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Stoner Metal

Restless Spirit : colossal

Dans les futurs classements, il va falloir déjà ajouter « Restless Spirit » à la liste des meilleures productions de l’année. Sauf tremblement de terre, il va être franchement difficile à éviter, voire à détrôner. En effet, huit ans après sa formation à Long Island dans l’Etat de New-York, RESTLESS SPIRIT est à un sommet de sa carrière, au firmament d’un parfait croisement entre Stoner et NWOBHM. Son groove est vertigineux, les riffs tranchants et le chant aérien et tout en maîtrise de son frontman et guitariste, malgré une référence absolue à laquelle on s’échappe pas, est plus incisif que jamais. Tentaculaire !

RESTLESS SPIRIT

« Restless Spirit »

(Magnetic Eye Records)

Lorsque l’on compte autant d’EPs que d’albums dans sa discographie, ce n’est pas du tout anodin que le petit dernier soit éponyme. Enfin, ça pourrait l’être chez qui n’aurait aucune imagination (et il y en a !), mais chez RESTLESS SPIRIT, il faudrait plutôt le voir comme une signature apposée à huit nouveaux morceaux, qui sont un parfait concentré de ce que le groupe développe depuis ses débuts. Et si les Américains n’ont pas attendu « Restless Spirit » pour atteindre la maturité artistique, ce nouvel opus les reflète pourtant de la manière la plus précise à ce jour.

La solidité du line-up est pour beaucoup aussi dans cette constante progression. Marc Morello (basse), Paul Aloisio (guitare, chant) et Jon Gusman (batterie) se connaissent par cœur, se trouvent les yeux fermés et surtout ont mis en place un Stoner Metal, façon rouleau-compresseur, qui fait aussi de la place au Doom, au Prog comme au Sludge et bien sûr au Heavy Metal. S’il est devenu compliqué de ne pas citer Black Sabbath dans la mouvance actuelle, RESTLESS SPIRIT n’y échappe pas non plus, et l’ombre d’Ozzy plane avec bienveillance sur cette quatrième réalisation.

« Restless Spirit » donne cette impression d’aboutissement, tant il va à l’essentiel et gomme toutes fioritures pour laisser place à un rugissement instantané et hyper-puissant. Compact et massif, le power trio fait également preuve d’une certaine finesse dans son élan. Epais et véloce, RESTLESS SPIRIT embarque tout le monde dans un Heavy d’une rare pureté, où chaque titre devient une gigantesque gifle (« The Burning Need », « Desolation’s Wake », « Phantom Pain », « Red In Tooth And Claw » et l’interlude « Ember », qui offre une courte respiration). Incontournable !

Photo : Mike Marcon

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Blues Rock Contemporary Blues

Jennifer Lyn & The Groove revival : l’intensité de la scène

Indépendante et inspirée, JENNIFER LYN est devenue une blueswoman qui compte dans le paysage musical actuel des Etats-Unis. Désormais basée dans le Dakota du Nord avec THE GROOVE REVIVAL, elle franchit de nouveaux caps et le Blues de sa formation passe de moments Rock musclés à des passages Soul avec une fluidité et une maîtrise rafraîchissantes. « Electric Eden » est l’album Live qui manquait à une déjà belle discographie très contemporaine, qui fait aussi le lien avec un héritage aux très nombreuses branches.

JENNIFER LYN & THE REVIVAL

« Electric Eden »

(J & L Collective)

Un an tout juste avec « Retrograde », son troisième album qui a vu se concrétiser une formidable collaboration avec Richard Torrance, son guitariste et co-auteur, JENNIFER LYN revient déjà avec « Electric Eden », qui se présente comme un témoignage scénique remarquable de ce groupe désormais soudé. THE GROOVE REVIVAL est plus jamais le bien-nommé, tant il porte haut un Blues Rock très contemporain, toujours mâtiné de Classic Rock, de Soul et de saveurs 70’s. L’exactitude du jeu et le feeling à l’œuvre font de ce Live un bel instant suspendu.

Aux côtés du duo, on retrouve Jim Anderson derrière les fûts, Barb Jiskra aux claviers et Nolyn Falcon à la basse et les cinq musiciens parviennent à transmettre au public tout le plaisir qu’ils ont à jouer ces neuf morceaux. Aujourd’hui plus encore, JENNIFER LYN & THE GROOVE REVIVAL est une machine bien huilée et cette prestation, faite d’émotion et tout en percussion, est d’une incroyable sensibilité. La connexion se fait autant sur scène que dans la salle et c’est très palpable. Le groupe comme les spectateurs surfent sur une même et électrisante énergie.

Forcément, « Retrograde » est bien représenté avec cinq chansons (« Light the Fire », « Sucker For The Pain », « Baggage », « ‘59 Cadillac » et « Refuge »). De plus en plus irrésistible vocalement, l’Américaine forme également un très bon tandem guitaristique avec Richard Torrance et leurs échanges sont à la fois complices et intenses. En ce sens, « Electric Eden » capture à merveille l’instantanéité de la performance live de JENNIFER LYN & THE GROOVE REVIVAL. Grâce à un songwriting créatif, l’interprétation du quintet est littéralement brillante.

