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Heavy Stoner Rock Sludge Southern Stoner

Corrosion Of Conformity : Southern spirit

Percutant, rugueux et fédérateur, ce onzième effort d’un CORROSION OF CONFORMITY encore remanié conserve l’essence-même de l’identité musicale de la formation de Caroline du Nord. Avec une énergie continue, le quatuor déclenche des tempêtes Sludge avant de se montrer électrisant sur des ballades mid-tempos, des titres clairement Hard Rock ou frontalement Heavy Rock. Son Stoner Rock oscille à l’envie, sans jamais se perdre et c’est là toute la magie à l’œuvre depuis plus de quatre décennies. Souple, rebelle et plus enjoué et déterminé que jamais, le combo déroule son jeu sur plus d’une heure.

CORROSION OF CONFORMITY

« Good God/Baad Man »

(Nuclear Blast Records)

Ces dernières années ont été assez chaotiques pour CORROSION OF CONFORMITY. Après le décès tragique de son batteur Reed Mullin en 2020, puis le départ quatre ans plus tard de son bassiste et cofondateur Mike Dean, plus d’un aurait jeté l’éponge. Mais c’est sans compter sur la ténacité et la force de cette institution bâtie il y a déjà 44 ans et qui semble plus que jamais inébranlable. Derrière son chanteur et guitariste Pepper Keenan et le six-cordiste soliste Woody Weatherman, la nouvelle rythmique ronronne grâce à Stanton Moore derrière les fûts et au nouveau venu, le chevronné Bobby Landgraf, tous deux irréprochables et parfaitement connectés.

Les huit années qui séparent « No Cross No Crown » de ce nouvel opus peuvent laisser planer une incertitude légitime, mais « Good God/Baad Man » la dissipe aussitôt. On retrouve en effet CORROSION OF CONFORMITY dans toute sa splendeur, guidé par la voix inimitable de son frontman, bardé de riffs tranchants et épais et sur un groove massif de son nouveau duo basse/batterie, qui assure un tempo solide d’une grande complicité. Présenté comme un double-album, il y a bien deux parties regroupant les 14 titres, mais il s’agit plus d’une continuité que d’un véritable contraste. On reste naviguer dans l’univers des quatre musiciens.

La production très organique de Warren Riker (Down, Cynic) offre une impression très live à l’ensemble et l’on entend d’ailleurs quelques échanges entre les morceaux. Si l’entame du disque est très brute et axée sur un Heavy Stoner Rock puissant et parfois Metal et Sludge, la suite libère le côté Southern de CORROSION OF CONFORMITY grâce à des envolées Hard Rock, de légers accents Country-Rock, bluesy et même funky. « Good God/Baad Man » est probablement l’œuvre la plus aboutie du groupe, celle qui englobe le plus de composantes. Et il a beau se conclure sur le son d’un encéphalogramme plat, les Américains sont plus vivants que jamais ! Un must !

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Metal Progressif

Green Carnation : une sombre splendeur

Qualifier GREEN CARNATION de formation titanesque du Metal Progressif est tout sauf exagéré. Avec une exigence de chaque instant et un sens du détail aussi pointilleux, il empreinte autant au Prog des années 70 qu’au Metal de ce nouveau millénaire et la fusion est réellement inédite au regard de la scène actuelle. S’inspirant du personnage d’Ophélie du « Hamlet » de Shakespeare, le côté dramatique prend ici encore tout son sens et fait de cette deuxième partie un moment suspendu, autant qu’une aventure aux multiples rebondissements. « Sanguis » laisse présager un acte final irrésistible.

GREEN CARNATION

« A Dark Poem, Part II : Sanguis »

(Season Of Mist)

Quelques mois seulement après le premier volet de sa trilogie « A Dark Poem », les Norvégiens livrent déjà la suite et elle se montre tout aussi inspirée et captivante que sur la très belle entame, «The Shores Of Melancholia ». Avec « Sanguis », GREEN CARNATION développe son concept et aborde une facette plus sombre et plus personnelle que sur le précédent. Entre tradition progressive et fulgurances Metal, on se laisse souvent porter par des mélodies aussi subtiles qu’accrocheuses. Cette force tranquille se traduit dans une maîtrise totale et une technique qui ne s’imposent pas au détriment des compositions, mais forment au contraire un ensemble compact.

Peut-être plus profond et plus introspectif que le premier, ce deuxième volume met en avant un esprit de groupe et une implication de chacun à œuvrer dans un même but. Plus de 30 ans après sa création, le sextet n’a pas tout dit, loin de là, et parvient à se renouveler sans mal tout en conservant brillamment les fondations de son style si reconnaissable. GREEN CARNATION se fait ici plus brut et organique dans la production, ce qui lui confère un aspect d’une intemporalité assez bluffante. Guidé par son chanteur Kjetil Nordhus, qui reconnaît s’être vraiment dévoilé sur certains morceaux, les Scandinaves fascinent toujours autant par un sens du narratif assez unique.

Bien sûr, chaque chapitre de « A Dark Poem » possède son histoire et ses teintes sonores, mais l’évolution musicale est pourtant manifeste, enrichie de nouvelles nuances et d’une approche des émotions chaque fois distincte. Aussi fragiles que massifs, les six morceaux de « Sanguis » paraissent suivre un même chemin et chacun se présente comme un obstacle ou une étape supplémentaire, qui nous mènerait jusqu’à son ultime partie qu’on imagine volontiers somptueuse. GREEN CARNATION élève encore un peu plus son jeu entre désespoir et envolées presque lyriques (« Sanguis », « I Am Time », « Fire In Ice », « Lunar Tale »). Magistral !

