Véritable guitar-hero du Blues, TINSLEY ELLIS est allé s’installer sur les rives du Mississippi pour composer l’essentiel de « Naked Truth », qui contient aussi trois reprises qu’on peut très facilement d’ailleurs qualifier de remerciements. Produit par ses soins, à l’exception d’une chanson par son voisin Eddie 9V, ce nouvel opus le dévoile, pour la première fois en plus de 40 ans de carrière, dans un registre très épuré et acoustique. Une façon simple et évidente d’explorer un Folk Blues mâtiné de Country Blues avec une élégance toute naturelle.
TINSLEY ELLIS
« Naked Truth »
(Alligator)
Habituellement plutôt échaudé à un Blues enflammé et flamboyant, c’est en toute intimité que TINSLEY ELLIS se présente cette fois avec un album qui lui tient à cœur depuis de longues années et qu’il a enfin pris le temps de réaliser. Intimiste donc, même si l’on retrouve toujours cette ardeur légendaire, « Naked Truth » est le 21ème album du bluesman et il est entièrement acoustique. Le musicien basé à Atlanta s’est imprégné d’un Folk-Blues très traditionnel, qui puise ses racines chez Muddy Waters, Robert Johnson ou encore Skip James. Une plongée dans ce que l’Amérique a de plus profond et emblématique.
Avec ce disque, dont le titre parle de lui-même, on ne met pourtant pas bien longtemps à retrouver la vigueur et la passion de TINSLEY ELLIS à l’œuvre sur ces morceaux récemment composés, auxquels s’ajoutent trois reprises pour le moins significatives de son parcours. Enregistré dans des conditions live, le songwriter est simplement accompagné d’une Martin de 1969 offerte par son père et d’un dobro National Steel O Series de 1937, les amateurs de cordes scintillantes apprécieront… Entre slide et picking, ce n’est pas tant la technique qui impressionne ici, mais surtout ce côté sans fard et d’une extrême fluidité.
Toujours très appliqué bien sûr, il plane cependant un air de récréation sur « Naked Truth » où la joie de jouer, et de finalement se laisser guider par les morceaux, jaillit des doigts de TINSLEY ELLIS. Il s’amuse et l’on devine son sourire. Majestueux sur les covers de Son House (« Death Letter Blues »), Willie Dixon (« Don’t Go No Further ») et du grand Leo Kottke (« The Sailor’s Grave On The Prairie »), il brille sur « Devil In The Room », qui ouvre le bal sur un rythme d’enfer. Délicat sur les instrumentaux « Silver Mountain », « Alcovy Breakdown » et « Easter Song », l’Américain est impérial de bout en bout (« Windowpane »).
Reconnu pour ses productions brutes, roots et chaleureuses, Dan Auerbach applique depuis trois albums maintenant ses recettes d’enregistrement avec ROBERT FINLEY, ce qui a pour effet de faire ressortir ce qu’il y a de plus beau, de fluide et d’expressif chez le sexagénaire. Profonde, sensible et d’une verve narrative saisissante, le chanteur et guitariste nous embarque dans son « Black Bayou », duquel il est difficile de s’extraire… et alors ? Quand le plaisir est là !
ROBERT FINLEY
« Black Bayou »
(Easy Eye Sound)
Non seulement le parcours de ROBERT FINLEY impose le respect, mais il a aussi quelque chose de réjouissant et d’inspirant. Patient, tenace et a priori faisant confiance à son destin, c’est à l’âge de 62 ans qu’il sort « Age Don’t Mean A Thing » le bien nommé, son premier album. Et depuis 2016, il jouit enfin de cette reconnaissance tardive, puisqu’il a ensuite tapé dans l’œil de Dan Auerbach, l’hyperactif producteur, co-leader des Black Keys et patron du label Easy Eye Sound, qui n’a pas hésité une seule seconde à le signer.
Après « Goin’ Platinum » (2017) et « Sharecropper’s Son » (2021), « Black Bayou » est le troisième opus que les deux hommes réalisent ensemble et ROBERT FINLEY semble s’épanouir un peu plus à chaque disque. Gorgé de feeling et souriant, il distille de bons mots plein d’humour à travers des chansons authentiques et touchantes. Entre Soul, R&B, Gospel et Blues, le musicien originaire de Bernice en Louisiane n’a pas choisi et c’est dans cette ambiance très Southern qu’il se livre en toute simplicité.
