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Death Metal Livre

Obituary : les pages dorées du Death Metal [Livre]

Pilier et figure incontournable du Death Metal, OBITUARY est l’origine de la création du mouvement avec quelques autres. A cette différence près que le combo des frères Tardy a duré dans le temps, essuyant tempêtes et changements de line-up avec force et caractère. Mais ce que l’on retient surtout des Américains, c’est un son et un identité musicale reconnaissables entre tous, ainsi qu’une discographie hors-norme. Avec « Turned Inside Out », on pénètre dans le quotidien de ces musiciens de l’extrême.

TURNED INSIDE OUT

David E. Gehlke

(Editions des Flammes Noires)

Initialement publié en 2022 en Amérique du Nord, les Editions des Flammes Noires offrent enfin à tous les fans de Death Metal le plaisir de plonger dans l’histoire, à la fois riche et chaotique, de l’un des plus grands acteurs du genre. Une légende parmi les légendes : OBITUARY. Avec la complicité des anciens comme des actuels membres du groupe, cette biographie retrace l’étonnante carrière des Floridiens sur pas moins de 40 ans d’activité. Entre anecdotes parfois déconcertantes et photos inédites, « Turned Inside Out » est d’une authenticité rare.

Préfacé par un autre monstre sacré, Max Cavalera, fondateur de Sepultura et Soufly, revient sur sa rencontre pour le moins débridée avec OBITUARY, alors qu’il venait terminer les voix de l’incontournable « Beneath The Remains » aux célèbres Morrisound Studios de Tampa. La naissance d’une amitié qui allait durer. D’ailleurs, le Brésilien ne tarit pas d’éloge sur ceux qu’il considère comme les précurseurs du Death Metal, élevés aujourd’hui au rang d’influence majeure et avec qui il partage une passion commune pour ses fans et le Metal.

Achevé au moment où OBITUARY travaillait sur son onzième album, « Dying Of Everything » (2023), même les fans les plus fervents en apprendront davantage sur le parcours unique de ceux qui sont aussi à l’origine de l’essor et de effervescence de la scène de Tampa et de ses mythiques studios, qui ont façonné le Metal extrême de toute une époque. De leur ascension à leur déboires avec leur label Roadrunner, en passant par une longue pause au début des années 2000, « Turned Inside Out » est riche en révélations et livre un éclairage pertinent.

Couverture cartonnée 16x23cm / 444 pages / 27€

Disponible sur le site de l’éditeur : www.edt-flammes-noires.com

Retrouvez aussi l’interview du fondateur des Editions Des Flammes Noires et quelques récentes chroniques sur les derniers livres parus :

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Blues R&B Soul / Funk

Marc Broussard : bluesy bayou soul

Du Shuffle Blues en ballade délicate, tout en négociant des virages funky et cuivrés façon big band, le frontman de Louisiane s’est laissé entraîner pour la première fois de sa carrière dans l’aventure d’une réalisation entièrement Blues, ce qui ne lui était encore jamais arrivé. Avec la complicité de Joe Bonamassa notamment et d’un groupe hors-norme, il laisse parler son talent avec beaucoup d’intensité et une précision vocale exceptionnelle. Un chapitre inédit s’ouvre à lui.

MARC BROUSSARD

« Chance Worth Taking »

(KTBA Records)

Ayant déjà sorti une bonne douzaine d’albums, c’est pourtant une première pour le chanteur Soul R&B. Réputé pour la puissance et la chaleur de sa voix, celui qui apporte sa magie au Gospel n’a pu résister à la proposition de Calvin Turner. Ce dernier lui a tout simplement envoyé 15 titres instrumentaux, en lui demandant d’y poser ses mots. Sauf que cette fois, c’est dans un environnement Blues que MARC BROUSSARD navigue et c’est une évolution somme toute très naturelle vu son parcours. Et il est en très bonne compagnie… forcément !

Signé sur le label de Joe Bonamassa, on le retrouve également à ses côtés à la guitare, bien sûr, mais aussi à la production avec Josh Smith et Calvin Turner. Comme souvent, le virtuose livre une prestation exceptionnelle, loin d’être démonstrative et préférant des solos envoûtants, des parties de slide captivantes et des mélodies tout en finesse pour laisser jaillir le talent de MARC BROUSSARD. Accompagné de pointures, il a co-écrit dix chansons de « Chance Worth Taking » avec ses producteurs et Trombone Shorty, une autre légende.

Si les singles déjà sortis ont dévoilé plusieurs aspects de ce nouvel opus (« You’ll Be Sorry », « I’m Going Home », « Trying To Do Right », « Fever », « No More »), le maître de la ‘Bayou Soul’ se montre aussi très à l’aise dans son nouveau rôle de bluesman, même si les styles se rejoignent instinctivement. Poignant, énergique et funky à l’occasion, MARC BROUSSARD brille littéralement sur ce « Chance Worth Taking » aux ambiances variées et attachantes (« Blame », « Let Me Take You Out Tonight », « Sweet Love », « Laissez Les Bons Temps Rouler »). Epoustouflant !

