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International Stoner Rock

Truckfighters : architects of fuzz [Interview]

Depuis le début des années 2000, les Suédois ont amorcé une opération revival du Stoner Rock à l’européenne et n’ont eu de cesse d’élever au rang d’art cette pratique du Fuzz, qui reste toujours aussi énigmatique que savoureuse. A la base de cette belle aventure, on retrouve Ozo (Oskar Cedermalm) à la basse et au chant et Dango (Niklas Källgren) à la guitare, qui ont constitué au fil du temps une belle collection de batteurs pour les accompagner. Une longue décennie de silence discographique après leur dernier album en date, « V », TRUCKFIGHTERS sort enfin « Masterflow ». Sans surprise et avec bonheur, la fraîcheur, la spontanéité et une certaine inconscience sont toujours au rendez-vous sur ce nouvel opus d’une grande richesse musicale et d’un impact fort. Entretien avec deux musiciens libres, adulés par leurs pairs, et dont la légèreté apparente est le fruit d’un réel plaisir de jouer.

– Tout d’abord, quel plaisir de vous retrouver avec un nouvel album ! Dix ans après « V », c’est très long. Pourquoi ce break, même si vous étiez remontés sur scène en 2019 pour une longue tournée ?

Ozo : Oui, on a fait une pause en 2018. Mais après seulement cinq ou six mois sans toucher à un instrument, l’envie de jouer a commencé à revenir ! (Sourires) Je pense que si ça a pris encore des années, c’est en partie à cause du Covid, mais j’étais aussi dans une relation très difficile, du moins pendant les cinq dernières années. Quand on a le cafard, on n’a pas envie de faire de la musique. Je joue de la musique surtout, voire uniquement, parce que j’aime ça…. (Sourires)

Dango : En résumé, on avait perdu le plaisir des tournées et on commençait à se lasser les uns des autres, je crois ! (Rires) On avait donné entre 80 et 110 concerts par an pendant 10 ans d’affilée, alors c’était le bon moment pour faire une vraie pause. J’avais toujours envie de composer, alors j’ai écrit et enregistré un album moi-même sous le nom d’Enigma Experience. Les dernières retouches et la recherche d’un chanteur ont pris un peu de temps, du coup, dès la sortie de l’album, on était déjà de retour sur scène avec les TRUCKFIGHTERS ! (Rires) Mais bon, le Covid nous a aussi forcés à faire une pause. Finalement, c’était peut-être une bonne chose, parce qu’après ça, on a retrouvé le plaisir de jouer sur scène. On donne aussi environ deux fois moins de concerts par an qu’avant. Une autre raison pour expliquer le long intervalle entre les albums, ce sont les enfants. Les petits prennent du temps et de l’énergie… (Sourires) Entre « V » et « Masterflow », Ozo a eu trois enfants et moi deux. La vie, c’est bien plus que la musique.

– Comme vous avez votre propre label, Fuzzorama Records, j’imagine que cette décennie a été consacrée à produire d’autres groupes. Qu’est-ce qui vous intéresse le plus dans cette activité ? C’est la découverte de jeunes talents ou accompagner d’autres plus reconnus ?

Ozo : Dès le départ, il s’agissait surtout d’apprendre le côté commercial de la musique, ce que je trouvais intéressant. Mais avec le temps, je me dis que jouer de la musique est plus amusant aujourd’hui. D’un autre côté, je n’ai plus besoin de travailler 16 heures par jour pour le label, comme je le faisais parfois au début.

Dango : On pensait qu’il était important de diffuser de la bonne musique, de rendre le monde un peu meilleur en sauvant les gens de la daube commerciale ! (Rires) C’est difficile d’expliquer ce qui nous pousse à faire certaines choses. TRUCKFIGHTERS en avaient marre de faire des démos, alors on a créé un label ! Et j’aime aussi découvrir de nouveau groupes qu’on apprécie vraiment. C’est ce que je préfère dans le fait de sortir de la musique que j’aime sincèrement. La plupart des albums sortis sur Fuzzorama sont excellents ! (Sourires)

– J’en termine avec Fuzzorama Records. Est-ce que cela vous a permis de constater une certaine évolution du style ? Certains courants qui se développent plus que d’autres ? Et surtout, est-ce que cela a pu avoir une influence, même inconsciente, sur la tonalité que vous souhaitiez donner à « Masterflow » ? Certains écueils à éviter et peut-être une production à faire évoluer peut-être aussi ?

Ozo : Non, ça peut paraître un peu bizarre, mais on ne se soucie pas vraiment de ce que font les autres groupes, surtout pas pendant les sessions d’enregistrement. On se concentre plutôt sur la création de morceaux qui nous tiennent à cœur, sans trop se préoccuper de l’avis des autres ou des tendances. Et puis, TRUCKFIGHTERS a toujours été TRUCKFIGHTERS : notre son est unique, on évolue et nos albums ne ressemblent pas aux précédents. Ce n’est pas pour suivre la mode, c’est juste la vie qui passe, on vieillit, on change, on a envie d’explorer de nouvelles chansons plutôt que de réécrire les anciennes.

– Restons un moment sur l’entité TRUCKFIGHTERS. Comment expliquez-vous, et le comprenez d’ailleurs vous, que le groupe soit passé au rang de légende du Desert/Stoner en l’espace d’une bonne vingtaine d’années ? C’est assez incroyable compte tenu de la présence antérieure de beaucoup d’autres…

Ozo : Eh bien, c’est difficile à imaginer. Honnêtement, je pense que le secret de notre succès réside dans un travail acharné, la fidélité à nos convictions et le plaisir de jouer. C’est un immense honneur quand les gens nous disent que c’est grâce à nous qu’ils ont commencé la musique. C’est à la fois incroyable et irréel.

Dango : Certaines choses semblent se produire naturellement. « Desert Cruiser » a été notre première composition. J’ai composé le riff principal, une interprétation personnelle du Stoner Rock de l’époque. Le batteur d’origine m’avait prêté tout le catalogue de Kyuss, et on a monté un groupe de Stoner Rock ! (Sourires) C’est fou de repenser à l’impact de ce morceau, qui reste notre plus populaire, et je suppose qu’il le restera toujours, quoi qu’on fasse. Comme tu le dis, une des raisons de notre légende, c’est que le genre était quasiment mort à nos débuts. On fait partie des groupes qui ont contribué à le faire renaître. Au début des années 2000, presque personne ne jouait, ni n’écoutait ce genre de musique. Kyuss s’était séparé, QOTSA avait pris un tournant plus commercial et Fu Manchu n’avait pas tourné en Europe pendant cinq ans. Les quelques autres groupes underground actifs sur la scène ont également disparu, comme Lowrider et Dozer, mais nous, on a continué à faire évoluer le Fuzz.

– Si je m’avançais un peu, je dirai que TRUCKFIGHTERS est peut-être le groupe qui rassemble le mieux toutes les composantes et les sous-courants du style. Et puis, il y a aussi cet humour qui vous caractérise, à travers lequel vous affichez beaucoup de légèreté, là où votre style brille souvent sous par sa complexité. Serait-ce une explication à ce côté rassembleur ?

Ozo : Bon, l’humour est peut-être important. Mais je pense que beaucoup de groupes perdent vite de vue la raison pour laquelle ils ont commencé à jouer : s’amuser. Le succès ou la popularité ne sont pas l’essentiel. L’essentiel, c’est de rester fidèle à soi-même et de jouer pour le plaisir. Si on perd ça et qu’on joue pour l’argent ou le succès, alors autant faire n’importe quel boulot.

