Dans un décor de western, le frontman du combo Stoner Rock Appalooza se présente aux commandes d’un projet solo, dans lequel il avance sur des titres plus dépouillés et introspectifs. Avec un fond aux résonances tribales, « Shewolf » développe une partition narrative entre Desert Rock, Americana et Folk. L’imaginaire de WILDHORSE rappelle autant les Appalaches que le désert de Mojave, et il fait le lien avec beaucoup de justesse et de subtilité. Une évasion originale et très convaincante.
WILDHORSE
« Shewolf »
(Independant)
Quelques mois après la sortie de « The Emperor Of Loss », le quatrième album du groupe Appalooza, son chanteur et guitariste s’offre une petite escapade en solitaire. C’est d’ailleurs sous le nom qu’il emprunte aussi avec ses camarades qu’il se présente avec « Shewolf ». Certes, l’approche personnelle de WILDHORSE est bien différente du Heavy Stoner Rock auquel il nous habitué, mais les similitudes sont pourtant nombreuses. Le Breton, natif d’un bout du monde lui aussi, se tourne une fois encore vers le grand Ouest pour prendre sa source au-delà de l’Atlantique.
C’est presque naturellement que le songwriter passe du Stoner au Desert Rock sur « Shewolf ». Avec quelques éléments Dark Country et une base Folk, WILDHORSE dévoile une douceur qu’on ne lui connaissait pas. Dans son imaginaire et dans l’atmosphère aussi, il nous fait parcourir de grands espaces sur des textes intimistes. Dans l’intention, le musicien conserve un fond Rock même s’il s’en détache pour un environnement plus acoustique. La production du disque est également très organique, ce qui lui confère une proximité très immédiate et palpable.
Ici, la voix est plus légère, la guitare plus épurée aussi et quelques percussions discrètes accompagnent les morceaux. L’esprit très amérindien offre une ambiance, qui prend parfois des teintes shamaniques. WILDHORSE est hypnotique et très roots, et les chansons s’enchaînent à la manière d’un road-trip en pleine nature, loin de toute civilisation. Intense et viscéral, « Shewolf » déploie une énergie très sereine (« The Craven », « Fellow Travelers », « Run Baby Run », « The Wolf March », « The Bullet Was Never Used » et le morceau-titre). Une immersion très réussie.
Basée à San Diego, l’expérimentée californienne livre pour la première ses propres compositions, et quelques reprises particulièrement bien remaniées, sur « My Voice », une réalisation qu’elle a souhaité instrumentale et où sa guitare sert de guide. Imprégné de sonorités Southern et ne reniant pas une certaine filiation avec Chicago, le Blues de LAURA CHAVEZ est aussi Rock que délicat et flirte autant avec le R&B qu’avec ses origines mexicaines. Complet et inspiré, son univers est brut, coloré et entraînant. Une totale réussite et un dépaysement saisissant.
LAURA CHAVEZ
« My Voice »
(Ruf Records)
Après avoir accompagné des artistes comme Deborah Coleman, Dani Wilde, Monster Mike Welch ou Vanessa Collier, LAURA CHAVEZ se lance enfin en solo et ce premier opus sous son nom tombe à point nommé. Auréolée en 2023 du prix de la meilleure guitariste au Blues Music Awards, première et seule femme à l’être aujourd’hui, on la découvre ici sous un aspect plus personnel, dans un registre qui lui ressemble et à travers un jeu où le feeling prend le pas sur sa phénoménale technique. « My Voice » est un brassage de cultures et une ode à son instrument.
Et la première des surprises est que l’album est entièrement instrumental, une chose relativement rare dans le monde du Blues. Mais comme son titre l’indique sa guitare est sa voix et, au fil des titres, il faut reconnaître que toute note vocale serait presque superflue. LAURA CHAVEZ affiche une force narrative peu commune, qui ne se contente pas d’empiler les riffs et de multiplier les solos. Chaque morceau raconte une histoire et chaque ambiance nous transporte dans des émotions diverses traversant le Blues et le Rock avec une touche hispanique.
Co-produit avec le patron de son label, Thomas Ruf, « My Voice » a été enregistré en novembre dernier en Allemagne dans un esprit live. A ses côtés, on retrouve la Française Léa Worms (Gaëlle Buswel, Nina Attal) à l’orgue et au piano. L’excellent duo qu’elle forme avec LAURA CHAVEZ montre une réelle connexion entre les deux musiciennes, parfaitement soutenues par Tomex Germann (basse), Marty Dodson et Denis Palatin (batterie) et Antonio Econom aux percussions. Un disque haut en couleurs, riche en atmosphères, profond et porté par des virtuoses. Une pépite !
Incontournable frontman de Rival Sons depuis plus de 15 ans, JAY BUCHANAN a quitté un temps la bruyante civilisation pour s’isoler dans le désert de Mojave pour y trouver l’inspiration dans le calme. Très introspectif, « Weapons Of Beauty » révèle un tout autre visage du Californien, qui nous a habitué à livrer un Rock musclé et sauvage devant des foules denses avec son groupe. Très aéré, ce premier album solo s’aventure dans des sonorités Americana, teinté de Country et puisant ses fondations dans un Roots Rock américain interprété avec une précision d’orfèvre. Le chanteur, guitariste et compositeur est allé chercher ces chansons au plus profond de lui-même pour faire jaillir un disque magistral, délicat et profond. Les émotions, les sentiments et les paysages défilent et nous imprègnent de cette douceur apparente, qui émerge de cet écrin musical rare. Entretien avec un artiste passionné, passionnant et dont la vision de son art sort des carcans d’une industrie artistique qui étouffe.
