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Komodor : aventure spatio-temporelle [Interview]

En l’espace de quelques années, les Bretons se sont taillés une solide réputation, menant de front deux formations avec Komodrag & The Mounodor. Un changement de label plus tard, KOMODOR donne enfin une suite à « Nasty habits » avec un deuxième album plus mature et plus assuré, mais qui conserve cet esprit festif et Rock dans une atmosphère toujours 70’s aux élans psychédéliques et à l’énergie Glam Rock. Avec « Time & Space », le quintet amorce presque un nouveau virage avec des compos accrocheuses et audacieuses et un son désormais parfaitement identifiable, qui vient nous rappeler qu’il est avant un groupe de scène. Retour sur les grands axes de cette évolution assez fulgurante, finalement très logique et attendue, avec son guitariste et chanteur Slyde Barnett, heureux de voir ce nouveau chapitre s’ouvrir.

– Lors de notre première interview à la sortie de « Nasty Habits » en 2021, j’avais été surpris par votre signature chez Soulsell Records, qui est un label de Metal assez extrême. Cette fois, on vous retrouve chez les Lyonnais de Riptide Records. C’était une simple erreur de casting, ou en avez-vous tout de même retiré quelques avantages ?

On s’est mis à la recherche d’un label français, parce que ça avait été le cas avec le projet Komodrag & The Mounodor, et les échanges étaient beaucoup plus simples. Au niveau financier, les subventions sont plus nombreuses aussi chez nous. Les labels ici ont plus de moyens et de force de frappe que les labels étrangers, en fait. Pour la promo, par exemple, c’est beaucoup plus développé en France et cela facilite la visibilité pour pouvoir ensuite tourner. C’est nettement plus intéressant pour nous en termes de communication, d’échange et de vitrine pour le groupe finalement. Les interactions avec le label sont quasi-immédiates et beaucoup plus synchronisées. Et puis, à l’époque de « Nasty Habits », on n’avait pas de management. Aujourd’hui, le projet est plus structuré et on a un nouveau tourneur aussi. Et cette équipe toute neuve fonctionne très bien ensemble, il a une grosse entente entre le label, le tourneur et le management. Cela facilite beaucoup de choses et on s’en aperçoit déjà alors que l’album n’est pas encore sorti. Et le fait que tout le monde soit en France aussi aide énormément. Et le label possède également tous les codes d’une communication moderne à travers les réseaux sociaux notamment, ce qui est important car le Rock est plus compliqué à travailler que d’autres styles.

– « Time & Space » arrive cinq ans après « Nasty Habits » et pour cause, vous avez été très occupés. En plus de vos nombreux concerts, vous avez aussi sorti « Green Fields Of Armorica » avec Komodrag & The Mounodor qui vous a mené sur la route également. Quand vous êtes-vous mis à la composition de ce nouvel album, car il n’y a pas eu de véritable break, si ?

Sur la période hivernale, on est toujours un peu plus en off, car l’activité est moins dense. On a donc eu du temps en février dernier (2025 – NDR). Nous avons donc pris un mois et on a composé et enregistré dans la foulée. A l’époque, on avait pas mal tourné en décembre et janvier, et février était plus tranquille. On a profité de ce temps-là pour composer, parce que Moundrag faisait aussi la même chose de son côté. On s’était aussi posé la question d’un deuxième Komodrag & The Mounodor, ou pas. Et puis, nos projets respectifs étaient aussi peut-être voués à mourir, si on ne relançait pas un peu la machine de part et d’autre. Nous sommes donc repartis sur nos projets indépendants en se disant qu’on verrait pour le commun plus tard, quand on aura épuisé la tournée avec ce nouvel album.

– D’ailleurs, passer d’un groupe à l’autre n’a pas un peu compliqué la composition de « Time & Space », car il y a beaucoup de similitudes entre les deux formations ? Arrivez-vous facilement à vous détacher des deux univers ?

Oui, dans nos têtes, c’est bien segmenté en termes d’univers. D’ailleurs, lorsqu’on se retrouve avec Moundrag, on sait vraiment ce qui va pour tel projet. Parfois, on a du temps entre-nous, avant les balances notamment, et on se dit que telle chose ne marchera pas pour Komodrag & The Mounodor, par rapport au style de chacun. On sait vraiment ce qui va convenir à chaque formation. C’est bien séparé dans nos esprits.

– Vous aviez enregistré, mixé et produit « Nasty Habits » vous-mêmes et il semblerait que vous en ayez fait de même pour « Time & Space ». Qu’est-ce qui a changé en cinq ans dans votre approche de cet exercice ?

La vie, tout simplement ! (Sourires) Le temps qui passe, l’expérience, la rencontre avec d’autres musiciens et le fait aussi de bosser avec Moundrag. Ils sont issus du conservatoire et ils ont une éducation musicale plus élaborée et plus poussée que la nôtre pour tout ce qui concerne le travail d’harmonie et d’arrangements. On a beaucoup appris avec eux en composant notamment. Cela nous a permis d’aller plus loin en termes d’écriture dans ce qu’on savait déjà faire. Et puis, on a fait de grosses scènes avec eux, où on a rencontré plein de monde et vu beaucoup d’artistes. Tout ça, que ce soit sur la route ou en studio, nous a énormément fait grandir. Nous écoutons aussi d’autres choses maintenant, venant d’autres univers, donc forcément je pense que tu t’enrichis au fur et à mesure de toutes ces découvertes.

– Mais pour la production en elle-même, vous auriez pu faire appel à quelqu’un d’autre pour avoir un regard neuf

On a toujours eu la volonté de faire un truc assez indépendant. Au-delà de ça, il y a aussi la question budgétaire quand même, car un studio coûte très cher et le fait d’avoir le nôtre simplifie beaucoup de choses. On a plus de temps pour composer et on l’a pris. Cette fois, certains morceaux sont nés en studio et certains titres ont même pu prendre une semaine. Et ça, dans un lieu extérieur, tu ne peux pas te le permettre. L’album a entièrement été composé dans le nôtre et c’était vraiment cool, car on a vraiment pris notre temps. On a aussi pu expérimenter pas mal de choses et c’est quand même un luxe en termes d’esthétisme. Après, cela a aussi forcément ses limites, car on ne pourra pas produire quelque chose d’aussi bien que dans un gros studio. Mais on souhaitait aussi garder cet aspect un peu roots et fait maison.

– D’ailleurs, même si l’album sonne toujours aussi live avec un petit côté choral et rassembleur, le spectre sonore est exploité différemment, Tout s’est joué au moment du mix, ou l’intention était d’abord musicale, car l’ensemble sonne différemment ?

