Catégories
Hard Rock

Upper Lip : possessed

Vraiment enthousiasmants, les Maltais renouent avec le Hard Rock de la grande époque, tout en lui apposant une sonorité moderne. Cinq ans après de bons débuts, UPPER LIP a encore augmenté l’intensité de son jeu et « Devil’s Ride » est d’une époustouflante variété. Respectueux d’un registre assez classique, le groupe reste ancré dans son temps, se montre créatif et véloce et cette deuxième réalisation mérite franchement le détour.

UPPER LIP

« Devil’s Ride »

(Independant)

Pourtant signé chez Pride & Joy Music pour son premier opus, « Deep Within » (2021), UPPER LIP fait son retour en indépendant avec une bien belle suite. Et même s’il paraît plus sombre que son prédécesseur, « Devil’s Ride » dégage pourtant une sensation très positive, malgré un propos plus introspectif. Originaire de l’île de Malte, où le Hard Rock se fait plutôt discret, la formation ne manque pas d’expérience, loin de là, mais donne une impression d’humilité qui ne freine pas non plus son audace. Explosifs et mélodiques, les îliens sont très entreprenants.

Composé de Christopher Portelli au chant, Marcel Paul Grima à la basse, Joseph Azzopardi à la guitare et à la composition, et avec Sami Karpinnen (Therion, Opeth) derrière les fûts, UPPER LIP a fière allure et ne s’en laisse pas compter. Sur une rythmique au groove imparable et des riffs acérés, il déploie un Hard Rock solide et entraînant aux frontières du Classic Rock et avec même quelques notes bluesy (« Won’t You Listen »). Et ce petit côté Old School le rend finalement très attachant, alors que « Devil’s Ride » est loin de manquer de mordant.

Et ce son et cette production modernes et musclées, on les doit une fois encore à David Vella, également à l’œuvre sur « Deep Within », le tout enregistré dans les magnifiques Temple Studios de Mistra à Malte. Ce qui est également remarquable, c’est la diversité musicale proposée par UPPER LIP, qui s’emploie à ne jamais se répéter. Incroyablement Rock’n’Roll, le combo expose ses multiples facettes tout en parvenant à affirmer une identité forte (« Blood Of Rock’n’Roll », « The Duel », « The Castle », « Goddess Of The Sun », ). Délicieusement rafraîchissant !

Catégories
Blues Rock

Philip Sayce : life on stage

Brute et généreuse, on n’en attendait pas moins de la seconde partie de « Scorched Earth », la série de ‘Live’ entamée il y a une décennie déjà par le Britannique et qui avait démarré au Canada, son pays d’adoption. Les concerts de PHILIP SAYCE font le plein à chaque passage et c’est cette intensité mêlée à la fougue du songwriter qui ressurgit sur ce « Volume 2 – Live in LA/London ». Car c’est sur les deux continents qu’il a sélectionné ces huit morceaux, où le six-cordiste fait parler la poudre grâce à une approche fougueuse de son instrument, mais aussi avec une voix qui traverse les émotions avec naturel.

PHILIP SAYCE

« Scorched Earth Volume 2 – Live In L.A./London »

(Atomic Gemini Records)

On n’osait plus y croire ! Dix ans après le ‘Volume 1’, PHILIP SAYCE offre donc une suite à « Scorched Earth » et l’ambiance est toujours aussi électrique. Si le premier volet avait été enregistré à Toronto au Canada où il réside, cette fois le musicien fait le grand écart entre Los Angeles et Londres, plus précisément au club ‘The Baked Potato’ de la Cité des Anges et au ‘Garage’ de la capitale anglaise. Et dans les deux cas, il faut bien avouer que le bluesman a littéralement retourné les lieux et les extraits proposés ici sont de la dynamite.

Avec sept albums au compteur, dont l’excellent « The Wolves Are Coming » sorti il y a deux ans, PHILIP SAYCE mène pourtant une carrière bien trop discrète au regard de son talent. Chanteur et guitariste, il distille un Blues Rock explosif, à la fois massif et virtuose. Et si ses enregistrements studios sont toujours pointilleux et plein de feeling, c’est bel et bien sur scène que sa musique prend tout son sens et que la puissance de son jeu change de dimension. Chargé d’émotion et incendiaire, « Scorched Earth » atteint encore des sommets.

Et pour sublimer le tout, le Gallois a fait appel au réputé Mark Rains pour le mastering, lequel a su révéler tout le relief et l’exceptionnelle prestation du groupe. Car pour l’accompagner, PHILIP SAYCE s’est entouré du bassiste Sam Bolle et du batteur Bryan Head : un power trio relevé qui fait corps et qui a régalé le public. Les versions de « Bitter Monday » et « Once » sont éblouissantes, celles de « Peace Machine » et de « Lady Love Divine » tout aussi incroyables, et le survitaminé « Spanish Castle Magic » de Jimi Hendrix confirme une filiation plus qu’évidente.