Auerbach a parfaitement saisi l’univers plein de tendresse de ROBERT FINLEY. Dès les premières notes de « Livin’ Out A Suitcase », on plonge dans le bayou à travers un savoureux mélange d’harmonica et de suaves guitares, porté par une voix exceptionnelle et profonde. Intense, l’Américain multiplie les atmosphères passant du Hill Country Blues au Swamp et au funk avec une souplesse inouïe (« Sneakin’ Around », « Waste Of Time », « Nobody Wants To Be Lonely », « You Got It (And I Need It) », « Alligator Bait »). Délicieusement addictif !
Bercés de Classic Rock, de Southern, de Blues et de Hard Rock, les membres de DIRTY HONEY sont parvenus à en garder l’essentiel pour poser les solides fondations d’un style devenu très personnel et qu’ils expriment avec classe et conviction. « Can’t Find The Brakes » est un modèle du genre et il s’inscrit hors du temps en s’imposant comme le renouveau du Rock US. Les quelques saveurs très 70’s montrent la voie, vite temporisées et accompagnées d’élans très funk et gravées dans un Rock que seuls les Etats-Unis produisent.
DIRTY HONEY
« Can’t Find The Brakes »
(Dirt Records)
Après un passage remarqué et savoureux lors de la dernière édition du festival breton ‘God Save The Kouign’ à Penmarc’h (29) cet été, les Californiens sont de retour avec leur deuxième album et celui-ci vient confirmer la dimension prise par le groupe depuis 2019. D’ailleurs, les spectateurs les plus attentifs avaient pu s’apercevoir que, le 24 juin dernier, DIRTY HONEY nous avait livré deux titres inédits que l’on retrouve sur ce très intense « Can’t Find The Brakes » (« Dirty Mind » et « Won’t Take Me Alive »). Il y a des rendez-vous à ne pas manquer, tant ils peuvent être révélateurs pour la suite…
Cette fois encore, le quatuor a fait le voyage jusqu’en Australie, au mois d’avril, dans le studio de Nick DiDia (Springsteen, Pearl Jam), une bonne habitude déjà prise pour son précédent et éponyme opus en 2021. C’est aussi l’occasion de découvrir sur disque la belle frappe de Jaydon Bean, qui a remplacé Corey Coverstone derrière les fûts en janvier. Pour le reste, pas de changement dans ce brillant line-up. Marc LaBelle et sa voix bluesy font des merveilles, John Notta livre des riffs de vieux briscard inspiré et Justin Smolian reste la machine à groover de DIRTY HONEY.
Considérés à juste titre comme l’un des groupes les plus prometteurs du Rock US, les Américains confirment avec la manière qu’ils en sont même l’avenir. Bouillonnant et accrocheur, « Can’t Find The Brakes » affiche de multiples facettes et l’ensemble est réjouissant et frais. Si les ombres de Led Zeppelin, Aerosmith et The Black Crowes planent toujours, c’est tout simplement une question de style, tant DIRTY HONEY montre de l’originalité dans son approche (« Get A Little High », « Ride On », « Rebel Son », « Satisfied », et les ballades « Roam », « Coming Home » et « You Make It Alright »). Déjà un classique !
On les attend toujours de pied ferme… et on n’est jamais déçu ! Alors que les Américains multiplient les prestations scéniques à travers le monde, ils trouvent encore le temps (et l’inspiration !) pour livrer des albums à la fois intemporels et qui s’écoutent en boucle. « Screamin’ At The Sky » ne déroge pas à la règle et si le Hard Rock est plus Heavy, et moins Southern, il est toujours aussi accrocheur et direct. Pleine face !
BLACK STONE CHERRY
« Screamin’ At The Sky »
(Mascot Label Group)
En l’espace de huit efforts studio, BLACK STONE CHERRY s’est hissé au rang de stars internationales et ce à grand renfort d’interminables tournées et d’une volonté à toute épreuve. Depuis « The Human Condition » en 2020, suivi de l’explosif double-live « Live From The Royal Albert Hall… Y’All ! », le quatuor suit un rythme effréné et c’est même sur la route que ce très bon « Screamin’ At The Sky » a été en partie composé. Alors forcément, écrites entre deux concerts, ces nouvelles compos transpirent l’adrénaline.
