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Ritual Arcana : supernatural impulsions [Interview]

C’est un envoûtement, un rituel, une sorte de tornade mêlée de Hard Rock et Doom Metal dans des atmosphères occultes que propose RITUAL ARCANA sur son premier album éponyme. Le power trio américain se présente avec un line-up cinq étoiles, où chacun apporte sa pierre à un édifice solide et maléfique. Issus de The Obsessed et Saint Vitus notamment pour son guitariste, Scott ‘Wino’ Weinrich, de The Black Lips pour son rugueux batteur Oakley Munson, de Moth pour sa frontwoman et bassiste, ces musiciens se sont naturellement retrouvés autour d’un registre, où leur empreinte se fait déjà sentir. Sombre mais entraînant, « Ritual Arcana » captive autant par son univers un brin lugubre que par cette production brute et authentique, qui traverse ce premier effort dans un élan obsédant. SharLee LuckyFree, dont la voix stellaire illumine la formation, revient sur la magie qui opère avec ses partenaires.

– Tout d’abord, vous êtes trois fortes personnalités reconnues dans l’univers du Metal et du Rock et j’imagine que vos chemins ont déjà du se croiser avant la formation du groupe. Quand RITUAL ARCANA est-il né dans vos esprits ? Quel a été le déclic ?

L’idée de RITUAL ARCANA a commencé à germer dans mon esprit lors d’une tournée européenne avec The Obsessed il y a environ trois ans. Lors d’une longue promenade en solitaire, j’ai réalisé qu’il était temps d’acheter une nouvelle basse. Mais le destin a voulu que je retrouve ma Gibson EB0 de 1967 à notre retour. Parallèlement, j’écrivais beaucoup de poésie sur la route. De retour, je me suis concentrée sur l’écriture de chansons et j’en ai composé onze, dont j’ai enregistré les démos. Neuf se sont retrouvées sur l’album, les deux autres étant des bonus. Wino (Scott ‘Wino’ Weinrich – NDR) a adoré les morceaux ! Ce qui compte beaucoup pour moi, car c’est mon musicien préféré et un auditeur très attentif. Il a donc accepté de rejoindre le groupe et a considérablement enrichi les chansons en y ajoutant ses guitares. Il a également composé un morceau intitulé « Occluded ». Dès que nous avons commencé à jammer avec Oakley (Munson – NDR) à la batterie, tout s’est mis en place. Et oui, en effet, nos chemins s’étaient croisés bien avant la formation du groupe. J’avais vu Wino jouer en concert à de nombreuses reprises, que ce soit avec The Obsessed, Saint Vitus, Shrinebuilder, Acoustic, etc… et j’étais une grande fan de sa musique. Finalement, lors d’un concert d’Obsessed à Washington en 2018, nous nous sommes rencontrés et cela a été le coup de foudre. Nous sommes mariés depuis plusieurs années.

– Est-ce que l’idée d’associer Hard Rock et Doom Metal dans un esprit Heavy Rock occulte vous a immédiatement paru évident, car vos parcours respectifs semblaient aussi tout indiqués ?

L’écriture des chansons s’est faite très naturellement, sans se soucier du genre. Je pense que nous nous exprimons simplement dans l’univers du Hard Rock/Doom Metal, parce que c’est ce que nous sommes.

– RITUAL ARCANA est véritablement un super trio et on imagine même pas le groupe avec un membre supplémentaire, Est-ce que ce line-up et sa formule power trio est celui que vous attendiez tous les trois et quelles sont les possibilités d’une telle formation qui vous ont tout de suite sauté aux yeux ?

Je me sens vraiment privilégiée de jouer avec Wino et Oakley. Je savais seulement que j’avais plein de chansons prêtes à prendre vie, qui mûrissaient en moi. Ma première passion a toujours été le Rock’n’Roll, et jouer et écrire des chansons sont pour moi les formes de guérison et de catharsis les plus puissantes que je connaisse. Et ce qui est génial, c’est que c’est aussi très amusant. Je me sens toujours mieux après avoir joué. Et quand j’ai besoin d’exprimer des émotions, je trouve qu’écrire une chanson est le meilleur moyen de les intégrer et de transfigurer les énergies négatives. Nous avons tous les trois une alchimie très spéciale, et lorsque nous unissons nos forces, nous ouvrons un portail vers une énergie encore plus grande. La magie de la musique !

– Vu vos antécédents, les idées ont du fuzzer assez rapidement et ce premier album témoigne parfaitement de la créativité à l’œuvre dans le groupe. Justement, comment sont nés ces morceaux, et êtes-vous tous les trois portés par la même impulsion, que ce soit au niveau des textes comme de la musique ?

Comme je te le disais, je suis la principale compositrice du groupe, même si Wino y contribue également. Nous travaillons toujours ensemble sur les morceaux. Quant à cet album, je l’ai écrit sur une période d’environ un an, inspirée par une grande variété d’impulsions, d’intérêts et d’expériences : du bonheur au chagrin, de l’aventure à la mélancolie, la vie elle-même et le surnaturel.

– RITUAL ARCANA possède un coté magnétique et sombre, qui s’inscrit brillamment dans l’univers de l’occulte et cette voix pleine d’autorité t’offre un rôle de grande prêtresse. Vous êtes-vous penché sur un concept précis avant l’écriture de l’album, ou l’inspiration est-elle venue au fur et à mesure ?

L’inspiration m’est venue de mon vécu et les sujets abordés reflètent ce qui me passionne au quotidien. Les thèmes de l’album ne se limitent donc pas à des concepts musicaux, mais s’appuient sur l’expérience, l’émotion et des convictions profondes. Je crois en la magie, au pouvoir du son, à sa capacité à guérir et à élever les âmes, ou, dans le cas d’émotions plus sombres ou plus intenses, à transfigurer. Au-delà de sa contribution à l’écriture des chansons et, bien sûr, de son jeu de guitare, Wino est mon mentor musical, et peut-être mon ‘détraqueur’ aussi ! (Rires) Il m’a énormément aidé à progresser en tant que bassiste et chanteuse.

– Grâce à un Hard Rock surnaturel et intemporel, on pense bien sûr à vos anciennes (et actuelles) formations, Il y a quelque chose d’inquiétant, de frénétique et aussi de sublime dans le jeu et le son de RITUAL ARCANA. On vous sent à la fois possédés et tout en maîtrise. La production est aussi brute et organique pour un résultat authentique. Est-ce une musique que l’on doit vivre pour la jouer si intensément ?

Merci beaucoup. Et effet, l’expérience directe est absolument essentielle. Cette musique n’est pas faite pour tout le monde, seulement pour ceux qui la ressentent, notre tribu Rock’n’Roll. Ce rituel sonore est une invitation à la libération, et il n’y a pas de meilleur moment qu’à l’heure actuelle.

– L’épaisseur des riffs et ce groove infaillible rendent RITUAL ARCANA captivant à plus d’un titre et il règne une grande liberté sur l’album. On a le sentiment que vous ne vous êtes posés aucune limite en studio. Comment était l’ambiance entre vous à ce moment-là ?

Nous avons passé un super moment en studio, et c’était un vrai plaisir de travailler avec Frank Marchand derrière la console. L’album était déjà terminé et enregistré sur démo, mais c’est vraiment en studio qu’il a pris vie. L’ambiance était géniale : nous étions tous ensemble dans le Maryland, et c’était un bonheur de vivre et de respirer les chansons tous les trois pendant tout ce temps.

