Dix ans d’attente, et même beaucoup plus plus pour d’autres, et revoici nos gaillards de la côte est américaine qui refont parler la poudre ! Et la surprise est d’autant plus agréable, qu’on ne s’y attendait vraiment plus. En effet, sortir des disques est une chose, laisser une trace en est une autre. Avec « Cursum Perficio », ANTHRAX montre qu’il a toujours la rage, mais surtout que cette agressivité sonne comme une renaissance… en tout cas pour les fans de la première heure. Plus Speed que véritablement Thrash, le Metal des Américains vibre à l’unisson et puissamment.
ANTHRAX
« Cursum Perficio »
(Nuclear Blast Records)
Après Megadeth, c’est ANTHRAX qui régale. Décidément, quelle année ! Créatifs et novateurs jusqu’à « Persistence Of Time » et après avoir traversé plus de trois décennies en état de mort musicale, au point de s’interroger sur leur légitimité au sein du fameux ‘Big Four’, les New-yorkais renouent enfin avec la fougue et l’originalité qui ont fait leur marque de fabrique. Pour autant, le Thrash racé et incisif des débuts est désormais loin, mais on retrouve un Speed Metal mélodique un brin thrashy, c’est vrai, et d’une redoutable efficacité et d’une grande capacité à fédérer.
En y allant même de ses lettres latines, le groupe annonce une certaine prestance avec ce treizième album nettement plus riche et inspiré que son prédécesseur, « For All Kings », qui leur avait pourtant valu quelques belles louanges. Avec un Scott Ian retrouvé, qui était peut-être aussi parti se perdre avec The Damned Things, Motor Sister et plus récemment Mr Bungle, faute de mieux, ANTHRAX récupère le moteur de son jeu et de son style dans une forme incroyable. Ses riffs sont acérés et s’il s’est légèrement apaisé avec l’âge, ses rythmiques restent flamboyantes.
Ce qui surprend aussi sur « Cursum Perficio », c’est ce line-up originel (hormis Jonathan Donais arrivé en 2013) qui renoue avec l’envie de jouer ensemble. Derrière les fûts, Charlie Benante est impérial, Frank Bello enchaîne sans broncher les lignes de basse et surtout Joey Belladonna chante avec une liberté qu’il n’avait plus laissé entendre depuis des lustres. ANTHRAX est donc en ordre de marche et ça fait franchement plaisir ! Il suffit d’écouter « The Edge Of Perfection », « It’s For The Kids », « NYC 93 » ou « T.O.M.B. » pour s’en convaincre. La retraite n’est pas pour demain !
Un groove imparable, un toucher et une frappe inimitables : CARMINE APPICE a laissé son empreinte au fil des décennies à travers un nombre impressionnant de collaborations et à la tête aussi de groupes devenus cultes. De Vanilla Fudge à Rod Steward, en passant par Cactus bien sûr, Blue Murder, Guitar Zeus ou King Kobra, il a aussi accompagné Ozzy et Ted Nugent, joué avec Jeff Beck, Pat Travers, Rick Derringer ou Paul Stanley. L’américain est ce qu’on pourrait appelé un batteur complet, et si ses racines et ses inspirations musicales viennent surtout du Jazz, on retient aussi ses effets de double grosses caisses, bien avant l’heure, et ses légendaires jonglages de baguettes. Depuis quelques années, c’est au sein de son groupe de toujours, Cactus, qu’il impose sa frappe sur un Blues Rock solide qu’il partage avec des musiciens de renom. Bien sûr, il est difficile de retracer une telle carrière sur une interview, mais l’Américain revient avec plaisir sur un parcours étonnant et d’une incroyable richesse. Rencontre.
– Tout d’abord, j’aimerais que l’on revienne brièvement sur ton parcours, car il est assez atypique et unique. Tu fais tes débuts avec Vanilla Fudge et son côté psychédélique, puis c’est Cactus et son Blues assez lourd. Ensuite, les années 80 et 90 sont plus Hard Rock et Heavy Metal avec Blue Murder et King Kobra surtout. Et il y a également de très nombreux projets ou participations à de nombreux albums. Est-ce ta curiosité qui te pousse toujours ? Une certaine soif de découverte ?
J’aime juste jouer. Malheureusement, je n’ai jamais été dans de grands groupes comme John Bonham avec Led Zeppelin ou Neil Peart avec Rush. A chaque fois que j’étais dans un groupe, il a splitté et j’ai du retrouver autre chose. C’est ce qui m’a mené dans de nombreuses directions. J’ai donc joué dans beaucoup de groupes de Blues, de Jazz, de Rock et j’ai aussi fait des shows de batterie. J’ai adoré ça, car ce n’était jamais la même chose ! Je n’aurais pas pu jouer les mêmes chansons pendant 50 ans ! (Rires) J’ai du utiliser mes talents pour d’autres choses. J’ai aussi eu la chance de créer Guitar Zeus, par exemple. Cela dit, tous les projets que j’ai faits ont été assez connus dans le monde, ce n’est pas comme si c’était sorti dans l’anonymat le plus complet ! (Rires) J’ai quand même vendu beaucoup de disques avec Guitar Zeus, Blue Murder, King Cobra et Cactus, notamment les derniers albums.
– Tu as justement forgé ta réputation et ta légende à travers des styles très différents. Est-ce cette polyvalence qui, selon toi, fait la marque des grands batteurs ? Une grande capacité à s’adapter à tous les registres ?
Oui, mais un grand batteur ne peut pas forcément tout jouer. Aujourd’hui, il y a beaucoup de grands batteurs de Metal. Ils jouent vite et c’est dégueulasse. Sont-ils capables de jouer avec des balais ? Je ne crois pas. J’ai joué du Jazz, de la musique latine, du Rock, de la Soul… J’ai vraiment jouer de tout quand j’étais très jeune. Tu vois, à cette époque, il n’y avait ni Hard Rock, ni Heavy Metal. Il y avait surtout des choses comme Frank Sinatra, alors je jouais ce genre de choses… (Sourires) Mais quand je fais du Rock, je suis toujours moi-même. Quand j’étais avec Rod Stewart, cela n’avait rien à voir avec les autres batteurs de ses albums. Je reste ce que je suis avec ma façon de jouer. J’ai pu faire beaucoup de choses très différentes et ça me faisait très plaisir, parce que c’était toujours d’une grande fraîcheur ! (Sourires)
– Avant de reparler de Cactus, qui est ton actualité la plus récente, j’aimerais qu’on dise un mot de King Kobra, dont le dernier album, « We Are Warriors », est sorti il y a maintenant trois ans. Est-ce que le groupe va continuer son activité ? Et y a-t il des projets en cours de ce côté-là ?
En fait, quand on a lancé ça, cela ne s’est pas très bien passé. On avait pourtant fait des tournées en Europe, un bon album et quelques gros festivals. Ensuite, on avait juste sorti une chanson. Et puis, Paul (Shortino, chant – NDR) est très occupé, il chante partout dans le monde. Comme c’est pareil de mon côté, je ne sais pas pour le moment si King Kobra aura une suite, ou pas.
– Un mot aussi sur ton instrument, la batterie. Toi qui as parcouru tant de styles et d’époques différentes, restes-tu fidèle à un kit en particulier, ou est-ce que tu évolues aussi suivant les musiques sur lesquelles tu joues, voire les avancées techniques ?
Je pense que mon jeu a évolué au fil des années. Quant à mon kit de batterie, pour les enregistrements, je garde le même, d’autant que j’ai un studio à la maison. Oui, c’est sensiblement le même kit, il n’a pas tellement bougé… (Sourires) J’ai encore les toms sur lesquels je jouais avec Cactus en 1971, une Slingerland de 2004, quelques D-Drum qui sonnent bien aussi. Je n’en change pas, car je peux réenregistrer d’une semaine à l’autre des plans qui ne me plaise pas. En revanche, pour la scène, j’utilise toujours le même kit, peu importe la formation avec laquelle je joue. Je l’utilisais déjà avec Vanilla Fudge, Rod Steward et aussi Cactus. En fait, c’est juste une question de changement de style de jeu, de dynamique. Il suffit de s’ajuster au mieux à chacun ! (Sourires)
– Il y a peu de batteurs dans le monde du Rock notamment qui sont identifiables en quelques secondes. Il y a notamment John Bonham, Stewart Copeland, Dave Lombardo, Mick Portnoy et toi. Comment expliques-tu que ton style se soit si facilement imposé, là où les gens se concentrent surtout sur les chanteurs et les guitaristes ?
