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Classic Rock Hard 70's Progressif

Plastic Woods : une forêt de reflets

Le quatuor ibérique s’est lancé dans son disque probablement le plus audacieux depuis ses débuts en 2019 avec « Icarus ». Egalement prometteur, son deuxième effort, « Dragonfruit » (2021), avait confirmé sa bonne réputation. Que ce soit au niveau des paroles, qui vont puiser autant dans une grande réflexion, jusqu’à une démarche artistique vraiment peaufinée et aussi une qualité de production irréprochable, « Mirrors » porte PLASTIC WOODS à un sommet gravi par les Espagnols avec panache.

PLASTIC WOODS

« Mirrors »

(Discos Macarras/Spinda Records)

Affirmer un style passe très souvent aujourd’hui par la fusion de différents registres. Depuis trois albums, celui-ci compris, PLASTIC WOODS affirme le sien et ses composantes, sans être opposées, sont très nombreuses. Autour d’un Classic Rock plutôt musclé, des sonorités progressives, bluesy, Folk et même psychédélique se greffent pour obtenir un genre fédérateur et original, le tout avec une saveur légèrement vintage. Autant dire que le combo présente de solides atouts. Imparable techniquement, sa créativité s’exprime avec beaucoup de liberté.

Javier Rubio Arrabal (batterie), Rafael Marin Becerra (claviers, lap-steel), Antonio Pérez Muriel (basse) et Jésus de la Torre Sánchez (guitare, chant) ont du répondant et de l’inspiration au point d’arriver à construire des paysages musicaux captivants. Et l’autre pôle d’attraction se situe au niveau du contenu des textes de « Mirrors ». Conceptuel, ce nouvel opus s’inspire des œuvres de Nietzsche, Carl Gustav Jung, Lewis Carroll et même du symbolisme du tarot. PLASTIC WOODS s’avance dans une exploration de nos sentiments en les confrontant et en les analysant.

Malgré une réalisation qui peut paraître complexe de prime abord, la musique de la formation d’Antequera se montre d’une grande fluidité avec des morceaux très accrocheurs, aux reliefs changeants, mais au cœur d’une unité forte. La maîtrise narrative et mélodique est irréprochable sans jamais tomber dans l’excès et tout en ne se refusant rien. Embardées proto-Metal, solos de flûte incroyables ou envolées Hard 70’s, PLASTIC WOODS livre une réalisation très bien ciselée (« Living The Lights », « All I Know », « Mirrors », « Sandflower », « Jabberwocky »). Magistral !

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Blues Rock

LittleBig6ster : l’esprit libre

Entre instants très roots et d’autres plus suaves, le Blues Rock de LITTLEBIG6STER sait aussi se mouvoir sur des rythmes chaloupés, guidés par de chaudes percussions et surtout par une chanteuse aussi explosive que délicate. Une voix terriblement Soul et si vivante qui n’hésite pas à s’embraser sur des ambiances plus funky, Boogie, Southern et même légèrement Hip-Hop, donnant ce ton si particulier et sans retenue à « Mue », un troisième effort enthousiaste où les chœurs s’imposent comme le sixième membre du combo. Spontané, incisif et authentique !

LITTLEBIG6STER

« Mue »

(Independant)

Aujourd’hui, lorsqu’on pense ‘tribal’, cela évoque surtout la vague néo-Folk très ancestrale déferlant de Scandinavie. Et pourtant, c’est plutôt du côté amérindien notamment qu’il faut se pencher pour entrer dans l’univers de LITTLEBIG6STER. Depuis près de dix ans, la formation angevine distille son Blues Rock loin des conventions et hors des sentiers battus. Ici, la cigar-box et l’harmonica côtoient le didgeridoo en toute liberté dans des perspectives musicales réjouissantes et originales. Après « Cobra » (2017) et « LB6 » (2021), les Français opèrent déjà leur « Mue » sur un troisième album d’une grande richesse.

Très organiques et directes, ces nouvelles compostions peuvent au départ paraître un peu intrigantes compte tenu des multiples instruments à l’œuvre. Pourtant, l’ensemble est d’une fluidité absolue et évolue sur un groove très naturel. Capable de se montrer entraînant et rugueux, puis d’une grande douceur l’instant d’après, le groupe semble guidé par un souffle harmonieux, qui le rend imprévisible. Cela dit, LITTLEBIG6STER avance tout en maîtrise dans un style où il ne fait qu’effleurer quelques références familières comme autant de clins d’œil. Car, ne vous y trompez pas, ici, la découverte est totale.

C’est cette finesse que l’on retrouve tout au long de « Mue », dont la production est elle aussi très soignée. Vocalement, Virginie Pinon livre une prestation incroyable et rien ne lui résiste. Mais c’est l’homogénéité du quintet et sa complicité qui rendent ce nouvel opus si attractif et débridé. Les guitares et la slide sont affûtées et en imposent, les tempos libèrent des variations étonnantes et solides et la magie opère dans un même élan (« Running Wild », « Modern Tribe », « Fight 2 B », « Soul’s Sacrifice », « Step Aside », « Toy » et aussi la reprise de « Heavy Soul » des Black Keys). LITTLEBIG6STER captive avec brio.