Déjà, la source était plus propre que pour le précédent, même s’il y avait des choses live aussi avec également des passages qu’on a repris bien sûr. Mais le mix a été fait en analogique, contrairement au premier album. On avait toutes les pistes et chacun a pu pousser les volumes quand il fallait, les lancements d’effets se sont faits à hauts faders comme à l’époque. On a beaucoup réécouté les morceaux et quand il y avait des erreurs, on les a gardé, car on n’allait pas non plus refaire les titres indéfiniment. C’est vraiment un parti-pris ! On aura pu prendre un Pro Tools et tout corriger pour avoir un truc parfait. Mais notre volonté était aussi d’avoir quelque chose d’un peu aléatoire et le plus live possible, même dans le mix.

– Musicalement, « Time & Space » montre aussi un gros travail au niveau des arrangements, malgré un aspect très direct de vos morceaux. Est-ce quelque chose sur laquelle vous vous êtes beaucoup plus penchés cette fois ?

Surtout sur les voix, où on s’est permis beaucoup plus de choses, par rapport au premier album. Pour le côté instrumental, on a moins insisté sur l’aspect live avec moins de solos, ce genre de choses, pour opter pour un truc plus cadré, des morceaux plus écrits et moins à rallonge qu’auparavant. En ce qui concerne le chant, avec l’expérience, tu as aussi beaucoup plus confiance en toi, ce qui te permet expérimenter beaucoup plus. Il y a des choses que l’on n’aurait pas pu faire à l’époque, parce qu’on n’avait pas les techniques vocales pour ça. Aujourd’hui, on a ces connaissances-là et puis, on a rencontré beaucoup de gens sur la route. Par exemple, Colin le batteur de Moundrag est venu faire des voix, des copines sont aussi venues faire des chœurs. C’est toute cette expérience qui nous a permis de faire ça.

– Ce nouvel album est dans la continuité du premier avec cependant une touche plus moderne, là où « Nasty Habits » avait une saveur plus vintage, L’objectif était-il aussi de montrer que KOMODOR n’est pas prisonnier d’une époque et que votre style est aussi en constante évolution ?

Avec ce nouvel album, on a voulu s’émanciper de ce truc un peu classique de Rock 70’s, mais tout en gardant une base similaire dans le son. Et c’est aussi ce qu’on sait faire ! On s’est dit qu’on pouvait aller un peu plus loin, parce qu’on a également écouté d’autres choses. On est très fan de tout ce qui est Glam britannique, comme Slade ou Bowie, et on voulait mettre cette touche-là, un peu rétro. Nous sommes allés piocher un peu ailleurs, tout en s’autorisant beaucoup plus de choses. Par exemple, il y a plus de guitares acoustiques, des arrangements différents, une ambiance plus chorale aussi et un peu plus déglingué sur certains morceaux. Là où on était peut-être un peu trop dans le cliché sur « Nasty Habits », on s’est dit qu’on ne se mettait aucune barrière et qu’on faisait ce qui nous plaisait.

– Par ailleurs, ce qui est assez paradoxal sur ce nouvel album, c’est qu’il est toujours aussi libre et sauvage dans l’approche, mais plus sombre et presque engagés dans certains textes. Je pense notamment à « Once Upon The Time », « Burning Land » ou « Ravish Holy Land ». L’idée était-elle de vous livrer un peu plus, de rendre « Time & Space » plus personnel dans son contenu ?

Oui, je pense. On s’imprègne forcément aussi de l’actualité, de ce qui nous entoure, d’un peu de tout. On a compris que cela contribue aussi à nourrir l’écriture. Mais ce qui a été très cool dans ce travail, c’est qu’on a bossé sur les textes en amont avec le groupe, et on les a retravaillé avec une copine, Léa Nahon, qui est une tatoueuse assez connue de Douarnenez. Elle a beaucoup vécu en Angleterre et aux Etats-Unis et on voulait son regard. De notre côté, on avait des textes très littéraires, très scolaires et elle nous a trouvé des expressions plus proches du langage parlé et de l’esprit Glam Rock, notamment. Elle nous a permis de trouver des choses typiques de l’anglais, et non de celui parlé aux Etats-Unis. Et ce travail d’écriture a été super intéressant, enrichissant et il nous a permis aussi d’aller plus loin.

– Avec des passages psychédéliques très marqués, ce nouvel album est très brut et très Rock aussi. Il se conclue d’ailleurs avec « Top Of The Bock », qui sonne presque Hard Rock 70’s et qui se termine en fanfare, au sens propre comme au figuré. On croirait même à un hommage au Gras de Douarnenez. C’était important pour vous de terminer sur une note festive ?

Oui, comme tu dis, il y a aussi ce côté live et déglingué chez nous. Et le fait que l’album se termine avec ces cuivres qui font un peu n’importe quoi est un peu à l’image des Gras (grande manifestation festive incontournable qui se déroule sur plusieurs jours fin-février, début mars de chaque année à Douarnenez dans le Finistère – NDR). C’était même carrément le concept, car on voulait quelque chose de décalé, un peu britannique comme ces albums qui se finissent un peu n’importe comment. Je trouve qu’aujourd’hui, la plupart des groupes de Rock sont très carrés et on voulait quelque chose de fun, de moins lisse… Et puis, avant tout, on est une bande de potes et on se marre ! (Sourires)

– Enfin, vous avez déjà annoncé une première série de concerts, que vous ne semblez d’ailleurs n’avoir jamais arrêté, et même si vous êtes concentrés sur « Time & Space », est-ce que Komodrag & The Mounodor reste dans un coin de vos têtes avec la perspective d’un deuxième album, vous qui êtes si prolifiques ?

Il y aura un deuxième album, c’est une certitude, mais on ne sait pas quand. Il faut voir aussi comment vont se dérouler nos tournées respectives. Parce que si nous partons tous à fond et que le projet est blindé sur deux ans, c’est compliqué de donner une date. On verra selon chacun, mais il y a une réelle volonté d’en faire un deuxième. On a vraiment envie, car Komodrag & The Mounodor a été une sacrée aventure et on a aussi envie de reprendre la route tous ensemble. Mais c’est compliqué d’être sur deux projets en simultané, car il n’y a pas non plus un nombre de week-ends indéfinis dans l’année ! (Sourires)

– C’est vrai ! L’idée était surtout de savoir si cela avait été un one-shot, ou pas…

A la base, c’était ça ! On fait un truc, une grosse blague entre potes avec une belle date aux Trans à Rennes et on verra bien. Et au final, ça fait plus de trois ans qu’on tourne là-dessus et on a encore le ‘Motocultor’ cet été. Cela fera plus de quatre ans cette année que le projet fonctionne. C’est énorme et c’est même allé au-delà de nos espérances. On verra bien et puis, si KOMODOR et Moundrag marchent moins bien, peut-être qu’on retournera là-dessus ! (Rires)

Le nouvel album de KOMODOR, « Time & Space », est disponible chez Riptide Records.

