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Hard Rock International Sleaze

Kickin Valentina : raw and wild [Interview]

En un peu de plus de 15 ans, la formation d’Atlanta a imposé sa patte sur la scène Hard Rock internationale avec ce côté Sleaze, un brin Glam et sans compromis qu’elle affiche en étendard. Avec « Anthems From The Underground », KICKIN VALENTINA fait bien plus que de rendre hommage à ce milieu en marge des productions mainstream, il salue un public fidèle, sincère et amoureux d’un style que le quatuor porte haut et qu’il fait sonner avec une modernité qui ne néglige pas cet état d’esprit et cette attitude si Rock’n’Roll. Ce nouvel album est un hymne à la liberté, à un style de vie aussi et surtout à une obstination à ne pas se plier aux règles, ni aux dictâtes quels qu’ils soient. Et c’est encore le très direct frontman et parolier D.K. Revelle, qui s’exprime le mieux sur la démarche ‘underground’ et authentique, si chère au combo.

– Ce cinquième album, hors EPs bien sûr, est assez spécial puisque vous y clamez votre amour pour le Hard Rock underground, dont vous êtes issus. Pourtant, votre notoriété dépasse aujourd’hui largement le milieu. Est-ce à dire que vous ne vous sentez pas à votre place dans un cercle plus mainstream ?

Le terme ‘Underground’, tel que nous l’utilisons dans le titre du nouvel album, « Anthems From the Underground », signifie simplement que, puisque le ‘Rock’n’Roll’ n’est pas ‘grand public’ actuellement et ce depuis un certain temps, et que nous sommes un groupe de ‘Rock’n’Roll’, le style de musique que nous produisons est, selon nous, ‘Underground’ aujourd’hui. C’est ainsi qu’est né ce titre, finalement, c’est notre vision des choses.

– D’ailleurs, si l’underground est d’abord une question d’attitude et d’état d’esprit, tout se joue aussi dans le son et le contenu des morceaux et, en ce sens, KICKIN VALENTINA est sans concession. Est-ce ce qui vous rattache en premier lieu à cet univers ? Sa sonorité et son ambiance si particulières ?

Les quatre membres de ce groupe jouent et composent ce style de Rock depuis les années 80… On y était ! D’ailleurs, je me fais peut-être vieux ! (Rires) Mais honnêtement, c’est ce qu’on ressent individuellement et collectivement, et c’est ce qui fait la magie du groupe.

– « Anthems From The Underground » reste ancré dans ce que vous avez toujours joué. Cependant, je le trouve peut-être moins Sleaze et moins festif. Sans être sombre, il paraît moins léger et plus sérieux. Etait-ce votre intention de marquer une sorte de virage ? Et puis, cette fois, vous avez travaillé avec Pete Newdeck et c’est peut-être cela qui donne cette sonorité si particulière à « Anthems From The Underground ». Avez-vous senti qu’il fallait aborder un nouveau chapitre après « Star Spangled Fist Fight » ?

Non… Excellentes questions, mais non… (Sourires) L’ambiance et le son de ce nouvel album sont surtout dus à la présence de notre ami et frère Pete Newdeck à la production. Il nous a suggéré de nouvelles pistes que nous n’aurions peut-être pas explorées sur les précédents albums de KICKIN VALENTINA… De plus, l’écriture des chansons n’est pas préméditée. C’est simplement ce qui nous est venu naturellement cette fois-ci, et je trouve que c’est une évolution naturelle pour nous. Nous n’avons jamais de direction prédéfinie, ni ne suivons aucune tendance lorsque nous commençons à écrire un nouvel album. On ne se prend pas la tête, on fait juste ce qui nous vient instinctivement… (Sourires)

– Justement, est-ce également sur scène que de telles décisions se prennent avec l’envie de peut-être apporter de nouveau arrangements à d’anciens morceaux, tout en pensant aux prochains ?

Non… Les vieux morceaux sont à peu près les mêmes et nos concerts sont improvisés à 75 % et structurés à 25 %, en ce qui concerne la setlist… Et c’est le live et l’énergie du public, qui nous anime. Il n’y a pas de pistes préenregistrées, pas de métronome, etc… Et vous ne savez jamais à quoi vous attendre de nous, soir après soir ! (Sourires)

– Vous avez déclaré que vous vouliez rendre hommage à vos fans sur ce nouvel album. Est-ce que vous avez articulé l’ensemble du disque en ce sens ?

Non, encore une fois… J’aime à penser que tous nos albums rendent hommage non seulement à nos fans, la ‘Kickin Valentine Mob’, mais aussi à nos héros du Rock’n’Roll, d’hier comme d’aujourd’hui.

– D’ailleurs, il y a une chose qui peut également expliquer ce changement dans le son d’« Anthems From The Underground ». En effet, vous l’avez enregistré chez vous à Atlanta, puis il a été mixé en Angleterre avant d’être masterisé à Toronto au Canada par Harry Hess. Si la technologie permet beaucoup de choses, votre album a beaucoup voyagé. Etait-ce trop compliqué de tout faire en Georgie ?

Non… C’est juste le chemin qu’on a choisi cette fois-ci et on en est contents ! (Sourires) D’ailleurs, un grand merci à Pete Newdeck et Harry Hess !

– Enfin, il y a une question que j’aimerais te poser. Est-ce que tu connais des groupes issus de l’underground, qui sont aujourd’hui suivi par un très grand nombre de fans à travers la planète, et qui se déclarent toujours de ce milieu ? Et d’ailleurs, est-ce vraiment possible de revendiquer ce statut à partir d’un certain moment quand le succès est au rendez-vous ?

Hmmmm… Je ne suis pas sûr de connaître beaucoup de nouveaux groupes underground qui jouissent d’une grande popularité, ou d’un succès retentissant… Aux Etats-Unis, on ne soutient pas les nouveaux groupes de Rock autant qu’on le faisait avec ceux des années 80… Et à mon humble avis, il est temps de passer le flambeau à des groupes comme le nôtre… (Sourires) On est toujours là, on y croit et on y croit encore. Et grâce à nos fans du monde entier, on progresse avec succès, album après album, concert après concert, année après année. Et on continuera à le faire à la manière de KICKIN VALENTINA : en live, brut, fort et sans complexe !

