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Death Mélodique

Soilwork : houleuse épopée mélodique

L’une des particularités de SOILWORK est de parvenir à chaque album à surprendre grâce à une créativité bouillonnante, une technicité exemplaire et un sens de la mélodie imparable. « Övergivenheten » s’inscrit parmi les grands albums de Death mélodique et les Suédois posent ainsi une empreinte forte.

SOILWORK

« Övergivenheten »

(Nuclear Blast)

Deux ans après le très bon « A Whisp Of The Atlantic », SOILWORK n’a pas perdu de temps et s’était déjà mis à pied d’œuvre l’année dernière pour composer son douzième opus. Réparti sur trois sessions d’enregistrement au fameux Nordic Sound Lab, « Övergivenheten » (l’abandon, en suédois) s’étend sur 14 morceaux, dépassant l’heure de jeu, d’un Death mélodique parfaitement produit par Thomas Johansson, déjà présent sur les deux précédents.

Alternant puissance et délicatesse, SOILWORK joue sur les contrastes comme à son habitude en combinant des passages rageurs et d’autres très atmosphériques. Les Suédois ont créé depuis quelques albums un style immédiatement identifiable où la colère se mêle à la mélancolie dans une harmonie remarquable. La brutalité du Death des Scandinaves est d’une étonnante cohérence avec les ambiances progressives et très 80’s affichées.

Sur des structures souvent très techniques, le quintet a mis en place un schéma couplet Death/refrain clair où il offre une dimension mélodique et Heavy à ses compositions (« Nous Sommes La Guerre », « Death, I Hear Your Calling », « The Godless Universe »). Mais SOILWORK n’en oublie pas pour autant d’être fracassant et agressif (« Harvest Spine », « Vultures », « Is It In Your Darkness », « Electric Again »). Solide et incontournable.

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Blues Rock

Pat Travers : une légende intacte

Véritable homme de scène, PAT TRAVERS continue sa route, cultivant son Blues Rock avec une classe incomparable. Depuis son premier album éponyme en 1976, le Canadien n’a eu de cesse de peaufiner son jeu et de créer sa légende. Avec « The Art Of Time Travel », le guitariste et chanteur parvient encore et toujours à éblouir.

PAT TRAVERS

« The Art of Time Travel »

(Cleopatra Records)

Figure iconique du Blues Rock à l’incroyable discographie, PAT TRAVERS semble traverser sa carrière avec une fougue de jeune homme. Preuve en est ce nouvel album, « The Art Of Time Travel », où l’on retrouve intacte toute la dextérité, le feeling et l’explosivité du guitariste-chanteur. Et c’est en trio, le line-up le plus authentique et expressif, qu’il nous le livre et la rythmique qui l’accompagne est exemplaire.

Reconnaissable entre mille, le jeu du Canadien fait toujours des étincelles et sa guitare comble harmonieusement l’espace sonore sur l’ensemble de « The Art Of Time Travel ». Tout en abordant des thèmes d’actualité sur ses nouveaux titres, PAT TRAVERS reste fidèle au son qui a forgé cette touche si particulière et qu’il l’a rendu au fil du temps indémodable et attaché à un Blues Rock sincère.

Fortement influencé par Ronnie Montrose, autant par le musicien que par l’homme, PAT TRAVERS lui rend un bel hommage sur le morceau « Ronnie » et son ombre semble même planer sur tout le disque. (« Push Yourself », « Breaking Up In Lockdown », « Full Spectrum »). Pêchu et débordant d’énergie, « The Art Of Time Travel » doit aussi beaucoup aux choristes présentes, qui le rendent vraiment lumineux.

Photo : Daryl Bughman
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Death Mélodique Heavy metal

Arch Enemy : frappe chirurgicale

Technique, massif et mélodique, « Deceivers » confirme la place prépondérante d’ARCH ENEMY sur la scène mondiale. Si la monumentale production de Jacob Hansen sublime l’ensemble, ce nouvel album brille surtout par la créativité de Michael Amott, grand architecte du quintet, et l’énorme présence de sa frontwoman Alyssa White-Gluz.

ARCH ENEMY

« Deceivers »

(Century Media Records)

Très attendu, ce nouvel album des Suédois et de leur chanteuse canadienne est probablement l’une des principales attractions de cet été. Et il faut bien l’avouer, ce douzième opus d’ARCH ENEMY tient toutes ses promesses. Chirurgical, « Deceivers » est très direct et frontal, et Michael Amott, maître à penser du quintet, y même inclus quelques ambiances épiques bien senties sur une production très organique.