Photo : Sarah Cross

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Desert Rock International Stoner Rock

Steak : sonic perspectives [Interview]

Quatrième album pour les Londoniens qui reviennent dans une configuration en quintet, ce qui leur apporte encore plus de volume et de relief. En un peu plus de quinze ans, ils ont su s’imposer au point qu’on a l’impression qu’ils ont toujours fait partie du paysage Stoner/Desert européen. Et cette forte présence s’explique par un son immédiatement reconnaissable, un jeu massif et mélodique et des albums qui vont à chaque fois creuser un peu plus profond. STEAK n’est pas l’un des fers de lance de la scène britannique par hasard et l’arrêt d’une des locomotives du genre, également londonienne, ne laissera pas un grand vide. Sobrement, et sombrement, éponyme, ce nouvel opus garde cette identité très Desert Rock dans ses fondations, tout en faisant grandir et évoluer son Stoner : la marque des grands. « Steak » est aussi surprenant qu’addictif, porté par un chant captivant, des guitares enivrantes et tranchantes et un duo rythmique d’un groove majestueux. Les Anglais frappent très fort, vont aussi régaler leurs fans et s’imposent ici avec une incontestable évidence. Entretien avec un groupe en perpétuel mouvement et qui ne renie pas la scène underground d’où il est issu.

– On vous avait quitté il y a quatre ans avec le très rouge « Acute Mania » et vous revenez avec un album à la pochette très sombre. Comme d’autres avant vous, « Steak » est-il votre ‘Black album’ ?

C’est fascinant de voir à quel point la pochette de l’album a suscité de nombreuses discussions… (Sourires) De nos jours, tout est instantané, alors c’est agréable de proposer quelque chose d’un peu mystérieux qui incite à regarder de plus près. Quiconque prend la peine d’aller au-delà des apparences est récompensé par une explosion de couleurs grâce à l’illustration intérieure réalisée par notre ami et collaborateur Schoph. C’est notre façon de dire que les meilleures choses sont celles qu’il faut découvrir en creusant un peu. Nous espérons que c’est ainsi que la musique sera appréciée.

– Sur ce nouvel album, vous accueillez aussi le guitariste Tom Cameron et STEAK est désormais un quintet. Le groupe avait-il besoin de prendre du volume dans l’objectif peut-être aussi de vos prochaines prestations live ?

C’était une suite logique après sa contribution au morceau « System » sur « Acute Mania ». Cet album était plus complexe que nos précédents, alors quand on est partis en tournée, il a rejoint le groupe. On est amis depuis une vingtaine d’années, alors on savait donc tous à quoi s’attendre ! (Sourires)

– D’ailleurs, le groupe s’agrandit et sort aussi un album éponyme, ce qui est toujours très significatif dans une carrière. Est-ce la version 2.0 de STEAK que vous livrez ici ? Comme un nouveau chapitre dans votre parcours ?

Peut-être une remise à zéro, ou une rupture définitive. Avec le recul, on voulait peut-être simplement laisser la musique parler d’elle-même, sans être contraints par un concept ou un angle précis. Le prochain album s’appellera peut-être « Steak 2.0 » ! Ou peut-être pas… (Sourires)

– Il y a une véritable géographie sonore sur ce nouvel album avec beaucoup de relief et surtout un spectre qui n’est pas écrasé. Est-ce que, étant donné le contenu de « Steak », la production a eu une importance toute particulière cette fois ?

Pour cet album, nous ne voulions pas trop en faire côté production. Avec tous ces nouveaux projets, ce n’était pas le moment de trop expérimenter en studio. Pour la première fois, nous avons deux chanteurs, deux guitaristes et de nouvelles idées de composition. Rien que cela apportera une perspective et une profondeur inédites à la musique.

– Outre ses riffs puissants et massifs, STEAK reste un groupe finalement très accessible, avec des parties vocales très accrocheuses. Vos mélodies partent-elles des voix, ou au contraire des parties instrumentales, car les refrains sont encore très soignés ?

Il n’y a pas de formule toute faite… Parfois, on travaille un morceau pendant des mois avant même de penser à le structurer et à y ajouter le chant. Parfois, la mélodie vocale vient en premier et la musique se construit autour. Ou alors, tout se fait naturellement et la chanson s’écrit d’elle-même.

– Ce qu’il y a aussi d’assez particulier chez STEAK, c’est votre touche britannique assez spécifique dans le son que l’on n’entend peu, même chez les groupes de Stoner anglais. Comment se traduit-elle dans votre jeu, selon vous, et comment l’associez-vous à vos autres influences plutôt américaines ?

Nous étions tous de jeunes adolescents dans les années 90, et il y avait tellement de groupes de guitare Pop au Royaume-Uni à l’époque. Il est presque impossible pour nous de ne pas être influencés d’une manière ou d’une autre par le son de cette période. De même, le Grunge, le Blues et l’émergence du Desert Rock américain durant cette même période ont laissé une empreinte indélébile sur notre musique. Cependant, vous avez plus de chances d’entendre les Commodores ou du Roachford dans le bus de tournée ! (Rires)

– Par ailleurs, une chose est assez marquante, c’est la manière dont les morceaux « Cometh » et « Short Arms » encadrent l’album au début et à la fin. On croirait presque qu’ils servent d’écrin au reste du disque. Est-ce que vous les avez pensé dans cette optique ?

