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Blues Rock International

Samantha Fish : Jesse Dayton… et la foudre [Interview]

Dans un peu plus d’un mois, la fougueuse blueswoman américaine sortira un album avec son alter-ego Jesse Dayton, « Dead Wish Blues ». Cette réalisation originale a été composée à deux et fait suite à un EP de reprises, « The Stardust Sessions » paru en fin d’année dernière. Explosif, le duo souffle le chaud et le froid sur des morceaux souvent nerveux et parfois plus tendres et posés. SAMANTHA FISH montre ici toute la palette de son jeu, que ce soit à la guitare comme au chant. Récemment de passage à Paris, elle a répondu à quelques questions.

– En décembre dernier, tu avais déjà créé la surprise en sortant avec Jesse un EP de reprises, « The Stardust Sessions ». Même si vous vous connaissez depuis longtemps tous les deux, est-ce que c’est lors de ce premier enregistrement qu’est née l’envie de composer un album entier et original ensemble ?

Je pense que nous avions déjà tous les deux l’idée de faire un album complet avant de commencer la session de l’EP. C’était un peu une surprise, car nous sommes juste allés en studio pendant un après-midi pour voir ce que nous pouvions faire. Le label a pensé que c’était un bon moyen de présenter le projet au public avant la sortie d’un album complet. Puis, nous avons commencé à travailler sur l’écriture des chansons immédiatement après cette session.

– Avec Jesse, vous venez d’horizons musicaux assez différents et pourtant il y a une réelle alchimie entre vous sur l’album. Comment s’est passé le travail de composition ? Vous vous êtes proposé mutuellement vos propres chansons, ou vous avez fait les choses en commun ?

Nous avons fait une grande partie de l’écriture des chansons ensemble. La plupart des titres que nous partageons sont d’ailleurs créditées à nos deux noms. Nous n’en avons écrit que quelques-uns de notre côté et j’ai aussi fait venir mon partenaire de longue date, Jim McCormick, pour quelques morceaux.

– Si on connait déjà ta fougue naturelle, tu parais totalement débridée sur « Death Wish Blues ». Tu as abordé l’album comme une sorte d’exutoire ? Une grande récréation ?

Cet album a sa propre personnalité, je pense. Ma capacité à aller toujours plus loin vers quelque chose de différent est surtout venue de la collaboration de Jesse et Jon (Spencer – NDR). Parfois, cela vous pousse vers de nouveaux lieux en termes de création et cela enlève également une partie de cette pression de toujours rester dans un certain périmètre. Quand il s’agit uniquement de mes albums, je fais constamment des petits contrôles pour m’assurer que je reste fidèle à ma propre vision et à mon style… Mais cette fois, je me suis sentie libre de vraiment tout essayer.

– L’album a été enregistré en 10 jours à Woodstock et avec Jon Spencer aux commandes. C’est un rythme très soutenu pour un album complet et il sonne d’ailleurs très live. Il vous fallait faire vite pour délivrer et conserver cette impression d’urgence qui prédomine ?

La plupart de notre temps a été consacré à la pré et à la post-production. Et à peu près autant que pour l’écriture et la composition, tout comme pour le mixage, le mastering et la création des illustrations autour de l’album. Cela peut parfois prendre des mois. La musique elle-même consiste à capturer un moment spécial et précis. Certains de mes disques, parmi mes préférés, ont été faits en cinq jours. Ce n’est pas par négligence. Là, nous voulions immédiatement capturer et saisir cette foudre, donc cela doit être abordé d’une certaine manière.

Photo : Daniel Sanda

– D’ailleurs, comment s’est passé ce travail avec Jon Spencer, dont on connait les habitudes assez peu académiques ? Vous vous connaissiez déjà tous les trois ? Et a-t-il un peu bousculé ta façon de travailler en studio ?

