Secoué par un récent changement de line-up, la formation de Göteborg a préféré resserrer les rangs plutôt que de se mettre en quête d’un nouveau membre. Et bien lui en a pris, car « Fever » a gagné en explosivité avec un côté direct et imposant, qui reste au plus près de l’esprit spontané qui l’anime depuis ses débuts. Non pas que GRAVEYARD se soit plongé dans le grand bain du Stoner, mais il faut reconnaître que c’est la ligne qui s’impose, toujours établit autour d’éléments Blues et psychédéliques. Une situation et une intention clarifiées au profit d’un opus massif et délicat.
GRAVEYARD
« Fever »
(Nuclear Blast Records)
Suite au départ de son guitariste, chanteur et fondateur Jonatan Larocca-Ramm en juin dernier, c’est donc en formule trio que se présente GRAVEYARD. Autour de Joakim Nilsson (guitare, chant), dernier pilier originel, Truis Mörck (basse, chant) et Oskar Bergenheim (batterie) semblent loin d’avoir laissé les bras. « Fever » arrive trois ans après « Six » et ils ont laissé son ambiance assez sombre pour renouer avec une énergie plus solaire. Toujours avec une touche vintage, leur style refuse encore d’être linéaire et il se renouvelle brillamment.
Plus frontal que son prédécesseur, ce septième album porte bien son nom. C’est un retours aux sources du Rock qu’effectue le groupe et s’il est toujours teinté de Blues et de gros riffs fuzz, le Stoner domine très largement. Il faut dire qu’en la matière, la Suède n’est pas en reste et compte même parmi les meilleurs représentants européens du genre. GRAVEYARD jour sur son aspect le plus brut pour mettre en lumière une identité forgée sur deux décennies. Organique et incandescent, « Fever » se déploie sur une production intemporelle et dynamique.
Si l’approche est différente, l’énergie reste le moteur du combo et elle alimente ce Heavy Rock solide de bout en bout. Le groove est épais, les morceaux tranchent dans le vif et GRAVEYARD semble inépuisable. Puissante, tout en restant mélodique, cette nouvelle réalisation brûle de toutes parts (« Back From The Grave », « Room Tempered », « Tongue Tied », « A Mens To An End », « Year Of The Horse » et l’excellent « Dead Note »). Efficace et sans concession, « Fever » est vraiment le disque qu’on attendait de la part des Scandinaves.
Généreuse et enflammée, la virtuose guitariste venue du grand Nord a célébré son anniversaire avec panache, se faisant plaisir sur scène, mais surtout en offrant à son public une prestation intense. Avec 13 albums studios et ce cinquième live à son actif, ERJA LYYTINEN est parvenu à braquer les projecteurs sur son Blues Rock, bien sûr, mais aussi son pays. La compositrice a également imposé un style très identifiable, finalement assez éloigné des standards habituels dans les mélodies notamment. Ce « 50th Birthday – Live 2026 » vient ponctuer une carrière exemplaire, toujours pleine de surprises, et explosive.
ERJA LYYTINEN
« 50th Birthday – Live 2026 »
(Tuohi Records)
Lorsque la fougueuse chanteuse et guitariste fête son anniversaire, elle ne fait pas les choses à moitié. Tout d’abord, c’est dans le bel écrin de la ‘House of Culture’, surnommé ‘Kultsa’ à Helsinki qu’elle a soufflé ses bougies devant un public acquis et enthousiaste. Comme on le comprend ! Le 21 mars dernier, ERJA LYYTINEN a donc offert un beau cadeau à ses fans à travers une performance comme toujours électrique et pleine d’émotion. Pendant 90 minutes, la musicienne a parcouru sa discographie, et l’on mesure ainsi facilement son statut d’icône nationale dans sa Finlande natale.
A travers 15 morceaux soigneusement sélectionnés, on replonge dans la belle carrière de la blueswoman. Forcément, toutes ces chansons sont autant de moments qu’ERJA LYYTINEN joue et vit intensément. Parmi elles, on retiendra « One Thing I Won’t Change », sur laquelle le bassiste Sami Yaffa (Hanoï Rocks, New York Dolls, Joan Jett) l’accompagne aussi aux chœurs. Un beau moment de complicité. Bien sûr, et vu la proximité d’avec son dernier album studio en date, on retrouve plusieurs titres de « Smell The Roses ». Un disque qui vient marquer le second cadeau.
