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Rock Progressif

Arena : la force des mélodies

Les années ne semblent pas avoir d’emprise sur ARENA, dont le Rock néo-Progressif est aussi moderne qu’emprunt d’une tradition musicale éprouvée. Avec « The Theory Of Molecular Inheritance », le quintet britannique accueille aussi un nouveau frontman d’expérience et de grand talent, Damian Wilson.

ARENA

« The Theory of Molecular Inheritance»

(Verglas Music)

Fondé il y a plus de 25 ans par le claviériste Clive Nolan et le batteur Mike Pointer, ARENA livre le dixième album de sa belle discographie avec un nouvel atout… et il est de taille. Damian Wilson (ex-Threshold) fait en effet son arrivée au micro, ce qui fait de lui le cinquième chanteur du quintet anglais. Et il faut bien reconnaître que le poste lui va comme un gant, tant il rayonne sur ce « The Theory Of Molecular Inheritance ».

Alliant puissance et émotion, le nouveau frontman se fond parfaitement dans le collectif au point que tous les membres d’ARENA ont participé à l’écriture des nouveaux titres. Pour autant, l’identité musicale est intacte et les Britanniques sont identifiables dès les premières notes de « Time Capsule ». Caractérisé par son élégance, le style du groupe continue son évolution, tout en restant ancré dans un Rock Progressif très actuel.

La finesse des parties de guitares de John Mitchell et le groove de Kylan Amos restent un maillon essentiel, tout comme les claviers qui apportent beaucoup de vélocité et des atmosphères prenantes (« Integration », « The Heiligenstadt Legacy », « Under The Microscope », « Part Of You »). Sans se réinventer, ARENA continue d’oxygéner son Rock néo-Progressif avec talent et une technicité incontestable depuis ses débuts.

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Doom Occult Rock

Ciminero : tout en symbolique

Tirant son nom des mots italiens ‘cimitero’ (cimetière) et ‘nero’ (noir), le quatuor finlandais séduit autant par le mystère dont il s’entoure que par sa musique, qui est elle aussi envoûtante à plus d’un titre. CIMINERO peut compter sur la voix de sa chanteuse pour hypnotiser les amateurs de Doom Metal et d’Occult Rock avec ce très bon « Shadows Digging The Grave ».

CIMINERO

« Shadows Digging The Grave »

(Argonauta Records)

En 2019, il ne leur a fallu que cinq petits mois après leur rencontre pour composer et enregistrer leur premier album « Subterranean Awakening ». Cette fois, un changement de batteur et l’arrivée d’un bassiste a permis à CIMINERO de peaufiner ses nouveaux titres. Et le résultat est plus que convaincant, puisque les Finlandais parviennent sans mal à nous captiver d’un bout à l’autre.

Le groupe multiplie les savants mélanges à commencer par celui d’un Occult Rock raffiné et d’un Doom Metal écrasant. Basé sur les tarots, la sorcellerie et les royaumes astraux, CIMINERO est parvenu à créer un univers mystique et sensible, où l’aspect psychologique domine. Au chant, Valentina Vigato est ensorceleuse, tandis que Jukka Aravirta ajuste les ambiances sur des guitares tout en variation.

Bardé de références ésotériques et d’atmosphères saisissantes, les Scandinaves manient le chaud et le froid avec une grande habileté et une créativité très vive (« Invoke Me », « Ring Of Perpetual Insanity », « Inner Child », « Nettare d’Estasi »). Avec sa touche italienne, CIMINERO livre un deuxième opus original, inventif et plein de surprises. A découvrir d’urgence ! 

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Alternative Metal Alternative Rock

Silence is Spoken : assourdissant de passion

Avec ce nouvel effort de SILENCE IS SPOKEN, « 11 », le beau soleil de Florence laisse place à un ciel assombrit et menaçant. L’Alternative Metal/Rock des Italiens est tellement dense qu’il procure des sensations qui nous plongent dans une immersion musicale bluffante de beauté et véritablement séismique.

SILENCE IS SPOKEN

« 11 »

(Wormholedeath Records)

Ils viennent de Toscane, se sont formés à Londres et pourtant leur son n’est pas sans rappeler Seattle et sa légendaire scène Grunge. Cependant même si Soundgarden et Eddie Vedder semblent avoir marqué le groupe, une imposante touchante Metal jaillit de ce troisième et très bon album de SILENCE IS BROKEN. En 15 ans d’existence, le quatuor s’est construit un univers sombre et captivant.