Jesse et moi travaillions ensemble depuis un moment déjà et nous avions aussi commencé à co-écrire tous les deux et puis, il y a eu l’enregistrement de l’EP. Nous avons tous les deux rencontré Jon en studio. Je le considérerais un peu comme un prof, peut-être non-conventionnel dans son approche, c’est vrai. Il a passé beaucoup de temps derrière les consoles et il est également très intuitif sur la structure des chansons. Il a su comment tirer le meilleur son de chaque instrument. Je vais d’ailleurs certainement travailler dans ce sens avec ce que j’ai appris avec lui à l’avenir. J’ai aussi beaucoup appris sur le matériel, les magnétophones, etc… ainsi que sur la façon d’aborder les chansons pour en tirer le meilleur à chaque performance.

– Sur l’album, vous explorez avec Jesse des styles qui vont du Blues à la Country en passant par du Rock Garage et avec une énergie presque Punk parfois. Tu commençais à te sentir à l’étroit dans un registre que tu maîtrises parfaitement,  ou ce sont des musiques que tu as toujours écoutées et peut-être même déjà jouées ?

Je pense que mon style a toujours été très varié, mais définitivement ancré dans le Blues, c’est vrai. Cependant, il a pris des caractéristiques différentes d’un album à l’autre. J’ai une gamme assez large à travers la musique que j’écoute et c’était l’occasion de creuser un peu plus du côté agressif et Rock’n’Roll de ma personnalité.

Photo : Daniel Sanda

– A l’écoute de ce très bon et enflammé « Death Wish Blues », il y a une question qui vient tout de suite à l’esprit : y aura-t-il une suite à cette belle aventure ou s’agit-il juste d’un one-shot ?

Pour l’instant, nous avons fait ce disque et nous prévoyons de le jouer en concert, comme nous le faisons actuellement. Et puis, nous avons aussi nos propres projets en ligne de mire. Mais on ne sait jamais, nous pouvons très bien continuer et faire quelque chose de nouveau en chemin. Mais il faut d’abord sortir ce disque.

– On sait que tu tournes toujours beaucoup, mais est-ce que tu as déjà une petite idée du successeur de « Faster », sorti il y a deux ans ? Te sachant très active, est-ce que tu as déjà commencé à composer ?

J’ai quelques idées. J’ai recommencé à écrire. Parfois, il faut aussi se permettre de vivre sa vie. Bien qu’il s’agisse d’un disque de collaboration pour « Death Wish Blues », il m’a fallu la même quantité d’énergie pour l’écrire, autant que pour un album solo. Je m’investis totalement dans ma musique. Pour l’instant, je retourne un peu dans ma bulle pour commencer à écrire et composer, mais je n’en suis qu’au stade le plus précoce.

– Pour conclure, j’aimerais que tu me donnes ton regard sur la scène Blues féminine qui connait une incroyable effervescence depuis quelques années maintenant. Y a-t-il parmi toutes ces musiciennes certaines avec qui tu aimerais collaborer ? Des françaises aussi peut-être ? Je pense à Laura Cox, Gaëlle Buswel, Nina Attal, Jessie Lee, …

Je ne connais pas aussi bien que je le devrais tous les artistes de la scène contemporaine, hommes ou femmes. Je suis vraiment concentré sur mon travail et j’ai aussi écouté des artistes d’autres styles. Mais je sais qu’il y a plus de jeunes talents sur la scène Blues aujourd’hui qu’il n’y en a eu depuis longtemps. Je suis ouverte à toutes sortes de collaborations, tant qu’elles servent les chansons.

L’album de SAMANTHA FISH et de JESSE DAYTON, « Death Wish Blues », sortira le 19 mai chez Rounder Records et le duo fera une halte le 31 mai au Bataclan à Paris pour une soirée qui s’annonce déjà mémorable et brûlante !