Photo : Wyatt Ell

Retrouvez l’interview accordée par la chanteuse et guitariste à la sortie de « Retrograde » :

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France Metal Progressif Post-Metal

Nihil : la résurrection [Interview]

Ravivé à la faveur d’une proposition de revisiter ses titres majeurs afin de leur offrir un lustre plus actuel, le quintet s’est retrouvé en studio à parcourir un répertoire d’une décennie constitué de quatre albums. Avec « Aphelion » sorti l’an dernier et aujourd’hui « Perihelion », qui vient le compléter de neuf morceaux inédits, le projet « Syzygy » est désormais complet et livre un panorama très pertinent et créatif de l’esprit qui anime NIHIL, et surtout d’un style dominé par le post-Metal, mais qui en prend volontiers le large. Les frontières artistiques disparaissent en partie, mais pas le son si caractéristique de son identité. Et si l’expérience est manifeste, le goût de l’aventure l’accompagne à chaque instant à travers ce double-album à la fois moderne et hors du temps. Son claviériste Nicolas Monge, alias Niko, revient pour nous sur la résurrection de la formation bordelaise sur le devant de la scène…

– L’an dernier, vous nous avez fait le plaisir d’un retour avec d’abord un premier volet de « Syzygy », « Aphelion », où vous avez entièrement réenregistré vos morceaux les plus emblématiques. Tout d’abord, dans quelles conditions cela s’est-il passé et qu’est-ce qui a motivé votre reformation ?

C’était une énorme surprise, nous n’avions pas du tout prévu de relancer NIHIL… Nous sommes tous restés en contact depuis toutes ces années, mais la page NIHIL était pour nous définitivement tournée. C’est notre manager de toujours, Laurent Lefebvre chez Base Productions, qui nous a sollicité pour nous proposer de réenregistrer les anciens titres. Lorsque le projet s’est arrêté en 2008, les réseaux sociaux n’avaient pas autant de place dans le quotidien d’un groupe et les plateformes de streaming n’existaient pas. C’était donc l’occasion de leur donner une nouvelle visibilité !

– Alors que vous auriez pu directement revenir avec de nouveaux morceaux, vous avez choisi de retravailler les anciens. Aviez-vous un goût inachevé, notamment dans les arrangements ou peut-être aussi la production ?

L’objectif premier était de redonner une nouvelle jeunesse à une sélection de titres, d’avoir une production plus actuelle et un son que nous aurions aimé avoir à l’époque. Aujourd’hui, la technologie et le matériel studio ont beaucoup évolué, nous avons donc eu la possibilité de pousser notre réflexion musicale encore plus loin. Et avec le recul et la réécoute de notre discographie nous avions aussi d’autres envies, d’autres idées. C’est une opportunité incroyable de pouvoir effectuer une relecture de ses propres morceaux, tout en conservant l’essence de la composition originale !

– Ce nouveau projet comporte donc deux parties que vous aviez annoncées dès le départ. Depuis combien de temps préparez-vous ce retour, et depuis quand travaillez-vous sur les nouveaux morceaux de « Perihelion » ?

Les premières répétitions pour réarranger les anciens morceaux ont débuté en Février 2024, et nous avons assez rapidement eu l’envie d’essayer de nouvelles choses… Je dirai dans le courant du printemps 2024. Nous avions comme échéance un passage en studio en fin d’année, les délais étaient donc assez courts, sachant que nous n’avions pas joué ensemble depuis toutes ces années ! Mais les habitudes de compositions et le travail en groupe sont vite revenus et nous avons pris un grand plaisir à retravailler au service de NIHIL.

– Au final, ce double-album contient donc le passé et le présent de NIHIL. Est-ce qu’il vient aussi conforter son futur ?

Ce double-album réécrit à la fois une partie du passé du groupe, mais il ouvre aussi un nouveau chapitre, bien ancré dans le présent pour le moment. Ce nouvel album était inespéré, c’est une chance incroyable d’avoir eu cette opportunité, nous savourons donc cette sortie pour l’instant… et la suite, le futur de NIHIL s’écrira sûrement au fur et à mesure. Nous prendrons le temps, nous avançons sereinement.

– Entre 1998 et 2008, vous avez produit quatre albums et aussi fait partie des pionniers du post-Metal Progressif français. Est-ce qu’avec le recul, vous avez le sentiment d’être arrivés an avance sur la scène hexagonale avec un style trop novateur pour l’époque, ce qui expliquerait que le public n’était peut-être pas prêt ?

Nous avons très souvent navigué entre plusieurs esthétiques sur chaque album et l’identité sonore de NIHIL s’est toujours construit sans concession au fil du temps et des envies. Je ne sais pas si nous étions ‘en avance’ mais nous avions une place à part peut-être dans le paysage Metal français. Le groupe a d’ailleurs été catalogué dès le départ comme groupe de ‘Metal’, mais certains membres n’écoutent même pas du tout ce style de musique. Il est toujours plus délicat de défendre un projet lorsqu’il ne rentre pas totalement dans les cases. Mais c’est sûrement ce que recherchait le public qui nous suivait à ce moment-là, un public passionné et réceptif à cette ouverture musicale et à ces variations dans nos compositions.

– Le fait que vous étiez assez avant-gardistes en France me fait penser au parcours de Dirge. Depuis, le pays compte de solides formations et de nombreux adeptes du style. Est-ce que cette fois-ci, le timing vous semble parfait ?

Désormais la scène musicale est foisonnante, il existe énormément de groupes de qualité et arriver à tirer son épingle du jeu devient de plus en plus difficile. C’est à la fois très intéressant et inspirant de voir tous ces projets émerger, mais également très frustrant car pour la plupart ils n’auront pas nécessairement l’attention qu’ils méritent. De notre côté, nous avons la chance d’être accompagnés par Klonosphere pour la communication et d’avoir un entourage professionnel comme Base Productions, notre producteur/tourneur, ce qui nous permet de sortir ces deux albums aujourd’hui et d’échanger pour cette interview par exemple. Encore une fois, nous nous estimons tellement chanceux et nous avons déjà eu de très bons retours autour de nous. En soit le timing nous paraît déjà plutôt bon, d’avoir trouvé le temps et l’inspiration pour composer ces titres. Un alignement des planètes, d’où le nom du projet « Syzygy ».

