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Blues Soul

Eric Jerardi : la beauté au défi

Très atmosphérique et un brin mélancolique, le nouvel effort, car c’en est un puisqu’il a tenu à se poser un challenge artistique, a aussi la particularité de vous connecter instantanément à une musique d’une grande douceur, mais qui ne tombe jamais dans le larmoyant. « The Game » se veut un disque très personnel et d’une précision d’orfèvre. Guitariste envoûtant à la voix qui l’est tout autant, ERIC JERARDI avance sans fioriture dans un espace sonore assez feutré, où les mélodies s’épanouissent pleinement.

ERIC JERARDI

« The Game »

(Alternator Records/Niche Records)

Avec un dizaine d’albums à son actif depuis 1997, ERIC JERARDI mène pourtant une carrière à son image, c’est-à-dire discrète et humble. A Dayton dans l’Ohio, il a soigneusement élaboré un Blues d’une grande finesse, très narratif aussi et porté sur la Soul. Guitariste et chanteur, il est également un remarquable songwriter et avec « The Game », ce sont ses propres expériences qu’il partage. Sensible et profond, ce nouvel opus est produit par Michael James (Robben Ford, Edwin McCain) et celui-ci lui offre tout le relief nécessaire à un éclat très organique et presque naturel.

Dans ce bel écrin, les chansons d’ERIC JERARDI prennent tout leur dimension et il a su très largement relever le défi qu’il s’était lui-même lancé, à savoir écrire 12 morceaux en 12 semaines. Le résultat est intense et il n’y a absolument rien de bâcler, bien au contraire. Chaque note, chaque accord et chaque mot sont soigneusement pesés et pensés. « The Game » ne souffre d’aucune lacune et on le doit en partie aussi aux musiciens qui l’accompagnent. Assurant le chant bien sûr, ainsi que les solos de guitare, le reste du groupe est aussi virtuose qu’inspiré.

En plus d’un producteur lui aussi six-cordiste et claviériste, le bluesman peut compter sur Eric Colvin (claviers, basse, batterie) et une équipe de choriste hors-norme, qui se rend garante du souffle Soul qui enveloppe « The Game ». Les voix de Rachael Schroeder et celles de Cindy Walker et de Marier Lewey, toutes deux ayant fait les belles heures de Muscle Shoals, sont presque célestes et leur aspect cristallin et chaleureux est d’une sincérité incroyable (« One More Setting Sun », « A Man Ain’t A Man », « Thorns And Roses », « When Nature Speaks »). Eblouissant !

Photo : Allen Farst

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Americana Blues Country

Randy Lee Riviere : natural trip

Après « Farmhand Blues », RANDY LEE RIVIERE arpente le Nouveau-Mexique et élargit son espace d’exploration sonore. Peut-être plus rugueux et plus roots que ses prédécesseurs, « New Blue Mexico » travers les paysages, dépeint la condition humaine et reste profondément attaché à la nature. La culture des Etats-Unis est très présente et très vivante tout au long de cette nouvelle réalisation et, musicalement, elle transcende les époques et les courants dans une douceur bienveillante et attachante.

RANDY LEE RIVIERE

« New Blue Mexico »

(Wilderness Records)

Partageant son temps entre le Montana et Nashville, le natif du nord de la Californie n’a rien du bluesman au parcours classique. Ancien militaire, biologiste de la faune sauvage et même conducteur de poids lourds, RANDY LEE RIVIERE suit pourtant sa route dans un style bien à lui et hors des sentiers battus. Plutôt que de se contenter d’un seul et unique registre, il embrasse la musique américaine dans son ensemble, qu’il passe en revue et qu’il livre à travers un regard très personnel. Ce cinquième album est une mosaïque d’atmosphères, de couleurs et d’humanité.

