Si nul n’est prophète en son pays, CHILD en est peut-être l’exemple parfait. En effet, les Australiens sont signés sur le label italien Heavy Psych Sounds et avouent sans peine que l’Europe est plus à l’écoute et réceptive à leur musique. Résolument Blues, voire Soul dans l’esprit et dans l’approche, le trio se montre particulièrement abordable et affiche même un côté très familier. De fait, l’aspect Stoner n’est pas si prépondérant, malgré l’épaisseur des riffs et une batterie assez lourde et appuyée. Avec ce quatrième album, « Rebirth », le trio livre une vision très psychédélique aux notes bleues qu’il distille avec une conviction de chaque instant. De retour sur sa grande île, le guitariste et chanteur Mathias Northway revient sur cette récente escapade sur le vieux continent et, bien sûr, sur ce nouvel opus.
– Tout d’abord, un petit mot sur cette tournée européenne que vous venez de terminer. Est-ce que ça conserve toujours une saveur particulière de jouer si loin de l’Australie pour vous ?
Absolument ! Je crois même qu’on a donné plus de concerts en Europe qu’en Australie. C’est toujours un peu comme rentrer à la maison. Ça fait un moment qu’on fait ça et c’est toujours un plaisir de jouer devant le public européen, car l’accueil et la reconnaissance qu’on reçoit pour notre travail sont bien plus pertinents qu’en Australie.
– Justement, ce quatrième album est sorti en pleine tournée et donc loin de Melbourne. Quel effet cela te fait-il et quelque chose de spécial est-il prévu à votre retour ?
Je suis ravi simplement d’avoir un nouvel album et je pense déjà au cinquième, en fait. Sa sortie ne concerne finalement pas vraiment Melbourne. Notre label est italien et la plupart de nos fans sont hors d’Australie, c’était donc logique de cibler ce marché pour « Rebirth ».
– Parlons de « Rebirth » et de son titre aussi éloquent que significatif, qui n’est peut-être d’ailleurs pas si anodin. En quoi CHILD commence-t-il une nouvelle vie à tes yeux ?
Je ne vois pas de signification particulière à ce titre. Le départ de Michael (Lowe, batteur et l’un des membres fondateurs, – NDR) y a beaucoup contribué, c’est sûr. Ne plus pouvoir jouer avec mon meilleur ami et devoir adopter une nouvelle approche pourrait en effet symboliser la nouvelle vie dont tu parles.
– Par rapport à « Soul Murder », « Rebirth » est plus lourd et plus introspectif aussi. Il marque un certain changement de ton dans un ensemble également plus mid-tempo. Même si l’album reste très Blues, avez-vous voulu appuyer sur le côté Stoner et Heavy Rock de votre jeu cette fois ?
Honnêtement, je ne cherche pas à être quoi que ce soit. Je joue ce qui me semble juste. Je joue pour avoir mon propre son. Je ne cherche pas à rentrer dans une case ou un genre. Je joue ce que j’aime entendre et c’est ce qui constitue le son que j’apporte au groupe. Je ne force rien, je le ressens.
– A propos de Blues, l’Australie est souvent tiraillée entre le British Blues et sa source américaine. Cette dernière semble d’ailleurs avoir votre préférence. Et puis, il y a aussi des similitudes vocales assez évidentes avec Lenny Kravitz. Est-ce que les pionniers du genre restent la première référence chez CHILD ?
Je peux t’assurer que je n’essaie pas d’imiter Kravitz. Cela dit, je ne suis pas contre l’idée d’être aussi bien conservé que lui à 60 ans ! (Rires) Je pense qu’il est toujours important de rendre hommage aux pionniers. Ils ont fait de même pour les leurs, et ainsi de suite. C’est une forme de transmission, à mes yeux. Le Blues britannique a eu une influence considérable sur moi. En ce qui concerne la guitare électrique, je dirais qu’à l’exception de Buddy Guy, toutes mes influences ont un lien avec le Royaume-Uni. Hendrix en est un bon exemple, même s’il est américain… (Sourires)
– Par ailleurs, trois ans après « Soul Murder », on vous retrouve avec un album très resserré contenant six morceaux uniquement. Est-ce que vous aviez le désir d’aller à l’essentiel, d’être le plus efficace possible ?
J’ai opéré des changements importants dans ma vie, ce qui m’a permis d’être plus productif. L’album « Rebirth » a été écrit et enregistré en six mois environ, ce qui est extrêmement rapide pour nous. De plus, il ne nous restait que peu de temps avec notre batteur originel, Michael, nous devions donc faire vite. L’efficacité n’est pas innée chez moi. Je préfère prendre mon temps, mais quand il est compté, il faut trouver des solutions.
– Il y a sur « Rebirth » un fort contraste entre des compositions musicalement profondes et assez sombres et un chant très lumineux, presque Soul. Est-ce cette intensité qui fait finalement l’essence-même de CHILD ? C’est une force que l’on retrouve chez très peu de groupes…
C’est tout simplement ce qui me semble juste. Je fais ce que je fais. Il n’y a pas de formule magique, ça vient naturellement. Si ça me semble juste, c’est juste. Je n’ai rien d’autre à ajouter.
– Enfin, j’aimerais que tu nous parles de cette fameuse ‘Electic Church’ à laquelle vous faites souvent allusion et que vous créez lors de vos concerts. Est-ce votre manière de consolider cette communion que vous entretenez avec le public et vos fans ?
Je crois que l’important, c’est de vivre ensemble une expérience profonde et, si possible, transcendante. Il faut que chaque concert soit unique. Je n’aime pas les groupes qui jouent sans conviction. Jouer sur scène ne doit pas être pris à la légère et son pouvoir ne doit pas être sous-estimé. Si on me donne un micro, je me donne à fond à chaque fois. Bien souvent, plus la scène est grande, plus il est difficile de créer un lien avec le public. Il faut donc être à la hauteur. C’est peut-être pour ça que j’utilise un ampli Marshall complet à chaque concert, quelle que soit la taille de la scène.
Le nouvel album de CHILD, « Rebirth », est disponible chez Heavy Psych Sounds.
Basé à Chicago, DIEVENOIRE est apparu l’an dernier avec un premier album aussi surprenant qu’inspiré et parfaitement réalisé. Il faut dire aussi qu’autour de sa chanteuse, Lariyah, s’est constitué un groupe de musiciens aguerris et, surtout, issus d’univers très différents. Avec « The Story Of A Gunslinger », les Américains ont frappé fort et dans cet univers où le western croise le Metal et le Blues, on retient d’abord une originalité assez unique à travers laquelle l’audace ressort comme un leitmotiv, aussi pertinent que personnel. Alors que le quintet a enchaîné les concerts et qu’il procède à quelques changements de line-up avant de se plonger pleinement dans l’écriture de son deuxième album, sa fougueuse et touchante frontwoman revient sur l’évolution et les intentions de ce qui était au départ, un projet solo.
– Pour commencer, j’aimerais que l’on présente le groupe, car il est atypique à bien des égards. Tout d’abord, vous êtes issus de registres très différents comme le Black Metal, le Doom, le Metal Progressif et le Heavy Rock. Pourtant, vous vous retrouvez autour d’un Hard Rock très bluesy aux accents gothiques. Comment cette connexion a-t-elle eu lieu ?
Oui, c’est certain, le mélange des styles de nos autres groupes est assez différent, n’est-ce pas ? (Sourires) Je pense que c’est un atout majeur pour DIEVENOIRE. L’inspiration vient de l’intérieur, pas des influences à proprement parler. Personnellement, j’ai baigné dans la musique gothique à l’adolescence, puis dans le Heavy Metal plus tard, deux genres très portés sur les ballades et une ambiance plus lente et douce. L’album était conçu comme une histoire très émouvante et je voulais qu’il le reste. Le nouvel album s’annonce déjà comme une approche assez différente. J’ai vraiment hâte de sortir le premier single au plus vite, si possible cette année… (Sourires)
– Ce qui était au départ ton projet solo, Lariyah, a finalement rassemblé des musiciens chevronnés avec un style qui a aussi évolué pour donner votre premier album, « The Story Of A Gunslinger ». Et on a presque l’impression que le fait que ce soit un album-concept est une évidence. A quel moment vous êtes-vous dit qu’il fallait articuler vos chansons autour d’une même histoire ?
Tu sais, j’ai toujours adoré les histoires et les contes. Depuis que j’ai entendu l’album « TheCrimson Idol » de W.A.S.P., avant même de commencer à chanter, évidemment, je rêvais d’écrire des romans, de devenir réalisatrice ou quelque chose du genre. Lancer DIEVENOIRE m’a donné l’idée de créer cet univers western moderne, où je pouvais donner vie à une histoire à travers une présentation audio, agrémentée de quelques clips vidéo, bien sûr.
– Ce qui est également étonnant, c’est cette ambiance très Southern qui enveloppe l’album, car il est réalisé par Jakob Herrmann, connu pour son travail avec Draconian, Thyrfing ou Art Nation, c’est-à-dire des styles très éloignés du vôtre. Aviez-vous aussi besoin d’un regard extérieur très différent pour que l’aventure soit justement complète et unique ?
Eh bien, pour commencer, Jakob est un artiste très polyvalent. Il passe beaucoup de temps dans ce qu’il appelle sa deuxième maison : la Nouvelle-Orléans, où il baigne principalement dans le Blues, le Jazz et le Rock, ce qui est peut-être aussi une échappatoire au Metal omniprésent ! (Rires) Blague à part, je pense que les musiciens, ou les artistes en général, ne devraient jamais stagner dans leur travail, sinon cela devient mécanique. Je crois au progrès et à la nécessité de se réinventer régulièrement. Je crois qu’il faut trouver de nouvelles inspirations pour évoluer. Et d’un autre point de vue, j’avais une idée très précise du son que je voulais pour les chansons et je n’avais jamais travaillé avec un producteur auparavant, malgré toutes ces années passées sur d’autres projets. J’ai donc décidé de tenter le coup et de voir où cela nous mènerait. J’ai été absolument bluffée par la façon dont Jakob a transformé le son de DIEVENOIRE, et crois-moi, c’est beaucoup plus puissant que l’idée de départ, plus simple aussi et dans un Blues Rock sombre. Il a su donner cette dimension plus lourde au son et j’en suis vraiment ravie. Il s’agissait en quelque sorte de définir une direction musicale, d’amplifier ce que nous avions créé, sans forcément réécrire les chansons à partir de zéro.
– Il y a un autre contraste assez saisissant, ce sont les tessitures musicales et ta voix, Lariyah, que l’on retrouve surtout dans le Rock et le Metal Alternatif, plus que dans le Blues Rock. L’idée était-elle justement de confronter ces différents univers ?
Ma voix est très douce et orientée ballades, j’en suis parfaitement consciente. Je voulais mélanger ces sonorités contrastées et intégrer ce Rock légèrement Blues à mon travail vocal. Bien sûr, il y aura des critiques et je les accueille avec grand plaisir ! (Sourires) Si on se contentait de faire toujours la même chose, il n’y aurait jamais rien de nouveau, ni d’original. Pour un premier album, je pense qu’il a donné un bon aperçu de ce à quoi ressembleront mes prochains morceaux, et crois-moi, non seulement les instruments seront plus puissants, mais ma voix le sera aussi… (Sourires)
– D’ailleurs, d’où vient le nom de DIEVENOIRE, qui est en partie d’origine lituanienne, et comment est née cette idée d’un far-west gothique avec ce pistolero, dont on suit les aventures ?
