Catégories
Hard Rock

Skid Row : back in town

Débordant d’énergie, SKID ROW revient entretenir la légende avec un album d’une étonnante fraîcheur, compte tenu des tristes années passées. Les fans de la première heure devraient même succomber (à contrecœur, bien sûr !) au charme de « Gang’s All Here » sur lequel les Américains semblent même avoir enfin trouvé le chanteur adéquat, littéralement forgé dans le moule.

SKID ROW

« The Gang’s All Here »

(earMUSIC)

Autant jouer carte sur table, je suis de ceux qui pensent que SKID ROW sans Sebastian Bach n’a pas lieu d’être et, qu’au pire, c’est même une hérésie. Et pour avoir suivi, même d’une oreille lointaine, la carrière du groupe, je n’en démords pas. Cela dit, les Américains font un retour plutôt intéressant 16 ans après un « Revolutions Per Minute » fadasse et peu mémorable, où ils semblaient même creuser leurs tombes.

Nouvel album donc, et nouveau chanteur aussi… forcément ! Le sixième du quintet pour être précis. Et c’est en Suède que SKID ROW est allé dénicher son nouveau frontman. Ancien chanteur de H.E.A.T jusqu’en 2020, c’est dorénavant Erik Grönwall qui officie derrière le micro, et le choix est très judicieux. Déjà parce qu’il renvoie directement au célèbre Canadien et aussi parce qu’il incarne cette fougue et cette folie disparues.

Mais revenons à « Gang’s All Here », qui porte bien son nom, qui vient confirmer de très bonnes intentions en affichant enfin une envie et un punch retrouvés. Avec ce (seulement) sixième album, SKID ROW renoue avec un Hard Rock frontal, solide et efficace, sans pour autant tomber dans la facilité (« Hell Or High Water », « Time Bomb », « Resurrected », « Tear It Down », « World’s On Fire » et le morceau-titre). Enfin un très bon cru !

Photo : Chuck Arlund
Catégories
Blues Rock Classic Rock France

Red Beans & Pepper Sauce : spicy groove [Interview]

Sur un rythme régulier, les Montpelliérains mènent leur carrière sur un train d’enfer. Sept albums en un plus de dix ans et une créativité toujours très prolifique font du quintet l’une des valeurs sûres hexagonales. Son Blues Rock musclé, doublé d’un Classic Rock efficace, fait encore et toujours des merveilles sur « 7 », un nouvel album enlevé et marqué aussi par la performance claire et puissante de sa chanteuse. Entretien avec Laurent Galichon, principal compositeur et guitariste de RED BEANS & PEPPER SAUCE.

– Vous venez de sortie « 7 » qui, comme son nom l’indique, est votre septième album en un peu plus de dix ans. C’est un rythme très soutenu, si on compte en plus les tournées. Comment faites-vous pour être aussi créatifs ?

Personnellement, dès que j’ai une idée, j’essaye de l’enregistrer, que ce soit en chantant dans mon smartphone, ou en jouant de la guitare si je l’ai sous la main. J’archive tout ça et ça me sert de boite à idées, quand il est temps d’écrire de nouveaux morceaux. Après, c’est sûr qu’on a aussi un rythme de travail très soutenu.

– Avec le nombre de concerts que vous donnez, on aurait pu imaginer que « 7 » soit le fruit de longues jams. Or, l’album est très écrit avec des compositions très efficaces. On a presque l’impression que vous gommez le superflu pour n’en garder que l’essentiel, et sans perdre en feeling. C’est votre façon de procéder ?

En fait, on compose à distance, on ne joue pas tous ensemble dans la même pièce. Je commence en général par envoyer aux autres musiciens une maquette, où j’ai joué tous les instruments. Niko intervient en premier sur la batterie, ce qui permet de poser les fondations du morceau et de retravailler les structures. Ensuite, Serge et Pierro ajoutent leurs idées, puis Jessyka travaille le chant à partir des textes et des mélodies que j’ai pu chanter ou jouer à la guitare. On s’envoie de très nombreux fichiers pendant des mois avant d’arriver aux versions définitives. L’avantage de cette méthode, par opposition au travail classique en studio, c’est qu’elle permet aux musiciens de tenter plein de choses, de laisser reposer les idées et de ne garder que le meilleur, le tout sans être dans l’urgence du studio, ni dans les tensions que cela peut engendrer.

