Catégories
Hard'n Heavy International

Tygers Of Pan Tang : un mythe intact [Interview]

Après une activité riche et marquante durant les années 80, il aura fallu attendre le début des années 2000 pour que le fameux tigre de la NWOBHM se mette de nouveau en chasse. Et cette nouvelle ère s’était ouverte avec Jacopo ‘Jack’ Meille au chant. Le frontman italien a immédiatement imposé sa marque et reste depuis plus de 20 ans la voix de TYGERS OF PAN TANG. Plus régulier ses dernières années, les Anglais reviennent aujourd’hui avec « Electrifyed », un quatorzième album qui vient attester de la grande forme du quintet. Vétérans peut-être sur le papier, les cinq musiciens affichent surtout une fougue et une inspiration qui m’ont pas pris la moindre ride. Le quintet rugit encore et toujours, et ne semble pas prêt à passer le relais. Entretien avec le chanteur de l’une des formations les plus marquantes du Hard Rock et du Heavy Metal européen.

– Tout d’abord, Jack, toi qui es dans le groupe depuis plus de 20 ans et donc le chanteur de la ‘seconde vie’ de TYGERS OF THE PAN TANG, j’aimerais savoir ce que tu penses des tous débuts du groupe ? Est-ce que cela reste encore aujourd’hui une inspiration pour toi ?

Oui, j’étais déjà fan des TYGERS dans les années 80 et j’avais d’ailleurs acheté « Spellbound » (1981) et « The Cage » (1982) que j’adorais. Et c’est vrai que faire partie d’un groupe aussi mythique est toujours une source d’inspiration, près de 22 ans après les avoir rejoints ! (Sourires)

– Pour rester un instant sur cette notion d’héritage, TYGERS OF PAN TANG a été de ceux qui ont bâti la fameuse NWOBHM. Aujourd’hui, beaucoup de groupes sont encore en activité, mais est-ce que tu perçois une seconde vague au XXIème siècle ? Je n’en ai pas l’impression, pour ma part…

La NWOBHM était un mouvement unique et exceptionnel. Comment des groupes comme Def Leppard et Venom pouvaient-ils en faire partie ? Et pourtant, c’était le cas. De nos jours, ce serait impensable. A l’époque, chaque groupe possédait un son et une personnalité uniques, et tous ont contribué au succès de la NWOBHM. Aujourd’hui, les groupes suivent une tendance ou s’approprient ce qu’ils considèrent comme le son originel de la NWOBHM. Mais il n’existait pas de ‘son’ codifié à l’époque. C’était un mouvement social : la classe ouvrière anglaise cherchait une musique capable d’exprimer sa colère et sa frustration. Voilà ce qu’est la NWOBHM !

– Pour conclure sur le sujet, les groupes fondateurs de la NWOBHM encore actifs ont tous plus de 40 ans de carrière évidemment. Est-ce que, comme tous les courants finalement, celui -ci est aussi destiné à s’éteindre avec ses créateurs ?

La magie de la musique réside dans son évolution constante, même à notre insu. Les musiciens qui ont façonné la NWOBHM finiront par prendre leur retraite, mais leur musique perdurera et inspirera de nouveaux talents. Cela donnera naissance à un nouveau genre musical, qui puisera dans les sonorités et les expériences du passé.

– Revenons à ce quatorzième album, qui acte aussi l’arrivée de John Foottit en tant que second guitariste aux côtés de Robb Weir. Ils forment à eux deux un duo solide et complémentaire. Sans parler de renouveau, « Electrifyed » donne l’impression d’être plus Heavy que ses prédécesseurs. A-t-il apporté une touche plus actuelle, selon toi, dans le son et l’approche de TYGERS OF PAN TANG ?

Les morceaux que tu entends ont été écrits avant l’arrivée de John dans le groupe. Robb (Weir, guitare – NDR), Craig (Ellis, batterie – NDR), Huw (Holding, basse – NDR) et moi souhaitions composer des titres plus percutants, axés sur les riffs, tout en conservant la touche mélodique que nous avions atteinte sur « Ritual » (2019) et « Bloodlines » (2023). Mon objectif a toujours été de maintenir l’équilibre entre le son brut de « Wild Cat » (1980) et l’approche plus mélodique de « The Cage », en passant par tous les morceaux intermédiaires.

– Pour la composition d’« Electrifyed », vous avez donc dit vouloir renouer avec l’énergie de « Wild Cat » (1980) justement, le premier album du groupe. Qu’y trouvez-vous qui puisse manquer dans le Heavy Metal et le Hard Rock d’aujourd’hui pour vous replonger 46 ans en arrière ? Est-ce finalement plus une question de sensation et d’état d’esprit ?

Chaque groupe a sa propre ‘recette’. La meilleure comparaison est celle d’un cocktail : vous pouvez connaître chaque ingrédient, mais le mélange est totalement unique. Je suppose que si vous demandiez à chaque membre de ce groupe de définir notre son, la réponse serait différente… (Sourires) Ce qui est certain, c’est que nous ne nous inspirons pas des autres groupes. Notre son est la combinaison des contributions des cinq musiciens et de la conscience de ce à quoi une chanson de TYGERS OF PAN TANG doit ressembler. « Electrifyed » représente cela en 2026.

– D’ailleurs, si « Electrifyed » est plus Heavy Metal dans le son, et moins Hard Rock, cette impression de noirceur se retrouve jusque dans la pochette. Avez-vous voulu ce nouvel album plus sombre et plus grave ? Peut-être plus en phase avec une époque mondialement compliquée ?

Nous vivons une époque étrange et sombre, et même si nous voulions éviter d’être influencés par le quotidien, c’est impossible. C’est pourquoi cet album est sans aucun doute plus sombre.

– Justement, sur le morceau-titre, tu fais allusion au système judiciaire américain en introduction de la chanson. Faut-il y voir un écho à l’actuel président et ses frasques, ce qui ne manquerait pas de piquant pour un Italien chantant dans un groupe anglais ?

C’est Craig, notre batteur, qui a écrit les paroles de la chanson. Elle ne parle pas de la peine de mort en tant que telle, mais plutôt des pensées d’une personne coupable qui sait qu’elle va être exécutée. Nous voulions retranscrire en chanson ce moment où la vie et la mort coexistent dans l’esprit d’une même personne.

– Enfin, par rapport à ton chant, est-ce que ton interprétation diffère dans son approche quand tu es avec TYGERS OF PAN TANG, afin d’offrir une continuité dans son identité artistique ? Car, je rappelle que tu fais aussi partie des groupes General Stratocuster And The Marshals, Damn Freaks, Mantra, Norge et plus récemment Sainted Sinners…

Oui, tout à fait. Et pour cet album en particulier, j’ai dû travailler dur pour trouver la bonne interprétation et la bonne intention pour chaque chanson. Je traversais aussi des problèmes familiaux qui n’ont rien arrangé. On a diagnostiqué un cancer à mon père pendant que j’étais en studio. Et il est décédé moins d’un mois après la fin des enregistrements. J’ai dû trouver le moyen de transformer toute cette douleur en quelque chose de créatif. Ce n’était pas facile, mais maintenant, en écoutant l’album, je crois que j’y suis arrivé, car je peux l’écouter sans ressentir de tristesse.

Le nouvel album de TYGERS OF PAN TANG, « Electrifyed », est disponible chez Mighty Music.

Photos : Steven Christie

Retrouvez aussi la chronique de l’album précédent :

Catégories
Blues Rock International

Albert Castiglia : so british [Interview]

Sorti au cœur de l’été, « Grits & Glory » est probablement l’album le plus étonnant du guitariste et chanteur américain. Envoûtant dans le son et les ambiances, percutant comme il sait le faire à travers ses riffs et ses solos, ALBERT CASTIGLIA offre cette fois une saveur très british à son Blues Rock. Enregistré aux célèbres studios Abbey Road de Londres, on se doute bien qu’il s’est laissé porté par des influences anglaises qu’il n’a d’ailleurs jamais reniées. Saisi en formule trio, l’ensemble est direct et dégage une proximité vraiment immédiate. Difficile de lâcher ce treizième opus du bluesman, dont l’univers se dévoile finalement au fil des disques. Rencontre avec un artiste au style très libre et à l’instinct redoutable.

– Tout d’abord, puisque ce nouvel album a été enregistré à Londres, j’aimerais savoir quel impact le Blues britannique a eu sur ton jeu, toi qui as grandi en Floride et à Chicago, où le style est très prononcé et assez unique ?

Le Blues britannique a eu une influence majeure sur moi. Mon oncle possédait de nombreux albums de Led Zeppelin, des Who et des Rolling Stones, et c’est grâce à lui que j’ai découvert leur musique. Eric Clapton a été ma plus grande influence à mes débuts, et c’est lui qui m’a fait découvrir le Blues de Chicago. Ce sont les bluesmen britanniques qui m’ont finalement orienté vers Muddy Waters, Howlin’ Wolf et d’autres.. (Sourires)

– L’idée d’enregistrer un album à Londres, aux studios Abbey Road, t’est venue en parlant avec Olly Overton de Gulf Coast Records. Entre-temps, tu assorti « Righteous Souls » en solo, ainsi que « Live In Canada » et « Help Yourself » de Blood Brothers avec Mike Zito. Avais-tu déjà en tête l’idée d’un album réalisé en Angleterre pendant toutes ces années, et comment envisageais-tu cette future expérience ?

En fait, l’idée d’enregistrer à Londres m’est venue au début de l’année dernière. Olly m’a proposé d’enregistrer au Royaume-Uni et, un peu par plaisanterie, je lui ai suggéré de se renseigner sur Abbey Road. Il a pris la chose au sérieux et a réservé une semaine à Abbey Road en décembre. Je n’aurais jamais imaginé, même en rêve, mettre les pieds à Abbey Road ! (Rires) La vie m’a tellement donné et continue de le faire. J’en suis très reconnaissant ! (Sourires)

– « Grits & Glory » reflète clairement ton style et il reste fidèle à tes albums précédents, avec toutefois quelques touches distinctives. L’idée de faire un album entièrement consacré au Blues britannique t’a-t-elle traversé l’esprit, ou était-ce plutôt l’expérience du lieu qui comptait pour toi ?

