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Hard Rock Power Rock

Danko Jones : animal

Vigoureux et précis dans son jeu, le groupe de l’Ontario a toujours affiché beaucoup de fraîcheur et de liberté à travers ses disques, et « Leo Rising » ne vient pas trahir l’ADN du combo. Intense et bien charpenté, ce nouvel opus est aussi fougueux que groovy et, comme toujours, DANKO JONES est sûr de sa force, se montre également sleazy à l’occasion et surtout, il semble mettre un point d’honneur à ne pas sombrer dans des sonorités actuelles fadasses et stéréotypées.

DANKO JONES

« Leo Rising »

(Perception)

Après une trentaine d’année de carrière, DANKO JONES fait toujours figure d’électron libre. Un pied dans l’underground malgré une reconnaissance mondiale, il ne dévie pas d’un iota de sa trajectoire musicale. Comme toujours, « Leo Rising » percute d’entrée de jeu et les Canadiens ne lèvent pas le pied un seul instant. Imperturbables, ils balancent leur Hard Rock brut et tendu, délivrant au passage une énergie communicative. A priori franchement rude, ce douzième album est surtout une invitation au partage. En effet, il y a toujours cette envie très perceptible, qui transpire de ses morceaux et leur offre cette vélocité particulière.

Et la première chose que DANKO JONES a à partager, c’est son puissant Rock virevoltant et incisif. Coriace et sans compromis, « Leo Rising » ne manque pourtant pas d’humour et d’ironie, et avance au pas de charge. Le power trio se fait plaisir et la bonne production signée Erik Ratz ferait presque oublier que les chansons ont été enregistrées à distance, le bassiste John Calabrese étant en Finlande. Cependant, il y a une réelle cohésion et un bel esprit de corps, et cela se sent sur ces onze bâtons de dynamite. L’alchimie fait le reste et on peut compter l’implication de chacun d’entre eux pour faire parler la poudre.

Il y a aussi ce côté évident chez les Nord-Américains. L’aspect direct et frontal de leur musique y est pour beaucoup, tant le rythme est effréné et la succession de riffs tranchants efficace (« Diamond In The Rough » avec un solo de Marty Friedman, « Everyday Is Saturday Night », « Hot Fox », « Gotta Let In Go », « I ‘m Going Blind », « Pretty Stuff »). Tout en diffusant des titres costauds, DANKO JONES n’élude pas une certaine légèreté, et reste fidèle à une ligne de conduite très Rock’n’Roll. Taillée pour la scène, cette nouvelle réalisation s’inscrit dans une belle et robuste continuité et sans renier sa ligne de conduite.

Photo : Ole Martin Wold

Retrouvez l’interview du groupe à l’occasion de la sortie de « Power Trio » en 2021 et la chronique de l’album :

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Hard Rock

Lynch Mob : so long !

Nombreux sont ceux qui gardent un souvenir ému de la sortie de « Wicked Sensation » en 1990, première réalisation du génial George Lynch en groupe après son départ de Dokken. Ce fut le début d’une belle envolée solo qui, si elle n’a jamais atteint le sommet des charts, aura été un formidable laboratoire pour un six-cordiste toujours en quête d’exploration et particulièrement doué. Avec un sens unique du riff et des solos plein de panache, il aura guidé LYNCH MOB pendant plus de deux décennies. Avec ce dernier « Dancing With The Devil », il affiche sa reconnaissance pour ses fans, loin de signer un lugubre chant du cygne.  

LYNCH MOB

« Dancing With The Devil »

(Frontiers Music)

Clap de fin pour LYNCH MOB après 25 ans d’une belle aventure, qui se termine avec un neuvième album en forme de baroud d’honneur. Si le groupe demeure le plus emblématique de la carrière post-Dokken du guitariste, il reste un homme de projet et nul doute qu’il ne tardera pas à refaire surface. Alors pour cet ultime opus, il a reconduit le line-up présent sur « Babylon », sorti en 2023. On le retrouve donc aux côtés de Gabriel Colón au chant, Jaron Gulino à la basse et Jimmy D’Andra derrière les fûts, histoire d’œuvrer une dernière fois dans la continuité et la ligne artistique établie du combo.

L’une des dernières formations iconiques du Hard Rock américain tourne donc la page et même si de nombreux musiciens s’y sont succédé, la touche de LYNCH MOB reste tellement identifiable. Cependant, le musicien a su moderniser son approche au fil du temps, tout en conservant ce chaleureux côté bluesy qui le suit. Comme toujours « Dancing With The Devil » sonne juste, le songwriting est irréprochable, l’interprétation du combo remarquable et le jeu de George Lynch fait encore des étincelles. Technique, mais sans tomber de trop dans la démonstration, il laisse parler son feeling… ainsi que sa virtuosité.

Avec l’assurance et la technicité qu’on lui connaît, le Californien distille un Hard Rock toujours élégant et efficace. S’il ne prend pas le moindre risque, il joue sur les contrastes avec un groove éclatant et démontre qu’il reste un maître en la matière (« Dancing With The Devil », « Pictures Of The Dead », « Saints And Sinners », « Lift Up Your Soul », « Follow My Down »). Avec ce dernier effort, le guitar-hero semble aussi poser un regard satisfait sur ce pan de sa carrière et se contente même de beaucoup de sobriété sur l’instrumental « Golden Mirrors ». Et LYNCH MOB ferme même la parenthèse avec « Somewhere », uniquement présent sur l’édition européenne. Merci pour tout Monsieur !