Malgré le départ du bassiste et fondateur Jon Lawhon remplacé depuis par Steve Jewell Jr., BLACK STONE CHERRY continue sur sa lancée et ce nouvel opus devrait mettre tout le monde d’accord. Cependant, on peut reprocher au combo du Kentucky d’avoir abandonné en cours de route les ambiances et les influences Southern de ses débuts. C’est peu de chose et beaucoup à la fois, car les prouesses vocales de l’impressionnant Chris Robertson s’y prêtaient à merveille… et pas seulement !
Si chez nous, on appelle ça des tubes ou des morceaux hyper-fédérateurs, aux Etats-Unis, on parle carrément d’hymnes. Et de ce côté-là, « Screamin’ At The Sky » n’en manque franchement pas (« Not Afraid », « Smile, World », « The Mess You Made », « Nervous », « Who Are You Today », « Out Of Pocket » et le morceau-titre). Pourtant, si BLACK STONE CHERRY est d’une efficacité redoutable, on regrettera peut-être un formatage trop systématique, qui laisse peu de place à un petit grain de folie supplémentaire. Cela dit, c’est pardonné !
En pleine ébullition depuis quelques années, le Royaume-Uni a vu émerger beaucoup de talents et se trouve aujourd’hui avec une génération d’artistes aguerris et très créatifs. WHEN RIVERS MEET fait maintenant partie des incontournables, tant son ascension a été fulgurante. Toujours sur son propre label, le couple se présente avec un nouvel opus encore très convaincant, frais, différent et musclé, « Aces Are High ».
WHEN RIVERS MEET
« Aces Are High »
(One Road Records)
Lorsque que Grace et Aaron Bond sont apparus avec leur premier album « We Fly Free » fin 2020 ici même, la suite de l’aventure a été limpide et sans embuche. Le couple proposait un Blues Rock original en mettant un sacré coup de jeune à la scène anglaise. Ensuite, le groupe a accumulé les récompenses en remportant sept Awards en deux ans. WHEN RIVERS MEET a confirmé son potentiel sur « Saving Grace » quelques mois plus tard et l’an dernier, on a pu savourer leurs prestations scéniques sur l’excellent « The Flying Free Tour Live ».
C’est donc un grand plaisir de parler de « Aces Are High », troisième réalisation studio des Britanniques. Et cette fois encore, ils surprennent en se dévoilant sous un jour nouveau. Bien sûr, on reste dans le domaine du Blues Rock, plus que jamais même, mais il est bien différent de ce qu’ils nous ont proposé jusqu’à présent. Toujours indépendant, WHEN RIVERS MEET décide de son évolution, expérimente et n’a de compte à rendre à personne, si ce n’est bien sûr à des fans de plus en plus nombreux.
La grande différence avec « Aces Are High » tient dans cette production très brute et épurée. Loin de certains aspects feutrés décelés sur leurs premiers opus, le duo se montre beaucoup plus Rock, très rentre-dedans, libérant un Blues très urbain et parfois même assez froid (« Infected », « Play My Game », « Ace Are High », « Train To Avalon », « The Secret »). Pour autant, WHEN RIVERS MEET garde toute son intensité et l’on retrouve beaucoup de chaleur sur « Golden » et « By Your Side » notamment. Renversant !
Dans l’univers de MESSIAHVORE, le ciel est rouge et le paysage aride. Sludge à souhait, son Stoner Metal a une saveur âpre et les Américains tranchent dans le vif sans trembler… bien au contraire. « Transverse » est un disque que l’on prend en pleine tête et qui laisse quelques traces. Très soudé, le combo dévore ses morceaux avec méthode et précision. Un régal !
MESSIAHVORE
« Transverse »
(Iron Head Records)
Le groove est lourd, l’espace saturé et l’atmosphère est apocalyptique sur ce nouvel opus de MESSIAHVORE. Deux ans tout juste après son premier album éponyme le quatuor de Denver, Colorado, remet le couvert et ressort la sulfateuse pour livrer ce Metal hybride, où s’entremêlent et s’entrechoquent le Stoner, le Sludge, le Doom et un chant parfois proche du Death. « Transverse » est tout ça à la fois, et même un peu plus.
