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Lucie Sue : la force et le fun [Interview]

Pétillante, déterminée et hyper-Rock’n’Roll, LUCIE SUE remonte sur le ring avec « Battlestation », un deuxième album où elle plonge littéralement dans un Heavy Rock qui vient trancher avec son premier opus, « To Sing In French ». Cette fois, les riffs sont massifs et tranchants et on imagine sans mal à quel point la terre de Clisson a du trembler lors du dernier Hellfest. Non sans beaucoup d’humour, la frontwoman évolue en totale liberté à grand renfort de décibels, tout en maîtrisant un projet qui lui ressemble tellement. Entretien avec une artiste inspiré, volontaire et profondément sincère.

– Tout d’abord, j’aimerais que l’on remonte un peu le temps jusqu’en juin 2022 où tu tenais la basse avec Steel Panther au Hellfest, lors d’un featuring mémorable. Pourtant, ton premier album n’est sorti que l’année suivante et l’aventure n’avait pas encore réellement commencé…

Ce jour-là, je m’en souviendrai toute ma vie ! C’était tellement incroyable ! Jouer devant 60.000 personnes avec un de mes groupes préférés, c’est exceptionnel. En revanche, j’avais déjà fini l’écriture de l’album avant de monter sur scène avec eux. Mais c’est sûr que cet événement a été un véritable propulseur pour moi, car j’ai marqué les esprits auprès du public, mais aussi des pros. Ton dossier de presse a une autre saveur quand tu peux dire que tu as fait ce genre de chose !

– Et cette année, quelques semaines avant la sortie de « Battlestation », tu as de nouveau foulé la mainstage du Hellfest avec ton groupe. Trois ans après, comment as-tu abordé ce concert ? As-tu eu tout de même cette impression de ‘première  fois’ ?

J’avais gardé en tête les images et la sensation de mon premier passage avec Steel Panther. J’étais préparée psychologiquement. Et puis, j’avais déjà vu les backstage, l’organisation, vécu l’attente et le stress avant de monter sur scène. La vue de la marée humaine depuis la scène. Ca faisait le même effet que dans le film « Gladiateur », avant qu’il entre dans l’arène, le sol tremblait, la foule criait, le vent était chaud…

Cette année, c’était à la fois moins stressant, car on jouait le matin à 11h. Il y avait donc moins de monde, et en même temps c’était beaucoup plus stressant parce que c’était ma musique, mes chansons, ma crédibilité vis-à-vis du Hellfest et vis-à-vis du public. Il ne fallait vraiment pas se planter. On était obligés d’assurer. Et je pense qu’on s’en est bien sortis ! Prochain objectif, jouer à 19h, comme Steel Panther ! (Sourires)

– Pour clore ce chapitre, on retrouve Satchel, le guitariste de Steel Panther, sur ton nouvel album pour le solo de « Ride The Wired Wild Tiger ». Comment est née cette idée de collaboration ? Avez-vous gardé le contact ces trois dernières années ?

Oui, j’ai toujours su que je voulais faire une collab’ avec lui. Je le lui avais dit à l’époque, parce qu’on a le même humour et les mêmes gouts musicaux. Alors naturellement, c’est à lui que j’ai pensé pour cette chanson et il a super gentiment accepté. Je lui écris de temps en temps, pour le tenir informé de mon évolution. Je prends de ses nouvelles, sans le harceler non plus. C’est vraiment un mec super cool et super doué.

– Revenons à « Battlestation », qui marque un tournant aussi par rapport à « To Sing In French » qui sonnait clairement plus Rock, voire Pop. Cette fois, le ton est nettement plus Metal et Heavy avec toujours cette sensation très 90’s. Pourquoi et comment as-tu amorcé ce virage plus ‘musclé’ ?

Pour « To Sing In French », je sortais d’une période de ma vie qui m’avait littéralement vidée. J’ai du tout reprendre à zéro. J’étais dans un moment dur, sombre et triste. Et ça se ressent dans l’album. Et depuis, je me suis reconstruite, j’ai trouvé en moi une force incroyable, comme si je naissais à nouveau, comme si j’étais une belle fleur qui s’ouvrait enfin ! J’ai retrouvé une patate de malade, l’envie de tout défoncer et dans un sens très positif ! (Sourires)  Et c’est pour ça que « Battlestation » est bien plus percutant. Il reflète l’énergie dans laquelle je me trouve !

– Tu as entièrement écrit, composé et aussi produit ce deuxième album et même conçu sa pochette. Au-delà d’une démarche très DIY évidente, « Battlestation » donne aussi l’impression d’être très personnel. C’est pour cette raison que tu as tenu à maîtriser l’ensemble du processus ?

Je ne ‘tiens’ pas spécialement à quoi que ce soit. Ca s’est fait comme ça. Par manque de moyen aussi et parce que je n’avais pas le choix. Mais finalement, ce n’est pas plus mal, car en maîtrisant tout, ça reste forcément cohérent et fidèle à ce que je veux. Ca reste moi. Et c’est important, je crois. J’essaie de plus en plus de faire confiance à mon instinct profond. J’essaie de plus en plus de m’écouter et de m’autoriser à dire non, si je ne le sens pas.

– Ton Heavy Rock est franchement explosif et mêle à la fois des moments de rage et d’autres plus sensibles. Cependant, il y a beaucoup de joie et d’humour aussi, le tout dans un univers très 90’s assez Glam. C’est important pour toi que l’esprit fun soit si dominant dans ta musique pour peut-être ne pas donner dans une certaine noirceur ?

Je pense qu’on peut beaucoup plus facilement faire passer un message en rigolant plutôt qu’en accusant, ou en étant trop premier degré. Etre moralisateur, ça peut vite braquer les gens. Et ça peut vite faire genre : ‘t’as un énorme melon’. C’est pour ça que l’humour et l’autodérision sont super importantes. Chez moi, c’est naturel et c’est en prenant du recul que je me rends compte que, finalement, c’est parfait pour communiquer, emballer les gens, les encourager et leur ouvrir les yeux !

– Ce qui ressort également de « Battlestation », c’est la durée des morceaux qui n’excède pas les trois minutes, et qui offre un sentiment d’urgence parfois. C’est une volonté d’efficacité et d’immédiateté, ou plus simplement ta vision personnelle du songwriting et de ton univers musical ?

(Rires) Bien vu ! Oui ça, pour le coup, c’était réfléchi en amont, contrairement au reste de ma vie que j’aborde plutôt de manière spontanée. Je me suis toujours dit qu’il valait mieux faire court et donner envie aux gens d’en reprendre, plutôt que de trop en donner et de saouler.

– Avant la sortie de l’album, tu as sorti huit singles en huit mois, ce qui est pour le moins atypique. Quel était l’objectif, voire l’enjeu, d’une telle démarche et « Battlestation » est-il d’ailleurs prêt dès le départ ?

« Battlestation » était prêt un an avant sa sortie. Mais on a du attendre pour démarcher des tourneurs, RP et autres partenaires. Et puis, comme j’observe comment font les autres, j’avais vu que Julien Doré sortait single sur single, chaque mois, et je me suis dit que l’idée était forcément bonne. Ca maintient l’algorithme et tu ne changes rien auprès de ta communauté, non plus. Donc on a chauffé, chauffé, chauffé avec huit singles, huit clips et huit promos pour que la sortie de l’album arrive en mode apothéose ! C’est un boulot de dingue, sachant qu’on a du tout faire tout seuls avec zéro budget. Mais ça valait le coup.

– Même si l’industrie musicale demande aujourd’hui une forte présence sur les réseaux et les plateformes, où est, selon toi, le sens de dévoiler à ce point un album avant sa sortie ? Sur les treize morceaux de « Battlestation », on en connait déjà huit et il en reste seulement cinq à découvrir. Le format du disque traditionnel est-il devenu obsolète, avalé par le numérique ?

J’ai vécu les années 90, donc pour moi le concept de l’album est super important. Mais j’ai conscience que ce ne l’est plus pour la majeure partie des gens, qui préfèrent écouter des playlists plutôt qu’un album de A à Z. Le numérique a tout chamboulé, et bien et en pas bien. Mais ça, c’est un autre débat. J’ai sorti huit singles, mais les cinq titres qui restent sont tout aussi cools, voire encore plus originaux. Je les adore et je pense sincèrement que vous allez les aimer aussi. D’ailleurs, je vais leur faire un clip à chacun, car ils le méritent tout autant que les huit autres.

