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Blues Blues Rock

Robin Trower : one moment of grace

Les concerts ont toujours été des moments privilégiés pour le musicien anglais, l’endroit sans doute où il s’exprime le mieux. D’ailleurs, il suffit d’entendre la réaction du public sur ce splendide « One Moment In Time – Live In The USA » pour se rendre compte de sa faculté à partager sa musique et à communier autant avec son groupe qu’avec les spectateurs. ROBIN TROWER fait partie de ses bluesmen qui respirent chacune des notes jouées, et que ses musiciens accompagnent avec une écoute très attentive et surtout un groove qui sublime ce guitariste et chanteur hors-norme.

ROBIN TROWER

« One Moment In Time – Live In The USA »

(Artone/Provogue)

L’icône du Blues Rock britannique nous propose cette fois une traversée de l’Atlantique pour de nouvelles versions live de ses plus emblématiques morceaux, avec même quelques surprises à la clef. Certes, ROBIN TROWER dispose d’un tel répertoire qu’on sait par avance que le résultat sera enthousiasmant et passionné, et qu’importe que ses titres nous reviennent en mémoire en quelques instants, les entendre sur scène prend une tout autre dimension. L’homme y est dans son jardin, une zone de confort rendue possible possible grâce à des fans toujours aussi fidèles.

Le plus étonnant chez ce guitar-hero du Blues est sa faculté toute naturelle à nous faire oublier son âge et plus de six décennies d’une carrière exemplaire. Il a l’émotion, la dextérité et le plaisir toujours aussi exaltés. S’il se bonifie sur certains aspects, ROBIN TROWER a surtout ce don de ne jamais présenter la même chose. Et même si des chansons comme « Too Rolling Stoned », « Somebody Calling » ou « Day Of The Eagle » font toujours leurs petits effets, que dire des perles que sont encore et toujours « Bridge Of Sighs » ou « Rie Up Like The Sun ». Le temps s’arrête.

Capté à The Music Box At The Borgata à Atlantic City, New Jersey, le 14 juin dernier et au Tupelo Music Hall de Derry, New Hampshire, dix jours plus tard, ROBIN TROWER a déclaré de pas reconnaître ses lieux où il s’est pourtant produit avec Procol Harum, sa légendaire formation, tant l’Amérique a changé. Pour autant, la grâce dont il a fait preuve ses deux soirs-là reste un moment suspendu de sa tournée, qui célébrait l’album « Come And Find Me ». Entre passé et présent, le virtuose se meut dans des compositions qui traversent les époques en toute liberté.

Photo : Blackham Images

Retrouvez les chroniques de ses derniers albums studios :

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Blues Blues Rock

Joe Bonamassa : un siècle les contemple

Concocté par le très prolifique JOE BONAMASSA, « BB King’s Blues Summit 100 » ne pouvait qu’être qu’irréprochable, varié et inspiré. Et il l’est ! Peut-être que les puristes et les fans les plus assidus de la légende le trouveront pompeux à quelques égards, même s’il rassemble des incontournables de BB King. Ne soufrant qu’aucune prestation moyenne, ces 32 reprises rappellent l’importance et l’héritage laissé au monde du Blues par l’un de ses plus éminents acteurs. Un opus surtout destiné à qui accepterait une vision nouvelle d’une carrière exceptionnelle.

JOE BONAMASSA

« B.B. King’s Blues Summit 100 »

(KTBA Records)

Mentor et à la fois modèle, et même si son jeu est assez éloigné du sien, JOE BONAMASSA a toujours voué beaucoup de respect et d’admiration pour le grand BB King. Celui qui l’a côtoyé pendant plus de 25 ans, et pour qui il a ouvert un concert alors qu’il était tout juste âgé de 12 ans, lui rend ici un hommage digne de ce nom à l’occasion de son centième anniversaire. Pour se faire, l’homme au costume a vu les choses en grand avec un casting cinq étoiles et pas moins de 32 morceaux repris avec énormément de talent et de sincérité par des musiciens tous très impliqués.

