L’attente de leur réconciliation, puis de leurs retrouvailles, fut si longue que c’en est presque surprenant de voir Chris et Rich Robinson enchaîner les albums avec autant de fraîcheur et surtout de qualité depuis deux ans. Littéralement réoxygéné et toujours aussi inspiré, le duo accompagné d’un groupe de rêve fait la passe de dix avec un « A Pound Of Feathers » très solide. THE BLACK CROWES joue habillement sur les contrastes et la profondeur de son Southern Rock reste unique en son genre.
THE BLACK CROWES
« A Pound of Feathers »
(Silver Arrow Records)
Il semblerait qu’une bonne fée veille à nouveau sur la fratrie Robinson depuis deux ans et la sortie de « Happiness Bastards ». Non pas que leurs projets respectifs n’avaient aucune saveur, très loin de là, mais il faut reconnaître que leur association fait à chaque fois des étincelles. Reprenant leurs bonnes habitudes, c’est en l’espace de dix jours que THE BLACK CROWES ont mis en boîte « A Pound Of Feathers », du côté de Nashville et toujours sous la houlette du multi-récompensé Jay Joyce à la production. Et dans la lignée de son prédécesseur, leur Southern Rock est scintillant.
Ce retour aux fondamentaux, après 15 ans de disette discographique, effectué par les deux frères semble franchement leur faire du bien. C’est même une véritable cure de jouvence. Sans filtre et sans calcul, THE BLACK CROWES affichent une insolente confiance, qui se retrouve avec la même spontanéité présente sur leurs meilleurs albums… d’il y a plus de 30 ans. L’expérience en plus, les Américains font toujours l’équilibre entre une poésie assez rugueuse et la force et la puissance d’un Rock rendu plus délicat grâce à des vibrations Blues et Soul particulièrement intenses.
Ce dixième opus studio est à ranger sur le haut de leur pile discographique et les deux singles dévoilés avaient donné la teneur de « A Pound Of Feathers » (« Profane Prophecy » et « Pharmacy Chronicles »). Et puis, THE BLACK CROWES a parfaitement compris qu’il ne s’agissait plus de créer la surprise, mais plutôt de jouer la carte du plaisir (« It’s Like That », « Cruel Steak »). Bien sûr, ils se reposent sur un bel héritage, mais ils le réinventent et le font perdurer avec élégance (« Blood Red Regrets », « High And Lonesome », « You Call This A Good Time », « Doomsday Doggerel »).
Photo : Ross Halfin
Retrouvez la chronique de « Happiness Bastards » :
En attendant l’arrivée d’un deuxième effort studio, EMERALD MOON nous fait patienter avec un album live de grande classe. Intenses de bout en bout, les 13 morceaux sont évidemment le reflet de sa courte discographie et la formation a même pimenté son set avec quelques belles surprises. Entre titres originaux et reprises électrisantes, on s’engouffre dans la chaleur des années 70 et un Rock/Hard intemporel aux contours bluesy, qui est très loin d’avoir livrer toutes ses saveurs. Le groupe prend toute sa dimension sur scène et on se délecte de cette atmosphère explosive et chaleureuse à la fois distillée sur ce magnifique « The Sky’s The Limit Tour 2025 ».
EMERALD MOON
« The Sky’s The Limit Tour 2025 »
(Independant)
Après la sortie d’un EP éponyme en octobre 2024, qui avait acté la naissance du groupe, puis un premier long format, « The Sky’s The Limit » en juin dernier qui a reçu un bel accueil, EMERALD MOON a logiquement pris la route pour défendre un Classic Rock original et actuel. Ce live est donc le témoignage de tout juste un an de travail et le moins que l’on puisse dire est que le combo est parfaitement rôdé. Pas surprenant qu’une telle cohésion fasse mouche lorsque l’on se penche sur le pedigree des cinq musiciens . L’expérience parle d’elle-même, ça ronronne et ça envoie du bois !
Enregistré en octobre dernier au Wood Stock Guitares devant un public aux anges, EMERALD MOON y présente bien sûr ses premières compositions avec une fougue et une assurance de vieux briscards. Ayant œuvré avec Laura Cox, Gaëlle Buswel, Jack Bon ou encore sur le projet United Guitars, ces amoureux de Rock 70’s aux saveurs Blues un brin Southern, et tirant sur un Hard Rock vintage, se font plaisir tout au long de ce concert et surtout, ils transmettent et partagent une énergie et une joie très communicative. Par ailleurs, la captation comme la prestation sont parfaites.