– Avant de parler de l’album, vous œuvrez toujours dans un registre entre un Classic Rock racé et un Heavy Blues très Soul. Si on était dans les années 70, dans quel style auriez-vous versé : plutôt Rock/Hard ou Blues nerveux ?

C’est difficile de dire ce qu’on aurait fait dans les 70’s. Parce que ce reviendrait à gommer tout ce qui a pu nous influencer dans les 40 années suivantes. Même si nos bases se situées fins 60’s-début 70’s avec Led Zep, Purple, Hendrix, etc, on a forcément été influencé par ce qui s’est passé après, de Dire Straits à Police en passant par Queen, AC/DC, la vague Rock des 90’s des Nirvana, Soundgarden, la fusion des Red Hot, de RATM, l’Electro Pop de Bjork, etc… Le seul truc dont on peut être sûr, c’est que le blues aurait fait partie de l’histoire. Du blues nerveux, du Hard Blues, du Heavy Blues, on peut y donner le nom qu’on veut, mais pour moi ça revient au même.

– Sur « 7 », vous évoluez toujours en quintet et pourtant pour les compositions, c’est un travail en binôme entre Jessyka Aké et toi. C’est votre manière de gagner en concentration, ou c’est plus simplement la marque de fabrique et la façon de faire du groupe ?

C’est simplement que je propose au groupe des maquettes avec tous les instruments et la mélodie, ce qui fait de moi le compositeur. Ensuite, chacun apporte sa façon de jouer, son instrument. C’est plutôt du travail d’arrangement, car la mélodie, les accords, les riffs et les structures sont déjà là. Parfois la mélodie n’est écrite qu’en partie, voire pas du tout, et dans ces cas-là, Jessyka intervient dans le travail de composition.

– « 7 » est scindé en deux parties, l’une enregistrée chez vous à Montpellier, les ‘Rythm Design Sessions’ et l’autre aux Studios Rockfield au Pays de Galles, sur laquelle on reviendra. La plupart de vos enregistrements a été réalisée au Rythm Design Studio avec votre batteur Niko Sarran. C’est une belle preuve de fidélité et de confiance. Est-ce parce qu’il connait particulièrement bien votre son et donc vos attentes, que c’est très pratique aussi ou parce que d’autres opportunités ne se sont tout simplement pas présentées ?

Niko est un fantastique producteur d’album, c’est lui qui a amené ce son au groupe et cette méthode de travail. Comme il est également le batteur, son travail sur la production s’enclenche dès qu’il commence à imaginer les parties de batterie. C’est donc à lui que j’envoie les maquettes en premier, car la production est pensée dès le début. Et si on décide d’aller dans d’autres studios, il reste malgré tout celui qui travaille sur la production, c’est lui qui sculpte le son.

– Pour la seconde partie, vous êtes donc allés aux légendaires Rockfield Studios au Pays de Galles, là où Black Sabbath, Queen et Led Zeppelin ont laissé leur empreinte. C’était un désir, voire un rêve, que vous nourrissiez depuis longtemps ?

En fait, un peu avant de commencer à travailler sur ce quatrième album que Niko allait produire pour le groupe, on cherchait comment lui donner une couleur différente. Les documentaires de Dave Grohl sur les studios les plus mythiques des USA (‘Sonic Highways’) nous avaient donné cette envie de visiter des studios légendaires, avec une histoire. Et puis, pendant nos réflexions, c’est un autre documentaire, « Le Rock est dans le pré », qui nous a fait découvrir ces studios avec leur histoire assez dingue. On a tout de suite flashé et eu envie d’aller s’isoler quelques jours dans cette ferme de la campagne galloise. Le fait que des artistes qu’on aime y soit passés avant nous donne une dimension incroyable à ce voyage. Pour des amateurs de musique, c’est comme un pèlerinage dans un lieu historique.

– D’ailleurs, vous y faites un beau clin d’œil à Led Zeppelin avec cette superbe reprise de « Rock’n’Roll » dans un esprit très Blues et Soul, et sur un tempo lent et doux. Comment est venue l’idée d’aborder ce standard avec cette approche très délicate par rapport à l’original, qui est très musclé ?