– Toujours sur la côté très positif, « Masterflow », outre son titre évocateur, affiche une pochette aussi pleine de bonne humeur. Etait-ce également une façon de désamorcer une certaine pression due à ce retour très attendu ?

Ozo : (Rires) Non… C’était difficile de trouver la bonne pochette. On a eu plein d’idées, dont une ou deux qui me semblaient plutôt intéressantes, mais Dango les a refusées. Du coup, cette canette avec un ingrédient magique « Masterflow », ou je ne sais quoi, était une idée plus amusante et peut-être moins sérieuse, mais j’aimais bien le rendu, et Dango aussi, évidemment. On a peaufiné le design encore et encore. Le fait que Dango et moi soyons sur et autour de la canette a été ajouté à la dernière minute, presque quand le graphiste a abandonné l’idée ! (Rires) Mais c’est sympa, ça montre qu’on est toujours dans le coup, parce qu’on trouve ça toujours aussi fun.

– Sur cette même pochette, vous indiquez « Balance Between Discipline And Freedom », une phrase que l’on retrouve aussi prononcée sur le morceau-titre. Est-ce là la vraie définition de « Masterflow », selon vous ? Un savoir-faire complété par un lâcher-prise ?

Dango : Je pense que oui. Enfin, si on reste trop disciplinés, je suis sûr que cela entraînera une certaine perte de créativité. Mais si on ne fait que s’amuser, se sentir libre et faire ce qu’on veut quand on veut, il y a un grand risque de ne rien accomplir, ou du moins de ne rien terminer.

– Comme les précédents albums, TRUCKFIGHTERS ne s’interdit rien, s’immisce dans le Desert, le Stoner, le Rock comme le Metal avec aussi des passages Doom et Psych. Est-ce que c’est cette appétit pour une grande liberté qui vous nourrit depuis vos débuts, et qui vous permet aujourd’hui de ne connaître aucune frontière artistique ?

Ozo : Difficile à dire. Nous ne nous sommes jamais sentis liés à aucune règle musicale. Nous n’avons jamais eu d’idée précise du résultat final avant même que les morceaux ne soient composés. Pendant un temps, lors de l’écriture de l’album « Universe » (2014 – NDR), nous nous sommes mis la pression pour qu’il soit encore meilleur que « Mania » (2009 – NDR). Résultat : pendant des mois, nous étions incapables de composer un seul riff satisfaisant, une expérience très frustrante. Mis à part cette période, je pense que nous avons toujours eu une grande liberté musicale et fait ce qui nous semblait juste à chaque étape de notre vie. Pour cet album, je me suis beaucoup inspiré de mon complice Dango, et j’ai recueilli ses avis et ses précieux conseils.

– Justement à propos du Fuzz dont vous êtes des maîtres en la matière, et avec un label qui s’appelle Fuzzorama, quel est votre définition, à savoir ses caractéristiques, et ce qui le rend si unique à vos yeux ?

Ozo : C’est un son caractéristique, principalement dû à la guitare et à la basse : une sorte de distorsion chaleureuse, agréable et très puissante ! Cela donne aussi un peu l’ambiance et le son de toute la production audio. C’est à l’opposé du son Metal mainstream, où le son des guitares est souvent tellement agressif qu’il en devient insupportable ! (Rires)

– On parle actuellement beaucoup de l’arrivée de l’IA dans la musique. J’ai l’impression que s’il y a un style qui en sera préservé, c’est bien le Desert/Stoner. Ça va être compliquer de reproduire ce son si organique et ce fuzz insaisissable. Est-ce aussi votre sentiment ? Et d’ailleurs, quel est votre regard là-dessus, qui peut apparaître comme une régression qui ne dit pas son nom ?

Ozo : On est bien trop vieux jeu pour même envisager d’utiliser l’IA, et ça gâcherait tout le plaisir de composer de la musique à partir de rien. Ça prend du temps, il faut laisser libre cours à sa créativité et se plonger complètement dans le processus. J’imagine qu’avec l’IA, le plus dur, c’est encore d’appuyer sur le bouton ‘Créer une chanson’ ! (Rires)

– Enfin, un dernier sourire pour conclure. Vu l’importance cruciale de l’écologie et son enjeu mondial, le nom TRUCKFIGHTERS était-il déjà quelque peu prophétique à l’époque, et l’est-il encore plus aujourd’hui ? Était-ce déjà une cause que vous défendiez lorsque vous avez créé le groupe ?

Dango : (Rires) Non, on trouvait juste le nom super cool. De toute façon, impossible de dire ce que ça signifie vraiment. Est-ce qu’on on se bat contre ou pour les camions, pas vrai ? (Rires) Ce que je veux dire, c’est que ‘Fire Fighter’ est évidemment quelqu’un qui lutte contre le feu, alors que ‘Freedom Fighters’, signifie quelqu’un qui se bat pour la liberté. On dirait que la langue anglaise n’arrive pas à se décider et à être très claire là-desssus, alors qui sait ! (Sourires)

Le nouvel, et tant attendu, album de TRUCKFIGHTERS, « Masterflow », est disponible chez Fuzzorama Records/Cargo.

Photos : Andreas Hylthen (1, 2, 4, 6)

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Heavy Stoner Rock International

Stonus : energy vs vibrations [Interview]

Pionnier devenu pilier de la scène Stoner chypriote, STONUS trace un chemin semé d’embûches et de coups de sort surtout liés aux aléas du monde, sans jamais se résigner. Bien au contraire, le quintet semble même y puiser sa force et son énergie. D’ailleurs, chez Ripple Music, on ne s’y est pas trompé et le nouvel album « Space To Dive » sort sur le légendaire label californien. Et cela ne doit rien au hasard, car les îliens ont pris du volume et de la hauteur et leur Heavy Stoner Rock présente des compositions très aboutis et parfaitement mises en valeurs par une production aussi massive que soignée. Nikolas Frangoulis, guitariste et principal compositeur de la formation méditerranéenne revient sur une épopée pas si commune…

– Avant de parler de « Space To Dive », j’aimerais qu’on revienne sur votre parcours. « Aphasia », votre premier album, était sorti aux premiers jours du confinement et vous n’aviez évidemment pas pu le défendre sur scène. Pourtant, vous étiez revenus rapidement avec « Séances », un bel EP. C’est presque un acte de bravoure de résister à de tels débuts, non ?

Oui, on dirait que le timing a toujours été mauvais pour la sortie de nos albums… (Sourires) Comme tu l’as dit, « Aphasia » est sorti en pleine pandémie de Covid, ce qui nous a freinés et forcés à annuler notre première tournée européenne. On se sentait dans une impasse et on avait besoin d’extérioriser tout ça. C’est ainsi qu’est né « Séance ». Mais bon, même notre nouvel album est sorti alors que le monde est au bord de la Troisième Guerre mondiale… (Sourires) Le prochain, on aura peut-être le droit à une invasion extraterrestre, qui sait ! (Rires)

– STONUS est donc resté fidèle à sa première idée, malgré les turbulences. Est-ce que, finalement, « Space To Dive », n’apparaît pas comme votre véritable entrée sur la scène Stoner européenne, tout en étant forts d’une déjà belle expérience d’une dizaine d’années ?