Avec sa magnétique frontwoman, le quintet se montre puissant et fait aussi preuve de beaucoup de délicatesse. De twin-guitars en riffs acérés, les solos virevoltent sur une rythmique millimétrée. Pour étoffer la tracklist, quelques covers savamment choisies nous font tendre l’oreille comme « Ramble On » et « Rock’n’Roll » de Led Zeppelin, « Nutbush Bush Limits » d’Ike et Tina Turner (1971), « Boys Are Back In Town » de Thin Lizzy ou encore « Stay With Me » (1973) de Faces, groupe fondé par Rod Steward et Ronnie Wood. Quelques pépites pour enrober un ensemble radieux !
Retrouvez l’interview du groupe à la sortie de son premier album :
Poser une atmosphère Soul dans un environnement très Rock, c’est le pari (gagné !) d’une formation de musiciens aussi chevronnée qu’inventive. En positionnant les émotions au cœur d’un registre dynamique, qui puise sa force dans des vibrations directement issues du patrimoine Rock de son pays, MYND READER articule son style autour d’une puissance brute. Les notes bluesy et la minutie extrême apportées aux compositions libèrent une sensation de liberté sans concession et un brin cinématographique.
MYND READER
« Mynd Reader »
(Independant)
Né de l’amitié et de la rencontre artistique entre le batteur Brian Sachs (ex-The Authority) et le multi-instrumentiste Tonin qui met brillamment en musique les textes du premier, MYND READER est le fruit d’une union créative peu courante et tellement évidente au final. Depuis octobre 2024 et son premier single « Radio Warning », il diffuse au fur et à mesure sa musique et l’on découvre enfin ce premier effort éponyme dans son intégralité et il tient toutes ses promesses. D’ailleurs, le prolifique duo travaille d’ores et déjà sur ses prochaines réalisations.
Originaire de Boulder dans le Colorado, MYND READER réunit en un même élan son amour pour le Classic et le Southern Rock, le tout posé dans un magnifique écrin moderne et particulièrement bien produit pat Tonin dans les moindres détails. En effet, « Mynd Reader » révèle au fil des écoutes un remarquable travail sur le son des morceaux. Chaque caisse claire est unique, chaque riff aussi, les parties de piano sont délicates, tout comme cette voix incroyable, qui offre une âme enthousiaste et apporte une profondeur attachante à chaque chanson.
Car si l’aspect sonore et mélodique tient une place essentielle chez le trio, la performance vocale de Shelby Kemp est tout simplement incroyable. Audacieuse, personnelle et dotée d’une chaleur enveloppante, la voix du frontman éclaire les morceaux en les rendant captivants, bouleversants et si fédérateurs. Très accrocheur, MYND READER est aussi le reflet de son époque transposé dans un American Rock authentique et sincère. Et si sept singles sont déjà sortis, « Mynd Reader » est l’exemple parfait de l’impact et de l’importance de l’écoute d’un album complet.
Retrouvez aussi l’interview du groupe réalisée il y a quelques mois :
Devenus en quelques années un fer de lance du revival Rock Psych 70’s, les Hollandais ne cessent d’arpenter les scènes du monde entier. Cependant, ils ont trouvé le temps de s’offrir une sorte de récréation avec « Fuego! », un EP exclusivement composé de reprises, sur lequel le trio sort littéralement des sentiers battus. La sélection des morceaux parlent d’elle-même : originale et tout sauf mainstream. Une occasion aussi pour DEWOLFF de se faire plaisir et de présenter avec ses fans (et aux autres!) quelques titres qui ont forgé son style. Et c’est vrai qu’on y voit plus clair sur ses intentions, Entretien avec le très occupé guitariste et chanteur Pablo Van De Poel, qui revient aussi sur l’expérience « Muscle Shoals », marquante à plus d’un titre pour le groupe.
– Avant de parler de « Fuego! », j’aimerais que l’on revienne sur « Muscle Shoals », sorti il y a un petit plus d’un an maintenant. Tout d’abord, comment se sent-on en pénétrant dans un studio aussi mythique ?