– Avec « Perihelion », on retrouve l’univers proposé sur « Aphelion » avec un son aussi moderne qu’organique dans les deux cas. Qu’est-ce qui fait qu’après toutes ces années, vous semblez aussi assurés de votre jeu et de votre style ? Vous aviez besoin de prendre du recul pour mieux rebondir ?

Nous n’avons jamais vraiment arrêté la musique depuis 2008, chacun a eu des parcours différents, parfois même en collaborant sur les projets des uns et des autres. Nous avions tous des bribes de compositions inachevées à faire écouter et le travail de groupe a fait le reste. Comme je le disais, les habitudes ont vites repris le dessus : on n’efface pas dix ans de collaboration aussi facilement. Et le plaisir de se retrouver à nouveau nous a motivé, galvanisé. C’était extrêmement plaisant et naturel de construire ces nouveaux morceaux, comme de retrouver un ami de longue date et se rendre compte que finalement rien n’a changé !

– Même si ce nouvel album est plus sombre que le précédent, il y a une sorte d’effet miroir entre les deux. On retrouve aussi cette touche légèrement Indus et Electro, sans être synthétique. Est-ce que l’idée était d’être le plus immersif possible, car c’est le sentiment qui domine ?

En effet, les albums se font écho à certains égards, nous avons également travaillé le visuel en ce sens. Cela vient très certainement du fait qu’il y a une certaine cohérence et un fil conducteur très caractéristique de NIHIL tout au long des compositions, alors même que les esthétiques varient au fil des deux albums. C’était déjà le cas à l’époque sur les albums précédents, ils ont tous à leur façon une part conceptuelle. Nous n’avons pas dérogé à la règle avec « Aphelion » et « Perihelion ».

– Vous avez également effectué un gros travail sur les arrangements et les atmosphères, avec en point d’orgue, selon moi, « Be Quiet Please » et ses presque dix minutes. Est-ce que vous voyez ce morceau comme la quintessence et une sorte de concentré de ce nouvel album ?

Le cas de « Be Quiet Please » est assez intéressant, car il fait partie des anciens morceaux que nous avons totalement remodelé. A l’origine, il se trouve sur le dernier album de NIHIL « Figures & Creatures » mais nous trouvions qu’il méritait d’être modernisé, d’être un peu repensé… et c’est Louis Mesnier et Benjamin Mandeau (studio Cryogène), qui ont apporté une nouvelle lecture du morceau et nous ont proposé d’autres pistes d’arrangements. Nous avons été conquis dès le départ, le morceau était transformé, comme neuf… et le résultat se retrouve donc sur « Perihelion » comme s’il s’agissait d’un nouveau titre. En cela, il est en effet très représentatif des compositions du groupe : une progression émotionnelle qui oscille entre puissance, douceur et mélancolie, en passant par diverses inspirations musicales. C’est un titre dont nous sommes plutôt fiers.

– Enfin, j’imagine qu’après toutes ces années, vous devez être impatients de retrouver la scène. Et surtout, « Syzygy » vous offre une setlist de rêve. Vous allez reprendre la route ?

Nous avons bien sûr en tête la possibilité de faire du live et si l’occasion se présente, nous en serions ravis. Aujourd’hui, nous goûtons chaque minute depuis la sortie de ces deux albums, nous prenons notre temps, et si déjà notre musique est bien accueillie par le public ,nous verrons ce qu’il adviendra de la suite. L’avenir nous le dira !

Les deux albums qui constituent « Syzygy », « Aphelion » et « Perihelion », sont disponibles chez Base Productions et Klonosphere.

Photos : Julien « Youc » le Youdec

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Hard Rock Stoner Rock

Crobot : certified authentic

Il existe peu de groupes capables de naviguer avec autant d’aisance et de fluidité d’un registre à l’autre, tout en réussissant le tour de force de conserver une identité musicale aussi évidente et reconnaissable. CROBOT fait partie de ceux-là et même si son duo basse/batterie est très changeant, rien ne semble pouvoir perturber Chris Bishop et Brandon Yeagley, intarissable tandem qui se plaît toujours autant à injecter à son Stoner des teintes bluesy, Classic et Hard Rock sur ce « Supermoon » original. L’harmonie et la puissance.

CROBOT

« Supermoon »

(Megaforce Records)

Remis sur de bons rails depuis sa signature chez Megaforce Records et qui avait débouché sur « Obsidian » sorti il y a deux ans, CROBOT a retrouvé toute sa verve et son mordant en renouant avec ce qui a toujours été son ADN : un Stoner Rock musclé teinté de Hard Rock. Et si sa créativité et son plaisir de jouer s’entendent plus que jamais, le chanteur Brandon Yeagley et le guitariste Chris Bishop ont également repris une vielle habitude, celle de changer de rythmique. Dorénavant, la fratrie Janson (Willie et Nico, basse et batterie) donne le tempo sur « Supermoon ».

Les deux membres fondateurs ont opté pour une approche plus bluesy et funky pour ce septième album, mais, soyons clairs, les riffs épais et massifs qui ont toujours caractérisé CROBOT sont bel et bien présents et surgissent quand on s’y attend le moins. Très varié et lumineux, « Supermoon » atteste la large palette d’ambiances qui rend la formation de Pennsylvanie si familière. De l’harmonica qui habille « Gun To My Head » en ouverture, ou avec le sifflement un rien nostalgique de « Happy Days », le quatuor s’amuse et nous régale.