– Enfin, j’imagine que le prochain objectif est la scène, mais as-tu aussi dans un coin de la tête l’envie de trouver un label, sauf si continuer à évoluer en indépendant te convient pour le moment et te semble la meilleure option ?

On a fait tout le boulot d’un label. On a constitué une super équipe de RP, on a les meilleurs tourneurs, je bosse sur la partie marketing, car je suis graphiste et mon manager est à fond sur les contacts et le développement. Il connait tout le monde et il est malin. Donc à part pour faire du ‘name dropping’ et se faire pomper un pourcentage impressionnant de droits, on n’a pas besoin d’un label. Dans ce schéma-là, on maitrise tout. Je préfère. Mais il ne faut jamais dire jamais. On verra ce qui se présente. Ce qu’il nous faut à présent, c’est un tourneur pour l’international, les Etats-Unis, l’Australie, l’Asie, l’Amérique du Sud, etc…

Le nouvel album de LUCIE SUE, « Battlestation », sera disponible le 29 août sur le site de l’artiste et sur toutes les plateformes : www.luciesue.com

Photos : Xavier Ducommun (1, 2, 4) et Tisseau (5).

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Classic Rock Hard 70's

Gypsy’s Kiss : beyond time

Formé une première fois il y a 50 ans et donc juste avant la déferlante de la NWOBHM, les Britanniques auraient pu suivre cette voie royale. Mais après une longue absence, ils ont jeté leur dévolu sur un Classic Rock musclé faisant la part belle aux guitares et aux refrains bien ciselés. Avec « Piece By Piece », GYPSY’S KISS poursuit finalement son début de carrière avec une fougue de jeunes premiers, qui semblent galvaniser le sextet londonien.

GYPSY’S KISS

« Piece by Piece »

(Independant)

Chez la plupart des groupes fondés dans les 70’s, et notamment en Angleterre, on retrouve toujours cette petite part de légende, de celle qui vient s’ajouter à la grande Histoire. GYPSY’S KISS ne déroge pas à la règle. Créé dans l’Est de Londres en 1974, l’aventure s’arrête pourtant l’année suivante après quelques concerts et vierge de tout enregistrement. Seulement, le chanteur et guitariste David Smith a fondé le combo avec un certain Steve Harris à la basse. Le mythe se joue souvent sur un détail.

Réactivité en 2018 avec plusieurs membres originels, mais sans celui parti bâtir Iron Maiden, GYPSY’S KISS a sorti un  premier single (« Influence » en 2019), deux EPs (« Heart Crazed Vole And Other Talls » en 2019 avec une ressortie dans le foulée), puis l’album « 74 » paru en 2021. Après deux titres l’an dernier (« We’ve Come To Play », et « Jack For All Times ») qui figurent d’ailleurs sur « Piece By Piece », les Anglais se présentent donc avec un deuxième long format bien produit et qui garde intactes les saveurs de leurs débuts.

Fidèle à un Classic Rock intemporel tirant sur le Hard Rock et plus légèrement sur le Heavy, GYPSY’S KISS avance avec une armada de trois guitaristes, un claviériste inspiré et une rythmique groovy. Cela dit, l’ensemble ne sonne pas vraiment vintage et affiche plutôt une fraîcheur actuelle. Mélodique et accrocheur, « Piece By Piece » est abouti et soigné et ses morceaux ne manquent de diversité (« War Of The World », « Spirit Of Lost Years », « A Soldiers Tale », « Electrify Me »). A noter la belle prestation de son vigoureux frontman.

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Blues International Rock 70's Soul

Bella Moulden : revival by youth [Interview]

Alors qu’elle a sorti son premier EP, « Voyager », en mars dernier, BELLA MOULDEN a déjà la tête solidement posée sur les épaules. L’Américaine, multi-instrumentiste, chanteuse, productrice et songwriter, s’est forgée un univers sonore 70’s très personnel basé sur une Soul, qui va puiser autant dans le Rock que le Blues ou la Pop. En gardant un côté brut, elle développe une intensité authentique dans des chansons, qui sont autant de morceaux de vie que d’expériences musicales. Touche-à-tout, audacieuse et créative, la musicienne, qui s’apprête à venir en France à la rentrée de septembre, affiche déjà une belle assurance, malgré son jeune âge. Entretien avec une artiste qui s’affirme avec talent.

– La première chose qui surprend lorsque l’on regarde ton parcours, c’est que tu as commencé la musique très jeune et en autodidacte. Aujourd’hui, tu joues de la guitare, de la basse, du piano, du ukulélé et des percussions et tu produis toi-même tes morceaux. Quel a été le déclic et as-tu trouvé rapidement le style qui te convenait le mieux ?

Le tournant pour moi a eu lieu pendant le Covid. Je suivais des cours en ligne, ce qui est toujours le cas, et pendant cette période, j’ai commencé à expérimenter mon son et mon style. J’avais l’habitude d’empiler ma guitare et ma basse, ce qui était incroyablement lourd pour mes épaules et mon dos. J’ai aussi commencé à faire des boucles et c’est comme ça que j’ai composé « SelfCare ». C’est avec cette chanson que j’ai compris que ce n’était pas juste un hobby ou juste quelque chose avec du potentiel, mais que je voulais en faire ma carrière. J’en avais toujours rêvé, mais jusqu’à ce moment-là pendant le confinement, ça ne semblait pas tangible. Depuis, je suis déterminée. C’est drôle, « SelfCare » est en fait la chanson que je préfère le moins, mais c’est devenu mon plus grand succès jusqu’à présent. Ensuite, j’ai commencé à écrire davantage de chansons Rock, la direction que je voulais vraiment prendre. J’avais tellement de chansons quand j’étais plus jeune, mais la peur me retenait. Maintenant, je les libère lentement mais sûrement, au fur et à mesure qu’elles trouvent leur place dans le monde que je crée.

– Justement, ta musique est emprunte des années 70, une époque que tu n’as pourtant pas connu, et que l’on retrouve aussi dans ton univers visuel et vestimentaire. Qu’est-ce que cela évoque chez toi ? Une forte créativité artistique ? Des artistes incroyables, ou plus simplement l’éduction musicale que tu as pu recevoir de tes parents ?

Oui, une grande partie de ma musique et de mon style est fortement inspirée des années 60, 70 et même 80. Je n’ai pas connu ces époques moi-même, évidemment. Mais à mon avis, les années 70 ont été la meilleure période que j’ai étudiée, tant pour la musique que pour la mode. Il y a quelque chose de spécial dans cette époque : la brutalité, la liberté, …. J’ai vraiment beaucoup idéalisé cette décennie. Des artistes comme David Bowie, Jimi Hendrix, Stevie Nicks et Prince ont vraiment façonné ma vision de l’art. A l’époque, la musique n’était pas seulement un produit ou un moyen d’atteindre une certaine finalité. On reconnaissait quelqu’un à sa musique et à son style. L’expression personnelle comptait. Le talent comptait. Avoir une voix unique comptait.

Mes parents ont grandi à la fin des années 80 et dans les années 90. Ma mère était passionnée de Pop des années 80, et c’est elle qui m’a fait découvrir Prince. Mon père était davantage branché Hip-Hop des années 90. A partir de là, je me suis plongée dans la musique qu’aucun d’eux n’écoutait ! (Rires) Mais le côté artistique en général de cette époque m’a semblé si riche et substantiel. Il me touche bien plus que la plupart des musiques grand public d’aujourd’hui. J’essaie d’incarner cet esprit dans mes chansons tout en restant dans l’air du temps. Mais parfois, je crains que la poursuite des tendances modernes n’en dilue l’expression. C’est un travail permanent : évoluer sans perdre ce qui fait ma musique.

– On l’a dit, tu as aussi productrice de ta propre musique. C’est quelque chose qui s’est imposé à toi plus par obligation, ou le travail du son est aussi un domaine qui te passionne autant que la composition ?

Certainement pas par obligation, mais par pure fascination. Même si j’ai commencé comme chanteuse, je jouais toujours d’un instrument, alors la production m’a semblé être l’étape suivante naturelle. Franchement, j’adore produire des beats plus que tout. Parfois, je me dis que les sons à eux seuls peuvent raconter une histoire avec encore plus de force que des paroles. C’est comme pour la musique classique, on la ressent, tout simplement. On ressent le sens de chaque mouvement, même sans même prononcer un seul mot. C’est ce genre de beauté que je recherche quand je produis.