– Ma première sensation à l’écoute de cet album a été de me dire qu’il te ressemblait beaucoup. « Weapons Of Beauty » est très personnel et on te découvre aussi dans un autre registre. Est-ce un projet que tu avais en tête depuis longtemps ?
Oui, c’est un projet auquel je pense depuis très longtemps. D’ailleurs, depuis ces dix dernières années, c’est même quelque chose à laquelle je pense tous les ans. J’ai cette intention de faire cet album gravé en moi, mais la vie s’est mise en travers à chaque fois. Il y a toujours quelque chose d’autre à faire, même quand tu sais très bien que tu n’as besoin de la faire ! (Rires)
– On est très loin du Rock puissant de Rival Sons et tu évolues cette fois dans un Roots Rock américain, proche de l’Americana et parfois même de la Country. Avais-tu l’envie de montrer une autre facette de te personnalité, ainsi que de ta propre culture musicale ? Ou est-ce plus simplement la musique dont tu rêves depuis longtemps ?
Je pense que c’est tout simplement la musique que je voulais faire. Je n’ai pas regardé les choses en fonction de ce qu’elle reflète de moi, ou pour montrer quelque chose d’autre de bien spécifique en termes de sonorités. La seule chose que je savais à partir du moment où est née l’idée de l’album, c’est que je souhaitais que la musique contienne beaucoup d’espace autour d’une bonne histoire et d’intervalles de vide, en quelque sorte. Je voulais écrire une musique qui évoque la patience. Tu vois, typiquement, le Rock’n’Roll n’a rien de patient, il y est toujours question d’immédiatement. Et il y a beaucoup d’informations dans un disque de Rock, parce qu’il y a aussi énormément de son en termes de volume et c’est précisément ce qu’il représente. C’est son essence. Et c’est aussi quelque chose que je suis habitué à faire. Avec cet album solo, j’ai voulu aller exactement à l’opposé.
– L’ensemble est assez apaisé, introspectif aussi et très serein. A son écoute, on a vraiment envie de grands espaces, tant il y a un aspect cinématographique et narratif qui renvoie à un univers très visuel. Est-ce aussi cette impression que tu as cherché en composant ?
Oui, absolument. C’est d’ailleurs l’environnement dans lequel je me suis mis et où j’ai plongé pour terminer la composition de l’album, au cœur du désert de Mojave. Je pense que cet isolement a été un précieux collaborateur pour moi, une sorte de co-compositeur. Il m’a aidé pour beaucoup de chansons de l’album. Etre isolé dans cet espace si vaste m’a permis de discerner aussi les fréquences que j’étais prêt à utiliser et la ligne instrumentale vers laquelle je voulais me diriger… dans une espèce d’économie de l’attention. Je pense que c’était très important pour moi de ne pas écraser l’auditeur, mais plutôt de lui offrir suffisamment d’espace pour sa propre introspection.
– Si tu ne joues pas sur la puissance comme avec Rival Sons, « Weapons Of Beauty » est d’une grande intensité. Bien sûr, la force de ta voix aide beaucoup, mais tu utilises aussi d’autres leviers. De quelle manière t’y es-tu pris pour faire émerger cette profondeur et cette émotion à travers des chansons apparemment plus calmes ?
(Silence)… Je pense qu’écrire depuis un endroit aussi particulier pour moi était la seule chose dont j’étais vraiment sûr dès le début en composant cette musique. Je voulais être sûr que ce que j’écrivais résonnerait très fort. Je pouvais simplement m’asseoir et écrire une chanson. Mais tu sais, François, ce n’est non plus nécessairement lié à un endroit spécifique. A la fin de l’interview, je pourrais très bien sortir de ce lieu qui me rend nerveux et le faire de la même manière. En fait, je devais trouver ces chansons, elles devaient naître et venir à moi d’une façon bien précise. Elles devaient résonner en moi d’une façon très spéciale. Quand j’étais dans le désert, j’ai vraiment écrit beaucoup de musique que personne n’entendra jamais. C’est une sorte d’exercice qui me permet de rester libre et créatif, flexible aussi et suffisamment ouvert pour que des chansons profondes viennent à moi.
– Il y a également une ambiance très romantique et sauvage sur tout l’album, qui se traduit par une sorte d’Americana un peu dark. Est-ce que cela a été un véritable exercice de style pour toi, ou au contraire l’album s’est écrit de manière très naturelle ?