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Heavy Blues Southern Blues

Dirty Deep : sans faux-semblants

Depuis ses débuts, DIRTY DEEP interprète ce type de Blues Rock qui vient coller à la peau de façon presqu’irréversible. Attachant, irrévérencieux et d’une liberté sans entrave, son jeu est aussi âpre qu’il est soigneusement mélodique pour finalement devenir irrésistible. Avec « Trompe L’œil », les trois musiciens vont à l’essentiel, sans far et avec une fluidité de chaque instant.

DIRTY DEEP

« Trompe L’Œil »

(Junk Food Records)

Après l’excellent « Foreshots », dernière réalisation unplugged du groupe sortie il y a trois ans, DIRTY DEEP remet les doigts dans la prise avec ce « Trompe L’Œil » de haute volée. Les 13 morceaux de ce nouvel album renouent avec le Heavy Blues explosif du trio. La chaleur du son du Delta heurte de plein fouet un Rock musclé et très Garage, qui repousse encore un peu plus le style si distinctif des Strasbourgeois entre harmonica et grosse guitare.

Toujours aussi roots et rugueux, DIRTY DEEP reste toujours aussi accrocheur et enivrant, et balance des refrains entêtants et souvent grisants. Authentiques et sincères dans leur démarche, les Alsaciens ont cette fois confié la production de leur sixième albums à François ‘Shanka’ Maigret, qui a posé ces nouvelles compos dans un bel écrin. Et le style du combo, quant à lui, reste intact et fidèle à son identité première entre fougue et moments paisibles.

Très Rock, légèrement Southern, et presque Stoner sur « Broken Bones » et « Juke Point Preaching » qui ouvrent l’album ainsi que sur le surpuissant « What Really Matters », DIRTY DEEP joue aussi sur les émotions avec des titres beaucoup plus Blues et enveloppants comme « Donama », « Your Name », « Hold On Me », le bel interlude « Impbreak III » et le touchant « Medicine Man ». Une fois encore, la partition est parfaite en légèreté et fracas.

Photo : P-mod
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Blues Blues Rock

Peter Storm & The Blues Society : modern & roots

Soufflant le chaud et le froid avec des titres Blues Rock fougueux et d’autres plus langoureux et feutrés, PETER STORM & THE BLUES SOCIETY est parvenu à s’inscrire une empreinte originale avec deux réalisations en trois ans, qui comportent étonnamment de nombreuses reprises. Avec « Second », les Portugais font preuve d’une grande diversité et de beaucoup de feeling.

PETER STORM & THE BLUES SOCIETY

« Second»

(Naked/Doner Productions)

Fleuron de la scène portugaise, le quatuor, en l’espace de trois ans, a braqué les projecteurs sur lui. Après quelques belles premières parties d’artistes internationaux et une prestation remarquée au fameux European Blues Challenge à Malmö en Suède, PETER STORM & THE BLUES SOCIETY semble avoir pris son allure de croisière et commence à se faire un nom au fil des concerts.

Simplement intitulé « Second », ce nouvel album fait suite à « First » (forcément !) où le groupe se présentait avec trois compositions originales et six reprises de Jimmy Burns, Carey Bell, James Harman et Sonny Boy Williamson. Des choix assez éclectiques qui en disent long sur PETER STORM & THE BLUES SOCIETY, ses influences et surtout le chemin qu’il a choisi d’emprunter.

Cette fois encore, les Lusitaniens se sont encore fendus de deux covers (« I Feel Like Breaking Up Somebody’s Home » d’Al Jackson et Timothy Matthews et « Beatrice » de Philip Walker). Le combo réalise une belle synthèse entre un Blues classique et un registre plus contemporain. PETER STORM & THE BLUES SOCIETY montre de beaux et solides arguments et devrait très vite s’imposer sur la scène européenne.