Wow ! Merci beaucoup ! (Sourires) Mon grand rêve était de devenir le Gene Krupa du Rock (un grand batteur et chef d’orchestre de Jazz, décédé en 1973 – NDR) ! Il s’amusait tellement ! J’ai grandi en l’écoutant, car ma mère me racontait ses performances au Paramount Theater à Brooklyn. Il m’a beaucoup inspiré, lui et tous les grands batteurs de Jazz comme Buddy Rich, Max Roach ou Joe Morello. C’est vraiment ce que je voulais être et je pense que j’ai un peu réalisé mon rêve… (Sourires) Je ne voulais pas être juste le gars qui joue derrière le groupe, je voulais aussi amuser les gens. C’est de cette façon que j’ai développé mon style au fil du temps, même s’ils sont vraiment restés mes modèles. Et c’est vrai aussi pour John Bonham, Ian Paice et moi. On s’est emprunté des choses, on nous a en aussi pris et ça continue. Personne n’a tout à lui dès le départ. On se façonne. Et j’ai eu la chance d’être au début de tout ça. Et il n’y avait pas tous ces amplis d’aujourd’hui, non plus. Il fallait vraiment cogner, lever les bras au ciel et y retourner en fracassant les toms ! (Rires) Et en le faisant, j’ai créé un style. Je ne le savais pas à ce moment-là, car je le faisais vraiment par nécessité… (Rires)
– Revenons sur Cactus que tu as ressuscité plus de 30 ans après son dernier album « Ot ’n’ Sweaty ». Même si Vanilla Fudge reste un groupe très important, on a vraiment le sentiment que Cactus reste ton véritable groupe, celui où tu t’exprimes peut-être le plus librement aussi. Est-ce le cas ?
Ce sont deux groupes vraiment différents. On a fait beaucoup de concerts avec Vanilla Fudge et nous avions même enregistré un live au ‘Sweden Rock’. C’était rigolo, parce que nous avions joué avec les deux groupes sur la même édition, Vanilla Fudge et King Kobra. Ça reste un bon souvenir ! (Sourires) Mais j’ai l’impression que l’industrie musicale ne s’intéresse plus à la nouvelle musique que peuvent produire certains groupes. Elle veut juste leurs classiques, pourtant nous avions composé de nouvelles choses et le public aimait ça. Les nouveaux albums de ce genre de groupes n’intéressent plus. C’est pour cette raison que nous avons enregistré « Temple Of Blues I » (paru en 2024 – NDR) avec Cactus. C’était d’ailleurs une demande du label, qui voulait que je rassemble des musiciens qui avaient été influencés par le groupe. Et il y a eu du beau monde à nos côtés comme Joe Bonamassa, Warren Haynes, Slash, … L’album a même été classé numéro 3 dans les Charts. Le label nous a proposé de continuer et j’ai dit que j’étais d’accord, si nous faisions un vrai album de Blues. Je me suis donc concentré sur ce qui m’avait vraiment influencé en y ajoutant trois morceaux de Cactus. Puis, nous avons fait six/sept concerts par an et d’autres sont actuellement en préparation. Ce qu’il faut absolument, c’est prendre du plaisir et s’amuser. La musique de Vanilla Fudge était trop sérieuse pour moi, alors que le reste de ma carrière est beaucoup plus fun. Cactus, BBA (Beck, Bogert & Appice – NDR), Rob Stewart, Ted Nugent, King Kobra… Tout ça était vraiment très amusant ! (Sourires)
– Et justement, Cactus, s’il reste très Rock, est surtout Blues. D’ailleurs, c’est le style qui te suit le plus dans ta carrière avec tes collaborations avec Jeff Beck, KGB ou ton groupe avec Pat Travers. Est-ce que, finalement, tu te sens l’âme du bluesman ?
Je ne sais pas… Personnellement, je n’aime pas tellement le Blues, parce que c’est un peu ennuyeux à jouer ! (Rires) Mais les chansons que nous avons reprises avaient toutes un très bon batteur. Morris Jennings en est un très bon exemple. Il était fantastique. Je m’en suis inspiré, mais à ma façon. Et quand tu joues, tu t’amuses vraiment ! (Sourires) Quand je jouais avec Pat Travers, par exemple, on jouait du Blues, mais c’était du Rock en fait. On faisait du Rock ! La base était Blues, mais on jouait du Rock ! On s’est vraiment amusé, même à écrire les paroles. On a passé de bons moments et ça reste de très bonnes chansons, je trouve. Pat est génial, c’est comme un frère pour moi ! On se voit très souvent et on organise une fête tous les ans en Floride où l’on se retrouve. Il a un super groupe et c’est vrai qu’on a fait de bonnes choses ensemble.
– En juillet dernier, tu as aussi sorti la vidéo du morceau « United States » à l’occasion des deux cent cinquante ans de l’indépendance des Etats-Unis. C’était aussi un hommage à Rick Derringer, décédé l’an dernier. C’était important pour toi de réaliser finalement cette double-célébration ?
J’ai enregistré cette chanson avec Rick il y a cinq/six ans. Et on n’en avait rien fait. Je suis toujours en contact avec sa femme et j’en avais même parlé avec Rick la nuit avant sa mort. On parlait beaucoup tous les deux… (Silence) Alors qu’on évoquait le 250ème anniversaire de l’Indépendance avec Jenda (la dernière femme de Rick Derringer – NDR), je lui ai demandé où était la chanson qu’on avait faite ensemble ? Elle s’appelait donc « United States » et c’était un super titre. Elle a regardé et elle me l’a envoyé. Je lui ai dit qu’il fallait vraiment faire quelque chose avec ça. Alors, je l’ai envoyé à mon ingénieur Pat Regan, qui a produit tous les albums de Cactus et de King Kobra. Je lui ai demandé ce qu’il pouvait faire pour que ça sonne mieux. Il a viré toute la batterie, puis il a tout remastérisé. Et l’ensemble sonne vraiment bien. Ensuite, on avait juste une journée pour en faire une vidéo et on a décidé de ressusciter Rick avec l’IA en le rajeunissant un peu. Il a aussi fallu lui mettre des lunettes de soleil pour des raisons d’autorisation légale. Mais peu importe, le résultat est génial et c’est une très belle fin. Et le sortir le 4 juillet était bien sûr la cerise sur le gâteau, c’est un titre magnifique ! (Sourires)
– En avril dernier, tu as sorti avec Cactus «Temple Of Blues II » avec un ‘All-Stars band’ vraiment exceptionnel. C’est un projet très ambitieux et audacieux aussi. Tu te retrouves en véritable chef d’orchestre et le choix des morceaux est lui aussi très judicieux. C’est un casting et une setlist que tu avais depuis longtemps en tête ?
Non car, en fait, je ne fonctionne pas comme ça. D’abord, j’enregistre quelques chansons avec mon ingénieur du son. Ensuite, avec Brian du label, on s’est demandé ce que nous allions faire. J’ai alors pensé à trois morceaux de Cactus que je souhaitais jouer. Ensuite, on a fait « Purple Haze » avec Melanie et on a enchaîné jusqu’à obtenir une démo. Après, j’ai appelé des gens en commençant par Dee Snider et au fil des discussions, Tracii Guns, Ted Nugent, Billy Sheehan, Ron ‘Bumblefoot’ Thal, Steve Morse, Joe Lynn Turner, Rudy Sarzo (Ozzy, Quiet Riot), Alex Skolnick (Testament), Derek Sherinian (Dream Theater), le Bluesman Eric Gales et quelques autres encore se sont joints à nous.
– Par ailleurs, il y a un peu plus d’un an Ozzy nous quittait après un ultime concert. Toi qui a joué avec lui sur la tournée de « Bark At The Moon » en 1983, que retiens-tu du chanteur et aussi du personnage qu’il était ?
