Très atmosphérique et un brin mélancolique, le nouvel effort, car c’en est un puisqu’il a tenu à se poser un challenge artistique, a aussi la particularité de vous connecter instantanément à une musique d’une grande douceur, mais qui ne tombe jamais dans le larmoyant. « The Game » se veut un disque très personnel et d’une précision d’orfèvre. Guitariste envoûtant à la voix qui l’est tout autant, ERIC JERARDI avance sans fioriture dans un espace sonore assez feutré, où les mélodies s’épanouissent pleinement.
ERIC JERARDI
« The Game »
(Alternator Records/Niche Records)
Avec un dizaine d’albums à son actif depuis 1997, ERIC JERARDI mène pourtant une carrière à son image, c’est-à-dire discrète et humble. A Dayton dans l’Ohio, il a soigneusement élaboré un Blues d’une grande finesse, très narratif aussi et porté sur la Soul. Guitariste et chanteur, il est également un remarquable songwriter et avec « The Game », ce sont ses propres expériences qu’il partage. Sensible et profond, ce nouvel opus est produit par Michael James (Robben Ford, Edwin McCain) et celui-ci lui offre tout le relief nécessaire à un éclat très organique et presque naturel.
Dans ce bel écrin, les chansons d’ERIC JERARDI prennent tout leur dimension et il a su très largement relever le défi qu’il s’était lui-même lancé, à savoir écrire 12 morceaux en 12 semaines. Le résultat est intense et il n’y a absolument rien de bâcler, bien au contraire. Chaque note, chaque accord et chaque mot sont soigneusement pesés et pensés. « The Game » ne souffre d’aucune lacune et on le doit en partie aussi aux musiciens qui l’accompagnent. Assurant le chant bien sûr, ainsi que les solos de guitare, le reste du groupe est aussi virtuose qu’inspiré.
En plus d’un producteur lui aussi six-cordiste et claviériste, le bluesman peut compter sur Eric Colvin (claviers, basse, batterie) et une équipe de choriste hors-norme, qui se rend garante du souffle Soul qui enveloppe « The Game ». Les voix de Rachael Schroeder et celles de Cindy Walker et de Marier Lewey, toutes deux ayant fait les belles heures de Muscle Shoals, sont presque célestes et leur aspect cristallin et chaleureux est d’une sincérité incroyable (« One More Setting Sun », « A Man Ain’t A Man », « Thorns And Roses », « When Nature Speaks »). Eblouissant !
Toujours aussi bouillonnante, la blueswoman joue à nouveau avec les atmosphères en préservant une belle unité sur ce « Camino Diablo », tout en nuances. Très électrique, sans dédaigner l’acoustique, passant d’un Blues Rock musclé à une Country-Rock relevée, SUSAN SANTOS garde aussi des éclats Southern vissé à un style insaisissable et toujours plein de ressources. Et si un voile hispanique demeure, c’est pour mieux nourrir une inspiration déjà fertile. Plus orientée Americana, cette nouvelle réalisation de la compositrice propose un voyage plein de rebondissements.
SUSAN SANTOS
« Camino Diablo »
(Rattlesnake Records)
Entre deux tournées, la Madrilène a pris le temps d’enregistrer son septième album, deux ans après le très bon « Sonora ». Entourée de musiciens qu’elle connaît bien, à savoir le bassiste José Vera, Mario Carrión à la batterie et Paco Arroya, lui-même accompagné par SUSAN SANTOS, aux percussions. Enregistré, mixé et masterisé aux Black Betty Studios dansla capitale ibérique, c’est José Nortes et la musicienne qui ont produit « Camino Diablo ». Et même s’il sonne différemment que son prédécesseur, le thème du désert façon road-trip n’a pas changé.
Ces nouveaux morceaux s’inspirent de la célèbre ‘El Camino Del Diablo’ (la route du diable) reliant les terres arides d’Arizona au Mexique en passant par la Californie. C’est en quelque sorte la bande originale de ce périple qu’a mis en musique la chanteuse et guitariste. Peut-être moins Rock que « Sonora », « Camino Diablo » montre un visage plus Americana et dans un Blues assez classique. Toujours aussi intuitive, SUSAN SANTOS aime à ne pas se répéter et c’est encore lecas ici, même si son identité artistique et son toucher restent, quant à eux, toujours aussi évidents.