– Enfin, avec un tel casting et un tel album, on ne peut qu’espérer que RITUAL ARCANA ne soit pas un one-shot. Y a-t-il des concerts déjà prévus et peut-être même déjà l’idée d’une suite à « Ritual Arcana » dans un coin de vos têtes ?

Oui, nous venons tout juste de commencer les concerts ! C’est une courte tournée américaine, mais nous serons dans le New Hampshire, à New-York, à Philadelphie, à Washington D.C., en Caroline du Nord, à Atlanta, dans le Kentucky et dans l’Ohio. Et c’est vrai que nous commençons déjà à travailler sur notre prochain album. Enfin, merci beaucoup pour le temps que tu nous a accordé et aussi d’avoir écouté l’album. Et nous serions ravis de venir en France le moment venu. On vous embrasse !

L’album éponyme de RITUAL ARCANA est disponible chez Heavy Psych Sounds.

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edito

Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil ! [Edito]

A l’heure où on ne parle plus que des haters, des trolls et autres rageux en ligne, il y a tout de même un phénomène que l’on oublie un peu trop facilement. Car, s’ils sont nombreux à déverser leur venin et leur fiel sur des réseaux asociaux devenus quasi-bibliques pour beaucoup, les médias dits ‘classiques’ ont peut-être aussi leur part dans ce marasme. Pour rester dans le domaine musical, qui s’aventure aujourd’hui à écrire une chronique négative, mais objective, où l’on oserait encore aller à l’encontre de la bienséance, ainsi que des artistes et de leurs communicants ? Plus grand monde, a priori, et Rock’n Force en premier !

Oh ! Pour le site, l’excuse est toute trouvée. Il sort tellement d’albums par mois qu’il m’est impossible de tous les évoquer. Alors, le choix de ne parler que des meilleurs paraît donc assez évident et surtout logique. A moins d’avoir vraiment mauvais fond, il faut quand même avoir du temps à perdre, ce que je n’ai pas. Et puis, quitte à donner un conseil d’écoute, autant qu’il soit bon, non ? Cela dit, c’est vrai qu’on pourrait aussi faire la liste des disques épouvantables et à déconseiller fortement. Mais là, on s’expose à coup sûr à ce que celle-ci soit bien plus longue que les productions de qualité. Il n’y a d’ailleurs même pas débat. C’est vraiment une évidence !

Après, il arrive certainement que quelques albums chroniqués ici ne soient pas au goût de tous. Certes, mais objectivement, leur qualité intrinsèque n’est pas à remettre en question, me semble-t-il. Le fait que Rock’n Force ait pris le parti de fonctionner au coup de cœur m’arrange aussi beaucoup, je le reconnais. Ainsi, je m’évite bien des écueils, des prises de tête inutiles et des conflits à n’en plus finir. Et le site a d’ailleurs été conçu pour ça. L’idée est de présenter ce qui me paraît intéressant, pas forcément incontournable ou essentiel, mais qui mérite qu’on s’y attarde ne serait-ce qu’un instant. Et cela fait tout de même pas mal de monde, malgré tout !

Bien sûr, l’arrivée de l’IA dans la musique en effraie plus d’un et à juste titre. Seulement, pour qui a une fibre musicale un peu développée, cela s’entend très vite. Il y manque l’âme, bien sûr, mais aussi toutes ces petites choses qui nous confortent dans l’idée qu’il y a un humain derrière tout ça. Et les éléments deviennent vite évidents. D’ailleurs, le phénomène est exactement le même pour l’écriture d’une chronique ! Là aussi, ce ne sont pas les exemples qui manquent, notamment chez nous et dans un très grand nombre de webzines. Par chance, il y a suffisamment de fautes de frappe, ou d’inattention, dans Rock’n Force pour ne pas douter de l’authenticité de mon propos !

Enfin, qu’on se le dise une bonne fois pour toutes : on assiste aussi, et inévitablement, à un nivellement vers le bas dans les productions actuelles qu’elles soient françaises ou internationales. Le talent et l’originalité n’ont pas totalement disparus, et c’est tant mieux, mais l’autosatisfaction (dont je fais aussi preuve ici !) prend de plus en plus de place et la moindre contradiction d’un tiers, c’est-à-dire d’un média, est très mal perçue dans ce petit milieu. Pourtant, notre beau pays n’a jamais compté autant de groupes et d’artistes surcotés et pauvres en créativité qu’aujourd’hui ! Ainsi, modestement, Rock’n Force essaie d’y mettre un peu de clarté en les ignorant.

Personne n’a la science infuse et le site n’aura jamais cette prétention. N’oublions pas que les haters n’existent que pour eux-mêmes, à défaut d’avoir un semblant de vie et un peu de répartie. Et surtout, restez curieuses et curieux, vigilantes et vigilants et n’oubliez pas qu’on a aussi toutes et tous le droit à quelques moments d’absence et de plaisirs coupables… du moment qu’ils ne nuisent pas à notre entourage. Bonne lecture et un grand merci pour votre fidélité croissante ! Rock on !

PS : en photo, le superbe studio Kerwax à Loguivy-Plougras en Bretagne.

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Alternative Metal Alternative Rock Nu Metal

Headkeyz : reflet de sa génération

Fidèle à son époque, à l’air du temps et à ses inquiétudes, le quintet livre la suite et la fin de son concept-album, « The Cage & The Crown », démarré deux ans plus tôt. En jouant sur une certaine modernité et en faisant l’amalgame de nombreux courants, HEADKEYZ se perd parfois et semble courir après une identité qui lui échappe encore. Si le combo peut se reposer sur une production solide, celle-ci souffre d’un manque de relief et d’une authenticité, qui lui conféreraient pourtant une belle assise. Un « Chapter II » qui aurait mérité plus de panache et moins d’arrangements. 

HEADKEYZ

« The Cage & The Crown Chapter II »

(Independant)

Sorti en 2023, « The Cage & The Crown Chapter I » avait dévoilé un groupe pour le moins audacieux. En optant pour un diptyque dès ses premiers pas sur la scène hexagonale, HEADKEYZ n’a pas hésité à placer la barre très haut. Et il faut reconnaître que la maîtrise et l’univers du groupe ont de quoi séduire, tant ils sont le reflet de leur temps et surtout de leur génération. Entre Rock et Metal, avec des bases alternatives et Nu Metal, les Montpelliérains savent où ils vont, guidés par leur frontman Edge (Adrien Girard), garant et maître d’œuvre de la direction artistique.

Comme son style et sa personnalité musicale semblent encore chercher une voie claire et précise, HEADKEYZ ne se refuse à peu près rien sur ce « Chapter II », pourtant solide malgré des absences créatives comme ce « Rotten Party » presque surréaliste. Mais cet égarement ponctuel laisse place rapidement à des morceaux plus costauds, dans le fond comme dans la forme. Et l’un des éléments notables de ce second volet est sa production. Alors que le premier avait été masterisé par Howie Weinberfg (Nirvana, Deftones), celui-ci l’est par Emerson Mancini (Linkin Park, Paramore).

Forcément conceptuel, ce deuxième opus possède un petit côté cinématographique agréable, mais il peine à réellement accrocher l’auditeur, malgré quelques envolées bien senties (« The Crown », « Intoxicated », « Revenge »,« The End »). L’arrivée de Stella Cristi en seconde guitariste apporte du punch et de la vélocité à l’ensemble et lui permet surtout de sortir de sa zone de confort. HEADKEYZ maîtrise son sujet, se montre techniquement à la hauteur, mais manque trop souvent de ce grain de folie qui pourrait tout faire décoller. La route est encore longue.