Photos : Marindod

Retrouvez aussi la chronique de « Nasty Habits » et l’entretien accordé à cette occasion, ainsi que l’interview croisée de Komodrag & The Mounodor à la sortie de « Green Fiels Of Armorica » :

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International Psych Rock 70's Southern Rock

DeWolff : golden tracks revisited [Interview]

Devenus en quelques années un fer de lance du revival Rock Psych 70’s, les Hollandais ne cessent d’arpenter les scènes du monde entier. Cependant, ils ont trouvé le temps de s’offrir une sorte de récréation avec « Fuego! », un EP exclusivement composé de reprises, sur lequel le trio sort littéralement des sentiers battus. La sélection des morceaux parlent d’elle-même : originale et tout sauf mainstream. Une occasion aussi pour DEWOLFF de se faire plaisir et de présenter avec ses fans (et aux autres!) quelques titres qui ont forgé son style. Et c’est vrai qu’on y voit plus clair sur ses intentions, Entretien avec le très occupé guitariste et chanteur Pablo Van De Poel, qui revient aussi sur l’expérience « Muscle Shoals », marquante à plus d’un titre pour le groupe.

– Avant de parler de « Fuego! », j’aimerais que l’on revienne sur « Muscle Shoals », sorti il y a un petit plus d’un an maintenant. Tout d’abord, comment se sent-on en pénétrant dans un studio aussi mythique ?

C’était vraiment incroyable ! J’y avais déjà été une fois en 2019, alors que j’étais en vacances dans la région. J’avais d’ailleurs été visiter les studios. J’en avais fait plusieurs fois le tour en me disant que si je pouvais enregistrer un jour dans un endroit comme celui-ci, ce serait vraiment un rêve ! Pour cet album, nous avions décidé d’aller là-bas. Ce qui est drôle, c’est que tu peux juste envoyer un email, mais ça ne veut pas dire que tu pourras enregistrer pour autant. Dans notre cas, cela a été possible. Nous sommes donc allés sur place et rien que le fait d’être dans ces pièces avait quelque chose de magique ! Tu peux littéralement ressentir toute l’Histoire de la musique qui a traversé les studios. Et ensuite, le son qui en ressort est franchement magique, car tu peux reconnaître les sonorités d’anciens disques.

– D’ailleurs, saviez-vous que l’album serait enregistré là-bas avant de composer les morceaux ? Parce que cela peut aussi avoir une certaine influence sur l’écriture, non ?

Oui, c’est vrai, nous le savions un peu avant le processus de composition, seulement trois chansons étaient prêtes, quelque chose comme ça. En fait, l’idée originelle était d’enregistrer l’album avec Chris Robinson des Black Crowes à Los Angeles. Mais, après réflexion, nous nous sommes rendus compte que ce serait très difficile de caler un rendez-vous avec lui, car c’est un homme très occupé et nous sommes aussi un groupe très occupé ! (Sourires) Donc, quand nous nous sommes aperçus que cela ne se ferait pas, nous avons envoyé un email à Muscle Shoals.

– « Muscle Shoals » est votre album le plus Soul et le plus organique aussi. Est-ce que l’application et cette sérénité affichée tiennent d’une certaine manière à la solennité de l’endroit ?

Oui, je pense. Quand j’étais sur place, il n’y avait aucune raison de s’inquiéter. En revanche, mon inquiétude se situait plutôt sur le fait de savoir si je serai suffisamment bon pour enregistrer là-bas. Mais dès notre arrivée, je me suis dit qu’il fallait s’amuser de cette expérience. Et on l’a fait ! La plupart du temps, on s’est vraiment éclaté ! On n’a pas été forcément intimidés ou effrayés par rapport à l’endroit. Nous l’avons fait normalement et de la manière la plus naturelle pour nous. Et cela tient aussi aux gens que nous avons rencontrés sur place et qui ont entendu notre musique. Ils nous ont dit que c’était incroyable et que c’était exactement le genre de musique qu’il fallait jouer là-bas. Alors, finalement, on a été très à l’aise pendant l’enregistrement.

– Pour conclure sur cet album, c’est probablement celui qui sonne le plus américain aussi, alors que DEWOLFF a toujours eu un son européen dans sa production. Est-ce que votre objectif était aussi d’expérimenter quelque chose de différent au niveau du son ?

En fait, la plupart du temps, nous essayons de capturer le son de l’endroit où nous sommes, tout comme les vibrations qu’il dégage. Nous avons beaucoup expérimenté sur le placement des micros et sur place et nous avons accordé une grande confiance à notre ingénieur du son Ben Tanner pour ça. Par exemple, lorsqu’on essayait la batterie, il me demandait toujours mon avis. Je lui faisais part de mes doutes, car je pensais qu’elle devait être plus puissante. Alors, il me demandait ce que je pensais utiliser comme micro et on faisait des essais pour que ça fonctionne le mieux possible. On a donc fait pas mal d’expérimentations. Et puis, au fil des années, nous avons aussi beaucoup appris à ce niveau-là et il y a toujours des choses qui changent. Finalement, ça ne sert pas à grand-chose de tout préparer à 100 %, on préfère le faire à 75 ou 80% parce que, suivant où vous vous trouvez en arrivant, cela aura de toute façon une influence sur les morceaux. Alors, même si tu prépares déjà tout à fond, ça ne sera jamais le résultat final.

– Parlons maintenant de « Fuego! ». D’où est venue l’idée d’un EP de reprises ? C’est quelque chose que vous aviez en tête depuis un moment déjà, ou c’était l’occasion de faire une coupure après « Muscle Shoals » pour repartir avec une certaine fraîcheur ?