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Blues Rythm'n' Blues Soul / Funk

Bai Kamara Jr & The Voodoo Sniffers : la révolte par les notes

Figure atypique du monde du Blues, BAI KAMARA JR marie avec talent ses racines africaines avec l’école américaine initiée par le grand John Lee Hooker notamment. Engagé, l’artiste appuie là où ça fait mal avec des textes aussi incisifs qu’ironiques. « Travelling Medicine Man » est un voyage musical bercé par un chant accrocheur et une musique élégante.

BAI KAMARA JR & THE VOODOO SNIFFERS

« Travelling Medicine Man »

(Mig Music/UVM)

BAI KAMARA JR est un homme du monde… du monde entier. Originaire du Sierra Leone, il a grandi en Angleterre et vit depuis plus de 25 ans à Bruxelles d’où il compose un Blues d’une inspiration très américaine. Car si la base de son jeu prend racine dans le Delta avec les pionniers du genre, il est aussi et surtout teinté de rythmes et de couleurs africaines. Afro-Blues ou World Blues, c’est selon.

Entouré d’un quatuor de haut vol dont deux très bons six-cordistes, c’est donc autour de trois guitares que se forge le Blues ensoleillé de BAI KAMARA JR & THE VOODOO SNIFFERS. Et pour ce dixième album, le musicien se présente avec 13 nouveaux morceaux et il est difficile de se défaire de ce très bon « Travelling Medicine Man ». Très narratif et délicat, le style du Sierra-Léonais est aussi épicé que chaleureux.

Généreuse, cette nouvelle réalisation traverse donc bien des registres à l’instar du précédent « Salone » sorti en 2020, qui lui a valu une belle reconnaissance et un succès mondial. Mais loin de s’endormir sur ses lauriers, BAI KAMARA JR va encore plus loin dans sa quête  artistique et le résultat est brillant (« Shake It, Shake It, Shake It », « Good, Good Man », « Enemies », « Star Angel », « Mister President », « It Ain’t Easy »). Rayonnant !

Photo : Bjorn Comhaire
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Blues Folk/Americana Soul / Funk

Eric Bibb : la lumière d’un sage

C’est la résonance d’un peuple opprimé qu’ERIC BIBB a voulu faire entendre sur « Ridin’ », où le musicien se fait l’écho de siècles de lutte des Afro-Américains avec un positivisme incroyable chevillé au corps et aux cordes. Précieux et précis, ce disque est autant un voyage qu’une réflexion sur les mouvements populaires actuels et passés, le tout distillé à travers des chansons sensibles et émouvantes et en évitant toute noirceur. Un modèle d’optimisme et d’une incroyable sobriété musicale.

ERIC BIBB

« Ridin’ »

(Dixiefrog)

La captivante voix de velours d’ERIC BIBB opère toujours comme par magie sur ce superbe « Ridin’ », et cela fait même cinq décennies et près de 40 albums que l’Américain installé à Londres régale de son jeu plein de finesse et si expressif. Teinté de Folk, d’Americana et d’un brin de Country, le bluesman a aussi conservé dans son répertoire ses racines Soul et Gospel, qui rendent cette nouvelle réalisation d’une grande et apaisante douceur. 

Librement inspiré de la peinture d’Eastman Johnson (« A Ride For Liberty » – 1862), la pochette de « Ridin’ » évoque sans détour l’espoir, la détermination et le courage de la communauté afro-américaine au fil du temps. C’est donc sur la base de ce concept qu’ERIC BIBB a bâti son nouvel opus où il exprime sa conception d’un racisme systémique et la façon de le purger du monde. Le songwriter est un humaniste, ainsi qu’un passeur.

Musicalement aussi, le songwriter ne s’interdit rien et nous promène dans des contrées funky, groovy et chaloupées dans un Blues dépouillé et très acoustique. Inspiré et délicat, il aspire à transmettre son espérance dans un voyage plein d’amour et de volonté. Et histoire de faire briller « Ridin’ » encore un peu plus, ERIC BIBB accueille les stellaires contributions de Taj Mahal, Jontavious Willis, Russell Malone et Habib Koité. Indispensable !      