Je connais Ozzy depuis 1971 quand Cactus et Black Sabbath ont joué ensemble pour la première fois. Je n’ai d’ailleurs jamais compris pourquoi on les a considéré comme les ‘pères du Heavy Metal’, car dans les années 60, il y avait des groupes qui jouaient déjà des trucs très lourds. Ils sont passés dans l’anonymat après un disque seulement. Ensuite, Black Sabbath s’est construit une image anti-Dieu avec des histoires de diable, etc… J’ai donc connu Ozzy à cette époque-là. Pour l’anecdote, un jour, alors qu’on était ensemble, quelqu’un a volé une petite boîte de marijuana à l’un de mes amis. On s’est carrément embrouillé à cause de ça ! Mais ensuite, Black Sabbath et Cactus se sont rabibochés. On en a reparlé avec Ozzy des années après et on s’est bien marré ! (Rires) Sur « Back At The Moon », après l’enregistrement, je suis devenu producteur associé pour les 500.000 premiers disques. Je devais donc recevoir un bonus là-dessus et Sharon n’a pas aimé. C’est probablement pour ça qu’elle m’a viré, elle ne tenait pas le bon accord. Mais j’adorais Ozzy, on était amis bien avant qu’elle n’arrive dans sa vie. Bon, la drogue et l’alcool ne le rendaient pas bon, mais c’était quelqu’un qui avait du cœur. Il avait vraiment bon cœur… (Silence) Plus tard, je l’ai même amené en studio et on lui a joué du King Kobra ! Il a vraiment aimé, c’était drôle ! (Rires) Mais bon, à chaque fois qu’on se voyait et que sa femme arrivait, ça devenait désagréable. Oui, je me suis vraiment senti mal quand il nous a quittés… (Silence)
– Loin d’avoir envie de te voir poser les baguettes, quel batteur a ta préférence aujourd’hui, et en qui tu pourrais voir un éventuel héritier ?
(Silence) Ils jouent tous la même chose ! (etil mime un rythme effréné à la bouche – NDR) J’étais au téléphone avec Dennis Chambers (un grand batteur américain de Jazz et de Funk – NDR) l’autre jour et on parlait des batteurs d’aujourd’hui. Il me disait qu’ils étaient tous incroyablement rapides, avec les mains comme avec les pieds. Mais qu’il n’y avait aucun groove ! J’ai reçu une vidéo sur mon téléphone, il n’y a pas si longtemps, de Terry Bozio (autre phénoménal batteur américain – NDR), qui jouait avec son groupe Missing Persons dans un festival ici aux Etats-Unis. Ce qu’il a fait était juste incroyable comme l’est Dennis également ! Billy Cobham (Jazz Fusion – NDR) est incroyable aussi. Aujourd’hui, ils sont tous rapides, mais ils ne savent pas utiliser la vitesse. Quand j’étais plus jeune, je jouais aussi beaucoup plus vite, ça m’a même énormément influencé. Mais c’était d’abord le groove qui était le moteur avec la technique, bien sûr. Mais bon, je ne suis plus un jeune homme, je suis vieux et j’ai vu beaucoup de choses ! (Rires) J’ai même essayé de transmettre mon travail à travers des méthodes, dont même Greg Bissonette et Kenny Aronoff se sont inspirés. Et c’est vrai qu’aujourd’hui, il y a de jeunes enfants de cinq/six ans, qui jouent de manière incroyable aussi. Le truc, c’est juste qu’ils trouvent quelque chose à dire et qu’il en fasse quelque chose ! (Rires)
– Enfin, avec quelle formation vas-tu nous surprendre la prochaine fois ? Cactus ? King Kobra ? Un autre projet peut-être ?
Probablement Cactus, car pour King Kobra, c’est plus compliqué. Et puis, Cactus est un groupe avec lequel je m’amuse vraiment ! Et j’aimerais avoir encore plus de musiciens à venir jouer avec moi, car il a influencé beaucoup de gens finalement. J’ai même vu dans une émission Joe Bonamassa dire que nous l’avions influencé ! (Sourires) Et c’est le cas pour tous ceux qui sont venus jouer comme Warren Haynes, Steve Stevens ou Alex Skolnick. Cela n’aurait pas pu se faire avec King Kobra, car c’est juste Paul Shortino, Johnny Rod à la basse, Carlos Cavazo et Rowan Robertson aux guitares et moi à la batterie. Mais qui sait ? Ça ne coûte rien d’essayer ! (Sourires)
Retrouvez les chroniques des albums de CACTUS, « Tightrope » et « Temple Of Blues II » :
Avec beaucoup d’impact et une force brute, la formation de la Grande Pomme conjugue la vélocité du Heavy Metal avec la rudesse du Hard Rock. Mené par une frontwoman exaltée et mordante, WITCHFORCE s’adresse autant aux puristes du siècle passé qu’à la nouvelle génération. Dense et généreux, « Witchforce » n’entend pas révolutionner le genre, mais il vient franchement apporter une belle pierre à l’édifice. Costaud et bien (auto)produit, il renforce une tradition inamovible.
WITCHFORCE
« Witchforce »
(Independant)
Après avoir sorti quatre singles ces deux dernières années, WITCHFORCE se déploie sur un premier album éponyme plus que prometteur. Originaire de New-York, le quintet propose un Hard’n Heavy solide et musclé, qui n’est pas sans rappeler le meilleur des années 90. Avec une saveur très underground, les Américains ont su tirer parti de leur héritage national, tout en y insufflant également des influences européennes. Et ce mélange de Metal traditionnel inter-continental est franchement séduisant et presque évident.
Ayant reboosté leurs premières compositions, on retrouve donc « Into The Woods », « The Hunter », « True Believer » et le récent « Kicked Out Of Hell » sur ce premier opus et ils se fondent parfaitement dans ce furieux « Witchforce ». Composé de musiciens expérimentés, WITCHFORCE peut aussi compter sur une chanteuse survoltée et tout en maîtrise. Très puissante vocalement, Cassie Nadeau a du coffre et renvoie par moment à la grande Doro de l’époque Warlock. Une comparaison qui tient même ici de l’évidence.
A fois classique et contemporain, le jeu des deux guitaristes alternent entre des riffs racés, des solos millimétrés et un sens de la mélodie plein de feeling. Fluides et massifs, ils offrent un bel équilibre à WITCHFORCE et renforcent le groove de la section rythmique (« Witchcraft », « We All Shine On », « Call Of The Wild », « Save Our Souls »). Accrocheur et fédérateur, « Witchforce » se dévore de bout en bout et l’intensité des morceaux ne faiblit pas. Sans fioritures, le combo va à l’essentiel, sans retenue, reste accessible et fait déjà forte impression.
C’est avec beaucoup de fraîcheur, une douce folie, un dynamisme à toute épreuve et surtout un Hard Rock teinté d’un Glam très fédérateur que les Américains se présentent avec « Go Rebel », un nouvel album qui renoue avec l’esprit très 90’s du genre, mais pas seulement. WICKED s’inscrit parfaitement dans son époque grâce une énergie qu’il va puiser dans un sens de la fête omniprésent. Une grosse dose d’adrénaline, des riffs tranchants et des mélodies accrocheuses, la recette du quatuor est connue, certes, et elle a aussi l’ambition de renouer avec l’insouciance propre au Rock’n’Roll et qui se fait de plus en plus rare. Ce deuxième opus est une invitation au lâcher-prise et le vent de liberté qui en émane est littéralement électrisant, vivifiant et revigorant. C’est le guitariste soliste, Scotty V, qui fait les présentations de son groupe, dont on n’a pas fini d’entendre parler…!
– Je vous ai découvert en 2022 avec « The Last American Rock Band », qui était en fait une compilation de morceaux que vous aviez remixés et remasterisés. Pourtant, vous avez commencé un peu avant 2014, année où vous avez sorti « Live At Rockalahoma ». Est-ce que vous considérez vos véritables débuts, le moment où vous émergez avec ce premier album ?
Oui et non. Comme tu l’as dit, « The Last American Rock Band » était en quelque sorte un hommage à toutes ces années passées à faire nos armes, à apprendre à composer et à jouer. Ces chansons qui ont fait de nous le groupe que nous sommes aujourd’hui. Nous avions sorti quelques CD en édition limitée au début de notre carrière, avec des versions brutes, presque des démos. Mais nous pensions qu’elles méritaient une sortie digne de ce nom, avec une production professionnelle. C’est un excellent point de départ pour comprendre les débuts du groupe.
– Ce qui est assez remarquable chez WICKED, c’est que vous n’avez jamais dévié de ce Hard Rock très Glam, que vous vous êtes depuis appropriés et qui est devenu très identifiable. Comment un groupe de Rochester, New-York, donc situé sur la côte Est, en vient à jouer un style dont la référence première est la Californie ? Y avait-t-il un manque de ce côté des Etats-Unis ?
