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Doom Metal Heavy metal International

Cirith Ungol : la noirceur comme prophétie [Interview]

Il y a 54 ans aujourd’hui, un groupe hors-norme voyait le jour sur la côte californienne, au nord de Los Angeles. Loin du ‘California Sound’ alors en vogue, c’est un Heavy Metal soigné, percutant et ténébreux qu’avait alors élaboré le quintet. Sous l’influence directe de l’œuvre de J.R.R. Tolkien, dont il tire son nom, il dénote de la scène locale et même plus largement du registre Metal d’alors. Pionniers et précurseurs du mouvement Doom, les Américains sont aussi opté pour ce style épique, dont il a aussi fait sa marque de fabrique. Certes, CIRITH UNGOL a fait des émules, notamment du côté de la NWOBHM, mais sans trouver encore actuellement de réel successeur. Après plus de cinq décennies d’activité, avec un break de 23 ans tout de même, cela fait plus d’une décennie que le groupe est revenu sur le devant de la scène et cette renaissance a donné d’incroyables albums. « All The Shadows » est son septième et peut-être même le plus abouti d’entre-eux. Captivant et sombre, il joue sur une intemporalité qui se fond désormais dans l’actualité. Membre fondateur, le batteur Robert Garven revient sur cette magnifique épopée et l’univers de ce combo si particulier et légendaire.

– Avant de parler de ce nouvel album, j’aimerais que l’on revienne un instant sur le « Live At Roxy » sorti l’an dernier. Quelles sensations aviez-vous ressenti 40 ans après avoir foulé ses mêmes planches pour la première fois ? L’émotion était-elle toujours présente ?

C’était incroyable ! J’y ai vu beaucoup de mes groupes préférés au fil des ans, et ça a fait ressurgir plein de bons souvenirs ! J’étais stupéfait de la qualité de l’enregistrement audio, car enregistrer un concert peut parfois être un vrai défi. Je suis très critique envers mes performances, mais je pense avoir bien joué ce soir-là, et ce concert restera gravé dans les annales ! (Sourires)

– D’ailleurs, vous aviez joué (sur le premier CD) l’intégralité de votre dernier album en date, « Dark Parade ». Peu de groupes le font encore aujourd’hui. En quoi était-ce important pour vous ? Est-ce dû justement au fait que vous faites assez peu de concerts ?

Nous ne l’avions jamais fait auparavant, et je suis ravi que nous l’ayons fait. Quand j’étais jeune, de nombreux groupes de la première heure jouaient l’intégralité de leur nouvel album en concert, comme Montrose, Judas Priest et Captain Beyond. Pouvoir reproduire cela a toujours été un rêve pour moi. Bien sûr, certains de ces groupes n’avaient sorti qu’un seul album à l’époque où je les ai vus, c’était donc facile pour eux ! (Sourires) Nous prévoyons de le refaire pour ce nouvel album, une fois à Los Angeles en février et une autre au festival ‘Up the Hammers’ à Athènes en mars prochain !

– Depuis ses débuts, CIRITH UNGOL n’a jamais caché l’influence de J.R.R. Tolkien et du « Seigneur des Anneaux » sur son univers musical. Depuis, des films et des séries ont été réalisés ces dernières années sur cette vaste œuvre. Est-ce qu’à un moment donné, vous vous êtes dits que votre musique ferait une bonne bande originale ? Et auriez-vous aimé participer, de près ou de loin, à l’une de ses aventures cinématographiques ?

Bien sûr, on y a tous pensé à l’époque, mais je crois que la musique qui correspond le mieux à ces sagas épiques était, et est, probablement le style acoustique médiéval qu’elles ont utilisé. La plupart de ces histoires ne mentionnaient pas l’électricité, alors adieu les guitares électriques ! (Rires) Bien que notre nom soit tiré du « Seigneur des Anneaux » de J.R.R. Tolkien, et que nos pochettes d’album représentent Elric de Meliniboné, le champion éternel de Michael Moorcock, la vérité est que ces œuvres littéraires et artistiques incroyables nous ont profondément influencés, mais n’ont jamais été destinées à nous définir en tant que groupe, ni à travers notre musique. C’était simplement une imagerie à laquelle nous nous sentions très attachés.

– Vous sortez « All The Shadows » trois ans après « Dark Parade », ce qui est assez rapide pour CIRITH UNGOL. D’ailleurs, depuis 2020, vos sorties sont plus régulières. Comment expliques-tu ce regain d’inspiration, car on ne peut pas dire que vous soyez très contraints par l’industrie musicale depuis vos débuts ?

A nos débuts, nous étions constamment à la recherche de financements, car nos deux premiers albums étaient autofinancés. Ensuite, d’autres problèmes, parfois indépendants de notre volonté, retardaient sans cesse leur sortie. Ironie du sort, à peine un album sorti, le suivant était déjà composé et prêt à être enregistré, mais nous étions constamment retardés par tous les facteurs évoqués précédemment. De plus, même une fois la musique composée, il faut encore l’enregistrer, la produire, la fabriquer et la distribuer, ce qui prend un temps considérable, généralement environ un an. Il faut donc en tenir compte. Depuis notre reformation, nous nous sommes davantage concentrés sur la finalisation de ces projets et nous avons eu la chance de trouver des maisons de disques prêtes à les distribuer, ce qui nous a énormément aidés.

– D’ailleurs, vous avez quitté Metal Blade Records pour No Remorse Records. Est-ce un désir de renouer justement avec un milieu plus underground, dont vous êtes un représentant de marque et qui vous correspond peut-être mieux ?

Ce n’est pas tout à fait vrai, car tout notre catalogue est toujours chez Metal Blade Records, avec qui nous entretenons d’excellentes relations. Pour la petite histoire, Chris de No Remorse Records est un grand fan de notre groupe. Il m’a contacté cinq ans avant même notre reformation pour savoir si nous comptions nous reformer un jour, ou sortir de nouveaux morceaux, et s’il pouvait faire quelque chose pour nous. Il a créé un label exceptionnel en Grèce, et No Remorse Records compte parmi ses artistes des groupes de Metal épique similaires. Nous avons donc pensé que c’était l’occasion idéale de collaborer avec lui !

– Chez CIRITH UNGOL, il est toujours question de sagas et « All The Shadows » est un nouveau chapitre dans votre discographie. Justement, qu’est-ce qui guide ces aventures ? La narration ou la musique ? Composez-vous vos chansons en fonction des textes et de leurs atmosphères ?

Je ne peux pas te dévoiler notre recette secrète, sinon tout le monde composerait des morceaux comme CIRITH UNGOL ! (Rires) Mais ces chansons ont été écrites selon cette même recette, qui a traversé les âges. Nous les forgeons comme un maître forgeron crée une épée de guerre héroïque. Il ajoute les alliages adéquats pour la rendre solide et authentique, puis martèle ces éléments de métal en fusion pour lui donner force et caractère, avant de la tremper dans le sang des impies ! Une fois la forge achevée, nos cœurs sont noircis et nos âmes brûlées ! (Sourires)

Le groupe a toujours eu une double personnalité avec des chansons sur le thème de l’épée et de la sorcellerie, comme « Frost & Fire », et une facette Doom très sombre et lugubre, à l’instar de « Death of the Sun », « Forever Black » et « Dark Parade ». Depuis la reformation du groupe, le monde semble avoir sombré dans le chaos. Notre musique est le reflet du monde qui nous entoure, alors quand vous tendez un miroir au monde, le reflet que vous voyez est notre son funeste !

– De fait, chaque album de CIRITH UNGOL est un concept en lui-même. Cette fois, il est question d’un futur dystopique qui, finalement, fait aussi écho à notre époque. Est-ce qu’en fin de compte, c’est l’intemporalité du groupe et de sa musique qui rattrapent le présent ?

Nos derniers projets étaient empreints de noirceur, et Tim (Baker, chant – NDR) a une vision bien précise de la genèse des paroles. Voici ce qu’il en dit  : « All The Shadows » est la dernière étape du voyage tortueux qui définit CIRITH UNGOL. Des récits de cœurs noircis et de rêves brisés. Des échos de folie, de corruption, de péché, de visions démentes et d’horreur indicible. L’avenir dystopique de l’humanité mis à nu… La saga continue de notre descente sans fin dans les ténèbres. « All The Shadows » est l’aboutissement de tous nos efforts, entamés avec notre renaissance il y a plus de dix ans. Toutes les chansons qu’il contient sont les ombres de ces mêmes prophéties funestes, devenues la sinistre marque de fabrique de CIRITH UNGOL ».

– Enfin, comme toujours, « All The Shadows » a été enregistré chez vous à Ventura en Californie et la pochette est signée Michael Whelan. Malgré cette fidélité artistique, qu’est-ce qui fait de ce nouvel album l’un des plus aboutis de votre carrière ? Tout n’est pas uniquement question d’expérience, si ?

Bien sûr, tout est subjectif, et chacun a son propre point de vue. Mais pour ma part, je trouve cet album absolument incroyable. Pendant sa création, la musique nous est venue naturellement, comme si c’était une évidence ! Je crois à l’amélioration continue et j’ai le sentiment que chacun de nos albums est un pas en avant par rapport au précédent. C’est vrai que « Dark Parade » était vraiment excellent, alors le surpasser était un défi de taille, et je pense que nous l’avons relevé… (Sourires)

Le nouvel album de CIRITH UNGOL, « All The Shadows », est disponible chez No Remorse Records.

Photos : Nicolas Bremm (1) et Leandro Cherutti (2).

Retrouvez aussi les chroniques du « Live At Roxy » et de « Dark Parade » :

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Hard Rock International

Hardbone : electrifying [Interview]

Sorti il y a quelques semaines, ce sixième album vient clarifier les choses et surtout confirmer que la formation de Hambourg n’est pas prête de se plier aux diktats des modes et des courants musicaux, qui semblent désormais évoluer au gré de l’humeur des réseaux et des plateformes. HARDBONE respire et vit pour le Rock’n’Roll et son indémodable Hard Rock rassure quant à la très bonne santé du genre. Il faut dire aussi que le style initié par quelques Australiens entrés dans la légende a longtemps été leur chasse gardée. Mais il en fallait beaucoup plus pour décourager des Allemands inspirés et remontés, mais aussi joyeux et littéralement électrisés. Et cela fait 20 ans que ça dure ! Avec « Hardbeat », le quintet va puiser au cœur de son jeu en y insufflant modernité, explosivité et savoir-faire. La rythmique bastonne, les riffs tranchent, les solos s’enflamment et Tim Dammann mène sa troupe avec enthousiasme et une énergie toujours très positive. Le frontman revient sur la démarche de son groupe, ses envies et surtout la musique qu’il incarne… sans détour.

– En 20 ans d’existence, le sentiment que donne ce sixième album est que HARDBONE est parvenu à parfaitement concentrer la quintessence-même de son jeu sur « Hardbeat ». Est-ce que c’est pour cette raison, notamment, qu’il vous a fallu six ans après la sortie de « No Fills » ?

Tout d’abord, merci de l’avoir formulé ainsi. La raison principale de ces six années est bien sûr le Covid. Nous avions de nombreux projets après la sortie de « No Frills » en 2020, mais pratiquement aucun ne s’est concrétisé. Nous avons donc dû reconstruire notre projet pendant les premières années suivant la pandémie. Nous avons ensuite tourné avec « No Frills » jusqu’en 2024, date à laquelle nous avons décidé qu’il était temps d’en faire un autre.

– Ce qui est aussi remarquable, c’est que vous n’avez jamais dévié de votre trajectoire. Mieux, vous avez affirmé votre style, qui est d’ailleurs désormais très identifiable. Y a-t-il eu des moments de doute quand même, compte tenu notamment de l’émergence de nombreux styles ?

Non, jamais. Ce genre de musique existe au moins depuis les années 70, même s’il est né dans les années 50. Pourquoi en douter ? Nous n’avons jamais voulu changer le style du groupe. Nous aimons toujours explorer de nouveaux horizons, certes. Mais nous restons fidèles à notre style, car c’est ce que nous aimons et ce que nous faisons de mieux ! (Sourires)

– Une dernière question avant de parler de « Hardbeat ». Il fut un temps pas si lointain où l’on qualifiait les groupes comme HARDBONE, et même Airbourne, comme du sous-AC/DC. Il semblerait que ce soit enfin terminé et que tout le monde a compris que le Rock’n’Roll, façon Hard Rock, n’était pas l’exclusivité des Australiens. Est-ce quelque chose que vous avez aussi ressenti  ces dernières années ?

Constamment. On a essuyé tellement de critiques du genre ‘on plagie nos groupes’, etc… Mais bon, c’est le moyen le plus simple de décrire notre son aux nouveaux auditeurs : ‘ça sonne un peu comme AC/DC’. Et oui, Airbourne, en particulier, a ouvert la voie à des groupes qui jouent une musique similaire. Ils ont fait découvrir le Rock’n’Roll Old School à tout un tas de nouveaux auditeurs qui ont ensuite découvert tous les autres groupes, et même nous ! (Rires)

– On l’a dit, je trouve que « Hardbeat » représente un sommet dans votre discographie. Quelle était l’ambition de départ ? D’être le plus efficace possible ? De trancher dans le vif ?

Notre ambition était de créer le meilleur album possible. De prendre un maximum de plaisir à écrire, enregistrer et jouer ces nouveaux morceaux. Surtout après l’arrivée de Luca (Rosnau, guitare – NDR) dans le groupe, nous savions que nous voulions insuffler cette nouvelle énergie, son regard neuf et sa folie douce dans nos nouvelles chansons. Après six ans à jouer quasiment les mêmes morceaux, nous étions impatients d’avoir de nouveaux titres pour nos concerts. Et pour l’instant, on trouve que ça a plutôt bien fonctionné ! (Sourires)

– Il y a également une sensation qui revient à chaque album, c’est cet esprit live, immédiat et avec des chansons véritablement taillées pour la scène. Est-ce le ressenti du public en concert et sa réaction qui vous importent le plus, plutôt que de chercher la complexité dans la structure de vos morceaux, par exemple ?