Pour la troisième fois consécutive, le songwriter fait équipe avec le producteur, compositeur et batteur Tom Hambridge, décidément incontournable. Avec eux à Nashville, un groupe pour le moins chevronné met en lumière et habille brillamment les chansons de RANDY LEE RIVIERE. Parmi eux, on retrouve Bob Ritt, Mike Rojas, Robert Kearns, Michael Saint-Leon et Tommy Macdonald. Et autant dire que ce line-up cinq étoiles offre à « New Blue Mexico » une classe et une musicalité hors-norme. Les territoires explorés ici le sont magistralement.

Avec humilité et générosité, l’Américain se fend de 15 morceaux, qui parcourent avec beaucoup d’authenticité les nombreuses facettes roots de son pays avec un regard tourné vers l’Ouest. Rock, Americana et Country, RANDY LEE RIVIERE a façonné un Blues sincère, qui ne cherche pas les embardées démonstratives. Certes, il est entouré de musiciens aguerris et virtuoses, mais il y a quelque chose de simple et même de minimaliste dans son jeu (« Traveling Pastor », « Jersey Girl », « Buffalo Blues », « My Old Man »). « New Blue Mexico » est un vrai témoignage de vie.

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Americana Blues Rock Country-Rock Southern Blues

Susan Santos : el fuego del desierto

Toujours aussi bouillonnante, la blueswoman joue à nouveau avec les atmosphères en préservant une belle unité sur ce « Camino Diablo », tout en nuances. Très électrique, sans dédaigner l’acoustique, passant d’un Blues Rock musclé à une Country-Rock relevée, SUSAN SANTOS garde aussi des éclats Southern vissé à un style insaisissable et toujours plein de ressources. Et si un voile hispanique demeure, c’est pour mieux nourrir une inspiration déjà fertile. Plus orientée Americana, cette nouvelle réalisation de la compositrice propose un voyage plein de rebondissements. 

SUSAN SANTOS

« Camino Diablo »

(Rattlesnake Records)

Entre deux tournées, la Madrilène a pris le temps d’enregistrer son septième album, deux ans après le très bon « Sonora ». Entourée de musiciens qu’elle connaît bien, à savoir le bassiste José Vera, Mario Carrión à la batterie et Paco Arroya, lui-même accompagné par SUSAN SANTOS, aux percussions. Enregistré, mixé et masterisé aux Black Betty Studios dansla capitale ibérique, c’est José Nortes et la musicienne qui ont produit « Camino Diablo ». Et même s’il sonne différemment que son prédécesseur, le thème du désert façon road-trip n’a pas changé.

Ces nouveaux morceaux s’inspirent de la célèbre ‘El Camino Del Diablo’ (la route du diable) reliant les terres arides d’Arizona au Mexique en passant par la Californie. C’est en quelque sorte la bande originale de ce périple qu’a mis en musique la chanteuse et guitariste. Peut-être moins Rock que « Sonora », « Camino Diablo » montre un visage plus Americana et dans un Blues assez classique. Toujours aussi intuitive, SUSAN SANTOS aime à ne pas se répéter et c’est encore lecas ici, même si son identité artistique et son toucher restent, quant à eux, toujours aussi évidents.

La gauchère prend un virage Country-Rock sur plusieurs chansons, même si quelques élans Boogie Rock très texans, tout comme des saveurs propres au Hill Country Blues, sont aussi présentes. En songwriter accomplie, elle déploie sa créative polyvalence. Dès l’entame avec « Camino » jusqu’au final avec « El Diablo Is Goin’ On », SUSAN SANTOS impose sa patte sur un opus dynamique et complet, grâce à un jeu toujours aussi fluide et virtuose (« Down On The Bayou » et son ambiance vaudou, « Faith », « Bad Little Susie », « The Bluesome Stranger’s Waltz »). Intense !

Retrouvez SUSAN SANTOS en interview à l’occasion de la sortie de « Sonora » :

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Blues Rock

LittleBig6ster : l’esprit libre

Entre instants très roots et d’autres plus suaves, le Blues Rock de LITTLEBIG6STER sait aussi se mouvoir sur des rythmes chaloupés, guidés par de chaudes percussions et surtout par une chanteuse aussi explosive que délicate. Une voix terriblement Soul et si vivante qui n’hésite pas à s’embraser sur des ambiances plus funky, Boogie, Southern et même légèrement Hip-Hop, donnant ce ton si particulier et sans retenue à « Mue », un troisième effort enthousiaste où les chœurs s’imposent comme le sixième membre du combo. Spontané, incisif et authentique !