C’est quelque chose qui nous trotte dans la tête depuis un moment déjà. La principale raison est que nos fans sont de réels amoureux de musique, tout comme nous. Nous sommes très curieux de ce qui se fait et surtout a été fait. Des choses que nous ne connaissons pas forcément au départ. Parfois, je discute avec des gens qui adorent DEWOLFF, Led Zeppelin ou Deep Purple, notamment. Je peux leur demander s’il connaissent Little Feat, par exemple. Et là, je me dis : ‘Oh, mon dieu !’ ! C’est dans ces moments-là que je dis qu’il y a tellement de bonne musique. C’est vrai aussi que nous sommes un peu collectionneurs, mais il y a énormément de choses dont les gens n’ont jamais entendu parler et c’est vraiment dommage. Donc, c’est parti aussi un peu autour de ça. Et puis, ce sont aussi des morceaux que nous adorons jouer. On joue sur les arrangements, on s’amuse et c’est également un bon défi pour nous. Par exemple, si tu prends la chanson de Little Feat, c’est un titre que nous connaissons depuis une dizaine d’années. C’est un morceau que nous avons essayé de jouer de plein de manières différentes, mais nous n’y sommes jamais vraiment parvenus, car c’est trop compliqué ! Alors, pour cet EP, nous nous sommes dits qu’on allait y arriver et nous l’avions fait ! Voilà, on peut enfin la jouer ! (Sourires)

– D’ailleurs, vous l’avez enregistré dans ton studio et il est sorti sur votre label, Electrosaurus Records, ainsi qu’avec Suburban Records. Là aussi, vous aviez besoin de changements, de plus de proximité et de contrôle dans la production notamment ?

Oui, c’est vrai que nous avons notre label et l’idée était surtout de le maintenir en vie. Et c’est bien de sortir quelque chose dessus de temps en temps. Et c’est aussi une question financière pour être honnête. Quand nous sortons quelque chose chez Mascot, nous ne percevons qu’un faible pourcentage des recettes, Mais nous ne sommes pas partis pour autant ! Cela dit, lorsqu’il s’agit de ce genre de projet, c’est bien de le faire sur notre propre label, car c’est une opportunité intéressante.

– « Fuego! » est un véritable hommage aux artistes qui vous ont profondément marqué et influencé. Cela dit, on retrouve la touche DEWOLFF dès les premières notes. On s’éloigne donc des versions originales. Quelle a été l’intention première, car on vous sent très libres dans l’interprétation ?

Tu sais, cela dépend vraiment de la chanson. Si tu prends la chanson de Little Feat, par exemple, rien que de la jouer nous-mêmes lui donne beaucoup de différences et elles se font assez naturellement. Nous suivons l’originale, bien sûr, sauf pour les solos, et même de manière assez précise. Nous créons juste des versions différentes, mais fidèles. C’était la même chose pour la chanson de Leon Russell, qui est plus Rock, mais cela se fait vraiment de manière inconsciente et elle dénote de l’originale, c’est vrai. En fait, on prend les originaux, nous les jouons et, rapidement, cela devient du DEWOLFF de façon un peu automatique.

– Si on a la surprise de découvrir quelques chansons, il y a aussi la présence de Joe Bonamassa sur « The Fan » de Little Feat (Lowell George) avec un incroyable solo, dont il a le secret. Comment s’est montée cette collaboration ? Vous vous connaissiez déjà, car c’est un choix est très judicieux sur ce titre ?

J’ai rencontré Joe Bonamassa il y a deux ans environ. J’étais encore en voyage avec mon ex-compagne et nous étions aussi sur sa tournée auparavant. C’est le début de l’histoire, car nous avions joué sur la croisière ‘Keep The Blues Alive’ en Méditerranée. Après ça, il a dit au cours d’une interview collective qu’il aimait vraiment le groupe. Alors, quand je suis retourné au Etats-Unis il y a quelques mois, je me suis dit que s’il aimait notre musique, peut-être qu’il voudrait me rencontrer. Pourquoi pas ? (Sourires) Je lui ai envoyé un message sur Instagram et il m’a invité dans sa maison. J’y suis allé, j’ai vu toutes ses guitares et c’était totalement incroyable ! Ensuite, nous sommes restés en contact. Donc, nous étions en plein enregistrement de l’EP, et comme je savais qu’il était fan de Lowell George car il avait acheté son ampli, je lui ai envoyé un message. Je lui ai expliqué qu’on enregistrait un EP avec cette petite chanson de Little Feat en lui proposant de jouer dessus. Il m’a dit de la lui envoyer et qu’il allait le faire. Nous avions un délai très court et je lui ai demandé s’il pouvait la faire dès le lendemain, plutôt que la semaine suivante. Et il l’a fait ! C’était parfait ! (Rires)

– Un mot aussi sur ce medley long de dix minutes qui clot « Fuego! ». Est-ce que ces trois chansons vous ont immédiatement paru évidentes dans leur enchaînement, et leur fusion tient-elle d’un ordre précis ?

Tu sais, il y a beaucoup de chansons que nous aurions souhaité reprendre. Nous en avions enregistré cinq et nous avons commencé à réfléchir à une sixième. Cela a démarré en jouant « Fire And Brimstone », mais la version originale est tellement cool que cela aurait impossible de faire mieux ! (Sourires) Alors, on a juste commencé à jammer et j’avais en tête quelques titres qui étaient en accord avec celle de Link Wray. L’un d’entre-eux était « Hawg Frog », de Buzz Clifford, qui est assez simple à jouer. Et la dernière était « I Walk On Guilded Sprinters » de Dr. John. Ce sont toutes des chansons parfaites pour jammer ! Ensuite, on a réfléchi à l’ordre des morceaux et ce qui s’accordait et s’enchaînerait le mieux. Et en une demi-journée, les arrangements étaient faits !

– Enfin, est-ce que vous préparez déjà votre prochain album, ou les concerts sont-ils votre priorité pour l’instant ? Ou les deux ?

En fait, nous sommes très occupés par les concerts en ce moment, c’est vrai, et nous allons allés en Nouvelle-Zélande, en France aussi, en Scandinavie… Nous n’avons pas encore de nouvelles chansons pour un album. Mais ça va arriver ! (Sourires) Et puis, je suis occupé par d’autres projets, car nous venons de créer un groupe de Metal avec mon autre frère. Je suis d’ailleurs en train de mixer l’album à l’heure où nous parlons. Nous ferons quelque chose de neuf avec DEWOLFF, mais pas dans l’immédiat, Et puis, « Fuego! » vient de sortir et « Muscle Shoals » est encore chaud… Chaque chose en son temps ! (Sourires)

L’EP de DEWOLFF, « Fuego! » est disponible chez Electrosaurus/Suburban Records, et « Muscle Shoals » chez Mascot Label Group.

Photos : Satellite June (1, 2, 4, 5) et Svan Leijen (3).

Retrouvez les dernières chronique du groupe :

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Hard 70's Proto-Metal Psych

Siena Root : vintage steam

Avec ce nouveau double-album live, la formation de Stockhölm propose un voyage dont il a le secret à travers 12 morceaux soigneusement choisis et sur plus d’une heure et quart. SIENA ROOT y parcourt l’essentiel de sa discographie avec cette liberté qu’on lui connaît, c’est-à-dire une proportion à réarranger ses compostions pour les laisser atteindre des sommets d’improvisation. Capté sur bandes, « Made In KuBa » offre une chaleur et une proximité qui font le sel de ses productions depuis la fin des années 90.