Retrouvez la chronique de « Babylon » :

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Fuzz Rock Heavy Stoner Rock

Dune Aurora : une montagne de fuzz

Entièrement féminin, le combo transalpin vient s’inscrire dans cette lignée d’artistes qui revitalisent la scène Heavy Rock avec un Stoner occulte aux effluves Doom. Si elles ne sont pas sans rappeler High Priestess ou Alunah, leur sens du Fuzz et de la mélodie diffuse un groove massif et ensorceleur. Teinté d’un esprit Desert Rock qui lui offre de la hauteur et du relief, « Ice Age Desert » intronise brillamment DUNE AURORA avec un premier long format à la fois conquérant, abouti et bien produit.

DUNE AURORA

« Ice Age Desert »

(Octopus Rising)

Après avoir émergé sur la scène underground turinoise en 2022 avec son premier EP « Lonely Town », DUNE AURORA passe à l’échelon supérieur avec « Ice Age Desert », un album aussi attendu que réussi. Ginny Wagon (chant, guitare), Roberta Finiguerra (basse, chœurs) et Serena Bodratto (batterie, choeurs) proposent un univers Stoner Fuzz aussi glacial que lumineux et se montrent ambitieuses et particulièrement sûres de leur force. Entre Heavy Rock et une impression Désert envoûtante, leur disque est captivant. 

L’un des atouts d’« Ice Age Desert » est la succession d’atmosphères qui traversent les neuf titres. En intégrant des sonorités Doom, Sludge, Psych, Grunge et même Alternative, DUNE AURORA fait preuve de beaucoup de diversité, tout en parvenant à une solide unité musicale. Très bien enregistré et mixé par Davide Donvito et masterisé par James Plotkin (Isis, Pelican, Earth), qui vient y apporter une belle brillance, ce premier opus conserve aussi une saveur vintage, que l’on doit sûrement au voile occulte posé sur ces compositions.

Avec beaucoup de fluidité, DUNE AURORA libère sa pleine puissance et laisse aussi la place à de la finesse. Très fusionnel, le power trio déroule son Stoner brut, efficace et le travail sur les choeurs apporte du relief et même un peu de chaleur. Et si elles ne s’en laissent pas compter, les Italiennes déploient créativité et fraîcheur sur des morceaux très bien ciselés (« Gateway », « Tundra », « Crocodile », « Sunless Queen », la version étendue de leur single « Fire » sorti l’an dernier et « Se Ponga El Sol » dans leur langue natale). Solide !

Photo : Luca Maccario

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Alternative Metal Alternative Rock Cinematic Metal France

Nothing But Real : refreshed dimension [Interview]

Si les Parisiens se réinventent, ou plutôt précisent leurs intentions, cela ne doit rien au hasard. En faisant un retour aussi surprenant que réussi avec une belle refonte de leur deuxième album, « Lost In The World Rebirth  », le quatuor explore son précédent effort dans une formule clairement cinématique, avec un nouveau chanteur également et surtout un concept visuel et musical plus profond et très travaillé. Hybride ou Alternatif, le Rock/Metal de NOTHING BUT REAL est plus captivant que jamais, porté par une production ample et solide, qui offre à ses morceaux la brillance qui leur manquait peut-être un peu précédemment. Histoire d’en savoir un peu plus, retour auprès de Tom l’un des principaux architectes de ce projet, dont les racines se sont considérablement étendues…  

– Trois ans après « Lost In The World », il y a du changement chez NOTHING BUT REAL, puisque vous faites votre retour avec… le même album, ou presque ! Blague à part, et nous y reviendrons, c’est d’abord le line-up qui a bougé avec l’arrivée d’un nouveau chanteur. De qui est constitué le groupe aujourd’hui ?

Le groupe est constitué de quatre membres sur scène, même si je considère que c’est bien plus que cela avec l’équipe derrière. Il y a ‘Infini’ à la guitare, ‘Eveil’ à la basse, ‘Vérité Absolue’ à la batterie et l’’Oracle’ au chant et à la guitare, par moment. En coulisses, et c’est tout aussi important, il y a notre ingénieur du son Clément, notre chargée de production Néa, notre webmaster Quentin, Christine qui gère l’association ‘Coire Ernmae’ pour porter nos évènements, Flow pour les créations et illustrations qu’on travaille en collaboration, Bertrand au mix, mastering et post-production, moi-même sur la partie administrative, la direction artistique, la gestion de notre nouveau label Soundload Production et tous les trucs relous à faire pour le groupe. (Sourires)

– Justement, dans cette refonte de votre album précédent, le passage du chant féminin au masculin a-t-il nécessité une nouvelle approche et présenté quelques difficultés d’adaptation, ou d’ajustements plus précisément ?

Oui, il a fallu passer du temps pour se détacher de l’existant qui, pour moi, était au final plus une démo. Il y avait cette petite voix intérieure qui me répétait par moment que ce n’était pas abouti, qu’on aurait pu mieux faire, comme ce que j’avais imaginé en rêve. Donc, il a fallu réécrire, réarranger, réimaginer et enregistrer ce qui manquait. L’approche était claire, car NOTHING BUT REAL a toujours eu vocation à avoir un son pour de la performance live. Fusionner les genres avec une approche orchestrale comme les bandes sonores de films, d’animés, … c’est ça l’ADN du groupe. Donc, il a fallu passer beaucoup de temps, autant sur le côté technique pour reprendre les bandes et corriger, que d’enregistrer de nouvelles choses pour ramener la couleur souhaitée et coller avec le nouveau chant et l’esthétique. J’espère qu’on a réussi cet exercice, qui a pris du temps, et que cet album plaira aux créatures qui vont l’écouter en entier pour voyager.