La gauchère prend un virage Country-Rock sur plusieurs chansons, même si quelques élans Boogie Rock très texans, tout comme des saveurs propres au Hill Country Blues, sont aussi présentes. En songwriter accomplie, elle déploie sa créative polyvalence. Dès l’entame avec « Camino » jusqu’au final avec « El Diablo Is Goin’ On », SUSAN SANTOS impose sa patte sur un opus dynamique et complet, grâce à un jeu toujours aussi fluide et virtuose (« Down On The Bayou » et son ambiance vaudou, « Faith », « Bad Little Susie », « The Bluesome Stranger’s Waltz »). Intense !
Retrouvez SUSAN SANTOS en interview à l’occasion de la sortie de « Sonora » :
Compositeur affûté, redoutable joueur de slide et chanteur assuré, ERIC JOHANSON a accompagné de grands noms du Blues avant de prendre son envol en solo, il y a une dizaine d’années. Homme de scène s’il en est (il compte déjà deux albums live à son actif), il revient aujourd’hui avec un cinquième opus sur lequel il est pleinement aux commandes. Avec « The Open Bayou », il rend hommage à ses racines dans un Blues Rock marécageux à souhait, où son sens du riff et la sensibilité de ses solos prennent vraiment de la hauteur. Un sans-faute !
ERIC JOHANSON
« The Open Bayou »
(Levee Ward Records)
Le musicien de la Nouvelle Orléans a décidé de voler de ses propres ailes et a quitté son label Ruf Records pour créer le sien. C’est donc sous la bannière de Levee Ward Records qu’ERIC JOHANSON sort son cinquième album studio. « The Open Bayou » donne même l’impression qu’il s’exprime en toute liberté, comme lesté d’un poids. Pourtant, ses dernières réalisations étaient loin de manquer de fraîcheur ou d’audace. Mais celui -ci dégage une saveur particulière et son titre en dit d’ailleurs déjà beaucoup sur son état d’esprit et ses intentions.
Produit par ses soins en collaboration avec Bill Skibbe, connu pour son travail avec Jack White notamment, « The Open Bayou » est probablement le disque qui lui ressemble le plus, tant il met en lumière l’atmosphère de sa Louisiane. Accompagné par son groupe de scène, à savoir Will Repholz à la basse et Jake Gartenstein à la batterie, ERIC JOHANSON est en territoire connu et son Blues Rock prend un relief incroyable. Puissant et électrisant, il est gorgé d’un fuzz chaleureux qui flirte avec le Stoner et le Heavy Blues. Et l’exploration va bien plus loin encore.
Toujours aussi virtuose, le guitariste semble faire une sorte d’inventaire de ses influences les plus profondes. Bien sûr, les bases de « The Open Bayou » repose sur un Blues Rock traditionnel, mais il est teinté de bien d’autres couleurs. Très Country sur « Alligator Smile », langoureux sur « Still I Move » ou plus sombre sur « What Makes You Real », ERIC JOHANSON est à son aise, convaincant dans tous les registres et il atteint des sommets de spontanéité et d’excellence (« Till the Sun Swallows The Earth », « The Open Bayou », « Lay Your Trouble », « Castaway »). Somptueux !
Retrouvez l’interview d’ERIC JOHANSON l’an dernier à l’occasion de la sortie de « Live In Mississippi »…
Dans un véritable élan de liberté, c’est avec un troisième effort d’une grande diversité que SARI SCHORR refait surface. Très attendue, même si son duo avec Robin Trower avait fait des étincelles, elle rayonne tellement plus lorsqu’elle évolue dans son univers personnel. Avec « Running Wild », elle offre une vision panoramique de son talent… et il est immense. Impertinente, souple, captivante ou totalement débridée, elle a fait du Blues son terrain de jeu et elle impose ses propres règles avec beaucoup de classe.
SARI SCHORR
« Running Wild »
(Provogue/Artone Label Group)
Il y a dix ans, la chanteuse et compositrice surgissait sur la scène Blues Rock avec le bien-nommé « A Force Of Nature », suivi de « Never Say Never » en 2018 et d’un album live. Et c’est ensuite sur l’excellent « Joyful Sky » du grand Robin Trower que SARI SCHORR avait livré une performance exceptionnelle en 2023. Perfectionniste, elle aura tenu ses fans en haleine huit longues années avant de livrer « Running Wild ». Un retour que l’on doit à son guitariste Jamie Walker, qui a étroitement collaboré à la conception de ce nouvel album.