On a tendance à penser que quand on fait une cover, il faut s’éloigner de l’original, sinon ça présente peu d’intérêt. Après, on est partie du principe que comme Led Zep avait fait ce titre pour rendre hommages à ses idoles des années Rock’n’Roll, on allait remonter encore un peu plus dans le temps à le ramenant aux fondateurs du Blues. Alors évidement, Led Zep n’a pas joué ce titre comme l’aurait fait un Little Richard, mais il s’en est inspiré pour le faire à sa façon. On en a fait de même, on n’essaye pas de jouer comme l’aurait fait Muddy Waters, on s’en inspire et on l’a fait à notre sauce.

– Au niveau du son aussi et de la production, on vous découvre sous un angle nouveau avec trois morceaux plus ronds et aussi plus feutrés. Est-ce que vous avez travaillé différemment ces titres, sachant qu’ils seraient enregistrés aux Rockfield ?

Le processus de composition est resté le même, mais c’est la méthode d’enregistrement qui est complètement différente. Dans ce studio qui baigne dans son jus depuis les 70’s avec du matériel vintage, comme la légendaire table de mixage Neve de 74, on a voulu enregistrer dans les mêmes conditions, ou presque, qu’à l’époque c’est-à-dire en jouant ‘live’ tous ensemble. Ensuite, en post-production, Niko a souhaité conserver cette patine vintage. On a d’ailleurs utilisé pour les réverbes les fameuses rooms du Rockfield. Des pièces vides et hermétiques à l’acoustique travaillée, où on envoie du son via un haut-parleur et qu’on enregistre avec des micros dans la pièce. Entre ça, la Neve, les préampli vintage et les vieux micros, on obtient forcément quelque chose de plus ancien, de plus rond et c’est exactement ce qu’on voulait faire. D’où le fait qu’il y ait deux CD pour bien mettre en valeur ce contraste entre la prod’ moderne et puissante du Rythm Studio et la chaleur vintage du Rockfield.

– Est-ce cette expérience galloise vous a donné des idées ? Comme d’y retourner, par exemple ? Et enfin, pourquoi ne pas avoir enregistré l’ensemble de l’album là-bas ?

Je pense qu’on aurait tous envie d’y retourner et d’y rester plus longtemps. La campagne galloise est apaisante et inspirante. Et puis, c’est vraiment chouette de dormir sur place, c’est très confort et on est focus sur la musique. Mais ça reste un sacré budget pour un groupe autoproduit. Il va nous falloir trouver un mécène !

L’album, « 7 », de RED BEANS & PEPPER SAUCE est disponible depuis le 20 septembre chez Crossroads / Socadisc.

Catégories
Post-Metal Progressif

Hypnagone : d’une écrasante beauté

Féroce tout en faisant preuve de beaucoup de délicatesse et d’une grande minutie, ce premier opus d’HYPNAGONE est captivant et dégage une puissance phénoménale. Très moderne avec des accents futuristes, il émane de « Qu’il Passe » une énergie et une maturité évidente dans son écriture et son jeu. Le quatuor originaire de l’Est de la France se montre d’ores et déjà d’une créativité à toute épreuve.

HYPNAGONE

« Qu’il Passe »

(Independant/Klonosphere)

Pointus et pointilleux. C’est en ces termes qu’on pourrait décrire HYPNAGONE et son premier album. Autoproduit et distribué par Klonosphere, « Qu’il Passe » aura nécessité cinq ans de gestation et deux enregistrements. Pointilleux, donc. Et si l’on ajoute que le mix a été réalisé par George Lever (Loathe, Monuments) et le mastering par Mike Kalajian (Machine Head, The Dear Hunter), on peut dire sans excès que le groupe n’a rien laissé au hasard.

Réunis autour d’Antoine Duffour, bassiste et fondateur d’HYPNAGONE, Adrien Duffour (chant), Yann Roy (guitare) et Jérôme Binder (batterie) ont élaboré un post-Metal technique et très structuré, qui ne manque pourtant pas de repères. Très immersive, la musique du combo conjugue également des approches progressives, Metal et Rock, expérimentales et avec un soupçon jazzy. Et l’ensemble est massif, très organique et accrocheur.