Elles n’ont pas été écrites intentionnellement comme des morceaux de transition, mais « Cometh » semblait être un excellent moyen de présenter toutes les nouveautés du groupe et « Short Arms » ne ressemble à rien de ce que nous avons fait auparavant. Peut-être un avant-goût de ce qui nous attend ? Et cela nous semblait aussi une bonne façon de conclure l’album.

– En près de 15 ans d’existence, STEAK s’est toujours distingué par un son très live dans l’approche et ce nouvel album s’inscrit encore dans cette veine. La scène vous sert-elle aussi de champ d’expérimentation pour vos futures compositions ?

Parfois, c’est certain. Par exemple, « Dust », sur notre nouvel album, est né d’un riff improvisé pendant les balances. « Two By Two », on l’a joué en live pendant deux ans avant d’entrer en studio. Mais parfois, on attend d’être sûrs qu’un morceau soit abouti avant de se lancer à corps perdu. Par ailleurs, on a joué « Infinite » au Roundhouse à Londres, un morceau inédit, lors d’un de nos plus grands concerts à ce jour. Je crois qu’on aime bien se tester sans même y penser sur le moment… (Sourires)

– Enfin, vous qui venez de la scène stoner underground londonienne et qui aimez à le rappeler, vous considérez-vous encore en faire partie ? Ou certaines étapes clés ont-elles été franchies en ce qui concerne STEAK dans son statut notamment ?

Notre récente soirée de lancement de l’album dans le quartier de Camden à Londres pour ‘Desertscene’ était une véritable fête, non seulement pour nous, mais aussi pour toute la scène. Et ce fut aussi une façon de remercier tous ceux qui nous ont accompagnés dans cette aventure depuis toutes ces années. Nous sommes conscients de notre chance et nous sommes très exigeants envers nous-mêmes. Nous n’avons donc jamais la prétention d’être trop ambitieux. Nous sommes juste des potes qui font de la musique, et c’est la scène qui nous offre ce tremplin pour la partager avec le public.

Le nouvel album éponyme de STEAK est disponible chez Stickman Records et Ripple Music.

Photos : Sylvain Golvet (1) et Sam Huddleston (2).

Retrouvez aussi la chronique de « Acute Mania » :

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Blues Blues Rock Soul

Sari Schorr : en totale liberté

Dans un véritable élan de liberté, c’est avec un troisième effort d’une grande diversité que SARI SCHORR refait surface. Très attendue, même si son duo avec Robin Trower avait fait des étincelles, elle rayonne tellement plus lorsqu’elle évolue dans son univers personnel. Avec « Running Wild », elle offre une vision panoramique de son talent… et il est immense. Impertinente, souple, captivante ou totalement débridée, elle a fait du Blues son terrain de jeu et elle impose ses propres règles avec beaucoup de classe.

SARI SCHORR

« Running Wild »

(Provogue/Artone Label Group)

Il y a dix ans, la chanteuse et compositrice surgissait sur la scène Blues Rock avec le bien-nommé « A Force Of Nature », suivi de « Never Say Never » en 2018 et d’un album live. Et c’est ensuite sur l’excellent « Joyful Sky » du grand Robin Trower que SARI SCHORR avait livré une performance exceptionnelle en 2023. Perfectionniste, elle aura tenu ses fans en haleine huit longues années avant de livrer « Running Wild ». Un retour que l’on doit à son guitariste Jamie Walker, qui a étroitement collaboré à la conception de ce nouvel album.

Pour rappel, l’Américaine fut la choriste de Joe Louis Walker et Popa Chubby avant de faire un bout de chemin avec le guitariste de Robert Plant, Innes Sibun. Un parcours très riche et « Running Wild » vient confirmer qu’elle reste l’une des meilleures dans son domaine. Et pour son troisième opus en solo, SARI SCHORR a confié la production de son disque à son six-cordiste et bassiste Jamie Walker et à son batteur Luke Paget. Enfin, le groupe ne serait pas au complet sans les chaleureuses notes d’orgue Hammond et de piano de Bennett Holland.

Dès l’entame avec « Mr. In The Middle », puis sur le morceau-titre, la New-yorkaise place la barre très haut. L’irrésistible voile éraillé de sa voix permet à SARI SCHORR d’aborder une large palette d’ambiances, toujours entre puissance et délicatesse. Subtile, grave et sensuelle, elle est à l’aise dans tous les registres, passant du Southern Rock (« Monday Morning »), au Blues Rock groovy (« Cool Hand Riders ») ou à des tessitures plus Gospel (« Call It Freedom ») et Americana (« Finding My Way »). Somptueux et attachant !

Photo : Tom Row

Retrouvez la chronique de son album avec Robin Trower :

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Desert Rock Heavy Stoner Psych

Spirit Mother : un espace imposant

Dès son premier album, « Cadets » sorti en 2020, SPIRIT MOTHER s’est distingué de la scène Stoner grâce à une touche singulière. L’année suivante, son « Live In The Mojave Desert » vient confirmer ce bel élan dans un décor où il semble littéralement dans son élément. Après « Trails » en 2024 et un départ de Californie, des touches plus Desert Rock et Americana viennent se greffer à leur univers, qui est aujourd’hui atypique, imprévisible et profondément vivant.