Oui, je crois que le plus important pour nous, c’est de jouer en live. Voir le public devant la scène s’éclater, parfois devoir convaincre un nouveau public, rencontrer les gens après les concerts… Tout ça, c’est ce qui nous motive. On adore le contact avec les gens, découvrir de nouveaux endroits, de nouvelles villes et rencontrer de nouvelles personnes. Quand on écrit nos chansons, on veut qu’elles nous fassent du bien, à nous et à nos fans, qu’elles nous donnent confiance. Pas besoin de chansons compliquées. Du moment qu’elles sont bonnes et entraînantes, pas besoin de se compliquer la vie. Vous voulez du Rock’n’Roll ? Alors, vous allez en avoir ! (Rires)

– La thématique de vos chansons sur « Hardbeat » tourne essentiellement autour du Rock’n’Roll, de son style de vie, comme de son état d’esprit. Y voyez-vous un sujet intarissable, ou plutôt une façon de ne pas succomber à la morosité d’une société et d’un monde devenus très instables et anxiogènes ?

(Rires) Oui, depuis 60 ans, c’est plus ou moins une source inépuisable ! Mais il y a toujours moyen de la moderniser, de l’adapter à l’air du temps. Bien sûr, on a toujours des chansons qui parlent de faire la fête entre potes, d’être un vrai rockeur coûte que coûte, ou de l’admiration pour une belle femme, etc. MAIS il y a aussi des chansons qui parlent de ne pas se décevoir soi-même, ni les autres, de rester unis et de lutter contre les méchants, etc… Il n’y a rien de mal à encourager les gens tout en restant Rock’n’Roll ! (Sourires)

– Si « Hardbeat » présente une unité musicale solide, en y regardant de plus près, les ambiances comme les tempos sont très variés. Avez-vous une manière précise d’établir vos tracklists, ou est-ce surtout une question de feeling ?

Je pense que c’est plutôt la deuxième option. En général, les chansons commencent par un riff ou l’idée d’un refrain accrocheur. On travaille dessus et si ça donne une bonne chanson, on la garde et on la développe. Sinon, elle retourne aux archives. On veut que nos disques soient remplis de bonnes chansons, peu importe le tempo, le thème ou le style.

– Enfin, quel regard portez-vous sur la scène actuelle Hard Rock et plus largement Metal ? Le fait que HARDBONE évolue dans un style si intemporel vous laisse encore de belles années, non ? Loin des courants et des modes…

(Rires) Espérons-le, mon pote ! En tout cas, le Hard Rock et le Metal semblent se porter à merveille en ce moment. Tous les grands groupes comme AC/DC, Metallica, Judas Priest, etc… jouent sans arrêt et rappellent à tout le monde que la musique artisanale, c’est du lourd ! (Sourires) Pour l’avenir, on verra bien. Partir en tournée devient de plus en plus compliqué, les prix de presque tout s’envolent, y compris celui des billets. Même les petits concerts deviennent inabordables pour les fans et les groupes. Mais j’espère que les fans de Rock et de Metal continueront d’aller aux concerts et de soutenir les groupes, car ce genre de musique a besoin de l’énergie et de l’ambiance des concerts. Et je suis presque sûr que ça ne changera pas de sitôt ! (Sourires)

Le nouvel album de HARDBONE, « Hardbeat », est disponible chez Massacre Records.

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Desert Rock International Stoner Rock

Steak : sonic perspectives [Interview]

Quatrième album pour les Londoniens qui reviennent dans une configuration en quintet, ce qui leur apporte encore plus de volume et de relief. En un peu plus de quinze ans, ils ont su s’imposer au point qu’on a l’impression qu’ils ont toujours fait partie du paysage Stoner/Desert européen. Et cette forte présence s’explique par un son immédiatement reconnaissable, un jeu massif et mélodique et des albums qui vont à chaque fois creuser un peu plus profond. STEAK n’est pas l’un des fers de lance de la scène britannique par hasard et l’arrêt d’une des locomotives du genre, également londonienne, ne laissera pas un grand vide. Sobrement, et sombrement, éponyme, ce nouvel opus garde cette identité très Desert Rock dans ses fondations, tout en faisant grandir et évoluer son Stoner : la marque des grands. « Steak » est aussi surprenant qu’addictif, porté par un chant captivant, des guitares enivrantes et tranchantes et un duo rythmique d’un groove majestueux. Les Anglais frappent très fort, vont aussi régaler leurs fans et s’imposent ici avec une incontestable évidence. Entretien avec un groupe en perpétuel mouvement et qui ne renie pas la scène underground d’où il est issu.

– On vous avait quitté il y a quatre ans avec le très rouge « Acute Mania » et vous revenez avec un album à la pochette très sombre. Comme d’autres avant vous, « Steak » est-il votre ‘Black album’ ?

C’est fascinant de voir à quel point la pochette de l’album a suscité de nombreuses discussions… (Sourires) De nos jours, tout est instantané, alors c’est agréable de proposer quelque chose d’un peu mystérieux qui incite à regarder de plus près. Quiconque prend la peine d’aller au-delà des apparences est récompensé par une explosion de couleurs grâce à l’illustration intérieure réalisée par notre ami et collaborateur Schoph. C’est notre façon de dire que les meilleures choses sont celles qu’il faut découvrir en creusant un peu. Nous espérons que c’est ainsi que la musique sera appréciée.

– Sur ce nouvel album, vous accueillez aussi le guitariste Tom Cameron et STEAK est désormais un quintet. Le groupe avait-il besoin de prendre du volume dans l’objectif peut-être aussi de vos prochaines prestations live ?

C’était une suite logique après sa contribution au morceau « System » sur « Acute Mania ». Cet album était plus complexe que nos précédents, alors quand on est partis en tournée, il a rejoint le groupe. On est amis depuis une vingtaine d’années, alors on savait donc tous à quoi s’attendre ! (Sourires)

– D’ailleurs, le groupe s’agrandit et sort aussi un album éponyme, ce qui est toujours très significatif dans une carrière. Est-ce la version 2.0 de STEAK que vous livrez ici ? Comme un nouveau chapitre dans votre parcours ?

Peut-être une remise à zéro, ou une rupture définitive. Avec le recul, on voulait peut-être simplement laisser la musique parler d’elle-même, sans être contraints par un concept ou un angle précis. Le prochain album s’appellera peut-être « Steak 2.0 » ! Ou peut-être pas… (Sourires)

– Il y a une véritable géographie sonore sur ce nouvel album avec beaucoup de relief et surtout un spectre qui n’est pas écrasé. Est-ce que, étant donné le contenu de « Steak », la production a eu une importance toute particulière cette fois ?

Pour cet album, nous ne voulions pas trop en faire côté production. Avec tous ces nouveaux projets, ce n’était pas le moment de trop expérimenter en studio. Pour la première fois, nous avons deux chanteurs, deux guitaristes et de nouvelles idées de composition. Rien que cela apportera une perspective et une profondeur inédites à la musique.

– Outre ses riffs puissants et massifs, STEAK reste un groupe finalement très accessible, avec des parties vocales très accrocheuses. Vos mélodies partent-elles des voix, ou au contraire des parties instrumentales, car les refrains sont encore très soignés ?

Il n’y a pas de formule toute faite… Parfois, on travaille un morceau pendant des mois avant même de penser à le structurer et à y ajouter le chant. Parfois, la mélodie vocale vient en premier et la musique se construit autour. Ou alors, tout se fait naturellement et la chanson s’écrit d’elle-même.

– Ce qu’il y a aussi d’assez particulier chez STEAK, c’est votre touche britannique assez spécifique dans le son que l’on n’entend peu, même chez les groupes de Stoner anglais. Comment se traduit-elle dans votre jeu, selon vous, et comment l’associez-vous à vos autres influences plutôt américaines ?

Nous étions tous de jeunes adolescents dans les années 90, et il y avait tellement de groupes de guitare Pop au Royaume-Uni à l’époque. Il est presque impossible pour nous de ne pas être influencés d’une manière ou d’une autre par le son de cette période. De même, le Grunge, le Blues et l’émergence du Desert Rock américain durant cette même période ont laissé une empreinte indélébile sur notre musique. Cependant, vous avez plus de chances d’entendre les Commodores ou du Roachford dans le bus de tournée ! (Rires)

– Par ailleurs, une chose est assez marquante, c’est la manière dont les morceaux « Cometh » et « Short Arms » encadrent l’album au début et à la fin. On croirait presque qu’ils servent d’écrin au reste du disque. Est-ce que vous les avez pensé dans cette optique ?

Elles n’ont pas été écrites intentionnellement comme des morceaux de transition, mais « Cometh » semblait être un excellent moyen de présenter toutes les nouveautés du groupe et « Short Arms » ne ressemble à rien de ce que nous avons fait auparavant. Peut-être un avant-goût de ce qui nous attend ? Et cela nous semblait aussi une bonne façon de conclure l’album.

– En près de 15 ans d’existence, STEAK s’est toujours distingué par un son très live dans l’approche et ce nouvel album s’inscrit encore dans cette veine. La scène vous sert-elle aussi de champ d’expérimentation pour vos futures compositions ?

Parfois, c’est certain. Par exemple, « Dust », sur notre nouvel album, est né d’un riff improvisé pendant les balances. « Two By Two », on l’a joué en live pendant deux ans avant d’entrer en studio. Mais parfois, on attend d’être sûrs qu’un morceau soit abouti avant de se lancer à corps perdu. Par ailleurs, on a joué « Infinite » au Roundhouse à Londres, un morceau inédit, lors d’un de nos plus grands concerts à ce jour. Je crois qu’on aime bien se tester sans même y penser sur le moment… (Sourires)

– Enfin, vous qui venez de la scène stoner underground londonienne et qui aimez à le rappeler, vous considérez-vous encore en faire partie ? Ou certaines étapes clés ont-elles été franchies en ce qui concerne STEAK dans son statut notamment ?

Notre récente soirée de lancement de l’album dans le quartier de Camden à Londres pour ‘Desertscene’ était une véritable fête, non seulement pour nous, mais aussi pour toute la scène. Et ce fut aussi une façon de remercier tous ceux qui nous ont accompagnés dans cette aventure depuis toutes ces années. Nous sommes conscients de notre chance et nous sommes très exigeants envers nous-mêmes. Nous n’avons donc jamais la prétention d’être trop ambitieux. Nous sommes juste des potes qui font de la musique, et c’est la scène qui nous offre ce tremplin pour la partager avec le public.

Le nouvel album éponyme de STEAK est disponible chez Stickman Records et Ripple Music.

Photos : Sylvain Golvet (1) et Sam Huddleston (2).

Retrouvez aussi la chronique de « Acute Mania » :

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International Occult Rock Stoner Doom

Terra Black : mystic vibes [Interview]

Dans une ambiance presque cosmique et pleine de mysticisme, le quatuor invoque la puissance du Doom pour guider son Stoner. Entre Occult Rock et déflagrations Metal, TERRA BLACK sort son deuxième album avec beaucoup de certitudes et un jeu qui a gagné autant en maturité qu’en maîtrise. « Mirage » fait suite à « All Descent » sorti il y a trois ans et qui avait tapé dans l’œil du label Bonebag Records. A forte dominante féminine, l’approche des Suédoises et de leur guitariste-chanteur offre beaucoup de nuances à des compositions, qui évitent les clichés en privilégiant un aspect plus aérien qu’écrasant. Enregistré en conditions live, ce nouvel opus est aussi fin que massif et sa production très organique renvoie à des atmosphères presque charnelles. Sombre et dense, l’univers des Scandinaves est à la fois profond et incantatoire, et son identité musicale est désormais claire. Ezgi, chanteuse principale de la formation, revient sur l’évolution de TERRA BLACK, la sortie il y a quelques semaines de « Mirage » et les caractéristiques du Stoner Doom à l’œuvre sur ce nouvel effort.

– Vous avez fondé TERRA BLACK en 2020 et vous avez enchaîné rapidement avec les EP « Triple Goddness » (2021) et « Capra » (2022). A l’écoute de ces quatre morceaux, on a le sentiment que vous vous cherchiez encore musicalement. Cette période a-t-elle été un terrain d’apprentissage et d’expérience pour définir votre son ?

Oui, absolument. Elle était bien sûr davantage une phase d’expérimentation qu’une période où nous avions un son clairement défini dès le départ. Nous apprenions à nous connaître en tant que groupe, mais aussi musicalement, à travers ce que nous aimions, ce que nous voulions faire et la direction que nous souhaitions donner à notre musique. L’idée principale de TERRA BLACK n’a cependant jamais vraiment changé. Dès le début, nous étions attirés par le mysticisme et cela a toujours été un élément important de notre démarche créative. Mais musicalement, il nous a fallu du temps pour trouver notre propre façon de l’exprimer. Je pense que nous l’avons trouvée en expérimentant, en jouant ensemble et, tout simplement, en faisant de la musique.

– D’ailleurs, avec la sortie d’« All Descent » sorti en 2023 et que vous aviez autoproduit, TERRA BLACK est apparu avec un tout autre visage. Y a-t-il eu un déclic, car votre style s’est vraiment affirmé et affiné au point que l’on croirait à la véritable naissance du groupe ?