Photo : Lars Gunnar Liestøl

Retrouvez la chronique du premier volet volume de « A Dark Poem » :

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Cinematic Metal Metal Progressif Post-HardCore

No Terror In The Bang : sous tension

Sur la longueur, les Normands se sont déjà montrés redoutables à deux reprises (« Eclosion » et « Heal »), alors les voir surgir avec un premier EP peut étonner. Pourtant, avec autant d’assurance et une fluidité incroyable, « Existence » pourrait bien annoncer le début d’une nouvelle ère pour NO TERROR IN THE BANG, celle d’une identité indéfectible et affirmée. A travers un Metal résolument moderne, aux teintes progressives et post-HardCore, le quintet déploie un large panel d’émotions, souvent sombres et torturées, mais à l’esthétisme très raffiné.

NO TERROR IN THE BANG

« Existence »

(Klonosphere)

Depuis cinq ans, c’est un parcours sans faute pour les Rouennais. Depuis « Eclosion », leur premier opus, ils ne cessent de repousser leurs limites, tout en offrant une fusion entre l’impact Metal violent et la recherche d’une profondeur plus cinématique, qui vient libérer un peu de douceur sur leur planète musicale. Avec « Heal » (2024), NO TERROR IN THE BANG avait imposé sa touche sur la scène hexagonale, grâce à une technicité exacerbée au service de compositions structurées et saisissantes et d’une frontwoman, Sofia Bortoluzzi, dont le registre vocal se fait plus polymorphe que jamais. Et « Existence » vient sceller un style unique, personnel et original avec brio.

Après deux albums, la formation crée donc un peu la surprise avec un cinq titres, qui se fait vite trop court, avouons-le. Pour autant, NO TERROR IN THE BANG se montre peut-être encore plus précis qu’à l’habitude avec un souci d’efficacité et une immédiateté, qui témoignent d’une grande maturité artistique. Malgré sa durée, « Existence » est une sorte de quintessence de l’esprit du groupe, de son registre et même aussi de son univers. Fluctuants et chirurgicaux, les riffs tranchent dans le vif, portés par une rythmique massive et virevoltante, tandis que le chant est plus jamais impressionnant de maîtrise. Imprévisibles et puissants, les Français déroulent.

Parfaitement servi par une production qui libère beaucoup d’amplitude à ses nouveaux morceaux, NO TERROR IN THE BANG alterne et joue avec une force sonore démesurée et une mélancolie presque étouffante, sans laisser le moindre moment de répit. Loin de toute contemplation, il enfonce le clou sur des passages sonores vertigineux, tantôt éthérés, tantôt fracassants (« Moon », « Goat », « Human Race Kills »). Progressif et brutal, le combo ne choisit pas et avance sur une ligne musicale toujours contrastée, en rupture constanteet constituée de choix forts (« Heroine » et le génial « Chasm »). Une immersion d’une richesse frappante et d’une exigence permanente.

Photo : Aurélien Cardot

Retrouvez les deux interviews du groupe…

et la chronique de son premier album « Eclosion » :

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Blues Rock Contemporary Blues

Gabe Stillman : l’intensité des grands

Le talent n’attend pas le nombre des années et GABE STILLMAN en est la preuve vivante. Ayant reçu l’Award du meilleur guitariste à l’International Blues Challenge de Memphis en 2019, il poursuit sa progression de scène en scène et son deuxième effort atteste une fois encore de sa virtuosité et de son amour du Blues au sens large. Songwriter affûté, il livre sur « What Happens Next ? » une partition et une prestation remarquables. Un nom qui commence à s’inscrire en lettres capitales.

GABE STILLMAN

« What Happens Next ? »

(Gulf Coast Records)

Etape par étape, le jeune bluesman poursuit son ascension sans la moindre fausse note. Découvert avec l’EP « Flying High » en 2020, il avait confirmé l’année suivante avec « Just Say The Word », un premier album d’une étonnante maturité sur lequel le guitariste et chanteur faisait preuve d’une classe et d’un feeling étourdissants. GABE STILLMAN poursuit donc son chemin avec « What Happens Next ? », un deuxième effort qu’il signe chez Gulf Coast Records avec une belle équipe de production, dont l’icône texane Anson Funderburgh et son expérience, toujours fidèles au poste.

Quoi qu’il en soit, « What Happens Next ? » brille surtout par la qualité des compositions du musicien de Pennsylvanie, qui se montre encore autant en verve qu’inspiré. Entouré d’un groupe solide et des chœurs exceptionnels d’Alice Spencer, GABE STILLMAN montre une incroyable polyvalence, que ce soit au chant ou à la guitare. Aussi assuré dans un Blues Rock appuyé que dans la Soul de Gladys Knight And The Pips sur « I’ve Got To Use My Imagination », ou dans la Folk de John Hartford popularisée par Glen Campbell, « Gentle On My Mind », l’Américain régale de facilité.

Par la finesse de son jeu, parfaitement mise en valeur par des arrangements et un son très soignés, GABE STILLMAN passe ici de révélation à artiste confirmé, et c’est peu de le dire. A la fois raffiné et d’une folle énergie, il offre un deuxième opus concis et rassembleur, n’éludant aucun registre et dévoilant une habilité très créative à passer de l’un à l’autre (« Yesterday’s Donuts », « The Man I Supposed To Be », « Screamin’ », « Living Your Life » et le morceau-titre). Incandescent et doté d’un enthousiasme à toute épreuve, « What Happens Next ? »  est déjà un incontournable de l’année.

