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Black Stone Cherry : the taste of sharing [Interview]

Que l’on adhère, ou pas, à l’évolution musicale du quatuor du Kentucky, il reste une variante qui ne bouge pas : cet investissement constant et une volonté à toujours se dépasser, qui font partie de son ADN et, finalement, que l’on se ressent dans chacun de ses albums . Avec « Celebrate », BLACK STONE CHERRY s’essaie à un nouvel exercice, celui de l’EP, un format particulier et surtout une première pour lui, habituellement ancré dans une manière de fonctionner plus traditionnelle. Six titres, donc, et autant de facettes différentes, mais qui se rejoignent sur la démarche devenue familière des Américains. Dans la lignée de leurs deux derniers albums, ils se présentent avec un Alternative Metal costaud, sans éluder la fragilité qui peut aussi les envahir. Ils restent d’une sincérité et d’une authenticité sans faille. Chris Robertson, chanteur et guitariste du combo, revient sur l’élaboration de « Celebrate » avant de repartir sur la route dans les mois qui viennent.

– Trois ans après « Screamin’ At The Sky », vous faites votre retour avec « Celebrate ». Alors, la première question que j’ai envie de te poser est : qu’est-ce qu’on célèbre ? Votre retour ?

Tout, on célèbre tout ! L’idée globale derrière la chanson « Celebrate » sont tous les petits moments, les petites choses. Nous vivons actuellement dans un monde où on ne célèbre pas assez. Le monde va trop vite et ne fait que séparer le gens et les rendre négatifs. Essayons donc de célébrer plus et d’être plus positifs.

C’est assez surprenant de vous voir revenir avec un EP. Vous n’aviez pas la patience d’attendre de composer un album complet ? A moins que ce ne soit la scène qui vous manque vraiment ?

En fait, on voulait juste faire quelque chose de différent. Nous avions 12 ou 13 chansons, mais le monde consomme les choses si rapidement. D’ailleurs, nous sommes déjà prêts pour ce qui va suivre. Au lieu d’attendre deux ou trois ans pour sortir un album, nous voulions essayer de faire un EP pour voir comment cela se passe. Et si cela se passe bien, nous en ferons un autre avant de ressortir un album.

– « Celebrate » est donc votre premier et unique EP, un format assez inédit pour vous. Est-ce que vous avez appréhendé l’aspect créatif différemment, sachant qu’il y avait moins de morceaux ?

Non, pas vraiment, on a gardé nos habitudes. Nous avons fait les choses de la même manière. Nous avons juste essayé de composer les meilleures chansons possibles et de les jouer au mieux. Nous avons procédé comme si c’était un album normal, tout en sachant qu’on allait juste enregistrer la moitié. On voulait vraiment essayé ça, car c’est quelque chose de différent pour nous. C’était l’objectif. Ce n’est pas une question de manque de créativité, ou un truc comme ça. Tu sais, on a enregistré beaucoup d’albums et les EPs ont toujours eu cette image de format destiné aux reprises. Habituellement, ce n’est pas vraiment fait pour de la musique originale. Et pourtant, ça marche bien, notamment en ce moment. Alors, on a juste voulu faire le nôtre, et avec des chansons inédites, bien sûr.

– Il y a quelques mois, vous aviez sorti « This Is Black Stone Cherry’s RSD Album » pour célébrer justement les magasins de disques indépendants, lors du ‘Record Store Day’ et là, vous revenez avec une nouvelle réalisation qui sort uniquement en digital. C’est assez paradoxal, non ?

Ah… C’est le monde dans lequel nous vivons. Pour le ‘Record Store Day’, c’était assez spécial, car le disque a été publié à un nombre très limité. Il n’était pas destiné à un plus grand nombre. Et j’espère vraiment aussi que cet EP sera disponible en format physique également. Ce n’est pas prévu pour le moment, mais ça pourrait l’être. Mais c’est vrai que pour l’instant, il ne sort qu’en format numérique.

– « Celebrate » sera donc disponible seulement sur les plateformes, une première pour BLACK STONE CHERRY. Cela correspond aussi aux changements de l’industrie musicale. Est-ce que cela annonce également un tournant pour le groupe en termes de diffusion ? Ou est-ce juste un one-shot ?

Je ne sais pas. L’industrie musicale a tellement changé depuis 2005, lorsque nous avons sorti notre premier album. Ces 21 dernières années n’ont plus rien à voir avec nos débuts. D’ailleurs, je n’aurais jamais imaginer ça il y a encore 15 ans. C’était impensable de concevoir que les gens n’achèteraient plus d’albums, qu’ils les streameraient et qu’ils auraient même trois applications différentes sur leur téléphone pour écouter de la musique. Donc, je ne sais pas ce que nous réserve l’avenir. Je sais juste qu’avec cet EP, il était temps pour nous d’essayer quelque chose de différent, de nouveau et de voir ce qui allait se passer. Et la décision de le faire uniquement en numérique a été le fruit de discussion avec notre label. A priori, c’était une bonne chose à faire, selon lui. Et puis, nous aimons bien ce genre de challenge.

– Pour « Celebrate », vous vous êtes retrouvés dans le home studio de Ben (Wells, guitare). Aviez-vous besoin d’être uniquement entre vous dans un environnement familier pour mettre en forme les idées accumulées en tournée ?