Pour rappel, l’Américaine fut la choriste de Joe Louis Walker et Popa Chubby avant de faire un bout de chemin avec le guitariste de Robert Plant, Innes Sibun. Un parcours très riche et « Running Wild » vient confirmer qu’elle reste l’une des meilleures dans son domaine. Et pour son troisième opus en solo, SARI SCHORR a confié la production de son disque à son six-cordiste et bassiste Jamie Walker et à son batteur Luke Paget. Enfin, le groupe ne serait pas au complet sans les chaleureuses notes d’orgue Hammond et de piano de Bennett Holland.
Dès l’entame avec « Mr. In The Middle », puis sur le morceau-titre, la New-yorkaise place la barre très haut. L’irrésistible voile éraillé de sa voix permet à SARI SCHORR d’aborder une large palette d’ambiances, toujours entre puissance et délicatesse. Subtile, grave et sensuelle, elle est à l’aise dans tous les registres, passant du Southern Rock (« Monday Morning »), au Blues Rock groovy (« Cool Hand Riders ») ou à des tessitures plus Gospel (« Call It Freedom ») et Americana (« Finding My Way »). Somptueux et attachant !
Photo : Tom Row
Retrouvez la chronique de son album avec Robin Trower :
Faisant suite à « Force Of Nature », un album où le style des Anglais s’était clairement dessiné, « Fire And Folklore » vient confirmer cette touche unique qui soude et propulse le groupe à un sommet artistique d’une grande force. Avec ce troisième opus, leur Southern Rock prend une nouvelle dimension et, outre la qualité des morceaux, le travail effectué sur la production est lui aussi somptueux. Les riffs sont racés et enveloppants et la voix de John Hartwell délivre des messages d’espoir avec une sensibilité quidonne un caractère touchant à l’ensemble. Sur des guitares scintillantes, une rythmique au groove chaleureux et des notes de claviers qui viennent à la fois suspendre le temps et donner du corps au mélodies, THESE WICKED RIVERS prend son envol de la plus belle des manières. Entre passages Soul, Country, Blues et Classic Rock, le Sud guide l’inspiration des Britanniques, qui s’imposent désormais comme un valeur montante du genre. Le très polyvalent Rich Wilson (claviers, guitare, harmonica et chœurs) nous en dit plus sur la démarche du quintet, son approche de la composition et ce nouvel élan sudiste à l’œuvre depuis quelques années.
– Avant de parler de ce nouvel album, j’aimerais que l’on revienne sur le nom du groupe, qui est en lien direct avec votre ville de Belper dans le Derbyshire. Quelle est l’histoire derrière THESE WICKED RIVERS ?
Le nom du groupe vient de la comparaison entre le cours d’une rivière et la vie. Autrement dit, la rivière emprunte souvent le chemin de moindre résistance au fil du temps. Des méandres et des détours inévitables jalonnent son parcours ce qui, souvent, renforce son courant. Ces bifurcations peuvent surgir de nulle part et vous prendre totalement par surprise, vous entraînant sur des chemins insoupçonnés. Finalement, tout cela fait partie intégrante du voyage de la vie, des ruisseaux paisibles à la mer déchaînée.
– Je vous avais découvert avec « Force Of Nature » il y a deux ans et la qualité de ce deuxième album m’avait vraiment marqué. Or, avec « Fire And Folklore », votre jeu et votre écriture sont encore plus marqués. Il est d’ailleurs plutôt question de puissante émotionnelle, grâce à des mélodies et des textes forts. Cet aspect a-t-il pris plus d’importance durant l’écriture ?