Photo : Jeff Fasano

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International Stoner Rock

Waste A Saint : natural fuzz [Interview]

Trois albums et presque autant de facettes pour WASTE A SAINT, qui continue de faire évoluer son Stoner Rock avec beaucoup d’imagination. Toujours aussi brut et organique dans la production, le quatuor se présente avec un nouvel opus très ouvert, fédérateur et d’une grande variété. Les Norvégiens accueillent aussi un nouveau batteur, qui vient apporter un groove particulier à l’ensemble, assez loin des conventions, ce qui offre une approche originale à « …And It’s Evergreen ». Alors que beaucoup de groupes sont très facilement identifiables dans leurs influences, WASTE A SAINT impose sa propre vision du genre et son style avec une liberté, qui reste le maître-mot de la formation scandinave. Rencontre avec quatre musiciens, dont une magnétique frontwoman, qui assument cette indépendance et des choix artistiques forts.

– « … And It’s Evergreen » est votre troisième album et il présente quelques changements au sein de WASTE A SAINT à commencer par un nouveau batteur, puisque l’ancien a quitté le groupe en pleine composition. Comment l’avez-vous vécu, car vous ne semblez pas avoir été si déstabilisés ?

Eh bien, il y a eu pas mal de changements au sein de la section batterie ces dernières années. On dirait que le poste de batteur est maudit chez nous… (Sourires) On finit par s’y faire, je suppose. On avait enregistré quelques morceaux pour le nouvel album et, aux alentours de Noël, notre cher batteur Øivind nous a annoncé qu’il souhaitait explorer d’autres horizons. Ole (Nogva, basse, synthés, chœurs – NDR), Bogey (Stefansdottir, chant – NDR)  et Alex (Skomakerstuen, guitare, chœurs – NDR) sont les membres fondateurs de WASTE A SAINT. Et on a toujours eu une structure assez horizontale où chaque membre contribue à façonner l’univers de WASTE A SAINT. Alors, quand Trym (Solan Renolen, batterie, chœurs – NDR) a rejoint le groupe, on a d’abord dû apprendre à le connaître et tâter le terrain. On le connaissait déjà un peu, car Tronheim n’est pas une si grande ville, mais on n’avait jamais joué avec lui. Le courant est passé tout de suite, musicalement et humainement. C’est un excellent batteur et un type super. Ensuite, il a fallu que son style et son flow s’intègrent aux nôtres, ce qui est essentiel pour notre son et notre processus créatif.

– D’ailleurs, vous avez aussi modifié vos habitudes jusqu’à changer d’environnement et même d’instruments. Est-ce que vous vivez ce nouvel album comme un nouveau départ ?

Bogey : Oui, je dirais même plus. Le batteur est un élément essentiel de notre son, et l’a toujours été. Son jeu, son influence sur les morceaux et la composition… Nous sommes un groupe où l’improvisation est importante et en tant que quatuor, chaque membre contribue énormément au résultat final. Parallèlement, nous avons dû changer de local de répétition au pied levé, nous avons utilisé un nouveau studio pour l’enregistrement et nous avons davantage intégré le synthétiseur à notre musique. L’intégration de tous ces éléments, ainsi que les idées et la vision de Trym pour les chansons et le groupe, ont été une véritable renaissance.

– C’est vrai qu’il se dégage de « … And It’s Evergreen » un sentiment de liberté et peut-être même d’un peu plus d’insouciance, comme l’indique aussi le titre de l’album. Aviez-vous besoin d’une nouvelle respiration pour trouver de nouvelles inspirations ?

Oui, c’était un peu le but. Les changements nous amènent à découvrir de nouvelles façons de travailler et de penser, et ces perspectives ont assurément influencé le groupe. L’album précédent était inspiré par notre soif insatiable de création, qui nous anime toujours. Mais cette fois-ci, nous avons dû intégrer tous ces changements de membres et de logistique dans notre flux de travail en un temps record. Le titre de l’album fait aussi référence à la pression liée à la diffusion de la musique, à son partage avec le public. On a toujours envie de changer des choses, de se remettre en question, de peaufiner son art jusqu’à l’épuisement. C’est très humain. Mais à un moment donné, il faut bien sortir son truc pour que les gens puissent le voir et l’entendre. Et après, impossible de revenir en arrière, impossible de changer quoi que ce soit. C’est publié, c’est là, dans le monde entier… et c’est intemporel.

– La première chose qui transparaît de l’écoute de ce troisième album, c’est toujours cette volonté de repousser les limites de votre Stoner Rock en explorant d’autres contrées musicales. Et cette fois, vous imposez une signature forte. Est-ce que c’est le travail sur le groove surtout qui vous a permis de trouver cet équilibre ?

Bogey : J’ai toujours eu l’impression qu’on flirtait avec le Stoner Rock depuis des années, sans jamais s’y consacrer pleinement. Sur cet album, je pense qu’on s’est davantage investis dans les morceaux Stoner Rock et qu’on a exploré plus en profondeur les autres. On n’avait pas trop réfléchi au groove, notamment à la batterie, mais je suppose que ça vient naturellement avec un nouveau batteur. Petite précision : Trym n’avait aucune expérience du Stoner Rock. C’est un musicien plutôt Indie/Punk, enfin, c’est comme ça que je le vois ! (Rires) Je pense que son approche novatrice du genre pousse l’expérimentation encore plus loin.

– L’album est aussi plus aéré, votre spectre sonore s’est élargi et ton chant, Bogey, est également plus libre et assuré. Est-ce à dire que vous étiez un peu à l’étroit dans un Stoner Rock trop classique ?