Rien de lituanien là-dedans, mais presque. J’ai vécu vingt ans en Pologne. Je suis née et j’ai grandi dans une toute petite ville au bord de la mer Baltique, appelée Dziwnow. Avant la fin des années 1940, lorsque les frontières polonaises ont été modifiées après la guerre, cette ville s’appelait ‘Dievenow’ (prononcé DEE-VEH-NOV). Elle était alors germanophone. Comme tu peux t’en douter, voici le lien, la première partie, ‘Dieven’, qui vient de l’ancien nom de ma ville natale. Ensuite, ‘Noire’, comme la plupart des gens le savent aussi sans doute, est un mot français, de chez toi, qui signifie noir, sombre, lugubre, etc… ce qui fait partie de mon enfance. Les périodes sombres, les difficultés personnelles, les promenades nocturnes sur les rivages de la Baltique en chantant, en composant des mélodies… dont certaines figurent d’ailleurs sur cet album.
– Sur « The Story Of A Gunslinger », on retrouve également plusieurs clins d’œil sonores comme des éléments tribaux ou Country, et plusieurs ballades viennent aussi ponctuer l’ensemble. L’univers de DIEVENOIRE a-t-il vraiment des frontières, ou est-ce que l’exploration musicale reste votre principale source d’inspiration ?
Je n’ai jamais voulu être cataloguée. Quand on m’a demandé quel était le style de DIEVENOIRE, je n’avais absolument aucune idée de comment le décrire car, comme tu l’as dit, les morceaux ont des ambiances très différentes. Et j’aime ça ! (Sourires) Si je devais définir un style, ce serait un mélange de Blues doux, de Hard Rock, de ballades gothiques sudistes et de berceuses crasseuses. Je n’aime pas ces étiquettes. Un de nos fans, rencontré au ‘Rock Fest’ et qui nous voyait pour la première fois, s’est exclamé : « J’adore ce Rock bien crasseux ! » Voilà. A partir de ce jour, je considère DIEVENOIRE comme du Rock bien crasseux. Quant à savoir où cela nous mènera, et à quel point ce sera plus doux, plus lourd ou plus crasseux, seul l’avenir nous le dira ! (Sourires)
– Il y a également une chose vraiment étonnante, notamment car il s’agit d’un album-concept. Pourquoi les morceaux ne respectent-ils pas la chronologie de l’histoire ? Vous avez voulu procéder par flash-backs ou de manière aléatoire, même si cette aventure a une fin ?
(Rires) J’adore tout autant que je déteste vraiment cette question ! (Rires) Franchement, j’aurais adoré que l’histoire suive une chronologie cohérente sur l’album et qu’on puisse l’écouter de manière à la comprendre. Cependant, en enchaînant les chansons dans l’ordre chronologique, ça ne sonnait pas juste. Soit c’était trop ennuyeux avec plusieurs ballades à la suite, soit ça ne collait pas. Du coup, je me suis dit qu’en les disposant de façon à ce que l’écoute soit fluide, l’auditeur prendrait plus de plaisir à l’écouter et essaierait aussi de reconstituer le puzzle. Après tout, ces chansons n’expliquent pas tout de façon explicite, mais elles sont très subtiles. Le pistolero est-il vraiment une personne, ou est-ce une métaphore utilisée par le narrateur ? (Sourires)
– Enfin, ce premier album est sorti il y a près d’un an. Est-ce que vous vous concentrez surtout sur la scène en ce moment, ou avez-vous déjà commencer le travail d’écriture du successeur de « The Story Of A Gunslinger » ? Et sera-t-il dans le même esprit ?
Le groupe étant en pleine restructuration, nous allons faire une courte pause dans les concerts, afin de trouver les bons musiciens et, en attendant de travailler sur des démos à partir de mes nouvelles compositions personnelles. L’écriture du nouvel album sera cette fois-ci complètement différente, car nous avons déjà testé quatre nouveaux morceaux lors de nos six ou sept derniers concerts. Et je sais exactement ce que je veux en faire, ainsi que du reste de l’album. Je vise à nouveau dix titres, mais le concept de l’album restera le même que pour le premier opus. Le second sera riche en émotions de toutes sortes : un mélange de colère, de haine, de déception, mais aussi, à l’inverse, une passion intense et le désir ardent de l’amour. J’aime laisser libre cours à mon inspiration, sans contrainte, ni idée préconçue sur les sujets à aborder ! (Sourires)
Trois ans après un premier album, « Jukebox Gypsies », qui les a fait émerger de la bouillonnante scène de Nashville, les desperados de PARKER BARROW ont pris du volume et de l’assurance. Toujours ancré dans un Southern Rock aux riffs ravageurs et aux envolées d’orgue captivantes, le groupe emmené par le couple Megan Kane à l’incroyable puissance vocale et Dylan Turner, derrière les fûts et à la composition, poursuit son ascension de belle manière. Suivant également les codes modernes de l’industrie musicale tout en conservant une approche très roots, le sextet a enchaîné les singles avant de livrer « Hold The Mash », un deuxième opus qui compile leurs compositions de ses dernières années. Une bonne occasion pour en parler avec son batteur et fondateur.
– Tout d’abord, près de huit ans après sa formation, PARKER BARROW en a fait du chemin entre de nombreux concerts, deux albums et un EP entre les deux. Pour vous suivre depuis « Jukebox Gypsies », je trouve votre progression assez incroyable. Avez-vous senti un point de bascule dans votre jeu à un moment donné, ou est-ce une évolution très naturelle pour vous ?
Je pense que l’évolution a été très naturelle. Megan et moi avons commencé toutes les deux il y a presque huit ans, et depuis, nous avons eu la chance d’accueillir de nombreuses personnes incroyables dans le groupe. Chacune apporte sa propre touche musicale, enrichissant en quelque sorte les sonorités que nous avions en tête depuis des années.
– L’an dernier, votre EP « Hold The Mash » avait conforté le bel élan pris depuis vos débuts. Pourquoi aviez-vous décidé de ne sortir qu’un format court plutôt qu’un album complet ?
C’est la réalité d’aujourd’hui, avec le streaming musical. On reste nostalgiques de l’album dans son format et de la possibilité d’offrir à l’auditeur l’opportunité de découvrir notre musique sous cette forme. Mais avec le streaming et les différentes façons d’écouter de la musique, il est important de sortir régulièrement des titres pour maintenir l’intérêt du public.
– Ce deuxième album porte d’ailleurs le titre de votre EP et il est complété de trois nouveaux morceaux, dont la reprise des Black Crowes « My Morning Song ». Pourquoi vous êtes-vous précipités ainsi ? Vous sentiez qu’il fallait profiter de la belle dynamique en cours, à moins qu’il vous paraissait peut-être incomplet ?
Je ne crois pas que nous nous soyons sentis pressés. Par ailleurs, « My Morning Song » est un incontournable de nos concerts depuis des années et nous savions que nous voulions inclure une reprise sur cet album, alors ça nous a semblé tout à fait naturel.
– D’ailleurs, l’essentiel des chansons de « Hold The Mash », c’est-à-dire l’EP inclus, est sorti en singles. Est-ce qu’aujourd’hui le format de l’album vous paraît obsolète compte tenu de l’impact des plateformes numériques dans les habitudes d’écoutes, même si celles-ci sont aussi d’une certaine façon biaisées ?
Je pense que les albums ont encore toute leur place. C’est pourquoi nous avons réuni les titres sortis en singles et sur l’EP dans un album. Comme je te le disais, nous adorons l’idée de l’album et ce qu’il représente pour nous, en tant que groupe et aussi en tant que fans de musique.
– La composition et l’enregistrement des nouveaux morceaux complétant l’album se sont faits durant ces derniers mois, j’imagine. Est-ce que vous avez changé quelque chose dans votre fonctionnement après vos expériences précédentes ?
En fait, nous n’avons pas vraiment de processus standard. Chaque chanson est unique et se doit d’être traitée comme telle. Nous ne nous focalisons pas sur le processus. Nous laissons la chanson s’exprimer et se développer naturellement.
– Le choix de cette reprise des Black Crowes est très cohérent et parfaitement en phase avec votre univers musical, puisqu’elle associe les racines du Southern Rock et la modernité de la nouvelle génération. Est-ce pour cette raison que vous l’avez choisie, et aussi parce que c’est unechanson que vous jouez régulièrement en concert ?
Oui, c’est un morceau qu’on joue depuis des années. On trouve qu’il met vraiment en valeur toutes les facettes de notre groupe : les duels entre les guitares et l’orgue et bien sûr la voix de Megan. C’est un morceau qui change toujours l’atmosphère et l’ambiance de nos concerts. On adore tous le jouer ensemble.
– Est-ce qu’avec le recul depuis l’EP, vous pensez que « Hold The Mash » représente aujourd’hui toutes les facettes de PARKER BARROW ? Et avez-vous justement profité du fait que ce soit votre deuxième album pour expérimenter plus de climats, car il est très varié au final ?
Je pense que « Hold The Mash » résume parfaitement où nous en sommes en tant que groupe actuellement. Je crois que c’est ce qu’on essaie de faire avec n’importe quel album : créer une trace tangible de nous-mêmes, un témoignage de notre évolution en tant que groupe. A mon avis, « Hold The Mash » y parvient parfaitement.
– Enfin, vous êtes basés dans la très foisonnante cité de Nashville. Est-ce pour cette raison que vous restez toujours indépendants ? Face aux nombreux groupes présents, un label ne vous serait-il pas utile pour vous imposer dans cette jungle musicale très débridée ?
Nous avons tendance à nous concentrer uniquement sur ce que nous pouvons contrôler : notre attitude et nos efforts. Nous n’accordons pas beaucoup d’importance au reste. Actuellement, notre travail consiste à composer une musique qui nous ressemble et que nous prenons plaisir à créer et à jouer. Nous avons la chance de pouvoir le faire et nous en sommes pleinement conscients. Si un jour nous sentons qu’un élément extérieur à notre activité actuelle pourrait nous aider à atteindre cet objectif, nous l’explorerons, mais pour l’instant, ce n’est pas notre priorité.
Le nouvel album de PARKER BARROW, « Hold The Mash », est disponible sur le site du groupe, tout comme les billets de leur prochaine tournée en Angleterre, qui débutera le 25 novembre : www.weareparkerbarrow.com
Photos : Ryan Alexander (1, 3) et Joe del Tufo (4).
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En plus de vingt ans et à travers huit albums, la chanteuse et multi-instrumentiste américaine a su non seulement se forger une solide réputation sur disque comme en concert, mais aussi imposer un style enveloppant un Rock vaste et fédérateur, aux frontières du Hard Rock. Tenant aussi la basse sur scène, c’est sur un groove massif et avec une voix puissante qu’elle emmène ses musiciens et son public sur des morceaux aussi mélodiques que percutants, et toujours emprunts de vérité. Authentique et directe, JASMINE CAIN passe une grande partie de sa vie sur la route et cela s’en ressent dans son écriture. Rencontre avec une artiste complète, indépendante, joyeuse et sans fard.
– Tout d’abord, j’aimerais que tu me définisses ton style, car c’est un Rock dans lequel on retrouve beaucoup de choses. Et puis, il y a aussi une forte empreinte féminine. J’ai presque l’impression que c’est même le plus important, non ?