Photo : Robert Sutton

Retrouvez aussi la chronique de « The Wolves Are Coming » :

Catégories
Hard 70's International Proto-Metal

Lynx : a vintage claw [Interview]

Epanoui dans un registre 70’s, le style de LYNX peut paraître assez insaisissable. Ne reniant pas des références Hard Rock et proto-Metal, il y a également chez lui des élans progressifs et parfois même psychédéliques, qui offrent beaucoup de profondeur à ses compositions. Porté par une chanteuse et claviériste à la voix envoûtante, le quintet se présente avec un deuxième opus, « Trinity Of Suns », qui le voit encore évoluer dans son approche. Délicate, mais solide, la formation allemande n’a pas fait les choses à moitié et a opté pour un son organique, où le relief de ses morceaux prend toute son ampleur. Il aurait d’ailleurs été difficile de le concevoir autrement, tant l’authenticité sonore est liée à sa profondeur artistique. C’est l’un de ses fondateurs, le bassiste Phil Helm, qui revient sur l’évolution musicale et les changements de line-up qui ont émaillé le groupe entre ses deux albums.

– Avant de parler de ce nouvel album, j’aimerais qu’on évoque le changement de line-up depuis « Watcher Of Skies » sorti en 2021. Il y a eu l’arrivée d’Amy Zine au chant et aux claviers et celle de Janni à la guitare et au chant. Quel orientation cela a-t-il provoqué, notamment au niveau au niveau de la composition de « Trinity Of Suns »?

C’est une excellente question. Amy figurait déjà sur « Watcher Of Skies » en tant que choriste. Elle était une amie proche du groupe avant même de le rejoindre officiellement, et nous étions ravis de sa participation à ces enregistrements. Comme « Watcher Of Skies » est sorti avant même notre premier concert, nous n’avons commencé à réfléchir qu’après coup à la manière de gérer les synthés en live à quatre. Tim et moi avons fini par partager ces parties, alternant constamment entre nos instruments principaux et les synthés. C’est vraiment à ce moment-là qu’est née l’idée d’ajouter un cinquième membre. Avec Amy, nous avons non seulement accueilli une claviériste, mais aussi une chanteuse incroyable qui s’est progressivement imposée comme la voix principale du groupe. Janni nous a rejoints à la fin de l’été 2025. A ce moment-là, l’album était déjà écrit, et nous avions convenu que Marvin enregistrerait les parties de guitare en studio. Nous souhaitions néanmoins que Janni participe, il a donc contribué aux parties vocales de l’album.

– « Trinity Of Suns » est très différent de son prédécesseur, notamment dans le style, mais aussi dans le fait que le chant soit dorénavant essentiellement féminin. Est-ce qu’avoir une chanteuse a été un tournant pour le groupe, et cela a-t-il été aussi l’opportunité d’y apporter une nouvelle vision ?

Pour nous, la transition entre « Watcher Of Skies » et « Trinity Of Suns » a été très naturelle, car le changement de voix s’est opéré progressivement sur plusieurs années. Mais pour quelqu’un qui écoute les deux albums à la suite, le changement de son peut paraître radical. Grâce à la voix d’Amy, nous avons pu nous concentrer davantage sur les lignes vocales et donner à l’ensemble une dimension plus émotionnelle. Notre objectif était de créer un lien sensible plus profond avec les auditeurs.

– Vos deux albums pourraient presque être ceux de deux groupes différents pour qui ne vous connaîtrait pas bien. Est-ce que vous avez le sentiment que LYNX vit un nouveau départ ?

Comme je te le disais, cela nous semble être une évolution très naturelle et cohérente. Nous avons peaufiné le son que nous avions commencé à développer sur « Watcher Of Skies » et nous avons essayé de donner aux morceaux une plus grande profondeur émotionnelle sur « Trinity Of Suns ». Mais nous n’avons jamais eu l’impression de repartir de zéro.

– D’ailleurs, lors de vos concerts, vos setlists représentent-elles vos deux albums ? Et de quelle manière Amy s’est-elle approprié les anciens morceaux ?

Alors que « Trinity Of The Suns » n’était pas encore sorti, nous jouions déjà des morceaux du prochain album en concert depuis un certain temps. Depuis peu, plus de la moitié de notre setlist est composée de nouveaux titres, tout simplement parce que nous avons une grande confiance en leur qualité. Et nous avions joué « Island Universe » pour la première fois en 2023 à Athènes, lors du festival ‘Up The Hammers’. Les anciens morceaux se marient particulièrement bien avec la voix d’Amy, ils gagnent en profondeur et prennent une nouvelle dimension.

– « Trinity Of Suns » a un son très organique et il me semble que vous l’avez d’ailleurs enregistré en analogique. Etant donné le style de LYNX, j’imagine que le choix vous a paru évident. Et il possède aussi une approche très live. Etait-ce essentiel pour vous de réunir ces deux conditions ?

Il était primordial pour nous que l’album sonne le plus organique possible. C’est pourquoi nous avons choisi de l’enregistrer au Fat & Holy Studio avec René Hofmann, réputé pour ses enregistrements live. Ce processus a donné aux morceaux une dynamique impossible à obtenir dans des conditions de studio classiques. Nous avons aussi passé la majeure partie de ce temps ensemble en studio, ce qui a vraiment renforcé notre cohésion et notre lien avec l’album. C’était presque comme un petit voyage scolaire avec LYNX ! (Sourires)

– Parlons du style de ce nouvel album, qui est moins Metal et beaucoup plus Psych Prog. L’esprit 70’s est très présent et les morceaux sont aussi plus longs. L’idée était-elle d’être plus Rock et surtout de travailler plus sur les atmosphères ?