– Tu es ce qu’on appelle aujourd’hui une artiste DIY, c’est-à-dire que tu gères ton projet de A à Z, y compris l’édition de tes CD en série très limitée et personnalisée (50 exemplaires). Là encore, l’objectif est d’avoir le contrôle total sur ta musique et aussi sur les à-côtés, même s’ils peuvent vite devenir envahissants ? 

Eh bien, je bénéficie de l’aide de VCM Management, que j’ai cofondé, mais tous mes projets ont été créés et sont gérés par moi-même avec l’aide et le soutien d’autres personnes plus récemment. C’est vraiment agréable de commencer à constituer une équipe. Je ne veux pas avoir le contrôle total de ma carrière. La seule chose qui m’importe vraiment, c’est l’art en lui-même, c’est-à-dire ma créativité, ma vision et la propriété de cette créativité. Ni plus, ni moins. La logistique, les ventes et le côté commercial ne sont pas quelque chose que j’apprécie du tout. Mais c’est un peu le fardeau nécessaire pour être une artiste indépendante. Ce n’était pas prévu et c’est arrivé comme ça après avoir eu affaire à de nombreux labels et agences américaines qui ont essayé de me posséder, de me remodeler et de me mouler selon leur idée du ‘mainstream’. Cela me semblait inutile. Pour moi, ce n’était jamais une question de célébrité instantanée ou d’argent, c’était toujours une question de métier. Dans un monde idéal, j’aurais une équipe complète qui gérerait tout ce bruit de fond, afin que je puisse me concentrer uniquement sur la musique.

– D’ailleurs, pour rester sur ce premier EP, « Voyager », il continent un morceau inédit de huit minutes, qui n’est disponible que sur l’édition CD. Est-ce que tu peux nous en dire un peu plus, car « F.R.I.E.N.D.Z.O.N.E. » est une chanson aussi longue qu’intimiste, et elle a quelque chose d’assez intriguant ?

Oui, « Friends », initialement intitulée « F.R.I.E.N.D.Z.O.N.E. », est disponible uniquement sur l’édition CD de « Voyager ». C’est un extrait brut d’une chanson que j’ai composée il y a des années, après avoir traversé le chagrin et la spirale émotionnelle d’une relation amoureuse. J4avais eu l’impression que tout se passait bien… Quand soudain, j’ai entendu : « Soyons juste amis ». Je me souviens avoir été complètement anéantie, me demandant ce qui n’allait pas. Je n’avais plus de réponses. Mais maintenant que je suis un peu plus âgée et que j’en ai largement dépassé tout ça, je réalise que c’était parce que je ne lui avais pas donné ce qu’il voulait. Je n’arrêtais pas de dire non. Non pas parce que je m’en fichais, mais parce que je voulais d’abord lui faire confiance, le connaître vraiment. Je voulais qu’on commence comme… des amis. Il en a eu marre, a couché avec quelqu’un d’autre, il a appelé ça une ‘relation’, et il est revenu me dire qu’on devrait juste être amis. (Rires) Et bien sûr, genre un mois plus tard, il m’a fait chier, me disant que je lui manquais, qu’il regrettait tout ça… Les conneries habituelles. Je l’ai bloqué. Je lui ai donné une chance qu’il ne méritait pas et je me suis sentie brisée. Je me suis demandé si j’étais digne de tout ça… juste à cause d’un mec. Sérieux ? Mais bon, de ce bordel est née une chanson de près de neuf minutes, qui a fini sur un EP, aujourd’hui épuisé. Du coup, il n’est plus qu’une note de bas de page dans ma discographie.

– Pour ceux qui, comme moi, ne sont pas sur TikTok, ta chanson « SelfCare » et même « Season Of The Witch » sont carrément devenues virales sur la plateforme. Tout d’abord, est-ce que tu t’y attendais et est-ce que ce genre de procédé va, selon toi, devenir la norme pour les artistes émergeants, plutôt que le circuit traditionnel ? A moins que tu ne le vois juste comme une sorte de tremplin ?

Je ne m’attendais vraiment pas à ce que ça devienne viral. Ça m’a semblé complètement incroyable, surtout en tant qu’artiste indépendante sans contrat. D’habitude, ce genre de viralité est réservé aux artistes soutenus par des majors. J’espère que davantage d’artistes émergents auront ce genre de moments, mais honnêtement, depuis que « SelfCare » et « Season Of The Witch » ont commencé à gagner en popularité, on dirait que TikTok privilégie davantage les artistes signés. Bizarrement, « SelfCare » n’affiche plus les statistiques de mes vidéos dans mon onglet ‘musique’, ce qui est dommage. On discute beaucoup avec eux là-dessus depuis des mois et toujours pas de solution. Je ne veux pas croire que c’est parce que les labels poussent les artistes indépendants comme moi hors des projecteurs pour promouvoir les leurs, mais… c’est difficile de ne pas y penser.

Enfin, devenir ‘viral’ n’était pas ce qui comptait le plus pour moi. Ce qui comptait avant tout, c’était de voir le chemin parcouru : tout ce qu’on peut faire toute seule, sans suivre les tendances et sans label. Ça faisait du bien. Je ne suis pas dans un esprit de compétition, pas du genre ‘Oh, cet artiste signé a eu tant de vues de ses vidéos et moi tel chiffre…’. Je ne suis pas du genre à comparer. Ce qui m’a vraiment touché, c’est de voir autant de gens s’identifier à ma chanson. Les gens l’utilisent pour créer des vêtements, peindre, parler de ce qui leur tient à cœur, ou simplement pour vibrer avec, et c’est ça qui compte. Cet effet d’entraînement créatif compte bien plus pour moi que les chiffres.

– Cependant, j’imagine que la scène reste le principal objectif pour toi. Alors, justement, lorsqu’on est une one-woman-band comme toi, comment t’organise-t-on en scène ? Est-ce que tu fais appel à d’autres musiciens pour t’accompagner ? 

(Rires) Je repense à l’époque où j’étais une vraie femme-orchestre sur scène, et waouh !, c’était énorme. Une guitare double-manche de 13 kg attachée sur mes épaules, un clavier sur le côté que j’avais du mal à atteindre et une loop station à mes pieds, qui refusait parfois de coopérer, un micro et la pression de chanter en plus. Terminé ! Parfois, la loop station plantait, ou le technicien-son avait des difficultés avec mon installation et c’était à moi de résoudre le problème en temps réel. J’adorais ce défi, mais c’était vraiment stressant.

Je suis vraiment reconnaissante de pouvoir maintenant m’entourer d’autres musiciens, à savoir généralement un bassiste, un guitariste et un batteur. Ça me soulage énormément et me permet de me concentrer davantage sur le chant, la guitare, parfois le clavier et plus simplement sur la scène. Je peux bouger, sauter, interagir avec le public… ce qui était impossible avec cet énorme double-manche. Ces derniers temps, je réserve les formations solo aux moments créatifs en ligne ou lorsque l’ambiance l’exige. J’intégrerai certainement quelques éléments de ce genre à mes prochaines tournées, mais rien de comparable à l’équipement complet que j’avais l’habitude de trimballer. J’ai gagné ma liberté et ma colonne vertébrale me remercie ! (Sourires)

– Pour rester sur les instruments, on te connait donc pour arborer, et jouer, d’une guitare double-manche signée Eastwood Guitars, et qui pèse tout de même 13kg ! Comment l’as-tu apprivoisé et qu’est-ce que cela demande en termes d’anticipation artistique pour gérer les riffs de la guitare, tout en maintenant le rythme de la basse ?

Je ne dirais pas que je la maîtrise parfaitement. Je ne pense d’ailleurs pas maîtriser aucun des instruments que je joue. J’aime à croire que j’apprends toujours quelque chose de nouveau à chaque fois que j’en prends un. Mais cette double-manche ! Honnêtement, ce n’est pas aussi difficile qu’on pourrait le croire, si l’on joue déjà de la guitare et de la basse. Le principal défi est de passer de l’un à l’autre en temps réel, surtout si l’on fait des boucles et que l’on essaie de placer une partie sur un temps ou une mesure spécifique. Ce genre de timing demande beaucoup de concentration. Et puis, le poids en général aussi. Cet engin est incroyablement lourd, si on reste debout trop longtemps. Je ne le répéterai jamais assez ! (Rires)

– Parlons un peu de ton univers musical. Il a une base Blues, Rock et Soul, des tonalités très 70’s et psychédéliques et les références à Prince notamment, mais aussi à Jimmy Page, sont perceptibles. Tout cela se fond dans un son très personnel. Est-ce que, justement, tu as facilement et rapidement trouvé ton empreinte sonore, ta façon de te démarquer des autres artistes ?