En réalité, je pense que le tournant pour nous s’est produit un peu avant « All Descent ». Quand Isak a rejoint le groupe et que nous avons commencé à composer ensemble, nous avions déjà amorcé progressivement l’élaboration de notre propre son et la définition de nos aspirations musicales. Donc oui, je dirais qu’« All Descent » est vraiment le fruit de ce processus. C’est à ce moment-là que tout ce que nous avions développé a commencé à se concrétiser et que le son de TERRA BLACK s’est affirmé.

– Justement depuis l’arrivée d’Isak en 2021, TERRA BLACK a conservé le même line-up avec une dominante féminine assez peu courante. Est-ce, selon vous, cette particularité qui offre la finesse et l’aspect plus délicat de votre Stoner Doom ?

Je pense qu’il est difficile de répondre à cette question d’un seul point de vue. Mais je ne crois pas que la présence de femmes dans le groupe rend forcément notre musique plus délicate, car nous écoutons tous des styles très différents. Je pense que ce qui nous unit, c’est notre goût pour les ambiances mélancoliques et c’est probablement de là que vient cette facette de notre son. Mais s’il y a bien une chose que l’on peut retenir du fait d’être un groupe majoritairement féminin, c’est notre ponctualité et notre discipline ! (Rires)

– D’ailleurs, au niveau du chant, l’évolution a été éclatante avec « All Descent ». TERRA BLACK se distingue par un Doom plus enveloppant qu’écrasant, avec même parfois des chuchotements. L’idée est-elle aussi de pouvoir apporter plus de nuances grâce à ces nuances vocales ?

Oui, il y a eu une nette évolution au niveau du chant avec « All Descent », surtout parce qu’avant, j’étais la seule à chanter. Partager le chant avec Isak a vraiment donné une nouvelle dimension au groupe, et je pense que ça a très bien fonctionné. Mais ce n’était pas vraiment une décision consciente d’avoir deux chanteurs juste pour ajouter des nuances. C’est venu assez naturellement pendant la composition. On essayait des choses comme : ‘tiens, tu chantes cette partie et je prends celle-ci’, ou ‘peut-être que cette partie fonctionnerait mieux avec ce type de chant’. Ce sont donc vraiment ces petites décisions prises pendant l’écriture, qui ont façonné notre style vocal au final.

– Parlons de « Mirage », qui sort chez Bonebag Records. Tout d’abord, est-ce que la signature sur un label est une étape importante pour vous, et peut-être aussi une certaine confirmation de l’originalité et du talent d’écriture de TERRA BLACK ?

Je pense que signer avec un label est une étape importante, mais je ne le vois pas forcément comme une confirmation de notre originalité ou de nos talents d’auteurs-compositeurs. Ce sont des choses qui se construisent avec le temps, et on ne peut pas les confirmer et les établir simplement en signant avec une maison de disques.

Pour nous, l’aspect passionnant de travailler avec un label, c’est que cela offre à notre musique davantage de canaux et d’opportunités de toucher un public plus large. C’est ce qui représente un véritable pas en avant pour nous. C’est aussi un atout d’avoir quelqu’un comme Max Malmer (le patron du label – NDR), qui est très au fait de la scène musicale avec qui échanger des idées. Même si nous avons une grande liberté créative, un regard extérieur peut parfois s’avérer très utile.

– Ce nouvel album a été enregistré en conditions live, afin de capturer les vibrations de votre jeu et l’authenticité de l’endroit où vous étiez avec sa réverbération naturelle. Etait-ce la meilleure façon, selon vous, pour retrouver l’intensité et le côté organique de la scène et mieux les restituer ?

Oui, sans aucun doute. Ce type de musique, selon nous, se prête particulièrement bien à l’enregistrement en direct, avec tout ce que cela implique : la repisse des micros, l’ambiance de la salle et un groove plus organique. C’est aussi beaucoup plus efficace, pour être honnête, puisque la plupart des instruments peuvent être enregistrés en une seule prise. Nous insistons rarement sur les détails ou les performances individuelles dans nos morceaux, mais plutôt sur l’atmosphère générale. De ce fait, ces petites imperfections n’ont pas vraiment d’importance, et contribuent même parfois à l’authenticité du morceau.

– J’aimerais que l’on parle du morceau « Thorn », qui se distingue du reste de l’album, car il est entièrement parlé et par une voix d’homme. Que représente-t-il dans la construction de « Mirage » et quelle signification a-t-il pour vous ? D’ailleurs, l’avez-vous imaginé en version instrumentale au départ, car il s’y prête bien ?

« Thorn » est assurément un peu à part, mais pour nous, elle joue un rôle bien précis dans l’album. Elle est née tout naturellement d’une mélancolie profonde dans laquelle nous étions plongés, et les paroles nous sont venues lors d’une nuit au bord d’un lac perdu dans la campagne suédoise. Le premier riff a été entièrement improvisé en studio, un soir arrosé (en grande quantité) de vin de cerises maison ! (Sourires) Isak et moi avons commencé à jouer et j’ai rapidement enregistré. L’enregistrement nous a tous profondément touchés. Nous avons senti qu’il exprimait quelque chose d’important et d’authentique. Je pense qu’il symbolise un désespoir quasi-total, une fin dystopique, un monde dénué de toute humanité.

– Enfin, votre Stoner Doom oscille entre Rock et Metal avec beaucoup de fluidité et de relief. A la fois puissant et intense, « Mirage » est plus aérien que pesant. Etait-ce votre premier objectif après trois ans de travail ?

En fait, nous n’avions pas vraiment d’objectif précis au départ. Ce sont plutôt les morceaux qui ont pris forme et qui ont façonné l’album. Puis, un peu plus tard, pendant l’enregistrement, nous avons réalisé que cette constellation de riffs sombres, denses et imprégnés de Doom avait une dimension plus ancrée et viscérale que nos précédents albums. On y retrouve cette atmosphère étrange et éthérée qui, selon nous, définit en quelque sorte notre son, mais avec une intensité presque claustrophobique.

Le nouvel album de TERRA BLACK, « Mirage », est disponible chez Bonebag Records.

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International Southern Rock

These Wicked Rivers : along the water [Interview]

Faisant suite à « Force Of Nature », un album où le style des Anglais s’était clairement dessiné, « Fire And Folklore » vient confirmer cette touche unique qui soude et propulse le groupe à un sommet artistique d’une grande force. Avec ce troisième opus, leur Southern Rock prend une nouvelle dimension et, outre la qualité des morceaux, le travail effectué sur la production est lui aussi somptueux. Les riffs sont racés et enveloppants et la voix de John Hartwell délivre des messages d’espoir avec une sensibilité quidonne un caractère touchant à l’ensemble. Sur des guitares scintillantes, une rythmique au groove chaleureux et des notes de claviers qui viennent à la fois suspendre le temps et donner du corps au mélodies, THESE WICKED RIVERS prend son envol de la plus belle des manières. Entre passages Soul, Country, Blues et Classic Rock, le Sud guide l’inspiration des Britanniques, qui s’imposent désormais comme un valeur montante du genre. Le très polyvalent Rich Wilson (claviers, guitare, harmonica et chœurs) nous en dit plus sur la démarche du quintet, son approche de la composition et ce nouvel élan sudiste à l’œuvre depuis quelques années.

– Avant de parler de ce nouvel album, j’aimerais que l’on revienne sur le nom du groupe, qui est en lien direct avec votre ville de Belper dans le Derbyshire. Quelle est l’histoire derrière THESE WICKED RIVERS ?

Le nom du groupe vient de la comparaison entre le cours d’une rivière et la vie. Autrement dit, la rivière emprunte souvent le chemin de moindre résistance au fil du temps. Des méandres et des détours inévitables jalonnent son parcours ce qui, souvent, renforce son courant. Ces bifurcations peuvent surgir de nulle part et vous prendre totalement par surprise, vous entraînant sur des chemins insoupçonnés. Finalement, tout cela fait partie intégrante du voyage de la vie, des ruisseaux paisibles à la mer déchaînée.

– Je vous avais découvert avec « Force Of Nature » il y a deux ans et la qualité de ce deuxième album m’avait vraiment marqué. Or, avec « Fire And Folklore », votre jeu et votre écriture sont encore plus marqués. Il est d’ailleurs plutôt question de puissante émotionnelle, grâce à des mélodies et des textes forts. Cet aspect a-t-il pris plus d’importance durant l’écriture ?

Pour moi, la musique est une émotion. Dans « Sing Another Song », je parle de la bande-son de votre vie, qui vous accompagne à travers tout et nous croyons profondément au pouvoir de la musique et à son lien avec les émotions. Les liens que nous tissons avec la musique deviendront une mémoire vivante si on le permet, nous reliant aux bons comme aux mauvais moments. C’est pourquoi nous avons toujours été un groupe fier de nos textes, du message véhiculé par nos chansons. Je pense aussi qu’une mélodie forte contribue grandement à transmettre ce message, elle est donc tout aussi importante pour créer ce lien. Nous privilégions un message d’espoir, de compassion et de compréhension, si possible, mais il est tout aussi important de ne pas oublier les riffs percutants et les doubles pédales. La musique est ce qui se rapproche le plus de la magie. Créer quelque chose à partir de rien et qui puisse influencer positivement la vie des gens, est une chose puissante en ces temps difficiles.

– Revenons un instant sur votre ville de Belper où vous avez enregistré « Fire And Folklore », car il se trouve que le producteur Andy Sneap en est aussi citoyen. Qu’est-ce que le fait d’avoir travailler avec lui, ainsi qu’avec Colin Richardson, a apporté à votre son et peut-être au-delà à votre manière de composer et d’arranger ces nouveaux morceaux ?

Travailler avec des musiciens comme Colin et Andy allait forcément nous pousser à nous surpasser pour cet album. Leur riche expérience combinée était palpable à tous les niveaux du studio : ils savaient quelle guitare Arran (Day – NDR) devait utiliser pour chaque solo et avec quel ampli, afin d’obtenir le son ‘Thin Lizzy ultime’. Ils étaient même capables de déceler à l’oreille la moindre imperfection de timbre sur la peau d’un tom basse frappé par Dan (Southall – NDR). Nous avons vraiment adoré notre séjour aux studios Backstage et je pense que cela s’entend sur les enregistrements.

Pour être honnête, à part « Sing Another Song », le reste de l’album était déjà bien structuré avant d’entrer en studio, mais Colin et Andy semblaient savoir comment tirer le meilleur parti de chaque élément des morceaux. Ils suggéraient des modifications simples ici et là qui renforçaient toujours l’émotion du morceau. Andy travaillait les détails de la guitare avec Arran, l’aidant à peaufiner ses parties finales, tandis que Colin était très doué pour ajouter des idées de basse et de percussions. Il ressentait vraiment les morceaux et se déchaînait dans le studio. Nous avions également Pete Newdeck, un ingénieur du son doté d’une oreille incroyable pour les harmonies, qui s’est assuré que nous restions sur la bonne voie en ce qui concerne la partie vocale.

– Ce qui est d’ailleurs étonnant, c’est le contraste entre votre musique et celle sur laquelle Andy Sneap et Colin Richardson travaillent habituellement et qui est clairement orientée Metal. Comment s’est passée cette collaboration et comment avez-vous établi les ponts entre vos deux cultures musicales  ?

On adore le Metal, c’est indéniablement une partie de notre histoire, les membres du groupe connaissant très bien le travail de Colin et Andy. Honnêtement, je pense qu’on a contacté Colin au bon moment, car il était prêt à travailler sur un album de Rock plus classique et à faire une pause avec la scène Metal. Il a aimé les démos qu’on lui a envoyées et a parlé à Andy de l’idée de collaborer avec nous.

Bien qu’ils soient tous les deux connus pour leur travail dans le Metal, ils aiment aussi le Rock, et puis, c’était une bonne excuse pour qu’ils passent quelques mois ensemble. On voulait tous capturer au maximum l’énergie d’un vrai concert, en travaillant sur le vif pour préserver un maximum de spontanéité, ce qui, je crois, était très stimulant pour tout le monde.

– D’ailleurs, il y a une autre artiste de grand talent près chez vous et sur cet album, c’est la chanteuse de Country Music, Kezia Gill, et votre rencontre sur « Sing Another Song » est lumineuse. Comment avez-vous travaillé sur cette chanson, et ce duo s’est-il imposé de lui-même ?

Nous avons assuré la première partie du groupe ‘A Thousand Horses’ de Nashville pour quelques concerts dans le sud des Etats-Unis, et Kezia était là en tant que chanteuse invitée. On a commencé à discuter avant le concert et le courant est tout de suite passé, car on a le même humour et on vient de la même région. Après le concert, je parlais avec un fan qui avait une photo d’elle et de Michael, le chanteur d’A Thousand Horses, datant d’il y a dix ans, et une autre prise ensemble le soir même. Plus tard, je lui en ai parlé et il m’a dit que ce n’étaient pas les années qui comptaient, mais les kilomètres. Ça m’a fait réfléchir à la vie d’un musicien itinérant et à la relation entre le fan, la musique et le musicien, et c’est de là qu’est née la chanson. J’en ai fait une démo pour la maison de disques, qui a beaucoup aimé et a pensé que ça pourrait être une bonne idée pour une collaboration. Dès que j’ai entendu ça, j’ai tout de suite pensé à Kezia, car je savais que le côté Country de la chanson collerait parfaitement à sa voix. Elle était aussi liée à la genèse de la chanson, puisqu’elle était là le soir où j’ai commencé à l’écrire. Nous lui avons envoyé la chanson, elle l’a adorée et a accepté de venir au studio où elle a fait un travail formidable.