Je n’avais pas d’histoire précise en tête, ni de concept particulier pour l’album. Il n’y avait pas vraiment de ligne directrice. Je pense que toutes ces années à tourner, puis le paysage dans lequel je me suis retrouvé dans le désert de Mojave, ont aidé à ce que les chansons viennent à moi naturellement. En ce qui concerne l’aspect Americana et de ballades Country, cela vient du fait que j’ai écrit une musique plus lente, plus axée sur le songwriting en mettant en avant les paysages sonores et l’histoire. C’est l’une des particularités et des qualités de l’Americana, c’est vrai. Et donc, j’ai voulu me trouver à travers cette écriture et ces récits, qui sont nichés dans cette dialectique. Finalement, tout s’est passé de manière très naturelle. J’ai trouvé tout ça en moi-même, de manière très instinctive. Rien n’était prémédité, ce n’était pas prévu, mais c’est venu de cette façon-là.
– Il est beaucoup question de sentiments et d’une sensation de nature sur l’album avec le désir de se reconnecter à des choses essentielles. Et l’un des thèmes principaux est aussi l’espoir, qui parcourt toutes les chansons. Trouves-tu qu’on en manque aujourd’hui ? D’une manière ou d’une autre ?
Je pense que l’espoir n’arrive jamais sans style et sans action, c’est-à-dire que c’est un outil qui fait partie d’une boîte à outils. Quand à la reconnexion… (Silence)… Je pense que rester calme est très important. Il faut se définir par nos propres actions, prendre le temps de réfléchir à vos propres pensées et se demander pourquoi on ressent tel ou tel sentiment. Et prendre aussi le temps d’examiner tout ça est très important, plutôt que toujours se précipiter et foncer tête baissée. Je pense qu’en se donnant l’opportunité d’avoir cette patience de faire ce travail d’introspection est ce qui peut apporter des réponses à des questions que vous ne seriez même pas prêts à vous poser. Si l’espoir est considéré sous cette forme, je sais que je vis dans l’espoir quotidiennement. Ce n’est pas juste une question d’optimisme, c’est un outil pragmatique, très utile et c’est une solution au final. L’espoir n’est pas seulement de savoir exactement que vous voulez. Le futur est demain, il n’est pas aujourd’hui. Il ne sera peut-être pas comme tu le souhaites, mais ça ne veut pas dire que tu ne l’apprécieras pas. Ça ne veut pas dire que tu seras heureux, non plus, c’est pour ça qu’il faut faire des projets.
– A l’écoute de « Weapons Of Beauty », je n’ai pu m’empêcher de penser au film et à la musique de « Into The Wild », signée Eddie Vedder, Il y a ce côté un peu dépouillé et acoustique, bien sûr, mais aussi une sorte de cri face à une société de plus en plus fragile. Est-ce quelque chose que tu avais aussi en tête en l’écrivant ?
Je pense que lorsque tu es profondément plongé dans une chanson, elle révèle ce pourquoi elle est faite, elle se révèle d’elle-même. Et quand bien même tu aurais un projet quand tu commences à écrire, une idée dans la tête, la chanson te le dira. Elle va révéler ses attentes en te donnant une idée de ce qu’elle va être et devenir. C’est très similaire à un enfant. Quand il naît, les parents pensent qu’elle peuvent façonner une personne. Mais c’est finalement l’enfant qui va vous leur montrer qui ils sont. Il va leur montrer leur vraie nature. Puis, il montrera la personne qu’il est et qu’il est né pour être, malgré tout ce qu’on aura essayé de faire pour le former de telle ou telle façon. L’enfant se développe par lui-même. Je pense que c’est la même chose avec une chanson, pour les meilleures en tout cas. J’en ai fait l’expérience. Une chanson comme « Weapons Of Beauty », par exemple, était là surtout pour exprimer les sentiments qui me submergeaient à une certaine époque, plutôt que de n’être que le calcul de quelque chose d’éloquent.
– En parlant de film, tu as participé au biopic « Sprinsgteen : Deliver Me From Nowhere ». Tu y joues d’ailleurs un rôle dont tu es proche dans la vraie vie. Comment as-tu vécu cette expérience, et t’a-t-elle donné des envie de cinéma ?
(Rires) Etre acteur ? Soyons sérieux, François ! (Rires) Non, l’expérience a été très, très amusante, mais on ne peut pas parler de performance d’acteur. J’ai été entouré de gens très talentueux comme le réalisateur et producteur Scott Cooper et c’était incroyable de travailler avec eux. Jeremy Allen White a un talent incroyable et c’était vraiment génial d’être à ses côtés, ainsi qu’avec mon frère de cœur Dave Cobb et les autres personnes qui étaient sur scène. C’était vraiment une très, très belle expérience ! Et en ce qui concerne la profession d’acteur, j’ai un agent et je reste ouvert à tout, bien sûr, car c’était vraiment marrant à faire. Mais être comédien, je n’ai pas vraiment eu à l’être sur le film. J’ai juste pris le micro et chanté quelques chansons sur scène. Et c’est quelque chose que je fais habituellement, en fait ! (Rires) Mais, blague à part, j’ai vraiment passé du bon temps.
– Pour en revenir à l’album, un mot tout de même sur le groupe qui t’accompagne et qui est composé du gratin des musiciens de Nashville. Tout d’abord, le lieu t’a-t-il paru évident par rapport au style du disque, de même de la présence de Dave Cobb à la production ?