Pour moi, la musique est une émotion. Dans « Sing Another Song », je parle de la bande-son de votre vie, qui vous accompagne à travers tout et nous croyons profondément au pouvoir de la musique et à son lien avec les émotions. Les liens que nous tissons avec la musique deviendront une mémoire vivante si on le permet, nous reliant aux bons comme aux mauvais moments. C’est pourquoi nous avons toujours été un groupe fier de nos textes, du message véhiculé par nos chansons. Je pense aussi qu’une mélodie forte contribue grandement à transmettre ce message, elle est donc tout aussi importante pour créer ce lien. Nous privilégions un message d’espoir, de compassion et de compréhension, si possible, mais il est tout aussi important de ne pas oublier les riffs percutants et les doubles pédales. La musique est ce qui se rapproche le plus de la magie. Créer quelque chose à partir de rien et qui puisse influencer positivement la vie des gens, est une chose puissante en ces temps difficiles.
– Revenons un instant sur votre ville de Belper où vous avez enregistré « Fire And Folklore », car il se trouve que le producteur Andy Sneap en est aussi citoyen. Qu’est-ce que le fait d’avoir travailler avec lui, ainsi qu’avec Colin Richardson, a apporté à votre son et peut-être au-delà à votre manière de composer et d’arranger ces nouveaux morceaux ?
Travailler avec des musiciens comme Colin et Andy allait forcément nous pousser à nous surpasser pour cet album. Leur riche expérience combinée était palpable à tous les niveaux du studio : ils savaient quelle guitare Arran (Day – NDR) devait utiliser pour chaque solo et avec quel ampli, afin d’obtenir le son ‘Thin Lizzy ultime’. Ils étaient même capables de déceler à l’oreille la moindre imperfection de timbre sur la peau d’un tom basse frappé par Dan (Southall – NDR). Nous avons vraiment adoré notre séjour aux studios Backstage et je pense que cela s’entend sur les enregistrements.
Pour être honnête, à part « Sing Another Song », le reste de l’album était déjà bien structuré avant d’entrer en studio, mais Colin et Andy semblaient savoir comment tirer le meilleur parti de chaque élément des morceaux. Ils suggéraient des modifications simples ici et là qui renforçaient toujours l’émotion du morceau. Andy travaillait les détails de la guitare avec Arran, l’aidant à peaufiner ses parties finales, tandis que Colin était très doué pour ajouter des idées de basse et de percussions. Il ressentait vraiment les morceaux et se déchaînait dans le studio. Nous avions également Pete Newdeck, un ingénieur du son doté d’une oreille incroyable pour les harmonies, qui s’est assuré que nous restions sur la bonne voie en ce qui concerne la partie vocale.
– Ce qui est d’ailleurs étonnant, c’est le contraste entre votre musique et celle sur laquelle Andy Sneap et Colin Richardson travaillent habituellement et qui est clairement orientée Metal. Comment s’est passée cette collaboration et comment avez-vous établi les ponts entre vos deux cultures musicales ?
On adore le Metal, c’est indéniablement une partie de notre histoire, les membres du groupe connaissant très bien le travail de Colin et Andy. Honnêtement, je pense qu’on a contacté Colin au bon moment, car il était prêt à travailler sur un album de Rock plus classique et à faire une pause avec la scène Metal. Il a aimé les démos qu’on lui a envoyées et a parlé à Andy de l’idée de collaborer avec nous.
Bien qu’ils soient tous les deux connus pour leur travail dans le Metal, ils aiment aussi le Rock, et puis, c’était une bonne excuse pour qu’ils passent quelques mois ensemble. On voulait tous capturer au maximum l’énergie d’un vrai concert, en travaillant sur le vif pour préserver un maximum de spontanéité, ce qui, je crois, était très stimulant pour tout le monde.
– D’ailleurs, il y a une autre artiste de grand talent près chez vous et sur cet album, c’est la chanteuse de Country Music, Kezia Gill, et votre rencontre sur « Sing Another Song » est lumineuse. Comment avez-vous travaillé sur cette chanson, et ce duo s’est-il imposé de lui-même ?