– « Rebirth » est donc une sorte de version 2.0 de « Lost In The World ». Tout d’abord, un mot sur la production que vous avez confié à Bertrand Poncet (Landmvrks, Storm Orchestra), car c’est une vraie métamorphose. Où se situaient vos priorités et surtout avez-vous réenregistré l’ensemble de l’album ? Ou un gros lifting en dehors des voix, a-t-il été suffisant ?

Un très gros lifting pour parler mode ! (Rires) Je considère que la version 2022 est une version bêta, et que « Lost in the World Rebirth » est le véritable album. Il correspond à la vision que j’en avais et que j’ai toujours eue de NOTHING BUT REAL. Pour l’anecdote j’ai rencontré Bertrand et Clément en même temps au studio de l’Orangerie au début de l’année 2024. C’était pour la suite et avec l’ancien line-up. Un gros projet… Je voulais faire un enregistrement, qui allie la force de vrais instruments avec celle du numérique. C’est aussi ça l’hybride pour moi quand je dis qu’on fait du ’Rock Hybride Cinématographique’. Et on venait de finir d’enregistrer tous les instruments en studio. Malheureusement, le processus d’écriture des voix et des paroles n’a pas été au bout. Quelque chose ne fonctionnait plus. Donc, avec Hanta l’ancienne chanteuse, on a préféré stopper l’aventure. A partir de là, comme la version de 2022 ne correspondait pas à ce que j’avais en tête initialement, j’ai annoncé à l’été 2024 qu’on referait l’album, ainsi que le chant pour enclencher cette renaissance.  

– On redécouvre les morceaux sous un angle nouveau et certaines choses émergent aussi. Ainsi, « Rebirth » semble plus cinématographique et atmosphérique que dans sa première mouture. Un voile semble levé. Vous a-t-il fallu aérer certains titres pour laisser éclore une substance plus profonde ?

Alors déjà, ça fait plaisir que tu en parles en ces termes, car c’est exactement la sensation que j’avais. Dès le travail en studio sur le premier titre avec Bertrand, je savais que c’était la bonne personne avec qui j’aurai dû bosser depuis les débuts du groupe. Ma vision et sa compréhension étaient parfaitement alignées. Les choses se sont faites naturellement. On a calé nos agendas et on a déroulé. Tout n’était pas si simple, car il y a des passages harmoniques un peu façon Tricky sur nos titres. Il a fallu décortiquer quelques passages de morceaux comme « Behind the Door » ou « Strike », par exemple, justement pour que ce soit orchestral, un peu Electro et profond. Bref, créer un voyage sonore pour cet album avec des touches de multiples influences, qui ont maturé dans notre inconscient.

– Pour celles et ceux qui vous découvrent avec ce nouvel album, j’aimerais que vous nous parliez de l’univers musical de NOTHING BUT REAL, fait de contrastes assez saisissants. D’ailleurs, est-ce que cette nouvelle production vous a aussi permis d’apporter plus de liant entre les morceaux ?

Pour te donner un peu de perspective et repartir un peu en arrière, dans l’univers narratif de NOTHING BUT REAL, il y a une recherche d’équilibre entre ombre et lumière, bien et mal… que j’ai appelé le ‘Nothing’, assimilable au rêve, au côté irréel.  Et il y a le ‘Real’, qui est le côté terre à terre, les musiciens, un son, quelque chose de palpable, nos vies quotidiennes, … Dans le ‘Nothing’, Sakar (l’avatar) tire en partie sa force de trois symboles, qui sont les Sentinelles, trois entités ayant la possibilité de s’incarner physiquement. Les trois symboles forment un tout, qui est le logo du groupe. Ces trois sentinelles, que j’aime appeler ‘Sentries’, car c’est plus cool, sont ‘Eveil’, ‘Vérité Absolue’ et ‘Infini’, et elles forment le Triumvirat.  Elles confèrent à Sakar une puissance énorme, bien plus que tous les personnages des univers que l’on connait. Je suis un gamin, donc je me suis fait un kiffe en créant mon personnage, qui défonce tous les autres ! (Rires) Les sentinelles l’accompagnent dans sa quête pour nous comprendre pauvres humains que nous sommes, avec nos démons et nos vices. Tout cela est incarné par des Vilains, qui sont en chacun de nous. Du liant ? Je pense que maintenant, c’est surtout vraiment assumé.

– Et il y a le côté visuel que vous avez toujours beaucoup travaillé et qui est encore très présent cette fois-ci. Plus que jamais, aujourd’hui, l’image et le son vous paraissent-ils vraiment indissociables ?

Complètement. Si tu devais retenir trois mots de NOTHING BUT REAL, au-delà du Rock aux influences multiples, ce serait : cinéma, dualité et énergie.

– Par ailleurs, on retrouve votre personnage principal, Sakar. En avez-vous profité pour lui offrir plus de place à travers quelques petites modifications dans les textes, par exemple ?

Oui, il a une place prépondérante et il aura un rôle sur scène, ou dans les events pour rencontrer le public. Nous l’avons déjà fait dans un festival et les enfants l’adorent. Dans les textes forcément aussi, car j’ai repris naturellement toute l’écriture, ce qui fait sens pour créer des histoires et tout connecter. Le tout étant de ne pas se perdre ! (Rires)

– Sur « Scars And Burdens », il y a également ce passage en français, qui se fond parfaitement dans le morceau. Avez-vous songé un instant avec votre nouveau chanteur, jouer un peu plus sur ce bilinguisme ?