L’album, de par son ambiance typiquement britannique, était déjà imprégné de cette identité, ne serait-ce que par le fait d’être enregistré dans ce studio. Nous avons utilisé des amplis Marshall et Vox AC 30 pour l’enregistrement. Mon producteur, grand disciple de George Martin, a employé certaines de ses techniques pour donner à quelques morceaux une sonorité proche des Beatles. Cependant, mes autres influences sont très présentes sur l’album : beaucoup de Southern Rock, de Blues américain, de Funk, de R&B, de Jazz afro-cubain… On y trouve un bel équilibre avec d’autres genres ! (Sourires)

– J’imagine que jouer et enregistrer aux studios Abbey Road est une expérience incroyable pour un artiste, ne serait-ce que pour l’Histoire qui imprègne ces lieux. Pourtant, vous y êtes allés en trio et « Grits & Glory » a également été enregistré en live. Alors, au final, y a-t-il eu plus de joie que d’appréhension ?

Uniquement de la joie ! (Sourires) Le groupe et moi avons savouré chaque instant. Si j’avais eu vingt ans, j’aurais peut-être été nerveux, mais j’ai la cinquantaine maintenant et je n’ai plus vraiment d’appréhension face aux défis, ou aux situations, qui me dépassent ! (Sourires)

– Et puis, tu ouvres l’album avec « In My America », une chanson très forte sur les divisions aux Etats-Unis. L’as-tu finalement composée comme un message aux Anglais, et plus largement aux Européens, parmi lesquels tu séjournais, car le symbolisme pourrait être très pertinent dans la situation actuelle ?

Mon message s’adresse à tous ceux qui veulent bien l’écouter. J’aurais enregistré cette chanson que je sois aux Etats-Unis, ou non. Quand j’écris une chanson, elle doit être sincère. Mon pays est plus divisé que jamais, au point que le monde entier le sait. Ne pas en parler serait fermer les yeux. Mes albums sont comme des journaux intimes sur disque. Nous avons bien plus de points communs que de différences. C’était le message principal que je voulais transmettre avec « In My America ».

– Comme on l’a dit, tu travailles sur cet album depuis quelques temps déjà. Concernant la composition, tant les paroles que la musique, astu défini le son global de l’album au fil du temps, ou tout s’est-il mis en place rapidement avant ton départ pour l’Angleterre ?

La majeure partie était prête. Nous avons peaufiné quelques détails à la dernière minute concernant les paroles et les arrangements, mais l’essentiel a été finalisé aux Etats-Unis.

– D’ailleurs, si on écoute attentivement « The Milk Is Still Good », on peut reconnaître un extrait de la mélodie de « Come Together » des Beatles. Est-ce une sorte d’hommage subtil que tu voulais glisser, puisque tu étais dans le studio où ils enregistraient souvent ?

Le subconscient est une chose merveilleuse ! (Sourires) Tout ce que je compose est une compilation de toutes les musiques qui m’ont influencé, donc cela ne me surprend pas que tu aies repéré « Come Together » dans « The Milk Is Still Good »… (Sourires) Ce n’était pas intentionnel, mais parfois l’univers nous réserve des surprises… (Sourires)

– Etonnamment, « Grits & Glory » dégage une impression assez différente des précédents : celle d’une grande liberté artistique, qui te permet de révéler d’autres facettes de ton jeu. L’idée de départ était-elle de te laisser carte blanche et de développer pleinement les vastes émotions que le Blues évoque, c’est-à-dire sans aucune limite ?

Oui, c’est ainsi que j’aime travailler. Il y a un mouvement dans mon pays, qui veut restreindre les sentiments, les pensées et les opinions et cela se déverse dans la créativité. J’ai toujours été un fervent défenseur de la liberté d’expression et aujourd’hui plus que jamais, les gens ont besoin de créer sans les contraintes extérieures. Je suis très heureux d’être dans un label qui me permet cette liberté. Certains veulent imposer leurs auteurs et leurs idées aux artistes. C’est leur choix, mais pas le mien. Il y a toujours des gens dans l’industrie qui signent un artiste pour en faire leur propre outil de création. Je me suis battu contre ça pendant des années et j’ai parfois perdu cette bataille. Maintenant, j’ai atteint un âge où je ne me soucie plus de ce que pensent les autres et je refuse qu’ils m’imposent leur philosophie créative. Si j’ai de la chance, il me reste encore une trentaine d’années à vivre. Je ne les passerai pas à me soumettre aux désirs de la société… (Sourires)

– J’aimerais parler un peu de la préparation de « Grits & Glory », au-delà de la composition. Quand vous êtes arrivé aux studios Abbey Road, tout était-il déjà bien en place avec ton bassiste Cliff Moore et ton batteur Ray Hangen, avec qui tu tournes également ? Ou vous êtes-vous laissé une certaine marge d’improvisation une fois sur place ?

Il y a toujours de la place pour l’improvisation. On arrive toujours en studio avec un plan de base, mais il est toujours amené à évoluer. C’est un peu comme la constitution d’un pays. Un plan peut et doit toujours légèrement dévier, car on peut trouver une meilleure idée une fois en studio. Il ne faut jamais exclure de petits changements.

– Enfin, cet été, vous étiez en Europe pour quelques concerts avec Blood Brothers, juste au moment où ton album sortait avec une photo de toi en couverture devant le célèbre Big Ben. Prévoies-tu de revenir jouer à Londres dans les prochains mois, et si possible en France également ?

Nous préparons une tournée en Europe et au Royaume-Uni pour mai 2027 environ. La France est définitivement sur ma liste. J’adore la France et cela fait longtemps que je n’y ai pas joué ! (Sourires)

« Grits & Glory » par ALBERT CASTIGLIA est disponible chez Gulf Coast Records.

Photos : Rob Blackham / Blackham Images

Retrouvez quelques chroniques de ses albums précédents, ainsi qu’avec Blood Brothers :

Catégories
American Roots Rock Bluesy Rock International Southern

Hannah Wicklund : the path to freedom [Interview]

Résolument Rock, l’univers artistique de HANNAH WICKLUND ne semble pourtant pas connaître de frontières. Passant de la Soul et du Gospel à des notes plus funky ou Folk, elle semble pourtant guidée en profondeur par un Blues qui ne dit pas son nom. Originaire de Caroline du Sud, la multi-instrumentiste, compositrice, productrice et même rédactrice en chef d’un magazine qu’elle a créé, sort « War On Women ; Calling All Good Men », son quatrième album et sans doute le plus personnel. Marquée par les luttes qu’elle a mené, elle met sa puissance vocale au service des émotions pour délivrer sa vérité. Lumineuse et envoûtante, la redoutable guitariste se présente comme une militante passionnée au style terriblement addictif. Rencontre avec une artiste hors-norme renforcée par les épreuves et les combats et surtout animée d’une intense liberté .

– Tout d’abord, j’aimerais que l’on revienne sur ces deux dernières années, celles qui ont suivi la sortie et l’acclamation de « The Prize ». Malgré cette belle reconnaissance, tu as rencontré de nombreux problèmes, et non des moindres. Pourtant, tu donnes l’impression sur ce nouvel album d’être encore plus forte aujourd’hui. Comment as-tu vécu cette période douloureuse à bien des égards ?

La sortie de mon album « The Prize » a été l’un des plus grands défis de ma vie, un véritable parcours du combattant, marqué par le sabotage et l’oppression. Nombreux sont ceux qui ont œuvré contre sa sortie, et alors même que je m’apprêtais enfin à le sortir selon mes propres conditions, j’ai été contrainte de collaborer avec un label qui, j’en suis convaincue, n’a jamais eu l’intention de s’investir pleinement dans mon projet et qui a, au contraire, semé le chaos. Ce sabotage, lié à cet album, a persisté pendant des années dans ma carrière. J’ai mes théories à ce sujet et une grande partie de ces agissements est liée à la volonté de ceux qui, au sein de l’establishment, ne souhaitent pas que le Rock’n’Roll féministe trouve sa place. J’ai subi de profondes trahisons de la part de nombreux hommes en qui j’avais confiance, et l’année dernière, j’ai finalement découvert une complicité et un complot à grande échelle au sein de ma carrière et de ma vie. J’ai enfin eu la preuve de ce que je pressentais depuis longtemps et cette preuve irréfutable m’a libérée. Je suis plus forte que jamais après cette expérience et je crois que mon nouvel album en est la preuve.

– Malgré cette environnement toxique, tu reviens avec « War On Women ; Calling All Good Men », au titre évocateur, qui est un album engagé et vraiment lumineux. Est-ce qu’il a été pour toi une façon d’inverser les choses et de panser aussi quelques plaies ?

Cet album est sans conteste l’œuvre la plus importante que j’aie jamais créée. J’ai vu le monde à travers le prisme de ma propre vie et vécu des choses absolument incroyables et je crois au pouvoir de la transformation. En tant qu’artiste, notre plus grande force est de transmuter la douleur en vérité, et c’est ce que j’ai entrepris de faire. Quand mon monde s’est obscurci, j’ai dû être ma propre lumière et me guider seule à travers l’abîme. Cet album témoigne de ce processus et j’en suis incroyablement fière.

– Justement, ce quatrième album est autoproduit et tu t’es occupée de tout, de l’écriture jusqu’à l’enregistrement. Etait-ce nécessaire pour toi de gérer entièrement le processus de création pour repartir de de bonnes bases ?

Ma confiance avait été complètement brisée et je savais que je devais mener ce projet à bien seule. Plus important encore, je savais que j’en étais capable. Des visuels au son de la guitare, je savais que je voulais maîtriser le processus et devenir pleinement l’artiste que j’avais toujours su être.

– Tu es compositrice et multi-instrumentiste, et d’ailleurs les parties de guitare et de piano sont assez incroyables. Ta musique est également très riche avec un mélange de Rock, de Soul, de Blues, de Folk et même de Gospel. Pourtant, ton style est limpide, fluide et très identifiable. As-tu aussi le sentiment d’avoir conçu ton album le plus abouti à ce jour avec « War On Women ; Calling All Good Men » ?