Sur une production exceptionnelle à la fois profonde et massive, les Italiens évoluent dans un Alternative Metal/Rock précis, très structuré et doté d’une énergie que le groupe catalyse parfaitement. Pour autant, SILENCE IS SPOKEN ne se fait pas prier pour la libérer avec une puissance incroyable. Et grâce à leur excellent frontman, Samuele Camiciottoli, les Transalpins jouent sur plusieurs registres.

Intense et raffiné, le combo joue sur les émotions. La densité et l’articulation des titres sont l’une de ses forces que l’on le retrouve sur l’ensemble de « 11 » (« A Good God », « 1984 », « War ABC Song »). Parfois éthérés tout en restant très solides, les morceaux de SPOKEN IS SPOKEN se révèlent addictifs (« 1000 Petaled Lotus », « Mud Bones Worms », « Genesis 19/24 »). Tout simplement époustouflant !

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Occult Rock Psych Sludge Stoner Doom

Witchfinder : dark fuzz

Très instrumental et développant des atmosphères quasi-séismiques, « Forgotten Mansion » a des allures d’ogre mastodonte. Si elle se pare aussi de mélodies captivantes et psychédéliques, celle nouvelle production de WITCHFINDER vient surtout confirmer la puissance du Stoner Doom du quatuor français avec une force tellurique.

WITCHFINDER

« Forgotten Mansion »

(Mrs Red Sound)

Long EP ou mini-album, c’est selon, « Forgotten Mansion » vient donner suite à « Endless Garden », un EP de deux titres fracassant sorti en juin dernier, et qui marquait un léger tournant avec l’arrivée aux claviers de Kevyn Raecke. Il n’en fallait pas davantage pour que le côté fantasmagorique du quatuor surgisse encore un peu plus. WITCHFINDER s’apprête à réveiller les volcans de son Auvergne natale.

Doté d’une production massive et écrasante, ce nouvel effort vient définitivement poser le statut de groupe incontournable d’une scène Stoner Doom française, qui devrait vite devenir trop petite. La trajectoire de WITCHFINDER est assez claire : conjuguer le Fuzz, le Metal et le Sludge avec un Psych Rock occulte et ténébreux. La rythmique est lourde, les riffs épais et le chant se devine au lointain.

Si l’ambiance est posée dès le pachydermique « Approaching » suivi de près par « Marijuana », les surprises sont nombreuses au sein-même de ces morceaux, qui s’étendent en longueur. Très groove, la variété des mid-tempos ensorcelle en communion avec des synthés psychédéliques aussi fins que les guitares sont sourdes et menaçantes (« Lucid Forest », « The Old Days »). WITCHFINDER en impose grâce à une créativité débordante.

Photo : Aurore Staiger
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Alternative Rock

Nickelback : keep rockin’

Toujours aussi ‘feel good’, NICKELBACK vient poser une dizième pierre à son édifice discographique avec la même volonté, la même ambition et cette même production survitaminée qui a porté les Canadiens au panthéon des groupes de Rock très présentables. Et s’ils n’ont pas inventé la poudre, ils savent toujours y mettre le feu. Ainsi, « Get Rollin’ », emprunt d’une certaine nostalgie, ne déroge pas à la règle.

NICKELBACK

« Get Rollin’ »

(BMG)

Il vous reste bien quelques gouttes de bile, quelques crachats d’un venin malfaisant ou quelques adjectifs hautement lettrés, non ? Parce que ce dixième album de NICKELBACK se doit d’être accueilli comme les autres. Rarement sur la brèche et toujours à l’équilibre, le quatuor canadien ne dévie pas d’un iota sa route et reste d’une incroyable fidélité à son Alternative Rock très formaté, entêtant et terriblement efficace. Car oui, et n’en déplaise aux pointilleux métalleux, on parle bien ici de Rock et pas d’autre chose.

Evoluant sous le même line-up depuis près de 18 ans, NICKELBACK a soigneusement élaboré un style et un son immédiatement identifiables et c’est d’ailleurs sûrement ce qui fait sa particularité. Et lorsque, comme moi, on apprécie la musique du groupe, on a la chance d’être rarement déçu. En effet, « Get Rollin’ » s’inscrit dans la lignée de ses prédécesseurs, même s’il donne un peu plus dans la facilité que « Feed The Machine ». Les mêmes ingrédients, mais en moins épicé, en somme. 

