Catégories
International Southern Rock

The Georgia Thunderbolts : southern taste [Interview]

Ayant sillonné l’Europe tout le mois d’août jusque début septembre avec une date au ‘Raimes Fest’, THE GEORGIA THUNDERBOLTS a enfin retrouvé sa mère patrie, où une grosse tournée l’attend à nouveau. Il faut dire que le quatuor a sorti son deuxième album, « Rise Above It All », en plein été et loin des Etats-Unis où il est donc attendu maintenant de pied ferme. L’occasion de revenir sur ce nouvel opus avec, dans l’ordre d’apparition, le batteur Bristol Perry, le chanteur, harmoniciste et pianiste TJ Lyle et le guitariste Riley Couzzort. La formation de Southern Rock a pris beaucoup de volume depuis son premier EP éponyme il y a quatre ans, mais n’a pas pour autant changé ses habitudes. Ils nous en disent un peu plus…

– On sait que le cap du deuxième album est toujours très important pour un groupe. Paradoxalement, « Rise Above It All » est sorti alors que vous étiez en tournée assez loin de vous, en Europe. C’était un choix délibéré ou le fruit du hasard, car ces concerts étaient peut-être prévus de longue date ?

Bristol Perry : En fait, c’est le fruit du hasard. La date de sortie de l’album était fixée depuis un moment. Il se trouve que le seul moment où notre booker à l’étranger, ‘Tres Hombres Tour Support’, avait des dates de libres, c’était au moment de la sortie du disque. C’est tout simplement comme ça que ça s’est passé finalement.

– Est-ce que, justement, le fait d’être loin de votre Georgie natale vous enlève un peu de pression quant à l’accueil de ce nouvel l’album ? Et avez-vous prévu quelque chose de spécial à votre retour au pays ?

Bristol Perry : Non, pas de pression… On a l’habitude de sortir nos albums à un moment donné et défini et c’est ce que nous avions fait. Sans aucun calcul. Oui, nous essayons toujours de faire un concert à domicile comme à chaque fois, et même chaque année, pour rendre l’événement spécial pour nos fans locaux. D’ailleurs, nous commençons également notre tournée américaine la semaine prochaine en démarrant par le nord-est.

– Vous avez reçu les premiers retours sur ce nouvel album surtout sur scène, comment a-t-il été accueilli par le public et vos fans, et quels sont les morceaux qui ont le plus d’impact en concert ?

TJ Lyle : Je pense que l’album a été bien accueilli. Personne ne savait vraiment à quoi s’attendre avec ce nouvel album et depuis sa sortie, nous n’avons reçu que de très bons compliments. Le single « Wait » a vraiment du succès. C’est typiquement la chanson où l’on attrape son partenaire et où l’on danse, ou alors un morceau que l’on écoute tranquillement et où l’on perd la notion du temps. Et « Stand Up » fait bouger tout le monde aussi, parce que c’est un titre très Rock.

– Sur vos deux EP et votre premier album, « Can We Get A Witness », vous aviez présenté un Southern Rock moderne dans la mouvance de l’actuelle nouvelle vague (Blackberry Smoke, Whiskey Myers, Robert Jon & The Wreck, …). Comment aviez-vous vécu ce fort engouement dès vos débuts, ainsi que celui du Southern Rock en général, qui s’ouvre à un nouveau public ?

TJ Lyle : Jusqu’à présent, c’est vraiment génial ! Il y a tellement de groupes de Southern Rock différents et chacun d’entre eux a un son différent et personnel. Et on revient aussi aux racines de tout cela, c’est-à-dire à une musique très organique. Ça a été une belle aventure jusqu’à présent pour nous et surtout d’être considérés dans cette communauté !

– Après une telle entrée en matière et ce beau succès, comment avez-vous abordé l’écriture et la composition de ce deuxième album ? L’idée était-elle de s’en détacher le plus possible ?

Riley Couzzort : Nous avons adopté la même approche que d’habitude, en fait. Nous entrons dans une pièce avec un riff de guitare, un rythme de batterie, une ligne de basse ou une simple mélodie et TJ ajoute ses paroles par-dessus. C’est ainsi que nous avons créé bon nombre des chansons que nous aimons et que nous adorons jouer sur scène.

– « Can We Get A Witness » était très moderne et plus Rock aussi, tandis que « Rise Above It All » a un aspect plus Americana et Blues dans l’ensemble. Votre volonté était-elle de dévoiler une autre facette de THE GEORGIA THUNDERBOLTS, peut-être plus sensible et en élargissant de fait votre spectre musical ?  