Bogey : En fait, notre ancien batteur, Vebjørn Svanberg Numme, à l’époque de l’album « Hypercarnivore », était aux manettes en studio, et on avait passé un super moment. Bien sûr, le temps d’enregistrement était limité, mais ça nous avait permis d’avoir une session très ouverte et exploratoire. Je pense qu’on a abordé celle-ci avec un état d’esprit différent de nos albums précédents. Cette fois-ci, on était plus détendus et on s’est concentrés sur le plaisir et l’expérience. Travailler avec un ancien membre comme producteur était aussi un avantage, du moins pour moi, car ça m’a offert une plus grande liberté pour expérimenter vocalement.

Alex : Ouais, je suis d’accord. ‘Expérimenter et voir ce que ça donne’ était peut-être le mot d’ordre de cette session. On a aussi reçu la visite du fabricant norvégien de pédales Bråk, qui nous a prêté plein de matériels géniaux et originaux. Un grand merci à Torje !

– WASTE A SAINT véhicule encore mieux la puissance du Stoner en laissant aussi beaucoup de place aux mélodies. D’ailleurs, comment procédez-vous lorsque vous composez ? Commencez-vous par une ligne de chant, ou par un riff comme c’est souvent le cas dans le registre ?

L’improvisation est notre principal moyen de création. Bien sûr, ça varie, mais souvent on commence par s’échauffer avec des riffs qu’Ole et Alex sortent de nulle part. Parfois c’est bon, parfois c’est nul ! (Sourires) A partir de là, on pose la base d’un morceau, puis Bogey et Trym y ajoutent leur touche magique et voilà, une chanson prend vie. Même maintenant que l’album est terminé, on continue à s’échauffer avec de nouveaux riffs en répétition et on peut dire qu’on a même déjà quelques morceaux en préparation.

– Votre son est également plus massif et plus ample que sur « Hypercarnivore » et « Ravenous », et vous accordez toujours beaucoup d’importance au narratif. Le côté Psych de l’album ouvre aussi de nouveaux horizons au groupe, et l’ensemble est encore très nordique dans l’atmosphère. Est-ce quelque chose que vous travaillez spécifiquement, ou cette touche scandinave est-elle inconsciente ?

(Rires) Le style nordique n’a jamais été notre priorité. Peut-être est-ce juste parce que nous le sommes tout simplement ? (Sourires) Pour cet album, Alex et Bogey se sont partagés une grande partie de l’écriture des paroles. Et il est clair que nous avons des approches très différentes. L’album présente donc une certaine dualité : le côté décalé d’Alex et le côté plus dramatique de Bogey.

– Pour conclure, j’aimerais qu’on dise un mot du morceau « Brother, I Am Starving », qui résume assez bien l’album, je trouve, et qui le conclue aussi d’ailleurs. Il évolue sur un groove langoureux avec un saxophone pour ensuite accélérer vers un rythme frénétique et puissant. Est-ce le genre de titre qu’on compose en toute fin, histoire de clore un chapitre ?

Oui, un grand bravo à David Brüggermann au saxophone ! Un gars super ! Je crois qu’on l’a fait inconsciemment pour chaque album. On n’a jamais l’intention d’écrire un morceau de clôture spécifique pour chaque disque, mais une fois la production et le mastering terminés, ça semblait être le choix évident pour conclure « ...And It’s Evergreen ».

Le nouvel album de WASTE A SAINT, « …And It’s Evergreen », est disponible chez All Good Clean Records.

Photos : Yvind Ha Enes (1, 4) et Silje Marie Svendsen (2, 3).

Et retrouvez aussi la chronique de « Ravenous », le précédent album :

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Glam Metal Glam Rock Punk Rock

Gypsy Pistoleros : happy darkness

Adeptes d’une mise en scène très Rock’n’Roll, les Anglais font déjà leur retour avec la fraîcheur qu’on leur connaît armés de ce « Dark Faerie Tales », une belle continuité et également le marqueur d’une nouvelle étape franchie. Audacieux et délicieusement libre dans ses compositions, GYPSY PISTOLEROS captive, car il surprend. C’est en mélangeant les ambiances et les styles qu’il a trouvé le sien et aujourd’hui, il le délivre avec tellement de naturel qu’il laisse une impression très familière. Et entre Glam et Punk, la fusion opère.

GYPSY PISTOLEROS

« Dark Faerie Tales »

(The New Church Records/Plastic Head Distribution)

Une touche de Glam Rock/Metal, un zeste de Punk dans l’attitude et une atmosphère à la fois pailletée et gothique, c’est la recette qu’appliquent les Anglais depuis cinq albums maintenant. Après avoir créé son propre label (on n’est jamais mieux servi que par soi-même), revoici les GYPSY PISTOLEROS en ordre de marche avec un nouvel opus, un an tout juste après le fougueux « Church Of The Pistoleros ». A croire que le groupe le préparait depuis un petit moment, car il est tout en maîtrise que ce soit au niveau des morceaux comme de la production. Et sans rien perdre de sa douce folie !

Toujours avec son complice de longue date aux manettes, Dave Draper (Michael Monroe, The Wildhearts, Therapy?) qui a également co-écrit « Dark Faerie Tales » avec le quatuor, celui-ci s’assure d’un son peaufiné qui conserve toute l’énergie de son style. Entre féerie champêtre et Rock costaud, GYPSY PISTOLEROS œuvre dans une sorte de registre hybride, qui lui va bien et fait aussi toute son originalité. Bien sûr, on pense à Mötley Crüe sur les parties vocales, à Zodiac Mindwarp également dans l’approche déjanté et sleazy, mais le combo y a insufflé une grandiloquence assez étonnante.