Le nouvel album de KICKIN VALENTINA, « Anthems For The Underground », est disponible chez Mighty Music.

Photos : John Mortensson (3, 4)

Retrouvez aussi la chronique du précédent album de KICKIN VALENTINA :

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Hard'n Heavy

Tokyo Blade : éternelle authenticité

Généreux et tenaces, les Britanniques poursuivent leur renaissance avec un tel panache qu’on en viendrait à se demander si, finalement, cette seconde vie de leur carrière chaotique ne serait pas la meilleure. Certes, l’expérience acquise depuis 1982 fait toute la différence et elle les porte littéralement. Mais au regard de l’inspiration de ses deux leaders rescapés de la première heure, TOKYO BLADE paraît s’exprimer pleinement et sans complexe depuis quelques albums déjà. « Hoist The Colours High » est accrocheur et oscille avec fluidité entre Hard Rock et Heavy Metal avec précision. Les acteurs de la légendaire NWOBHM ne sont clairement pas venus faire de la figuration.

TOKYO BLADE

« Hoist The Colours High »

(Dissonance Productions/Cherry Red Records)

Depuis sa reformation en 2014, le quintet semble avoir trouvé une seconde jeunesse et c’est peu de le dire. Un peu plus d’un an après « Time Is The Fire », TOKYO BLADE rempile de belle manière avec « Hoist The Colours High », son quatrième opus en six ans. S’il n’a pas bénéficié de la même lumière que d’autres à l’époque, les Anglais sont pourtant un solide pilier de la NWOBHM, et ce nouvel effort atteste d’une vigueur intacte, d’un savoir-faire incontestable et d’une créativité qui rayonne toujours autant. Un mix de Heavy et de Hard Rock savoureux.

Aux manettes, le guitariste, compositeur et fondateur Andy Boulton n’a rien perdu de la flamme qui l’habitait jadis et se fait même plus efficace dans ses riffs et ses solos, tout en maintenant une belle virtuosité. Et si vocalement, Alan Marsh, chanteur originel du combo, marque légèrement le coup, mais s’adapte brillamment, il continue d’imprimer sa marque sur les nouveaux morceaux de TOKYO BLADE. D’ailleurs, « Hoist The Colours High » n’en manque pas, puisqu’il en compte 14 ! Une chose qui se fait très rare de nos jours et qui affirme une audace non-conventionnelle.

Doté d’une production claire, musclée et actuelle, il est difficile d’imaginer que le groupe a plus de 50 ans d’activité, tant il est direct et son approche pleine de fraîcheur. En réalisant un disque de près d’une heure dix, TOKYO BLADE pourrait laisser croire qu’il ait été réduit à faire un peu de remplissage. Au contraire, « Hoist The Colours High » se tient plutôt bien et présente même quelques titres qui devraient se faire lever les foules (« Screaming Evil », « Too Wired To Sleep », « When The Hammer Falls », « Mr. Nobody », « She Was A Soldier »). Réjouissant !

Retrouvez aussi les chroniques des deux précédents albums du groupe :

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Dark Gothic Doom Neo-Folk

Chelsea Wolfe : un halo réconfortant

Pour son neuvième opus, l’Américaine parvient encore à surprendre, malgré un environnement désormais familier. Artistiquement insaisissable, CHELSEA WOLFE prolonge la voie prise sur son précédent effort et approfondit même son propos. Son regard sur l’existence oscille entre des ambiances feutrées apaisantes et des mouvements carrément Doom, où le Metal fait une discrète apparition dans une néo-Folk d’une grande richesse sur ce « The Dark », qui brise les codes avec beaucoup de classe.

CHELSEA WOLFE

« The Dark »

(Loma Vista Recordings)

Tenter de définir sa musique est quelque chose dont la Californienne ne s’encombre plus depuis longtemps. Pour comprendre l’univers de CHELSEA WOLFE, il suffit d’y entrer et de se laisser happer par cette douce mélancolie aux puissants éclats lumineux. Depuis un peu plus de vingt ans, elle se façonne une identité artistique unique, dont beaucoup se réclame d’ailleurs aujourd’hui dans la nouvelle génération. Pour autant, on peut s’en approcher, certes, mais marcher dans ses pas relève du parcours du combattant, car le chemin est très sinueux.

Rangées sous une bannière assez gothique et empruntes d’une certaine poésie, les compositions de CHELSEA WOLFE sont d’une étonnante fluidité, un contraste supplémentaire au regard des tumultes passés qui ont jalonné sa vie. Si ceux-ci ont d’ailleurs pu alimenter ses précédents albums, elle s’est offert un nouveau départ depuis le très bon « She Reaches Out To She Reaches Out To She » et si les ténèbres ne sont jamais loin, le ciel s’est très largement éclairci. « The Dark » n’est pas si sombre qu’il n’y paraît, bien au contraire, il est presque réconfortant.

Une fois encore, CHELSEA WOLFE joue sur le symbolisme, bien aidé en cela par Jennifer Decilveo, venue prêter main forte à la compositrice. Alternant les tessitures organiques, grâce à une approche guitaristique mêlant l’acoustique et l’électrique, et des sonorités plus froides et presque Indus, la néo-Folk polymorphe de « The Dark » libère beaucoup de volume et offre un large champ d’action à des mélodies fortes et délicates. Puis, l’intimité des textes met en lumière une sensibilité à fleur de peau, non-dénuée d’une détermination et d’une constante assurance.