Bien sûr, choisir 32 chansons dans le vaste répertoire du bluesman aux 16 Grammy Awards n’est pas chose aisée. Mais s’il manque quelques classiques à l’appel, « BB King’s Blues Summit 100 » regorge de pépites et elles sont toutes très représentatives de l’empreinte laissée par le maître du Mississippi sur le Blues en général. Mais surtout, ce double-album montre à quel point il a su traverser et transcender les générations, qui se le sont finalement appropriées de manière très personnelle et avec un regard neuf et différent sur son œuvre, et ce malgré des sphères opposées.

Ce colossal projet est enregistré et produit par JOE BONAMASSA et son complice Josh Smith, qui l’ont réalisé l’ensemble lors de sessions mensuelles en studio. Dans ce line-up de rêve figurent les légitimes Eric Clapton, Buddy Guy et Bobby Rush, d’autres faisant partie du cercle proche de l’instigateur comme Christone ‘Kingfish’ Ingram, Marcus King ou Joanne Shaw Taylor. Et puis, Susan Tedeshi & Derek Trucks, Larkin Poe, Jimmie Vaughan, Keb’ Mo’, Kenny Wayne Shepherd, Dion, Eric Gales, Warren Hayes et bien d’autres apportent leur contribution à ce bel hommage. Un must ! 

Retrouvez les chroniques des derniers albums de JOE BONAMASSA :

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Americana Bluesy Rock Country-Rock

Sophie Gault : wild sensations

A la manière d’un ouragan, SOPHIE GAULT déferle avec la fougue qu’on lui connaît sur « Unhinged », une nouvelle réalisation très Rock, accrocheuse, moderne et débridée. Epanouie et volontaire, la songwriter, guitariste et chanteuse se montre sous son meilleur jour avec des titres habités et débordants d’énergie. Americana, Blues ou Honky Tong, rien ne lui résiste et elle impulse un souffle d’une grande fraîcheur sur la scène de Nashville, d’où elle est originaire. Une vraie pépite.

SOPHIE GAULT

« Unhinged »

(Torrez Music Group)

Auréolée d’une solide réputation sur la scène d’East Nashville, véritable poumon musical de la vile, SOPHIE GAULT sort un troisième album où elle sort les crocs dans un Americana Rock féroce aux sensibilités Country. Indépendante, son jeu a quelque chose de sauvage et d’imprévisible, qui a fait d’elle une musicienne incontournable bien au-delà du Tennessee, même si son style y est profondément lié. Pour autant, la musicienne est loin de se conformer à un système quelconque et rejette même toute sorte de zone de confort.

Moins de deux ans après « Baltic Street Hotel », l’Américaine revient plus aiguisée encore et plus Rock’n’Roll que jamais, sans mâcher ses mots et en lâchant des riffs tendus sur des mélodies entêtantes. « Unhinged » lui ressemble beaucoup, rebelle et libre. La production est brute et organique, puisque ce nouvel opus a été enregistré en condition live avec toute la vérité que cela demande. Particulièrement bien épaulée, SOPHIE GAULT peut compter sur des partenaires solides et aguerris, qui se montrent tous flamboyants.

Provocante et touchante à la fois, elle chante sa vie sans fard avec une folle énergie dans un Americana gorgé de Rock, de Blues, de Honky Tong et parfois même funky. Et entre ses compositions, SOPHIE GAULT a glissé quelques reprises tellement bien senties qu’on les croirait siennes, comme « Loves Gonna Live Here » de Buck Owen ou le fulgurant « Stop Breaking Down » de Robert Johnson. Et elle régale aussi sur « Whiskey Would Help », « Chesnut Street », « Pocket Change » en duo avec Mando Saenz et le morceau-titre. Epoustoufflant !

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Blues Delta Blues International

Eric Bibb : le sage du Blues [Interview]

Les premières notes de « One Mississippi » nous transportent au cœur même de cette terre lointaine et inconnue aussi pour beaucoup d’entre-nous. Pourtant, il y a quelque chose de familier dans ce nouvel album d’ERIC BIBB. Le guitariste, chanteur et songwriter a beau vivre à des milliers de kilomètres du terrain de jeu qui l’occupe ici, l’impression est telle que l’on s’y tromperait. Grâce à une proximité sonore et artistique omniprésente, le bluesman tient l’auditeur et l’embarque dans un voyage où chaque note est d’un bleu limpide et éblouissant de beauté. Toujours acoustique, l’Américain se meut dans des sphères organiques avec beaucoup de conviction et une sagesse qui se reflète sur sa vision du monde à travers ses chansons. Entretien avec un artiste aussi passionnant que passionné.

