Implacable, la formation scandinave déferle sans ménagement pour asséner avec force un Heavy Metal, qui tire son essence des années 80 et qui tient haut la main la comparaison avec une vision plus contemporaine du style. RAM ne fait aucune concession, évite soigneusement les clichés et livre des morceaux fédérateurs, véloces et musclés. Avec « Against », le quintet signe une sorte de manifeste et d’appel à la contestation dans une époque sclérosée. Frontal et à contre-courants, le groupe est plus incisif que jamais, privilégiant l’efficacité à la démonstration. Pleine face !
RAM
« Against »
(Metal Blade Records)
Sept ans après leur dernier méfait, « The Throne Within », les Suédois repartent au combat avec « Against », dont le titre à lui seul laisse entrevoir qu’ils ne sont pas revenus pour trier les lentilles. Et, en effet, ça bastonne dans les règles. Toujours, et peut-être même plus jamais, RAM reste l’un des derniers et fidèles représentants du Heavy Metal traditionnel du grand Nord. Rugueux et féroce, c’est à grand coup de riffs tendus et agressifs qu’il repasse en mode bulldozer, façon mur du son, avec un sentiment très palpable, et même omniprésent, mêlant liberté et colère.
Sur une production brute et massive, la rébellion commence dès l’ouverture avec « Obsession », prélude qui pose le climat avant que le frontman ne lance les hostilités sur « Ghost Emperor ». La machine est en marche et paraît inarrêtable. Enregistré au Studio Recordia à Varberg et produit par leur complice de longue date Johan Reiven, ce septième album contient tous les ingrédients du son de RAM, à savoir une richesse dans les textures et un environnement organique. Le combo ne triche pas et son identité musicale commence par cette authentique déferlante de décibels.
Oscar Carlquist, qui signe aussi la pochette, n’a rien perdu de son mordant et c’est en défenseur d’un Heavy Metal originel, teinté de Speed, qu’il chante avec cette approche si instinctive qui le caractérise. Solidement entouré par le duo Harry Granroth et Martin Jonsson aux guitares, qui rivalise de grands coups de semonce et de solos assassins, le chanteur guide RAM avec intensité. L’explosif tandem basse/batterie martèle sans répit et donne ainsi à « Against » une puissance de frappe rageuse (« Abattoir », « Night Blade », « Rising Again », « 1984 » et le morceau-titre). Jouissif !
Faisant suite à « Force Of Nature », un album où le style des Anglais s’était clairement dessiné, « Fire And Folklore » vient confirmer cette touche unique qui soude et propulse le groupe à un sommet artistique d’une grande force. Avec ce troisième opus, leur Southern Rock prend une nouvelle dimension et, outre la qualité des morceaux, le travail effectué sur la production est lui aussi somptueux. Les riffs sont racés et enveloppants et la voix de John Hartwell délivre des messages d’espoir avec une sensibilité quidonne un caractère touchant à l’ensemble. Sur des guitares scintillantes, une rythmique au groove chaleureux et des notes de claviers qui viennent à la fois suspendre le temps et donner du corps au mélodies, THESE WICKED RIVERS prend son envol de la plus belle des manières. Entre passages Soul, Country, Blues et Classic Rock, le Sud guide l’inspiration des Britanniques, qui s’imposent désormais comme un valeur montante du genre. Le très polyvalent Rich Wilson (claviers, guitare, harmonica et chœurs) nous en dit plus sur la démarche du quintet, son approche de la composition et ce nouvel élan sudiste à l’œuvre depuis quelques années.
– Avant de parler de ce nouvel album, j’aimerais que l’on revienne sur le nom du groupe, qui est en lien direct avec votre ville de Belper dans le Derbyshire. Quelle est l’histoire derrière THESE WICKED RIVERS ?
Le nom du groupe vient de la comparaison entre le cours d’une rivière et la vie. Autrement dit, la rivière emprunte souvent le chemin de moindre résistance au fil du temps. Des méandres et des détours inévitables jalonnent son parcours ce qui, souvent, renforce son courant. Ces bifurcations peuvent surgir de nulle part et vous prendre totalement par surprise, vous entraînant sur des chemins insoupçonnés. Finalement, tout cela fait partie intégrante du voyage de la vie, des ruisseaux paisibles à la mer déchaînée.
– Je vous avais découvert avec « Force Of Nature » il y a deux ans et la qualité de ce deuxième album m’avait vraiment marqué. Or, avec « Fire And Folklore », votre jeu et votre écriture sont encore plus marqués. Il est d’ailleurs plutôt question de puissante émotionnelle, grâce à des mélodies et des textes forts. Cet aspect a-t-il pris plus d’importance durant l’écriture ?
Pour moi, la musique est une émotion. Dans « Sing Another Song », je parle de la bande-son de votre vie, qui vous accompagne à travers tout et nous croyons profondément au pouvoir de la musique et à son lien avec les émotions. Les liens que nous tissons avec la musique deviendront une mémoire vivante si on le permet, nous reliant aux bons comme aux mauvais moments. C’est pourquoi nous avons toujours été un groupe fier de nos textes, du message véhiculé par nos chansons. Je pense aussi qu’une mélodie forte contribue grandement à transmettre ce message, elle est donc tout aussi importante pour créer ce lien. Nous privilégions un message d’espoir, de compassion et de compréhension, si possible, mais il est tout aussi important de ne pas oublier les riffs percutants et les doubles pédales. La musique est ce qui se rapproche le plus de la magie. Créer quelque chose à partir de rien et qui puisse influencer positivement la vie des gens, est une chose puissante en ces temps difficiles.
– Revenons un instant sur votre ville de Belper où vous avez enregistré « Fire And Folklore », car il se trouve que le producteur Andy Sneap en est aussi citoyen. Qu’est-ce que le fait d’avoir travailler avec lui, ainsi qu’avec Colin Richardson, a apporté à votre son et peut-être au-delà à votre manière de composer et d’arranger ces nouveaux morceaux ?