Photo : Bastien Sablé

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Americana Bluesy Rock Country-Rock

Lucinda Williams : un œil sur le monde

Emouvante et combative, l’Américaine n’a pas son pareil pour mettre ses luttes et ses convictions en musique. Après une parenthèse récréative où elle a repris sur disque les Beatles dans les studios d’Abbey Road, LUCINDA WILLIAMS reprend la plume et la guitare pour se livrer à son domaine de prédilection. Assez Rock et bluesy dans la forme, son Americana fait encore et toujours des étincelles, bien aidée par des musiciens de haut vol. Préoccupée par la situation et les positions de son pays, elle évite tout fatalisme et se montre pleine d’espoir sur ce puissant « World’s Gone Wrong ».

LUCINDA WILLIAMS

« World’s Gone Wrong »

(Highway 20 Records/Thirty Tigers Records)

Le nouvel album, son 17ème, de LUCINDA WILLIAMS s’inscrit comme toujours dans le combat et la protestation. Une quête de liberté, d’égalité et de justice qui lui colle à la peau et qui fait d’elle une artiste unique et authentique, à l’instar d’un Bruce Springsteen. Son engagement est sans faille et « World’s Gone Wrong », dont le titre parole de lui-même, est un reflet de notre époque, une sorte de miroir de notre société, celle où elle vit en tout cas. Composé et enregistré dans l’urgence au printemps dernier, la songwriter lance une sorte de cri d’alarme.

Derrière l’apparente légèreté de son Americana aux élans Blues et Country, le propos est plus sévère et très réaliste. Indomptable, LUCINDA WILLIAMS se nourrit de son quotidien, de sa propre histoire et bien sûr de son environnement. Et le monde qui l’entoure l’inquiète et provoque sa colère. L’Amérique contemporaine qu’elle dépeint avec tant de justesse et de vérité a, cette fois, des allures d’apocalypse. La chanteuse se débat au milieu des mensonges et de la désinformation, mais sans jamais tomber dans le moralisme.

Musicalement, le style ne change pas tellement. On perçoit toujours cette fibre Gospel nichée aux creux des refrains, entre les couplets ou dans un simple accord de guitare. LUCINDA WILLIAMS signe neuf nouvelles compositions et livre une reprise de circonstance avec une invitée de marque. Sorti en single, « So Much Trouble In The World » de Bob Marley prend une toute autre ampleur aux côtés de la grande Mavis Staples, icône de la lutte des droits civiques. Et avec la participation de Norah Jones, « World’s Gone Wrong » est littéralement rayonnant.

Photo : Danny Clinch

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France Glam Rock Psych Rock 70's

Komodor : aventure spatio-temporelle [Interview]

En l’espace de quelques années, les Bretons se sont taillés une solide réputation, menant de front deux formations avec Komodrag & The Mounodor. Un changement de label plus tard, KOMODOR donne enfin une suite à « Nasty habits » avec un deuxième album plus mature et plus assuré, mais qui conserve cet esprit festif et Rock dans une atmosphère toujours 70’s aux élans psychédéliques et à l’énergie Glam Rock. Avec « Time & Space », le quintet amorce presque un nouveau virage avec des compos accrocheuses et audacieuses et un son désormais parfaitement identifiable, qui vient nous rappeler qu’il est avant un groupe de scène. Retour sur les grands axes de cette évolution assez fulgurante, finalement très logique et attendue, avec son guitariste et chanteur Slyde Barnett, heureux de voir ce nouveau chapitre s’ouvrir.

– Lors de notre première interview à la sortie de « Nasty Habits » en 2021, j’avais été surpris par votre signature chez Soulsell Records, qui est un label de Metal assez extrême. Cette fois, on vous retrouve chez les Lyonnais de Riptide Records. C’était une simple erreur de casting, ou en avez-vous tout de même retiré quelques avantages ?

On s’est mis à la recherche d’un label français, parce que ça avait été le cas avec le projet Komodrag & The Mounodor, et les échanges étaient beaucoup plus simples. Au niveau financier, les subventions sont plus nombreuses aussi chez nous. Les labels ici ont plus de moyens et de force de frappe que les labels étrangers, en fait. Pour la promo, par exemple, c’est beaucoup plus développé en France et cela facilite la visibilité pour pouvoir ensuite tourner. C’est nettement plus intéressant pour nous en termes de communication, d’échange et de vitrine pour le groupe finalement. Les interactions avec le label sont quasi-immédiates et beaucoup plus synchronisées. Et puis, à l’époque de « Nasty Habits », on n’avait pas de management. Aujourd’hui, le projet est plus structuré et on a un nouveau tourneur aussi. Et cette équipe toute neuve fonctionne très bien ensemble, il a une grosse entente entre le label, le tourneur et le management. Cela facilite beaucoup de choses et on s’en aperçoit déjà alors que l’album n’est pas encore sorti. Et le fait que tout le monde soit en France aussi aide énormément. Et le label possède également tous les codes d’une communication moderne à travers les réseaux sociaux notamment, ce qui est important car le Rock est plus compliqué à travailler que d’autres styles.

– « Time & Space » arrive cinq ans après « Nasty Habits » et pour cause, vous avez été très occupés. En plus de vos nombreux concerts, vous avez aussi sorti « Green Fields Of Armorica » avec Komodrag & The Mounodor qui vous a mené sur la route également. Quand vous êtes-vous mis à la composition de ce nouvel album, car il n’y a pas eu de véritable break, si ?

Sur la période hivernale, on est toujours un peu plus en off, car l’activité est moins dense. On a donc eu du temps en février dernier (2025 – NDR). Nous avons donc pris un mois et on a composé et enregistré dans la foulée. A l’époque, on avait pas mal tourné en décembre et janvier, et février était plus tranquille. On a profité de ce temps-là pour composer, parce que Moundrag faisait aussi la même chose de son côté. On s’était aussi posé la question d’un deuxième Komodrag & The Mounodor, ou pas. Et puis, nos projets respectifs étaient aussi peut-être voués à mourir, si on ne relançait pas un peu la machine de part et d’autre. Nous sommes donc repartis sur nos projets indépendants en se disant qu’on verrait pour le commun plus tard, quand on aura épuisé la tournée avec ce nouvel album.

– D’ailleurs, passer d’un groupe à l’autre n’a pas un peu compliqué la composition de « Time & Space », car il y a beaucoup de similitudes entre les deux formations ? Arrivez-vous facilement à vous détacher des deux univers ?

Oui, dans nos têtes, c’est bien segmenté en termes d’univers. D’ailleurs, lorsqu’on se retrouve avec Moundrag, on sait vraiment ce qui va pour tel projet. Parfois, on a du temps entre-nous, avant les balances notamment, et on se dit que telle chose ne marchera pas pour Komodrag & The Mounodor, par rapport au style de chacun. On sait vraiment ce qui va convenir à chaque formation. C’est bien séparé dans nos esprits.

– Vous aviez enregistré, mixé et produit « Nasty Habits » vous-mêmes et il semblerait que vous en ayez fait de même pour « Time & Space ». Qu’est-ce qui a changé en cinq ans dans votre approche de cet exercice ?