LITTLEBIG6STER

« Mue »

(Independant)

Aujourd’hui, lorsqu’on pense ‘tribal’, cela évoque surtout la vague néo-Folk très ancestrale déferlant de Scandinavie. Et pourtant, c’est plutôt du côté amérindien notamment qu’il faut se pencher pour entrer dans l’univers de LITTLEBIG6STER. Depuis près de dix ans, la formation angevine distille son Blues Rock loin des conventions et hors des sentiers battus. Ici, la cigar-box et l’harmonica côtoient le didgeridoo en toute liberté dans des perspectives musicales réjouissantes et originales. Après « Cobra » (2017) et « LB6 » (2021), les Français opèrent déjà leur « Mue » sur un troisième album d’une grande richesse.

Très organiques et directes, ces nouvelles compostions peuvent au départ paraître un peu intrigantes compte tenu des multiples instruments à l’œuvre. Pourtant, l’ensemble est d’une fluidité absolue et évolue sur un groove très naturel. Capable de se montrer entraînant et rugueux, puis d’une grande douceur l’instant d’après, le groupe semble guidé par un souffle harmonieux, qui le rend imprévisible. Cela dit, LITTLEBIG6STER avance tout en maîtrise dans un style où il ne fait qu’effleurer quelques références familières comme autant de clins d’œil. Car, ne vous y trompez pas, ici, la découverte est totale.

C’est cette finesse que l’on retrouve tout au long de « Mue », dont la production est elle aussi très soignée. Vocalement, Virginie Pinon livre une prestation incroyable et rien ne lui résiste. Mais c’est l’homogénéité du quintet et sa complicité qui rendent ce nouvel opus si attractif et débridé. Les guitares et la slide sont affûtées et en imposent, les tempos libèrent des variations étonnantes et solides et la magie opère dans un même élan (« Running Wild », « Modern Tribe », « Fight 2 B », « Soul’s Sacrifice », « Step Aside », « Toy » et aussi la reprise de « Heavy Soul » des Black Keys). LITTLEBIG6STER captive avec brio.

Photo : Sarah Cross

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Blues Rock Heavy Blues

Eric Johanson : un savoureux bourbier

Compositeur affûté, redoutable joueur de slide et chanteur assuré, ERIC JOHANSON a accompagné de grands noms du Blues avant de prendre son envol en solo, il y a une dizaine d’années. Homme de scène s’il en est (il compte déjà deux albums live à son actif), il revient aujourd’hui avec un cinquième opus sur lequel il est pleinement aux commandes. Avec « The Open Bayou », il rend hommage à ses racines dans un Blues Rock marécageux à souhait, où son sens du riff et la sensibilité de ses solos prennent vraiment de la hauteur. Un sans-faute !

ERIC JOHANSON

« The Open Bayou »

(Levee Ward Records)

Le musicien de la Nouvelle Orléans a décidé de voler de ses propres ailes et a quitté son label Ruf Records pour créer le sien. C’est donc sous la bannière de Levee Ward Records qu’ERIC JOHANSON sort son cinquième album studio. « The Open Bayou » donne même l’impression qu’il s’exprime en toute liberté, comme lesté d’un poids. Pourtant, ses dernières réalisations étaient loin de manquer de fraîcheur ou d’audace. Mais celui -ci dégage une saveur particulière et son titre en dit d’ailleurs déjà beaucoup sur son état d’esprit et ses intentions.

