, découvrir de nouveaux endroits, de nouvelles villes et rencontrer de nouvelles personnes. Quand on écrit nos chansons, on veut qu’elles nous fassent du bien, à nous et à nos fans, qu’elles nous donnent confiance. Pas besoin de chansons compliquées. Du moment qu’elles sont bonnes et entraînantes, pas besoin de se compliquer la vie. Vous voulez du Rock’n’Roll ? Alors, vous allez en avoir ! (Rires)

– La thématique de vos chansons sur « Hardbeat » tourne essentiellement autour du Rock’n’Roll, de son style de vie, comme de son état d’esprit. Y voyez-vous un sujet intarissable, ou plutôt une façon de ne pas succomber à la morosité d’une société et d’un monde devenus très instables et anxiogènes ?

(Rires) Oui, depuis 60 ans, c’est plus ou moins une source inépuisable ! Mais il y a toujours moyen de la moderniser, de l’adapter à l’air du temps. Bien sûr, on a toujours des chansons qui parlent de faire la fête entre potes, d’être un vrai rockeur coûte que coûte, ou de l’admiration pour une belle femme, etc. MAIS il y a aussi des chansons qui parlent de ne pas se décevoir soi-même, ni les autres, de rester unis et de lutter contre les méchants, etc… Il n’y a rien de mal à encourager les gens tout en restant Rock’n’Roll ! (Sourires)

– Si « Hardbeat » présente une unité musicale solide, en y regardant de plus près, les ambiances comme les tempos sont très variés. Avez-vous une manière précise d’établir vos tracklists, ou est-ce surtout une question de feeling ?

Je pense que c’est plutôt la deuxième option. En général, les chansons commencent par un riff ou l’idée d’un refrain accrocheur. On travaille dessus et si ça donne une bonne chanson, on la garde et on la développe. Sinon, elle retourne aux archives. On veut que nos disques soient remplis de bonnes chansons, peu importe le tempo, le thème ou le style.

– Enfin, quel regard portez-vous sur la scène actuelle Hard Rock et plus largement Metal ? Le fait que HARDBONE évolue dans un style si intemporel vous laisse encore de belles années, non ? Loin des courants et des modes…

(Rires) Espérons-le, mon pote ! En tout cas, le Hard Rock et le Metal semblent se porter à merveille en ce moment. Tous les grands groupes comme AC/DC, Metallica, Judas Priest, etc… jouent sans arrêt et rappellent à tout le monde que la musique artisanale, c’est du lourd ! (Sourires) Pour l’avenir, on verra bien. Partir en tournée devient de plus en plus compliqué, les prix de presque tout s’envolent, y compris celui des billets. Même les petits concerts deviennent inabordables pour les fans et les groupes. Mais j’espère que les fans de Rock et de Metal continueront d’aller aux concerts et de soutenir les groupes, car ce genre de musique a besoin de l’énergie et de l’ambiance des concerts. Et je suis presque sûr que ça ne changera pas de sitôt ! (Sourires)

Le nouvel album de HARDBONE, « Hardbeat », est disponible chez Massacre Records.

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Hard 70's Heavy Stoner Psych International

Saturna : master of rings [Interview]

Avec leur sixième album, les Catalans se sont délestés de tout superflu, de tous ces effets omniprésents sur les productions actuelles pour revenir à l’essentiel, à savoir la transmission des émotions. Et le résultat est criant de vérité et d’authenticité. SATURNA nous propulse au cœur de ses morceaux dans un environnement organique savoureux. Il faut dire que son registre s’y prête vraiment et que ces nouvelles compositions résonnent d’une grande justesse, d’un feeling de chaque instant doté d’arrangements bien sentis. En effet, « Light And Shadow » remonte le temps sous le prisme d’un Rock parfois psychédélique, aujourd’hui qualifié de ‘classique’, qui se veut direct et sincère. Rarement les instruments et le chant n’auront trouvé aussi facilement leur place au sein d’un Hard 70’s que le quatuor a délicatement voilé de Stoner Rock. Y compris dans le songwriting, rien n’est laissé au hasard. Les guitares sont scintillantes, la voix et les chœurs envoûtants et la rythmique nous ramène aux belles heures d’un groove presque charnel, le tout bercé par des mélodies irrésistibles. Les Espagnols atteignent ici à un sommet de leur art, et ce nouvel opus s’inscrit déjà parmi les meilleurs de l’année. Rencontre avec des musiciens qui ont une idée bien précise de leur musique et qui sont passés maîtres dans l’art de la capturer pour mieux la laisser respirer.

– « Light And Shadow » est votre sixième album et surtout, il marque l’arrivée à la guitare et à la composition de Max Erikson. Comment son intégration s’est-elle passée et explique-t-elle les trois ans depuis« The Reset », car vous nous aviez habitués à un rythme plus soutenu ?

L’arrivée de Max a évidemment apporté de nouvelles idées de composition. Par exemple, sur des morceaux comme « No Questions », largement inspiré de son idée personnelle, on perçoit un rythme et un style beaucoup plus rapides que ce que SATURNA proposait ces derniers temps. Et honnêtement, l’intégration s’est faite très naturellement. Il a été très actif, apportant de nouvelles idées, peaufinant celles que nous avions déjà et créant avec une énergie renouvelée en répétition. Il a également insufflé sa propre personnalité et son propre style aux anciens morceaux de notre setlist, composés avant son arrivée, et cela se ressent en concert notamment.

– Vous avez vous-mêmes enregistré ce nouvel album et confié le mix à votre batteur, Enric Verdaguer, ce qui est une première pour SATURNA. Est-ce que l’idée était de donner à « Light And Shadow » le son que vous recherchiez vraiment, à savoir un environnement très organique et une approche live ?

Ce n’est tout à fait pas la première fois qu’Enric mixe un album pour nous. Il l’avait déjà fait pour « Atlantis » et quelques autres titres pour des compilations. Ce changement de son est tout à fait intentionnel. Nous voulions nous éloigner du style de production de notre précédent album (« The Reset »), que nous adorons, mais qui impliquait beaucoup plus de préproduction, de nombreuses pistes, des samples et un montage poussé. Ici, nous voulions faire exactement l’inverse : de nombreuses prises complètes et sans coupure, un montage minimal et aucun sample.

Au lieu de trop lisser l’équalisation, nous voulions laisser chaque instrument respirer et conserver son timbre unique, loin de cette perfection moderne et lisse. Nous recherchions le son brut d’instruments jouant ensemble dans une même pièce, avec toutes leurs imperfections naturelles, leurs médiums un peu brouillés et leur résonance. L’objectif principal était de recréer au plus près le son de nos répétitions. C’est évidemment très différent des méthodes de production actuelles et cela ne plaira peut-être pas à tout le monde.

– Pour rester sur la production de l’album, vous avez confié sa distribution aux labels Spinda Records, Discos Macarras et Ripple Music pour les Etats-Unis. C’est assez inhabituel d’autant que vous le produisez. Comment s’organise un tel déploiement et qu’est-ce qui a motivé cette décision ?