Photo : Magdalena Wosinska

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International Symphonic Metal

Kamelot : a cold madness [Interview]

C’est dans une ancienne cathédrale de l’époque victorienne, reconvertie en asile où la science côtoie la folie, que KAMELOT a planté le décor de son nouvel album, le quatorzième. Forcément ténébreux, « Dark Asylum » brille pourtant par des mélodies lumineuses posées sur des rythmes véloces et martelées par de puissants riffs. Entre arrangements toujours aussi soignés et un Heavy direct et tranchant, ce nouvel opus ne déroge pas au côté cinématographique et à la théâtralité auxquels nous ont habitués les Américains. D’ailleurs, pour conter cette nouvelle histoire, les guests se succèdent et trouvent leur place dans cet univers symphonique riche en rebondissements. Fondateur, guitariste et compositeur, Thomas Youngblood revient sur « Dark Asylum » et plus largement sur sa vision musicale et artistique au sein de son groupe depuis plus de trois décennies.

– En cette fin d’été, vos fans vont découvrir « Dark Asylum », sa ténébreuse histoire et vont franchir les portes de RavenHill. A quelles réactions vous attendez-vous de leur part, sachant que vous les envoyez directement à l’asile ?

(Rires) Je pense que les fans apprécieront l’album, car il parcourt les différentes périodes qui ont forgé KAMELOT et que l’on retrouve dans une sorte de grand package. Nous avons aussi des invités incroyables au casting de ce grand film. Oui, j’ai vraiment hâte d’y être et de jouer ces nouveaux morceaux sur la prochaine tournée (qui passera par la France en novembre – NDR).

– En plus de 30 ans de carrière, c’est déjà votre quatorzième album et pourtant, vous n’avez jamais cessé d’aller de l’avant que ce soit en studio comme sur scène. Est-ce que tu penses que l’univers de KAMELOT est si vaste, au point qu’il reste encore beaucoup à explorer ?

Oui, absolument ! C’est un peu fou de penser à ces trente ans et ces 14 albums, mais je pense qu’en grandissant et en évoluant dans nos vies respectives, nous avons encore beaucoup de choses à dire et à bâtir. C’est important pour moi en tant qu’artiste, musicien et performeur de composer de nouveaux albums et de les jouer sur scène. Beaucoup de groupes aujourd’hui ne jouent que des morceaux datant de 30 ans sans travailler sur de nouvelles choses. Et je pense que ce qui fait la force de KAMELOT, c’est que nous continuons d’aller de l’avant. Nous sommes concentrés sur la création, nous y croyons et nous ne vivons pas dans le passé. C’est un aspect très important dans le groupe. Et créer de nouvelles expériences reste vraiment ce qui nous rend heureux.

– « Dark Asylum » marque aussi le retour de votre producteur de longue date, Sacha Paeth, qui joue d’ailleurs quelques parties de guitares. Et c’est vrai que la dynamique est là avec ce côté théâtral qui vous caractérise. Quel rôle a-t-il joué exactement dans la réalisation de l’album ?

Techniquement, Sacha peut être considéré comme le sixième membre du groupe. Il est l’un des compositeurs et il joue aussi de la guitare de temps en temps. Il travaille avec nous depuis « The Fourth Legacy » (sorti en 2000 – NDR) et il s’assure que nous n’allions pas trop loin et que nous gardions vraiment l’ADN de KAMELOT. Il est devenu l’un de mes meilleurs amis dans l’industrie musicale et c’est toujours amusant de travailler avec lui. Il s’est d’ailleurs plus impliqué sur cet album. Nous avons écrit ensemble la chanson « One Last Masquerade », et c’est pourquoi nous avons souhaiter la présence de Tobias Sammet d’Avantasia. Nos univers se rejoignaient et même s’il ne fait pas beaucoup de featuring, il a accepté notre invitation et le résultat est incroyable.

– Justement, les featurings se sont considérablement multipliés ces dernières années, au point qu’il devient rare de voir un album où il n’y en a pas. Qu’est-ce que cela apporte concrètement à KAMELOT ? Et plus largement, quelle est le sens de votre démarche en invitant d’autres musiciens ?

C’est quelque chose que nous avons commencé avec « The Fourth Legacy », il y a 26 ans maintenant. On a commencé à le faire, car j’avais des visions précises pour chaque morceau, dans le sens où je voulais transmettre certaines sensations. C’est une façon d’accéder directement à la pensée d’un personnage. C’est comme dans un film. Nous avons toujours eu une approche très cinématographique de notre musique. Je ne pense pas qu’on en a vraiment besoin, mais nous sommes tellement heureux d’avoir tous ces grands artistes comme amis aussi. Chaque album est un voyage, un film, même si on se pose la question au sujet des invités à chaque fois. Mais je pense que ces collaborations sont parfaites et rendent l’album unique. Et je suis fier de le faire avec intégrité également. Chaque artiste avec qui nous avons travaillé est le meilleur dans son domaine, et c’est un honneur aussi pour nous.

– Une fois encore, ce nouvel album est très riche en arrangements. Quelle est la proportion du temps passé à les finaliser par rapport à l’écriture en elle-même d’un morceau ?

On y a travaillé pendant deux ans, car cela représente aussi beaucoup de musique ! (Rires) Au final, il y a 15 chanson sur l’album, mais il n’y en en avait que 12 vraiment complètes ! Alors, nous sommes allés chercher des morceaux que nous avions écartés au départ, afin qu’ils soient aussi sur l’album. C’est à la fois un bonheur et une contrainte d’avoir autant de musique, car on veut être certains que tout soit à la bonne place. C’est donc un processus qui a commencé il y a environ deux ans, mais le riff de « Dark Asylum », par exemple, date d’il y a trois/quatre ans. Je n’avais pas eu l’occasion de l’utiliser jusqu’à présent. Je suis heureux d’avoir pu le faire, car il a une signature unique et étrange, telle que l’aiment les fans de KAMELOT ! (Sourires)

– KAMELOT est un pionnier du Metal Symphonique et vous êtes américains. Or, ces dernières années, on a plus le sentiment que le style est dominé par les groupes européens. Comment l’expliques-tu, toi qui as fondé le groupe ?