Ma musique est essentiellement du Rock mélodique, porté par des mélodies entraînantes et des histoires authentiques. J’écris à partir de mes expériences de vie, qui capturent les joies, les peines et tout ce qui se trouve entre les deux. Elle est faite pour être ressentie autant qu’écoutée. Personnellement, le fait d’être une femme n’est pas un thème central de mon écriture. Je veux que mes chansons parlent à tout le monde.
– D’ailleurs, ce qui te caractérise aussi, c’est une forte personnalité et une attitude sans compromis. Cela a commencé avec ton arrivée à Nashville en provenance du Dakota du Sud il y a plus de 20 ans et où tu t’es imposée. La ville a aussi beaucoup changé, tout comme l’industrie musicale qui y est très concentrée. Comment y as-tu fait ta place ?
Il y a vingt ans, déménager à Nashville pour poursuivre une carrière dans le Rock paraissait un peu étrange. Mais je suis vraiment contente d’avoir fait ce choix, car cela m’a permis de participer dès le début à la construction de la scène Rock locale et de m’implanter durablement dans la ‘Capitale de la Musique’. Ces dernières années, la ville a beaucoup changé avec l’arrivée de gens venus de partout, qui n’apprécient pas forcément ce qui faisait son charme.
– Et puis, l’une de tes autres particularités est d’être l’une des premières femmes à être coutumière des rassemblements de bikers. En tant que pionnière, comment est née ton attirance pour cette communauté a priori très masculine ?
C’était incroyablement difficile à mes débuts dans les événements de bikers. J’ai dû faire face à beaucoup d’irrespect de la part d’autres groupes qui n’appréciaient pas que j’empiète sur leur territoire, et il était très difficile de gagner le respect du public, car c’était tellement inhabituel. En coulisses, je retrouvais mes affiches profanées et déchirées. J’ai choisi de rester digne et de me concentrer sur l’avenir, car je savais que dans cinq ans, ils seraient toujours sur la même voie et que je serais la tête d’affiche de ces concerts. Ces événements avaient désespérément besoin de quelque chose de nouveau et d’exubérant, et je savais que je pouvais l’apporter… (Sourires)
– Tu as donc ce caractère bien trempé que l’on retrouve jusqu’au titre de ton huitième album, « Attitude Is Everything ». Est-ce que tu te retrouves dans le monde actuel de la musique, qui semble assez loin de tes valeurs ?
Je ne me compare pas à la scène musicale actuelle. Je me compare à ce que j’étais hier pour évaluer mon évolution. Tant que je progresse, je considère cela comme une réussite. Je refuse de suivre les tendances éphémères et de me laisser entraîner dans cette course effrénée. Je veux composer une musique qui a du sens et qui me touche, et si par hasard elle trouve un écho chez d’autres, comme cela semble être le cas, j’en suis ravie ! (Sourires) Mes valeurs sont à la base de ma réussite et de mon activité, et je leur resterai toujours fidèle.
– A ce sujet, tu as sorti le single « Hurt » en mars dernier et il fait suite à une prise de position forte, qui a même créé une polémique en lien avec le magazine « Easyriders ». C’est une chanson très engagée. Que s’est-il passé pour que tu te sois sentie obligée de réagir de cette façon et en musique ?
J’ai été profondément déçue par la position du magazine ‘Easyriders’ concernant un article. Ce n’était un secret pour personne qu’ils avaient lancé ma carrière à mes débuts. John Green, le patron de la partie événementielle, m’avait donné l’opportunité de réaliser de grandes choses que je n’avais pas forcément méritées. Grâce à sa confiance en moi, en ma capacité à assurer un spectacle impeccable jour après jour et à gérer seule le rythme effréné des tournées, j’ai acquis une notoriété nationale et je me suis constituée une solide base de fans en quelques mois, chose qui m’aurait pris des années toute seule. Il était généreux et bienveillant, et je l’admirais beaucoup pour sa bonté envers les autres. Il est décédé il y a plusieurs années.
Le magazine était une entité indépendante et, impressionnés par le succès des spectacles, ils ont décidé de me consacrer un article dans leur numéro de juin 2006. C’était l’une des premières fois qu’un artiste musical apparaissait dans le magazine ‘Easyrider’… Une véritable révolution ! (Sourires) Imaginez donc ma joie lorsque les nouveaux propriétaires ont voulu me consacrer un autre article 20 ans plus tard ! C’était un moment symbolique pour moi et j’étais ravie. L’interview était terminée et il ne manquait plus que la séance photo. J’avais choisi de travailler avec la fabuleuse photographe Allison Lynn à Tampa et de mettre en avant la ‘Triumph’, voiture primée de Jared Weems, sur les photos. Avant même de recevoir les photos, j’ai appris que le nouveau propriétaire, Keith ‘Bandit’ Ball, avait publié une story sur Facebook faisant l’apologie de la pédophilie. J’ai été vérifier l’information moi-même et je l’ai vue. Ensuite, l’un des rédacteurs lui a demandé s’il approuvait cette publication, car si c’était le cas, il ne pouvait plus travailler pour lui. Sa réponse a été : « Au revoir ».
C’était tout ce que j’avais besoin de savoir : je devais m’éloigner le plus possible d’’Easyrider’ avant d’être entraînée dans cette histoire. C’était choquant et très décevant. J’ai sorti « Hurt » quelques semaines plus tard pour boucler la boucle. Ça me brise le cœur de voir cet empire devenir ce qu’il est devenu. John Green aurait été déçu lui aussi. Le magazine ne sera peut-être bientôt plus là, mais cette chanson, elle, restera toujours.
– A ce sujet, « Attitude Is Everything » est sorti en 2024 et l’inédit « Hurt » il y a quelques mois. Est-ce que tu travailles en ce moment sur ton nouvel album ?
Les albums studio se font rares ces temps-ci. Tout le monde veut de la musique tout de suite et la préparation d’un album est très chronophage. Je vais donc privilégier des sorties plus fréquentes, sans forcément construire à un album. Beaucoup de singles et d’EPs aussi. On commence généralement à travailler dessus à l’automne, une fois la tournée d’été terminée. Comme je suis en tournée toute l’année, il faudra donc prévoir des plages horaires dédiées à l’écriture et à l’enregistrement, dès que j’aurais quelques jours de congés… (Sourires)
– Outre tes prises de position, il y a aussi beaucoup d’humour dans ta démarche artistique et je pense notamment à « Evil Disco » et « Stupid Pop Song », deux morceaux assez ironiques de ton dernier album. Est-ce important aussi pour toi d’apporter un peu de légèreté à ton répertoire ?
Je plaisante sur tout. J’essaie de ne rien prendre trop au sérieux dans la vie, car il faut en profiter sinon on devient morose en permanence. J’ai la chance d’être entourée de musiciens formidables, qui rient sans cesse. Ça allège la vie, même dans les moments difficiles. J’adore notre sens de l’humour, il est contagieux ! (Rires) On veut que les gens s’amusent avec nous. On se moque de nous-mêmes sur scène, on dit et on fait des choses ridicules juste pour le plaisir. On a tous commencé la musique par plaisir et on compte bien que ça continue comme ça ! (Sourires)
– Tu es compositrice et aussi multi-instrumentiste. Pourtant, tu as choisi la basse pour la scène. Quel est ton lien et ta relation avec cet instrument ? C’est une histoire de groove ?
Je ne crois pas avoir choisi la basse. C’est plutôt elle qui m’a choisi. En grandissant, je jouais de la guitare rythmique, ou d’autres instruments, dans des groupes et il y avait toujours un imprévu qui empêchait le bassiste de jouer. Du coup, je devais prendre sa place. C’était tellement fréquent que j’ai fini par m’y consacrer pleinement pour ne plus avoir à m’en soucier. Au fil des années, des professeurs m’ont conseillé d’abandonner la basse et de me concentrer sur le chant, mais elle est devenue presque une extension de moi-même. Je l’utilise autant comme un accessoire que comme un instrument. Je ne suis pas une bassiste virtuose, mais mon jeu est solide et c’est ce qui nous unit. J’aime aussi le fait de pouvoir emmener le groupe dans une direction expérimentale en plein morceau, si l’envie me prend d’essayer quelque chose. Avoir un instrument me permet d’improviser sur scène. Et c’est justement ce qui rend les concerts si intéressants : ils ne se ressemblent jamais ! (Sourires)
– Par ailleurs, ton dernier album se conclue avec « The Toast (Pub) », une chanson à l’esprit et aux sonorités Country. Est-ce une sorte d’hommage à Nashville, qui a accueilli et où tu as réellement pris ton envol ?
A l’origine, je rêvais d’être chanteuse de Country. Mes racines sont profondément ancrées dans cette musique. J’ai grandi en chantant des chansons de cow-boy pour mon père et dans le groupe Country de mon frère. Après le lycée, j’ai chanté du Bluegrass dans un spectacle familial pendant un été… j’ai même appris à yodler ! (Rires) J’ai participé à des rodéos et débourré des chevaux durant l’été. Je suis partie à Nashville en pensant devenir la version Rock’n’Roll de Gretchen Wilson, mais le destin en a décidé autrement ! (Sourires) J’écris toujours dans un esprit Country, car il est indéniable que trois accords et la vérité restent les maîtres mots. Je suis une fille simple dans un monde complexe… (Sourires)
– Enfin, tu seras chez toi à Sturgis en ce moins d’août. Est-ce que les concerts dans ta ville d’origine ont une saveur particulière pour toi ?
Oui, c’est vrai ! (Sourires) On a parlé de ce moment symbolique et c’est quelque chose que je ressens chaque année en rentrant chez moi. Je revois les membres de mon groupe avec qui j’ai joué dans ces petits bars enfumés, et ils me regardent comme si j’avais gagné au loto ! (Rires) Je suis vraiment heureuse de les revoir tous. Ils m’ont façonné. Ils n’ont peut-être pas perçu ce dont j’étais capable à l’époque, mais ils me voient maintenant et je leur suis toujours reconnaissante de venir à mes concerts. J’ai travaillé dur pour en arriver là, et cette fierté d’appartenir à ma ville natale est indéniable… (Sourires)
Le dernier album de JASMINE CAIN, « Attitude Is Everything », ainsi que ses autres productions, sont disponibles sur le site de l’artiste :https://jasminecain.com/
En mettant fin à l’aventure SINNER, le bassiste, chanteur, compositeur et producteur ne tire pas un trait sur la musique, bien sûr, puisqu’il continue d’œuvrer avec Primal Fear, formation qu’il a d’ailleurs aussi fondé. Et puis, connaissant son parcours, il n’est pas impossible de le retrouver dans divers projets. Après une petite vingtaine d’albums, des tournées innombrables et plus de 40 ans à mener de front son groupe, l’Allemand a donc pris la décision de mettre une point final à cette belle épopée. Et pour marquer le coup, Mat Sinner s’est fait plaisir en invitant des amis chanteurs et musiciens de talent pour livrer un « Boom Bang Goodbye » aussi explosif que mélodique. Son Hard Rock reste une référence et c’est avec beaucoup de bonne humeur qu’il revient sur cette décision soudaine et l’état d’esprit qu’il l’a animé sur cet ultime opus.