En effet, c’est un double-live qu’offre la Scandinave avec un autre concert enregistré durant sa dernière tournée au ‘Tempo’ de Mikkeli, toujours en Finlande, et en octobre 2025 cette fois. L’ensemble est plus Rock, à l’image de « Smell The Roses », et ERJA LYYTINEN est fascinante sur « Dragonfly », « Abyss », « Stoney Creek », « The Ring », le délicat « Empty Hours », sans oublier les versions dantesques de « You Talk Dirty » et « Wedding Day », désormais des classiques de son répertoire. Rayonnante, la rockeuse fait vibrer le Blues avec une approche nordique irrésistible.
Photo : Elsa Wellamo
Retrouvez l’interview d’ERJA LYYTINEN à l’occasion de la sortie de « Smell The Roses »…
Originaire du nord de l’Allemagne, c’est pourtant en Autriche que le groupe est allé enregistrer son deuxième effort, et ce changement de paysage semble l’avoir inspiré. Maniant toujours aussi habillement les contrastes, OAKFARM étend son Heavy Blues Rock dans un espace presque réconfortant, qui se fait aussi rapidement volcanique. « Too Hard For Some, Too Soft For Others » reflète avec un prisme actuel la rencontre d’un Rock instinctif et celle d’un Blues fluctuant à travers les époques. Le combo grandit et son style s’affine avec beaucoup de certitude.
OAKFARM
« Too Hard For Some Too Soft For Others »
(Pink Tank Records)
Deux ans après un premier opus éponyme réussi, OAKFARM propose un nouvel instant dans sa bulle intemporelle. Ici encore, le temps semble s’être arrêté, et la chaleur et la proximité qui émanent de « Too hard For Some Too Soft For Others » ont un effet réconfortant. L’atmosphère très 70’s, entre Rock vintage et Heavy Blues, doit beaucoup à son aspect très organique et le trio ne fait pas pour autant systématiquement dans la douceur, puisqu’il flirte avec le Stoner et un Psych Rock assez relevé. Il y a une exaltation forte qui submerge de cet environnement sonore et le rend explosif.
Tobias Lemberger (guitare, chant), Dennis Oelze (batterie) et Arne Döpper (basse) ont acquis beaucoup d’expérience grâce aux très nombreux concerts, en salles comme en festivals, donnés à travers leur pays ces dernières années. OAKFARM a consolidé son identité musicale à travers un jeu qui a beaucoup gagné aussi en fluidité et en profondeur. « Too Hard For Some Too Soft For Others » voit le groupe arriver à maturité et l’exploration artistique proposée ici est bien plus audacieuse que précédemment. C’en est même à se demander si son style est encore rétro.
Ample et dynamique, la production livre parfaitement toute l’énergie et les vibrations à l’œuvre sur ces huit nouveaux morceaux. Globalement très Blues, ils sont menés par un élan Rock où puissance et vulnérabilité s’entremêlent délicatement sur des titres rapidement captivants. Par ailleurs, OAKFARM a trouvé son équilibre dans un power trio soudé, où les contrastes des textes comme des registres restent instinctifs et pleins d’émotion (« 3000 Miles », « Lucy », « Oakpop », « Don’t Fade Away » et « Now And Then »). Une confirmation sans faute et réellement spontanée !
Intense, fougueuse, mais aussi libre et délicate, « Sandstorm » est exactement la réalisation que l’on attendait d’ERIC STECKEL, six ans après le très bon « Grandview Drive ». Capable d’enchaîner les accords rugueux et les solos cristallins avec une fluidité déconcertante, le compositeur semble à un pic de sa carrière et son jeu, comme sa créativité, pénètre son Blues Rock avec exaltation. Pour autant, on sent une grande sérénité et même de la joie sur ce tumultueux nouvel opus. Renversant à tous points de vue.
ERIC STECKEL
« Sandstorm »
(SPV Recordings)
A seulement 36 ans, ERIC STECKEL a fait un bon bout de chemin et en y mettant la manière. A onze ans, il sortait déjà son premier album, « A Few Degrees Warmer », avant de rejoindre les légendaires Bluesbreakers de John Mayall, qui avait déjà décelé chez lui un talent hors-norme. De la trempe d’un Rory Gallagher ou d’un SRV, l’Américain a affirmé avoir pris beaucoup de plaisir et s’être vraiment amusé lors de l’enregistrement de « Sandstorm ». Et on le croit volontiers, car ce nouvel effort est aussi brut qu’immédiat et d’une profonde respiration.