Sans conteste, c’est mon plus beau cadeau au monde. J’y ai mis tout mon être, mentalement, spirituellement, émotionnellement et physiquement. C’est un véritable voyage à travers ma vision de la société et je pense qu’il reflète très clairement qui je suis en tant qu’artiste, mais surtout en tant qu’être humain.

– D’ailleurs, j’aimerais qu’on parle aussi du contenu de tes textes, qui sont très revendicatifs, engagés et presque politiques d’une certaine manière. C’est clairement un appel au changement, que ce soir au niveau des relations humaines comme de l’environnement. Est-ce quelque chose que tu portes en toi depuis longtemps, ou est-ce que les évènements actuels dans le monde et dans ta vie ont pu accélérer cette prise de conscience et l’envie d’en parler ?

J’ai toujours été ainsi. J’ai agi avec passion et je me suis toujours considérée comme une militante de la justice sociale. L’art est politique et la vie est politique. Je refuse l’indifférence et d’édulcorer mon expression, même si le monde préférerait que je me taise et que je me contente de mes solos de guitare… Les épreuves de la vie m’ont façonnée et ont fait de moi ce que je suis aujourd’hui : une personne intrépide, sans complexe et surtout profondément, radicalement moi-même.

– Pour en revenir à ta musique, j’aimerais que l’on parle de « Cowards & Kings » et son monumental solo très hendrixien, qui renvoie d’ailleurs à celui de « Hide And Seek » sur « The Prize ». Malgré une apparence qui paraît sage et douce, tu es une guitariste et une chanteuse fougueuse et redoutable. Est-ce une façon d’exalter certaines émotions, ou plus simplement de te faire plaisir et de dévoiler l’étendue de ton jeu ?

Ce solo en particulier me semble être le morceau de guitare le plus authentique que j’aie jamais enregistré. Pour un musicien, jouer en live est l’apogée. C’est dans cet échange énergétique avec le public que réside la véritable magie. Je me considère comme une musicienne très différente en studio et sur scène, mais cette chanson était différente. J’ai l’impression d’avoir réussi à retranscrire en une seule prise toute la fougue qui m’anime sur scène. J’étais en colère et je venais justement de parler de la trahison et de la connivence entre mon avocat, mon manager et ma maison de disques. J’ai donc enregistré ce morceau avec une rage viscérale. Ce solo de guitare sonne comme le cri guttural d’une femme bafouée. Et c’est exactement ce qu’il est.

– Il y a également une chose remarquable sur ce nouvel album, c’est l’équilibre qu’il présente. Tu joues sur les émotions avec beaucoup de justesse et d’authenticité en passant par plusieurs styles et même des chansons a cappella. Est-ce que tu penses à l’équilibre de l’ensemble au moment de la composition, ou tu crées finalement la tracklist en toute fin, avec un fil narratif précis ?

J’avais une idée précise de la structure de l’album dès le départ. Je savais, par exemple, qu’il s’ouvrirait sur « War On Women ». Mais j’ai laissé les morceaux, dans leur version finale, choisir leur place dans la tracklist. L’agencement des titres est un art et je souhaite que l’auditeur se sente embarqué dans cette aventure épique à mes côtés. Tout a donc été mûrement réfléchi, et les paroles s’enchaînent harmonieusement pour raconter une histoire de prise de conscience, de chagrin, de rage, de compréhension et d’espoir.

– Parallèlement, tu publies « The Strawberry Moon Tribune », qui est un magazine indépendant dédié à l’art et à la culture. Est-ce que tu le considères comme un prolongement de ta musique, ou plutôt comme une activité annexe qui vient en complément ?

En fin de compte, il est les deux à la fois. C’est un prolongement de moi-même et de ma musique, mais c’est aussi un espace où la créativité d’autres artistes côtoie la mienne. Nul n’existe, ni ne crée en vase clos et je souhaitais immortaliser ce moment intense et proposer un projet écrit et ambitieux pour accompagner cet album.

– Par ailleurs, et comme nous sommes sur un site français, tu as aussi une belle histoire avec la France. En effet, la créatrice de mode Deborah Baumgarten t’a conçu plusieurs tenues pour la scène. Est-ce que tu peux nous dire quelques mots au sujet de cette rencontre assez étonnante ?

Deb est un ange, j’en suis convaincue. Elle a partagé son art avec moi pour la première fois à Paris, en jetant sur scène un châle qu’elle avait créé spécialement pour moi après mon concert, puis en me surprenant avec une succession de robes. C’est une créatrice de robes de mariée véganes très talentueuse et recherchée et je ne me suis jamais sentie autant moi-même que dans ses créations. Son travail magnifique me permet d’être avant tout une femme, et ensuite seulement une artiste et une guitariste, ce qui n’a pas toujours été le cas. J’avais si bien joué le rôle de la rockeuse, que mon véritable moi s’était enfoui sous ce déguisement constant de femme rebelle. En réalité, je suis une femme aérienne, presque féerique, qui joue aussi de la guitare et du Rock. La juxtaposition de mes moments plus intenses sur scène avec la fluidité de ses robes est devenue une part essentielle de mon identité d’artiste. Je serai toujours reconnaissante à Deb de m’avoir aidée à devenir une version encore plus authentique de moi-même.

– Enfin, si ton registre est vaste, il conserve une dominante Blues et Soul dans ton Rock. Où est-ce que tu te situes, toi qui est originaire de Caroline du Sud où cette âme Southern possède des racines fortes et que l’on ressent aussi dans ta voix ?

J’ai du mal à me définir autrement que comme une pure rockeuse. La beauté du Rock, c’est qu’il laisse place à toutes les influences. Etant originaire du Sud, je crois qu’il y a un je-ne-sais-quoi dans ma musique, un peu comme un reflet de mes racines. Nous sommes tous influencés par notre environnement et je suis profondément reconnaissante à celui de mes origines.

Le nouvel album de HANNAH WICKLUND, « War On Women; Calling All Good Men » est disponible chez Strawberry Moon Records, directement sur le site de l’artiste : www.hannahwicklund.com/

Photos : Fay/Money Photography (1) et Aliegh Shields (4).

Catégories
Hard Rock International Sleaze

Kickin Valentina : raw and wild [Interview]

En un peu de plus de 15 ans, la formation d’Atlanta a imposé sa patte sur la scène Hard Rock internationale avec ce côté Sleaze, un brin Glam et sans compromis qu’elle affiche en étendard. Avec « Anthems From The Underground », KICKIN VALENTINA fait bien plus que de rendre hommage à ce milieu en marge des productions mainstream, il salue un public fidèle, sincère et amoureux d’un style que le quatuor porte haut et qu’il fait sonner avec une modernité qui ne néglige pas cet état d’esprit et cette attitude si Rock’n’Roll. Ce nouvel album est un hymne à la liberté, à un style de vie aussi et surtout à une obstination à ne pas se plier aux règles, ni aux dictâtes quels qu’ils soient. Et c’est encore le très direct frontman et parolier D.K. Revelle, qui s’exprime le mieux sur la démarche ‘underground’ et authentique, si chère au combo.

– Ce cinquième album, hors EPs bien sûr, est assez spécial puisque vous y clamez votre amour pour le Hard Rock underground, dont vous êtes issus. Pourtant, votre notoriété dépasse aujourd’hui largement le milieu. Est-ce à dire que vous ne vous sentez pas à votre place dans un cercle plus mainstream ?

Le terme ‘Underground’, tel que nous l’utilisons dans le titre du nouvel album, « Anthems From the Underground », signifie simplement que, puisque le ‘Rock’n’Roll’ n’est pas ‘grand public’ actuellement et ce depuis un certain temps, et que nous sommes un groupe de ‘Rock’n’Roll’, le style de musique que nous produisons est, selon nous, ‘Underground’ aujourd’hui. C’est ainsi qu’est né ce titre, finalement, c’est notre vision des choses.

– D’ailleurs, si l’underground est d’abord une question d’attitude et d’état d’esprit, tout se joue aussi dans le son et le contenu des morceaux et, en ce sens, KICKIN VALENTINA est sans concession. Est-ce ce qui vous rattache en premier lieu à cet univers ? Sa sonorité et son ambiance si particulières ?

Les quatre membres de ce groupe jouent et composent ce style de Rock depuis les années 80… On y était ! D’ailleurs, je me fais peut-être vieux ! (Rires) Mais honnêtement, c’est ce qu’on ressent individuellement et collectivement, et c’est ce qui fait la magie du groupe.

– « Anthems From The Underground » reste ancré dans ce que vous avez toujours joué. Cependant, je le trouve peut-être moins Sleaze et moins festif. Sans être sombre, il paraît moins léger et plus sérieux. Etait-ce votre intention de marquer une sorte de virage ? Et puis, cette fois, vous avez travaillé avec Pete Newdeck et c’est peut-être cela qui donne cette sonorité si particulière à « Anthems From The Underground ». Avez-vous senti qu’il fallait aborder un nouveau chapitre après « Star Spangled Fist Fight » ?

Non… Excellentes questions, mais non… (Sourires) L’ambiance et le son de ce nouvel album sont surtout dus à la présence de notre ami et frère Pete Newdeck à la production. Il nous a suggéré de nouvelles pistes que nous n’aurions peut-être pas explorées sur les précédents albums de KICKIN VALENTINA… De plus, l’écriture des chansons n’est pas préméditée. C’est simplement ce qui nous est venu naturellement cette fois-ci, et je trouve que c’est une évolution naturelle pour nous. Nous n’avons jamais de direction prédéfinie, ni ne suivons aucune tendance lorsque nous commençons à écrire un nouvel album. On ne se prend pas la tête, on fait juste ce qui nous vient instinctivement… (Sourires)

– Justement, est-ce également sur scène que de telles décisions se prennent avec l’envie de peut-être apporter de nouveau arrangements à d’anciens morceaux, tout en pensant aux prochains ?

Non… Les vieux morceaux sont à peu près les mêmes et nos concerts sont improvisés à 75 % et structurés à 25 %, en ce qui concerne la setlist… Et c’est le live et l’énergie du public, qui nous anime. Il n’y a pas de pistes préenregistrées, pas de métronome, etc… Et vous ne savez jamais à quoi vous attendre de nous, soir après soir ! (Sourires)

– Vous avez déclaré que vous vouliez rendre hommage à vos fans sur ce nouvel album. Est-ce que vous avez articulé l’ensemble du disque en ce sens ?