Exactement, nous avons écrit tous nos derniers albums à l’arrière du bus quand nous étions sur la route. Il n’y a pas beaucoup d’espace et on chope vite des crampes, car ce n’est pas facile de caler quatre personnes dans un endroit aussi petit. (Sourires) Mais on a l’habitude. Alors qu’aller dans la maison de Ben, nous ne l’avions jamais fait. Là, on pouvait bouger, on avait de l’espace pour nous déplacer et nous épanouir. C’était super confortable, on a pu se dégourdir les jambes ! (Sourires)

– Justement, « Celebrate » offre un beau panorama du groupe avec ses multiples facettes. Quitte à sortir un EP, l’idée était-elle d’être le plus complet possible ?

Je ne pense pas qu’on avait une intention précise, au-delà du fait de sortir un EP. On n’avait pas pour objectif de faire des chansons qui sonnent forcément différemment. On écrit des morceaux et ce sont ceux qui nous parlent le plus que nous avons décidé de présenter. Ce sont vraiment ceux qui ont le plus d’impact sur nous que ce soit personnellement, au niveau des textes et des mélodies. Donc, nous avons choisi les six meilleurs, selon nous. Par exemple, le titre éponyme d’intro est celui décidé depuis le début, et ensuite nous nous sommes bien amusés avec la reprise de « Don’t You (Forget About Me) » aussi. C’était vraiment sympa à faire et on a passé un bon moment à élaborer notre propre version ! (Sourires)

– Il y a beaucoup d’énergie sur ces nouveaux morceaux, malgré les différences de tempos, et aussi un message toujours très positif d’une manière ou d’une autre. Et la sensation de proximité de la production joue aussi beaucoup. C’est cette connexion que vous recherchez à chaque fois ? Proches dans les textes comme dans le son ?

Oui ! La façon dont nous composons fait que c’est la musique qui vient souvent dicter le chemin que le morceau va prendre, même au niveau des textes. Cela a une influence, d’une manière ou d’une autre. Si tu prends un morceau comme « Celebrate », le refrain arrive au bon moment et colle parfaitement avec la musique. Mais ce n’est pas toujours le cas, bien sûr. C’est là que nous devons faire des choix et décider ce qui est le mieux. Est-ce que le texte est plus important que la mélodie ? Cela arrive qu’on reste sur une seule et même ligne sur les deux aspects, et d’autres fois, on va mettre plus de temps à trouver le bon message. Finalement, le plus compliqué est de trouver le parfait équilibre entre les paroles et la musique, et faire en sorte qu’elles se retrouvent à un moment donné dans la chanson.

– Parlons de la reprise de Simple Minds, « Don’t You (Forget About Me) ». Pour un Européen comme moi qui connaît cette chanson qui depuis sa sortie, son traitement est assez surprenant et très loin de l’originale. C’est vrai que tu rêvais de la chanter depuis plus de dix ans ?

Oui, c’est vrai ! (Sourires) J’ai essayé de faire cette chanson pendant plus de 15 ans. J’ai 40 ans aujourd’hui et je suis donc né en 1985, l’année de la sortie du film « Breakfast Club » (un teen-movie réalisé par John Hughes – NDR). Cette chanson et ce film m’ont suivi toute ma vie, et je me souviens encore de la première fois que je l’ai vu quand j’étais enfant. J’ai toujours adoré ce morceau et j’ai toujours pensé qu’on pouvait en faire quelque chose de cool. J’étais sûr que c’était possible. Et lorsqu’on a essayé, ça a fonctionné. On connaît tous la chanson, mais elle donne aussi l’impression que c’est nous qui l’avons écrite sur notre version. Et c’était vraiment notre objectif avec cette reprise. On s’est vraiment amusé à le faire, car on s’est mis à la place des compositeurs. On a pris l’original et on y a ajouté un autre point de vue. On a mis un riff de guitare et ensuite, on l’a joué comme on le fait avec nos autres morceaux, tout en gardant la structure de l’original. C’est la même construction, mais interprété à notre façon et j’espère que les gens l’ont apprécié. D’ailleurs, j’ai hâte de pouvoir la jouer en Ecosse pour voir la réaction des gens. Est-ce que les pouces seront levés ou baissés ? (Sourires)

– Un mot aussi sur la participation de votre ami Tyler Connoly du groupe canadien Theory Of A Deadman sur le morceau. Comment avez-vous envisagé cette collaboration ?

Nous étions en pleine discussion avec notre management et le label et l’idée d’un invité a surgit. On a bien aimé la proposition, mais on ne savait pas vraiment comment s’y prendre. Alors, j’ai envoyé un message à Tyler en lui disant qu’on avait une version de la chanson et s’il voudrait la chanter avec nous. Il a accepté et a demandé quelle partie nous souhaitions qu’il interprète. On a juste coupé un passage pour qu’il ajoute sa voix et on lui a envoyé la chanson. Et le résultat est super ! Tyler et moi sommes de grands amis et nous sommes tous fans de Theory Of A Deadman. Il a une très belle voix et c’est un mec super. Et il correspond vraiment au morceau vocalement. Le résultat est fantastique, on forme un bon duo.