Riley Couzzort : Nos plus grandes intentions n’étaient pas seulement d’écrire des chansons que nous, en tant que groupe, apprécions et aimons jouer en concert, mais aussi de cibler un public plus Country-Rock avec des chansons ‘plus douces’ sur l’album. Ce sont également de très bons morceaux au niveau des paroles et ils s’accordent bien avec notre musique à mon avis. Je crois aussi qu’il y a des chansons percutantes sur cet album, tout comme sur le premier. Nous n’avons en aucun cas abandonné nos influences Hard Rock et même Metal sur cet album.

– Justement, j’ai été très amusé de lire que « Rise Above It All » contenait trop de morceaux mid-tempos, or c’est l’essence-même du Southern Rock, qui est fondé sur des racines Country, Americana et Blues. Est-ce que l’idée de départ était aussi de revenir aux sources du style ?

TJ Lyle : Nous avons toujours été plus orientés vers nos racines. Nous n’essayons jamais de nous en éloigner, ni de ce que nous sommes en tant que groupe. Nous venons du sud et nous jouons du Rock ! Mais nous jouons aussi du Blues, de la Soul et de la Country. Il est donc naturel pour nous de nous tourner davantage vers nos racines.

– L’album contient aussi deux reprises : « Ain’t Got No Money » de Frankie Miller et « It Ain’t Easy » de Ron Davies. Après avoir réécouté les versions originales, j’ai trouvé assez incroyable la façon dont vous vous les êtes appropriées. On a presque l’impression que vous les avez composé, tant elles se fondent très bien dans l’album. Ce sont des chansons que vous jouez depuis longtemps ? Et comment et pourquoi les avez-vous choisies ?

TJ Lyle : Notre manager Richard Young, qui est aussi membre fondateur de ‘The Kentucky Headhunters’, a eu l’idée d’enregistrer « It Ain’t Easy ». Nous n’avions jamais entendu ce morceau auparavant. C’était donc comme si nous l’écrivions nous-mêmes  en le façonnant, afin de pouvoir en faire notre propre version. Sinon, nous jouions « Ain’t Got No Money » depuis un moment déjà avant de décider de l’enregistrer. Ce morceau est si évident pour nous. Frankie Miller est un chanteur-compositeur exceptionnel et il correspond tellement bien à notre son que nous avons décidé de nous y essayer.

– Sur « Rise Above It All » figure « Wait », l’un des plus beaux morceaux de l’album sur lequel vous invitez Kurt Ozan, musicien très réputé de Nashville et connu notamment pour son travail avec Luke Comb. Comment s’est passée cette rencontre et comment avez-vous composé cette chanson ? C’est le fruit d’un travail en commun ?

TJ Lyle : J’ai rencontré Kurt il y a environ 11 ans, quand il jouait avec un gars nommé Michael Ray (grand chanteur et compositeur américain de Country – NDR) ! En fait, nous étions en train de charger leur matériel lors d’un concert pour eux ! C’était fou ! Nous avons ensuite perdu contact jusqu’en 2016 environ. Nous avions un peu plus tard ouvert au ‘Gulf Coast Jam’ pour Luke Bryan, et Kurt avait commencé à jouer avec Luke Combs à ce moment-là. Donc, c’était une belle réunion ! Nous sommes restés en contact et depuis il est l’un de mes grands amis ! Nous avions cette chanson « Wait » et nous avons immédiatement pensé : ‘Et s’il y avait du dobro dessus ?’ Mon premier réflexe a été d’appeler Kurt et il a été à fond tout de suite ! C’est l’un des gars les plus sympas et l’un des musiciens les plus talentueux que j’ai le plaisir de connaître et de considérer comme un ami !

– Pour conclure, malgré votre parcours relativement court, avez-vous le sentiment que THE GEORGIA THUNDERBOLTS  a en quelque sorte déjà fait ses preuves et s’est hissé au niveau de cette nouvelle scène du Southern Rock américain ? Pour ma part, j’en suis convaincu…

Bristol Perry : Merci beaucoup ! Je crois que nous avons encore beaucoup à prouver. Nous sommes reconnaissants d’être là où nous sommes, mais nous ne sommes pas encore là où nous voulons être. Nous nous efforçons toujours de progresser à mesure que nous avançons.

Le nouvel album de THE GEORGIA THUNDERBOLTS est disponible chez Mascot Records.