Entre de fulgurantes accélérations et des instants délicatement mélodiques aux faux airs de ballades, GYPSY PISTOLEROS brise les codes, trace son chemin et impose sa patte tout en déclarant son amour du Rock’n’Roll. Car, avec ce côté théâtral débridé, il s’agit bel et bien, encore et toujours, de Rock au large. Le combo y adsorbe toutes les composantes et surgit là où on ne l’attend pas. « Dark Faerie Tales » passe par toutes les émotions, se montre sombre, épique et poignant, tout en gardant un fil narratif prégnant (« My One Desire To Burn It Up », « She’s Getting Stranger », « Take My Hand To Nightmare Land », « Rattling » et le morceau-titre). Enthousiasmant !

Retrouvez la chronique de « Church Of The Pistoleros » :

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Desert Rock Stoner Rock

Avon : through the clouds

Huit ans après son dernier effort, AVON revient irradier de son Desert Rock la planète Stoner. Toujours aussi californien dans le son comme dans l’esprit, il est plus irrésistible que jamais. Très organique et avec l’instinct du live, le groupe incarne l’essence-même du style avec tout ce qu’il contient d’instantanéité et de vérité dans le jeu. Expressif autant qu’explosif, « Black On Sunshine » fait l’équilibre entre onirisme et mélodies appuyée avec maestria.

AVON

« Black On Sunshine »

(Go Down Records)

Après « Mad Marco » (2016) et « Dave’s Dungeon » (2018), « Black In Sunshine » est donc le troisième album de l’emblématique trio AVON. Enregistré et produit par James Childs lui-même, on retrouve l’esthétisme du Desert/Stoner Rock dans toute sa splendeur . Malgré un nombre conséquent de productions du même genre, et même si ce nouvel opus dépasse tout juste les 30 minutes, les trois musiciens atteignent des sommets et se hissent tranquillement au dessus du lot. Soudés autour du même line-up depuis le début, l’osmose et la complicité sont palpables.

Il faut dire qu’ils ont du métier. Le batteur Alfredo Hernández a œuvré chez Kyuss, QOTSA et Yawning Man, James Childs au chant et à la guitare a pris la lumière avec les Anglais de Airbus notamment et Charles Pasreli fait vibrer sa basse sur la scène de Palm Springs au sein de plusieurs formations. AVON a donc beaucoup de caractère, d’expérience et possède surtout un sens du songwriting, qui semble tellement naturel. Le groove est épais, le Fuzz transcende les riffs et la voix du frontman vient éclairer des morceaux d’une rare efficacité et d’une intensité constante.

Et c’est un souffle chaud qui traverse « Black On Sunshine » dans la plus pure tradition Desert Rock. Rebelle et psychédélique, le Heavy Rock du combo livre aussi quelques clins d’œil bluesy, ou Surf sur l’éponyme titre d’ouverture. AVON vit et respire les sonorités de son désert voisin et atteste que Mojave n’est qu’à deux pas. En exhumant « Super Furry Antidote » et « Doorway », il jette un regard sur un passé pas si lointain, mais continue d’avancer sans nostalgie sur des morceaux percutants (« Awkwardness », « Spacebar », « Never In A Million Years », « Bandits »). Magique !

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Progressive Heavy Metal

Crimson Glory : back in the game

Depuis qu’il a complété et solidifié son line-up il y a trois ans en le rodant sur quelques scènes notamment, CRIMSON GLORY prépare son retour discographique, afin de livrer son cinquième album en plus de quatre décennies d’existence. Avec « Chasing The Hydra », le quintet reprend les choses là où il les avait laissé, nourri d’une inspiration réactivée. Toujours très progressif, son Heavy Metal s’est aussi durci, grâce à un travail exemplaire sur le son, mais surtout sur des compositions pointues et enflammées.

CRIMSON GLORY

« Chasing The Hydra »

(Bravewords Records)

27 ans après sa dernière réalisation studio, « Astronomica », CRIMSON GLORY ose le pari d’un retour très attendu. Grâce à une fan-base d’une rare fidélité et surtout l’arrivée de Mark Borgmeyer à la guitare et de Travis Wills au chant. D’ailleurs, le nouveau frontman est le point fort du groupe et il parvient sans mal à nous faire oublier les passages de Wade Black et de Todd La Torre derrière le micro. Les Américains tiennent enfin le digne successeur du regretté Midnight, et « Chasing The Hydra » vient se hisser au rang de leurs meilleurs disques.

Fidèles au poste, on retrouve le guitariste Ben Jackson, le bassiste Jeff Lords et le cogneur Dana Burnell, qui restent à eux trois l’âme et les solides fondations de CRIMSON GLORY. Avec une très bonne production signée par l’incontournable Jim Morris, « Chasing The Hydra » s’inscrit dans les traces et la tradition du groupe. Certes, il y a une saveur Old School sur ce nouvel opus, et cela devrait rassurer les fans de la première heure. Et c’est ce côté intemporel qui fait le charme de ces nouveaux morceaux. Pas de révolution, mais une belle continuité.

Précis et tranchant, le Heavy Metal Progressif de CRIMSON GLORY fait toujours des étincelles et libère une puissance intacte. Dans l’esprit de sa dynamique scénique, la formation floridienne se met en ordre de marche dès « Redden The Sun » et son côté aussi atmosphérique que frontal. Et si le fond est assez sombre, l’ensemble est à son image avec des titres très bien structurés, jalonnés de breaks aériens qui servent de rampes de lancement à une nouvelle réalisation racée (« Chasing The Hydra », « Indelible Ashes », « Pearls Of Dust », « Angel In My Nightmare »). Retour gagnant !