– J’aimerais que l’on parle aussi de l’évolution, voire la mutation, de BLACK STONE CHERRY. Je trouve que l’empreinte sudiste qui vous animait se dissipe peu à peu. Aujourd’hui, votre Hard Rock tend d’ailleurs plus vers l’Alternative Metal. Est-ce une évolution naturelle pour vous, ou un simple passage avant un retour vers les sonorités Southern de vos débuts ?

Je ne sais pas, je pense qu’on joue simplement ce que l’on aime. Notre premier album était très varié. Le deuxième, puis « The Devil In The Deep Blue Sea », étaient plus modernes, plus alternatifs. Ensuite les trois suivants, « Magic Mountain », « Kentucky » et surtout « Family Tree » qui est un super album, étaient plus Southern, c’est vrai. Après, je pense qu’on a juste voulu jouer des trucs plus Heavy, parce que c’était quelque chose qu’on n’avait jamais vraiment fait. Je ne sais pas, c’est venu comme ça ! (Rires) Tu sais, on fait des choses à travers lesquelles on se sent bien. Alors, qui sait ? Je n’ai vraiment aucune idée à quoi le prochain album ressemblera. On n’a pas encore commencé à travailler dessus. Peut-être qu’il sera acoustique ! (Rires) En fait, les chansons arrivent comme ça et nous n’avons jamais choisi le parti-pris de sonner plus Metal notamment sur un album. Cependant, il peut y avoir des parties, à l’intérieur des morceaux avec des intentions Speed Metal, par exemple. En tout cas, on n’est jamais parti avec un concept précis, sauf sur « Folklore And Superstition », où on voulait un truc très lourd, très épais. Et c’est ce qu’on a fait ! Sinon, ce n’est pas vraiment un truc qui marche chez nous. On joue plutôt à l’intuition.

– Pourtant, vos racines musicales restent Southern…

Oh oui, bien sûr ! Mais en fait, ça fait partie de ce que nous sommes. L’esprit Southern est et sera toujours là. Je pense que c’est juste une approche plus moderne et des mélanges plus actuels comme sur « The Human Condition » et « Screamin’ At The Sky ». Et finalement, « Celebrate » est un brassage de ces deux derniers albums. Alors, peut-être que cela se ressent moins dans les sonorités, mais structurellement, c’est toujours bien présent. Il y a toujours du Lynyrd Skynyrd et du ZZ Top en nous. C’est ce que nous sommes. Je ne me sens pas du tout comme un gars qui vient de New-York ! (Rires) L’empreinte dans les guitares est indélébile et on essaie en aucun cas de s’éloigner de ce que nous sommes profondément.

– Enfin, cette année marque aussi vos 20 ans de carrière. Est-ce que vous avez prévu quelque chose de particulier? Il y a une grosse tournée, certes, et peut-être un nouvel album en fin d’année ?

Oui, on a une grosse tournée en Europe et aux Etats-Unis, puis nous reviendrons au Royaume-Uni pendant environ trois semaines, où nous serons l’unique groupe de la soirée. Mais pour le reste de la tournée européenne, nous aurons un groupe en soutien. Pour l’Angleterre, nous jouons tout l’album et d’autres chansons pour fêter ces 20 ans. L’idée est de proposer une longue nuit autour du groupe et ce sera vraiment génial. On a vraiment hâte !

Le nouvel EP de BLACK STONE CHERRY, « Celebrate », sera disponible le 6 mars sur toutes les plateformes.

Photos : Jimmy Fontaine

Retrouvez aussi les chroniques des dernières sorties du groupe :

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Hard Rock Hard'n Heavy

Joel Hoekstra’s 13 : le bon goût

Fort d’une carrière exemplaire qu’il l’a vu passer chez Night Ranger, Trans-Siberian Orchestra, Revolution Saints ou Whitesnake, tout en œuvrant aussi sur les albums de Michael Sweet, Amy Lee ou Jeff Scott Soto, et en ayant également sorti trois disques instrumentaux en solo, JOEL HOEKSTRA’S 13 paraît cependant le projet le plus personnel de Joel Hoektra. Son implication est entière et le Hard Rock qu’il présente lui ressemble vraiment. Avec » From The Fade », le quatrième opus de ce projet, il prouve que le temps n’a aucune emprise et que l’inspiration demeure vivace.

JOEL HOEKSTRA’S 13

« From The Fade »

(Frontiers Music)

Alors que l’album qu’il a composé pour la jeune chanteuse de Boston, Austen Starr, vient tout juste de sortir, le guitariste et songwriter continue de faire l’actualité et fait son retour avec son projet solo, JOEL HOEKSTRA’S 13. Enfin, solo est une façon de parler, puisqu’il n’est pas seul du tout et il est même franchement très bien accompagné. Il a, en effet, monter un groupe de cadors et cela s’entend. Ce sont d’ailleurs les mêmes pointures présentes sur les trois précédents albums. Un line-up qui s’est solidifié et dont la complémentarité est une force ici encore.