Oui, même si nous avons géré l’enregistrement et le mixage nous-mêmes, des aspects comme le pressage physique et surtout la distribution, le marketing et les campagnes sur les réseaux sociaux, c’est-à-diretout ce qu’implique la sortie d’un album digne de ce nom, représentent une charge de travail bien trop importante pour que nous puissions la gérer seuls. C’est pourquoi nous sommes si reconnaissants, notamment envers Spinda Records et Dani de Discos Macarras. Cette fois-ci, ils se sont associés à Ripple Music, ce qui nous permet d’être distribués également aux Etats-Unis. Je trouve qu’ils font un travail formidable avec les médias, les relations presse et le positionnement, ce que nous n’aurions jamais pu réaliser seuls.

– Revenons à « Light And Shadow » qui, comme le titre le laisse entendre, traite de plusieurs dualités à savoir les ténèbres et la lumière, la vie et la mort et l’amour et la haine. Pourtant, là on aurait pu s’attendre à des atmosphères assez sombres, vous avez surtout jouer sur les textures sonores et l’ensemble est très homogène et lumineux. Plus que le contraste musical, l’objectif a-t-il été de mettre en avant les émotions ?

Au final, un album moins produit respire davantage. En épurant les choses et en évitant les arrangements et les orchestrations superflus, on laisse la composition s’exprimer pleinement. On apprécie mieux chaque élément, le son de chaque instrument et les textures spécifiques recherchées, le tout enregistré en live avec des effets, capturant la dynamique naturelle, l’interprétation vocale et tous ces détails. Tout est plus perceptible ainsi. Au final, l’essentiel est de mettre en valeur l’émotion brute. Par exemple, le morceau « About You » a été enregistré entièrement par Jimmy, en une seule prise sur laquelle il joue de la guitare et chante dans sa chambre. On a envisagé de le réenregistrer, mais on a finalement décidé de garder cette prise live enregistrée chez lui pour l’album. Et c’est peut-être ce que tu voulais dire : ne pas rechercher la perfection. Jimmy a simplement chanté et enregistré sur le vif, en fonction de ce qu’il ressentait, et quand je l’écoute aujourd’hui, ça se ressent vraiment. Une version studio aurait peut-être sonné beaucoup mieux techniquement, mais elle n’aurait pas transmis la même émotion que cette prise.

– Parmi les ambiances qui traversent « Light And Shadow », on retrouve ce qui fait votre style, c’est-à-dire un mélange savamment dosé de Hard Rock classique, de proto-Metal et de Rock psychédélique. Forcément, l’ensemble sonne très 70’s, mais l’album est loin d’être déconnecté de notre époque. Comment faites-vous le pont ? Grâce à l’écriture ou à l’état d’esprit global de SATURNA, qui reste très ouvert ?

Ce qui est génial avec ce groupe, c’est qu’on n’est pas des puristes. En fait, s’enfermer dans un genre précis peut parfois avoir une connotation négative. On a l’impression de se brider et de s’empêcher d’explorer de nouvelles pistes. Pour nous, c’est tout le contraire. On laisse simplement s’exprimer toute la musique qu’on a écoutée, vécue et aimée, quand elle en a besoin. C’est peut-être pour ça que nos chansons touchent autant les gens. Certains auditeurs nous entendent et se disent : « Punaise, on dirait un groupe tout droit sorti des années 70 ! » tandis que d’autres, plus sensibles aux années 90, disent qu’on sonne Grunge, Stoner ou un truc du genre. Au final, l’’important est de faire la musique qu’on a envie de faire. Nos racines et nos influences finissent toujours par ressurgir naturellement. Après, c’est aux autres de coller des étiquettes et de décider de notre style, mais pour nous, c’est toujours profondément personnel.

– Il y a aussi une chose marquante sur ce nouvel album, c’est le travail sur les guitares, qui montre la belle complicité entre James et Max, que ce soit au niveau des riffs comme de l’intensité des solos. Est-ce justement sur cet aspect que vous avez porté vos efforts cette fois-ci ?

Au final, tout cela nous ramène à ce que nous disions précédemment. L’album n’étant pas surproduit, tout repose essentiellement sur la composition. A cet égard, Jimmy et Max, malgré leur immense talent de musiciens, jouent toujours au service de la chanson. Chaque morceau est méticuleusement structuré, que ce soit dansle jeu de chaque guitare pendant que l’autre joue autre chose, ou encore l’exécution d’un solo. Même un solo spectaculaire s’accompagne toujours d’une ligne mélodique, qui s’intègre parfaitement au morceau, faisant office de transition entre les différentes sections. Ce sont ces détails sur lesquels nous nous sommes vraiment concentrés et que nous avons travaillés avec acharnement, aussi bien en studio que sur scène, et je pense que c’est précisément ce que l’on remarque à l’écoute de cet album.

– J’aimerais qu’on dise aussi un mot sur « About You » et « Opus One », qui sont tous les deux des titres acoustiques. Avez-vous conçu ces deux morceaux comme des sortes de respiration, au regard du reste de l’album ?

Honnêtement, au départ, ces chansons n’avaient pas d’autre but que de être simplement crées pour elles-mêmes, par besoin de transmettre quelque chose. Mais il est vrai qu’une fois l’album enregistré, après fait la même chose avec tous les morceaux que nous avions jusque-là, et surtout lorsqu’il faut faire un album avec une durée très limitée par face, on arrive à un moment où il faut établir la tracklist. C’est là qu’on réfléchit à la place de chaque chanson sur chaque face. Il faut que la durée soit plus ou moins la même sur les deux et il faut aussi éviter que la dynamique ne s’essouffle. Alors, à ce stade, on évite peut-être de placer deux chansons similaires trop près l’une de l’autre, tu vois ? On s’assure que tout s’enchaîne bien pour que l’album s’écoute d’une traite et que tout soit cohérent.

– Enfin, l’album s’achève avec « A Strange Mix Of Humans », qui est un texte de votre ami John Mann, illustrateur à Los Angeles. C’est un message qu’il vous a laissé et qui est d’une incroyable justesse et d’une grande profondeur. Il est d’ailleurs accompagné de la guitare classique de Mariano Rupil. Il résonne comme une sorte d’écho à une réflexion que peu ont dans l’industrie musicale actuelle. Dans quelle intention l’avez-vous intégré à « Light And Shadow » ?

Ce morceau est en fait un enregistrement vocal WhatsApp d’une conversation que Jimmy a eue avec lui. Si je me souviens bien, ils parlaient des Sex Pistols. Quand on l’a entendu, avec la voix de Johnny, son interprétation et ce qu’il a dit à ce moment-là, on s’est dit : « Il faut absolument que ce soit sur l’album ! » On a eu un moment la crainte que les gens pensent que c’était notre propre opinion et que ça sonne un peu… comment dire ?… un peu arrogant, voire prétentieux.

Mais au fond, je pense que c’est une opinion qui a toujours été présente dans l’Histoire de la musique. On peut former des super-groupes avec des membres incroyables dans leurs propres formations, mais ensuite, pour une raison ou une autre, quand ils forment ce nouveau groupe, ça ne marche pas. Ou on peut avoir d’excellents instrumentistes, mais quand on les réunit, ça ne donne pas de bonne musique. A l’inverse, parfois, quatre gars qui ne sont même pas particulièrement doués, ou qui, a priori, ne devraient pas travailler ensemble, finissent par faire de la super musique pour une raison inconnue. C’était simplement cette réflexion et nous l’avons adorée. Nous y avons ensuite ajouté l’accompagnement de guitare classique de Mariano. Au final, c’est tout simplement une idée qui nous plaisait beaucoup et nous trouvons qu’elle reflète bien la musique que nous écoutons.