Nous avons assuré la première partie du groupe ‘A Thousand Horses’ de Nashville pour quelques concerts dans le sud des Etats-Unis, et Kezia était là en tant que chanteuse invitée. On a commencé à discuter avant le concert et le courant est tout de suite passé, car on a le même humour et on vient de la même région. Après le concert, je parlais avec un fan qui avait une photo d’elle et de Michael, le chanteur d’A Thousand Horses, datant d’il y a dix ans, et une autre prise ensemble le soir même. Plus tard, je lui en ai parlé et il m’a dit que ce n’étaient pas les années qui comptaient, mais les kilomètres. Ça m’a fait réfléchir à la vie d’un musicien itinérant et à la relation entre le fan, la musique et le musicien, et c’est de là qu’est née la chanson. J’en ai fait une démo pour la maison de disques, qui a beaucoup aimé et a pensé que ça pourrait être une bonne idée pour une collaboration. Dès que j’ai entendu ça, j’ai tout de suite pensé à Kezia, car je savais que le côté Country de la chanson collerait parfaitement à sa voix. Elle était aussi liée à la genèse de la chanson, puisqu’elle était là le soir où j’ai commencé à l’écrire. Nous lui avons envoyé la chanson, elle l’a adorée et a accepté de venir au studio où elle a fait un travail formidable.
– « Fire And Folklore » affiche par ailleurs une sonorité plus Southern Rock que « Force Of Nature » qui était plus Blues Rock dans le fond. Est-ce qu’après deux EPs et trois albums, THESE WICKED RIVERS a atteint son identité artistique profonde, car ce nouvel album est vraiment le plus abouti ?
L’album « Force Of Nature » avait un bassiste différent et plusieurs morceaux existaient déjà depuis un certain temps. Avec ce nouvel album, nous avons enfin les cinq membres au complet, ce qui nous a permis de peaufiner notre son. Ces deux dernières années, nous avons eu l’occasion de composer ensemble et de renforcer notre cohésion. On ressent vraiment la fusion de nos influences musicales pour créer ce son unique. Ces influences nous permettent de naviguer entre les genres, car notre objectif est de proposer la meilleure version possible de chaque chanson, quel que soit le style : ballade, morceau Rock entraînant ou Southern Blues.
– Avec DeWolff, Robert Jon & The Wreck, The Commoners, The Georgia Thunderbolts et quelques autres, THESE WICKED RIVERS fait partie du renouveau de la scène Southern. Et pour une fois, la relève ne vient pas exclusivement du sud des Etats-Unis. Selon vous, la différence vient-elle du contenu des textes, ou plutôt d’une approche musicale plus moderne et directe comme la vôtre ? Car les ingrédients sont finalement restés les mêmes…
Oui, je pense qu’au final, c’est une belle histoire. Il y a sans doute aussi un côté cyclique, car je crois que les gens commencent à se lasser des pistes d’accompagnement, des samples et qu’ils aspirent à ce son et à cette ambiance classiques. La combinaison d’instruments y contribue également, avec la présence importante du piano sur l’album. On retrouve cette basse mélodique, presque comme une guitare solo par moments, et une sincérité et une vulnérabilité touchantes dans le chant. Ajoutez à cela des riffs profonds, une batterie éclectique et des harmonies vocales riches, et vous y êtes. Je ne pense pas que nos origines importent vraiment. En tant que musiciens, nous sommes tous influencés par les grands maîtres et la musique de notre enfance. Au final, nous sommes tous des nains sur les épaules de géants.
– Enfin, il y a un véritable sentiment de liberté sur cet album, ainsi qu’une empreinte britannique très présente. Est-ce finalement l’exploration de vos racines immédiates, et non celles d’autres artistes, qui alimente votre style ?
Nous avons la chance d’avoir plusieurs auteurs-compositeurs dans le groupe. Ils s’inspirent de leurs propres expériences et racontent des histoires qui leur tiennent à cœur. Les morceaux sont toujours finalisés ensemble en répétition, ce qui permet à chacun d’y intégrer son style et ses influences. Au final, nous cherchons à transmettre une vérité à travers ces histoires, une vérité à laquelle, nous l’espérons, les gens pourront s’identifier. Nous sommes tous sur le même chemin : le ‘feu et le folklore’ ne sont que des repères pour guider ceux qui en ont besoin.
Le nouvel album de THESE WICKED RIVERS, « Fire And Folklore », est disponible chez Fat Earth Records.