Chacun d’entre-eux a été un choix naturel, car ce sont tous de très bons amis. Par exemple, pour le batteur et le joueur de pedal steel, nous jouons ensemble depuis que nous sommes enfants, nous avons grandi ensemble. Avec Leroy Powell et Chris Powell, nous avons fait nos premières armes ensemble dans des groupes de Blues, puis dans mon propre groupe quand j’étais beaucoup plus jeune. Donc, jouer avec eux a été quelque chose de très naturel, car ce sont des musiciens phénoménaux. Et puis, à l’autre guitare, il y a aussi JD Simo, qui est un monstre. Et ce qui est intéressant, c’est que je ne lui ai pas demandé de faire des solos incroyables ou des choses complètement folles. Je lui ai simplement demandé de jouer de la guitare acoustique, de nous détendre et de donner beaucoup d’espace aux chansons. Je pense que la virtuosité qui est vraiment à l’œuvre sur ce disque est l’entente que vous pouvez entendre sur l’aspect instrumental. Et c’est valable pour tout le monde, que ce soit Phil Towns au piano et à l’orgue, qui est génial, Brian Allen à la basse et également Dave Cobb qui a aussi joué beaucoup de guitares acoustiques. Mais tout cet aspect instrumental à proprement parler, cette virtuosité qu’on peut entendre et cette qualité dans le jeu viennent de la capacité et de la maturité de ces musiciens à se détendre. Ils ont vraiment été incroyables. Et enfin, nous avons enregistré l’album en Georgie, à Savannah. Ils ont tous fait le chemin depuis le Tennessee, depuis Nashville.
– Enfin, bien sûr, une petite question au sujet de Rival Sons. J’imagine que cet album solo va t’occuper un certain temps. Avez-vous déjà commencé à travailler sur le successeur de «Darkfighter » et « Lightbringer » sortis en 2023, ou pas encore ?
Oh oui, oui ! Tu sais, Rival Sons est supposé être en studio au moment où je te . Mais j’ai du annuler et reporter l’enregistrement, car je dois rester auprès de ma femme. Elle se bat actuellement contre un cancer et je me dois de rester à la maison à ses côtés. Donc, pas d’enregistrement, ni de tournée pour le moment. Je vais juste faire quelques concerts, notamment à Paris bientôt d’ailleurs ! Mais en ce qui concerne le groupe, nous avons composé le nouvel album et nous prévoyons de l’enregistrer dès que possible. Et ensuite, tu sais, nous repartirons en tournée comme nous le faisons toujours ! (Sourires)
L’album solo de JAY BUCHANAN, « Weapons Of Beauty », est disponible chez Thirty Tigers/Sacred Tongue Records et il sera en concert le 25 février aux Etoiles à Paris.
Photos : The Cult Of Rifo (1, 3), Matthew Wignall (2, 5).
Retrouvez les chroniques des deux derniers albums de RIVAL SONS :
Grand maître de l’esprit Doom, le songwriter américain n’en finit pourtant pas de surprendre à travers un parcours en solitaire, ou presque, où il se dévoile depuis quelques disques déjà, dans la peau d’un artiste toujours aussi rebelle, mais peut-être plus apaisé. Suivant une devise qui lui va bien, « Create Or Die » pose un regard très éloigné de celui de ses anciens groupes Saint Vitus et The Obsessed notamment. WINO s’autorise tout et le fait avec talent, laissant apparaître un musicien aux ressources illimitées, dont la ligne musicale a mûri et s’est aussi affinée.
WINO
« Create Or Die »
(Ripple Music)
Figure iconique de l’underground américain, et bien au-delà, WINO mène depuis quelques années maintenant, une carrière solo assez éloignée du Doom et du Heavy qui ont forgé sa légende. Cela ne l’a pourtant pas empêché de reformer The Obsessed avec un nouvel album, « Gilded Sorrow » sorti en 2023. L’ancien membre de Saint Vitus et également Spirit Caravan affiche un visage totalement différent sous son nom, et même si l’esprit du Doom n’est jamais bien loin, ses envies aujourd’hui se tournent vers un registre assez acoustique, surtout sur le précédent « Forever Gone » (2020) d’ailleurs, car « Create Or Die » vient électrifier les nouvelles compositions du chanteur dans un bel élan d’authenticité.
Et pour mener à bien cette nouvelle aventure, il ne pouvait donc être totalement seul. Si les guests sont assez nombreux sur divers morceaux, WINO a principalement fait appel à Ky Anto (batterie, basse, orgue, percussions), lui-même étant à la guitare, bien sûr, ainsi qu’à la basse, derrière le micro et à la production aux côtés de Frank Marchand. Autant dire qu’il sait parfaitement où il va, tout en diversifiant de manière assez incroyable ce « Create Or Die ». Difficile donc de bien cerner ce quatrième opus dans une globalité artistique, tant il s’amuse à passer de titres très Hard Rock à une Folk sauvage aux saveurs Southern. Mais peu importe puisque sa voix nous guide à travers cette nouvelle introspection.