Le nouvel album de SATURNA, « Light And Shadow », est disponible chez Spinda Records, Discos Macarras et Ripple Music pour les Etats-Unis.

Commande directe sur le site du label : www.discosmacarras.com

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Hard Rock

Airbourne : ravageur

Du riff, du riff, du riff… et de la nuance ! Dynamique et resserré sur un registre parfaitement maîtrisé, AIRBOURNE surgit avec un sixième album aussi brûlant que racé. Attendu avec impatience, sept ans après le sulfureux « Boneshaker », il atteste avec force et conviction de la pertinence du groupe à persévérer dans un style tellement intemporel et devenu si familier. « Airbourne » transpire le Rock’n’Roll sur chaque note dans une allégresse communicative et on a du mal à se défaire de cette nouvelle réalisation made in Australie.

AIRBOURNE

« Airbourne »

(Spinefarm)

Chroniquer un album d’AIRBOURNE, c’est un peu comme faire ses devoirs de vacances. On y va avec le sourire et pas mal d’insouciance ! Il faut dire que tous les ingrédients sont réunis : beaucoup de fraîcheur et un enthousiasme à toute épreuve. Certes, le quatuor ne réinvente pas la roue et préfère utiliser celle qui tourne déjà toute seule, mais on ne saurait s’en plaindre. Dans un Rock’n’Roll appuyé et dans la droite lignée de qui-vous-savez, les Australiens font une fois encore honneur à leur rang et à ce qui est devenu le style institutionnel de leur île-continent.

Et ce n’est pas un hasard si AIRBOURNE a si longtemps peaufiné ses nouveaux morceaux. Les Australiens ont eu à cœur d’aller au plus près de leur ADN musical en travaillant au maximum ce « Airbourne », qui n’est pas éponyme pour rien. On y retrouve en effet le concentré de ce qui a forgé l’identité artistique du combo depuis ses débuts. Hyper-efficace, frontal et aussi entraînant que fédérateur, ce nouvel effort est probablement le plus abouti de tous. Et pour parvenir à un tel résultat, les choses ont été faites dans les règles de l’art.

Enregistré par Mike Fraser, mixé par Zakk Cervini et produit par Brian Howes, qui avait déjà œuvré sur « Black Dog Barking » en 2013, « Airbourne » frappe, cogne et surtout respire grâce à un travail en analogique soigné. Palpitant, AIRBOURNE nous cueille dès « Gutsy » avec un Hard Rock qui va à l’essentiel et un Joel O’Keeffe, au chant, qui ne demande qu’à en découdre… dans la joie ! Et malgré le sombre « Alive After Death (Last Plane Out) », c’est surtout l’aspect festif qui domine (« Kid In A Candy Shop », « Last Man Standing », « Hell’s Got No Vacancy »). Bouillonnant !

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Alternative Rock

Kris Barras Band : une maturité très attendue

Dense et percutant, KRIS BARRAS BAND montre enfin un tout nouveau visage. Certes, il reste un fond très accessible, mais il semble avoir rompu certaines digues, qui le maintenaient trop souvent dans un registre attendu. Avec un son très soigné sans être surchargé, « Monsters We Made » révèle aussi un véritable esprit de groupe avec un duo de six-cordistes qui se complète et où chacun tient son rôle. La formation du Devon s’affirme avec force à travers sa réalisation la plus aboutie à ce jour. Formatée mais pas trop, elle se veut avant tout rassembleuse.

KRIS BARRAS BAND

« Monsters We Made »

(Earache Records)

Décidément, il y a des reconversions qui se passent mieux que d’autres, et celle de KRIS BARRAS en est l’exemple parfait. Depuis une bonne dizaine d’années, l’ancien combattant de MMA mène une belle carrière. Et avec le succès de son précédent album, « Halo Effect », le Britannique semble s’être fait sa place sur la scène Rock européenne. Pour preuve, il s’est même aventuré aux côtés de la chanteuse Phoebe Jane, du batteur Joe Harris et du bassiste Leighton Allen pour monter Hollow Souls et sortir un très bon premier EP éponyme l’an dernier.

Quant à ce sixième album, il confirme la montée en puissance du KRIS BARRAS BAND et surtout ses qualités de composition comme d’interprétation. Bien entouré par Frazer Kerslake (basse), Billy Hammet (batterie) et Josiah J. Manning (guitare, claviers) qui livre également un très bon travail de production, le chanteur et guitariste réalise probablement le meilleur opus de son groupe. L’envie et l’explosivité des débuts sont intacts et la maturité acquise au fil du temps dévoile enfin tout le potentiel des Anglais. Et la machine est bien huilée.

Musicalement, l’Alternative Rock du KRIS BARRAS BAND est très accrocheur, comme d’habitude, sauf qu’il est aussi particulièrement affûté. Mention spéciale pour l’attention et la virtuosité offertes aux guitares. Porté par la voix de son leader, le quatuor frappe vite et fort, tout en laissant un peu de place pour quelques titres plus tendres. Pour autant, « Monsters We Made » est plutôt musclé (« Riot Of One », « Alive », « Fake », « Levitate » et le morceau-titre). Et si l’aspect mainstream reste le fond de commerce du combo, il démontre ici qu’il est bien autre chose.

Retrouvez la chronique de l’EP de Kris Barras avec Hollow Souls :

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Pub Rock Stoner Blues Stoner Pysch

Datura4 : raw trip

DATURA4 ou l’art de créer un mythe en six albums. C’est à peu près en ces termes que l’on pourrait définir le quintet. Fondamentalement Rock, mais aussi Stoner, Blues, Psych et Garage, il semble évoluer avec la même classe en brouillant les frontières musicales avec une facilité déconcertante. « High On The Low Bow » est à la fois déroutant et envoûtant, et cette petite touche vintage et underground offre un charme supplémentaire à ce nouvel opus hors du temps.

DATURA4

« High On The Low Brow »

(Alive Natural Sound)

Du côté de Perth, Dom Mariani, icône Rock et ex-leader de The Stems, a créé en 2009 DATURA4, une formation devenue elle aussi légendaire et qui distille des réalisations déjà cultes. C’est « Demon Blues » qui avait ouvert la voie en 2015 et « High On The Low Bow » est déjà le sixième album. Et il présente encore une fois quelques surprises. Le sentiment qui ressort de son écoute est que les Australiens sont parvenus à une quintessence du Rock qui caractérise le mieux leur île-continent. Entre Stoner, Boogie Blues et psychédélisme délicieusement rétro, la fusion est parfaite.

S’il reste quelques effluves des atmosphères Garage et Pub Rock propres au pays, DATURA4 est tellement fin dans la composition et l’interprétation qu’il serait très réducteur de le résumer à ça, malgré une démarche finalement assez underground. Le groupe n’a pas son pareil pour nous faire parcourir les grands espaces, entre l’aridité du désert et la tiédeur de ses lieux de perdition. Percutants et mélodiques, les musiciens jouent autant une expérience très riche que sur des fulgurances musicales hors-normes avec une grande facilité à mélanger et à assembler les genres.

Comme les autres productions, « High On The Low Bow » est terriblement organique et chaleureux avec une réelle et palpable proximité dans le son. L’épaisseur des riffs Stoner Blues combinée à de la slide et du dobro donne pourtant une assise très Rock. Les embardées Psych offrent un dépaysement total, tout comme les éclairs proto-Metal ou encore le saxophone sur « See My Way ». Avec cet éclectisme à toute épreuve, DAZTURA4 est hypnotique et très inventif (« Under A Rock », « Another Fool’s Gate » « Double Dealer », « Dirty Laundry », « Mind Sailor »). Monumental !

