Catégories
Blues Blues Rock

Lee O’Nell : le feeling pour unique guide

Avec beaucoup d’énergie et de finesse, LEE O’NELL se dévoile sur scène dans un set incandescent, où son Blues Rock donne toute sa puissance. La guitare est affûtée, les claviers scintillants, la rythmique d’un groove hyper-précis et la voix de Gipsy enveloppe de sa belle tessiture. Tout est en parfaite symbiose sur ce « Live », parfaitement capté et restitué sans fioriture avec une authenticité de chaque instant. Léger, jazzy, swing ou plus musclé, le registre du combo hexagonal fait des merveilles et nous emporte avec lui.

LEE O’NELL

« Live »

(Independant)

Après deux albums studio avec son Blues Gang, « Different Shades OF Love » (2020) et « This Is Us… » (2022), c’est avec une réalisation sobrement intitulée « Live » que Lionel Wernert, alias LEE O’NELL, fat son retour de très belle manière. Car le Blues Rock et le Blues plus largement, peut-être plus que d’autres registres qui misent dorénavant sur des shows exubérants plus préoccupés par l’image que la musique, se vit et se ressent en concert et face au public. Et en ce sens, le quintet vosgien ne triche pas et ses morceaux sont d’une sincérité sans faille.

Enregistré en octobre dernier à Vitry-le-François devant des spectateurs attentifs et enthousiastes, « Live » s’étend sur une petite heure, où l’on se délecte des multiples facettes de LEE O’NELL. Avec sa chanteuse Gipsy, ils forment un duo fusionnel, où le chant communique et répond aux assauts guitaristiques du principal compositeur de la formation. Cette dernière est d’ailleurs complétée avec beaucoup de talent par Pierre-Alain Delannoy (batterie), Phil Dandrimont (basse) et François Barisaux (claviers) dans une belle osmose.

Complices et complémentaires, les cinq musiciens manient puissance et délicatesse sur des titres très accrocheurs, dont l’objectif (atteint!) est d’abord de livrer beaucoup d’émotion (« Come What May », « Be A Man », « Different Shades Of Love », « Kiss Me Again », « Never Again », « Paradise Highway »). Et cerise sur le gâteau, on retrouve en toute fin le single « O Gimme Faith » qui, espérons-le, est le présage d’un beau troisième effort à venir. Avec ce « Live », LEE O’NELL est dans son élément, brillamment accompagné et avec une telle frontwoman, l’avenir s’annonce radieux.

Photo : Thierry Wakx

Retrouvez la chronique de « This Is Us… » :

Catégories
Heavy Stoner Rock International

Electric Hydra : extreme energy [Interview]

Six longues années après son premier effort, le quintet fait un retour explosif avec « From The Fallen », composés de onze morceaux qui sentent la poudre et d’où jaillit un Heavy Stoner Rock massif. Entre-temps, ELECTRIC HYDRA a accueilli deux nouveaux guitaristes, rien que ça, et a forcément pris du volume. Le son de cet nouvel opus est plus brut, ample et puissant. Rangé derrière sa percutante frontwoman, Sanne Karlsson, le combo terrasse tout sur son passage, non sans s’appuyer sur de belles mélodies et il montre surtout avec une solide cohésion. Avec deux femmes dans ses rangs, le groupe joue presque la parité, d’autant que leur présence apporte un élan singulier à un répertoire déjà incisif et tranchant. Entretien avec une chanteuse pétillante, qui a hâte d’enchaîner les concerts et qui reste d’une curiosité viscérale.

– ELECTRIC HYDRA revient six ans après un premier album éponyme remarqué. Même s’il y a eu le single « Eyes Of Time » en 2022 et en quatuor, « From The Fallen » apparaît presque comme une renaissance. Est-ce le cas ?

Oui, on pourrait dire ça, plus ou moins. On s’est en quelque sorte réinventés. Le chemin n’a pas été facile, mais il nous a menés à cet album, et nous voilà : fiers et rayonnants. (Sourires)

– D’ailleurs, il y a eu un changement conséquent de line-up avec l’arrivée de deux nouveaux guitaristes. C’est loin d’être anodin, car c’est souvent la couleur musicale d’un groupe. Or, ELECTRIC HYDRA conserve et renforce même son identité. Comment avez-vous négocié ce virage ?

Comme nous avançons constamment, nous ne réfléchissons pas souvent à ces transitions. N’étant pas tenus de sonner d’une certaine manière, ou plutôt, aimant explorer différents genres, nous avons toujours été ouverts à l’expérimentation de nouvelles idées, comme les collaborations avec des artistes invités, par exemple. C’est peut-être cette curiosité d’explorer de nouvelles pistes tout en préservant cette identité profonde qui nous définit.

– Est-ce qu’aujourd’hui, ELECTRIC HYDRA a trouvé son équilibre à cinq et surtout avec deux guitares ? Le groupe a clairement gagné en puissance et votre Heavy Rock trouve aussi ses bases dans un Stoner Rock massif et toujours cette touche Hard Rock légèrement vintage. Avez-vous maintenant le sentiment d’avoir plus de possibilités que vous n’en aviez auparavant ?

C’est vrai, que nous sommes influencés par de nombreux styles différents et nous aimons explorer divers univers sonores. Avoir deux guitares nous permet d’être plus créatifs. Cela apporte également une dimension supplémentaire à nos concerts, ce que nous apprécions beaucoup. Et n’oublions pas la contribution d’Emil à la composition. Il a apporté une perspective nouvelle au groupe que nous apprécions énormément.

– Un mot aussi de la production, qui est signé par votre batteur Dennis Åhman. Le travail qu’il a accompli dès l’enregistrement jusqu’au mastering est remarquable. Est-ce que c’est justement ce qui a permis au groupe de conserver le son qui le caractérise depuis le début ?

L’anecdote est assez amusante, car suite à une série de soucis, nous nous sommes retrouvés complètement fauchés. Heureusement, grâce à la solide expérience de Dennis en ingénierie du son et à notre proximité avec le studio, le projet a pu être lancé. Nous avions une vision précise du son que nous souhaitions pour l’album, et le fait de maîtriser l’ensemble du processus nous a permis d’atteindre exactement le résultat escompté.

– Sanne, on te sent également plus déterminée que jamais, comme si c’était le moment de t’affirmer pleinement en véritable leader du groupe. On a presque l’impression que tu attendais ce deuxième album avec beaucoup d’impatience, tant ta prestation est forte. Est-ce que qui t’a animé aussi ?

Je ne sais pas si c’est quelque chose que je fais consciemment, mais oui, je m’y investis à fond, à 100 %. J’imagine que ça peut parfois agacer mon entourage, car j’ai tendance à trouver les autres trop lents quand je suis à fond. (Sourires) La raison pour laquelle je joue dans un groupe, et ce que j’apprécie le plus, c’est de jouer en live, et j’espère que nous sommes tous d’accord là-dessus ! (Sourires) Il n’y a pas eu assez de concerts ces derniers temps. Il était donc grand temps de sortir un nouvel album pour pouvoir reprendre la route.