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Blues Blues Rock Ethnic

Moonlight Benjamin : volcanic voodoo

Rageuse et tellement libre, la nouvelle réalisation de MOONLIGHT BENJAMIN libère une énergie où tout paraît connecté. Explosif et saturé, le Blues ensorcelé de la Queen haïtienne illumine par une volonté fascinante de parvenir à un dessein musical unique. Et c’est chose faite avec « Wayo », qui claque autant qu’il rassemble dans un melting-pot d’influences variées et universelles.

MOONLIGHT BENJAMIN

« Wayo »

(Absilone/Socadisc)

Entre poésie et chamanisme, la chanteuse prêtresse avance sur ce troisième album dans un cyclone Blues et Rock libérant un cri de liberté pour son île meurtri et même au-delà. Dans sa voix, MOONLIGHT BENJAMIN semble également se faire l’écho des multiples catastrophes naturelles et les régimes politiques désastreux qu’a subi Haïti à travers un style aussi intemporel que moderne. Ce disque est un séduisant voyage chaotique. 

De cet esprit caribéen omniprésent et même si l’on retrouve aussi des rythmes typiquement africains, il émane une charge émotionnelle incroyable puisée dans la force insulaire de ses origines. MOONLIGHT BENJAMIN a fait sienne la puissance vaudou et l’impact sur ses propres textes chantés en créole est saisissant. Elle envoûte par un chant hypnotique qui se fond dans un Blues torturé. « Wayo » (cri de douleur en haïtien) prend ici tout son sens.

Intenses et spirituelles, ces onze nouvelles chansons produisent un relief étonnant et s’inscrivent dans une sorte de rituel où se croiseraient comme par magie The Black Keys et Rokia Traoré. Mais c’est sans compter sur la singularité vocale de MOONLIGHT BENJAMIN qui marie les genres avec une grande ferveur. « Wayo » est vraiment initiatique dans son approche très mystique, où la lourdeur des tempos accompagne des incantations magistrales.  

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Rythm'n' Blues Soul / Funk

The Supersoul Brothers : soul on fire !

Un premier album studio très bien accueilli et voilà que THE SUPERSOUL BROTHERS réapparaît déjà avec un disque live enregistré à domicile, « The Road To Sound Live ». Et c’est avec un optimisme communicatif que les musiciens du Sud-ouest font parler la poudre dans la joie à travers 15 titres mêlant Blues, Soul et Rythm’n Blues. Entre fougue et émotion, la communion est intense.   

THE SUPERSOUL BROTHERS

« The Road To Sound Live »

(Dixiefrog)

Révélé en 2021 grâce à un premier album digne des meilleures formations du genre (« Shadows & Light »), le sextet palois a cette fois les honneurs de son label et de ses ‘Dixiefrog Live Series’. La collection propose des captations scéniques inédites et THE SUPERSOUL BROTHERS se livre brillamment à l’exercice sur ce deuxième volume de haut standing. Un pari osé après un unique opus… mais largement remporté !

C’est dans leur Béarn natal, lors de ‘La Route du Son’, que le groupe a enflammé le public le 26 mars 2022 lors d’un concert désormais gravé dans le sillon et dépositaire d’une Deep Soul torride. Et l’énergie déployée sans compter par le frontman David Noël et ses compagnons de route hisse THE SUPERSOUL BROTHERS parmi les combos hexagonaux les plus dynamiques et inspirés… et évoluant dans une bonne humeur omniprésente.

Faisant la part belle à leur effort studio avec sept morceaux, les Français sont littéralement portés par une foule entièrement acquise à leur cause. Et si l’ombre de leurs aînés The Blues Brothers plane sur « The Road To Sound Live », la puissance du set lève rapidement le voile et THE SUPERSOUL BROTHERS partage de somptueuses reprises de grands noms, dont le « Heroes » de David Bowie dans une version Soul étonnante. Brillant et vivifiant ! 