Cette faculté à opérer les fusions entre Rock et Metal, ainsi qu’entre Stoner et Hard Rock reste la marque de fabrique des Américains. Explosifs ou langoureux, tout en restant entraînants et mélodiques, ils conservent cette approche toujours ludique et souvent joyeuse qui les empêche de rester confiner dans un seul registre. Et finalement, peu importe la rythmique à l’œuvre, CROBOT est unique en son genre et déçoit finalement très rarement (« Girl From Another World », « Me And Your Mother », « Foot Off », « Battle Cry », « Let It Kill Me »). Une véritable masterclass !

Retrouvez aussi les chroniques des deux albums précédents :

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Hard 70's Heavy Rock

Bong Voyage : excessivement jouissif

Les trois singles dévoilés avaient déjà donné le ton de l’album des Norvégiens. Entre un Hard Rock vintage et quelques textures plus Desert ou Stoner Rock, le mix paraît si naturel pour les cinq musiciens de BONG VOYAGE, qui manient joie et sarcasme avec une délicatesse d’une précision d’orfèvre. Pertinemment intitulé « Hedonistic Hard Rock », ce premier opus nous plonge dans une piscine de sérotonine, où l’on se laisse porter par de bienfaitrices effluves de Rock’n’Roll sur des paroles à la fois grinçantes et terriblement fun.

BONG VOYAGE

« Hedonistic Hard Rock »

(Ripple Music)

Le risque, à vouloir faire de l’humour dans le petit monde du Rock’n’Roll, est de tomber soit dans la caricature, ce qui peut vite devenir gênant, soit de faire dans la kermesse ce qui, à moins de l’assumer pleinement, vous réduit à jouer pour un public intellectuellement sous-alimenté ou bien trop alimenté en boisson ou autre. La frontière est donc assez mince, mais pas si difficile à suivre lorsque toutes les conditions sont réunies. BONG VOYAGE n’a donc pas ce genre de soucis, et parvient sans mal à décrocher les sourires comme entraîner les vrais amoureux et connaisseurs de Rock au sens large dans une savoureuse communion.

Car aux manettes de ce joyeux quintet, on retrouve des membres de Håndgemeng, Suncraft et Buskas, autant de groupes établis et reconnus, et dont les musiciens s’offrent ici une sorte de parenthèse ludique, un laps de décompression, une espèce de lâcher-prise presque salvatrice. Car chez BONG VOYAGE, ça joue et ça joue même très bien. Que ce soit les mélodies accrocheuses, les refrains moqueurs ou une musique variée et maîtrisée bien au-delà de la moyenne, l’élan musical proposé par les Norvégiens tient plus de la récréation et ses textes de la taquinerie. Ici, on joue sur une certaine finesse en proposant un « Hedonistic Hard Rock » réjouissant.

Ça groove, les riffs déroulent dans une insouciante légèreté portés par des chœurs et des solos d’une très grande justesse. Un état d’esprit qui est l’essence-même de BONG VOYAGE et il suffit d’écouter « Saturday Rite Special », « UFOria », « One Hundred Million Billion », « Enabler » ou « Wizard Of Oslo » pour s’en convaincre. BONG VOYAGE multiplie les clins d’oeil, joue sur des références à peine voilées aux monstres sacrés des années 70, 80 et 2000. Et la bonne humeur des Scandinaves se diffuse au fil des titres et quelques minutes suffisent pour être réellement conquis ! Dans une société assombrie où les bonnes nouvelles se font rares, celle-ci arrive à point nommé !

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France Sludge

Seum : une souriante fureur [Interview]

Abrasif et décomplexé, le Sludge de SEUM fait trembler les murs depuis quelques années et aujourd’hui, même le métro de Montréal ou les bretelles d’autoroutes perçoivent ses vibrations. Bien plus qu’une simple rythmique, la batterie et la basse du power trio mènent l’ensemble avec un radicalité musicale dans laquelle le frontman s’engouffre avec hargne et vigueur. Pour son troisième album, « Parking Life » vient bousculer les habitudes frontales du groupe pour une expérience musicale unique, qui fait fi des codes et poursuit une trajectoire sans compromis et dorénavant très expérimentée. Des certitudes sur lesquelles Piotr, bassiste du combo, revient à travers un entretien qui dresse aussi un rapide bilan de l’aventure québécoise de nos trois Français.

– Tout d’abord et comme je vous suis depuis six ans maintenant et la sortie de votre premier EP, « Summer OF Seum », il est temps de faire un petit bilan de votre aventure québécoise. Est-ce que ce que vous vivez aujourd’hui correspond aux attentes que vous aviez en allant créer SEUM à Montréal ?

C’est vrai que ça fait déjà six ans, et merci pour ton soutien durant tout ce temps. Tout ce que nous vivons avec SEUM dépasse de loin toutes nos attentes initiales, car nous n’en avions pas ! (Rires) Lorsque nous avons commencé à jouer ensemble en 2020, l’idée était simplement de refaire de la musique après s’être trop oubliés dans le travail pendant plusieurs années après notre immigration au Canada. Nous n’avions pas vraiment d’attentes, mais nous souhaitions faire les choses bien : prendre notre temps pour écrire de bonnes chansons, collaborer sur des visuels marquants et trouver des manières originales et fun de promouvoir notre musique. Nous voulions avoir du plaisir dans chaque domaine lié au groupe. Nous continuons avec cette approche et nous apprécions chaque moment, que ce soit une interview avec toi, ou une invitation au Hellfest. On a hâte de voir la suite.

– Vous sortez déjà votre troisième album, « Parking Life », après des EPs, des Live, des singles et des splits, et toujours avec le même line-up, bien sûr. Etre aussi soudés montre également votre détermination. Est-ce que c’est le fait d’être aussi prolifiques qui alimente votre créativité ?