Photos : Blackham
Retrouvez aussi la chronique de « Force Of Nature » :
Généreuse et enflammée, la virtuose guitariste venue du grand Nord a célébré son anniversaire avec panache, se faisant plaisir sur scène, mais surtout en offrant à son public une prestation intense. Avec 13 albums studios et ce cinquième live à son actif, ERJA LYYTINEN est parvenu à braquer les projecteurs sur son Blues Rock, bien sûr, mais aussi son pays. La compositrice a également imposé un style très identifiable, finalement assez éloigné des standards habituels dans les mélodies notamment. Ce « 50th Birthday – Live 2026 » vient ponctuer une carrière exemplaire, toujours pleine de surprises, et explosive.
ERJA LYYTINEN
« 50th Birthday – Live 2026 »
(Tuohi Records)
Lorsque la fougueuse chanteuse et guitariste fête son anniversaire, elle ne fait pas les choses à moitié. Tout d’abord, c’est dans le bel écrin de la ‘House of Culture’, surnommé ‘Kultsa’ à Helsinki qu’elle a soufflé ses bougies devant un public acquis et enthousiaste. Comme on le comprend ! Le 21 mars dernier, ERJA LYYTINEN a donc offert un beau cadeau à ses fans à travers une performance comme toujours électrique et pleine d’émotion. Pendant 90 minutes, la musicienne a parcouru sa discographie, et l’on mesure ainsi facilement son statut d’icône nationale dans sa Finlande natale.
A travers 15 morceaux soigneusement sélectionnés, on replonge dans la belle carrière de la blueswoman. Forcément, toutes ces chansons sont autant de moments qu’ERJA LYYTINEN joue et vit intensément. Parmi elles, on retiendra « One Thing I Won’t Change », sur laquelle le bassiste Sami Yaffa (Hanoï Rocks, New York Dolls, Joan Jett) l’accompagne aussi aux chœurs. Un beau moment de complicité. Bien sûr, et vu la proximité d’avec son dernier album studio en date, on retrouve plusieurs titres de « Smell The Roses ». Un disque qui vient marquer le second cadeau.
En effet, c’est un double-live qu’offre la Scandinave avec un autre concert enregistré durant sa dernière tournée au ‘Tempo’ de Mikkeli, toujours en Finlande, et en octobre 2025 cette fois. L’ensemble est plus Rock, à l’image de « Smell The Roses », et ERJA LYYTINEN est fascinante sur « Dragonfly », « Abyss », « Stoney Creek », « The Ring », le délicat « Empty Hours », sans oublier les versions dantesques de « You Talk Dirty » et « Wedding Day », désormais des classiques de son répertoire. Rayonnante, la rockeuse fait vibrer le Blues avec une approche nordique irrésistible.
Photo : Elsa Wellamo
Retrouvez l’interview d’ERJA LYYTINEN à l’occasion de la sortie de « Smell The Roses »…
Originaire du nord de l’Allemagne, c’est pourtant en Autriche que le groupe est allé enregistrer son deuxième effort, et ce changement de paysage semble l’avoir inspiré. Maniant toujours aussi habillement les contrastes, OAKFARM étend son Heavy Blues Rock dans un espace presque réconfortant, qui se fait aussi rapidement volcanique. « Too Hard For Some, Too Soft For Others » reflète avec un prisme actuel la rencontre d’un Rock instinctif et celle d’un Blues fluctuant à travers les époques. Le combo grandit et son style s’affine avec beaucoup de certitude.
OAKFARM
« Too Hard For Some Too Soft For Others »
(Pink Tank Records)
Deux ans après un premier opus éponyme réussi, OAKFARM propose un nouvel instant dans sa bulle intemporelle. Ici encore, le temps semble s’être arrêté, et la chaleur et la proximité qui émanent de « Too hard For Some Too Soft For Others » ont un effet réconfortant. L’atmosphère très 70’s, entre Rock vintage et Heavy Blues, doit beaucoup à son aspect très organique et le trio ne fait pas pour autant systématiquement dans la douceur, puisqu’il flirte avec le Stoner et un Psych Rock assez relevé. Il y a une exaltation forte qui submerge de cet environnement sonore et le rend explosif.
Tobias Lemberger (guitare, chant), Dennis Oelze (batterie) et Arne Döpper (basse) ont acquis beaucoup d’expérience grâce aux très nombreux concerts, en salles comme en festivals, donnés à travers leur pays ces dernières années. OAKFARM a consolidé son identité musicale à travers un jeu qui a beaucoup gagné aussi en fluidité et en profondeur. « Too Hard For Some Too Soft For Others » voit le groupe arriver à maturité et l’exploration artistique proposée ici est bien plus audacieuse que précédemment. C’en est même à se demander si son style est encore rétro.