On adore tous le Rock des années 70, avant que le Heavy Metal ne devienne ce qu’il est devenu. Des groupes comme Blue Öyster Cult, Genesis, Pink Floyd, Jefferson Airplane, Led Zeppelin et, bien sûr, Black Sabbath, nous ont beaucoup influencés. On voulait composer des morceaux plus longs, plus profonds et plus intenses. On aime tous les morceaux Rock courts, mais un titre de huit minutes qui vous emmène en voyage, c’était vraiment notre objectif. Honnêtement, on n’a pas cherché consciemment à sonner moins Heavy, mais c’est en partie comme ça que l’album a pris cette tournure, et c’est très bien comme ça. On connaît tous des albums qui nous touchent profondément, et c’est ce qu’on voulait obtenir avec notre musique.

– LYNX peut aussi compter sur ses deux guitaristes et ses deux claviéristes, ce qui laisse un champ d’action très vaste. Sur quel instrument vous basez-vous pour composer et de quelle manière trouvez-vous l’équilibre, même si la guitare domine les compostions ?

Amy est notre principale claviériste, même si Tim a aussi enregistré quelques parties en studio. Composer est toujours un travail d’équipe pour nous. Parfois, l’un d’entre nous propose une idée de base, mais nous développons toujours les morceaux ensemble, en groupe. Il est important pour nous que chaque instrument puisse s’exprimer pleinement. Par exemple, le morceau-titre est construit autour d’une section rythmique basse-batterie très solide.

– Enfin, « Trinity Of Suns » a vraiment tous les attributs d’un album-concept. Est-ce le cas et sur quelle thématique vous êtes-vous concentrés pour créer l’ensemble ?

Je suis ravi que tu le perçoives ainsi, et oui, dans une certaine mesure, c’était le but. Tout comme dans « Watcher Of Skies », notre protagoniste fictif est le lynx, que nous envoyons en voyage. Dans « Trinity Of Suns », il l’entreprend réellement et vit des aventures qui se transforment également en un voyage intérieur et émotionnel. Nous souhaitions raconter une histoire à laquelle chacun puisse s’identifier, tout en laissant suffisamment de place à l’interprétation pour que chacun puisse se la forger sa propre vision.

Le nouvel de LYNX, « Trinity Of Suns », est disponible chez Dying Victims Productions.

Catégories
Heavy metal Old School

Toxikull : cherished legacy

Vaillants et déterminés, les Lisboètes arrivent à un stade de leur carrière, où ils sont en pleine maîtrise de leur jeu et confortés aussi dans leurs choix artistiques. TOXIKULL est indomptable et entraînant, et chaque morceau de « Turbulence » est une prise d’assaut et une sorte d’acte héroïque, entièrement dédié à un Heavy Metal originel indéboulonnable depuis sa création. Et il sait d’ailleurs aussi très bien se renouveler en se réoxygénant avec force. Le quatuor en est donc un héritier direct que rien ne semble pouvoir arrêter.

TOXIKULL

« Turbulence »

(Dying Victims Productions)

Avec un quatrième album en l’espace de dix ans, TOXIKULL semble avoir trouvé son allure de croisière et continue son immersion dans un Heavy Metal Old School, de celui qui secoue le genre depuis les années 80 notamment. Classique, certes, mais pas en manque d’idées, « Turbulence » est d’une énergie viscérale et atteste d’une maturité acquise patiemment. Agrémenté d’un soupçon de Speed Metal, tout en restant mélodique et accrocheur, ce nouvel opus ne jette pas pour autant un regard passéiste, mais prouve au contraire que l’avenir lui tend les bras. La dynamique est activée.

Deux ans après « Under The Southern Light », et juste après un live sorti l’année dernière, « Echoes From The Arena », sur lequel il a démontré qu’il était réellement taillé pour la scène, TOXIKULL ne relâche donc pas la pression et va de l’avant avec le percutant « Turbulence », le bien-nommé. Racé et tranchant, l’ensemble est très bien produit par Jaime Gómez Arellano (Opeth, Angel Witch, Paradise Lost, Moonspell), qui a parfaitement su retranscrire la passion du combo pour un Heavy Metal authentique et direct. Et entre Judas Priest, King Diamond ou WASP, il a trouvé sa voie et son style.

Grâce à un son actuel, TOXIKULL rend son approche un peu plus intemporelle encore et son duo de guitaristes y est pour beaucoup. Les rythmiques sont percutantes, les solos millimétrés et relevés et les titres sont galvanisés par un frontman en grande forme, qui livre une prestation remarquable. De « Midnight Fire », à «  Dragon Magic », en passant par « Dying Star », « Strike Again », « Hard To Break », « Flames Of Glory » ou le morceau-titre, les Portugais nous tiennent en haleine avec beaucoup de ferveur et ils s’adressent aux metalheads avec beaucoup de conviction et d’envie.

Catégories
Blues Rock

Guto Konrad : une jeunesse assurée

Chanteur, guitariste et compositeur, le musicien auriverde fait des débuts très prometteurs avec « Looking For Change », un premier effort qui en dit déjà long sur ses ambitions. Agile et puissant, le Blues Rock de GUTO KONRAD puise son énergie dans une époque qu’il n’a pourtant pas connu, ce qui ne l’empêche pas d’en maîtriser les moindres rouages. Avant de le découvrir cette année en Europe sur scène, c’est l’occasion de déjà se familiariser avec ses morceaux. Il signe en tout cas une belle entrée en matière.