Axé sur des thèmes personnels en lien avec les luttes intimes, « Qu’il Passe » se déploie sur onze titres d’une surprenante fluidité. Par ailleurs, la pochette est signée du compositeur Antoine Duffour et représente le ‘brutalisme’, un mouvement architectural caractérisé par une bétonisation à outrance. Et pourtant, les morceaux respirent et ne souffrent d’aucune froideur, bien au contraire. HYPNAGONE réussit un magistral tour de force.

Catégories
Stoner Doom Stoner Metal Stoner Rock

Sea Of Snakes : sang froid

Redoutable dès son premier album, SEA OF SNAKES devrait, en continuant dans cette voie, se faire une belle place sous le soleil de Los Angeles, grâce à un Stoner Metal riche et costaud. Mariant Rock et Metal d’un côté, Doom et Southern de l’autre, le quatuor californien n’a pas froid aux yeux et « The Serpent And The Lamb » devrait convaincre sans peine…. tout en secouant comme il faut !

SEA OF SNAKES

« The Serpent And The Lamb »

(Wet Records)

Pas si loin du désert de Mojave d’où SEA OF SNAKES puise sûrement son inspiration, Los Angeles n’est pas en reste en ce qui concerne les bouillonnantes révélations en termes de Stoner. Ayant signé chez Metal Assault Records en 2021 pour y sortir son premier EP, « World On Fire », le quatuor livre déjà « The Serpent And Lamb », véritable brûlot aux résonnances Metal, Doom et même Southern.

Montrant de solides arguments dès « Start A War » qui ouvre l’album, SEA OF SNAKES montre les crocs avec des riffs surpuissants et épais sur lesquels Jason Busiek pose une ligne de chant imparable et saisissante. Féroce et mélodique, le groupe plonge ensuite dans un Doom massif (« End Of The Sun »). Les Californiens jouent autant sur les codes du Rock que du Metal dans une incroyable variété.

Très bien produits, les dix morceaux sont percutants et agressifs (« Demon Seed », « Get The Gun »), tout en s’engouffrant dans un Doom presque bluesy avec un côté accrocheur très original (« Dead Man’s Song »). SEA OF SNAKES se faufile avec habileté dans des atmosphères captivantes et des contrastes sombres et tenaces (« Third Kind », « In Hell », « The Ritual »). Les Américains font leur entrée par la grande porte.

Catégories
edito

Mainstream or not ? [Edito]

Directement issu du milieu underground depuis 1989 (avec une grosse coupure !), Rock’n Force a toujours eu pour objectif et comme priorité de faire connaître et de mettre un peu en lumière, avec les moyens du bord, les groupes et les style de musiques qui ne bénéficient pas forcément, voire pas du tout, de l’impact des grands médias. Et ce qui est assez rigolo, c’est de constater qu’aujourd’hui, il existe aussi une hiérarchie dans ce tout petit monde. V’là la blague ! 

Le milieu du ‘Metal’ est tout petit et tout le monde connait tout le monde. Et ce n’est pas forcément un problème, même si… Etant donné que nous sommes assez peu à traiter des mêmes sujets, il convient d’être ‘bien’ avec les attachés-de-presse, étant donné qu’il n’y a plus ou peu de contact direct avec les labels. Ça, c’était avant et c’était le bon temps. C’était mieux avant, c’est clair ! Sans nostalgie aucune, on pouvait interviewer presque tous les groupes, loin du parcours du combattant actuel, d’autant que ces mêmes artistes le réclament !

Le système a beaucoup changé en quelques décennies, même si le boulot et l’envie, eux, n’ont pas bougé du tout. L’envie et le plaisir sont les mêmes. Il faut aussi savoir que personne, ou très peu, n’est payé pour faire ce que l’on fait. Selon moi, la question ne se pose pas pour les fans devenus « journalistes » par hasard, mais pour les autres… Car mon métier est devenu accessible à tous ceux qui ont plus de 1.000 disques chez eux (ou dans un  disque dur), ou ceux qui écoutent du Metal depuis 40 ans et se sentent donc légitime. Ça fait un peu mal, quand même !