Photo : Jon Tarry

Retrouvez la chronique du précédent album, « Neanderthal Jam » :

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Heavy metal International

Iron Kingdom : Metal mission [Interview]

Véloce, racé et mélodique, le Heavy Metal des Canadiens s’inscrit dans une tradition plutôt européenne dans ses références. Tout en gardant une même ligne artistique, IRON KINGDOM conforte et élève aussi son jeu sur un sixième album qu’il a lui-même produit. Avec une solide rythmique, le quatuor s’appuie surtout sur des parties de guitares où son duo de six-cordistes se montre très complémentaire et créatif. « Shadow And Dust » vient également couronner 15 ans d’existence et l’évolution du combo est manifeste, même s’il reste ancré dans un registre Old School qui n’a, a priori, pas encore dit son dernier mot. Fédérateur et acéré, la formation de la côte ouest peut compter sur son guitariste et frontman Chris Osterman pour le guider dans un style parfaitement maîtrisé. Entretien avec son fondateur.

– Ce sixième album coïncide avec vos 15 ans d’existence. Quel regard portez-vous sur votre parcours, sachant qu’il témoigne aussi d’une belle stabilité, puisque le line-up est inchangé depuis quelques années maintenant ? C’est la preuve d’une belle unité…

A vrai dire, même si le groupe existe depuis 15 ans déjà, nous n’avons jamais conservé la même formation. Aujourd’hui, Leighton (Holmes – NDR), notre bassiste, et moi-même sommes les deux seuls membres fondateurs restants. Malgré ces changements de formation au fil des ans, nous sommes convaincus que Megan Merrick, guitariste depuis 2018, et Max Friesen, batteur depuis 2020, se sont parfaitement intégrés et nous ont permis de développer et d’élever notre son à des sommets toujours plus élevés. Pour nous, cette formation actuelle est sans aucun doute la meilleure que nous ayons jamais eue. Notre parcours, bien qu’unis par nos objectifs, a été jalonné de moments difficiles, d’expériences mémorables, d’aventures épiques et de concerts et festivals incroyables, parfois même aux côtés de nos idoles de toujours. C’est une aventure incroyable et nous sommes unis, et au final, si le groupe a tenu aussi longtemps, c’est grâce à notre amour profond pour la musique et nos fans.

– J’ai lu aussi que vous y voyez un rapport avec le 82ème anniversaire du débarquement. Qu’est-ce que cela représente exactement pour IRON KINGDOM ? C’est un sujet qui vous suit dans votre discographie, dans la thématique de vos chansons ?

Nous sommes absolument fascinés par l’Histoire. Nous l’évoquons dans nombre de nos chansons et il nous arrive aussi d’en discuter longuement dans le bus de tournée ! (Rires) Le lien avec le Débarquement, dans notre cas précis, tient au fait que nous avons formé le groupe le jour J, en 2011. C’est donc l’anniversaire du groupe, le jour même où nous avons choisi le nom IRON KINGDOM. Sachant à l’époque quelle date elle représentait, cela nous a semblé presque poétique et nous avons pensé que c’était le signe parfait pour commencer. Le premier single de ce nouvel album a un lien, certes ténu, avec le Débarquement, mais seulement dans le sens où « Defenders » raconte une histoire de la Seconde Guerre mondiale. Elle se déroule en 1939, lors de la bataille de Gdansk en Pologne, et elle évoque les résistants qui ont tenu bon bien plus longtemps que prévu face au blitzkrieg allemand. Ce jour a quelque chose de vraiment spécial, non seulement parce que c’est notre quinzième anniversaire et qu’il est en lien avec le Débarquement, mais aussi parce que c’est la sortie de notre sixième album, coïncidant avec le 6 juin, le sixième mois de l’année, le sixième jour de l’année 2026 ! On pourrait dire que c’est un signe du destin, mais c’est impossible… Ou peut-être que si ? (Rires) Alors, le fait de pouvoir faire coïncider tous ces éléments et de sortir l’album ce jour-là est comme un alignement parfait, la date idéale donc pour la sortie de « Shadows And Dust ».

– « Shadow And Dust » est également le premier album que vous enregistrez et produisez vous-mêmes. Qu’est-ce qui vous a poussé à prendre cette décision ? Vous avez acquis l’expérience nécessaire, ou est-ce aussi l’époque qui s’y prête grâce à la technologie et une industrie musicale changeante ?

Pour être tout à fait transparents, nous avons enregistré nos trois derniers albums nous-mêmes et nous n’avons cessé d’améliorer notre matériel et nos connaissances depuis nos débuts. « Shadows And Dust » est plus précisément le premier album où nous avons enregistré tous les instruments dans un seul studio. Pour tous nos albums précédents, nous devions enregistrer la batterie dans un lieu ou un studio spécifique, mais pour celui-ci, c’était la première fois que nous pouvions tout faire dans notre nouveau studio, du début à la fin. Et oui, je suis d’accord avec toi, s’enregistrer soi-même est vraiment révélateur de notre époque. La technologie est toujours à portée de main, mais il faut aussi prendre en compte les coûts liés à la vie d’un groupe de Heavy Metal à une époque où les gens achètent moins d’albums physiques. Il arrive un moment où l’on doit se demander, financièrement parlant, si ce ne serait pas plus réaliste de prendre en charge davantage de choses nous-mêmes. Nous en sommes convaincus et cela présente aussi d’autres avantages, comme plus de temps pour la prise de décision et s’assurer que les morceaux correspondent à notre vision. Bien sûr, faire tout ce travail soi-même a aussi ses inconvénients : c’est un travail colossal, on peut facilement se perdre dans les détails et on a toujours l’impression qu’on aurait pu faire mieux. Malgré tout, nous sommes très contents du résultat et nous espérons que vous le serez aussi ! (Sourires)

– Est-ce que le fait de vous retrouver aux commandes de cet album vous a permis d’expérimenter certaines choses, car le spectre musical de « Shadow And Dust » semble bien plus large que les précédents ?

Je dirais que ça nous a surtout permis de faire l’album exactement comme on le souhaitait. Avoir carte blanche en studio offre une bien plus grande liberté artistique. Bien sûr, il faut encore l’interpréter. Il faut encore assurer le coup. Les variations entre les morceaux sont surtout dues à notre façon de composer. Etant un groupe très adepte des improvisations, cette phase pour cet album en particulier nous a pris un peu plus de temps pour tout finaliser. Au fil du temps, différentes idées et différentes ambiances nous sont venues et je pense que c’est de là que viennent les variations. Le studio nous a juste aidés à mieux y parvenir ! (Rires)

– « Shadow And Dust » n’est pas un album concept, et pourtant vous l’avez conçu pour qu’il s’écoute à l’ancienne, c’est-à-dire du début à la fin. C’est vrai que les habitudes des fans ont beaucoup changé. Alors, comment avez-vous aborder la composition ?