C’était vraiment incroyable ! J’y avais déjà été une fois en 2019, alors que j’étais en vacances dans la région. J’avais d’ailleurs été visiter les studios. J’en avais fait plusieurs fois le tour en me disant que si je pouvais enregistrer un jour dans un endroit comme celui-ci, ce serait vraiment un rêve ! Pour cet album, nous avions décidé d’aller là-bas. Ce qui est drôle, c’est que tu peux juste envoyer un email, mais ça ne veut pas dire que tu pourras enregistrer pour autant. Dans notre cas, cela a été possible. Nous sommes donc allés sur place et rien que le fait d’être dans ces pièces avait quelque chose de magique ! Tu peux littéralement ressentir toute l’Histoire de la musique qui a traversé les studios. Et ensuite, le son qui en ressort est franchement magique, car tu peux reconnaître les sonorités d’anciens disques.
– D’ailleurs, saviez-vous que l’album serait enregistré là-bas avant de composer les morceaux ? Parce que cela peut aussi avoir une certaine influence sur l’écriture, non ?
Oui, c’est vrai, nous le savions un peu avant le processus de composition, seulement trois chansons étaient prêtes, quelque chose comme ça. En fait, l’idée originelle était d’enregistrer l’album avec Chris Robinson des Black Crowes à Los Angeles. Mais, après réflexion, nous nous sommes rendus compte que ce serait très difficile de caler un rendez-vous avec lui, car c’est un homme très occupé et nous sommes aussi un groupe très occupé ! (Sourires) Donc, quand nous nous sommes aperçus que cela ne se ferait pas, nous avons envoyé un email à Muscle Shoals.
– « Muscle Shoals » est votre album le plus Soul et le plus organique aussi. Est-ce que l’application et cette sérénité affichée tiennent d’une certaine manière à la solennité de l’endroit ?
Oui, je pense. Quand j’étais sur place, il n’y avait aucune raison de s’inquiéter. En revanche, mon inquiétude se situait plutôt sur le fait de savoir si je serai suffisamment bon pour enregistrer là-bas. Mais dès notre arrivée, je me suis dit qu’il fallait s’amuser de cette expérience. Et on l’a fait ! La plupart du temps, on s’est vraiment éclaté ! On n’a pas été forcément intimidés ou effrayés par rapport à l’endroit. Nous l’avons fait normalement et de la manière la plus naturelle pour nous. Et cela tient aussi aux gens que nous avons rencontrés sur place et qui ont entendu notre musique. Ils nous ont dit que c’était incroyable et que c’était exactement le genre de musique qu’il fallait jouer là-bas. Alors, finalement, on a été très à l’aise pendant l’enregistrement.
– Pour conclure sur cet album, c’est probablement celui qui sonne le plus américain aussi, alors que DEWOLFF a toujours eu un son européen dans sa production. Est-ce que votre objectif était aussi d’expérimenter quelque chose de différent au niveau du son ?
En fait, la plupart du temps, nous essayons de capturer le son de l’endroit où nous sommes, tout comme les vibrations qu’il dégage. Nous avons beaucoup expérimenté sur le placement des micros et sur place et nous avons accordé une grande confiance à notre ingénieur du son Ben Tanner pour ça. Par exemple, lorsqu’on essayait la batterie, il me demandait toujours mon avis. Je lui faisais part de mes doutes, car je pensais qu’elle devait être plus puissante. Alors, il me demandait ce que je pensais utiliser comme micro et on faisait des essais pour que ça fonctionne le mieux possible. On a donc fait pas mal d’expérimentations. Et puis, au fil des années, nous avons aussi beaucoup appris à ce niveau-là et il y a toujours des choses qui changent. Finalement, ça ne sert pas à grand-chose de tout préparer à 100 %, on préfère le faire à 75 ou 80% parce que, suivant où vous vous trouvez en arrivant, cela aura de toute façon une influence sur les morceaux. Alors, même si tu prépares déjà tout à fond, ça ne sera jamais le résultat final.
– Parlons maintenant de « Fuego! ». D’où est venue l’idée d’un EP de reprises ? C’est quelque chose que vous aviez en tête depuis un moment déjà, ou c’était l’occasion de faire une coupure après « Muscle Shoals » pour repartir avec une certaine fraîcheur ?