Ouais, ça m’a semblé naturel. Je n’ai pas réfléchi à tout, ni fait de grande réunion avec ma famille pour dire : ‘bon, il est temps de créer mon son !’ C’est juste… comme ça. Comme mon nom de scène, c’est juste mon surnom et mon nom de famille. Ce que je suis en tant qu’artiste est exactement qui je suis en tant que personne. Mais ça n’a pas toujours été comme ça. Plus jeune, j’avais peur d’être moi-même, peur de m’habiller comme je le voulais vraiment, peur d’être honnête avec moi-même. J’essayais sans cesse de me faire plus petite pour rentrer dans ce qui me semblait plus ‘acceptable’. Ensuite, je me suis enfin autorisée à être ce que je suis vraiment. Maintenant, je m’habille sur scène comme en dehors, sauf si je suis particulièrement paresseuse. J’accompagne ma mère au supermarché en pantalon patte d’éléphant, chemisier à volants et autres. Ce n’est pas un costume. C’est moi. Ne plus être moi-même depuis si longtemps, c’était presque comme vivre dans la peau d’une personne complètement différente. Mais maintenant, je me réveille en BELLA MOULDEN, et je me couche en BELLA MOULDEN. C’est tout. Pas de changement, pas de masque. Juste moi.

– On a parlé de ta musique, mais pas de ton chant. Là encore, est-ce que c’est venu de manière assez naturelle, ou as-tu été inspirée par certains modèles et je pense aux chanteuses Soul, évidemment ?

Oui, chanter m’est venu assez naturellement. J’ai suivi six mois de cours de piano classique et de chant à l’âge de neuf ans, mais on a tellement déménagé que j’en ai eu marre de changer constamment de professeur. J’ai donc commencé à apprendre en autodidacte. Ça me rappelle un peu comment on commence à écrire à l’école. On vous apprend à former les lettres et, avec le temps, votre écriture devient une entité unique et personnelle. C’était pareil avec ma voix. J’ai commencé par les bases, puis je l’ai laissée évoluer au fil de mes explorations. J’ai été profondément inspirée par des artistes comme Adèle, Amy Winehouse, Etta James, Janis Joplin et Big Mama Thornton. La Soul, le Blues et le courage : cette brutalité m’a vraiment attirée. Adèle restera toujours ma préférée. Sa maîtrise, son émotion… Elle a changé la donne, selon moi.

– Un mot enfin sur ta venue en Europe à la rentrée avec une halte à Paris le 9 septembre à ‘La Péniche Antipode’. J’imagine que c’est une belle aventure pour toi ? Comment est-ce que tu l’appréhendes ? Tu es également suivi par des fans européens et notamment français ?

Oui ! J’ai des fans en France, dans toute l’Union européenne et au Royaume-Uni et j’ai vraiment hâte de les rencontrer enfin. Ce voyage me semble être une étape importante dans ma carrière et je suis plus que ravie. Je me suis entraînée, j’ai travaillé mon endurance et, surtout, j’ai répété mes sets avec toutes les chaussures sophistiquées que je compte porter. (Rires) Plus sérieusement, j’ai tellement hâte de partir en tournée en Europe et au Royaume-Uni. Je ressens toujours beaucoup d’amour de la part de ces deux pays et c’est un tel plaisir de travailler avec des gens à l’étranger et de rencontrer mes fans en personne. Tous mes remerciements vont à eux. Ils ont été là pour moi d’une manière que je ne prendrai jamais pour acquise. Et puis… Je n’ai jamais joué sur un bateau auparavant, alors je vais certainement rayer ça de ma liste des choses à faire. (Rires) Enfin, merci beaucoup d’avoir pris le temps de t’intéresser sincèrement à ce que je fais. C’est très important et j’espère tous vous voir en septembre ! (Sourires)

La musique de BELLA MOULDEN est disponible sur toutes les plateformes et sur le site de l’artiste : www.bellamoulden.com

Elle sera donc le 9 septembre prochain en concert à Paris et la billetterie est déjà ouverte : www.helloasso.com/associations/tadam-records/evenements/concert-bella-moulden-et-the-wealthy-hobos

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Emerald Moon : céleste [Interview]

Arrivé il y a quelques jours dans les bacs, le premier album d’EMERALD MOON est LA sensation Classic Rock française de l’année. Il faut aussi avouer que le quintet compte dans ses rangs des musiciens chevronnés et bouillonnant d’idées. Guidés par leur chanteuse, les deux guitaristes multiplient les combinaisons sur une rythmique groovy à souhait et ce très bon « The Sky’s The Limit » vous renvoie avec bonheur dans les 70’s sur une production très actuelle et organique. Le fondateur et guitariste, Fabrice Dutour, revient sur la création du groupe, sa façon de travailler et surtout sur cette musique qui lui tient tellement à cœur.

– Au regard de vos parcours respectifs, j’imagine que vos chemins ont dû se croiser assez souvent au gré de vos projets. Quel a été le déclic pour monter EMERALD MOON et surtout pour en définir le style ?

Pour ma part, je joue déjà avec Laurent (Falso, batterie – NDR) et Vanessa (Di Mauro, chant – NDR) dans deux projets différents. J’ai eu le bonheur de partager l’aventure ‘United Guitars’ avec François (C. Delacoudre, basse – NDR), dans laquelle figurait également Michaal (Benjelloun, guitare – NDR). Tous les deux ont d’ailleurs eu plusieurs fois l’occasion de partager la scène, lorsque les chemins de Gaëlle Buswel, avec qui joue Michaal et de Laura Cox, avec qui jouait François, étaient amenés à se croiser. Vanessa et Laurent ne connaissaient donc pas Michaal et François. J’ai été l’entremetteur… Pour revenir à la genèse du projet EMERALD MOON, cela s’est passé en 2021, après l’enregistrement du « Volume 2 » d’’United Guitars’. Nous venions d’enregistrer un titre avec Fred Chapellier, le courant est vite passé et l’envie était commune. C’était aussi une évidence pour nous que François était le bassiste idéal. Yann Coste serait donc le batteur. Chacun de notre côté, Fred et moi avons composé plusieurs titres pour ce nouveau groupe, qui s’appellait alors Silverheads et que nous envisagions, logiquement au vu de nos influences, de faire sonner dans un style Classic Rock. Après plusieurs mois à la recherche d’un chanteur, j’ai proposé Vanessa, qui a fait l’unanimité. Nous devions enregistrer en mai 2022. Mais à quelques semaines du début des sessions, l’emploi du temps de Fred est bousculé en raison de sa collaboration à la tournée des Dutronc. L’album ne se s’est donc jamais ensemble. Mais début 2024, Vanessa, François et moi avons eu envie de faire aboutir ces titres que j’avais composés et sur lesquels Vanessa avait écrit des textes. J’avais quelques idées en tête pour cette place de guitariste et Michaal était mon choix numéro un, il a tout de suite accepté de rejoindre l’aventure. Et Laurent s’est imposé à moi comme une évidence également et il s’est joint à nous.

– Vous avez tous un CV conséquent et une connaissance affûtée du métier. Comment est-ce que cela s’organise pour la composition des morceaux et l’écriture des textes ? Chacun apporte-t-il ses propres idées, ou faites-vous confiance à certains d’entre-vous en particulier ? Je pense au noyau dur ayant évolué ensemble sur ‘United Guitars’ notamment…  

L’organisation, pour cet album, a été en partie dictée par nos emplois du temps respectifs et la distance qui nous sépare. Je dis en partie, car j’ai depuis longtemps l’habitude de composer ainsi, c’est-à-dire que je maquette l’ensemble du titre avec la batterie, la basse et les deux guitares. Les structures sont figées, les parties de  guitares harmonisées également mais, évidemment, la réinterprétation des lignes de chaque instrument est libre pour chacun. J’avais déjà six titres pour le projet initial, j’en ai composé cinq autres avant l’enregistrement de l’album et Michaal a également amené une composition. Après, toutes les idées et les contributions ont été les bienvenues.

– On vous avait découvert en octobre dernier avec « Phase One », un premier EP, presque de présentation finalement. Pourquoi le choix du format court ? C’était faute de temps en raison d’emplois du temps chargés, ou plutôt une manière de prendre la température et de voir quel en serait l’accueil, d’autant que l’on retrouve les quatre morceaux sur l’album ? 