Produit par ses soins en collaboration avec Bill Skibbe, connu pour son travail avec Jack White notamment, « The Open Bayou » est probablement le disque qui lui ressemble le plus, tant il met en lumière l’atmosphère de sa Louisiane. Accompagné par son groupe de scène, à savoir Will Repholz à la basse et Jake Gartenstein à la batterie, ERIC JOHANSON est en territoire connu et son Blues Rock prend un relief incroyable. Puissant et électrisant, il est gorgé d’un fuzz chaleureux qui flirte avec le Stoner et le Heavy Blues. Et l’exploration va bien plus loin encore.

Toujours aussi virtuose, le guitariste semble faire une sorte d’inventaire de ses influences les plus profondes. Bien sûr, les bases de « The Open Bayou » repose sur un Blues Rock traditionnel, mais il est teinté de bien d’autres couleurs. Très Country sur « Alligator Smile », langoureux sur « Still I Move » ou plus sombre sur « What Makes You Real », ERIC JOHANSON est à son aise, convaincant dans tous les registres et il atteint des sommets de spontanéité et d’excellence (« Till the Sun Swallows The Earth », « The Open Bayou », « Lay Your Trouble », « Castaway »). Somptueux !

Retrouvez l’interview d’ERIC JOHANSON l’an dernier à l’occasion de la sortie de « Live In Mississippi »…

… Et la chronique de son album « The Deep And The Dirty », ainsi que celle de Blues Caravan 2024 à laquelle il participe :

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France Heavy Blues Heavy Rock Psychedelic Rock

Birdstone : un instinct magnétique [Interview]

Une chaleureuse couleur 70’s enveloppe ce nouvel album des poitevins, où la puissance d’un Heavy Rock massif se mêle à un Classic Hard Rock légèrement bluesy. Pour autant, on n’est pas dans une ambiance vintage poussiéreuse, loin de là. BIRDSTONE cultive le goût de l’aventure musicale et son univers ne serait pas complet sans évoquer cet élan Psych Rock, qui sert presque de guide à « IV ». Sur six morceaux seulement, le groupe impose ses mélodies sur la longueur, entre jam enivrantes, fulgurances explosives et l’impression d’une fragilité toutefois discrète. L’esprit est résolument live, la production organique et les longues plages instrumentales sont autant d’instants de rêverie traversés par des émotions parfois à fleur de peau. Ben (batterie), Edwige (basse, claviers) et Basile (guitare, chant) reviennent sur cet enregistrement marqué par un isolement choisi, qui semble avoir exalté la spontanéité de leur jeu.

– Ce nouvel album arrive un peu plus de dix ans après la formation de BIRDSTONE. Sans parler de bilan, que retenez-vous de cette décennie ? L’évolution de votre musique et de votre style ? Une maîtrise totale de ce que vous pouviez avoir en tête à vos débuts ? Ou peut-être plus simplement la rencontre avec un public de plus en plus réceptif à votre démarche artistique ?

Edwige : On a toujours voulu rester fidèle à ce qu’on aimait dans notre musique, à ce que l’on avait envie d’exprimer sur le moment sans forcément chercher à se cantonner à ce qu’on attendait de nous. L’important nous semble de rester honnête. Même si on a tous parfois envie de ranger par étiquette les artistes que l’on suit, il est difficile de classer sa musique ainsi. Du coup, on s’est souvent retrouvé à graviter autour de certaines niches sans forcément y rentrer complètement, avec ce que ça implique comme avantages et inconvénients.

Basile : Justement, on essaie de chercher la prise de risque plutôt que la maîtrise. Je ne pense pas vraiment qu’on projetait un moule défini sur l’avenir du groupe à nos débuts.

– Vous avez avoir ressenti le besoin de vous isoler pour l’enregistrement de « IV », et vous avez quitté votre Poitou pour l’Aveyron. J’imagine que vous étiez en quête de calme et de sérénité. Etait-ce dû à l’atmosphère que vous souhaitiez développer, car j’imagine que les morceaux devaient être déjà composés, et pour ainsi éviter tout parasitage ?  

