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Blues Blues Rock International

Neal Black & The Healers : worldwide blues [Interview]

Le plus français des Texans revient avec « Number 3 Monkey », un nouvel album où l’on retrouve l’éclectisme du guitariste, chanteur et songwriter américain. Car ce baroudeur du Blues ne cesse d’évoluer dans son style, dans son regard sur celui-ci et peut-être un peu aussi sur sa façon de jouer et de composer. Au fil des albums, NEAL BLACK & THE HEALERS a vu son approche s’européaniser, s’éloignant de l’aspect roots et un peu rugueux de son Etat natal pour embrasser une version et une vision sans doute plus globales et moins marquées de ce Blues Rock devenu si identifiable. Avec ce nouvel opus, l’Américain continue de se réinventer avec une fraîcheur qui ne le quitte pas et un universalisme du genre qu’il incarne avec talent.

Avant de parler de « Number 3 Monkey », j’aimerais qu’on revienne sur ton étonnant parcours. Tu as plus de 30 ans de carrière et cela fait aussi plus de 20 ans que tu vis en France. Quelle est la raison profonde pour laquelle un bluesman quitte son Texas natal, alors que son style préféré y est omniprésent et très apprécié ?

En réalité, la scène musicale aux Etats-Unis et au Texas, surtout pour ce genre de musique, a commencé à changer et à perdre le soutien et l’intérêt du public vers l’an 2000. Beaucoup de musiciens que je connaissais et avec qui j’ai travaillé ont été contraints de se reconvertir, car ils ne pouvaient plus faire de la musique qu’à temps partiel. C’était inacceptable pour moi, alors je suis parti au Mexique pour tourner dans les Hard Rock Café avec des musiciens mexicains, avant de finalement m’installer en Europe en 2004. Venir en France était un avantage, car ma carrière était déjà bien établie grâce aux disques que j’avais sortis chez Dixiefrog Records, avec un premier album sorti en 1993, et j’avais déjà fait plusieurs tournées et concerts en Europe. La transition s’est donc faite très naturellement et je suis extrêmement heureux en tant que musicien en France. Le public français et européen apprécie toujours la culture, l’art, la musique, etc… Et c’est quelque chose qui s’est perdu aux États-Unis.

– Au lieu d’évoluer sous ton seul nom, tu as créé The Healers. Cela peut paraître surprenant dans la mesure où le groupe a vu passer de nombreux musiciens. Tu avais besoin d’une entité qui te permette de conserver un son et une approche originale, même si tu restes le principal compositeur ?

La composition initiale des Healers a beaucoup changé, principalement en raison de mes nombreux déménagements aux Etats-Unis. J’ai quitté le Texas pour New York en 1989, puis je suis retourné au Texas en 1998. Ensuite, j’ai vécu au Mexique de 2000 à 2004, avant de m’installer en France en 2004. Il était donc impossible de maintenir une équipe stable. Cependant, depuis mon installation en France, les musiciens avec lesquels je travaille sont restés relativement constants. Mike Lattrell (ancien pianiste de Popa Chubby, originaire de New York) collabore avec moi depuis plus de 15 ans, tout comme Abder Benachour (ancien bassiste de Fred Chapellier) depuis 15 ou 16 ans. Nous avons également la chance de travailler avec plusieurs excellents batteurs, tels que Guillaume Destarac, Denis Palatin et Clément Febvre. En tant que principal compositeur du projet, je m’efforce de conserver une identité musicale constante, avec comme influence principal : le Blues, ses racines et sa musique.

– Tu as fait l’essentiel de ta carrière sur le fameux label français Dixiefrog avec une quinzaine d’albums marquants. Pourtant, avec « Number 3 Monkey », on te retrouve sur celui de ton ami Manu Lanvin, Gel Production. C’est un changement de structure qui peut étonner. Il te fallait de nouveaux objectifs, quelques défis pour retrouver un certain élan ?

La sortie de ce nouvel album sur Gel Productions était une suite logique, et je suis ravi de faire partie de l’équipe. Manu et moi avons collaboré sur de nombreux projets et nous partageons un style et une approche musicale similaires. Manu est l’un des musiciens les plus travailleurs que je connaisse, et c’est un autre point commun : nous aimons tous deux œuvrer pour atteindre un objectif commun : créer la meilleure musique possible et satisfaire le public.

– Aujourd’hui, ton nouvel album sort donc sur le label de Manu Lanvin, dont tu as écrit l’essentiel de « Man On A Mission », son dernier disque. Ce n’est pas la première fois que tu collabores avec d’autres artistes, loin de là. Qu’est-ce qui te plaît autant dans cet exercice ? Te permets-tu des choses que tu n’oserais pas en solo avec The Healers ?

J’adore collaborer avec des artistes de tous styles musicaux. Récemment, j’ai travaillé en studio avec Joyce Tape (chanteuse et bassiste africaine), Laly Meignan (actrice française), Enzo Cappadona (jeune guitariste de Blues français), Sand & Folks (musique roots avec Sandy Goube à la guitare et au chant), et bien sûr avec de grands noms du Blues et du Rock : Manu Lanvin, Fred Chapellier, Phil Vermont et bien d’autres musiciens. C’est passionnant et cela me permet d’explorer d’autres horizons, de sortir de ma propre mentalité. Il s’agit avant tout de mettre son ego de côté et de se mettre au service de la chanson et de la musique pour obtenir le meilleur résultat possible pour l’artiste en question.