Ce qui devait être au départ une sorte de voyage intimiste a donc pris du volume, se fait parfois Heavy (« Anhedonia », « Carolina Fox », « Hopeful Defiance », « Us Or Them ») avec cette lenteur apparente dans le chant. Cette constance ‘doomesque’ se fond d’ailleurs sur tout l’album, comme pour mieux appuyer un propos articulé autour de réflexions personnelles et sans détour sur sa vie. WINO y expose son âme, entre colère et contemplation, mais avec une lucidité et une sincérité de chaque instant, notamment sur les chansons acoustiques (« Cold And Wrong », « Lost Souls Fly », « Noble Man »). A travers un éclectisme fulgurant, il reste fidèle à un univers unique et tellement personnel.
Après avoir fait ses preuves dans des formations de renom en se montrant aussi à l’aise dans le registre Hard Rock comme Heavy Metal, RONNIE ROMERO s’est lancé dans le grand bain en solo avec deux réalisations de reprises, puis « Too Many Lies, Too Many Masters » il y a deux ans qu’il a en partie composé. C’est cet album qu’il est venu défendre au ‘Rock Imperium Festival’ devant un public espagnol conquis. En véritable showman, il impressionne de maîtrise accompagné d’un groupe enthousiaste et robuste.
RONNIE ROMERO
« Live At Rock Imperium Festival »
(Frontiers Music)
Que ce moment a dû être savoureux pour RONNIE ROMERO ! En juin dernier, il foulait la scène du ‘Rock Imperium Festival’ à Carthagène en Espagne, et le Chilien avait livré une très belle prestation qu’il a essentiellement bâtie autour de son dernier album solo en date, « Too Many lies, Too Many Masters ». Un disque à la signification particulière, puisque pour la première fois, il était directement impliqué dans son écriture. Une étape importante dans sa carrière et ce concert représente donc un certain aboutissement personnel.
Lui qui a œuvré au sein du Rainbow de Richie Blackmore, MSG, The Ferrymen, (dont il chante un titre), Sunstorm et d’autres, ou plus récemment avec Elegant Weapons monté par l’ex-Judas Priest Richie Faulkner, avec plus ou moins de bonheur, se voit enfin récompensé de l’inscription de son nom sur l’affiche du grand festival hispanique, et devant un public avec lequel il peut s’exprimer dans sa langue maternelle. RONNIE ROMERO est aux anges et cela s’entend. Et si le moment est particulier, sa performance est remarquable et explosive.
Le Sud-Américain coproduit le disque avec son batteur Andy C., et le résultat est très largement à la hauteur. Entouré de musiciens aguerris, il ouvre avec « Cast Away On The Moon », extrait de son véritable premier opus, et le ton est donné. Le frontman s’impose avec puissance et prouve qu’il est l’un des meilleurs chanteurs de sa génération (« Mountain Of Light », « Crossroad », « Too Many Lies, Too Many Masters », « Vengeance »). Puis, RONNIE ROMERO clot son set avec le « Rainbow in The Dark » de Dio. Un sans-faute !
Photo : Mejorado
Retrouvez la chronique de « Too Many Lies, Too Many Masters » :
Après avoir hissé son groupe Airbag parmi les meilleures formations mondiales de Rock Progressif, BJØRN RIIS prend aussi le temps de quitter son trio pour des escapades plus intimes. Tout en gardant ce toucher et ce son si identifiables, le guitariste et chanteur plonge sur « Fimbulvinter » dans une douce mélancolie à la fois légère et sophistiquée. Et quand il ne laisse pas parler sa guitare, c’est avec des mots d’une extrême justesse qu’il captive et prend encore plus de hauteur.
BJØRN RIIS
« Fimbulvinter »
(Karisma Records)
Trois ans après « Everything To Everyone », c’est avec un cinquième album solo que le co-fondateur d’Airbag fait son retour, moins d’un an après « The Century Of Self » sorti avec son groupe. Certes, certains morceaux auraient pu figurer sur l’un des disques du trio, mais l’approche du Norvégien en solitaire est beaucoup plus introspective, plus personnelle aussi et possède une profondeur assez unique. Constitué de paysages sonores dont il a le secret, BJØRN RIIS nous emmène dans un voyage sombre en quête de lumière.
S’il s’est inspiré de ses propres expériences sur l’angoisse, le désespoir et l’anxiété, « Fimbulvinter » n’est pas pour pourtant autobiographique, selon son auteur, et il sait aussi se montrer éclatant et d’une limpide clarté. Tenant son titre de la mythologie nordique, il représente le long hiver de trois ans qui précède Ragnarök. Cependant, il n’y a vraiment que sur l’intro, « Illhug » que l’on retrouve une touche Folk scandinave. Car, sur les cinq autres plages, c’est le Rock Progressif si reconnaissable et scintillant de BJØRN RIIS qui brille.
Pour autant, rien d’étouffant sur « Fimbulvinter », qui évolue à travers des morceaux emprunts d’une belle poésie sur laquelle on se laisse flotter à l’envie. Plein d’énergie, le musicien sait se montrer aussi plus Rock et véloce (« Gone »). Autour de « Panic Attack », long titre angulaire qui articule ce nouvel opus, BJØRN RIIS déploie son jeu de guitare fluide et lumineux et s’il a convié quelques amis venus l’accompagner, il s’est occupé du reste, tout en co-produisant l’ensemble avec son ami Vegard Kleftås Sleipnes. Magistral !