Je t’avoue que nous n’y avons jamais vraiment réfléchi, on aime être dans l’action. On a aussi la chance de pouvoir enregistrer et mixer nous-mêmes ce qui nous permet sûrement de sortir des disques plus vites que d’autres groupes. Diffuser de la nouvelle musique relance la machine à chaque fois, car on peut reprendre la route, faire de nouveaux concerts et rencontrer de nouvelles personnes. C’est aussi l’occasion pour nous à chaque fois de nous remettre en cause et d’essayer de modifier un peu la formule pour que chaque sortie ait sa personnalité.

– Depuis vos débuts, vous prônez la culture DIY et vous vous y tenez. Pourtant, pour vos trois albums, vous avez fait appel à de grands noms pour les masteriser. Pour « Winterized », c’était Erwin Hermsen (Trouble, Pestilence, Dead) et pour « Double Double », ce fut John Golden (Melvins, Sleep, Weedeater). Et pour « Parking Life », c’est Chris Fielding (Conan, Electric Wizard), qui réalise le mastering. Es-ce une manière pour vous de valider votre travail en quelque sorte ?

C’est Fred, notre batteur, qui s’occupe presque à chaque fois d’enregistrer, ce qui n’est d’ailleurs pas le cas pour « Parking Life », et de mixer nos projets, il en a aussi masteriser quelques-uns (le split avec Fatima, « Summer of Seum », « Live From The Seum-Cave »). On s’est rendu compte que c’était plus intéressant d’avoir quelqu’un de l’extérieur pour revenir sur notre travail, car écouter les morceaux en boucle impactait notre esprit critique. Faire appel à de grands noms nous permet aussi de réaliser un petit rêve de fan. On est à une poignée de main de groupes légendaires, car John Golden a travaillé avec Nirvana ! (Sourires) On est très contents de ces collaborations et pour « Parking Life », Chris Fielding a fait un travail remarquable. Il a réussi à donner de l’énergie aux morceaux, tout en conservant leur lisibilité.

– D’ailleurs, quel est l’apport principal de ces collaborations extérieures pour finaliser vos albums, selon vous ? Ça se joue sur la garantie d’un bon traitement sonore, car on retrouve toujours le son de SEUM ?

Collaborer avec des gens extérieurs lors du mastering nous permet d’entendre et de gommer certaines erreurs de mix que nous n’aurions pas entendu nous-mêmes. Pour ceux qui ne sont pas familiers avec le processus, c’est un peu comme poser une couche de vernis sur une peinture. Alors, ça nous permet de faire rentrer un peu d’air dans le processus créatif, ça fait du bien… (Sourires)

– Un petit rappel pour ceux qui ne sont pas encore familiers avec SEUM, il n’y pas de guitare dans votre ‘Doom’n Bass’. En six ans, vous n’avez jamais été tenté ? Vous auriez pu croiser un six-cordiste québécois en phase avec votre Sludge, par exemple…

On a déjà rencontré des guitaristes qui se sont proposés, bien sûr ! Mais depuis son origine, le groupe s’est toujours voulu basse/batterie/chant. Ça peut apparaître comme une contrainte, mais c’est ce qui nous a permis de fabriquer notre formule avec le temps, c’est ce qui nous caractérise. Alors, pas de guitares à l’horizon, mais en revanche pourquoi pas un projet composé à deux basses distinctes ? (Sourires) Ça pourrait être une idée pour le prochain projet. A ce sujet, on a eu plaisir à jouer en tournée avec le groupe français Vantre, qui joue à deux basses et la manière de faire de la musique sans guitare est vraiment inspirante. Si vous ne connaissez pas, je vous invite à les écouter !

– L’une des nouveautés de « Parking Life » est l’apparition de voix claires et même de quelques mélodies. Vous avez déclaré avoir traité chaque morceau comme un titre Pop. Que vouliez-vous dire par là, car on en est tout de même très loin ?

La formule est volontairement provocante, car mélanger Sludge et Pop, a priori, n’a aucun sens ! Pour la promo de l’album, on comparait même le disque à la rencontre improbable et alcoolisée de Jimmy Bower d’Eyehategod et de Britney Spears ! (Rires) Ce qu’on a voulu par là, c’est créer des morceaux courts, catchy, ‘fredonnables’ et traitant de sujets que nous sommes nombreux à partager, un peu comme sur des titres de Pop. L’ajout de chant clair sur certains refrains nous permet aussi de jouer avec notre formule et d’ajouter, on espère, un petit côté entêtant aux chansons. On fait de la musique extrême, mais on est pas snobs par rapport à la musique mainstream. « Parking Life » est un album fun sur des sujets qui ne le sont pas comme la vieillesse, les ruptures, l’addiction, le travail abrutissant et ce qui nous attend tous, la mort.

– Derrière ce titre, « Parking Life », il y a aussi toute la philosophie et la démarche de SEUM, qui est résumé. Le voyez-vous comme un simple pied-de-nez à l’industrie musicale, ou est-ce que cela s’étend jusqu’à notre société actuellement en pleine dérive ?

C’est notre manière de nous exprimer sur le monde qui nous entoure. Nous avons commencé initialement comme un groupe de Sludge fumeurs de joints et buveurs de bières, mais nous nous sommes engagés de plus en plus au fur et à mesure du temps,. J’imagine que vivre à notre époque en Amérique du Nord et observer les dégâts du capitalisme de près laisse des traces. Nous essayons d’opérer des changements humblement à notre échelle. Nos disques sont maintenant à participation libre, les concerts que nous faisons aussi. Nous en organisons régulièrement qui sont ouverts aux mineurs, car d’habitude les concerts en Amérique du Nord sont réservés aux plus de 18 ans, voire plus de 21, ou dans des conditions uniques comme sous une bretelle d’autoroute ou dans le métro pour accueillir le plus de gens possible. Le monde actuel est en train de se fissurer, on peut rester dans son coin effrayé par le changement, ou en profiter pour s’insérer dans les brèches à coup de créativité. On a choisi la seconde option !