– On parlait de nouveau challenge avec ce changement de label. Est-ce pour cette raison que « Number 3 Monkey » est aussi électrique ? Est-ce que tu as ressenti le désir d’explorer au maximum la planète Blues ?

Nous essayons toujours d’utiliser un maximum de nuances du genre ‘Blues & Roots’, lorsque nous sommes en studio, afin de proposer une expérience intéressante pour les auditeurs et pour nous aussi ! Ce genre musical offre une grande liberté si l’on comprend ses origines.

– Ce qui est également étonnant dans la conception de ce nouvel album, c’est qu’il a été enregistré en pleine tournée, lors de vos jours de repos, et dans trois studios différents en France et en Belgique. Avais-tu besoin de cette dynamique du live ?

Je pense que c’est simplement l’énergie que nous avions en tournée et en allant en studio les jours de repos. Nous avions une cohésion qui n’est facilement transposée de la scène au studio.

– En plus de tes compositions, tu présentes deux reprises un peu étonnantes sur l’album, puisqu’il s’agit de deux chansons traditionnelles immortalisées par Skip Jones pour « Devil Got My Woman » et Robert Wilkins pour le Gospel « No Way To Get Mad ». Ce sont deux chansons que tu joues depuis longtemps ? Ou es-tu allé fouiller dans l’héritage profond du Blues ?

Ces chansons ont été choisies parce qu’elles sont un peu obscures et que nous essayons de reprendre des morceaux de Blues moins connus du public, mais ce sont des chansons que j’apprécie depuis longtemps et c’était donc un voyage intéressant que d’essayer de les reprendre avec notre propre interprétation.

– Un mot enfin sur les amis que tu as invité à se joindre à toi. On retrouve Nico Wayne Toussaint, Janet Martin et Flo Bauer. C’est important pour toi de les avoir à tes côtés, d’autant que cela s’inscrit aussi dans cette notion de partage, chère au Blues ?

Je travaille avec Nico depuis de nombreuses années, et sur sur différents projets, et il est mon harmoniciste préféré. C’est un musicien exceptionnel, capable de répondre à tous mes besoins musicaux, que ce soit en studio ou en concert. Je suis honoré de l’avoir comme collègue et ami proche depuis tant d’années. Quant à Flo Bauer, il fait partie de la nouvelle génération d’artistes de Blues que je respecte énormément. Extrêmement talentueux comme guitariste, chanteur et compositeur, il est un artiste essentiel pour l’avenir de ce genre musical. Quant à Janet Martin, c’est une bonne amie et nous avons collaboré à de nombreuses reprises lors de tournées en Europe. C’est une excellente guitariste slide et une chanteuse formidable.

Le nouvel album de NEAL BLACK & THE HEALERS , « Number 3 Monkey », est disponible chez Gel Production.

Retrouvez aussi la chronique de « Wherever The Road Takes Me », magnifique recueil de 30 ans de carrière :

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Heavy Stoner Rock International

Electric Hydra : extreme energy [Interview]

Six longues années après son premier effort, le quintet fait un retour explosif avec « From The Fallen », composés de onze morceaux qui sentent la poudre et d’où jaillit un Heavy Stoner Rock massif. Entre-temps, ELECTRIC HYDRA a accueilli deux nouveaux guitaristes, rien que ça, et a forcément pris du volume. Le son de cet nouvel opus est plus brut, ample et puissant. Rangé derrière sa percutante frontwoman, Sanne Karlsson, le combo terrasse tout sur son passage, non sans s’appuyer sur de belles mélodies et il montre surtout avec une solide cohésion. Avec deux femmes dans ses rangs, le groupe joue presque la parité, d’autant que leur présence apporte un élan singulier à un répertoire déjà incisif et tranchant. Entretien avec une chanteuse pétillante, qui a hâte d’enchaîner les concerts et qui reste d’une curiosité viscérale.

– ELECTRIC HYDRA revient six ans après un premier album éponyme remarqué. Même s’il y a eu le single « Eyes Of Time » en 2022 et en quatuor, « From The Fallen » apparaît presque comme une renaissance. Est-ce le cas ?

Oui, on pourrait dire ça, plus ou moins. On s’est en quelque sorte réinventés. Le chemin n’a pas été facile, mais il nous a menés à cet album, et nous voilà : fiers et rayonnants. (Sourires)

– D’ailleurs, il y a eu un changement conséquent de line-up avec l’arrivée de deux nouveaux guitaristes. C’est loin d’être anodin, car c’est souvent la couleur musicale d’un groupe. Or, ELECTRIC HYDRA conserve et renforce même son identité. Comment avez-vous négocié ce virage ?

Comme nous avançons constamment, nous ne réfléchissons pas souvent à ces transitions. N’étant pas tenus de sonner d’une certaine manière, ou plutôt, aimant explorer différents genres, nous avons toujours été ouverts à l’expérimentation de nouvelles idées, comme les collaborations avec des artistes invités, par exemple. C’est peut-être cette curiosité d’explorer de nouvelles pistes tout en préservant cette identité profonde qui nous définit.

– Est-ce qu’aujourd’hui, ELECTRIC HYDRA a trouvé son équilibre à cinq et surtout avec deux guitares ? Le groupe a clairement gagné en puissance et votre Heavy Rock trouve aussi ses bases dans un Stoner Rock massif et toujours cette touche Hard Rock légèrement vintage. Avez-vous maintenant le sentiment d’avoir plus de possibilités que vous n’en aviez auparavant ?