– Tu es un musicien très prolifique, puisque tu sors environ un album par an depuis des années. Est-ce le fruit d’un travail assidu et quotidien, ou est-ce que la musique est juste une manière d’exprimer ce que tu as déjà en toi ? Et d’ailleurs, as-tu une méthode précise pour donner vie à toutes ces chansons ?

Depuis mon plus jeune âge, les chansons ont été pour moi les fondements de mon univers, mon refuge. Tout mon environnement est influencé par les chansons que j’écoute, celles qui me touchent, celles que j’écris et celles que j’écoute sur les disques que je collectionne. Les chansons ont véritablement façonné mon monde plus que bien d’autres choses. Ainsi, depuis que j’ai commencé à en écrire, vers l’âge de quatorze ans, je dirais que c’est le moyen que j’ai utilisé pour découvrir mes convictions profondes et mes observations sur le monde dans lequel je vis. Donc, encore une fois, les chansons ont été, depuis le tout début, mes compagnes et la matière même de mon univers. En effet… Quant à ma méthode, je sais que certains auteurs-compositeurs ont une routine, un emploi du temps, comme c’est le cas de la plupart des écrivains, et ils consacrent un certain temps chaque jour à l’écriture. Je ne fais pas ça, mais il arrive souvent que chaque jour soit, d’une manière ou d’une autre, un jour d’écriture, simplement parce qu’une idée m’appelle et que je décide de la concrétiser. Ou alors je prends ma guitare, une idée en entraîne une autre et me voilà en mode composition. Ça arrive assez souvent, mais il y a des moments où je fais autre chose et… oui… les chansons et leur processus d’émergence sont des créatures mystérieuses. Je suis plongé au cœur de ce mystère et j’y prends toujours autant de plaisir.

– Tu es un Américain devenu très européen au fil du temps, Pourtant, ta musique résonne d’une authenticité qui provient directement des origines du Blues, Est-ce que c’est toujours naturel pour toi que ces racines soient toujours si vivaces ? C’est gravé pour toujours ?

En ce qui concerne les racines, je pense qu’elles jouent un rôle dans votre vie dans la mesure où vous les reconnaissez et savourez la richesse de celles qui ont donné naissance à… vous savez… cet arbre généalogique. Musicalement parlant, mon amour pour la culture Blues du Sud, musicale et autre, a commencé dès mon enfance et s’est nourri de cette culture, sans pour autant s’en détacher ou la perdre de vue. Au contraire, il s’’est enrichi davantage lorsque j’ai déménagé en Europe. Ce que j’ai découvert en France et surtout en Scandinavie, c’est une véritable passion pour les musiques afro-américaines, en particulier le Blues et le Jazz. J’y ai trouvé tout ce dont j’avais besoin pour poursuivre mon apprentissage : écouter, assister à des concerts. Ce lien s’est d’ailleurs renforcé après mon installation en Europe. C’est ma passion et le langage du Blues est une façon pour moi d’exprimer qui je suis et de le partager avec le monde. Alors, je crois que nous sommes guidés, si nous voulons bien le reconnaître… Nous prenons conscience que nous attirons à nous ce qui nous intéresse et nous nourrissons nos passions pour la musique, ou quoi que ce soit d’autre, simplement en nous concentrant dessus, et nous trouvons alors ce dont nous avons besoin pour continuer. On est reconnaissant… C’est tout ce que je peux dire. Je suis reconnaissant de l’héritage dont je fais partie. Je suis reconnaissant que mes parents aient encouragé ma passion pour cette musique et je suis reconnaissant d’être encore en mesure de la partager avec des gens du monde entier.

– Au-delà de la musique, tu portes aussi un héritage historique, civique et spirituel qui se libère dans tes chansons. Est-ce que, finalement, elles sont le véhicule idéal pour les transmettre ? Et d’ailleurs, te mets-tu parfois certaines barrières dans tes textes ?