Sans surprise donc, on retrouve Vinnie Appice derrière les fûts, Tony Franklin à la basse, Derek Sherinian aux claviers, Girish Pradham au chant et même Jeff Scott Soto en choriste de luxe. La formation a fière allure et ce JOEL HOEKSTRA’S 13 continue d’évoluer dans un Hard’n Heavy, ou Heavy Rock, qui lui va bien et qui résume bien les goûts et l’univers du musicien de l’Illinois. « From The Fade » est un album de Hard Rock assez classique, peu surprenant, mais l’interprétation suffit à elle seule pour passer un bon moment.

Mélodique et puissante, cette quatrième réalisation brille surtout par la virtuosité des musiciens, appuyée par une complicité évidente et très plaisante. En bon patron, le six-cordiste déclenche une avalanche de riffs bien sentis et au groove chaleureux. Côté solos, il ne fait pas tellement étalage de sa technique, malgré un talent rare et évident. C’est en groupe surtout que JOEL HOEKSTRA’S 13 brille et sait se montrer accrocheur et fidèle à une certaine vision du Hard Rock du siècle dernier, mais jouée avec fougue et beaucoup de modernité dans la production.

Photo : Mike Polito

Retrouvez les chroniques des deux derniers albums :

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Hard'n Heavy

Fireborn : incandescent

Ayant bien digéré les classiques du Hard Rock comme du Heavy Metal, le quintet germanique s’est bâti en quelques années maintenant un Heavy Rock moderne et compact, qui laisse parler le groove tout en restant dense et racé. Avec une frontwoman qui a presque changé de dimension, FIREBORN passe le cap du deuxième album avec beaucoup d’assurance et surtout de la suite dans les idées. « Dreamcatcher » regorge d’énergie, ne manque pas d’impact et donne un signal évident sur l’ambition du combo.

FIREBORN

« Dreamcatcher »

(El Puerto Records)

Lorsqu’un groupe sort une très bonne première réalisation, c’est toujours intéressant de voir son évolution et surtout de pouvoir constater que le potentiel entrevu tient toutes ses promesses par la suite. Et c’est le cas avec FIREBORN, qui avait signé des débuts remarquables en 2023 avec « Reflections ». Après un changement de label qui ne semble pas les avoir perturber, les Allemands confirment leur élan avec « Dreamcatcher », qui montre d’ailleurs une progression. Ils y affirment autant leur style que leur identité musicale.

Mélodique, accrocheur et costaud, le Hard’n Heavy du combo se fait encore plus ferme sur ce deuxième opus, à grand renfort de riffs tranchants, de solos bien aiguisés et surtout avec un chant qui a gagné en puissance, en profondeur et en maturité. Jenny Gruber s’affirme ici comme une chanteuse de haut vol, capable de se transcender sur des morceaux massifs, mais qui sait aussi se faire plus délicate à l’occasion. La chanteuse guide FIREBORN avec talent en affichant un héritage vocal classique qu’elle met parfaitement au goût du jour.

Avec une production qui est encore montée d’un cran en termes de clarté, de force et d’équilibre, « Dreamcatcher » alterne les titres véloces avec des mid-tempos tout aussi intenses (« Little Wanderer », « Crisis Of Youth »). Très maîtrisé et efficace, ce nouvel effort brille aussi par des refrains fédérateurs, qui restent féroces sans tomber dans la facilité pour autant (« Dancing With The Villain », « Set The World On Fire », « Point Of No Return », « Pull The Trigger », « Flashlight » et le morceau-titre. FIREBORN s’impose avec fermeté et avec la manière.

Photo : Christian Blum Fotografie

Retrouvez la chronique du premier album :

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Heavy Stoner Rock International Stoner Doom Metal

Beast Eagle : animal ferocity [Interview]

Il y a quelques semaines, le quatuor américain sortait un nouvel EP, « Sorceress », particulièrement captivant et accrocheur. Basé sur un Stoner très Heavy et épais, quelques touches de Hard Rock et même une légère saveur bluesy, BEAST EAGLE semble ici prendre véritablement en envol. Mené par une frontwoman, Kate Lewis, qui apporte beaucoup de force et de mélodie aux morceaux, le quatuor s’est forgé un style bien à lui, loin des références qui l’ont animé au départ de l’aventure. D’un Stoner Doom âpre et massif, le groupe du Nebraska a gagné en finesse, a éclairci son jeu et rivalise aujourd’hui avec n’importe quelle formation du genre. Guitariste et membre fondateur, Austin L’Ecuyer revient sur ce parcours, sa vision artistique et l’évolution du combo.

– BEAST EAGLE a un parcours assez particulier, puisque vous avez sorti « Loud At Plat Black Studios » deux ans après la création du groupe, et surtout c’est un album entièrement instrumental axé sur un Stoner Doom très rugueux. Il s’en dégage un sentiment d’urgence et il sonne aussi très live. Quel regard portez-vous aujourd’hui sur cette première déflagration et vos débuts ?

Quand on a formé le groupe, on voulait un son brut et authentique, avec de gros amplis à lampes et d’énormes enceintes. On voulait un son puissant et percutant. On voulait aussi un son rapide, pas trop lent comme beaucoup de groupes de Stoner Doom qu’on écoutait. Du coup, on a intégré des éléments Metal et Rock qu’on avait tous en commun et on a créé notre première démo.

– Il y a trois ans, Kate Lewis vous a rejoint pour donner de la voix et poser des mots sur la musique de BEAST EAGLE. A quel moment et pour quelle raison avez-vous décidé de d’intégrer du chant ?