C’est vrai, que nous sommes influencés par de nombreux styles différents et nous aimons explorer divers univers sonores. Avoir deux guitares nous permet d’être plus créatifs. Cela apporte également une dimension supplémentaire à nos concerts, ce que nous apprécions beaucoup. Et n’oublions pas la contribution d’Emil à la composition. Il a apporté une perspective nouvelle au groupe que nous apprécions énormément.

– Un mot aussi de la production, qui est signé par votre batteur Dennis Åhman. Le travail qu’il a accompli dès l’enregistrement jusqu’au mastering est remarquable. Est-ce que c’est justement ce qui a permis au groupe de conserver le son qui le caractérise depuis le début ?

L’anecdote est assez amusante, car suite à une série de soucis, nous nous sommes retrouvés complètement fauchés. Heureusement, grâce à la solide expérience de Dennis en ingénierie du son et à notre proximité avec le studio, le projet a pu être lancé. Nous avions une vision précise du son que nous souhaitions pour l’album, et le fait de maîtriser l’ensemble du processus nous a permis d’atteindre exactement le résultat escompté.

– Sanne, on te sent également plus déterminée que jamais, comme si c’était le moment de t’affirmer pleinement en véritable leader du groupe. On a presque l’impression que tu attendais ce deuxième album avec beaucoup d’impatience, tant ta prestation est forte. Est-ce que qui t’a animé aussi ?

Je ne sais pas si c’est quelque chose que je fais consciemment, mais oui, je m’y investis à fond, à 100 %. J’imagine que ça peut parfois agacer mon entourage, car j’ai tendance à trouver les autres trop lents quand je suis à fond. (Sourires) La raison pour laquelle je joue dans un groupe, et ce que j’apprécie le plus, c’est de jouer en live, et j’espère que nous sommes tous d’accord là-dessus ! (Sourires) Il n’y a pas eu assez de concerts ces derniers temps. Il était donc grand temps de sortir un nouvel album pour pouvoir reprendre la route.

– Par ailleurs, ELECTRIC HYDRA a toujours eu une approche très underground dans le son, ainsi que dans le style. Est-ce aussi l’une des raisons qui vous a incité à produire « From The Fallen » en interne ? Pour conserver cette flamme et cette énergie ?

Oui et non. La scène underground nous a permis de jouer et de créer. C’est une communauté très solidaire. Mais bien sûr, on adorerait aussi investir dans un bon studio avec un producteur de renom, dès qu’on aura le budget ! (Rires)

– Un mot aussi des morceaux « Contagious », « Riding The Haze » et « The Fallen » où vous accueillez quelques invités, à savoir Per Wiberg (ex-Opeth, Spiritual Beggars), l’Américain Mateo Von Bewitcher (Bewitcher) et aussi… ton père, Sanne. C’est assez inédit de jouer en famille dans ce registre. Comment cela s’est-il passé ? Et comment est née l’idée de ces trois featurings ?

En fait, il y a trois histoires différentes derrière tout ça, une pour chaque collaboration. Tout d’abord, avec Elvira, qui vend nos produits dérivés lors des concerts, nous sommes de grandes fans de Bewitcher. On a rencontré Matt et les autres membres du groupe lors de leur concert en Suède. Et tout simplement, je lui a demandé de lire quelques couplets inquiétants et Matt a eu la gentillesse de le faire. Ensuite, Per est le musicien le plus cool du monde et un type vraiment sympa. Il a joué avec des groupes incroyables au fil des ans. On aurait bien aimé qu’il joue sur le premier album aussi, mais on n’avait jamais eu le temps, ni le courage de le lui demander. Alors, l’avoir avec nous cette fois-ci, c’était vraiment spécial. On l’a croisé dans différents festivals et on a toujours passé de super moments. Les claviers, surtout joués par un musicien aussi talentueux, ajoutent une autre dimension aux chansons. Il a un don pour choisir les morceaux qui conviennent à chacun. Et comme, nous sommes de grands fans de Spiritual Beggars, alors c’est un honneur de l’avoir avec nous. Et enfin, Bo Karlsson n’est pas seulement un guitariste virtuose, c’est aussi le meilleur papa du monde ! (Sourires) Quand la voiture tombe en panne, que le chauffage fait des siennes ou que quelqu’un a simplement besoin de compagnie, il est là en un clin d’œil. Lui et ma mère, Simone, habitent tout près, et ils adorent prendre un café ensemble et discuter de tout et de rien. Un jour, nous avons pris un fika traditionnel suédois ensemble (café et brioches à la cannelle – Rires) comme d’habitude. Dennis jouait de la guitare et testait des idées pour la chanson « A New Dawn » quand il a soudainement tendu la guitare à Bobo. Et là, miracle ! C’est arrivé comme ça ! El n’avait même jamais entendu cette chanson auparavant.

– Enfin, lorsque l’on voit le line-up d’ELECTRIC HYDRA, il émane forcément une identité très féminine du groupe, avec peut-être plus de souplesse et de sensibilité, mais sans pour autant enlever de l’aspect incisif et puissant de l’album. Est-ce qu’à ce niveau-là, il y a aussi une recherche d’équilibre dans le ton notamment et d’une touche plus originale également ?