Une fois encore, Mike Kroeger (basse) et Daniel Adair (batterie) bétonnent la rythmique de manière méthodique, tandis que les riffs et les rares solos de Ryan Peake délivrent des mélodies que la guitare et la voix rocailleuse de Chad Kroeger enveloppent avec chaleur et précision. Fougueux et percutants (« Saint Quentin », le sudiste « High Time », « Vegas Bomb », « Skinny Little Missy ») ou carrément sirupeux (« Tidal Wave », « Horizon »), NICKELBACK n’a pas son pareil pour fédérer les masses… et ça fait du bien !

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Blues Rock Hard 70's Rock 70's

End2End : happy revival

Entraînant, efficace et mené sur un train d’enfer, le duo possède ce petit quelque chose qui le rend rapidement addictif. Une batterie, une basse et quelques effets suffisent ici à réunir une volonté incandescente à livrer un Power Rock aux couleurs vintage. END2END puise autant dans les origines du Hard Rock que dans un Blues Rock gras et percutant. Réjouissant et positif, c’est un esprit live et véloce qui anime ce « Take My Train » réjouissant et positif.  

END2END

« Take My Train »

(Independant)

Une fois n’est pas coutume, j’ai le plaisir de vous présenter l’EP de END2END. Petite entorse puisque la déferlante de ces formats courts est telle qu’il est presqu’impossible de s’en faire un écho exhaustif et surtout ils ne sont pas souvent très représentatifs d’un groupe, de sa démarche artistique et de ses qualités. Mais là, le fait que le duo ait un pied entre Vannes et Nantes, soit presqu’en Bretagne, et que son registre soit très rafraîchissant m’ont convaincu.

Après quelques années d’existence marquées surtout par des concerts énergiques et torrides, le duo composé de Loran Kruho (basse, multiples sons et voix) et du batteur Sylvain Boullais s’est donc attelé à la création d’un cinq-titres très convaincant bardé d’un groove accrocheur très présent et même leitmotiv de la musique de END2END. Et justement, c’est un Rock musclé très accrocheur que distille le tonique binôme avec une envie débordante.

Si aujourd’hui, la technique permet de faire à peu près tout, y compris en live, faut-il encore en faire bon usage. Et c’est le cas, puisque dès les premières notes de « Fall In Love » suivi de « See A Way Out », on tombe sur le charme de ce Rock très 70’s où la fougue se mêle à des refrains entêtants et des rythmiques appuyées et groovy. END2END met toute son énergie au service d’un registre puissant et mélodique avec un aspect revival, loin d’être désuet.

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post-Rock

Indignu : un imaginaire incandescent

Créatif et totalement libéré, INDIGNU sort son cinquième album et il vient directement s’inscrire parmi les meilleures réalisations de post-Rock actuelles. Contemplatif et immersif, le style des Portugais dénote grâce à une inspiration et un feeling collectif hors-norme. « Adeus » est aussi expressif qu’aérien.

INDIGNU

« Adeus »

(Dunk! Records/A Thousand Arms Music)

Considérés à juste titre comme l’une des meilleures formations européennes de post-Rock, les Portugais d’INDIGNU font un retour de toute beauté avec ce cinquième album audacieux et lumineux. Basé sur cinq tableaux aussi distincts que complémentaires, « Adeus » s’inspire de la perte et de la distance pour mieux embrasser des promesses pleines d’espoir. Une lueur qui ne faiblit jamais au fil des titres.

Entièrement instrumentale, cette nouvelle réalisation a des allures de bande originale de film que la délicatesse et la finesse d’interprétation habillent de manière magistrale. Dès « A Noturna », INDIGNU saisit par la profondeur et la clarté de son jeu, qui nous mènent à « Devoluçãa Da Essência Do Ses » et ses intenses 14 minutes qui brillent de par leur parfait équilibre. 

La légèreté du piano et du violon donne lieu à des passages plus épurés, qui viennent se fondre ensuite dans des ensembles aux reliefs incroyables et très prenants (« Urge Decifrar No Céu », « Sempre Que A Partida Vier »). Si INDIGNU a enregistré son album à Porto, le groupe a confié le mastering au magicien islandais Jón Þór Birgisson (Sigur Rós, Bjork, Alcest, Spiritualized) pour lui offrir un éclat majestueux. Incontournable.