Non, encore une fois… J’aime à penser que tous nos albums rendent hommage non seulement à nos fans, la ‘Kickin Valentine Mob’, mais aussi à nos héros du Rock’n’Roll, d’hier comme d’aujourd’hui.

– D’ailleurs, il y a une chose qui peut également expliquer ce changement dans le son d’« Anthems From The Underground ». En effet, vous l’avez enregistré chez vous à Atlanta, puis il a été mixé en Angleterre avant d’être masterisé à Toronto au Canada par Harry Hess. Si la technologie permet beaucoup de choses, votre album a beaucoup voyagé. Etait-ce trop compliqué de tout faire en Georgie ?

Non… C’est juste le chemin qu’on a choisi cette fois-ci et on en est contents ! (Sourires) D’ailleurs, un grand merci à Pete Newdeck et Harry Hess !

– Enfin, il y a une question que j’aimerais te poser. Est-ce que tu connais des groupes issus de l’underground, qui sont aujourd’hui suivi par un très grand nombre de fans à travers la planète, et qui se déclarent toujours de ce milieu ? Et d’ailleurs, est-ce vraiment possible de revendiquer ce statut à partir d’un certain moment quand le succès est au rendez-vous ?

Hmmmm… Je ne suis pas sûr de connaître beaucoup de nouveaux groupes underground qui jouissent d’une grande popularité, ou d’un succès retentissant… Aux Etats-Unis, on ne soutient pas les nouveaux groupes de Rock autant qu’on le faisait avec ceux des années 80… Et à mon humble avis, il est temps de passer le flambeau à des groupes comme le nôtre… (Sourires) On est toujours là, on y croit et on y croit encore. Et grâce à nos fans du monde entier, on progresse avec succès, album après album, concert après concert, année après année. Et on continuera à le faire à la manière de KICKIN VALENTINA : en live, brut, fort et sans complexe !

Le nouvel album de KICKIN VALENTINA, « Anthems For The Underground », est disponible chez Mighty Music.

Photos : John Mortensson (3, 4)

Retrouvez aussi la chronique du précédent album de KICKIN VALENTINA :

Catégories
International Symphonic Metal

Kamelot : a cold madness [Interview]

C’est dans une ancienne cathédrale de l’époque victorienne, reconvertie en asile où la science côtoie la folie, que KAMELOT a planté le décor de son nouvel album, le quatorzième. Forcément ténébreux, « Dark Asylum » brille pourtant par des mélodies lumineuses posées sur des rythmes véloces et martelées par de puissants riffs. Entre arrangements toujours aussi soignés et un Heavy direct et tranchant, ce nouvel opus ne déroge pas au côté cinématographique et à la théâtralité auxquels nous ont habitués les Américains. D’ailleurs, pour conter cette nouvelle histoire, les guests se succèdent et trouvent leur place dans cet univers symphonique riche en rebondissements. Fondateur, guitariste et compositeur, Thomas Youngblood revient sur « Dark Asylum » et plus largement sur sa vision musicale et artistique au sein de son groupe depuis plus de trois décennies.

– En cette fin d’été, vos fans vont découvrir « Dark Asylum », sa ténébreuse histoire et vont franchir les portes de RavenHill. A quelles réactions vous attendez-vous de leur part, sachant que vous les envoyez directement à l’asile ?

(Rires) Je pense que les fans apprécieront l’album, car il parcourt les différentes périodes qui ont forgé KAMELOT et que l’on retrouve dans une sorte de grand package. Nous avons aussi des invités incroyables au casting de ce grand film. Oui, j’ai vraiment hâte d’y être et de jouer ces nouveaux morceaux sur la prochaine tournée (qui passera par la France en novembre – NDR).

– En plus de 30 ans de carrière, c’est déjà votre quatorzième album et pourtant, vous n’avez jamais cessé d’aller de l’avant que ce soit en studio comme sur scène. Est-ce que tu penses que l’univers de KAMELOT est si vaste, au point qu’il reste encore beaucoup à explorer ?

Oui, absolument ! C’est un peu fou de penser à ces trente ans et ces 14 albums, mais je pense qu’en grandissant et en évoluant dans nos vies respectives, nous avons encore beaucoup de choses à dire et à bâtir. C’est important pour moi en tant qu’artiste, musicien et performeur de composer de nouveaux albums et de les jouer sur scène. Beaucoup de groupes aujourd’hui ne jouent que des morceaux datant de 30 ans sans travailler sur de nouvelles choses. Et je pense que ce qui fait la force de KAMELOT, c’est que nous continuons d’aller de l’avant. Nous sommes concentrés sur la création, nous y croyons et nous ne vivons pas dans le passé. C’est un aspect très important dans le groupe. Et créer de nouvelles expériences reste vraiment ce qui nous rend heureux.

– « Dark Asylum » marque aussi le retour de votre producteur de longue date, Sacha Paeth, qui joue d’ailleurs quelques parties de guitares. Et c’est vrai que la dynamique est là avec ce côté théâtral qui vous caractérise. Quel rôle a-t-il joué exactement dans la réalisation de l’album ?

Techniquement, Sacha peut être considéré comme le sixième membre du groupe. Il est l’un des compositeurs et il joue aussi de la guitare de temps en temps. Il travaille avec nous depuis « The Fourth Legacy » (sorti en 2000 – NDR) et il s’assure que nous n’allions pas trop loin et que nous gardions vraiment l’ADN de KAMELOT. Il est devenu l’un de mes meilleurs amis dans l’industrie musicale et c’est toujours amusant de travailler avec lui. Il s’est d’ailleurs plus impliqué sur cet album. Nous avons écrit ensemble la chanson « One Last Masquerade », et c’est pourquoi nous avons souhaiter la présence de Tobias Sammet d’Avantasia. Nos univers se rejoignaient et même s’il ne fait pas beaucoup de featuring, il a accepté notre invitation et le résultat est incroyable.

– Justement, les featurings se sont considérablement multipliés ces dernières années, au point qu’il devient rare de voir un album où il n’y en a pas. Qu’est-ce que cela apporte concrètement à KAMELOT ? Et plus largement, quelle est le sens de votre démarche en invitant d’autres musiciens ?

C’est quelque chose que nous avons commencé avec « The Fourth Legacy », il y a 26 ans maintenant. On a commencé à le faire, car j’avais des visions précises pour chaque morceau, dans le sens où je voulais transmettre certaines sensations. C’est une façon d’accéder directement à la pensée d’un personnage. C’est comme dans un film. Nous avons toujours eu une approche très cinématographique de notre musique. Je ne pense pas qu’on en a vraiment besoin, mais nous sommes tellement heureux d’avoir tous ces grands artistes comme amis aussi. Chaque album est un voyage, un film, même si on se pose la question au sujet des invités à chaque fois. Mais je pense que ces collaborations sont parfaites et rendent l’album unique. Et je suis fier de le faire avec intégrité également. Chaque artiste avec qui nous avons travaillé est le meilleur dans son domaine, et c’est un honneur aussi pour nous.

– Une fois encore, ce nouvel album est très riche en arrangements. Quelle est la proportion du temps passé à les finaliser par rapport à l’écriture en elle-même d’un morceau ?

On y a travaillé pendant deux ans, car cela représente aussi beaucoup de musique ! (Rires) Au final, il y a 15 chanson sur l’album, mais il n’y en en avait que 12 vraiment complètes ! Alors, nous sommes allés chercher des morceaux que nous avions écartés au départ, afin qu’ils soient aussi sur l’album. C’est à la fois un bonheur et une contrainte d’avoir autant de musique, car on veut être certains que tout soit à la bonne place. C’est donc un processus qui a commencé il y a environ deux ans, mais le riff de « Dark Asylum », par exemple, date d’il y a trois/quatre ans. Je n’avais pas eu l’occasion de l’utiliser jusqu’à présent. Je suis heureux d’avoir pu le faire, car il a une signature unique et étrange, telle que l’aiment les fans de KAMELOT ! (Sourires)

– KAMELOT est un pionnier du Metal Symphonique et vous êtes américains. Or, ces dernières années, on a plus le sentiment que le style est dominé par les groupes européens. Comment l’expliques-tu, toi qui as fondé le groupe ?

Tu sais, mes premières influences lorsque j’étais adolescent étaient essentiellement européennes, que ce soit dans la musique classique ou à travers la NWOBHM. Alors, quand il a été temps pour moi de faire ma propre musique à la guitare, c’était important d’y inclure tous ces éléments que j’aime. Ensuite, j’ai rapidement eu l’envie du bandonéon argentin, par exemple, ou des parties de Folk islandaise. Sacha a d’ailleurs facilité beaucoup de connexions de ce côté-là. Et j’ai souhaité intégrer ces artistes à ma vision. Ensuite, cela a évolué au fil des années. Nous avons ajouté des éléments symphoniques, des chœurs… C’est un luxe de pourvoir réaliser tout ce que tu peux avoir en tête. C’est vraiment cool ! (Sourires)

– Vous sortez donc votre quatorzième album en plus de trente ans. Est-ce que tu penses que l’évolution de la technologie a aussi pu vous permettre de repenser votre musique, notamment au niveau des arrangements et de la production ? Quel a pu être son rôle, selon toi ?

C’est une bonne question car, honnêtement, je ne me souviens même plus de ces années où je travaillais sur un quatre pistes. J’ai oublié le temps où j’étais capable d’appuyer sur un bouton et d’enregistrer ! Je n’avais pas à me préoccuper si l’ordinateur buguait ou chargeait correctement le son ! (Sourires) J’ai vraiment l’impression que ces années-là étaient plus créatives. Pour « Dark Asylum », je me souviens avoir conçu des morceaux sur mon IPhone en enregistrant des parties de guitare. Mais j’ai toujours en tête la manière de faire sans toutes ces technologies ! (Sourires) Pour ceux qui aiment vraiment les ordinateurs et la technologie, c’est certainement très utile. Pour ma part, je pense que c’est un double-échec. Mais la bonne nouvelle est que l’on peut encore créer malgré cette approche nouvelle ! (Rires)

– Enfin, vous allez commencer une grande tournée d’abord aux Etats-Unis, puis en Europe cet automne. Aujourd’hui, beaucoup de groupes jouent leur dernier disque en entier, et comme « Dark Asylum » est un concept album, est-ce que vous avez prévu de le jouer en intégralité ?