– Tu as fondé SINNER en 1982 et tu viens d’annoncer la fin de l’aventure avec la sortie de « Boom Bang Goodbye », ton 19ème album. Cela a du être une décision difficile à prendre et aussi mûrement réfléchie, j’imagine. Depuis combien de temps as-tu en tête d’arrêter le groupe ?
En réalité, quand j’ai commencé à travailler sur l’album, je ne savais pas que ce serait le dernier de SINNER. Au départ, je n’avais même pas l’intention d’en faire un autre. Après tous mes problèmes de santé, j’ai dû réapprendre à marcher et j’ai traversé une période très difficile. Pendant ce temps, certains événements autour de moi m’ont mis en colère, et c’est ce qui m’a donné l’énergie de recommencer à écrire des chansons. L’idée que ce serait le dernier album de SINNER est venue plus tard. A un moment donné, je me suis dit : nous avons eu une si longue carrière, alors pourquoi ne pas la terminer en beauté avec un album vraiment marquant ? Je ne voulais pas que SINNER disparaisse simplement, sans une véritable fin. Après plus de quatre décennies, le groupe mérite des adieux dignes de ce nom.
– Il te reste toujours Primal Fear, dont tu es l’un des fondateurs, mais SINNER était ton groupe et ton projet personnel. As-tu le sentiment d’être allé au bout des choses, car « Boom Bang Goodbye » laisse entendre le contraire ?
Non, absolument pas au niveau musical. J’aime toujours autant écrire, jouer et créer. Mais SINNER existe depuis plus de 40 ans, et à un moment donné, il faut bien décider comment conclure l’histoire. Pour moi, il était important d’arrêter tant que je me sens bien dans le groupe et tant que nous sommes capables de faire un album plein d’énergie. Je pense que c’est bien mieux que de continuer simplement par habitude. Primal Fear, c’est une autre histoire, une autre étape de ma vie musicale. La fin de SINNER ne signifie pas que j’en ai fini avec la musique ! (Sourires)
– Ce dernier album est chargé d’émotion et il y règne aussi une atmosphère très positive. Dans quel état d’esprit étais-tu, car il y a beaucoup plus de plaisir que de nostalgie dans ces nouveaux morceaux ?
Comme je te le disais, je ne savais pas que ce serait le dernier au départ. Cette décision a mûri au fur et à mesure que je travaillais sur l’album. Mais l’atmosphère positive était tout à fait intentionnelle. Vu la situation actuelle dans le monde, je ne voulais pas créer une bande originale déprimante. Si je fais un album de SINNER, je veux qu’il dégage une énergie positive et qu’il fasse du bien aux gens. Bien sûr, certains textes sont très personnels. Des chansons comme « Wait », « Leave It All Behind » et « Hellbreaker » abordent la mort et des expériences vécues ces dernières années. Mais dans l’ensemble, je vais bien. Je suis heureux d’être en vie, heureux avec ma famille et reconnaissant pour tout ce que j’ai ! (Sourires) Alors, même si l’album aborde des sujets sérieux, je ne voulais pas qu’il soit dominé par la tristesse ou la nostalgie. Chaque chanson raconte une histoire, et en ce sens, il y a certainement une dimension autobiographique, en effet.
– « Boom Bang Goodbye » se présente un peu comme un album souvenir. Bien sûr dans ces cas-là, on en garde que les bons. Quel est le moment le plus intense que tu aimerais revivre de ces plus de 40 ans à la tête de SINNER ?
Nos débuts chez Noise Records ont été un excellent départ. Je suis encore très fier musicalement de la période entre « Judgement Day » et « The Nature of Evil ». Travailler sur « Judgement Day » avec Keith Olsen à Los Angeles a été une expérience incroyable. Nous avons beaucoup appris et passé des moments fantastiques. Plus tard, nous avons également fait de superbes tournées où nous nous sommes tout simplement beaucoup amusés. Ce sont donc des souvenirs qui me restent particulièrement en mémoire. Bien sûr, il y a eu aussi des moments difficiles, mais avec le recul, je préfère me souvenir des bons moments. Plus de 40 ans avec un groupe, ça forge des tas d’histoires ! (Sourires)
– Qu’en est-il des musiciens du groupe qui t’accompagnent depuis quelques temps maintenant ? Comment ont-ils pris la nouvelle ? Et j’imagine que vous serez amené à vous revoir dans le futur…
Absolument. Alex Scholpp est avec SINNER depuis une quinzaine d’années et nous sommes aussi de bons amis dans la vie. Jim Müller et moi nous connaissons également depuis de nombreuses années. Moritz Müller est un batteur fantastique et j’ai beaucoup de plaisir à travailler avec lui. Ces relations ne disparaissent pas du jour au lendemain avec la fin de SINNER. L’alchimie entre nous est excellente, et je suis certain que nous continuerons à nous voir et probablement à collaborer dans différents contextes. La fin du groupe ne signifie pas la fin de nos amitiés.
– Pour cet ultime réalisation, tu as également réuni des invités de renom. On y retrouve surtout des chanteurs parmi les meilleurs du monde du Hard Rock et du Heavy Metal actuel. Qu’est-ce que cela représente pour toi de les avoir à tes côtés sur « Boom Bang Goodbye », qui reste un album spécial ?
A l’origine, je comptais chanter moi-même sur l’album, mais lorsqu’il est devenu évident que ce serait le dernier album de SINNER, j’ai pensé qu’il fallait en faire quelque chose de spécial. J’ai donc dressé une liste de chanteurs que j’apprécie beaucoup et qui ont un lien avec moi et avec le groupe. Presque tous ont immédiatement accepté. Michael Bormann (Bonfire, Bloodbound, Jaded Heart – NDR) était un choix évident, car nous nous connaissons depuis longtemps et avons déjà collaboré ensemble. Ronnie Romero (Lords Of Black, Rainbow, CoreLeoni – NDR) est un ami et un chanteur incroyable. Renan Zonta (Electric Mob – NDR) est fantastique, Björn Strid (Soilwork, The Night Flight Orchestra – NDR) a fait un excellent travail, et il y a aussi Erik Mårtensson (Eclipse – NDR) et Michael Sadler (Saga – NDR). Magnus Karlsson (Primal Fear – NDR) est non seulement un excellent guitariste, mais aussi un chanteur exceptionnel. Il a juste fallu que je le convainque de chanter ! (Rires) Pour moi, l’important était que cela ne ressemble pas à une simple collection de noms célèbres. Ce sont des musiciens que je respecte et avec qui j’ai une grande affinité. C’est ce qui rend leur présence sur le dernier album de SINNER si particulière.
– J’imagine que la fin de SINNER sera aussi l’occasion d’un concert un peu spécial, ou peut-être même d’une tournée. Est-ce que tu as déjà prévu quelque chose de ce côté-là ?
Il n’y aura pas de tournée. On envisage un dernier concert, si tout va bien, à l’été 2027. Si on le fait, je veux que ce soit parfait : un lieu exceptionnel, une organisation impeccable et, idéalement, un concert avec certains des membres qui ont fait partie de SINNER au fil des ans. Mais je ne souhaite pas faire une longue tournée d’adieu. Un dernier concert mémorable serait la meilleure façon de clore ce chapitre. Si on peut le réaliser comme je l’imagine, j’en serais ravi ! (Sourires)
– Enfin, un petit mot au sujet de Primal Fear, dont on attend le successeur de « Domination » avec impatience puisqu’un premier single, « One » est déjà sorti en février dernier. La sortie d’un nouvel album est-elle prévue pour cette année ?
Oui, Primal Fear continue son chemin. Nous avons déjà composé une vingtaine de nouveaux morceaux, donc les idées ne manquent pas. Nous travaillons actuellement sur le prochain album, mais il ne sortira pas cette année. Le nouvel album de Primal Fear est prévu pour avril 2027. Alors, même si SINNER tire sa révérence, je n’arrête certainement pas de faire de la musique ! (Sourires)
L’ultime album de SINNER, « Boom Bang Goodbye », est disponible chez Reigning Phoenix Music.
Photo : Eddi Bachmann (1)
Retrouvez la chronique du précédent album « Brotherhood »…
Depuis plus d’une décennie, ILIENSES TREE fait vibrer la Sardaigne avec une profonde sincérité. Puisant ses réflexions au cœur de l’esprit humain, à travers ses émotions, ses peurs, sa solitude et même ses hontes, le quintet a bâti un Death Doom Metal puissant et massif, qui semble presque inébranlable. Ce deuxième album, « Toward The Storm » appuie donc sur certaines failles que le groupe illustre de manière assez saisissante dans des atmosphères à la fois pesantes et véloces, et sur un narratif soigneusement élaboré. Le bassiste Claudio Kalb, puis le frontman Maurizio Meloni, nous parlent du parcours de ce nouvel opus, de leur vision du Doom et, bien sûr, de l’impact de leur île sur leur approche artistique.
– Avant de parler de « Toward The Storm », j’aimerais qu’on revienne sur votre parcours qui est assez étonnant. Vous avez sorti deux démos il y a une dizaine d’années, puis un premier album, « Till Autumn Comes », en 2019. Comment cela se fait-il que vos réalisations soient aussi espacées dans le temps ?
Claudio Kalb : Pour être précis, nous avons sorti notre première démo autoproduite, « 2014 BC », en 2014. Puis, en 2017, nous avons sorti l’EP « Edda », produit par le label maltais Maculata Anima Records. Et en 2020, toujours sur le même label, nous avons sorti notre album « Till Autumn Comes ». Malheureusement, nous avons ensuite dû ralentir notre rythme en raison des confinements et des couvre-feux liés à la pandémie de Covid. Comme nous passons beaucoup de temps en répétition à composer et à développer des idées ensemble, il nous en a donc fallu un peu plus pour retrouver notre alchimie et créer de nouveaux morceaux.
– Il s’est donc passé six ans entre vos deux albums. C’est assez long d’autant que le line-up est resté stable. Vous aviez besoin de laisser mûrir vos morceaux ?
Maurizio Meloni : La raison principale était résolument personnelle, bien plus que créative. Aussi étrange que cela puisse paraître, chacun d’entre nous a traversé une période de grands bouleversements professionnels. Nous avons tous dû prendre des décisions difficiles, ce qui nous a contraints à concentrer notre temps et notre énergie sur d’autres priorités.
Cet album est né de cette expérience et je pense que cela se ressent dans les émotions qui s’en dégagent. Le fait d’être de proches amis, et pas seulement les membres d’un groupe, nous a permis de rester soudés. D’ailleurs, cela nous a encore plus rapprochés et nous a aussi donné une vision claire de la manière dont nous voulions transformer cette longue et difficile période en musique.
Quant à la composition, nous avons retravaillé les morceaux à de nombreuses reprises, cherchant toujours à en tirer le meilleur parti. Ainsi, en considérant tous ces éléments, à savoir les difficultés personnelles et le temps passé à peaufiner la musique, on comprend aisément pourquoi la sortie de cet album a pris autant de temps.
– Après l’intro « Left Alone » qui ouvre l’album de manière assez solennelle au piano, « Toward The Storm » s’articule autour de quatre morceaux d’environ neuf minutes chacun. L’avez-vous conçu comme deux faces d’un vinyle, ou plutôt quatre mouvements qui font corps et se présentent comme une enchaînement narratif ?