SPIRIT MOTHER

« Thistle »

(Sound Of Liberation Records)

Après avoir quitté Long Beach pour le Haut Désert de l’Oregon, SPIRIT MOTHER a trouvé un nouveau souffle et surtout une source d’inspiration intarissable. Depuis « Trails » sorti il y a deux ans, le groupe a quelque peu remanié son line-up. Le chanteur Armand Lance a laissé la basse à Michael Feuris pour prendre la guitare. SJ Lance est aujourd’hui soutenue par l’autre violoniste Mia Rose et elles assurent également toutes les deux les chœurs. Et enfin, Chase Howard de Kadabra qui œuvre derrière les fûts et livre une prestation de haute volée.

Pour son troisième album, SPIRIT MOTHER est allé puiser au cœur même de ses influences, et elle sont aussi nombreuses que différentes. Et il faut reconnaître aussi qu’il faut vraiment apprivoiser « Thistle », tant il multiplie les atmosphères. Heavy Rock, Stoner Psych, Grunge et Americana cohabitent ici très bien et contribuent, s’il en était encore besoin, à sceller la signature et l’identité du combo. Ecrit, enregistré et autoproduit dans l’ancienne cabane du chanteur, on entre en immersion pour faire corps avec l’aride et sauvage paysage alentour.

SPIRIT MOTHER est également passé maître dans l’art de conjuguer la puissance de son jeu avec une certaine nonchalance, tout en préservant une tension palpable grâce à un Fuzz omniprésent enrobé des deux violons. Ceux-ci sont d’ailleurs parmi les acteurs les plus pertinents de la formation. Derrière les vapeurs psychédéliques, « Thistle » propose un voyage sonore assez inédit et très original. Parfois mélancolique, ce nouvel opus trouve sa force dans un aspect brut et soigné (« Dog Machine », « Good Faith », « Crux », « Odetta »). Captivant !

Retrouvez les dernières chroniques des albums de SPIRIT MOTHER :

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Heavy metal Old School

Master Massive : Metal octopus

Très créatifs et percutants, les musiciens de MASTER MASSIVE mènent une espèce d’armada Heavy Metal, qui s’engouffre dans de très nombreux courants comme pour mieux établir une identité musicale plus forte. Avec « White Shadows », leur troisième album, les Scandinaves se montrent très techniques, mélodiques et véloces. Classique dans le fond, la forme quant à elle est pleine d’imprévus et prend bien soin d’éviter des clichés souvent incontournables. Inattendu et musclé, le jeu du combo sort des sentiers battus avec autant d’allant et de maîtrise que de finesse.

MASTER MASSIVE

« White Shadows »

(Fireflash Records)

Les Suédois ne donnent pas souvent de leurs nouvelles, alors si en plus elles sont bonnes, le plaisir n’en est que décuplé. Fondé en 1993 par le guitariste Janne Strandh, il aura pourtant fallu attendre 2015 pour que « The Pendulum » voit le jour, puis « Black Feathers On Their Graves », cinq ans plus tard. Autant dire que MASTER MASSIVE avance à un rythme de sénateur, mais avec la manière et la certitude de bien faire les choses et de délivrer de très belles surprises. Et sur « White Shadows », c’est notamment le line-up qui détonne.

Le groupe se présente avec trois chanteurs et affiche une phénoménale force de frappe, ainsi son Heavy Metal devient plus polymorphe encore. Tony Niva (ex-Lion’s Share, Zanity), Viktor Gustafsson (Lethal Steel) et Marcus Karlsson, qui faisait déjà partie de l’aventure, se complètent à merveille et ont surtout la particularité d’offrir un panel vocal plus que conséquent à MASTER MASSIVE. Aigus, massifs, agressifs ou rauques, les registres empruntés par le trio ne montrent pas la moindre faiblesse et l’ensemble est étincelant.

Si l’atmosphère est clairement Old School, le Heavy Metal du sextet est quant à lui beaucoup plus complexe. En ouvrant avec le morceau « Noah’s Cross » et ses onze minutes, le ton est donné et l’audace, dont fait preuve la formation, laisse supposer que la suite s’annonce étonnante… et elle l’est ! Entre Speed Metal, Power, Prog et Doom, MASTER MASSIVE ne s’interdit rien, fait une très belle synthèse et obtient un son et un style originaux (« Islands And Bells », « Blood On The Floor », « Silver Bullet » et le morceau-titre). Solide et virtuose !

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International Stoner Rock

Waste A Saint : natural fuzz [Interview]

Trois albums et presque autant de facettes pour WASTE A SAINT, qui continue de faire évoluer son Stoner Rock avec beaucoup d’imagination. Toujours aussi brut et organique dans la production, le quatuor se présente avec un nouvel opus très ouvert, fédérateur et d’une grande variété. Les Norvégiens accueillent aussi un nouveau batteur, qui vient apporter un groove particulier à l’ensemble, assez loin des conventions, ce qui offre une approche originale à « …And It’s Evergreen ». Alors que beaucoup de groupes sont très facilement identifiables dans leurs influences, WASTE A SAINT impose sa propre vision du genre et son style avec une liberté, qui reste le maître-mot de la formation scandinave. Rencontre avec quatre musiciens, dont une magnétique frontwoman, qui assument cette indépendance et des choix artistiques forts.