Parfaitement structuré et affichant une assurance à toutes épreuves, le style d’ARCH ENEMY s’inscrit plus que jamais dans un Heavy Metal moderne et compact. En dehors des passages growlés d’Alyssa White-Gluz, qui a d’ailleurs la riche idée de chanter de plus en plus en clair, on s’éloigne du Death mélodique dont on les affuble systématiquement, et dont on est ici assez loin.

Vocalement toujours aussi impressionnante et puissante, la frontwoman d’ARCH ENEMY livre une prestation toute en variations sur des morceaux mélodiques et acérés (« House Of Mirrors », « Sunset Over The Empire »). Amott est impérial de créativité avec des riffs et des solos millimétrés, tandis que le batteur Daniel Erlandsson est monstrueux de justesse (« Deceiver, Deceiver », « The Watcher », « One Last Time »).  

Avec des aspects Death Metal qui tendent à disparaître malgré quelques fulgurances extrêmes, « Deceivers » est presque une ode au Heavy Metal classique des années 80. Très fédérateurs, les nouveaux titres d’ARCH ENEMY s’incrustent et restent en tête instantanément pour ne plus en sortir (« Spreading Black Wings », « In The Eye Of The Storm »). Du beau boulot : sérieux et appliqué.

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Hard Rock

Sunstorm : summer time

S’éloignant du Hard Rock de ses débuts, SUNSTORM s’est tourné vers un Hard FM moins massif. Grâce à un grand Ronnie Romero au chant et l’excellente recrue Luca Princiotta à la guitare, le quintet maintient une certaine dynamique permettant à « Brothers In Arms » de ne pas sombrer dans la facilité.

SUNSTORM

« Brothers In Arms »

(Frontiers Music)

Septième album et second avec le chanteur Ronnie Romero (Michael Schenker, Lords Of Black) pour le groupe international, dont le line-up a d’ailleurs encore changé. SUNSTORM accueille le très bon guitariste Luca Princiotta (Doro, Blaze), qui livre une excellente prestation sur ce « Brothers In Arms », produit et mixé par son claviériste Alessandro Del Vecchio.

Depuis « Afterlife » sorti l’an dernier,  le Hard Rock pêchu et solide du quintet a laissé place à un style où la mélodie prime sur la vitesse et le côté brut, qui avait fait la réputation du groupe fondé par Joe Lynn Turner et Dennis Ward en 2006. SUNSTORM, pour des raisons évidentes (label et producteur), surfe donc sur une vague Rock mélodique en plein renouveau.

Malgré tout, le combo a gardé une certaine hargne grâce à une rythmique soutenue, mais essentiellement à l’incroyable puissance vocale de son frontman Ronnie Romero et aux solos millimétrés de Luca Princiotta. SUNSTORM conserve donc cet aspect Hard Rock plein de fraîcheur et livré avec de belles mélodies (« Games We Play », « No Turning Back », « Hold The Night », « Living Out Of Fear »).

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Hard Rock

Nordic Union : une entente percutante

Surfant sur une belle dynamique entre Hard Rock et Heavy Metal, le Danois Ronnie Atkins de Pretty Maids et le Suédois Erik Martensson de W.E.T. et Eclipse se sont remis à l’œuvre et sortent le troisième album de NORDIC UNION. Très mélodique et pêchu, « Animalistic » fait la part belle à un songwriting infaillible.

NORDIC UNION

« Animalistic »

(Frontiers Music)

On n’arrête plus Ronnie Atkins ! Alors qu’on lui avait diagnostiqué un cancer en 2019 et que sortait l’album « Undress Your Madness » de son groupe Pretty Maids, le chanteur danois a décidé de prendre les choses en main et a sorti un premier album solo en 2021, « One Shot », suivi de « Make It Count » l’année suivante. Et presqu’au même moment, il travaillait déjà sur des morceaux pour NORDIC UNION. Un véritable bourreau de travail !

Imaginé par le patron de Frontiers Music désireux de sortir un solide opus de Hard Rock mélodique et un brin Heavy, le groupe s’est constitué autour de Ronnie Atkins au chant, bien sûr, et du Suédois Erik Martensson (Eclipse, W.E.T.), prolifique multi-instrumentiste et producteur. L’aventure du duo a commencé en 2015 avec un premier album éponyme en 2016, puis « Second Coming » en 2018. NORDIC UNION a ainsi consolidé ses fondations.

Avec « Animalistic », le duo fait de nouveau des étincelles sur des titres qui rappellent tout de même les formations respectives des deux musiciens, avec une légère touche de Talisman, mais confirme aussi une identité musicale bien à lui, bourrée d’énergie, de riffs aiguisés, de solos affûtés et de mélodies entêtantes (« On This Day I Fight », « Riot », « Scream », « Animalistic », « Last Man Alive »). NORDIC UNION séduit et se montre même redoutable.