Il est encore bien trop rare de voir des femmes dans les musiques plus extrêmes. Si nous pouvons contribuer à faire évoluer les choses, nous le faisons avec plaisir. Il arrive souvent que certaines viennent nous voir après les concerts pour nous dire combien elles sont heureuses de nous voir sur scène. Nous avons la possibilité d’être plusieurs choses à la fois, alors pourquoi ne pas en profiter ? (Sourires).

Le nouvel album d’ELECTRIC HYDRA, « From The Fallen », est disponible chez Majestic Mountain Records.

Photos : Jacob Hellenrud, Isuru Jayasuriya et Arkko Mattheiszen.

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Americana Bluesy Rock Country-Rock

Lucinda Williams : un œil sur le monde

Emouvante et combative, l’Américaine n’a pas son pareil pour mettre ses luttes et ses convictions en musique. Après une parenthèse récréative où elle a repris sur disque les Beatles dans les studios d’Abbey Road, LUCINDA WILLIAMS reprend la plume et la guitare pour se livrer à son domaine de prédilection. Assez Rock et bluesy dans la forme, son Americana fait encore et toujours des étincelles, bien aidée par des musiciens de haut vol. Préoccupée par la situation et les positions de son pays, elle évite tout fatalisme et se montre pleine d’espoir sur ce puissant « World’s Gone Wrong ».

LUCINDA WILLIAMS

« World’s Gone Wrong »

(Highway 20 Records/Thirty Tigers Records)

Le nouvel album, son 17ème, de LUCINDA WILLIAMS s’inscrit comme toujours dans le combat et la protestation. Une quête de liberté, d’égalité et de justice qui lui colle à la peau et qui fait d’elle une artiste unique et authentique, à l’instar d’un Bruce Springsteen. Son engagement est sans faille et « World’s Gone Wrong », dont le titre parole de lui-même, est un reflet de notre époque, une sorte de miroir de notre société, celle où elle vit en tout cas. Composé et enregistré dans l’urgence au printemps dernier, la songwriter lance une sorte de cri d’alarme.

Derrière l’apparente légèreté de son Americana aux élans Blues et Country, le propos est plus sévère et très réaliste. Indomptable, LUCINDA WILLIAMS se nourrit de son quotidien, de sa propre histoire et bien sûr de son environnement. Et le monde qui l’entoure l’inquiète et provoque sa colère. L’Amérique contemporaine qu’elle dépeint avec tant de justesse et de vérité a, cette fois, des allures d’apocalypse. La chanteuse se débat au milieu des mensonges et de la désinformation, mais sans jamais tomber dans le moralisme.

Musicalement, le style ne change pas tellement. On perçoit toujours cette fibre Gospel nichée aux creux des refrains, entre les couplets ou dans un simple accord de guitare. LUCINDA WILLIAMS signe neuf nouvelles compositions et livre une reprise de circonstance avec une invitée de marque. Sorti en single, « So Much Trouble In The World » de Bob Marley prend une toute autre ampleur aux côtés de la grande Mavis Staples, icône de la lutte des droits civiques. Et avec la participation de Norah Jones, « World’s Gone Wrong » est littéralement rayonnant.

Photo : Danny Clinch

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Musique celtique Musique traditionnelle

Eric Vercelletto : la source comme phare

Très métissée, la musique d’ERIC VERCELLETTO prend racine en Bretagne, parfait champ des possibles pour aller piocher dans d’autres cultures des tonalités, des rythmiques et des échos qui viennent se lier, épicer et apporter des saveurs lointaines à un ouvrage aussi atypique que familier. « Beg An Dorchenn Project » est l’idée un peu folle de ce guitariste, claviériste, flûtiste, compositeur, arrangeur et producteur, qui a su faire le pont entre ses premières amours intimement liées à son pays avec des réverbérations quasi-universelles.

ERIC VERCELLETTO

« Beg An Dorchenn Project »

(Independant)

Ce premier album d’ERIC VERCELLETTO tient littéralement de l’épopée. Démarrée il y a plus de dix ans autour de la très inspirante pointe de la Torche dans le Finistère, la fameuse « Beg An Dorchenn », elle est aussi tournée vers le monde avec pour axe central cette avancée rocheuse dans l’océan qui aimante et impulse le socle musical du disque. Car si l’univers du musicien est étroitement lié à la Bretagne et à la musique celtique plus largement, des sonorités brésiliennes, balkaniques et indiennes viennent colorer l’ensemble.

Et de la couleur, « Beg An Dorchenn Project » n’en manque vraiment pas. A l’instar de ce lieu aux paysages si changeants, il hypnotise et envoûte. Enregistrée entre Quimper, Estoril et Berlin, cette première réalisation se veut transcontinentale dans le son et ce sont des musiciens issus d’horizons éloignés, plus d’une dizaine en plus du Bagad Penhars, qui se sont joint à ERIC VERCELLETTO. Sur une trame contemporaine, parfois jazzy ou classique, la jonction avec la tradition est aussi fluide qu’évidente, la virtuosité de chacun faisant le reste.

Bien qu’il s’agisse d’une autoproduction, la qualité de « Beg An Dorchenn Project » n’a rien à envier aux grosses cylindrées mainstream du genre. Au contraire, l’authenticité qui émane des dix morceaux est le fruit des rencontres d’ERIC VERCELLETTO avec des artistes dont il partage la vision et avec qui il a noué de solides amitiés. Surtout instrumental, quelques voix survolent aussi cet opus captivant avec légèreté (« An Nor I &II », « Kerz A Rimp Beteg De Jujuy », « Larry Den », « Marig Ar Pollanton », « Kelch’h Dogor ») De toute beauté !