– « … And It’s Evergreen » est votre troisième album et il présente quelques changements au sein de WASTE A SAINT à commencer par un nouveau batteur, puisque l’ancien a quitté le groupe en pleine composition. Comment l’avez-vous vécu, car vous ne semblez pas avoir été si déstabilisés ?

Eh bien, il y a eu pas mal de changements au sein de la section batterie ces dernières années. On dirait que le poste de batteur est maudit chez nous… (Sourires) On finit par s’y faire, je suppose. On avait enregistré quelques morceaux pour le nouvel album et, aux alentours de Noël, notre cher batteur Øivind nous a annoncé qu’il souhaitait explorer d’autres horizons. Ole (Nogva, basse, synthés, chœurs – NDR), Bogey (Stefansdottir, chant – NDR)  et Alex (Skomakerstuen, guitare, chœurs – NDR) sont les membres fondateurs de WASTE A SAINT. Et on a toujours eu une structure assez horizontale où chaque membre contribue à façonner l’univers de WASTE A SAINT. Alors, quand Trym (Solan Renolen, batterie, chœurs – NDR) a rejoint le groupe, on a d’abord dû apprendre à le connaître et tâter le terrain. On le connaissait déjà un peu, car Tronheim n’est pas une si grande ville, mais on n’avait jamais joué avec lui. Le courant est passé tout de suite, musicalement et humainement. C’est un excellent batteur et un type super. Ensuite, il a fallu que son style et son flow s’intègrent aux nôtres, ce qui est essentiel pour notre son et notre processus créatif.

– D’ailleurs, vous avez aussi modifié vos habitudes jusqu’à changer d’environnement et même d’instruments. Est-ce que vous vivez ce nouvel album comme un nouveau départ ?

Bogey : Oui, je dirais même plus. Le batteur est un élément essentiel de notre son, et l’a toujours été. Son jeu, son influence sur les morceaux et la composition… Nous sommes un groupe où l’improvisation est importante et en tant que quatuor, chaque membre contribue énormément au résultat final. Parallèlement, nous avons dû changer de local de répétition au pied levé, nous avons utilisé un nouveau studio pour l’enregistrement et nous avons davantage intégré le synthétiseur à notre musique. L’intégration de tous ces éléments, ainsi que les idées et la vision de Trym pour les chansons et le groupe, ont été une véritable renaissance.

– C’est vrai qu’il se dégage de « … And It’s Evergreen » un sentiment de liberté et peut-être même d’un peu plus d’insouciance, comme l’indique aussi le titre de l’album. Aviez-vous besoin d’une nouvelle respiration pour trouver de nouvelles inspirations ?

Oui, c’était un peu le but. Les changements nous amènent à découvrir de nouvelles façons de travailler et de penser, et ces perspectives ont assurément influencé le groupe. L’album précédent était inspiré par notre soif insatiable de création, qui nous anime toujours. Mais cette fois-ci, nous avons dû intégrer tous ces changements de membres et de logistique dans notre flux de travail en un temps record. Le titre de l’album fait aussi référence à la pression liée à la diffusion de la musique, à son partage avec le public. On a toujours envie de changer des choses, de se remettre en question, de peaufiner son art jusqu’à l’épuisement. C’est très humain. Mais à un moment donné, il faut bien sortir son truc pour que les gens puissent le voir et l’entendre. Et après, impossible de revenir en arrière, impossible de changer quoi que ce soit. C’est publié, c’est là, dans le monde entier… et c’est intemporel.

– La première chose qui transparaît de l’écoute de ce troisième album, c’est toujours cette volonté de repousser les limites de votre Stoner Rock en explorant d’autres contrées musicales. Et cette fois, vous imposez une signature forte. Est-ce que c’est le travail sur le groove surtout qui vous a permis de trouver cet équilibre ?

Bogey : J’ai toujours eu l’impression qu’on flirtait avec le Stoner Rock depuis des années, sans jamais s’y consacrer pleinement. Sur cet album, je pense qu’on s’est davantage investis dans les morceaux Stoner Rock et qu’on a exploré plus en profondeur les autres. On n’avait pas trop réfléchi au groove, notamment à la batterie, mais je suppose que ça vient naturellement avec un nouveau batteur. Petite précision : Trym n’avait aucune expérience du Stoner Rock. C’est un musicien plutôt Indie/Punk, enfin, c’est comme ça que je le vois ! (Rires) Je pense que son approche novatrice du genre pousse l’expérimentation encore plus loin.

– L’album est aussi plus aéré, votre spectre sonore s’est élargi et ton chant, Bogey, est également plus libre et assuré. Est-ce à dire que vous étiez un peu à l’étroit dans un Stoner Rock trop classique ?