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Hard Rock Metal Progressif

A-Z : abécédaire progressif

Virtuose et très technique, le groupe fondé par Ray Alder et Mark Zonder, qui ont navigué ensemble sous le pavillon de Fates Warning un temps, sort son premier album éponyme. Progressif et mélodique, le Metal du quintet flirte avec le Hard Rock 70’s sur des morceaux très calibrés interprétés par des musiciens triés sur le volet.

A-Z

« A-Z »

(Metal Blade Records)

A-Z, comprenez ‘A through Z’, est l’initiative mise en œuvre par le chanteur Ray Alder (Fates Warning) et le batteur Mark Zonder (ex-Fates Warning, Warlord). Désireux tous les deux de se lancer dans un nouveau projet et de relever un autre défi, les Américains renouent avec la musique qui les a toujours fait vibrer, à savoir un Hard Rock Progressif estampillé 70/80’s et remis au goût du jour.

Alors qu’ils n’avaient rien enregistré ensemble depuis 2004, la connexion n’est pas rompue et la complicité entre le frontman et le cogneur est intacte. Bien sûr, A-Z fait irrémédiablement penser à Fates Warning malgré une approche différente. En effet, le groupe propose un registre beaucoup plus accessible, sur des mélodies entêtantes et un style légèrement moins technique.

Pour les accompagner sur ce premier album éponyme, Alder et Zonder se sont adjoints les services de Philip Bynoe à la basse (Warlord, Steve Vai, Nuno Bettencourt), Joop Walters à la guitare (Steve Walsh, Simon Phillips) et le français Vivien Lalu aux claviers (Steve Walsh, Jordan Rudess). Avec ce casting trois étoiles, A-Z livre un opus agréable, très bien réalisé, mais qui manque peut-être d’un peu de folie.

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Hard Rock

Thundermother : Rock’n’Roll fever

Parmi le peu de groupes entièrement féminins en activité, THUNDERMOTHER est sûrement celui qui tire le mieux son épingle du jeu grâce à un Hard Rock pêchu, certes classique, mais qui s’affine et s’affirme au fil des albums. Avec « Black And Gold », les Suédoises confirment un énorme potentiel et une classe évidente.

THUNDERMOTHER

« Black And Gold »

(AFM Records)

A en juger par leurs très nombreux concerts de ces derniers mois, les Suédoises sont en grande forme et ce cinquième album vient témoigner de la nouvelle dimension prise par THUNDERMOTHER en l’espace de deux ans. Depuis le succès rencontré avec « Heat Wave », le groupe a déferlé sur l’Europe et ce très bon « Black And Gold » atteste de sa nouvelle envergure avec une fougue et une liberté décuplées.

Sur leur lancée, Guernica Mancini, (chant), Filipa Nässil (guitare), Mona Lindberg (basse) et Emlee Johansson (batterie) livrent un nouvel opus cette fois beaucoup plus personnel et qui vient asseoir un style enfin débarrassé des influences jadis flagrantes qu’on a pu leur reprocher. Plus que jamais, THUNDERMOTHER affiche une vélocité et une fraîcheur incroyables sur un disque qui transpire le Rock’n’Roll.

Sur des riffs acérés, une rythmique en béton et des refrains hyper-fédérateurs, la frontwoman du quatuor apporte beaucoup de lumière, de puissance et ce supplément d’âme qui pouvait encore manquer au combo (« The Light In The Sky », « Black And Gold », « Wasted », « Loud And Free », « Stratosphere »). Les filles de THUNDERMOTHER signent un album solide, efficace et inspiré… exactement ce qu’on attendait d’elles !

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Classic Rock Proto-Metal

Siena Root : une énergie vibratoire

Avec une approche originale, SIENA ROOT se fait hypnotique sur son nouvel album, « Revelation », qui revêt une multitude de facettes étonnantes. Porté par la fascinante voix de sa chanteuse, le quatuor de Stockhölm donne dans un Rock vintage, très revival et mariant habillement un Rock musclé avec des ambiances planantes. Magistral et authentique.

SIENA ROOT

« Revelation »

(Atomic Fire Records)

Les années 60 et 70 ont été particulièrement fertiles en termes de Rock notamment. C’est de cette période très créative que s’inspire SIENA ROOT depuis deux décennies. En élaborant un Rock revival que le groupe qualifie lui-même de ‘Classic Roots Rock ‘ fortement teinté de proto-Metal, les Suédois sont parvenus à créer un style bien à eux à travers un mix décapant et captivant.