Je pense que c’est quelque chose que nous ferons dans un second temps. Sur la tournée à venir, nous allons jouer quatre ou cinq chansons du nouvel album, bien sûr, ainsi que des morceaux que nous n’avons jamais joué sur scène auparavant. C’est une demande de nos fans. C’est toujours un peu compliqué, car nous devons enlever certains titres de la setlist. Mais je pense que nous devons restés concentrés sur ce nouvel album, et pas seulement sur d’anciens succès. C’est ce qu’il y a de plus intéressant pour moi en tant qu’artiste. Mais il faudrait y réfléchir. Il pourrait s’agir d’un DVD spécial tourné dans une église, puisque l’asile dans l’album est en fait une ancienne cathédrale reconvertie. Oui, ce serait cool de le faire avec tous les invités ! Il faut qu’on y pense… (Sourires)

Le nouvel album de KAMELOT, « Dark Asylum », est disponible chez Napalm Records.

Photo : Timo Maczollek and Natalie Enemede (4)

Catégories
Glam Rock Hard Rock International

Wicked : rebel yell [Interview]

C’est avec beaucoup de fraîcheur, une douce folie, un dynamisme à toute épreuve et surtout un Hard Rock teinté d’un Glam très fédérateur que les Américains se présentent avec « Go Rebel », un nouvel album qui renoue avec l’esprit très 90’s du genre, mais pas seulement. WICKED s’inscrit parfaitement dans son époque grâce une énergie qu’il va puiser dans un sens de la fête omniprésent. Une grosse dose d’adrénaline, des riffs tranchants et des mélodies accrocheuses, la recette du quatuor est connue, certes, et elle a aussi l’ambition de renouer avec l’insouciance propre au Rock’n’Roll et qui se fait de plus en plus rare. Ce deuxième opus est une invitation au lâcher-prise et le vent de liberté qui en émane est littéralement électrisant, vivifiant et revigorant. C’est le guitariste soliste, Scotty V, qui fait les présentations de son groupe, dont on n’a pas fini d’entendre parler…!

– Je vous ai découvert en 2022 avec « The Last American Rock Band », qui était en fait une compilation de morceaux que vous aviez remixés et remasterisés. Pourtant, vous avez commencé un peu avant 2014, année où vous avez sorti « Live At Rockalahoma ». Est-ce que vous considérez vos véritables débuts, le moment où vous émergez avec ce premier album ?

Oui et non. Comme tu l’as dit, « The Last American Rock Band » était en quelque sorte un hommage à toutes ces années passées à faire nos armes, à apprendre à composer et à jouer. Ces chansons qui ont fait de nous le groupe que nous sommes aujourd’hui. Nous avions sorti quelques CD en édition limitée au début de notre carrière, avec des versions brutes, presque des démos. Mais nous pensions qu’elles méritaient une sortie digne de ce nom, avec une production professionnelle. C’est un excellent point de départ pour comprendre les débuts du groupe.

– Ce qui est assez remarquable chez WICKED, c’est que vous n’avez jamais dévié de ce Hard Rock très Glam, que vous vous êtes depuis appropriés et qui est devenu très identifiable. Comment un groupe de Rochester, New-York, donc situé sur la côte Est, en vient à jouer un style dont la référence première est la Californie ? Y avait-t-il un manque de ce côté des Etats-Unis ?

On a passé pas mal de temps sur la scène Rock new-yorkaise au début des années 2010, quand elle était en pleine effervescence. Dans le Lower East Side de Manhattan, on assistait à une renaissance du Glam-Punk déjanté, revisité avec une fraîcheur nouvelle. Il y avait plein de fêtes et de concerts en club, inspirés par la scène Rock européenne et scandinave de l’époque. C’est de là que viennent vraiment les racines du son et du style Hard Rock des débuts de WICKED. On a eu l’occasion de traîner à Los Angeles qu’un peu plus tard et on adore cette ville aussi ! Mais je ne dirais pas que Los Angeles a grand-chose à voir avec notre Hard Rock. Il faut reconnaître qu’il est surtout inspiré de l’ambiance glauque des rues de New-York ! (Sourires)

– D’ailleurs, sur ce nouvel album, « Go Rebel », il y a également des influences typiquement Punk Rock, là encore aux sonorités californiennes. C’est la musique avec laquelle vous avez grandi, ou est-ce son côté intemporel et un peu ‘sleazy’ qui vous a d’abord attiré ?

Dans le groupe, nos influences sont vraiment éclectiques. On a grandi avec le Glam Rock classique des années 70 avec des groupes comme David Bowie, The Sweet et Aerosmith, mais aussi à une époque où la scène Pop-Punk était particulièrement dynamique, avec tous les groupes du ‘Warped Tour’ comme Sum 41, Blink 182 et The Used. C’est ce mélange d’influences et le fait aussi d’être un produit de notre époque, qui nous ont permis de capturer l’essence de cette énergie Glam-Punk brute, sans pour autant la copier. On a créé quelque chose de frais et de nouveau. Au début, notre look était surtout inspiré par des groupes de Rock suédois comme Backyard Babies, Crashdiet, Hardcore Superstar, etc… On n’a jamais vraiment été influencés par la scène Glam de Los Angeles finalement.

– Entre « The Last American Rock Band » et « Go Rebel », vous avez sorti « Sunburn » que vous considérez d’ailleurs comme votre premier véritable album. Pourtant, il y a une réelle continuité dans votre jeu depuis le début. Est-ce que vous avez la sensation aussi que c’est depuis votre précédent disque que WICKED a vraiment affirmé et imposé son style ?

« Sunburn » a vraiment marqué une période exceptionnelle pour nous. Nous avons véritablement commencé à nous épanouir en tant que musiciens et auteurs-compositeurs. L’album a été enregistré pendant le confinement, période durant laquelle nous avons eu beaucoup de temps pour travailler et nous concentrer. Nous nous sommes cloîtrés dans la maison où nous vivons tous et nous avons aménagé un studio d’enregistrement professionnel avec l’aide de notre producteur Nacho, que nous venions tout juste de rencontrer. Il est resté avec nous pendant quelques mois durant le confinement et nous a beaucoup appris. Nous sommes devenus une équipe soudée et de très bons amis. « Sunburn » a marqué une sorte de renaissance pour le groupe. Nous sommes devenus autonomes et nous avons commencé à comprendre pleinement notre potentiel à partir du moment où nous avons géré la production et notre carrière.

– Par ailleurs, cela fait aussi plus de dix ans que le line-up de WICKED n’a plus bougé depuis l’arrivée de Gunnar à la batterie. Est-ce que cette constance a aussi forgé cette belle unité que vous affichez aujourd’hui ? C’est aussi une richesse, alors que beaucoup de groupes manquent peut-être de cette stabilité, qui fait avancer les choses et qui construit une identité forte, non ?

Quand Gunnar nous a rejoints, tout s’est mis en place naturellement. Depuis son arrivée, c’est comme une évidence. On vit tous ensemble, comme un vrai groupe de Rock à l’ancienne. On est une fraternité soudée, prête à tout les uns pour les autres. Et une fraternité qui se renforce avec le temps. C’est sans aucun doute notre plus grande force. On ne pourrait rien faire sans l’un d’entre nous. Tout le monde apporte quelque chose d’irremplaçable.

– WICKED est également très marqué par les années 80 et 90, jusque dans vos clips d’ailleurs, alors que pourtant vous les avez à peine connues. Qu’est-ce qui vous fascine à ce point dans cette époque ? Outre la musique, bien sûr, c’est une sensation de légèreté et peut-être aussi de plus d’insouciance qu’aujourd’hui ?

Je crois que tu as parfaitement résumé la situation. S’il y a une chose que nous voulons que les gens retiennent de notre musique et de nos vidéos, c’est que la vie est courte et qu’il faut en profiter. Nous travaillons tous dur chaque jour et, lorsque vous écoutez WICKED, que ce soit sur votre platine ou en concert, nous voulons que vous ressentiez un soulagement face à la routine quotidienne, que vous lâchiez prise et que vous vous sentiez libre.

– Il y a aussi une chose qui vous caractérise, c’est la joie et la bonne humeur qui se dégagent de votre musique, et « Go Rebel » est un modèle du genre à ce niveau-là. Vous ne concevez pas le Rock’n’Roll autrement que festif et rassembleur ?

Exactement ! Nous voulons créer une communauté autour d’une musique Rock’n’Roll festive. Et c’est précisément l’esprit de « Go Rebel ». L’objectif est de créer un lien plus fort avec le public. Nous voulons redonner au Rock’n’Roll son âme de communauté ! Il s’agit de sortir, de passer un bon moment entre amis, de se créer des souvenirs et d’écrire l’Histoire, à l’instar des plus grands qui nous ont précédés. Nous sommes convaincus que WICKED peut faire renaître cet esprit.

– Enfin, avec ce petit côté vintage assumé, on vous sent un peu en décalage avec la scène actuelle, malgré votre approche moderne du Hard Rock. Est-ce que, finalement, WICKED est surtout là pour apporter un regard neuf et pas seulement juste pour entretenir la flamme ?

Bien sûr. Comme je te le disais, nous ne sommes pas tant attachés à une esthétique ou un son vintage. Nous adorons les classiques et admirons les légendes qui ont ouvert la voie, mais WICKED a toujours eu pour vocation de tracer son propre chemin. Nous évoluons constamment et nous faisons ce qui nous semble juste sur le moment. Une chose est sûre : WICKED sera toujours là pour divertir tous les publics, quels qu’ils soient. Nous adorons le défi de conquérir de nouveaux fans, qu’il s’agisse de métalleux, de punks de bar ou même d’étudiants, qui ne connaissent pas encore le Rock ! Nous sommes toujours prêts à relever le défi ! (Sourires)

Le nouvel album de WICKED, « Go Rebel », est disponible chez Magick Rite Records.

Photos : Scott Braun et Marc Safran.