Photo : Anne-Marie Forker
Retrouvez la chronique de son précédent album solo :
Groupe phare et emblématique de la scène Metal Symphonique mondiale, EPICA signe un neuvième album aussi nerveux qu’accrocheur, enveloppé d’arrangements grandioses et porté par la voix cristalline de Simone Simons. Audacieux et racés, les Hollandais ont cette fois modifié leur façon de composer. « Aspiral » se montre même peut-être plus accessible dans ses mélodies que ses prédécesseurs, tout en restant résolument Metal et même assez complexe. Inspiré et ascensionnel, il est ici question de cycles, de destruction et de renaissance. Lumineux et puissant, le sextet signe un retour éclatant. A la veille de sa sortie, la frontwoman revient sur la conception de ce nouvel opus, ainsi que sur son expérience en solo et les gigantesques concerts donnés en 2023 avec chœurs et orchestre. Entretien.
– Vous avez commencé à travailler sur « Aspiral » il y a plus d’un an avec un planning très établi. Et il en est ressorti beaucoup de chansons. Tout d’abord, comment le choix définitif des morceaux s’est-il effectué, et avez-vous cherché un lien entre eux, sans pour autant réaliser un album-concept ?
Oui, en fait, les chansons ont toujours besoin de temps pour évoluer et certaines nécessitent aussi plus de travail que d’autres. Mais une fois que ce processus est fait, nous les écoutons toutes ensemble et c’est à ce moment-là que nous choisissons les meilleures pour l’album. Après, on fait chacun une liste de nos titres préférés. Il faut trouver le juste équilibre pour l’album et ensuite chacun vote ! C’est un groupe très démocratique ! (Rires) C’est tout simplement comme ça qu’on définit la sélection définitive pour le CD. En ce qui concerne les paroles des chansons, elles sont finalement toutes assez connectées entre-elles, c’est vrai. Donc, l’ordre sur l’album n’a pas vraiment d’importance, en fait, en tout cas pas dans ce sens-là.
– J’aimerais qu’on parle des morceaux « A New Age Drawns », dont on découvre ici les parties sept, huit et neuf. Où en êtes-vous de cette saga et avez-vous l’intention de la prolonger encore ?
Non, la saga s’arrête ici avec les trois dernières parties. Et puis, c’est aussi notre neuvième album, donc… Il s’agit sur « Aspiral » d’un changement dans la conscience de toute l’humanité. Nous devons nous réveiller et réagir à ce chaos dans lequel nous vivons. Nous devons nous concentrer sur la communauté et faire les choses ensemble, en arrêtant de ne penser qu’à nous-mêmes. Et tout cela vient donc acter la fin de la saga sur ce disque.
– D’ailleurs, est-ce que la composition de ces morceaux a quelque chose de particulier pour vous ? Et est-ce que, finalement, « A New Age Drawns » n’est pas un peu la colonne vertébrale d’EPICA depuis ses débuts ?
En fait, les paroles sont écrites par Marc (Jansen, guitare et voix – NDR), ainsi que la musique. Et oui, tout a commencé il y a de nombreuses années aux tous débuts d’EPICA en 2005. C’est lui qui a probablement la connexion la plus forte avec cette saga. Et si l’on revient sur le dernier album avec les trois dernières parties, ma préférée est sans doute « The Grand Saga Of Existence », je l’adore !
– Vous avez sorti « Omega » il y a quatre ans, puis « The Alchemy Project » l’année suivante pour célébrer vos 20 ans, un disque accompagné de nombreux guests. Vous aviez ressenti le besoin d’explorer d’autres styles et de vous détachez un peu d’EPICA le temps d’un EP ?
Oui, « The Alchemy Project » a été pour nous un bon moyen d’expérimenter beaucoup de choses et également de travailler avec de nombreux artistes venus d’horizons différents. En effet, je n’avais pas eu, d’une certaine manière, le sentiment d’avoir de limite au niveau du chant par rapport au style propre à EPICA. Cela a aussi été très inspirant pour nous, d’autant que le retour des fans a été très bon. On a senti qu’on pouvait aller vers de nouvelles choses, sans trop penser à notre style précisément. L’idée était juste d’écrire des chansons, d’expérimenter autant que nous le souhaitions et de nous amuser surtout. Et c’est exactement ce que nous avions fait ! (Sourires)
– Et l’an dernier, tu as sorti « Vermillion », ton premier album solo. Tu as travaillé avec Arjen Lucassen d’Ayreon sur des morceaux plus progressifs et électroniques. C’est un projet que tu nourrissais depuis longtemps ? Quel était l’objectif premier ? C’était avant tout pour te faire plaisir, même si ton emploi du temps est déjà très chargé ?
Oui, j’avais l’idée d’un album solo depuis de nombreuses années, mais je n’avais jamais le temps de m’y consacrer. Il y a un bon moment maintenant, j’avais déjà contacté Arjen en lui demandant s’il serait intéressé. Il m’avait répondu positivement, mais il n’avait pas le temps ! (Rires) Ce n’est finalement qu’au début 2023 que nous avons commencé à travailler sur « Vermillion ». Bien sûr, je désirais avoir mon album solo pour moi-même et faire également quelque chose en dehors d’EPICA. J’ai toujours travaillé avec d’autres artistes, bien sûr, j’ai fait de nombreuses collaborations, mais je n’avais jamais réalisé un album entier seule. Et puis, j’ai toujours adoré la musique d’Ayreon et je me suis dit qu’il serait le meilleur pour le réaliser avec moi.