Question très intéressante. Pour tout te dire, cet EP est la restitution de notre première session de répétition. Il n’y avait pas, initialement, l’idée de sortir quelque chose, nous enregistrions juste pour pouvoir prendre du recul. Il faut dire aussi que nous répétions chez Laurent qui, en plus d’être batteur, est plutôt très bon dans le domaine du son. Son local est équipé et il a coutume d’enregistrer toutes les répétions qui se font chez lui. Nous nous étions donc fixés quatre titres, trois compos et une reprise, « Ramble On » de Led Zeppelin, et nous nous sommes retrouvés pendant deux jours. L’objectif était juste d’aboutir un titre, « What You’re Told » et de le clipper, histoire d’avoir la possibilité de démarrer l’aventure. A ce moment-là, le groupe n’avait même pas de nom. Et puis, à la réécoute de cette session, on se dit que ça sonnait plutôt bien et cela confirmait la sensation de cohésion que nous avons tous ressentie dès les premières notes. Et de là a germé l’idée de sortir ces quatre titres. Vu l’esthétique, le format vinyle s’imposait aussi. Et tout cela a permis, effectivement, d’accélérer la naissance d’EMERALD MOON. 

– D’ailleurs, avez-vous apporté des modifications sur ces morceaux entre l’EP et l’album ?

Déjà, il était évident pour moi que ces trois titres faisaient partie d’un tout. Ils devaient figurer sur l’album. Sur la version EP, ils sont joués live, les amplis sont dans la même pièce que la batterie, il n’y a pas d’overdub ou de guitares additionnelles. Pour l’album, ils ont été totalement réenregistrés, au propre, avec plus d’arrangements, notamment sur les parties de guitares. Le fait de garder ces trois titres a également eu une incidence sur l’écriture. Il fallait que les personnes qui avaient déjà découvert ces trois premières compositions aient de la matière avec la sortie de l’album. Avant l’EP, l’idée était plutôt un album de neuf ou dix morceaux, « Phase One » a changé la donne et nous voilà avec 12 titres.

– Lorsque l’on voit par où vous êtes tous passés, le côté Rock et bluesy semble une évidence. EMERALD MOON présente donc un Classic Rock très 70’s dans l’esprit, mais pas forcément dans le son. On sent aussi beaucoup de plaisir entre vous en vous écoutant. C’est ce qui vous guide depuis le départ ?

Le plaisir est ce qui nous guide dans notre métier de musicien. C’est une chance infinie de vivre de notre passion. C’est déjà vrai lorsque l’on joue la musique des autres, c’est encore plus intense lorsque l’on défend ses propres chansons. Pour ce qui est de nos influences et nos parcours, nous avons beaucoup de choses en commun comme des racines Blues et le Rock/Hard Rock Seventies. On a voulu restituer ça avec un son plus contemporain, sans aller trop loin, de sorte à garder la dynamique, le grain et les nuances propres à ce style. 

– D’ailleurs, même si votre registre retrouve des couleurs depuis quelques temps maintenant, est-ce qu’EMERALD MOON est là aussi pour palier un certain manque, car il y a vraiment un public en demande concernant le Classic Rock notamment ?

Il n’y a pas de calcul sur le bon endroit ou le bon moment. Il y a juste l’envie de faire ce que l’on aime faire et que l’on fait chacun depuis longtemps : Michaal avec Gaëlle Buswel, François avec Laura Cox, Laurent avec Jack Bon et moi avec Back Roads. Et surtout, de le faire ensemble. C’est une magnifique équipe et il nous tarde d’être sur scène tous les cinq.

– Vous êtes en autoproduction, ce qui n’est pas franchement une surprise étant donné que vous êtes tous rompus à l’exercice du studio et que trouver votre son n’a dû pas être très compliqué. Est-ce un avantage aussi de pouvoir mener votre projet vous-mêmes, et avez-vous tout de même fait appel à des personnes extérieures pour l’enregistrement, le mix ou le mastering ?

Il est certain, comme je te le disais tout à l’heure, que le fait que Laurent ait les compétences et le matériel pour enregistrer et mixer un album est un atout essentiel. On a pu avancer à notre rythme. De la même manière, Michaal et François peuvent gérer leurs prises chez eux. On peut travailler ensemble ou à distance, c’est très confortable. Et pour ce qui est de la production et des choix artistiques, on avait déjà des idées, puis le temps et les propositions ont affiné tout cela. On a passé, Laurent et moi, le temps nécessaire pour aboutir les titres comme nous le souhaitions. 

– Avec Michaal Benjelloun, vous formez un beau duo de guitaristes. L’esprit est très zeppelinien avec des teintes Blues et Southern. Comment est-ce que deux musiciens aussi aguerris se partagent-ils les rôles, même s’il y a aussi de beaux passages de twin-guitares ?

De manière très naturelle. Déjà, dans l’écriture, il y avait beaucoup de place laissée aux guitares. Et c’est logique, puisqu’initialement, c’est un projet de guitaristes… On aborde un titre avec comme question : ‘tu préfères faire le premier ou le deuxième solo ?’. Après, tout est libre, les idées d’arrangements sur les parties rythmiques, le choix des guitares et des sons. On s’écoute, l’idée de l’un fait rebondir l’autre, on cherche toujours à se compléter et à mettre en valeur nos qualités respectives.

– Est-ce que, lorsque l’on joue et compose du Classic Rock comme EMERALD MOON, l’idée est de toujours faire évoluer le style en y apportant quelques touches modernes, ou plus simplement juste de se faire plaisir ? Car cela impliquerait de fait une certaine finitude du registre… 

Je me souviens d’une chronique d’album qui se concluait par cette phrase : « Ils n’ont pas inventé la poudre, mais ils savent la faire parler ». C’est une très belle formule. Quand je compose, il m’arrive de faire des citations volontairement appuyées comme pour « What You’re Told », qui sonne très Thin Lizzy. Il arrive également que l’on me dise que telle composition est inspirée de tel titre, alors que ce n’était pas une piste de départ consciente… Il est évident que nous sommes imbibés de toutes nos écoutes et que ces influences transpirent fatalement dans notre écriture. Je n’ai absolument pas l’idée de révolutionner le style, mais j’essaie de m’appliquer, lorsque je compose un titre à lui donner une première lecture fluide. J’essaie également de le remplir de petites surprises à travers les arrangements, la réexposition des thèmes, la structure et un ensemble de choses qui fait que la première impression d’évidence évolue au fur à mesure des écoutes. Parce que l’idée est là : façonner et penser notre musique dans l’esprit de celle que nous écoutions il y a trente ans, lorsque les moyens technologiques ne nous permettaient pas d’accéder à tous les albums de tous les groupes en un clic. On avait, en gros, un album par mois, on prenait le temps de l’écouter et d’en extraire la totalité des subtilités. Si les gens qui s’intéressent à notre album nous font l’honneur de prendre le temps de se l’approprier, je veux qu’ils puissent découvrir des choses au fil des écoutes. 

– Enfin, avec un tel premier album, on attend forcément une suite à cette belle aventure. Est-ce que vous vous projetez déjà dans l’avenir avec des concerts à venir, par exemple, et/ou déjà le projet d’un deuxième album en tête ? Comme vous êtes tous les cinq engagés avec dans d’autres formations, j’espère qu’EMERALD MOON n’est pas un one-shot…  

L’album est sorti le 13 juin, via Inouïe Distribution, et nous étions sur scène ce jour-là, ainsi que les trois jours qui ont suivi. Mais nos emplois du temps respectifs ont effectivement limité les possibilités de concerts pour 2025. On travaille sur 2026 pour pouvoir mieux s’organiser et avoir plus de visibilité. Et effectivement, l’idée du deuxième album est déjà là.

Le premier album d’EMERALD MOON, « The Sky’s The Limit », est disponible chez Inouïe Distribution.

Photos : Christian Viala (3) et Richard Guilhermet (4).

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Rock 70's

Jade Elephant : Rock spirit

C’est avec beaucoup de feeling et de précision dans le jeu que JADE ELEPHANT surgit avec un premier opus abouti et séduisant. Inspiré par le grand dirigeable tout comme Creedence Clearwater Revival notamment, les Canadiens, qui n’ont pourtant pas connu cette période bénie, sont totalement imprégnés de cette culture vintage pleine de vibrations fortes qu’il remettent au goût du jour avec talent et dans la formule la plus épurée et sincère qui soit : le trio. Une énergie débordante sur dynamique authentique.