Au cours de notre première année, alors que le groupe prenait de l’ampleur, on nous disait sans cesse que notre musique atteindrait un tout autre niveau avec la bonne chanteuse. A chaque concert, c’était la même chose. On a lancé une recherche sur Internet, mais sans grand succès. Puis, Kate est venue à notre premier concert après la pandémie. Et elle a dit : « Salut, je m’appelle Kate et je vais être votre chanteuse ». Je lui ai avoué que je n’étais pas fan des chanteuses dans le Metal et que je n’imaginais pas vraiment une chanteuse pour ce projet. Quelques mois plus tard, on a organisé des auditions. Kate est arrivée avec le morceau « Heavy Bones » déjà écrit. Elle était incroyable et nous a vraiment bluffés. Dès la première note, on a su que c’était elle.

– Sur votre premier EP éponyme, vous avez amorcé un virage plus Hard Rock et moins Doom. Aviez-vous besoin s’apporter un peu de lumière à votre registre et éclairer un peu votre direction musicale en étant peut-être moins âpres ? 

Je ne crois pas que notre choix se soit porté sur une musique moins agressive ou plus légère. Avec les changements de formation au sein du groupe, nous avons tous ressenti le besoin d’explorer davantage le groove et la mélodie, plutôt que de nous cantonner à un son Stoner Rock plus marqué. Le premier EP est un réenregistrement assez fidèle de notre première démo, mais avec un travail plus abouti et une direction plus précise. L’intégration des voix aux morceaux a permis de leur donner une dimension plus complète.

– Avec « Sorceress », BEAST EAGLE donne une touche assez bluesy à ce deuxième EP, tout en restant aussi occulte dans la démarche. Est-ce que vous avez le sentiment d’avoir peaufiné votre jeu au fil des sorties, ou est-ce juste une évolution naturelle pour vous ?

Je crois que ce groupe puise son inspiration dans un mélange incroyable de genres musicaux, bien au-delà du Rock. Du coup, à chaque réalisation, on évolue au gré des influences musicales qui nous entourent. J’adore m’inspirer de toutes ces sources et laisser les chansons se développer librement.

– D’ailleurs, vous avez sorti deux EPs après un premier album, tandis que c’est souvent l’inverse. Vous préférez les formats courts, ou est-ce aussi une façon d’occuper l’espace avec des réalisations régulières dans une industrie musicale très bousculée ces dernières années ?

Ces dernières années ont indéniablement transformé notre vision de l’industrie musicale. Sortir des morceaux plus fréquemment est sans aucun doute préférable pour capter l’attention volatile du public. Certes, composer un album complet demande plus de temps et de concentration, mais la récompense est à la hauteur : plus de 20 minutes de musique à écouter. D’ailleurs, il est grand temps de sortir un album avec notre formation au complet pour faire découvrir à tous toute la richesse de l’univers BEAST EAGLE.

– Par ailleurs, l’arrivée de Kate au chant n’a pas vraiment ralenti vos ardeurs. Qu’est-ce qui a le plus changé, selon vous, en devenant un quatuor et en quittant un registre instrumental aussi ? Votre approche dans la composition a-t-elle évolué et vous arrive-t-il aujourd’hui de partir du texte pour créer le climat d’une chanson ?

L’écriture n’a pas vraiment beaucoup changé depuis l’arrivée de Kate. On commence toujours par les instrumentaux, puis on ajoute les voix. Avec une chanteuse, on modifie parfois les paroles pour les adapter à certains passages. Le chant donne toujours une direction plus claire aux morceaux et nous permet de trouver une meilleure dynamique.

– Ce nouvel EP est basé sur l’histoire d’une sorcière et elle évolue au fil des morceaux. C’est assez rare de développer un concept sur ce type de format court. Est-ce que cela fait plus largement partie de l’imaginaire de BEAST EAGLE dans son ensemble, et donc un album n’était pas forcément nécessaire ?

La création de cet EP concept a été un parcours complexe, c’est certain, mais nous avions commencé à l’écrire en gardant l’idée des sorcières en tête. Cinq chansons nous semblaient suffisantes pour raconter l’histoire sans laisser place à des digressions inutiles. Je ne sais d’ailleurs pas encore si nous referons un album concept à l’avenir.

– Enfin, BEAST EAGLE montre un jeu très équilibré sur « Sorceress » avec des parties de guitare aiguisées et tranchantes, une rythmique massive et un chant captivant. Vous avez même été sacré meilleur groupe de Hard Rock dans votre ville d’Omaha, Nebraska. J’imagine que les concerts vont se succéder. Avez-vous déjà l’idée d’un premier album à quatre, ou d’un prochain EP, dans un coin de la tête ?

Nous vous réservons quelques petites surprises pour ce début d’année, qui tiendront nos auditeurs en haleine. Par ailleurs, nous avons commencé à composer notre prochain album, un album complet et  riche en rebondissements, qui vous captivera.

Le nouvel EP de BEAST EAGLE, « Sorceress », est disponible chez Golden Robot Records.