Photo : Chris Montgomery

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International Stoner Rock

Truckfighters : architects of fuzz [Interview]

Depuis le début des années 2000, les Suédois ont amorcé une opération revival du Stoner Rock à l’européenne et n’ont eu de cesse d’élever au rang d’art cette pratique du Fuzz, qui reste toujours aussi énigmatique que savoureuse. A la base de cette belle aventure, on retrouve Ozo (Oskar Cedermalm) à la basse et au chant et Dango (Niklas Källgren) à la guitare, qui ont constitué au fil du temps une belle collection de batteurs pour les accompagner. Une longue décennie de silence discographique après leur dernier album en date, « V », TRUCKFIGHTERS sort enfin « Masterflow ». Sans surprise et avec bonheur, la fraîcheur, la spontanéité et une certaine inconscience sont toujours au rendez-vous sur ce nouvel opus d’une grande richesse musicale et d’un impact fort. Entretien avec deux musiciens libres, adulés par leurs pairs, et dont la légèreté apparente est le fruit d’un réel plaisir de jouer.

– Tout d’abord, quel plaisir de vous retrouver avec un nouvel album ! Dix ans après « V », c’est très long. Pourquoi ce break, même si vous étiez remontés sur scène en 2019 pour une longue tournée ?

Ozo : Oui, on a fait une pause en 2018. Mais après seulement cinq ou six mois sans toucher à un instrument, l’envie de jouer a commencé à revenir ! (Sourires) Je pense que si ça a pris encore des années, c’est en partie à cause du Covid, mais j’étais aussi dans une relation très difficile, du moins pendant les cinq dernières années. Quand on a le cafard, on n’a pas envie de faire de la musique. Je joue de la musique surtout, voire uniquement, parce que j’aime ça…. (Sourires)

Dango : En résumé, on avait perdu le plaisir des tournées et on commençait à se lasser les uns des autres, je crois ! (Rires) On avait donné entre 80 et 110 concerts par an pendant 10 ans d’affilée, alors c’était le bon moment pour faire une vraie pause. J’avais toujours envie de composer, alors j’ai écrit et enregistré un album moi-même sous le nom d’Enigma Experience. Les dernières retouches et la recherche d’un chanteur ont pris un peu de temps, du coup, dès la sortie de l’album, on était déjà de retour sur scène avec les TRUCKFIGHTERS ! (Rires) Mais bon, le Covid nous a aussi forcés à faire une pause. Finalement, c’était peut-être une bonne chose, parce qu’après ça, on a retrouvé le plaisir de jouer sur scène. On donne aussi environ deux fois moins de concerts par an qu’avant. Une autre raison pour expliquer le long intervalle entre les albums, ce sont les enfants. Les petits prennent du temps et de l’énergie… (Sourires) Entre « V » et « Masterflow », Ozo a eu trois enfants et moi deux. La vie, c’est bien plus que la musique.

– Comme vous avez votre propre label, Fuzzorama Records, j’imagine que cette décennie a été consacrée à produire d’autres groupes. Qu’est-ce qui vous intéresse le plus dans cette activité ? C’est la découverte de jeunes talents ou accompagner d’autres plus reconnus ?

Ozo : Dès le départ, il s’agissait surtout d’apprendre le côté commercial de la musique, ce que je trouvais intéressant. Mais avec le temps, je me dis que jouer de la musique est plus amusant aujourd’hui. D’un autre côté, je n’ai plus besoin de travailler 16 heures par jour pour le label, comme je le faisais parfois au début.

Dango : On pensait qu’il était important de diffuser de la bonne musique, de rendre le monde un peu meilleur en sauvant les gens de la daube commerciale ! (Rires) C’est difficile d’expliquer ce qui nous pousse à faire certaines choses. TRUCKFIGHTERS en avaient marre de faire des démos, alors on a créé un label ! Et j’aime aussi découvrir de nouveau groupes qu’on apprécie vraiment. C’est ce que je préfère dans le fait de sortir de la musique que j’aime sincèrement. La plupart des albums sortis sur Fuzzorama sont excellents ! (Sourires)

– J’en termine avec Fuzzorama Records. Est-ce que cela vous a permis de constater une certaine évolution du style ? Certains courants qui se développent plus que d’autres ? Et surtout, est-ce que cela a pu avoir une influence, même inconsciente, sur la tonalité que vous souhaitiez donner à « Masterflow » ? Certains écueils à éviter et peut-être une production à faire évoluer peut-être aussi ?

Ozo : Non, ça peut paraître un peu bizarre, mais on ne se soucie pas vraiment de ce que font les autres groupes, surtout pas pendant les sessions d’enregistrement. On se concentre plutôt sur la création de morceaux qui nous tiennent à cœur, sans trop se préoccuper de l’avis des autres ou des tendances. Et puis, TRUCKFIGHTERS a toujours été TRUCKFIGHTERS : notre son est unique, on évolue et nos albums ne ressemblent pas aux précédents. Ce n’est pas pour suivre la mode, c’est juste la vie qui passe, on vieillit, on change, on a envie d’explorer de nouvelles chansons plutôt que de réécrire les anciennes.