Franchement, on ne connaît rien d’autre. Tous nos albums ont été conçus dans cette optique. Pour nous, écouter l’album en entier est la seule option. On ne compose pas de singles juste pour en faire des tubes. On écrit un album, puis on le réécoute et on décide quelles chansons fonctionnent le mieux individuellement. Toute notre approche musicale est basée sur les méthodes traditionnelles. On est peut-être un peu dépassés, mais si nous sommes arrivés jusque-là, il semble que nos fans apprécient notre façon de faire ! (Sourires)

– Une fois encore, il y a un gros travail sur les guitares que ce soit sur les riffs, les solos ou les twin-guitares avec un côté épique dominant. Pourtant, l’équilibre avec la rythmique est parfaitement maintenu. En tant que guitaristes tous les deux, Megan et toi, est-ce une chose sur laquelle vous avez particulièrement veillé au cours de la production ?

On est vraiment un groupe axé sur la guitare. Les riffs sont généralement le point de départ de la composition, ils nous guident tout au long des morceaux et les solos sont au cœur de notre musique. Donc oui, je dirais que tu as tout à fait raison de souligner l’importance des guitares ! (Sourires) Même si tout le reste est très important, on est clairement un groupe où la guitare est primordiale. Côté production, on a passé beaucoup de temps sur les guitares, pour s’assurer que les différentes parties s’accordent bien et que les rythmes et les solos se complètent parfaitement.

– Alors que vous êtes canadiens et donc proches des Etats-Unis, vos influences sont essentiellement issues de la NWOBHM. J’ai l’impression que la différence de style entre l’Europe et le Metal américain est moins palpable et évidente qu’auparavant. Est-ce que vous pensez qu’il y a un rapprochement qui s’est effectué ces dernières années ? Une sorte de fusion, peut-être ?

Je suis d’accord. Internet et la mondialisation ont probablement mélangé certains styles musicaux. Il est certainement beaucoup plus facile d’accéder à la musique du monde entier de nos jours, donc je comprends que les groupes modernes brouillent les frontières. Je pense que dans notre cas particulier, nous avons toujours été beaucoup plus attirés par les sonorités européennes, peut-être est-ce dû à nos origines, ou peut-être est-ce simplement parce qu’en tant que Canadiens, nous aimons généralement faire les choses un peu différemment des Américains ? (Rires)

– Enfin, votre label en France, Steel Shark Records, sort une édition limitée de l’album avec un ‘Best Of’ en second CD. Est-ce que vous avez vous-mêmes choisi les morceaux ? Et quel lien entretenez-vous avec vos fans français, car c’est un beau cadeau que vous leur faites ?

Pour la compilation, on a brièvement discuté de la tracklist entre-nous, puis on a fait notre proposition au label. Je crois qu’il n’y a eu qu’une seule chanson qui a changé par rapport à l’idée de départ. C’était vraiment cool ! (Rires) On était vraiment sur la même longueur d’onde. Steel Shark Records n’est pas un label comme les autres, et pour nous, c’était le choix idéal. On a été quasiment totalement indépendants, à part un peu d’aide pour les vinyles, jusqu’à présent, et c’est vraiment génial de travailler avec quelqu’un qui partage autant notre vision. La France, en particulier, a toujours eu une place spéciale dans notre cœur. On y a joué à chaque tournée européenne jusqu’à présent et on y a donné des concerts mémorables. C’est donc super de renforcer nos liens et de voir ce que l’avenir nous réserve ! (Sourires)

Le nouvel album d’IRON KINGDOM, « Shadow And Dust », est disponible chez Steel Shark Records. 

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Heavy Psych Rock International Stoner Prog

Elder : pleasure in freedom [Interview]

Entre les concerts et le studio, les Américains donnent le sentiment de ne jamais s’arrêter. Cette éducation qui passe par un travail acharné ne leur laisse, de fait, pas forcément le temps nécessaire de peaufiner et de finaliser toutes ces idées foisonnantes. C’est un peu ce qui s’est passé pour ce sixième album où ELDER a exhumé des brides de morceaux pour aller, cette fois, jusqu’au bout du processus créatif. Et même si le quatuor est parti en tournée au beau milieu de la confection de « Through Zero » pour revenir s’y atteler aussitôt, il y a comme toujours cette unité artistique incroyable, qui en fait probablement l’un de ses albums le plus abouti. Alors qu’il nous propose un passage à travers le vide via ce nouveau concept, le chanteur et guitariste principal du groupe, Nick DiSalvo, revient sur sa vision musicale et l’élaboration de ce nouvel opus.

– Avant de parler de « Though Zero », j’aimerais qu’on dise un mot au sujet de l’EP que vous avez sorti en septembre dernier. Il s’agissait de deux morceaux initialement destinés à « Omens » (2020) et « Innate Passage » (2022). Aviez-vous un sentiment d’inachevé en ne les ayant pas présenté avant ?

Nous avons cumulé une multitude de fragments de chansons restés inédits au fil des ans, ce qui est parfois frustrant, mais malgré une telle production, nous n’avons pas ce sentiment d’inachevé. Il arrive que les idées ne soient pas encore abouties au moment où elles sont écrites, et il y a toujours une chance qu’elles voient le jour plus tard.

– Cet EP est sorti alors que vous partiez en tournée avec All Them Witches et vous êtes déjà de retour avec un nouvel album, avant de repartir bientôt encore sur la route. Quand est-ce que vous avez pris le temps d’enregistrer « Through Zero » ? Vos morceaux étaient-ils déjà prêts, malgré leur complexité ?

Nous avons enregistré l’album avant et après la tournée All Them Witches. Les sessions d’écriture ont été assez intenses juste avant de reprendre la route. Je crois que l’album a du être finalisé en six mois environ.

– ELDER existe depuis une vingtaine d’années et vous avez quitté votre Massachusetts natal pour Berlin il y a un moment déjà. On ne va pas encore refaire l’histoire, mais est-ce que l’idée de rentrer aux Etats-Unis vous traverse parfois l’esprit, même si votre pays connaît une période compliquée en ce moment ?

Franchement, pour l’instant, je ne me vois pas m’installer définitivement aux Etats-Unis. Cela dit, l’Allemagne traverse elle aussi des crises et je doute fort qu’elle devienne mon foyer pour toujours. Ce n’est pas vraiment le moment d’envisager l’avenir avec optimisme…

– D’ailleurs, avec le temps, je trouve qu’ELDER présente aujourd’hui une identité plus européenne qu’américaine. Au regard de vos six albums, vos quatre EPs et vos deux live, quand pensez-vous que le virage a eu lieu ? A moins que cette évolution vous paraisse naturelle…

Je ne pense pas que nos nationalités jouent un rôle important dans notre musique, mais je pourrais l’expliquer par le fait que notre musique est davantage influencée, à certains égards, par le Rock des années 70 venu d’Europe et du Royaume-Uni, plus que par l’héritage du Blues américain.

– Comme à chaque fois, vous nous embarquez dans une voyage musical et sonore unique. Et vous êtes partis de ce terme qui donne son nom à l’album, « Through Zero », qui est emprunté à l’ingénierie et aussi au monde de la musique. Est-ce parce qu’il donne lieu à une multitude d’interprétations aussi bien conceptuelles que philosophiques qu’il a retenu votre attention ?

C’est exactement ça. J’aime jouer avec les mots et l’expression « Through Zero » est intéressante. Bien qu’elle ne désigne rien d’autre que le phénomène physique auquel elle fait référence, je trouve que l’idée s’applique à bien d’autres domaines et décrit bien l’atmosphère sonore de l’album.