– Parallèlement, vous aviez donné deux concerts exceptionnels à Amsterdam et Mexico, « The Symphonic Synergy », qui sortira d’ailleurs sur l’édition limitée d’« Aspiral ». C’est toujours un grand moment pour vous de vous produire avec un tel orchestre et une chorale complète ?
Oh oui, c’est un rêve qui devient réalité ! C’est la meilleure manière pour nous de créer de la magie. Cela correspond vraiment à notre musique, mais c’est impossible de faire de tels concerts à chaque fois, car cela implique énormément de gens. Je suis très fière de « The Symphonic Synergy », car nous avons travaillé dur et ce fut deux concerts magiques. Je suis aussi heureuse qu’il soit disponible en Blue-Ray pour que tout le monde puisse l’apprécier. C’est vraiment un sommet dans notre carrière. Ce sont bien sûr des concerts qu’on aimerait faire plus souvent, mais c’est une énorme organisation pour créer de tels shows. Il y a eu au total 150 personnes, hors et sur scène, à travailler sur ce projet. C’était fou ! (Rires)
– Est-ce que cela reste un objectif important pour un groupe de votre style de pouvoir jouer avec un orchestre symphonique, afin de donner toute sa dimension et son relief à votre musique ?
Oui, c’est exactement ça. On aimerait en faire plus souvent, bien sûr. En 2027, EPICA célèbrera ses 25 ans et nous sommes déjà en train de réfléchir à ce que nous pourrions faire sur scène et offrir à nos fans. Jusqu’à présent, nous avons toujours célébré nos anniversaires avec le groupe, des chœurs et un orchestre. Cette fois, nous regardons les possibilités pour voir ce que nous pourrions produire dans le futur. J’aimerais beaucoup partir en tournée avec un orchestre mais, financièrement, cela coûte vraiment très cher de créer un tel spectacle ! C’est énorme ! (Rires)
L’album d’EPICA, « Aspiral », est disponible chez Nuclear Blast Records.
Photos : Tim Tronckoe
Retrouvez aussi la chronique de l’album « We Still Take You With Us – The Early Years » et celle de l’album solo de Simone Simons, « Vermillion » :
Il a souhaité un album varié, quelque chose qui lui ressemble tellement que les gens ne pourraient l’imaginer ainsi… et il a réussi ! Avec AMERIKAN KAOS, Jeff Waters s’offre un terrain de jeu inédit et sans limite. Courant sur trois albums, cette expérience grand format s’aventure dans toutes les contrées Rock’n’Roll avec une joie très concrète qui vient s’ajouter à un savoir-faire, où le moindre détail est peaufiné à l’extrême. Avant de vous plonger dans « All That Jive », enlevez-vous tout de suite Annihilator de la tête : le plaisir est ailleurs… cette fois-ci !
AMERIKAN KAOS
« All That Jive »
(Metal Department)
AMERIKAN KAOS est en quelque sorte le jardin secret, ou la cour de recréation, de Jeff Waters, tête pensante d’Annihilator depuis 1984. Ayant mis son principal groupe sur pause pour quelques temps, le virtuose de la six-corde (entre autres !) travaille ardemment sur ce projet depuis 2019 et, après avoir sorti « Armageddon Boogie » en mai dernier, voici le deuxième volet de sa trilogie, « All That Jive », alors que l’on sait déjà qu’elle s’achèvera l’année prochaine avec « The Sheeple Swing ». Et si vous n’êtes pas au courant de la teneur du combo, la surprise va être de taille, d’autant qu’il sait vraiment tout faire… et avec la manière ! Ici, tout est différent de ce qu’on connait de lui.
L’objectif du Canadien, installé en Angleterre depuis quelques années, est avant tout de s’éloigner le plus possible du Thrash et du Heavy Metal qui ont fait sa réputation et dont il est l’un des grands et brillants artisans. Grand maître de la culture du riff, il est assez surprenant dans le son, mais pas dans son inimitable approche guitaristique. Et pour ce deuxième album d’AMERIKAN KAOS, il s’est amusé avec son impressionnante collection de guitares et d’amplis, et cela s’entend dans les multiples variations. Les territoires sonores sont si vastes qu’on imagine très bien la partie de plaisir qu’ont dû être la conception et l’élaboration de « All That Jive ».
Ce qui ne change pas, c’est que Jeff Waters s’est bien sûr occupé de tout : composition, écriture, arrangements, prise de son, mixage, production et mastering, le tout dans son ‘Watersound Studio’ du côté de Durham. Touche-à-tout de génie, il a embarqué le chanteur Stu Block, qui livre une prestation géniale, ainsi que le claviériste Bob Katsionis, sorte d’arme fatale des atmosphères. Pour le reste, on navigue dans un Hard Rock classique, un brin Heavy, parfois Glam et surtout hyper-Rock’n’Roll. Forcément, les parties de guitare sont étourdissantes de précision, d’inventivité et AMERIKAN KAOS peut compter sur le feeling sans limite de son créateur. Des riffs et des sourires !