Ce n’était vraiment pas prévu et pour l’anecdote, je bloquais sur ce passage en termes d’écriture. Et je me suis dit qu’en fait ce serait vraiment cool en français. Je ne fais pas de Slam ou de Rap, donc j’ai essayé de faire quelque chose, qui s’imbrique sur ce passage narratif intense. Les autres l’ont trouvé efficace et touchant, alors nous l’avons gardé. C’est un titre qui plait beaucoup au groupe et qui nous parle, je pense.

– D’ailleurs, comment considérez-vous « Lost In The Wolrd Rebirth » ? Est-ce votre véritable troisième album ? Ou un deux et demi ?  Ou encore un interlude ou une mise au point ?

Tu sais, c’est la mode du Multiverse… C’est peut-être l’un des rares retours en arrière possible, quand tu y penses. Je ne regrette pas le passé, mais la version de l’album de 2022 ne reflète pas ce que j’avais en tête. Au sens propre, on pourrait parler de réédition, mais pour moi, c’est la concrétisation d’une vision. C’est bien plus que cela, car il nous a fallu près d’un an à tout reprendre avec un fil conducteur plus clair dans la narration, pour la suite… Et une sorte de mise au point aussi, pourquoi pas… (Sourires)

– Enfin, comme cet album est une espèce de renaissance pour NOTHING BUT REAL, pourquoi n’êtes-vous pas repartis d’une page blanche, d’autant qu’un nouveau chanteur aurait peut-être eu des choses à dire ? Et puis, à l’instar d’un tableau, on peut  réarranger à l’infini… C’est sans fin, non ?

Ce n’est pas une ‘espère’, c’en est une, crois-moi. Il n’y aura pas d’autre retour, même si je t’avoue que dans l’album de 2020, il y a deux ou trois titres qui me titillent. Mais il faut avancer et c’est déjà le cas, car nous avons enregistré un nouvel EP dans le cadre du prochain projet que je dévoilerai en 2026. Le nouveau chanteur a des choses à dire, oui… (Sourires) Alors, rendez vous l’année prochaine et sur scène.

Le nouvel album de NOTHING BUT REAL est disponible sur le site du groupe, via son label  Soundload Production : https://www.nothingbutreal-theband.com/

Retrouvez la première interview :

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Stoner Metal Stoner Rock

Wolftooth : hungry guys

Changement de label et de batteur, il n’en fallait pas plus à la formation de Richmond dans l’Indiana pour retrouver toute sa vigueur, et même un nouveau souffle, et livrer « Wizard’s Light », probablement sa meilleure réalisation depuis la première en 2018. Epais et robuste, le Stoner du combo ne manque de précision, ni d’impact. Et sans négliger l’aspect mélodique et accrocheur, WOLFTOOTH se montre intense et terrassant, oscillant avec habileté entre un Metal racé et un Rock musclé.

WOLFTOOTH

« Wizard’s Light »

(Ripple Music)

Ce quatrième album de WOLFTOOTH marque le retour au bercail, chez Ripple Music où tout a commencé, après une surprenante embardée chez Napalm Records. Depuis « Blood & Iron » sorti il y a quatre ans, il a également changé deux fois de batteur et c’est désormais Shane Shook qui œuvre derrière les fûts, après l’intermède de deux ans assuré par Casey Wainright. Les Américains sont aujourd’hui en ordre de marche avec Chris Sullivan (chant, guiatre), Jeff Cole (guitare), Jeremy Lovins (guitare) et Terry McDaniel (basse). Un line-up qui a fière allure… même à quatre sur la photo.

« Wizard’s Light » confirme de bonnes intentions sans doute nées de tous ces changements et WOLFTOOTH semble même plus aguerris que jamais. Pourtant, pas de bouleversements musicaux, le Stoner Metal du groupe est toujours aussi puissant et incisif, et c’est surtout dans la volonté et la créativité que tout se joue. Les références lorgnent encore vers la NWOBHM, un Hard Rock très 70’s et bien sûr le Black Sabbath de la première période, notamment dans le chant de son frontman. Captivant dans sa narration également, les guitares résonnent fort et juste sur ce nouvel opus.

L’intro « Hymn Of Belgarath » plante le décor et sert de rampe de lancement pour « Sightless Archer », qui vient déjà tout bousculer. Sur un rythme effréné, WOLFTOOTH est totalement libéré et son Stoner débridé laisse le charme agir. La rythmique est brute et aussi lourde que rapide, tandis que les guitares font le show entre riffs tranchants, twin-guitares relevées et solos plein de feeling (« Darkness Path », « Wizard’s Light », « Armor Of Steel », « War Brigade », « Bloodline »). Le quintet poursuit l’aventure avec beaucoup d’assurance et fait cohabiter Heavy Metal et Hard Rock dans un Stoner rutilant.  

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Alternative Rock International

Preyrs : a regenerative power [Interview]

Alors qu’elle commençait à se faire un nom, Amy Montgomery a fait le pari d’en changer et de s’afficher en groupe : une belle preuve de ce qui l’unit à ses musiciens depuis le début. Pour autant, PREYRS est la suite logique de l’aventure menée par la chanteuse irlandaise depuis quelques années déjà et dont Rock’n Force s’est fait l’écho dès le début. Le quatuor prend également une autre dimension avec sa récente signature chez Pelagic Records et la sortie de son premier album, « The Wounded Healer ». Légèrement plus sombre et plus massif encore, c’est dans un Alternative Rock peut-être aussi plus arrangé que la frontwoman et ses musiciens œuvrent désormais et ce cap franchi vient confirmer tout le potentiel entrevu notamment sur « Astil » il y a deux ans. L’occasion de faire le point avec une artiste passionnée, enthousiaste, positive et heureuse de la trajectoire prise par son combo.   