Ample et dynamique, la production livre parfaitement toute l’énergie et les vibrations à l’œuvre sur ces huit nouveaux morceaux. Globalement très Blues, ils sont menés par un élan Rock où puissance et vulnérabilité s’entremêlent délicatement sur des titres rapidement captivants. Par ailleurs, OAKFARM a trouvé son équilibre dans un power trio soudé, où les contrastes des textes comme des registres restent instinctifs et pleins d’émotion (« 3000 Miles », « Lucy », « Oakpop », « Don’t Fade Away » et « Now And Then »). Une confirmation sans faute et réellement spontanée !
Tendre et survolté, TEXAS HEADHUNTERS est tout ça à la fois et bien plus encore. Loin d’être prisonniers d’une tradition texane qui les étoufferait, Ian Moore, Johnny Moeller et Jesse Dayton l’embrasse pleinement et y apporte une contribution, qui va bien au-delà de l’hommage. Ces trois-là respirent le Sud à plein poumon et la palette musicale de l’État à l’étoile solitaire semble même parfois un peu étroite, tant leur jeu est rassembleur et fédérateur. « Rise And Rise » est une projection musicale de leur univers personnel et ils n’ont pas leur pareil pour la rendre collégiale.
TEXAS HEADHUNTERS
« Rise and Shine »
(Hardcharger/Blue Élan Records)
Auréolé du succès de son premier album éponyme sorti il y a tout juste un an, TEXAS HEADHUNTERS remet ça avec « Rise And Shine » et le plaisir de jouer ensemble paraît même décuplé. Ian Moore, Johnny Moeller et Jesse Dayton font de nouveau vibrer l’ADN de leur Texas et le mix est toujours aussi savoureux. Et au-delà de cette explosive réunion, l’atmosphère de ces nouveaux morceaux est assez unique, tant elle joue sur les variations. Audacieux et toujours aussi roots, ce deuxième opus bénéficie surtout d’un songwriting exceptionnel tellement instinctif.
Virtuoses et flamboyants, les trois six-cordistes et chanteurs font beaucoup mieux que de rivaliser de technique. C’est surtout l’alchimie de leur personnalité qui impressionne. TEXAS HEADHUNTERS ne pourrait pas tout simplement pas existé sans l’un d’entre-eux. Le Blues profond de Moore, la dynamique funky de Moeller et le Garage Rock de Dayton ne font qu’un et explorent aussi des registres Soul, Outlaw Country et Americana. Et la force de nos trois fines gâchettes réside dans la connaissance et la maîtrise d’un style texan aussi riche que divers, et terriblement authentique.
Il y a de la joie sur ce « Rise And Shine » et elle s’entend sur chaque titre. Bien sûr, les riffs et les solos, qui peuvent être aussi discrets qu’époustouflants, restent la marque de fabrique du groupe, mais l’attention porté aux refrains est phénoménale. TEXAS HEADHUNTERS s’adresse à tout le monde et à chacun. Les guitares sont rutilantes, chaque note est à sa place et aucune n’est inutile. Cet élan collectif apporte à « Shine And Rise » une lumière particulière et les trois musiciens ne se contentent pas de se passer le flambeau, ils le partagent avec une passion palpable.
La longue carrière de ROBIN TROWER est assez unique en son genre. Traversant les époques avec un talent qui témoigne d’une certaine intemporalité et fédérant au fur et à mesure les nouvelles générations, il a inscrit ce son de guitare si particulier dans l’inconscient collectif des fans de Blues. Tout en variation, son instrument fait littéralement parler ses accords dans des échanges musicaux majestueux. Une signature qui est même devenue une référence pour beaucoup, tant elle est singulière et toujours en mouvement. Avec « Shine », le bluesman écrit un nouveau chapitre étincelant et atteste d’une créativité qui se renouvelle avec beauté.