C’est quelque chose qui nous trotte dans la tête depuis un moment déjà. La principale raison est que nos fans sont de réels amoureux de musique, tout comme nous. Nous sommes très curieux de ce qui se fait et surtout a été fait. Des choses que nous ne connaissons pas forcément au départ. Parfois, je discute avec des gens qui adorent DEWOLFF, Led Zeppelin ou Deep Purple, notamment. Je peux leur demander s’il connaissent Little Feat, par exemple. Et là, je me dis : ‘Oh, mon dieu !’ ! C’est dans ces moments-là que je dis qu’il y a tellement de bonne musique. C’est vrai aussi que nous sommes un peu collectionneurs, mais il y a énormément de choses dont les gens n’ont jamais entendu parler et c’est vraiment dommage. Donc, c’est parti aussi un peu autour de ça. Et puis, ce sont aussi des morceaux que nous adorons jouer. On joue sur les arrangements, on s’amuse et c’est également un bon défi pour nous. Par exemple, si tu prends la chanson de Little Feat, c’est un titre que nous connaissons depuis une dizaine d’années. C’est un morceau que nous avons essayé de jouer de plein de manières différentes, mais nous n’y sommes jamais vraiment parvenus, car c’est trop compliqué ! Alors, pour cet EP, nous nous sommes dits qu’on allait y arriver et nous l’avions fait ! Voilà, on peut enfin la jouer ! (Sourires)
– D’ailleurs, vous l’avez enregistré dans ton studio et il est sorti sur votre label, Electrosaurus Records, ainsi qu’avec Suburban Records. Là aussi, vous aviez besoin de changements, de plus de proximité et de contrôle dans la production notamment ?
Oui, c’est vrai que nous avons notre label et l’idée était surtout de le maintenir en vie. Et c’est bien de sortir quelque chose dessus de temps en temps. Et c’est aussi une question financière pour être honnête. Quand nous sortons quelque chose chez Mascot, nous ne percevons qu’un faible pourcentage des recettes, Mais nous ne sommes pas partis pour autant ! Cela dit, lorsqu’il s’agit de ce genre de projet, c’est bien de le faire sur notre propre label, car c’est une opportunité intéressante.
– « Fuego! » est un véritable hommage aux artistes qui vous ont profondément marqué et influencé. Cela dit, on retrouve la touche DEWOLFF dès les premières notes. On s’éloigne donc des versions originales. Quelle a été l’intention première, car on vous sent très libres dans l’interprétation ?
Tu sais, cela dépend vraiment de la chanson. Si tu prends la chanson de Little Feat, par exemple, rien que de la jouer nous-mêmes lui donne beaucoup de différences et elles se font assez naturellement. Nous suivons l’originale, bien sûr, sauf pour les solos, et même de manière assez précise. Nous créons juste des versions différentes, mais fidèles. C’était la même chose pour la chanson de Leon Russell, qui est plus Rock, mais cela se fait vraiment de manière inconsciente et elle dénote de l’originale, c’est vrai. En fait, on prend les originaux, nous les jouons et, rapidement, cela devient du DEWOLFF de façon un peu automatique.
– Si on a la surprise de découvrir quelques chansons, il y a aussi la présence de Joe Bonamassa sur « The Fan » de Little Feat (Lowell George) avec un incroyable solo, dont il a le secret. Comment s’est montée cette collaboration ? Vous vous connaissiez déjà, car c’est un choix est très judicieux sur ce titre ?
J’ai rencontré Joe Bonamassa il y a deux ans environ. J’étais encore en voyage avec mon ex-compagne et nous étions aussi sur sa tournée auparavant. C’est le début de l’histoire, car nous avions joué sur la croisière ‘Keep The Blues Alive’ en Méditerranée. Après ça, il a dit au cours d’une interview collective qu’il aimait vraiment le groupe. Alors, quand je suis retourné au Etats-Unis il y a quelques mois, je me suis dit que s’il aimait notre musique, peut-être qu’il voudrait me rencontrer. Pourquoi pas ? (Sourires) Je lui ai envoyé un message sur Instagram et il m’a invité dans sa maison. J’y suis allé, j’ai vu toutes ses guitares et c’était totalement incroyable ! Ensuite, nous sommes restés en contact. Donc, nous étions en plein enregistrement de l’EP, et comme je savais qu’il était fan de Lowell George car il avait acheté son ampli, je lui ai envoyé un message. Je lui ai expliqué qu’on enregistrait un EP avec cette petite chanson de Little Feat en lui proposant de jouer dessus. Il m’a dit de la lui envoyer et qu’il allait le faire. Nous avions un délai très court et je lui ai demandé s’il pouvait la faire dès le lendemain, plutôt que la semaine suivante. Et il l’a fait ! C’était parfait ! (Rires)
– Un mot aussi sur ce medley long de dix minutes qui clot « Fuego! ». Est-ce que ces trois chansons vous ont immédiatement paru évidentes dans leur enchaînement, et leur fusion tient-elle d’un ordre précis ?