– Musicalement, « Through Zero » est très progressif avec des passages aux résonances très 80’s et enrobé d’un Heavy Rock aussi très direct. Est-ce que vous vous êtes basés sur le jeu des textures, comme c’est le cas ici, pour dérouler votre fil narratif, car ELDER garde toujours une grande fluidité à passer d’une atmosphère à l’autre ?  

Oui, la magie de ces morceaux réside dans l’interaction entre de nombreux éléments disparates, comme des guitares puissantes et incisives, des sonorités de cordes de mellotron d’inspiration vintage, et parfois même des sons synthétiques modernes. Le défi et la récompense de cette musique consistent à intégrer tous ces sons d’époques différentes en un mix cohérent.

– D’ailleurs et peut-être encore plus que sur vos précédents albums, « Through Zero » se dévoile vraiment au fil des écoute. L’émergence des détails dans vos morceaux est d’ailleurs assez incroyable, tant ils sont nombreux. C’est un travail que vous effectuez une fois le morceau bien structuré, c’est-à-dire plus ou moins vers la fin, ou vous intégrez les arrangements dès le départ ?

Les arrangements sont déjà complexes et détaillés lors de la composition. La difficulté survient surtout à l’enregistrement, car c’est là qu’il faut trouver une place pour chaque élément. Souvent, nous devons même simplifier les arrangements en studio, faute de place ! Cela dit, c’est aussi le moment où nous améliorons les morceaux.

– « Through Zero » a aussi la particularité d’être produit par vous-mêmes, toujours en collaboration avec Richard Behrens. Et cette fois, vous avez aussi participé au mix de l’album. Qu’est-ce qui a changé dans votre démarche pour que vous ayez envie de vous y pencher ? Le considérez-vous finalement comme votre disque le plus personnel à ce jour ?

J’ai souvent été frustré par le passé par les décisions de mixage prises par des personne extérieures. C’était des décisions que nous n’avions ni le temps, ni les ressources pour corriger ou même pour explorer d’autres options de manière adéquate. Or, je sais depuis longtemps quel son je souhaite pour notre musique et aussi que nous, au sein du groupe, possédons de solides compétences techniques en matière d’enregistrement…

– Vous repartez encore pour une longue tournée, ce qui fait d’ELDER un groupe de scène incroyable. Vous donnez d’ailleurs l’impression de ne jamais vous arrêter. Est-ce que vous considérez finalement un peu vos albums comme un prétexte pour repartir sur la route ? Et est-ce le contact direct avec vos fans que vous privilégiez surtout ?

En fin de compte, je pense que non. Mais l’aspect live du groupe est tout aussi important pour nous que les albums. Le Rock est fait pour être vécu en concert, car c’est une sensation forte, viscérale et énergique ! Je ne peux pas vraiment imaginer jouer de la musique sans cette dimension scénique.

– Enfin, on a parlé du fait que votre musique avait peut-être une saveur plus européenne aujourd’hui. Que reste-t-il de fondamentalement et viscéralement américain chez ELDER ?

ELDER est né de la scène Rock underground américaine. Nous n’avons pas fréquenté d’écoles de musique, nous n’avons bénéficié d’aucun financement culturel, ni même d’une salle de répétition subventionnée par l’Etat, contrairement à certains groupes en Europe de l’Ouest. Précisons-le : je considère ces aides comme essentielles et il est absolument indispensable de financer les arts et la culture ! Mais en même temps, nous avons dû apprendre par nous-mêmes et travailler d’arrache-pied pour en arriver là. Je pense que cette façon de faire est emblématique de ‘l’éthique du travail à l’américaine’. On nous dit souvent que notre culture du travail est malsaine ou mal adaptée, mais nous sommes aussi très motivés et convaincus qu’à force de travail, on peut réussir. Cette mentalité nous a sans doute été inculquée très tôt et c’est pour cette raison que nous n’arrêtons jamais d’avancer, même au risque de nous exploiter, ou de nous contraindre, nous-mêmes.

Le nouvel album d’ELDER, « Through Zero », est disponible chez Stickman Records en Europe.

Photos : Leon de Backer

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International Stoner Rock

Truckfighters : architects of fuzz [Interview]

Depuis le début des années 2000, les Suédois ont amorcé une opération revival du Stoner Rock à l’européenne et n’ont eu de cesse d’élever au rang d’art cette pratique du Fuzz, qui reste toujours aussi énigmatique que savoureuse. A la base de cette belle aventure, on retrouve Ozo (Oskar Cedermalm) à la basse et au chant et Dango (Niklas Källgren) à la guitare, qui ont constitué au fil du temps une belle collection de batteurs pour les accompagner. Une longue décennie de silence discographique après leur dernier album en date, « V », TRUCKFIGHTERS sort enfin « Masterflow ». Sans surprise et avec bonheur, la fraîcheur, la spontanéité et une certaine inconscience sont toujours au rendez-vous sur ce nouvel opus d’une grande richesse musicale et d’un impact fort. Entretien avec deux musiciens libres, adulés par leurs pairs, et dont la légèreté apparente est le fruit d’un réel plaisir de jouer.

– Tout d’abord, quel plaisir de vous retrouver avec un nouvel album ! Dix ans après « V », c’est très long. Pourquoi ce break, même si vous étiez remontés sur scène en 2019 pour une longue tournée ?

Ozo : Oui, on a fait une pause en 2018. Mais après seulement cinq ou six mois sans toucher à un instrument, l’envie de jouer a commencé à revenir ! (Sourires) Je pense que si ça a pris encore des années, c’est en partie à cause du Covid, mais j’étais aussi dans une relation très difficile, du moins pendant les cinq dernières années. Quand on a le cafard, on n’a pas envie de faire de la musique. Je joue de la musique surtout, voire uniquement, parce que j’aime ça…. (Sourires)

Dango : En résumé, on avait perdu le plaisir des tournées et on commençait à se lasser les uns des autres, je crois ! (Rires) On avait donné entre 80 et 110 concerts par an pendant 10 ans d’affilée, alors c’était le bon moment pour faire une vraie pause. J’avais toujours envie de composer, alors j’ai écrit et enregistré un album moi-même sous le nom d’Enigma Experience. Les dernières retouches et la recherche d’un chanteur ont pris un peu de temps, du coup, dès la sortie de l’album, on était déjà de retour sur scène avec les TRUCKFIGHTERS ! (Rires) Mais bon, le Covid nous a aussi forcés à faire une pause. Finalement, c’était peut-être une bonne chose, parce qu’après ça, on a retrouvé le plaisir de jouer sur scène. On donne aussi environ deux fois moins de concerts par an qu’avant. Une autre raison pour expliquer le long intervalle entre les albums, ce sont les enfants. Les petits prennent du temps et de l’énergie… (Sourires) Entre « V » et « Masterflow », Ozo a eu trois enfants et moi deux. La vie, c’est bien plus que la musique.

– Comme vous avez votre propre label, Fuzzorama Records, j’imagine que cette décennie a été consacrée à produire d’autres groupes. Qu’est-ce qui vous intéresse le plus dans cette activité ? C’est la découverte de jeunes talents ou accompagner d’autres plus reconnus ?

Ozo : Dès le départ, il s’agissait surtout d’apprendre le côté commercial de la musique, ce que je trouvais intéressant. Mais avec le temps, je me dis que jouer de la musique est plus amusant aujourd’hui. D’un autre côté, je n’ai plus besoin de travailler 16 heures par jour pour le label, comme je le faisais parfois au début.