Tu as tout à fait raison ! « Aphasia » était comme notre porte d’entrée sur la scène musicale, une façon de dire : « Salut tout le monde, on est là, un petit groupe de Chypre ! » Evidemment, les tournées de ces dernières années et les rencontres avec tant de musiciens formidables nous ont permis de mieux nous comprendre et de nous exprimer avec une plus grande liberté artistique. C’est pourquoi « Space To Dive » est comme une invitation à découvrir notre moi profond. Cet album est le reflet de qui nous sommes.

– Entre l’EP et ce nouvel album, vous avez également sorti un live, « Live In Zen », ce qui peut paraître rapide dans une si courte discographie. Etait-ce aussi une réponse à tous ceux qui n’avaient pas pu vous voir en concert durant la période de pandémie, et ainsi confirmer que vous êtes redoutables sur scène ?

Oui, « Live In Zen » devait répondre à deux objectifs principaux. Le premier était de permettre au public de ressentir notre énergie et notre performance live depuis chez lui. Nous sommes conscients des difficultés liées aux tournées et à la nécessité de toucher un large public à travers le monde. Nous avons tous un emploi à temps plein, il nous fallait donc trouver un moyen de communiquer avec le plus grand nombre de personnes possible. Le second objectif était une collaboration avec Ouga Bouga Records et travailler en étroite collaboration avec le groupe 1000mods, car partir en tournée avec eux était un rêve pour nous.

– STONUS a toujours revendiqué ses origines méditerranéennes et cela s’entend d’ailleurs dans certaines sonorités. Est-ce que c’est votre désert de Mojave à vous ? Un repère autant qu’une influence essentielle pour vous et garante d’une approche vraiment spécifique ?

Chypre est l’un des endroits les plus isolés et les plus chauds de la Méditerranée. L’île arbore un paysage désertique pendant la moitié de l’année, du fait de sa proximité avec l’Afrique et le Moyen-Orient. C’est un paradis multiculturel et nous sommes fiers d’y être nés. On pourrait donc comparer l’environnement du désert de Mojave à celui de Chypre, en effet, avec de vastes étendues de sable, un soleil brûlant et une épaisse brume humide. C’est donc tout naturellement que nous sommes attirés par cette sonorité désertique. Elle correspond à notre environnement et nous espérons pouvoir transmettre cette énergie à l’auditeur.

– Parlons de « Space To Dive », qui marque une nouvelle étape dans votre parcours. Musicalement, bien sûr, mais pas seulement, car nous arrivez chez Ripple Music, après des débuts chez Electric Valley Records et Daredevil Records. Cela marque aussi une certaine ascension. Est-ce que vous le prenez comme une reconnaissance aussi de votre travail, sans dénigrer vos précédents labels évidemment, qui restent également des références ?

Nous sommes convaincus que cet album marquera une étape importante dans notre carrière et nous avons toujours rêvé de signer avec un label américain, et surtout un label aussi légendaire, puis de partir en tournée aux Etats-Unis. Bien sûr, nous sommes également extrêmement reconnaissants envers Marco (Electric Valley Records) et Jochen (Daredevil Records). C’est grâce à eux que nous avons pu faire connaître notre musique, ce qui aurait été quasiment impossible sans eux. Alors oui, signer avec un label plus important peut sembler une petite reconnaissance de notre travail, mais l’avenir nous le dira ! (Sourires)

– Pourtant, même s’il y a ce changements de label, couplé à un album très abouti, vous conservez toujours ce côté DIY, qui reste presque une marque de fabrique chez STONUS. C’est important pour vous de garder un pied dans cette démarche indépendante ?

L’esprit DIY, ce ‘Do It Yourself’, est ce qui nous a permis d’en arriver là et il est au cœur de notre état d’esprit. En effet, nos débuts en tant que groupe ont été difficiles. A Chypre, la scène Rock était moribonde à nos débuts et les occasions de jouer étaient rares. Il ne nous restait donc qu’une seule option : prendre notre destin en main. Nous avons commencé à organiser nos propres concerts, nos propres festivals, nos propres EP et même à programmer des concerts et des festivals à l’étranger. Nous sommes l’un des rares groupes de l’île à tourner régulièrement et nous sommes devenus de véritables ambassadeurs de la scène Heavy Rock chypriote. De plus, cette expérience s’est avérée essentielle pour guider d’autres groupes locaux et les aider à faire connaître leur musique.

– Pour « Space To Dive », vous avez développé un concept qui s’inspire du champ torique qui, pour faire court, est le croisement et l’assimilation entre diverses énergies et vibrations. Comment cela s’est-il développé au départ dans la composition des morceaux ? Est-ce que le but premier a été de leur donner une couleur claire et précise ?

En tant que compositeur principal, j’ai écrit cet album pendant mon doctorat. Un événement précis a donné une cohérence à l’ensemble du projet. En effet, tout ce qui nous entoure dépend de ces ‘vibrations environnementales’ et évolue en fonction de celles-ci. Ce fut l’union de la science et de la musique, un point crucial à mes yeux, car il prouve que la musique peut influencer les émotions et même certains processus. Elle peut avoir un impact physique sur l’auditeur ! L’idée maîtresse était de canaliser nos sentiments à travers les vibrations musicales et, simultanément, de montrer au monde que nos pensées peuvent avoir un impact réel et influencer le cours des événements.

– Ce nouvel album est direct avec des riffs très épais, un chant aussi très appuyé et des mélodies peut-être plus soutenues cette fois. « Space To Dive » contient aussi de nombreux passages aériens aux allures de jam. Est-ce que l’objectif était de laisser respirer au maximum ces nouveaux morceaux ? C’est l’impression que l’album donne…

L’album a été conçu en tenant compte du champ toroïdal. Pour canaliser les fréquences adéquates, nous avons dû travailler avec les émotions véhiculées par la musique. Nous avons expérimenté différents modes et signatures rythmiques, sans tomber dans la complexité, en nous connectant plutôt à leur essence. Par exemple, une mesure à 6/6 peut sembler plus fluide, plus intense. Il en va de même pour les ambiances : certaines peuvent susciter la joie, d’autres la nostalgie, d’autres encore la mélancolie. Nous avons cherché à comprendre ce langage et à l’utiliser comme un outil. Ainsi, chaque morceau s’est développé grâce à sa propre énergie, puisant dans le message universel qui a imprégné notre subconscient.

– Les titres sont globalement assez compacts, même si d’autres s’étalent un peu plus en longueur comme « Tangerine » et « Berlin » qui ouvre l’album. Vu le concept, on pouvait s’attendre à de plus grandes plages instrumentales. Est-ce que vous avez eu un peu peur de vous perdre sur des morceaux trop longs, et ainsi favoriser plutôt l’efficacité et l’impact ?

Comme tu le mentionnais, même si de nombreuses chansons durent moins de cinq minutes, elles conservent une belle aération. Je pense que cela tient à une approche de composition plus réfléchie que pour nos précédents travaux. Nous souhaitions respecter les besoins de chaque morceau, et nous devons cela en partie à John S.A., qui nous a apporté son aide précieuse à la production grâce à son immense expérience et à ses connaissances approfondies. L’idée était de n’utiliser que des éléments essentiels. En revanche, certaines chansons comme « Berlin » et « Tangerine » nécessitaient d’être plus longues pour que leur message ait un impact plus fort.