Catégories
International Roots Rock Soul Southern Blues Rock

Bywater Call : la liberté dans l’émotion [Interview]

Plus que jamais, la Soul délicate, sensuelle et au fort caractère des Canadiens prend sa pleine dimension. Non pas que BYWATER CALL ait changé quoique ce soit dans sa manière de faire, mais l’expérience accrue de la scène et la liberté totale de création semble lui avoir, sinon donner des ailes, du moins offert une assurance et une exigence dans une écriture qui est aujourd’hui d’une incroyable fluidité. Si « Shepherd » avait consacré la formation de Toronto, ce quatrième album vient conforter un style unique, résolument Southern, mariant très naturellement Americana, Roots Rock et Blues. « Broken Souvenirs » a cette particularité assez rare de nous porter immédiatement vers des cimes et dans des sphères émotionnelles incroyables. Cette passion dans la voix de Meghan Parnell propulse ce nouvel opus dans une douceur doublée d’une intensité enveloppante, actant le franchissement d’un cap et l’arrivée aux côtés des plus grands de ce registre si profond. Une occasion parfaite pour revenir avec la frontwoman sur ces derniers mois, l’évolution du septet et la confection de « Broken Souvenirs ».

– Lors de notre dernière interview à l’occasion de la sortie de « Shepherd », vous veniez de quitter votre label pour vous autoproduire et, en l’espace de deux ans seulement, BYWATER CALL a pris un essor considérable. Aviez-vous besoin de vous libérer de toutes contraintes pour pouvoir vous exprimer pleinement ?

Je pense qu’il était important pour nous d’avoir une liberté créative, mais aussi une liberté quant au calendrier et au processus d’enregistrement de l’album. Pour « Broken Souvenirs », nous avons décidé d’enregistrer l’album au fur et à mesure que les morceaux étaient prêts, plutôt que de tout faire en une seule session, ce qui fait qu’inévitablement le temps finit par manquer. De cette façon, nous avons pu accorder à chaque chanson l’attention qu’elle méritait.

– Ces deux dernières années, vous avez également beaucoup tourné, notamment en Europe où vous étiez encore il y a peu. Se produire devant un public qui n’a pas forcément une culture musicale nord-américaine vous a-t-il ouvert d’autres voies pour la composition de ce nouvel album, ainsi que sur votre communication sur scène ?

Le public européen et britannique nous a réservé un accueil chaleureux et nous a soutenus tout au long de notre parcours. Je pense que ce soutien nous a permis d’oser explorer de nouvelles idées et de nouvelles approches musicales, ce que nous n’aurions peut-être pas fait autrement. Nous nous sommes également sentis suffisamment à l’aise avec ce public pour tester de nouveaux morceaux sur scène… ce qui est toujours un atout considérable pour décider si une chanson est prête pour l’enregistrement en studio. Ce même soutien me donne la confiance nécessaire pour être moi-même sur scène et interagir pleinement avec le public.

– D’ailleurs, pour rester sur les concerts, BYWATER CALL a la particularité d’être une formation de sept musiciens, en studio comme sur scène. Alors que beaucoup misent sur les enregistrements, votre dynamique est donc intacte en live. Est-ce une chose qui est aujourd’hui irréversible et indiscutable pour vous ?

Je pense que si nous avions dû réduire la formation du groupe en concert, nous l’aurions probablement fait dès nos premières tournées. Tourner à sept, c’est évidemment assez coûteux… et c’était particulièrement vrai pendant les deux premières années. Nous avons intégré la section de cuivres très tôt, sans jamais imaginer que nous parcourrions l’Europe et l’Amérique du Nord, mais une fois notre son live bien défini, nous n’avons plus voulu faire de compromis. D’ailleurs, nous aimerions beaucoup agrandir le groupe pour les tournées ! (Sourires)

– Votre quatrième album, « Broken Souvenirs », vient de sortir et vous aviez déjà présenter quatre singles auparavant, ce qui est presque devenu la norme aujourd’hui avec les plateformes. Est-ce aussi un moyen pour vous de rester connectés avec vos fans, même si vous tournez beaucoup ?

Oui, notre stratégie de sortie repose sur le maintien du contact avec notre public, la création d’un engouement avant les dates de tournée et la possibilité de partager un aperçu de nos projets. Vu la fugacité de l’attention de nos jours, et le nombre de morceaux dont nous sommes fiers sur cet album, il nous a semblé judicieux de mettre en avant plusieurs titres.

– Justement, « Broken Souvenirs » n’a donc pas été enregistré en une seule fois, mais en plusieurs sessions ponctuées par vos concerts. Comment est-ce que vous gérez les tournées, le studio et surtout la composition, d’autant que l’homogénéité sonore et musicale est exemplaire ? N’est-ce pas trop difficile de rester focus sur l’album dans son entier et dans le temps ?

C’’est un équilibre très difficile à trouver et nous cherchons encore à le perfectionner. Composer en tournée peut être compliqué. La fatigue mentale et physique ne laisse parfois que peu de temps et d’énergie créative pour composer. Quand on est bien lancés, on profite souvent des balances pour travailler nos morceaux et les mettre en musique avant la fin de la tournée. Avec « Broken Souvenirs », une fois qu’on avait quelques chansons dont on était satisfaits, on réservait quelques jours de studio pour les enregistrer avant que l’élan ne s’essouffle. Pour Dave (Barnes, guitariste – NDR) et moi, il est essentiel de profiter des temps morts pour peaufiner une ou deux idées pendant la tournée.

– Musicalement, le spectre musical de BYWATER CALL s’est encore élargi et pourtant « Broken Souvenirs » semble être votre album le plus personnel. Est-ce finalement cette multiplicité d’ambiances qui façonne votre identité artistique ?

Nous n’avons jamais vraiment voulu nous enfermer dans une case. Nous aimons intégrer à notre musique les sonorités et les styles qui nous influencent actuellement, comme une capsule temporelle. Nous avons toujours souhaité montrer notre évolution en tant qu’auteurs-compositeurs tout au long de ce parcours. Pour « Broken Souvenirs », un aspect essentiel a été de travailler notre narration… Nous avons toujours constaté que la musique qui nous attire le plus est moins liée à sa technique qu’à la façon dont les paroles et l’instrumentation nous parlent, nous font ressentir quelque chose, nous connectent à elle. Pour y parvenir, nous avons exploré plus profondément nos propres sentiments et nos expériences.

– Non pas que « Broken Souvenirs » soit un album particulièrement mélancolique, mais il est le plus Soul des quatre. Etait-ce le bon moment pour vous d’aller encore plus loin dans l’émotion et surtout dans l’intensité de votre musique ? Une sorte de maturité artistique acquise en quelque sorte avec des certitudes sur vos envies ?

Absolument. Sur cet album, nous avons vraiment mis l’accent sur la dimension Soul du groupe. Encore une fois, pour nous, l’essentiel est de créer un lien émotionnel avec notre public, qu’il s’agisse de joie, de peur, de tristesse, de chagrin, voire d’un peu de colère ou de frustration. Quand on a formé le groupe, Dave et moi étions novices en matière d’écriture de chansons. Alors je pense qu’il nous a fallu un peu de temps pour trouver notre propre approche musicale. On y arrive petit à petit… (Sourires)

– Enfin, on connaît l’attachement de BYWATER CALL pour la Nouvelle-Orléans, ne serait-ce que par votre nom. Est-ce que le fait d’avoir le mot français ‘souvenirs’ dans le titre de ce nouvel album vient encore le renforcer, comme un clin d’œil ? D’autant qu’il a des couleurs qui rappellent beaucoup la Louisiane…

C’est intéressant. J’aimerais pouvoir dire oui, on y avait pensé comme ça… mais non ! (Sourires) C’est un extrait d’une des premières chansons qu’on a écrite pour l’album, « Clutter », qui a vraiment touché le public. On adorait l’image que ce vers véhicule et la façon dont il représente la fragilité de la nature humaine et des relations.

Le nouvel album de BYWATER CALL, « Broken Souvenirs », est disponible sur le site du groupe : www.bywatercall.com

Photos : Ed Rode (1) et Denis Carpentier (2, 3, 4)

Retrouvez aussi l’interview de Meghan à l’occasion de la sortie de « Shepherd »…

… ainsi que la chronique de l’album live sorti l’an dernier :

Catégories
Heavy Stoner Blues International

Child : electric church [Interview]

Si nul n’est prophète en son pays, CHILD en est peut-être l’exemple parfait. En effet, les Australiens sont signés sur le label italien Heavy Psych Sounds et avouent sans peine que l’Europe est plus à l’écoute et réceptive à leur musique. Résolument Blues, voire Soul dans l’esprit et dans l’approche, le trio se montre particulièrement abordable et affiche même un côté très familier. De fait, l’aspect Stoner n’est pas si prépondérant, malgré l’épaisseur des riffs et une batterie assez lourde et appuyée. Avec ce quatrième album, « Rebirth », le trio livre une vision très psychédélique aux notes bleues qu’il distille avec une conviction de chaque instant. De retour sur sa grande île, le guitariste et chanteur Mathias Northway revient sur cette récente escapade sur le vieux continent et, bien sûr, sur ce nouvel opus.

– Tout d’abord, un petit mot sur cette tournée européenne que vous venez de terminer. Est-ce que ça conserve toujours une saveur particulière de jouer si loin de l’Australie pour vous ?

Absolument ! Je crois même qu’on a donné plus de concerts en Europe qu’en Australie. C’est toujours un peu comme rentrer à la maison. Ça fait un moment qu’on fait ça et c’est toujours un plaisir de jouer devant le public européen, car l’accueil et la reconnaissance qu’on reçoit pour notre travail sont bien plus pertinents qu’en Australie.

– Justement, ce quatrième album est sorti en pleine tournée et donc loin de Melbourne. Quel effet cela te fait-il et quelque chose de spécial est-il prévu à votre retour ?

Je suis ravi simplement d’avoir un nouvel album et je pense déjà au cinquième, en fait. Sa sortie ne concerne finalement pas vraiment Melbourne. Notre label est italien et la plupart de nos fans sont hors d’Australie, c’était donc logique de cibler ce marché pour « Rebirth ».

– Parlons de « Rebirth » et de son titre aussi éloquent que significatif, qui n’est peut-être d’ailleurs pas si anodin. En quoi CHILD commence-t-il une nouvelle vie à tes yeux ?