– « Fire And Folklore » affiche par ailleurs une sonorité plus Southern Rock que « Force Of Nature » qui était plus Blues Rock dans le fond. Est-ce qu’après deux EPs et trois albums, THESE WICKED RIVERS a atteint son identité artistique profonde, car ce nouvel album est vraiment le plus abouti ?

L’album « Force Of Nature » ​​avait un bassiste différent et plusieurs morceaux existaient déjà depuis un certain temps. Avec ce nouvel album, nous avons enfin les cinq membres au complet, ce qui nous a permis de peaufiner notre son. Ces deux dernières années, nous avons eu l’occasion de composer ensemble et de renforcer notre cohésion. On ressent vraiment la fusion de nos influences musicales pour créer ce son unique. Ces influences nous permettent de naviguer entre les genres, car notre objectif est de proposer la meilleure version possible de chaque chanson, quel que soit le style : ballade, morceau Rock entraînant ou Southern Blues.

– Avec DeWolff, Robert Jon & The Wreck, The Commoners, The Georgia Thunderbolts et quelques autres, THESE WICKED RIVERS fait partie du renouveau de la scène Southern. Et pour une fois, la relève ne vient pas exclusivement du sud des Etats-Unis. Selon vous, la différence vient-elle du contenu des textes, ou plutôt d’une approche musicale plus moderne et directe comme la vôtre ? Car les ingrédients sont finalement restés les mêmes…

Oui, je pense qu’au final, c’est une belle histoire. Il y a sans doute aussi un côté cyclique, car je crois que les gens commencent à se lasser des pistes d’accompagnement, des samples et qu’ils aspirent à ce son et à cette ambiance classiques. La combinaison d’instruments y contribue également, avec la présence importante du piano sur l’album. On retrouve cette basse mélodique, presque comme une guitare solo par moments, et une sincérité et une vulnérabilité touchantes dans le chant. Ajoutez à cela des riffs profonds, une batterie éclectique et des harmonies vocales riches, et vous y êtes. Je ne pense pas que nos origines importent vraiment. En tant que musiciens, nous sommes tous influencés par les grands maîtres et la musique de notre enfance. Au final, nous sommes tous des nains sur les épaules de géants.

– Enfin, il y a un véritable sentiment de liberté sur cet album, ainsi qu’une empreinte britannique très présente. Est-ce finalement l’exploration de vos racines immédiates, et non celles d’autres artistes, qui alimente votre style ?

Nous avons la chance d’avoir plusieurs auteurs-compositeurs dans le groupe. Ils s’inspirent de leurs propres expériences et racontent des histoires qui leur tiennent à cœur. Les morceaux sont toujours finalisés ensemble en répétition, ce qui permet à chacun d’y intégrer son style et ses influences. Au final, nous cherchons à transmettre une vérité à travers ces histoires, une vérité à laquelle, nous l’espérons, les gens pourront s’identifier. Nous sommes tous sur le même chemin : le ‘feu et le folklore’ ne sont que des repères pour guider ceux qui en ont besoin.

Le nouvel album de THESE WICKED RIVERS, « Fire And Folklore », est disponible chez Fat Earth Records.

Photos : Blackham

Retrouvez aussi la chronique de « Force Of Nature » :

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International Speed Metal

Meurtrier : le couteau entre les dents [Interview]

Alors que les groupes de Metal qui chantent dans la langue de Molière se comptent sur les doigts d’une main dans l’hexagone, le sursaut pourrait bien venir d’outre-Atlantique, et plus précisément de la Belle Province. Fondé il y a trois ans par des amis désireux de renouer avec les origines du Heavy Metal, MEURTRIER fera probablement remonter quelques souvenirs chez certains. Epique, mystique et occulte, c’est toute une époque qui renaît avec les Québécois et avec eux cet esprit underground, qui tend malheureusement à disparaître. Fraîchement sorti, leur premier album, « Messe De Fer », rappelle autant une certaine scène française que celle qui a sévit aux Etats-Unis notamment dans les années 80/90. Old School et vigoureux, le Speed Metal du quintet allie la puissance des riffs, un chant ténébreux et des rythmes galopants sur des mélodies qui restent en tête. Acier trempé et ambiances à la sauvage intensité, les Canadiens perpétuent avec authenticité et savoir-faire la tradition d’un Heavy Metal véritable et victorieux. C’est l’un des deux artilleurs, le guitariste William ‘Will’ Verrault, qui revient pour nous sur la création du combo, ses intentions et ce premier opus, qui est une belle déclaration à un Heavy/Speed décidément immortel.

– MEURTRIER est un groupe assez récent, formé en 2023. Malgré tout, vous êtes tous des musiciens chevronnés de la scène québécoise. Quel était l’objectif de départ ? Trouver quelque chose que vous n’aviez pas dans vos précédentes formations respectives ?

Oui, c’était essentiellement ça. On a tous joué dans différents groupes au fil des années, principalement dans des styles plus extrêmes comme le Death, le Thrash ou le Black Metal, mais on a toujours été de gros fans de Heavy et de Speed Metal plus classiques. MEURTRIER est donc né de l’envie d’avoir un exutoire pour tous ces riffs plus mélodiques et accrocheurs qu’on retrouve dans des chansons de groupes comme Accept ou Judas Priest, qui ne trouvaient pas nécessairement leur place dans nos autres groupes. Donc, au départ, l’idée était surtout de se retrouver entre amis et de jouer un genre de Metal qu’on aimait tous depuis longtemps, avec une approche plus classique, plus mélodique et moins extrême.

– La première chose qui surprend, bien sûr, c’est le chant en français et des références assez évidentes à ADX et Sortilège notamment. En dehors de la langue, qu’est-ce qui vous rapproche autant du Metal français, alors que le Canada subit tout de même une forte influence américaine, y compris au Québec ?

Les groupes français des années 80 ont effectivement eu une grosse influence sur nous, et pas seulement à cause de la langue. ADX, Sortilège, Blasphème, H-Bomb pour ne nommer que ceux là, font partie de nos références depuis longtemps. Il y a notamment quelque chose dans leur façon de composer, dans le côté épique et mélodique, mais aussi dans le style vocal et la manière de créer une atmosphère qui nous parle énormément, en tant que francophones, mais aussi en tant qu’amateurs de Metal, tout simplement!

En même temps, on vient aussi d’un environnement très influencé par le Metal nord-américain. Des groupes comme Exciter, Razor, Agent Steel ou Savage Grace font également partie de nos influences majeures. Je pense que MEURTRIER est justement né de ce mélange d’influences : l’agression et la vitesse du Speed Metal nord-américain combinées au côté plus épique, mélodique et théâtral du Heavy Metal européen. On ne cherche pas à reproduire un seul de ces styles, mais plutôt à mélanger tout ça pour obtenir une musique qui nous donne envie de jouer et de l’écouter encore et encore.

– Pour terminer sur ce sujet, choisir le français et afficher un style très européen va vous fermer forcément quelques portes aux Etats-Unis, entre autres, dont vous êtes proches géographiquement. C’est un peu étonnant dans la mesure où d’autres cherchent justement à se développer chez votre voisin. Est-ce un choix qui s’est fait naturellement et facilement ?

Oui, le choix s’est fait assez naturellement. Le français est notre langue maternelle et c’est simplement beaucoup plus facile pour nous d’écrire des textes porteurs de sens dans la langue qu’on utilise tous les jours. On trouve aussi que ça permet à Tony (Verrault, chant – NDR) de transmettre les émotions et l’atmosphère des textes de façon plus sincère lorsqu’on joue en concert. Cependant, on ne pense pas vraiment que ça limite notre capacité à rejoindre un public international. Dans le Metal underground, la musique, les riffs, les mélodies et l’atmosphère comptent énormément, même lorsque les paroles ne sont pas comprises par tout le monde. En tout cas, c’est de cette façon que nous, en tant que québécois et j’imagine aussi pour bon nombre de fans de Metal européens, avons développé une passion pour cette musique même si elle est chantée dans des langues qu’on ne comprend pas forcément. En plus, aujourd’hui, avec Internet et les traducteurs en ligne, c’est très facile de comprendre le sens général d’un texte, si on le souhaite. Alors, le fait qu’on ne soit pas compris par tout le monde ne nous inquiète pas trop à vrai dire. Et puis, chanter en français fait partie de l’identité-même de MEURTRIER. C’est aussi une façon de mettre de l’avant notre identité québécoise et de rendre hommage aux groupes français des années 80, qui ont eux-mêmes choisi de chanter dans leur langue, malgré la domination de l’anglais dans le Metal.

– Revenons à votre musique avec tout d’abord « Le Visage Du Mal », un EP que vous avez sorti en 2024. L’idée était-elle justement de prendre la température et de mesurer l’accueil du groupe avec ce premier format court ?

Je pense qu’en quelque sorte, oui, on peut dire ça. A l’époque, nous voulions surtout sortir quelque chose rapidement, afin de pouvoir faire des concerts et avoir du matériel à présenter aux labels. Nous avions enregistré l’EP nous-mêmes, en courtes sessions, avec assez peu de temps consacré aux arrangements et aux performances. Avec le recul, je pense qu’on aurait pu mettre davantage de temps et d’efforts dans cet enregistrement. Même si les chansons sont représentatives de ce qu’on voulait faire, certaines performances auraient pu être meilleures, et plus de temps aurait pu être consacré aux arrangements. En même temps, ce côté brut, et un peu ‘démo’, lui donne une certaine énergie Old School qu’on aime bien et ça fait le charme de cet EP, selon nous. En fin de compte, les réactions aux premiers concerts et à cet EP ont été super positives et ça nous a encouragés à continuer, à contacter des labels et finalement à travailler sur l’album.

– MEURTRIER affiche un mélange de Speed et de Heavy Metal Old School, et d’ailleurs, on retrouve ce même état d’esprit dans la production de « Messe De Fer », qui sonne assez live et organique. Etait-ce important pour vous d’afficher cette même sincérité jusque dans le son et conserver aussi sa saveur originelle ?

Tout à fait. Ça a toujours été notre souhait d’afficher un certain côté brut et Old School, qui fait partie de l’identité de MEURTRIER. On est évidemment beaucoup plus satisfaits des arrangements et des performances sur « Messe De Fer » que sur l’EP. Mais on ne voulait surtout pas perdre de vue cette sensation agressive et un peu sale qu’on retrouve sur beaucoup de classiques du Heavy et du Speed metal. Pour l’album, on a consacré beaucoup plus de temps aux répétitions, aux arrangements et aux performances que sur le premier EP. La batterie a été enregistrée professionnellement en studio, mais le reste a été fait par nous-mêmes avec de vrais amplis et de vrais cabines, dans un véritable esprit DIY et Old School. Pour le mixage, on voulait également conserver quelque chose de naturel et éviter une production trop propre ou trop moderne. Et je pense que le résultat final est assez proche de ce qu’on s’imaginait au départ. Un point qui était particulièrement important pour nous était de ne pas retoucher excessivement la performance vocale. On voulait que le chant reste humain et spontané, plutôt que de chercher à tout corriger, comme c’est souvent le cas dans les productions modernes. Ça a demandé plus de travail, mais je pense que ça a valu la peine au bout du compte.

– Ce qui ressort aussi de l’écoute de « Messe De Fer », outre sa galopante rythmique et le gros travail effectué sur les guitares, ce sont les textes emprunts d’occulte et de mysticisme. On retrouve ici les fondamentaux du Heavy Metal traditionnel. Remonter aux origines et surtout conserver cet aspect underground comptait-il aussi beaucoup pour vous dès le départ ?

Oui, définitivement. Le côté underground fait partie de ce qui nous attire dans le Heavy Metal depuis toujours. On a grandi avec les groupes classiques du genre et on apprécie énormément cette époque, où la musique était encore très liée à une véritable scène underground. L’aspect occulte et mystique vient également de nos influences diverses. Des groupes comme Mercyful Fate, King Diamond, Slayer ou KAT ont beaucoup influencé notre approche, autant musicalement que visuellement et au niveau des textes. Il n’y a pas vraiment d’univers, ou d’histoire unique reliant toutes les chansons, mais les thèmes occultes, épiques ou fantaisistes reviennent constamment. C’est aussi une partie importante de notre identité visuelle et de notre façon d’aborder les concerts. Les croix, les épées, la fumée et tout cet imaginaire font simplement partie de ce qu’on aime dans le Heavy Metal et on tente de l’incarner autant que possible !

– J’aimerais qu’on dise un mot au sujet du morceau « Meurtrier » qui clôt l’album. Ce n’est jamais anodin de composer un titre éponyme. Le voyez-vous dans une certaine mesure comme la signature du groupe ?

Oui et non ! Disons que lorsqu’on a composé la chanson, on ne s’est pas nécessairement dit : ‘Celle-là, ce sera la chanson éponyme !’ Cela étant dit, après avoir enregistré l’album et au moment de choisir un premier single, on s’est bien rendu compte que ce morceau représentait assez bien tout ce qu’on cherche à faire avec MEURTRIER : des passages rapides, des refrains accrocheurs, beaucoup d’atmosphère sombre et un côté très Heavy Metal classique. La fin du morceau rappelle également nos concerts, où on termine souvent avec des solos chaotiques et des cris d’agonie. On trouvait donc que c’était un bon morceau pour donner une idée de ce que nous sommes comme groupe, et de ce que les gens peuvent attendre du reste de l’album et de MEURTRIER en général. Donc en somme, le morceau n’est pas nécessairement un manifeste expliquant toute notre philosophie, mais il rassemble effectivement beaucoup des éléments, qui définissent notre son et notre identité et donc naturellement, le titre de ‘morceau-signature’ lui va très bien !