– Enfin, un mot sur la production, car « Space To Dive » rivalise largement avec les meilleures réalisations actuelles. Est-ce que vous avez composé l’album en vous disant que le mix et le mastering seraient aussi des étapes très importantes pour un rendu très réussi et en restant personnel aussi ?

C’est là que le destin s’en est mêlé. De nombreux paramètres sont entrés en jeu, mais une chose est sûre : nous avons cru en cet album de tout notre cœur dès le premier instant. John S.A. venait de quitter 1000mods pour se consacrer pleinement à la production et à l’enregistrement. Nous avions déjà travaillé dans son studio, mais avec son ingénieur du son de l’époque. Cette fois-ci, il est resté avec nous pendant deux semaines et s’est investi corps et âme, ce dont nous sommes extrêmement reconnaissants. Après le mixage, les morceaux ont commencé à sonner énormes ! (Sourires) Le son était tellement puissant que je me suis dit : « Tant pis, je vais les envoyer à Howie Weinberg, qui a masterisé Nirvana, Metallica, Deftones et bien d’autres ! » (Rires) Sa réponse nous a tout simplement époustouflés, et à partir de là, tout était possible. En termes de personnalisation, John et Howie sont tous deux très attentifs aux besoins d’un groupe. Ils veulent s’imprégner de notre style et de notre personnalité, ce qui est primordial, surtout pour un album aussi personnel. Toutes les réponses se trouvent sur le disque, alors n’ayez pas peur de plonger dans cet espace intérieur ! (Sourires)

le nouvel album de STONUS, « Space To Dive », est disponible chez Ripple Music.

Retrouvez aussi la chronique dur EP « Séance » :

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Desert Rock Heavy Psych Rock Stoner Punk

Red Sun Atacama : une chaleur magnétique

Fiévreux et gorgé d’énergie, le power trio basé à Bordeaux maintient la cadence et ne s’interdit rien sur ce « Summerchild » palpitant et virevoltant. Multipliant les tempos et les ambiances tout en édifiant à l’envie des murs de décibels, RED SUN ATACAMA emprunte des chemins sinueux avec vélocité et s’autorise des embardées plus délicates pour explorer des sonorités inattendues et très soignées. Et cette nouvelle réalisation atteste sans aucun doute qu’il a réellement trouvé sa voie dans un registre souvent insaisissable, entre percussion et moments d’accalmie.

RED SUN ATACAMA

« Summerchild »

(Mrs Red Sound)

Il y a des groupes dont on aime vraiment suivre le parcours et c’est le cas avec RED SUN ATACAMA, qui se bonifie et s’affirme au fil des albums dans un style qu’il est à peu près le seul à représenter en France. Quatre ans après « Darwin », son sulfureux Desert Rock dont les contours sont toujours aussi nuancés, fait de nouveau parler la poudre et ce troisième effort semble atteindre les objectifs que le combo s’est fixé. Son Heavy Stoner aux saveurs californiennes s’engouffre dans un fuzz irradiant et des fulgurances Punk que ne renierait pas un certain Nick Oliveri.

Comme pour son deuxième opus, RED SUN ATACAMA a de nouveau confié les rênes de l’enregistrement à Amaury Sauvé au studio The Apiary de Laval, et le résultat est encore plus abouti sur ce « Summerchild ». Et il faut admettre aussi que les nouveaux morceaux ont gagné en subtilité et Clément Márquez (chant, basse), Vincent Hospital (guitare) et Robin Caillon (batterie) se sont vraiment fait plaisir. Ils ont joué et multiplié les effets sur les cordes, ce qui libère beaucoup d’espace et de profondeur en laissant du champ aux parties du cogneur en chef.

L’autre aspect concerne directement la structure des titres et « Summerchild » est tout sauf linéaire. Si la base reste Stoner et Desert Rock, les ruptures ne manquent pas qu’elles soient bluesy, Folk, Country ou tirant sur un Space Rock bien senti. Les touches Punk ajoutent une dynamique légère et insouciante, tandis que les mélodies et l’atmosphère Psych dominent et cadre l’ensemble. Intense et groovy, RED SUN ATACAMA nous fait transpirer autant qu’il fascine et les surprises ne manquent pas tout au long de cette troisième réalisation très personnelle.

Photo : Hugues de Castillo

Retrouvez la chronique de « Darwin » :

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Heavy Stoner Rock International

Electric Hydra : extreme energy [Interview]

Six longues années après son premier effort, le quintet fait un retour explosif avec « From The Fallen », composés de onze morceaux qui sentent la poudre et d’où jaillit un Heavy Stoner Rock massif. Entre-temps, ELECTRIC HYDRA a accueilli deux nouveaux guitaristes, rien que ça, et a forcément pris du volume. Le son de cet nouvel opus est plus brut, ample et puissant. Rangé derrière sa percutante frontwoman, Sanne Karlsson, le combo terrasse tout sur son passage, non sans s’appuyer sur de belles mélodies et il montre surtout avec une solide cohésion. Avec deux femmes dans ses rangs, le groupe joue presque la parité, d’autant que leur présence apporte un élan singulier à un répertoire déjà incisif et tranchant. Entretien avec une chanteuse pétillante, qui a hâte d’enchaîner les concerts et qui reste d’une curiosité viscérale.

– ELECTRIC HYDRA revient six ans après un premier album éponyme remarqué. Même s’il y a eu le single « Eyes Of Time » en 2022 et en quatuor, « From The Fallen » apparaît presque comme une renaissance. Est-ce le cas ?

Oui, on pourrait dire ça, plus ou moins. On s’est en quelque sorte réinventés. Le chemin n’a pas été facile, mais il nous a menés à cet album, et nous voilà : fiers et rayonnants. (Sourires)

– D’ailleurs, il y a eu un changement conséquent de line-up avec l’arrivée de deux nouveaux guitaristes. C’est loin d’être anodin, car c’est souvent la couleur musicale d’un groupe. Or, ELECTRIC HYDRA conserve et renforce même son identité. Comment avez-vous négocié ce virage ?

Comme nous avançons constamment, nous ne réfléchissons pas souvent à ces transitions. N’étant pas tenus de sonner d’une certaine manière, ou plutôt, aimant explorer différents genres, nous avons toujours été ouverts à l’expérimentation de nouvelles idées, comme les collaborations avec des artistes invités, par exemple. C’est peut-être cette curiosité d’explorer de nouvelles pistes tout en préservant cette identité profonde qui nous définit.

– Est-ce qu’aujourd’hui, ELECTRIC HYDRA a trouvé son équilibre à cinq et surtout avec deux guitares ? Le groupe a clairement gagné en puissance et votre Heavy Rock trouve aussi ses bases dans un Stoner Rock massif et toujours cette touche Hard Rock légèrement vintage. Avez-vous maintenant le sentiment d’avoir plus de possibilités que vous n’en aviez auparavant ?

C’est vrai, que nous sommes influencés par de nombreux styles différents et nous aimons explorer divers univers sonores. Avoir deux guitares nous permet d’être plus créatifs. Cela apporte également une dimension supplémentaire à nos concerts, ce que nous apprécions beaucoup. Et n’oublions pas la contribution d’Emil à la composition. Il a apporté une perspective nouvelle au groupe que nous apprécions énormément.