En revenant à l’essence-même du Blues Rock, ERIC STECKEL et son groupe se sont volontairement privés de pédaliers numériques et autres effets pour revenir à l’essentiel. Et la production de « Sandstorm » y gagne en authenticité. Ample et puissant, le son captive dès les premières notes et il faut reconnaître que l’intro de « When It Rains, It Pours » par son batteur a de quoi faire trembler les murs. Il avait annoncé une tempête, c’est un ouragan de riffs solides et chaleureux, de notes d’orgue envoûtantes et un groove massif qui déferlent ici.
Guitariste virtuose, ERIC STECKEL se montre également redoutable au chant, comme sur cette reprise du classique de Lance Lopez, « El Paso Sugar », qui se fond parfaitement dans l’ambiance survoltée de « Sandstorm ». Entre Heavy Blues, Hard Southern et Blues Rock moderne, ces nouveaux titres montrent toute l’étendue de la gamme de cet artiste débridé (« The Other Guy », « Blues For The Lonely », « What I Wanna Believe », « Axe To Grind », « She’s A Golddinger » et le morceau-titre). Le natif de Pennsylvanie signe tout simplement l’un des disques de l’année !
Si nul n’est prophète en son pays, CHILD en est peut-être l’exemple parfait. En effet, les Australiens sont signés sur le label italien Heavy Psych Sounds et avouent sans peine que l’Europe est plus à l’écoute et réceptive à leur musique. Résolument Blues, voire Soul dans l’esprit et dans l’approche, le trio se montre particulièrement abordable et affiche même un côté très familier. De fait, l’aspect Stoner n’est pas si prépondérant, malgré l’épaisseur des riffs et une batterie assez lourde et appuyée. Avec ce quatrième album, « Rebirth », le trio livre une vision très psychédélique aux notes bleues qu’il distille avec une conviction de chaque instant. De retour sur sa grande île, le guitariste et chanteur Mathias Northway revient sur cette récente escapade sur le vieux continent et, bien sûr, sur ce nouvel opus.
– Tout d’abord, un petit mot sur cette tournée européenne que vous venez de terminer. Est-ce que ça conserve toujours une saveur particulière de jouer si loin de l’Australie pour vous ?
Absolument ! Je crois même qu’on a donné plus de concerts en Europe qu’en Australie. C’est toujours un peu comme rentrer à la maison. Ça fait un moment qu’on fait ça et c’est toujours un plaisir de jouer devant le public européen, car l’accueil et la reconnaissance qu’on reçoit pour notre travail sont bien plus pertinents qu’en Australie.
– Justement, ce quatrième album est sorti en pleine tournée et donc loin de Melbourne. Quel effet cela te fait-il et quelque chose de spécial est-il prévu à votre retour ?
Je suis ravi simplement d’avoir un nouvel album et je pense déjà au cinquième, en fait. Sa sortie ne concerne finalement pas vraiment Melbourne. Notre label est italien et la plupart de nos fans sont hors d’Australie, c’était donc logique de cibler ce marché pour « Rebirth ».
– Parlons de « Rebirth » et de son titre aussi éloquent que significatif, qui n’est peut-être d’ailleurs pas si anodin. En quoi CHILD commence-t-il une nouvelle vie à tes yeux ?
Je ne vois pas de signification particulière à ce titre. Le départ de Michael (Lowe, batteur et l’un des membres fondateurs, – NDR) y a beaucoup contribué, c’est sûr. Ne plus pouvoir jouer avec mon meilleur ami et devoir adopter une nouvelle approche pourrait en effet symboliser la nouvelle vie dont tu parles.
– Par rapport à « Soul Murder », « Rebirth » est plus lourd et plus introspectif aussi. Il marque un certain changement de ton dans un ensemble également plus mid-tempo. Même si l’album reste très Blues, avez-vous voulu appuyer sur le côté Stoner et Heavy Rock de votre jeu cette fois ?
Honnêtement, je ne cherche pas à être quoi que ce soit. Je joue ce qui me semble juste. Je joue pour avoir mon propre son. Je ne cherche pas à rentrer dans une case ou un genre. Je joue ce que j’aime entendre et c’est ce qui constitue le son que j’apporte au groupe. Je ne force rien, je le ressens.