Travailler avec des musiciens comme Colin et Andy allait forcément nous pousser à nous surpasser pour cet album. Leur riche expérience combinée était palpable à tous les niveaux du studio : ils savaient quelle guitare Arran (Day – NDR) devait utiliser pour chaque solo et avec quel ampli, afin d’obtenir le son ‘Thin Lizzy ultime’. Ils étaient même capables de déceler à l’oreille la moindre imperfection de timbre sur la peau d’un tom basse frappé par Dan (Southall – NDR). Nous avons vraiment adoré notre séjour aux studios Backstage et je pense que cela s’entend sur les enregistrements.
Pour être honnête, à part « Sing Another Song », le reste de l’album était déjà bien structuré avant d’entrer en studio, mais Colin et Andy semblaient savoir comment tirer le meilleur parti de chaque élément des morceaux. Ils suggéraient des modifications simples ici et là qui renforçaient toujours l’émotion du morceau. Andy travaillait les détails de la guitare avec Arran, l’aidant à peaufiner ses parties finales, tandis que Colin était très doué pour ajouter des idées de basse et de percussions. Il ressentait vraiment les morceaux et se déchaînait dans le studio. Nous avions également Pete Newdeck, un ingénieur du son doté d’une oreille incroyable pour les harmonies, qui s’est assuré que nous restions sur la bonne voie en ce qui concerne la partie vocale.
– Ce qui est d’ailleurs étonnant, c’est le contraste entre votre musique et celle sur laquelle Andy Sneap et Colin Richardson travaillent habituellement et qui est clairement orientée Metal. Comment s’est passée cette collaboration et comment avez-vous établi les ponts entre vos deux cultures musicales ?
On adore le Metal, c’est indéniablement une partie de notre histoire, les membres du groupe connaissant très bien le travail de Colin et Andy. Honnêtement, je pense qu’on a contacté Colin au bon moment, car il était prêt à travailler sur un album de Rock plus classique et à faire une pause avec la scène Metal. Il a aimé les démos qu’on lui a envoyées et a parlé à Andy de l’idée de collaborer avec nous.
Bien qu’ils soient tous les deux connus pour leur travail dans le Metal, ils aiment aussi le Rock, et puis, c’était une bonne excuse pour qu’ils passent quelques mois ensemble. On voulait tous capturer au maximum l’énergie d’un vrai concert, en travaillant sur le vif pour préserver un maximum de spontanéité, ce qui, je crois, était très stimulant pour tout le monde.
– D’ailleurs, il y a une autre artiste de grand talent près chez vous et sur cet album, c’est la chanteuse de Country Music, Kezia Gill, et votre rencontre sur « Sing Another Song » est lumineuse. Comment avez-vous travaillé sur cette chanson, et ce duo s’est-il imposé de lui-même ?
Nous avons assuré la première partie du groupe ‘A Thousand Horses’ de Nashville pour quelques concerts dans le sud des Etats-Unis, et Kezia était là en tant que chanteuse invitée. On a commencé à discuter avant le concert et le courant est tout de suite passé, car on a le même humour et on vient de la même région. Après le concert, je parlais avec un fan qui avait une photo d’elle et de Michael, le chanteur d’A Thousand Horses, datant d’il y a dix ans, et une autre prise ensemble le soir même. Plus tard, je lui en ai parlé et il m’a dit que ce n’étaient pas les années qui comptaient, mais les kilomètres. Ça m’a fait réfléchir à la vie d’un musicien itinérant et à la relation entre le fan, la musique et le musicien, et c’est de là qu’est née la chanson. J’en ai fait une démo pour la maison de disques, qui a beaucoup aimé et a pensé que ça pourrait être une bonne idée pour une collaboration. Dès que j’ai entendu ça, j’ai tout de suite pensé à Kezia, car je savais que le côté Country de la chanson collerait parfaitement à sa voix. Elle était aussi liée à la genèse de la chanson, puisqu’elle était là le soir où j’ai commencé à l’écrire. Nous lui avons envoyé la chanson, elle l’a adorée et a accepté de venir au studio où elle a fait un travail formidable.
– « Fire And Folklore » affiche par ailleurs une sonorité plus Southern Rock que « Force Of Nature » qui était plus Blues Rock dans le fond. Est-ce qu’après deux EPs et trois albums, THESE WICKED RIVERS a atteint son identité artistique profonde, car ce nouvel album est vraiment le plus abouti ?
L’album « Force Of Nature » avait un bassiste différent et plusieurs morceaux existaient déjà depuis un certain temps. Avec ce nouvel album, nous avons enfin les cinq membres au complet, ce qui nous a permis de peaufiner notre son. Ces deux dernières années, nous avons eu l’occasion de composer ensemble et de renforcer notre cohésion. On ressent vraiment la fusion de nos influences musicales pour créer ce son unique. Ces influences nous permettent de naviguer entre les genres, car notre objectif est de proposer la meilleure version possible de chaque chanson, quel que soit le style : ballade, morceau Rock entraînant ou Southern Blues.
– Avec DeWolff, Robert Jon & The Wreck, The Commoners, The Georgia Thunderbolts et quelques autres, THESE WICKED RIVERS fait partie du renouveau de la scène Southern. Et pour une fois, la relève ne vient pas exclusivement du sud des Etats-Unis. Selon vous, la différence vient-elle du contenu des textes, ou plutôt d’une approche musicale plus moderne et directe comme la vôtre ? Car les ingrédients sont finalement restés les mêmes…
Oui, je pense qu’au final, c’est une belle histoire. Il y a sans doute aussi un côté cyclique, car je crois que les gens commencent à se lasser des pistes d’accompagnement, des samples et qu’ils aspirent à ce son et à cette ambiance classiques. La combinaison d’instruments y contribue également, avec la présence importante du piano sur l’album. On retrouve cette basse mélodique, presque comme une guitare solo par moments, et une sincérité et une vulnérabilité touchantes dans le chant. Ajoutez à cela des riffs profonds, une batterie éclectique et des harmonies vocales riches, et vous y êtes. Je ne pense pas que nos origines importent vraiment. En tant que musiciens, nous sommes tous influencés par les grands maîtres et la musique de notre enfance. Au final, nous sommes tous des nains sur les épaules de géants.
– Enfin, il y a un véritable sentiment de liberté sur cet album, ainsi qu’une empreinte britannique très présente. Est-ce finalement l’exploration de vos racines immédiates, et non celles d’autres artistes, qui alimente votre style ?