– Par ailleurs, ELECTRIC HYDRA a toujours eu une approche très underground dans le son, ainsi que dans le style. Est-ce aussi l’une des raisons qui vous a incité à produire « From The Fallen » en interne ? Pour conserver cette flamme et cette énergie ?

Oui et non. La scène underground nous a permis de jouer et de créer. C’est une communauté très solidaire. Mais bien sûr, on adorerait aussi investir dans un bon studio avec un producteur de renom, dès qu’on aura le budget ! (Rires)

– Un mot aussi des morceaux « Contagious », « Riding The Haze » et « The Fallen » où vous accueillez quelques invités, à savoir Per Wiberg (ex-Opeth, Spiritual Beggars), l’Américain Mateo Von Bewitcher (Bewitcher) et aussi… ton père, Sanne. C’est assez inédit de jouer en famille dans ce registre. Comment cela s’est-il passé ? Et comment est née l’idée de ces trois featurings ?

En fait, il y a trois histoires différentes derrière tout ça, une pour chaque collaboration. Tout d’abord, avec Elvira, qui vend nos produits dérivés lors des concerts, nous sommes de grandes fans de Bewitcher. On a rencontré Matt et les autres membres du groupe lors de leur concert en Suède. Et tout simplement, je lui a demandé de lire quelques couplets inquiétants et Matt a eu la gentillesse de le faire. Ensuite, Per est le musicien le plus cool du monde et un type vraiment sympa. Il a joué avec des groupes incroyables au fil des ans. On aurait bien aimé qu’il joue sur le premier album aussi, mais on n’avait jamais eu le temps, ni le courage de le lui demander. Alors, l’avoir avec nous cette fois-ci, c’était vraiment spécial. On l’a croisé dans différents festivals et on a toujours passé de super moments. Les claviers, surtout joués par un musicien aussi talentueux, ajoutent une autre dimension aux chansons. Il a un don pour choisir les morceaux qui conviennent à chacun. Et comme, nous sommes de grands fans de Spiritual Beggars, alors c’est un honneur de l’avoir avec nous. Et enfin, Bo Karlsson n’est pas seulement un guitariste virtuose, c’est aussi le meilleur papa du monde ! (Sourires) Quand la voiture tombe en panne, que le chauffage fait des siennes ou que quelqu’un a simplement besoin de compagnie, il est là en un clin d’œil. Lui et ma mère, Simone, habitent tout près, et ils adorent prendre un café ensemble et discuter de tout et de rien. Un jour, nous avons pris un fika traditionnel suédois ensemble (café et brioches à la cannelle – Rires) comme d’habitude. Dennis jouait de la guitare et testait des idées pour la chanson « A New Dawn » quand il a soudainement tendu la guitare à Bobo. Et là, miracle ! C’est arrivé comme ça ! El n’avait même jamais entendu cette chanson auparavant.

– Enfin, lorsque l’on voit le line-up d’ELECTRIC HYDRA, il émane forcément une identité très féminine du groupe, avec peut-être plus de souplesse et de sensibilité, mais sans pour autant enlever de l’aspect incisif et puissant de l’album. Est-ce qu’à ce niveau-là, il y a aussi une recherche d’équilibre dans le ton notamment et d’une touche plus originale également ?

Il est encore bien trop rare de voir des femmes dans les musiques plus extrêmes. Si nous pouvons contribuer à faire évoluer les choses, nous le faisons avec plaisir. Il arrive souvent que certaines viennent nous voir après les concerts pour nous dire combien elles sont heureuses de nous voir sur scène. Nous avons la possibilité d’être plusieurs choses à la fois, alors pourquoi ne pas en profiter ? (Sourires).

Le nouvel album d’ELECTRIC HYDRA, « From The Fallen », est disponible chez Majestic Mountain Records.

Photos : Jacob Hellenrud, Isuru Jayasuriya et Arkko Mattheiszen.

Catégories
Heavy metal

Unchosen Ones : une profonde introspection

C’est avec beaucoup de caractère que les Hispaniques réapparaissent avec un nouvel effort plein de promesses. « Divine Power Flowing » est complet et distille un Heavy Metal qui ne vient pas révolutionner le genre, mais qui lui apporte beaucoup de fraîcheur. Plein de feeling sans être démonstratifs, les solos ponctuent des morceaux bien structurés et emmenés par des riffs entraînants. UNCHOSEN ONES peut paraître assez timoré de prime abord, mais il dévoile des arrangements très soignés et une assurance que l’on retrouve dans des mélodies raffinées.

UNCHOSEN ONES

« Divine Power Flowing »

(Blood Fire Death)

La scène espagnole se porte bien et ce ne sont pas les exemples qui manquent. Et si la plupart des groupes choisissent l’autoproduction, c’est une autre preuve de leur indépendance et c’est plutôt bon signe, compte tenu de l’état de l’industrie musicale actuelle. Originaire de Vigo, UNCHOSEN ONES avait fait irruption il y a trois ans avec « Sorrow Turns To Dust » et avait marqué les esprits grâce à une qualité indéniable, autant dans son contenu que dans sa production. Un son clair, un Heavy Metal classique, mais soutenu, la démarche est aussi simple qu’efficace.

Avec « Divine Power Flowing », le quintet confirme ses ambitions et il faut dire qu’avec de tels musiciens, UNCHOSEN ONES possède de solides atouts. Expérimentés, ils ont composé un deuxième album solide et massif, au point de flirter à l’occasion avec le Power Metal de manière très subtile. Le niveau technique est irréprochable, l’inspiration aussi et l’équilibre de cette nouvelle réalisation est inébranlable. Le duo guitare/claviers offre de belles combinaisons, tout en se répondant sans jamais empiéter sur le territoire de l’autre. Une belle complémentarité.

Au chant, Javier Calderón est à la fois fédérateur et musclé. Son approche personnelle guide UNCHOSEN ONES avec classe. Particulièrement véloce et précise, la rythmique est très en place et provoque des élans costauds, qui mettent parfaitement en relief des titres accrocheurs (« Idols & Kings », « The Void », « Cursed Without A Cause », « Wirlwind Saw », « Bloodborne », « Midnight Mass », « Death And Deliverance »). Ce deuxième opus des Galiciens montre une montée en puissance significative marquée par une profondeur éclatante.

Catégories
Hard Rock International Rock Hard

Stonetrip : rockin’ road trip [Interview]

Familiarisés avec le format EP qui semble bien leur convenir, les Australiens ont une vision très claire de leur musique et de ce qu’elle doit apporter. Chaque titre du quintet est d’une précision absolue, tant dans leur structure que dans cet équilibre qui fait que chacune d’elles vibre à l’unisson. Avec un côté très 90’s dans l’approche, STONETRIP offre une vision du Hard Rock de son île-continent bien différente de ceux qui ont percé jusqu’en Europe. Percutant et mélodique, « The Fight » nous transporte avec force et émotion dans les grands espaces de son pays avec une touche très british. La formation de Melbourne devient très vite addictive, tant le songwriting est ici élevé au rang d’art. Riffs accrocheurs, rythmique solide, chant puissant soutenu par des chœurs envoûtants, le combo avance avec l’assurance d’une intemporalité maîtrisée et un savoir-faire irréprochable. Rencontre avec un groupe d’une classe évidente sur qui le temps paraît glisser.