– A propos de Blues, l’Australie est souvent tiraillée entre le British Blues et sa source américaine. Cette dernière semble d’ailleurs avoir votre préférence. Et puis, il y a aussi des similitudes vocales assez évidentes avec Lenny Kravitz. Est-ce que les pionniers du genre restent la première référence chez CHILD ?
Je peux t’assurer que je n’essaie pas d’imiter Kravitz. Cela dit, je ne suis pas contre l’idée d’être aussi bien conservé que lui à 60 ans ! (Rires) Je pense qu’il est toujours important de rendre hommage aux pionniers. Ils ont fait de même pour les leurs, et ainsi de suite. C’est une forme de transmission, à mes yeux. Le Blues britannique a eu une influence considérable sur moi. En ce qui concerne la guitare électrique, je dirais qu’à l’exception de Buddy Guy, toutes mes influences ont un lien avec le Royaume-Uni. Hendrix en est un bon exemple, même s’il est américain… (Sourires)
– Par ailleurs, trois ans après « Soul Murder », on vous retrouve avec un album très resserré contenant six morceaux uniquement. Est-ce que vous aviez le désir d’aller à l’essentiel, d’être le plus efficace possible ?
J’ai opéré des changements importants dans ma vie, ce qui m’a permis d’être plus productif. L’album « Rebirth » a été écrit et enregistré en six mois environ, ce qui est extrêmement rapide pour nous. De plus, il ne nous restait que peu de temps avec notre batteur originel, Michael, nous devions donc faire vite. L’efficacité n’est pas innée chez moi. Je préfère prendre mon temps, mais quand il est compté, il faut trouver des solutions.
– Il y a sur « Rebirth » un fort contraste entre des compositions musicalement profondes et assez sombres et un chant très lumineux, presque Soul. Est-ce cette intensité qui fait finalement l’essence-même de CHILD ? C’est une force que l’on retrouve chez très peu de groupes…
C’est tout simplement ce qui me semble juste. Je fais ce que je fais. Il n’y a pas de formule magique, ça vient naturellement. Si ça me semble juste, c’est juste. Je n’ai rien d’autre à ajouter.
– Enfin, j’aimerais que tu nous parles de cette fameuse ‘Electic Church’ à laquelle vous faites souvent allusion et que vous créez lors de vos concerts. Est-ce votre manière de consolider cette communion que vous entretenez avec le public et vos fans ?
Je crois que l’important, c’est de vivre ensemble une expérience profonde et, si possible, transcendante. Il faut que chaque concert soit unique. Je n’aime pas les groupes qui jouent sans conviction. Jouer sur scène ne doit pas être pris à la légère et son pouvoir ne doit pas être sous-estimé. Si on me donne un micro, je me donne à fond à chaque fois. Bien souvent, plus la scène est grande, plus il est difficile de créer un lien avec le public. Il faut donc être à la hauteur. C’est peut-être pour ça que j’utilise un ampli Marshall complet à chaque concert, quelle que soit la taille de la scène.
Le nouvel album de CHILD, « Rebirth », est disponible chez Heavy Psych Sounds.
Basé à Chicago, DIEVENOIRE est apparu l’an dernier avec un premier album aussi surprenant qu’inspiré et parfaitement réalisé. Il faut dire aussi qu’autour de sa chanteuse, Lariyah, s’est constitué un groupe de musiciens aguerris et, surtout, issus d’univers très différents. Avec « The Story Of A Gunslinger », les Américains ont frappé fort et dans cet univers où le western croise le Metal et le Blues, on retient d’abord une originalité assez unique à travers laquelle l’audace ressort comme un leitmotiv, aussi pertinent que personnel. Alors que le quintet a enchaîné les concerts et qu’il procède à quelques changements de line-up avant de se plonger pleinement dans l’écriture de son deuxième album, sa fougueuse et touchante frontwoman revient sur l’évolution et les intentions de ce qui était au départ, un projet solo.
– Pour commencer, j’aimerais que l’on présente le groupe, car il est atypique à bien des égards. Tout d’abord, vous êtes issus de registres très différents comme le Black Metal, le Doom, le Metal Progressif et le Heavy Rock. Pourtant, vous vous retrouvez autour d’un Hard Rock très bluesy aux accents gothiques. Comment cette connexion a-t-elle eu lieu ?