– Enfin, en vous exprimant en français, j’imagine que vous visez au-delà du Québec. Est-ce que le public français est aussi dans votre ligne de mire avec notamment des concerts à venir ?

C’est un truc qu’on veut faire absolument, probablement dès l’an prochain ! Evidemment, il est encore tôt, l’album est à peine sorti, mais on travaille déjà sur le dossier et on a quelques contacts en France. Donc, je dirais que les chances sont bonnes pour qu’on vienne vous présenter notre « Messer De Fer » très bientôt !

L’album de MEURTRIER, « Messe De Fer », est disponible chez Jawbreaker Records.

Photos : Phil Thanoize

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Classic Rock Hard 70's International

The Flynts : forever free [Interview]

Immortalisé dans l’une des salles les plus emblématiques de leur capitale en mars dernier, et avant même la sortie d’un premier album studio (ce qui en dit déjà long), le « Tame The Flame – Genuine Live In Brussels » de ces quatre jeunes musiciens a franchement de quoi renverser la table. D’ailleurs, le public ne s’y est trompé lors de cette soirée mémorable. Dans les pas des pionniers du Rock 70’s, THE FLYNTS s’impose avec naturel et élégance dans un Classic Rock pêchu, mélodique et incandescent. Raphael Rufo (chant), Guillaume Lamont (guitare), Matthijs Machtelinckx (basse) et Gael Thiry (batterie) incarnent littéralement le renouveau d’un style intemporel et inépuisable, également en pleine effervescence depuis quelques temps. Et si les fondations sont solides, inébranlables et vite identifiables, c’est la touche du quatuor qui fait toute la différence. Sans artifice, ni calcul, le Classic Rock des Belges n’a rien poussiéreux, il regorge au contraire d’une énergie et d’une liberté absolue. Rencontre avec un quatuor, dont on n’a pas fini d’entendre parler…

– Avant de parler de cet incroyable album live, j’aimerais que l’on revienne sur votre parcours, qui est d’ailleurs encore très frais. On vous a découvert avec « First Spark » en 2024, puis avec le single « Tee Party » l’année suivante et enfin le tout dernier « Smoke And Mirrors » que vous aviez d’ailleurs présenté lors de ce concert à l’Ancienne Belgique. On a vraiment le sentiment dès que dès le départ, vous saviez ce que vous vouliez jouer. Le désir était-il de retrouver le piment des 70’s dans une version contemporaine ?

La volonté de faire la musique qu’on aime sans se demander si on allait trouver notre public et sans compromis a été le point de départ de THE FLYNTS. Depuis le début, l’idée est de retrouver le piment, l’étincelle et l’âme de la musique de cette époque en y apportant notre touche, ce qui rend les morceaux inévitablement plus contemporains. A force de composer, plus la direction s’est concrétisée, plus cette touche contemporaine dans les toplines et dans les refrains accrocheurs s’est imposée naturellement, un peu comme notre marque de fabrique. Aujourd’hui, on pense pouvoir dire que THE FLYNTS propose quelque chose d’authentique en construisant sur les fondations de ses idoles.

– Ce qui est d’ailleurs assez étonnant, c’est que l’on assiste aujourd’hui à un certain revival de ce Rock 70’s et d’un Classic Rock hors d’âge au moment-même où l’IA fait son intrusion jusque dans la création. Y voyez-vous un signe, et votre démarche est-elle aussi finalement un beau pied-de-nez à cette époque aussi curieuse qu’instable ?

C’est la plus belle des réponses à cette période étrange que l’on traverse. Dans une époque où tout doit être mis dans une case, où il devient parfois difficile de distinguer le vrai du faux, on voit de plus en plus fleurir des projets tellement uniques et singuliers. Ce n’est certainement pas un hasard si ce style de musique reprend du poil de la bête. Les gens sont à la recherche d’authenticité, du fameux grain de folie qu’on pouvait retrouver dans le Rock des années 70. La richesse et la liberté dont jouit la musique de cette époque font office de certification ‘Human-made’.

– Parlons de ce « Tame The Flame – Genuine Live In Brussels », qui est si brûlant que l’on croirait presque assister à une ‘release party’, tant l’accueil du public est phénoménal. Vous attendiez-vous à une telle soirée et surtout à un tel enthousiasme de la part de vos fans ?

Cette soirée reste encore un mystère à plein d’égards. La vitesse à laquelle se sont écoulés les tickets (sold-out en deux semaines seulement) a été une immense surprise pour nous. Néanmoins, cela nous a rapidement conforté dans le fait que les gens qui seraient là seraient bouillants dès les premières notes. Les cris assourdissants bourdonnent encore dans nos oreilles et la puissance de l’amour qu’on a reçu ce soir-là nous a complètement emportés. Quel bonheur fou d’entendre la foule s’époumoner sur nos morceaux et entonner nos refrains.

– Justement, lorsque l’on sait que le concert va donner lieu à une captation en vue d’un album live, est-ce que la préparation est différente de celle d’un concert ‘classique’ et y a-t-il un peu plus de pression ? Ou est-ce qu’une fois monté sur scène, on oublie tout ?

Oh que oui ! On s’est énormément préparés, avec deux résidences pour caler les sons, préparer la setlist idéale et tous les petits détails qui font la différence pour ce genre de concert. La pression s’est également invitée à la soirée, mais une fois un pied posé sur les planches et après les premières notes de guitare, la magie du live emporte tous les doutes. Tout disparaît et pendant une heure quinze, on vit avec le public un moment suspendu sans penser à quoi que ce soit, en laissant nos tripes sur scène. C’est en réécoutant le live que l’on redécouvre cette soirée et que l’on redécouvre l’état de trans dans lequel on était tous ce soir-là.

– D’ailleurs, l’album comporte 14 chansons, alors que vous n’en avez sorti que six. Comment se conçoit une telle playlist ? Est-ce qu’on pense d’abord au concert en lui-même et au public qu’il faut faire voyager d’une certaine manière, ou est-ce l’organisation des morceaux qui prime avec en ligne de mire l’album qui va suivre ?

Le live prime toujours pour nous. C’est réellement là que tout prend son sens. THE FLYNTS ne pourrait pas exister sans la perspective de jouer nos morceaux en concert. C’est pour ça que c’était aussi important pour nous d’immortaliser ce moment et de le partager avec le public. La phrase qu’on entend le plus à la fin de nos concerts est : ‘Je vous aimais déjà bien en vous écoutant sur les plateformes, mais alors en live, ça prend encore une toute autre dimension’. Et c’est ce qui se ressent dans l’album. La volonté était avant tout de gravé dans les mémoires cette nuit du 31 mars 2026. Et le fait d’avoir beaucoup de morceaux que les gens ne peuvent pas encore écouter chez eux rend le moment d’autant plus euphorique pour eux, le concert entier est une grande découverte.

– Cet album live sort très rapidement dans votre discographie, avant même un enregistrement studio complet. C’est très audacieux, d’autant que vous l’éditez aussi en double vinyle à une époque où règnent les plateformes. Est-ce l’énergie que vous avez recherché en premier lieu, car vos précédentes sorties avaient elles aussi une saveur très live ?

Ce n’est pas conventionnel, ça c’est clair. THE FLYNTS est comme un volcan sur le point d’entrer en éruption. En effet, notre premier single « White Lava » transpirait déjà d’une énergie live, car il avait été enregistré en situation live, tous ensemble dans la même pièce. Bien que cela puisse sembler audacieux pour d’autres, c’était assez naturel et logique pour nous que le premier long projet soit un album live. C’est ce qui capture le mieux l’essence de notre groupe. Pour revenir sur le sujet du vinyle, on était obligé… on nous l’a tellement demandé ! (Rires) Plus sérieusement, on a la chance d’avoir un public qui accorde encore beaucoup d’importance à honorer cette tradition du support physique, et on ne peut que les remercier. C’est comme ça qu’on est tombé amoureux de cette musique, à travers la collection de vinyles de nos parents, donc avoir notre propre 33 tours live, c’était comme un rêve de gosse qui se réalise.

– Un mot aussi sur cette reprise de Mountain avec l’un de ses classiques, « Mississippi Queen », sorti en 1970 sur le premier album. J’imagine qu’il ne doit rien au hasard, car pour qui ne le connaîtrait pas, il se fond parfaitement dans le set. Est-ce un exercice auquel vous vous prêtez régulièrement, celui de jouer de grands morceaux du répertoire Classic Rock ? Ou cette chanson a une saveur particulière pour vous ?

Ça nous fait infiniment plaisir que tu dises que la chanson se mêle parfaitement dans le set, parce qu’il y a eu un vrai travail de réappropriation du morceau. Si on veut intégrer une cover au set, notre objectif est que soit les gens ne se rendent même plus compte que c’est une cover, soit qu’ils saluent la proposition. Ce n’est pas un exercice que l’on fait très souvent et quand on le fait, on veut absolument amener le morceau dans notre univers. « Mississippi Queen », au-delà d’être un immense classique, est aussi un vrai coup de cœur. Donc, tout en respectant le morceau, on a voulu l’emmener dans notre univers. On s’est creusé la tête et on est super contents de tous les bons retours qu’on a de cette reprise.

– Par ailleurs, il se dégage une folle énergie sur ce live et également une réelle communion avec votre public. Cet esprit de liberté que vous transmettez très bien fait que l’on n’est pas franchement étonnés que vous soyez en autoproduction. Une signature sur un label n’est pas encore à l’ordre du jour ?

On ne se ferme aucune porte à l’heure actuelle et je dirais même que la porte est grand ouverte. On n’est pas du tout fermés à une signature avec un label. Si nous en intéressons un qui comprend notre vision, ça pourrait nous permettre d’aller encore plus vite et nous pousser à lancer des projets encore plus fous. L’important est la communication et pouvoir continuer à véhiculer cet esprit de liberté dont tu parles dans ta question, parce que c’est pour ça que notre public se déplace pour nous voir.

– Vous êtes également en train de travailler sur votre premier album studio et on y reviendra, car j’aimerais d’abord que vous évoquiez le changement de line-up intervenu cet été. Vous accueillez donc Guillaume Lamont à la guitare et Matthijs Machtelinckx à la basse. Que s’est-il passé et n’est-ce pas trop compliqué de reprendre avec une formation remaniée alors qu’un enregistrement se profile ?

Boris et Luca sentaient le besoin de prendre de la distance avec la musique, et surtout avec ses contraintes et ses pressions en général. Ils sont arrivés à une phase de leur vie, où ils souhaitaient réallouer plus de temps à leur vie personnelle. Un projet comme THE FLYNTS est devenu chronophage et énergivore, et cela devenait difficilement incompatible avec leurs aspirations personnelles. La transition n’a pas été de tout repos, car il y avait beaucoup de choses à préparer, mais elle s’est déroulée dans un cadre assez tranquille et dans le respect des aspirations de chacun. Boris et Luca nous ont laissé le temps de trouver des membres totalement alignés avec la vision du groupe et surtout qui sont plus motivés que jamais, avant de partir.

Heureusement, Guillaume et Matthijs sont tous les deux de vrais amoureux de Classic Rock, qui partagent nos influences et vivent la musique jusqu’au bout des ongles. Ils rendent la transition très simple par leur immense expérience. Ils ont tous les deux un CV bien rempli. On peut notamment citer les premières parties de Wolfmother, de DeWolff, mais également une tournée européenne en première partie de Royal Blood. Cela les a amenés à fouler les planches de salles et de festivals mythiques tels que ‘RockWerchter’, ‘AncienneBelgique’, ‘LottoArena’, etc…

En plus de ça, il y a tout de suite eu l’étincelle entre nous. Guillaume est très proche de notre producteur Mario Goossens et, dès que nous nous sommes mis à la recherche de nouveaux membres, il a immédiatement pensé à lui. Très rapidement, on s’est appelé, on a discuté autour d’un verre et finalement, en répétition, la magie a immédiatement opéré. Notre priorité étant de compléter le groupe par un duo plutôt que par deux musiciens, Guillaume a embrigadé son ami de longue date et camarade de RHEA (groupe belge originaire de Gand – NDR) pour compléter le quatuor. Les nouvelles compositions avancent à une vitesse folle et on a hâte de pouvoir dévoiler la suite.

– Enfin, vous préparez cet album à venir avec le batteur de Triggerfinger, Mario Goossens, et même si vous semblez savoir ce que vous voulez, va-t-il aussi participer et collaborer avec vous sur les arrangements peut-être, voire votre son ?

Mario a tellement d’expérience qu’il a toujours des conseils pertinents, que ce soit sur la construction d’un morceau, la façon de le jouer, la manière de continuer à surprendre, de le réarranger, de peaufiner le son et, surtout, de créer quelque chose d’unique. Il a réellement construit une carrière qui s’inscrit dans la durée et est toujours actif sur la scène européenne. C’est également notre objectif, donc nous sommes à bonne école. Et au-delà du musicien, il y a l’homme bienveillant qui s’attache à développer ce que nous proposons, et non pas à imposer quoi que ce soit. Il nous pousse constamment à éviter la facilité et à explorer le champ des possibles avant de considérer un morceau terminé. La phrase fétiche de Mario est ‘Let’s try It’ ! C’est un conseil qui peut sembler anodin, mais au-delà de ça, c’est presque un conseil de vie. Il nous pousse à ne pas nous faire un avis avant même d’avoir essayé et entendu ce que ça donne. Parce que le risque de ne pas essayer et de faire de la musique uniquement dans sa tête est de s’enfermer dans ce qu’on fait et qu’on connaît déjà ce qui, à terme, peut devenir une vraie prison, aussi dorée puisse-t-elle paraître. Donc oui, on reste bien évidemment ouverts à ses idées, que ce soit pour le son comme pour les arrangements.