Bogey : En fait, notre ancien batteur, Vebjørn Svanberg Numme, à l’époque de l’album « Hypercarnivore », était aux manettes en studio, et on avait passé un super moment. Bien sûr, le temps d’enregistrement était limité, mais ça nous avait permis d’avoir une session très ouverte et exploratoire. Je pense qu’on a abordé celle-ci avec un état d’esprit différent de nos albums précédents. Cette fois-ci, on était plus détendus et on s’est concentrés sur le plaisir et l’expérience. Travailler avec un ancien membre comme producteur était aussi un avantage, du moins pour moi, car ça m’a offert une plus grande liberté pour expérimenter vocalement.

Alex : Ouais, je suis d’accord. ‘Expérimenter et voir ce que ça donne’ était peut-être le mot d’ordre de cette session. On a aussi reçu la visite du fabricant norvégien de pédales Bråk, qui nous a prêté plein de matériels géniaux et originaux. Un grand merci à Torje !

– WASTE A SAINT véhicule encore mieux la puissance du Stoner en laissant aussi beaucoup de place aux mélodies. D’ailleurs, comment procédez-vous lorsque vous composez ? Commencez-vous par une ligne de chant, ou par un riff comme c’est souvent le cas dans le registre ?

L’improvisation est notre principal moyen de création. Bien sûr, ça varie, mais souvent on commence par s’échauffer avec des riffs qu’Ole et Alex sortent de nulle part. Parfois c’est bon, parfois c’est nul ! (Sourires) A partir de là, on pose la base d’un morceau, puis Bogey et Trym y ajoutent leur touche magique et voilà, une chanson prend vie. Même maintenant que l’album est terminé, on continue à s’échauffer avec de nouveaux riffs en répétition et on peut dire qu’on a même déjà quelques morceaux en préparation.

– Votre son est également plus massif et plus ample que sur « Hypercarnivore » et « Ravenous », et vous accordez toujours beaucoup d’importance au narratif. Le côté Psych de l’album ouvre aussi de nouveaux horizons au groupe, et l’ensemble est encore très nordique dans l’atmosphère. Est-ce quelque chose que vous travaillez spécifiquement, ou cette touche scandinave est-elle inconsciente ?

(Rires) Le style nordique n’a jamais été notre priorité. Peut-être est-ce juste parce que nous le sommes tout simplement ? (Sourires) Pour cet album, Alex et Bogey se sont partagés une grande partie de l’écriture des paroles. Et il est clair que nous avons des approches très différentes. L’album présente donc une certaine dualité : le côté décalé d’Alex et le côté plus dramatique de Bogey.

– Pour conclure, j’aimerais qu’on dise un mot du morceau « Brother, I Am Starving », qui résume assez bien l’album, je trouve, et qui le conclue aussi d’ailleurs. Il évolue sur un groove langoureux avec un saxophone pour ensuite accélérer vers un rythme frénétique et puissant. Est-ce le genre de titre qu’on compose en toute fin, histoire de clore un chapitre ?

Oui, un grand bravo à David Brüggermann au saxophone ! Un gars super ! Je crois qu’on l’a fait inconsciemment pour chaque album. On n’a jamais l’intention d’écrire un morceau de clôture spécifique pour chaque disque, mais une fois la production et le mastering terminés, ça semblait être le choix évident pour conclure « ...And It’s Evergreen ».

Le nouvel album de WASTE A SAINT, « …And It’s Evergreen », est disponible chez All Good Clean Records.

Photos : Yvind Ha Enes (1, 4) et Silje Marie Svendsen (2, 3).

Et retrouvez aussi la chronique de « Ravenous », le précédent album :

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Desert Rock Heavy Psych Rock Stoner Punk

Red Sun Atacama : une chaleur magnétique

Fiévreux et gorgé d’énergie, le power trio basé à Bordeaux maintient la cadence et ne s’interdit rien sur ce « Summerchild » palpitant et virevoltant. Multipliant les tempos et les ambiances tout en édifiant à l’envie des murs de décibels, RED SUN ATACAMA emprunte des chemins sinueux avec vélocité et s’autorise des embardées plus délicates pour explorer des sonorités inattendues et très soignées. Et cette nouvelle réalisation atteste sans aucun doute qu’il a réellement trouvé sa voie dans un registre souvent insaisissable, entre percussion et moments d’accalmie.

RED SUN ATACAMA

« Summerchild »

(Mrs Red Sound)

Il y a des groupes dont on aime vraiment suivre le parcours et c’est le cas avec RED SUN ATACAMA, qui se bonifie et s’affirme au fil des albums dans un style qu’il est à peu près le seul à représenter en France. Quatre ans après « Darwin », son sulfureux Desert Rock dont les contours sont toujours aussi nuancés, fait de nouveau parler la poudre et ce troisième effort semble atteindre les objectifs que le combo s’est fixé. Son Heavy Stoner aux saveurs californiennes s’engouffre dans un fuzz irradiant et des fulgurances Punk que ne renierait pas un certain Nick Oliveri.

Comme pour son deuxième opus, RED SUN ATACAMA a de nouveau confié les rênes de l’enregistrement à Amaury Sauvé au studio The Apiary de Laval, et le résultat est encore plus abouti sur ce « Summerchild ». Et il faut admettre aussi que les nouveaux morceaux ont gagné en subtilité et Clément Márquez (chant, basse), Vincent Hospital (guitare) et Robin Caillon (batterie) se sont vraiment fait plaisir. Ils ont joué et multiplié les effets sur les cordes, ce qui libère beaucoup d’espace et de profondeur en laissant du champ aux parties du cogneur en chef.