– Un mot aussi de la production, qui est signé par votre batteur Dennis Åhman. Le travail qu’il a accompli dès l’enregistrement jusqu’au mastering est remarquable. Est-ce que c’est justement ce qui a permis au groupe de conserver le son qui le caractérise depuis le début ?

L’anecdote est assez amusante, car suite à une série de soucis, nous nous sommes retrouvés complètement fauchés. Heureusement, grâce à la solide expérience de Dennis en ingénierie du son et à notre proximité avec le studio, le projet a pu être lancé. Nous avions une vision précise du son que nous souhaitions pour l’album, et le fait de maîtriser l’ensemble du processus nous a permis d’atteindre exactement le résultat escompté.

– Sanne, on te sent également plus déterminée que jamais, comme si c’était le moment de t’affirmer pleinement en véritable leader du groupe. On a presque l’impression que tu attendais ce deuxième album avec beaucoup d’impatience, tant ta prestation est forte. Est-ce que qui t’a animé aussi ?

Je ne sais pas si c’est quelque chose que je fais consciemment, mais oui, je m’y investis à fond, à 100 %. J’imagine que ça peut parfois agacer mon entourage, car j’ai tendance à trouver les autres trop lents quand je suis à fond. (Sourires) La raison pour laquelle je joue dans un groupe, et ce que j’apprécie le plus, c’est de jouer en live, et j’espère que nous sommes tous d’accord là-dessus ! (Sourires) Il n’y a pas eu assez de concerts ces derniers temps. Il était donc grand temps de sortir un nouvel album pour pouvoir reprendre la route.

– Par ailleurs, ELECTRIC HYDRA a toujours eu une approche très underground dans le son, ainsi que dans le style. Est-ce aussi l’une des raisons qui vous a incité à produire « From The Fallen » en interne ? Pour conserver cette flamme et cette énergie ?

Oui et non. La scène underground nous a permis de jouer et de créer. C’est une communauté très solidaire. Mais bien sûr, on adorerait aussi investir dans un bon studio avec un producteur de renom, dès qu’on aura le budget ! (Rires)

– Un mot aussi des morceaux « Contagious », « Riding The Haze » et « The Fallen » où vous accueillez quelques invités, à savoir Per Wiberg (ex-Opeth, Spiritual Beggars), l’Américain Mateo Von Bewitcher (Bewitcher) et aussi… ton père, Sanne. C’est assez inédit de jouer en famille dans ce registre. Comment cela s’est-il passé ? Et comment est née l’idée de ces trois featurings ?

En fait, il y a trois histoires différentes derrière tout ça, une pour chaque collaboration. Tout d’abord, avec Elvira, qui vend nos produits dérivés lors des concerts, nous sommes de grandes fans de Bewitcher. On a rencontré Matt et les autres membres du groupe lors de leur concert en Suède. Et tout simplement, je lui a demandé de lire quelques couplets inquiétants et Matt a eu la gentillesse de le faire. Ensuite, Per est le musicien le plus cool du monde et un type vraiment sympa. Il a joué avec des groupes incroyables au fil des ans. On aurait bien aimé qu’il joue sur le premier album aussi, mais on n’avait jamais eu le temps, ni le courage de le lui demander. Alors, l’avoir avec nous cette fois-ci, c’était vraiment spécial. On l’a croisé dans différents festivals et on a toujours passé de super moments. Les claviers, surtout joués par un musicien aussi talentueux, ajoutent une autre dimension aux chansons. Il a un don pour choisir les morceaux qui conviennent à chacun. Et comme, nous sommes de grands fans de Spiritual Beggars, alors c’est un honneur de l’avoir avec nous. Et enfin, Bo Karlsson n’est pas seulement un guitariste virtuose, c’est aussi le meilleur papa du monde ! (Sourires) Quand la voiture tombe en panne, que le chauffage fait des siennes ou que quelqu’un a simplement besoin de compagnie, il est là en un clin d’œil. Lui et ma mère, Simone, habitent tout près, et ils adorent prendre un café ensemble et discuter de tout et de rien. Un jour, nous avons pris un fika traditionnel suédois ensemble (café et brioches à la cannelle – Rires) comme d’habitude. Dennis jouait de la guitare et testait des idées pour la chanson « A New Dawn » quand il a soudainement tendu la guitare à Bobo. Et là, miracle ! C’est arrivé comme ça ! El n’avait même jamais entendu cette chanson auparavant.

– Enfin, lorsque l’on voit le line-up d’ELECTRIC HYDRA, il émane forcément une identité très féminine du groupe, avec peut-être plus de souplesse et de sensibilité, mais sans pour autant enlever de l’aspect incisif et puissant de l’album. Est-ce qu’à ce niveau-là, il y a aussi une recherche d’équilibre dans le ton notamment et d’une touche plus originale également ?

Il est encore bien trop rare de voir des femmes dans les musiques plus extrêmes. Si nous pouvons contribuer à faire évoluer les choses, nous le faisons avec plaisir. Il arrive souvent que certaines viennent nous voir après les concerts pour nous dire combien elles sont heureuses de nous voir sur scène. Nous avons la possibilité d’être plusieurs choses à la fois, alors pourquoi ne pas en profiter ? (Sourires).

Le nouvel album d’ELECTRIC HYDRA, « From The Fallen », est disponible chez Majestic Mountain Records.

Photos : Jacob Hellenrud, Isuru Jayasuriya et Arkko Mattheiszen.

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Americana Dark Folk Desert Rock

Wildhorse : l’Ouest en grand

Dans un décor de western, le frontman du combo Stoner Rock Appalooza se présente aux commandes d’un projet solo, dans lequel il avance sur des titres plus dépouillés et introspectifs. Avec un fond aux résonances tribales, « Shewolf » développe une partition narrative entre Desert Rock, Americana et Folk. L’imaginaire de WILDHORSE rappelle autant les Appalaches que le désert de Mojave, et il fait le lien avec beaucoup de justesse et de subtilité. Une évasion originale et très convaincante.

WILDHORSE

« Shewolf »

(Independant)

Quelques mois après la sortie de « The Emperor Of Loss », le quatrième album du groupe Appalooza, son chanteur et guitariste s’offre une petite escapade en solitaire. C’est d’ailleurs sous le nom qu’il emprunte aussi avec ses camarades qu’il se présente avec « Shewolf ». Certes, l’approche personnelle de WILDHORSE est bien différente du Heavy Stoner Rock auquel il nous habitué, mais les similitudes sont pourtant nombreuses. Le Breton, natif d’un bout du monde lui aussi, se tourne une fois encore vers le grand Ouest pour prendre sa source au-delà de l’Atlantique.

C’est presque naturellement que le songwriter passe du Stoner au Desert Rock sur « Shewolf ». Avec quelques éléments Dark Country et une base Folk, WILDHORSE dévoile une douceur qu’on ne lui connaissait pas. Dans son imaginaire et dans l’atmosphère aussi, il nous fait parcourir de grands espaces sur des textes intimistes. Dans l’intention, le musicien conserve un fond Rock même s’il s’en détache pour un environnement plus acoustique. La production du disque est également très organique, ce qui lui confère une proximité très immédiate et palpable.

Ici, la voix est plus légère, la guitare plus épurée aussi et quelques percussions discrètes accompagnent les morceaux. L’esprit très amérindien offre une ambiance, qui prend parfois des teintes shamaniques. WILDHORSE est hypnotique et très roots, et les chansons s’enchaînent à la manière d’un road-trip en pleine nature, loin de toute civilisation. Intense et viscéral, « Shewolf » déploie une énergie très sereine (« The Craven », « Fellow Travelers », « Run Baby Run », « The Wolf March », « The Bullet Was Never Used » et le morceau-titre). Une immersion très réussie.