L’album est bien sûr disponible sur le site de l’artiste : www.vercelletto.com

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Blues Rock

Thomas Frank Hopper : wild freedom

Imprévisible et très créatif, THOMAS FRANK HOPPER ajoute un magnifique nouveau chapitre à son aventure musicale. Toujours entre Blues et Rock, « Wild Ones Never Die » montre que le Belge est capable d’aller encore plus loin dans un registre parfaitement maîtrisé, où son écriture est encore plus libre, son jeu de guitare sauvage et incisif et ses parties vocales très assurées. Entouré de quelques invités, il élargit encore un peu plus son univers et offre à cette nouvelle production un souffle rafraîchissant.

THOMAS FRANK HOPPER

« Wild Ones Never Die »

(Independant)

Après « Bloodstone » (2021) et surtout « Paradize City » (2023) qui l’a véritablement révélé et qui lui a probablement ouvert les portes du tremplin de l’European Blues Challenge à Memphis où il s’est hissé jusqu’en quart de finale l’an dernier, THOMAS FRANK HOPPER s’est désormais fait une belle place sur la scène Blues Rock de côté de l’Atlantique. Avec « Wild Ones Never Die », le chanteur et guitariste affirme encore un peu plus son style fait de multiples influences et de couleurs artistiques, qui le rendent aujourd’hui très identifiable. Et son crossover entre Rock, Blues et d’autres teintes fait encore des merveilles.

Enregistré en moins de dix jours en Normandie, le musicien livre son album le plus abouti, celui de la maturité peut-être, diront certains. Le songwriting est affûté et inspiré, les structures des morceaux étonnantes et audacieuses et sa fameuse ‘lapboard’ jamais bien loin. Et si le chant de THOMAS FRANK HOPPER a gagné en assurance et en variation, il fait cette fois-ci un peu de place à des guests triés sur le volet et qui apportent un vrai supplément d’âme. Sans faire dans le clinquant, les combinaisons se font avec beaucoup de naturel et dans un feeling partagé et commun.

Du direct et envoûtant « Ready To Thrive » au plus délicat « Zippin Pippin », on pourrait citer tous les morceaux, tant ils diffusent des saveurs particulières. Accrocheur et bardé de refrains entêtants, de guitares flamboyantes et d’un groove irrésistible, « Wild Ones Never Die » se dévoile à chaque écoute (« Freak Show », « Six Feet Underground », « Jackie Brown », « Idiocracy »). Offrant une touche façon Eminem sur « Never Lonely » avec Jacob Miller, saisissant de vérité avec l’excellente chanteuse croate Vanja Sky sur « Wild Birds » et solaire sur « Open Road » avec Meri Lu Jacket à ses côtés, THOMAS FRANK HOPPER régale.

Photo : Loreta Mander

Retrouvez l’interview donné à l’occasion de la sortie de « Paradize City » et la chronique de l’album :

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France Post-Metal

Maudits : perseverare metalium [Interview]

Cinq ans après sa création, les Parisiens sont un modèle de progression et surtout de constance dans leur créativité. D’un line-up en trio qui a évolué en quatuor et d’un registre entièrement instrumental qui s’offre aujourd’hui quelques guests vocaux, MAUDITS n’a pas forcément choisi la facilité et pourtant son Post-Metal est l’un des plus audacieux de la scène hexagonale… et de loin ! De retour sur son label originel, le groupe surgit avec un nouvel album surprenant, très bien produit, d’une technicité irréprochable et d’un sens du songwriting rare. Guitariste et fondateur de cette belle entité, Olivier Dubuc revient sur l’élaboration et la composition d’« In Situ » et pose un regard serein sur la démarche de la formation.

– MAUDITS est de retour avec un quatrième album et quelques nouveautés. Tout d’abord, vous réintégrez Klonosphere où vous aviez sorti l’éponyme « Maudits » en 2020 et « Angle Mort » en 2021. Retour au bercail ?

En fait, nous avons toujours été satisfaits du travail de Klonosphere pour la promotion et la distribution, et nos échanges ont constamment été harmonieux. Sortir « In Situ » avec eux a donc été une évidence. Concernant Source Atone Records, cela n’a tout simplement pas été pleinement satisfaisant pour les deux parties, et si on les remercie d’avoir travaillé sur le split avec Saar et sur « Précipice », nous ne souhaitions juste plus continuer la collaboration avec eux. On ne leur souhaite en tout cas que du bon ! (Sourires)

– Vous avez aussi officialisé Raphaël Verguin, votre violoncelliste de longue date autant en studio que sur scène, comme le quatrième membre de MAUDITS. De trio à quatuor, vous changez un peu de format, est-ce à dire que vous avez aussi modifié quelques habitudes dans la composition, par exemple ?

C’est quelque chose de très naturel finalement, car il est avec nous depuis notre deuxième album, « Angle Mort », et son importance au sein du groupe est aussi de plus en plus importante en termes de composition et sur notre son également. La différence est que maintenant on se connaît parfaitement musicalement et humainement, donc pour « In Situ », le processus a été encore plus fluide et efficace que sur les précédents. Et Raphaël a été comme à son habitude très inspiré et pertinent. Nous sommes extrêmement chanceux de l’avoir avec nous. Par ailleurs, nous ne jouons en live avec lui qu’à titre exceptionnel et essentiellement sur le format duo/trio acoustique, qui sied bien mieux à son instrument. Il n’est pas exclu que l’on fasse des concerts en configuration électrique un jour en sa compagnie si l’occasion se présente, mais c’est logistiquement compliqué à organiser. De plus, il a une vie familiale et professionnelle dense, qui ne lui permettrait actuellement pas de suivre le rythme pour toutes les répétitions et les concerts.