– On vous a découvert en 2021 avec un premier EP déjà très mature, accrocheur et solide. A l’époque, le sentiment que vous donniez était que vous étiez vraiment un groupe de scène. Aviez-vous beaucoup enchaîné les concerts avant d’entrer en studio ?

Absolument. STONETRIP a été conçu avant tout comme un groupe de scène. Avant d’entrer en studio, nous avons passé beaucoup de temps en concert, à peaufiner les arrangements et à laisser les morceaux évoluer naturellement. Cette expérience a façonné l’EP. Nous savions déjà ce qui fonctionnait, ce qui touchait le public et où chaque morceau avait besoin de respirer. L’enregistrement ne consistait pas à faire des démos, mais à capturer l’essence d’un groupe qui savait déjà qui il était.

– J’imagine que cet EP vous avait ouvert des portes, car deux ans plus tard, vous sortiez votre premier album « Run Free ». Pourtant, on y retrouve les morceaux de « Stonetrip ». Pour quelles raisons n’aviez-vous pas enregistré un disque totalement inédit ?

Ces chansons avaient encore du potentiel. Elles suscitaient un vif intérêt en concert et gagnaient en popularité sur les plateformes de streaming, et nous pensions qu’elles méritaient une plus grande visibilité et un écrin plus cohérent. « Run Free » n’était pas un nouveau départ, mais la consolidation de ce premier chapitre et sa présentation comme un aboutissement. Pour nous, il était logique de capitaliser sur cette dynamique plutôt que d’abandonner des chansons qui représentaient encore notre identité.

– STONETRIP revient d’ailleurs aujourd’hui avec « The Fight », qui est encore un EP. On aurait pu vous attendre avec un album complet. Est-ce une question de budget d’enregistrement, ou plus simplement un format qui vous convient et aussi une façon d’avoir une actualité après trois ans sans disque ?

L’important, c’est la concentration, pas le budget. Le format EP nous permet de sortir des morceaux percutants, sans remplissage, et de rester créatifs. « The Fight » est un projet très réfléchi : chaque titre a sa place. On ne voulait pas se précipiter sur un album complet juste pour le plaisir. Cet EP reflète où en est le groupe actuellement, musicalement et émotionnellement, et c’était le moyen idéal de renouer après une longue pause. Et oui, un album complet est bel et bien en préparation.

– L’omniprésence des plateformes vous y ont-elles aussi conduit ? A moins que vous ne favorisiez d’abord les concerts ? Et puis, la scène est aussi ce qu’il y a de plus révélateur pour un groupe à travers notamment la connexion avec les fans…

Le streaming a indéniablement transformé notre façon de consommer la musique, mais les concerts restent notre priorité. C’est sur scène que STONETRIP prend toute son ampleur. Ce contact direct avec le public est essentiel : on ne peut pas le simuler, ni se cacher derrière une mise en scène. Le streaming permet de nous faire découvrir, mais le véritable lien se tisse face à face, chanson après chanson, soir après soir.

– Musicalement, STONETRIP dénote un peu de la scène australienne que l’on connaît ici en Europe, qui nous a plus habitué à un Hard Rock brut et direct, façon Pub Rock. Est-ce justement pour vous démarquer que vous empruntez une voie plus mélodique et plus affinée, car votre jeu est plus limpide et précis ?

Nous n’avons jamais cherché à créer un contraste délibéré, mais la mélodie a toujours été au cœur de notre écriture. Nous aimons la clarté, les mélodies accrocheuses et le dynamisme. Notre musique conserve sa puissance et son intensité, mais elles sont contrebalancées par une structure et une atmosphère soignées. C’est tout simplement ainsi que nos influences et notre instinct se rejoignent : c’est authentique, plutôt que calculé.

– D’ailleurs, c’est assez surprenant de voir que STONETRIP semble plutôt avoir des références anglaises dans le son et dans l’approche du songwriting aussi, à l’instar de Def Leppard, par exemple. Cependant, vous conservez cette énergie et cette vélocité qui évoquent les grands espaces. Est-ce finalement ça votre touche australienne ?

C’est une façon juste de le dire. Nous sommes influencés par la musique britannique classique et ses harmonies, mais nous les interprétons à travers un prisme australien : un sentiment de mouvement, de liberté et d’ouverture. Il y a quelque chose dans la distance, l’espace et la culture de la route ici, qui nourrit naturellement l’énergie de notre musique. C’est probablement de là que vient cet équilibre.

– Ce qui est remarquable entre « Run Free » et « The Fight », c’est une production assez similaire et un son très identifiable, grâce à de belles et incisives guitares et un chant personnel et puissant. Est-ce que c’est une espèce de quête d’intemporalité, qui guide STONETRIP depuis le début ?

Oui, l’intemporalité a toujours été importante pour nous. Nous voulons des morceaux qui restent pertinents des années plus tard, pas quelque chose d’éphémère, figé dans une mode passagère. La constance du son et de la production contribue à forger notre identité. Quand on écoute un morceau de STONETRIP, on veut que ce soit immédiatement reconnaissable.

– Enfin, il y a ce son très 90’s qui caractérise en partie STONETRIP, tout en affichant une touche très actuelle. On vous sent un peu imperméables aux modes, est-ce le cas ?

Nous respectons les tendances, mais nous ne les suivons pas. L’influence des années 90 vient d’une époque où les chansons avaient le temps de s’épanouir et où les groupes privilégiaient le fond. Ce qui nous intéresse, c’est la pérennité, pas les algorithmes. Si la musique est authentique et puissante, elle trouvera toujours son public.

Autoproduit, le nouvel EP de STONETRIP, « The Fight », est disponible chez Golden Robot Records.

Catégories
Stoner Blues Stoner Rock

Hermano : l’empreinte des grands

Alors que les Américains menaient une aventure pour le moins hachée avec la sortie de quelques opus et d’un live, il aura peut-être fallu cette date française pour redonner de l’élan à la formation. Près d’une décennie d’absence et HERMANO remontait sur scène, comme si de rien n’était pour une performance hors-norme. Depuis 2016, la machine est relancée, son label Ripple Music réédite ses disques dans des versions remastérisées et ce « Clisson, France » confirme que le Heavy Stoner Blues du combo reste un modèle du genre.

HERMANO

« Clisson, France »

(Ripple Music)

Et si finalement, ce concert du 18 juin 2016 avait été le déclic pour HERMANO ? Chauffé à blanc et devant un public tout acquis, le groupe avait offert une prestation marquante immortalisée sur ce live. Insaisissable et jouissant d’une liberté absolue depuis sa création en 1998, ce projet parallèle s’est pourtant forgé une solide réputation au fil des années, malgré une discographie peu étoffée. Mais le mythe s’est installé et après huit ans de break, c’est au Hellfest que la magie a opéré à nouveau et où les riffs ont fuzzé dans une torpeur partagée.