Retrouvez aussi les interviews d’Appalooza…

la chronique de « The Holy Of Holies » et le [Going Faster] du « Live at Smoky Van Sessions » :

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Heavy Stoner Doom Heavy Stoner Rock International Post-Metal

Temptress : capturer l’instant [Interview]

Au croisement d’un Heavy Stoner, d’un Doom Rock et d’un post-Metal captivant, TEMPTRESS est littéralement inclassable. Une sorte de Stoner hybride à l’œuvre depuis 2019 déjà et que le power trio de Dallas alimente depuis deux albums, en prenant bien soin de ne s’attacher à aucune chapelle. Le groupe a la particularité d’évoluer entre chant féminin et masculin élargissant un peu plus encore son champ d’action. Andi Cuba (batterie, chant), Kelsey Wilson (guitare, chant) et Christian Wright (basse, chant) imposent finalement leur personnalité pour se retrouver dans une unité artistique d’une cohérence incroyable et d’une créativité sans limite. A l’occasion de la sortie de « Hear », les Américains reviennent sur ce concentré de puissance si libre et maîtrisé.

– Trois ans après « See », vous faites votre retour avec « Hear », un album encore plein de surprises. La première est que l’atmosphère est moins Doom et étouffante et la production moins sombre. Vous aviez l’envie d’apporter et de laisser plus de lumière dans l’univers de TEMPTRESS ?

Oui ! C’est très différent de « See ». Avec ce nouvel album, nous avons cherché à obtenir un son plus authentique, quel que soit ‘notre son’. Je crois qu’il retranscrit parfaitement notre expérience en concert : puissante et intense, une véritable immersion visuelle et auditive.

– L’autre particularité de « Hear » est le songwriting. Vous êtes trois musiciens très aguerris à la scène et il régnait un réel esprit Jam sur votre précédentes réalisations. Or, ce nouvel album est très précis dans son écriture. Vous avez ressenti le besoin de plus structurer vos morceaux cette fois-ci ?

Eh bien, en tant qu’amis et musiciens, nous avons évolué. Pendant nos premières années, nos répétitions étaient souvent des jams improvisées, dans une ambiance spontanée, le temps d’apprendre à nous connaître musicalement. On jouait tous à l’oreille et ça a beaucoup contribué à notre style. Quand on a commencé à travailler sur un deuxième album, on voulait faire des morceaux plus courts et plus intenses, des titres faciles à chanter. Pendant le processus d’écriture, chacun avait des chansons sur lesquelles il travaillait de son côté, avec une idée précise de ce qu’il voulait en faire. On s’est réunis pour donner vie à ces idées, moins pour la composition et la structure, mais plus pour concrétiser la vision de chacun.

– L’une des forces de TEMPTRESS est aussi d’être trois au chant. Comment est-ce que vous vous partagez les rôles ? Chacun chante-t-il ses propres compositions, ou choisissez-vous la personne la plus adaptée suivant les tonalités du morceau ?

C’est un peu des deux. Nous chantons parfois nos propres morceaux, mais d’autres fois, nous chantons ensemble ou nous laissons quelqu’un d’autre prendre le relais. Nous jouons en accordage standard de ré ou en drop do, ce qui semble bien convenir à notre tessiture. Christian ayant un registre plus aigu, nous pouvons facilement nous répartir les parties vocales et imaginer les différentes possibilités qu’offrent un couplet ou un refrain.

– Chacun d’entre-vous a un timbre de voix et un style de chant différent. Quelle est votre principale difficulté, s’il y en a une, pour conserver l’identité musicale de TEMPTRESS ? Est-ce la musique qui prime, ou plutôt le contenu des textes ? Ou les deux…

Les deux, bien sûr ! Parfois, en écrivant, la musique ou le riff vient en premier et inspire les paroles, et inversement, les paroles que l’un de nous apporte inspirent la musique. Notre priorité est de composer une musique qui nous ressemble, quel que soit le genre. Je crois que notre identité musicale, c’est nous trois ensemble.

– Vous ouvrez « Hear » avec une intro assez longue et entièrement instrumentale. C’est morceau lumineux et très post-Rock. C’est un choix qui peut surprendre compte tenu de la suite de l’album. L’idée était-elle justement d’imposer une atmosphère précise dès le début ?

Absolument, dans le même esprit que « Death Comes Around » de « See », nous créons une atmosphère qui vous transporte dans notre univers. L’album possède une versatilité et un dynamisme presque bipolaires : chaque morceau est différent, chaque monde que vous explorez est unique. L’intro vous met en appétit et vous invite au voyage.

– Par la suite, l’album est très varié et vous évoluez dans une multitude de registres allant du Stoner au post-Metal avec des éléments Doom bien sûr et même très Rock 90’s. Est-ce que, finalement, TEMPTRESS n’ouvre-t-il pas les portes d’un post-Stoner, selon vous ?

La musique est tellement subjective que chaque auditeur peut y entendre ce qu’il veut. Oui, je suis d’accord, tous ces éléments sont présents et c’est parce qu’on les apprécie ! Si l’auditeur y entend du post-stoner, nous lui laissons cette possibilité.

– « Hear » est également à ranger parmi les albums oniriques, sans être exclusivement atmosphérique pour autant. Et il est aussi très conceptuel dans la forme. Est-ce que vous définissez une ligne artistique globale avant même de commencer la composition ?

Non, pas tellement sur cet album. L’atmosphère onirique s’est imposée naturellement, de façon organique, grâce à notre style d’improvisation. Nous n’y avions pas pensé avant de composer l’album.

– Enfin, vous avez aussi changé de label, puisque « Hear » sort chez Blues Funeral Recordings, tandis que « See » était sorti chez Metal Assault Records. Et Ripple Music s’apprête à ressortir votre premier album en mars. A quoi sont dus tous ces changements, et comment expliquez-vous cette surprenante dispersion ? A moins que ce ne soit qu’un concours de circonstance ?

C’est vraiment une coïncidence. Notre contrat avec Metal Assault Records arrivait à échéance à peu près au moment où nous avons rencontré Jadd de Blues Funeral Recordings. Nous avions entre les mains notre album « Hear », fraîchement enregistré, et nous cherchions désespérément un label pour le distribuer. Blues Funeral Recordings est un label formidable et ils nous ont vraiment aidés à évoluer et à nous développer sur la scène musicale. Alors qu’ils étaient très occupé par la sortie de « Hear », nous étions impatients de trouver un distributeur européen pour la réédition de « See », un album essentiel pour notre avenir. Une fois toutes les parties prenantes d’accord, nous nous sommes adressés à Ripple Music et leur avons demandé une réédition. Heureusement, ils ont accepté et nos fans européens pourront se procurer un exemplaire très prochainement ! (L’album ressortira le 20 mars chez Ripple Music – NDR)

Le nouvel album de TEMPTRESS, « Hear », est disponible chez Blues Funeral Recordings.