– « In Situ » marque aussi la fin d’une musique entièrement instrumentale avec deux titres chantés. D’ailleurs, vous reprenez le morceau de Portishead, « Roads », sorti en 1994. Vous sortez donc de différentes manières du répertoire ‘strict’ de MAUDITS ? Est-ce la fin d’un cycle ?

L’idée était surtout de nous faire plaisir ! « In Situ » a volontairement été conçu sur une période très courte, et tout ce que nous avons fait sur cet album a été décidé et concrétisé spontanément. Portishead est un groupe important dans mon parcours musical et « Roads » est juste un morceau magnifique. Avec Chris, le batteur, nous l’avions déjà repris avec notre formation précédente, et nous avons eu récemment l’occasion de l’interpréter avec MAUDITS lors de concerts en formation duo/trio, en invitant d’ailleurs des chanteuses différentes à chaque fois. Et c’est Mayline du groupe Lůn qui l’interprète sur l’album.

– On découvre ensuite Olivier Lacroix, membre des groupes Erlen Meyer et Novembre, dans un style très spoken-word, parfois scandé et screamé en toute fin. C’est une façon de provoquer une cassure, sachant aussi que MAUDITS avait également des teintes Post-HardCore à ses débuts ?

C’est vrai que cela tranche un peu avec ce que nous faisons habituellement. Cela nous plait beaucoup. Et la voix d’Olivier et ses textes nous ont totalement happés dès le départ, plus particulièrement sur Novembre du fait de l’originalité de sa démarche artistique avec ce Slam/Rap très sombre truffé d’ambiance quasi Black Metal. Son niveau d’écriture est hors du commun, et son flow traînant et hanté correspondait parfaitement à ce que l’on imaginait pour « Carré d’As ». Nous sommes plus qu’enchantés de cette collaboration et pour nous c’est l’un des morceaux les plus forts d’« In Situ ». A titre personnel, je n’aurais jamais imaginé produire un morceau avec du chant rappé en français, et je suis heureux d’avoir dépassé ce préjugé grâce au talent et à la pertinence d’Olivier !

– Ces deux chansons sont inédites dans votre parcours, car l’essentiel se passe en version instrumentale. Que retenez-vous de ces expériences et est-ce que l’idée d’intégrer du chant a pu vous traverser l’esprit, un moment pour la suite ?

Nous sommes totalement satisfaits de ces deux morceaux chantés et ils affirment un peu plus l’aspect libre de notre démarche artistique. On ne peut jamais dire jamais, mais aujourd’hui nous restons un groupe instrumental. Nous collaborerons probablement avec d’autres chanteuses et chanteurs dans le futur, mais cela devrait rester ponctuel. Nous verrons bien ce que nous dira l’avenir ! (Sourires)

– L’un des particularités aussi est le morceau « In Situ », qui se présente comme un interlude sur le disque. Il a été enregistré en live et en extérieur entouré d’oiseaux. Que représente-t-il pour vous, car il donne tout de même son titre à l’album ?

Pour nous, il symbolise parfaitement l’état d’esprit et la manière dont cet album a pris vie. Je tenais vraiment à l’enregistrer en live, en extérieur et en one-shot, avec juste des micros posés devant la guitare acoustique, le violoncelle et les bruits environnants. Ce morceau représente donc l’essence même et l’âme de cet album avec aussi le concept de l’artwork où le trèfle continue de vivre au milieu d’une ville abandonnée et où la végétation reprend progressivement ses droits.

– On découvre aussi la troisième partie du morceau « Précipice », qui s’étend sur plus 30 minutes au total. Ce triptyque est très long et très cinématographique aussi. L’idée d’adopter une démarche proche d’une bande originale lors de la composition a-t-elle été évidente dès le départ ?

Oui, nous composons toujours à la manière d’une B.O., c’est une chose instinctive. Nous cherchions une manière d’arranger « Précipice Part 1 » pour l’adapter à cette configuration. En le travaillant, nous avons presque totalement changé la structure et revu différemment toutes les parties, à tel point qu’il en est concrètement devenu un morceau à part entière. Nous l’avons donc réarrangé en studio avec la basse/batterie et enrichi de beaucoup d’autres éléments comme des claviers et des effets. Et étant donné qu’il était basé sur les thèmes mélodiques des « Part 1 & 2 », l’idée d’en faire la « Part 3 » s’est imposée à nous !

– Enfin, j’aimerais qu’on dise aussi un mot de la production, car vous avez expérimenté beaucoup de choses au fil des albums et, avec « In Situ », MAUDITS semble montrer son environnement sonore le plus abouti. Est-ce aussi votre sentiment ?