Tu sais, mes premières influences lorsque j’étais adolescent étaient essentiellement européennes, que ce soit dans la musique classique ou à travers la NWOBHM. Alors, quand il a été temps pour moi de faire ma propre musique à la guitare, c’était important d’y inclure tous ces éléments que j’aime. Ensuite, j’ai rapidement eu l’envie du bandonéon argentin, par exemple, ou des parties de Folk islandaise. Sacha a d’ailleurs facilité beaucoup de connexions de ce côté-là. Et j’ai souhaité intégrer ces artistes à ma vision. Ensuite, cela a évolué au fil des années. Nous avons ajouté des éléments symphoniques, des chœurs… C’est un luxe de pourvoir réaliser tout ce que tu peux avoir en tête. C’est vraiment cool ! (Sourires)

– Vous sortez donc votre quatorzième album en plus de trente ans. Est-ce que tu penses que l’évolution de la technologie a aussi pu vous permettre de repenser votre musique, notamment au niveau des arrangements et de la production ? Quel a pu être son rôle, selon toi ?

C’est une bonne question car, honnêtement, je ne me souviens même plus de ces années où je travaillais sur un quatre pistes. J’ai oublié le temps où j’étais capable d’appuyer sur un bouton et d’enregistrer ! Je n’avais pas à me préoccuper si l’ordinateur buguait ou chargeait correctement le son ! (Sourires) J’ai vraiment l’impression que ces années-là étaient plus créatives. Pour « Dark Asylum », je me souviens avoir conçu des morceaux sur mon IPhone en enregistrant des parties de guitare. Mais j’ai toujours en tête la manière de faire sans toutes ces technologies ! (Sourires) Pour ceux qui aiment vraiment les ordinateurs et la technologie, c’est certainement très utile. Pour ma part, je pense que c’est un double-échec. Mais la bonne nouvelle est que l’on peut encore créer malgré cette approche nouvelle ! (Rires)

– Enfin, vous allez commencer une grande tournée d’abord aux Etats-Unis, puis en Europe cet automne. Aujourd’hui, beaucoup de groupes jouent leur dernier disque en entier, et comme « Dark Asylum » est un concept album, est-ce que vous avez prévu de le jouer en intégralité ?

Je pense que c’est quelque chose que nous ferons dans un second temps. Sur la tournée à venir, nous allons jouer quatre ou cinq chansons du nouvel album, bien sûr, ainsi que des morceaux que nous n’avons jamais joué sur scène auparavant. C’est une demande de nos fans. C’est toujours un peu compliqué, car nous devons enlever certains titres de la setlist. Mais je pense que nous devons restés concentrés sur ce nouvel album, et pas seulement sur d’anciens succès. C’est ce qu’il y a de plus intéressant pour moi en tant qu’artiste. Mais il faudrait y réfléchir. Il pourrait s’agir d’un DVD spécial tourné dans une église, puisque l’asile dans l’album est en fait une ancienne cathédrale reconvertie. Oui, ce serait cool de le faire avec tous les invités ! Il faut qu’on y pense… (Sourires)

Le nouvel album de KAMELOT, « Dark Asylum », est disponible chez Napalm Records.

Photo : Timo Maczollek and Natalie Enemede (4)

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Bluesy Rock Roots Rock Soul

Grace Potter : une classe XXL

Magnétique et sensuelle, GRACE POTTER conduit sa carrière comme sa chaotique Volkswagen Atlas 2020, c’est-à-dire avec une folle énergie et une liberté totale. Après « Mother Road », elle offre une nouvelle vision, façon carte postale, de son Amérique à elle avec cet envoûtant « Trespasser ». Sans filtre, elle fait le lien entre une Cyndi Lauper survoltée et une Aretha Franklin version Rock’n’Roll et hors de contrôle. D’un naturel assez déconcertant et absolu, elle peint en musique les joies comme les déboires des protagonistes qui jalonnent ce sixième opus solo.

GRACE POTTER

« Trespasser »

(Mother Road Records/Thirty Tigers)

Toujours tellement radieuse, GRACE POTTER livre une très belle suite à « Mother Road » paru en 2023. Ce road-trip très personnel est aussi enivrant que le précédent et ce malgré la teneur de certains textes. D’ailleurs, plutôt que de road-trip, il conviendrait plutôt de parler d’allers-retours. En effet, pour ses deux dernières réalisations, c’est sur la route, la main sur le volant, séparant sa maison de Topanga Canyon en Californie et celle située dans son Vermont natal qu’elle a imaginé et commencé à tisser ce voyage kaléidoscopique et haut en couleur.

A nouveau produit par son mari Eric Valentine (QOTSA, Slash), on retrouve avec délectation le son et atmosphère de « Mother Road », qui illustrent à merveille des paroles qui nous plongent dans l’univers intime de la chanteuse, sous couvert de rencontres improbables dans des endroits qui le sont tout autant. GRACE POTTER joue avec les émotions. Tantôt exaltée, puis touchante l’instant suivant, elle se meut dans des ambiances traversant le Rock américain en titillant le Blues, la Soul et la Country avec beaucoup d’audace et une touche de psychédélisme.

Subtilement vintage, on a parfois l’impression de se promener dans un film de Tarantino avec tout ce que cela suppose d’insouciance et de chaleur humaine. Mais au-delà de ce périple où l’asphalte défile et monte en température au fil des morceaux, c’est la performance vocale de GRACE POTTER qui impressionne. Intense et sensible, rien ne lui résiste et elle électrise « Trespasser » sur chaque refrain et chaque couplet « Main St. USA », le génial « Ride Or Die », « Gazoline, « Love Me Not », «  Run Baby Run », « The Voice » et le morceau-titre). Epoustouflant de vérité !

Photo : James Mountford

Retrouvez la chronique de « Mother Road » :

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Heavy metal Old School

Ironflame : une âme de guerrier

Originaire de l’Ohio, qui a longtemps été un creuset fertile du Heavy Metal traditionnel américain, IRONFLAME fait partie de ces combos qui entretiennent brillamment l’esprit et l’atmosphère d’une période faste. Avec beaucoup de passion et de détermination, « Worlds To Conquer » est un concentré de riffs tranchants et de solos pointus, soutenus par une paire basse/batterie galopante très musclée et des parties vocales accrocheuses. Fidèle et convaincant.