Or, ce n’est pas parce qu’on mange des frites depuis 40 ans qu’on connait tout sur les frites. Et c’est un peu ce qui se passe dans le tout petit monde de notre presse très ‘spécialisée’, auquel je suis fier d’appartenir. Actuellement, je ne peux plus interviewer des artistes auxquels j’aurais pourtant des questions à poser. D’autres le peuvent et n’ont pourtant rien à leur demander. Ces interviews viennent juste gonfler l’ego, mal dégrossi, de ces nouveaux interlocuteurs. Et là, on ne parle pas de journalisme… Mais juste de pouvoir dire ‘t’as vu, je l’ai fait !’ et donc de se vanter auprès des copains… et surtout des copines !

Pour faire une bonne interview, il faut avoir des choses à demander, être un peu curieux finalement. Donc, je n’ai pas grand-chose à demander à Scorpions ou Iron Maiden, même si j’aime beaucoup leurs albums. Et, de toute façon, ces gens-là me sont interdits d’accès. Et ce que la majorité des gens ignore, c’est qu’aujourd’hui, il fait être très visible. Il faut comprendre par là qu’il faut faire des ‘vues’, cumuler un nombre de ‘visites’ minimum pour avoir un impact auprès des groupes et des attachés-de-presse, alors que pour vous, lecteurs, ça ne change rien !

J’ai beau avoir interviewé le grand Joey Ramone et beaucoup d’autres alors que je n’avais que 16 ans, la grande majorité des ‘grands’ groupes me sont aujourd’hui refusés. Pourtant, Rock’n Force a été ‘visité’ par plus de 150.000 personnes l’an dernier, année de son lancement, et 90.000 à l’heure actuelle, à trois mois de la fin de l’année. Avant de vous remercier, j’aimerais saluer tous les groupes ‘mainstream’ qui ont répondu à mes questions avec plaisir, car ils ne l’ont dit ! Voilà, c’est juste mon taff et je prends le même plaisir à le faire avec tous les autres groupes, sans aucune exception.

Pour conclure, je suis ravi pour mes camarades-confères qui ont la chance de croiser les grands de ce monde et de pouvoir se faire plaisir en se caressant d’abord et leur ego ensuite. Rock’n Force, ce n’est pas ça, même si je ne m’interdirai jamais de chroniquer les albums d’Ozzy, de Megadeth et d’autres… dans la mesure où ils sont bons ! D’autres sites et les magazines sont là pour vous combler, je prends des chemins de traverse. Plus que jamais, soyez curieuses et curieux et n’oubliez jamais que les grandes choses ne sont qu’une accumulation de détails ! Et j’espère être l’un de ces détails encore longtemps… ! Alors, je vous souhaite une bonne lecture à tous. Et comme on dit chez moi : des ‘bizh’ !

Catégories
Doom Post-Metal Sludge

Nuit d’Encre : crépusculaire

En intégrant un batteur à son projet solo, le créateur de NUIT D’ENCRE ajoute une belle dynamique à son deuxième album, qui bénéficie d’un aspect organique plus marqué. Musicalement, « De L’Autre Côté » s’inscrit dans la continuité de son prédécesseur avec une maturité musicale décuplée et une production exemplaire.

NUIT D’ENCRE

« De L’autre Côté »

(Bitume)

Deux ans après le très bon « Sans Maux Dire… », Franswa Felt poursuit son aventure instrumentale avec le deuxième album de NUIT D’ENCRE, un projet solo mené de main de maître. Sur ce nouvel effort, le compositeur a mis tous les atouts de son côté en confiant le mix de ses nouvelles compos à Etienne Sarthou (Karras, Aqme) et le mastering au grand Magnus Lindberg (Cult Of Luna).

Si, sur le papier, la qualité de la production laisse peu de doute, elle ne fait que mettre un peu plus en avant le talent d’écriture du multi-instrumentiste. Car sur « De L’Autre Côté », on le retrouve à l’œuvre à la guitare, à la basse et aux claviers. Cependant, cette fois-ci, NUIT D’ENCRE accueille le batteur Eric Dunnet, qui apporte beaucoup de relief et d’épaisseur à l’ensemble.