Je ne vois pas de signification particulière à ce titre. Le départ de Michael (Lowe, batteur et l’un des membres fondateurs, – NDR) y a beaucoup contribué, c’est sûr. Ne plus pouvoir jouer avec mon meilleur ami et devoir adopter une nouvelle approche pourrait en effet symboliser la nouvelle vie dont tu parles.

– Par rapport à « Soul Murder », « Rebirth » est plus lourd et plus introspectif aussi. Il marque un certain changement de ton dans un ensemble également plus mid-tempo. Même si l’album reste très Blues, avez-vous voulu appuyer sur le côté Stoner et Heavy Rock de votre jeu cette fois ?

Honnêtement, je ne cherche pas à être quoi que ce soit. Je joue ce qui me semble juste. Je joue pour avoir mon propre son. Je ne cherche pas à rentrer dans une case ou un genre. Je joue ce que j’aime entendre et c’est ce qui constitue le son que j’apporte au groupe. Je ne force rien, je le ressens.

– A propos de Blues, l’Australie est souvent tiraillée entre le British Blues et sa source américaine. Cette dernière semble d’ailleurs avoir votre préférence. Et puis, il y a aussi des similitudes vocales assez évidentes avec Lenny Kravitz. Est-ce que les pionniers du genre restent la première référence chez CHILD ?

Je peux t’assurer que je n’essaie pas d’imiter Kravitz. Cela dit, je ne suis pas contre l’idée d’être aussi bien conservé que lui à 60 ans ! (Rires) Je pense qu’il est toujours important de rendre hommage aux pionniers. Ils ont fait de même pour les leurs, et ainsi de suite. C’est une forme de transmission, à mes yeux. Le Blues britannique a eu une influence considérable sur moi. En ce qui concerne la guitare électrique, je dirais qu’à l’exception de Buddy Guy, toutes mes influences ont un lien avec le Royaume-Uni. Hendrix en est un bon exemple, même s’il est américain… (Sourires)

– Par ailleurs, trois ans après « Soul Murder », on vous retrouve avec un album très resserré contenant six morceaux uniquement. Est-ce que vous aviez le désir d’aller à l’essentiel, d’être le plus efficace possible ?

J’ai opéré des changements importants dans ma vie, ce qui m’a permis d’être plus productif. L’album « Rebirth » a été écrit et enregistré en six mois environ, ce qui est extrêmement rapide pour nous. De plus, il ne nous restait que peu de temps avec notre batteur originel, Michael, nous devions donc faire vite. L’efficacité n’est pas innée chez moi. Je préfère prendre mon temps, mais quand il est compté, il faut trouver des solutions.

– Il y a sur « Rebirth » un fort contraste entre des compositions musicalement profondes et assez sombres et un chant très lumineux, presque Soul. Est-ce cette intensité qui fait finalement l’essence-même de CHILD ? C’est une force que l’on retrouve chez très peu de groupes…

C’est tout simplement ce qui me semble juste. Je fais ce que je fais. Il n’y a pas de formule magique, ça vient naturellement. Si ça me semble juste, c’est juste. Je n’ai rien d’autre à ajouter.

– Enfin, j’aimerais que tu nous parles de cette fameuse ‘Electic Church’ à laquelle vous faites souvent allusion et que vous créez lors de vos concerts. Est-ce votre manière de consolider cette communion que vous entretenez avec le public et vos fans ?

Je crois que l’important, c’est de vivre ensemble une expérience profonde et, si possible, transcendante. Il faut que chaque concert soit unique. Je n’aime pas les groupes qui jouent sans conviction. Jouer sur scène ne doit pas être pris à la légère et son pouvoir ne doit pas être sous-estimé. Si on me donne un micro, je me donne à fond à chaque fois. Bien souvent, plus la scène est grande, plus il est difficile de créer un lien avec le public. Il faut donc être à la hauteur. C’est peut-être pour ça que j’utilise un ampli Marshall complet à chaque concert, quelle que soit la taille de la scène.

Le nouvel album de CHILD, « Rebirth », est disponible chez Heavy Psych Sounds.

Catégories
Dark Gothic Heavy Blues International

DieveNoire : gothic far-west [Interview]

Basé à Chicago, DIEVENOIRE est apparu l’an dernier avec un premier album aussi surprenant qu’inspiré et parfaitement réalisé. Il faut dire aussi qu’autour de sa chanteuse, Lariyah, s’est constitué un groupe de musiciens aguerris et, surtout, issus d’univers très différents. Avec « The Story Of A Gunslinger », les Américains ont frappé fort et dans cet univers où le western croise le Metal et le Blues, on retient d’abord une originalité assez unique à travers laquelle l’audace ressort comme un leitmotiv, aussi pertinent que personnel. Alors que le quintet a enchaîné les concerts et qu’il procède à quelques changements de line-up avant de se plonger pleinement dans l’écriture de son deuxième album, sa fougueuse et touchante frontwoman revient sur l’évolution et les intentions de ce qui était au départ, un projet solo.

– Pour commencer, j’aimerais que l’on présente le groupe, car il est atypique à bien des égards. Tout d’abord, vous êtes issus de registres très différents comme le Black Metal, le Doom, le Metal Progressif et le Heavy Rock. Pourtant, vous vous retrouvez autour d’un Hard Rock très bluesy aux accents gothiques. Comment cette connexion a-t-elle eu lieu ?

Oui, c’est certain, le mélange des styles de nos autres groupes est assez différent, n’est-ce pas ? (Sourires) Je pense que c’est un atout majeur pour DIEVENOIRE. L’inspiration vient de l’intérieur, pas des influences à proprement parler. Personnellement, j’ai baigné dans la musique gothique à l’adolescence, puis dans le Heavy Metal plus tard, deux genres très portés sur les ballades et une ambiance plus lente et douce. L’album était conçu comme une histoire très émouvante et je voulais qu’il le reste. Le nouvel album s’annonce déjà comme une approche assez différente. J’ai vraiment hâte de sortir le premier single au plus vite, si possible cette année… (Sourires)

– Ce qui était au départ ton projet solo, Lariyah, a finalement rassemblé des musiciens chevronnés avec un style qui a aussi évolué pour donner votre premier album, « The Story Of A Gunslinger ». Et on a presque l’impression que le fait que ce soit un album-concept est une évidence. A quel moment vous êtes-vous dit qu’il fallait articuler vos chansons autour d’une même histoire ?

Tu sais, j’ai toujours adoré les histoires et les contes. Depuis que j’ai entendu l’album « The Crimson Idol » de W.A.S.P., avant même de commencer à chanter, évidemment, je rêvais d’écrire des romans, de devenir réalisatrice ou quelque chose du genre. Lancer DIEVENOIRE m’a donné l’idée de créer cet univers western moderne, où je pouvais donner vie à une histoire à travers une présentation audio, agrémentée de quelques clips vidéo, bien sûr.

– Ce qui est également étonnant, c’est cette ambiance très Southern qui enveloppe l’album, car il est réalisé par Jakob Herrmann, connu pour son travail avec Draconian, Thyrfing ou Art Nation, c’est-à-dire des styles très éloignés du vôtre. Aviez-vous aussi besoin d’un regard extérieur très différent pour que l’aventure soit justement complète et unique ?

Eh bien, pour commencer, Jakob est un artiste très polyvalent. Il passe beaucoup de temps dans ce qu’il appelle sa deuxième maison : la Nouvelle-Orléans, où il baigne principalement dans le Blues, le Jazz et le Rock, ce qui est peut-être aussi une échappatoire au Metal omniprésent ! (Rires) Blague à part, je pense que les musiciens, ou les artistes en général, ne devraient jamais stagner dans leur travail, sinon cela devient mécanique. Je crois au progrès et à la nécessité de se réinventer régulièrement. Je crois qu’il faut trouver de nouvelles inspirations pour évoluer. Et d’un autre point de vue, j’avais une idée très précise du son que je voulais pour les chansons et je n’avais jamais travaillé avec un producteur auparavant, malgré toutes ces années passées sur d’autres projets. J’ai donc décidé de tenter le coup et de voir où cela nous mènerait. J’ai été absolument bluffée par la façon dont Jakob a transformé le son de DIEVENOIRE, et crois-moi, c’est beaucoup plus puissant que l’idée de départ, plus simple aussi et dans un Blues Rock sombre. Il a su donner cette dimension plus lourde au son et j’en suis vraiment ravie. Il s’agissait en quelque sorte de définir une direction musicale, d’amplifier ce que nous avions créé, sans forcément réécrire les chansons à partir de zéro.

– Il y a un autre contraste assez saisissant, ce sont les tessitures musicales et ta voix, Lariyah, que l’on retrouve surtout dans le Rock et le Metal Alternatif, plus que dans le Blues Rock. L’idée était-elle justement de confronter ces différents univers ?

Ma voix est très douce et orientée ballades, j’en suis parfaitement consciente. Je voulais mélanger ces sonorités contrastées et intégrer ce Rock légèrement Blues à mon travail vocal. Bien sûr, il y aura des critiques et je les accueille avec grand plaisir ! (Sourires) Si on se contentait de faire toujours la même chose, il n’y aurait jamais rien de nouveau, ni d’original. Pour un premier album, je pense qu’il a donné un bon aperçu de ce à quoi ressembleront mes prochains morceaux, et crois-moi, non seulement les instruments seront plus puissants, mais ma voix le sera aussi… (Sourires)

– D’ailleurs, d’où vient le nom de DIEVENOIRE, qui est en partie d’origine lituanienne, et comment est née cette idée d’un far-west gothique avec ce pistolero, dont on suit les aventures ?

Rien de lituanien là-dedans, mais presque. J’ai vécu vingt ans en Pologne. Je suis née et j’ai grandi dans une toute petite ville au bord de la mer Baltique, appelée Dziwnow. Avant la fin des années 1940, lorsque les frontières polonaises ont été modifiées après la guerre, cette ville s’appelait ‘Dievenow’ (prononcé DEE-VEH-NOV). Elle était alors germanophone. Comme tu peux t’en douter, voici le lien, la première partie, ‘Dieven’, qui vient de l’ancien nom de ma ville natale. Ensuite, ‘Noire’, comme la plupart des gens le savent aussi sans doute, est un mot français, de chez toi, qui signifie noir, sombre, lugubre, etc… ce qui fait partie de mon enfance. Les périodes sombres, les difficultés personnelles, les promenades nocturnes sur les rivages de la Baltique en chantant, en composant des mélodies… dont certaines figurent d’ailleurs sur cet album.