Ayant grandi dans un environnement où la musique et l’actualité – d’abord au sein de ma famille, puis parmi mes amis – étaient étroitement liées aux mouvements progressistes de l’époque, comme la lutte pour les droits civiques et le mouvement pacifiste, ces mouvements étaient en phase avec ceux de nombreux acteurs du milieu artistique. Le milieu Folk, notamment, était profondément engagé dans ces deux mouvements. Ce lien étroit entre la musique et les mouvements progressistes a donc été fondamental dans mon éducation. Je pense que les chansons sont un formidable moyen de consigner l’Histoire de façon durable, car elles perdurent. Nous chantons des chansons qui étaient déjà entonnées il y a des siècles. Elles constituent donc un témoignage historique précieux. C’est une excellente chose, car la censure sévit encore aujourd’hui, comme par le passé. Des livres sont brûlés, la censure est omniprésente, les archives historiques sont manipulées numériquement. Les chansons sont donc, à mon avis, un excellent moyen de transmettre la vérité. Il en a toujours été ainsi. Quant aux limites que je pourrais m’imposer à ma propre expression, je peux seulement dire que certains qualifient mes écrits de politiques, mais je ne suis pas d’accord, je pense que cela va au-delà de la politique. Je crois qu’il est question d’éthique humaine… d’évolution de l’humanité… d’évolution spirituelle. Nous apprenons de nos expériences sur le terrain et, selon moi, commenter l’actualité exige une certaine prise de décision, voire un code de conduite. Je n’appelle pas cela des limitations, mais plutôt le fait de choisir consciemment son message et la manière dont on souhaite qu’il soit perçu.

– Avant que l’on parle de ce nouvel album, j’aimerais revenir un instant sur « In The Real World », enregistré dans les prestigieux studios de Peter Gabriel. Y as-tu retrouvé une atmosphère propice au Blues et à ses vibrations si particulières, ou est-ce que l’endroit importe finalement peu à tes yeux ?

Enregistrer aux Real World Studios a été un véritable plaisir à bien des égards. L’ingénieure du son principale, Katie May, était une ingénieure du son et une musicienne formidable… Une technicienne hors pair, tout simplement. L’environnement est unique et incarne véritablement une vision. C’est un lieu très inspirant, physiquement parlant, et l’espace est très accueillant. Bien sûr, l’endroit où l’on enregistre a son importance, mais vous savez… La véritable essence peut jaillir de n’importe où. Elle peut jaillir de votre iPhone dans votre chambre. Elle peut jaillir du merveilleux rêve devenu réalité de Peter Gabriel. Je trouve que lorsqu’on prend sa propre musique et son partage au sérieux, lorsqu’on aborde sa création musicale avec tout le professionnalisme dont on est capable, on se rend service à soi-même et à ses fans. Cela fait toute la différence. Tout cela, c’est de la musique, mais au final, c’est l’essence même de la musique… son intention… son but véritable qui devrait primer. C’est l’essentiel, et si un environnement peut favoriser l’émergence de cet esprit fondamental, vous savez… cette essence… cette chose divine… alors oui… créons davantage de studios magnifiques, véritables visions.

– « One Mississippi » a été enregistré en Suède avec Glen Scott à la production et un groupe toujours aussi exceptionnel pour t’accompagner. L’idée d’aller enregistrer dans le Delta en Louisiane cette fois-ci t’a-t-elle traversé l’esprit, afin de te connecter directement à la source ?

Le lien avec la source transcende la géographie… la distance, l’espace, le temps. Ce lien est mystérieux à bien des égards. Il est génétique… Il est canalisé d’une manière que nous ne comprenons pas vraiment, mais que nos ancêtres comprenaient peut-être mieux. Néanmoins, lorsqu’il s’agit d’enregistrer avec de merveilleux musiciens, on a tendance à se rapprocher de l’endroit où ils se trouvent. Les musiciens que je connais bien et avec lesquels je partage une profonde affinité sont assez proches de chez moi. Les réunir et voyager jusqu’en Louisiane… Les dépenses et tout ce que cela implique seraient discutables quant à l’intérêt que cela aurait pour la qualité de l’enregistrement. Alors, je pense que ce qui compte vraiment, ce sont les musiciens, la musique et la vision de la production, plus que le lieu. J’ai enregistré en Louisiane et c’est inspirant d’être dans ce milieu, vous savez, mais au final, la musique s’exprimera où que l’on soit.