Photo : Gonçala Delgado
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Southern Rock

The Commoners : le réconfort de l’âme

Avec « Find A Better Way », THE COMMONERS offre littéralement l’un des meilleurs albums de Southern Rock que la nouvelle génération ait composé depuis un bon moment. Les Canadiens apportent un vent de liberté et de fraîcheur inouï à la fois chaleureux, attachant et d’une grande richesse musicale. Le groupe montre ainsi la voie à suivre…

THE COMMONERS

« Find A better Way »

(Gypsy Soul Records)

Autant de ne pas éluder la question, THE COMMONERS apprécie beaucoup The Black Crowes et cela s’entend… beaucoup ! Passé cette évidence, les Canadiens ont du donc du goût et parviennent surtout à restituer cette influence majeure intelligemment sur ce très bon album. Le quatuor de l’Ontario livre un Southern Rock authentique, classieux et parfaitement interprété par des musiciens aguerris.

Remarquablement produit à Toronto par Ross Hayes Citrullo, le lead guitariste du groupe, « Find A Better Way » a bénéficié d’un soin tout particulier. Enregistrés de manière traditionnelle en faisant appel à des techniques plus modernes, les morceaux sont une superbe jonction entre un Rock Sudiste classique et la nouvelle génération. Et THE COMMONERS a enveloppé le tout de ses racines canadiennes.

Masterisé à Nashville par Peter Lyman (Tedeschi Trucks Band, Blackberry Smoke, Rival Sons), les titres rayonnent sous l’impulsion de la voix très Soul de Chris Medhurst, impérial. Accompagnée de chœurs envoutants et d’orgue enchanteur, la musique de THE COMMONERS est chargée d’émotion et de mélodies accrocheuses (« Fill My Cup », « Naturally », « I Won’t », « Hangin’ On Again », « Alive » et le morceau-titre). Une merveille !

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France Hard 70's Rock 70's Rock Progressif

Moundrag : dragon’s flight [Interview]

MOUNDRAG, c’est l’histoire de deux frangins, Camille et Colin Gœllaën-Duvivier, biberonnés au Rock Progressif et psychédélique depuis leur plus tendre enfance. Originaire de Paimpol en Bretagne, le duo détonne et étonne grâce à un line-up surprenant, puisqu’ici point de guitare, ni de basse : juste (beaucoup !) des claviers et une frénétique batterie. A eux d’eux, ils viennent de sortir leur premier album, « Hic Sunt Moundrages », savante concoction de Hard Prog/Heavy Psych dans un  univers de science-fiction 70’s ancré dans une réalité très actuelle. Camille (claviers) nous en dit un peu plus sur ce groupe hors du commun et du temps…

Photo : Théo Gosselin

– MOUNDRAG a commencé à faire parler de lui il y a trois ans avec un premier EP éponyme. Depuis, les choses se sont accélérées. C’était déjà ce que vous imaginez en 2018 en créant le groupe ?

Eh bien non, pas vraiment ! En créant MOUNDRAG, nous avions comme objectif premier de faire les premières parties des groupes en tournée en Bretagne, afin de démontrer aux groupes et au public qu’il n’y a pas besoin de guitare pour faire du Rock’n’Roll ! Mais les choses se sont bousculées après qu’on est joué au Trans Musicales de Rennes en 2019. Depuis, on joue partout en France et en Europe… et on ne joue plus en premier !

– Comme de plus en plus de groupes, vous évoluez en duo, qui est d’ailleurs aussi une fratrie. Justement, est-ce que cela vous a aidé dans le sens où vous avez sûrement été bercés par la même musique ? Finalement, les repères étaient déjà là

Exactement, on a commencé à jouer ensemble très tôt (Playmobil, Lego…) et vers mes 13 ans, notre oncle irlandais nous a offert le CD de Deep Purple « Made in Japan », et ça a été un choc ! On est passé des Playmobil du grenier au studio de répétition dans la cave. De plus, nos parents sont musiciens, on a depuis tout petit été bercé par la musique et le rythme des tournées et des enregistrements, car on les accompagnait beaucoup.