ROBIN TROWER
« Shine »
(Mascot Label Group)
Après une belle tournée aux Etats-Unis, immortalisée sur « One Moment In Time : Live In The USA » et un peu plus d’un an après « Come And Find Me », ROBIN TROWER n’a pas pris le temps de souffler et a préféré s’engouffrer en studio et concevoir « Shine ». A 81 ans, il n’aura jamais été aussi prolifique que ces dix derniers dernières années. Pourtant, chaque album se distingue du précédent, grâce à un jeu qui se bonifie au fil du temps et des musiciens partageant une même vision. Le Blues du Britannique conserve cette étincelle si particulière.
Enregistré entre les studios 91 de Newbury et The Pines Recording Studio, la nouvelle antre de l’ingénieur Sam Winfield, « Shine » rayonne une fois encore du feeling et du toucher de ce ROBIN TROWER décidément infatigable et à l’inspiration intarissable. A ses côtés, on retrouve Richard Watts et sa voix délicatement éraillée, qui sert si bien ces nouveaux morceaux, et Chris Taggart derrière les fûts. Un trio affûté, en parfaite osmose, et qui se meut avec élégance sur un groove presque félin. Le reste est affaire de mélodies ensorceleuses, de riffs brûlants et de solos lumineux.
Loin de se reposer sur un héritage personnel conséquent, ce maître du British Blues continue son aventure en explorant de nouvelles contrées bleutées. « Shine » respire de ses ondes réconfortantes, tout en gardant une part de mystère à travers les paroles. ROBIN TROWER donne un rythme tonique, alternant les ambiances Rock et Funky avec d’autres plus lancinantes. On notera la présence de la chanteuse Jess Hayes sur le profond « Truth », qui vient flirter avec le R&B. Une fois encore, l’Anglais régale et son langage musical est plus expressif que jamais.
Le temps que l’orchestre s’accorde et c’est une salve d’applaudissements qui accueille le héro local et son groupe. Ils étaient plusieurs dizaines sur scène ces deux soirs-là, il y a sept ans, pour accompagner WARREN HAYNES dans l’une de ses plus aventureuses performances. Et comme par magie, le Blues et le Southern Rock de cette légende se sont parés de notes symphoniques pour prendre encore plus d’ampleur et de volume, tout en ne s’éloignant pas d’un accord de ses racines. Tout simplement exceptionnel !
WARREN HAYNES
« Dreams & Songs : A Symphonic Journey »
(Artone Label Group/Provogue)
WARREN HAYNES est aussi créatif qu’il aime les défis. Et c’est dans sa ville natale d’Asheville en Caroline du Nord, là où tout a commencé et où il est venu applaudir d’autres dans sa jeunesse, qu’il avait posé ses guitares le temps de deux soirées mémorables en 2019. Le Thomas Wolfe Auditorium avait vibré à l’unisson grâce à ce grand bluesman, bien sûr, mais aussi aux 64 musiciens composant l’incroyable Asheville Symphony Orchestra. Et ceux qui l’accompagnent étaient sur la même longueur d’onde pour parcourir trois décennies d’une carrière époustouflante.
En effet, l’objectif de WARREN HAYNES était plutôt ambitieux, mais très largement à sa portée, si l’on en juge par le résultat. Ainsi, de Grateful Dead au Allman Brothers Band, en passant par Gov’t Mule bien sûr, sa carrière solo et quelques reprises auxquelles ils avaient participé, c’est tout un pan du Southern Rock et du Blues qui rayonne sur les 16 morceaux de ce « Dreams & Songs : A Symphonic Journey ». Orchestral sans être pompeux, ce nouvel album live se distingue aussi par les prouesses du grand Bob Clearmountain, dont le mix est magistral.
Comme toujours avec WARREN HAYNES, l’ensemble donne l’impression d’une vaste improvisation, tant il est surprenant et fluide. Pourtant, derrière ce feeling de chaque instant, se cache une précision d’orfèvre rendue possible après des heures de répétitions et un travail minutieux sur les arrangements. Ovationné titre après titre dans une ambiance chaleureuse, le citoyen d’Asheville effectue un retour aux sources encore et toujours virtuose (« Banks Of The Deep End », « Spots Of Time », « Broken Promised Land », « Just Another Rider », « Whipping Post »). Magistral !
Photo : David Simchock
Retrouvez l’interview de WARREN HAYNES à l’occasion de la sortie de « Million Voices Whisper » et la chronique de l’album…