– Restons un moment sur l’entité TRUCKFIGHTERS. Comment expliquez-vous, et le comprenez d’ailleurs vous, que le groupe soit passé au rang de légende du Desert/Stoner en l’espace d’une bonne vingtaine d’années ? C’est assez incroyable compte tenu de la présence antérieure de beaucoup d’autres…

Ozo : Eh bien, c’est difficile à imaginer. Honnêtement, je pense que le secret de notre succès réside dans un travail acharné, la fidélité à nos convictions et le plaisir de jouer. C’est un immense honneur quand les gens nous disent que c’est grâce à nous qu’ils ont commencé la musique. C’est à la fois incroyable et irréel.

Dango : Certaines choses semblent se produire naturellement. « Desert Cruiser » a été notre première composition. J’ai composé le riff principal, une interprétation personnelle du Stoner Rock de l’époque. Le batteur d’origine m’avait prêté tout le catalogue de Kyuss, et on a monté un groupe de Stoner Rock ! (Sourires) C’est fou de repenser à l’impact de ce morceau, qui reste notre plus populaire, et je suppose qu’il le restera toujours, quoi qu’on fasse. Comme tu le dis, une des raisons de notre légende, c’est que le genre était quasiment mort à nos débuts. On fait partie des groupes qui ont contribué à le faire renaître. Au début des années 2000, presque personne ne jouait, ni n’écoutait ce genre de musique. Kyuss s’était séparé, QOTSA avait pris un tournant plus commercial et Fu Manchu n’avait pas tourné en Europe pendant cinq ans. Les quelques autres groupes underground actifs sur la scène ont également disparu, comme Lowrider et Dozer, mais nous, on a continué à faire évoluer le Fuzz.

– Si je m’avançais un peu, je dirai que TRUCKFIGHTERS est peut-être le groupe qui rassemble le mieux toutes les composantes et les sous-courants du style. Et puis, il y a aussi cet humour qui vous caractérise, à travers lequel vous affichez beaucoup de légèreté, là où votre style brille souvent sous par sa complexité. Serait-ce une explication à ce côté rassembleur ?

Ozo : Bon, l’humour est peut-être important. Mais je pense que beaucoup de groupes perdent vite de vue la raison pour laquelle ils ont commencé à jouer : s’amuser. Le succès ou la popularité ne sont pas l’essentiel. L’essentiel, c’est de rester fidèle à soi-même et de jouer pour le plaisir. Si on perd ça et qu’on joue pour l’argent ou le succès, alors autant faire n’importe quel boulot.

– Toujours sur la côté très positif, « Masterflow », outre son titre évocateur, affiche une pochette aussi pleine de bonne humeur. Etait-ce également une façon de désamorcer une certaine pression due à ce retour très attendu ?

Ozo : (Rires) Non… C’était difficile de trouver la bonne pochette. On a eu plein d’idées, dont une ou deux qui me semblaient plutôt intéressantes, mais Dango les a refusées. Du coup, cette canette avec un ingrédient magique « Masterflow », ou je ne sais quoi, était une idée plus amusante et peut-être moins sérieuse, mais j’aimais bien le rendu, et Dango aussi, évidemment. On a peaufiné le design encore et encore. Le fait que Dango et moi soyons sur et autour de la canette a été ajouté à la dernière minute, presque quand le graphiste a abandonné l’idée ! (Rires) Mais c’est sympa, ça montre qu’on est toujours dans le coup, parce qu’on trouve ça toujours aussi fun.

– Sur cette même pochette, vous indiquez « Balance Between Discipline And Freedom », une phrase que l’on retrouve aussi prononcée sur le morceau-titre. Est-ce là la vraie définition de « Masterflow », selon vous ? Un savoir-faire complété par un lâcher-prise ?

Dango : Je pense que oui. Enfin, si on reste trop disciplinés, je suis sûr que cela entraînera une certaine perte de créativité. Mais si on ne fait que s’amuser, se sentir libre et faire ce qu’on veut quand on veut, il y a un grand risque de ne rien accomplir, ou du moins de ne rien terminer.

– Comme les précédents albums, TRUCKFIGHTERS ne s’interdit rien, s’immisce dans le Desert, le Stoner, le Rock comme le Metal avec aussi des passages Doom et Psych. Est-ce que c’est cette appétit pour une grande liberté qui vous nourrit depuis vos débuts, et qui vous permet aujourd’hui de ne connaître aucune frontière artistique ?

Ozo : Difficile à dire. Nous ne nous sommes jamais sentis liés à aucune règle musicale. Nous n’avons jamais eu d’idée précise du résultat final avant même que les morceaux ne soient composés. Pendant un temps, lors de l’écriture de l’album « Universe » (2014 – NDR), nous nous sommes mis la pression pour qu’il soit encore meilleur que « Mania » (2009 – NDR). Résultat : pendant des mois, nous étions incapables de composer un seul riff satisfaisant, une expérience très frustrante. Mis à part cette période, je pense que nous avons toujours eu une grande liberté musicale et fait ce qui nous semblait juste à chaque étape de notre vie. Pour cet album, je me suis beaucoup inspiré de mon complice Dango, et j’ai recueilli ses avis et ses précieux conseils.

– Justement à propos du Fuzz dont vous êtes des maîtres en la matière, et avec un label qui s’appelle Fuzzorama, quel est votre définition, à savoir ses caractéristiques, et ce qui le rend si unique à vos yeux ?