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Blues

Nico Wayne Toussaint : comme un seul homme

Harmoniciste hors-pair, c’est pourtant à la guitare et au chant que s’illustre cette fois NICO WAYNE TOUSSAINT sur ce très bon « Burning Light », où le musicien s’autorise une belle et grande balade à travers le Blues et tout ce qu’il comporte comme diversité. Preuve que le style est encore loin de s’éteindre, et même qu’il brille de mille feux.

NICO WAYNE TOUSSAINT

« Burning Light »

(Independent/L’Autre Distribution)

Il aura fallu douze albums et une collaboration de près de 20 ans avec l’excellent label Dixiefrog à NICO WAYNE TOUSSAINT pour se lancer enfin en solo avec une guitare en main… même si ses harmonicas ne sont jamais bien loin. Originaire de Pau et grande figure du Blues français, le musicien a joué avec des pointures comme James Cotton, Luther Allison, Neal Black, Andrew Strong ou encore Guy Davis. Autant dire qu’entre la France et les Etats-Unis, il a eu tout le loisir de se faire plaisir aux côtés d’artistes prestigieux.

Si le talent de NICO WAYNE TOUSSAINT est incontestable, on ne l’attendait pas forcément à la guitare, et c’est là qu’il surprend autant qu’il épate. Bluesman dans l’âme, avec « Burning Light », il laisse s’exprimer son propre ressenti et son amour du genre avec une simplicité et une authenticité qui se lisent à chaque note. Les ambiances se confondent et se multiplient, passant de sonorités à la Ry Cooder à du Old-Tight plein de ressentis.  

Guitariste, il ne l’était donc pas. Pourtant, NICO WAYNE TOUSSAINT fait aussi figure de vieux briscards, quant il fait parler la slide (« I Thank You God »). Et ça lui va plutôt bien quand il rend hommage au bluesman John Campbell sur le morceau du même nom. Plus relevé sur « Wanna Try Somebody » et « Valentine », il multiplie les ambiances (« Give Me Back The Key », « How Long To Heal ») avec une classe que l’on savait déjà grande.

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Blues Rock France Rock

The Inspector Cluzo : free & groovy farmers [Interview]

Plutôt rare en interview, mais d’une grande générosité musicale, THE INSPECTOR CLUZO est de retour avec le très bon « Horizon », neuvième opus d’une discographie qui s’étoffe autant que ses prestations enflamment les scènes où le duo sévit. Toujours entre Rock et Blues, les Gascons ont composé un très bon nouvel album, qui devient vite addictif (voir chronique ci-dessous). Superbement produit, un certain Iggy Pop y est même allé de son petit message personnel avec la délicatesse qu’on lui connait. Un disque qui respire donc la joie, mais qui met aussi le doigt sur de multiples problèmes environnementaux que connaissent bien les deux fermiers. Court donc, mais très agréable, échange avec deux amis, Laurent Lacrouts (chant et guitare) et Mathieu Jourdain (batterie), qui tranchent avec le milieu de l’industrie musicale pour mon plus grand plaisir.   

Photo : Philippe Salvat

– Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce neuvième album porte bien son nom. En effet, il présente un large « Horizon » de votre univers musical et aucun morceau ne ressemble à un autre. Pourtant, il y a une grande homogénéité. Votre désir était-il de faire une sorte de bilan, ou de tour du proprio, de vos 15 ans de carrière ?