JADE ELEPHANT

« Jade Elephant »

(Independant)

Même s’ils sont encore tous les trois dans la vingtaine, ils nous rappellent au bon souvenir d’un Rock 70’s débridé et sauvage. Et si le nom de Led Zeppelin revient sans cesse en tête, JADE ELEPHANT réussit à trouver sa voie et affirmer sa touche sur ce premier album éponyme, qui en dit déjà long sur ses ambitions. Brut et organique, « Jade Elephant » est un recueil de dix morceaux bien structurés, efficaces et mélodiques qui, malgré leurs références évidentes, n’ont absolument rien de poussiéreux. 

Après avoir sorti « So Far » en novembre dernier, sur lequel figuraient déjà trois morceaux de ce long format, JADE ELEPHANT se lance donc dans le grand bain et le résultat est très convaincant. Produit et mixé par Russell Broom entre Langdon et Calgary en Alberta, « Jade Elephant » affiche exactement le son que l’on attend d’un tel disque. Farouche et massif, il reflète l’état d’esprit d’une certaine époque conjugué à la fougue de jeunes musiciens qui se surprennent à en prolonger le plaisir avec vigueur.

Le power trio se montre plein d’audace en ouvrant avec « That Much Is Clear », un titre qui commence de manière acoustique pour se conclure par un solo électrisant. Ensuite, JADE ELEPHANT poursuit sur sa lancée et s’enflamme sur « Bad Thing », « I Got Time », « Zombie », « Pay The Piper » et « Hallway Dark ». Sans révolutionner le genre, le groupe l’oxygène à sa façon et avec la manière. Voir la nouvelle génération reprendre le flambeau avec autant de classe et d’enthousiasme est un ravissement.

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Blues Rock

One Rusty Band : from the road

A écumer à ce point les scènes, ONE RUSTY BAND a presque élu domicile dans son camion, une sorte de deuxième maison dans laquelle passe une multitude d’émotions. Un rythme de vie qui donne aussi lieu à la rêverie et à la réflexion. C’est ce que raconte à demi-mot cette troisième salve irrésistible et toujours aussi explosive. Avec « Line After Line », nos deux protagonistes font preuve d’autant de complicité artistique que de vigueur. Un Blues Rock unique et enthousiasmant.

ONE RUSTY BAND

« Line After Line »

(Inouïe Distribution)

Trois ans après « One More Dance », notre fougueux duo fait son retour avec « Line After Line », un troisième album où l’on constate avec plaisir qu’il a toujours le riff rugueux et des fourmis dans les jambes. ONE RUSTY BAND poursuit son tumultueux road-trip entre Blues et Rock, sorte de percussion entre le son du Delta après un passage à la moulinette Garage Rock. C’est d’ailleurs la thématique de ce nouvel opus : la vie sur la route avec tout ce que cela comporte de rencontres, d’états d’âme et de liberté surtout.

Pourtant, point de divagation sur ce brûlant « Line After Line ». Acrobatique dans le fond comme dans la forme, ONE RUSTY BAND trace son sillon avec la même authenticité qu’à ses débuts, à la différence notoire que son style s’est affirmé pour être aujourd’hui immédiatement identifiable. Si les claquettes de Léa (qui s’essaie aussi avec brio pour la première fois au chant) y sont pour beaucoup, le jeu et l’attaque de Greg et ses guitares, cigarbox ou pas, son harmonica et son foot drum complètent harmonieusement l’ensemble.

C’est d’ailleurs le chanteur qui assure encore le mix, une bonne habitude qui conforte son empreinte sonore. Sur un rythme effréné, ONE RUSTY BAND emporte tout sur son passage dans un élan qui ne faiblit jamais. Et ce débordement d’énergie se fond dans une inspiration de chaque instant et un panache qui en font aussi sa marque de fabrique (« I Wanna Kill You », « Mr Catfishman », « Happy Mess », « Anger Bones », « Come Back Home »). Flirtant discrètement avec une approche à la Black Keys, les Bretons régalent encore !

Photo : Jimmy Mettier

Retrouvez l’interview accordée par le duo à la sortie de « One More Dance » :

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Americana Country-Rock Roots Rock Southern Rock

American Mile :  from roads to paths

Situé entre The Black Crowes et Chris Stapleton, AMERICAN MILE a rapidement défini son propre style, autour d’une Country-Rock très Southern et plutôt musclée. Efficace et entraînante, cette deuxième réalisation est le reflet d’un registre en pleine évolution et qui s’oxygène à travers les vibrations d’un Rock américain traditionnel. Rompu à l’exercice scénique, les quatre musiciens se montrent également impressionnants et vifs sur disque. A suivre de très près.

AMERICAN MILE

« American Dream »

(Independant)

Alors que le rêve américain a sérieusement du plomb dans l’aile depuis quelques mois maintenant, AMERICAN MILE parvient avec facilité et beaucoup de fraîcheur à nous y faire croire encore un peu, le temps du moins de ce très bon « American Dream ». Cinq ans après « The Longest Road », le groupe vient confirmer les belles choses entendues sur son premier album, en franchissant avec panache le cap du deuxième effort brillamment. Grâce à un Southern Rock qui fait l’équilibre entre Americana et Country, le quatuor a trouvé sa voie.

Bien qu’originaire de la région de Los Angeles, AMERICAN MILE laisse aussi traîner ses oreilles du côté de Nashville et a aussi parfaitement digéré les classiques du Allman Brothers Band et du Marshall Tucker Band notamment. Servies sur un plateau par la production de Bruce Witkin et Keith Nelson, les neuf nouvelles compos laissent éclater une audace et une énergie débordantes. Guidé par leur chanteur et guitariste, les autres membres donnent aussi de la voix dans une belle harmonie, et c’est un vrai plus mélodique.

Entre slide, pedal steel et orgue, l’éventail est large et complet, et AMERICAN MILE fait preuve de beaucoup de maturité dans l’écriture. Tournant de manière intense ces dernières années, le combo se montre très affûté et multiplie les ambiances à l’envie, tout en restant accrocheur et puissant dans le jeu (« Get Up & Fly », « Photograph Of You », « Waiting On A Sunday », « American Dream », « Wiggle For Me », « Straight From The Hearland »). Toujours sans label, le Roots Rock très sudiste des Californiens devrait vite se répandre.

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Blues Rock France Rock 70's

Pacôme Rotondo : les songes bleus [Interview]

Il y a deux ans, le jeune guitariste-chanteur faisait une entrée fracassante avec un premier effort, « World Of Confusion », d’une maturité déjà bluffante. Le voici déjà de retour avec la même fougue, les mêmes convictions et un son qui s’est franchement étoffé. Plus percutant encore, mais également de plus en plus à l’aise dans des sphères aériennes, PACÔME ROTONDO passe haut la main le difficile exercice du deuxième album. Le Lyonnais fait preuve d’une liberté totale et enrobe son Blues Rock de teintes progressives et psychédélique avec une audace rafraîchissante sur ce « Crimson Rêverie » aux saveurs multiples. Entretien avec un musicien, qui montre déjà un savoir-faire et une maîtrise de son jeu et du songwriting rares.  

– La première question que je me pose est de comprendre comment lorsqu’on grandit dans les années 2000, on acquiert une culture et un goût aussi prononcés pour la musique Blues et Rock des 70’s. Est-ce que c’est le fruit d’un apprentissage fait en famille, ou au contraire une grande curiosité de ta part ?

Je pense que c’est un tout. Effectivement, l’environnement familial joue un rôle, mais la curiosité y est aussi pour beaucoup. Avant d’être musicien, je suis d’abord un mélomane. Ecouter de la musique m’a donné envie d’en faire. A la maison, j’ai toujours baigné dans un environnement musical Blues et Rock avec les goûts de mon père, tel que Calvin Russel, Gary Moore, Bonamassa, ou du côté de ma mère avec des choses plus actuelles comme Depeche Mode, Seal, Robbie Williams… Dans tous les cas, ça a toujours été de la musique joué par des instrumentistes.

Et de mon côté, j’ai écouté beaucoup de Hard Rock et de Metal et je me suis forgé ma propre expérience. C’est vraiment un style que j’affectionne et qui m’a donné envie de travailler mon instrument pour jouer à la manière des guitaristes que j’apprécie dans le style comme Zakk Wylde, Kiko Loureiro, Paul Quinn de Saxon, etc…

Les rencontres aussi sont importantes, il y a toujours un tel ou un tel qui te dit : tiens, écoute cet album, ça devrait te plaire. Que ce soit des professeurs que j’ai eu, de simples discussions entre mélomanes souvent plus âgés que moi ! (Rires) ou avec des camarades musiciens, tous ont eu un impact dans ma culture musicale. C’est d’ailleurs grâce à ce genre d’échanges que j’ai découvert, avec joie, Albert et Freddie King.