Photos : Amy Seymour (1, 2)

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Grunge Sludge

fátima : une féroce animalité

Avec son registre atypique fait de Grunge, de Stoner, de Doom et de Sludge, FÁTIMA avoue une certaine tendresse pour les années 90, et pourtant il n’en demeure pas moins aussi brutal qu’efficace. Grâce à un groove compact et enveloppant, la formation francilienne franchit à chaque effort un palier supplémentaire et si le côté primaire résonne fort, la nuance et la délicatesse ne sont jamais loin. « Primal » offre bien des visages et multiplie les atmosphères avec une attitude frontale réjouissante.

FÁTIMA

« Primal »

(Black Robes Records)

Depuis dix ans déjà, le power trio déverse son Sludge/Grunge mâtiné de Doom et de saveurs orientales et avec « Primal », son cinquième album, on peut affirmer qu’il atteint un sommet dans sa discographie. En partageant deux réalisations avec Seum en 2021 et Clegane en 2023, FÁTIMA a aussi perfectionné son art du DIY et paraît même changer de dimension dans son savoir-faire à chaque sortie. En effet, le son s’affine et monte en puissance, tandis que le groupe livre des compositions toujours plus fluides et maîtrisées.

Depuis « Fossil » (2022), puis « Eerie » (2024), les bestioles de ses pochettes changent elles aussi d’apparence, travaillant une délicieuse hostilité avec minutie. D’ailleurs, « Primal » n’est pas plus docile que ses prédécesseurs et son visuel ferait presque passer le célèbre King Kong pour une peluche. Bref, FÁTIMA est surtout devenue une machine bien huilée, massive et incisive, mais où les mélodies ont tout autant leur place que les lourdes rythmiques sur lesquelles elles reposent. Original et imprévisible, le combo s’affirme férocement.

S’ils font parfois penser à un Nirvana sous stéroïdes, les Parisiens gèrent l’animalité de leur style avec brio et sans retenue. Le duo Base/batterie est gras à souhait, les riffs d’une épaisseur impénétrable et le chant y trouve sa place avec autorité. FÁTIMA déroule son jeu, harangue et hypnotise même à l’occasion avec des envolées Stoner Psych bien senties (« Sassquatch », « Killer Wart Hog », « Chilled Monkey Brains », « Waters Of Babylon », « Gazelle Horns » et le morceau-titre). Instinctif et massif, le combo a bien mûri et « Primal » écarte les doutes avec conviction.

Retrouvez la chronique du split avec Clegane et le [Going Faster] à l’occasion de la sortie de « Fossil » :

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Stoner Blues Stoner Rock

Hermano : l’empreinte des grands

Alors que les Américains menaient une aventure pour le moins hachée avec la sortie de quelques opus et d’un live, il aura peut-être fallu cette date française pour redonner de l’élan à la formation. Près d’une décennie d’absence et HERMANO remontait sur scène, comme si de rien n’était pour une performance hors-norme. Depuis 2016, la machine est relancée, son label Ripple Music réédite ses disques dans des versions remastérisées et ce « Clisson, France » confirme que le Heavy Stoner Blues du combo reste un modèle du genre.

HERMANO

« Clisson, France »

(Ripple Music)

Et si finalement, ce concert du 18 juin 2016 avait été le déclic pour HERMANO ? Chauffé à blanc et devant un public tout acquis, le groupe avait offert une prestation marquante immortalisée sur ce live. Insaisissable et jouissant d’une liberté absolue depuis sa création en 1998, ce projet parallèle s’est pourtant forgé une solide réputation au fil des années, malgré une discographie peu étoffée. Mais le mythe s’est installé et après huit ans de break, c’est au Hellfest que la magie a opéré à nouveau et où les riffs ont fuzzé dans une torpeur partagée.

Soudés par une forte amitié et un amour inconsidéré pour le Stoner Rock et le Heavy Blues, John Garcia (ex-Kyuss, chant), Dandy Brown (Orquestra Del Desierto, basse), Dave Angstorm (Luna Sol, guitare), Mike Callahan (Disengage, guitare) et Chris Leathers (Supafuzz, batterie) ont fait souffler un vent de folie et livré un set stratosphérique. Bien sûr, celui s’articule surtout autour des albums « ...Only A Suggestion » (2002) et « Dare I Say… » (2004), et HERMANO leur a offert une dimension incroyable basée sur une phénoménale énergie.

Le plaisir et l’envie d’être là et de faire partie des moments forts de cette onzième édition du festival breton se sont clairement faits sentir dès les premières notes de « Let Side Bleeding ». Le quintet était prêt à en découdre et les versions de « The Bottle », « Cowboy Sucks », « Is This Ok », « Kentucky », « Angry American » ou « Señor Moreno’s Plan » ont fait vibrer la foule grâce à un jeu électrisant. HERMANO, avec son parcours pour le moins atypique, reste l’un des fleurons majeurs du Heavy Stoner Blues et « Clisson, France » est à classer parmi les indispensables.

L’album est disponible d’un simple clic sur la bannière en page d’accueil.

Photo : Dawn Brown

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France Stoner Blues Stoner Rock

Voodoo Queen : envoûtement fuzzy [Interview]

Afficher autant de fluidité et d’assurance sur un premier album est plutôt rare et lorsque la production suit avec un tel niveau d’exigence, il ne faut pas longtemps pour comprendre que le quatuor originaire de La Rochelle n’est pas là pour faire de la figuration. Avec « Violet Crow », sorti en indépendant, VOODOO QUEEN se présente avec un Stoner Rock vif et élégant qui n’hésite pas à montrer autant de rugosité que des mélodies entêtantes et bluesy. Guidé par sa chanteuse et guitariste, le quintet est déjà une machine bien huilée, autant sur scène qu’en studio. La sortie de son premier opus est l’occasion justement d’aller à la rencontre d’un combo qui ne compte s’arrêter en si bon chemin. Au contraire, l’avenir lui tend les bras.

– VOODOO QUEEN a un peu plus de trois ans d’existence aujourd’hui et avant ce premier album, il y a eu la scène avec, notamment, une finale du tremplin Hellfest, ‘The Voice Of The Hell’, puis le Cognac Blues Passions. C’est une belle progression. Est-ce que ce sont les débuts que vous imaginiez ?

Fabiola : En tant que groupe, on espère toujours aller le plus loin et le plus vite possible. Et avant même de sortir notre premier album, on a pu ressentir cet engouement autour du projet, et notamment lors de ces évènements-là. On ne s’attendait pas à autant, et ça nous a vraiment encouragé à poursuivre dans cette voie.

– Avant ce premier album, vous avez également sorti un cinq-titres, « Les Répet’s De Lampli (Live at La Poudrière) ». C’était important et intentionnel pour vous de montrer le groupe sur scène, ou est-ce aussi une belle opportunité qui s’est offerte à vous ?

Jim : On a très rapidement eu envie de faire de la scène pour tester nos morceaux. A ce moment-là, on commençait à avoir quelques compos récentes et c’était une envie commune de les présenter au public. L’association de L’Ampli permet justement aux groupes locaux de jouer dans de bonnes conditions, et d’être enregistrés en live. La soirée était top à partager avec le public, et l’opportunité d’avoir un enregistrement et deux clips vidéo nous a permis de partager nos premiers contenus sur les plateformes. On avait tous les quatre très envie que les personnes qui nous suivent puissent enfin avoir accès en ligne à plusieurs de nos titres. C’était aussi une ouverture pour faire un premier pas vers un nouveau public.