– Sur « The Story Of A Gunslinger », on retrouve également plusieurs clins d’œil sonores comme des éléments tribaux ou Country, et plusieurs ballades viennent aussi ponctuer l’ensemble. L’univers de DIEVENOIRE a-t-il vraiment des frontières, ou est-ce que l’exploration musicale reste votre principale source d’inspiration ?

Je n’ai jamais voulu être cataloguée. Quand on m’a demandé quel était le style de DIEVENOIRE, je n’avais absolument aucune idée de comment le décrire car, comme tu l’as dit, les morceaux ont des ambiances très différentes. Et j’aime ça ! (Sourires) Si je devais définir un style, ce serait un mélange de Blues doux, de Hard Rock, de ballades gothiques sudistes et de berceuses crasseuses. Je n’aime pas ces étiquettes. Un de nos fans, rencontré au ‘Rock Fest’ et qui nous voyait pour la première fois, s’est exclamé : « J’adore ce Rock bien crasseux ! » Voilà. A partir de ce jour, je considère DIEVENOIRE comme du Rock bien crasseux. Quant à savoir où cela nous mènera, et à quel point ce sera plus doux, plus lourd ou plus crasseux, seul l’avenir nous le dira ! (Sourires)

– Il y a également une chose vraiment étonnante, notamment car il s’agit d’un album-concept. Pourquoi les morceaux ne respectent-ils pas la chronologie de l’histoire ? Vous avez voulu procéder par flash-backs ou de manière aléatoire, même si cette aventure a une fin ?

(Rires) J’adore tout autant que je déteste vraiment cette question ! (Rires) Franchement, j’aurais adoré que l’histoire suive une chronologie cohérente sur l’album et qu’on puisse l’écouter de manière à la comprendre. Cependant, en enchaînant les chansons dans l’ordre chronologique, ça ne sonnait pas juste. Soit c’était trop ennuyeux avec plusieurs ballades à la suite, soit ça ne collait pas. Du coup, je me suis dit qu’en les disposant de façon à ce que l’écoute soit fluide, l’auditeur prendrait plus de plaisir à l’écouter et essaierait aussi de reconstituer le puzzle. Après tout, ces chansons n’expliquent pas tout de façon explicite, mais elles sont très subtiles. Le pistolero est-il vraiment une personne, ou est-ce une métaphore utilisée par le narrateur ? (Sourires)

– Enfin, ce premier album est sorti il y a près d’un an. Est-ce que vous vous concentrez surtout sur la scène en ce moment, ou avez-vous déjà commencer le travail d’écriture du successeur de « The Story Of A Gunslinger » ? Et sera-t-il dans le même esprit ?

Le groupe étant en pleine restructuration, nous allons faire une courte pause dans les concerts, afin de trouver les bons musiciens et, en attendant de travailler sur des démos à partir de mes nouvelles compositions personnelles. L’écriture du nouvel album sera cette fois-ci complètement différente, car nous avons déjà testé quatre nouveaux morceaux lors de nos six ou sept derniers concerts. Et je sais exactement ce que je veux en faire, ainsi que du reste de l’album. Je vise à nouveau dix titres, mais le concept de l’album restera le même que pour le premier opus. Le second sera riche en émotions de toutes sortes : un mélange de colère, de haine, de déception, mais aussi, à l’inverse, une passion intense et le désir ardent de l’amour. J’aime laisser libre cours à mon inspiration, sans contrainte, ni idée préconçue sur les sujets à aborder ! (Sourires)

L’album de DIEVENOIRE, « The Story Of A Gunslinger », est disponible sur le Bandcamp du groupe et partout ailleurs sur le Net : https://dievenoire.bandcamp.com/album/the-story-of-a-gunslinger

Photos : Darrelle Esquitin (1, 4)

Catégories
International Southern Rock

Parker Barrow : the beautiful escape [Interview]

Trois ans après un premier album, « Jukebox Gypsies », qui les a fait émerger de la bouillonnante scène de Nashville, les desperados de PARKER BARROW ont pris du volume et de l’assurance. Toujours ancré dans un Southern Rock aux riffs ravageurs et aux envolées d’orgue captivantes, le groupe emmené par le couple Megan Kane à l’incroyable puissance vocale et Dylan Turner, derrière les fûts et à la composition, poursuit son ascension de belle manière. Suivant également les codes modernes de l’industrie musicale tout en conservant une approche très roots, le sextet a enchaîné les singles avant de livrer « Hold The Mash », un deuxième opus qui compile leurs compositions de ses dernières années. Une bonne occasion pour en parler avec son batteur et fondateur.

– Tout d’abord, près de huit ans après sa formation, PARKER BARROW en a fait du chemin entre de nombreux concerts, deux albums et un EP entre les deux. Pour vous suivre depuis « Jukebox Gypsies », je trouve votre progression assez incroyable. Avez-vous senti un point de bascule dans votre jeu à un moment donné, ou est-ce une évolution très naturelle pour vous ?

Je pense que l’évolution a été très naturelle. Megan et moi avons commencé toutes les deux il y a presque huit ans, et depuis, nous avons eu la chance d’accueillir de nombreuses personnes incroyables dans le groupe. Chacune apporte sa propre touche musicale, enrichissant en quelque sorte les sonorités que nous avions en tête depuis des années.

– L’an dernier, votre EP « Hold The Mash » avait conforté le bel élan pris depuis vos débuts. Pourquoi aviez-vous décidé de ne sortir qu’un format court plutôt qu’un album complet ?

C’est la réalité d’aujourd’hui, avec le streaming musical. On reste nostalgiques de l’album dans son format et de la possibilité d’offrir à l’auditeur l’opportunité de découvrir notre musique sous cette forme. Mais avec le streaming et les différentes façons d’écouter de la musique, il est important de sortir régulièrement des titres pour maintenir l’intérêt du public.

– Ce deuxième album porte d’ailleurs le titre de votre EP et il est complété de trois nouveaux morceaux, dont la reprise des Black Crowes «  My Morning Song ». Pourquoi vous êtes-vous précipités ainsi ? Vous sentiez qu’il fallait profiter de la belle dynamique en cours, à moins qu’il vous paraissait peut-être incomplet ?

Je ne crois pas que nous nous soyons sentis pressés. Par ailleurs, « My Morning Song » est un incontournable de nos concerts depuis des années et nous savions que nous voulions inclure une reprise sur cet album, alors ça nous a semblé tout à fait naturel.

– D’ailleurs, l’essentiel des chansons de « Hold The Mash », c’est-à-dire l’EP inclus, est sorti en singles. Est-ce qu’aujourd’hui le format de l’album vous paraît obsolète compte tenu de l’impact des plateformes numériques dans les habitudes d’écoutes, même si celles-ci sont aussi d’une certaine façon biaisées ?

Je pense que les albums ont encore toute leur place. C’est pourquoi nous avons réuni les titres sortis en singles et sur l’EP dans un album. Comme je te le disais, nous adorons l’idée de l’album et ce qu’il représente pour nous, en tant que groupe et aussi en tant que fans de musique.

– La composition et l’enregistrement des nouveaux morceaux complétant l’album se sont faits durant ces derniers mois, j’imagine. Est-ce que vous avez changé quelque chose dans votre fonctionnement après vos expériences précédentes ?

En fait, nous n’avons pas vraiment de processus standard. Chaque chanson est unique et se doit d’être traitée comme telle. Nous ne nous focalisons pas sur le processus. Nous laissons la chanson s’exprimer et se développer naturellement.

– Le choix de cette reprise des Black Crowes est très cohérent et parfaitement en phase avec votre univers musical, puisqu’elle associe les racines du Southern Rock et la modernité de la nouvelle génération. Est-ce pour cette raison que vous l’avez choisie, et aussi parce que c’est unechanson que vous jouez régulièrement en concert ?

Oui, c’est un morceau qu’on joue depuis des années. On trouve qu’il met vraiment en valeur toutes les facettes de notre groupe : les duels entre les guitares et l’orgue et bien sûr la voix de Megan. C’est un morceau qui change toujours l’atmosphère et l’ambiance de nos concerts. On adore tous le jouer ensemble.

– Est-ce qu’avec le recul depuis l’EP, vous pensez que « Hold The Mash » représente aujourd’hui toutes les facettes de PARKER BARROW ? Et avez-vous justement profité du fait que ce soit votre deuxième album pour expérimenter plus de climats, car il est très varié au final ?

Je pense que « Hold The Mash » résume parfaitement où nous en sommes en tant que groupe actuellement. Je crois que c’est ce qu’on essaie de faire avec n’importe quel album : créer une trace tangible de nous-mêmes, un témoignage de notre évolution en tant que groupe. A mon avis, « Hold The Mash » y parvient parfaitement.

– Enfin, vous êtes basés dans la très foisonnante cité de Nashville. Est-ce pour cette raison que vous restez toujours indépendants ? Face aux nombreux groupes présents, un label ne vous serait-il pas utile pour vous imposer dans cette jungle musicale très débridée ?

Nous avons tendance à nous concentrer uniquement sur ce que nous pouvons contrôler : notre attitude et nos efforts. Nous n’accordons pas beaucoup d’importance au reste. Actuellement, notre travail consiste à composer une musique qui nous ressemble et que nous prenons plaisir à créer et à jouer. Nous avons la chance de pouvoir le faire et nous en sommes pleinement conscients. Si un jour nous sentons qu’un élément extérieur à notre activité actuelle pourrait nous aider à atteindre cet objectif, nous l’explorerons, mais pour l’instant, ce n’est pas notre priorité.

Le nouvel album de PARKER BARROW, « Hold The Mash », est disponible sur le site du groupe, tout comme les billets de leur prochaine tournée en Angleterre, qui débutera le 25 novembre : www.weareparkerbarrow.com

Photos : Ryan Alexander (1, 3) et Joe del Tufo (4).

Retrouvez aussi les chroniques de leurs précédentes réalisations :