SIENA ROOT

« Made In KuBa (Live) »

(Perception)

Après son dernier album studio, le très bon « Revelation » (2022), SIENA ROOT revient à ce qui fait l’essence-même de sa musique : la scène. Si le quatuor a déjà sorti huit opus, il faut revenir en 2011 et à « Root Jam » pour trouver une trace discographique du groupe en live. « Made In KuBa » est donc très attendu par les fans, et pas seulement. C’est en mars 2024 que les Suédois ont donné une série de concerts à Iéna en Allemagne et précisément au ‘Kulturbahnhof’, plus communément appelé le ‘KuBa’. 

Entièrement enregistré en analogique par l’ingénieur du son du combo, Ove Noring, qui travaille avec lui depuis « Kaleidoscope » paru en 2006, « Made In KuBa » relate à la perfection l’ambiance de ces trois soirées et surtout ce ‘Classic Roots Rock’ que SIENA ROOT élabore depuis une vingtaine d’années maintenant. Cultivant un esprit jam très créatif qui prend régulièrement le dessus, son registre défie le temps et se montre captivant dès les premières notes, où le Psych Rock côtoie le proto-Metal.

Sous l’impulsion de sa frontwoman, Zubaida Solid, également à l’orgue, les quatre musiciens s’engouffrent dans un répertoire savamment sélectionné pour le plus grand plaisir de la chanceuse assemblée présente ces soirs-là. Délicatement rétro, atmosphérique et capable d’éruptions sonores déflagrantes, SIENA ROOT accueille aussi à ses côtés Erik Petersson aux claviers Rhodes et la flûtiste et chanteuse Lisa Isaksson, qui viennent enrichir des morceaux aux riches tessitures. Une saveur vintage qui devient très vite envoûtante.  

Photo : Petter Hilber

Retrouvez la chronique de « Revelation » :

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Hard 70's Psych

Alunah : ultimes vibrations

En actant le départ de Siân Greenaway, dont la présence derrière le micro va cruellement manquer, ALUNAH risque de voir ses fans, et beaucoup d’autres, se précipiter sur ce chant du cygne vinylique. Mais que tout le monde se rassure, le désormais trio est décidé à poursuivre son effort, dès qu’il sera de nouveau au complet. « Fever Dream » a donc un  aspect assez particulier, qui apporte peut-être même une magie supplémentaire. Car il faut reconnaître qu’il s’agit sans doute de la meilleure réalisation des Anglais, toujours dans ce Hard Rock 70’s si organique et authentique.

ALUNAH

« Fever Dream »

(Heavy Psych Sounds)

La nouvelle ne vous aura pas échappé, c’est avec un petit pincement et beaucoup de regrets que je chronique ce nouvel et dernier album d’ALUNAH avec sa chanteuse Siân Greenaway, qui s’en va continuer l’aventure en solo au sein de Bobbie Dazzle dans un registre a priori plus Glam Rock. Alors, forcément, sur ce « Fever Dream », la fièvre retombe un peu. C’est donc sur ce septième opus majestueux que la frontwoman file vers de nouveaux horizons, non sans livrer une superbe prestation, qui surclasse d’ailleurs artistiquement les précédentes dans sa diversité et sa puissance vocale.

Cependant, si le groupe issu du berceau spirituel du Heavy Metal, Birmingham, perd celle qui lui offrait une identité forte, il n’a pas l’intention de rendre les armes et compte se remettre en selle très bientôt une fois que la ou le successeur sera connu. En attendant, ALUNAH fait feu de toute part avec « Fever Dream », un disque enchanteur, vif et solide et tout aussi aérien qu’épique. Que ce soit les riffs endiablés et les solos magistraux de Matt Noble, la rythmique au groove enjôleur de Dan Burchmore (basse) et Jake Mason (batterie), rien ne manque. L’unité affichée est même incroyable.

Dès « Never Too Late », le ton est donné et on retrouve ce Hard 70’s aux saveurs rétro et vintage, sublimé par la production de Chris Fielding (Electric Wizard). Les Britanniques se dévoilent dans un moment d’inspiration unique et ils passent d’un morceau à l’autre avec une grâce absolue, traversant avec une grande souplesse musicale des atmosphères aussi musclées que planantes (« Sacred Grooves », The Odyssee »). ALUNAH multiplie les clins d’œil au Psych, au proto-Metal avec même un peu de flûte à la Fleetwood Mac sur plusieurs titres (« Trickster Of Time », «  Far From Reality », « Celestial »). De belles émotions ! 

Retrouvez la chronique de « Strange Machine », sorti en 2022 :

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post-Rock Psych

God Is An Astronaut : le mouvement des paysages

Depuis plus de 20 ans, GOD IS AN ASTRONAUT façonne son univers comme on élabore une œuvre complète. Chaque production est un nouveau chapitre qui vient compléter cet ensemble instrumental singulier et tellement reconnaissable. Echafaudé dans des circonstances très particulières, « Embers » s’inscrit dans une continuité artistique que le trio peaufine avec talent. Organique, immersif et aérien, le post-Rock du combo est atmosphérique, psychédélique et bouscule les émotions comme personne.

GOD IS AN ASTRONAUT

« Embers »

(Napalm Records)

C’est malheureusement suite au décès de leur père en novembre dernier que les frères jumeaux, Torsten et Niels Kinsella, ont entamé la composition de ce onzième opus. Si le déclic est tout sauf enthousiasmant, « Embers » n’est pas forcément le plus sombre du groupe. Comme à chaque fois chez GOD IS AN ASTRONAUT, il est question de contrastes entre une pénombre très présente et une forte luminosité et c’est même sa marque de fabrique, celle qui donne vie à ce post-Rock psychédélique et cinématographique si original.

Les Irlandais ont souhaité et conçu cet album comme un pont entre le passé et le présent et c’est précisément ce qui émane d’« Embers ». D’un côté, il y a toujours cette utilisation de matériel vintage qui offre ce grain et cette chaleur, et de l’autre une approche et une vision très modernes dans l’écriture des morceaux et dans la dynamique globale. Ainsi, tout en consolidant son ADN post-Rock, GOD IS AN ASTRONAUT ne réalise jamais le même disque et développe sa musique au fil du temps. 