Accordé en baryton, le guitariste Kevin Disney laisse planer la menace grâce à des riffs dantesques et des solos pourtant lumineux. MESSIAHVORE avance façon rouleau-compresseur en libérant une puissance très compacte et brute. Entre Sludge Desert et Stoner Metal, les guitares font corps dans une dynamique musclée et rigoureuse. Et le duo vocal a l’œuvre est lui aussi d’une redoutable efficacité.
Sans filtre et sans la moindre hésitation MESSIAHVORE a structuré « Transverse » avec robustesse et une belle vélocité, qui transpirent sur chaque morceau (« Discipline Of Violence », « The Unkind », « One Millions Mistakes », « Hope Of The Living Death », « Replicant »). On perçoit même des vibrations très Southern à travers cette avalanche de riffs percutants, d’où émanent aussi des mélodies accrocheuses. Infernal !
Gras et costaud, le style de VERMILION WHISKEY génère une énergie très Rock’n’Roll dans l’attitude et résolument Metal dans le son. Malgré une approche très brute et sans détour, la formation du sud des Etats-Unis est particulièrement accrocheuse et libère un tsunami Southern baigné de Stoner. « Crimson & Stone » dégage une amplitude entraînante et harmonique.
VERMILION WHYSKEY
« Crimson & Stone »
(Independant)
Originaire de Lafayette dans la bouillonnante Louisiane, VERMILION WHISKEY concentre à lui seul tous les ingrédients qui font l’explosivité et la chaleur sudiste, dans le sens très musclé du terme. Fidèle à une tradition Southern Metal et Rock, le groupe conjugue avec talent des sonorités Hard Rock et Stoner, tout en maintenant les mélodies comme ligne directrice de son jeu. Imparable.
Bien sûr, l’épaisseur et l’aspect massif des riffs font penser à Zakk Wylde, mais l’univers de VERMILION WHISKEY ne manque pas d’originalité. Bien au contraire, le quatuor peaufine son Southern Stoner Metal et l’évolution depuis « 10 South », son premier album sorti il y a dix ans, est manifeste. Les Américains s’imposent avec puissance sans pour autant manquer de finesse et de créativité.
Là où VERMILION WHISKEY brouille un peu les pistes, c’est qu’il parvient habillement à injecter quelques touches d’Alternative Metal dans son solide registre, ce qui lui apporte un côté accessible et très fédérateur. Pour le reste, le combo se montre frontal grâce à des morceaux très bien structurés (« Down To You », « The Get Down », « Dissonance », « Atrophy »). Une belle et forte performance.
Le Rock très Blues et Americana de la formation du Wisconsin tire ses influences de la musique roots américaine. BOURBON HOUSE est parvenu à se forger un style et une sonorité très distinctive, grâce notamment à sa chanteuse, mais aussi et surtout à des morceaux d’une grande fraîcheur et d’une spontanéité de chaque instant sur ce très bon « The Fourth Album ».
BOURBON HOUSE
« The Fourth Album »
(Independant)
Comme annoncé il y a moins de deux mois dans l’interview à lire-ci-dessous, BOURBON HOUSE livre « The Fourth Album ». Judicieusement intitulé, il s’agit donc de la quatrième réalisation du groupe, qui avait déjà commencé à diffuser plusieurs singles depuis un bon moment. Très peu adepte des morceaux distillés au compte goutte et briseur, selon moi, de l’unité d’un l’album, c’est donc un plaisir de découvrir les onze morceaux réunis, d’autant qu’ils bénéficient d’une très bonne production.
Faisant suite à « Resonate », « Out For Blood », « High Road Gypsy », « Blue Magic » et « 20 To Life », on découvre les quatre titres inédits et deux versions acoustiques très réussies. Electrique ou unplugged, BOURBON HOUSE fait mouche à chaque fois et il faut reconnaître que son Rock’n’Roll brut et épuré mâtiné de Blues et d’Americana offre de multiples possibilités dans lesquelles les Américains s’engouffrent avec brio.
Mené par la voix chaude et puissante de Lacey Crowe et les riffs endiablés du songwriter Jason Clark, BOURBON HOUSE franchit véritablement un palier avec « The Fourth Album », tant en ce qui concerne les compostions que l’attention apportée au son (« Love Is A Killer », « Villain », « Hotel Bar Blues », « Wild Days »). En toute logique, la prochaine étape devrait passer par un label, même si pour l’heure, ils ne semblent pas très emballés…
Depuis ses débuts, DIRTY DEEP interprète ce type de Blues Rock qui vient coller à la peau de façon presqu’irréversible. Attachant, irrévérencieux et d’une liberté sans entrave, son jeu est aussi âpre qu’il est soigneusement mélodique pour finalement devenir irrésistible. Avec « Trompe L’œil », les trois musiciens vont à l’essentiel, sans far et avec une fluidité de chaque instant.