(Photo (5) : Jim Arbogast)

Retrouvez la chronique de « Rise Above It All »…

… Et l’interview du groupe lors de la sortie de « Can I Get A Witness » :

Catégories
Blues Blues Rock

Kenny Wayne Shepherd : diamant brut

Même si seulement un an sépare les deux volumes de « Dirt On My Diamonds », que l’attente a paru longue ! Il faut reconnaître que le songwriter, guitariste et chanteur avait placé la barre très haut et qu’une suite du même niveau était espérée. Et elle ne déçoit pas, bien au contraire, elle enchante. KENNY WAYNE SHEPHERD, entouré d’un groupe hors-norme, se montre une fois encore très inspiré et l’ambiance des studios de Muscle Shoals ne semble pas y être étrangère. Après ce « Vol. 2 », vous n’aurez qu’une envie : (ré)écouter le « Vol. 1 » !

KENNY WAYNE SHEPHERD

« Dirt On My Diamonds Vol.2 »

(Mascot Label Group)

Cela fait déjà un bon moment que les doutes se dissipent fortement et « Dirt On My Diamonds Vol.2 » vient clore une réflexion commencée il y a longtemps déjà. Je pense donc, et cela n’engage que moi, que KENNY WAYNE SHEPHERD est tout simplement le meilleur bluesman de sa génération. Sa technique, sa dextérité, son feeling et son écriture semblent désormais très au-dessus du lot. Parce qu’il n’élude aucun style, qu’il est aussi pertinent et doué au chant qu’à la guitare, il coche donc toutes les cases. Et ce second volet achève brillamment un cycle créatif entamé l’an dernier avec ses musiciens pour obtenir ce brillant double-album.

En moins de 30 ans de carrière, il s’est montré éblouissant à de très nombreuses reprises, mais c’est surtout cette constance et une régularité infaillible dans la qualité de ses albums, qui font la différence. KENNY WAYNE SHEPHERD ne traverse jamais le désert et son inspiration va même grandissante. Et puis, contrairement à bon nombre de ses confrères, il se met toujours au service des morceaux, et non l’inverse comme tellement d’autres. A l’instar du premier volume, c’est dans les légendaires studios Fame à Muscle Shoals, en Alabama, qu’a été enregistrée cette seconde partie et elle est encore bien compacte avec huit titres chaleureux et enflammés.

Ce n’est donc pas très loin de sa Louisiane natale que le songwriter est allé mettre sur bande les deux « Dirt On My Diamonds ». Comme précédemment, c’est Noah Hunt qui tient le chant principal, même si KENNY WAYNE SHEPHERD ouvre le bal avec le groovy « I Got A Woman » et se montre très attachant sur « My Guitar Is Crying ». On retrouve aussi des cuivres chaleureux (« Watch You Go »), des chansons plus funky (« Pressure ») et une superbe reprise de « She Loves My Automobile » de ZZ Top, élevée par des parties de guitare époustouflantes. Si le premier volume était déjà génial, on peut, sans exagérer, affirmer que celui-ci est encore meilleur. Une prouesse !

(Photo : Mark Seliger)

Retrouvez les chroniques de « Dirt On My Diamonds Vol.1 » et de « Trouble Is…25 » :

Catégories
Blues Blues Rock Contemporary Blues

Blues Caravan : trio de choc

De la Louisiane avec ERIC JOHANSON, à Belgrade avec KATARINA PEJAK jusqu’en Californie avec ALASTAIR GREENE, cette fois le « Blues Caravan » de Ruf Records nous propose une belle balade et si, sur le papier, l’éclectisme du trio peut surprendre, il est littéralement envoûtant sur scène. Chacun y va de son propre répertoire avant de se retrouver sur des morceaux judicieusement choisis entre compositions personnelles et quelques reprises bien senties. Un régal de deux heures entre Blues Jazzy et solide Blues Rock.

BLUES CARAVAN

« Katarina Pejak, Eric Johanson & Alastair Greene »

(Ruf Records)

Le label allemand Ruf Records, qui fête cette année ses 30 ans d’existence, a eu la belle idée il y a près de deux décennies déjà (19 ans pour être précis) de mettre en place les désormais célèbres « Blues Caravan ». L’idée est que trois artistes de la maison de disques se partagent la scène et jouent ensemble le temps d’une tournée. Avant KATARINA PEJAK, ERIC JOHANSON et ALASTAIR GREENE, de grands noms se succédés parmi lesquels on peut citer (et il en manque !) Vanessa Collier, Ally Venable, Albert Castiglia, Bernard Allison, Mike Zito, Ashley Sherlock, Ghalia Volt, Katie Henry, Sue Foley, Ana Popovic et beaucoup d’autres.