Diviser l’album en deux faces pour le vinyle était un choix assez naturel, notamment en raison de la longueur des morceaux. Cela dit, l’album a été très soigneusement conçu, tant sur le plan musical que lyrique. Il débute par un sentiment de solitude et de honte, presque comme un cri de détresse, et monte progressivement en puissance jusqu’à son point culminant : la confrontation avec soi-même. Chemin faisant, il explore différents états émotionnels qu’une personne peut traverser lors d’une période difficile. L’idée principale était de montrer qu’il n’y a aucune honte à reconnaître ses luttes intérieures, ni à les partager avec les autres.
– Une chose m’a étonné sur votre album, c’est que le groupe compte deux guitaristes et là où on aurait pu s’attendre à de belles joutes, elles sont surtout au service des atmosphères. Est-ce d’abord le climat qui compte sur « Toward The Storm » et qui a monopolisé votre attention lors de la composition ?
Absolument. Dès le départ, notre objectif était de créer un son capable d’intégrer différents éléments musicaux tout en conservant une dimension profondément personnelle. Nous souhaitions construire quelque chose d’ambitieux, où toutes ces influences convergeraient pour former notre propre identité. En ce sens, les guitares jouent un rôle fondamental. Non pas tant d’un point de vue technique, mais plutôt émotionnel. Elles permettent aux morceaux de s’élever dans une autre dimension et de créer l’atmosphère recherchée.
Il aurait été facile d’ajouter un claviériste par le passé, notamment pour obtenir certaines textures, mais c’est précisément le défi que nous apprécions. Nous voulions créer ces moments amples et atmosphériques uniquement à la guitare, en trouvant le juste équilibre entre puissance et ambiance. C’est l’une des raisons pour lesquelles je suis si content de « Toward The Storm ». Il sonne authentique et vivant, car il est né d’expériences réelles et d’émotions sincères. Plus que tout, nous souhaitions que l’album accomplisse deux choses très simples : toucher les auditeurs et les amener à la réflexion.
– Le titre de l’album symbolise une tempête intérieure et il balaie aussi une multitude d’émotions diverses. Et par ailleurs, le Doom est un registre qui obéit aussi à de nombreux codes. Même se le vôtre est teinté de Death Metal, cela nécessite-t-il de posséder d’abord une solide expérience avant de se lancer dans un tel registre, selon vous ?
C’est une excellente question. Je pense avoir déjà abordé une partie de la réponse dans les questions précédentes, en parlant de nos débuts et des objectifs qui ont façonné notre évolution au fil des ans et qui, je l’espère, continueront de le faire à l’avenir. Il est vrai que le Doom possède de nombreuses conventions, et si vous composez dans ce genre, je pense qu’il est important de les connaître. Comprendre le genre vous donne les outils pour savoir où rester fidèle à ses codes et où vous pouvez repousser les limites de votre écriture.
Parallèlement, le Doom offre des possibilités infinies, surtout si vous avez quelque chose d’authentique à exprimer. Pour moi, c’est l’un des genres les plus libérateurs en matière d’expression artistique. Qu’il s’agisse du Doom classique ou du son plus Death/Doom qui nous caractérise, tout est question d’émotion pure. Je ne sais pas si c’est vraiment une question d’expérience, mais je suis convaincu que le Doom est un monde immense, presque un univers à part entière, qu’il faut explorer, écouter, absorber et vivre pleinement avant de pouvoir y jouer de manière convaincante. Plus que tout, je pense que c’est un genre qu’il faut ressentir vibrer en soi… et nous savons tous où ces veines mènent : droit au cœur.
– Enfin, vous êtes originaires de Sardaigne et vivre sur une île, même grande, est toujours quelque chose de particulier. En quoi vous inspire-t-elle et que génère-t-elle au niveau de la créativité et de l’approche de votre Death/Doom Metal ?
Oui, nous sommes originaires de Sardaigne. Et comme je le dis souvent, c’est une terre unique, pleine d’énergie, de contrastes, de paysages incroyables, de parfums inoubliables et de gens vraiment exceptionnels. Vivre ici nous offre une perspective très différente du reste de l’Italie. Ce n’est pas un hasard si beaucoup disent que nous sommes Sardes avant d’être Italiens. C’est un sentiment profondément ancré en nous.
Je suis convaincu que cette île a une influence considérable sur nous, surtout sur le plan émotionnel. Si nous vivions dans le tumulte d’une grande ville, notre musique serait certainement différente. Ici, il suffit de quelques minutes pour se retrouver dans des lieux presque magiques, des lieux qui invitent naturellement à la réflexion et à l’introspection. Cette atmosphère se retrouve inévitablement dans notre musique.
En revanche, vivre sur une île, et pas tout près des côtes, a aussi ses inconvénients. Cela nous tient éloignés de nombreux endroits où notre musique pourrait toucher un public plus large grâce aux concerts. Etant donné que le Doom et le Death/Doom ont une base de fans plus importante dans d’autres régions d’Europe, la distance et le fait que nous devions toujours prendre l’avion compliquent considérablement les choses d’un point de vue logistique et financier. Mais c’est la vie. On ne peut pas tout avoir… (Sourires)
Le nouvel album d’ILIENSES TREE, « Toward The Storm », est disponible chez Meuse Music Records.
A l’évidence, la chanteuse Maggy Luyten et le guitariste Bas Maas étaient faits pour se croiser un jour ou l’autre. Et si leur parcours respectif paraît parfois opposé, ils se sont naturellement retrouvés autour d’un Hard Rock aux teintes Heavy pour donner naissance à ROCK JUSTICE. Fédérateur et bouillonnant, leur style rappelle autant les premières heures du style qu’il semble promis à un bel avenir. Avec « You’ve Been Served », le duo se fait vraiment plaisir et nous emporte sans mal grâce à des morceaux accrocheurs, où la voix de la Belge vient renforcer les riffs costauds et les solos tout en feeling du Néerlandais. Un premier album qui en appelle forcément d’autres, et sur lequel la frontwoman revient avec beaucoup d’enthousiasme.
– Avant de parler de ROCK JUSTICE, j’aimerais qu’on dise un mot de ton parcours. Tu chantes, ou as chanté, dans Beautiful Sin, The Prize, Nightmare et Ayreon, c’est-à-dire dans des styles assez différents. Même si on te sent parfaitement investie sur ce nouvel album, dans quel registre es-tu la plus à l’aise et la plus en phase avec tes goûts personnels ? Celui-ci peut-être, non ?
Pas forcément. A chaque fois que j’ai rejoint un projet, c’est parce que je me sentais en phase avec le style. Avec ROCK JUSTICE, je me retrouve bien dans l’énergie, la bonne humeur et la diversité des titres.
– La connexion avec Bas semble s’être faite très naturellement et le choix de ce Hard’n Heavy aussi. Tu écris les textes et les mélodies et Bas les riffs, entre autres. Est-ce que ce travail en duo a été quelque chose de nouveau pour toi ? Et puis, on te sent aussi très libre dans l’interprétation…
Ce qui est une première, c’est d’avoir écrit l’intégralité des paroles et des mélodies chant sur un album. Je ne parle pas de la reprise, on est bien d’accord ! (Sourires). Cependant, ce n’était pas forcément le but, car Bas a lui aussi quelques textes sous le coude, qui n’attendent qu’à être exploités ! Je pense que, tout naturellement, c’est cette liberté d’expression qui se fait ressentir ici. Déjà du temps de Beautiful Sin, les échanges étaient très riches avec Uli Kusch, idem avec Samuel Arkan dans Virus IV, Yves Campion dans Nightmare ou Christophe Godin dans The Prize. Disons qu’avec les années d’expérience, un acteur devient plus sélectif dans ses choix de scripts et, bien souvent, il finit par écrire le sien à force de savoir ce qu’il veut, ou ne veut plus. Mais qu’elles soient co-écrites ou non, les paroles sont très importantes pour moi et j’ai besoin de me sentir connectée au message. Si c’est le cas, je prends !
– Avec une petite saveur Old School, « You’ve Been Served » sonne très actuel et l’album apparaît comme une déclaration d’amour au Hard Rock et au Heavy Metal. Est-ce que l’idée première était de revenir à la source de votre culture musicale à tous les deux ?
Sincèrement, tout s’est mis en place progressivement avec une cohérence étonnante. Le fait que Bas ait nommé le groupe ROCK JUSTICE inspire et nous rappelle nos racines. Les textes sont basés sur des expériences personnelles avec un besoin d’exorciser certaines émotions fortes. C’est ça, le Rock, finalement, pas vrai !?! Le thème s’est d’autant plus imposé grâce à notre ‘Lady RJ’ (personnage présent sur l’artwork signé Khriztian León – NDR), qui veille et règne sur l’authenticité du Rock/Metal.
– Un autre élément vient aussi renforcer cette cohérence et cette complicité, c’est le fait que vous ayez tous les deux produit l’album. C’était important de contrôler toutes les étapes du processus pour obtenir le meilleur résultat et surtout ce que vous aviez en tête dès le départ ?
Tout a commencé avec des enregistrements de démos… L’expérience acquise au fil du temps nous a permis de garder les rênes au maximum. Mais il est important de souligner le travail de mixage et de mastering qu’a réalisé Luca Princiotta (Hardline, ex-Doro), sans qui nous n’aurions pas ce son ! Il a réussi à donner à l’album une production moderne tout en conservant l’authenticité du Hard Rock.
– Vous abordez également un aspect plus Blues Rock avec une reprise enflammée de « I Just Wanna Make Love To You » de Muddy Waters. D’où vous est venue l’idée ? C’est un morceau que vous aimiez particulièrement tous les deux, car elle colle très bien avec l’esprit très fédérateur de l’album ?
C’est Bas qui m’a proposé ce titre, probablement le plus ‘challengeant’ en ce qui me concerne au niveau de l’interprétation. Porter ces paroles sur un riff aussi lent, contrairement à ce qu’on pourrait croire, est un exercice difficile. Cela peut très vite devenir monotone à chanter, mais aussi pour celle ou celui qui écoute ! (Rires) J’ai fait un gros travail de recherche au niveau des intentions et de petites variations possibles dans les notes, sans pour autant dénaturer la chanson. Je suis assez fière du résultat et impatiente de la défendre en live, tout comme les autres titres d’ailleurs !
– Pour clore l’album, on te retrouve pour un vibrant duo avec Doro sur « First In Line », qui rend d’ailleurs un bel hommage à Ronnie James Dio. Si Bas et Luca Princiotta, qui a masterisé l’ensemble, la connaissent bien, j’imagine pour toi, cela a du être un moment très spécial…
Complètement ! Au-delà du duo, le fait de porter le message de « First In Line » avec une icône comme Doro Pesch à nos côtés renforce sa symbolique, car en plus d’être une légende vivante et d’incarner le Metal, elle a connu ‘nos pères’. Cette collaboration est, pour moi, une validation de parcours, un cadeau de l’univers et une magie qui ne demande pas à être expliquée, mais à être pleinement savourée. Que ce titre fédérateur puisse toucher un maximum de personnes !!! (Sourires)
– Enfin, avec une telle énergie et malgré vos occupations respectives, ROCK JUSTICE est-il un one-shot ou un projet studio, ou avez-vous l’intention de prendre la route ? Car ces chansons sont faites pour le live…
Nous avons déjà d’autres compos sur le feu et le live est au programme pour 2027 ! (Sourires) En ce moment, Bas tourne beaucoup avec Doro et After Forever, qui fait un magnifique come-back avec sa nouvelle chanteuse, Angel Wolf-Black !