Et puis comme tu l’as très bien dit, j’ai grandi dans les années 2000 (je suis né en 2001….), avec Internet et YouTube, où il est quand même facile d’écouter de la musique et de découvrir plein de choses. Je continue d’affirmer que le streaming est, quand il s’agit de découvertes, un outil absolument formidable et fantastique. Si on est un boulimique de musique, c’est une confiserie à ciel ouvert !

– On t’avait découvert il y a deux ans avec un premier album, « World Of Confusion », dans un Blues Rock aussi explosif que sensible et déjà avec une vraie touche. Même si tes références sont assez évidentes, comment justement as-tu œuvré pour t’en détacher le plus possible ?

Je n’ai pas réellement cherché à me détacher de mes influences. Cependant, j’ai essayé d’en mettre d’autres en valeur ! Le laps de temps a été assez court entre les deux albums, il est compliqué de se ‘réinventer’ totalement dans un intervalle aussi limité (enregistrement en mars 2023 pour le premier album et novembre 2024 pour le deuxième). Mais j’ai voulu proposer une expérience nouvelle et éviter la redite de « World Of Confusion ». Et je pense que cela passe aussi par le fait de ne rien s’interdire. Avec l’ajout du clavier, le travail de composition a lui aussi été différent.

– Tu es guitariste et aussi chanteur, ce qui ne va pas forcément de soi, puisque beaucoup préfèrent se concentrer sur leur instrument ou leur voix. Est-ce que pour toi, cela a été une évidence de mener de front les deux exercices ? Et quant est-il du contenu des textes ?

Alors, peut-être que cela ne semble pas aller de soi au premier abord, mais nombreuses sont mes références de guitariste-chanteur et qui excellent dans les deux registres. Je pense évidemment à Hendrix, Gallagher ou encore les trois King dans un contexte Blues Rock, et Dave Mustaine ou James Hetfield dans un registre plus Metal. Je pourrais d’ailleurs citer aussi George Benson. Cela est donc plutôt apparu comme une évidence pour moi plutôt qu’une contrainte, même si je me sens tout de même plus guitariste que chanteur !

Evidemment, je donne beaucoup d’importance aux textes. La musique est un joli vecteur pour faire passer des messages, ou simplement raconter une histoire. Dans mes morceaux, je raconte mon rapport à l’autre, à l’amour, la mort, la déception, l’alcool, …Je décris aussi ce qu’il se passe dans le monde. J’aime bien cet exercice d’écriture, c’est une belle introspection.

– Sans parler de fossé, la différence entre « World Of Confusion » et « Crimson Rêverie » est assez flagrante. La première se situe au niveau du son, tandis qu’on te sent également beaucoup plus assuré dans ton jeu comme vocalement. Tu le dois à un travail acharné, à l’enchaînement des concerts, ou l’expérience vient forcément de ces deux aspects de la musique ?

C’est évidemment un tout. Je dirais que le retour d’expérience de « World Of Confusion » est primordial et il participe à cette différence. Le clavier apporte aussi beaucoup au son du groupe, il permet d’avoir un son de guitare tout à fait différent, de créer des ambiances et il participe fortement au climat du disque. J’ai été assez exigeant envers moi-même sur mes parties de guitares et de voix sur ce deuxième album, tout comme les comparses qui m’accompagnent. On a beaucoup travaillé de notre côté, et en groupe, pour tirer le meilleur de nous-mêmes ! Je suis content qu’on ressente cette différence.

– Sur ton premier album, l’atmosphère globale était nettement marquée par le Blues Rock avec des sonorités très British et irlandaises aussi. Est-ce qu’avant de te projeter sur la suite, tu avais besoin de faire une espèce de bilan personnel sur ton lien avec ses racines profondes ?

Avec un laps de temps aussi court, il n’y a quasi pas eu de pause d’écriture entre les deux albums. Dès la fin de l’enregistrement de « World of Confusion », le travail de composition a repris. Non, il n’y a pas de bilan personnel sur mon lien avec mes influences Blues Rock. En fait, j’ai plein d’autres influences et c’est peut-être ces dernières qui se dévoilent un peu plus sur cet opus. J’ai un gros passif de hard rockeur/metalleux, cela se ressent sur certains titres et dans ma manière d’aborder certains solos ! Mes influences Folk et Blues sont aussi à l’honneur avec un titre comme « Is The World », et même Pop sur « A Man Needs ». Sans parler du coté Prog avec le titre éponyme. Puisque je suis un boulimique de musique et que j’aime énormément de styles, il m’est difficile de trancher dans une direction précise. Finalement, toutes ces racines et influences forment la musique de PACÔME ROTONDO !

– Avec « Crimson Rêverie », on te retrouve dans un registre très 70’s et surtout avec une approche plus Classic Rock voire Hard Rock, c’est selon, avec des inspirations clairement ancrées dans les pas de Led Zeppelin, des Doors et de Deep Purple, notamment dans les parties d’orgue et les aspects plus aériens. Avant d’entrer dans les détails, est-ce que l’apport de claviers, et donc d’un nouveau membre, t’a paru indispensable pour te mouvoir plus facilement dans ce registre ?

Oui, l’apport du clavier m’a paru nécessaire. Cela me semblait essentiel, afin de proposer un discours nouveau et d’étoffer ma musique. C’est un exercice différent du power trio, deux approches singulières. Le clavier offre plus de liberté à la guitare et un certain confort. Je peux aussi me détacher de certaines parties et aborder l’aspect chant plus sereinement.

Led Zeppelin, Deep Purple et les Doors sont des groupes que j’ai beaucoup écouté et dont je maîtrise assez bien la discographie, je suis donc heureux qu’on retrouve un peu de tout ça dans ma musique ! Cet album est un peu comme le premier, une combinaison de tout ce que j’aime. Hard Rock, Hard Blues, Rock Psyché, Rock Progressif, Folk….

– Est-ce que, finalement, la formation avec laquelle tu te présentes sur « Crimson Rêverie » est celle dans laquelle tu t’épanouies le plus et qui convient le mieux pour la musique que tu as en tête ? Le groupe de PACÔME ROTONDO est-il au complet dans cette formule ?

A l’heure actuelle, oui, c’est celle avec laquelle je m’épanouis le plus et qui retranscrit au mieux mes idées. Après, rien n’est figé ! Un retour au power trio n’est pas prévu, bien que j’aime ce côté brut et l’aspect ‘sans parachute’. Je pense en avoir fait le tour, du moins pour l’instant. La formation ne pourra que s’étoffer à l’avenir !

– On l’a rapidement évoqué, mais il y a une progression assez évidente aussi dans la production de ce nouvel album. Qu’est-ce qui a changé cette fois-ci ? Ton entourage en studio a-t-il changé et surtout, qu’as-tu appris de ton premier enregistrement ?

L’entourage n’a pas changé ! Même studio, même ingénieur du son pour les prises et le mix (Pascal Coquard du Studio ‘Les Tontons Flingueurs’ – NDR) et même ingénieur du son pour le mastering (Alan Ward d’Electric City Studio – NDR). La production a été différente, on a pris le temps de travailler les sons et de tester plein de choses ! J’avais envie de faire sonner le disque différemment du premier, qui a été formateur. Il m’a permis d’aborder le deuxième de manière beaucoup plus sereine. Il y avait moins d’appréhension et un stress positif, proche de l’excitation. On savait comment donner le meilleur de nous-mêmes, sans se contraindre d’une pression négative. Et puis, je savais peut-être un peu plus où je voulais emmener ce deuxième album dans la production.

– Le morceau-titre est aussi assez angulaire sur l’album avec ses sept minutes. Là encore, c’est quelque chose que l’on n’entend plus beaucoup dans les répertoires contemporains. Est-ce une chanson sur laquelle tu t’es penché plus longuement que les autres avec l’idée, peut-être, d’en faire une sorte de ‘morceau signature’ dans ton parcours ?