Edwige : Notre amie et manager, Léa, nous a proposé d’enregistrer dans cette maison familiale, sachant que nous sommes indépendants et avions très peu de moyens. On a voulu jouer de cette contrainte pour pouvoir être autant investi dans le processus d’enregistrement que de création.

Ben : On voulait se créer un cocon ou il était possible de prendre le temps. On avait évidemment bien avancé les compos avant l’enregistrement, mais on s’est gardé une plage de création. 

Basile : Le processus d’enregistrement influence évidemment le résultat final, et cet album est peut-être plus intime que le précédent. Cet isolement nous semblait pertinent pour nourrir le propos et trouver la spontanéité que l’on recherchait.

– « IV » a donc été enregistré en conditions live et cette spontanéité, justement, est très palpable. De fait, quelle différence faites-vous entre un concert et un enregistrement comme celui-ci, puisque les performances sont finalement très proches ? Y a-t-il tout de même un gros travail de production derrière ?  

Edwige : Que ce soit devant un public ou entre nous, l’important à mes yeux reste la connexion entre nous trois. 

Basile : Justement, la base ‘live’ nous permet de garder cette spontanéité en fondation pour ensuite explorer les arrangements librement sans s’écarter de l’essence de chaque morceau.

Ben : Concernant la production, on a fait en sorte de garder les aspérités que le live implique, vivre avec les accidents et sublimer les défauts inhérents pour en faire une force.

– Cette fois encore, vous avez effectué un beau mélange de Hard 70’s, de Psych Rock avec une légère touche de Heavy blues et « IV » est probablement votre album le plus instinctif. Est-ce, même lors d’un enregistrement comme ici, il reste un part d’improvisation, ou ce nouvel album a-t-il été minutieusement composé en amont ?

Basile : Il reste évidemment une part d’improvisation. Ce n’est pas forcément le cas à chaque enregistrement et ça peut être une volonté que de préparer un enregistrement dans le moindre détail. Notre album précédent, « The Great Anticipation », avait été beaucoup plus préparé en amont. Pour « IV », nous voulions vraiment changer de formule et conserver la sensation de créer jusqu’à la fin de la production.

– Ce nouvel album est très contrasté et la première chose qui surprend est une impression d’inimité pourtant à l ’œuvre dans un spectre sonore très vaste. Est-ce que c’est justement ce type de production qui permet ça, grâce peut-être aussi à la disposition des instruments et surtout de votre formule en trio ?

Ben : On a cherché à pousser certains curseurs pour que la narration soit d’autant plus contrastée, pour que l’album puisse sonner aussi fragile qu’explosif. 

Edwige : Depuis nos débuts, on a toujours voulu creuser les nuances, quitte à pousser certaines parties dans leur retranchements. Si le but est de toucher à une certaine réalité émotionnelle, on se voyait difficilement jouer dans la demi-mesure.

– L’album se termine avec le morceau entièrement instrumental « Swell ». D’où est venu l’idée de clore « IV » avec aussi un incroyable solo de trompette ? L’idée était-elle de surprendre l’auditeur, ou l’atmosphère du morceau s’y prête-t-elle naturellement et des paroles auraient été superflues ? 

Basile : « Swell » est pour le coup le morceau qu’on a laissé le plus libre avant l’enregistrement. On voulait explorer une autre manière de faire, en se basant sur un unique thème et en se laissant porter ensuite dans les arrangements. Une fois que la base était posée, nous est venu l’idée dans un second temps de contacter Paul Weeger pour lui proposer de composer et d’enregistrer une partie de trompette. En quelques prises, nous étions complètement conquis et c’est devenu l’instrument phare du morceau. 

– En dehors de « No One Else » qui ouvre l’album, les morceaux sont plutôt longs et ils offrent une sensation très jam à l’ensemble, qui est d’ailleurs plus Psych que « Loss » et « The Great Anticipation ». Ces longues plages instrumentales au cœur des morceaux sont-elles des échappatoires avant de revenir à la chanson elle-même, à savoir son refrain et ses couplets ?

Edwige : On a simplement voulu retrouver de longues plages de jam sans forcément être contraint par un format plus court. 