Nous avons la chance d’avoir plusieurs auteurs-compositeurs dans le groupe. Ils s’inspirent de leurs propres expériences et racontent des histoires qui leur tiennent à cœur. Les morceaux sont toujours finalisés ensemble en répétition, ce qui permet à chacun d’y intégrer son style et ses influences. Au final, nous cherchons à transmettre une vérité à travers ces histoires, une vérité à laquelle, nous l’espérons, les gens pourront s’identifier. Nous sommes tous sur le même chemin : le ‘feu et le folklore’ ne sont que des repères pour guider ceux qui en ont besoin.
Le nouvel album de THESE WICKED RIVERS, « Fire And Folklore », est disponible chez Fat Earth Records.
Photos : Blackham
Retrouvez aussi la chronique de « Force Of Nature » :
Agile et féroce, la formation belge n’a pas décidé de relâcher la pression et ses nouvelles compositions témoignent d’une volonté incroyable de refuser le dictate des genres et des courants d’un Metal actuel figé et monochrome. HIPPOTRAKTOR déferle et assomme sans prévenir sur cet « Annihilist » ténébreux et d’une phénoménale densité. Tout en percussion et grâce aussi à un frontman polymorphe, l’ampleur des riffs et la variété des tessitures et des tempos sont d’une expressivité limpide et vertigineuse.
HIPPOTRAKTOR
« Annihilist »
(Pelagic Records)
Après « Meridian » (2021), puis « Stasis » (2024) auxquels il convient d’ajouter leur tout premier EP « P’eau » (2018), les Belges reviennent bousculer l’ordre établi avec « Annihilist », un troisième effort qui vient confirmer que la voie empruntée depuis le début est la bonne. Avec une approche profondément moderne, le Metal de HIPPOTRAKTOR est conçu de différents alliages. Progressif, Groove, Post-Metal et un brin Sludge, il offre une synthèse particulière avec une originalité très personnelle et une technicité impressionnante, sans être démonstrative.
La force du combo réside dans son collectif, lequel ne serait rien sans ses individualités, c’est vrai, mais lorsqu’une telle complémentarité est à l’œuvre, elle paraît tout simplement inarrêtable. Et HIPPOTRAKTOR fait partie de ceux-là, entre une puissance démesurée et une facilité à créer des atmosphères hypnotiques. « Annihilist » appartient à ses disques hors-norme, où la complexité du jeu vient se cacher derrière une évidence flagrante. D’une grande profondeur et à travers des reliefs torturés, la fluidité et la finesse d’interprétation ont de quoi éblouir.
De fulgurances écrasantes en ponts aériens délicats, HIPPOTRAKTOR poursuit le chemin tracé sur « Stasis » avec une production massive et dynamique. Dès « I Breathe, I Am », on entre dans le vif du sujet, lequel est sombre et intense. Tout en contraste, les paysages sonores défilent avec puissance sur un rythme implacable (« Courageous Apathy », « Oblivion Walker », « Everything Is Permissible », « A Different Now »). Parfois brutal, ce nouvel opus dévoile aussi une certaine sophistication, sans être pour autant surproduit. Une troisième sommation explosive !
Avec une énergie débordante et un feeling incontestable, les Français signent un premier long format tout en maîtrise et surtout doté d’un songwriting imparable. Dans un Classic Rock moderne et fougueux, WICKED ELEPHANT REVIVAL marche dans les pas des pionniers avec quelques belles fulgurances Southern et Hard Rock. Très fédérateur, le quintet multiplie les ambiances sans se disperser et vibre à l’unisson sur ce « No Rest For The Wicked », aussi ambitieux qu’addictif. La sincérité de sa démarche rend cet album d’une maturité artistique devenue rare dans l’hexagone.
WICKED ELEPHANT REVIVAL
« No Rest For The Wicked »
(Independant)
A une époque où l’uniformité musicale commence à prendre beaucoup de place et où la technologie s’immisce au cœur-même de la création, WICKED ELEPHANT REVIVAL fait le pari de revenir aux sources du Rock, et même du Hard Rock, afin d’y apporter sa contribution avec originalité et conviction. En musiciens chevronnés, les Toulonnais distillent un registre bien à eux, sans éluder certaines influences évidentes qu’ils utilisent plutôt comme un socle indéfectible et la base d’un style qu’ils entendent bien encore faire briller.
Actif depuis 2022, WICKED ELEPHANT REVIVAL s’était déjà fendu d’un EP de quatre titres l’an dernier, « Mojo Rising », laissant présager du meilleur. Et ce premier effort se montre très largement à la hauteur des attendes. Grâce à une production puissante et organique, « No Rest For The Wicked » possède toute l’ampleur et le relief nécessaires à la dimension de ces nouveaux morceaux. Emprunt d’une saveur vintage enveloppante, les Azuréens se plongent dans l’époque dorée des années 70 à 90 avec inspiration et beaucoup de volume.
Passé un « Prologue » tout en émotion, WICKED ELEPHANT REVIVAL impose sa touche sur un groove épais et chaleureux, s’offrant même quelques embardées psychédéliques bien senties. Le duo basse/batterie est solide, le guitariste tranchant, le claviériste inspiré et le chanteur joue d’un timbre touchant et éraillé pour porter chaque chanson. Il y a du Robert Plant, du Steven Tyler et un brin de Tom Kiefer dans la voix de ce généreux frontman (« Evermore », « Fast Is Nice », « Father And Son », « Beautiful », « The Wicked And The Wise »). Authentique et soigné.
Depuis plus d’une décennie, ILIENSES TREE fait vibrer la Sardaigne avec une profonde sincérité. Puisant ses réflexions au cœur de l’esprit humain, à travers ses émotions, ses peurs, sa solitude et même ses hontes, le quintet a bâti un Death Doom Metal puissant et massif, qui semble presque inébranlable. Ce deuxième album, « Toward The Storm » appuie donc sur certaines failles que le groupe illustre de manière assez saisissante dans des atmosphères à la fois pesantes et véloces, et sur un narratif soigneusement élaboré. Le bassiste Claudio Kalb, puis le frontman Maurizio Meloni, nous parlent du parcours de ce nouvel opus, de leur vision du Doom et, bien sûr, de l’impact de leur île sur leur approche artistique.