On a passé pas mal de temps sur la scène Rock new-yorkaise au début des années 2010, quand elle était en pleine effervescence. Dans le Lower East Side de Manhattan, on assistait à une renaissance du Glam-Punk déjanté, revisité avec une fraîcheur nouvelle. Il y avait plein de fêtes et de concerts en club, inspirés par la scène Rock européenne et scandinave de l’époque. C’est de là que viennent vraiment les racines du son et du style Hard Rock des débuts de WICKED. On a eu l’occasion de traîner à Los Angeles qu’un peu plus tard et on adore cette ville aussi ! Mais je ne dirais pas que Los Angeles a grand-chose à voir avec notre Hard Rock. Il faut reconnaître qu’il est surtout inspiré de l’ambiance glauque des rues de New-York ! (Sourires)
– D’ailleurs, sur ce nouvel album, « Go Rebel », il y a également des influences typiquement Punk Rock, là encore aux sonorités californiennes. C’est la musique avec laquelle vous avez grandi, ou est-ce son côté intemporel et un peu ‘sleazy’ qui vous a d’abord attiré ?
Dans le groupe, nos influences sont vraiment éclectiques. On a grandi avec le Glam Rock classique des années 70 avec des groupes comme David Bowie, The Sweet et Aerosmith, mais aussi à une époque où la scène Pop-Punk était particulièrement dynamique, avec tous les groupes du ‘Warped Tour’ comme Sum 41, Blink 182 et The Used. C’est ce mélange d’influences et le fait aussi d’être un produit de notre époque, qui nous ont permis de capturer l’essence de cette énergie Glam-Punk brute, sans pour autant la copier. On a créé quelque chose de frais et de nouveau. Au début, notre look était surtout inspiré par des groupes de Rock suédois comme Backyard Babies, Crashdiet, Hardcore Superstar, etc… On n’a jamais vraiment été influencés par la scène Glam de Los Angeles finalement.
– Entre « The Last American Rock Band » et « Go Rebel », vous avez sorti « Sunburn » que vous considérez d’ailleurs comme votre premier véritable album. Pourtant, il y a une réelle continuité dans votre jeu depuis le début. Est-ce que vous avez la sensation aussi que c’est depuis votre précédent disque que WICKED a vraiment affirmé et imposé son style ?
« Sunburn » a vraiment marqué une période exceptionnelle pour nous. Nous avons véritablement commencé à nous épanouir en tant que musiciens et auteurs-compositeurs. L’album a été enregistré pendant le confinement, période durant laquelle nous avons eu beaucoup de temps pour travailler et nous concentrer. Nous nous sommes cloîtrés dans la maison où nous vivons tous et nous avons aménagé un studio d’enregistrement professionnel avec l’aide de notre producteur Nacho, que nous venions tout juste de rencontrer. Il est resté avec nous pendant quelques mois durant le confinement et nous a beaucoup appris. Nous sommes devenus une équipe soudée et de très bons amis. « Sunburn » a marqué une sorte de renaissance pour le groupe. Nous sommes devenus autonomes et nous avons commencé à comprendre pleinement notre potentiel à partir du moment où nous avons géré la production et notre carrière.
– Par ailleurs, cela fait aussi plus de dix ans que le line-up de WICKED n’a plus bougé depuis l’arrivée de Gunnar à la batterie. Est-ce que cette constance a aussi forgé cette belle unité que vous affichez aujourd’hui ? C’est aussi une richesse, alors que beaucoup de groupes manquent peut-être de cette stabilité, qui fait avancer les choses et qui construit une identité forte, non ?
Quand Gunnar nous a rejoints, tout s’est mis en place naturellement. Depuis son arrivée, c’est comme une évidence. On vit tous ensemble, comme un vrai groupe de Rock à l’ancienne. On est une fraternité soudée, prête à tout les uns pour les autres. Et une fraternité qui se renforce avec le temps. C’est sans aucun doute notre plus grande force. On ne pourrait rien faire sans l’un d’entre nous. Tout le monde apporte quelque chose d’irremplaçable.
– WICKED est également très marqué par les années 80 et 90, jusque dans vos clips d’ailleurs, alors que pourtant vous les avez à peine connues. Qu’est-ce qui vous fascine à ce point dans cette époque ? Outre la musique, bien sûr, c’est une sensation de légèreté et peut-être aussi de plus d’insouciance qu’aujourd’hui ?
Je crois que tu as parfaitement résumé la situation. S’il y a une chose que nous voulons que les gens retiennent de notre musique et de nos vidéos, c’est que la vie est courte et qu’il faut en profiter. Nous travaillons tous dur chaque jour et, lorsque vous écoutez WICKED, que ce soit sur votre platine ou en concert, nous voulons que vous ressentiez un soulagement face à la routine quotidienne, que vous lâchiez prise et que vous vous sentiez libre.
– Il y a aussi une chose qui vous caractérise, c’est la joie et la bonne humeur qui se dégagent de votre musique, et « Go Rebel » est un modèle du genre à ce niveau-là. Vous ne concevez pas le Rock’n’Roll autrement que festif et rassembleur ?
Exactement ! Nous voulons créer une communauté autour d’une musique Rock’n’Roll festive. Et c’est précisément l’esprit de « Go Rebel ». L’objectif est de créer un lien plus fort avec le public. Nous voulons redonner au Rock’n’Roll son âme de communauté ! Il s’agit de sortir, de passer un bon moment entre amis, de se créer des souvenirs et d’écrire l’Histoire, à l’instar des plus grands qui nous ont précédés. Nous sommes convaincus que WICKED peut faire renaître cet esprit.
– Enfin, avec ce petit côté vintage assumé, on vous sent un peu en décalage avec la scène actuelle, malgré votre approche moderne du Hard Rock. Est-ce que, finalement, WICKED est surtout là pour apporter un regard neuf et pas seulement juste pour entretenir la flamme ?
Bien sûr. Comme je te le disais, nous ne sommes pas tant attachés à une esthétique ou un son vintage. Nous adorons les classiques et admirons les légendes qui ont ouvert la voie, mais WICKED a toujours eu pour vocation de tracer son propre chemin. Nous évoluons constamment et nous faisons ce qui nous semble juste sur le moment. Une chose est sûre : WICKED sera toujours là pour divertir tous les publics, quels qu’ils soient. Nous adorons le défi de conquérir de nouveaux fans, qu’il s’agisse de métalleux, de punks de bar ou même d’étudiants, qui ne connaissent pas encore le Rock ! Nous sommes toujours prêts à relever le défi ! (Sourires)
Le nouvel album de WICKED, « Go Rebel », est disponible chez Magick Rite Records.
D’une incroyable profondeur, « Dear God » voit THE PRETTY RECKLESS parvenir à une certaine apogée musicale sur cette nouvelle et surprenante réalisation. Sur près d’une heure, les New-yorkais font preuve d’une constante cohérence, ce qui leur avait peut-être fait défaut auparavant. La voix de Taylor Momsen montre enfin toutes ses capacités, et que ce soit dans des instants fulgurants qu’elle affectionne ou dans des moments plus calmes, voire spirituels, elle guide le jeu avec l’habileté et l’envergure d’une grande artiste.
THE PRETTY RECKLESS
« Dear God »
(Fearless Records)
Il semblerait que la formation menée par la magnétique Taylor Momsen soit à un tournant de sa carrière. En tout cas, c’est ce que ce cinquième album laisse entendre. Mature, plein de confiance et affichant toujours autant d’audace, THE PRETTY RECKLESS paraît plus libre que jamais. Produit comme d’habitude par Jonathan Wyman avec la chanteuse et le guitariste Ben Philips, « Dear God » atteste que les Américains ne sont plus en quête d’identité, bien au contraire, ils l’affirment haut et fort et avec la manière.
Occupant une place à part sur la scène Alternative Rock, le groupe est parvenu depuis la fin des années 2000 à se frayer un chemin et se faire une place au milieu d’une sorte de panier de crabes assez uniforme. L’originalité de THE PRETTY RECKLESS se niche essentiellement dans un savoureux mix de riffs puissants, de mélodies accrocheuses et d’une écriture très introspective. D’ailleurs, c’est une frontwoman presque à fleur de peau que l’on retrouve sur ce « Dear God », tellement authentique et sincère.
En se montrant aussi vulnérable qu’indéboulonnable, le quatuor joue les équilibristes avec beaucoup d’assurance et de précision. Et Mark Damon (basse) et Jamie Perkins (batterie) sont des artisans indispensables à la solidité de « Dear God ». Souvent acoustique dans les ambiances, THE PRETTY RECKLESS reste toujours très explosif et si les quatre interludes « Life Evermore » ponctuent de manière aléatoires ce nouvel opus, c’est pour mieux mettre en avant des compositions sans faille. A écouter dans son entier et de bout en bout.