– Comme toujours « One Mississippi » est un album varié et d’une grand richesse, qui traverse le temps et les ambiances avec beaucoup de profondeur. Tout en restant très roots, il dégage beaucoup de force. Et étonnamment, celle-ci se traduit par une grande douceur. Est-ce la première choses sur laquelle tu te focalises au moment de composer et d’écrire ?

Je crois qu’’en fin de compte, l’essence même d’un auteur-compositeur se révèle dans ses chansons. Entendre la puissance de ma musique qualifiée de ‘douce puissance’ me fait sourire, car je privilégie la douceur. La force n’est pas ma voie, ce n’est pas dans ma nature. Je pense que la douceur est une force immense, et si ma musique peut être associée à cette façon d’aborder le chemin de la vie, j’en suis ravi. Je suis heureux que cela soit évident. Mais, comme je l’ai dit, je crois que ce que l’on est, au final, se reflète dans ce que l’on partage. Et quand on a fait certains choix quant à sa vision du monde et sa façon d’y vivre, il en résulte une certaine cohérence. C’est une bonne chose, je crois. C’est important de trouver sa voie, et cela transparaîtra dans son travail, dans son expression. Je ne pense pas qu’il faille décider album après album, c’est un phénomène naturel.

– L’une des autres richesses de cet album réside dans la qualité des arrangements, où l’on retrouve du dobro, de l’harmonica, du tuba, du violon, des chœurs, … En tant que compositeur, laisses-tu une certaine liberté à tes musiciens, ou est-ce le fruit d’un véritable travail de groupe ?

Les arrangements exquis qui entourent les chansons de cet album, ainsi que ceux de mes précédentes collaborations avec Glen Scott, qui un véritable génie, à mon avis, reflètent ses talents de multi-instrumentiste, de chanteur et d’ingénieur du son. Je n’ai jamais rencontré de musicien aussi accompli, doté d’une telle variété de compétences à un niveau aussi élevé. C’est une véritable chance de le connaître et de collaborer avec lui sur scène et en studio. Travaillant ensemble depuis des décennies, nous partageons une vision commune, un socle commun, quant aux chansons qui me permettent de donner le meilleur de moi-même en tant qu’artiste. En tant que producteur, il a joué un rôle essentiel dans mon développement personnel, m’aidant à identifier mes forces et à me concentrer sur ma vocation artistique. Avoir quelqu’un qui reconnaît ces qualités en vous et vous aide à les exprimer… Je ne crois pas qu’il y ait mieux pour un artiste. Grâce à ce soutien indéfectible, fondé sur une admiration et une amitié mutuelles, je suis idéalement placé pour continuer à produire un album par an pendant les vingt prochaines années.

– Enfin, il y a une question que je souhaitais te poser par rapport à ton instrument. On te voit toujours entouré, ou en train de jouer de la guitare acoustique. Tu n’as jamais été tenté par un jeu en électrique, ou est-ce c’est la question de la chaleur musicale et des sonorités organiques qui prime ?

Mon amour indéfectible pour la guitare acoustique est inné. Concernant la guitare électrique et ses sonorités, j’aime combiner le son de ma guitare acoustique avec une grande variété de styles et de sonorités électriques, compatibles avec ma musique, bien sûr. Je trouve ce mélange très stimulant. Je possède quelques guitares électriques, mais je les joue essentiellement comme mes guitares acoustiques. Il y a donc une différence de sonorité, plus que de style de jeu. Mais comme je le disais, rien ne vaut la chaleur et la profondeur d’un bel instrument acoustique, et rien ne vaut l’écoute au plus près de soi… vous savez… pas à travers un haut-parleur, pas un amplificateur, mais juste… à une trentaine de centimètres au-dessus de la rosace… c’est là qu’il faut être. C’est un monde merveilleux.

Le nouvel album d’ERIC BIBB, « One Mississippi », est disponible chez Repute Records.

Photos : Jan Malmstrom

Retrouvez les chroniques des deux derniers albums de l’artiste :

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Americana Blues Soul

Elles Bailey : des racines fortes

Touchante et enjouée à la fois, cette nouvelle réalisation vient propulser la carrière de l’Anglaise et fait d’elle une valeur sûre de l’Americana Soul Blues Made in UK. « Can’t Take My Story Away » la dévoile aussi dans un spectre sonore nouveau avec une proximité musicale, qui met en valeur son timbre unique. Très narratifs dans leur déroulé, les onze titres présentent aussi ELLES BAILEY entouré de nouveaux partenaires, qui rendent son univers encore plus captivant. Une fois encore, le voyage vient défier le temps.