Dango : On pensait qu’il était important de diffuser de la bonne musique, de rendre le monde un peu meilleur en sauvant les gens de la daube commerciale ! (Rires) C’est difficile d’expliquer ce qui nous pousse à faire certaines choses. TRUCKFIGHTERS en avaient marre de faire des démos, alors on a créé un label ! Et j’aime aussi découvrir de nouveau groupes qu’on apprécie vraiment. C’est ce que je préfère dans le fait de sortir de la musique que j’aime sincèrement. La plupart des albums sortis sur Fuzzorama sont excellents ! (Sourires)

– J’en termine avec Fuzzorama Records. Est-ce que cela vous a permis de constater une certaine évolution du style ? Certains courants qui se développent plus que d’autres ? Et surtout, est-ce que cela a pu avoir une influence, même inconsciente, sur la tonalité que vous souhaitiez donner à « Masterflow » ? Certains écueils à éviter et peut-être une production à faire évoluer peut-être aussi ?

Ozo : Non, ça peut paraître un peu bizarre, mais on ne se soucie pas vraiment de ce que font les autres groupes, surtout pas pendant les sessions d’enregistrement. On se concentre plutôt sur la création de morceaux qui nous tiennent à cœur, sans trop se préoccuper de l’avis des autres ou des tendances. Et puis, TRUCKFIGHTERS a toujours été TRUCKFIGHTERS : notre son est unique, on évolue et nos albums ne ressemblent pas aux précédents. Ce n’est pas pour suivre la mode, c’est juste la vie qui passe, on vieillit, on change, on a envie d’explorer de nouvelles chansons plutôt que de réécrire les anciennes.

– Restons un moment sur l’entité TRUCKFIGHTERS. Comment expliquez-vous, et le comprenez d’ailleurs vous, que le groupe soit passé au rang de légende du Desert/Stoner en l’espace d’une bonne vingtaine d’années ? C’est assez incroyable compte tenu de la présence antérieure de beaucoup d’autres…

Ozo : Eh bien, c’est difficile à imaginer. Honnêtement, je pense que le secret de notre succès réside dans un travail acharné, la fidélité à nos convictions et le plaisir de jouer. C’est un immense honneur quand les gens nous disent que c’est grâce à nous qu’ils ont commencé la musique. C’est à la fois incroyable et irréel.

Dango : Certaines choses semblent se produire naturellement. « Desert Cruiser » a été notre première composition. J’ai composé le riff principal, une interprétation personnelle du Stoner Rock de l’époque. Le batteur d’origine m’avait prêté tout le catalogue de Kyuss, et on a monté un groupe de Stoner Rock ! (Sourires) C’est fou de repenser à l’impact de ce morceau, qui reste notre plus populaire, et je suppose qu’il le restera toujours, quoi qu’on fasse. Comme tu le dis, une des raisons de notre légende, c’est que le genre était quasiment mort à nos débuts. On fait partie des groupes qui ont contribué à le faire renaître. Au début des années 2000, presque personne ne jouait, ni n’écoutait ce genre de musique. Kyuss s’était séparé, QOTSA avait pris un tournant plus commercial et Fu Manchu n’avait pas tourné en Europe pendant cinq ans. Les quelques autres groupes underground actifs sur la scène ont également disparu, comme Lowrider et Dozer, mais nous, on a continué à faire évoluer le Fuzz.

– Si je m’avançais un peu, je dirai que TRUCKFIGHTERS est peut-être le groupe qui rassemble le mieux toutes les composantes et les sous-courants du style. Et puis, il y a aussi cet humour qui vous caractérise, à travers lequel vous affichez beaucoup de légèreté, là où votre style brille souvent sous par sa complexité. Serait-ce une explication à ce côté rassembleur ?

Ozo : Bon, l’humour est peut-être important. Mais je pense que beaucoup de groupes perdent vite de vue la raison pour laquelle ils ont commencé à jouer : s’amuser. Le succès ou la popularité ne sont pas l’essentiel. L’essentiel, c’est de rester fidèle à soi-même et de jouer pour le plaisir. Si on perd ça et qu’on joue pour l’argent ou le succès, alors autant faire n’importe quel boulot.

– Toujours sur la côté très positif, « Masterflow », outre son titre évocateur, affiche une pochette aussi pleine de bonne humeur. Etait-ce également une façon de désamorcer une certaine pression due à ce retour très attendu ?

Ozo : (Rires) Non… C’était difficile de trouver la bonne pochette. On a eu plein d’idées, dont une ou deux qui me semblaient plutôt intéressantes, mais Dango les a refusées. Du coup, cette canette avec un ingrédient magique « Masterflow », ou je ne sais quoi, était une idée plus amusante et peut-être moins sérieuse, mais j’aimais bien le rendu, et Dango aussi, évidemment. On a peaufiné le design encore et encore. Le fait que Dango et moi soyons sur et autour de la canette a été ajouté à la dernière minute, presque quand le graphiste a abandonné l’idée ! (Rires) Mais c’est sympa, ça montre qu’on est toujours dans le coup, parce qu’on trouve ça toujours aussi fun.

– Sur cette même pochette, vous indiquez « Balance Between Discipline And Freedom », une phrase que l’on retrouve aussi prononcée sur le morceau-titre. Est-ce là la vraie définition de « Masterflow », selon vous ? Un savoir-faire complété par un lâcher-prise ?

Dango : Je pense que oui. Enfin, si on reste trop disciplinés, je suis sûr que cela entraînera une certaine perte de créativité. Mais si on ne fait que s’amuser, se sentir libre et faire ce qu’on veut quand on veut, il y a un grand risque de ne rien accomplir, ou du moins de ne rien terminer.

– Comme les précédents albums, TRUCKFIGHTERS ne s’interdit rien, s’immisce dans le Desert, le Stoner, le Rock comme le Metal avec aussi des passages Doom et Psych. Est-ce que c’est cette appétit pour une grande liberté qui vous nourrit depuis vos débuts, et qui vous permet aujourd’hui de ne connaître aucune frontière artistique ?

Ozo : Difficile à dire. Nous ne nous sommes jamais sentis liés à aucune règle musicale. Nous n’avons jamais eu d’idée précise du résultat final avant même que les morceaux ne soient composés. Pendant un temps, lors de l’écriture de l’album « Universe » (2014 – NDR), nous nous sommes mis la pression pour qu’il soit encore meilleur que « Mania » (2009 – NDR). Résultat : pendant des mois, nous étions incapables de composer un seul riff satisfaisant, une expérience très frustrante. Mis à part cette période, je pense que nous avons toujours eu une grande liberté musicale et fait ce qui nous semblait juste à chaque étape de notre vie. Pour cet album, je me suis beaucoup inspiré de mon complice Dango, et j’ai recueilli ses avis et ses précieux conseils.

– Justement à propos du Fuzz dont vous êtes des maîtres en la matière, et avec un label qui s’appelle Fuzzorama, quel est votre définition, à savoir ses caractéristiques, et ce qui le rend si unique à vos yeux ?