Photo : Jean-Adrien Morandeau

– MOUNDRAG évolue dans un registre très marqué par les 70’s avec, forcément, de l’orgue en cascade et des morceaux progressifs. Cette évasion sonore et musicale que vous proposez, vous ne la retrouviez pas dans la musique d’aujourd’hui ? Ou plus simplement, c’est son intemporalité qui la rend toujours très actuelle, qui vous a séduit ?

Il est vrai que le Rock 70’s n’est pas du tout diffusé par les médias mainstream… Mais pour nous, ce style de musique et les messages des chansons sont toujours d’actualité ! Les problèmes sociaux, religieux ou encore environnementaux sont toujours présents. Le Rock Progressif et psychédélique est notre moyen de dénoncer et de parler des sujets qui nous angoissent… Et franchement, le Rock des années 70, c’est pas le kiff absolu ?

– « Hic Sunt Moundrages », votre premier album, vient tout juste de sortir et il est d’une incroyable fraîcheur et surtout il bénéficie d’une production très live et spontanée. Dans quelles conditions l’avez-vous enregistré, car il est le reflet parfait de vos concerts ?

Merci beaucoup ! Il a été enregistré en février 2021 dans les studios ZF Prod à côté de Rennes. Nous étions en osmose, perdus dans la campagne et sous la neige pendant dix jours ! Nous avons enregistré les parties rythmiques (basse, batterie, orgue) en live. Nous avons ensuite fait les overdubs des voix et des autres instruments (piano, percussions, mellotron, Moog…). Nous avons fait le choix de ‘surproduire’ ce premier album, car nous aimons différencier le live du studio. Maintenant le challenge, c’est de réarranger les morceaux studio pour le live.

– En vous écoutant, on pense à beaucoup de groupes, mais il dégage de MOUNDRAG beaucoup d’originalité et un souffle que l’on ne retrouve pas souvent dans la musique des 70’s. Votre intention est-elle de ‘dépoussiérer’ un peu un registre, qui peut paraître lointain pour certains ?

Nous aimerions que plus de personnes, et notamment des jeunes, écoutent ce style de musique, c’est pour cela qu’on essaye de rendre le Rock 70’s plus ‘actuel’ avec les codes de la musique d’aujourd’hui. Cela se traduit par une structure musicale, des refrains, des sonorités (parfois) plus actuelles, tout en gardant une énergie et une esthétique 70’s. Nous adorons jouer aux archéologues de la musique. D’ailleurs, « Hic Sunt Moundrages » est rempli de références et d’hommages aux groupes qu’on adore, tout en gardant notre patte de jeunes de 2022.

Photo : Jean-Adrien Morandeau

– Une autre de vos particularités est que vous chantez tous les deux. Comment cela se passe-t-il ? Chacun chante ce qu’il écrit, ou est-ce que vous adaptez vos voix et vos textes aux morceaux ?

Nous avons commencé à chanter sérieusement avec la création de MOUNDRAG, et donc chanter ensemble était la meilleure chose à faire. En unissant nos deux voix, on a réussi à trouver des harmonies comme celles des groupes Folk et Prog des seventies que nous aimons tant. En général, il n’y a pas de règles sur qui chante le lead et qui écrit les textes. On partage nos voix aussi en fonction de ce qui nous rend à l’aise à chanter et surtout pour ne pas laisser l’autre dans la difficulté.

– MOUNDRAG est empreint d’une forte communion entre votre musique et un aspect visuel très présent. Et au-delà des histoires de dragons (que j’adore !), vous abordez aussi des problèmes actuels très forts où se croisent religion et diverses cultures. Iriez-vous jusqu’à dire que vous avez un message à livrer à travers votre musique ?

L’univers musical étant bien particulier, il faut que l’univers visuel le soit aussi. Donc, c’est à travers des paysages de science-fiction que nous trouvons l’inspiration des thèmes de nos chansons. Les thèmes de sciences fictions sont en général plutôt pessimistes vis-à-vis de l’évolution des sociétés, et c’est en imaginant le futur sur notre terre à partir de ce que nous vivons actuellement que nous ne voyons que des problèmes pour les années à venir. Nous sommes très inquiets du chemin que nos politiciens, nos cultures et les religions nous font prendre… Et la musique progressive est parfaite pour mettre en abîme ces sujets pas faciles à exploiter dans le Rock’n’Roll.