GUTO KONRAD

« Looking For Change »

(Independant)

Lorsqu’on évoque le Brésil, on pense surtout Bossa Nova et Metal et beaucoup plus rarement Blues. Si le nom de Mario Rossi revient à l’occasion, il faut souhaiter que celui de GUTO KONRAD s’impose à son tour dans la sphère Blues Rock. A tout juste 23 ans, il se présente avec un premier album convaincant et déjà mature. Enregistré entre 2024 et 2025, « Looking For Change » est le reflet d’une nouvelle génération, qui commence à se faire entendre et qui affiche autant d’audace que de talent. Et lui non plus n’a pas froid aux yeux.

Malgré sa jeunesse, GUTO KONRAD canalise sa fougue grâce à un jeu surtout basé sur le feeling et les atmosphères et les tessitures, même si on devine sans mal que sa technique est déjà redoutable. Certes, ses références sont claires et se nichent autant dans un esprit 70’s que dans le côté indomptable d’un Stevie Ray Vaughan. Avec un son de guitare épais et chaleureux, GUTO KONRAD s’échappe même dans des ambiances psychédéliques tout en mouvement et guidées par des mélodies soignées et des arrangements délicats et précis.

Il y a forcément une certaine naïveté dans cette première réalisation. Et elle se traduit par une agréable approche guitaristique, qui le relie à Jimi Hendrix et son côté imprévisible et débridé. Quant à la production, son amplitude lui confère une saveur live et organique. GUTO KONRAD se livre sans fard et dès l’intro, une sensation de liberté émane de « Looking For Change ». Avec des compositions virevoltantes et appuyées, on se laisse vite happer par cet enthousiasme plein de vigueur (« Ain’t No Use », « Over And Over Again », « Hope » et le morceau-titre).

Catégories
Doom Metal International Symphonic Metal

A Dream Of Poe : failures and falls [Interview]

De par son contexte, ce nouvel album a une résonance particulière pour A DREAM OF POE. L’entité portugaise portée par Miguel Santos se présente avec « Katabasis : A Marriage Among Ashes », une cinquième réalisation née dans une douleur personnelle, qui s’est greffée à des thématiques déjà lourdes de sens. Toujours accompagné par son partenaire Paulo Pacheco, garant de l’univers narratif du groupe, le multi-instrumentiste semble même y franchir un cap en termes de profondeur, que ce soit musicalement ou à travers les mots posés sur ce Doom Symphonique à la fois ample et pesant. D’une grande finesse dans les arrangements et articulé autour d’une écriture très poétique, la noirceur guide l’auditeur dans quelque chose d’aussi monumentale que solennelle. C’est l’histoire d’une chute, d’une descente qui paraît inéluctable et qui se traduit dans un maelstrom d’émotions. Interview avec un musicien dont le parcours de vie se fond dans l’œuvre…

– Nommer son groupe A DREAM OF POE n’a rien d’anodin. Quelle relation entretiens-tu avec l’œuvre du poète américain, et en quoi pèse-t-elle sur ta musique ?

C’est un rapport entre esthétisme et émotion, car elle va chercher en chacun de nous et au plus profond. C’est quelque chose qui me parle vraiment. Dans ma musique, c’est essentiellement l’aspect narratif et atmosphérique qui en est le lien principal. Même sans le vouloir, j’ai toujours voulu composé une musique, qui évoque la chute à plusieurs niveaux. Ce sentiment d’inéluctabilité propre à Poe, cet effondrement progressif de soi, s’est naturellement inscrit dans l’ADN de A DREAM OF POE. Le nom lui-même est aussi, d’une certaine manière, né d’une chanson. Il y a de nombreuses années, Paulo Pacheco et moi jouions ensemble dans un groupe appelé Sacred Tears. A l’époque, j’avais déjà décidé de créer un projet solo, brièvement baptisé Theatre of Seven Hells. Mais lors d’une répétition en particulier, j’ai été frappé par les paroles que chantait Paulo. La fin disait : « L’un de nous doit partir, dans un rêve… un rêve de Poe ». Ce fut une révélation. A cet instant précis, j’ai su non seulement la direction que je voulais prendre, mais aussi le nom sous lequel je composerais ma musique.

– « Katabasis : A Marriage Among Ashes » a mis cinq ans à voir le jour, puisque tu as subi un incendie qui a détruit toute ta maison, mais aussi ton travail. Est-ce qu’une telle tragédie peut se transformer en un moteur créatif pour la suite, malgré tout ?