Photo : Steph Gomez
Retrouvez la chronique de « Death By Rock And Roll » :
Alors qu’un bel avenir lui était promis avec Little Caesar, mais freiné par la bonne excuse de l’émergence du Grunge qui reste encore aujourd’hui l’alibi parfait, le frontman Ron Young a pourtant continué à se produire dans d’autres combos comme Manic Eden et The Four Horsemen sans pour autant connaître un succès bien mérité. Avec SAVAGE GENTLEMEN, la donne pourrait bien changer, car ce premier opus éponyme révèle une belle complicité et un sens presque instinctif du Rock US.
SAVAGE GENTLEMEN
« Savage Gentlemen »
(Deko Entertainment)
Savoir que Ron Young remet le couvert avec son complice de longue date Rich Thomas devrait donner le sourire aux fans de Little Caesar, ce groupe californien qui avait fait forte impression à la fin des années 80. Mais avant de rejoindre la côte ouest, le chanteur et et son ami guitariste œuvraient ensemble à New-York au sein de The Kingpins dans un registre Roots Rock légèrement 60’s. Avec SAVAGE GENTLEMEN, ils renouent avec un Rock US entraînant et mélodique, très bien accompagnés par Bon Conlon (batterie) et Joe Viers (basse).
Chevronné et authentique, le quatuor fait donc ce qu’il a toujours fait : un Rock élégant et efficace, accrocheur et sincère. Très bien produit par son bassiste, propriétaire des Sonic Lounge Studios à Columbus, Ohio, « Savage Gentlemen » est une sorte de mix entre la fougue de Los Angeles, la force du Midwest et l’esprit new-yorkais. Pour le reste, l’expérience acquise tout au long de leur carrière respective offre une belle assise à SAVAGE GENTLEMEN et on sent que les Américains se sont franchement fait plaisir.
Musicalement, il y a quelque chose d’évident dans ce premier album. Sans fioriture, le style est direct et présente déjà beaucoup de personnalité. Certes, la voix de Ron Young est une signature forte, d’autant qu’il n’a absolument rien perdu de sa puissance vocale, contrairement à pas mal d’autres. Loin des modes, SAVAGE GENTLEMEN affiche suffisamment d’assurance pour imposer sans mal des morceaux aussi convaincants que variés (« Runnin’ », « See You Later », « Soul Shakin’ », « All Over Now », « Chain Of Fools », « Everything Is Easy »). Un sans-faute !
Archétype-même du groupe sous-estimé, TYKETTO avait pourtant démarré sa carrière de belle manière au début des années 90 et au milieu d’une féroce concurrence. Puis, les New-Yorkais ont explosé en plein vol, malgré une entame très prometteuse. 35 ans plus tard, Danny Vaughn remet le couvert et rallume la flamme. Certes, son Hard Rock n’est plus aussi explosif et tranchant, mais les compositions sont là. Enregistré aux légendaires studios Rockfield au Pays de Galles, « Close To The Sun » montre que nos vétérans en ont encore sous le pied.
TYKETTO
« Close To The Sun »
(Silver Lining Music)
Après de bons débuts dans les années 90 avec trois albums plébiscités (« Don’t Come Easy » en 1991, « Strength In Numbers » en 1994 et « Shine » en 1995), on aurait pu penser que TYKETTO allait s’imposer sur la scène Hard Rock, bien au-delà de sa ville de New-York. Et ce fut un temps le cas. Mais c’était sans compter sur le caractère imprévisible et autoritaire de son fondateur Danny Vaughn, guitariste et très bon chanteur. S’en sont suivis 17 ans d’absence avant une remise en selle en 2012 avec « Dig in Deep », puis « Reach » il y a dix ans déjà. Finalement, en trois décennies, les Américains n’auront sorti que six opus, ce nouveau « Close To The Sun » compris.
Revoici donc TYKETTO de retour avec un line-up une fois encore remanié, mais de qualité et c’est du costaud ! On y retrouve donc Chris Childs (Thunder) à la basse, Johnny Dee (Doro, Britny Fox) à la batterie, Harry Scott Elliott à la guitare et Ged Rylands, présent depuis 2012 aux claviers. Le groupe a fière allure et « Close To The Sun » est dans la parfaite lignée de ce qu’il propose depuis ses débuts, à savoir un Hard Rock mélodique. L’expérience de cette longue et chaotique carrière est bien là et on a affaire à des musiciens qui savent pertinemment où ils vont. Précis et accrocheur, rien n’est laissé au hasard et il ne faut pas longtemps pour se laisser prendre au jeu.
Certes, le quintet ne vient pas bouleverser le paysage musical, et encore moins son propre répertoire, mais il prolonge le plaisir avec sérieux et application. Plus Rock et moins rentre-dedans que dans ses jeunes années, TYKETTO semble avoir arrondi certains angles, s’adonne aussi à des titres plus mid-tempos, mais reste toujours aussi dynamique et costaud. Vocalement, son frontman demeure l’une des plus belles voix du registre et le nouveau six-cordiste n’est pas avare de bons riffs et de solos tout en feeling (« Higher And Than High », « Bad For Good », « Harleys & Indians », « The Picture », « The Brave »). Une belle partition.
Selon son leader, jamais PRONG n’avait donné de concerts aussi longs de toute sa carrière. Celui qui fut, sinon un pionnier du moins un pilier, du Metal HxC Indus dans les années 90, tient toujours debout malgré des changements de musiciens record. L’année dernier, pour les trois décennies passées de son album phare, « Cleansing », les Américains avaient entrepris de le jouer dans son intégralité avec quelques inédits, histoire de pimenter le set. Entreprise plutôt réussie, malgré un son un peu en dedans, qui manque un peu de volume. Mais « Live And Uncleansed » reste un bon témoignage d’un époque qui paraît, aujourd’hui, tellement lointaine.
PRONG
« Live And Uncleansed »
(Steamhammer)
Pour qui n’aurait jamais vu PRONG en concert, ce qui reste en expérience unique, ce « Live And Uncleansed » est une bonne manière de s’imprégner de l’atmosphère qui y règne. Certes, on parle ici d’un mythe en matière de Metal HxC Indus, mais comme pour le monde, le temps fait son œuvre. Enregistré à la fin de l’été 2025, le groupe célébrait les 31 ans de son emblématique album « Cleansing ». Sorti en 1994 donc, les New-yorkais avaient alors fait très forte impression. Aujourd’hui encore, leur quatrième opus est toujours une référence pour beaucoup.
Pour les avoir vu cette année-là à Paris avec Life Of Agony et The Obsessed, PRONG se présentait avec l’un de ses meilleurs line-ups, à savoir Paul Raven à la basse, Ted Parsons à la batterie et bien sûr l’inamovible Tommy Victor au chant et à la guitare. L’Elysée-Montmartre avait senti ses murs trembler ce soir-là. L’an dernier, le leader du power trio était accompagné par Christopher Dean (basse) et Tyler Joseph (batterie), et ils ont véritablement fait honneur à l’institution. Au menu, l’essentiel de « Cleansing », mais aussi quelques belles surprises.
Captés sur sept concerts essentiellement donnés lors de prestigieux festivals en Allemagne et en Belgique, les onze morceaux (plus trois bonus suivant les formats) reflètent assez bien l’énergie de PRONG sur scène. Accordés à l’ancienne suivant les titres, on retrouve la patte du combo et même si la puissance s’est un peu étiolée, l’impact résiste bien au temps. Parmi les inédits, on découvre « Corpus Delecti » et « Inheritance », mis de deux côtés à l’époque, mais présent sur la BO du film « Airheads » pour ce dernier. En attendant la tournée qui arrive, c’est une belle gourmandise.
Retrouvez la chronique de « State Of Emergency » :
« Hollywood Forever » est un disque assez troublant, le troisième pour le New-Yorkais. En effet, sous des traits bluesy, il nous embarque dans un univers très disparate, éclectique à souhait et qui, finalement, se cherche encore un peu. Il ne propose pas de fil conducteur, de sorte de voie à suivre et dans laquelle il pourrait s’affirmer pleinement. EMANUEL CASABLANCA séduit par sa voix feutrée et un jeu solide, mais peine un peu à convaincre en tant que véritable bluesman. Si la modernité de ses compositions est incontestable et agréable, elle pèche par un manque d’authenticité criant.