– Enfin, malgré le fait de donner l’impression d’avoir ‘popisé’ votre Doom’n’ Bass, il y a ce changement de logo qui vient apporter un sacré contraste avec son graphisme emprunté au Black Death. Le moment est bien choisi pour cette transition, alors que vous dites être en quête de plus d’accessibilité. Cela dit, SEUM n’est-il pas plus Sludge que jamais ?

Ce nouveau logo est un vrai coup de cœur! Notre graphiste Clément nous l’a proposé spontanément alors qu’il travaillait sur la mise en page de la pochette. Nous avons décidé de l’utiliser pour l’album d’autant plus qu’il se marie très bien à la photo de la pochette. Tu as raison, ce logo est en décalage avec le côté plus accessible de notre musique, mais le mariage des extrêmes est quand même une caractéristique du Sludge, non ? (Sourires) Melvins, qui ont inventé le genre, ont des albums extrêmement lourds avec des pochettes très douces… Disons que nous avons fait l’opposé ! (Sourires)

Le nouvel album de SEUM, « Parking Life », ainsi que toutes les sorties et le merchandising du groupe sont disponibles sur son Bandcamp : www.seumtheband.bandcamp.com

Retrouvez les différentes chroniques et la dernière interview de SEUM :

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Hard Rock

Upper Lip : possessed

Vraiment enthousiasmants, les Maltais renouent avec le Hard Rock de la grande époque, tout en lui apposant une sonorité moderne. Cinq ans après de bons débuts, UPPER LIP a encore augmenté l’intensité de son jeu et « Devil’s Ride » est d’une époustouflante variété. Respectueux d’un registre assez classique, le groupe reste ancré dans son temps, se montre créatif et véloce et cette deuxième réalisation mérite franchement le détour.

UPPER LIP

« Devil’s Ride »

(Independant)

Pourtant signé chez Pride & Joy Music pour son premier opus, « Deep Within » (2021), UPPER LIP fait son retour en indépendant avec une bien belle suite. Et même s’il paraît plus sombre que son prédécesseur, « Devil’s Ride » dégage pourtant une sensation très positive, malgré un propos plus introspectif. Originaire de l’île de Malte, où le Hard Rock se fait plutôt discret, la formation ne manque pas d’expérience, loin de là, mais donne une impression d’humilité qui ne freine pas non plus son audace. Explosifs et mélodiques, les îliens sont très entreprenants.

Composé de Christopher Portelli au chant, Marcel Paul Grima à la basse, Joseph Azzopardi à la guitare et à la composition, et avec Sami Karpinnen (Therion, Opeth) derrière les fûts, UPPER LIP a fière allure et ne s’en laisse pas compter. Sur une rythmique au groove imparable et des riffs acérés, il déploie un Hard Rock solide et entraînant aux frontières du Classic Rock et avec même quelques notes bluesy (« Won’t You Listen »). Et ce petit côté Old School le rend finalement très attachant, alors que « Devil’s Ride » est loin de manquer de mordant.

Et ce son et cette production modernes et musclées, on les doit une fois encore à David Vella, également à l’œuvre sur « Deep Within », le tout enregistré dans les magnifiques Temple Studios de Mistra à Malte. Ce qui est également remarquable, c’est la diversité musicale proposée par UPPER LIP, qui s’emploie à ne jamais se répéter. Incroyablement Rock’n’Roll, le combo expose ses multiples facettes tout en parvenant à affirmer une identité forte (« Blood Of Rock’n’Roll », « The Duel », « The Castle », « Goddess Of The Sun », ). Délicieusement rafraîchissant !

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Blues Rock

Philip Sayce : life on stage

Brute et généreuse, on n’en attendait pas moins de la seconde partie de « Scorched Earth », la série de ‘Live’ entamée il y a une décennie déjà par le Britannique et qui avait démarré au Canada, son pays d’adoption. Les concerts de PHILIP SAYCE font le plein à chaque passage et c’est cette intensité mêlée à la fougue du songwriter qui ressurgit sur ce « Volume 2 – Live in LA/London ». Car c’est sur les deux continents qu’il a sélectionné ces huit morceaux, où le six-cordiste fait parler la poudre grâce à une approche fougueuse de son instrument, mais aussi avec une voix qui traverse les émotions avec naturel.

PHILIP SAYCE

« Scorched Earth Volume 2 – Live In L.A./London »

(Atomic Gemini Records)

On n’osait plus y croire ! Dix ans après le ‘Volume 1’, PHILIP SAYCE offre donc une suite à « Scorched Earth » et l’ambiance est toujours aussi électrique. Si le premier volet avait été enregistré à Toronto au Canada où il réside, cette fois le musicien fait le grand écart entre Los Angeles et Londres, plus précisément au club ‘The Baked Potato’ de la Cité des Anges et au ‘Garage’ de la capitale anglaise. Et dans les deux cas, il faut bien avouer que le bluesman a littéralement retourné les lieux et les extraits proposés ici sont de la dynamite.

Avec sept albums au compteur, dont l’excellent « The Wolves Are Coming » sorti il y a deux ans, PHILIP SAYCE mène pourtant une carrière bien trop discrète au regard de son talent. Chanteur et guitariste, il distille un Blues Rock explosif, à la fois massif et virtuose. Et si ses enregistrements studios sont toujours pointilleux et plein de feeling, c’est bel et bien sur scène que sa musique prend tout son sens et que la puissance de son jeu change de dimension. Chargé d’émotion et incendiaire, « Scorched Earth » atteint encore des sommets.