La vie, tout simplement ! (Sourires) Le temps qui passe, l’expérience, la rencontre avec d’autres musiciens et le fait aussi de bosser avec Moundrag. Ils sont issus du conservatoire et ils ont une éducation musicale plus élaborée et plus poussée que la nôtre pour tout ce qui concerne le travail d’harmonie et d’arrangements. On a beaucoup appris avec eux en composant notamment. Cela nous a permis d’aller plus loin en termes d’écriture dans ce qu’on savait déjà faire. Et puis, on a fait de grosses scènes avec eux, où on a rencontré plein de monde et vu beaucoup d’artistes. Tout ça, que ce soit sur la route ou en studio, nous a énormément fait grandir. Nous écoutons aussi d’autres choses maintenant, venant d’autres univers, donc forcément je pense que tu t’enrichis au fur et à mesure de toutes ces découvertes.

– Mais pour la production en elle-même, vous auriez pu faire appel à quelqu’un d’autre pour avoir un regard neuf

On a toujours eu la volonté de faire un truc assez indépendant. Au-delà de ça, il y a aussi la question budgétaire quand même, car un studio coûte très cher et le fait d’avoir le nôtre simplifie beaucoup de choses. On a plus de temps pour composer et on l’a pris. Cette fois, certains morceaux sont nés en studio et certains titres ont même pu prendre une semaine. Et ça, dans un lieu extérieur, tu ne peux pas te le permettre. L’album a entièrement été composé dans le nôtre et c’était vraiment cool, car on a vraiment pris notre temps. On a aussi pu expérimenter pas mal de choses et c’est quand même un luxe en termes d’esthétisme. Après, cela a aussi forcément ses limites, car on ne pourra pas produire quelque chose d’aussi bien que dans un gros studio. Mais on souhaitait aussi garder cet aspect un peu roots et fait maison.

– D’ailleurs, même si l’album sonne toujours aussi live avec un petit côté choral et rassembleur, le spectre sonore est exploité différemment, Tout s’est joué au moment du mix, ou l’intention était d’abord musicale, car l’ensemble sonne différemment ?

Déjà, la source était plus propre que pour le précédent, même s’il y avait des choses live aussi avec également des passages qu’on a repris bien sûr. Mais le mix a été fait en analogique, contrairement au premier album. On avait toutes les pistes et chacun a pu pousser les volumes quand il fallait, les lancements d’effets se sont faits à hauts faders comme à l’époque. On a beaucoup réécouté les morceaux et quand il y avait des erreurs, on les a gardé, car on n’allait pas non plus refaire les titres indéfiniment. C’est vraiment un parti-pris ! On aura pu prendre un Pro Tools et tout corriger pour avoir un truc parfait. Mais notre volonté était aussi d’avoir quelque chose d’un peu aléatoire et le plus live possible, même dans le mix.

– Musicalement, « Time & Space » montre aussi un gros travail au niveau des arrangements, malgré un aspect très direct de vos morceaux. Est-ce quelque chose sur laquelle vous vous êtes beaucoup plus penchés cette fois ?

Surtout sur les voix, où on s’est permis beaucoup plus de choses, par rapport au premier album. Pour le côté instrumental, on a moins insisté sur l’aspect live avec moins de solos, ce genre de choses, pour opter pour un truc plus cadré, des morceaux plus écrits et moins à rallonge qu’auparavant. En ce qui concerne le chant, avec l’expérience, tu as aussi beaucoup plus confiance en toi, ce qui te permet expérimenter beaucoup plus. Il y a des choses que l’on n’aurait pas pu faire à l’époque, parce qu’on n’avait pas les techniques vocales pour ça. Aujourd’hui, on a ces connaissances-là et puis, on a rencontré beaucoup de gens sur la route. Par exemple, Colin le batteur de Moundrag est venu faire des voix, des copines sont aussi venues faire des chœurs. C’est toute cette expérience qui nous a permis de faire ça.

– Ce nouvel album est dans la continuité du premier avec cependant une touche plus moderne, là où « Nasty Habits » avait une saveur plus vintage, L’objectif était-il aussi de montrer que KOMODOR n’est pas prisonnier d’une époque et que votre style est aussi en constante évolution ?

Avec ce nouvel album, on a voulu s’émanciper de ce truc un peu classique de Rock 70’s, mais tout en gardant une base similaire dans le son. Et c’est aussi ce qu’on sait faire ! On s’est dit qu’on pouvait aller un peu plus loin, parce qu’on a également écouté d’autres choses. On est très fan de tout ce qui est Glam britannique, comme Slade ou Bowie, et on voulait mettre cette touche-là, un peu rétro. Nous sommes allés piocher un peu ailleurs, tout en s’autorisant beaucoup plus de choses. Par exemple, il y a plus de guitares acoustiques, des arrangements différents, une ambiance plus chorale aussi et un peu plus déglingué sur certains morceaux. Là où on était peut-être un peu trop dans le cliché sur « Nasty Habits », on s’est dit qu’on ne se mettait aucune barrière et qu’on faisait ce qui nous plaisait.

– Par ailleurs, ce qui est assez paradoxal sur ce nouvel album, c’est qu’il est toujours aussi libre et sauvage dans l’approche, mais plus sombre et presque engagés dans certains textes. Je pense notamment à « Once Upon The Time », « Burning Land » ou « Ravish Holy Land ». L’idée était-elle de vous livrer un peu plus, de rendre « Time & Space » plus personnel dans son contenu ?

Oui, je pense. On s’imprègne forcément aussi de l’actualité, de ce qui nous entoure, d’un peu de tout. On a compris que cela contribue aussi à nourrir l’écriture. Mais ce qui a été très cool dans ce travail, c’est qu’on a bossé sur les textes en amont avec le groupe, et on les a retravaillé avec une copine, Léa Nahon, qui est une tatoueuse assez connue de Douarnenez. Elle a beaucoup vécu en Angleterre et aux Etats-Unis et on voulait son regard. De notre côté, on avait des textes très littéraires, très scolaires et elle nous a trouvé des expressions plus proches du langage parlé et de l’esprit Glam Rock, notamment. Elle nous a permis de trouver des choses typiques de l’anglais, et non de celui parlé aux Etats-Unis. Et ce travail d’écriture a été super intéressant, enrichissant et il nous a permis aussi d’aller plus loin.

– Avec des passages psychédéliques très marqués, ce nouvel album est très brut et très Rock aussi. Il se conclue d’ailleurs avec « Top Of The Bock », qui sonne presque Hard Rock 70’s et qui se termine en fanfare, au sens propre comme au figuré. On croirait même à un hommage au Gras de Douarnenez. C’était important pour vous de terminer sur une note festive ?

Oui, comme tu dis, il y a aussi ce côté live et déglingué chez nous. Et le fait que l’album se termine avec ces cuivres qui font un peu n’importe quoi est un peu à l’image des Gras (grande manifestation festive incontournable qui se déroule sur plusieurs jours fin-février, début mars de chaque année à Douarnenez dans le Finistère – NDR). C’était même carrément le concept, car on voulait quelque chose de décalé, un peu britannique comme ces albums qui se finissent un peu n’importe comment. Je trouve qu’aujourd’hui, la plupart des groupes de Rock sont très carrés et on voulait quelque chose de fun, de moins lisse… Et puis, avant tout, on est une bande de potes et on se marre ! (Sourires)

– Enfin, vous avez déjà annoncé une première série de concerts, que vous ne semblez d’ailleurs n’avoir jamais arrêté, et même si vous êtes concentrés sur « Time & Space », est-ce que Komodrag & The Mounodor reste dans un coin de vos têtes avec la perspective d’un deuxième album, vous qui êtes si prolifiques ?