– Avant de parler de « Toward The Storm », j’aimerais qu’on revienne sur votre parcours qui est assez étonnant. Vous avez sorti deux démos il y a une dizaine d’années, puis un premier album, « Till Autumn Comes », en 2019. Comment cela se fait-il que vos réalisations soient aussi espacées dans le temps ?
Claudio Kalb : Pour être précis, nous avons sorti notre première démo autoproduite, « 2014 BC », en 2014. Puis, en 2017, nous avons sorti l’EP « Edda », produit par le label maltais Maculata Anima Records. Et en 2020, toujours sur le même label, nous avons sorti notre album « Till Autumn Comes ». Malheureusement, nous avons ensuite dû ralentir notre rythme en raison des confinements et des couvre-feux liés à la pandémie de Covid. Comme nous passons beaucoup de temps en répétition à composer et à développer des idées ensemble, il nous en a donc fallu un peu plus pour retrouver notre alchimie et créer de nouveaux morceaux.
– Il s’est donc passé six ans entre vos deux albums. C’est assez long d’autant que le line-up est resté stable. Vous aviez besoin de laisser mûrir vos morceaux ?
Maurizio Meloni : La raison principale était résolument personnelle, bien plus que créative. Aussi étrange que cela puisse paraître, chacun d’entre nous a traversé une période de grands bouleversements professionnels. Nous avons tous dû prendre des décisions difficiles, ce qui nous a contraints à concentrer notre temps et notre énergie sur d’autres priorités.
Cet album est né de cette expérience et je pense que cela se ressent dans les émotions qui s’en dégagent. Le fait d’être de proches amis, et pas seulement les membres d’un groupe, nous a permis de rester soudés. D’ailleurs, cela nous a encore plus rapprochés et nous a aussi donné une vision claire de la manière dont nous voulions transformer cette longue et difficile période en musique.
Quant à la composition, nous avons retravaillé les morceaux à de nombreuses reprises, cherchant toujours à en tirer le meilleur parti. Ainsi, en considérant tous ces éléments, à savoir les difficultés personnelles et le temps passé à peaufiner la musique, on comprend aisément pourquoi la sortie de cet album a pris autant de temps.
– Après l’intro « Left Alone » qui ouvre l’album de manière assez solennelle au piano, « Toward The Storm » s’articule autour de quatre morceaux d’environ neuf minutes chacun. L’avez-vous conçu comme deux faces d’un vinyle, ou plutôt quatre mouvements qui font corps et se présentent comme une enchaînement narratif ?
Diviser l’album en deux faces pour le vinyle était un choix assez naturel, notamment en raison de la longueur des morceaux. Cela dit, l’album a été très soigneusement conçu, tant sur le plan musical que lyrique. Il débute par un sentiment de solitude et de honte, presque comme un cri de détresse, et monte progressivement en puissance jusqu’à son point culminant : la confrontation avec soi-même. Chemin faisant, il explore différents états émotionnels qu’une personne peut traverser lors d’une période difficile. L’idée principale était de montrer qu’il n’y a aucune honte à reconnaître ses luttes intérieures, ni à les partager avec les autres.
– Une chose m’a étonné sur votre album, c’est que le groupe compte deux guitaristes et là où on aurait pu s’attendre à de belles joutes, elles sont surtout au service des atmosphères. Est-ce d’abord le climat qui compte sur « Toward The Storm » et qui a monopolisé votre attention lors de la composition ?
Absolument. Dès le départ, notre objectif était de créer un son capable d’intégrer différents éléments musicaux tout en conservant une dimension profondément personnelle. Nous souhaitions construire quelque chose d’ambitieux, où toutes ces influences convergeraient pour former notre propre identité. En ce sens, les guitares jouent un rôle fondamental. Non pas tant d’un point de vue technique, mais plutôt émotionnel. Elles permettent aux morceaux de s’élever dans une autre dimension et de créer l’atmosphère recherchée.
Il aurait été facile d’ajouter un claviériste par le passé, notamment pour obtenir certaines textures, mais c’est précisément le défi que nous apprécions. Nous voulions créer ces moments amples et atmosphériques uniquement à la guitare, en trouvant le juste équilibre entre puissance et ambiance. C’est l’une des raisons pour lesquelles je suis si content de « Toward The Storm ». Il sonne authentique et vivant, car il est né d’expériences réelles et d’émotions sincères. Plus que tout, nous souhaitions que l’album accomplisse deux choses très simples : toucher les auditeurs et les amener à la réflexion.
– Le titre de l’album symbolise une tempête intérieure et il balaie aussi une multitude d’émotions diverses. Et par ailleurs, le Doom est un registre qui obéit aussi à de nombreux codes. Même se le vôtre est teinté de Death Metal, cela nécessite-t-il de posséder d’abord une solide expérience avant de se lancer dans un tel registre, selon vous ?
C’est une excellente question. Je pense avoir déjà abordé une partie de la réponse dans les questions précédentes, en parlant de nos débuts et des objectifs qui ont façonné notre évolution au fil des ans et qui, je l’espère, continueront de le faire à l’avenir. Il est vrai que le Doom possède de nombreuses conventions, et si vous composez dans ce genre, je pense qu’il est important de les connaître. Comprendre le genre vous donne les outils pour savoir où rester fidèle à ses codes et où vous pouvez repousser les limites de votre écriture.
Parallèlement, le Doom offre des possibilités infinies, surtout si vous avez quelque chose d’authentique à exprimer. Pour moi, c’est l’un des genres les plus libérateurs en matière d’expression artistique. Qu’il s’agisse du Doom classique ou du son plus Death/Doom qui nous caractérise, tout est question d’émotion pure. Je ne sais pas si c’est vraiment une question d’expérience, mais je suis convaincu que le Doom est un monde immense, presque un univers à part entière, qu’il faut explorer, écouter, absorber et vivre pleinement avant de pouvoir y jouer de manière convaincante. Plus que tout, je pense que c’est un genre qu’il faut ressentir vibrer en soi… et nous savons tous où ces veines mènent : droit au cœur.