Quant au style, le Sludge Doom déployé reste dans cette veine très immersive aux lueurs post-Metal. Le registre instrumental permet a lui aussi de développer des atmosphères très prenantes, capables de se faire aussi submergeantes qu’aériennes (« Mille Lieux Hostiles », « L’Enfant Ephémère », « Faim D’un Rêve »). Avec « De L’Autre Côté », NUIT D’ENCRE franchit un palier, tant dans la création que dans l’affirmation d’un son et d’un style très personnel.

Catégories
Blues Blues Rock

Starlite Campbell Band : alive and kicking

Le Blues et le Rock chevillés au corps, Suzy Starlite et Simon Campbell forment un incroyable duo à la ville comme à la scène. Et la scène, il en est justement question  sur « Live ! 2 », qui parait moins de trois mois après un premier volume renversant. STARLITE CAMPBELL BAND réinvente les morceaux de ses deux albums studio en concert avec une fraîcheur étonnante.

STARLITE CAMPBELL BAND

« Live! 2 »

(Independant)

Non content d’avoir sorti un premier album live fin juillet, le duo anglais livre la suite avec ce « Live ! 2 » tout aussi bon et enivrant. Le STARLITE CAMPBELL BAND est véritablement un groupe de scène et cela transpire encore sur ces nouvelles versions. Enregistrée sur la même série de concerts donnés en Angleterre, cette deuxième partie met en lumière les musiciens déjà présents et une fougue intacte.

Puisant dans le Blues américain et conservant tout de même un touche très british, STARLITE CAMPBELL BAND a élaboré un style passionné au groove imparable. On a beau connaître leurs deux disques studio, les morceaux captés en live ont une toute autre saveur. Authentiques, Suzy Starlite et son mari Simon Campbell laissent parler leur feeling sur une technique sans faille et virtuose.

En ouvrant avec « I Like It Like That » suivi de « Walkin’ Out The Door », le duo délivre une énergie qui ne le quitte pas tout au long de « Live ! 2 ». Les superbes accords de l’orgue Hammond accompagnent brillamment une rythmique vibrante pour offrir à l’ensemble une vitalité que les riffs et les solos de guitare rendent addictive (« Still Got Time To Be My Baby », « Hot As Hell », « Sex Is The Sky »). Une prestation éblouissante.   

Photo : Peter Putters

Retrouvez l’interview du groupe accordée à Rock’n Force :

Catégories
Sludge Stoner Rock

Blackbird Hill : attiser un souffle nouveau

Changement ou évolution naturelle, une chose est sûre : le duo bordelais dégage une impression de grande liberté à travers « Embers In The Dark ». Ce revirement n’a rien de vraiment anodin. Il est le reflet des sentiments qui animent BLACKBIRD HILL depuis ces deux dernières années. Du Blues Rock au Stoner, le cap est franchi et quelques fulgurances Sludge s’invitent même à la fête.

BLACKBIRD HILL

« Embers In The Dark »

(Lagon Noir/Kaa Production/Alter K)

De son Blues Rock originel, il ne reste plus grand-chose, si ce n’est quelques effluves enveloppants qui viennent adoucir ce deuxième album des Bordelais. Après « Razzle Dazzle » sorti en 2020 et stoppé net en plein élan, BLACKBIRD HILL a décidé de durcir le ton, une manière peut-être de faire front aux évènements subis. Et c’est dans un Stoner Rock solide que le duo a décidé dorénavant d’officier.

Etonnamment, les confinements et l’absence de concerts ont conduit Maxime Conan (chant, guitare) et Théo Jude (batterie, chant) à se poser des questions et à y apporter les bonnes réponses. Plus lourd et plus épais, « Embers In The Dark » vient se poser de façon massive pour libérer une puissance folle que le Blues Rock d’antan de BLACKBIRD HILL n’aurait sans doute pas permis.

Désormais, la guitare se fait baryton et très amplifiée, tandis que le groove, s’il reste intact, a lui aussi pris du volume (« Black Feathers », « Flatine », « Beat The Retreat »). Costaud et imposant, « Embers Inn The Dark » dévoile même une certaine mélancolie dans la voix, façon folk singer. BLACKBIRD HILL avance sans retenue et fracasse à tout-va avec méthode (« Reset », « The Colder The Better »). Incandescent !