Et pour sublimer le tout, le Gallois a fait appel au réputé Mark Rains pour le mastering, lequel a su révéler tout le relief et l’exceptionnelle prestation du groupe. Car pour l’accompagner, PHILIP SAYCE s’est entouré du bassiste Sam Bolle et du batteur Bryan Head : un power trio relevé qui fait corps et qui a régalé le public. Les versions de « Bitter Monday » et « Once » sont éblouissantes, celles de « Peace Machine » et de « Lady Love Divine » tout aussi incroyables, et le survitaminé « Spanish Castle Magic » de Jimi Hendrix confirme une filiation plus qu’évidente.

Photo : Robert Sutton

Retrouvez aussi la chronique de « The Wolves Are Coming » :

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Hard 70's International Proto-Metal

Lynx : a vintage claw [Interview]

Epanoui dans un registre 70’s, le style de LYNX peut paraître assez insaisissable. Ne reniant pas des références Hard Rock et proto-Metal, il y a également chez lui des élans progressifs et parfois même psychédéliques, qui offrent beaucoup de profondeur à ses compositions. Porté par une chanteuse et claviériste à la voix envoûtante, le quintet se présente avec un deuxième opus, « Trinity Of Suns », qui le voit encore évoluer dans son approche. Délicate, mais solide, la formation allemande n’a pas fait les choses à moitié et a opté pour un son organique, où le relief de ses morceaux prend toute son ampleur. Il aurait d’ailleurs été difficile de le concevoir autrement, tant l’authenticité sonore est liée à sa profondeur artistique. C’est l’un de ses fondateurs, le bassiste Phil Helm, qui revient sur l’évolution musicale et les changements de line-up qui ont émaillé le groupe entre ses deux albums.

– Avant de parler de ce nouvel album, j’aimerais qu’on évoque le changement de line-up depuis « Watcher Of Skies » sorti en 2021. Il y a eu l’arrivée d’Amy Zine au chant et aux claviers et celle de Janni à la guitare et au chant. Quel orientation cela a-t-il provoqué, notamment au niveau au niveau de la composition de « Trinity Of Suns »?

C’est une excellente question. Amy figurait déjà sur « Watcher Of Skies » en tant que choriste. Elle était une amie proche du groupe avant même de le rejoindre officiellement, et nous étions ravis de sa participation à ces enregistrements. Comme « Watcher Of Skies » est sorti avant même notre premier concert, nous n’avons commencé à réfléchir qu’après coup à la manière de gérer les synthés en live à quatre. Tim et moi avons fini par partager ces parties, alternant constamment entre nos instruments principaux et les synthés. C’est vraiment à ce moment-là qu’est née l’idée d’ajouter un cinquième membre. Avec Amy, nous avons non seulement accueilli une claviériste, mais aussi une chanteuse incroyable qui s’est progressivement imposée comme la voix principale du groupe. Janni nous a rejoints à la fin de l’été 2025. A ce moment-là, l’album était déjà écrit, et nous avions convenu que Marvin enregistrerait les parties de guitare en studio. Nous souhaitions néanmoins que Janni participe, il a donc contribué aux parties vocales de l’album.

– « Trinity Of Suns » est très différent de son prédécesseur, notamment dans le style, mais aussi dans le fait que le chant soit dorénavant essentiellement féminin. Est-ce qu’avoir une chanteuse a été un tournant pour le groupe, et cela a-t-il été aussi l’opportunité d’y apporter une nouvelle vision ?

Pour nous, la transition entre « Watcher Of Skies » et « Trinity Of Suns » a été très naturelle, car le changement de voix s’est opéré progressivement sur plusieurs années. Mais pour quelqu’un qui écoute les deux albums à la suite, le changement de son peut paraître radical. Grâce à la voix d’Amy, nous avons pu nous concentrer davantage sur les lignes vocales et donner à l’ensemble une dimension plus émotionnelle. Notre objectif était de créer un lien sensible plus profond avec les auditeurs.

– Vos deux albums pourraient presque être ceux de deux groupes différents pour qui ne vous connaîtrait pas bien. Est-ce que vous avez le sentiment que LYNX vit un nouveau départ ?

Comme je te le disais, cela nous semble être une évolution très naturelle et cohérente. Nous avons peaufiné le son que nous avions commencé à développer sur « Watcher Of Skies » et nous avons essayé de donner aux morceaux une plus grande profondeur émotionnelle sur « Trinity Of Suns ». Mais nous n’avons jamais eu l’impression de repartir de zéro.

– D’ailleurs, lors de vos concerts, vos setlists représentent-elles vos deux albums ? Et de quelle manière Amy s’est-elle approprié les anciens morceaux ?

Alors que « Trinity Of The Suns » n’était pas encore sorti, nous jouions déjà des morceaux du prochain album en concert depuis un certain temps. Depuis peu, plus de la moitié de notre setlist est composée de nouveaux titres, tout simplement parce que nous avons une grande confiance en leur qualité. Et nous avions joué « Island Universe » pour la première fois en 2023 à Athènes, lors du festival ‘Up The Hammers’. Les anciens morceaux se marient particulièrement bien avec la voix d’Amy, ils gagnent en profondeur et prennent une nouvelle dimension.

– « Trinity Of Suns » a un son très organique et il me semble que vous l’avez d’ailleurs enregistré en analogique. Etant donné le style de LYNX, j’imagine que le choix vous a paru évident. Et il possède aussi une approche très live. Etait-ce essentiel pour vous de réunir ces deux conditions ?