L’album live de THE FLYNTS, « Tame The Flame – Genuine Live In Brussels », est sorti en autoproduction et est distribué par Inouie Distribution. Toutes les infos sur les réseaux sociaux du groupe.

Photos : Christophe Brysse (1, 2, 4, 5) et JC Goupil (3).

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Hard 70's Heavy Stoner Psych International

Saturna : master of rings [Interview]

Avec leur sixième album, les Catalans se sont délestés de tout superflu, de tous ces effets omniprésents sur les productions actuelles pour revenir à l’essentiel, à savoir la transmission des émotions. Et le résultat est criant de vérité et d’authenticité. SATURNA nous propulse au cœur de ses morceaux dans un environnement organique savoureux. Il faut dire que son registre s’y prête vraiment et que ces nouvelles compositions résonnent d’une grande justesse, d’un feeling de chaque instant doté d’arrangements bien sentis. En effet, « Light And Shadow » remonte le temps sous le prisme d’un Rock parfois psychédélique, aujourd’hui qualifié de ‘classique’, qui se veut direct et sincère. Rarement les instruments et le chant n’auront trouvé aussi facilement leur place au sein d’un Hard 70’s que le quatuor a délicatement voilé de Stoner Rock. Y compris dans le songwriting, rien n’est laissé au hasard. Les guitares sont scintillantes, la voix et les chœurs envoûtants et la rythmique nous ramène aux belles heures d’un groove presque charnel, le tout bercé par des mélodies irrésistibles. Les Espagnols atteignent ici à un sommet de leur art, et ce nouvel opus s’inscrit déjà parmi les meilleurs de l’année. Rencontre avec des musiciens qui ont une idée bien précise de leur musique et qui sont passés maîtres dans l’art de la capturer pour mieux la laisser respirer.

– « Light And Shadow » est votre sixième album et surtout, il marque l’arrivée à la guitare et à la composition de Max Erikson. Comment son intégration s’est-elle passée et explique-t-elle les trois ans depuis« The Reset », car vous nous aviez habitués à un rythme plus soutenu ?

L’arrivée de Max a évidemment apporté de nouvelles idées de composition. Par exemple, sur des morceaux comme « No Questions », largement inspiré de son idée personnelle, on perçoit un rythme et un style beaucoup plus rapides que ce que SATURNA proposait ces derniers temps. Et honnêtement, l’intégration s’est faite très naturellement. Il a été très actif, apportant de nouvelles idées, peaufinant celles que nous avions déjà et créant avec une énergie renouvelée en répétition. Il a également insufflé sa propre personnalité et son propre style aux anciens morceaux de notre setlist, composés avant son arrivée, et cela se ressent en concert notamment.

– Vous avez vous-mêmes enregistré ce nouvel album et confié le mix à votre batteur, Enric Verdaguer, ce qui est une première pour SATURNA. Est-ce que l’idée était de donner à « Light And Shadow » le son que vous recherchiez vraiment, à savoir un environnement très organique et une approche live ?

Ce n’est tout à fait pas la première fois qu’Enric mixe un album pour nous. Il l’avait déjà fait pour « Atlantis » et quelques autres titres pour des compilations. Ce changement de son est tout à fait intentionnel. Nous voulions nous éloigner du style de production de notre précédent album (« The Reset »), que nous adorons, mais qui impliquait beaucoup plus de préproduction, de nombreuses pistes, des samples et un montage poussé. Ici, nous voulions faire exactement l’inverse : de nombreuses prises complètes et sans coupure, un montage minimal et aucun sample.

Au lieu de trop lisser l’équalisation, nous voulions laisser chaque instrument respirer et conserver son timbre unique, loin de cette perfection moderne et lisse. Nous recherchions le son brut d’instruments jouant ensemble dans une même pièce, avec toutes leurs imperfections naturelles, leurs médiums un peu brouillés et leur résonance. L’objectif principal était de recréer au plus près le son de nos répétitions. C’est évidemment très différent des méthodes de production actuelles et cela ne plaira peut-être pas à tout le monde.

– Pour rester sur la production de l’album, vous avez confié sa distribution aux labels Spinda Records, Discos Macarras et Ripple Music pour les Etats-Unis. C’est assez inhabituel d’autant que vous le produisez. Comment s’organise un tel déploiement et qu’est-ce qui a motivé cette décision ?

Oui, même si nous avons géré l’enregistrement et le mixage nous-mêmes, des aspects comme le pressage physique et surtout la distribution, le marketing et les campagnes sur les réseaux sociaux, c’est-à-diretout ce qu’implique la sortie d’un album digne de ce nom, représentent une charge de travail bien trop importante pour que nous puissions la gérer seuls. C’est pourquoi nous sommes si reconnaissants, notamment envers Spinda Records et Dani de Discos Macarras. Cette fois-ci, ils se sont associés à Ripple Music, ce qui nous permet d’être distribués également aux Etats-Unis. Je trouve qu’ils font un travail formidable avec les médias, les relations presse et le positionnement, ce que nous n’aurions jamais pu réaliser seuls.

– Revenons à « Light And Shadow » qui, comme le titre le laisse entendre, traite de plusieurs dualités à savoir les ténèbres et la lumière, la vie et la mort et l’amour et la haine. Pourtant, là on aurait pu s’attendre à des atmosphères assez sombres, vous avez surtout jouer sur les textures sonores et l’ensemble est très homogène et lumineux. Plus que le contraste musical, l’objectif a-t-il été de mettre en avant les émotions ?

Au final, un album moins produit respire davantage. En épurant les choses et en évitant les arrangements et les orchestrations superflus, on laisse la composition s’exprimer pleinement. On apprécie mieux chaque élément, le son de chaque instrument et les textures spécifiques recherchées, le tout enregistré en live avec des effets, capturant la dynamique naturelle, l’interprétation vocale et tous ces détails. Tout est plus perceptible ainsi. Au final, l’essentiel est de mettre en valeur l’émotion brute. Par exemple, le morceau « About You » a été enregistré entièrement par Jimmy, en une seule prise sur laquelle il joue de la guitare et chante dans sa chambre. On a envisagé de le réenregistrer, mais on a finalement décidé de garder cette prise live enregistrée chez lui pour l’album. Et c’est peut-être ce que tu voulais dire : ne pas rechercher la perfection. Jimmy a simplement chanté et enregistré sur le vif, en fonction de ce qu’il ressentait, et quand je l’écoute aujourd’hui, ça se ressent vraiment. Une version studio aurait peut-être sonné beaucoup mieux techniquement, mais elle n’aurait pas transmis la même émotion que cette prise.

– Parmi les ambiances qui traversent « Light And Shadow », on retrouve ce qui fait votre style, c’est-à-dire un mélange savamment dosé de Hard Rock classique, de proto-Metal et de Rock psychédélique. Forcément, l’ensemble sonne très 70’s, mais l’album est loin d’être déconnecté de notre époque. Comment faites-vous le pont ? Grâce à l’écriture ou à l’état d’esprit global de SATURNA, qui reste très ouvert ?

Ce qui est génial avec ce groupe, c’est qu’on n’est pas des puristes. En fait, s’enfermer dans un genre précis peut parfois avoir une connotation négative. On a l’impression de se brider et de s’empêcher d’explorer de nouvelles pistes. Pour nous, c’est tout le contraire. On laisse simplement s’exprimer toute la musique qu’on a écoutée, vécue et aimée, quand elle en a besoin. C’est peut-être pour ça que nos chansons touchent autant les gens. Certains auditeurs nous entendent et se disent : « Punaise, on dirait un groupe tout droit sorti des années 70 ! » tandis que d’autres, plus sensibles aux années 90, disent qu’on sonne Grunge, Stoner ou un truc du genre. Au final, l’’important est de faire la musique qu’on a envie de faire. Nos racines et nos influences finissent toujours par ressurgir naturellement. Après, c’est aux autres de coller des étiquettes et de décider de notre style, mais pour nous, c’est toujours profondément personnel.

– Il y a aussi une chose marquante sur ce nouvel album, c’est le travail sur les guitares, qui montre la belle complicité entre James et Max, que ce soit au niveau des riffs comme de l’intensité des solos. Est-ce justement sur cet aspect que vous avez porté vos efforts cette fois-ci ?

Au final, tout cela nous ramène à ce que nous disions précédemment. L’album n’étant pas surproduit, tout repose essentiellement sur la composition. A cet égard, Jimmy et Max, malgré leur immense talent de musiciens, jouent toujours au service de la chanson. Chaque morceau est méticuleusement structuré, que ce soit dansle jeu de chaque guitare pendant que l’autre joue autre chose, ou encore l’exécution d’un solo. Même un solo spectaculaire s’accompagne toujours d’une ligne mélodique, qui s’intègre parfaitement au morceau, faisant office de transition entre les différentes sections. Ce sont ces détails sur lesquels nous nous sommes vraiment concentrés et que nous avons travaillés avec acharnement, aussi bien en studio que sur scène, et je pense que c’est précisément ce que l’on remarque à l’écoute de cet album.

– J’aimerais qu’on dise aussi un mot sur « About You » et « Opus One », qui sont tous les deux des titres acoustiques. Avez-vous conçu ces deux morceaux comme des sortes de respiration, au regard du reste de l’album ?

Honnêtement, au départ, ces chansons n’avaient pas d’autre but que de être simplement crées pour elles-mêmes, par besoin de transmettre quelque chose. Mais il est vrai qu’une fois l’album enregistré, après fait la même chose avec tous les morceaux que nous avions jusque-là, et surtout lorsqu’il faut faire un album avec une durée très limitée par face, on arrive à un moment où il faut établir la tracklist. C’est là qu’on réfléchit à la place de chaque chanson sur chaque face. Il faut que la durée soit plus ou moins la même sur les deux et il faut aussi éviter que la dynamique ne s’essouffle. Alors, à ce stade, on évite peut-être de placer deux chansons similaires trop près l’une de l’autre, tu vois ? On s’assure que tout s’enchaîne bien pour que l’album s’écoute d’une traite et que tout soit cohérent.

– Enfin, l’album s’achève avec « A Strange Mix Of Humans », qui est un texte de votre ami John Mann, illustrateur à Los Angeles. C’est un message qu’il vous a laissé et qui est d’une incroyable justesse et d’une grande profondeur. Il est d’ailleurs accompagné de la guitare classique de Mariano Rupil. Il résonne comme une sorte d’écho à une réflexion que peu ont dans l’industrie musicale actuelle. Dans quelle intention l’avez-vous intégré à « Light And Shadow » ?

Ce morceau est en fait un enregistrement vocal WhatsApp d’une conversation que Jimmy a eue avec lui. Si je me souviens bien, ils parlaient des Sex Pistols. Quand on l’a entendu, avec la voix de Johnny, son interprétation et ce qu’il a dit à ce moment-là, on s’est dit : « Il faut absolument que ce soit sur l’album ! » On a eu un moment la crainte que les gens pensent que c’était notre propre opinion et que ça sonne un peu… comment dire ?… un peu arrogant, voire prétentieux.

Mais au fond, je pense que c’est une opinion qui a toujours été présente dans l’Histoire de la musique. On peut former des super-groupes avec des membres incroyables dans leurs propres formations, mais ensuite, pour une raison ou une autre, quand ils forment ce nouveau groupe, ça ne marche pas. Ou on peut avoir d’excellents instrumentistes, mais quand on les réunit, ça ne donne pas de bonne musique. A l’inverse, parfois, quatre gars qui ne sont même pas particulièrement doués, ou qui, a priori, ne devraient pas travailler ensemble, finissent par faire de la super musique pour une raison inconnue. C’était simplement cette réflexion et nous l’avons adorée. Nous y avons ensuite ajouté l’accompagnement de guitare classique de Mariano. Au final, c’est tout simplement une idée qui nous plaisait beaucoup et nous trouvons qu’elle reflète bien la musique que nous écoutons.

Le nouvel album de SATURNA, « Light And Shadow », est disponible chez Spinda Records, Discos Macarras et Ripple Music pour les Etats-Unis.

Commande directe sur le site du label : www.discosmacarras.com

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International Rock Progressif

Pure Reason Revolution : spiritual contradictions [Interview]

Loin de la douceur de « Coming Up To Consciousness », Les Britanniques empruntent cette fois des chemins plus ardus pour naviguer dans des paysages sonores assombris par des guitares tranchantes, des rythmiques à la fois lourdes et véloces et des harmonies vocales, qui s’entremêlent dans une harmonie aux reliefs saisissants. La remise en question est permanente chez PURE REASON REVOLUTION et c’est en cela que le trio parvient à surprendre sur chacun de ses albums à travers du Rock Progressif an perpétuel évolution. « Terrifying Angels » est le septième et son exploration de certains cieux nous fait traverser autant d’orages inquiétants que d’éclaircies presque éblouissantes. Un équilibre que les Anglais maîtrisent parfaitement et qui est même inscrit dans l’ADN du groupe depuis ses débuts. De l’obscurité à l’éblouissement, ce nouvel album révèle des trésors d’atmosphères au sein desquelles des arrangements d’une grande subtilité se dévoilent au fil des écoutes. Guitariste, bassiste, claviériste et producteur, Jon Courtney revient sur le processus de création et l’approche artistique qui l’ont guidé sur ce magnifique « Terrifying Angels ».

– On s’était quittés il y a deux ans avec «« Coming Up To Consciousness », qui était aussi positif que lumineux. Tout d’abord, en termes de line-up, on retrouve ici les mêmes musiciens au sein de PURE REASON REVOLUTION. Est-ce aussi un gage de constance que tu recherchais, afin de mener à bien ce nouvel album ?