Ozo : C’est un son caractéristique, principalement dû à la guitare et à la basse : une sorte de distorsion chaleureuse, agréable et très puissante ! Cela donne aussi un peu l’ambiance et le son de toute la production audio. C’est à l’opposé du son Metal mainstream, où le son des guitares est souvent tellement agressif qu’il en devient insupportable ! (Rires)

– On parle actuellement beaucoup de l’arrivée de l’IA dans la musique. J’ai l’impression que s’il y a un style qui en sera préservé, c’est bien le Desert/Stoner. Ça va être compliquer de reproduire ce son si organique et ce fuzz insaisissable. Est-ce aussi votre sentiment ? Et d’ailleurs, quel est votre regard là-dessus, qui peut apparaître comme une régression qui ne dit pas son nom ?

Ozo : On est bien trop vieux jeu pour même envisager d’utiliser l’IA, et ça gâcherait tout le plaisir de composer de la musique à partir de rien. Ça prend du temps, il faut laisser libre cours à sa créativité et se plonger complètement dans le processus. J’imagine qu’avec l’IA, le plus dur, c’est encore d’appuyer sur le bouton ‘Créer une chanson’ ! (Rires)

– Enfin, un dernier sourire pour conclure. Vu l’importance cruciale de l’écologie et son enjeu mondial, le nom TRUCKFIGHTERS était-il déjà quelque peu prophétique à l’époque, et l’est-il encore plus aujourd’hui ? Était-ce déjà une cause que vous défendiez lorsque vous avez créé le groupe ?

Dango : (Rires) Non, on trouvait juste le nom super cool. De toute façon, impossible de dire ce que ça signifie vraiment. Est-ce qu’on on se bat contre ou pour les camions, pas vrai ? (Rires) Ce que je veux dire, c’est que ‘Fire Fighter’ est évidemment quelqu’un qui lutte contre le feu, alors que ‘Freedom Fighters’, signifie quelqu’un qui se bat pour la liberté. On dirait que la langue anglaise n’arrive pas à se décider et à être très claire là-desssus, alors qui sait ! (Sourires)

Le nouvel, et tant attendu, album de TRUCKFIGHTERS, « Masterflow », est disponible chez Fuzzorama Records/Cargo.

Photos : Andreas Hylthen (1, 2, 4, 6)

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Heavy metal

Kerrigan : driven by passion

Si renouveler une certaine tradition est peine perdue, l’entretenir n’est pas pour autant chose facile. Et pourtant, avec son deuxième opus, la formation teutonne s’affirme avec autorité dans un Heavy Metal estampillé 80’s, entre mélodies appuyées et rythmes effrénés. Si KERRIGAN préfère la finesse du jeu au côté massif des blafardes productions actuelles, c’est que son line-up est largement à la hauteur de l’enjeu et que, surtout, la volonté s’entend à chaque accord et sur chaque échange qu’il soit rythmique, ou le fruit du beau travail de ses deux guitaristes. Avec « Wayfarer », le combo fait durer le plaisir en empruntant sans la moindre hésitation le chemin de ses aînés.

KERRIGAN

« Wayfarer »

(High Roller Records)

Formé en 2019 du côté de Fribourg, KERRIGAN avait fait une bonne entrée en matière il y a trois ans avec son premier opus, « Bloodmoon ». Fidèle à un label qui entretient avec talent l’esprit d’un metal underground et vintage plus vivant que jamais, il confirme avec « Wayfarer » ses belles prédispositions. Les fans des années 80 n’auront aucun mal à déceler chez le quatuor une envie d’authenticité à travers un Heavy Metal sincère et convaincant. Rien de cliquant ici, mais un désir d’exprimer un attachement à un style aussi épique que mélodique.

Profondément marqué par la NWOBHM, on n’est donc pas surpris par la qualité des twin-guitars, ni par les rythmiques galopantes. Les deux six-cordistes enchaînent les riffs racés sur des titres entraînants et accrocheurs. Et KERRIGAN peut aussi se reposer sur un chanteur qui, s’il ne prend pas vraiment de risque, livre une très bonne prestation. Dans un registre qui ne s’aventure pas trop dans les aigus, son timbre médium rappelle parfois dans les intonations les premiers pas d’un certain Tom Kiefer sur les premiers Cinderella. Et les deux univers se complètent à merveille.

Bien servi par une production soignée et bien équilibrée, chacun trouve sa place entre rugissements guitaristiques, un duo basse/batterie intenable et un frontman investi. Avec beaucoup d’énergie, les Allemands donnent le ton dès « Torchbearer », qui ouvre l’album. Classique dans la forme, KERRIGAN a gagné en maturité et « Wayfarer » montre d’ailleurs un vrai souci du détail. En jouant plus sur la vélocité de son jeu que sur la puissance pure, il se montre aussi plus accessible et rassembleur et ces nouveaux morceaux devraient faire mouche en live (« Asylum », « The Ice Witch », « Fighters », « Red Light Tower » et le morceau-titre).  

Photo : Samira Aline

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Metal Progressif

Only Human : a clear vision

Avec déjà une idée très précise de ses intentions et du style qu’il entend aborder, ONLY HUMAN surgit avec un premier opus très mature. Particulièrement bien produit par ses soins, « Planned Obsolescence » mélange rage et mélodie avec un sens aigu du détail. En posant un regard lucide sur notre monde, les Danois s’engouffrent avec beaucoup de fluidité dans un Metal Progressif polymorphe, très maîtrisé et plein de fougue. Avec un propos clair et affirmé, ils se démarquent de cette scène souvent rêveuse pour aborder frontalement un état des lieux, qui pose déjà beaucoup de questions.