– Enfin, vous êtes originaires de Sardaigne et vivre sur une île, même grande, est toujours quelque chose de particulier. En quoi vous inspire-t-elle et que génère-t-elle au niveau de la créativité et de l’approche de votre Death/Doom Metal ?
Oui, nous sommes originaires de Sardaigne. Et comme je le dis souvent, c’est une terre unique, pleine d’énergie, de contrastes, de paysages incroyables, de parfums inoubliables et de gens vraiment exceptionnels. Vivre ici nous offre une perspective très différente du reste de l’Italie. Ce n’est pas un hasard si beaucoup disent que nous sommes Sardes avant d’être Italiens. C’est un sentiment profondément ancré en nous.
Je suis convaincu que cette île a une influence considérable sur nous, surtout sur le plan émotionnel. Si nous vivions dans le tumulte d’une grande ville, notre musique serait certainement différente. Ici, il suffit de quelques minutes pour se retrouver dans des lieux presque magiques, des lieux qui invitent naturellement à la réflexion et à l’introspection. Cette atmosphère se retrouve inévitablement dans notre musique.
En revanche, vivre sur une île, et pas tout près des côtes, a aussi ses inconvénients. Cela nous tient éloignés de nombreux endroits où notre musique pourrait toucher un public plus large grâce aux concerts. Etant donné que le Doom et le Death/Doom ont une base de fans plus importante dans d’autres régions d’Europe, la distance et le fait que nous devions toujours prendre l’avion compliquent considérablement les choses d’un point de vue logistique et financier. Mais c’est la vie. On ne peut pas tout avoir… (Sourires)
Le nouvel album d’ILIENSES TREE, « Toward The Storm », est disponible chez Meuse Music Records.
Brillant sur album où sa vélocité fait mouche, captivant sur ses albums live, VANDEN PLAS se montre également assez phénoménal en acoustique, où sa facilité à se réinventer est à la fois sophistiquée et intimiste. Avec « AcCult II », son inimitable Metal Progressif se fait plus Rock, même si les arrangements dans cet aspect plus organique nous rappellent son style d’origine. La connexion entre les musiciens offre aussi une chaleur inattendue et irrésistible.
VANDEN PLAS
« AcCult II »
(Frontiers Music)
Deux ans après « The Empyrean Equation Of The Long Lost Things », qui avait acté l’arrivée d’Alessandro Del Vecchio en lieu et place du claviériste Günter Werno, les Allemands signent le deuxième volet d’« AcCult », sorti il y a 30 ans. On y retrouve donc cette ambiance acoustique, mais pas forcément épurée, de l’album paru en 1996. Là où le précédent revisitait l’album « Colour Temple », première réalisation du quintet, celui-ci parcourt plus largement la discographie de VANDEN PLAS et dévoile également deux reprises.
« AcCult II » fait l’impasse sur les habituelles structures complexes des morceaux, qui ont fait la renommée du groupe pour laisser place à un style jouant directement sur le côté émotionnel. Et là où il se distingue, c’est que sa personnalité musicale et sonore est intacte. VANDEN PLAS évolue tout en maîtrise dans un registre auquel il n’est pas forcément habitué et reste cependant immédiatement identifiable. Il démontre avec habileté et virtuosité la qualité intrinsèque de ses compositions dans un vibrant état des lieux.
En ouvrant « AcCult II » avec « Far Off Grace », la formation place la barre très haut et d’ailleurs, on ne saurait que saluer l’intégration et l’approche tout en retenue de l’Italien aux claviers, qui intervient sur toute la seconde moitié de ce long morceau. Puis, VANDEN PLAS arrive encore à surprendre avec des versions pleine d’élégance de « Holes In The Sky » et « You Fly » avec la présence du saxophoniste de Supertramp, John Helliwell. Enfin, les covers « Boat On The River » de Styx et « Nothing Else Matters » de Metallica sont aussi de toute beauté.
De l’envie, elle n’en manque pas et cela se ressent tout au long du premier opus de la formation de la capitale. « Until The Void » s’impose presque de lui-même, tant il parvient à rassembler les éléments incontournables du Metal actuel. MECHANICAL SKIN bastonne autant qu’il séduit par ses capacités à diffuser de belles émotions. Très solide techniquement, il réussit à convaincre sans mal et nul doute que la force de ces nouveaux titres devrait prendre toute leur dimension en concert, où on les imagine lever les foules. Gardez un œil ouvert et une oreille attentive, l’énergie des Français est contagieuse.
MECHANICAL SKIN
« Until The Void »
(Independant)
Faire corps et monter en puissance tout en restant mélodique, c’est le credo de MECHANICAL SKIN et ce qu’il met en place depuis sa création en 2020. Alors qu’une grande partie de la scène hexagonale se tourne vers un Metal extrême, le quintet emprunte une voie parallèle et avec autant de détermination et d’expérience, et c’est un boulevard qui s’offre à lui. Au croisement entre un Alternative Metal musclé et un Groove Metal plus agressif, ce premier album vient confirmer le bel élan déjà pris sur les quatre titres de « Before I Die », premier EP sorti en mars 2024.
Depuis, MECHANICAL SKIN a pris du volume et les Parisiens témoignent parfaitement ici du chemin parcouru. Aujourd’hui, le groupe est plus aiguisé, racé et tranchant, et la bonne production de ce premier long format met très bien en valeur le travail effectué sur ces huit nouveaux morceaux (et sur l’intro). « Until The Void » est taillé dans le granit et il jaillit avec beaucoup d’originalité grâce à des influences bien digérées. Tout en restant accessible, il développe un côté massif et véloce, grâce à des membres unis qui ont le même objectif ravageur.
Sur des fondations clairement Hard Rock, MECHANICAL SKIN se fait fédérateur sur les refrains et incisif dans les riffs et, malgré un petit coup d’oeil dans le rétro, il se montre moderne dans l’attaque des titres. L’une des surprises vient également de son frontman que l’on découvre plutôt saturé sur l’entame de l’album, avant de revenir à un chant clair et puissant, qui lui va tellement mieux, par la suite. Le combo avance avec assurance et beaucoup de diversité, ce qui fait toute la richesse d’« Until The Void » (« Into A War », « Memories », « Fall Of Tyrant », « New World »).