Basile : Je sais pas si on conçoit ça comme un échappatoire au morceau. Ce serait plutôt une extension naturelle qui permet de se connecter à quelque chose d’un peu plus organique, hors des structures classiques couplet/refrain, pour mieux y revenir ensuite. 

– Enfin, j’aimerais qu’on dise un mot de « Largo », qui se déploie sur plus de onze minutes. On passe d’un entame très Folk 70’s à un milieu clairement Rock et plus mid-tempo pour aller crescendo vers un final explosif et débridé. C’est un schéma que l’on trouvait beaucoup dans le Classic Rock. Comment compose-t-on un morceau d’une telle longueur et qui multiplie autant les ambiances ? Le fil rouge reste-t-il la narration quoiqu’il arrive ?  

Basile : Effectivement, la narration reste le fil rouge. Elle guide nos morceaux les plus progressifs. On avance souvent par bloc. Le thème, c’est-à-dire le riff principal, sert de base et ensuite on déploie les différentes parties dans le temps, en faisant en sorte que les différentes évolutions s’imbriquent les unes aux autres pour servir au mieux la narration. Certaines parties naissent plus naturellement, notamment en jam, alors que d’autres nécessitent plus de travail d’écriture, afin de lier les différentes péripéties. 

Le nouvel album de BIRDSTONE, « IV », est disponible chez Harpyes Records.

Photos : Léonard Szakow

Retrouvez aussi les chroniques de leurs deux précédents albums :

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Contemporary Blues

Bernard Allison : love is all

Depuis ses débuts, le Blues Rock de BERNARD ALLISON est synonyme de communion et de transmission aussi d’une certaine manière, puisqu’il est lui-même détenteur d’un héritage conséquent. S’il n’a jamais cherché à cacher la filiation directe et naturelle avec celle de son père, embrassant lui-même un registre assez proche, il s’est rapidement émancipé au point de devenir une référence pour la nouvelle génération. Avec « Loving You », il exprime sa passion pour cette musique dans ce qu’elle de plus contemporaine et avec la classe qu’on lui connaît.

BERNARD ALLISON

« Loving You »

(Ruf Records)

Sorti depuis longtemps de l’ombre de sa légende de père, le grand Luther, BERNARD ALLISON mène une belle carrière, peut-être trop discrète et pas suffisamment reconnue, mais en tous points exemplaire. Guitariste virtuose et chanteur investi, l’Américain est l’auteur d’une bonne vingtaine d’albums et le fait d’avoir des racines à Chicago comme en Europe lui confère une touche et un son très identifiables. Bien sûr, l’influence paternelle est là, tout comme son admiration pour SRV et Johnny Winter, mais son Blues est unique et toujours très enjoué.

L’une des caractéristiques de BERNARD ALLISON est aussi son plaisir à partager sa musique et surtout à la jouer. Et cela s’entend ! C’est tellement palpable que cela en est communicatif. Avec « Loving You », il fait probablement sa plus belle déclaration à ses proches, mais aussi à ses amis musiciens. Et parmi eux, on retrouve les six-cordistes Larry McCray, Devon Allman et Matthew Curry. Un vrai feu d’artifice bâti sur un Blues traditionnel, qui se pare au fil de l’album de couleurs funky, Rock et R&B. L’alliance est majestueuse, d’autant que l’ensemble est brillamment interprété.

Dans cette belle réunion figurent aussi la violoncelliste Heather Hardy, le pianiste Victor Wainright, ainsi que sa nièce et son neveu Lyndrey et Jasper aux chœurs. Et avec Stephen Johnson à la guitare rythmique, co-auteur de cinq titres, Sam Butt Jr III derrière les fûts, Eric Roberts aux claviers et George Moye à la basse, BERNARD ALLISON ne pouvait rêver mieux ! Limpide et si naturel, son Blues est à la fois familier et plein de surprises (« Left Me With My Guitar », « Time Traveler », « Rock’n’Roll Hoochie Koo » de Rick Derringer, « Blues Thang » et le morceau-titre). Un régal !