Il y aura un deuxième album, c’est une certitude, mais on ne sait pas quand. Il faut voir aussi comment vont se dérouler nos tournées respectives. Parce que si nous partons tous à fond et que le projet est blindé sur deux ans, c’est compliqué de donner une date. On verra selon chacun, mais il y a une réelle volonté d’en faire un deuxième. On a vraiment envie, car Komodrag & The Mounodor a été une sacrée aventure et on a aussi envie de reprendre la route tous ensemble. Mais c’est compliqué d’être sur deux projets en simultané, car il n’y a pas non plus un nombre de week-ends indéfinis dans l’année ! (Sourires)

– C’est vrai ! L’idée était surtout de savoir si cela avait été un one-shot, ou pas…

A la base, c’était ça ! On fait un truc, une grosse blague entre potes avec une belle date aux Trans à Rennes et on verra bien. Et au final, ça fait plus de trois ans qu’on tourne là-dessus et on a encore le ‘Motocultor’ cet été. Cela fera plus de quatre ans cette année que le projet fonctionne. C’est énorme et c’est même allé au-delà de nos espérances. On verra bien et puis, si KOMODOR et Moundrag marchent moins bien, peut-être qu’on retournera là-dessus ! (Rires)

Le nouvel album de KOMODOR, « Time & Space », est disponible chez Riptide Records.

Photos : Marindod

Retrouvez aussi la chronique de « Nasty Habits » et l’entretien accordé à cette occasion, ainsi que l’interview croisée de Komodrag & The Mounodor à la sortie de « Green Fiels Of Armorica » :

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Mynd Reader : un regard vers l’horizon

Poser une atmosphère Soul dans un environnement très Rock, c’est le pari (gagné !) d’une formation de musiciens aussi chevronnée qu’inventive. En positionnant les émotions au cœur d’un registre dynamique, qui puise sa force dans des vibrations directement issues du patrimoine Rock de son pays, MYND READER articule son style autour d’une puissance brute. Les notes bluesy et la minutie extrême apportées aux compositions libèrent une sensation de liberté sans concession et un brin cinématographique.

MYND READER

« Mynd Reader »

(Independant)

Né de l’amitié et de la rencontre artistique entre le batteur Brian Sachs (ex-The Authority) et le multi-instrumentiste Tonin qui met brillamment en musique les textes du premier, MYND READER est le fruit d’une union créative peu courante et tellement évidente au final. Depuis octobre 2024 et son premier single « Radio Warning », il diffuse au fur et à mesure sa musique et l’on découvre enfin ce premier effort éponyme dans son intégralité et il tient toutes ses promesses. D’ailleurs, le prolifique duo travaille d’ores et déjà sur ses prochaines réalisations.

Originaire de Boulder dans le Colorado, MYND READER réunit en un même élan son amour pour le Classic et le Southern Rock, le tout posé dans un magnifique écrin moderne et particulièrement bien produit pat Tonin dans les moindres détails. En effet, « Mynd Reader » révèle au fil des écoutes un remarquable travail sur le son des morceaux. Chaque caisse claire est unique, chaque riff aussi, les parties de piano sont délicates, tout comme cette voix incroyable, qui offre une âme enthousiaste et apporte une profondeur attachante à chaque chanson.

Car si l’aspect sonore et mélodique tient une place essentielle chez le trio, la performance vocale de Shelby Kemp est tout simplement incroyable. Audacieuse, personnelle et dotée d’une chaleur enveloppante, la voix du frontman éclaire les morceaux en les rendant captivants, bouleversants et si fédérateurs. Très accrocheur, MYND READER est aussi le reflet de son époque transposé dans un American Rock authentique et sincère. Et si sept singles sont déjà sortis, « Mynd Reader » est l’exemple parfait de l’impact et de l’importance de l’écoute d’un album complet.

Retrouvez aussi l’interview du groupe réalisée il y a quelques mois :

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Eric Bibb : le sage du Blues [Interview]

Les premières notes de « One Mississippi » nous transportent au cœur même de cette terre lointaine et inconnue aussi pour beaucoup d’entre-nous. Pourtant, il y a quelque chose de familier dans ce nouvel album d’ERIC BIBB. Le guitariste, chanteur et songwriter a beau vivre à des milliers de kilomètres du terrain de jeu qui l’occupe ici, l’impression est telle que l’on s’y tromperait. Grâce à une proximité sonore et artistique omniprésente, le bluesman tient l’auditeur et l’embarque dans un voyage où chaque note est d’un bleu limpide et éblouissant de beauté. Toujours acoustique, l’Américain se meut dans des sphères organiques avec beaucoup de conviction et une sagesse qui se reflète sur sa vision du monde à travers ses chansons. Entretien avec un artiste aussi passionnant que passionné.

– Tu es un musicien très prolifique, puisque tu sors environ un album par an depuis des années. Est-ce le fruit d’un travail assidu et quotidien, ou est-ce que la musique est juste une manière d’exprimer ce que tu as déjà en toi ? Et d’ailleurs, as-tu une méthode précise pour donner vie à toutes ces chansons ?

Depuis mon plus jeune âge, les chansons ont été pour moi les fondements de mon univers, mon refuge. Tout mon environnement est influencé par les chansons que j’écoute, celles qui me touchent, celles que j’écris et celles que j’écoute sur les disques que je collectionne. Les chansons ont véritablement façonné mon monde plus que bien d’autres choses. Ainsi, depuis que j’ai commencé à en écrire, vers l’âge de quatorze ans, je dirais que c’est le moyen que j’ai utilisé pour découvrir mes convictions profondes et mes observations sur le monde dans lequel je vis. Donc, encore une fois, les chansons ont été, depuis le tout début, mes compagnes et la matière même de mon univers. En effet… Quant à ma méthode, je sais que certains auteurs-compositeurs ont une routine, un emploi du temps, comme c’est le cas de la plupart des écrivains, et ils consacrent un certain temps chaque jour à l’écriture. Je ne fais pas ça, mais il arrive souvent que chaque jour soit, d’une manière ou d’une autre, un jour d’écriture, simplement parce qu’une idée m’appelle et que je décide de la concrétiser. Ou alors je prends ma guitare, une idée en entraîne une autre et me voilà en mode composition. Ça arrive assez souvent, mais il y a des moments où je fais autre chose et… oui… les chansons et leur processus d’émergence sont des créatures mystérieuses. Je suis plongé au cœur de ce mystère et j’y prends toujours autant de plaisir.

– Tu es un Américain devenu très européen au fil du temps, Pourtant, ta musique résonne d’une authenticité qui provient directement des origines du Blues, Est-ce que c’est toujours naturel pour toi que ces racines soient toujours si vivaces ? C’est gravé pour toujours ?