DIRTY DEEP
« Trompe L’Œil »
(Junk Food Records)
Après l’excellent « Foreshots », dernière réalisation unplugged du groupe sortie il y a trois ans, DIRTY DEEP remet les doigts dans la prise avec ce « Trompe L’Œil » de haute volée. Les 13 morceaux de ce nouvel album renouent avec le Heavy Blues explosif du trio. La chaleur du son du Delta heurte de plein fouet un Rock musclé et très Garage, qui repousse encore un peu plus le style si distinctif des Strasbourgeois entre harmonica et grosse guitare.
Toujours aussi roots et rugueux, DIRTY DEEP reste toujours aussi accrocheur et enivrant, et balance des refrains entêtants et souvent grisants. Authentiques et sincères dans leur démarche, les Alsaciens ont cette fois confié la production de leur sixième albums à François ‘Shanka’ Maigret, qui a posé ces nouvelles compos dans un bel écrin. Et le style du combo, quant à lui, reste intact et fidèle à son identité première entre fougue et moments paisibles.
Très Rock, légèrement Southern, et presque Stoner sur « Broken Bones » et « Juke Point Preaching » qui ouvrent l’album ainsi que sur le surpuissant « What Really Matters », DIRTY DEEP joue aussi sur les émotions avec des titres beaucoup plus Blues et enveloppants comme « Donama », « Your Name », « Hold On Me », le bel interlude « Impbreak III » et le touchant « Medicine Man ». Une fois encore, la partition est parfaite en légèreté et fracas.
Qualifier la musique de BOURBON HOUSE uniquement de Blues Rock serait bien trop réducteur. Sur un groove irrésistible, le quatuor du Wisconsin alimente son style de touches d’Americana et de Classic Rock, porté par la voix chaude et puissante de Lacey Crowe. A quelques semaines de la sortie du troisième album du groupe, la chanteuse fait les présentations et nous en dit un peu plus sur la démarche de BOURBON HOUSE qui, je l’espère, ne tardera pas à séduire le public français. Entretien.
Photo : Jocelyne Berumen
– J’avoue vous avoir découvert récemment et un peu par hasard. En poussant un peu des recherches, je me suis aperçu que depuis 2017, vous aviez déjà sorti un EP, deux albums et plusieurs singles ces derniers mois. Est-ce que le fait que BOURBON HOUSE soit si prolifique tient d’une certaine urgence à composer et à jouer ?
Oui, parce qu’on a toujours envie de travailler sur quelque chose de nouveau. Je pense qu’en musique, il est difficile d’attendre, car il y a tellement de choses à faire entre l’écriture et l’enregistrement, ainsi qu’avec les tournées, les tournages de clips, etc… Créer de nouvelles choses est toujours quelque chose de très excitant.
– Votre premier EP éponyme était déjà annonciateur de votre Blues Rock si particulier. On a le sentiment que vous saviez dès le départ qu’elle était la voie à suivre. C’est le cas ?
Quand Jason (Clark, guitare – NDR) et moi avons commencé à écrire des chansons ensemble, il était plus qu’évident que nous étions sur la même longueur d’onde. Je pense que notre signature sonore a à voir avec notre combinaison en tant qu’auteurs-compositeurs. Ça tient aussi du fait que nous complétons très bien nos créations respectives. Je ne pense pas que je pourrais écrire ce genre de musique avec quelqu’un d’autre.
Photo Jocelyne Berumen
– D’ailleurs, BOURBON HOUSE a conservé le même line-up, je crois. Cette unité entre vous se ressent aussi à travers vos morceaux qui sont très spontanés et qui sonnent aussi très live sur disque. C’est important pour vous de garder cet aspect très direct ?