Effectivement, ces sept minutes peuvent paraître comme un OVNI, à l’instar du dernier titre qui dure 7min40 ! Pourtant, ce sont ces deux-là qui sont venus le plus naturellement. Les idées se sont mises en place de manière assez fluides et cohérentes. La longueur permet de prendre le temps, de proposer un discours et de faire évoluer le morceau. C’est peut-être dans ce genre de registre que la suite se fera. Dans un monde où tout va plus vite, où les musiques sont de plus en plus courtes et où les gens perdent l’attention au bout des 15 premières secondes, c’était un pari risqué. Mais ces morceaux très longs sont aussi des références pour moi comme chez Pink Floyd, Supertramp, The Doors, etc… Dans tous les cas, je serais vraiment réjoui et flatté qu’on assimile ça à un ‘morceau signature’.

– Un mot aussi du titre « Interlude II » et son côté très Gary Moore et qui est par ailleurs instrumental. De quelle manière le perçois-tu  sur « Crimson Rêverie » ? Comme une sorte de respiration ou franchement un hommage au guitar-heros irlandais ?

« Interlude II » est le petit frère du titre « Interlude », qui était présent sur « World Of Confusion ». J’aime bien ce côté 100% instrumental. Une capsule dans un album. Faire passer un discours avec seulement son instrument n’est pas chose aisée. C’est toujours délicat et compliqué à réaliser. Je vois ça comme un challenge personnel. D’ailleurs, je ne voulais pas qu’on l’enregistre, je n’étais vraiment pas satisfait de mes parties. Et puis, mes comparses m’ont poussé et j’ai essayé d’oublier celles que j’avais composées pour la guitare, de me détacher de tout ça pour jouer dans l’instant présent et improviser pleinement le jour de l’enregistrement. Je suis très heureux du résultat, je trouve que la guitare chante et ça me fait plaisir ! C’est marrant que tu y trouves des inspirations de Gary Moore, car cela n’a pas du tout été une référence pour ce morceau de mon côte. « Interlude II » est né, au départ, d’une écoute de l’album « Genesis » de Genesis. Le climat de « Mama » a été une belle source d’inspiration. Je voulais aussi avoir un côté Pink Floyd, très Prog, avec une guitare très arienne au début du titre et ce piano très présent, qui participe au climat du morceau. Je perçois ce titre comme un hommage à mes influences Prog et comme un lien avec le premier album. Gary Moore n’est donc pas dans l’équation. Mais si jamais tu peux me trouver un morceau de lui dans cet esprit, ça m’intéresse ! (On s’en reparle sans faute ! – NDR)

– Enfin, peu avant la fin de l’album, on te retrouve aux côtés de Raoul Chichin pour une version beaucoup plus Folk et dans un Blues très aéré et puissant du standard de Buffalo Springfield, « For What It’s Worth ». C’est un choix un peu surprenant de jouer cette chanson qui date de 1966. Comment vous êtes-vous retrouvés tous les deux autour de ce morceau ? Et qui en est à l’initiative ?

Au départ, je souhaitais faire une reprise sur l’album. « For What It’s Worth » est une chanson qui m’accompagne depuis longtemps et que j’apprécie tout particulièrement. Je voulais un arrangement assez personnel du titre, éloigné de l’original, sans trop transformer l’œuvre de base ! Raoul est un bon copain. S’il devait y avoir un invité sur le disque, ça ne pouvait être que lui. Ça m’a paru tout naturel de l’inviter ! On a enregistré ses parties chez lui à Paris, mi-décembre, alors qu’il rentrait tout juste de tournée. Et c’est un chouette souvenir, on aura bien rigolé à faire ça !

Le nouvel album de PACÔME ROTONDO, « Crimson Rêverie », est autoproduit et disponible chez Inouie Distribution.

Photos : Olivier Frety (1, 3, 5) et Virgil Dupin (2, 4, 6)

Retrouvez la chronique de son premier album :

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Blues Rock Contemporary Blues

The Davidson Trio : hot ride

La réunion de talents laisse souvent entrevoir de très belles choses et c’est précisément le cas avec ce torride et sensuel « Cougar », livré par une formation où l’expérience et la complicité sont en totale symbiose. THE DAVIDSON TRIO transpire le Rock et respire le Blues et sa configuration offre le meilleur ajustage possible dans ce style relevé et très contemporain. Emmené par un chanteur et bassiste inspiré, ce premier effort est sensationnel à plus d’un titre.

THE DAVIDSON TRIO

« Cougar »

(Independant)

Bassiste chevronné et réputé, Owen Davidson monte enfin son projet personnel après avoir accompagné tant d’artistes, Depuis Uli Jon Roth jusqu’à Rumour avec un très bon opus sorti il y a quatre ans. Et c’est toujours en indépendant qu’il a  créé THE DAVIDSON TRIO, dont le premier album, « Cougar », est largement à la hauteur des attentes. Soutenu par le guitariste Ben Bicknell et le batteur Ellis Brown, il prend aussi le chant en plus de son instrument, et le Blues Rock qui en ressort naît d’une belle inspiration commune.

Même si les britanniques font leurs premières armes ensemble, il ne faut pas longtemps pour comprendre que « Cougar » n’est pas du travail d’amateurs. Fluides et percutants, ils se montrent solides et créatifs. L’objectif avec THE DAVIDSON TRIO était pour son fondateur de renouer avec ses racines Blues, Rock et Funk et surtout dans une formule power trio, dont on connaît la redoutable efficacité. Et la touche British Blues et le registre de nos trois bluesmen naviguent aussi des rives du Mississippi jusqu’aux contrées plus au Sud des Etats-Unis.

Très Rock d’entrée sur « Medusa Touch », THE DAVIDSON TRIO place la barre très haut et le chant très Soul d’Owen se fait aussi accrocheur que les guitares, dont le solo d’ouverture donne le ton. Le combo de Birmingham évolue sur un groove sans faille, aussi chaleureux que sensible. Old School sur « The Deep », dynamique sur « Hold On » et « The Cure », ou plus roots sur « Blues River », il fait preuve d’une incroyable diversité et d’un feeling hors-pair. Les trois musiciens se trouvent les yeux fermés et chacun brille pour l’autre.

Catégories
Blues Blues Rock Contemporary Blues

Emanuel Casablanca : on the way

« Hollywood Forever » est un disque assez troublant, le troisième pour le New-Yorkais. En effet, sous des traits bluesy, il nous embarque dans un univers très disparate, éclectique à souhait et qui, finalement, se cherche encore un peu. Il ne propose pas de fil conducteur, de sorte de voie à suivre et dans laquelle il pourrait s’affirmer pleinement. EMANUEL CASABLANCA séduit par sa voix feutrée et un jeu solide, mais peine un peu à convaincre en tant que véritable bluesman. Si la modernité de ses compositions est incontestable et agréable, elle pèche par un manque d’authenticité criant.

EMANUEL CASABLANCA

« Hollywood Forever »

(Bad Boy Of Blues Media)

Bad boy, EMANUEL CASABLANCA ? Pas vraiment, si l’on se refère à sa musique. Car l’Américain a plusieurs cordes à son arc, dont quelques aventures cinématographiques, un passé de basketteur et la création d’une fondation dédiée à la promotion des droits humains et de la justice sociale dans le monde, et qui est aussi le nom de son label. Donc, le musicien de Brooklyn est plutôt du côté des gentils. Et c’est tant mieux, même s’il reste sur des thèmes chers au Blues, sans vraiment toucher aux problèmes qui fâchent. Mais parlons musique !

Troisième album donc pour le guitariste et chanteur, et le moins que l’on puisse dire, c’est que « Hollywood Forever » est particulièrement riche et généreux. 16 chansons au total pour une durée d’une heure, dont un morceau-titre qui atteint presque les neuf minutes. C’est d’ailleurs peut-être là où le bât blesse. EMANUEL CASABLANCA se disperse un peu, montre des difficultés à afficher un style personnel et à insuffler sa touche à un opus qui aurait peut-être pu (et dû ?) être plus resserré, tant sur les compositions que les registres abordés.

Cela dit, la diversité de « Hollywood Forever » livre aussi de très bons moments, où alternent des passages clairement Blues Rock, d’autres plus légers et presque Pop et des parties acoustiques à l’approche pus traditionnelle. Sans être un virtuose de la six-corde, EMANUEL CASABLANCA se rattrape très bien sur les mélodies et sa voix douce très Soul lui permet bien des écarts. Dans ce dédale de titres, « The Squeeze », « Me And The Devil », « Black Man’s Burden », « India Stoker », « Lust And Lie », « Juggernaut » et « Flying » sortent du lot.