ELLES BAILEY

« Can’t Take My Story Away »

(Cooking Vinyl Records/Outlaw Music)

Avec le talent qu’on lui connaît, la chanteuse livre son cinquième album et il y a quelques changements chez l’artiste de Bristol, Avec « Can’t Take My Story Away », ELLES BAILEY s’ouvre d’autres horizons en œuvrant sur ce nouvel opus avec un tout nouveau groupe pour l’enregistrement. Elle retrouvera cependant ses musiciens sur la tournée à venir. Et c’est vrai que cet entourage inédit la mène vers d’autres sonorités, toujours Soul et Blues, de même que la production signée Luke Potashnick très élégante.

Si la Britannique s’est déjà imposée chez elle, raflant de très nombreux ‘UK Blues Awards’ au passage, elle parvient une fois encore à surprendre grâce à de nouveaux morceaux très groovy et avec des cuivres plus présents. Mais par dessus tout, c’est la voix chaleureuse et délicieusement éraillée d’ELLES BAILEY, qui s’imprime brillamment tout au long de « Can’t Take My Story Away », grâce à un aspect positif omniprésent, malgré quelques nuages plus sombres dans les textes. Et cette sincérité la suit note après note de manière intense.

Toujours très personnelle et d’une authenticité parfois poignante, la songwriter relate son histoire à travers onze chansons qu’elle travaille pour certaines depuis de longues années, A peine deux ans après « Beneath The Neon Glow », ELLES BAILEY parvient à se renouveler, tout en développant une irrésistible identité artistique (« Growing Roots », « Better Days », « Angel », « Tightrope », « Starling » et le morceau-titre en ouverture). Au-delà de s’affirmer dans un registre très maîtrisé, elle séduit avec force et délicatesse.

Photo : Blackham

Retrouvez l’interview accordée par l’artiste à l’occasion de la sortie de son album précédent et la chronique de « Shining In The Half Light » (2022) :

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France Top de l'année

Top 2025 – France

C’est l’heure des comptes ! La scène française a livré de nouvelles pépites, moins que l’an dernier selon moi, mais tout de même, elle se porte bien ! Entre Blues, Metal, Stoner et Rock, voici 25 groupes et artistes ont marqué Rock’n Force en 2025 à travers des interviews ou des chroniques d’albums franchement réjouissants et pour certains indispensables. 

Ils sont tous à retrouver dans la publication ci-dessous… Cliquez donc et bonne lecture !

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Americana Blues Rock

Nico Chona : en quête d’espace

Onze titres pour autant d’ambiances aux notes bleutées sur ce « Sometimes The Tears », qui fait suite à « Old Western Star », paru il y a cinq ans déjà et qui avait fait forte impression. En mode one-man-band, le Lyonnais est de chaque note sur cette nouvelle réalisation enchanteresse. Songwriter affûté et musicien virtuose, NICO CHONA fait le choix d’un style assez épuré et captivant, et évite ainsi avec soin toute démonstration superflue. Un équilibre solide assuré par une voix plein de sensibilité.

NICO CHONA

« Sometimes The Tears »

(Bozeman Records)

Auteur et composteur, mais aussi guitariste, chanteur et batteur, NICO CHONA sait à peu près tout faire. Et cela tombe bien puisque, pour son troisième album, il s’est occupé de tout, y compris de la production. S’il est entièrement seul à l’œuvre sur « Sometimes The Tears », il réussit le tour de force de donner l’impression d’un véritable travail de groupe. Ici, pas de bidouillages, mais beaucoup de fluidité et de chaleur, le tout enregistré par ses soins en analogique et sur du matériel vintage pour encore plus d’authenticité et de proximité. 

Habitué des projets ‘United Guitars’ et animateur d’une chaîne YouTube, NICO CHONA renoue donc avec le format long après « Modern Delta », dernier EP en date sorti en 2021. Et s’il a lui-même le posé ses chansons sur bande, le mix de « Sometimes The Tears » a été confié aux multi-primé Bill Mims, qui a côtoyé des sommités. Toujours à Los Angeles, c’est Gavin Lurssen, autre ponte dans le domaine, qui s’est chargé du mastering. Autant dire que ça sonne et que son Blues Rock délicat aux saveurs Americana est vraiment resplendissant.