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Blues Blues Rock Soul

Sari Schorr : en totale liberté

Dans un véritable élan de liberté, c’est avec un troisième effort d’une grande diversité que SARI SCHORR refait surface. Très attendue, même si son duo avec Robin Trower avait fait des étincelles, elle rayonne tellement plus lorsqu’elle évolue dans son univers personnel. Avec « Running Wild », elle offre une vision panoramique de son talent… et il est immense. Impertinente, souple, captivante ou totalement débridée, elle a fait du Blues son terrain de jeu et elle impose ses propres règles avec beaucoup de classe.

SARI SCHORR

« Running Wild »

(Provogue/Artone Label Group)

Il y a dix ans, la chanteuse et compositrice surgissait sur la scène Blues Rock avec le bien-nommé « A Force Of Nature », suivi de « Never Say Never » en 2018 et d’un album live. Et c’est ensuite sur l’excellent « Joyful Sky » du grand Robin Trower que SARI SCHORR avait livré une performance exceptionnelle en 2023. Perfectionniste, elle aura tenu ses fans en haleine huit longues années avant de livrer « Running Wild ». Un retour que l’on doit à son guitariste Jamie Walker, qui a étroitement collaboré à la conception de ce nouvel album.

Pour rappel, l’Américaine fut la choriste de Joe Louis Walker et Popa Chubby avant de faire un bout de chemin avec le guitariste de Robert Plant, Innes Sibun. Un parcours très riche et « Running Wild » vient confirmer qu’elle reste l’une des meilleures dans son domaine. Et pour son troisième opus en solo, SARI SCHORR a confié la production de son disque à son six-cordiste et bassiste Jamie Walker et à son batteur Luke Paget. Enfin, le groupe ne serait pas au complet sans les chaleureuses notes d’orgue Hammond et de piano de Bennett Holland.

Dès l’entame avec « Mr. In The Middle », puis sur le morceau-titre, la New-yorkaise place la barre très haut. L’irrésistible voile éraillé de sa voix permet à SARI SCHORR d’aborder une large palette d’ambiances, toujours entre puissance et délicatesse. Subtile, grave et sensuelle, elle est à l’aise dans tous les registres, passant du Southern Rock (« Monday Morning »), au Blues Rock groovy (« Cool Hand Riders ») ou à des tessitures plus Gospel (« Call It Freedom ») et Americana (« Finding My Way »). Somptueux et attachant !

Photo : Tom Row

Retrouvez la chronique de son album avec Robin Trower :

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Hard 70's Heavy Blues Stoner Rock

Graveyard : nordic wave

Secoué par un récent changement de line-up, la formation de Göteborg a préféré resserrer les rangs plutôt que de se mettre en quête d’un nouveau membre. Et bien lui en a pris, car « Fever » a gagné en explosivité avec un côté direct et imposant, qui reste au plus près de l’esprit spontané qui l’anime depuis ses débuts. Non pas que GRAVEYARD se soit plongé dans le grand bain du Stoner, mais il faut reconnaître que c’est la ligne qui s’impose, toujours établit autour d’éléments Blues et psychédéliques. Une situation et une intention clarifiées au profit d’un opus massif et délicat.

GRAVEYARD

« Fever »

(Nuclear Blast Records)

Suite au départ de son guitariste, chanteur et fondateur Jonatan Larocca-Ramm en juin dernier, c’est donc en formule trio que se présente GRAVEYARD. Autour de Joakim Nilsson (guitare, chant), dernier pilier originel, Truis Mörck (basse, chant) et Oskar Bergenheim (batterie) semblent loin d’avoir laissé les bras. « Fever » arrive trois ans après « Six » et ils ont laissé son ambiance assez sombre pour renouer avec une énergie plus solaire. Toujours avec une touche vintage, leur style refuse encore d’être linéaire et il se renouvelle brillamment.