Soudés par une forte amitié et un amour inconsidéré pour le Stoner Rock et le Heavy Blues, John Garcia (ex-Kyuss, chant), Dandy Brown (Orquestra Del Desierto, basse), Dave Angstorm (Luna Sol, guitare), Mike Callahan (Disengage, guitare) et Chris Leathers (Supafuzz, batterie) ont fait souffler un vent de folie et livré un set stratosphérique. Bien sûr, celui s’articule surtout autour des albums « ...Only A Suggestion » (2002) et « Dare I Say… » (2004), et HERMANO leur a offert une dimension incroyable basée sur une phénoménale énergie.

Le plaisir et l’envie d’être là et de faire partie des moments forts de cette onzième édition du festival breton se sont clairement faits sentir dès les premières notes de « Let Side Bleeding ». Le quintet était prêt à en découdre et les versions de « The Bottle », « Cowboy Sucks », « Is This Ok », « Kentucky », « Angry American » ou « Señor Moreno’s Plan » ont fait vibrer la foule grâce à un jeu électrisant. HERMANO, avec son parcours pour le moins atypique, reste l’un des fleurons majeurs du Heavy Stoner Blues et « Clisson, France » est à classer parmi les indispensables.

L’album est disponible d’un simple clic sur la bannière en page d’accueil.

Photo : Dawn Brown

Catégories
Heavy metal International Old School

Wicked Leather : raw, dark & savage [Interview]

Allier puissance et énergie dans un Heavy Metal traditionnel, tout en conférant une approche actuelle, c’est l’objectif atteint par les Barcelonais de WICKED LEATHER. Mené par une frontwoman à la fois magnétique et déterminée, le quintet se présente avec un premier album très convaincant. Entre occultisme, mystère et charges décibéliques concentrées, le groupe a déjà trouvé sa place au sein de l’underground espagnole et ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Avec une assurance et une volonté à toutes épreuves, les Catalans s’apprêtent à déferler au-delà de leurs frontières avec le sombre et véloce « Season Of The Witch », une production aboutie, organique et très efficace. Entretien avec Yami, fondatrice et chanteuse du combo qui, à l’image de sa musique, ne manque pas d’audace et ne mâche pas ses mots.

– « Season Of The Witch » est votre premier album et pourtant à vous écouter, vous êtes loin d’être des débutants. Pouvez-vous nous parler de vos parcours respectifs et de la création de WICKED LEATHER ?

Tous les membres du groupe ont une expérience musicale antérieure. Personne n’est novice : on a survécu à des répétitions qui empestaient la sueur, le tabac et la pizza, à des camionnettes en panne au milieu de nulle part et à des idées ‘géniales’ à 3h du matin qui se sont avérées catastrophiques. C’est dans ces moments-là qu’on apprend ce qui fonctionne, ce qui marque et ce qui laisse des traces. Je suis pianiste de formation, j’ai chanté dans des chorales et j’ai joué dans des groupes. Cette expérience influence notre façon de jammer et notre son. WICKED LEATHER est né de notre désir commun : faire un Heavy Metal qui déchire, qui surprend et qui assume pleinement sa nature. Si ça ne fait pas hurler vos voisins, c’est que ça ne marche pas !

– Avant l’album, vous aviez sorti un premier double-single, « Echoes Of The Storm », il y a deux ans. A-t-il été pour vous le déclencheur de ce qui a suivi, dont la signature chez Lost Realm Records ? Et l’aviez-vous considéré comme une carte de visite à l’époque ?

Oui, c’était notre façon de dire ‘bonjour tout le monde, nous existons !’. Honnêtement, on ne s’attendait pas à grand-chose. Avec Lost Realm Records, c’était différent. Ils ont écouté l’album, l’ont aimé et on a commencé à discuter. Pas de magie, juste de la bonne musique qui fait son effet. Parfois, les opportunités se présentent et il faut savoir les saisir…

– D’ailleurs, malgré une bonne visibilité et de bons retours, vous avez quitté Jawbreaker Records, votre label à ce moment-là. Ça peut paraître étonnant, juste après ce bon départ. Que s’est-il passé ?

Nous n’avons abandonné personne. Nous sommes restés en contact et nous avons tout expliqué. Lost Realm Records nous offrait simplement une voie plus logique pour le groupe. Gustav de Jawbreaker Records est un type super. On continue à boire des bières et à rigoler ensemble. Pas de drame, juste des choix qui renforcent le groupe.

– Revenons à « Season Of The Witch », dont le contenu nous renvoie au Heavy Metal des 80’s. Malgré une production brute et sans fioriture, l’ensemble garde un son assez actuel. C’était important de ne pas sonner complètement vintage et conserver ainsi un pied dans notre époque ?

Beaucoup d’entre nous sont nés dans les années 80, c’est dans nos gènes. Cette décennie nous a façonnés et influence encore aujourd’hui notre rapport à la musique. Le Heavy Metal est une évidence. Si ça ne vous fait pas vibrer, c’est qu’on a raté notre mission !

– Là où beaucoup de groupes de Metal avec une frontwoman présentent souvent un chant plus sensuel et mélodique plutôt que puissant et solide comme vous, WICKED LEATHER ne fait aucune concession en affichant un style direct et incisif. Est-ce aussi une façon de vous démarquer et de sortir du rang ?

Franchement ? Alors, je ne suis pas là pour séduire qui que ce soit. J’adore U.D.O., mais je ne me sens pas séduite par lui. Etre une femme, ce n’est pas adoucir sa voix, ni faire ce que les gens attendent de moi. Je chante du Heavy Metal. Si je voulais charmer, je ferais tout autre chose. Ici, il s’agit de force, d’honnêteté et de conviction. Du Metal qui vous prend aux tripes !

– Cela n’aura échappé à personne, WICKED LEATHER évolue entre l’occultisme et un univers horrifique. Est-ce que les textes viennent justement renforcer l’atmosphère musicale, ou au contraire, c’est elle qui influence la thématique ?

Les paroles naissent souvent d’images, de rêves, de cauchemars récurrents et de souvenirs sombres. Parfois, un riff donne vie à une parole, parfois, c’est l’inverse. C’est un dialogue qui s’écrit de lui-même en musique. L’atmosphère d’horreur et d’occultisme se développe naturellement à partir des histoires, sans être forcée. C’est juste une part d’ombre que chacun porte en soi, la part que nous avons acceptée, filtrée par notre imagination… et peut-être un cri au milieu de la nuit.

– Pour la jeune génération tournée vers un Metal moderne et très souvent aseptisé, cela peut paraître étonnant de poursuivre le bel héritage du Heavy Metal traditionnel. En formant WICKED LEATHER, quelles étaient vos intentions d’une part ? Et d’autre part, que cela représente-t-il aussi pour toi d’être une femme à la tête du groupe, ce qui commence à se démocratiser enfin ?