Et c’est vrai que chaque épisode de « Blues Caravan » révèle de belles surprises à travers des rencontres artistiques très intéressantes. Pour KATARINA PEJAK, c’est un retour car elle était déjà présente il y a cinq ans. La pianiste et chanteuse serbe, qui compte six albums (dont deux live) à son actif, apporte une note de Blues plus légère et jazzy à l’ensemble. Car de leur côté, les Américains ERIC JOHANSON et ALASTAIR GREENE ont pour habitude d’œuvrer dans un registre plus soutenu, essentiellement Blues Rock sur des riffs plus costauds. Et pour leur première apparition sur cette nouvelle tournée, ils ont été plus que convaincants.

Accompagnés par Christin Neddens (batterie) et Tomek Germann (basse), les trois musiciens se livrent sur deux heures de concert à travers 16 morceaux, enregistrés en avril dernier au ‘Blues Garage’ d’Isernhagen. Le principe est le même : ils se partagent équitablement la setlist avec quatre titres chacun et quatre autres ensemble. On peut donc découvrir les univers distincts de KATARINA PEJAK, ERIC JOHANSON et ALASTAIR GREENE entre chansons originales et reprises (Robert Johnson, Pink Floyd, Dr. John, Elmore James). Un bel album, plein de groove, de belles guitares et de chants différents dans une belle unité.  

(Photo : Tino Sieland)

Retrouvez les interviews et les chroniques d’albums d’artistes ayant participé aux « Blues Caravan » :

Catégories
Blues Soul

Diane Durrett : southern grace

Elevée au Gospel dès son plus jeune âge dans l’une des églises de Peachtree Street à Atlanta, DIANE DURRETT chante le Blues et la Soul comme on respire, c’est-à-dire avec instinct et précision. Toute l’âme du sud des Etats-Unis se diffuse dans « Sweet Georgia Blues », sur lequel elle clame toute sa reconnaissance à ses racines dans une chaleur réconfortante et une sincérité plus que palpable. Entourée de virtuoses, la blueswoman oscille entre un style American Roots et un Blues très Soul attachant et très personnel.

DIANE DURRETT

« Sweet Georgia Blues »

(Independent)

Figure incontournable dans sa ville et bien au-delà dans le monde du Blues, DIANE DURRETT est une chanteuse, compositrice et productrice comme on en rencontre peu. Saluée également pour son action avec ‘Women In Blues’, un évènement auquel elle se consacre pleinement, elle nous revient avec un dixième album, « Sweet Georgia Blues », qui fait suite à l’excellent « Put A Lid On It », sorti en 2022. Et une fois encore, on se régale de sa voix de velours et du panache des musiciens qui l’accompagnent, car ils sont venus nombreux apporter un relief saisissant de spontanéité à cette belle réalisation.

Et ce somptueux groove sur lequel DIANE DURRETT chante avec une passion non-dissimulée, on le doit à son groupe, le ‘Soul Suga’, composé de la batteuse Melissa Junebug, du claviériste Yoel Yehuda et du bassiste Fuji Fujimoto. Et si « Sweet Georgia Blues » atteint un tel niveau d’émotion et d’authenticité, c’est qu’il est solidement ancré dans la culture musicale de Georgie. Et c’est donc en voisins que Tinsley Ellis, Eddie 9V, Joey Sommerville et Mike Mattison sont venus lui prêter main forte avec un extraordinaire feeling pour atteindre des sommets de délicatesse et de souplesse.

Dès « Child Of The Blues » qui rend un hommage très positif à son ancien compagnon de route Yonrico Scott, DIANE DURRETT éblouit par sa voix d’une grâce absolue, toute en nuances et capable de balancer un Blues soutenu comme de s’élever dans des sphères plus Soul (« Sweet Georgia Blues », « Chasing Sunsets », « Black Cat In New Orleans » avec le trombone de Craig Klein). On se laisse bercer et envoûter par des mélodies pleines de feeling (« The River Sings To Me ») jusqu’à « Amazing Grace » a cappella et de toute beauté, qui surgit avant un « Look For Me », plein de sensualité. 

(Photo : Emerald Dove)

Catégories
Americana Blues

Amanda Fish : lumineuse

A Kansas City, et notamment dans la famille FISH, on en connait un rayon sur le Blues et son univers. Et si le prénom de Samantha est le premier qui vient à l’esprit, la musique de son aînée AMANDA n’a rien à lui envier. Montrant plus de facilité à s’engouffrer dans les racines de la musique roots américaine, elle est aussi créative quand il s’agit d’Americana que d’autres variations plus Rock et Alternative Country. Et avec « Kingdom », elle nous régale de sa voix authentique et sincère sur des textes forts.