Tu sais, il y a beaucoup de chansons que nous aurions souhaité reprendre. Nous en avions enregistré cinq et nous avons commencé à réfléchir à une sixième. Cela a démarré en jouant « Fire And Brimstone », mais la version originale est tellement cool que cela aurait impossible de faire mieux ! (Sourires) Alors, on a juste commencé à jammer et j’avais en tête quelques titres qui étaient en accord avec celle de Link Wray. L’un d’entre-eux était « Hawg Frog », de Buzz Clifford, qui est assez simple à jouer. Et la dernière était « I Walk On Guilded Sprinters » de Dr. John. Ce sont toutes des chansons parfaites pour jammer ! Ensuite, on a réfléchi à l’ordre des morceaux et ce qui s’accordait et s’enchaînerait le mieux. Et en une demi-journée, les arrangements étaient faits !
– Enfin, est-ce que vous préparez déjà votre prochain album, ou les concerts sont-ils votre priorité pour l’instant ? Ou les deux ?
En fait, nous sommes très occupés par les concerts en ce moment, c’est vrai, et nous allons allés en Nouvelle-Zélande, en France aussi, en Scandinavie… Nous n’avons pas encore de nouvelles chansons pour un album. Mais ça va arriver ! (Sourires) Et puis, je suis occupé par d’autres projets, car nous venons de créer un groupe de Metal avec mon autre frère. Je suis d’ailleurs en train de mixer l’album à l’heure où nous parlons. Nous ferons quelque chose de neuf avec DEWOLFF, mais pas dans l’immédiat, Et puis, « Fuego! » vient de sortir et « Muscle Shoals » est encore chaud… Chaque chose en son temps ! (Sourires)
L’EP de DEWOLFF, « Fuego! » est disponible chez Electrosaurus/Suburban Records, et « Muscle Shoals » chez Mascot Label Group.
Photos : Satellite June (1, 2, 4, 5) et Svan Leijen (3).
Si certains se demandent de quelle manière le trio a bâti sa personnalité artistique et s’est façonné ce son à la fois vintage, organique et très contemporain, « Fuego! » devrait vous donner quelques réponses quant aux origines de son épopée. Avec ce choix très audacieux, DEWOLFF ne s’est pas contenté de simples covers, tant on les croirait issues de son propre répertoire pour quelques unes d’ente-elles. Ce format court est bien plus qu’un hommage, c’est un acte d’amour à tous ceux, qui lui donné la flamme qui l’anime aujourd’hui.
DEWOLFF
« Fuego! »
(Electrosaurus/Suburban Records)
Après une escapade au légendaire studio Fame de Muscle Shoals, Alabama, où il a enregistré le disque du même nom, qui reste un sommet de sa carrière, DEWOLFF sort un peu en catimini « Fuego! ». Sorte de long EP ou de mini-album, c’est selon, il contient six morceaux, dont un medley de trois titres pour une demi-heure purement Psych et terriblement Soul, Blues et Rock. Le groupe s’est vraiment fait plaisir à travers quelques reprises qui, d’après lui, ont forgé son identité et construit son style. Et c’est un bond assez inédit dans les années 70 auquel nous invitent les Hollandais.
A en juger par la tracklist de « Fuego! », DEWOLFF a voulu quelque chose de très personnel, car les chansons choisies sont d’une autre sphère que celles proposées habituellement par d’autres. Et cela en dit également long sur la culture musicale des trois jeunes musiciens. Ici, les bases sont solides et vont puiser dans les fondations-mêmes de cette tradition qu’ils entretiennent avec tant de brio. Et puis, c’est une belle occasion pour les plus curieux d’aller à la découverte de ces formations presque inconnues pour beaucoup, qui ont laissé une belle trace dans le temps.