Plus frontal que son prédécesseur, ce septième album porte bien son nom. C’est un retours aux sources du Rock qu’effectue le groupe et s’il est toujours teinté de Blues et de gros riffs fuzz, le Stoner domine très largement. Il faut dire qu’en la matière, la Suède n’est pas en reste et compte même parmi les meilleurs représentants européens du genre. GRAVEYARD jour sur son aspect le plus brut pour mettre en lumière une identité forgée sur deux décennies. Organique et incandescent, « Fever » se déploie sur une production intemporelle et dynamique.

Si l’approche est différente, l’énergie reste le moteur du combo et elle alimente ce Heavy Rock solide de bout en bout. Le groove est épais, les morceaux tranchent dans le vif et GRAVEYARD semble inépuisable. Puissante, tout en restant mélodique, cette nouvelle réalisation brûle de toutes parts (« Back From The Grave », « Room Tempered », « Tongue Tied », « A Mens To An End », « Year Of The Horse » et l’excellent « Dead Note »). Efficace et sans concession, « Fever » est vraiment le disque qu’on attendait de la part des Scandinaves.

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Blues Rock

Erja Lyytinen : scenic flashbacks

Généreuse et enflammée, la virtuose guitariste venue du grand Nord a célébré son anniversaire avec panache, se faisant plaisir sur scène, mais surtout en offrant à son public une prestation intense. Avec 13 albums studios et ce cinquième live à son actif, ERJA LYYTINEN est parvenu à braquer les projecteurs sur son Blues Rock, bien sûr, mais aussi son pays. La compositrice a également imposé un style très identifiable, finalement assez éloigné des standards habituels dans les mélodies notamment. Ce « 50th Birthday – Live 2026 » vient ponctuer une carrière exemplaire, toujours pleine de surprises, et explosive.

ERJA LYYTINEN

« 50th Birthday – Live 2026 »

(Tuohi Records)

Lorsque la fougueuse chanteuse et guitariste fête son anniversaire, elle ne fait pas les choses à moitié. Tout d’abord, c’est dans le bel écrin de la ‘House of Culture’, surnommé ‘Kultsa’ à Helsinki qu’elle a soufflé ses bougies devant un public acquis et enthousiaste. Comme on le comprend ! Le 21 mars dernier, ERJA LYYTINEN a donc offert un beau cadeau à ses fans à travers une performance comme toujours électrique et pleine d’émotion. Pendant 90 minutes, la musicienne a parcouru sa discographie, et l’on mesure ainsi facilement son statut d’icône nationale dans sa Finlande natale.

A travers 15 morceaux soigneusement sélectionnés, on replonge dans la belle carrière de la blueswoman. Forcément, toutes ces chansons sont autant de moments qu’ERJA LYYTINEN joue et vit intensément. Parmi elles, on retiendra « One Thing I Won’t Change », sur laquelle le bassiste Sami Yaffa (Hanoï Rocks, New York Dolls, Joan Jett) l’accompagne aussi aux chœurs. Un beau moment de complicité. Bien sûr, et vu la proximité d’avec son dernier album studio en date, on retrouve plusieurs titres de « Smell The Roses ». Un disque qui vient marquer le second cadeau.

En effet, c’est un double-live qu’offre la Scandinave avec un autre concert enregistré durant sa dernière tournée au ‘Tempo’ de Mikkeli, toujours en Finlande, et en octobre 2025 cette fois. L’ensemble est plus Rock, à l’image de « Smell The Roses », et ERJA LYYTINEN est fascinante sur « Dragonfly », « Abyss », « Stoney Creek », « The Ring », le délicat « Empty Hours », sans oublier les versions dantesques de « You Talk Dirty » et « Wedding Day », désormais des classiques de son répertoire. Rayonnante, la rockeuse fait vibrer le Blues avec une approche nordique irrésistible.

Photo : Elsa Wellamo

Retrouvez l’interview d’ERJA LYYTINEN à l’occasion de la sortie de « Smell The Roses »…

… Et les chroniques de ses récents albums :