AMANDA FISH

« Kingdom »

(VizzTone Label Group)

Nettement moins exposée médiatiquement que sa jeune sœur Samantha, dont le Blues Rock fait des étincelles depuis des années maintenant, AMANDA FISH mène une carrière plus discrète et plus sobre musicalement. Dans un registre qui présente tout de même quelques similitudes, c’est cependant au cœur d’un Americana Roots teinté de Blues qu’évolue cette artiste aux multiples facettes. Et avec ce troisième album, son talent resplendit dans des ambiances très variées et des mélodies soutenues où elle mène le bal.

A la fois bassiste, guitariste, pianiste, chanteuse et bien sûr compositrice, AMANDA FISH joue aussi du ukulele et de la mandoline et cette richesse instrumentale n’a rien d’étonnant lorsqu’on écoute ce délicat et solide « Kingdom ». Cela dit, si elle évolue sous son nom, les musiciens qui l’accompagnent sont nombreux, notamment les guitaristes et dans des approches très différentes. Et puis, on notera aussi la belle participation à l’harmonica de Richard Rosenblatt, le patron de son label, sur « Work ».

Affirmer qu’AMANDA FISH est une grande chanteuse est un doux euphémisme, tant son spectre vocal est puissant et enveloppant, et s’adapte sans mal aux morceaux estampillés Blues, Americana, Country Honkytonk et très roots de ce « Kingdom » d’ailleurs parfaitement produit. A ses côtés, les six-cordistes Terry Midkiff, Billy Evanochoko, Jeremiah Johnson et Dylan Farrell offrent un relief considérable entre slide et riffs appuyés. Et on retiendra aussi le touchant piano-voix « Mother », l’un des moments forts de cet opus.

Catégories
Americana Blues International

Elles Bailey : un groove transatlantique [Interview]

Si l’univers d’ELLES BAILEY est constitué d’un Americana très roots aux sonorités et au groove bluesy et gospel, ne vous y trompez, la chanteuse, musicienne et compositrice nous vient de Bristol en Angleterre, d’où elle élabore depuis quatre albums maintenant une superbe discographie. Aussi émouvante que terriblement endiablée, elle joue de toutes les sensations, surfant sur toutes les émotions pour en extraire un registre authentique, touchant et positif. Avec « Beneath The Neon Glow », la Britannique nous régale une fois encore. Entretien avec une artiste vraiment attachante avant qu’elle n’entame une tournée automnale.

– Tu avais été contrainte par la pandémie d’enregistrer « Shining In The Half Light » dans les studios Middle Farm dans le Devon, plutôt que dans le Tennessee initialement prévu. Cette fois, c’est un choix délibéré, puisque tu as écrit des chansons de « Beneath The Neon Glow » à Nashville avant de rentrer en Angleterre. Est-ce que, finalement, ce n’est pas le bon compromis pour élaborer ton ‘Americana Britannica’ ?

Oui, j’ai écrit la majeure partie de cet album au Royaume-Uni, à l’exception de « 1972 » et de « Silhouette In A Sunset », qui ont été écrites à Nashville, après ma prestation à l’évènement ‘Americana Fest’ et juste avant de rentrer en studio chez moi en Angleterre. Je serai toujours inspiré par la musique américaine et j’aime à penser qu’il y a un son transatlantique dans ma musique.

– On te retrouve aussi avec la même équipe et notamment Dan Weller à la production. Est-ce que c’est cette complicité artistique qui te pousse à enregistrer tes albums en Angleterre et aussi conserver une certaine continuité musicale peut-être plus britannique ?

Je savais en faisant « Beneath The Neon Glow » que je voulais le faire avec la même équipe que pour « Shining In The Half Light » : le même producteur, le même ingénieur, le même groupe et le même studio. Mais je savais aussi que je ne voulais pas refaire le même disque. Et j’étais sûre que nous pouvions faire quelque chose de génial ensemble, c’est pour cette raison que j’ai choisi ces personnes en particulier. Chacun dans la pièce apporte ses propres influences et les fusionne pour m’aider à raconter mon histoire.

– Dans quel état d’esprit étais-tu au moment de l’écriture de ce nouvel album, car tu passes par toutes les émotions ? Et malgré tout, l’ensemble est très positif et montre aussi beaucoup de sérénité. C’est ça le fameux ‘Enjoy Your Ride’ ?

Je pense que j’ai traversé toutes les émotions en écrivant cet album : l’exaltation comme les sommets de ma carrière mêlés à une profonde dépression. J’ai beaucoup lutté contre le syndrome de l’imposteur. Mais même si ce disque joue les montagnes russes des émotions que j’ai ressenties, il laisse heureusement toujours un sentiment d’élévation… Parce qu’il faut profiter du voyage, non ?!