Très expérimenté et avec une idée bien précise de la musique qu’il souhaite distiller, HILLBILLY VEGAS fait partie de ces groupes de Southern Rock qui, tout en s’inscrivant dans une tradition immuable et très établie, apporte son style et sa fraîcheur à un registre qu’une jeune génération tente patiemment de s’approprier. Sur « A La Mode », son quatrième album, le quintet montre autant de sensibilité que de joie et de dérision pour élever son jeu au rang des meilleures formations du genre. Originaire d’Oklahoma, le quintet a les deux pieds dans un sud américain, qui transpire à chaque riffs, chaque solos, chaque notes de piano ou d’orgue et à travers le chant si authentique de Steve Harris, un frontman aujourd’hui heureux de présenter ce nouvel opus. Entretien avec un chanteur dont la liberté artistique n’est plus négociable.
– Tout d’abord et comme nous sommes sur un site français, pourquoi avez-vous appelé ce nouvel album « A La Mode » ? C’est assez surprenant de la part d’un groupe d’Oklahoma, que cela signifie-t-il pour vous ?
Pour nous, c’est une spécialité du Sud des Etats-Unis : une tarte avec de la glace dessus. Je m’excuse d’avoir détourné votre belle expression pour en faire une simple demande de glace sur notre tarte, mais l’important est d’améliorer les choses. Et tout est meilleur avec de la glace ! (Rires)
– HILLBILLY VEGAS a sorti son premier album, « Ringo Manor » en 2011, « 76 » en 2016, puis « The Great Southern Hustle » il y a quatre ans. Il y a beaucoup d’espace entre vos disques. C’est l’enchaînement des concerts, qui veut ça ?
Nous avons beaucoup tourné et, entre les tournées, nous avons sorti des singles, même lorsque nous ne travaillions pas sur des albums. Nous sommes restés productifs tout ce temps. Si vous avez raté un album, c’est parce que nous n’étions pas signés avec un label pour l’un d’eux. Les albums que nous avons sortis sont donc « Ringo Manor », « 76 » (autoproduction), « The Great Southern Hustle », et maintenant « A La Mode »… (Sourires)
– En l’espace de deux ans, vous avez sorti un EP, « Long Way Back » et aujourd’hui « A La mode ». Vous avez d’ailleurs l’habitude de sortir des formats courts avant vos albums, car il y avait aussi eu « Greetings From Hillbilly Vegas » en 2022. Est-ce une manière pour vous de tester de nouveaux morceaux ou certaines ambiances, ou est-ce un élan de spontanéité par rapport à l’écriture d’un album normal ?
Les EPs que nous avons sortis étaient en fait des engagements envers une maison de disques britannique, mais ils nous ont aussi permis d’avoir quelque chose de nouveau à promouvoir lors de notre tournée là-bas.
– Par rapport à vos albums précédents, « A La Mode » est peut-être moins brut dans l’approche, même si votre Southern Rock conserve son aspect roots, bien sûr. J’ai d’ailleurs plutôt l’impression que cela se joue surtout au niveau de la production. Est-ce que vous avez changé quelque chose dans votre travail en studio, notamment en ce qui concerne les arrangements, qui sont très soignés ?
En fait, on a beaucoup changé. On a enregistré et produit cet album nous-mêmes. « A La Mode », c’est nous à 100 % : enregistré dans notre propre studio, sans aucune influence extérieure, sans interférence et sans producteur. Ce que vous entendez est un parfait exemple de ce dont on est capables quand on prend les choses en main et qu’on fait tout nous-mêmes ! (Sourires)
– J’aimerais justement que l’on parle de votre Southern Rock, qui a un style et une sonorité très modernes avec toujours ce mélange de Rock, de Blues et d’Outlaw Country. Sur « A La Mode », il y a aussi des fulgurances clairement Hard Rock. Est-ce que c’est ce qui finalement l’actualise et lui offre une nouvelle dynamique, selon vous ?
Je crois que ce qui le modernise, et lui donne cette nouvelle dynamique, c’est tout simplement que nous l’avons fait entièrement nous-mêmes sans que personne ne nous dise quoi faire. Tu vois où je veux en venir ? (Sourires) Parfois, des producteurs ou des personnes extérieures nous disent : « Vous ne pouvez pas faire ceci » ou « Vous devriez faire cela ». Cette fois-ci, nous avons simplement fait ce que nous ressentions et ce que nous voulions. Et au final, on obtient un peu de tout ce que nous aimons vraiment.
– Depuis vos débuts, HILLBILLY VEGAS a toujours dégagé beaucoup de légèreté dans ses chansons avec beaucoup d’ironie et d’humour, à commencer d’ailleurs par votre nom. Or, « A La Mode » semble plus sérieux, sans être sombre pour autant. Est-ce l’époque que vous vivons qui n’incite pas à plus d’insouciance, selon vous, et cela se traduit donc aussi dans votre musique ?
C’est vrai, mais nous avons toujours joué des ballades également. Notre premier grand succès a été « Little Miss Rough And Tumble ». Ce nouvel album contient encore des moments légers, mais aussi des passages plus introspectifs, tu as raison. En fait, nous n’avions pas de plan, ni de thème précis. Nous avons simplement fait ce qui nous plaisait, que ce soit écrire une ballade ou un morceau plus festif comme « Something Crazy » ou « Every Jukebox ». Il ne s’agit pas d’influences extérieures, mais simplement de notre état d’esprit créatif du moment.
– Comme il est de tradition dans le Southern Rock, les deux guitaristes et les claviers sont mis en évidence sur le groove de la rythmique et la chaleur du chant et des chœurs. Et c’est d’ailleurs au centre de votre musique. Et vous avez aussi déclaré vouloir faire de la vraie musique pour la maintenir en vie. Pensez-vous franchement qu’un style comme le vôtre soit un jour envahi par l’IA ? Ça paraît peu probable vu la nouvelle génération, si ?