– Tu t’en doutes, ma première question concerne ce passage d’AMY MONTGOMERY à PREYRS. Au moment où ton nom commence à être connu et reconnu dans le milieu, c’est un choix très audacieux. Pourquoi ce changement et de qui est aujourd’hui composé le groupe ? Avez-vous gardé le même line-up ?

Pendant l’écriture de l’album, nous avons constaté un changement radical dans le style des paroles et de la musique. C’était plus sombre, plus intense, comme un nouveau chapitre. Nous avons alors décidé que cette liberté d’explorer et d’expérimenter de nouveaux horizons musicaux et textuels était essentielle pour nous. Il était donc temps de donner un nom au groupe. Cela nous permet aussi de mieux définir notre identité musicale, tout en me laissant la possibilité de créer et de sortir de la musique sous mon nom à l’avenir. Désormais, nous avons des axes clairs : plus de musique, plus de concerts et plus de variété ! La formation reste la même, à l’exception du bassiste, Ciarán McGreevy, qui a rejoint le groupe cette année. Je m’occupe de l’écriture et du chant, Michael Mormecha de la composition, de la production et de la batterie, Nolan Donnelly de la guitare et donc Ciarán de la basse.

– Alors que tu avais sorti « Astil » et un live enregistré chez toi à Belfast sous ton nom, la création de PREYRS correspond à votre signature chez Pelagic Records. Est-ce que cela a été l’une des conditions du contrat, ou au contraire l’occasion pour toi de passer à la formation de groupe et de repartir, peut-être pas de zéro, mais en tout cas avec beaucoup de choses à reconstruire ?

Non, ce n’était absolument pas une condition du contrat. C’était un choix entièrement et vraiment personnel. Nous avions prévu de sortir cet album en indépendant, à tel point que nous avions déjà mis en ligne le premier single. Nous avons ensuite contacté Pelagic et avons rapidement sorti le premier single de PREYRS, réorganisé notre planning et préparé l’annonce de la signature avec le groupe. Nous devons reconstruire beaucoup de choses, c’est certain, mais les bases sont solides, tout comme notre vision pour PREYRS. Nous connaissons précisément nos objectifs et nos intentions pour ce projet, ce qui en fait une aventure passionnante ! C’était également incroyablement courageux de la part de Pelagic de nous prendre sous son aile alors que nous étions un projet quasiment nouveau et eux aussi ont perçu notre potentiel ! (Sourires)

– Toujours au sujet de cette signature chez Pelagic Records, est-ce que le fait de beaucoup tourner en Allemagne et d’y passer beaucoup de temps a-t-il joué en votre faveur ? D’ailleurs, êtes-vous dorénavant installés là-bas ?

Je pense que nos nombreuses tournées en Allemagne nous ont d’une certaine manière menés à Pelagic, car toutes les expériences de la vie sont liées. Tourner beaucoup, où que ce soit, et remplir les salles, ou avoir déjà une petite base de fans fidèles, c’est toujours un atout. On a construit quelque chose de vraiment spécial ici en Allemagne, grâce à un travail acharné ces dernières années. Comme je le disais, c’est petit, mais c’est une base très solide car on a une excellente relation avec ceux qui nous soutiennent. Ça joue toujours en notre faveur. Aujourd’hui, je partage mon temps entre l’Allemagne et l’Irlande… une double vie, en quelque sorte ! (Sourires) Et pour que les tournées fonctionnent, on a deux installations ici et là-bas.

– Parlons de « The Wounded Healer », un premier album où l’on retrouve bien sûr ton style. Et si mes souvenirs sont bons, tu étais partie au Canada en Ontario pour travailler sur ces nouveaux morceaux. Comment s’était passé ce séjour et cette expérience ? Et pourquoi partir si loin ?

C’est exact ! Michael avait reçu un coup de fil de Chris Brown, notre ami musicien et producteur canadien, pour enregistrer des parties de batterie sur un album qu’il produisait. Nous lui avons expliqué que nous avions prévu d’écrire et d’enregistrer ce mois-là en Irlande, et l’idée de réunir nos projets respectifs a rapidement germé. Deux semaines plus tard, nous nous sommes envolés pour Toronto, puis nous avons rejoint Wolfe Island, où Chris avait transformé tout le rez-de-chaussée de l’hôtel en studio improvisé. Nous y avons passé un mois entier, en plein hiver et dans un froid glacial ! (Sourires) C’était comme une retraite d’écriture. Une expérience totalement inédite. Le changement d’environnement, de matériel et d’approche a indéniablement influencé notre musique. Se lever à six heures tous les jours à cause du décalage horaire et se mettre directement à composer… Ce fut un mois de création magnifique, intense, introspectif et rigoureux. Nous avons ensuite repris les démos que nous avions réalisées, conservé quelques pistes originales enregistrées au Canada et celles que nous souhaitions réenregistrer, et nous l’avons terminé en Irlande en février.

– Une Irlandaise de Belfast qui enregistre un album au Canada pour le sortir sur un label allemand n’est pas banal du tout. Quel est l’endroit où tu te sens le mieux et où ta créativité s’exprime pleinement aujourd’hui ? Ca reste l’Irlande ? 