Je l’ai vécu comme une véritable tragédie. Perdre sa maison, la plupart de ses biens et devoir reconstruire sa vie à partir de rien est une épreuve incroyablement difficile, non seulement à surmonter, mais aussi à accepter pleinement. Retrouvez sa maison entièrement détruite par les flammes et ne plus jamais pouvoir y retourner. Rien que ça, ça m’a brisé le cœur. Franchement, je ne suis pas sûr de m’être jamais remis de cette incapacité à dire adieu à cette partie de ma vie. Concernant ma musique, ce fut un immense déchirement. En tant que musicien, quelqu’un qui utilise la musique pour exprimer ses émotions et immortaliser des moments, perdre des années de travail comme ça a été un véritable déchirement. J’écris avant tout pour moi, pour le processus créatif, pour ce que la musique m’apporte, mais il y a aussi quelque chose de très spécial à la partager, à savoir que quelqu’un d’autre pourrait s’y reconnaître. Alors, l’idée que ces chansons ne seraient plus jamais entendues, même pas par moi, était incroyablement difficile à accepter. Je me suis retrouvé dans un état étrange, entre le chagrin et le vide. Pendant un temps, il n’y avait plus rien sur quoi se reposer, si ce n’est un fragment survivant : ‘La Complainte de Phaeton’. Mais avant même de penser à nouveau à la musique, il y avait des choses plus importantes à gérer : s’assurer que ma copine, nos chats et moi étions en sécurité, que nous avions un toit, des vêtements… tout. C’était comme renaître dans un corps d’adulte, sans rien, et devoir reconstruire toute sa vie à partir de zéro.

Ce n’est qu’une fois ces bases posées que j’ai pu envisager de reprendre une guitare – une guitare que j’ai dû acheter, ainsi que du nouveau matériel de studio – et de recommencer à composer. D’une certaine manière, cette perte totale est devenue le fondement de l’album. Je n’avais pas d’autre choix que de recommencer et ce processus s’est avéré plus honnête, plus vulnérable, plus brut émotionnellement. Tout ce que j’écris est issu de mon vécu et un événement aussi bouleversant ne pouvait que façonner le résultat. Cet album ne parle pas d’une descente imaginaire, il est une descente. C’est vrai qu’il est devenu une force motrice, mais pas au sens d’une source d’inspiration. Plus par nécessité, pour donner enfin voix à quelque chose d’intérieur, là où les mots seuls ne suffisaient plus. Et je ne pouvais répondre à cette question sans remercier toutes les personnes qui nous ont accompagnés. Amis, collègues et même inconnus se sont mobilisés pour nous soutenir financièrement, moralement, et même en nous fournissant des choses essentielles comme de la nourriture et des vêtements. Cette solidarité, je ne l’oublierai jamais. Je leur en suis profondément et éternellement reconnaissant.

– Est-ce que vingt après la naissance de A DREAM OF POE, tu considères ce nouvel album comme un renouveau, un nouvel ancrage avec de nouvelles possibilités aussi peut-être ?

En effet, même si je le considère plutôt comme une transformation finalement. A bout de vingt ans, on peut aussi prendre des habitude pas toujours bonnes et c’est peut-être donc le moment de me renouveler, de me réinventer, mais sans perdre de vue mon identité. « Katabasis » reflète bien cette dualité. Il reprend tout ce qui a précédé, mais le redéfinit aussi. Le son, l’orchestration, la charge émotionnelle, tout est poussé plus loin que jamais. Si mes précédents albums exploraient une identité, celui-ci, pour des raisons évidentes, donne l’impression d’être… d’incarner.

– Alors que tu composes, arranges, orchestres et produis l’intégralité de l’album, en plus de jouer de presque tous les instruments, c’est ton partenaire Paulo Pacheco qui co-écrit les paroles et a développé le concept de « Katabasis : A Marriage Among Ashes ». Comment fonctionne cette collaboration, qui exige sans doute une grande complicité, mais aussi un travail d’équipe intense ?

Elle fonctionne car, à la base, il y a une amitié de plus de 25 ans. Paulo n’écrit pas seulement des paroles, il construit des univers. Le concept de « Katabasis : A Marriage Among Ashes », comme celui de tous les albums précédents, vient de lui et donne à la musique une trame narrative. Mon rôle est de composer la bande-son de cet univers. Parfois, la musique vient en premier et il y réagit, parfois c’est l’inverse, et d’autres fois encore, les deux processus se déroulent presque indépendamment. Mais au final, ça fonctionne toujours, car nous sommes sur la même longueur d’onde. Nous partageons beaucoup de choses, surtout artistiquement. Il y a un dialogue constant entre nous, et surtout, une grande confiance. Nous n’envisageons pas les choses comme deux rôles distincts, mais comme deux perspectives convergeant vers un même résultat émotionnel.

– Par ailleurs, plusieurs musiciens t’accompagnent sur l’album à la basse, à la batterie, à la guitare, au violon et au chant. Est-ce aussi une façon d’éviter le syndrome du one-man-band et un certain isolement artistique ?

En partie, oui. Même si je m’occupe de la majeure partie de la composition et de la production, faire appel à d’autres musiciens est essentiel. J’ai une vision claire en tête, je sais généralement où je veux aller, surtout une fois que la structure principale d’une chanson est en place. Mais inviter des musiciens de confiance à développer cette base apporte quelque chose que je ne peux pas créer seul. Cela ajoute une perspective différente, une énergie nouvelle. Il ne s’agit pas seulement d’éviter l’isolement artistique, même si cela en fait partie, il s’agit de donner plus de vie aux chansons. Chaque personne apporte quelque chose d’humain et d’unique à la musique. Au final, il s’agit de laisser la musique respirer au-delà de moi.