Je ne crois pas que l’IA ait sa place dans notre musique. Je ne peux pas parler pour les autres, mais pour nous : pas de pistes préenregistrées, pas d’artifices et pas d’IA en studio. Ce que vous entendez, c’est de la vraie musique à 100 %. C’est ce qui nous définit. On ne corrige même pas les fausses notes avec de l’autotune, d’ailleurs. Si je chante une fausse note, c’est que je le voulais… alors elle reste comme ça ! (Sourires)
– Enfin, un mot sur « Mr. Midnight », cette chanson de Paul Rodgers que vous avez exhumée et qu’il chante avec vous. J’imagine que c’est une grande fierté pour vous, d’autant que HILLBILLY VEGAS compte un ancien membre de son groupe et un autre de Bad Company. Comment sont nées cette belle aventure et et cette belle histoire ?
Tout a commencé avec Todd Ronning (bassiste et ancien membre de Bad Company – NDR) Il avait une démo qu’ils avaient enregistrée dans un studio de répétition il y a un moment. Todd m’a demandé de l’écouter en me disant que Paul ne l’avait pas utilisée sur son album solo. Et il voulait savoir ce que je pensais à l’idée de l’essayer. Je l’ai écoutée, et même si c’était un enregistrement de répétition brut, on reconnaissait déjà la voix de Paul. Elle sonnait comme sur tous les albums de Bad Company, même sur un enregistrement téléphonique. C’était tout simplement incroyable. Au début, je me demandais ce que je pourrais bien y ajouter. Mais on a tenté le coup et j’ai adoré la chanter. On a le même manager que Paul (David Spero – NDR), et quand on en a parlé à David, il a dit qu’il pensait que Paul adorerait aussi la chanter. Il a été incroyablement gentil, il a ajouté quelques lignes et la collaboration a été formidable. Même si personne d’autre ne l’avait jamais entendue, c’était un vrai bonheur pour nous. Mais maintenant, elle fait partie de l’album et de notre histoire ! (Sourires)
Le nouvel album de HILLBILLY VEGAS, « A La Mode », est disponible chez Quarto Valley Records.
Epanoui dans un registre 70’s, le style de LYNX peut paraître assez insaisissable. Ne reniant pas des références Hard Rock et proto-Metal, il y a également chez lui des élans progressifs et parfois même psychédéliques, qui offrent beaucoup de profondeur à ses compositions. Porté par une chanteuse et claviériste à la voix envoûtante, le quintet se présente avec un deuxième opus, « Trinity Of Suns », qui le voit encore évoluer dans son approche. Délicate, mais solide, la formation allemande n’a pas fait les choses à moitié et a opté pour un son organique, où le relief de ses morceaux prend toute son ampleur. Il aurait d’ailleurs été difficile de le concevoir autrement, tant l’authenticité sonore est liée à sa profondeur artistique. C’est l’un de ses fondateurs, le bassiste Phil Helm, qui revient sur l’évolution musicale et les changements de line-up qui ont émaillé le groupe entre ses deux albums.
– Avant de parler de ce nouvel album, j’aimerais qu’on évoque le changement de line-up depuis « Watcher Of Skies » sorti en 2021. Il y a eu l’arrivée d’Amy Zine au chant et aux claviers et celle de Janni à la guitare et au chant. Quel orientation cela a-t-il provoqué, notamment au niveau au niveau de la composition de « Trinity Of Suns »?
C’est une excellente question. Amy figurait déjà sur « Watcher Of Skies » en tant que choriste. Elle était une amie proche du groupe avant même de le rejoindre officiellement, et nous étions ravis de sa participation à ces enregistrements. Comme « Watcher Of Skies » est sorti avant même notre premier concert, nous n’avons commencé à réfléchir qu’après coup à la manière de gérer les synthés en live à quatre. Tim et moi avons fini par partager ces parties, alternant constamment entre nos instruments principaux et les synthés. C’est vraiment à ce moment-là qu’est née l’idée d’ajouter un cinquième membre. Avec Amy, nous avons non seulement accueilli une claviériste, mais aussi une chanteuse incroyable qui s’est progressivement imposée comme la voix principale du groupe. Janni nous a rejoints à la fin de l’été 2025. A ce moment-là, l’album était déjà écrit, et nous avions convenu que Marvin enregistrerait les parties de guitare en studio. Nous souhaitions néanmoins que Janni participe, il a donc contribué aux parties vocales de l’album.
– « Trinity Of Suns » est très différent de son prédécesseur, notamment dans le style, mais aussi dans le fait que le chant soit dorénavant essentiellement féminin. Est-ce qu’avoir une chanteuse a été un tournant pour le groupe, et cela a-t-il été aussi l’opportunité d’y apporter une nouvelle vision ?
Pour nous, la transition entre « Watcher Of Skies » et « Trinity Of Suns » a été très naturelle, car le changement de voix s’est opéré progressivement sur plusieurs années. Mais pour quelqu’un qui écoute les deux albums à la suite, le changement de son peut paraître radical. Grâce à la voix d’Amy, nous avons pu nous concentrer davantage sur les lignes vocales et donner à l’ensemble une dimension plus émotionnelle. Notre objectif était de créer un lien sensible plus profond avec les auditeurs.
– Vos deux albums pourraient presque être ceux de deux groupes différents pour qui ne vous connaîtrait pas bien. Est-ce que vous avez le sentiment que LYNX vit un nouveau départ ?
Comme je te le disais, cela nous semble être une évolution très naturelle et cohérente. Nous avons peaufiné le son que nous avions commencé à développer sur « Watcher Of Skies » et nous avons essayé de donner aux morceaux une plus grande profondeur émotionnelle sur « Trinity Of Suns ». Mais nous n’avons jamais eu l’impression de repartir de zéro.
– D’ailleurs, lors de vos concerts, vos setlists représentent-elles vos deux albums ? Et de quelle manière Amy s’est-elle approprié les anciens morceaux ?
Alors que « Trinity Of The Suns » n’était pas encore sorti, nous jouions déjà des morceaux du prochain album en concert depuis un certain temps. Depuis peu, plus de la moitié de notre setlist est composée de nouveaux titres, tout simplement parce que nous avons une grande confiance en leur qualité. Et nous avions joué « Island Universe » pour la première fois en 2023 à Athènes, lors du festival ‘Up The Hammers’. Les anciens morceaux se marient particulièrement bien avec la voix d’Amy, ils gagnent en profondeur et prennent une nouvelle dimension.