Que ça plaise ou non, WICKED LEATHER est un groupe fondé par une femme. Non seulement je chante, mais c’est mon groupe. Je ne suis pas là pour faire joli. Je participe activement à la composition. Les paroles sont de moi, elles font partie intégrante de la musique. Quand j’ai fondé WICKED LEATHER, je voulais un groupe qui envoie du lourd et qui décoiffe au passage. Du Heavy Metal traditionnel, mais avec une touche rebelle. De la personnalité, de la puissance, sans compromis. On remet tout en question et on recommence si besoin. Du vrai Heavy Metal, pas de la Pop déguisée en Metal. Le Heavy Metal, c’est de la force et du cran. Trop souvent, les groupes gomment leur identité pour suivre les tendances ou éviter de paraître ridicules. Nous, on préfère prendre des risques, faire des erreurs et garder notre personnalité intacte.

– Enfin, j’aimerais qu’on parle de la scène espagnole qui est plus vivante que jamais, et notamment en ce qui concerne le Heavy Metal Old School. Est-ce que vous sentez aussi un réel revival depuis ses dernières années, et comment l’expliquez-vous ?

Absolument. L’énergie est palpable. Les groupes jouent avec passion et le public est au rendez-vous par conviction. On la ressent partout : aux répétitions, sur scène, dans la salle. L’Espagne est une communauté soudée, passionnée et vouée à un véritable amour du Metal. C’est ce qui explique la force de ce renouveau.

L’album de WICKED LEATHER, « Season Of The Witch », est disponible chez Lost Realm Records.

Catégories
Hard'n Heavy

Fireborn : incandescent

Ayant bien digéré les classiques du Hard Rock comme du Heavy Metal, le quintet germanique s’est bâti en quelques années maintenant un Heavy Rock moderne et compact, qui laisse parler le groove tout en restant dense et racé. Avec une frontwoman qui a presque changé de dimension, FIREBORN passe le cap du deuxième album avec beaucoup d’assurance et surtout de la suite dans les idées. « Dreamcatcher » regorge d’énergie, ne manque pas d’impact et donne un signal évident sur l’ambition du combo.

FIREBORN

« Dreamcatcher »

(El Puerto Records)

Lorsqu’un groupe sort une très bonne première réalisation, c’est toujours intéressant de voir son évolution et surtout de pouvoir constater que le potentiel entrevu tient toutes ses promesses par la suite. Et c’est le cas avec FIREBORN, qui avait signé des débuts remarquables en 2023 avec « Reflections ». Après un changement de label qui ne semble pas les avoir perturber, les Allemands confirment leur élan avec « Dreamcatcher », qui montre d’ailleurs une progression. Ils y affirment autant leur style que leur identité musicale.

Mélodique, accrocheur et costaud, le Hard’n Heavy du combo se fait encore plus ferme sur ce deuxième opus, à grand renfort de riffs tranchants, de solos bien aiguisés et surtout avec un chant qui a gagné en puissance, en profondeur et en maturité. Jenny Gruber s’affirme ici comme une chanteuse de haut vol, capable de se transcender sur des morceaux massifs, mais qui sait aussi se faire plus délicate à l’occasion. La chanteuse guide FIREBORN avec talent en affichant un héritage vocal classique qu’elle met parfaitement au goût du jour.

Avec une production qui est encore montée d’un cran en termes de clarté, de force et d’équilibre, « Dreamcatcher » alterne les titres véloces avec des mid-tempos tout aussi intenses (« Little Wanderer », « Crisis Of Youth »). Très maîtrisé et efficace, ce nouvel effort brille aussi par des refrains fédérateurs, qui restent féroces sans tomber dans la facilité pour autant (« Dancing With The Villain », « Set The World On Fire », « Point Of No Return », « Pull The Trigger », « Flashlight » et le morceau-titre. FIREBORN s’impose avec fermeté et avec la manière.

Photo : Christian Blum Fotografie

Retrouvez la chronique du premier album :

Catégories
France Glam Rock Psych Rock 70's

Komodor : aventure spatio-temporelle [Interview]

En l’espace de quelques années, les Bretons se sont taillés une solide réputation, menant de front deux formations avec Komodrag & The Mounodor. Un changement de label plus tard, KOMODOR donne enfin une suite à « Nasty habits » avec un deuxième album plus mature et plus assuré, mais qui conserve cet esprit festif et Rock dans une atmosphère toujours 70’s aux élans psychédéliques et à l’énergie Glam Rock. Avec « Time & Space », le quintet amorce presque un nouveau virage avec des compos accrocheuses et audacieuses et un son désormais parfaitement identifiable, qui vient nous rappeler qu’il est avant un groupe de scène. Retour sur les grands axes de cette évolution assez fulgurante, finalement très logique et attendue, avec son guitariste et chanteur Slyde Barnett, heureux de voir ce nouveau chapitre s’ouvrir.

– Lors de notre première interview à la sortie de « Nasty Habits » en 2021, j’avais été surpris par votre signature chez Soulsell Records, qui est un label de Metal assez extrême. Cette fois, on vous retrouve chez les Lyonnais de Riptide Records. C’était une simple erreur de casting, ou en avez-vous tout de même retiré quelques avantages ?

On s’est mis à la recherche d’un label français, parce que ça avait été le cas avec le projet Komodrag & The Mounodor, et les échanges étaient beaucoup plus simples. Au niveau financier, les subventions sont plus nombreuses aussi chez nous. Les labels ici ont plus de moyens et de force de frappe que les labels étrangers, en fait. Pour la promo, par exemple, c’est beaucoup plus développé en France et cela facilite la visibilité pour pouvoir ensuite tourner. C’est nettement plus intéressant pour nous en termes de communication, d’échange et de vitrine pour le groupe finalement. Les interactions avec le label sont quasi-immédiates et beaucoup plus synchronisées. Et puis, à l’époque de « Nasty Habits », on n’avait pas de management. Aujourd’hui, le projet est plus structuré et on a un nouveau tourneur aussi. Et cette équipe toute neuve fonctionne très bien ensemble, il a une grosse entente entre le label, le tourneur et le management. Cela facilite beaucoup de choses et on s’en aperçoit déjà alors que l’album n’est pas encore sorti. Et le fait que tout le monde soit en France aussi aide énormément. Et le label possède également tous les codes d’une communication moderne à travers les réseaux sociaux notamment, ce qui est important car le Rock est plus compliqué à travailler que d’autres styles.

– « Time & Space » arrive cinq ans après « Nasty Habits » et pour cause, vous avez été très occupés. En plus de vos nombreux concerts, vous avez aussi sorti « Green Fields Of Armorica » avec Komodrag & The Mounodor qui vous a mené sur la route également. Quand vous êtes-vous mis à la composition de ce nouvel album, car il n’y a pas eu de véritable break, si ?