L’autre aspect concerne directement la structure des titres et « Summerchild » est tout sauf linéaire. Si la base reste Stoner et Desert Rock, les ruptures ne manquent pas qu’elles soient bluesy, Folk, Country ou tirant sur un Space Rock bien senti. Les touches Punk ajoutent une dynamique légère et insouciante, tandis que les mélodies et l’atmosphère Psych dominent et cadre l’ensemble. Intense et groovy, RED SUN ATACAMA nous fait transpirer autant qu’il fascine et les surprises ne manquent pas tout au long de cette troisième réalisation très personnelle.

Photo : Hugues de Castillo

Retrouvez la chronique de « Darwin » :

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Hard Rock

Black Swan : la marque des grands

Si les CV sont aussi impressionnants que le niveau technique affiché, c’est bel et bien la qualité d’écriture et d’interprétation, qui sont les points forts de cette troisième réalisation de la dream-team irlando-américaine. Percutant et moderne, « Paralyzed » se présente comme l’œuvre la plus accomplie de BLACK SWAN. Depuis des décennies, ses membres font vivre le Hard Rock à l’international et ils ne semblent pas prêt à lâcher les rênes. Les mélodies sont accrocheuses et la fraîcheur du style des quatre vétérans irrésistibles.

BLACK SWAN

« Paralyzed »

(Frontiers Music)

Les réunions de vieilles gloires, ou les montages de supergroupes, ne débouchent pas souvent sur grand-chose, si ce n’est l’addition de talents. Sauf que la créativité a besoin d’un peu plus, à savoir d’une certaine alchimie notamment, pour se déclencher et parvenir à obtenir de bonnes compositions. Avec ce troisième album, BLACK SWAN démontre avec brio que son line-up ne doit rien hasard et qu’il y a une réelle complicité entre l’Irlandais Robin McAuley et les Américains Reb Beach, Jeff Pilson et Matt Starr. Et ce combo ‘All-Stars’ fait encore des étincelles.

Ainsi, depuis « Shake The World » sorti en 2020, puis « Generation Mind » en 2022, le quatuor trace sa route et se distingue vraiment des anciennes formations de chacun d’entre-eux. Certes, McAuley a brillé avec MSG et en solo, Beach avec Winger et Whitesnake, Pilson avec Foreigner et Dokken et Starr avec Mr Big et Ace Frehley, mais ensemble : l’entente est manifeste. Chez BLACK SWAN, chacun est à sa place dans une configuration classique et solide et tout semble réuni pour que son frontman déploie son incroyable puissance vocale.

Composé à quatre et parfaitement produit par le magnanime bassiste du groupe, « Paralyzed » éblouit d’abord par les guitares. Les riffs comme les solos sont exécutés avec un précision d’orfèvre et un feeling de chaque instant. Reb Beach réalise un sans-faute à la guitare et l’implacable rythmique est terriblement groovy. BLACK SWAN dégage une énergie phénoménale et la qualité du songwriting est la preuve que ces quatre-là sont au panthéon du Hard Rock (« If I Was A King », « The Fire And The Flame », « Carry On », « Paralyzed »). Aussi mélodique que ravageur.

Photo : Enzo Mazzeo

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Bone Church : a roots & bluesy side [Interview]

Ayant émergé de la brume et des ténèbres du Connecticut en 2016, BONE CHURCH n’a pas mis bien longtemps à conquérir un public toujours plus nombreux, grâce à un jeu aussi explosif que singulier. Si le quintet revendique développer des atmosphères sombres, il ne faut pas compter sur lui pour rester figer dans un registre unique. Les Américains sont des explorateurs sonores et si leurs racines vont puiser dans le Heavy Metal et le Doom marqué d’une touche 70’s, « Deliverance » vient prendre tout le monde de revers. C’est en effet sa facette la plus Rock et surtout Blues de son Stoner qui ressort de ce troisième album à la fois roots et addictif. Dan Sefcik, lead guitariste du groupe, nous en dit plus sur sa conception et sur les chemins tortueux empruntés par le quintet.

– BONE CHURCH a fait du chemin depuis 2017 et la sortie du premier album éponyme. Aujourd’hui sur « Deliverance », qui porte d’ailleurs bien son titre, vous affichez beaucoup d’assurance et de confiance. On vous sent à un sommet créatif. Est-ce aussi ton sentiment ?

Oui, je pense que c’est notre meilleur album à ce jour. Nous avions pour objectif d’écrire un disque de Rock qui deviendrait un classique et je crois que nous avons plutôt bien réussi. Après ça, ça ne pourra être que moins bien ! (Sourires)

– Sur vos deux premiers albums, les aspects Heavy Metal et Doom étaient nettement plus présents, même si une teinte bluesy était déjà perceptible. « Deliverance » est clairement Hard Rock, Classic Rock et surtout Blues. Est-ce le style de Stoner que vous avez toujours cherché à jouer, ou êtes-vous toujours en quête d’exploration sonore ?