Le premier album de ROCK JUSTICE, « You’ve Been Served », est disponible chez Fireflash Records.
Venue s’installer à Portland il y a quelques années, la bassiste et chanteuse a quitté son Australie natale, où elle était pourtant considérée comme la ‘First Lady Of The Blues’ de son île. Extravagante et sexy, la musicienne joue de provocation à travers ses chansons et c’est peut-être aussi ce qui la rend si attachante. Sorti il y a quelques semaines, son septième album, « Men Are Like Potato Chips », la dévoile un peu plus, d’autant qu’elle y fait une place à son fils au chant. Irrésistible, ANNI PIPER se montre d’une grande polyvalence, parfaitement à son aise sur un morceau de Blues Rock enflammé que sur des ballades plus langoureuses et sensuelles, ou dans des envolées Rhythm’n Blues ou plus funky. Elle le fait avec la même justesse et une malice jamais bien loin. Particulièrement bien entourée sur ce nouvel opus, son jeu de basse donne le ton et sa voix en profite pour charmer son auditoire. Entretien avec une musicienne qui n’a pas froid aux yeux et qui fait partie des blueswomen qui compte sur la scène Blues actuelle.
– Avant de parler de ce nouvel album, j’aimerais que l’on revienne sur ton parcours. Tu t’es faite remarquée dès ton premier album, « Jailbait », et la suite a été une succession de récompenses jusqu’à être considérée comme la ‘First lady Of The Blues’ en Australie. Est-ce que tu t’attendais à une telle consécration en quelques années seulement ?
J’ai commencé la musique très jeune et j’avais donc déjà bien avancé dans mon apprentissage avant de commencer à être reconnue. Bien sûr, un certain talent naturel est nécessaire pour apprendre un instrument, mais il ne faut jamais sous-estimer le pouvoir de l’effort et du travail acharné. Pendant mes années de lycée, je m’entraînais des heures et des heures chaque jour, puis j’ai étudié la musique à l’université. Comme tout le monde, j’espérais réussir, mais pour la plupart des gens, cela reste un rêve. J’ai eu la chance de découvrir le monde grâce à la musique. L’album « Jailbait » n’était au départ qu’une simple démo de bonne qualité. La plupart de ces morceaux n’avaient même jamais été joués en public, ils avaient seulement été répétés chez moi. Ce fut donc une surprise de signer avec une maison de disques et de remporter un ‘Australian Blues Music Award’ avec ce premier album.
– Pourtant, il y a une douzaine d’année maintenant, tu décides de t’installer aux Etats-Unis, ce qui peut paraître surprenant compte tenu de ta notoriété en Australie. Etait-ce un choix de vie personnel, ou le désir de te connecter au plus près de la patrie du Blues ?
C’était un pari risqué, c’est certain, mais quand j’ai signé un contrat avec Blues Leaf Records dans le New Jersey et que je suis allée enregistrer l’album « Split Second » avec Nicole Hart, j’ai été complètement conquise. J’avais déjà vécu aux Etats-Unis à l’âge de deux et sept ans, en raison du travail de mon père, qui était professeur d’université. Ce séjour en 2011 pour enregistrer cet album était mon premier retour là-bas et, honnêtement, j’étais sous le charme. J’avais l’impression d’être de retour chez moi. Je me réveillais le matin avec un sentiment de possibilités infinies, en me disant : « Je suis en Amérique, je peux tout faire ! » J’ai eu une enfance très malheureuse et une vie personnelle tumultueuse à l’âge adulte. Alors, en partie, j’ai voulu me plonger dans le Blues, et en même temps, c’était une façon de fuir des souvenirs douloureux pour ne jamais avoir à affronter les lieux et les personnes qui m’avaient fait tant souffrir.
– Outre un style et une voix immédiatement identifiable, tu es l’une des rares blueswomen à mettre en avant un côté sexy et plein d’humour dans ton répertoire. Est-ce ta façon de pimenter un Blues souvent trop sérieux et conventionnel ?
J’ai toujours adoré Candye Kane (personnalité haute en couleur et chanteuse de Blues décédée en 2016 – NDR), elle était si talentueuse et drôle et elle n’a jamais nié son sex-appeal évident, ni son passé d’actrice de films pour adultes. Le sexe fait partie du Blues et de la vie. Nous devons nous reproduire, sinon l’espèce humaine disparaît, c’est aussi simple que cela. A ton avis, de quoi parlent les musiciens de Blues lorsqu’ils chantent un ‘petit coq roux’ ? Ou lorsqu’ils évoquent le roi des abeilles bourdonnant autour de sa ruche ? Ou encore lorsqu’ils lancent ce cri encore moins subtil : « Je veux juste faire l’amour avec toi » ? Les Américains peuvent être assez prudes et je pense que le Blues moderne a tendance à éviter les doubles sens, qui étaient si courants dans les premières compositions de Blues. Quant à l’humour, je ne sors jamais sans ! (Rires) Le Blues est né du chagrin, de la tristesse et des regrets. Mais si on ne rit pas, on pleure. Je préfère affronter l’absurdité de l’existence avec le sourire.
– On retrouve d’ailleurs cette touche espiègle et très libre jusque dans le titre de ce nouvel album, « Men Are Like Potato Chips ». Une fois encore, le style est très varié et les textes souvent provocants, ironiques et sensuels. Pourtant, tout n’est pas forcément léger et impersonnel. Comment fais-tu l’équilibre dans la teneur, le fond et le ton de tes chansons ?
Les chansons de « Men Are Like Potato Chips » ont été écrites sur une période d’environ quatre ans. A ce moment-là, je vivais à Portland, dans l’Oregon. C’est une ville vraiment unique, dont la devise est ‘Keep Portland Weird’ (« Gardez Portland bizarre » – NDR) et c’est tout à fait le cas. L’expression personnelle y est fortement encouragée et le style vestimentaire est extrêmement varié : vêtements médiévaux, look façon Cyndi Lauper des années 80, costumes écossais, pyjamas en public et même des tenues Star Wars. Et ça, c’est juste au supermarché ! (Rires) Les chansons ont été inspirées par mon environnement. Par exemple, « Match With A Sasquatch » a été écrite en raison de la légende populaire du Bigfoot dans la région. Tout le monde a un autocollant de Sasquatch sur sa voiture et chaque brasserie propose une bière en lien avec ce mythe. « Stalker » a été inspirée par une expérience avec une ancienne partenaire. Tu as d’ailleurs peut-être remarqué la référence à la scène de la douche du film « Psychose » dans l’orgue Hammond après le solo de guitare ? « Cactus Girl » a commencé par la ligne de basse, car je voulais me lancer un défi et jouer quelque chose de très syncopée en contraste avec la mélodie vocale. Il m’a fallu des mois pour la mettre au point, afin de réussir à la chanter et à jouer en même temps. On m’a souvent demandé si c’était un album concept. Ce n’était pas l’intention ! Mais il y a peut-être des thèmes unificateurs, liés à des relations personnelles atypiques, ou tout simplement à d’autres qui dérapent.
– D’ailleurs, en parlant de choses personnelles, c’est ton fils Flynn qui fait les chœurs sur l’album. Est-ce que cela a été facile de le diriger et de passer facilement d’une relation mère/fils à celle de musicienne et leader de groupe ?
C’était très facile ! Flynn et moi n’avions jamais chanté ensemble auparavant, mais il est titulaire d’une licence en comédie musicale, ce qui fait de lui un chanteur formé et expérimenté. Quand j’ai déménagé aux Etats-Unis, Flynn avait douze ans et il a décidé de rester en Australie. C’était le meilleur choix pour lui. Il a reçu une excellente éducation et a bénéficié d’une stabilité que je n’aurais jamais pu lui offrir. Cependant, la séparation prolongée pendant son enfance a été très difficile pour nous deux. Il ne m’a jamais reproché mes choix et je suis tellement chanceuse d’avoir une si belle relation avec un jeune homme aussi formidable. Flynn s’est envolé pour Portland, afin d’être présent en studio pour l’enregistrement d’« Angel From Montgomery ». Il a un studio chez lui, il aurait donc pu le faire à distance, mais il lui fallait une excuse pour emmener sa petite amie à Disneyland ! (Sourires) Il est multi-instrumentiste et il commençait tout juste à se faire un nom comme chanteur quand j’ai déménagé aux Etats-Unis. De temps en temps, il m’envoyait des maquettes et j’étais toujours stupéfaite par l’évolution de sa voix. Quand j’ai entendu l’enregistrement de sa prestation à la remise des diplômes du lycée, je suis restée bouche bée. A l’université, il a été choisi pour chanter lors de la cérémonie de remise des diplômes, et j’en suis restée sans voix. Je n’aurais jamais chanté comme ça à son âge ! Flynn est phénoménal, et ce n’est pas juste sa mère qui parle, c’est mon avis sincère en tant que musicienne et critique. Il n’a quasiment pas eu besoin d’être guidé en studio. Il a un don naturel et nos voix s’harmonisent comme seule une famille peut le faire.
– Alors que « Men Are Like Potato Chips » est ton septième album, qu’est-ce qui a le plus évolué et que tu as le plus amélioré, selon toi, entre ta façon de chanter et ton jeu de basse ? Et d’ailleurs, travailles-tu les deux de la même manière et avec la même intensité ?
Ma voix s’est considérablement améliorée depuis mon premier album. Je n’ai jamais reçu de formation vocale et je n’ai jamais pris de cours de chant, alors que j’ai passé de nombreuses années à prendre des cours de basse. J’entends une différence flagrante entre ma voix aujourd’hui et celle de mon premier album. Ils ont été enregistrés à 22 ans d’intervalle, il est donc normal que ma voix ait mûri avec l’âge. Mais je perçois aussi la différence dans la maîtrise que j’ai de mon interprétation, de mon vibrato, de ma justesse et de mon phrasé.
– Sur ce nouvel album, on retrouve deux guitaristes, Ted Swanson et Tim Langford, ainsi que deux batteurs, Brian Foxworth et Joe Stump et même deux claviéristes, Steve Kerlin et Ted Swanson à nouveau. Est-ce que tu choisis les musiciens selon les morceaux et est-ce que tu as un groupe fixe pour les concerts ?
Non, je n’ai pas de groupe fixe pour mes concerts. Tout dépend des musiciens disponibles le jour de l’enregistrement et aucun membre de mon groupe actuel ne figure d’ailleurs sur l’album. J’ai un répertoire de musiciens que j’utilise habituellement pour mes concerts à Portland. Parfois, je les emmène en tournée, parfois je fais appel à des groupes locaux, ça change constamment. « Men Are Like Potato Chips » n’a vu le jour que grâce à Ted Swanson. C’est un ami de longue date, et je me plaignais auprès de lui de mon envie irrésistible de faire un nouvel album. Six ans se sont écoulés depuis ma dernière sortie, la plus longue pause de ma carrière. Ted venait d’acquérir du nouveau matériel pour son home-studio et m’a proposé de servir de cobaye pour l’aider à se familiariser avec tout ça ! (Sourires) Nous avons passé environ 18 mois à travailler sur les maquettes, qui allaient devenir l’album final.
– L’album a été enregistré chez toi à Portland et coproduit par Jimi Bott et Ted Swanson, qui a donc un rôle très important sur « Men Are Like Potato Chips », et il y a d’ailleurs des cuivres également sur certaines chansons. Est-ce que tu restes très attentive au son que tu souhaites obtenir car, cette fois encore, l’ensemble est très organique ?