Pas totalement personnel, « Recordings : 2020-2025 » offre un beau panel des goûts et surtout du talent de SIMON McBRIDE et permettra à qui ne le connaîtrait pas vraiment de mieux comprendre pourquoi il a été le choix de Deep Purple pour remplacer Steve Morse. Entre Rock, Classic Rock et Hard Rock, le guitariste a enregistré quelques inédits, en une seule prise et au studio Chameleon à Hambourg en Allemagne, en complément de reprises réinventées, qui ne laissent pas de doute sur ses influences et encore moins sur sa virtuosité.
SIMON McBRIDE
« Recordings : 2020-2025 »
(earMUSIC)
En 2023, la carrière du musicien originaire de Belfast a pris un sacré tournant avec son intronisation au sein de Deep Purple et une implication conséquente sur « =1 », dernier et très bon opus en date de la légendaire formation. Cela dit, le parcours de SIMON McBRIDE est aussi assez éloquent. Compositeur, musicien et producteur, il signe ici son sixième album studio après avoir évolué au sein de Sweet Savage, Snakecharmer et aux côtés de Don Airey. Une carte de visite plus que conséquente et de haut vol.
Cette fois, l’Irlandais revient avec un disque un peu spécial, qui regroupe des enregistrements datant des cinq dernières années et même finalisés juste avant son arrivée chez Deep Purple. Composé de titres originaux et de reprises, « Recordings : 2020-2025 » résume plutôt bien la vision du Rock de SIMON McBRIDE et permet aussi de constater sa facilité à s’approprier à peu près tous les genres avec beaucoup de facilité. Pour autant, pas complètement caméléon, c’est essentiellement sa touche qu’on retrouve ici.
Après « The Fighter » en 2022, c’est donc un panorama plus Rock qu’il propose sur 15 titres, qui montrent une belle homogénéité. La production est assez sobre, mais le toucher est toujours aussi singulier. Nette et avec des accroches souvent Hard Rock, la fluidité de SIMON McBRIDE est un modèle du genre que ce soit sur les riffs ou les solos. Par ailleurs, c’est assez bluffant aussi de constater qu’il s’inscrive à ce point dans des sonorités ‘so british’, dans ses compositions comme dans le choix des reprises. Un bon moment !
Photo : Jim Rakete
Retrouvez la chronique de « The Fighter », celle du dernier album de Deep Purple et du coffret de Snakecharmer :
Très respecté pour son style d’écriture, ainsi que pour un jeu de basse très identifiable, MARKO HIETALA, qui avait pourtant annoncé son retrait, semble avoir retrouvé de l’envie et surtout de l’inspiration. A la tête d’un quatuor uni et chevronné, il donne vie à « Roses From The Deep », un disque très bien réalisé où le songwriting se révèle toujours aussi authentique dans des registres qui, malgré leurs différences, se retrouvent dans un même élan pour éclairer le monde musical de ce musicien hors-norme, dont la performance est toujours aussi saisissante. Un deuxième effort solo remarquable et captivant.
MARKO HIETALA
« Roses From The Deep »
(Nuclear Blast Records)
La réputation de MARKO HIETALA n’est plus à faire, ni son talent à démontrer. L’ancien bassiste et co-chanteur de Nightwish fait son retour en solo pour donner suite à « Pyre Of The Black Heart » (2020). L’homme aux multiples projets (Tarot, Northern Kings et de très nombreuses collaborations comme avec Delain, Ayreon ou Avantasia) livre l’album qu’on attendait un peu de lui, à savoir une production où s’entremêlent les genres, passant d’un Metal mélodique souvent Hard et parfois Symphonique, à de la Folk ou du Prog. On sait l’étendue stylistique du musicien particulièrement vaste et il en use avec beaucoup d’habileté.
Et on ne met bien longtemps à retrouver l’univers artistique du Finlandais. Parfaitement accompagné de Tuomas Wäinolä (guitare), Anssi Nykänen (batterie) et Vili Ollila (claviers), le line-up a de l’allure, conjugue expérience et jeunesse et débouche sur un « Roses From The Deep » fluide et équilibré. MARKO HIETALA tient solidement les rênes et déploie des compositions créatives et efficaces. Entre orchestrations généreuses et arrangements subtils, ces nouveaux titres montrent une belle énergie, beaucoup de sincérité et un savoir-faire imparable.
Dès l’entraînant « Frankenstein’s Wife » qui ouvre les festivités, suivi de « Left On Mars » en compagnie de sa complice de toujours, l’ex-chanteuse de Nightwish Tarja Turunen, le Scandinave semble vouloir rassurer ses fans les plus ‘métalliques’ et « Proud Whore » va aussi dans ce sens. Histoire d’ajouter encore un peu de piquant, Juha-Pekka Leppäluoto de Northern Kings, se livre à un véritable exercice de style sur « Two Soldiers », marquant un certain basculement pour la suite. Puis, MARKO HIETALA régale avec le long « Dragon Must Die » ou le très accrocheur « Impatient Zero », et aussi « Tammikuu » chanté en Finnois.