D’ailleurs, le très étiré morceau-titre peut lui aussi être perçu comme un pont faisant le lien entre deux mouvements distinctifs. Sur la première partie, on est guidé par les sitars de Dara O’Brien et de Sean Colerman, tandis qu’on retrouve un habitué de la maison, à savoir Jo Quail et son violoncelle sur « Realms » et « Prism ». En jouant avec toujours autant d’habileté sur la longueur des titres, GOD IS AN ASTRONAUT multiplie les voyages sonores, qui sont autant de moments d’évasion (« Apparition », « Odysee », « Hourglass »).

Retrouvez la chronique de « Ghost Tape #10 », l’album précédent de GIAA :

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Doom Drone Psych

Pia Isa : dronic perceptions

Chanteuse et bassiste de Superlynx, la frontwoman scandinave a de multiples cordes à son arc, dont une aventure en solo qu’elle mène depuis 2021 maintenant. Avec ce deuxième opus, elle se livre un peu plus sur des morceaux où le Stoner Doom se joint à un Psych Drone hypnotique, bercé par la voix langoureuse et lancinante de PIA ISA. « Dissolve » arpente des sonorités captivantes avec talent et singularité.

PIA ISA

« Dissolve »

(Argonauta Records)

Alors qu’elle a sorti le quatrième album de son groupe Superlynx, où elle assure le chant et la basse, il y a quelques mois, PIA ISA revient en solo et donne une suite à « Distorted Chants » (2022) et surtout au EP « Burning Time » sorti en début d’année. Très occupée, elle est aussi très prolifique, puisqu’elle vient tout récemment de se lancer dans un nouveau projet avec Gary Arce (Yawning Man, Fates Jetson, Big Scenic Nowhere) baptisé SoftSun. A noter d’ailleurs que le guitariste est aussi présent  sur « Dissolve ».

Entourée de l’Américain sur six des huit titres et du batteur de Superlynx Ole Teigen, PIA ISA se déploie dans un registre Psychedelic Drone Rock, où elle interprète les voix bien sûr, et elles sont nombreuses, et endosse le rôle de bassiste tout en livrant des parties de guitares acoustiques très éthérées. Avec un travail incroyable sur les harmonies vocales et sur des compositions à la fois lourdes et aériennes, la Norvégienne se montre d’une superbe créativité à travers un songwriting très minutieux.

Sur des ambiances parfois post-Rock et Dark Folk, l’artiste offre un album complet et personnel, où les textes trouvent parfaitement leur place sur des pistes instrumentales soignées et particulièrement immersives. La production ’doomesque’ est elle aussi très bien équilibrée et on se laisse happer par cette atmosphère glaciale et épaisse. Vocalement, PIA ISA est littéralement envoûtante et se fond naturellement dans une sorte de jam parfois dantesque (« Transform », « Into The Fire », « Dissolve », « Tide », « Dream Or Float »).

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folk Psych Roots Rock Southern Blues

Brother Dege : l’ultime testament

Qualifier BROTHER DEGE de musicien solaire est un doux euphémisme. Alors qu’il vient de nous quitter, son ultime témoignage vient malheureusement mettre un terme à une œuvre Southern où Blues et Folk s’entremêlent avec des sonorités Rock et Country. « Aurora » est le dernier grand cru livré par l’ouroboros du bayou. Le vide va être abyssal et son silence presqu’insupportable, mais ses disques et ses livres restent, eux, éternels et je vous invite à vous y plonger. Un désert de beaux mots.

BROTHER DEGE

« Aurora »

(Prophecy Productions)

Cela faisait déjà un petit moment que je me délectais de cette nouvelle réalisation de BROTHER DEGE Legge, lorsque j’ai soudainement appris sa mort survenue le 9 mars dernier, alors qu’il n’avait que 56 ans. Ce magnifique « Aurora » s’apprêtait à sortir et une tournée européenne était même prévue en avril. Il s’est éteint dans sa ville de Lafayette en Louisiane et laisse un héritage précieux. Et si son fougueux Southern Psychedelic Rock ne vous dit a priori rien, peut-être avez-vous en tête son morceau « Too Old To Die Young », qui figurait sur la B.O. de « Django Unchained » de Quentin Tarantino en 2012 ?

« Aurora » est le quatrième opus de BROTHER DEGE, après « How To Kill Horse » (2013), « Scorched Earth Policy » (2015) et « Farmer’s Almanac » (2018). Il est sans doute aussi le plus intime et le plus personnel. Au regard de sa carrière, y compris celle d’écrivain, on y trouve une espèce de synthèse de son long travail à travers ce parcours si atypique ancré dans le Sud des Etats-Unis qui l’a façonné et qu’il incarnait tellement. La discrétion et l’humilité de l’artiste révèlent sa force poétique, qu’elle soit dans les textes ou dans sa musique bercée par un dobro toujours aussi magnétique.

On pense bien sûr à Ry Cooder sur l’instrumental morceau-titre qui ouvre l’album, mais le songwriter fait rapidement rayonner sa touche si particulière. Cette fusion si singulière entre le slide du Delta Blues, la Folk et un Rock issu du Bayou rend BROTHER DEGE assez unique. Poignant et plein de sensibilité sur « Where The Black Flowers Grow » et « A Man Needs A Mommy », il accélère sur « Turn Of The Screw » pour se montrer très élégant sur « The Devil You Know » et sur l’énigmatique « The Longing » presque prophétique. La douce folie et l’approche de l’Américain vont terriblement manquer au monde de la musique.

Photo : Travis Gauthier
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France Psych Rock 70's

Komodrag & The Mounodor : chimère psychédélique [Interview]

Si vous avez déjà vu KOMODRAG & THE MOUNODOR sur scène, vous pouvez aisément imaginer combien interviewer les sept musiciens en même temps aurait vite tourné au casse-tête. C’est donc un entretien croisé, et séparé, de la dynamique formation bretonne estampillée ‘super-band’ que je vous propose pour parler de ce premier et très bon album « Green Fields Of Armorica ». Il y est question pour les deux groupes de communier leur amour pour le Rock 70’s dans un esprit forcément psychédélique… et joyeux ! Et sans aucune concertation, le septet montre une osmose totale jusque dans ses réponses. Entretien paimpolo-douarneniste avec une formation, qui va très vite devenir incontournable bien au-delà des frontières bretonnes.

– Votre rencontre et votre coup de foudre réciproque ont eu lieu en 2019 et quelques jams ont eu lieu dans la foulée. Quel a été le véritable déclic pour fonder KOMODRAG & THE MOUNODOR, car une aventure pareille ne se fait pas sur un coup de tête, si ?

Komodor : Et si, ça s’est exactement passé sur un coup de tête. Quand nous avons rencontré pour la première fois Camille et Colin, ça a tout de suite été un coup de foudre amical et musical. Le feeling a pris directement pendant qu’on faisait notre première jam ensemble et c’est à ce moment-là qu’on s’est dit qu’il y avait moyen de bien rigoler et de faire du bon gros Rock ensemble.