Cela dit, c’est presque la moindre des choses vu la qualité des compositions, qui proposent un voyage musical varié et changeant au fil des pistes. Du morceau-titre à « George », qui clot l’album avec classe, NICO CHONA reste chevillé à un Blues sincère, qui lorgne sur le Rock, l’Americana et même le Jazz sur « 7th Avenue ». Pour autant, c’est son style et sa patte qui brille sur « Sometimes The Tears ». Son feeling enveloppe ce bel opus à l’atmosphère très live (« Lilly Honey », « Silver Highway », « Drop Me In A River »). Un beau moment suspendu.

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Contemporary Blues R&B Soul

Greg Nagy : un instant de grâce

Caractérisé par une élégance de chaque instant, que ce soit à la guitare ou au chant, GREG NAGY fait partie de ces bluesmen pour qui le temps semble n’avoir aucune importance. Entouré d’un groupe brillant, et avec même la participation de Bobby Murray, six-cordiste attitré d’Etta James depuis un bon moment, il marie un Blues très contemporain dans un esprit Soul, alternant avec une puissance très bien contenue et un feeling tout en délicatesse et d’une grande finesse. Très intense dans l’interprétation, il fait preuve sur « Just A Little Morte Time » d’une profondeur et d’une sincérité pleine d’émotion.

GREG NAGY

« Just A Little More Time »

(Independant)

Après s’être forgé une solide réputation avec le groupe Root Doctor il y a quelques années en tant que lead guitariste, GREG NAGY s’est légitimement lancé dans une carrière solo. Songwriter aguerri, il donne livre court à ses inspirations et « Just A Little More Time » est déjà son cinquième album sous son nom, depuis « Walk Than Thin Line », sorti en 2009. Solidement ancré dans son époque, l’Américain ne tourne pas pour autant le dos à la tradition et il conjugue Blues, Soul, Rock et R&B avec beaucoup d’authenticité et la même intensité.

Toujours très bien entouré par des musiciens aussi chevronnés que reconnus, GREG NAGY distille avec passion un Blues aux multiples facettes, qu’il va piocher dans des registres assez opposés. Avec sa voix de velours et son jeu fluide et limpide, il se livre à un double exercice sur « Just A Little More Time », à savoir mêler des reprises triées sur le volet, et parfois étonnantes, avec ses propres compositions. Et enregistré avec un groupe hors-norme, dont une section cuivre chaleureuse et d’une grande précision, l’ensemble est rayonnant.

Avec beaucoup de personnalité, GREG NAGY s’approprie des morceaux que l’on redécouvre sous un nouveau jour. Que ce soit « Rainy Night In Georgia » de Tony Joe White (1969), « I’m The Moon » de John Lee Hooker (1951) ou l’inattendu « Only Women Bleed » d’Alice Cooper (1975), le chanteur et guitariste leur offre une impulsion lumineuse sur des arrangements de grande classe. Et il régale aussi et surtout sur ses propres compositions (« Breaking Me », « Between The Darkness And The Light », le morceau-titre et « Big City »). Splendide !

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Hard Rock

The Dead Daisies : intenables

Depuis le retour de John Corabi derrière le micro, THE DEAD DAISIES semble plus assuré que jamais. Les riffs massifs de David Lowy, les solos toujours inspirés de Doug Aldrich et le tonitruant duo basse/batterie formé par Michael Devin et Tommy Clufetos renouent avec une énergie brute. Rompu à la scène, ils sont tous les cinq dans leur élément et cette belle captation de leur prestation au festival ‘Stonedead’ fait littéralement vibrer les spectateurs à l’unisson sur un Hard Rock costaud et rassembleur. Les échanges sont nombreux, et les fans comme le groupe se régalent de cet instant suspendu.