Sur la période hivernale, on est toujours un peu plus en off, car l’activité est moins dense. On a donc eu du temps en février dernier (2025 – NDR). Nous avons donc pris un mois et on a composé et enregistré dans la foulée. A l’époque, on avait pas mal tourné en décembre et janvier, et février était plus tranquille. On a profité de ce temps-là pour composer, parce que Moundrag faisait aussi la même chose de son côté. On s’était aussi posé la question d’un deuxième Komodrag & The Mounodor, ou pas. Et puis, nos projets respectifs étaient aussi peut-être voués à mourir, si on ne relançait pas un peu la machine de part et d’autre. Nous sommes donc repartis sur nos projets indépendants en se disant qu’on verrait pour le commun plus tard, quand on aura épuisé la tournée avec ce nouvel album.

– D’ailleurs, passer d’un groupe à l’autre n’a pas un peu compliqué la composition de « Time & Space », car il y a beaucoup de similitudes entre les deux formations ? Arrivez-vous facilement à vous détacher des deux univers ?

Oui, dans nos têtes, c’est bien segmenté en termes d’univers. D’ailleurs, lorsqu’on se retrouve avec Moundrag, on sait vraiment ce qui va pour tel projet. Parfois, on a du temps entre-nous, avant les balances notamment, et on se dit que telle chose ne marchera pas pour Komodrag & The Mounodor, par rapport au style de chacun. On sait vraiment ce qui va convenir à chaque formation. C’est bien séparé dans nos esprits.

– Vous aviez enregistré, mixé et produit « Nasty Habits » vous-mêmes et il semblerait que vous en ayez fait de même pour « Time & Space ». Qu’est-ce qui a changé en cinq ans dans votre approche de cet exercice ?

La vie, tout simplement ! (Sourires) Le temps qui passe, l’expérience, la rencontre avec d’autres musiciens et le fait aussi de bosser avec Moundrag. Ils sont issus du conservatoire et ils ont une éducation musicale plus élaborée et plus poussée que la nôtre pour tout ce qui concerne le travail d’harmonie et d’arrangements. On a beaucoup appris avec eux en composant notamment. Cela nous a permis d’aller plus loin en termes d’écriture dans ce qu’on savait déjà faire. Et puis, on a fait de grosses scènes avec eux, où on a rencontré plein de monde et vu beaucoup d’artistes. Tout ça, que ce soit sur la route ou en studio, nous a énormément fait grandir. Nous écoutons aussi d’autres choses maintenant, venant d’autres univers, donc forcément je pense que tu t’enrichis au fur et à mesure de toutes ces découvertes.

– Mais pour la production en elle-même, vous auriez pu faire appel à quelqu’un d’autre pour avoir un regard neuf

On a toujours eu la volonté de faire un truc assez indépendant. Au-delà de ça, il y a aussi la question budgétaire quand même, car un studio coûte très cher et le fait d’avoir le nôtre simplifie beaucoup de choses. On a plus de temps pour composer et on l’a pris. Cette fois, certains morceaux sont nés en studio et certains titres ont même pu prendre une semaine. Et ça, dans un lieu extérieur, tu ne peux pas te le permettre. L’album a entièrement été composé dans le nôtre et c’était vraiment cool, car on a vraiment pris notre temps. On a aussi pu expérimenter pas mal de choses et c’est quand même un luxe en termes d’esthétisme. Après, cela a aussi forcément ses limites, car on ne pourra pas produire quelque chose d’aussi bien que dans un gros studio. Mais on souhaitait aussi garder cet aspect un peu roots et fait maison.

– D’ailleurs, même si l’album sonne toujours aussi live avec un petit côté choral et rassembleur, le spectre sonore est exploité différemment, Tout s’est joué au moment du mix, ou l’intention était d’abord musicale, car l’ensemble sonne différemment ?

Déjà, la source était plus propre que pour le précédent, même s’il y avait des choses live aussi avec également des passages qu’on a repris bien sûr. Mais le mix a été fait en analogique, contrairement au premier album. On avait toutes les pistes et chacun a pu pousser les volumes quand il fallait, les lancements d’effets se sont faits à hauts faders comme à l’époque. On a beaucoup réécouté les morceaux et quand il y avait des erreurs, on les a gardé, car on n’allait pas non plus refaire les titres indéfiniment. C’est vraiment un parti-pris ! On aura pu prendre un Pro Tools et tout corriger pour avoir un truc parfait. Mais notre volonté était aussi d’avoir quelque chose d’un peu aléatoire et le plus live possible, même dans le mix.

– Musicalement, « Time & Space » montre aussi un gros travail au niveau des arrangements, malgré un aspect très direct de vos morceaux. Est-ce quelque chose sur laquelle vous vous êtes beaucoup plus penchés cette fois ?

Surtout sur les voix, où on s’est permis beaucoup plus de choses, par rapport au premier album. Pour le côté instrumental, on a moins insisté sur l’aspect live avec moins de solos, ce genre de choses, pour opter pour un truc plus cadré, des morceaux plus écrits et moins à rallonge qu’auparavant. En ce qui concerne le chant, avec l’expérience, tu as aussi beaucoup plus confiance en toi, ce qui te permet expérimenter beaucoup plus. Il y a des choses que l’on n’aurait pas pu faire à l’époque, parce qu’on n’avait pas les techniques vocales pour ça. Aujourd’hui, on a ces connaissances-là et puis, on a rencontré beaucoup de gens sur la route. Par exemple, Colin le batteur de Moundrag est venu faire des voix, des copines sont aussi venues faire des chœurs. C’est toute cette expérience qui nous a permis de faire ça.

– Ce nouvel album est dans la continuité du premier avec cependant une touche plus moderne, là où « Nasty Habits » avait une saveur plus vintage, L’objectif était-il aussi de montrer que KOMODOR n’est pas prisonnier d’une époque et que votre style est aussi en constante évolution ?

Avec ce nouvel album, on a voulu s’émanciper de ce truc un peu classique de Rock 70’s, mais tout en gardant une base similaire dans le son. Et c’est aussi ce qu’on sait faire ! On s’est dit qu’on pouvait aller un peu plus loin, parce qu’on a également écouté d’autres choses. On est très fan de tout ce qui est Glam britannique, comme Slade ou Bowie, et on voulait mettre cette touche-là, un peu rétro. Nous sommes allés piocher un peu ailleurs, tout en s’autorisant beaucoup plus de choses. Par exemple, il y a plus de guitares acoustiques, des arrangements différents, une ambiance plus chorale aussi et un peu plus déglingué sur certains morceaux. Là où on était peut-être un peu trop dans le cliché sur « Nasty Habits », on s’est dit qu’on ne se mettait aucune barrière et qu’on faisait ce qui nous plaisait.

– Par ailleurs, ce qui est assez paradoxal sur ce nouvel album, c’est qu’il est toujours aussi libre et sauvage dans l’approche, mais plus sombre et presque engagés dans certains textes. Je pense notamment à « Once Upon The Time », « Burning Land » ou « Ravish Holy Land ». L’idée était-elle de vous livrer un peu plus, de rendre « Time & Space » plus personnel dans son contenu ?