Photo : Florent Pinsault
Catégories
Blues Rock

Erja Lyytinen : lumineuse

Entièrement produit par ses soins, ce nouvel opus d’ERJA LYYTINEN scintille littéralement grâce à un jeu libre, fin, sauvage et inspiré. La Blueswoman finlandaise montre sur ce magnifique « Waiting For The Daylight » tout l’éventail de son grand talent, que ce soit à la guitare ou au chant. Puissant et très délicat, ce nouvel album confirme, s’il en était besoin, sa grande qualité d’interprétation et son inspiration.

ERJA LYYTINEN

« Waiting For The Daylight »

(Tuohi Records)

Récompensée d’un European Blues Award en 2017, ERJA LYYTINEN semble avoir entamé un nouveau chapitre de sa carrière. Déjà visible sur l’album « Another World » (2019) puis sur son « Lockdown Live 2020 », cette distinction prestigieuse a littéralement donné des ailes à la Finlandaise et est venue renforcer une maturité artistique évidente. Avec « Waiting For The Daylight », son douzième opus, la chanteuse et guitariste rayonne grâce à un jeu étincelant.

Enregistré dans sa ville natale d’Helsinki, ERJA LYYTINEN a tenu à peaufiner et à éprouver ses nouveaux morceaux lors de nombreuses répétitions avec son groupe. Composé de Liro Laitinen (batterie), Tatu Back (basse) et Harri Taittonen (claviers), le quatuor est parvenu à donner un aspect live incroyable et le défi que la songwriter s’était donné est relevé haut la main. Les musiciens sont parfaitement affûtés et la chanteuse a tout le loisir de laisser parler sa guitare.

Derrière une apparente douceur, la Scandinave est une redoutable six-cordiste et elle livre un nombre incroyable de riffs soutenus et groovy. Le style d’ERJA LYYTINEN s’articule autour de belles mélodies et surtout d’une série de solos, de chorus et de parties de slide imparables. Dans un Blues Rock très actuel, elle grandit sur des chansons intenses et pleines d’émotion (« Bad Seed », « Last Girl », « Diamonds On The Road », « Love Bites », « The End Of Music »). Déjà incontournable.

Photo : Antti Karppinen
Catégories
Heavy metal Speed Metal

Raven : rétro-hyperactif

Petite remise en jambe et belle révision des 15 dernières bouillonnantes années de RAVEN, trio pionnier du Speed/Thrash, et fidèle représentant des belles épopées Metal et Heavy britanniques. Fondé par les frères Gallagher, John et Mark, le combo est loin d’être rassasié et demeure toujours débridé et exalté à deux ans de son cinquantième anniversaire, comme le souligne ce « Leave ’Em Bleeding », sorte de piqûre de rappel.

RAVEN

« Leave Em Bleeding »

(SPV/Steamhammer)

Trop souvent relayé au second plan de la fameuse NWOBHM, RAVEN est pourtant l’un des trios les plus explosifs des quatre (presque cinq !) dernières décennies. Il est même fort à penser que sans la contribution plus qu’active des frères Gallagher, le Speed Metal et même la scène Thrash actuelle seraient bien différents. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le combo anglais est l’un de ceux qui a le plus tourné aux Etats-Unis, trop peu considéré chez lui.

Bref, passé ce rapide condensé historique, RAVEN est déjà de retour deux petites années après le très bon « Metal City ». Cependant, « Leave ’Em Bleeding » tient plutôt d’une sorte de compilation que d’une nouveauté studio. Concentré sur ces sept dernières années, on retrouve trois titres du dernier opus, deux autres du précédent « ExtermiNation » et six inédits dont deux très bonnes reprises de Thin Lizzy, « Bad Reputation », et de Montrose avec « Space Station #5 ».

RAVEN est un modèle du genre de régularité en termes de créativité, d’envie et d’énergie déployée. Le Metal très athlétique du gang de Newcastle continue sa croisade Metal comme viennent le rappeler « Necessary Evil », « Top Of The Mountain », « Rock This Town » et les versions live de « Crash Bang Wallop » et « Stay Hard ». Si vous êtes passés à côté de ce monument de Heavy Speed britannique, il est grand-temps de s’y mettre !