ONLY HUMAN

« Planned Obsolescence »

(Season Of Mist)

Fraîchement signé sur le label marseillais Season Of Mist, ONLY HUMAN révèle déjà de belles surprises sur son premier effort. Fondé à Copenhague autour de musiciens techniquement imparables, le groupe affiche déjà l’ambition de présenter un nouveau courant au sein du Metal Progressif. C’est vrai que le style s’y prête et sa multitude des possibilités ouvre bien des voies. « Planned Obsolescence » a pour objectif de donner une vision existentielle de notre société, laquelle est de plus en plus guidée par les algorithmes au détriment de l’humain.

Partant donc de ce constat aussi évident qu’alarmant, ONLY HUMAN n’a pas pour autant bâti son album dans une atmosphère pessimiste ou résignée. Non, les Scandinaves entendent faire passer un message basé sur l’éveil des consciences, transmis par un Metal aux multiples facettes. Globalement progressif, « Planned Obsolescence » flirte aussi avec des sonorités alternatives, Djent et quelques touches électroniques. Très actuel et un brin futuriste aussi, le registre affiché colle à son époque avec tout ce qu’elle possède également de moins réjouissant.

Loin de livrer une partition synthétique ou trop sophistiquée comme son concept pourrait le laisser entendre, ONLY HUMAN reste dans une sphère plutôt organique, et quand on sait qu’il a entièrement réalisé « Planned Obsolescence », on ne peut que reconnaître le très beau contre-pied effectué ici. Malgré des morceaux très structurés, le quintet n’use pas de trop de technicité et se déploie sur un groove solide et captivant (« Drift », « Steep Descent », « Techno Facist », « Breach »). Entre gros coups de blasts et arrangement délicats, les élans créatifs rayonnent. 

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Blues Rock International

Dana Fuchs : so alive [Interview]

Capté sur le vif lors d’une tournée en octobre 2025, « Live In Denmark » est la parfaite expression de l’énergie, de la puissance vocale, mais aussi de toute la délicatesse et la profondeur de DANA FUCHS. Sur scène, entourée d’une formation classique (guitare, basse, batterie), la chanteuse américaine transcende les émotions sans filtre et avec sincérité pour emporter son public vers des sommets Blues Rock. Surtout basé sur son dernier album studio en date, « Borrowed Time », cette prestation de la Floridienne montre à quel point sa voix est unique avec cette tessiture brute, qui la rend si attachante et perçante aussi sur ses textes d’une intense vérité. Rencontre avec une musicienne, qui vit le Blues pour son public avec une passion débordante. 

– Ton dernier album, « Borrowed Time », date de 2022 et est malheureusement sorti en pleine pandémie. J’imagine donc que tu as commencé à tourner dès que tu en as eu la possibilité. Du coup, est-ce que tu as fait une pause dans la composition pour te consacrer tout de suite à la scène ?

Je ne m’accorde jamais de véritable pause dans l’écriture. Même en pleine tournée, les idées fusent. Des chansons surgissent entre les balances et le concert, parfois dans des chambres d’hôtel à deux heures du matin. Mais avec la réouverture progressive du monde, les concerts sont redevenus la priorité. Ce lien avec le public nous avait tous cruellement manqué et nous en avions autant besoin qu’eux. Alors oui, les concerts ont occupé le devant de la scène pendant un temps, mais l’écriture, elle, ne s’arrête jamais complètement. Je suis, de nature, une collectionneuse d’histoires et d’expériences… (Sourires)

– D’ailleurs, sur « Live In Denmark », ce dernier album studio est bien représenté avec six morceaux. Etait-ce une setlist logique, que tu as construite en fonction de ta tournée, plutôt qu’autour de tes chansons les plus emblématiques ?

C’était un peu des deux, en fait. Quand on joue ses nouveaux morceaux depuis un moment, que le groupe les maîtrise et qu’on se sent plus à l’aise pour prendre des risques, ces chansons prennent une dimension particulière sur scène. « Borrowed Time » est un album très personnel pour moi, et après l’avoir joué en tournée, les morceaux ont trouvé leur place dans le setlist. On ajoute d’ailleurs encore des titres de cet album pour la tournée de printemps en Allemagne et en Suisse ! Je pense toujours au déroulement de la soirée. De quoi le public a-t-il besoin ce soir ? Qu’est-ce qui va le faire vibrer ? C’est une question qui me préoccupe constamment pendant un concert, et heureusement, j’ai maintenant un groupe capable de jouer quasiment n’importe quel morceau que je choisis, ou même que le public demande ! (Sourires)

– Tu as expliqué que la décision d’enregistrer ce concert au Godset de Kolding en octobre dernier avait été prise un peu rapidement en accord avec ton management et ton label. A priori, tu avais donc un peu de pression et tu as pourtant livré une prestation incroyable. Dans quel état d’esprit est-on dans ce genre de situation en montant sur scène, sachant que tout est enregistré ?

Une fois sur scène, la musique prend le dessus. J’ai suffisamment d’expérience pour avoir confiance en mon processus créatif et rester pleinement présente. Je suis parfaitement consciente de l’enjeu d’un enregistrement live, mais la pression, pour moi, a plutôt tendance à aiguiser les choses qu’à les bloquer. Je fais confiance au groupe, à l’énergie de la salle, et je me laisse aller. C’est la seule façon pour moi de réussir ! (Sourires)

– Pourtant, lorsqu’on ne le sait pas à l’écoute de l’album, on ne s’en rend absolument pas compte, bien au contraire. Est-ce que, justement, ce n’est pas une bonne manière pour se surpasser ?