J’aime toujours travailler avec un bon producteur, car je suis trop impliquée émotionnellement dans les chansons pour bien comprendre le traitement dont elles ont réellement besoin en studio. J’ai besoin de quelqu’un capable de prendre du recul et d’écouter le projet avec plus d’objectivité. Jimi Bott était l’ingénieur du son et le producteur principal de l’album, et il a suggéré des choses comme l’ajout d’un tuba sur le morceau-titre, ce qui était tout simplement génial. Par contre, je ne retravaillerai probablement jamais avec un tubiste. Le son était super, mais impossible de faire passer l’instrument par la porte du studio, et en plus, ils laissaient de la salive partout sur la moquette. Beurk ! (Rires) Ted a enregistré la plupart des guitares dans son home-studio, car c’est un perfectionniste. Je trouvais son travail en studio parfait ! Ensuite, il m’envoyait des pistes supplémentaires et je me disais : « Ok, oui, c’est encore mieux ! » (Sourires) Il faut une grande confiance pour confier ces décisions de production et de mixage à quelqu’un d’autre, mais j’ai fait un excellent choix avec cette équipe.
– Et puis, il y a aussi cette cover de John Prine, « Angel From Montgomery », datant de 1971, qui a été d’ailleurs été régulièrement reprise et que tu chantes avec ton fils Flynn. L’idée était-elle de laisser ton empreinte sur cette chanson assez emblématique pour beaucoup ?
Oui, je la chante avec mon fils Flynn et Tim Langford est à la guitare. C’est un musicien très connu sur la scène Blues et Tim, comme moi, penche davantage vers le Blues Rock. J’ai choisi cette chanson, parce que je la joue dans la plupart de mes spectacles et elle semble être l’une des préférées du public et du groupe aussi. C’est une chanson qui parle de nostalgie et de regrets, de la réflexion sur sa vie et de la remise en question de ses choix. Chanter avec mon fils m’a semblé tout naturel. J’essaie de ne pas vivre dans le regret, mais parfois, j’aspire à avoir ma famille autour de moi. J’aime savoir qu’après ma disparition, Flynn aura toujours cet enregistrement à écouter, pour toujours, pour se remémorer un moment précieux passé avec sa mère, qui l’a toujours aimé plus que tout.
– J’aimerais que l’on parle un peu de tes influences. Comme tu es australienne, le British Blues a forcément un léger impact dans le pays, et pourtant ton Blues Rock sonne beaucoup plus américain. Les Etats-Unis restent-t-ils ta plus grande inspiration ?
Absolument ! Comme je te le disais, j’ai passé une partie de mon enfance et de mes études ici. Stevie Ray Vaughan et d’autres bluesmen texans ont été mes principales influences musicales. Et je possède désormais la double nationalité, je suis donc une Américaine d’origine australienne. Mon avenir est ici, aux Etats-Unis, et rien au monde ne pourra m’en arracher ! (Sourires)
– Enfin, tu as tourné dans presque tous les Etats américains et bien sûr beaucoup en Australie, quand est-ce que nous aurons le plaisir de te voir en France ?
Je suis vraiment prête à le faire ! (en français dans le texte – NDR) Il me faut juste un promoteur européen pour me programmer quelques concerts et j’arrive ! (Sourires)
Le nouvel album d’ANNI PIPER, « Men Are Like Potato Chips », est disponible sur les plateformes, notamment Bandcamp, ainsi que sur le site de l’artiste : www.annipiper.com
Photos : Sveinn Kjartansson (1, 2, 4, 5) et Dom M Smith (3).
Lorsqu’il est bien fait, le Doom prend une dimension immersive, qui s’ouvre à d’autres sphères pour y laisser s’exprimer des sentiments et des émotions de manière profonde. C’est exactement le cas avec IN VESPRO qui livre un premier album très abouti et tout en maîtrise que ce soit dans l’impact comme dans les mélodies. Souvent hypnotique, le Doom/Death du quatuor italien défie les époques et les tendances, en conservant une touche Old School et une vision très contemporaine. « Where Silence Use To Sleep » voit le projet de Luca Gagnoni, guitariste et frontman, prendre de la hauteur grâce aussi aux musiciens chevronnés qui l’entourent. Le combo romain frappe fort d’entrée et ce n’est qu’un début…
– Un an seulement après votre formation, vous sortez déjà votre premier album. Malgré votre expérience, c’est très rapide. Est-ce que vous aviez déjà une idée très précise en tête au moment-même de la création de IN VESPRO ?
Oui, absolument. L’album a en fait été écrit avant même que le groupe ne soit au complet, la direction artistique était donc déjà bien définie dès le départ. IN VESPRO a commencé comme une vision créative très personnelle, bien loin d’un projet de groupe traditionnel. J’avais une idée précise de l’atmosphère, de la charge émotionnelle et du langage musical que je souhaitais explorer, et la plupart des morceaux se sont composés assez naturellement. Une fois les autres membres arrivés, l’objectif n’était pas de redéfinir le projet, mais de donner vie à cette vision collectivement. De ce point de vue, le délai relativement court entre la formation du groupe et la sortie de l’album paraît tout à fait naturel, car les bases étaient déjà posées dès le début.
– Certains d’entre-vous ont joué dans Svat Vinter, Veil Of Conspiracy et Handful Of Hate. Est-ce que cela vous a aussi aidé à définir de manière précise votre style et imposer notamment cette touche très 90’s, qui vous caractérise ?
Je pense que ces expériences m’ont surtout apporté la maturité musicale nécessaire pour embrasser pleinement l’essence même d’IN VESPRO. Après de nombreuses années passées à explorer différents courants du Metal extrême, j’ai appris à reconnaître ce qui résonne profondément en moi et à le poursuivre sans compromis. Personnellement, les albums des années 90 représentaient pour moi une forme d’expression très sincère et d’une grande puissance émotionnelle, et cet esprit s’est inévitablement retrouvé dans la composition. Pour autant, IN VESPRO n’a jamais été conçu comme un exercice de nostalgie. L’objectif n’était pas de recréer le passé, mais plutôt de retrouver cette même mélancolie, cette même atmosphère et cette même sincérité émotionnelle qui ont fait la force de ces disques.
– IN VESPRO se trouve à mi-chemin entre le Doom et le Death Metal dans ce que ces deux styles ont de plus classique, c’est-à-dire un côté Old School marqué. On pourrait croire que la modernité donne plus de liberté, et pourtant il y a une grande fluidité et une créativité accrue dans votre jeu. L’idée était-elle plutôt de briser les codes, ou de perpétuer une tradition musicale encore forte ?
Ni l’un ni l’autre, vraiment. Je ne cherchais pas à prendre position sur le genre, ni à situer le groupe dans un discours musical plus large. Mon seul souci était d’exprimer un paysage émotionnel particulier avec la plus grande sincérité possible. Le Doom/Death me semblait tout simplement le langage le plus approprié. Si l’album sonne traditionnel par certains aspects, c’est parce que ces éléments restent puissants et pertinents pour moi. Parallèlement, je ne me suis jamais senti contraint par les attentes liées au genre. Le processus d’écriture était très instinctif, et j’ai laissé les morceaux prendre la forme nécessaire pour communiquer leur ambiance.
– D’ailleurs, votre Doom a un aspect très véloce, qui va un peu à l’encontre de l’habituel lenteur et du côté pesant du genre. Est-ce un héritage direct du Death Metal avec ce qu’il a de plus tranchant et brut ?
Je ne dirais pas forcément que c’est une influence directe de la brutalité du Death Metal. Le rythme découle davantage de la dynamique émotionnelle des morceaux que d’un choix stylistique. J’ai toujours apprécié le Doom Metal qui crée du mouvement et de la tension sans se reposer exclusivement sur des tempos extrêmement lents. Parfois, un tempo légèrement plus rapide peut même renforcer un sentiment d’urgence, d’agitation ou de trouble intérieur. Pour moi, l’impact émotionnel d’un passage est toujours plus important que le respect d’un tempo spécifique traditionnellement associé au genre.
– Même si vous jouez beaucoup sur les atmosphères, vos morceaux sont relativement courts et efficaces, avec une intensité qui va crescendo. Et malgré la noirceur de l’album, vous maintenez une ligne mélodique claire. Est-ce pour cette raison que vous avez opté pour une production très organique pour « Where Silence Use To Sleep » ?
Oui, absolument. L’un des principaux objectifs était de préserver la dimension émotionnelle des morceaux sans la noyer sous une production trop léchée ou artificielle. La mélodie joue un rôle primordial tout au long de l’album, même dans ses passages les plus sombres, et je souhaitais que ces éléments mélodiques restent parfaitement perceptibles. La production a été conçue pour soutenir l’atmosphère plutôt que de la dominer. Je recherchais un son naturel, dynamique et immersif, permettant à l’auditeur de ressentir les nuances émotionnelles de la musique sans sacrifier sa puissance ni sa profondeur.
– Enfin, même si le thème de la douleur reste au centre de votre album sous différentes formes, musicales et au niveau des textes, on sent également une colère assez profonde chez IN VESPRO. Est-ce que cela provient directement de la face Death Metal du groupe ?
Je crois que ce que tu perçois est moins de la colère qu’une forme de tension émotionnelle. La douleur, la perte, l’absence et les conflits intérieurs sont certes des thèmes centraux de l’album, mais ils s’expriment rarement par la seule agressivité. Même dans les passages les plus intenses, je ne cherchais pas à canaliser la rage de façon conventionnelle. Je souhaitais plutôt explorer des sentiments souvent plus complexes et difficiles à définir, comme la résignation, le désir, la désillusion, la vulnérabilité. Certains passages peuvent paraître colériques au premier abord, de par leur intensité, mais sous cette intensité se cache généralement quelque chose de beaucoup plus fragile et introspectif.
L’album d’IN VESPRO, « Where Silence Use To Sleep », est disponible chez Meuse Music Records.
Alors que la Bruxelloise, désormais basée à la Nouvelle Orléans, sort son sixième album, c’est depuis le Montana, au cœur des montagnes, où elle allait se produire qu’elle a répondu à quelques questions. La chanteuse et guitariste est encore et toujours sur la route, bouge de concert en concert, avec une envie viscérale de jouer son Blues si varié et incandescent. Avec « Burn The House Down », elle a changé de producteur, histoire d’avoir un regard neuf et différent sur sa musique et ce nouvel opus offre une fois encore une vision nouvelle de son style si insaisissable. D’ailleurs, ce caractère bien trempé se reflète et se révèle dans un Blues Rock vaste, qui trouve son unité dans une multitude de sonorités guidée par une slide sauvage toujours très identifiable. GHALIA VOLT avance avec une rare authenticité et une spontanéité de chaque instant. Entretien avec une passionnée de musique, qui fait fi des barrières et des frontières pour jouer ‘son’ Blues le plus naturellement possible.
– Cela fait un peu plus d’une décennie que tu es aux Etats-Unis et tu es devenue l’une des figures incontournables de la musique roots contemporaine. Est-ce exactement ce vers quoi tu te projetais en arrivant ?