– Les arrangements jouent aussi un rôle très important sur l’album, par ailleurs très bien produit. Avec son aspect symphonique, il ouvre également une fenêtre sur le musique classique. Est-ce que ta volonté était de jouer sur cette dualité entre une certaine douceur et une violence contenue dans le Doom ?

Ce serait plutôt une forme de coexistence, car le côté symphonique peut également augmenter cette impression de ‘violence’. Ils sont là pour l’amplifier, lui insuffler une nouvelle vie, voire la mort ou la misère. C’est simplement une autre façon de transmettre des émotions et des lignes mélodiques que j’écrirais autrement à la guitare. Remplacer ou compléter ces lignes par une orchestration ouvre des possibilités totalement différentes, qu’il s’agisse de créer quelque chose de plus intime ou de plus chaotique et bouleversant. J’ai toujours été influencé autant par des artistes comme Andrea Bocelli que par le Metal lui-même, et par bien d’autres genres. Ce sens de l’espace, de la mélodie et de l’intensité émotionnelle se fond naturellement avec la lourdeur, tant émotionnelle que musicale, du Doom Metal. Ainsi, plutôt que de faire le lien entre deux mondes, il s’agit d’en créer un où les deux peuvent coexister sans compromis. Au lien de créer un lien, l’idée pour moi est de les faire coexister. Je sais que ce ne sera pas du goût de tout le monde, certains pourraient même y voir une hérésie, mais pour moi, c’est simplement la façon la plus honnête d’exprimer ce que j’entends dans ma tête.

– De plus, on retrouve une touche gothique, au sens le plus pur du terme, tout au long de l’album. On l’associe souvent au romantisme, alors qu’ici, elle évoque davantage la souffrance et l’effondrement. L’idée était-elle de souligner l’aspect monumental et solennel, ou simplement de présenter deux scènes différentes, comme deux points de vue ou deux interprétations ?

Le gothique est plus synonyme de décrépitude pour moi que de romantisme, même si très souvent, les deux sont très liés et même inhérents. J’y perçois une beauté brisée. Pour moi, l’élément gothique a toujours été plus proche de la décrépitude que du romantisme, même si je ne pense pas qu’on puisse véritablement avoir l’un sans l’autre. Il y a de la beauté là-dedans, mais une beauté brisée. L’album ne cherche pas à présenter des points de vue opposés, il présente une descente continue. Une descente très réelle, enracinée dans la tragédie que nous avons vécue en 2023, et une descente imaginaire, façonnée par Paulo Pacheco. Le côté monumental vient de ce sentiment que l’effondrement se fait quoiqu’il arrive de manière assez lente, mais irrémédiable. Et toutes ses composantes, ses vérités et ses perspectives mènent toutes au même endroit. Et finalement, j’espère que les auditeurs trouveront leur propre vérité dans l’album. Cela a toujours été l’objectif : créer quelque chose avec lequel les gens puissent se connecter personnellement.

– Enfin, j’ai remarqué que tu te produisais assez rarement en concert. Est-ce dû à la difficulté de recréer parfaitement l’univers de A DREAM OF POE, tel que tu l’imagines ?

Ce n’est pas certain. Vu le peu de concerts, ça pourrait le laisser penser, mais j’adore vraiment jouer en live, et je pense que ça se voit sur scène. Après l’incendie, je me suis promis de faire plus de choses qui me rendent vraiment heureux, et jouer avec A DREAM OF POE en fait assurément partie. Cela dit, la réalité est un peu plus complexe. Même si on le perçoit souvent comme un projet solo, ce n’en est pas vraiment un, et cela engendre des défis. Monter un spectacle représente un coût important, et pour que cela se concrétise, de nombreux éléments doivent être réunis. Cela exige aussi plus des musiciens qui m’accompagnent. Dans un groupe ‘traditionnel’, tout le monde participe à la composition, ce qui facilite naturellement l’apprentissage et l’intégration des morceaux. Avec A DREAM OF POE, les musiciens qui me rejoignent sur scène n’ont pas participé à la création initiale. Il faut donc plus de temps pour atteindre le même niveau de confort et de confiance avec le répertoire. Nous avons été un peu plus actifs entre 2015 et 2017, principalement à Edimbourg, avec aussi un concert en Roumanie. Après cela, je me suis concentré sur l’écriture de « The Wraith Uncrowned » (sorti en 2019 – NDR), et nous avions prévu une tournée en 2020 pour fêter les 15 ans du groupe… mais on connaît la suite.

Pour ce qui est de recréer la musique en live, la technologie moderne le permet très bien. Certains puristes critiquent l’utilisation de samples, comme s’il s’agissait de playback, mais c’est tout à fait faux. Jouer au métronome, rester parfaitement synchronisé avec l’orchestration, exige précision, discipline et assurance. Si quelque chose tourne mal, la musique ne vous attend pas. Nous l’avons déjà fait, avec la formation écossaise et la formation açoréenne, et ça a extrêmement bien fonctionné. En 2024, nous avons donné un concert exceptionnel aux Açores, où nous avons interprété des morceaux plus orchestraux, comme « The Lament of Phaethon », « The Bringer Of Dawn » et une réinterprétation de « Whispers Of Osiris ». Ce fut une expérience incroyable, même pour moi. Par moments, on ferme les yeux et on a presque l’impression d’avoir un orchestre complet derrière soi. Cela dit, nous mettons tout en œuvre pour remonter sur scène d’ici fin 2026 et en 2027. Nous avons tous hâte de jouer en live et de présenter ces nouveaux morceaux à un nouveau public comme à nos fans de longue date.