– « Trinity Of Suns » a un son très organique et il me semble que vous l’avez d’ailleurs enregistré en analogique. Etant donné le style de LYNX, j’imagine que le choix vous a paru évident. Et il possède aussi une approche très live. Etait-ce essentiel pour vous de réunir ces deux conditions ?
Il était primordial pour nous que l’album sonne le plus organique possible. C’est pourquoi nous avons choisi de l’enregistrer au Fat & Holy Studio avec René Hofmann, réputé pour ses enregistrements live. Ce processus a donné aux morceaux une dynamique impossible à obtenir dans des conditions de studio classiques. Nous avons aussi passé la majeure partie de ce temps ensemble en studio, ce qui a vraiment renforcé notre cohésion et notre lien avec l’album. C’était presque comme un petit voyage scolaire avec LYNX ! (Sourires)
– Parlons du style de ce nouvel album, qui est moins Metal et beaucoup plus Psych Prog. L’esprit 70’s est très présent et les morceaux sont aussi plus longs. L’idée était-elle d’être plus Rock et surtout de travailler plus sur les atmosphères ?
On adore tous le Rock des années 70, avant que le Heavy Metal ne devienne ce qu’il est devenu. Des groupes comme Blue Öyster Cult, Genesis, Pink Floyd, Jefferson Airplane, Led Zeppelin et, bien sûr, Black Sabbath, nous ont beaucoup influencés. On voulait composer des morceaux plus longs, plus profonds et plus intenses. On aime tous les morceaux Rock courts, mais un titre de huit minutes qui vous emmène en voyage, c’était vraiment notre objectif. Honnêtement, on n’a pas cherché consciemment à sonner moins Heavy, mais c’est en partie comme ça que l’album a pris cette tournure, et c’est très bien comme ça. On connaît tous des albums qui nous touchent profondément, et c’est ce qu’on voulait obtenir avec notre musique.
– LYNX peut aussi compter sur ses deux guitaristes et ses deux claviéristes, ce qui laisse un champ d’action très vaste. Sur quel instrument vous basez-vous pour composer et de quelle manière trouvez-vous l’équilibre, même si la guitare domine les compostions ?
Amy est notre principale claviériste, même si Tim a aussi enregistré quelques parties en studio. Composer est toujours un travail d’équipe pour nous. Parfois, l’un d’entre nous propose une idée de base, mais nous développons toujours les morceaux ensemble, en groupe. Il est important pour nous que chaque instrument puisse s’exprimer pleinement. Par exemple, le morceau-titre est construit autour d’une section rythmique basse-batterie très solide.
– Enfin, « Trinity Of Suns » a vraiment tous les attributs d’un album-concept. Est-ce le cas et sur quelle thématique vous êtes-vous concentrés pour créer l’ensemble ?
Je suis ravi que tu le perçoives ainsi, et oui, dans une certaine mesure, c’était le but. Tout comme dans « Watcher Of Skies », notre protagoniste fictif est le lynx, que nous envoyons en voyage. Dans « Trinity Of Suns », il l’entreprend réellement et vit des aventures qui se transforment également en un voyage intérieur et émotionnel. Nous souhaitions raconter une histoire à laquelle chacun puisse s’identifier, tout en laissant suffisamment de place à l’interprétation pour que chacun puisse se la forger sa propre vision.
Le nouvel de LYNX, « Trinity Of Suns », est disponible chez Dying Victims Productions.
Sur la longueur, les Normands se sont déjà montrés redoutables à deux reprises (« Eclosion » et « Heal »), alors les voir surgir avec un premier EP peut étonner. Pourtant, avec autant d’assurance et une fluidité incroyable, « Existence » pourrait bien annoncer le début d’une nouvelle ère pour NO TERROR IN THE BANG, celle d’une identité indéfectible et affirmée. A travers un Metal résolument moderne, aux teintes progressives et post-HardCore, le quintet déploie un large panel d’émotions, souvent sombres et torturées, mais à l’esthétisme très raffiné.
NO TERROR IN THE BANG
« Existence »
(Klonosphere)
Depuis cinq ans, c’est un parcours sans faute pour les Rouennais. Depuis « Eclosion », leur premier opus, ils ne cessent de repousser leurs limites, tout en offrant une fusion entre l’impact Metal violent et la recherche d’une profondeur plus cinématique, qui vient libérer un peu de douceur sur leur planète musicale. Avec « Heal » (2024), NO TERROR IN THE BANG avait imposé sa touche sur la scène hexagonale, grâce à une technicité exacerbée au service de compositions structurées et saisissantes et d’une frontwoman, Sofia Bortoluzzi, dont le registre vocal se fait plus polymorphe que jamais. Et « Existence » vient sceller un style unique, personnel et original avec brio.
Après deux albums, la formation crée donc un peu la surprise avec un cinq titres, qui se fait vite trop court, avouons-le. Pour autant, NO TERROR IN THE BANG se montre peut-être encore plus précis qu’à l’habitude avec un souci d’efficacité et une immédiateté, qui témoignent d’une grande maturité artistique. Malgré sa durée, « Existence » est une sorte de quintessence de l’esprit du groupe, de son registre et même aussi de son univers. Fluctuants et chirurgicaux, les riffs tranchent dans le vif, portés par une rythmique massive et virevoltante, tandis que le chant est plus jamais impressionnant de maîtrise. Imprévisibles et puissants, les Français déroulent.
Parfaitement servi par une production qui libère beaucoup d’amplitude à ses nouveaux morceaux, NO TERROR IN THE BANG alterne et joue avec une force sonore démesurée et une mélancolie presque étouffante, sans laisser le moindre moment de répit. Loin de toute contemplation, il enfonce le clou sur des passages sonores vertigineux, tantôt éthérés, tantôt fracassants (« Moon », « Goat », « Human Race Kills »). Progressif et brutal, le combo ne choisit pas et avance sur une ligne musicale toujours contrastée, en rupture constanteet constituée de choix forts (« Heroine » et le génial « Chasm »). Une immersion d’une richesse frappante et d’une exigence permanente.