– Ce quatrième album contient aussi beaucoup d’énergie et, même si tu travailles dorénavant avec Cooking Vinyl Records, est-ce que ton indépendance te donne une volonté supplémentaire pour aller de l’avant, te surpasser à chaque fois et aussi contrôler toutes étapes du processus d’un album ?

Je pense que peu importe avec qui je travaille, que ce soit avec mon label ou un autre, cela restera toujours mon objectif. C’est vraiment génial d’avoir le soutien de Cooking Vinyl derrière moi, une équipe tellement dynamique, mais je reste toujours aux commandes et je prends les décisions, ce que j’apprécie aussi ! (Sourires)

– Justement, tu es une chanteuse, une musicienne et une compositrice accomplie et reconnue dans le monde du Blues et de l’Americana. Par ailleurs, tes prestations live sont aussi très réputées. J’imagine que percer aussi aux USA fait partie de tes projets et de tes ambitions. C’est un marché et un univers plus difficile à conquérir, selon toi, pour une Anglaise dans ce style ?

Je n’ai jamais fait de tournée aux États-Unis et j’adorerais le faire. Cependant, en tant qu’artiste indépendant, je suis pleinement consciente des coûts que cela impliquerait pour percer là-bas, même les visas ont un prix que je ne peux pas me permettre pour le moment. Donc si quelqu’un a envie de m’aider à réaliser ce rêve, je suis toute ouïe ! (Rires)

– Depuis un peu plus de quatre ans maintenant, tu multiplies les récompenses avec un dizaine d’Awards en Angleterre. Comment est-ce tu reçois tout ça ? Fais-tu une différence et une réelle distinction entre la reconnaissance du public et celle de la profession ? Et y en a-t-il une plus importante que l’autre ?

Oh, wow, c’est une question délicate. J’ai eu la chance de recevoir de nombreux prix et ils m’ont ouvert des portes ici au Royaume-Uni et à l’étranger. Et s’il est important d’avoir la reconnaissance de l’industrie, car cela permet de faire connaître votre musique à un public plus large, pour moi, la reconnaissance du public est la plus importante. C’est lui qui écoute, qui vient aux concerts, qui se connecte avec moi en ligne et qui me soutient. Ce sont les vrais, vraiment les vrais, tout le reste n’est que de la poudre aux yeux !

– Un petit mot aussi sur ton émission hebdomadaire sur ‘Planet Rock Radio’. C’est assez rare de voir une artiste en présenter d’autres, surtout dans le même style musical. Quel plaisir prends-tu à faire de la radio ? Il y a l’aspect ‘découverte’ bien sûr, et le vois-tu aussi comme un tremplin pour la musique Roots américaine et britannique en Angleterre ?

C’est l’une de mes activités préférées. J’adore le fait de pouvoir mettre en avant des artistes émergents de l’Americana et du Rock à la radio. C’est une industrie très difficile, donc pouvoir donner aux autres la chance de se faire entendre sur une radio nationale est une immense joie pour moi. J’aime aussi entendre les auditeurs me dire à quel point ils apprécient la nouvelle musique ! Je suis très reconnaissante d’être sur ‘Planet Rock’ ! (Sourires)

– Enfin, tu vas commencer une tournée cet automne. J’imagine qu’aller sur scène à la rencontre de ton public est la plus belle récompense après des mois de travail en studio et de promotion. Est-ce que c’est le véritable poumon de ta vie d’artiste, ce que tu attends avec impatience après chaque sortie d’album ? 

Oui, j’ai vraiment hâte de partir sur la route, de rencontrer les fans et de fêter cet album ! Et ça fait longtemps que j’attends ça ! (Sourires)

Le nouvel album d’ELLES BAILEY, « Beneath The Neon Glow », est disponible chez Cooking Vinyl Records.

Retrouvez la chronique de l’album « Shining In The Half Light » :

Catégories
Blues Rock Classic Rock Soul

Brave Rival : l’envol

La scène Blues Rock anglaise ne s’est rarement aussi bien portée que ces dernières années avec l’émergence d’artistes rafraîchissants et créatifs. Et BRAVE RIVAL en fait bien sûr partie, grâce à des compositions pleines d’émotion où le British Blues côtoie le Rock et la Soul pour s’élever dans des sphères puissantes et accrocheuses. Les deux chanteuses sont évidemment l’une des forces de la formation, mais c’est surtout la complicité artistique et le feeling très palpable de l’ensemble qui dominent cet ensemble soudé et harmonieux sur « Fight Or Flight ».   