IRONFLAME

« Worlds To Conquer »

(High Roller Records)

Pour ses dix d’existence, IRONFLAME s’offre un très bon album et « Worlds To Conquer » conserve son inégalable saveur underground. Toujours guidé par le multi-instrumentiste Andrew D’Cagna, qui a aussi enregistré, mixé et masterisé l’ensemble, ce nouvel opus résonne du Heavy Metal d’antan, celui rendu intemporel par des artistes comme Dio notamment, dont l’ombre plane ici avec bienveillance. Si l’héritage est Old School, les Américains vont pourtant de l’avant et sont même loin de manquer d’inventivité, bien au contraire.

Le leader du quintet imprime donc très largement sa marque, jouant tous les instruments, en plus du chant dont il a écrit les paroles. Cependant, ce sont bien les deux guitaristes qui ont composé et interprété leurs solos. Et on apprend également une autre surprise de taille. Alors que sortait « Kingdom Torn Asunder » en 2024, la musique de « Worlds To Conquer » était déjà en boîte depuis l’année précédente. Ensuite, il y a deux ans, les voix étaient posées pour finir avec les guitares en 2025. IRONFLAME conserve toujours un coup d’avance.

Même s’il a mené de front plusieurs formations, dont Brimstone Coven, Icarus Witch et Coldfeels entre autres, D’Cagna est loin de négliger son groupe et ces nouveau morceaux attestent de sa créativité. La production est solide et actuelle, sert habillement de belles et puissantes dynamiques et l’empreinte de la NWOBHM est toujours aussi vivace (« Night Closes Is », « Shadow Slave », « Valhalla Is Calling », « Where Cauldrons Burn » et le morceau-titre). IRONFLAME met le feu, l’attise et libère un Heavy Metal agréablement vintage et racé.

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Glam Rock Hard Rock International

Wicked : rebel yell [Interview]

C’est avec beaucoup de fraîcheur, une douce folie, un dynamisme à toute épreuve et surtout un Hard Rock teinté d’un Glam très fédérateur que les Américains se présentent avec « Go Rebel », un nouvel album qui renoue avec l’esprit très 90’s du genre, mais pas seulement. WICKED s’inscrit parfaitement dans son époque grâce une énergie qu’il va puiser dans un sens de la fête omniprésent. Une grosse dose d’adrénaline, des riffs tranchants et des mélodies accrocheuses, la recette du quatuor est connue, certes, et elle a aussi l’ambition de renouer avec l’insouciance propre au Rock’n’Roll et qui se fait de plus en plus rare. Ce deuxième opus est une invitation au lâcher-prise et le vent de liberté qui en émane est littéralement électrisant, vivifiant et revigorant. C’est le guitariste soliste, Scotty V, qui fait les présentations de son groupe, dont on n’a pas fini d’entendre parler…!

– Je vous ai découvert en 2022 avec « The Last American Rock Band », qui était en fait une compilation de morceaux que vous aviez remixés et remasterisés. Pourtant, vous avez commencé un peu avant 2014, année où vous avez sorti « Live At Rockalahoma ». Est-ce que vous considérez vos véritables débuts, le moment où vous émergez avec ce premier album ?

Oui et non. Comme tu l’as dit, « The Last American Rock Band » était en quelque sorte un hommage à toutes ces années passées à faire nos armes, à apprendre à composer et à jouer. Ces chansons qui ont fait de nous le groupe que nous sommes aujourd’hui. Nous avions sorti quelques CD en édition limitée au début de notre carrière, avec des versions brutes, presque des démos. Mais nous pensions qu’elles méritaient une sortie digne de ce nom, avec une production professionnelle. C’est un excellent point de départ pour comprendre les débuts du groupe.

– Ce qui est assez remarquable chez WICKED, c’est que vous n’avez jamais dévié de ce Hard Rock très Glam, que vous vous êtes depuis appropriés et qui est devenu très identifiable. Comment un groupe de Rochester, New-York, donc situé sur la côte Est, en vient à jouer un style dont la référence première est la Californie ? Y avait-t-il un manque de ce côté des Etats-Unis ?

On a passé pas mal de temps sur la scène Rock new-yorkaise au début des années 2010, quand elle était en pleine effervescence. Dans le Lower East Side de Manhattan, on assistait à une renaissance du Glam-Punk déjanté, revisité avec une fraîcheur nouvelle. Il y avait plein de fêtes et de concerts en club, inspirés par la scène Rock européenne et scandinave de l’époque. C’est de là que viennent vraiment les racines du son et du style Hard Rock des débuts de WICKED. On a eu l’occasion de traîner à Los Angeles qu’un peu plus tard et on adore cette ville aussi ! Mais je ne dirais pas que Los Angeles a grand-chose à voir avec notre Hard Rock. Il faut reconnaître qu’il est surtout inspiré de l’ambiance glauque des rues de New-York ! (Sourires)

– D’ailleurs, sur ce nouvel album, « Go Rebel », il y a également des influences typiquement Punk Rock, là encore aux sonorités californiennes. C’est la musique avec laquelle vous avez grandi, ou est-ce son côté intemporel et un peu ‘sleazy’ qui vous a d’abord attiré ?

Dans le groupe, nos influences sont vraiment éclectiques. On a grandi avec le Glam Rock classique des années 70 avec des groupes comme David Bowie, The Sweet et Aerosmith, mais aussi à une époque où la scène Pop-Punk était particulièrement dynamique, avec tous les groupes du ‘Warped Tour’ comme Sum 41, Blink 182 et The Used. C’est ce mélange d’influences et le fait aussi d’être un produit de notre époque, qui nous ont permis de capturer l’essence de cette énergie Glam-Punk brute, sans pour autant la copier. On a créé quelque chose de frais et de nouveau. Au début, notre look était surtout inspiré par des groupes de Rock suédois comme Backyard Babies, Crashdiet, Hardcore Superstar, etc… On n’a jamais vraiment été influencés par la scène Glam de Los Angeles finalement.