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Hard 70's Psych Prog

The Neptune Power Federation : crazy world

Les Australiens ne font rien comme les autres et « Mondo Tomorrow » vient confirmer la liberté qui les anime. Toujours aussi inventifs, ils se fondent cette fois dans une ambiance Sci-Fi explosive et déroutante. D’une grande richesse instrumentale et reposant sur des arrangements minutieux, ce septième effort est toujours aussi entraînant, planant et incisif. La maturité artistique de THE NEPTUNE POWER FEDERATION est à son apogée et pourtant un large champ d’instigation lui tend encore les bras.

THE NEPTUNE POWER FEDERATION

« Mondo Tomorrow »

(Cruz Del Sur Music)

Deux ans après « Goodnight My Children », THE NEPTUNE POWER FEDERATION refait surface avec « Mondo Tomorrow », son septième album. Et il est toujours aussi enthousiasmant, tant l’univers du combo semble vaste. Et si sauvage et étrange sont les adjectifs qui reviennent avec évidence à chaque réalisation, on peut affirmer sans mal qu’ils s’appliquent encore une fois à celle-ci. Enregistré dans son antre, le Pet Food Factory de Marrickville à Sydney, ce nouvel opus nous plonge dans une vision rétro-futuriste et très personnelle de nos technologies.

Le Hard 70’s teinté de Psych et nappé d’un voile occulte prend ici une autre dimension, une façon pour le groupe d’explorer toujours plus et de repousser les limites de son registre. Et pour se faire, on peut compter sur la très magnétique ‘Screamin’ Loz Sutch’, dont la voix et la présence sont une composante essentielle de THE NEPTUNE POWER FEDERATION. Pour autant, son très bon duo de guitaristes mènent le jeu, soutenu de main de maître par une rythmique aussi rodée que créative. Quant à la production, elle est délicieusement organique.

Les premiers mots parlés par la ‘Prêtresse Impériale’ sur le morceau-titre qui ouvre « Mondo Tomorrow » donne le ton. Imprévisible et ensorceleur, le quintet reste une machine à riffs imparable, qui libère avec exaltation des mélodies entêtantes. Multipliant des approches musicales différentes à chaque disque, THE NEPTUNE POWER FEDERATION navigue entre Fuzz, Prog et dans une ambiance qui rappelle même à l’occasion Zodiac Mindwarp. Imposant, « Mondo Tomorrow » captive (« The Grip Of Death », « And The Bones Decay », « Cybernetic Times »). Puissant !

Retrouvez la chronique de l’album « Le Démon De L’Amour » :

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Garage Rock International Psychedelic Rock Punk Rock

The Lords Of Altamont : Rock’n’Roll royalty [Interview]

Depuis bientôt 30 ans, THE LORDS OF ALTAMONT mène une carrière sans concession et le sentiment de liberté qui se dégage de sa musique oscille entre fureur et joie, le tout dans un esprit débridé et loin de toutes conventions. Pourtant, le gang de Los Angeles ne se présente pas avec un Garage Punk aussi basique que sauvage, loin de là. En témoigne ce huitième album, « Forever Loaded », qui déferle comme un cri, une tornade sonore sortie directement des amplis, qui vient bousculer les bonnes manières et un establishment étouffant. Entre riffs appuyés très Punk et Garage, des effluves d’orgue très psychédéliques et un duo basse/batterie qui joue avec le feu du Rock’n’Roll, le quatuor continue ardemment à faire ce qu’il sait de faire de mieux : saccager les codes et les conventions. Entretien avec Jake Cavaliere, chanteur passionné et claviériste de ce combo hors-norme.

– Avant de parler de « Forever Loaded », vous allez bientôt arriver en France pour une série de 15 dates, ce qui est assez exceptionnel de nos jours pour un groupe américain. Quelle relation entretenez-vous avec vos fans français au point de donner autant de concerts ?

La France a toujours été, plus ou moins, le marché et le public numéro un des LORDS, depuis l’époque où nous étions chez Fargo Records au début des années 2000. Michel, chez Fargo, a investi beaucoup d’énergie pour nous faire connaître là-bas. Je pense que les tournées régulières au fil des ans y ont aussi contribué. J’adore les gens et les fans en France. C’est comme une deuxième maison. Quand un Français me dit qu’il aime quelque chose, je le crois. Pareil quand il ne l’aime pas ! (Rires) J’adore cette conviction, elle est authentique. Pour conclure, la France n’est pas vraiment un pays où ce genre de musique bénéficie d’une grande visibilité, et pourtant, elle a beaucoup de fans.

– D’ailleurs, pour en finir sur le sujet, la France n’est pas vraiment un pays où ce genre de musique bénéficie d’une grande exposition et pourtant, les fans ne manquent pas. Comment l’expliquestu ? C’est encore et toujours le charme de l’underground ?

La France soutient le Rock’n’Roll ! Les gens repèrent facilement les contrefaçons, alors quand c’est authentique, ils adhèrent. Les LORDS ont eu de la chance, les gens sont restés avec nous, c’est comme s’ils faisaient partie de notre bande. J’ai personnellement eu l’occasion d’en rencontrer tellement au fil des ans. J’ai l’impression qu’il manque quelque chose sans un bon voyage en France ! (Sourires) Je suis vraiment reconnaissant.