C’était un choix délibéré lors de la composition de cet album. Comme la plupart des musiciens, je puise mon inspiration dans la musique que j’écoute le plus. Comme ce sont  principalement Lynyrd Skynyrd, Black Sabbath et ZZ Top, cela se reflète naturellement dans mes compositions. Cela dit, j’écoute aussi beaucoup de styles différents et il m’arrive de me passionner pour certains genres, ou groupes. Alors, qui sait, vous aurez peut-être le droit à un album de Country Outlaw ou de Funk de la part de BONE CHURCH à l’avenir ! (Rires)

– Pour rester sur le Blues, même si BONE CHURCH est avant tout un groupe de Stoner Rock, vous sentez-vous d’une manière ou d’une autre appartenir à cette famille musicale ?

Je pense que nous sommes une petite branche sur l’immense arbre du Blues, tout comme l’étaient Zeppelin ou Black Sabbath. Nous voulions juste que vous l’entendiez, car c’est un élément essentiel de notre son. Mais nous ne sommes certainement pas un groupe de Blues à part entière.

– En réécoutant votre discographie, une chose m’a amusé. Vos albums comptent assez peu de morceaux, même si certains s’étalent sur la longueur. Le premier en contenait cinq, le deuxième six et celui-ci sept. Y a-t-il eu cette fois un élan supplémentaire, ou est-ce votre univers qui s’élargit ?

Beaucoup de ces chansons ont été écrites au début du confinement lors de la pandémie, j’avais donc plus de temps qu’avant pour me consacrer entièrement à la musique. Huit chansons ont été enregistrées pour l’album « Deliverance », mais l’une d’entre elles ne correspondait pas tout à fait à l’ensemble. Elle finira cependant par être publiée un jour ou l’autre, je pense.

– Depuis « Acid Communion » sorti il y a cinq ans maintenant, vous avez beaucoup tourné et cela s’entend sur « Deliverance », car si vos thématiques sont les mêmes, vous évoquez dorénavant la vie sur la route et les joies simples du Rock’n’Roll. Le côté obscur de BONE CHURCH est-il en train de s’éclaircir, d’autant que vos morceaux sont aussi plus lumineux ?

Eh bien, la réponse est tout simplement oui. Nous voulions écrire des chansons qui soient simplement amusantes et dont les thèmes soient moins noirs ou pesants. En même temps, je pense que des chansons comme « Lucifer Rising » et « The Sin of 1000 Heathens » sont plus sombres que jamais. C’est donc juste une autre facette de notre personnalité que nous voulions montrer.

– Ce qui est aussi un peu surprenant sur « Deliverance », c’est cette approche plus Southern dans votre jeu, notamment sur « Goin’ To Texas » et « Muchachos Muchachin’ », évidemment. BONE CHURCH est-il en train de déplacer son centre de gravité du Connecticut vers le Sud, car il y avait aussi déjà eu la reprise de « Fortunate Son » de Creedence Clearwater Revival sur le tribute « Burn On The Bayou » ?

J’adore quand la musique peint un tableau vivant. C’est génial quand une chanson peut vous transporter dans un lieu et une époque précis. C’était donc l’intention derrière ces morceaux. Imaginez une longue route désertique et brûlante du Texas, menant au bar de motards du film « Pee-Wee’s Big Adventure », où il danse sur « Tequila » ! (Rires)

– « Deliverance » possède aussi un son très live, direct et spontané. Est-ce que l’idée était de s’approcher au plus près de cette ambiance très 70’s et roots qui règne sur l’album ?

Oui, c’était tout à fait intentionnel. C’est pour cette raison que nous avons choisi d’enregistrer au Dirt Floor Studios dans le Connecticut, car nous savions qu’Eric Lichter et Guido Falivene pourraient nous aider à obtenir ce son. C’est aussi là que nous avions réalisé la reprise de « Fortunate Son ». Nous enregistrons sans métronome, nous jouons simplement la chanson en direct jusqu’à ce que le résultat nous convienne, et nous ajoutons les autres éléments par la suite.

– Enfin, j’aimerais qu’on dise un mot sur « Deliverance », le morceau-titre qui clot l’album sur plus de huit minutes. Le groove et les guitares sont incroyables avec beaucoup d’émotion aussi et un crescendo exceptionnel. On sent BONE CHURCH pris d’une vulnérabilité assez rare. Qu’est-ce que cette chanson peut avoir de spécial pour vous, car elle se distingue un peu de votre répertoire ?

Elle a été écrite pendant une période extrêmement tumultueuse, tant au niveau mondial que dans ma vie personnelle. Lorsque j’ai commencé à l’écrire, je savais déjà quelles émotions je voulais transmettre avant même que la chanson ne soit terminée. Je savais juste qu’elle devait être très intense émotionnellement, au niveau des paroles comme du thème. Et elle a été interprétée de façon incroyable par le reste du groupe, et tout particulièrement par notre chanteur Jack (Rune- NDR). C’est un rappel poignant de ce que l’on ressent lorsque le monde entier s’écroule autour de soi. C’est en quelque sorte notre version apocalyptique de « Free Bird ». Je pense que c’est le meilleur morceau que BONE CHURCH ait jamais composé.

L’album de BONE CHURCH, « Deliverance », est disponible chez Ripple Music et d’un simple clic sur la bannière en page d’accueil.