– Parlons de l’album, qui est finalement assez court, puisqu’il contient cinq titres. Parmi eux, il y a « La Poule » et ses 20 minutes. Le morceau est incroyable en rebondissements et passe par de nombreuses émotions. Même s’il laisse apparaître un esprit très jam, il est très écrit avec des chapitres bien distincts. Comment ce morceau emblématique de votre répertoire a-t-il vu le jour, et est-ce que l’envie de composer un titre aussi long était présente dès le début, comme une sorte de challenge ?

Avant même de commencer MOUNDRAG, nous avions déjà la première partie de « La Poule » et il était déjà question d’en faire un morceau de 20 minutes, c’était notre rêve ! C’est comme ça que nous l’avons créé, parties par parties, comme pour bâtir un édifice pierre par pierre. Et cela prend du temps, en tout cas, ça nous a mis du temps à composer. Souvent les choses venaient très facilement et parfois c’était totalement l’inverse… Il nous est arrivé de buter sur un passage, ne plus savoir quoi faire après, ou comment faire la transition d’une partie à une autre. Il y a eu même des moments de questionnement sur le concept-même de composer ce titre, d’aller au bout. Finalement, on s’est retrouvé en studio avec tout en tête et tous les arrangements prévus. On l’a enregistré sans se poser toutes ces questions et c’est comme ça qu’est né « La Poule ».

– J’aimerais enfin qu’on dise aussi un mot sur Komodrag & the Mounodor, qui est la fusion entre MOUNDRAG et le groupe finistérien Komodor. Sur scène, il y a une réelle osmose entre vous à tel point qu’on a l’impression que vous vous connaissez depuis toujours. Est-ce qu’on pourrait imaginer la sortie d’un album ? D’ailleurs, est-ce que vous en avez déjà parlé entre vous ?

Les premières dix minutes de notre rencontre avec les Komodor en 2019 nous ont paru comme si c’était dix ans. Les relations humaines sont la base de toutes créations musicales et quand il y a l’étincelle entre différentes personnes, il faut foncer car on ne sait pas quel brasier va naître de cette étincelle. Les Komodor et nous, c’est puissant et sur scène c’est l’extase ! Et en studio, il ne vaut mieux pas imaginer… Bien sûr, il va y avoir un album qui sortira ! On attend juste tous ensemble que « Hic Sunt Moundrages »fasse un peu de route, mais on sent qu’on n’aura même pas le temps de souffler un peu entre les deux albums !

L’album de MOUNDRAG, « Hic Sunt Moundrages », est disponible chez Dionysiac Records/Modulor.

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Rock Hard

The Electric Alley : courant continu

Sur des mid-tempos bercés de chaleur ou sur des rythmes endiablés, le nouvel album de THE ELECTRIC ALLEY multiplie les plaisirs. Si les influences sont évidentes et multiples, le quatuor espagnol n’a aucune peine à nous entraîner dans une atmosphère très enjouée et d’une sincérité absolue. « Apache » est un voyage qui ne lasse pas.

THE ELECTRIC ALLEY

« Apache »

(Independant)

Quatre ans après le très bon « Turning Wheels », les Espagnols de THE ELECTRIC ALLEY refont parler la poudre grâce à un quatrième album aussi explosif que mélodique. Et à l’écoute de cet « Apache », on peut déjà s’interroger sur le fait qu’il sorte en autoproduction, et non sur un label digne de ce nom, où il aurait plus que sa place. Cela dit, nous ne sommes plus à une aberration près.

Mené par la voix unique de Jaime Moreno, qui livre une prestation musclée et toute en émotion, le quatuor de Cadix évolue toujours dans un Power Rock qui trouve ses racines dans un Hard Rock classique et intemporel. THE ELECTRIC ALLEY ne renouvelle pas le genre, mais lui apporte beaucoup de brillance et de fraîcheur grâce à une machine parfaitement huilée qui dégage un groove énorme.

Electrisant dès l’entame (« Apache », « Hurricane »), les Ibériques surfent sur des sonorités très américaines et ensoleillées émaillées de touches 80’s et 90’s. THE ELECTRIC ALLEY fait la part belle aux guitares entre riffs aériens et solos enchanteurs (« Fireworks », « Make It Through The Night », « Son Of A Gun »). Les Andalous livrent un album Rock’n’Roll, joyeux et enivrant comme on n’en fait plus beaucoup… Alors, merci et vivement le prochain !