En ce qui concerne les racines, je pense qu’elles jouent un rôle dans votre vie dans la mesure où vous les reconnaissez et savourez la richesse de celles qui ont donné naissance à… vous savez… cet arbre généalogique. Musicalement parlant, mon amour pour la culture Blues du Sud, musicale et autre, a commencé dès mon enfance et s’est nourri de cette culture, sans pour autant s’en détacher ou la perdre de vue. Au contraire, il s’’est enrichi davantage lorsque j’ai déménagé en Europe. Ce que j’ai découvert en France et surtout en Scandinavie, c’est une véritable passion pour les musiques afro-américaines, en particulier le Blues et le Jazz. J’y ai trouvé tout ce dont j’avais besoin pour poursuivre mon apprentissage : écouter, assister à des concerts. Ce lien s’est d’ailleurs renforcé après mon installation en Europe. C’est ma passion et le langage du Blues est une façon pour moi d’exprimer qui je suis et de le partager avec le monde. Alors, je crois que nous sommes guidés, si nous voulons bien le reconnaître… Nous prenons conscience que nous attirons à nous ce qui nous intéresse et nous nourrissons nos passions pour la musique, ou quoi que ce soit d’autre, simplement en nous concentrant dessus, et nous trouvons alors ce dont nous avons besoin pour continuer. On est reconnaissant… C’est tout ce que je peux dire. Je suis reconnaissant de l’héritage dont je fais partie. Je suis reconnaissant que mes parents aient encouragé ma passion pour cette musique et je suis reconnaissant d’être encore en mesure de la partager avec des gens du monde entier.

– Au-delà de la musique, tu portes aussi un héritage historique, civique et spirituel qui se libère dans tes chansons. Est-ce que, finalement, elles sont le véhicule idéal pour les transmettre ? Et d’ailleurs, te mets-tu parfois certaines barrières dans tes textes ?

Ayant grandi dans un environnement où la musique et l’actualité – d’abord au sein de ma famille, puis parmi mes amis – étaient étroitement liées aux mouvements progressistes de l’époque, comme la lutte pour les droits civiques et le mouvement pacifiste, ces mouvements étaient en phase avec ceux de nombreux acteurs du milieu artistique. Le milieu Folk, notamment, était profondément engagé dans ces deux mouvements. Ce lien étroit entre la musique et les mouvements progressistes a donc été fondamental dans mon éducation. Je pense que les chansons sont un formidable moyen de consigner l’Histoire de façon durable, car elles perdurent. Nous chantons des chansons qui étaient déjà entonnées il y a des siècles. Elles constituent donc un témoignage historique précieux. C’est une excellente chose, car la censure sévit encore aujourd’hui, comme par le passé. Des livres sont brûlés, la censure est omniprésente, les archives historiques sont manipulées numériquement. Les chansons sont donc, à mon avis, un excellent moyen de transmettre la vérité. Il en a toujours été ainsi. Quant aux limites que je pourrais m’imposer à ma propre expression, je peux seulement dire que certains qualifient mes écrits de politiques, mais je ne suis pas d’accord, je pense que cela va au-delà de la politique. Je crois qu’il est question d’éthique humaine… d’évolution de l’humanité… d’évolution spirituelle. Nous apprenons de nos expériences sur le terrain et, selon moi, commenter l’actualité exige une certaine prise de décision, voire un code de conduite. Je n’appelle pas cela des limitations, mais plutôt le fait de choisir consciemment son message et la manière dont on souhaite qu’il soit perçu.

– Avant que l’on parle de ce nouvel album, j’aimerais revenir un instant sur « In The Real World », enregistré dans les prestigieux studios de Peter Gabriel. Y as-tu retrouvé une atmosphère propice au Blues et à ses vibrations si particulières, ou est-ce que l’endroit importe finalement peu à tes yeux ?

Enregistrer aux Real World Studios a été un véritable plaisir à bien des égards. L’ingénieure du son principale, Katie May, était une ingénieure du son et une musicienne formidable… Une technicienne hors pair, tout simplement. L’environnement est unique et incarne véritablement une vision. C’est un lieu très inspirant, physiquement parlant, et l’espace est très accueillant. Bien sûr, l’endroit où l’on enregistre a son importance, mais vous savez… La véritable essence peut jaillir de n’importe où. Elle peut jaillir de votre iPhone dans votre chambre. Elle peut jaillir du merveilleux rêve devenu réalité de Peter Gabriel. Je trouve que lorsqu’on prend sa propre musique et son partage au sérieux, lorsqu’on aborde sa création musicale avec tout le professionnalisme dont on est capable, on se rend service à soi-même et à ses fans. Cela fait toute la différence. Tout cela, c’est de la musique, mais au final, c’est l’essence même de la musique… son intention… son but véritable qui devrait primer. C’est l’essentiel, et si un environnement peut favoriser l’émergence de cet esprit fondamental, vous savez… cette essence… cette chose divine… alors oui… créons davantage de studios magnifiques, véritables visions.

– « One Mississippi » a été enregistré en Suède avec Glen Scott à la production et un groupe toujours aussi exceptionnel pour t’accompagner. L’idée d’aller enregistrer dans le Delta en Louisiane cette fois-ci t’a-t-elle traversé l’esprit, afin de te connecter directement à la source ?

Le lien avec la source transcende la géographie… la distance, l’espace, le temps. Ce lien est mystérieux à bien des égards. Il est génétique… Il est canalisé d’une manière que nous ne comprenons pas vraiment, mais que nos ancêtres comprenaient peut-être mieux. Néanmoins, lorsqu’il s’agit d’enregistrer avec de merveilleux musiciens, on a tendance à se rapprocher de l’endroit où ils se trouvent. Les musiciens que je connais bien et avec lesquels je partage une profonde affinité sont assez proches de chez moi. Les réunir et voyager jusqu’en Louisiane… Les dépenses et tout ce que cela implique seraient discutables quant à l’intérêt que cela aurait pour la qualité de l’enregistrement. Alors, je pense que ce qui compte vraiment, ce sont les musiciens, la musique et la vision de la production, plus que le lieu. J’ai enregistré en Louisiane et c’est inspirant d’être dans ce milieu, vous savez, mais au final, la musique s’exprimera où que l’on soit.

– Comme toujours « One Mississippi » est un album varié et d’une grand richesse, qui traverse le temps et les ambiances avec beaucoup de profondeur. Tout en restant très roots, il dégage beaucoup de force. Et étonnamment, celle-ci se traduit par une grande douceur. Est-ce la première choses sur laquelle tu te focalises au moment de composer et d’écrire ?

Je crois qu’’en fin de compte, l’essence même d’un auteur-compositeur se révèle dans ses chansons. Entendre la puissance de ma musique qualifiée de ‘douce puissance’ me fait sourire, car je privilégie la douceur. La force n’est pas ma voie, ce n’est pas dans ma nature. Je pense que la douceur est une force immense, et si ma musique peut être associée à cette façon d’aborder le chemin de la vie, j’en suis ravi. Je suis heureux que cela soit évident. Mais, comme je l’ai dit, je crois que ce que l’on est, au final, se reflète dans ce que l’on partage. Et quand on a fait certains choix quant à sa vision du monde et sa façon d’y vivre, il en résulte une certaine cohérence. C’est une bonne chose, je crois. C’est important de trouver sa voie, et cela transparaîtra dans son travail, dans son expression. Je ne pense pas qu’il faille décider album après album, c’est un phénomène naturel.

– L’une des autres richesses de cet album réside dans la qualité des arrangements, où l’on retrouve du dobro, de l’harmonica, du tuba, du violon, des chœurs, … En tant que compositeur, laisses-tu une certaine liberté à tes musiciens, ou est-ce le fruit d’un véritable travail de groupe ?