– Entre « The Last American Rock Band » et « Go Rebel », vous avez sorti « Sunburn » que vous considérez d’ailleurs comme votre premier véritable album. Pourtant, il y a une réelle continuité dans votre jeu depuis le début. Est-ce que vous avez la sensation aussi que c’est depuis votre précédent disque que WICKED a vraiment affirmé et imposé son style ?

« Sunburn » a vraiment marqué une période exceptionnelle pour nous. Nous avons véritablement commencé à nous épanouir en tant que musiciens et auteurs-compositeurs. L’album a été enregistré pendant le confinement, période durant laquelle nous avons eu beaucoup de temps pour travailler et nous concentrer. Nous nous sommes cloîtrés dans la maison où nous vivons tous et nous avons aménagé un studio d’enregistrement professionnel avec l’aide de notre producteur Nacho, que nous venions tout juste de rencontrer. Il est resté avec nous pendant quelques mois durant le confinement et nous a beaucoup appris. Nous sommes devenus une équipe soudée et de très bons amis. « Sunburn » a marqué une sorte de renaissance pour le groupe. Nous sommes devenus autonomes et nous avons commencé à comprendre pleinement notre potentiel à partir du moment où nous avons géré la production et notre carrière.

– Par ailleurs, cela fait aussi plus de dix ans que le line-up de WICKED n’a plus bougé depuis l’arrivée de Gunnar à la batterie. Est-ce que cette constance a aussi forgé cette belle unité que vous affichez aujourd’hui ? C’est aussi une richesse, alors que beaucoup de groupes manquent peut-être de cette stabilité, qui fait avancer les choses et qui construit une identité forte, non ?

Quand Gunnar nous a rejoints, tout s’est mis en place naturellement. Depuis son arrivée, c’est comme une évidence. On vit tous ensemble, comme un vrai groupe de Rock à l’ancienne. On est une fraternité soudée, prête à tout les uns pour les autres. Et une fraternité qui se renforce avec le temps. C’est sans aucun doute notre plus grande force. On ne pourrait rien faire sans l’un d’entre nous. Tout le monde apporte quelque chose d’irremplaçable.

– WICKED est également très marqué par les années 80 et 90, jusque dans vos clips d’ailleurs, alors que pourtant vous les avez à peine connues. Qu’est-ce qui vous fascine à ce point dans cette époque ? Outre la musique, bien sûr, c’est une sensation de légèreté et peut-être aussi de plus d’insouciance qu’aujourd’hui ?

Je crois que tu as parfaitement résumé la situation. S’il y a une chose que nous voulons que les gens retiennent de notre musique et de nos vidéos, c’est que la vie est courte et qu’il faut en profiter. Nous travaillons tous dur chaque jour et, lorsque vous écoutez WICKED, que ce soit sur votre platine ou en concert, nous voulons que vous ressentiez un soulagement face à la routine quotidienne, que vous lâchiez prise et que vous vous sentiez libre.

– Il y a aussi une chose qui vous caractérise, c’est la joie et la bonne humeur qui se dégagent de votre musique, et « Go Rebel » est un modèle du genre à ce niveau-là. Vous ne concevez pas le Rock’n’Roll autrement que festif et rassembleur ?

Exactement ! Nous voulons créer une communauté autour d’une musique Rock’n’Roll festive. Et c’est précisément l’esprit de « Go Rebel ». L’objectif est de créer un lien plus fort avec le public. Nous voulons redonner au Rock’n’Roll son âme de communauté ! Il s’agit de sortir, de passer un bon moment entre amis, de se créer des souvenirs et d’écrire l’Histoire, à l’instar des plus grands qui nous ont précédés. Nous sommes convaincus que WICKED peut faire renaître cet esprit.

– Enfin, avec ce petit côté vintage assumé, on vous sent un peu en décalage avec la scène actuelle, malgré votre approche moderne du Hard Rock. Est-ce que, finalement, WICKED est surtout là pour apporter un regard neuf et pas seulement juste pour entretenir la flamme ?

Bien sûr. Comme je te le disais, nous ne sommes pas tant attachés à une esthétique ou un son vintage. Nous adorons les classiques et admirons les légendes qui ont ouvert la voie, mais WICKED a toujours eu pour vocation de tracer son propre chemin. Nous évoluons constamment et nous faisons ce qui nous semble juste sur le moment. Une chose est sûre : WICKED sera toujours là pour divertir tous les publics, quels qu’ils soient. Nous adorons le défi de conquérir de nouveaux fans, qu’il s’agisse de métalleux, de punks de bar ou même d’étudiants, qui ne connaissent pas encore le Rock ! Nous sommes toujours prêts à relever le défi ! (Sourires)

Le nouvel album de WICKED, « Go Rebel », est disponible chez Magick Rite Records.

Photos : Scott Braun et Marc Safran.

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Alternative Rock

Kris Barras Band : une maturité très attendue

Dense et percutant, KRIS BARRAS BAND montre enfin un tout nouveau visage. Certes, il reste un fond très accessible, mais il semble avoir rompu certaines digues, qui le maintenaient trop souvent dans un registre attendu. Avec un son très soigné sans être surchargé, « Monsters We Made » révèle aussi un véritable esprit de groupe avec un duo de six-cordistes qui se complète et où chacun tient son rôle. La formation du Devon s’affirme avec force à travers sa réalisation la plus aboutie à ce jour. Formatée mais pas trop, elle se veut avant tout rassembleuse.

KRIS BARRAS BAND

« Monsters We Made »

(Earache Records)

Décidément, il y a des reconversions qui se passent mieux que d’autres, et celle de KRIS BARRAS en est l’exemple parfait. Depuis une bonne dizaine d’années, l’ancien combattant de MMA mène une belle carrière. Et avec le succès de son précédent album, « Halo Effect », le Britannique semble s’être fait sa place sur la scène Rock européenne. Pour preuve, il s’est même aventuré aux côtés de la chanteuse Phoebe Jane, du batteur Joe Harris et du bassiste Leighton Allen pour monter Hollow Souls et sortir un très bon premier EP éponyme l’an dernier.