Oui, absolument. Je pense que conserver la même formation était important, car il existe une réelle cohérence et une grande entente entre nous, en tant que musiciens. Au fil des années, nous avons développé une méthode de travail commune qui nous offre une base solide pour construire l’avenir. Parallèlement, je ne voulais pas que cette cohérence se résume à répéter ce que nous avions déjà fait. Je souhaitais que nous allions de l’avant avec cet album, que nous avancions et explorions de nouveaux horizons, plutôt que de stagner. Pour moi, il s’agissait donc de préserver l’alchimie et l’identité du groupe tout en nous surpassant sur le plan créatif et en voyant où cela pouvait nous mener.

–  A l’inverse du précédent album, «Terrifying Angels » est peut-être plus sombre, notamment au niveau des textes. Tout d’abord, il y a déjà cette notion d’ange à laquelle d’ailleurs il faut croire, même si elle peut être aussi bien sûr métaphorique. Cependant, ce nouvel album a-t-il, selon toi, une teneur plus spirituelle ?

Oui, je pense qu’il y a probablement une dimension spirituelle plus profonde à cet album, même si je ne le qualifierais pas forcément de religieux. L’idée des anges peut s’interpréter de bien des façons, et pour moi, ils sont davantage une métaphore de quelque chose qui nous dépasse, que ce soit l’espoir, la protection, le guide, ou simplement quelque chose d’inexplicable.

C’est aussi de là que vient l’idée des ‘Anges Terrifiants’. Il y a quelque chose de paradoxal chez un ange. Traditionnellement, on les perçoit comme bienveillants ou protecteurs, mais ils peuvent aussi représenter quelque chose d’immense et d’inconnaissable, quelque chose qui dépasse notre entendement et qui, de ce fait, peut être effrayant. J’aimais cette contradiction, à savoir l’idée que quelque chose puisse être à la fois beau et réconfortant, et troublant.

Je pense que cette part d’ombre transparaît dans certains textes de cet album. Mais même au sein de cette obscurité, on perçoit encore une quête de quelque chose de positif ou de significatif. La dimension spirituelle de l’album découle donc davantage de cette quête et de l’exploration de ces contradictions.

– On l’a dit, le line-up de PURE REASON REVOLUTION est le même avec Ravi Kesavaram à la batterie et Annicke Shireen aux claviers, ainsi qu’au chant. D’ailleurs, sa voix prend une place plus importante sur l’album. Sans parler de duo, est-ce aussi quelque chose que tu recherchais ? Une sorte d’accompagnement et de soutien de ce côté-là, capable aussi d’ouvrir d’autres chemins à votre musique ?

Oui, absolument. La voix d’Annicke s’est naturellement affirmée et elle enrichit la musique, à la fois en contrepoint à ma voix et comme un instrument à part entière dans les arrangements. Pour autant, je ne considère pas le groupe comme un duo. Ravi reste un élément essentiel de notre son, et Greg, notre guitariste d’origine (Jong, membre fondateur du groupe – NDR), participe également à l’écriture des morceaux avec moi. La diversité de ces voix et de ces perspectives nous offre davantage de possibilités d’expérimentation et nous permet de faire évoluer notre musique.

– On sait à quel point la minutie et la perfection ont toujours été des éléments très importants chez PURE REASON REVOLUTION. Or, tu as déclaré avoir été plutôt en quête de satisfaction et de plaisir. Est-ce que tu as trouvé cette fois plus d’inspiration dans une sorte de lâcher-prise ?

Oui, absolument. Avant, je travaillais comme un forcené, sept jours sur sept et jusque tard dans la nuit, en quête de perfection. Il m’arrive encore de me perdre dans mes pensées et de travailler tard, mais aujourd’hui, je prends beaucoup plus de plaisir à créer de la musique. La collaboration y contribue grandement. Franchement, je me lasse parfois de mes propres idées, alors je ne ressens plus le besoin de mener à bien ma vision initiale. Je suis beaucoup plus ouvert à ce que les autres apportent à la musique, et j’apprécie les idées auxquelles je n’aurais pas pensé. Cela donne à la musique une diversité bien plus grande que lorsque tout est filtré par moi. Les résultats sont-ils meilleurs ? Sont-ils les mêmes ? Peu m’importe. Mais ai-je davantage apprécié le processus ? Probablement, et c’est ce qui compte.

– Par ailleurs, là où « Coming To Consciousness » avait un côté presque apaisant, « Terrifying Angels » se veut plus puissant avec des élans parfois très Metal. Est-ce que ce changement d’ambiance et de ton a un lien direct avec notre société et ce monde devenu plus incertain que jamais. Ou alors, est-ce une démarche purement artistique et une volonté de surprendre peut-être ?

Je répondrais à cette question en reconnaissant l’atmosphère plus sombre sans pour autant en faire une prise de position politique ou sociale directe. Je pense que c’est un peu des deux. Je ne dirais pas que nous avons cherché à créer un album reflétant l’état du monde, mais il est impossible de rester insensible à ce qui se passe autour de nous. Il y a indéniablement une atmosphère plus inquiétante et imprévisible dans la musique, et cela tient peut-être en partie à l’époque que nous vivons. En même temps, c’est un instinct artistique. Je ne voulais pas simplement répéter ce que nous avions déjà fait, et les passages plus intenses m’ont semblé une manière naturelle de créer du contraste et de la surprise. Je pense que la musique doit pouvoir aller où elle veut, plutôt que d’être contrainte par les attentes du public envers PURE REASON REVOLUTION.

– Un nouvel album de PURE REASON REVOLUTION ne saurait être tout à fait ‘normal’, s’il n’y a avait pas la présence de guests. Et c’est bien sûr le cas avec les bassistes Mariusz Duda de Lunatic Soul et Krisfoffer Gildenlöw de Pain Of Salvation notamment. C’est important pour toi d’avoir l’apport de musiciens extérieurs ? Et en quoi apportent-ils leur touche, ou ouvrent-ils d’autres voies au groupe ?

Oui, j’apprécie beaucoup la collaboration, même si le rôle des deux bassistes a peut-être été légèrement surestimé. Mariusz Duda et Kristoffer Gildenlöw ont chacun joué sur une petite partie de l’album, mais j’ai assuré environ 90% des parties de basse moi-même. Je suis très content de leur contribution, mais ils n’étaient pas responsables de la basse sur l’ensemble de l’album. Plus généralement, j’apprécie la diversité des points de vue. D’autres musiciens peuvent apporter une ambiance ou une interprétation différente à une partie, et parfois emmener la musique dans des directions que je n’aurais pas explorées moi-même. Cette diversité est quelque chose que je valorise énormément. J’adorerais collaborer à nouveau avec Mariusz.

– Depuis ces deux derniers albums, vous faites aussi confiance à Bruce Soord de The Pineapple Thief pour le mix. Est-ce qu’à tes yeux, il a parfaitement su saisir l’identité et l’atmosphère de la musique de PURE REASON REVOLUTION ? Ou plus largement, est-il peut-être aussi le garant de cette touche si particulière et unique du Rock Progressif anglais ?

Oui, absolument. Bruce comprend parfaitement l’ADN du groupe et il règne une réelle confiance entre nous. Il sait quand préserver l’essence de notre musique et quand explorer de nouvelles pistes. Je ne dirais pas qu’il est le garant du Rock Progressif anglais, mais il saisit parfaitement l’atmosphère et l’identité que nous recherchons. Travailler avec lui est devenu une évidence.

– Enfin, j’aimerais qu’on dise un mot du morceau-titre, qui est littéralement tentaculaire du haut de ses 12 minutes. Comment est-ce qu’un tel morceau, aux ambiances si variées, se construit-il ? Et surtout est-ce que faire ressurgir une atmosphère globale et un thème principal s’avèrent être le plus délicat, finalement ?

Le morceau-titre est né d’une jam session improvisée dans le sous-sol de Greg à Portland, avec deux autres musiciens. Cette première improvisation a donné naissance aux trois premières minutes, et à partir de là, les autres parties ont émergé. Nous avons progressivement façonné le tout en un seul morceau. Le défi consistait à créer une cohérence entre les différentes parties, plutôt que de donner l’impression d’un assemblage d’idées disparates. Greg et moi nous connaissons bien, donc nous arrivons assez vite à obtenir ce que nous voulons. Mais un morceau comme celui-ci implique aussi beaucoup d’essais et d’erreurs : on écrit des sections, on les teste et parfois, on les abandonne complètement. Pour moi, l’atmosphère générale est primordiale. Une fois qu’elle est là, le reste peut se construire autour.

Le nouvel album de PURE REASON REVOLUTION, « Terrifying Angels », est disponible chez InsideOut Music.

Photos : Valentin Ottone.

Retrouvez les chroniques des deux derniers albums…

… et l’interview du groupe à l’occasion de la sortie d’« Eupnea » :

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International Metal Progressif Sludge

Mastodon : l’introspection [Interview]

Soyons clairs, le 28 août dernier, MASTODON a sorti l’album de l’année. Une évidence difficilement contestable pour tout fan de Metal, tant « Marrow Deep » explore des sphères et des atmosphères multiples, en puisant au plus profond de l’identité-même du groupe et avec la technicité qu’on lui connaît. Avec un style d’une telle richesse, regroupant en son sein autant de courants, la formation d’Atlanta semble être parvenue sur ce neuvième opus à un sommet de son art. Son Metal aux accents Sludge et aux teintes progressives, est plus percutant que jamais et la maîtrise affichée dévoile une musique d’une fluidité absolue. Si la présence d’une impressionnante liste d’invités apporte encore plus de saveur à l’ensemble, on retiendra aussi le moment très particulier dans lequel « Marrow Deep » surgit dans la vie du quintet. Fondateur, batteur, chanteur et compositeur, Brann Dailor revient sur ces dernières années en évoquant «Hushed And Grim », le concert-hommage à Black Sabbath, les récents changements de line-up et plus largement sa vision de la musique. Entretien.

– Sans revenir sur les drames personnels qui vous ont directement touchés, ainsi que l’ouragan Hélène il y a deux ans et dont vous parlez dans le morceaux « In The Ruins », est-ce qu’il y a eu un moment où vous avez pu vous dire : ça commence à faire beaucoup ? Y a-t-il eu un certain fatalisme au sein du groupe à une période ?

(Silence) Je ne suis pas sûr… (Rires) Cela a été un moment difficile et long. Mais ça n’a pas été comme si nous nous étions arrêtés, car nous avons continué malgré tout. L’album a été compliqué à faire, car beaucoup de choses ont été bousculées, beaucoup plus que d’habitude. Que ce soit dans notre vie de manière générale et collective comme dans la vie personnelle de chaque membre, tout a été compliqué. Je pense que c’est ce qui explique qu’il nous aura fallu cinq ans pour y arriver. Mais nous sommes là, nous sommes passés de l’autre côté ! (Sourires)

– Ce qui est assez extraordinaire, c’est que vous donnez le sentiment de vous être alimentés de tous ces évènements pour afficher aujourd’hui une énergie et une force décuplée. « Marrow Deep » est probablement votre album le plus intense et dense à ce jour. Est-ce que tout ça vous a finalement aidés à inverser le cours des choses et à nourrir aussi votre inspiration ?

Oui, c’est certain. Je sais qu’à la sortie de « Hushed And Grim » (en 2021 – NDR), il y avait beaucoup de mélancolie qui se ressentait sur l’album. C’était dû à la pandémie et aux divers sentiments qui nous ont traversés à ce moment-là. Et puis, nous avions aussi perdu notre ami et manager Nick John… C’est comme ça que nous nous sentions à l’époque. Ensuite, on s’est retrouvés à avoir beaucoup de temps devant nous, comme la majorité des gens, et c’est ce qui nous a conduit à composer ce double-album. Cela dit, je pense que nous avions aussi voulu faire une sorte de volte-face en catalysant toute cette énergie engrangée à ce moment-là. Ça a été une espèce de mission, car nous n’avions bien sûr pas anticipé tous ces changements et ces tragédies. C’est une combinaison de tout ça.

Et puis, tu sais, quand tu perds un frère comme Brent (Hinds, guitariste et chanteur décédé en 2025 – NDR) et que tu dois aller en studio dix jours après, tu ressens vraiment le besoin de jouer, de chanter et d’écrire sur ce qui vient de se passer. Quand c’est quelqu’un d’aussi proche de toi et qui a le même âge, tu te sens obligé de chérir ta vie. Tu veux à tout prix te sentir vivant et je pense que c’est ce qui s’est passé pour nous tous pendant l’enregistrement. L’urgence à ce moment-là était de jouer quelque chose de rapide et de chaotique. J’avais vraiment besoin de me sentir vivant derrière ma batterie et en chantant… Et cela se ressent forcément dans l’album. Cela a aussi, d’une certaine manière, aidé à sa construction.

– « Marrow Deep » est donc votre neuvième album et peut-être aussi le plus contrasté. Il y a une tension très palpable, qui tient presque de la rage et de la colère, et aussi des moments très aériens et délicats, comme si vous observiez les choses de plus haut. Est-ce l’album le plus personnel et introspectif que vous ayez enregistré jusqu’à présent ?

Oui, je pense. Tout était tellement frais quand nous sommes allés en studio enregistrer. Tout ce que vous entendez sur l’album est le reflet de ce que nous sommes en tant que groupe dans notre quotidien. Les sentiments sont partout, mais ils sont finalement très rares. Il nous a fallu prendre la décision de sortir de tout ça, de nous mettre à nu, ou au contraire aussi de se cacher. On s’est retrouvé dans l’obligation de s’ouvrir à la critique de nos sentiments les plus profonds et les plus sombres. C’est parfois très difficile à faire. Mais je pense qu’avec l’aide de tous ceux qui étaient là avec nous en studio, nous avons acquis le fait qu’il n’y avait pas de mal à être si vulnérables et on a retrouvé beaucoup d’assurance. En effet, c’est probablement notre album le plus personnel, notamment au niveau des textes.