Totalement. On s’en rend compte maintenant avec un peu de recul, et des dires même de notre producteur Frédéric Gervais des Studios Henosis, que c’est certainement notre sortie la plus variée en termes d’ambiances et d’arrangements. Nous avons tenté plein de choses nouvelles sur cet album que nous n’avions jamais faites auparavant, mais toujours dans la spontanéité et guidés par le plaisir et l’envie. La seule contrainte que l’on s’impose depuis le début avec MAUDITS est de rester cohérent, ce qui je pense est le cas avec « In Situ ». Nous sommes parfaitement heureux du résultat final. Mais l’album, désormais, ne nous appartient plus. Ce sera aux auditeurs de juger si nous avons transformé l’essai, ou pas ! (Sourires)

Le nouvel album de MAUDITS, « In Situ », est disponible chez Klonosphere.

Photos : Alexandre Le Mouroux

Retrouvez les interviews et les chroniques des réalisations de MAUDITS depuis ses débuts :

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Hard'n Heavy

Saüc : en les profunditats

Globalement assez sombres, les Catalans n’usent pas pour autant d’une vélocité systématique pour afficher leur puissance. Dans un Hard’n Heavy solide et parfois même rugueux, leur explosivité se déploie essentiellement dans la force des riffs et une polyvalence du chant, qui se montre également plurielle avec quelques guests. « Catarsi », s’il reste contemporain dans le propos, se nourrit aussi de légendes pour intensifier certains titres à travers des atmosphères changeantes, sincères et parfois progressives.

SAÜC

« Catarsi »

(Independant)

Depuis sa création en 2017, SAÜC est devenu un fer de lance de la scène locale de Catalogne et même au-delà. Après un premier effort, « Eterna » en 2021, il vient concrétiser sa position avec « Catarsi » dans un style devenu plus personnel et plus élaboré également. Fort et fier de ses origines, c’est dans sa langue natale qu’il s’exprime et c’est aussi ce qui rend son mélange de Hard Rock et de Heavy Metal si particulier. Cela dit, cette spécificité convient parfaitement à une identité artistique inspirée d’un Metal traditionnelle en version actualisée.

Là où « Eterna » présentait quelques éléments Thrash qui lui confédéraient un côté Old School assez saillant, « Catarsi » prend tout le monde de revers à travers des passages très Alternative Metal, qui expliquent cette sensation plus moderne. SAÜC a aussi travaillé sur l’aspect mélodique de ses nouveaux morceaux, en étant par ailleurs plus progressif et émotionnel. Ces changements notables font apparaître une vision nette de l’évolution de la formation  ibérique. Et comme l’un ne va pas sans l’autre, la production est elle aussi très solide.

Enregistré, mixé et masterisé par Txosse Ruiz, « Catarsi » bénéficie de la présence de la chanteuse barcelonaise Kris Vega (Cobra Spell, Born In Exile) sur « Després Del Silenci » pour une belle dualité vocale, ainsi que Marc Storm, le frontman espagnol de Drakum et Icestorm, sur « Indibil I Mandori ». Outre ces deux très bons featurings qui viennent pimenter le disque, SAÜC livre des titres plus que convaincants (« Nèmesi », « Instinct », « Bestia », « Obstinació » et le plus délicat « Series Tu »). Le quintet prend du volume et s’affirme avec vigueur.

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Hard Blues

Hollow Souls : des débuts fracassants

Avec HOLLOW SOULS, Kris Barras ouvre un nouveau chapitre de sa belle carrière et s’il n’était aussi concluant et abouti, on pourrait voir en « Hollow Souls » une sorte de caprice ou de récréation. Car, sur les six morceaux et seulement vingt minutes, le trio anglais a convié quatre artistes à se joindre à lui. Autant d’éléments qui font qu’il est difficile de se faire réellement une idée précise du groupe, même si la qualité est indéniable, la production exceptionnelle et le songwriting imparable. Le plaisir est grand, mais de courte durée.

HOLLOW SOULS

« Hollow Souls »

(Independant)

Le problème des EPs est que, lorsqu’ils sont bons, on reste systématiquement sur sa faim. Et c’est précisément le cas avec « Hollow Souls » dont on aurait souhaité qu’il s’étende bien plus en longueur. Il faudra donc s’en contenter, d’autant qu’il s’écoute en boucle et avec délectation. HOLLOW SOULS est né du désir du chanteur et guitariste Kris Barras de renouer avec son amour du Blues, mais avec une approche très Rock, flirtant même avec le Hard Rock. Et il a également très bien su s’entourer sur ce premier format court explosif.

C’est tout d’abord le rapprochement avec son collaborateur de longue date, le producteur et multi-instrumentiste Josiah J Manning, qui a servi de détonateur au projet. Rapidement, HOLLOW SOULS s’est complété de l’excellent duo rythmique constitué de Joe Harris à la batterie et de Leighton Allen à la basse. Une solide assise sur laquelle est venue se poser la superbe voix de Phoebe Jane, ancienne choriste du Kris Barras Band, qui s’est imposée tout naturellement. Et pour couronner le tout, quelques invités de renom sont aussi de la partie.

C’est d’abord le fougueux guitariste américain de Blues Rock Jared James Nichols qui met le feu aux poudres avec un solo majestueux sur « Borderline ». Puis, le frontman de The Cold Stares enflamme « Bad Things », avant que HOLLOW SOULS dans sa configuration originelle ne prenne le relais sur « I Need The Fire » et la belle ballade « Chasing Ghosts » en toute fin. Puis, le chanteur canadien Jon ‘Marv’ Harley de Monster Truck dynamite « Shotgun », tout comme la Britannique Elles Bailey sur le génial « Burn It To The Ground », joyau de cet EP.  