BRAVE RIVAL

« Fight Or Flight »

(Independant)

Mis en lumière il y a seulement deux ans avec un somptueux premier album, « Life’s Machine », suivi de près par un « Live At The Half Moon » époustouflant en live, BRAVE RIVAL n’avait pas mis très longtemps à se faire remarquer. Nominés aux UK Blues Awards dans la foulée, les Britanniques ont donc un rang à tenir et « Fight Of Flight » est attendu avec une certaine impatience. Et même s’ils ont déjà dévoilé pas moins de cinq singles, il reste des surprises… sept exactement ! Et sur les 50 minutes proposées, on passe littéralement par toutes les sensations.

Toujours aussi chevillé à son indépendance, BRAVE RIVAL est à nouveau passé par une campagne de crowdfunding pour financer son deuxième opus. Encore très bien produit, on retrouve les mêmes intentions, si ce n’est que le groupe montre peut-être un côté plus Rock cette fois. Du moins, c’est ce que laisse transparaître de l’entame pied au plancher du disque avec « Bad Choices », « Seventeen » et « Stand Up » avec en invités l’explosif et tonitruant Will Wilde et son harmonica.

Bien sûr, les deux frontwomen de BRAVE RIVAL, Chloe Josephine et Lindsey Bonnick, offrent des parties vocales aussi volcaniques que sensuelles et parviennent encore à éblouir par l’élégance de leur duo (« Insane », « Heavy », « All I Can Think About », « Five Years On », « Stars Upon My Scars »). Pour le groove, Donna Peters (batterie) et Billy Dedman (basse) font ronronner la machine, alors qu’Ed Clarke a du feu dans les doigts au point de livrer une prestation de haut vol avec notamment des solos renversants. Indispensable !

Retrouvez la chronique du précédent Live et l’interview accordée lors de la sortie du premier album :

Catégories
Southern Rock

The Georgia Thunderbolts : groovy roots

Une telle ascension force le respect. Alors que beaucoup mettent des années à s’imposer, THE GEORGIA THUNDERBOLTS est parvenu à se faire une place dans la belle famille du Southern Rock en l’espace d’un EP et d’une première et impressionnante réalisation studio. Trois ans plus tard, et après avoir partagé la scène avec leurs aînés du Marshall Tucker Band, Black Stone Cherry et Blackberry Smoke entre autres, le combo franchit la deuxième étape de son parcours sur un groove toujours aussi puissant. « Rise Above It All » confirme un héritage parfaitement assimilé et une inspiration croissante.

THE GEORGIA THUNDERBOLTS

« Rise Above It All »

(Mascot Records)

Dernier arrivé dans cette nouvelle génération de Southern Rock, le quintet avait frappé fort et affiché ses ambitions en 2021 avec « Can We Get A Witness », un premier album tellement efficace que son contenu était d’une rare évidence, tout comme son précédent EP éponyme d’ailleurs. Alors, renforcé par des prestations scéniques redoutables, THE GEORGIA THUNDERBOLTS est attendu au tournant et c’est justement en pleine tournée européenne qu’il sort « Rise Above It All », dont on attend beaucoup.

Avec une touche très moderne dans le jeu comme dans la production, les Américains ont soigneusement évité la redite et, même s’il est toujours bardé d’Americana et de Blues, ce nouvel effort studio a autant de résonnances Classic Rock que purement sudistes. En effet, THE GEORGIA THUNDERBOLTS se montre ici plus direct avec des riffs musclés et tenaces, et sait aussi verser dans une sensibilité plus Soul et délicate (« Wait » avec le musicien de Nashville Kurt Ozan, « Crawling My Way Back To You »).

Très proche de ses racines, le groupe entretient la flamme avec intensité et s’épanouit dans un Rock’n’Roll attachant et chaleureux (« Gonna Shine », « Stand Up », « Whiskey Talkin’ », « Pricetag »). Quelques années seulement après sa création, THE GEORGIA THUNDERBOLTS grandit sereinement, affine son style pour être dorénavant identifiable entre tous. Et avec un frontman de la trempe de TJ Lyle, deux guitaristes redoutables et une rythmique implacablement groovy, il dispose d’atouts imparables.

Retrouvez l’interview du groupe à la sortie de son premier album :

Catégories
Blues Contemporary Blues

Chris Cain : un coup d’éclat

Incroyable virtuose et distillant son feeling sur chaque note, le chanteur et guitariste CHRIS CAIN réapparaît sur le légendaire label Alligator avec un deuxième disque dont on ne se lasse pas. Totalement libre et épanoui grâce à un songwriting efficace et irréprochable, le musicien de San Jose s’en donne à cœur-joie et nous emporte sur ce « Good Intentions Gone Bad » séduisant de bout en bout, laissant parler sa six-corde avec une exceptionnelle fluidité.