Et il en a un que l’on connait bien et qui pose un brûlant solo sur « The Fan » de Little Feat, c’est Joe Bonamassa, qui bat ici son propre record de featurings sur une année. Par ailleurs, DEWOLFF est éblouissant sur « Judgment Day » des Redbone, sur le « Roll Away The Stone » du grand Leon Russell et la cover de Free, « Fire And Water », est magistrale. Après le génial « Faster And Faster » d’Eden Rose, les Néerlandais se lancent dans un mix très personnel de « Fire And Brimstone » (Link Wray), « Hawg Frog » (Buzz Clifford) et « I Walk On Guilded Sprinters » (Dr. John) sur dix minutes. Somptueux !
Retrouvez les chroniques de leurs derniers albums :
C’est rassurant de voir qu’il existe encore des groupes capable de signer de si bons débuts. Certes, le Hard Rock des Italiens résulte d’une belle combinaison d’influences bien assimilées, mais il conjugue classicisme et modernité sur un fond de Blues savamment dosé. Musicalement costaud, WILL O’DUSK affiche beaucoup de confiance et d’envie. Entre riffs racés et une rythmique intense, les Transalpins peuvent également compter sur un frontman caméléon, qui offre à « The Long Lasting Dusk » une saveur particulière.
WILL O’DUSK
« The Long Lasting Dusk »
(Diotima Records)
Même s’il n’a que deux ans d’existence, WILL O’DUSK affiche beaucoup de maturité sur son premier album et si plusieurs courants traversent « The Long Lasting Dusk », il y règne une belle unité. Ainsi, Riccardo Barchiesi (chant), Danilo Casali (guitare), Stefano Grossi (basse) et Luca Gambazza (batterie) se sont forgés un style bien à eux et semblent y avoir injecté l’ensemble de leurs références musicales. Cela dit, loin de s’y perdre, les quatre musiciens affichent au contraire beaucoup de cohésion et de force.
En jouant sur les contrastes et la dualité dans ses textes, WILL O’DUSK s’ouvre aussi de multiples horizons sonores. Globalement Hard Rock, « The Long Lasting Dusk » se fonde aussi sur des racines Classic Rock et un brin de Southern, une sorte de croisement entre Led Zeppelin, The Black Crowes avec un soupçon de Cinderella et son côté bluesy. La recette est belle et le résultat l’est tout autant. Les Milanais maîtrisent parfaitement leur sujet et cela s’entend dans la structure des morceaux, qui sont assez complexes à l’occasion.
Grâce à un chanteur aux vastes capacités vocales, WILL O’DUSK surfe sur les émotions et cette première réalisation se distingue par sa construction en deux faces assez distinctes. L’ouverture est plus sombre avec des titres comme « Break In Case Of Emergency », « Crossroads » ou « Lucifer’s Tears ». Le quatuor se fait ensuite plus lumineux, mais sans perdre de son impact (« Let It All Explode », « Slowmo », « Last Drop »). De la pénombre à la clarté, « The Long Lasting Dusk » garde cette atmosphère à la fois véloce et apaisante.
Avec une chanteuse qui emporte tout sur son passage, deux six-cordistes au diapason et un groove imparable, PARKER BARROW poursuit sa route. Après un premier album déjà très convaincant en 2023, ils sont désormais six à faire tourner ce Southern Rock bluesy aux effluves Soul. Signe de son époque, ce n’est pas avec un deuxième opus que les Américains se présentent cette fois, mais avec un EP, « Hold The Mash », dont on aurait franchement souhaité une petite rallonge…
PARKER BARROW
« Hold The Mash »
(Independant)
L’explosif combo avait créé la surprise il y a deux ans avec un premier album, « Jukebox Gypsies », très abouti et rafraîchissant. Mené par le couple Megan Kane (chant) et Dylan Turner (batterie), PARKER BARROW s’est aujourd’hui imposé dans cette nouvelle génération Southern américaine en revivifiant le style de ses aînés grâce à une fougue très créative et une bonne touche de modernité. En actualisant son jeu, tout en restant attaché à un état d’esprit vintage, le groupe vient renforcer un certain aspect intemporel de belle manière.