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Heavy Blues Rock 70's

Black Magic Tree : enchanting forest

Dans une frénésie joyeuse, BLACK MAGIC TREE présente son deuxième long format avec un enthousiasme plus que palpable. Gorgé de mélodies entêtantes et d’adrénaline, « Terra » livre autant de douceur que de rugosité dans son Heavy Rock vintage, qui navigue entre un Blues fougueux et des ambiances psychédéliques planantes. La puissance et l’atmosphère très électriques à l’œuvre sont la marque d’un groupe sûr de son propos, et surtout aussi énergique que créatif.

BLACK MAGIC TREE

« Terra »

(Majestic Mountain Records)

Issu de la scène underground berlinoise, BLACK MAGIC TREE a émergé en 2019 avec un EP, « Of Animal And Men », un an à peine après sa création. Avec « Through The Grapevine » (2021), il avait confirmé sur son premier album la volonté de marier un Classic Rock nerveux avec des influences Blues et Psych, un chemin d’ailleurs emprunté par leurs compatriotes de Kadavar d’une certaine manière. En tout cas, il y a une vraie tonalité germanique provenant de cette nouvelle vague que l’on retrouve aussi sur « Terra ».

Pour son arrivée dans son nouveau label, BLACK MAGIC TREE a investi le Big Snuff Studio de la capitale avec Richard Behrens, ingé-son de Kadavar et Elder en concert, pour l’enregistrement et le mix, le tout masterisé par Roland Wieger. « Terra » sonne donc terriblement organique, faisant ressortir l’aspect live du combo. Dans cette chaleur 70’s délicieusement nostalgique, les nouveaux morceaux prennent une dimension enivrante. Contagieux et hyper-groovy, ce deuxième effort marque une nouvelle ère pour le quintet.

La cascade de riffs se déverse dès les premières notes de « Time Parrots (Hit Me Up !) », ce qui en dit long sur l’appétit des Allemands et donne déjà la tonalité de « Terra ». En alternant un côté massif et rentre-dedans avec des titres plus légers et accrocheurs, BLACK MAGIC TREE affiche l’étendue de ses capacités, son irrévérence assumée et surtout un potentiel énorme qui lui laisse une marge franchement exponentielle (« Popcorn & Coke », « Grace », « Chasing The Light », « Summer » et le très italien « Veleno »). Renversant !

Retrouvez la chronique du premier album :

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Heavy Rock Post-Grunge Rock Hard

Velvetbomb : raw intentions

Les éléments se déchaînent du côté de Glasgow et la tornade a un nom : VELVETBOMB. Avec « Vengeance Slayer », son deuxième format court en près d’une décennie, le duo est forcément nourri d’une certaine urgence. Les riffs sont racés et tranchants, les parties de batterie massives et musclées et le chant enveloppe l’ensemble avec force et conviction, tout en restant au service des mélodies. Formidablement ciselé, ce six-titres est franchement palpitant et irrésistible.

VELVETBOMB

« Vengeance Slayer »

(Independant)

Contrairement à certaines formations françaises évoluant dans la même configuration (des noms ?), VELVELBOMB n’est pas là pour jouer les marioles ! Nos deux Ecossais ont le Rock, très Heavy, dans le sang et « Vengeance Slayer » est un brûlot incandescent balancé en pleine tête, sans retenue et avec un évident malin plaisir. Un peu ce qu’il manque chez nous finalement… Ici, ça tabasse, ça envoie du bois et on est littéralement submergé par ce son plein et entier qui terrasse tout sur son passage. Un groupe hors-norme et implacable !  

Pourtant autoproduit, c’est la production qui impression dès les premières notes du morceau-titre. L’équilibre entre la batterie, la guitare et le chant est solide et VELVETBOMB livre ses compos avec puissance et précision. Il faut préciser que l’ardent combo a déjà sorti un premier EP éponyme, et exclusivement en vinyle, en 2016 et a aussi écumé l’essentiel des salles de son pays. Il est donc parfaitement rôdé, son écriture plus affûtée que jamais et son jeu furieusement redoutable, en plus d’être entêtant.

Après une entrée en matière fracassante, Rob (chant, guitare) et Dac (batterie) ne lèvent pas pour autant le pied et enchaînent avec « Devil In Me » et « Unforgiven ». Accrocheur et percutant, le style de VELVETBOMB oscille entre Rock et Metal avec une touche Hard Rock et une dynamique post-Grunge. Sombre et racé, ce nouvel opus révèle le côté massif du tandem (« Schizoid Queen », « Run For Your Life »), ainsi qu’une facette plus épurée comme sur la très bonne ballade « My Dark Angel ». L’inspiration est brute et le résultat décapant.

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Hard Rock

Lynch Mob : so long !

Nombreux sont ceux qui gardent un souvenir ému de la sortie de « Wicked Sensation » en 1990, première réalisation du génial George Lynch en groupe après son départ de Dokken. Ce fut le début d’une belle envolée solo qui, si elle n’a jamais atteint le sommet des charts, aura été un formidable laboratoire pour un six-cordiste toujours en quête d’exploration et particulièrement doué. Avec un sens unique du riff et des solos plein de panache, il aura guidé LYNCH MOB pendant plus de deux décennies. Avec ce dernier « Dancing With The Devil », il affiche sa reconnaissance pour ses fans, loin de signer un lugubre chant du cygne.  