En fait, il y a eu quelques fluctuations en ce qui concerne notre section rythmique. Mais Jason et moi avons toujours été les auteurs-compositeurs, c’est pourquoi ça sonne toujours comme du BOURBON HOUSE. Le son ‘live’ auquel tu fais référence est un peu intentionnel même s’il est également assez inconscient. Nous avons beaucoup grandi en ce qui concerne l’enregistrement depuis notre premier EP, donc nos productions sont bien meilleures. Mais, nous apprécions toujours autant l’authenticité. Nous ne surproduisons pas, nous n’éditons pas, nous ne quantifions pas, nous ne corrigeons pas la hauteur, etc… Donc si un morceau nécessite cent prises pour être bon, c’est ce qu’il faut faire. Il est important pour nous que l’humain ne soit pas supprimé de la chanson pendant la production. Les petites imperfections sont belles aussi.
– Vu d’Europe, la musique du groupe faite de Blues, de Rock, d’Americana et de quelques sonorités Southern apparaît comme très roots. Est-ce que vous vous sentez un peu dépositaires et surtout héritiers d’un style typiquement américain ?
Je pense que tout est lié. Nous n’aimons pas nécessairement nous enfermer dans un style et nous utilisons des éléments de différents types de musique, mais au cœur des chansons de BOURBON HOUSE se trouvent les sons roots du Blues, de l’Americana et du Rock’n’Roll qui, je pense, influencent tant d’autres genres de toutes les régions du monde aussi.
Photo : Che Correa Photography
– Ce qui ressort aussi de votre discographie, c’est que vos compositions et votre jeu s’affinent au fil de vos réalisations, même si « Into The Red » est beaucoup plus Rock que les autres. On a presque l’impression que chaque album est une nouvelle page blanche. C’est aussi comme ça que vous le percevez et l’appréhendez ?
Oui, absolument. Nous n’avons aucun intérêt à créer des variations d’une même chanson. Et même si nous avons une signature sonore à défendre et que nous écrirons toujours ces chansons Blues Rock solides et efficaces pour nos fans, nous avons toujours le désir de composer en allant encore plus loin et approfondir chaque morceau.
– Depuis juillet dernier, vous avez sorti quatre singles (« Resonate », « Out For Blood », « High Road Gypsy » et « Blue Magic »). Pourquoi ce choix et est-ce que ces chansons se retrouveront sur un album à venir prochainement ?
Oui ! En fait, nous en sommes maintenant à cinq singles depuis un an, si on inclue le dernier, « 20 to Life ». Il est tout simplement plus facile de commercialiser un album, lorsque tu as déjà sorti cinq singles. En fait, on travaille dessus depuis la sortie de « Resonate ». Notre quatrième album sortira au printemps et comprendra les cinq singles, deux versions acoustiques et quatre titres inédits.
– J’aimerais aussi que l’on parle de ta voix, Lacey, qui est aussi puissante que délicate. Est-ce que tu écris tes textes, car on te sent réellement habitée et très investie dans leur interprétation ?
Merci ! J’écris les paroles, oui. Non seulement parce que cela m’aide à transmettre le message à un niveau personnel, mais il est également important pour moi sur le plan sonore que les mots sonnent bien de la façon dont je les chante.
– D’ailleurs, la complicité qu’il y a entre ta voix et les riffs de Jason est très souvent explosives. De quelle manière travaillez-vous ce bel équilibre entre la voix et la guitare ?
En fait, si tu écoutes bien les riffs, il n’y a aucune raison pour que je les couvre avec ma voix. Pourquoi le ferai-je d’ailleurs ? C’est aussi une question de respect mutuel. Aucun de nous n’a un énorme ego et on croit toujours que tout ce qui est bon pour la chanson est ce qui doit être fait. Les voix et les guitares doivent se compléter et ne pas se concurrencer ou s’opposer.
– Enfin, il y a une chose qui me laisse un peu perplexe. Comment un groupe comme BOURBON HOUSE n’a-t-il pas encore signé sur un label ? C’est un désir d’indépendance et de pleine liberté ? Ou un manque d’opportunité ?
Je suppose que c’est un peu des deux. Nous avons eu des offres et avons même été signés brièvement. Nous voulons garder le contrôle et nous ne savons pas vraiment ce qu’un label pourrait faire de plus pour nous. L’industrie de la musique est si différente maintenant que les labels ne sont plus nécessaires pour réussir. En bref, nous ne cherchons pas à être signés. Mais si un gros label nous proposait la bonne offre, nous l’étudierions bien sûr.
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