Dernièrement, la formation de Nashville a beaucoup tourné et a surtout acté l’arrivée d’Alex Bender au poste de guitariste et de directeur musical. PARKER BARROW s’est donc étoffé et a naturellement pris du volume. Cela s’entend sur « Hold The Mash » et il franchement dommage qu’il ne s’agisse ici que d’un simple EP de cinq titres. Car avec autant de qualité, on reste forcément sur sa faim, d’autant que le sextet avec déjà livré les deux singles « Make It » et « Novocaine ». De nouvelles pratiques trop marketées, mais l’élan est remarquable.
Si les premiers extraits ont dévoilé de belles choses, le Southern Rock très bluesy et Soul de PARKER BARROW n’a pas encore tout dévoilé de ce souffle nouveau. Toujours aussi percutant et spontané, le groupe semble avoir trouvé un point d’équilibre entre un côté Rock solide et une facette plus délicate, où brille sa frontwoman. Les deux guitares et l’orgue se complètent à merveille dans une cohérence évidente sur le brûlant « Glass Eyes Cryin’ », le sensible « Olivia Lane » et le rugueux « The Healer ». Une progression pleine d’élégance.
Presque aussi éphémère que Free, BAD COMPANY a pourtant sorti quelques albums majeurs jusqu’au départ de son chanteur Paul Rodgers. De cette épopée, il reste des disques qui connurent le succès sur le label de Led Zeppelin, Swan Song. Les années 80 ont eu raison de cette belle aventure, malgré une suite avec un line-up remanié peu convaincant. Mais le Hard Rock très bluesy des Londoniens résonne encore chez quelques un. Ils livrent ici un beau témoignage avec une nouvelle génération, qui semble toujours s’en inspirer.
BAD COMPANY
« Can’t Get Enough : A Tribute To Bad Company »
(Primary Wave Music)
Fondé en 1973 dans la foulée de la séparation de Free par Paul Rodgers (chant) et Simon Kirke (batterie), accompagnes d’Andy Fraser (basse) et Paul Kossoff (guitare), BAD COMPANY est probablement l’un des groupes les plus sous-estimés de la scène Rock britannique. Avec le succès sous l’ère Rodgers, il en a inspiré beaucoup. Aujourd’hui, seuls le frontman et le batteur sont toujours en vie et ils peuvent se réjouir de ce bel hommage rendu par une dizaine de groupes et d’artistes, d’ailleurs étonnamment presque tous américains.
Nul n’est prophète en son pays, donc, puisque BAD COMPANY semble avoir laissé bien plus de traces outre-Atlantique que sur son île. Sur l’album, on retrouve seulement le jeune combo The Struts, originaire du nord de l’Angleterre, pour une version explosive de « Rock’n’Roll Fantasy » et Joe Elliot et Phil Collen de Def Leppard sur « Seagull ». Et le morceau est d’autant plus réussi qu’on se régale de la présence des rescapés Paul Rodgers et Simon Kirke, qui en font un moment tout en émotion et d’une réelle authenticité.
Direction les Etats-Unis pour la suite avec huit formations parmi les plus emblématiques du Hard Rock, du Southern Rock et même de la Country avec Hardy et Charley Crockett. Après la jeune garde menée par Dirty Honey et The Pretty Reckless avec une étonnante reprise de ces derniers de « All Right Now » de Free, l’artillerie lourde fait ensuite parler la poudre avec Halestorm, Black Stone Cherry, Slash avec Myles Kennedy & The Conspirators et Blackberry Smoke accompagné de Brann Dailor de Mastodon. Beaucoup d’énergie et de sincérité.
Jeunes et insouciants, certes, mais quelle maîtrise et quel sens du songwriting ! Les Italiens (enfin presque tous !) ont quitté le soleil européen pour celui de la Californie afin d’immortaliser un premier opus, où ils affichent déjà beaucoup de sérénité, mêlée à une fougue qui ne manque pas d’ambition. Hyper groovy, délicat tout en restant imprévisible, MATT PASCALE AND THE STOMPS défie les codes du Blues Rock et laisse parler le feeling, comme pour mieux saisir l’instantanéité de ses envies en se moquant des frontières musicales.