LYNCH MOB

« Dancing With The Devil »

(Frontiers Music)

Clap de fin pour LYNCH MOB après 25 ans d’une belle aventure, qui se termine avec un neuvième album en forme de baroud d’honneur. Si le groupe demeure le plus emblématique de la carrière post-Dokken du guitariste, il reste un homme de projet et nul doute qu’il ne tardera pas à refaire surface. Alors pour cet ultime opus, il a reconduit le line-up présent sur « Babylon », sorti en 2023. On le retrouve donc aux côtés de Gabriel Colón au chant, Jaron Gulino à la basse et Jimmy D’Andra derrière les fûts, histoire d’œuvrer une dernière fois dans la continuité et la ligne artistique établie du combo.

L’une des dernières formations iconiques du Hard Rock américain tourne donc la page et même si de nombreux musiciens s’y sont succédé, la touche de LYNCH MOB reste tellement identifiable. Cependant, le musicien a su moderniser son approche au fil du temps, tout en conservant ce chaleureux côté bluesy qui le suit. Comme toujours « Dancing With The Devil » sonne juste, le songwriting est irréprochable, l’interprétation du combo remarquable et le jeu de George Lynch fait encore des étincelles. Technique, mais sans tomber de trop dans la démonstration, il laisse parler son feeling… ainsi que sa virtuosité.

Avec l’assurance et la technicité qu’on lui connaît, le Californien distille un Hard Rock toujours élégant et efficace. S’il ne prend pas le moindre risque, il joue sur les contrastes avec un groove éclatant et démontre qu’il reste un maître en la matière (« Dancing With The Devil », « Pictures Of The Dead », « Saints And Sinners », « Lift Up Your Soul », « Follow My Down »). Avec ce dernier effort, le guitar-hero semble aussi poser un regard satisfait sur ce pan de sa carrière et se contente même de beaucoup de sobriété sur l’instrumental « Golden Mirrors ». Et LYNCH MOB ferme même la parenthèse avec « Somewhere », uniquement présent sur l’édition européenne. Merci pour tout Monsieur !

Retrouvez la chronique de « Babylon » :

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Rock Hard

Cassidy Paris : rockin’ lady

Même si elle n’était déjà plus une débutante, CASSIDY PARIS avait réalisé une belle entrée en matière avec « New Sensation » il y a deux ans. Le plus difficile est toujours de confirmer et avec « Bittersweet », la mission de la jeune artiste est accomplie. Se référant aux pionnières du Rock, tout autant qu’à la scène Hard Rock 80’s, ainsi qu’à certaines tendances plus modernes, la musicienne réussit le tour de force d’actualiser un registre qui a fait ses preuves et auquel elle apporte sa personnalité avec beaucoup d’impact et de conviction.

CASSIDY PARIS

« Bittersweet »

(Frontiers Music)

Du haut de ses 23 ans, CASSIDY PARIS compte déjà deux EPs (« Broken Hearted » et « Flirt ») et un premier album, « New Sensation » sorti en 2023 et très bien accueilli. La jeune chanteuse et guitariste continue sur sa lancée et livre aujourd’hui « Bittersweet », où elle marque certaines intentions de manière très claire. Tout d’abord, elle a grandi bien sûr et sa musique aussi. Dans un Rock musclé tirant sur le Hard Rock et très inspiré par la scène américaine avec des groupes comme Bon Jovi ou Warrant notamment, elle emprunte aussi à ces consœurs une fougue féminine à la fois sexy et débridée, façon Pink et Avril Lavigne.

Toujours entourée de son complice Paul Laine, ainsi que Steve Brown, CASSIDY PARIS s’affirme enfin, là où « New Sensation » versait peut-être dans des mélodies faciles. La frontwoman durcit le ton, impose sa voix qui a aussi gagné en puissance et surtout présente des parties de guitares nettement plus convaincantes. L’australienne a mûri et cette maturité s’en ressent dans ses compositions. Egalement compositrice, elle raconte ici sa vie de jeune femme sans détour et s’adresse directement à ses fans qui la suivent aux quatre coins du monde. Sincère et convaincante, elle roule pour un Rock Hard fédérateur.

Sur une production très moderne, « Bittersweet » est accrocheur, bardé de riffs costauds, de solos bien sentis et de chœurs qui apportent ce souffle ‘Power Pop’ très rassembleur. Si elle sait se faire plus douce sur des titres mid-tempos parfois touchants (« Can’t Let Go »), CASSIDY PARIS révèle son caractère sur des morceaux plus pêchus et entraînants, où elle se montre vocalement très sûre d’elle (« Butterfly », « Stronger », « Wannabe », « Undecided », « Brand New Day », « Is Anybody Out There »). Si certaines influences sont toujours très présentes, une personnalité émerge vraiment et on ne parle plus ici d’épiphénomène.   

Photo : Ian Ritter

Retrouvez son interview à l’occasion de la sortie de « New Sensation » :

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Hard Rock

The Dead Daisies : intenables

Depuis le retour de John Corabi derrière le micro, THE DEAD DAISIES semble plus assuré que jamais. Les riffs massifs de David Lowy, les solos toujours inspirés de Doug Aldrich et le tonitruant duo basse/batterie formé par Michael Devin et Tommy Clufetos renouent avec une énergie brute. Rompu à la scène, ils sont tous les cinq dans leur élément et cette belle captation de leur prestation au festival ‘Stonedead’ fait littéralement vibrer les spectateurs à l’unisson sur un Hard Rock costaud et rassembleur. Les échanges sont nombreux, et les fans comme le groupe se régalent de cet instant suspendu.