Ozo : C’est un son caractéristique, principalement dû à la guitare et à la basse : une sorte de distorsion chaleureuse, agréable et très puissante ! Cela donne aussi un peu l’ambiance et le son de toute la production audio. C’est à l’opposé du son Metal mainstream, où le son des guitares est souvent tellement agressif qu’il en devient insupportable ! (Rires)

– On parle actuellement beaucoup de l’arrivée de l’IA dans la musique. J’ai l’impression que s’il y a un style qui en sera préservé, c’est bien le Desert/Stoner. Ça va être compliquer de reproduire ce son si organique et ce fuzz insaisissable. Est-ce aussi votre sentiment ? Et d’ailleurs, quel est votre regard là-dessus, qui peut apparaître comme une régression qui ne dit pas son nom ?

Ozo : On est bien trop vieux jeu pour même envisager d’utiliser l’IA, et ça gâcherait tout le plaisir de composer de la musique à partir de rien. Ça prend du temps, il faut laisser libre cours à sa créativité et se plonger complètement dans le processus. J’imagine qu’avec l’IA, le plus dur, c’est encore d’appuyer sur le bouton ‘Créer une chanson’ ! (Rires)

– Enfin, un dernier sourire pour conclure. Vu l’importance cruciale de l’écologie et son enjeu mondial, le nom TRUCKFIGHTERS était-il déjà quelque peu prophétique à l’époque, et l’est-il encore plus aujourd’hui ? Était-ce déjà une cause que vous défendiez lorsque vous avez créé le groupe ?

Dango : (Rires) Non, on trouvait juste le nom super cool. De toute façon, impossible de dire ce que ça signifie vraiment. Est-ce qu’on on se bat contre ou pour les camions, pas vrai ? (Rires) Ce que je veux dire, c’est que ‘Fire Fighter’ est évidemment quelqu’un qui lutte contre le feu, alors que ‘Freedom Fighters’, signifie quelqu’un qui se bat pour la liberté. On dirait que la langue anglaise n’arrive pas à se décider et à être très claire là-desssus, alors qui sait ! (Sourires)

Le nouvel, et tant attendu, album de TRUCKFIGHTERS, « Masterflow », est disponible chez Fuzzorama Records/Cargo.

Photos : Andreas Hylthen (1, 2, 4, 6)

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Hard Rock Hard'n Heavy

Tyketto : le feu intérieur

Archétype-même du groupe sous-estimé, TYKETTO avait pourtant démarré sa carrière de belle manière au début des années 90 et au milieu d’une féroce concurrence. Puis, les New-Yorkais ont explosé en plein vol, malgré une entame très prometteuse. 35 ans plus tard, Danny Vaughn remet le couvert et rallume la flamme. Certes, son Hard Rock n’est plus aussi explosif et tranchant, mais les compositions sont là. Enregistré aux légendaires studios Rockfield au Pays de Galles, « Close To The Sun » montre que nos vétérans en ont encore sous le pied.

TYKETTO

« Close To The Sun »

(Silver Lining Music)

Après de bons débuts dans les années 90 avec trois albums plébiscités (« Don’t Come Easy » en 1991, « Strength In Numbers »  en 1994 et « Shine » en 1995), on aurait pu penser que TYKETTO allait s’imposer sur la scène Hard Rock, bien au-delà de sa ville de New-York. Et ce fut un temps le cas. Mais c’était sans compter sur le caractère imprévisible et autoritaire de son fondateur Danny Vaughn, guitariste et très bon chanteur. S’en sont suivis 17 ans d’absence avant une remise en selle en 2012 avec « Dig in Deep », puis « Reach » il y a dix ans déjà. Finalement, en trois décennies, les Américains n’auront sorti que six opus, ce nouveau « Close To The Sun » compris.

Revoici donc TYKETTO de retour avec un line-up une fois encore remanié, mais de qualité et c’est du costaud ! On y retrouve donc Chris Childs (Thunder) à la basse, Johnny Dee (Doro, Britny Fox) à la batterie, Harry Scott Elliott à la guitare et Ged Rylands, présent depuis 2012 aux claviers. Le groupe a fière allure et « Close To The Sun » est dans la parfaite lignée de ce qu’il propose depuis ses débuts, à savoir un Hard Rock mélodique. L’expérience de cette longue et chaotique carrière est bien là et on a affaire à des musiciens qui savent pertinemment où ils vont. Précis et accrocheur, rien n’est laissé au hasard et il ne faut pas longtemps pour se laisser prendre au jeu.

Certes, le quintet ne vient pas bouleverser le paysage musical, et encore moins son propre répertoire, mais il prolonge le plaisir avec sérieux et application. Plus Rock et moins rentre-dedans que dans ses jeunes années, TYKETTO semble avoir arrondi certains angles, s’adonne aussi à des titres plus mid-tempos, mais reste toujours aussi dynamique et costaud. Vocalement, son frontman demeure l’une des plus belles voix du registre et le nouveau six-cordiste n’est pas avare de bons riffs et de solos tout en feeling (« Higher And Than High », « Bad For Good », « Harleys & Indians », « The Picture », « The Brave »). Une belle partition. 

Photo : Davey Rocks

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Blues Rock Contemporary Blues Southern Blues

Jonathon ‘Boogie’ Long : l’émotion et la passion

Bercé par la Soul, le Southern Rock, le Gospel, le Blues et l’Americana, JONATHAN ‘BOOGIE’ LONG a trouvé sa voie et son style, d’une finesse et d’une délicatesse de chaque instant, qui le guident dans un registre porté par l’espoir. « Courage In The Chaos » parle d’identité avec la sérénité d’un sage. Des chansons très rythmées en passages plus doux, la force de l’Américain prend racine dans un apprentissage effectué auprès des plus grands. Et ce nouvel opus est déjà essentiel.

JONATHON ‘BOOGIE’ LONG

« Courage In The Chaos »

(Myrical Records)

Guitariste, chanteur et songwriter, JONATHON ‘BOOGIE’ LONG a toujours baigné dans le Blues. C’est à Baton Rouge qu’il fait ses premières scènes à l’âge de dix ans avant de partir, quatre ans plus tard et donc tout juste adolescent, sur la route avec Henry Turner Jr. Consacré meilleur guitariste de Blues indépendant des Etats-Unis en 2011, le Louisianais possède déjà une longue expérience qui lui a permis de forger un style original et immédiatement identifiable. « Courage In The Chaos », son sixième album, est déjà un sommet dans sa carrière et un incontournable de cette année.

Produit par Samantha Fish sur ses deux précédents disques, « Jonathon Long » (2018) et « Parables Of A Southern Man » (2021), JONATHON ‘BOOGIE’ LONG a aujourd’hui trouvé refuge chez Myrical Records, label fondé par le légendaire Jim Odom, membre du mythique groupe LeRoux et ingénieur du son multi-récompensé. Et cela s’entend sur « Courage In The Chaos », qui est limpide et fluide. Cette nouvelle réalisation défit le temps et entre un Southern Blues Rock teinté d’Americana et une interprétation parfaite, le musicien vient se poser parmi les meilleurs du genre.

JONATHON ‘BOOGIE’ LONG n’est pas qu’un virtuose de plus, ses capacités vocales sont également hors-norme, et la combinaison offre une authenticité rayonnante à son jeu. Très actuel tout en étant inscrit dans une tradition fidèle au Sud des Etats-Unis, le bluesman captive tout au long de « Courage In The Chaos », magnifique recueil d’histoires duquel émane un esprit de liberté apaisant (« Hell Or High Water », « A Fool Can See », « The World Is A Prison », « Drinking Through », « Tomorrow », « Lipstick », « Catfish Blues »). Un tel groove, aussi naturel, est rarissime.