Les arrangements exquis qui entourent les chansons de cet album, ainsi que ceux de mes précédentes collaborations avec Glen Scott, qui un véritable génie, à mon avis, reflètent ses talents de multi-instrumentiste, de chanteur et d’ingénieur du son. Je n’ai jamais rencontré de musicien aussi accompli, doté d’une telle variété de compétences à un niveau aussi élevé. C’est une véritable chance de le connaître et de collaborer avec lui sur scène et en studio. Travaillant ensemble depuis des décennies, nous partageons une vision commune, un socle commun, quant aux chansons qui me permettent de donner le meilleur de moi-même en tant qu’artiste. En tant que producteur, il a joué un rôle essentiel dans mon développement personnel, m’aidant à identifier mes forces et à me concentrer sur ma vocation artistique. Avoir quelqu’un qui reconnaît ces qualités en vous et vous aide à les exprimer… Je ne crois pas qu’il y ait mieux pour un artiste. Grâce à ce soutien indéfectible, fondé sur une admiration et une amitié mutuelles, je suis idéalement placé pour continuer à produire un album par an pendant les vingt prochaines années.

– Enfin, il y a une question que je souhaitais te poser par rapport à ton instrument. On te voit toujours entouré, ou en train de jouer de la guitare acoustique. Tu n’as jamais été tenté par un jeu en électrique, ou est-ce c’est la question de la chaleur musicale et des sonorités organiques qui prime ?

Mon amour indéfectible pour la guitare acoustique est inné. Concernant la guitare électrique et ses sonorités, j’aime combiner le son de ma guitare acoustique avec une grande variété de styles et de sonorités électriques, compatibles avec ma musique, bien sûr. Je trouve ce mélange très stimulant. Je possède quelques guitares électriques, mais je les joue essentiellement comme mes guitares acoustiques. Il y a donc une différence de sonorité, plus que de style de jeu. Mais comme je le disais, rien ne vaut la chaleur et la profondeur d’un bel instrument acoustique, et rien ne vaut l’écoute au plus près de soi… vous savez… pas à travers un haut-parleur, pas un amplificateur, mais juste… à une trentaine de centimètres au-dessus de la rosace… c’est là qu’il faut être. C’est un monde merveilleux.

Le nouvel album d’ERIC BIBB, « One Mississippi », est disponible chez Repute Records.

Photos : Jan Malmstrom

Retrouvez les chroniques des deux derniers albums de l’artiste :

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Americana Blues Soul

Elles Bailey : des racines fortes

Touchante et enjouée à la fois, cette nouvelle réalisation vient propulser la carrière de l’Anglaise et fait d’elle une valeur sûre de l’Americana Soul Blues Made in UK. « Can’t Take My Story Away » la dévoile aussi dans un spectre sonore nouveau avec une proximité musicale, qui met en valeur son timbre unique. Très narratifs dans leur déroulé, les onze titres présentent aussi ELLES BAILEY entouré de nouveaux partenaires, qui rendent son univers encore plus captivant. Une fois encore, le voyage vient défier le temps.

ELLES BAILEY

« Can’t Take My Story Away »

(Cooking Vinyl Records/Outlaw Music)

Avec le talent qu’on lui connaît, la chanteuse livre son cinquième album et il y a quelques changements chez l’artiste de Bristol, Avec « Can’t Take My Story Away », ELLES BAILEY s’ouvre d’autres horizons en œuvrant sur ce nouvel opus avec un tout nouveau groupe pour l’enregistrement. Elle retrouvera cependant ses musiciens sur la tournée à venir. Et c’est vrai que cet entourage inédit la mène vers d’autres sonorités, toujours Soul et Blues, de même que la production signée Luke Potashnick très élégante.

Si la Britannique s’est déjà imposée chez elle, raflant de très nombreux ‘UK Blues Awards’ au passage, elle parvient une fois encore à surprendre grâce à de nouveaux morceaux très groovy et avec des cuivres plus présents. Mais par dessus tout, c’est la voix chaleureuse et délicieusement éraillée d’ELLES BAILEY, qui s’imprime brillamment tout au long de « Can’t Take My Story Away », grâce à un aspect positif omniprésent, malgré quelques nuages plus sombres dans les textes. Et cette sincérité la suit note après note de manière intense.

Toujours très personnelle et d’une authenticité parfois poignante, la songwriter relate son histoire à travers onze chansons qu’elle travaille pour certaines depuis de longues années, A peine deux ans après « Beneath The Neon Glow », ELLES BAILEY parvient à se renouveler, tout en développant une irrésistible identité artistique (« Growing Roots », « Better Days », « Angel », « Tightrope », « Starling » et le morceau-titre en ouverture). Au-delà de s’affirmer dans un registre très maîtrisé, elle séduit avec force et délicatesse.

Photo : Blackham

Retrouvez l’interview accordée par l’artiste à l’occasion de la sortie de son album précédent et la chronique de « Shining In The Half Light » (2022) :

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Hard Rock Punk Rock

Gluecifer : incendiaire

Toujours très affûtés, les Scandinaves donnent enfin une suite à « Automatic Thrill », sorti en… 2004 ! S’ils ont repris les concerts depuis un petit moment, rien ne vaut un nouvel opus pour rassurer tout le monde et partir sur de nouvelles bases. Tendus et acérés, les riffs sont toujours un atout majeur, tout comme la voix de leur inamovible chanteur. GLUECIFER n’a pas changé de recette, mais y intègre des éléments actuels et font rugir son Hard Rock à l’humeur très Garage et direct.

GLUECIFER

« Same Drug New High »

(Steamhammer/SPV)

Après une grosse dizaine d’années d’activité, entre 1994 et 2004 précisément, le quintet a pourtant mis fin à une belle aventure. Une chose assez inattendue compte tenu de la notoriété enfin acquise par les Norvégiens à l’époque. Autour d’une fan-base solide, GLUECIFER retrouve ensuite la scène en 2018 et, forcément, l’idée d’enregistrer un huitième album n’a pas mis longtemps à germer. Loin d’être usés, les cinq rockeurs remettent le couvert avec l’explosivité de leurs débuts et une fièvre qui ne les a jamais quitté. Une belle continuité.

Souvent comparé à ses voisins suédois des Hellacopters avec un côté underground plus prononcé, la filiation avec Danko Jones semble pourtant plus évidente. Mais peu importe, car GLUECIFER possède une véritable identité et ce bel édifice est garanti par la solidité de son frontman Biff Malibu et de son guitariste Captain Poon, moteurs indéfectibles du combo. « Same Drug New High » vient donc sonner la fin d’une disette discographique interminable de 24 ans et son énergie phénoménale, un brin Punk, n’a pas pris la moindre ride.

Non que le groupe ait gagné en maturité, elle est acquise de longue date, mais on peut noter tout de même un élan aussi vif qu’assuré. GLUECIFER ne se cherche pas, il avance avec la force et la conviction de vieux baroudeurs célébrant avec le même appétit une envie irrésistible d’un Hard Rock brut et sans fioriture (« The Idiot », « Armadas », « The Score », « 1996 », « On The Wire » et le morceau-titre). Un retour carrément fracassant pour une formation, qui semble n’avoir jamais lâché les reines et qui transpire le Rock’n’Roll.