THE DEAD DAISIES

« Live At Stonedead »

(Independant)

L’été dernier, le quintet a conclu sa tournée britannique avec un passage très remarqué au festival ‘Stonedead’, au Newark Showground, au cœur de l’Angleterre. Créé en 2018, il renoue avec l’esprit ‘Monsters Of Rock’ et offre dix groupes sur une journée et une même scène. Le 23 août dernier, THE DEAD DAISIES y a donc fait escale avec la ferme intention d’y mettre le feu. Mission accomplie pour la formation américano-australienne qui a laissé une empreinte indélébile que l’on peut se réjouir de revivre juste en ligne malheureusement.

Loin de la quiétude du Fame Studio de Muscle Shoals où il avait enregistré le bluesy « Lookin’ For Trouble » sorti en juin dernier, c’est dans le bouillonnant chaudron du ‘Stonedead’ que le groupe est venu livrer un set survitaminé d’une heure devant un public tout acquis à sa cause. Dans une ambiance électrique et avec son frontman retrouvé, THE DEAD DAISIES a surtout insisté sur la partie de sa discographie avec John Corabi évidemment, et notamment sur l’album « Light’Em Up », tout en montant en puissance avec quelques surprises à la clef.

En ouvrant avec « Long Way To Go », puis « Rise Up », la foule ne met longtemps à être conquise avant de savourer des morceaux qui prennent toute leur dimension en live (« Light’Em Up », « I Wanna Be Your Bitch», « I’m Gonna Ride », « Going Down », « Mexico », « Resurrected »). Si cette fois, on échappe à une reprise de Deep Purple, THE DEAD DAISIES se fend d’un explosif « Fortunate Son » de CCR et clot son concert par le non-indispensable « Helter Skelter », preuve que le combo sait aussi s’adapter à son auditoire.

A noter que « Live At Stonedead » n’est disponible qu’en version numérique.

Retrouvez les chroniques des récents albums du groupe :

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Musique celtique Pop

Kaz Hawkins : une perspective apaisante

On la sait authentique et sincère, alors lorsque que KAZ HAWKINS décide de renouer avec son héritage celte, c’est pour livrer une version sans far d’elle-même. Dans des atmosphères assez cinématographiques et même contemplatives à l’occasion, « Coming Home » s’ouvre sur un horizon lumineux et intimiste, malgré la richesse musicale de cette nouvelle réalisation. En se tournant vers son Irlande, la native de Belfast explore des contrées que ses fans vont découvrir, et qui lui sont finalement si naturelles.

KAZ HAWKINS

« Coming Home »

(EarlyBird Records)

Alors qu’elle est reconnue sur la scène Blues et Soul notamment depuis « Until We Meet Again », sorti il y a deux ans, et qu’elle a brillamment confirmé son talent avec le premier volet de « Live In Brezoi », dont on attend impatiemment la suite, la chanteuse nord-irlandaise s’offre une belle balade avec ce retour à ses racines. Pour autant, « Coming Home » n’est pas si dépaysant qu’il n’y parait. KAZ HAWKINS reste d’auteure et la compositrice que l’on connaît et sa voix, d’un registre à l’autre, domine les genres, les fait siens et impose sans mal son timbre unique.

Et si « Coming Home » a cette résonnance personnelle et familière, c’est probablement dû au fait que ces chansons ont en partie été écrites il y a 25 ans, tandis que de nouvelles sont venues se greffer pour composer un album de 15 morceaux qui forment une unité très spontanée. C’est à Berlin et entourée de ses collaborateurs Mathis Richter-Reichhelm et Michael Handschuch, que KAZ HAWKINS a redonné de l’éclat à des anciennes compositions, toute en faisant un parallèle judicieux avec les plus récentes. Une sorte de quête spirituelle, qui ne dit pas son nom et qui sonne juste.

Avec beaucoup d’émotion, « Coming Home » résonne comme une ode à la résilience, à l’amour et à l’espoir en faisant écho au parcours et à la vie de l’artiste. Musicalement, KAZ HAWKINS s’éloigne donc de la Soul et du Blues pour s’épanouir dans une ambiance qui, sans s’inscrire dans un répertoire traditionnel, libère de délicieuses saveurs celtiques. Sur des notes de violon notamment, le pays du shamrock s’offre des sonorités contemporaines dans de vastes paysages et une orchestration souvent poignante, des arrangements d’une délicate finesse et des textes d’une grande sensibilité. Somptueux !

Photo : Philip Ducap

Retrouvez les chroniques de ses deux derniers albums :