C’est vrai que ça fait plus d’une décennie que je suis ici et je ne suis pas quelqu’un qui planifie les choses, en fait. En arrivant aux Etats-Unis, je n’avais pas l’intention d’y habiter ou même de démarrer une carrière, non plus. Tout a été très spontané et c’est à travers la passion d’une jeune adulte que j’en suis arrivée là. Cela s’est fait au fur et à mesure en me rendant compte que tout pouvait finalement se faire. Au final, j’ai enregistré en Belgique, mais je me suis dit pourquoi ne pas le faire aux Etats-Unis, puisque j’avais les contacts, les connaissances qu’il fallait, ainsi que le groupe. Et ensuite, j’ai déménagé à la Nouvelle Orléans, car cela faisait déjà trois ans que j’y vivais.
– Notre dernière interview date de cinq ans. C’était à la sortie de « One Woman Band », où tu étais seule aux commandes. Que gardes-tu aujourd’hui de cette expérience ? J’imagine qu’elle a été riche en enseignements…
«One Woman Band » est effectivement une expérience qui a changé ma vie. Même si c’est énormément de travail, beaucoup plus que de faire partie d’un groupe car il faut s’occuper de tout, y compris de la logistique, cela a été une expérience enrichissante durant laquelle j’ai beaucoup appris. Ça donne aussi beaucoup de liberté et ça m’a permis de m’améliorer à de nombreux niveaux. Et une fois que j’ai commencé en ‘one woman band’, le Covid est arrivé et je n’ai plus rejoué dans les clubs locaux de la Nouvelle Orléans six fois par semaine comme avant. Ça n’a plus été que de la route et des voyages. Et je le dois à cet album et à cette aventure-là.
– D’ailleurs, depuis tu joues avec assez peu de musiciens dans ton groupe. Es-ce que c’est une façon de conserver cette sonorité brute et authentique que tu avais obtenu seule, ou plus simplement parce que tes compositions ne sont pas forcément destinées à des formations plus importantes ?
Il y a deux réponses à ta question. La première, c’est qu’aujourd’hui avec l’inflation et tout ce qui va avec, il il est très difficile d’avoir un groupe sur la route en raison du prix de l’essence, des hôtels, des voyages, des avions, etc… C’est vraiment très dur de tourner avec plus d’un trio. Après, effectivement, j’aime la musique originale, authentique, pure et pas forcément super-produite. Donc, je préfère quand elle a un côté plus roots et plus organique. Et le trio est parfait pour ça. Maintenant, comme on dit ici, c’est plus un ‘average trio’ qu’un power trio. Par exemple, il n’y a pas de basse dans le trio avec lequel je tourne. Pour l’album, c’est différent, mais sur la route je tourne avec un claviériste et un batteur. Et puis, tu sais, il y a tellement de groupes de nos jours et tout le monde fait à peu près la même chose. Donc, c’est plus facile de se démarquer et de s’amuser avec un projet différent. C’est l’idée du live avec le claviériste qui joue de la basse avec la main gauche, ce qui permet d’avoir deux solistes qui peuvent aussi assumer la partie rythmique. Personnellement, c’est ce qui m’attire le plus pour la guitare, car je peux me concentrer sur la slide, le groove et les licks (enchaînement d’accords – NDR). Et tout ça marche très bien ! En ce qui concerne l’enregistrement, j’ai laissé faire JD Simo (producteur et guitariste – NDR), qui a invité des musiciens hors-pair à jouer dans le groupe. Il y avait donc Chris Powell à la batterie et Brian Allen à la basse, qui sont vraiment incroyables. Ils sentent vraiment la musique et ils se laissent emporter de manière très naturelle et très spontanée pour créer quelque chose d’organique. C’est vraiment comme ça que je conçois la musique.
– Avant de parler de « Burn The House Down », j’aimerais que l’on revienne sur « Shout Sister Shout ! », sorti il y a trois ans, enregistré dans le désert de Mojave et qui était une sorte de manifeste féministe. Est-ce que tu dirais que c’était un album nécessaire au point de vue de son contenu, et est-ce que malgré une présence des femmes plus importante dans le Blues, les choses ont suffisamment évolué, selon toi ?
Non, pour moi, « Shout Sister Shout ! » n’était absolument pas un manifeste féministe, mais plutôt une façon de dire aux femmes de plus s’affirmer. Par exemple, si on me demande si je veux jouer dans un festival de Blues qui s’appelle le ‘Chicken Blues’, je dis non parce que le contraire n’existe pas. Je trouve que faire une différence et de nous mettre dans une catégorie n’est pas normal. Tu vois, quand on dit qu’il y a un style qui s’appelle le ‘Female Blues’, ça me révolte ! Il n’y a pas de ‘Male Blues’ ! Et puis, quand je vois les algorithmes sur Internet comment Spotify, qui agence les différents groupes où toutes les femmes se succèdent : ça me révolte ! Personnellement, je ne suis pas du tout féministe, mais j’ai suffisamment confiance en moi en tant que femme pour réclamer l’égalité des sexes. Je n’ai pas l’impression d’être moins capable ou d’être choisie pour certaines choses, car je n’aime pas ce traitement. Je vais de l’avant !
– Pour ce sixième album, tu es allée à Nashville et, après David Catching, c’est JD Simo qui reprend le rôle de producteur et guitariste. Cette double casquette est-elle importante pour toi ? Et est-ce que la connexion vers l’authenticité de ton Blues passe aussi par cette complicité artistique ?
Absolument, car on choisit un producteur pour sa vision. Il faut avoir confiance, apprécier et admirer la personne avec qui on travaille. Et cela a vraiment été le cas avec JD Simo. C’est assez dur finalement d’abandonner le contrôle de son art, de ses pensées et de son raisonnement pour les laisser à quelqu’un d’autre. Après, bien sûr que j’avais un avis sur tout, mais il faut savoir s’ouvrir à ceux des autres et à leurs recommandations. Mon intérêt ici était de revenir à un Blues plus roots et plus alternatif. Il a vraiment vu ça en moi et cela a été plus facile de le faire ressortir finalement. Il n’a pas cherché à faire quelque chose d’autre, mais plutôt de mettre en avant les qualités qu’il a vu en moi. Il m’a beaucoup soutenu en studio. Je voulais vraiment axer l’album sur la slide sur presque toutes les chansons. Il en joue d’ailleurs aussi sur deux titres : « Let Your Hair Down » et « Burn The House Down ». Là aussi, c’est important de rester en retrait, car on apprend beaucoup. Le but n’était pas qu’il me montre ce qu’il savait faire, car il n’a rien à prouver ! (Sourires) L’idée était juste de soutenir la rythmique, les mélodies des chansons et la création plus largement. Et c’était bien sûr différent sur chacune d’entre-elles.
– Avec ces très belles parties de slide, « Burn The House Down » reste assez épuré et toujours très spontané. As-tu besoin de te mettre dans des conditions d’urgence pour obtenir le meilleur ? Rappelons que l’album a été enregistré en conditions live lors d’une session de deux jours…
Pour être précise, la session live a duré deux jours avec les quatre musiciens, tous ensemble en studio. Ensuite, il y a des overdubs sur les voix, car la prononciation est quelque chose de très important pour moi. J’ai envie que les gens comprennent bien les paroles et il y en a d’autres que j’ai aussi refaites. Donc, l’ensemble a duré quatre/cinq jours. Mais l’urgence n’était pas vraiment là, parce que j’avais vraiment travaillé ces chansons pendant des mois. On a apprécié la spontanéité et la création en studio, car il y a toujours des choses qui arrivent naturellement. Donc, il n’y avait pas vraiment d’urgence. Après, quand tu as quelqu’un comme JD Simo qui prône l’aspect réel de la musique, on a souvent utilisé la première ou la deuxième prise. Mais on aurait pu en faire plein d’autres. J’ai du lui faire confiance et cela a été un travail très dur à faire sur moi-même pour lui accorder ma confiance. Mais non, nous n’étions pas dans l’urgence.
– Comme toujours, il, y a un beau brassage de genres, qui définissent d’ailleurs ton style. On y retrouve du Shuffle, du Hill Country, des ambiances funky, flamenco et Southern et le tout avec un attitude très Garage. Et il y a « Let Yo Hair Down », où tu laisse s’échapper quelques phrases en français. Est-ce un simple clin d’oeil à ta Belgique natale, ou y a-t-il aussi un brin de nostalgie ?
Bien sûr et bien vu ! C’est vrai que dans « Let Your Hair Down », il y a un clin d’oeil à la Belgique, à la France et à l’Europe. Je ne l’avais jamais fait, ça m’a beaucoup plus et je m’y intéresse d’avantage. Pas dans l’optique d’en faire une chanson entière, mais plutôt un mélange. Je pensais aussi faire quelques paroles en espagnol mais finalement, ça ne s’est pas fait. Mais surtout, ce que j’aimerais dire c’est qu’il y a quelque chose qui m’horripile dans l’industrie musicale : ce sont les genres ! Cela pose des limites en essayant de faire partie d’un genre, car tu ne touches qu’un peu de ton public au final. Pour moi, le terme ‘style de musique’ ne devrait même pas exister. Tout ce que j’écoute, je le vois plutôt comme une boîte à outils où tu vas piocher naturellement. Donc, tous ces styles musique viennent simplement à moi sans mettre de nom dessus. Par exemple, les gammes flamenco, je les ai en tête, on fait du Blues et tout à coup, ça sonne Reggae. C’est très naturel. Que ce soit le côté funky, le Hill Country Blues, tout ça est en moi comme les Doors ou le Garage Punk avec les Cramps. Tout ça fait partie de mon bagage, ça ressort naturellement et j’adore ça ! Et c’est la même chose pour le côté vestimentaire sur scène avec le groupe, je n’ai pas nécessairement envie de ressembler à tel ou tel style. Tout ça reste très naturel pour moi.
– Enfin, au regard de ta discographie, ton Blues est aussi intemporel qu’universel. Est-ce quelque chose d’inconscient que de vouloir embrasser autant de courants, ou est-ce aussi une sorte de quête du Blues ultime ?
Pourquoi tu ne parles pas de style musical ? Moi, je n’ai jamais dit que je jouais du Blues ! (Rires) J’écoute beaucoup de Blues, mais qu’est-ce que c’est finalement ? Quand les gens disent qu’il n’aiment pas le Blues ou que c’est ennuyeux, je me dis de quel Blues parlent-ils ? Il y a le Delta, le Chicago, le Texas, le Hill Country, le Saint Louis, le Memphis et aussi la Soul. Tu vois, il y a tellement de courants dans un genre de musique. Et après, tout change en fonction des années, du son et des régions. Et les lieux ont aussi une influence sur les paroles, tout comme l’époque. Donc mettre une étiquette sur tout ça n’est pas mon truc. Il n’y a pas de quête de Blues ultime, mais plutôt une quête d’authenticité et de naturel. Je ne me force pas à faire quelque chose ou à être quelqu’un que je ne suis pas. Je ne fais pas ça non plus pour l’argent ou la gloire. Je veux faire quelque chose de vrai. Je suis moi-même, je partage des sentiments, des grooves, des émotions et des intentions. Et c’est tout ça qui ressort de ma musique. Et si elle plaît, tant mieux, car si je devais être quelqu’un d’autre sur scène, je pourrais alors aller travailler en cuisine ou ailleurs. Mais ce n’est pas le but. J’aime l’idée d’être intemporelle et universelle, je te remercie.
Le nouvel album de GHALIA VOLT, « Burn The House Down », est disponible chez Ruf Records.