Oui, je pense. On s’imprègne forcément aussi de l’actualité, de ce qui nous entoure, d’un peu de tout. On a compris que cela contribue aussi à nourrir l’écriture. Mais ce qui a été très cool dans ce travail, c’est qu’on a bossé sur les textes en amont avec le groupe, et on les a retravaillé avec une copine, Léa Nahon, qui est une tatoueuse assez connue de Douarnenez. Elle a beaucoup vécu en Angleterre et aux Etats-Unis et on voulait son regard. De notre côté, on avait des textes très littéraires, très scolaires et elle nous a trouvé des expressions plus proches du langage parlé et de l’esprit Glam Rock, notamment. Elle nous a permis de trouver des choses typiques de l’anglais, et non de celui parlé aux Etats-Unis. Et ce travail d’écriture a été super intéressant, enrichissant et il nous a permis aussi d’aller plus loin.

– Avec des passages psychédéliques très marqués, ce nouvel album est très brut et très Rock aussi. Il se conclue d’ailleurs avec « Top Of The Bock », qui sonne presque Hard Rock 70’s et qui se termine en fanfare, au sens propre comme au figuré. On croirait même à un hommage au Gras de Douarnenez. C’était important pour vous de terminer sur une note festive ?

Oui, comme tu dis, il y a aussi ce côté live et déglingué chez nous. Et le fait que l’album se termine avec ces cuivres qui font un peu n’importe quoi est un peu à l’image des Gras (grande manifestation festive incontournable qui se déroule sur plusieurs jours fin-février, début mars de chaque année à Douarnenez dans le Finistère – NDR). C’était même carrément le concept, car on voulait quelque chose de décalé, un peu britannique comme ces albums qui se finissent un peu n’importe comment. Je trouve qu’aujourd’hui, la plupart des groupes de Rock sont très carrés et on voulait quelque chose de fun, de moins lisse… Et puis, avant tout, on est une bande de potes et on se marre ! (Sourires)

– Enfin, vous avez déjà annoncé une première série de concerts, que vous ne semblez d’ailleurs n’avoir jamais arrêté, et même si vous êtes concentrés sur « Time & Space », est-ce que Komodrag & The Mounodor reste dans un coin de vos têtes avec la perspective d’un deuxième album, vous qui êtes si prolifiques ?

Il y aura un deuxième album, c’est une certitude, mais on ne sait pas quand. Il faut voir aussi comment vont se dérouler nos tournées respectives. Parce que si nous partons tous à fond et que le projet est blindé sur deux ans, c’est compliqué de donner une date. On verra selon chacun, mais il y a une réelle volonté d’en faire un deuxième. On a vraiment envie, car Komodrag & The Mounodor a été une sacrée aventure et on a aussi envie de reprendre la route tous ensemble. Mais c’est compliqué d’être sur deux projets en simultané, car il n’y a pas non plus un nombre de week-ends indéfinis dans l’année ! (Sourires)

– C’est vrai ! L’idée était surtout de savoir si cela avait été un one-shot, ou pas…

A la base, c’était ça ! On fait un truc, une grosse blague entre potes avec une belle date aux Trans à Rennes et on verra bien. Et au final, ça fait plus de trois ans qu’on tourne là-dessus et on a encore le ‘Motocultor’ cet été. Cela fera plus de quatre ans cette année que le projet fonctionne. C’est énorme et c’est même allé au-delà de nos espérances. On verra bien et puis, si KOMODOR et Moundrag marchent moins bien, peut-être qu’on retournera là-dessus ! (Rires)

Le nouvel album de KOMODOR, « Time & Space », est disponible chez Riptide Records.

Photos : Marindod

Retrouvez aussi la chronique de « Nasty Habits » et l’entretien accordé à cette occasion, ainsi que l’interview croisée de Komodrag & The Mounodor à la sortie de « Green Fiels Of Armorica » :

Catégories
France Stoner Blues Stoner Rock

Voodoo Queen : envoûtement fuzzy [Interview]

Afficher autant de fluidité et d’assurance sur un premier album est plutôt rare et lorsque la production suit avec un tel niveau d’exigence, il ne faut pas longtemps pour comprendre que le quatuor originaire de La Rochelle n’est pas là pour faire de la figuration. Avec « Violet Crow », sorti en indépendant, VOODOO QUEEN se présente avec un Stoner Rock vif et élégant qui n’hésite pas à montrer autant de rugosité que des mélodies entêtantes et bluesy. Guidé par sa chanteuse et guitariste, le quintet est déjà une machine bien huilée, autant sur scène qu’en studio. La sortie de son premier opus est l’occasion justement d’aller à la rencontre d’un combo qui ne compte s’arrêter en si bon chemin. Au contraire, l’avenir lui tend les bras.

– VOODOO QUEEN a un peu plus de trois ans d’existence aujourd’hui et avant ce premier album, il y a eu la scène avec, notamment, une finale du tremplin Hellfest, ‘The Voice Of The Hell’, puis le Cognac Blues Passions. C’est une belle progression. Est-ce que ce sont les débuts que vous imaginiez ?

Fabiola : En tant que groupe, on espère toujours aller le plus loin et le plus vite possible. Et avant même de sortir notre premier album, on a pu ressentir cet engouement autour du projet, et notamment lors de ces évènements-là. On ne s’attendait pas à autant, et ça nous a vraiment encouragé à poursuivre dans cette voie.

– Avant ce premier album, vous avez également sorti un cinq-titres, « Les Répet’s De Lampli (Live at La Poudrière) ». C’était important et intentionnel pour vous de montrer le groupe sur scène, ou est-ce aussi une belle opportunité qui s’est offerte à vous ?

Jim : On a très rapidement eu envie de faire de la scène pour tester nos morceaux. A ce moment-là, on commençait à avoir quelques compos récentes et c’était une envie commune de les présenter au public. L’association de L’Ampli permet justement aux groupes locaux de jouer dans de bonnes conditions, et d’être enregistrés en live. La soirée était top à partager avec le public, et l’opportunité d’avoir un enregistrement et deux clips vidéo nous a permis de partager nos premiers contenus sur les plateformes. On avait tous les quatre très envie que les personnes qui nous suivent puissent enfin avoir accès en ligne à plusieurs de nos titres. C’était aussi une ouverture pour faire un premier pas vers un nouveau public.

– Il y a d’ailleurs deux morceaux (« Free Way Out », et « Between My Troubles ») de ce live présent sur l’album. C’était essentiel pour vous de présenter le plus de morceaux inédits sur « Violet Crown » ?

Jérémie : Il était important pour nous que ce premier album représente le fruit de nos trois premières années. Nous avions en effet le désir de présenter nos derniers morceaux en priorité, mais avant tout des morceaux qui s’intégraient parfaitement à l’esprit que nous imaginions pour cet album. « Free Way Out » et « Between My Troubles », même si ce sont des morceaux plus anciens, marquent de façon significative l’ambiance mélodique du groupe.