Expérimentés et affûtés, Zubaida Solid (chant), Sam Riffer (basse), Love Forsberg (batterie) et Johan Bergström (guitare) nous emportent dans un tourbillon vintage vivifiant et parfaitement maîtrisé. SIENA ROOT manie les mélodies et les harmonies musicales pour sonner avec une justesse irrésistible et une fluidité totale, balayant une large gamme de registres.

« Revelation », qui est le huitième album du quatuor auquel s’ajoutent deux Live, démarre fort sur un proto-Metal aux saveurs Hard Rock et aux riffs puissants (« Professional Procrastinator », « No Peace »), puis bascule avec « Dusty Roads » dans un style plus psychédélique où viennent s’inviter des sonorités orientales (« Leaving The City », « Madukhauns »). SIENA ROOT envoûte avec brio.

Photo : Petter Hilber
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Musique celtique

Stone Age : nouveau cheminement

Toujours inspiré par le monde celtique avec une prédominance pour la Bretagne, STONE AGE se balade inlassablement à travers les légendes et les contes avec un style très identifiable élaboré sur des sonorités modernes, parfois vintage, Electro, Pop et progressives. « Bubry Road » reprend le chemin entamé sur les quatre premiers albums avec une belle créativité.

STONE AGE

« Bubry Road »

(Nevez Productions/Coop Breizh)

Figure incontournable de la scène celtique, STONE AGE réapparait cinq ans après « Totems d’Armorique » avec un nouvel album positif, dynamique, plongeant dans toutes sortes de rêveries. Toujours inspiré par les légendes, notamment bretonnes, le désormais duo constitué de Marc de Ponkallec (Marc Hazon) et de Kervador (Michel Valy) renouvelle quelque peu son registre en naviguant dans des sphères Electro-Pop où l’on se laisse volontiers porter.

Si le quatuor habituel a laissé place au binôme de multi-instrumentistes, STONE AGE accueille du beau monde, dont Robert Le Gall, Xavier Geromimi, Philippe Hervouet, Loïc Blejean, Konan Mevel, Kohann et d’autres. Très accessible, « Bubry Road » ne s’inscrit pas dans un registre traditionnel, mais invite plutôt à la découverte des ambiances et des musiques celtes.

Sur une production éclatante et légère, STONE AGE nous fait profiter de la richesse de ses morceaux qui, malgré des arrangements pointilleux, restent très fédérateurs (« Dansit For Tomorrow », « You Know », « Anti Age », « Pleg An Amzer », « Rozenn An Dro », « Armen Dañs », « Groës Coët »). Surprenant et à l’atmosphère voyageuse, ce cinquième opus pourra contrarier les puristes, mais ne manquera pas d’attirer les curieux.

Photo : Antoine Tilly
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Musique traditionnelle

Le Chant Des Sardinières : la lutte en chansons

C’est lors du tournage du film de Marc Rivière, « Penn Sardines » en 2003, que la chanteuse Marie-Aline Lagadic eut le déclic que la conduit à la création de l’album « Le Chant des Sardinières » avec sa fille Klervi Rivière. D’une portée sociale et politique évidente, ces ‘archives musicales’ reprennent vie aujourd’hui à travers un beau-livre accompagné de deux CD où l’on retrouve les chansons.

« Le Chant Des Sardinières »

Marie-Aline Lagadic et Klervi Rivière

(Editions Coop Breizh)

Motivée par l’idée de rendre hommage et de saluer le courage des femmes ouvrières travaillant dans les conserveries de poissons de Douarnenez et du pays Bigouden, Marie-Aline Lagadic avait effectué avec sa fille Klervi Rivière un collectage essentiellement familial de chansons interprétées sur « Le Chant Des Sardinières », un premier album sorti en 2006, et dont j’eus le plaisir d’écrire deux textes du livret.

Relatant le conflit penn-sardin en 1924 et les révoltes bigoudènes de 1926, le disque reçut le prix de l’Académie Charles Cros un an après sa parution. Et c’est assez naturellement qu’une décennie plus tard, le duo réalisa « Tout Le Monde Sur Le Pont » qui évoque les bouleversements sociaux de l’entre-deux-guerres et la prolétarisation de la société, le tout bien sûr en chansons.

Grandes défenseures de la culture et du patrimoine breton, les Editions Coop Breizh ont eu la riche idée de rassembler les deux témoignages musicaux dans un beau-livre, « Le Chant Des Sardinières », qui est enrichi d’une belle synthèse socio-historique de l’époque, de notes explicatives des chansons et de leur traduction en breton. L’œuvre de Marie-Aline Lagadic et de Klervi Rivière a une valeur contemporaine inestimable.