C’est le neuvième album en 15 ans, on a toujours beaucoup écrits et composés de chansons. Nous faisons de la musique depuis l’age de 7 ans tous les deux, on a démarré par le sax et la trompette et nous jouons donc de plusieurs instruments. Quand on a co-arrangé le concert des arènes de Mont de Marsan avec le symphonique de Pau l’année dernière, ça a été un peu l’aboutissement là en effet, car quand ta musique est jouée devant 4.000 personnes par une trentaine de grands musiciens. Ca fait quelque chose, surtout 40 ans après. Une forme de parcours. Cet album « Horizon » est la suite logique de l’évolution de notre songwriting et de nos compétences qui évoluent avec les années depuis 40 ans… Nous n’avons cessé, tous les deux, de nous remettre en question en permanence, depuis que nous sommes jeunes et nous continuons à chaque album, car on pense que si tu veux progresser, il faut être humble et toujours se remettre en question.

– « Horizon » a nécessité trois ans de travail, ce qu’on peut comprendre entre votre métier à la ferme et les tournées. En écoutant le résultat et l’atmosphère joyeuse de l’album, on croirait presque que ces trois semaines à Nashville ont été une petite récréation. C’est le cas ?

Oui, de toute façon pour nous l’enregistrement est un accomplissement, c’est la fin du processus de création et donc on s’amuse toujours beaucoup. Le travail dur est fait en amont à la composition. C’est là qu’on travaille énormément et qu’on laisse le temps au temps, souvent quand la chanson a mûri, ça sort en 10mn. Mais le process de digestion peut prendre des années. Par exemple, « Horizon », la chanson elle-même, ça aura pris 15 ans… car elle était sur le premier album, mais on était insatisfait du résultat. On crée tout le temps, souvent à notre insu, en vivant tout simplement.

– Vous êtes donc retournés à Nashville enregistrer avec Vance Powell que vous connaissez maintenant très bien. Comment cela se passe-t-il avec un producteur de cette renommée ? Vous arrivez avec une idée bien précise du son que vous souhaitez, ou est-ce que vous vous laissez guider et suivez ses conseils ?

Vance est très sélectif avec les groupes avec qui il travaille. Il a refusé un paquet de groupes (gentiment), dont la liste est longue comme le bras et certains sont des noms très célèbres. On a pu l’expérimenté, car il a refusé de faire l’un des plus grands bluesmen américains juste devant nous, car on était là et l’autre voulait nous dégager. Et ça Powell, il est un peu comme nous, il s’en fout de qui tu es. C’est un indépendant comme nous, il fait ce qu’il veut et il n’a jamais été dans le show-biz. Et malgré le fait que c’est sûrement l’un des 2/3 meilleurs en Rock aux Etats-Unis, il ne travaille pas forcément son réseau comme on dit, un peu comme nous. Il se concentre aussi sur la musique seulement. Il veut que les groupes aient ‘a thing’, un truc. Tous les groupes qu’il fait ne sont pas des débutants. Ils ont tous un truc ultra-personnel. Du coup, il ne va pas corriger ce que tu es, puisque il t’a choisi pour cela (Rires) ! Il essaie de te guider pour tirer le meilleur de toi, donc en gros, c’est beaucoup d’essai de son, car tout est fait à la source. Mais les chansons ne bougent que très peu entre les démos et l’enregistrement. Par contre, le niveau d’exigence de la performance est ultra-élevé. Le chant sur cet album a été une priorité, car les textes portés sont forts et Vance a fait avec Laurent comme il fait avec Stapleton… C’est-à-dire à fond pour avoir le meilleur.

Photo : Cyrille Vidal

– Vance Powell a d’ailleurs déclaré que c’était votre album le plus personnel. On le comprend très bien à l’écoute des textes, qui parlent essentiellement de votre quotidien. Justement, lorsque vous écrivez et composez vos morceaux, on pourrait penser que vous ayez envie d’échapper un peu à tout ça le temps d’un disque. Votre métier est si viscéral que vous ne puissiez vous en détacher ?