Il était primordial pour nous que l’album sonne le plus organique possible. C’est pourquoi nous avons choisi de l’enregistrer au Fat & Holy Studio avec René Hofmann, réputé pour ses enregistrements live. Ce processus a donné aux morceaux une dynamique impossible à obtenir dans des conditions de studio classiques. Nous avons aussi passé la majeure partie de ce temps ensemble en studio, ce qui a vraiment renforcé notre cohésion et notre lien avec l’album. C’était presque comme un petit voyage scolaire avec LYNX ! (Sourires)

– Parlons du style de ce nouvel album, qui est moins Metal et beaucoup plus Psych Prog. L’esprit 70’s est très présent et les morceaux sont aussi plus longs. L’idée était-elle d’être plus Rock et surtout de travailler plus sur les atmosphères ?

On adore tous le Rock des années 70, avant que le Heavy Metal ne devienne ce qu’il est devenu. Des groupes comme Blue Öyster Cult, Genesis, Pink Floyd, Jefferson Airplane, Led Zeppelin et, bien sûr, Black Sabbath, nous ont beaucoup influencés. On voulait composer des morceaux plus longs, plus profonds et plus intenses. On aime tous les morceaux Rock courts, mais un titre de huit minutes qui vous emmène en voyage, c’était vraiment notre objectif. Honnêtement, on n’a pas cherché consciemment à sonner moins Heavy, mais c’est en partie comme ça que l’album a pris cette tournure, et c’est très bien comme ça. On connaît tous des albums qui nous touchent profondément, et c’est ce qu’on voulait obtenir avec notre musique.

– LYNX peut aussi compter sur ses deux guitaristes et ses deux claviéristes, ce qui laisse un champ d’action très vaste. Sur quel instrument vous basez-vous pour composer et de quelle manière trouvez-vous l’équilibre, même si la guitare domine les compostions ?

Amy est notre principale claviériste, même si Tim a aussi enregistré quelques parties en studio. Composer est toujours un travail d’équipe pour nous. Parfois, l’un d’entre nous propose une idée de base, mais nous développons toujours les morceaux ensemble, en groupe. Il est important pour nous que chaque instrument puisse s’exprimer pleinement. Par exemple, le morceau-titre est construit autour d’une section rythmique basse-batterie très solide.

– Enfin, « Trinity Of Suns » a vraiment tous les attributs d’un album-concept. Est-ce le cas et sur quelle thématique vous êtes-vous concentrés pour créer l’ensemble ?

Je suis ravi que tu le perçoives ainsi, et oui, dans une certaine mesure, c’était le but. Tout comme dans « Watcher Of Skies », notre protagoniste fictif est le lynx, que nous envoyons en voyage. Dans « Trinity Of Suns », il l’entreprend réellement et vit des aventures qui se transforment également en un voyage intérieur et émotionnel. Nous souhaitions raconter une histoire à laquelle chacun puisse s’identifier, tout en laissant suffisamment de place à l’interprétation pour que chacun puisse se la forger sa propre vision.

Le nouvel de LYNX, « Trinity Of Suns », est disponible chez Dying Victims Productions.

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Heavy metal Old School

Toxikull : cherished legacy

Vaillants et déterminés, les Lisboètes arrivent à un stade de leur carrière, où ils sont en pleine maîtrise de leur jeu et confortés aussi dans leurs choix artistiques. TOXIKULL est indomptable et entraînant, et chaque morceau de « Turbulence » est une prise d’assaut et une sorte d’acte héroïque, entièrement dédié à un Heavy Metal originel indéboulonnable depuis sa création. Et il sait d’ailleurs aussi très bien se renouveler en se réoxygénant avec force. Le quatuor en est donc un héritier direct que rien ne semble pouvoir arrêter.

TOXIKULL

« Turbulence »

(Dying Victims Productions)

Avec un quatrième album en l’espace de dix ans, TOXIKULL semble avoir trouvé son allure de croisière et continue son immersion dans un Heavy Metal Old School, de celui qui secoue le genre depuis les années 80 notamment. Classique, certes, mais pas en manque d’idées, « Turbulence » est d’une énergie viscérale et atteste d’une maturité acquise patiemment. Agrémenté d’un soupçon de Speed Metal, tout en restant mélodique et accrocheur, ce nouvel opus ne jette pas pour autant un regard passéiste, mais prouve au contraire que l’avenir lui tend les bras. La dynamique est activée.

Deux ans après « Under The Southern Light », et juste après un live sorti l’année dernière, « Echoes From The Arena », sur lequel il a démontré qu’il était réellement taillé pour la scène, TOXIKULL ne relâche donc pas la pression et va de l’avant avec le percutant « Turbulence », le bien-nommé. Racé et tranchant, l’ensemble est très bien produit par Jaime Gómez Arellano (Opeth, Angel Witch, Paradise Lost, Moonspell), qui a parfaitement su retranscrire la passion du combo pour un Heavy Metal authentique et direct. Et entre Judas Priest, King Diamond ou WASP, il a trouvé sa voie et son style.

Grâce à un son actuel, TOXIKULL rend son approche un peu plus intemporelle encore et son duo de guitaristes y est pour beaucoup. Les rythmiques sont percutantes, les solos millimétrés et relevés et les titres sont galvanisés par un frontman en grande forme, qui livre une prestation remarquable. De « Midnight Fire », à «  Dragon Magic », en passant par « Dying Star », « Strike Again », « Hard To Break », « Flames Of Glory » ou le morceau-titre, les Portugais nous tiennent en haleine avec beaucoup de ferveur et ils s’adressent aux metalheads avec beaucoup de conviction et d’envie.