Le nouvel album de A DREAM OF POE,  « Katabasis : A Marriage Among Ashes », est disponible chez Meuse Music Records.

Catégories
Classic Hard Rock Hard Blues Southern Blues

John Corabi : personal way

Avec un premier effort fortement imprégné par les 70’s, mais avec un son très actuel, JOHN CORABI se livre avec authenticité sur ce qui constitue sa culture musicale. Et même si on n’avait aucun doute sur le bon goût du chanteur de The Dead Daisies, il faut reconnaître qu’il se dévoile aussi comme un redoutable songwriter. Solaire et sincère, il passe en revue des atmosphères plus Rock peut-être, plus Southern aussi et portées par un groupe cinq étoiles. En s’offrant même une reprise de Sly And The Family Stone et flirtant avec la Soul et le Blues, le musicien de Philadelphie se montre impérial.

JOHN CORABI

« New Day »

(Frontiers Music)

Marqué au fer rouge par son passage chez Mötley Crüe le temps d’un album éponyme en 1994, JOHN CORABI s’est aussi essayé à d’autres formations, mais celles-ci firent beaucoup moins de bruit que le remplacement de Vince Neil. Depuis, il a enfin récupéré sa place au sein de The Dead Daisies qui a, de nouveau, retrouvé toute sa splendeur. Avec « New Day », c’est en solo qu’il se présente avec un disque qui lui ressemble beaucoup et sur lequel il se fait plaisir entre Classic, Southern et Hard Rock avec une même aisance et surtout une voix puissante.

Enregistré l’été dernier à Nashville avec le fameux Marti Frederiksen (Aerosmith, Ozzy) aux manettes, JOHN CORABI livre un opus très personnel et chaleureux. A ses côtés, le gratin du genre œuvre avec lui, à savoir son producteur, Evan Frederiksen pour la rythmique et beaucoup d’autres instruments, Richard Fortus (Guns N’Roses) à la guitare, Paul Taylor (Winger, Steve Perry) aux claviers et Charlie Starr de Blackberry Smoke aux solos. Difficile d’aligner un plus beau line-up et le résultat est à la hauteur des attentes : époustouflant !

De sa déjà longue carrière, l’Américain semble avoir rassemblé tout ce qui le fait vibrer. Que ce soit sur des titres acoustiques sensibles et délicats, ou d’autres plus entraînants aux teintes bluesy, ou évoluant dans un Rock plus brut, le frontman sait absolument tout faire et sa classe naturelle fait le reste. JOHN CORABI garde aussi un œil dans le rétro en incluant « Cosi Bella (So Beautiful) » (2021) et « Your Own Worst Enemy » (2022), sortis tous deux en singles, aux côtés d’autres pépites (« New Day », « That Memory », « When I Was Young », « 1969 »). Incontournable !

Photo : Jeff Fasano

Catégories
Hard'n Heavy

Elegant Weapons : target achieved

Sans doute désireux de prendre un peu la lumière en dehors de l’ombre de la légende avec laquelle il évolue d’habitude, Richie Faulkner mène depuis plus de trois ans maintenant ELEGANT WEAPONS avec quelques camarades soigneusement triés sur le volet. Et alors qu’on aurait pu y voir à l’époque un one-shot ou un simple plaisir passager, « Evolution » vient contredire ceux qui avaient un doute quant aux velléités du six-cordiste britannique. Ce deuxième opus est nettement plus varié, plus inspiré aussi et à l’évidence moins conventionnel que « Horns For A Halo ».

ELEGANT WEAPONS

« Evolution »

(Exciter Records)

Alors que son line-up avait soudainement changé après l’enregistrement de « Horns For A Halo », son premier effort, ELEGANT WEAPONS confirme sa détermination à s’installer durablement dans le paysage Metal. Cela dit, il faut ici surtout s’attendre à un Hard Rock assez classique aux reflets Heavy, certes, et même bluesy à l’occasion. Le guitariste de Judas Priest, Richie Faulkner, œuvre donc toujours aux côtés du caméléon Ronnie Romero (ex-Rainbow, MSG, …) au chant, du bassiste Dave Rimmer (Uriah Heep) et du batteur Christopher Williams (Accept). De la tenue, donc !

Toujours confié à Andy Sneap, son partenaire chez Judas Priest, la production confirme le son et le style d’ELEGANT WEAPONS et commence véritablement à le distinguer des groupes dont font partie les membres du combo. Très mélodique, « Evolution » prend une direction moins Heavy que son prédécesseur, ce qui laisse de fait l’opportunité à Richie Faulkner de montrer de nombreux aspects de son jeu. Plus personnel donc, on sent une réelle alchimie, même si le quatuor donne parfois l’impression de jouer un peu sur la retenue, mais non sans finesse et avec talent.