– Dans cette même optique, vous vous êtes aussi inspirés des Moires de la mythologie grecque et de ses trois divinités qui relient la vie, la perte et le destin en conclusion de l’album sur le morceau « The Three Fates », avec Neil Fallon de Clutch. Est-ce que, de cette manière, vous considérez « Marrow Deep » comme le début d’un nouveau chapitre pour MASTODON, car c’est un peu l’impression qu’il donne ?

Oui, je le pense vraiment et spécialement sur et avec cette dernière chanson, « The Three Fates ». Cela se ressent surtout sur le troisième mouvement, qui est une conversation musicale entre João (Nogueira, claviers – NDR) et Nick (Johnston, guitare – NDR) qui devient fusionnelle. Pour nous, c’est un regard très réconfortant sur l’avenir du groupe. Cela arrive en fin d’album et on ressent peut-être l’angoisse, la tristesse et l’introspection qu’il y a tout au long de l’album. C’est un focus sur la musique de ces deux musiciens, qui sont les derniers arrivés dans l’équipe. Pour moi, cela représente l’avenir et ça dit aussi que tout va bien. C’est une fin très réconfortante ! (Sourires)

– Justement, un mot aussi sur Nick Johnston (guitare) et João Nogueira (claviers), vos deux anciens musiciens de scène qui vous ont officiellement rejoints. J’imagine que leur intégration s’est faite naturellement, mais est-ce que vous avez songé un moment à d’autres nouveaux partenaires ?

Non, pas du tout, car João est arrivé au moment de « Hushed And Grim ». il a joué un peu en studio, puis il est venu avec nous en tournée. Cela fait maintenant cinq ans qu’il est avec nous et c’est un musicien incroyable. Et Nick est là depuis environ deux ans et c’est un mec formidable aussi et un grand musicien. Même s’il a été créatif, il n’a pas eu l’occasion de s’exprimer pleinement, parce que nous avions déjà écrit beaucoup de choses avant son arrivée. J’ai vraiment hâte de répéter avec eux deux dans le futur. Nick a déjà proposé des riffs, des parties entières et des morceaux presque complets et il est vraiment très enthousiaste ! Ce sont tous les deux des gens et des musiciens incroyables et il y a une super ambiance entre nous. Ils sont très créatifs et c’est exactement ce dont nous avons besoin.

– D’ailleurs, vous coproduisez aussi « Marrow Deep ». Est-ce que, vu le contexte, vous avez tenu à être plus présents que d’habitude dans le processus complet de l’album, qui a été enregistré dans votre studio, mais que vous avez laissé d’autres mixer ?

En fait, nous sommes toujours producteurs, ou coproducteurs de nos albums. Nous n’avons jamais envoyé nos idées à quelqu’un d’autre. En revanche, c’est agréable d’avoir un regard extérieur une fois que les choses ont bien avancé. On peut rester bloqué sur un arrangement ou une chanson pendant des mois et c’est là qu’une autre perspective peut faire avancer des situations. Changer ou déplacer une partie, par exemple, peut vraiment changer un morceau. Donc, pour cette raison, c’est sympa. Mais pas trop non plus, c’est notre groupe ! (Rires) Nous sommes des grands garçons et nous savons ce que nous voulons. Mais nous restons ouverts à d’autres propositions quand elles viennent de personnes, qui ont suffisamment d’expérience pour cela. Oui, nous sommes toujours les seuls responsables de notre musique ! (Sourires)

– Sur « Marrow Deep », vous accueillez aussi des guests de renom comme Josh Homme, la rythmique de Converge, le chanteur de Clutch, Neil Fallon, votre ami Randy Blythe de Lamb Of God ou encore l’ex-Black Sabbath Geezer Butler. Est-ce que les circonstances ont fait que vous aviez besoin du soutien d’amis musiciens, ou est-ce une démarche purement artistique ?

C’est un peu des deux, à mon avis. En le faisant, je n’ai pas réfléchi à ce que nos amis pouvaient s’imaginer. Peut-être qu’ils pensaient que nous étions blessés et qu’ils aimeraient aider si possible. Après, ce n’est pas quelque chose d’exceptionnel. Nous avons toujours eu des invités sur nos albums. En fait, nous sommes même toujours en train de chercher ! (Sourires) Le plus spécial était probablement d’avoir Geezer Butler. Nous avons baigné pendant des mois dans Black Sabbath, ce qui a aussi été amplifié avec le concert ‘Back To The Beginning’. Donc, tout était très frais dans nos esprits. Je me suis dit que l’intro d’une chanson comme « The Vanishing » lui conviendrait parfaitement. On lui a demandé et on a eu la chance qu’il accepte. C’était très excitant et aussi un grand honneur de l’avoir sur l’album. C’est le mec le plus cool que j’ai jamais vu ! (Sourires)

– Un mot aussi sur notre ‘Frenchy’, Joe Duplantier de Gojira, sur « The Vanishing » avec qui vous êtes amis de longues dates. Comment se concrétise cette connexion entre vous depuis si longtemps ?

Nous avons toujours été similaires dans notre façon de nous présenter l’un à l’autre et nous sommes animés d’une même mentalité artistique, je crois. Nous nous connaissons depuis de longues années et nous sommes très proches. On a toujours eu envie d’avoir Joe, ou l’un des membres de Gojira sur nos morceaux. Et ce moment s’est présenté avec ce titre très lourd. Joe possède la voix parfaite avec son scream puissant. C’était l’occasion idéale pour l’accueillir. Il était super content et qu’il y ait aussi Geezer Butler sur le morceau a été la cerise sur le gâteau ! (Sourires) Nous aimons vraiment les gars de Gojira. On a commencé à tourner ensemble en 2014 et notre relation a beaucoup de sens. Nous sommes toujours en contact et on s’envoie beaucoup de messages. Nous sommes de bons amis et c’était génial d’avoir Joe sur l’album. C’est le meilleur ! (Sourires)

– Par ailleurs, les gens te connaissent surtout en tant que batteur, mais tu es aussi chanteur, bassiste et compositeur. Comment se passe le processus d’écriture au sein de MASTODON ? Chacun apporte ses morceaux ou le travail est-il plutôt collectif ?

C’est un peu plus collaboratif aujourd’hui. Avant, quand nous commencions à écrite, je m’en occupais en général avec Bill (Kelliher – NDR). Nous sommes très proches, car nous vivons à un peu plus d’un quartier l’un de l’autre. Donc, je passe le matin avec un café dans son studio et on commence à tester et imaginer des riffs pour voir si ça sonne bien. Ou alors, j’arrive avec une idée de morceau, par exemple. Je la lui soumets et on en parle. Ensuite, on prend nos guitares et on joue ce qu’on a aimé. Puis, si on se dit qu’il fait trois parties, il nous faut un chorus, un pont, un riff de fin, etc… C’est un peu comme ça qu’on bosse ! (Sourires) On travaille tous les deux environ huit heures par jour, peu importe le nombre de journées qu’on y passe. On pose les bases, en fait. Mais parfois, il arrive aussi que quelqu’un arrive avec un morceau complet et c’est toujours bienvenu. Mais c’est vrai que sur les derniers albums, Bill et moi entrions en studio avec beaucoup de matières, plus ou moins abouties, que nous présentions. Cela dit, sur « Hushed And Grim », Brent (Hinds – NDR) avait aussi apporté quelques idées et nous avions travaillé les arrangements ensemble pour les faire aboutir.

– L’an dernier, vous avez joué au fameux concert ‘Back To The Beginning’ pour célébrer Black Sabbath. Comment as-tu vécu ce moment et que représentait Ozzy pour toi ? Une sorte de père spirituel ? Un mentor ?

Oui, Black Sabbath et Ozzy sont tout pour moi. Ils ont inventé cette forme d’art qu’on appelle le Heavy Metal. C’est une sorte de lieu où nous pouvons nous exprimer et laisser flotter le drapeau de cette musique. C’est la tribu à laquelle j’appartiens ! Tu sais, j’écoute toutes sortes de musiques et il y a beaucoup de choses que j’aime dans tous les genres. Mais le Heavy Metal est vraiment celui auquel je m’identifie. Et cela vient aussi de mes souvenirs d’enfance. J’ai grandi en écoutant du Metal avec Black Sabbath et Ozzy, Iron Maiden et Judas Priest. Un peu plus tard dans ma scolarité, ça a été Metallica, Slayer et les autres. Tous mes amis écoutaient ça ! Depuis mes six ans, Ozzy a toujours été là. Quand j’étais petit, je croyais même que c’était un personnage de dessin animé ! Je trouvais qu’il avait une tête de chauve-souris et qu’il était fou ! (Rires) Tout le monde autour de moi aimait Ozzy !

Alors, être invité à ce concert a été l’un des plus beaux jours de ma vie. Jouer dans ce stade et en premier… C’était le plus grand honneur que je pouvais espérer. Et puis, je ne voulais pas qu’on soit le groupe qui fait de la merde ! (Rires) J’avais carrément toutes les paroles des morceaux sur un tom de ma batterie. C’est vraiment le truc le plus cool que j’ai pu faire ! (Sourires) C’était juste 15 minutes, mais c’était comme sortir d’un avion après avoir fait un voyage. Cela a vraiment été l’une des expériences musicales les plus marquantes que je n’ai jamais faites. Et il y avait tellement d’amour dans l’air, tout le monde était très excité. C’est l’un des meilleurs concerts auquel j’ai assisté aussi, car c’était la célébration des fans de Heavy Metal pour eux-mêmes et ils honoraient aussi leurs pères en montrant qu’ils étaient très fiers de faire partie de cette communauté. La veille à Birmingham, l’ambiance était incroyable. Et puis, c’était également la même chose pour tous les groupes qui ont joué. On avait tous le même objectif. Nous étions là pour honorer Black Sabbath et Ozzy et leur offrir le rendez-vous qu’ils méritaient en leur montrant tout notre respect pour tout ce qu’ils ont donné en tant que musiciens. Il y avait un sentiment très fort de fierté. Que ce soit Metallica, Slayer, Tool, Alice In Chains, Lamb Of God, Gojira et tous les autres : on leur a tout donné. Personne n’était au-dessus de l’autre. Et ensuite, je suis allé dans le public, j’ai pris une bière et j’ai commencé à fêter ça avec tout le monde. Et quand Ozzy est arrivé, on a tous commencé à pleurer ensemble et à chanter. C’était vraiment incroyable…

– J’aimerais qu’on dise aussi un mot de « Floods Of Triton », ce morceau que vous aviez sorti avec Lamb Of God il y a deux ans. Outre le fait de vous retrouver entre amis, quelle était votre intention en sortant un titre hors-album, pour les deux groupes d’ailleurs ?

En fait, nous étions en tournée pour célébrer l’anniversaire des vingt ans de leur album « Ashes Of The Wake » et celui de « Leviathan », le nôtre. Par pure coïncidence, ils étaient sortis le même jour en 2004. Et il y a dix ans peut-être, nous nous sommes dits que si nous étions encore vivants, il faudrait faire une tournée ensemble pour célébrer ces deux disques qui sont sortis ensemble ! (Sourires) Tu sais, c’est compliqué d’être dans un groupe qui dure dans le temps. Nous sommes chanceux de ce point de vue-là. Alors, il fallait fêter ça ! Donc, c’était cool de faire le lien entre nos deux groupes à travers cette tournée. Et puis, nous avions ce morceau que nous pensions parfait pour Randy (Blythe, chanteur de Lamb Of God – NDR). Oui, je pense que cela s’est bien passé et j’aime beaucoup ce titre ! (Sourires) Les gars de Lamb Of God sont des gens que j’adore, ce sont vraiment des amis.

– Enfin, pour vous suivre depuis longtemps et pour vous avoir aussi vu au Bataclan à Paris en 2012 sur la tournée de « The Hunter », MASTODON donne l’impression d’avoir éclairci son jeu, tout en restant fidèle au Sludge et au Stoner. Etes-vous en quête de précision musicale, ou c’est une évolution finalement très naturelle ?

Je pense que c’est assez naturel. Quand tu as l’opportunité d’écrire de nouvelles chansons, tu vois ce qui se passe et tu es toujours excité de continuer dans cette perspective. C’est intéressant de regarder le passé avec le recul et de voir ce qui te fait toujours vibrer. Pour ce qui concerne la précision musicale, de mon pont de vue, quand je suis derrière ma batterie et que je fais un concert, j’essaie toujours d’être le plus parfait dans mon jeu. En tout cas, j’essaie ! (Sourires) Et il y a toujours des trucs qu’on oublie de faire, ou d’autres qu’on est content d’avoir trouvés ! C’est toujours très amusant ! (Rires) Par ailleurs, je recherche aussi cette expérience spirituelle en étant sur scène avec les gars et toucher cet instant dans une chanson qui peut atteindre un sommet. Je cherche toujours ce moment-là. Atteindre ça derrière ma batterie, le tout combiné à d’autres impacts émotionnels, est une chose qui reste gravée pour toujours. A ce moment-là, il y a une véritable et réelle connexion avec le public… Je les vois chanter… C’est ça que je recherche en fin de compte ! (Sourires)

Le nouvel album de MASTODON, « Marrow Deep », est disponible chez Loma Vista Recordings.

Photos : William Lacalmontie (1, 4, 5) et Deathcats (2).

Retrouvez la chronique de l’album…

… Et celle de « Hushed And Grim » :