– Ce qu’il y a d’assez paradoxal chez THE LORDS OF ALTAMONT est que votre nom est synonyme pour beaucoup comme l’acte de décès du mouvement Hippie, suite aux douloureux incidents de ce festival en 1969. Or, l’un des instruments signature de votre style et de votre son est l’orgue qu’on pouvait retrouver dans beaucoup de formations psychédéliques de ces années-là. C’est un pied de nez de votre part, ou une sorte d’hommage déguisé ?

Ceci a été créé pour faire réfléchir. Ce jour mémorable, le festival d’Altamont, nous a changés à jamais : la musique, notre perspective, notre mode de vie. Il se passait tellement de choses, comme aujourd’hui d’ailleurs, les gens en avaient marre de cette ‘déroute’. Il fallait que ça change. Et la musique a évolué, c’est certain. Le message était clair : changez les choses, faites-vous entendre. Le mode de vie ‘standardisé’ des années 50 était mort. Trouver un boulot, acheter une maison, avoir des enfants, se reposer, mourir… Le modèle américain. Restez à votre place, sinon… Merde, on y est encore ! Et puis, je joue de l’orgue, parce que c’est l’instrument pour lequel j’ai été engagé dans mon premier groupe à 17 ans. Alors, ça m’est resté. Je suis un peu le ‘Sisyphe’ du Garage Punk ! (Rires) Je voulais lui redonner un peu de son intérêt. C’est marrant, l’orgue est probablement l’un des instruments les plus détestés du Rock’n’Roll, et pourtant j’en mets partout. Je pense qu’il peut avoir un impact considérable sur la musique s’il est utilisé avec goût. Ecoutez les albums des Sonics ! Aujourd’hui, Dani (Sindaco, guitare – NDR) est tellement bon guitariste qu’on n’a plus vraiment besoin de moi à l’orgue… Il me faut un point d’appui ! (Sourires)

– Décidément THE LORDS OF ALTAMONT n’est pas à un paradoxe près, puisque vous distillez un savoureux mélange de Punk, de Garage Rock et de Hard Rock. Ce sont des registres assez revendicatifs à leur façon, mais avec des origines très différentes. Est-ce que c’est finalement là que se situe l’essence-même du Rock’n’Roll, selon vous ?

Les LORDS font ce qu’ils font, et ça nous plaît. On espère que ça plaira à d’autres aussi ! (Sourires) Quand je regarde ma collection de disques, il n’y a pas qu’un seul style. Il y a tellement de créations à découvrir, tellement de façons différentes d’aborder la musique. Oui, THE LORDS est un groupe Garage, mais on est entourés d’une multitude d’influences. Je suis un passionné de musique, mon seul but est de créer et de recréer ce que j’aime tant. Au regard de notre huitième album, j’ai le sentiment qu’on a évolué tout en gardant nos racines classiques. Si on avait grandi dans les années 60, on aurait probablement été influencés par les Beatles et Chuck Berry. On a maintenant accès à toute la musique qui a été créée. On peut se replonger dans l’Histoire du Rock’n’Roll et choisir nos influences. On est en 2026, on a tout et ça continue de cartonner. De la super musique est créée en permanence. La musique n’est pas seulement contrôlée par les costards-cravates des grandes maisons de disques, c’est nous qui la contrôlons. C’est Punk à mort ! (Rires) On reprend les commandes et on mélange tout ! Jouez de tous les styles et donnez-vous à fond ! (Sourires)

– La pochette de « Forever Loaded » fait bien sûr directement référence au monde des motards, dont vous êtes et il y a aussi cette emblématique image qui rappelle l’As de pic, cher aussi à un certain Lemmy. Et c’est vrai qu’à l’évidence vos univers sont très proches. Est-ce un clin d’œil, ou y a-t-il autre chose derrière ce visuel ?

(Rires) La pochette de l’album a été un vrai défi pour Alex Hagen (leader du groupe Ravagers – NDR) et moi. Comme c’était notre huitième album, je voulais rendre hommage à l’un de mes albums préférés : « Let It Bleed » des Rolling Stones. Alex et moi avons longuement discuté des modifications sur le design jusqu’à ce qu’on y voie « LORDS ». Au début, j’hésitais à utiliser un casque sur la pochette, car pour moi, c’est un symbole de sécurité ! Or, on n’est pas en sécurité ! (Rires) J’ai peint un vieux casque de moto Bell et je me suis dit : « Merde, les pilotes de flat track portent des casques, et ils sont sacrément dangereux ! » Des motos sans freins, carrément ! (Sourires) L’As de pique (Lemmy RIP) est la carte de la mort et c’est aussi le logo au dos de nos vinyles. ‘DFFL’ (patch de biker signifiant « Dope pour toujours, toujours chargé » – NDR) me trottait dans la tête depuis toujours. C’était même inscrit sur la peau de notre batterie une époque. Parfois, les gens se demandent : « Mais qu’est-ce qu’ils racontent, ces gars-là ? » On parlait toujours en code, etc… Oui, tout cela remonte à la culture motarde des années 60 et 70.

– Ce nouvel album est aussi fiévreux qu’organique et son titre indique clairement que vous êtes perpétuellement au taquet. Contrairement à pas mal de groupes actuels, THE LORDS OF ALTAMONT ne risque donc pas de tomber en panne de batterie, comme l’indique le titre de l’album ?