EMANUEL CASABLANCA
« Hollywood Forever »
(Bad Boy Of Blues Media)
Bad boy, EMANUEL CASABLANCA ? Pas vraiment, si l’on se refère à sa musique. Car l’Américain a plusieurs cordes à son arc, dont quelques aventures cinématographiques, un passé de basketteur et la création d’une fondation dédiée à la promotion des droits humains et de la justice sociale dans le monde, et qui est aussi le nom de son label. Donc, le musicien de Brooklyn est plutôt du côté des gentils. Et c’est tant mieux, même s’il reste sur des thèmes chers au Blues, sans vraiment toucher aux problèmes qui fâchent. Mais parlons musique !
Troisième album donc pour le guitariste et chanteur, et le moins que l’on puisse dire, c’est que « Hollywood Forever » est particulièrement riche et généreux. 16 chansons au total pour une durée d’une heure, dont un morceau-titre qui atteint presque les neuf minutes. C’est d’ailleurs peut-être là où le bât blesse. EMANUEL CASABLANCA se disperse un peu, montre des difficultés à afficher un style personnel et à insuffler sa touche à un opus qui aurait peut-être pu (et dû ?) être plus resserré, tant sur les compositions que les registres abordés.
Cela dit, la diversité de « Hollywood Forever » livre aussi de très bons moments, où alternent des passages clairement Blues Rock, d’autres plus légers et presque Pop et des parties acoustiques à l’approche pus traditionnelle. Sans être un virtuose de la six-corde, EMANUEL CASABLANCA se rattrape très bien sur les mélodies et sa voix douce très Soul lui permet bien des écarts. Dans ce dédale de titres, « The Squeeze », « Me And The Devil », « Black Man’s Burden », « India Stoker », « Lust And Lie », « Juggernaut » et « Flying » sortent du lot.
Lorsque l’on vit sa musique sur grand écran, autant être armé de fortes certitudes. C’est précisément le cas de MISS VELVET, qui signe un nouvel EP, « Triptych », dans la lignée de son premier album « Traveler ». Audacieux, passionné, sensible et sauvage, son Rock est à son image : moderne, brute, puissante et insaisissable. Derrière ce personnage qu’elle s’est entièrement créé et qu’elle façonne au fil du temps, se cache une chanteuse et compositrice à la vision claire et qui offre un nouvel éclat au Rock US, estampillé californien, avec beaucoup de force et de nuances. Entretien (fleuve) avec une artiste décidée, intrépide et féministe, qui marie son univers à celui de la mode dans un grand écart qu’elle vit et qu’elle assume pleinement.
– Avant d’arriver sur la côte ouest des Etats-Unis, tu vivais à New-York où tu chantais dans le groupe The Blue Wolf. Le style était plus urbain, avec beaucoup de cuivres et un petit côté funky. Pourquoi vous êtes-vous séparés après deux albums, et est-ce ce split qui a motivé ton déménagement pour la Californie ?
Avant la pandémie, j’ai eu un grand coup de chance à New-York en auditionnant pour George Clinton et Parliament Funkadelic au ‘B.B. King’s’ de Times Square. C’était un appel de dernière minute : un des programmateurs, qui connaissait mon manager à l’époque, m’a demandé si nous pouvions monter sur scène pendant la balance. Je jouais avec mon groupe depuis des années, dont certains d’entre nous depuis sept, huit, voire dix ans, et nous nous démenions sur la scène new-yorkaise. Ce soir-là, on nous a dit qu’on pouvait jouer un morceau, et qu’un membre de l’équipe de Parliament Funkadelic l’enregistrerait sur son téléphone et le montrerait à George, assis dehors dans son van. Et c’est ce qu’ils ont fait. Cinq minutes plus tard, on nous annonçait que nous avions le concert.
On était censé monter sur scène à l’ouverture des portes, mais George nous a fait l’incroyable cadeau de nous laisser monter sur scène à 20h, son créneau le plus important, dans une salle comble. Ce soir-là, tout a changé. Le lendemain, on a reçu un appel : 45 dates avec George. Cela a donné lieu à 60… puis 80… puis plus de 120 concerts et deux tournées mondiales. C’était électrique. Nous formions une équipe soudée et nous avions l’impression d’avoir enfin percé.
Puis la pandémie a frappé, et tout s’est arrêté. Ce calme était déstabilisant pour un musicien en tournée. On passe d’un mouvement constant à un arrêt total. Pendant ce temps, beaucoup de choses ont changé. Nous avons commencé à parler de choses en solo, de nouveaux projets. Et sur le plan personnel, j’ai renoué avec l’amour de ma vie. Je suis tombée enceinte. Le groupe s’est séparé. C’était un étrange croisement entre perte et renouveau, et chagrin et profond épanouissement. Je faisais le deuil de la vie que j’avais construite avec mon groupe, tout en entrant dans une nouvelle, en créant littéralement la vie.
Après la naissance de mon premier enfant, nous étions encore en pleine pandémie, et mon mari et moi avons décidé de déménager en Californie. Nous en rêvions depuis des années. J’avais toujours imaginé que l’Ouest s’insinuerait dans ma musique et j’étais prête à recommencer. J’appelle cette période ma période d’incubation : la naissance de moi-même en tant que mère, en tant que femme et aussi la renaissance de MISS VELVET.
– Avoir traversé tout le pays t’a-t-il fait évoluer musicalement pour livrer aujourd’hui un Rock moderne, teinté de Hard et de Classic Rock ? Tu as finalement adopté un style qui colle à l’atmosphère de Los Angeles. Est-ce que tout cela s’est fait assez naturellement ?
La Californie a toujours porté en moi cette énergie mythique, un sentiment d’Americana ancré dans l’immensité de l’Ouest. Les sons qui sortaient de Laurel Canyon, la tradition narrative, cet esprit troubadour, comme les Eagles, Joni Mitchell, ces voix semblaient m’appeler bien avant même que j’y pose les pieds. Il y a quelque chose de particulier en Californie… La façon dont les montagnes se brisent dans la mer, les aigles au-dessus de ma tête, les routes sans fin qui mènent de la côte au désert de Mojave. C’est surréaliste et cinématographique, et en tant qu’artiste, j’avais soif de cette énergie naturelle brute.
A mon arrivée, je savais que ce nouveau chapitre de MISS VELVET refléterait cela. Sonorité, style, émotion : tout a commencé à s’harmoniser. Et oui, c’est arrivé de manière incroyablement naturelle, car j’en avais soif. J’avais cette vision en moi depuis si longtemps, et quand je suis arrivée ici, je me suis jetée à corps perdu. Les paysages ont directement inspiré la musique et les images. C’est pourquoi nous avons entièrement tourné « Triptych » dans le désert de Mojave. L’environnement n’était pas seulement un décor, il fait partie intégrante de l’histoire.
Il existe une longue tradition de musiciens puisant dans l’âme de la Californie, et je voulais faire de même, tout en la fusionnant avec les éléments modernes et surréalistes que j’explorais. J’ai adoré l’idée d’associer l’ouverture brute du désert à la haute couture, de mélanger le Classic Rock à une production moderne et à des textures inattendues. Il s’agissait de trouver cet équilibre : quelque chose d’intemporel, mais aussi résolument actuel.
– Ton premier album sous le nom de MISS VELVET, « Traveler », est sorti en novembre 2023. Ton adaptation à Los Angeles s’est donc faite très rapidement. As-tu immédiatement commencé à composer et à façonner ce personnage que tu revêts et que tu revendiques aujourd’hui ?
Tout s’est passé très vite, même si sur le moment, cela m’a semblé incroyablement intimidant. Je n’oublierai jamais l’un de mes premiers trajets sur l’emblématique PCH avec l’océan à ma gauche, les montagnes à ma droite et, sorti de nulle part, cet oiseau massif, peut-être un aigle, qui a traversé la route devant ma voiture. Son envergure était immense. Il était si calme, planant simplement sur ce décor sauvage. Et j’ai eu cette sensation de sortie du corps, comme si le temps avait ralenti. J’ai levé les yeux vers la montagne et je l’ai ressenti : le poids de ce que j’allais accomplir. J’étais arrivée en Californie sans connaître personne. Je prenais un nouveau départ. Et cette montagne représentait l’ascension qui m’attendait. Mais voir cet aigle voler avec tant d’aisance dans le vent m’a redonné de la force. C’était comme un message. Un rappel de force, de vision, d’objectif. Ce moment est resté gravé dans ma mémoire.