Quant à ce sixième album, il confirme la montée en puissance du KRIS BARRAS BAND et surtout ses qualités de composition comme d’interprétation. Bien entouré par Frazer Kerslake (basse), Billy Hammet (batterie) et Josiah J. Manning (guitare, claviers) qui livre également un très bon travail de production, le chanteur et guitariste réalise probablement le meilleur opus de son groupe. L’envie et l’explosivité des débuts sont intacts et la maturité acquise au fil du temps dévoile enfin tout le potentiel des Anglais. Et la machine est bien huilée.

Musicalement, l’Alternative Rock du KRIS BARRAS BAND est très accrocheur, comme d’habitude, sauf qu’il est aussi particulièrement affûté. Mention spéciale pour l’attention et la virtuosité offertes aux guitares. Porté par la voix de son leader, le quatuor frappe vite et fort, tout en laissant un peu de place pour quelques titres plus tendres. Pour autant, « Monsters We Made » est plutôt musclé (« Riot Of One », « Alive », « Fake », « Levitate » et le morceau-titre). Et si l’aspect mainstream reste le fond de commerce du combo, il démontre ici qu’il est bien autre chose.

Retrouvez la chronique de l’EP de Kris Barras avec Hollow Souls :

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International Roots Rock Soul Southern Blues Rock

Bywater Call : la liberté dans l’émotion [Interview]

Plus que jamais, la Soul délicate, sensuelle et au fort caractère des Canadiens prend sa pleine dimension. Non pas que BYWATER CALL ait changé quoique ce soit dans sa manière de faire, mais l’expérience accrue de la scène et la liberté totale de création semble lui avoir, sinon donner des ailes, du moins offert une assurance et une exigence dans une écriture qui est aujourd’hui d’une incroyable fluidité. Si « Shepherd » avait consacré la formation de Toronto, ce quatrième album vient conforter un style unique, résolument Southern, mariant très naturellement Americana, Roots Rock et Blues. « Broken Souvenirs » a cette particularité assez rare de nous porter immédiatement vers des cimes et dans des sphères émotionnelles incroyables. Cette passion dans la voix de Meghan Parnell propulse ce nouvel opus dans une douceur doublée d’une intensité enveloppante, actant le franchissement d’un cap et l’arrivée aux côtés des plus grands de ce registre si profond. Une occasion parfaite pour revenir avec la frontwoman sur ces derniers mois, l’évolution du septet et la confection de « Broken Souvenirs ».

– Lors de notre dernière interview à l’occasion de la sortie de « Shepherd », vous veniez de quitter votre label pour vous autoproduire et, en l’espace de deux ans seulement, BYWATER CALL a pris un essor considérable. Aviez-vous besoin de vous libérer de toutes contraintes pour pouvoir vous exprimer pleinement ?

Je pense qu’il était important pour nous d’avoir une liberté créative, mais aussi une liberté quant au calendrier et au processus d’enregistrement de l’album. Pour « Broken Souvenirs », nous avons décidé d’enregistrer l’album au fur et à mesure que les morceaux étaient prêts, plutôt que de tout faire en une seule session, ce qui fait qu’inévitablement le temps finit par manquer. De cette façon, nous avons pu accorder à chaque chanson l’attention qu’elle méritait.

– Ces deux dernières années, vous avez également beaucoup tourné, notamment en Europe où vous étiez encore il y a peu. Se produire devant un public qui n’a pas forcément une culture musicale nord-américaine vous a-t-il ouvert d’autres voies pour la composition de ce nouvel album, ainsi que sur votre communication sur scène ?

Le public européen et britannique nous a réservé un accueil chaleureux et nous a soutenus tout au long de notre parcours. Je pense que ce soutien nous a permis d’oser explorer de nouvelles idées et de nouvelles approches musicales, ce que nous n’aurions peut-être pas fait autrement. Nous nous sommes également sentis suffisamment à l’aise avec ce public pour tester de nouveaux morceaux sur scène… ce qui est toujours un atout considérable pour décider si une chanson est prête pour l’enregistrement en studio. Ce même soutien me donne la confiance nécessaire pour être moi-même sur scène et interagir pleinement avec le public.

– D’ailleurs, pour rester sur les concerts, BYWATER CALL a la particularité d’être une formation de sept musiciens, en studio comme sur scène. Alors que beaucoup misent sur les enregistrements, votre dynamique est donc intacte en live. Est-ce une chose qui est aujourd’hui irréversible et indiscutable pour vous ?

Je pense que si nous avions dû réduire la formation du groupe en concert, nous l’aurions probablement fait dès nos premières tournées. Tourner à sept, c’est évidemment assez coûteux… et c’était particulièrement vrai pendant les deux premières années. Nous avons intégré la section de cuivres très tôt, sans jamais imaginer que nous parcourrions l’Europe et l’Amérique du Nord, mais une fois notre son live bien défini, nous n’avons plus voulu faire de compromis. D’ailleurs, nous aimerions beaucoup agrandir le groupe pour les tournées ! (Sourires)

– Votre quatrième album, « Broken Souvenirs », vient de sortir et vous aviez déjà présenter quatre singles auparavant, ce qui est presque devenu la norme aujourd’hui avec les plateformes. Est-ce aussi un moyen pour vous de rester connectés avec vos fans, même si vous tournez beaucoup ?

Oui, notre stratégie de sortie repose sur le maintien du contact avec notre public, la création d’un engouement avant les dates de tournée et la possibilité de partager un aperçu de nos projets. Vu la fugacité de l’attention de nos jours, et le nombre de morceaux dont nous sommes fiers sur cet album, il nous a semblé judicieux de mettre en avant plusieurs titres.

– Justement, « Broken Souvenirs » n’a donc pas été enregistré en une seule fois, mais en plusieurs sessions ponctuées par vos concerts. Comment est-ce que vous gérez les tournées, le studio et surtout la composition, d’autant que l’homogénéité sonore et musicale est exemplaire ? N’est-ce pas trop difficile de rester focus sur l’album dans son entier et dans le temps ?