(Rires) J’adore ta description. Depuis que l’album est sorti, on tourne comme des fous ! J’ai essayé de lever un peu le pied l’année dernière. Des hauts et des bas, avec quelques petits soucis de santé, m’ont fait croire que la meilleure chose à faire était d’arrêter. Je ne sais pas à quoi je pensais, ça n’aurait probablement fait qu’empirer les choses. Les problèmes de santé semblent être sous contrôle. Je me dis souvent que le Rock’n’Roll est un monde de jeunes, et que je devrais me retirer. Tant pis, il y a de la place pour tout le monde. Que le Rock continue ! (Sourires)

– Même si « Forever Loaded » a toujours une saveur assez 70’s, il est d’une énergie très contemporaine. Comment parvenez-vous à actualiser un style qui paraît dès le départ hors du temps ? Il demeure toujours cet aspect à la fois primitif et terriblement moderne…

Je n’y avais jamais vraiment pensé comme ça. Je crois que Dani et moi combinons nos idées, Barry (Van Esbroek, batterie – NDR) et Rob (Zimmermann, basse – NDR) contribuent par leur touche personnelle sur chaque morceau. Je dirais que je penche plutôt vers le Garage/Psychédélique, et Dani apporte des riffs plus Rock’n’Roll. Il y a un équilibre entre nous tous. Cela crée un Rock particulier, très influencé par le Garage Punk. J’adore le fait que chaque membre de ce groupe soit extrêmement unique, tant par son talent musical que par sa personnalité. Ils peuvent littéralement tout jouer, et le faire putain de bien ! (Sourires) En ce qui concerne l’enregistrement, nous essayons d’obtenir la meilleure qualité possible. Nous avons travaillé avec trois studios d’enregistrement différents. Paul Roessler (Ki En Robot, Los Angeles), Evan Foster (No Count Records/Studio Sea Le), et Sylvia (Studio Moskou, Utrecht). Et le mixage a finalement été réalisé chez Evan, où il garde tout en analogique vintage jusqu’au mix final.

– S’il y a toujours cette atmosphère très Garage, la production de l’album reste soignée et très équilibrée. Quant à l’instrumentation, elle est loin d’être aussi basique qu’elle n’en a l’air. Finalement, où se situe votre public, et parvenez-vous à fédérer la nouvelle génération, ce qui serait presque un acte de salubrité publique ?

(Rires) Nous sommes des serviteurs du Rock’n’Roll ! Nous faisons des albums parce que nous sommes des fans. Nous jouons en live parce que nous sommes des fans. C’est un immense honneur d’avoir l’opportunité de jouer et de rencontrer des gens qui partagent la même passion pour la musique que nous. Le Garage Rock/Punk a considérablement élargi son champ d’action au fil des ans. Quand j’étais gamin, si ça ne sonnait pas exactement comme en 1966, avec des guitares Vox saturées à bloc et un orgue Vox Connetal qui grésille… trois accords peut-être, tu étais un imposteur. La scène Glam Rock était tellement omniprésente à Los Angeles, c’en était presque agaçant… excessif. Les chemises à motifs cachemire et les guitares Vox avaient leur propre sous-culture. Mais maintenant, avec le streaming et l’’accès à absolument tout, le Garage s’est fondu dans tellement d’autres scènes. Un excellent exemple de crossover à l’époque, c’est Stiv Bators : du Punk Rock pur et dur, un peu Pop, un peu Goth et beaucoup Garage Punk. Les Cramps en sont un autre exemple. Aujourd’hui, Ty Seagull, The Killing Floors et The Mystery Lights mélangent les genres avec brio. J’ai le sentiment que les LORDS ont tracé la voie que nous suivons encore aujourd’hui. L’évolution s’est construite sur 27 ans de carrière avec plusieurs changements de formation, et nous a menés là où nous sommes maintenant. Un soupçon de Stiv et un zeste de 13th Floor Elevators, le tout baignant dans une cuve de LSD ! (Rires)

– Votre détermination et cette incroyable débauche d’énergie qui se diffusent sur tout l’album ne laissent aucun doute sur votre démarche, qui est toujours très liée aux bikers, bien sûr, et aussi à divers excès. Justement, où se trouve la place de THE LORDS OF ALTAMONT dans le monde actuel et dans une société qui manque plus que jamais de repères ? Vous êtes un phare dans la nuit ?

On veut être libres ! On veut être libres de faire ce qu’on veut. On veut être libres de rouler ! On veut être libres de rouler sur nos machines sans se faire embêter par les autorités. Et on veut se défoncer. Bref, on veut passer un bon moment. DFFL ! (Rires)

– Enfin, on imagine évidemment qu’il y a pas une once de numérique sur ce nouvel album, ou alors c’est très bien caché. Comment et dans quelles conditions l’avez-vous enregistré ? Vous êtes restés sur un fonctionnement à l’ancienne ?

Nous devons vraiment le son de l’album aux ingénieurs du son. Le mixage final avec Evan a été une expérience formidable. Auparavant, il avait mixé un album des Bomboras, mon ancien groupe de surf, dont le son évoquait les studios Capitol Records de 1962. Cela dit, nous savions que nous étions entre de bonnes mains avec lui. Evan et Paul Roessler s’investissent dans les enregistrements comme s’ils étaient membres du groupe. Et j’apprécie vraiment leur attention et leur perspicacité. L’enregistrement est vraiment une épreuve pour moi. Alors quand un ingénieur du son/producteur parvient à me mettre à l’aise, je me sens vraiment capable de faire mon travail ! (Sourires)

Le nouvel album de LORDS OF ALTAMONT, « Forever Loaded », est disponible chez Heavy Psych Sounds.