Excellente question ! La créativité se manifeste de bien des façons. Personnellement, je suis particulièrement inspirée par les expériences inédites, ce qui explique mon intérêt précoce pour les voyages et la découverte de différentes cultures. Mais ce qui est irremplaçable, c’est l’esprit irlandais, ou ce fameux ‘craic’ (que l’on peut traduire par passer du bon temps de manière très expressive ! – NDR), comme on dit chez nous. Je ne le retrouve nulle part ailleurs, et c’est un réconfort qui me donne envie de revenir chez moi. En matière de créativité, il suffit d’avoir l’espace et la permission de s’exprimer librement et de laisser voguer ses idées. Avec cet espace, la créativité peut s’épanouir partout. Il est cependant essentiel de se nourrir d’expériences enrichissantes, et pour cela, il faut être pleinement présent. C’est ainsi que l’inspiration peut surgir au moment et à l’endroit propices.

– La première chose qui s’impose sur « The Wounded Healer », c’est cette évolution vers un Alternative Rock plus marqué et massif. Est-ce le registre que tu souhaitais obtenir dès le départ ?

Quand on compose, on utilise une guitare acoustique, un piano ou un synthé. Dès la composition, la chanson peut prendre n’importe quelle direction en termes de production. On avait clairement en tête de donner à cette musique une ambiance et une ampleur similaires à celles de « Change Change », par exemple. De ce point de vue, c’était peut-être un peu préconçu. Mais au final, notre objectif principal était d’écrire de bonnes chansons sans les enfermer dans un genre trop tôt. En revanche, pour la production, on voulait absolument un son puissant et ample ! Michael (Morchecha – NDR) a fait un super boulot là-dessus avec Alex Loring au mixage.

– Toutes les chansons de l’album ont aussi été composées avec Michael Mormecha. Est-ce pour cette raison qu’il contient plus de sonorités électroniques, là où ton Rock était précisément plus brut ? C’est une évolution naturelle pour toi ?

J’ai tellement composé avec Michael par le passé que rien n’a vraiment changé de ce côté-là. Parfois, j’ai déjà la structure de base ou l’idée, et Michael lui donne vie musicalement et à la production. C’était déjà le cas pour des morceaux solo, même à l’époque de « Dangerous ». Les influences de Michael sont aussi variées que les miennes. Outre de nombreuses influences Rock, nous avons toujours été inspirés par des groupes comme The Prodigy, Chemical Brothers et Soulwax, et je pense donc qu’il est tout à fait naturel que cela se ressente dans la production. C’est une évolution naturelle, oui ! Mais cela ne veut pas dire que je ne sortirai jamais de morceaux au son plus brut et naturel sous mon nom. Nous sommes très ouverts et l’évolution ne signifie pas forcément l’arrêt définitif d’un certain style.

– Parlons justement de la production de « The Wounded Healer », qui est plus massive et très soignée dans les arrangements avec aussi un aspect plus sombre globalement. Avez-vous changé vos habitudes d’enregistrement et est-ce que l’album a été proposé tel quel à Pelagic Records ?

Comme je te le disais, le changement radical d’environnement a indéniablement influencé nos habitudes d’enregistrement. Nous n’avions plus notre matériel habituel, nous avons donc fini par composer et enregistrer des démos avec beaucoup d’équipement vintage. Je pense néanmoins que nous serons toujours attirés par le son analogique, même en travaillant en numérique. Cette authenticité est toujours présente dans la production, malgré un son légèrement plus lissé. L’album a été soumis tel quel au label. Nous avons toujours été extrêmement indépendants, et l’autoproduction et le fait de disposer de notre propre studio ont toujours été un atout. Et l’album étant terminé, toute la création nous appartient.

– De tes précédents enregistrements, tu as gardé « Change Change », qui est un énorme hit en puissance. Est-ce le genre de chanson dont on ne peut se défaire si facilement ? Et avait-elle besoin d’un petit lifting pour être dans la continuité de l’album, au moins au niveau du son ?

Ah oui ! « Change Change » est vraiment un titre incontournable, un morceau qui, je crois, avait toute sa place avec PREYRS. On est en tournée en ce moment avec New Model Army, et on joue aussi « Astil », un autre titre de mon ancien répertoire, en live. Parce que ça colle parfaitement. D’ailleurs, « Change Change » n’a pas été modifié pour cet album… ironiquement ! Il a été remasterisé pour que les subtilités sonores s’intègrent bien au reste de l’album, mais à part ça, il est identique. C’est ça qui est génial avec la composition : cette liberté. Quand on a créé un morceau, on a le pouvoir de le jouer dans n’importe quel set, n’importe quel projet et comme on veut ! On gagne plein de nouveaux fans, qui ne connaissaient pas ma musique avant, alors pour eux, « Change Change » est un morceau de PREYRS. Question de perception, non ? C’est marrant ! (Sourires)

– Pour toi qui vis littéralement pour la scène, cela a du être un grand moment de partager l’affiche avec New Model Army. Quels sont tes projets de ce côté-là car, dorénavant, l’Europe te tend les bras ?

Absolument ! Nous sommes en route pour jouer ce soir le huitième concert de la tournée New Model Army (Interview réalisée le 12/11 – NDR). On espère vraiment que le public apprécie notre musique ! Les concerts se déroulent à merveille, toutes les salles étant pleines dès le début de nos sets, c’est tout simplement génial. Ça en dit long sur le public de NMA. Ce sont parmi les plus grands concerts que nous ayons jamais donnés, c’est donc un début idéal pour l’aventure PREYRS. Pour ce qui est de développer notre présence en Europe, nous avons deux mois de tournée en tête d’affiche l’année prochaine, avec un focus sur l’Allemagne avec vingt concerts en mars, ainsi qu’une tournée française en avril, dont l’annonce est imminente. Notre objectif est de continuer à progresser, à jouer, à composer et à sortir des albums ! Avec une super équipe autour de nous, on ne voit aucune raison pour que suivre notre cœur et notre passion ne fonctionne pas ! Un pas après l’autre ! (Sourires)

L’album de PREYRS, « The Wounded Healer », est disponible chez Pelagic Records.