À partir de ce moment-là, j’ai plongé tête baissée. J’avais passé tant de temps à garder cette version de moi-même juste sous la surface, cette nouvelle version de MISS VELVET, cette femme façonnée par la perte, l’amour, la renaissance et la maternité. J’étais prête à exprimer tout ce que je portais en moi, à le filtrer à travers cet espace exalté et fantastique qu’occupe MISS VELVET. Elle est devenue le réceptacle de ce que j’avais de plus authentique.
Et puis, comme par hasard, j’ai rencontré ensuite ma partenaire créative actuelle, Esjay Jones. C’était absolument électrique. Deux personnes avec des histoires profondes, des vérités brutes et quelque chose à dire et prêtes à créer. Dès le début, il était clair qu’il ne s’agissait pas d’une simple collaboration. C’était de l’alchimie.
– Et il y a donc eu ta rencontre avec la compositrice et productrice Esjay Jones avec qui tu as co-produit et co-écrit « Traveler », puis « Triptych » récemment. La connexion entre vous semble incroyable. En quoi ce travail à deux a-t-il fait évoluer, et peut-être aussi, grandir ta musique et ta manière de l’aborder ?
Il se produit quelque chose d’incroyablement puissant lorsque deux femmes s’unissent avec force, confiance, respect et sans ego. C’est ça, travailler avec Esjay. Dès le départ, il y avait cette compréhension tacite que nous pouvions être pleinement nous-mêmes, explorer des idées folles, repousser les limites et créer sans crainte. Ce genre de partenariat créatif est une sécurité. C’est rare. Et cela a été une véritable transformation.
Avec « Triptych », la vision m’est venue presque comme un téléchargement : cet univers visuel et cinématographique que je voulais créer. Je l’ai apporté à Esjay et je lui ai dit : « Je veux écrire une bande originale pour ce film qui n’existe que dans ma tête ». J’avais ce concept de trois singles principaux, mais sept titres au total, avec des interludes et des changements de genres : cette histoire en trois actes. Et elle a immédiatement compris. Cette confiance et cette liberté créative sont essentielles.
On en parle souvent : MISS VELVET est une voyageuse de possibilités. Cette phrase est présente dans les paroles de « Traveler », mais c’est aussi une sorte de mantra qui guide notre façon de fonctionner. On retrouve des éléments de décor dans les deux albums : philosophie, visuels et même le symbolisme du tailleur à rayures, présent dans les deux projets. Dans « Triptych », elle le porte à nouveau, cette fois en blanc, et s’éloigne. Ce sont des choix réfléchis. Nous construisons ensemble une mythologie évolutive.
Ce qui rend ce partenariat encore plus spécial, c’est que nous naviguons toutes les deux sur des trajectoires similaires : en tant que femmes, en tant qu’artistes et en tant que créatrices trentenaires conciliant vie, identité, ambition et famille. Ce sont les sujets dont nous parlons. Ce sont les histoires que nous voulons raconter. Et en travaillant ensemble, j’ai découvert certaines des facettes les plus sincères de moi-même, celles que je souhaitais depuis longtemps exprimer en musique.
Esjay n’a jamais cherché à édulcorer quoi que ce soit. Elle respecte la voix. Elle comprend la puissance de ce qui est profondément identifiable et brut. Avoir une collaboratrice comme elle, qui comprend l’histoire dans son intégralité, qui vous rencontre dans l’histoire, c’est non seulement libérateur, mais aussi inspirant. Nous nous améliorons mutuellement.
– « Traveler » est un album explosif, mais aussi très personnel et intime dans les textes et avec des chansons qui sonnent presque Folk parfois. Est-ce que le fait d’être dorénavant en solo te permet-il d’aborder des sujets que tu n’aurais pas pu, ou oser, faire en groupe ?
Absolument. Etre solo, et surtout, avoir plus confiance en moi, m’a donné la liberté d’approfondir des sujets dont je n’aurais peut-être pas eu l’espace ou le courage d’explorer en groupe. MISS VELVET est devenue un réceptacle qui me permet d’appréhender les événements de ma vie en temps réel.
Avec « Traveler », l’accent n’était pas tant mis sur la maternité que sur le déménagement émotionnel et physique de New-York à la Californie. Ce changement, c’est-à-dire quitter une ville, un groupe, une vie que j’avais construite, et s’aventurer vers l’inconnu a été radical. Ça se ressent dans la musique. Il y a des moments sur « Traveler » qui sont véritablement Rock’n’Roll dans tous les sens du terme. Et c’était très intentionnel. C’était comme si je devais honorer le son et l’esprit qui m’avaient portée jusque-là avant de pouvoir m’en libérer pleinement. Je m’accrochais encore, d’une certaine manière, au poids de ce que je laissais derrière moi.
« Traveler » est donc devenu ce pont, un disque sur l’entre-deux. Sur le mouvement, l’incertitude et le début de la transformation. Et ce n’est qu’après avoir réalisé cet album que j’ai pu m’immerger pleinement dans l’espace décomplexé de « Triptych ». C’est l’endroit où je me suis enfin autorisé à explorer non seulement des thèmes émotionnels plus profonds comme la trahison, l’amour-propre radical, le deuil et le temps, mais aussi à expérimenter pleinement le paysage sonore. C’est devenu un espace d’exploration sonore audacieux. J’ai fusionné les genres que j’ai toujours aimés comme des éléments de tragédie grecque et de chœur, de la guitare flamenco, des cordes orchestrales luxuriantes, des thèmes de cinéma jusqu’à ce que j’appelle aujourd’hui le ‘Rock cinématographique’. Il s’agissait de créer quelque chose qui soit à la fois mythique et moderne. Théâtral, mais profondément personnel. C’est le moment le plus expansif et le plus libre que je n’aie jamais vécu.
– Il y a un réel esprit de liberté sur tes deux disques, « Traveler » et « Triptych », et cela se traduit par un Rock US puissant, avec aussi beaucoup de soins apportés aux arrangements comme le piano et les cordes, par exemple. C’était important pour toi que ta musique ne sonne pas trop brut pour garder peut-être aussi un côté féminin plus appuyé ?
Absolument. Mais je pense qu’il est important d’élargir ce que l’on entend par ‘féminin’. Pour moi, le féminin ne se résume pas à la douceur ou à l’élégance : c’est la profondeur, l’intuition, l’ancrage et la férocité. Avec « Triptych », je voulais me réapproprier le véritable sens du pouvoir féminin. Et cela impliquait d’accepter la vulnérabilité et la force. La beauté et la rage. La tendresse et les limites.
Il y a tellement de liberté là-dedans. Dans « Strut », on voit MISS VELVET s’abandonner à un amour-propre féroce et sans complexe. Et dans « Hallelujah », on perçoit quelque chose d’aussi puissant : l’acceptation. Même l’amour de l’ennemi. Une compréhension où l’on peut faire preuve de compassion, tout en revendiquant ce qui nous appartient. Qu’on peut tenir bon sans perdre sa grâce. Que tracer des limites ne vous rend pas dur, mais vous rend entier.
Je voulais que la musique reflète cette dualité. Les arrangements (cordes, piano, chœur) véhiculent émotion et mythe. Ils laissent la musique respirer d’une manière expansive et cinématographique. Mais l’énergie est toujours là. La puissance. L’architecture émotionnelle qui maintient les énergies masculines et féminines en tension. MISS VELVET vit dans cet espace : la liberté de s’appuyer sur les deux, d’explorer l’androgynie, d’être fluide, autoritaire, tendre et indomptable. C’est la beauté de « Triptych ». Il ne s’agit pas seulement de reconquérir le pouvoir, mais de redéfinir ce à quoi ce pouvoir ressemble et sonne.
– Justement, tu affirmes clairement ta féminité, ce qui n’est pas très simple dans l’industrie du Rock. Est-ce que revendiquer et véhiculer à travers ta musique un certain féminisme est important à tes yeux aussi ?
Ce n’est pas seulement important, c’est indissociable de l’art. Je ne considère pas le féminisme comme quelque chose que je dois intégrer à la musique : c’est la musique. Il est dans mes choix, des histoires que je raconte et de la façon dont j’incarne MISS VELVET. Il est dans le pouvoir de revendiquer ma propre voix sans compromis, de refuser d’être réduite ou adoucie pour le confort des autres.