CHRIS CAIN

« Good Intentions Gone Bad »

(Alligator Records)

Peut-être trop discret sur la scène Blues internationale et même américaine, CHRIS CAIN n’en demeure pas moins un artiste reconnu par ses pairs et dont la carrière parle pour lui. Avec une quinzaine d’albums étalés sur trois décennies, c’est surtout depuis sa signature en 2021 chez Alligator qu’il prend sérieusement la lumière, soutenu par Joe Bonamassa et Robben Ford notamment, qui ont su voir en lui le grand bluesman qu’il est. Et avec ce nouvel opus, il vient le confirmer avec beaucoup de classe.

Toujours dans cette veine héritière du son de Memphis et de BB King surtout, CHRIS CAIN s’en rendu dans le home-studio de Kid Andersen, producteur de « Good Intentions Gone Bad », mettre en boîte ses nouveaux morceaux. On y retrouve d’ailleurs beaucoup de cuivres, l’intervention de Kid sur divers instruments et celle de sa femme au chœur. Greg Rahn (piano, orgue), June Core et Sky Garcia (batterie), Cody Wright (basse) et même Tommy Castro sur un titre constitue ce solide line-up.

Electrique et classique, le jeu de CHRIS CAIN brille au son des riffs et des solos de sa Gibson ES-335, sans pour autant tomber dans une certaine nostalgie. Au lieu de ça, le Californien est étincelant, accrocheur et dynamique (« Too Little Too Late », « Fear Is My New Roommate », « Thankful » et le délicat « Blues For My Dad »). La joie transparaît sur les 15 morceaux et il est à souhaiter qu’enfin, il se pose définitivement au panthéon des plus grands de sa génération, car il le mérite vraiment.

Photo : Laura Carbone

Catégories
Contemporary Blues Soul / Funk

Caitlin Krisko & The Broadcast : soulful reverberations

Avec « Blueprints », CAITLIN KRISKO & THE BROADCAST semble franchir un cap et même si on devra se contenter de six titres, on reste sous le charme de ce nouvel, et bien trop court, effort. Avant une tournée anglaise à la rentrée, le quatuor se présente au meilleur de sa forme et la performance vocale de sa chanteuse est tout simplement époustouflante. Avec beaucoup de force et d’authenticité, elle captive grâce à des variations toute en puissance et terriblement mélodiques.    

CAITLIN KRISKO & THE BROADCAST

« Blueprints »

(Independant)

Après l’excellent « Lost My Sight » paru en 2020 et qui avait déjà posé les solides fondations de THE BROADCAST, c’est avec l’EP « Blueprints » que les Américains font leur retour. Cette fois, leur chanteuse et parolière CAITLIN KRISKO y a ajouté son patronyme, peut-être pour mieux marquer de son empreinte ce nouveau format-court, mais pas seulement. Il faut préciser que les six morceaux ont un côté très personnel et introspectif dans la mesure où la frontwoman a récemment perdu sa mère et nombre des émotions traversées ici y font directement référence, rendant ce Blues teinté de Soul et de Rock plus émouvant encore.

Si le premier album avait une couleur peut-être plus roots et brute avec un jeu plus direct, sur « Blueprints », CAITLIN KRISKO & THE BROADCAST joue la carte de l’émotion et la chanteuse est réellement au centre de toute l’attention. Née à Détroit et ayant grandi à New-York, c’est désormais dans la ville d’Asheville en Caroline du Nord qu’elle est basée et sans tomber dans un registre clairement Southern, des sonorités et des intentions très Soul se dégagent du EP, notamment sur les très bons « Haunted By You », Have To Say Goodbye » « Blue Monday », les chansons les plus touchantes.

Déchirante souvent, CAITLIN KRISKO fait parler la puissance de sa voix tout en faisant preuve de beaucoup de sensibilité et d’une folle énergie, comme sur le très funky et enthousiasmant « Devil On Your Side », qui ouvre cette nouvelle réalisation. Et que dire de ses camarades qui élèvent THE BROADCAST sur chaque titre ! Sur une production limpide, le groove et les arrangements très soignés prennent une dimension enchanteresse, comme sur le dynamique « Piece Of You » et l’entêtant « Operator ». Très moderne dans son approche, « Blueprints » montre un large spectre musical, et on attend la suite rapidement.