Retrouvez également la chronique d’« Astil » et l’interview d’Amy à l’occasion de la sortie du single « Change Change » :

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Alternative Metal Alternative Rock

Kill The Princess : forcer le destin

C’est grâce à une fan-base aussi impliquée qu’elles que les Franciliennes ont pu financer ce nouvel effort, leur garantissant une totale indépendance et la liberté de présenter ce crépitant « A Fire Within », particulièrement réussi. De grosses guitares, une rythmique qui bastonne et groove sur un chant très polymorphe, KILL THE PRINCESS s’invite dans la cour des meilleures formations françaises actuelles. Son Alternative Metal/Rock prend autant aux tripes qu’il en devient vite addictif. Avec une identité claire, un propos tenace et se tenant loin des clichés, les quatre musiciennes s’affirment avec authenticité dans un registre dense  et animé d’une rage saine.

KILL THE PRINCESS

« A Fire Within »

(Music Maze)

Après « Bitter Smile » sorti il y a deux ans et plutôt bien accueilli, KILL THE PRINCESS signe un deuxième album fracassant et d’une grande maturité artistique. Porté par un nom qui ne doit rien au hasard et un désir farouche de voir plus de femmes sur le devant de la scène, le quatuor ne cache bien sûr pas son engagement et affiche un fort caractère à travers des titres bien ciselés et accrocheurs. Frais et véloce, « A Fire Within » vient confirmer les intentions du combo féminin dans cet Alternative Rock, tirant sur le Metal tout en restant très mélodique. Le brûlot joue autant sur les émotions que sur la puissance, et c’est là toute sa force.

Mené par sa fondatrice Ornella Roccia (guitare, chant), KILL THE PRINCESS trouve son équilibre grâce à la complicité et l’osmose créées avec Céline Vannier (basse), Emilie Poncheele (guitare) et Eva Heinrich (batterie). Sans compromis et à grand renfort de riffs massifs, elles se font les porte-paroles d’une génération déterminée à changer le cours des choses et cela passe aussi et surtout par des textes aussi militants que sensibles, volontaires, lucides et vulnérables. Un parti-pris qui refuse les œillères pour mieux avancer et qui rend ce nouvel opus tellement attachant et percutant à la fois. Une hybridation très réfléchie.

Si le magnétisme de sa chanteuse est évident, c’est qu’il impressionne par sa maîtrise, notamment dans les graves. Certes, on pense parfois à Deborah Dyer, alias Skin, de Skunk Anansie (« Pieces »), mais lorsqu’elle hausse le ton comme sur « Grim Survival », c’est pour mieux asséner haut et fort un message d’une grande justesse. KILL THE PRINCESS fédère autant qu’il fait frissonner et brille par son habilité à transmettre une énergie positive et combative (« Bury The Castle », « Your Denial », « Glass Ceiling », « Dice Doll » et « Under The Water » qui clot ce nouveau chapitre avec classe). D’une flamboyante sincérité !   

Photo : Elise Thénard

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Heavy metal Old School Speed Metal

StarForce : cosmic lightning

Une belle dynamique, des riffs tranchants et des refrains accrocheurs, STARFORCE se montre déjà plein de confiance sur ce premier long format. Faisant preuve de beaucoup de minutie en naviguant dans un Heavy vintage aux pulsations Speed, le combo fait éruption sur la scène du Mexique et devrait bientôt s’atteler à l’international. Rigoureux, solide et bien structuré, « Beyond The Eternal Night » est particulièrement intense et oscille entre fulgurances Metal et passages plus délicats.

STARFORCE

« Beyond The Eternal Night »

(Jawbreaker Records)

Après un EP, deux splits et une flopée de singles, STARFORCE sort son premier album quatre ans tout juste après sa formation et sa qualité impressionne déjà. En basant son univers sur des récits cosmiques, le quintet peut exploiter son Heavy Speed en se laissant aller dans des thématiques Sci-Fi, ce qui lui offre l’étendue d’une galaxie pour s’exprimer. S’ils ne sont pas les premiers à s’engouffrer dans la brèche, d’autant que leur registre est clairement axé 80’s, les Mexicains le font avec beaucoup de talent et de précision. Une entrée en matière saisissante de maîtrise.

Située quelque part entre Enforcer et Helloween à ses débuts, la formation de Mexico fait un peu cavalier seul dans ce registre chez elle et ce n’est pas plus mal. N’ayant rien à envier à d’autres dans la même catégorie, STARFORCE se montre original, percutant, mélodique et techniquement irréprochable. Guidé par Mely Solis, dont la voix ne manque ni de puissance, ni de polyvalence, « Beyond The Eternal Night » affiche également une bonne production, aussi claire que massive. L’équilibre est parfait et l’esprit Old School des morceaux y gagne vraiment en éclat.

Preuve que le quintet sait faire preuve d’audace, après l’intro, c’est avec un titre chanté en espagnol (« Andrómeda ») qu’il ouvre son premier opus. D’ailleurs, il récidive de belle manière avec « Piel Helada » et « Sonata En Bm ». STARFORCE est sûr de son fait et ses deux guitaristes se montrent redoutables (« Rock And Roll Slave », « Sign Of An Angel », « Space Warrior »). Et si la frontwoman impressionne par son assurance, l’autre coup de théâtre vient du batteur qui s’offre un petit solo, façon live, sur le très bon « Stay Heavy ». Plus que prometteur !