C’’est un équilibre très difficile à trouver et nous cherchons encore à le perfectionner. Composer en tournée peut être compliqué. La fatigue mentale et physique ne laisse parfois que peu de temps et d’énergie créative pour composer. Quand on est bien lancés, on profite souvent des balances pour travailler nos morceaux et les mettre en musique avant la fin de la tournée. Avec « Broken Souvenirs », une fois qu’on avait quelques chansons dont on était satisfaits, on réservait quelques jours de studio pour les enregistrer avant que l’élan ne s’essouffle. Pour Dave (Barnes, guitariste – NDR) et moi, il est essentiel de profiter des temps morts pour peaufiner une ou deux idées pendant la tournée.

– Musicalement, le spectre musical de BYWATER CALL s’est encore élargi et pourtant « Broken Souvenirs » semble être votre album le plus personnel. Est-ce finalement cette multiplicité d’ambiances qui façonne votre identité artistique ?

Nous n’avons jamais vraiment voulu nous enfermer dans une case. Nous aimons intégrer à notre musique les sonorités et les styles qui nous influencent actuellement, comme une capsule temporelle. Nous avons toujours souhaité montrer notre évolution en tant qu’auteurs-compositeurs tout au long de ce parcours. Pour « Broken Souvenirs », un aspect essentiel a été de travailler notre narration… Nous avons toujours constaté que la musique qui nous attire le plus est moins liée à sa technique qu’à la façon dont les paroles et l’instrumentation nous parlent, nous font ressentir quelque chose, nous connectent à elle. Pour y parvenir, nous avons exploré plus profondément nos propres sentiments et nos expériences.

– Non pas que « Broken Souvenirs » soit un album particulièrement mélancolique, mais il est le plus Soul des quatre. Etait-ce le bon moment pour vous d’aller encore plus loin dans l’émotion et surtout dans l’intensité de votre musique ? Une sorte de maturité artistique acquise en quelque sorte avec des certitudes sur vos envies ?

Absolument. Sur cet album, nous avons vraiment mis l’accent sur la dimension Soul du groupe. Encore une fois, pour nous, l’essentiel est de créer un lien émotionnel avec notre public, qu’il s’agisse de joie, de peur, de tristesse, de chagrin, voire d’un peu de colère ou de frustration. Quand on a formé le groupe, Dave et moi étions novices en matière d’écriture de chansons. Alors je pense qu’il nous a fallu un peu de temps pour trouver notre propre approche musicale. On y arrive petit à petit… (Sourires)

– Enfin, on connaît l’attachement de BYWATER CALL pour la Nouvelle-Orléans, ne serait-ce que par votre nom. Est-ce que le fait d’avoir le mot français ‘souvenirs’ dans le titre de ce nouvel album vient encore le renforcer, comme un clin d’œil ? D’autant qu’il a des couleurs qui rappellent beaucoup la Louisiane…

C’est intéressant. J’aimerais pouvoir dire oui, on y avait pensé comme ça… mais non ! (Sourires) C’est un extrait d’une des premières chansons qu’on a écrite pour l’album, « Clutter », qui a vraiment touché le public. On adorait l’image que ce vers véhicule et la façon dont il représente la fragilité de la nature humaine et des relations.

Le nouvel album de BYWATER CALL, « Broken Souvenirs », est disponible sur le site du groupe : www.bywatercall.com

Photos : Ed Rode (1) et Denis Carpentier (2, 3, 4)

Retrouvez aussi l’interview de Meghan à l’occasion de la sortie de « Shepherd »…

… ainsi que la chronique de l’album live sorti l’an dernier :

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Hard'n Heavy

Duckwalk Chuck : walk on

Rugueux et mélodiques, les Scandinaves soufflent leurs 25 bougies dans une belle et très Rock atmosphère. Avec « 525 », le quatuor confirme que son style n’a rien perdu de cette authenticité de chaque instant, ni de son explosivité. Bien produit, l’ensemble est brut, sans filtre et affiche un son très live. DUCKWALK CHUCK se réfère et puise son inspiration dans un Hard Rock et un Heavy Metal éternel, en lui insufflant un aspect très contemporain. Une grosse beigne et des sourires pour cet anniversaire bien saturé.

DUCKWALK CHUCK

« 525 »

(Independant)

Retour tonitruant pour les Norvégiens qui fêtent avec « 525 » leur cinquième album en 25 ans de carrière, ce qui explique ce titre énigmatique. Quatre longues années après le très bon « Fired Up », DUCKWALK CHUCK rugit avec autant de plaisir et, sans détour ni compromis, balance un Hard Rock toujours aussi massif et véloce. Entre-temps, et comme pour mieux marquer son indépendance et sa liberté, le groupe a quitté son label et fait parler la poudre comme jamais. L’industrie musicale n’aura donc pas raison de lui pour le moment.

Au-delà de l’aspect imposant de son jeu, la formation nordique se distingue surtout par une passion dévorante pour le Rock’n’Roll… joué fort ! Car, entre des fondations basées sur un Hard Rock classique dans la forme et une puissance clairement Heavy Metal, il en est toujours question et c’est ce qui fait la force et l’identité de DUCKWALK CHUCK. D’ailleurs, « 525 » se pose déjà au sommet de sa courte discographie. Accrocheur et insaisissable, ce nouvel opus traverse le temps et bouscule les courants actuels avec une énergie incroyable.

Façon rouleau-compresseur, le combo attaque avec « Surprise Surprise » sur un groove épais que n’aurait pas renié Mötörhead. Pour la suite, le quatuor déroule et se fait plaisir sur des riffs tranchants, de vrais solos de guitare et avec un frontman inarrêtable (« Racin’ To Win », « Shell Shock », « Shaken’n Stirred », «Midnight City », « Meat On The Bon »). Un quart de siècle après sa création, DUCKWALK CHUCK ne dévie pas de sa trajectoire, au contraire, il en déblaie le chemin avec une efficacité redoutable. Joyeux et costaud !

Retrouvez la chronique de « Fired Up », leur précédent album :