Oui, je le crois. Il y a quelque chose de magique dans la spontanéité, et quand on n’a pas de filet, un instinct primitif se réveille. Il faut arrêter de se poser des questions et se laisser guider par ses sensations. Et c’est là que surviennent les meilleurs moments, ceux qu’on ne peut jamais prévoir.

– On sait que tes concerts sont toujours des moments forts et intenses. Et en tant qu’artiste, tu es bien sûr dans ton élément sur scène, mais éprouves-tu le même plaisir à sortir un album studio et un live, qui est le témoin d’un court moment ?

J’ai constaté qu’un album studio se construit au fil du temps… même en seulement dix jours, comme celui qu’il nous a fallu pour enregistrer « Borrowed Time » ! (Sourires) « Live in Denmark » est un véritable témoignage, un document qui raconte ce qui s’est passé dans cette salle, ce soir-là. Impossible de revenir en arrière et de corriger ce qui n’a pas fonctionné. Tout est capturé, y compris les imperfections, les moments spontanés, ces instants où la musique prend une dimension inattendue. J’aime les deux, mais pour des raisons différentes… (Sourires)

– Pour rester sur les albums live, tu n’en es pas à ton coup d’essai, puisque tu en as déjà sorti trois, si l’on prend en compte « Broken Down – Acoustic Sessions » en 2008. « Live In Denmark » retranscrit parfaitement toute ta force, mais aussi ta vulnérabilité. Est-ce que, finalement, la scène ne reste-t-elle pas le seul endroit où l’on ne peut pas tricher ? Ou l’on doit être absolument authentique, car ‘retoucher’ les albums comme on pouvait le faire il y a quelques années a complètement disparu ?

La scène a toujours été pour moi le lieu de l’authenticité. On ne peut pas tricher devant un public. Il ressent tout, et il est essentiel pour moi d’être pleinement présente et de laisser les chansons prendre vie sur le moment, et pas seulement de les interpréter. Certes, la technologie a transformé les possibilités en studio, mais je n’ai jamais été attiré par cette forme de perfection. Je veux que les gens entendent un être humain partager une expérience humaine.

– Si tu avais une certaine pression cette soirée-là, le disque quant à lui est d’une grande proximité et ton jeu d’une belle vivacité. Est-ce que le choix de la salle a aussi joué ? As-tu choisi un endroit pas trop grand pour développer cette communion et cette intimité aussi avec le public, qui était d’ailleurs particulièrement attentif ?

Je ressens toujours une forme d’intimité avec n’importe quel public, quelle que soit sa taille. C’est une forme d’authenticité essentielle. On ne peut pas se cacher derrière une mise en scène ou un spectacle, il faut juste la musique et les gens devant soi. Godset (la salle de la ville où a été enregistré l’album – NDR) était parfait pour ça. Le public était là, pleinement présent, et cela m’a apporté tout ce dont j’avais besoin ! (Sourires)

– Avec cette setlist savamment choisie, tu donnes aussi l’impression de beaucoup de certitudes sur ton jeu, sur ta voix et bien sûr tes compositions. Est-ce que ce sont des émotions qui peuvent être difficile à retrouver en studio par la suite, car c’est un contexte forcément très différent ?

C’est l’une des tensions centrales du métier d’artiste en studio. Ce qui se passe en live, c’est-à-dire la spontanéité, l’improvisation, cette volonté d’explorer des territoires inconnus, est très difficile à reproduire en studio. En studio, on est conscient du temps qui passe et des choix que l’on fait. Sur scène, on peut oublier tout ça ! Bien sûr, j’essaie de recréer cette ambiance en studio autant que possible. J’enregistre en live avec le groupe dès que c’est faisable. Et capturer cette énergie, c’est ce qui distingue un album comme « Live in Denmark ».

– En fin d’album, tu reprends « Sympathy For The Devil » des Rolling Stones et il prend une tout autre résonance avec ta voix. Qu’est-ce que ce tube a de particulier pour toi, car on te sent littéralement habitée dans son interprétation ?

C’est une chanson d’une profondeur magistrale ! La façon dont elle parcourt l’histoire de l’humanité et met en lumière notre penchant pour les ténèbres me touche toujours autant. Elle refuse de mentir. Elle affronte la douleur et le mal de front et continue de chanter. Quand je chante cette chanson, je ne me contente pas d’interpréter un classique des Rolling Stones. Je me laisse guider par les paroles. Je crois que le public le ressent parce que cela émane d’une expérience authentique, et non d’une simple imitation.

– Enfin, tu seras de retour en Europe au printemps pour une autre série de concerts. Est-ce qu’entre-temps, tu t’es un peu penchée sur la composition d’un nouvel album ? Et peut-on savoir si tu as déjà planifier quelque chose dans ce sens ?

J’écris sans cesse, je rassemble constamment de la matière. Est-ce que ça deviendra mon prochain album, ou autre chose ? Je ne peux pas encore le dire. Ce que je sais, c’est que chaque tournée m’apprend quelque chose sur ce qui touche le public, sur ce que je n’ai pas encore exprimé, sur la direction que prend ma musique. En ce moment, je suis impatiente de retrouver les publics allemands et suisses. C’est ce qui m’occupe l’esprit aujourd’hui. La nouvelle musique sortira quand elle sera prête ! (Sourires)

« Live In Denmark » de DANA FUCHS est disponible chez Ruf records.