Toutes les dates de la tournée française du groupe sont à retrouver sur son site : www.lordsofaltamont.com

Retrouvez aussi la chronique de «  Tune In, Turn On, Electrify ! » :


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Alternative Metal

Black Oak County : in capital letters

Fédérateur et puissant, BLACK OAK COUNTY semble avoir trouvé son allure de croisière depuis le retour à sa formation originelle. D’un Hard Rock moderne et vivifiant, les Scandinaves ont déjà entrepris un virage Alternative Metal sur « III » et « Misprint » vient confirmer de manière indiscutable que cette décision fut la bonne. Avec un tandem très complémentaire au chant, la formation nordique est plus audacieuse que jamais et elle repousse ses limites avec un plaisir à peine contenu. Ce quatrième effort est direct et frontal, et sa dynamique est remarquable.

BLACK OAK COUNTY

« Misprint »

(Mighty Music)

Avec le retour de son frontman et guitariste Niels Beier sur le précédent album « III », BLACK OAK COUNTY affiche sans complexe un style qui lui va bien et surtout dans lequel il s’épanouit pleinement. Bien sûr, si les racines purement Hard Rock de ses débuts se font toujours ressentir, c’est bel et bien un Alternative Metal explosif et massif que distille dorénavant le quatuor. Et surtout, il a su conserver son très bon duo de chanteurs avec son bassiste René Kristensen, ce qui lui garantit beaucoup de variation et d’amplitude.

Auréolé de quelques récompenses nationales et reconnu pour ses prestations enflammées, BLACK OAK COUNTY a bien surfé sur le succès de « III » et fait même encore plus fort avec « Misprint ». Sur une production compacte et peut-être un peu uniformisée, à l’instar du registre, on pourra peut-être regretter le manque de relief. Cependant, le travail sur les guitares avec des arrangements soignés et un groove hyper-musclé apportent beaucoup de saveurs à cette quatrième réalisation des Danois. Et on se laisse vite happer par d’accrocheurs refrains.

Confié de nouveau à Niklas Sonne, qui a aussi participé à l’écriture, « Misprint » démarre avec beaucoup d’intensité sur « Kill The Pain », puis « Rock’n Roll » le bien-nommé. BLACK OAK COUNTY fait parler la poudre à grand renfort de riffs ravageurs et de mélodies entêtantes. Son Alternative Metal arrive littéralement à maturité et le fait que le combo aille à l’essentiel, en évitant toute fioriture, le rend encore plus efficace (« Starlight », « Fade », « Energy », « Sick And Tired », « The Shadow »). Agressif, tout en jouant sur les émotions, « Misprint » frappe fort et juste.

Photo : Julia Nikiforova

Retrouvez aussi la chronique de « III » :

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Classic Rock Hard 70's Rock Progressif

Franck Carducci : d’un naturel éclatant

Nul n’est prophète en son pays et FRANCK CARDUCCI en est une preuve éclatante. Cependant, avec « Sheeple », il devrait pouvoir enfin s’y imposer, car la dextérité et la qualité d’interprétation à l’œuvre sont irréprochables. Ancré dans un Rock Progressif originel et un Rock très 70’s, son style affiche beaucoup de vélocité et un souci du détail imparable. Sur le fond, le musicien nous questionne sur le libre-arbitre et l’obéissance aveugle. Un travail d’équilibriste personnel réussi et robuste.

FRANCK CARDUCCI

« Sheeple »

(Cherry Red Records/Socadisc)

Autoproduit depuis ses débuts en 2011, le multi-instrumentiste virtuose semble avoir trouvé son bonheur sur le prestigieux label britannique Cherry Red Records, où les Français ne sont d’ailleurs pas légion. Une belle reconnaissance pour celui qui a opté pour un registre un brin vintage, évoluant entre un Classic Rock musclé et un Rock Progressif délicat. Avec « Sheeple », FRANCK CARDUCCI signe son cinquième album studio, auquel il faut ajouter deux live. Autant dire que le Lyonnais possède une belle expérience, essentiellement acquise à l’étranger également.

Producteur de « Sheeple », il y joue la plupart des instruments, à savoir la basse, la batterie, l’orgue Hammond et les guitares, en plus du chant, ce qui ne l’empêche pas d’être très bien entouré. Réputé pour ses prestations live, on retrouve ce même côté immédiat et organique sur les neuf morceaux. Grâce à un étonnant sens de la narration et une production brillante, FRANCK CARDUCCI propose ici un voyage musical dense, où les passages à forte intensité flirtent avec le Hard Rock et où se mêlent des instants suspendus d’une grande finesse.

Guidé par une ambition artistique largement à sa portée, le musicien joue sur les contrastes avançant sur des morceaux fleuves (« Love Or Survive », « The Betrayal Of Blues »), d’autres plus costauds (« Self-Righteousness ») et offre même une petite trilogie mélancolique très subtile (« Sweet Cassandra »). Emprunt d’une grande liberté et très abouti, ce nouvel opus ne se fond pas uniquement dans un esprit old school, il pose aussi un regard neuf et moderne sur un Rock Progressif qu’on croyait difficile à renouveler. Une leçon de volonté et d’humilité.