Photo : Paal Laukli

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France Stoner Blues Stoner Rock

Voodoo Queen : envoûtement fuzzy [Interview]

Afficher autant de fluidité et d’assurance sur un premier album est plutôt rare et lorsque la production suit avec un tel niveau d’exigence, il ne faut pas longtemps pour comprendre que le quatuor originaire de La Rochelle n’est pas là pour faire de la figuration. Avec « Violet Crow », sorti en indépendant, VOODOO QUEEN se présente avec un Stoner Rock vif et élégant qui n’hésite pas à montrer autant de rugosité que des mélodies entêtantes et bluesy. Guidé par sa chanteuse et guitariste, le quintet est déjà une machine bien huilée, autant sur scène qu’en studio. La sortie de son premier opus est l’occasion justement d’aller à la rencontre d’un combo qui ne compte s’arrêter en si bon chemin. Au contraire, l’avenir lui tend les bras.

– VOODOO QUEEN a un peu plus de trois ans d’existence aujourd’hui et avant ce premier album, il y a eu la scène avec, notamment, une finale du tremplin Hellfest, ‘The Voice Of The Hell’, puis le Cognac Blues Passions. C’est une belle progression. Est-ce que ce sont les débuts que vous imaginiez ?

Fabiola : En tant que groupe, on espère toujours aller le plus loin et le plus vite possible. Et avant même de sortir notre premier album, on a pu ressentir cet engouement autour du projet, et notamment lors de ces évènements-là. On ne s’attendait pas à autant, et ça nous a vraiment encouragé à poursuivre dans cette voie.

– Avant ce premier album, vous avez également sorti un cinq-titres, « Les Répet’s De Lampli (Live at La Poudrière) ». C’était important et intentionnel pour vous de montrer le groupe sur scène, ou est-ce aussi une belle opportunité qui s’est offerte à vous ?

Jim : On a très rapidement eu envie de faire de la scène pour tester nos morceaux. A ce moment-là, on commençait à avoir quelques compos récentes et c’était une envie commune de les présenter au public. L’association de L’Ampli permet justement aux groupes locaux de jouer dans de bonnes conditions, et d’être enregistrés en live. La soirée était top à partager avec le public, et l’opportunité d’avoir un enregistrement et deux clips vidéo nous a permis de partager nos premiers contenus sur les plateformes. On avait tous les quatre très envie que les personnes qui nous suivent puissent enfin avoir accès en ligne à plusieurs de nos titres. C’était aussi une ouverture pour faire un premier pas vers un nouveau public.

– Il y a d’ailleurs deux morceaux (« Free Way Out », et « Between My Troubles ») de ce live présent sur l’album. C’était essentiel pour vous de présenter le plus de morceaux inédits sur « Violet Crown » ?

Jérémie : Il était important pour nous que ce premier album représente le fruit de nos trois premières années. Nous avions en effet le désir de présenter nos derniers morceaux en priorité, mais avant tout des morceaux qui s’intégraient parfaitement à l’esprit que nous imaginions pour cet album. « Free Way Out » et « Between My Troubles », même si ce sont des morceaux plus anciens, marquent de façon significative l’ambiance mélodique du groupe.

– J’aimerais que l’on reste un peu sur cet EP live car, pour ceux qui ne vous ont jamais vu, c’est aussi l’occasion de vous découvrir en concert. Outre une belle puissance de feu, vous communiquez de manière très naturelle avec le public. Est-ce d’abord la scène le poumon de VOODOO QUEEN ?

Jim : C’est exactement ça. On prend plaisir à composer ensemble, et on prend énormément de plaisir à proposer les morceaux lors de nos concerts. Cela permet d’avoir un ressenti supplémentaire sur le morceau, et de voir si l’on est dans le vrai avec l’ensemble de ce que l’on propose.

Fabiola : Nos passés respectifs font qu’on a tous pris goût à être sur scène, jouer et partager avec le public. Cet EP live montre bien l’énergie que l’on aime donner en live.

– Vous sortez donc votre premier album, « Violet Crown », et il montre une évolution du groupe également soutenue par une très bonne production. Dans quelles conditions l’avez-vous enregistré, car vous affichez beaucoup d’assurance ? C’est le résultat de ce que vous aviez en tête dès le départ , car c’est un beau travail de studio ?

Jérémie : Merci pour le compliment ! On est content d’avoir ce genre de retours, surtout après avoir eu la tête dedans pendant des mois et la crainte de ne plus avoir le recul nécessaire sur notre travail. Tout d’abord, nous avons enregistré en plusieurs sessions dans les studios du Quai de La Sirène, avec l’accompagnement de Thibaud Carter. C’est un lieu qu’on connaît bien, pour s’y rendre régulièrement en répète. On s’y sent plutôt comme à la maison. La suite est l’œuvre de personnes qui nous ont été recommandées, et qui ont su comprendre et modeler notre son. Thibaud nous a conseillé Michel Toledo pour le mixage, qui nous a ensuite conseillé Jérémy Henry pour le mastering. On souhaitait garder ce son brut du live, et l’ambiance générale qui en ressort sur l’album est exactement la finalité recherchée.

– Votre style présente un bel équilibre et le fait d’évoluer avec une chanteuse, ce qui est assez rare dans le registre, est un véritable atout, surtout lorsqu’il est aussi prégnant. Est-ce que, justement, cela vous permet d’aborder des thématiques qui sortent de l’univers traditionnel du Stoner ?

Fabiola : Jusqu’à présent, on ne s’est jamais mis de barrière, que ce soit musicalement comme dans nos textes. Nous venons tous les quatre d’univers différents dans le Rock, ce qui nous amène à explorer de nouvelles choses. Nos paroles peuvent faire écho aussi bien à des moments de vie que des sujets plus introspectifs.

– Votre Stoner Rock a aussi la particularité de flirter avec le Classic Rock et il dégage également une ambiance très bluesy. Est-ce pour obtenir plus de profondeur et d’intensité ou, plus simplement, ce sont des références communes fortement ancrées chez chacun d’entre-vous ?

Paul : L’objectif quand on s’est rencontré était de faire du Stoner. Cependant, nos influences sont très variées et ne sont pas forcément communes aux quatre membres du groupe. Par exemple, j’écoute beaucoup de Blues, alors que c’est plutôt différent pour les trois autres. De ce brassage sont nées des premières compositions très éclectiques. Le son de « Violet Crown » s’est ensuite construit à travers un travail de sélection, afin de ne conserver que sept titres cohérents entre eux, représentatifs de ce que nous voulions défendre. Malgré tout (et heureusement !), on retrouve nos différences dans notre musique.

Fabiola : On apporte chacun notre touche aux morceaux, provenant de différents horizons du Rock et du Blues. Les passages qui ont cette ambiance bluesy amènent un côté chaleureux et parfois posé, qui permettent de nuancer avec les passages plus pêchus ou plus sombres.

– Enfin, maintenant que « Violet Crown » est sorti, quelles sont vos perspectives et vos envies ? L’idée est-elle de s’imposer sur la scène Stoner française, d’autant qu’elle a beaucoup évolué ces dernières années et que le style a aussi gagné en visibilité ?

Paul : L’objectif principal reste de faire grandir le groupe et de l’amener le plus haut possible, à notre échelle, dans le milieu du Stoner. L’idée est avant tout de nous ouvrir des portes, que ce soit en termes de scènes ou de projets plus ambitieux. D’ici dix ans, ou peut-être deux, signer avec un label et jouer dans quelques festivals prestigieux représenterait déjà une très belle réussite.

L’album de VOODOO QUEEN, « Violet Crown », est disponible sur le site du groupe :

https://www.voodoo-queen.fr

Photos : Jihem Notteb (2) et yOdOe (5).