Loin de toutes extravagances guitaristiques (sauf peut-être sur les solos), l’instigateur du projet impose sa marque tout en laissant une belle place à ses partenaires. Et il ne sont d’ailleurs pas seuls. Côté invités, le claviériste Adam Wakeman pose de belles touches d’orgue Hammond sur « Come Back To Me » et « Keeper Of The Keys ». Et le jeune prodige Jared James Nichols se livre à une belle joute avec Faulkner sur « Thrown To The Wolf ». ELEGANT WEAPONS semble avoir trouvé son allure de croisière (« Holy Roller », « The Devil Calls », « Rupture »). Solide !

Retrouvez aussi la chronique du premier album :

Catégories
Metal Fusion

Skindred : follow the flow

La fluidité dans le mélange des styles, ce groove imparable et une voix qui porte et accroche, autant de signes qui rendent SKINDRED tellement identifiable. Et cela cela fait maintenant 24 ans que le groupe, né des cendres de Dub War, fait le pont entre le Pays de Galles et la Jamaïque avec talent et finesse. Sur « You Got This », les riffs bastonnent, les rythmes s’entremêlent et les refrains sont toujours aussi rassembleurs. Ce neuvième opus résonne avec force et les mots fédèrent comme jamais.

SKINDRED

« You Got This »

(Earache Records)

Après le succès outre-Manche de « Smile » il y a trois ans, les intenables Gallois reviennent armés de leur Metal Fusion, où les grosses guitares se mêlent à des flows et des rythmes Reggae et Ragga. Tout en conservant son ADN, SKINDRED continue son exploration et creuse inlassablement dans ce crossover si unique. Avec « You Got This », le power trio ne se contente pas d’appliquer les mêmes recettes, il pousse encore plus loin une maîtrise, dont il est l’instigateur. Toujours très positif, la croisée des genres opère comme par magie.

Généreux et fidèle à ce qu’il a toujours été, SKINDRED n’a pas son pareil pour diffuser une énergie compacte, moderne et solide. Il percute, il envoûte et il ensoleille au fil de ce neuvième album, dont chaque titre est très bien produit dans un équilibre parfait entre la puissance des guitares et la chaleur des mélodies. Comme d’habitude, « You Got This » est taillé pour le live, conçu pour enflammer les foules avec une facilité qui captive si facilement. C’en est même devenu une marque de fabrique, comme si le studio n’était qu’une simple étape.

Dans une forme étincelante, le combo parvient à raviver la fougue et la créativité des années 90 en la rendant plus actuelle que jamais. Le frontman Benji Webbe, le guitariste Mikey Demus et le batteur Arya Goggin n’en ont pas fini et prouvent encore une fois que leur épopée garde toute sa fraîcheur et son impact. On ne peut que souhaiter que SKINDRED prenne un peu plus la lumière et entraîne toujours plus de fans dans son si réjouissant sillage (« Can I Get A », « Born Fe Dis », « This Is The Sound », « Do It Like This », « Broke »). Dynamisant !

Retrouvez aussi la chronique de « Smile » :

Catégories
Classic Hard Rock Southern Rock

Brother Cane : back in town

Alors qu’il a collaboré avec de grands noms et également fondé Black Star Riders avec les ex-Thin Lizzy Scott Gorham et Ricky Warwick, Damon Johnson a décidé de réactiver pour de bon BROTHER CANE, une formation Hard Rock aux saveurs Southern. Et ce quatrième effort, qui surgit 33 ans après le premier, oscille entre une énergie communicative et des hommages appuyés, par ailleurs très réussis. « Magnolia Medicine » tient la route, brille parfois et propose des sonorités agréablement familières.

BROTHER CANE

« Magnolia Medicine »

(Double Dragon Records/Virgin Music Group)

Malgré sa reformation en 2022 qui avait mené le groupe sur scène pour quelques concerts, on n’osait plus véritablement croire à un retour sur disque avec de nouvelles compositions de la part de BROTHER CANE. Silencieux depuis 28 ans, après seulement trois albums à son actif, « Magnolia Medicine » marque donc la réapparition très attendue des Américains. L’idée est d’autant plus séduisante que tous les membres affichent une expérience confortable, à commencer par son guitariste et chanteur Damon Johnson au parcours exceptionnel.

Du line-up originel, il ne reste que le bassiste Glenn Maxey aux côtés du frontman. Il faut d’ailleurs préciser que ce dernier s’est affûté avec Alice Cooper, Thin Lizzy, Sammy Hagar et d’autres, ainsi qu’en solo avant d’intégrer Lynyrd Skynyrd en 2023 en lieu et place du regretté Gary Rossington à qui BROTHER CANE rend un bel hommage sur « Prince Charming », son surnom, avec en guests Johnny van Zant et Rickley Medlocke. Assurément un grand moment de « Magnolia Medicine », qui évolue globalement entre Hard Rock et Heavy Rock avec une touche Southern appuyée.

En effet, formé à Birmingham en Alabama, il y a forcément une saveur sudiste dans le jeu et l’atmosphère distillés par le quintet. On pourrait même parler de sextet, puisque le producteur Marti Frederiksen (Aerosmith, Def Leppard) joue aussi des claviers, des percussions et fait les chœurs sur ce nouvel opus. Globalement percutant et mélodique, BROTHER CANE se situe dans une certaine intemporalité marquée par les 90’s et livre de bons titres (« If This Means War », « Nothing To Lose », « Miracle » dédié à Tom Petty). Un bon retour !