MATT PASCALE AND THE STOMPS
« Home »
(Dixiefrog)
Après trois singles en 2023, MATT PASCALE AND THE STOMPS sort son premier album, « Home », et il pourrait bien être celui qui le révèlera et sera cette fameuse rampe de lancement qu’attendent tous les groupes. Le cosmopolite quatuor, à dominante transalpine, livre un disque tellement mature et inspiré qu’il en est bluffant. Très roots et délicieusement Southern dans le son, le Blues du combo est résolument moderne et donne une vision très actuelle de notre société sur fond de Rock, de Funk et de Soul. Une recette savoureuse dont les secrets se nichent dans les détails.
Enregistré à Los Angeles, c’est Fabrizio Grossi, qui s’est vu confié la production de « Home », lui qui a travaillé avec Billy F Gibbons, Slash, Eric Gales et quelques autres. De quoi s’assurer un résultat à la hauteur du talent de MATT PASCALE AND THE STOMPS… Et il y a de quoi être satisfait et conquis ! Menés par un guitariste-chanteur à la voix éraillée et gorgée de soleil, Matteo Magnaterra (basse), Rishi Yildiz (orgue, claviers) et AJ Morra (batterie) rayonnent littéralement et surtout avancent dans un même élan avec une complicité et une cohésion très palpables.
Accompagnés aux chœurs par la vibrante Chiara Galvani, les quatre musiciens déploient un style direct, chaleureux et assez épuré sur des titres aux arrangements très soignés et des mélodies qui restent vite gravées. Le jeu de guitare du leader est aussi riche et virevoltant que son chant est profond et mature. MATT PASCALE AND THE STOMPS n’a pas son pareil pour distiller un sentiment de joie et de liberté absolue (« Home », « Sugar Mama », « Hide & Seek », « Old Angel’s Talking », « Me & The Devil », « Wake Up », « When The Money Talks »). Déjà incontournable.
Pour qui attendrait encore le renouveau d’une classieuse et référentielle vieille garde avec impatience, voire en vain, WHISKEY MYERS vient apporter la plus somptueuse des réponses avec « Whomp Whack Thunder ». Narrative et percutante, sincère et foudroyante, la formation texane est au sommet de son art et s’attèle avec ferveur à perpétuer l’esprit du Southern Rock dans son époque. Sur un groove tourbillonnant, des guitares lourdes et épaisses et un chant habité, le groupe œuvre dans une immédiateté scintillante aux mélodies imparables.
WHISKEY MYERS
« Whomp Whack Thunder »
(Wiggy Thump Records)
Le son est si brut et organique que, pour un peu, on se croirait au beau milieu du studio dans lequel les Texans se sont engouffrés. Alors qu’ils avaient autoproduit leurs derniers albums, dont le génial « Tornillo » il y a trois ans, WHISKEY MYERS a cette fois laissé les manettes au producteur awardisé Jay Joyce (Eric Church, Cage The Elephant) pour faire briller « Whomp Whack Thunder ». Et cette sage décision lui offre une dimension nouvelle, alors même qu’il est devenu incontournable en s’invitant aussi dans des B.O. sur petits et grands écrans.
Mené par son chanteur et compositeur Cody Cannon plus créatif et expressif que jamais, WHISKEY MYERS livre une septième réalisation guidée par le plaisir de jouer et un instinct qui explosent dans une belle débauche d’énergie. Accessible et décomplexé, « Whomp Whack Thunder » incarne l’idée-même du Rock Sudiste, où la Country se joint au Blues et à l’Americana dans une fusion spontanée. Avant tout très Rock’n’Roll, les Américains sont de plus en plus au service de leurs émotions et d’une honnêteté artistique sans faille.
S’il s’est, par le passé, essayé à différentes sonorités Southern, le sextet les englobent toutes sur « Whomp Whack Thunder », révélant ainsi l’audace et l’authenticité de son écriture. Nerveux et entraînant sur « Time Bomb », « Tailspin », « Icarus » ou « Ramblin’ Jones », plus Blues sur « Break These Chains », « Midnight Woman » et profond sur « Born To Do », WHISKEY MYERS fait un pas de côté et se pose en marge d’une industrie musicale, qui renvoie aux stéréotypes. Ce nouvel opus porte généreusement à l’âme et impressionne de volonté.