Moundrag : On avait l’habitude de jammer après nos concerts avec Komodor et l’élément déclencheur a été quand on nous avait proposé d’enregistrer et de filmer une live session. Comme nous venions de sortir une vidéo sur KEXP, nous avons plutôt proposé notre nouveau projet : KOMODRAG & THE MOUNODOR. Le truc marrant, c’est qu’on avait composé les trois morceaux de la live session le week-end précédent !

– Votre premier ‘gros’ concert a eu lieu aux Trans Musicales de Rennes en 2021. Quels souvenirs en gardez-vous, notamment par rapport à vos rôles respectifs sur scène, vos positionnements aussi et le relais et l’échange entre vous et le public ?

Moundrag : Ce premier concert restera gravé dans nos mémoires ! Le public était chaud bouillant et nous étions possédés par les démons du Rock’n’Roll : sept mercenaires au service de vos soirées d’ivresse !

Komodor : C’était un gros challenge et on en garde des souvenirs gravés à jamais : une ambiance de fou, notre première grosse scène devant autant de monde et, surtout, le tout premier concert du groupe. Nous avions eu la chance de travailler en résidence et d’être accompagné par une superbe team afin que tout se passe au mieux.

Le positionnement sur scène s’est fait assez naturellement. Nous sommes sept, donc pour occuper le plateau, ce n’est pas un problème. On était remontés comme jamais avant de jouer. C’était un vrai moment de partage avec le public qui était chaud bouillant et qui avait soif de faire la fête avec nous.

Photo : Erwan Larzul

– Vous sortez aujourd’hui « Green Fields Of Armorica », qui dispose d’une production très organique que l’on retrouve d’ailleurs aussi sur vos albums respectifs. Avez-vous eu envie de travailler un son particulier ? Et comment le travail d’enregistrement s’est-il effectué, car gérer sept musiciens peut vite devenir compliqué ?

Komodor : Ce n’était pas une mince affaire, surtout pour trouver de l’espace pour tout le monde. Nous avons pris parti de retranscrire au mieux le son que nous avons en live, mais avec tous les avantages du studio en termes de production et d’effets.

Les deux batteries, l’orgue et la basse ont été enregistrés live dans une pièce de 15m². On a  joué le plus fort possible pour ressentir cet effet organique. Les guitares et les voix ont été enregistrées séparément après toute la base rythmique. Ce qui a permis de travailler au mieux la spatialisation dans la stéréo et d’avoir un son punchy et aérien au mixage.

Moundrag : Nous avons voulu avoir un son qui se rapproche le plus de notre performance scénique. Nous avons enregistré les deux batteries, la basse et l’orgue Hammond en live, tous les quatre dans une petite pièce. Puis, nous avons rajouté les guitares/overdubs et enfin les voix. Le plus dur a été de trouver une place pour chacun dans le mix. Bravo Goudzou !

Photo : Erwan Larzul

– Est-ce qu’au moment de composer justement, n’avez-vous pas été tentés les uns et les autres d’imposer votre patte en utilisant peut-être des morceaux ou des mélodies que vous aviez déjà chacun de votre côté ?

Moundrag : Tout a été composé pour le groupe. Pour notre part, on est vraiment sorti du Heavy Psych Prog pour proposer des riffs et des chansons plus ‘Pop’. Nous avons vraiment à coeur de différencier les répertoires pour éviter que les auditeurs ne mélangent tout… Même si c’est déjà les cas avec le nom du groupe ! (Rires)

Komodor : On a justement mis les riffs, qui ne correspondaient pas à nos projets respectifs, mais qui nous plaisaient ! (Rires) On s’est quand même donné une ligne directrice en termes d’esthétique musicale, ce qui a permis d’élaborer le set autour de cet univers. L’ensemble des membres a apporté ses influences dans cet album, ce qui a créé une identité indépendante de Komodor et de Moundrag.

– A l’écoute de ce premier album, ce qui est assez étonnant, c’est que l’on ne perçoit pas forcément l’empreinte directe de Komodor, ni de Moundrag de manière significative. Il s’agit véritablement d’un autre groupe. Est-ce que ça a été difficile de vous imposer ça ? Fusionner deux groupes ne débouche pas forcément sur un style aussi personnel…

Komodor : Au contraire, c’est hyper excitant, nous avons tout de suite voulu créer un projet à part entière et qui soit dans une esthétique différente ! Ce n’est pas dans la même veine que nos projets respectifs. Etant à sept dans cette formation, cela nous a permis d’expérimenter de nouvelles méthodes de travail et composition !

Notre volonté était clairement de recréer un show énergique au plus proche de ce qui pouvait exister à l’époque avec un univers bien ciblé et identifié ! Cela nous permet d’aller creuser encore plus loin dans notre recherche et de comprendre au mieux comment cette époque a marqué toute une génération et un mouvement artistique qui perdure encore.

Moundrag : C’était un choix nécessaire. Nous sommes sorties de nos zones de confort pour proposer un répertoire qui n’empiète pas sur nos projets respectifs. KOMODRAG & MOUNODOR a un répertoire Southern Rock, qui s’est imposé de lui-même. Cela nous permet de faire vivre à côté Moundrag et Komodor sans redite.

Photo : Erwan Larzul

– Est-ce que vous voyez KOMODRAG & THE MOUNODOR comme une sorte de récréation, un side-project qui vous permet de franchir et d’explorer des frontières qui vont au-delà de vos groupes respectifs ? Et lui voyez-vous d’ailleurs un avenir après « Green Fields Of Armorica », en dehors des concerts, bien sûr ?

Moundrag : Au début, on voyait ça comme un side-project, une jam entre copains à la fin des concerts. Mais plus ça va et plus ce groupe prend de l’importance ! On a beaucoup de chance de pouvoir jouer en live ce projet qui demande beaucoup d’investissement avec sept musiciens sur scène. On va déjà défendre en live cet album et on verra ensuite pour un deuxième…

Komodor : C’est une vraie récréation, qui a maintenant pris une tournure ‘plus sérieuse’. Nous vivons tellement de moments incroyables que nous voulons vraiment que cette histoire perdure ! On veut s’exporter, jouer et s’amuser autant que possible ! Dès que nous aurons fini la tournée de cet album, nous avons pour projet de nous pencher sur l’écriture du second opus.

– D’ailleurs, ce projet est assez étonnant dans la mesure où vous avez tous les deux un premier album à votre actif, donc un parcours jusqu’ici assez court. Et cela ne vous a pas empêché, bien au contraire, de vous lancer dans cette nouvelle aventure. Alors aujourd’hui, et respectivement, où est votre priorité ? Komodor, Moundrag ou KOMODRAG & THE MOUNODOR ?