– Il y a d’ailleurs deux morceaux (« Free Way Out », et « Between My Troubles ») de ce live présent sur l’album. C’était essentiel pour vous de présenter le plus de morceaux inédits sur « Violet Crown » ?

Jérémie : Il était important pour nous que ce premier album représente le fruit de nos trois premières années. Nous avions en effet le désir de présenter nos derniers morceaux en priorité, mais avant tout des morceaux qui s’intégraient parfaitement à l’esprit que nous imaginions pour cet album. « Free Way Out » et « Between My Troubles », même si ce sont des morceaux plus anciens, marquent de façon significative l’ambiance mélodique du groupe.

– J’aimerais que l’on reste un peu sur cet EP live car, pour ceux qui ne vous ont jamais vu, c’est aussi l’occasion de vous découvrir en concert. Outre une belle puissance de feu, vous communiquez de manière très naturelle avec le public. Est-ce d’abord la scène le poumon de VOODOO QUEEN ?

Jim : C’est exactement ça. On prend plaisir à composer ensemble, et on prend énormément de plaisir à proposer les morceaux lors de nos concerts. Cela permet d’avoir un ressenti supplémentaire sur le morceau, et de voir si l’on est dans le vrai avec l’ensemble de ce que l’on propose.

Fabiola : Nos passés respectifs font qu’on a tous pris goût à être sur scène, jouer et partager avec le public. Cet EP live montre bien l’énergie que l’on aime donner en live.

– Vous sortez donc votre premier album, « Violet Crown », et il montre une évolution du groupe également soutenue par une très bonne production. Dans quelles conditions l’avez-vous enregistré, car vous affichez beaucoup d’assurance ? C’est le résultat de ce que vous aviez en tête dès le départ , car c’est un beau travail de studio ?

Jérémie : Merci pour le compliment ! On est content d’avoir ce genre de retours, surtout après avoir eu la tête dedans pendant des mois et la crainte de ne plus avoir le recul nécessaire sur notre travail. Tout d’abord, nous avons enregistré en plusieurs sessions dans les studios du Quai de La Sirène, avec l’accompagnement de Thibaud Carter. C’est un lieu qu’on connaît bien, pour s’y rendre régulièrement en répète. On s’y sent plutôt comme à la maison. La suite est l’œuvre de personnes qui nous ont été recommandées, et qui ont su comprendre et modeler notre son. Thibaud nous a conseillé Michel Toledo pour le mixage, qui nous a ensuite conseillé Jérémy Henry pour le mastering. On souhaitait garder ce son brut du live, et l’ambiance générale qui en ressort sur l’album est exactement la finalité recherchée.

– Votre style présente un bel équilibre et le fait d’évoluer avec une chanteuse, ce qui est assez rare dans le registre, est un véritable atout, surtout lorsqu’il est aussi prégnant. Est-ce que, justement, cela vous permet d’aborder des thématiques qui sortent de l’univers traditionnel du Stoner ?

Fabiola : Jusqu’à présent, on ne s’est jamais mis de barrière, que ce soit musicalement comme dans nos textes. Nous venons tous les quatre d’univers différents dans le Rock, ce qui nous amène à explorer de nouvelles choses. Nos paroles peuvent faire écho aussi bien à des moments de vie que des sujets plus introspectifs.

– Votre Stoner Rock a aussi la particularité de flirter avec le Classic Rock et il dégage également une ambiance très bluesy. Est-ce pour obtenir plus de profondeur et d’intensité ou, plus simplement, ce sont des références communes fortement ancrées chez chacun d’entre-vous ?

Paul : L’objectif quand on s’est rencontré était de faire du Stoner. Cependant, nos influences sont très variées et ne sont pas forcément communes aux quatre membres du groupe. Par exemple, j’écoute beaucoup de Blues, alors que c’est plutôt différent pour les trois autres. De ce brassage sont nées des premières compositions très éclectiques. Le son de « Violet Crown » s’est ensuite construit à travers un travail de sélection, afin de ne conserver que sept titres cohérents entre eux, représentatifs de ce que nous voulions défendre. Malgré tout (et heureusement !), on retrouve nos différences dans notre musique.

Fabiola : On apporte chacun notre touche aux morceaux, provenant de différents horizons du Rock et du Blues. Les passages qui ont cette ambiance bluesy amènent un côté chaleureux et parfois posé, qui permettent de nuancer avec les passages plus pêchus ou plus sombres.

– Enfin, maintenant que « Violet Crown » est sorti, quelles sont vos perspectives et vos envies ? L’idée est-elle de s’imposer sur la scène Stoner française, d’autant qu’elle a beaucoup évolué ces dernières années et que le style a aussi gagné en visibilité ?

Paul : L’objectif principal reste de faire grandir le groupe et de l’amener le plus haut possible, à notre échelle, dans le milieu du Stoner. L’idée est avant tout de nous ouvrir des portes, que ce soit en termes de scènes ou de projets plus ambitieux. D’ici dix ans, ou peut-être deux, signer avec un label et jouer dans quelques festivals prestigieux représenterait déjà une très belle réussite.

L’album de VOODOO QUEEN, « Violet Crown », est disponible sur le site du groupe :

https://www.voodoo-queen.fr

Photos : Jihem Notteb (2) et yOdOe (5).

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Power Rock Stoner Rock

B&L : instinctif

Depuis leur Belgique natale, les deux membres de B&L vibrent à l’unisson dans un Rock, qui conjugue puissance et élégance. Direct, subtil, rugueux et d’une grande finesse, son registre offre un équilibre savoureux à cette réalisation très bien produite. Jouant sur les tessitures avec un esprit indépendant et une immédiateté constante, le Power Rock emprunt de Stoner déployé sur « B&L » révèle bien des facettes et une multitude d’ambiances.

B&L

« B&L »

(Independant)

B&L, ou BeL c’est à vous de voir, est le fruit de l’alchimie artistique entre Bryan Hayard (batterie) pour le ‘B’ et Ludwig Pinchard (guitare) pour le ‘L’. Et en fait d’alchimie, il y a une réelle connexion entre les deux musiciens, qui n’en sont d’ailleurs pas à leur coup d’essai. Le premier a œuvré chez It It Anita, Girls In Hawaï et Eté 67, tandis que son complice est passé par The Banging Souls, Goliath et The Von Dead. Et l’expérimenté duo livre aujourd’hui un premier l’album éponyme pour le moins électrique.

« B&L » est un opus assez insaisissable. Une chose est sûre, les Belges se nourrissent du Rock sous toutes ses formes. Et leur palette est très large, puisque leur style puise autant dans le Stoner, le post-Rock et le Noise avec même quelques fulgurances Metal. Même instrumental, le tandem a une manière bien à lui de dérouler un fil narratif très expressif et tout en nuances. B&L joue sur les reliefs avec beaucoup d’explosivité et une énergie débordante dans une approche très live.

D’ailleurs, c’est sans surprise que l’on retrouve quatre morceaux de l’EP « Live Session @AMS » sorti l’an dernier. Quant aux nouvelles compositions, elles se fondent parfaitement dans l’univers du combo. Car, malgré la diversité des sonorités, il y a une vraie touche B&L, basée sur une batterie incisive et très groove, aussi percutante que légère, et une guitare capable de s’ériger en mur pour faire dans la dentelle l’instant d’après. Brute, mélodique et sinueuse, l’ensemble frappe et captive.

Photo : JC Guillaume