Photo : Rob Blackham

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Hard 70's Proto-Metal Psych

Siena Root : vintage steam

Avec ce nouveau double-album live, la formation de Stockhölm propose un voyage dont il a le secret à travers 12 morceaux soigneusement choisis et sur plus d’une heure et quart. SIENA ROOT y parcourt l’essentiel de sa discographie avec cette liberté qu’on lui connaît, c’est-à-dire une proportion à réarranger ses compostions pour les laisser atteindre des sommets d’improvisation. Capté sur bandes, « Made In KuBa » offre une chaleur et une proximité qui font le sel de ses productions depuis la fin des années 90.

SIENA ROOT

« Made In KuBa (Live) »

(Perception)

Après son dernier album studio, le très bon « Revelation » (2022), SIENA ROOT revient à ce qui fait l’essence-même de sa musique : la scène. Si le quatuor a déjà sorti huit opus, il faut revenir en 2011 et à « Root Jam » pour trouver une trace discographique du groupe en live. « Made In KuBa » est donc très attendu par les fans, et pas seulement. C’est en mars 2024 que les Suédois ont donné une série de concerts à Iéna en Allemagne et précisément au ‘Kulturbahnhof’, plus communément appelé le ‘KuBa’. 

Entièrement enregistré en analogique par l’ingénieur du son du combo, Ove Noring, qui travaille avec lui depuis « Kaleidoscope » paru en 2006, « Made In KuBa » relate à la perfection l’ambiance de ces trois soirées et surtout ce ‘Classic Roots Rock’ que SIENA ROOT élabore depuis une vingtaine d’années maintenant. Cultivant un esprit jam très créatif qui prend régulièrement le dessus, son registre défie le temps et se montre captivant dès les premières notes, où le Psych Rock côtoie le proto-Metal.

Sous l’impulsion de sa frontwoman, Zubaida Solid, également à l’orgue, les quatre musiciens s’engouffrent dans un répertoire savamment sélectionné pour le plus grand plaisir de la chanceuse assemblée présente ces soirs-là. Délicatement rétro, atmosphérique et capable d’éruptions sonores déflagrantes, SIENA ROOT accueille aussi à ses côtés Erik Petersson aux claviers Rhodes et la flûtiste et chanteuse Lisa Isaksson, qui viennent enrichir des morceaux aux riches tessitures. Une saveur vintage qui devient très vite envoûtante.  

Photo : Petter Hilber

Retrouvez la chronique de « Revelation » :

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Blues Country R&B Soul

Marcus King Band : the great South

Détaché de l’atmosphère très intimiste et assez sombre de son précédent effort solo, « Moon Swings », le natif de Caroline du Sud retrouve la lumière et remet surtout sur les rails le génial MARCUS KING BAND. Si certains tourments demeurent, « Darling Blue » présente une nouvelle dynamique, toujours très sudiste, mais plus festive où sa guitare côtoie les violons, les banjos et les cuivres dans une belle harmonie. Directes et organiques, ces nouvelles chansons sont d’une authenticité absolue et guidées par une voix touchante et sincère. Il n’en finit plus de surprendre et aussi de faire des choix artistiques audacieux.      

MARCUS KING BAND

« Darling Blue »

(American Recordings/Republic Records/Universal)

Il semblerait que l’empreinte de Nashville, où il est installé depuis un moment maintenant, ait une emprise grandissante sur le jeu et surtout les envies musicales de MARCUS KING. On n’en voudra pourtant pas au bluesman de s’imprégner de son environnement direct, puisque cela le mène dans des contrées où il excelle également. Preuve en est que le jeune homme, qui approche la trentaine, est d’une rare polyvalence et a aussi une faculté d’adaptation hors-norme, car « Darling Blue », s’il reste très bluesy, avance dans une lignée Honky Tonk marquée par la Country. D’ailleurs, les guest présents ici sont directement issus du sérail, ou très proches. 

Il faut aussi souligner que « Darling Blue » marque le grand retour du MARCUS KING BAND, que le guitariste avait mis en sommeil depuis 2016 après un excellent album éponyme. Après presque dix ans passés an solo, et qui lui ont tout de même valu ses plus grandes récompenses, il retrouve des musiciens qu’il n’a jamais vraiment quittés et qui restent un socle inamovible de sa musique, quand bien même elle a pu prendre des chemins de traverse souvent surprenants. Pour ce quatrième opus en groupe, la tonalité est donc plus Country-Rock et Blues avec aussi quelques douceurs R&B très touchantes qui surgissent toujours (« Carolina Honey », « No Room For Blue »).

L’entame de « Darling Blue » est très marquée de Country et de Honky Tong, avant de revenir à des chansons plus imprégnées de Blues et de Soul. Il faut dire que les présences de Jamey Johnson et Kaitlin Butts (« Here Today »), puis Jesse Welles (« Somebody Else ») y sont pour beaucoup. On retrouve d’ailleurs aussi Billy Strings plus tard sur une version ‘Nashville’ de « Dirt ». Sur « The Shadows », Noah Cyrus, fille de et sœur de, qui vient poser un beau duo très aérien entouré d’un MARCUS KING BAND rayonnant. Décidemment plein de surprises, ce nouvel opus montre à quel point l’univers du musicien est d’une grande richesse et qu’il ne cesse de se renouveler brillamment.

Retrouvez les chroniques de ces derniers albums précédents :