Moundrag : Tous les projets ont autant d’importance à nos yeux. Nous aimons de tout notre coeur le Hard Prog Heavy Psych, donc nous continuerons à défendre ce style, même si KOMODRAG & THE MOUNODOR prend de plus en plus de temps sur l’agenda.

Komodor : Les trois, mon capitaine ! On ne va pas abandonner un seul des trois projets. Chaque groupe se construit avec un public différent. Ça nous tient à cœur de les développer, car nous ne sommes qu’au début de l’aventure pour chacun d’entre eux et la route est encore longue.

Photo : Erwan Larzul

– J’imagine qu’une tournée va aussi arriver et elle va mettre en stand-by vos formations  respectives. Est-ce qu’en parallèle, vous travaillez déjà les uns et les autres sur vos futures réalisations ? Et quand pensez-vous avoir le temps de souffler un peu ?

Komodor : La tournée de cet album ne va pas nous empêcher de tourner avec Komodor, bien au contraire. S’il y a un trou dans l’agenda, on le remplira. D’ailleurs, il y a déjà des dates de programmées pour la saison prochaine ! On veut bouffer du bitume et nous avons encore beaucoup d’endroits à découvrir ! En ce qui concerne Komodor, nous avons déjà entamé le travail de pré-production du prochain album ! Nous voulons battre le fer tant qu’il est encore chaud, et nous avons de belles surprises à annoncer dans les temps à venir.

Moundrag : Effectivement nous travaillons sur le deuxième opus de Moundrag. Pas l’temps d’souffler, quand la tempête arrive ! On se reposera quand on sera mort. D’ailleurs, il nous reste des dates à booker pour cet été.

– Enfin, car on peut tout se dire maintenant : qui tient la culotte dans KOMODRAG & THE MOUNODOR ? Moundrag ou Komodor ?

Moundrag : Ah Désolé, ce sont les Komodor qui portent des culottes, nous on est plutôt caleçons !

Komodor : On sait que les Moundrag vont dire que ce sont eux. On va donc humblement leur donner les codes de la boîte mail, et on va se la couler douce dans le Morbihan !

L’album de KOMODRAG & THE MOUNODOR, « Green Fields Of Armorica », est disponible chez Dionysiac Records/Modulor.

Retrouvez les interviews accordées par les deux groupes lors de la sortie de leur premier album respectif :

Moundrag…

… et Komodor

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Desert Rock Psych Rock 70's Stoner Blues

Dead Feathers : un total lâcher-prise

Car c’est suffisamment rare pour y être souligné, ce disque de DEAD FEATHERS est de ceux qui ne s’écoutent pas uniquement, mais qui se vivent, tant on est accroché par l’ampleur sonore que prennent les morceaux et la voix subjuguante de sa frontwoman. Avec « Full Circle », le groupe de l’Illinois s’impose comme un fer de lance du revival psychédélique, façon Rock, Blues et aux fulgurances Stoner et Desert.

DEAD FEATHERS

« Full Circle »

(Ripple Music)

Si pour beaucoup le Psychédélisme a disparu avec les années 70 dans sa forme originelle, qu’ils écoutent vite le nouvel opus des Américains de DEAD FEATHERS, car il incarne à lui seul non pas le renouveau, mais la version moderne du genre. Avec « All Is Lost » (2019), le quintet avait déjà posé les bases d’une musique à la fois captivante et terriblement rassembleuse. Et sur « Full Circles », il monte encore d’un cran grâce à des musiciens inspirés, précis et aux compositions très personnelles.

DEAD FEATHERS possède dans ses rangs un atout de charme et de choc avec sa chanteuse Marissa Welu, dont la voix puissante et sensuelle ouvre sur des territoires véritablement saisissants. L’émotion qu’elle apporte à ce deuxième album sublime des morceaux déjà portés par des atmosphères aériennes qui peuvent aussi se faire très Rock et plus âpres en lorgnant vers des contrées Stoner et Desert Rock. Et sur un groove constant et enthousiaste, « Full Circle » prend son envol dès les premières notes.

L’ouverture avec « Full Circle » nous transporte dans le monde hypnotique de DEAD FEATHERS et les guitares, a priori douces, deviennent vite fuzz en jouant sur les effets propres au Psych Rock. Très organique évidemment, la production ne trahit jamais les titres et au contraire leur donne un son clair et actuel. Tout est donc dans l’intention avec le combo de Chicago et c’est sans surprise que la longueur des certaine plages sont tout sauf formatées (« Daughter », « The Swell », « Robbery », « Galapagos »). Euphorisant !

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Desert Rock post-Rock Psych

Yawning Balch : le son du désert

Joshua Tree a déjà été le théâtre de belles réalisations musicales et l’expérience menée par le groupe Yawning Man accompagné de Bob Balch, guitariste de Fu Manchu, vient contribuer au mythe existant. Le Desert Psych Rock du quatuor atteint des sommets et dépasse de loin le simple exercice de jam. YAWNING BALCH vise les étoiles !

YAWNING BALCH

« Volume One »

(Heavy Psych Sounds Records)

Convié en novembre dernier par les membres de Yawning Man à une jam d’une journée à Joshua Tree, Bob Balch ne s’attendait sans doute pas à ce qui allait suivre. Le musicien de Fu Manchu et de Big Scenic Nowhere s’est laissé embarquer par le trio pour une session de cinq heures ! Le choc des légendes a eu lieu et YAWNING BALCH a vu le jour. Et voici le « Volume One » de leur aventure aérienne et captivante.

C’est donc en plein désert de Californie que le quatuor s’est mis en ordre de marche pour un trip incroyable, où ces pionniers et vétérans de la scène Desert Rock ont laissé libre-court à leur vivace créativité. A la guitare et aux claviers, Bob Balch trouve les yeux fermés Gary Arce (guitare), Billy Cordell (basse) et Bill Stinson (batterie) et pourtant, au départ, aucun des musiciens ne s’étaient concertés sur le déroulé de YAWNING BALCH.

Rompu à l’exercice, Yawning Man s’est déjà joint aux Anglais de Sons Of Alpha Centauri avec qui ils ont sortis deux albums sous le nom de Yawning Sons. Les Américains sont même passés maîtres en matière d’improvisation. Autour d’un Desert Rock immersif, instrumental et psychédélique, YAWNING BALCH s’évade aussi dans des sphères post-Rock lumineuses. Avec ces trois premiers (très) longs morceaux, on salive déjà à l’idée d’écouter la suite.