– J’aimerais que l’on reste un peu sur cet EP live car, pour ceux qui ne vous ont jamais vu, c’est aussi l’occasion de vous découvrir en concert. Outre une belle puissance de feu, vous communiquez de manière très naturelle avec le public. Est-ce d’abord la scène le poumon de VOODOO QUEEN ?

Jim : C’est exactement ça. On prend plaisir à composer ensemble, et on prend énormément de plaisir à proposer les morceaux lors de nos concerts. Cela permet d’avoir un ressenti supplémentaire sur le morceau, et de voir si l’on est dans le vrai avec l’ensemble de ce que l’on propose.

Fabiola : Nos passés respectifs font qu’on a tous pris goût à être sur scène, jouer et partager avec le public. Cet EP live montre bien l’énergie que l’on aime donner en live.

– Vous sortez donc votre premier album, « Violet Crown », et il montre une évolution du groupe également soutenue par une très bonne production. Dans quelles conditions l’avez-vous enregistré, car vous affichez beaucoup d’assurance ? C’est le résultat de ce que vous aviez en tête dès le départ , car c’est un beau travail de studio ?

Jérémie : Merci pour le compliment ! On est content d’avoir ce genre de retours, surtout après avoir eu la tête dedans pendant des mois et la crainte de ne plus avoir le recul nécessaire sur notre travail. Tout d’abord, nous avons enregistré en plusieurs sessions dans les studios du Quai de La Sirène, avec l’accompagnement de Thibaud Carter. C’est un lieu qu’on connaît bien, pour s’y rendre régulièrement en répète. On s’y sent plutôt comme à la maison. La suite est l’œuvre de personnes qui nous ont été recommandées, et qui ont su comprendre et modeler notre son. Thibaud nous a conseillé Michel Toledo pour le mixage, qui nous a ensuite conseillé Jérémy Henry pour le mastering. On souhaitait garder ce son brut du live, et l’ambiance générale qui en ressort sur l’album est exactement la finalité recherchée.

– Votre style présente un bel équilibre et le fait d’évoluer avec une chanteuse, ce qui est assez rare dans le registre, est un véritable atout, surtout lorsqu’il est aussi prégnant. Est-ce que, justement, cela vous permet d’aborder des thématiques qui sortent de l’univers traditionnel du Stoner ?

Fabiola : Jusqu’à présent, on ne s’est jamais mis de barrière, que ce soit musicalement comme dans nos textes. Nous venons tous les quatre d’univers différents dans le Rock, ce qui nous amène à explorer de nouvelles choses. Nos paroles peuvent faire écho aussi bien à des moments de vie que des sujets plus introspectifs.

– Votre Stoner Rock a aussi la particularité de flirter avec le Classic Rock et il dégage également une ambiance très bluesy. Est-ce pour obtenir plus de profondeur et d’intensité ou, plus simplement, ce sont des références communes fortement ancrées chez chacun d’entre-vous ?

Paul : L’objectif quand on s’est rencontré était de faire du Stoner. Cependant, nos influences sont très variées et ne sont pas forcément communes aux quatre membres du groupe. Par exemple, j’écoute beaucoup de Blues, alors que c’est plutôt différent pour les trois autres. De ce brassage sont nées des premières compositions très éclectiques. Le son de « Violet Crown » s’est ensuite construit à travers un travail de sélection, afin de ne conserver que sept titres cohérents entre eux, représentatifs de ce que nous voulions défendre. Malgré tout (et heureusement !), on retrouve nos différences dans notre musique.

Fabiola : On apporte chacun notre touche aux morceaux, provenant de différents horizons du Rock et du Blues. Les passages qui ont cette ambiance bluesy amènent un côté chaleureux et parfois posé, qui permettent de nuancer avec les passages plus pêchus ou plus sombres.

– Enfin, maintenant que « Violet Crown » est sorti, quelles sont vos perspectives et vos envies ? L’idée est-elle de s’imposer sur la scène Stoner française, d’autant qu’elle a beaucoup évolué ces dernières années et que le style a aussi gagné en visibilité ?

Paul : L’objectif principal reste de faire grandir le groupe et de l’amener le plus haut possible, à notre échelle, dans le milieu du Stoner. L’idée est avant tout de nous ouvrir des portes, que ce soit en termes de scènes ou de projets plus ambitieux. D’ici dix ans, ou peut-être deux, signer avec un label et jouer dans quelques festivals prestigieux représenterait déjà une très belle réussite.

L’album de VOODOO QUEEN, « Violet Crown », est disponible sur le site du groupe :

https://www.voodoo-queen.fr

Photos : Jihem Notteb (2) et yOdOe (5).

Catégories
Hard Rock Heavy metal

Bullet : power injection

Il y a quelque chose de galvanisant chez BULLET, une dynamique qui sent la dynamite et qui foudroie, malgré un registre qui semble ne plus avoir de secrets. Authentique et classique, tout en restant ancré dans son époque, les Suédois imposent leur son et leur style avec assurance et un irréprochable savoir-faire. Cette identité, ils l’ont acquise au fil des réalisations et pourtant « Kickstarter » paraît ouvrir un nouveau et musclé chapitre de leur carrière

BULLET

« Kickstarter »

(Steamhammer)

20 ans exactement après le premier, BULLET sort son septième album et il est un beau condensé d’une carrière de plus de deux décennies dédiée au Hard Rock et au Heavy Metal. Et « Kickstarter » sonne même comme un second souffle, un nouveau départ fondé sur des solides bases forgées il y a des années. L’arrivée de Freddie Johanson en second guitariste apporte aussi beaucoup de fraîcheur et de vélocité au quintet, qui est loin d’avoir dit son dernier mot. Bien au contraire, il semble plus costaud et déterminé que jamais.

Huit ans après « Dust To Gold », BULLET n’a rien changé à ses bonnes habitudes et reste fidèle aux fondamentaux. Pas question de renverser la table, mais plutôt d’afficher une certaine fierté à entretenir la flamme, ce qui serait même l’intention première des Scandinaves. Incisifs, racés et affûtés, ils se livrent pleinement sur ce « Kickstarter », certes classique mais terriblement efficace. Et avec une bonne touche de modernité, une énergie folle et un sens instinctif du songwriting, ce nouvel opus possède beaucoup de caractère et d’envie.

Sans détour, le combo attaque avec le morceau-titre et s’impose. Les riffs sont acérés, la rythmique sans équivoque et le frontman harangue avec sa voix si particulière, qui renvoie à UDO, Bon Scott et Rob Halford. Et le mix est savoureux, hyper-Heavy et très Rock. Plus Metal sur la première partie, BULLET fait parler un groove purement Hard Rock sur la suite et se révèle intraitable avec des chansons taillées pour la scène et son urgence (« Caught In The Action », « Open Fire », « Chained By Metal », « Spitfire », « Strike At Night »). Implacable !

Photo : Robin Fritzon