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Rock Hard

Cassidy Paris : rockin’ lady

Même si elle n’était déjà plus une débutante, CASSIDY PARIS avait réalisé une belle entrée en matière avec « New Sensation » il y a deux ans. Le plus difficile est toujours de confirmer et avec « Bittersweet », la mission de la jeune artiste est accomplie. Se référant aux pionnières du Rock, tout autant qu’à la scène Hard Rock 80’s, ainsi qu’à certaines tendances plus modernes, la musicienne réussit le tour de force d’actualiser un registre qui a fait ses preuves et auquel elle apporte sa personnalité avec beaucoup d’impact et de conviction.

CASSIDY PARIS

« Bittersweet »

(Frontiers Music)

Du haut de ses 23 ans, CASSIDY PARIS compte déjà deux EPs (« Broken Hearted » et « Flirt ») et un premier album, « New Sensation » sorti en 2023 et très bien accueilli. La jeune chanteuse et guitariste continue sur sa lancée et livre aujourd’hui « Bittersweet », où elle marque certaines intentions de manière très claire. Tout d’abord, elle a grandi bien sûr et sa musique aussi. Dans un Rock musclé tirant sur le Hard Rock et très inspiré par la scène américaine avec des groupes comme Bon Jovi ou Warrant notamment, elle emprunte aussi à ces consœurs une fougue féminine à la fois sexy et débridée, façon Pink et Avril Lavigne.

Toujours entourée de son complice Paul Laine, ainsi que Steve Brown, CASSIDY PARIS s’affirme enfin, là où « New Sensation » versait peut-être dans des mélodies faciles. La frontwoman durcit le ton, impose sa voix qui a aussi gagné en puissance et surtout présente des parties de guitares nettement plus convaincantes. L’australienne a mûri et cette maturité s’en ressent dans ses compositions. Egalement compositrice, elle raconte ici sa vie de jeune femme sans détour et s’adresse directement à ses fans qui la suivent aux quatre coins du monde. Sincère et convaincante, elle roule pour un Rock Hard fédérateur.

Sur une production très moderne, « Bittersweet » est accrocheur, bardé de riffs costauds, de solos bien sentis et de chœurs qui apportent ce souffle ‘Power Pop’ très rassembleur. Si elle sait se faire plus douce sur des titres mid-tempos parfois touchants (« Can’t Let Go »), CASSIDY PARIS révèle son caractère sur des morceaux plus pêchus et entraînants, où elle se montre vocalement très sûre d’elle (« Butterfly », « Stronger », « Wannabe », « Undecided », « Brand New Day », « Is Anybody Out There »). Si certaines influences sont toujours très présentes, une personnalité émerge vraiment et on ne parle plus ici d’épiphénomène.   

Photo : Ian Ritter

Retrouvez son interview à l’occasion de la sortie de « New Sensation » :

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Rock Progressif

Airbag : la beauté et l’élégance

Aérienne et immersive, deux adjectifs qui reviennent régulièrement et de manière inévitable qualifier la musique d’AIRBAG. Pleine d’émotion et hors du temps, elle possède ce don de transcender un Rock Progressif qui, s’il ne manque pas de références, a su les gommer au fil des disques pour devenir parfaitement identifiable. Le combo possède un son et une élégance inimitable qu’il parvient à restituer en concert, grâce à un répertoire pointu et d’une sophistication non-exagérée. « Dysphoria (Live In The Netherlands) » vient couronner et se faire le témoin d’une dernière tournée qu’il fallait immortaliser.

AIRBAG

« Dysphoria (Live In The Netherlands) »

(Karisma Records)

Un peu plus de 20 ans après leur première invitation en format court, « Come On In », AIRBAG est devenu incontournable dans le petit monde du Rock Progressif. Alors qu’on les retrouve souvent à cinq sur scène, c’est surtout le trio composé d’Asle Tostrup (chant, claviers, programmation), Henrik Bergan Fossum (batterie) et Bjørn Riis (guitare, basse, claviers et chant) qui œuvrent à la création. Cette fois au complet, c’est au Poppodium Boerderij de Zoetemer au Pays-Bas, qu’ils ont capté l’une de leurs prestations et le plaisir s’étend ici sur près d’une heure quarante pour un voyage aux paysages captivants.

Les fans apprécieront, d’autant que malgré une discographie de six albums, les Scandinaves n’avaient pas encore enregistré d’album live. C’est donc chose faite avec « Dysphoria (Live In The Netherlands) », doublement fourni et qui, en plus de proposer l’intégralité du dernier opus studio « The Century Of The Self », rassemble leurs désormais classiques. Afin de retrouver toute la finesse et la précision de leur travail en studio, c’est leur ingénieur du son de longue date, Vegard Kleftås Sleipnes, qui s’est chargé de restituer la couleur et la brillance du répertoire d’AIRBAG. Un travail minutieux et exemplaire en tous points.

Artistiquement, les Norvégiens sont probablement à leur apogée, tant leurs dernières productions sont d’une créativité toujours renouvelées et c’est cette énergie forte combinée à une beauté très délicate qui transparaît sur ce live. Amples et cinématographiques, les morceaux prennent ici une dimension supplémentaire pour livrer des moments assez époustouflants (« Machines And Men », Redemption », « Dysphoria », « Erase », « Tear It Down » et ses 16 minutes, ou encore « Homesick » qui clot le concert sur plus de 20 minutes). AIRBAG confirme qu’il est aussi un véritable groupe de scène à l’intensité rare.

Photo : Anne-Marie Forker

Retrouvez les dernières chroniques et interviews du groupe, ainsi que celles des albums solo de Bjørn Riis :