Ce que j’affirme, ce n’est pas seulement la féminité, c’est tout le spectre de la condition féminine. Cela inclut la rage, la sensualité, le chagrin, la douceur, le glamour, la sérénité, la sauvagerie, la maternité, l’ambition, la contradiction, la sagesse. Tout est là. Et je pense que nous sommes enfin à un moment culturel où nous pouvons cesser de demander aux femmes de choisir une version d’elles-mêmes et de l’interpréter poliment. MISS VELVET vise à briser ce binaire. Elle vit à l’intersection de la féminité et de la vulnérabilité, du sacré et du profane.
Dans une industrie dominée par les hommes, surtout dans le Rock, affirmer une présence féminine, qui n’est pas conçue pour le regard masculin, peut être difficile. Mais je ne suis pas ici pour jouer selon les règles des autres. Je suis là pour élargir le récit. Pour montrer que le pouvoir féminin peut être raffiné et primordial. Ancré et indompté. Que le féminisme n’est pas une question de rejet, mais de revendication.
Alors oui, c’est profondément ancré dans ce que je fais. Non pas comme une déclaration, mais comme un droit inné. Comme une vérité que je vis haut et fort.
– Tu viens tout juste de sortir « Triptych », qui s’inscrit dans la continuité de l’album. Les trois nouveaux morceaux sont accompagnés d’interludes, mais aussi et surtout, il s’agit d’un véritable concept vidéo que tu as décliné sous la forme d’une tragédie grecque. D’où t’est venue l’idée à laquelle tu as aussi associé beaucoup d’esthétisme dans l’image?
L’idée de « Triptych » m’est venue lors d’un de ces moments rares et divins. J’étais assise sur ces rochers volcaniques noirs à Hawaï, lors d’un voyage avec mes enfants et mon mari. Je médite quotidiennement, cela fait partie de ma vie depuis huit ans, et ce matin-là, je venais de terminer une méditation lorsque je suis entrée dans ce magnifique espace intermédiaire : ni complètement revenue au présent, ni complètement ailleurs. A cet instant crucial, j’ai téléchargé l’intégralité de « Triptych ». J’ai revu chaque scène. L’arc narratif complet. L’Odyssée de MISS VELVET.
A l’époque, je traversais une période profondément douloureuse : la trahison de quelqu’un qu’on a aimé et en qui on avait confiance. C’est bouleversant. Cela vous bouleverse profondément. Et j’étais au point où j’avais le sentiment d’être dos au mur. Avec le recul, j’ai confié cette douleur à la seule personne capable de la porter sans se briser : MISS VELVET. Je me suis demandée : comment allait-elle affronter cela ? Et « Triptych » est devenu la solution. Dans la première partie, « Pistols At Dawn » », on voit MISS VELVET et son ennemie : MISS VELVET sur un cheval noir, l’ennemie dans une Mustang noire. On ne voit jamais le duel, mais l’image est claire : les deux forces se croisent en formation de V, filmées d’en haut. A la fin, elle se tient seule, une gaze rouge tombant de ses mains, symbolisant qu’elle a affronté l’ennemie et en est ressortie transformée, avec du sang métaphorique sur les mains. C’est la mort de l’illusion.
Puis, le chœur inspiré de la tragédie grecque la guide vers la deuxième partie : « Strut ». C’est l’instant d’un amour-propre triomphant, féroce et sans complexe. Entourée d’une communauté diversifiée de personnes s’exprimant dans leur forme la plus authentique, MISS VELVET est à la fois témoin et bénéficiaire de cet amour, et elle le lui rend au centuple. C’est une célébration de la reconquête.
Enfin, le chœur la conduit vers la troisième partie : « Hallelujah ». Un jugement spirituel. MISS VELVET est maintenant vêtue de blanc, debout sur une scène circulaire blanche, entourée du chœur, également en blanc. C’est l’acceptation totale. C’est la suite silencieuse, le moment de la transformation. Elle a affronté la trahison, revendiqué l’amour-propre, et arrive maintenant à un état de grâce, où elle peut aimer même son ennemi, tout en restant pleinement fidèle à sa vérité. « Triptych » s’achève sur la coda : une composition de cordes, sans paroles. MISS VELVET s’éloigne de la caméra, vers la suite. Ce n’est pas une fin, c’est un début.
Pour moi, « Triptych » était une forme d’alchimie émotionnelle. J’ai pris quelque chose que je pouvais à peine assimiler en temps réel et je l’ai traduit dans un monde visuel fantastique, où je pouvais l’affronter à travers l’art. Cela n’a pas fait disparaître la douleur, mais cela m’a offert un réceptacle. Une libération. Et ce faisant, je suis devenue une meilleure version de moi-même. Une meilleure mère, une meilleure épouse et une artiste plus honnête.
– Tu es aussi très présente sur les réseaux sociaux et très suivie. Accordes-tu beaucoup d’importance à ton image, car tu t’intéresses également de près à la mode ? Même si c’est très normal aujourd’hui, ça l’est un peu moins dans le monde du Rock. Comment gères-tu cela et est-ce que concilier ces deux passions te demande de bien les distinguer ?
C’est intéressant, car je ne vois pas vraiment cela comme une combinaison de deux passions distinctes. Pour moi, la mode, la musique, la narration, le langage visuel, tout cela fait partie d’une même impulsion. J’aime utiliser les réseaux sociaux comme une sorte de journal intime. Cela me permet de partager des idées au fur et à mesure qu’elles arrivent, qu’il s’agisse d’une nouvelle vision mode, d’un croquis sonore, d’un moment de ma vie de famille ou simplement d’une émotion du jour. C’est devenu un moyen de faire découvrir l’univers évolutif de MISS VELVET, non seulement en tant qu’artiste, mais comme une expérience artistique à 360°.
Et oui, il y a toujours du bon, du mauvais et du truand avec les réseaux sociaux, mais j’essaie de les aborder comme une extension de l’art. C’est là que je peux exprimer différentes facettes de MISS VELVET : un jour, ce peut être du glamour, le lendemain, une maternité brute, le surlendemain, un teaser conceptuel. Rien de tout cela n’est linéaire. C’est circulaire. Expansif. Ces derniers temps, je me sens de plus en plus attirée par le mot ‘artiste’. Pas seulement ‘artiste d’enregistrement’, même si cela fait partie de moi, mais artiste au sens large et plus sauvage du terme. J’en ai parlé avec mon label et mon équipe : cette idée que MISS VELVET est une entité créative vivante et dynamique. Et cela implique d’explorer de nouveaux espaces de performance, de nouveaux formats visuels, de nouvelles façons d’interagir avec le public au-delà du modèle traditionnel des tournées.
Je suis enthousiasmée par l’idée qu’il n’y ait plus qu’une seule façon de faire. Nous vivons une époque où les frontières entre les disciplines s’estompent, et cela me donne une immense liberté. Les réseaux sociaux font partie intégrante de cette danse. Et les ‘Velvets’, cette communauté qui m’a trouvée en chemin, en font partie aussi. C’est vraiment exaltant. Grandir et évoluer en temps réel et inviter les autres à en être témoins.
– Enfin, j’imagine que tu dois être impatiente de présenter tes nouvelles chansons sur scène. As-tu des projets dans ce sens aux Etats-Unis ou en Europe où tu étais récemment ?
Absolument ! J’ai hâte de retourner sur scène et de partager cette nouvelle version de MISS VELVET. Le spectacle vivant est le point de départ de tout pour moi, et honnêtement, c’est la raison pour laquelle je fais tout cela. Rien n’est comparable à ce contact électrique et humain avec le public. Cet échange d’énergie, ce moment où tout devient réel.
Je suis particulièrement impatiente de donner vie à « Triptych ». Je rêve de différentes manières de le présenter pleinement, pas seulement sous forme de concert, mais comme une expérience immersive. Qu’il s’agisse d’une résidence, d’une installation multi-sensorielle ou de quelque chose d’entièrement nouveau. Je travaille à la création d’un format live qui nous permette de pénétrer pleinement dans l’univers de « Triptych » : sa dramaturgie, ses visuels et son arc émotionnel.
Nous travaillons activement à la préparation de prochaines dates de tournée aux Etats-Unis et, espérons-le, en Europe. Alors oui, la scène, qui est ma maison et mon havre de paix, m’appelle. Et j’ai hâte d’y répondre.
L’album « Traveler » et l’EP « Triptych » de MISS VELVET sont disponibles chez Mother Ride Records.
Photos : Chris Quinn (1, 4), Horz (2, 3, 5, 7) et Luisa Opalesky (8).
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