Photos : Bobby Harlow (1), John Loreaux (2) et Merri Cyr (3).

Retrouvez aussi la chronique de son dernier album studio, « Borrowed Time » :

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Doom Post-HardCore Post-Metal

Neurosis : une résurrection pleine de douleur

Pierre angulaire du post-Metal depuis la fin du siècle dernier, la formation d’Oakland a montré la voie à un grand nombre de groupes, qu’ils évoluent dans un registre similaire, post-HardCore, Sludge ou même d’obédience Punk. Toute sa carrière, NEUROSIS n’a eu de cesse d’expérimenter et de repousser les limites de son imaginaire. Après de (trop) longues années d’absence, « An Undying Lover For A Burning World » marque la fin d’une pause globalement subie et d’une régénération audacieuse et solide.

NEUROSIS

« An Undying Love For A Burning World »

(Neurot Recordings)

Surprise de taille il y a quelques jours avec l’inattendu retour de NEUROSIS suite à une décennie de silence. Trois ans après « Fires Within Fires » en 2016, le groupe s’était également séparé de son leader Scott Kelly en raison de l’attitude inadmissible et condamnable de son guitariste et vocaliste envers ses proches. C’est dorénavant l’ancien frontman et six-cordiste d’Isis, Sumac et quelques autres, Aaron Turner, qui a pris le relais et de quelle manière ! Le combo semble prendre un nouvel élan, même si son jeu reste d’une noirceur et d’une obscurité inchangées, sorte d’abîme de la douleur. Et on retrouve toujours cet aspect viscéral et cathartique dans sa musique.

Le propos des Californiens n’est donc pas plus positif que jadis et se développe autour du sens à donner à une existence naviguant dans un monde aussi déconnecté que le nôtre. Sous cet angle, le point de vue vient alimenter l’univers déjà torturé de NEUROSIS et « An Undying Love For A Burning World » se révèle être un instantané de notre époque. Mais ce qui est encore plus remarquable, c’est que les dix ans passés et le changement majeur de line-up ont apporté encore plus de puissance et de profondeur à ce post-Metal très Doom, captivant et quasi-obsédant, le propulsant bien au-dessus du lot de très nombreuses productions actuelles.

Musicalement, ce douzième album commence sur des cris de détresse avec « We Are Torn Wide open », ouvrant l’espace sonore au monde si original de NEUROSIS. Devenu au fil du temps une influence incontournable dans le monde du Metal au sens large, le quintet n’a rien perdu de cette créativité unique et de cette facilité à exprimer des sentiments entremêlés qu’il est à peu près le seul à maîtriser à ce point. Bien sûr, on retiendra les mastodontes « First Red Rays », « Blind » et « Setting And Scattered », et le travail effectué sur les textures sonores, les combinaisons de guitares et des parties vocales qui restent une marque de fabrique si personnelle. Une claque !

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Blues Rock Soul

Eliza Neals : l’émotion pure

Grâce encore à neuf titres solaires, ELIZA NEALS nous revient avec « Thunder In The House », un opus qui lui ressemble tellement et surtout qui l’a démarque aujourd’hui d’une scène Blues de plus en plus vaste. Sachant se faire très Rock, tout en laissant une empreinte Soul, notamment dans sa prestation vocale, l’Américaine se distingue de bien des manières, grâce aussi à des collaborations artistiques qui portent avec beaucoup d’élégance et de profondeur un songwriting personnel de plus en plus pertinent.

ELIZA NEALS

« Thunder In The House »

(E-H Records LLC)

Sur son disque précédent, « Colorcrimes », la chanteuse avait profité de sa tournée pour faire escale là où elle se produisait pour enregistrer, ce qu l’avait conduit à Nashville, dans le New-Jersey et bien sûr dans le Michigan. Née à Detroit, ELIZA NEALS est donc imprégnée de la culture Blues, Blues Rock et Soul de sa ville à laquelle ses origines arméniennes viennent s’ajouter pour former un mix original et assez unique. Sur « Thunder In The House », elle revient à Acacia Street, où elle a grandi en périphérique de la grande ville américaine.

Même si elle signe ici son treizième album, c’est surtout depuis « Black Crow Moan » (2020), puis « Badder To The Bone » (2022) et « Colorcrimes » (2024) qu’ELIZA NEALS s’est taillée une solide réputation de frontwoman, bien sûr, mais aussi de musicienne, compositrice et de productrice reconnue. Et son autre force réside dans un entourage de grande qualité, notamment son partenaire Michael Puwal, qui a œuvré avec Kenny Wayne Shepherd et Alberta James. Un duo de haut vol auquel viennent s’ajouter des musiciens aussi renommés que talentueux.

Toujours animée par ses thèmes de prédilection que sont la connexion entre chacun de nous, l’amour de l’humanité et de son prochain, ELIZA NEALS sait poser les mots sur ses compositions et et s’adapter avec brio à leurs thématiques. Entraînantes, plus enveloppantes et toujours très accrocheuses, les mélodies de ces nouveaux morceaux sont aussi réconfortants que résilients, avec pour seul guide une énergie très positive (« Speedy Beady », « Love Will », « Blues Bombspell », « Wicked Hear », « One Monkey »). Une fois encore, sa voix nous porte avec maestria.

Retrouvez l’interview accordée à l’occasion de la sortie de « Colorcrimes »…

et la chronique de son album « Badder To The Bone » :