THE DEAD DAISIES

« Live At Stonedead »

(Independant)

L’été dernier, le quintet a conclu sa tournée britannique avec un passage très remarqué au festival ‘Stonedead’, au Newark Showground, au cœur de l’Angleterre. Créé en 2018, il renoue avec l’esprit ‘Monsters Of Rock’ et offre dix groupes sur une journée et une même scène. Le 23 août dernier, THE DEAD DAISIES y a donc fait escale avec la ferme intention d’y mettre le feu. Mission accomplie pour la formation américano-australienne qui a laissé une empreinte indélébile que l’on peut se réjouir de revivre juste en ligne malheureusement.

Loin de la quiétude du Fame Studio de Muscle Shoals où il avait enregistré le bluesy « Lookin’ For Trouble » sorti en juin dernier, c’est dans le bouillonnant chaudron du ‘Stonedead’ que le groupe est venu livrer un set survitaminé d’une heure devant un public tout acquis à sa cause. Dans une ambiance électrique et avec son frontman retrouvé, THE DEAD DAISIES a surtout insisté sur la partie de sa discographie avec John Corabi évidemment, et notamment sur l’album « Light’Em Up », tout en montant en puissance avec quelques surprises à la clef.

En ouvrant avec « Long Way To Go », puis « Rise Up », la foule ne met longtemps à être conquise avant de savourer des morceaux qui prennent toute leur dimension en live (« Light’Em Up », « I Wanna Be Your Bitch», « I’m Gonna Ride », « Going Down », « Mexico », « Resurrected »). Si cette fois, on échappe à une reprise de Deep Purple, THE DEAD DAISIES se fend d’un explosif « Fortunate Son » de CCR et clot son concert par le non-indispensable « Helter Skelter », preuve que le combo sait aussi s’adapter à son auditoire.

A noter que « Live At Stonedead » n’est disponible qu’en version numérique.

Retrouvez les chroniques des récents albums du groupe :

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Doom folk Hard Rock

Wino : ecce homo

Grand maître de l’esprit Doom, le songwriter américain n’en finit pourtant pas de surprendre à travers un parcours en solitaire, ou presque, où il se dévoile depuis quelques disques déjà, dans la peau d’un artiste toujours aussi rebelle, mais peut-être plus apaisé. Suivant une devise qui lui va bien, « Create Or Die » pose un regard très éloigné de celui de ses anciens groupes Saint Vitus et The Obsessed notamment. WINO s’autorise tout et le fait avec talent, laissant apparaître un musicien aux ressources illimitées, dont la ligne musicale a mûri et s’est aussi affinée.

WINO

« Create Or Die »

(Ripple Music)

Figure iconique de l’underground américain, et bien au-delà, WINO mène depuis quelques années maintenant, une carrière solo assez éloignée du Doom et du Heavy qui ont forgé sa légende. Cela ne l’a pourtant pas empêché de reformer The Obsessed avec un nouvel album, « Gilded Sorrow » sorti en 2023. L’ancien membre de Saint Vitus et également Spirit Caravan affiche un visage totalement différent sous son nom, et même si l’esprit du Doom n’est jamais bien loin, ses envies aujourd’hui se tournent vers un registre assez acoustique, surtout sur le précédent « Forever Gone » (2020) d’ailleurs, car « Create Or Die » vient électrifier les nouvelles compositions du chanteur dans un bel élan d’authenticité.

Et pour mener à bien cette nouvelle aventure, il ne pouvait donc être totalement seul. Si les guests sont assez nombreux sur divers morceaux, WINO a principalement fait appel à Ky Anto (batterie, basse, orgue, percussions), lui-même étant à la guitare, bien sûr, ainsi qu’à la basse, derrière le micro et à la production aux côtés de Frank Marchand. Autant dire qu’il sait parfaitement où il va, tout en diversifiant de manière assez incroyable ce « Create Or Die ». Difficile donc de bien cerner ce quatrième opus dans une globalité artistique, tant il s’amuse à passer de titres très Hard Rock à une Folk sauvage aux saveurs Southern. Mais peu importe puisque sa voix nous guide à travers cette nouvelle introspection.

Ce qui devait être au départ une sorte de voyage intimiste a donc pris du volume, se fait parfois Heavy (« Anhedonia », « Carolina Fox », « Hopeful Defiance », « Us Or Them ») avec cette lenteur apparente dans le chant. Cette constance ‘doomesque’ se fond d’ailleurs sur tout l’album, comme pour mieux appuyer un propos articulé autour de réflexions personnelles et sans détour sur sa vie. WINO y expose son âme, entre colère et contemplation, mais avec une lucidité et une sincérité de chaque instant, notamment sur les chansons acoustiques («  Cold And Wrong », « Lost Souls Fly », « Noble Man »). A travers un éclectisme fulgurant, il reste fidèle à un univers unique et tellement personnel.