C’est plutôt que le style de musique qu’on fait. En tout cas, c’est vrai que ce qu’on pense a besoin de sens, sinon ça sonne vite creux. Les textes dans ce style de musique, c’est 50%, voire plus, d’une chanson. Elles sont composées à la guitare acoustique et ça fait pareil (Rires) ! Si on n’y mettait pas de sens, on ne ferait plus de musique. Il faut avoir du carburant dans les tripes et ça, c’est la vie qui te le procure et trop de confort ne fait pas bon ménage avec cette musique. Et ce n’est pas notre cas (Rires) ! Donc, on peut continuer… (Sourires)

– Votre album précédent, « We The People Of The Soil », s’est très bien vendu ce qui devient assez rare de nos jours en France surtout et dans ce registre. Vous avez été approchés par plusieurs labels et maisons de disques, et vous avez préféré continuer l’aventure en indépendant. Pourquoi ce choix ? Cela aurait aussi pu vous soulager de pas mal de boulot et aussi de contraintes, non ?

On a eu des propositions. On en a toujours eu, provenant de labels et surtout en tournée où là, ça fait la queue (Rires) ! On aurait pu se refaire la grange avec ce qu’on nous a proposé, mais on trouve ça hors-sol par rapport à notre réelle valeur économique. On essaie de maintenir une certaine idée des richesses économiques, sociales et environnementales. Les trois sont très importants à nos yeux, et nous sommes les seuls qui peuvent faire les trois par nous-mêmes. On veut juste montrer, comme avec la ferme d’ailleurs qui est aussi indépendante, qu’avec de petits moyens et des richesses économiques, sociales et environnementales, on peut faire son truc dans une certaine forme de sobriété, mais aussi d’efficacité. Nous n’avons rien contre les gros, car il en faut, mais les petits autofinancés ont aussi le droit d’exister et c’est important. Il y a de la place pour tout le monde.

L’album et le merchandising du groupe sont disponibles sur son site : https://theinspectorcluzo.com/

Retrouvez la chronique de l’album :

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Blues Hard 70's Rock 70's Soul / Funk

DeWolff : délicatement affiné

Par bonheur, il existe toujours des groupes pour qui l’analogique signifie encore quelque chose et qui parviennent encore à en extraire des petites merveilles. C’est le cas de DEWOLFF qui poursuit son aventure vintage entre Rock, Blues et Hard 70’s avec une touche de Soul et de Funk et basée sur un groove permanent. Avec « Love, Death & In Between », le trio néerlandais atteint encore des sommets.

DEWOLFF

« Love, Death & In Between »

(Mascot Label Group)

Cela fait maintenant 15 ans que DEWOLFF est resté bloqué dans les années 70, une époque qu’aucun de ses membres n’a connu et pourtant qu’aucun d’entre-eux ne souhaite quitter. Les Hollandais, nourris de Blues, de Rock Psychédélique, de Soul, de Gospel, et même de Southern Rock et de Hard vintage livrent un huitième album studio dantesque et plus élaboré que jamais. Le trio a vu les choses en grand et cela s’entend.

Les frères Van de Poel, Pablo au chant et à la guitare et Luka derrière les fûts, accompagnés du fidèle Robin Piso à l’orgue Hammond, offrent une synthèse incroyable d’une période musicale qui a forgé leurs influences pour obtenir ce style à la fois unique et intemporel. Et pourtant, DEWOLFF ne se répète, ne tourne pas en rond et se concentre sur un jeu incroyablement fluide délivrant des mélodies enivrantes d’un autre temps.

Superbement produit, « Love, Death & Between » est chaleureux et organique bénéficiant d’un soin tout particulier apporté aux cuivres, qui libère une superbe luminosité. Groovy et entraînant, DEWOLFF enchaine les morceaux sur une allure stellaire (« Night Train », « Message From My Baby », « Counterfeit Love », « Gilded »). Avec une mention spéciale à « Rosita » et ses 16 fabuleuses minutes, magnifique point d’orgue de l’album.

A noter que DEWOLFF se produira en Bretagne au festival ‘God Save The Kouign’ le 23 juin prochain à Penmarc’h, Finistère (29).

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Photo : Satellite June