Oui, c’est certain, le mélange des styles de nos autres groupes est assez différent, n’est-ce pas ? (Sourires) Je pense que c’est un atout majeur pour DIEVENOIRE. L’inspiration vient de l’intérieur, pas des influences à proprement parler. Personnellement, j’ai baigné dans la musique gothique à l’adolescence, puis dans le Heavy Metal plus tard, deux genres très portés sur les ballades et une ambiance plus lente et douce. L’album était conçu comme une histoire très émouvante et je voulais qu’il le reste. Le nouvel album s’annonce déjà comme une approche assez différente. J’ai vraiment hâte de sortir le premier single au plus vite, si possible cette année… (Sourires)
– Ce qui était au départ ton projet solo, Lariyah, a finalement rassemblé des musiciens chevronnés avec un style qui a aussi évolué pour donner votre premier album, « The Story Of A Gunslinger ». Et on a presque l’impression que le fait que ce soit un album-concept est une évidence. A quel moment vous êtes-vous dit qu’il fallait articuler vos chansons autour d’une même histoire ?
Tu sais, j’ai toujours adoré les histoires et les contes. Depuis que j’ai entendu l’album « TheCrimson Idol » de W.A.S.P., avant même de commencer à chanter, évidemment, je rêvais d’écrire des romans, de devenir réalisatrice ou quelque chose du genre. Lancer DIEVENOIRE m’a donné l’idée de créer cet univers western moderne, où je pouvais donner vie à une histoire à travers une présentation audio, agrémentée de quelques clips vidéo, bien sûr.
– Ce qui est également étonnant, c’est cette ambiance très Southern qui enveloppe l’album, car il est réalisé par Jakob Herrmann, connu pour son travail avec Draconian, Thyrfing ou Art Nation, c’est-à-dire des styles très éloignés du vôtre. Aviez-vous aussi besoin d’un regard extérieur très différent pour que l’aventure soit justement complète et unique ?
Eh bien, pour commencer, Jakob est un artiste très polyvalent. Il passe beaucoup de temps dans ce qu’il appelle sa deuxième maison : la Nouvelle-Orléans, où il baigne principalement dans le Blues, le Jazz et le Rock, ce qui est peut-être aussi une échappatoire au Metal omniprésent ! (Rires) Blague à part, je pense que les musiciens, ou les artistes en général, ne devraient jamais stagner dans leur travail, sinon cela devient mécanique. Je crois au progrès et à la nécessité de se réinventer régulièrement. Je crois qu’il faut trouver de nouvelles inspirations pour évoluer. Et d’un autre point de vue, j’avais une idée très précise du son que je voulais pour les chansons et je n’avais jamais travaillé avec un producteur auparavant, malgré toutes ces années passées sur d’autres projets. J’ai donc décidé de tenter le coup et de voir où cela nous mènerait. J’ai été absolument bluffée par la façon dont Jakob a transformé le son de DIEVENOIRE, et crois-moi, c’est beaucoup plus puissant que l’idée de départ, plus simple aussi et dans un Blues Rock sombre. Il a su donner cette dimension plus lourde au son et j’en suis vraiment ravie. Il s’agissait en quelque sorte de définir une direction musicale, d’amplifier ce que nous avions créé, sans forcément réécrire les chansons à partir de zéro.
– Il y a un autre contraste assez saisissant, ce sont les tessitures musicales et ta voix, Lariyah, que l’on retrouve surtout dans le Rock et le Metal Alternatif, plus que dans le Blues Rock. L’idée était-elle justement de confronter ces différents univers ?
Ma voix est très douce et orientée ballades, j’en suis parfaitement consciente. Je voulais mélanger ces sonorités contrastées et intégrer ce Rock légèrement Blues à mon travail vocal. Bien sûr, il y aura des critiques et je les accueille avec grand plaisir ! (Sourires) Si on se contentait de faire toujours la même chose, il n’y aurait jamais rien de nouveau, ni d’original. Pour un premier album, je pense qu’il a donné un bon aperçu de ce à quoi ressembleront mes prochains morceaux, et crois-moi, non seulement les instruments seront plus puissants, mais ma voix le sera aussi… (Sourires)
– D’ailleurs, d’où vient le nom de DIEVENOIRE, qui est en partie d’origine lituanienne, et comment est née cette idée d’un far-west gothique avec ce pistolero, dont on suit les aventures ?
Rien de lituanien là-dedans, mais presque. J’ai vécu vingt ans en Pologne. Je suis née et j’ai grandi dans une toute petite ville au bord de la mer Baltique, appelée Dziwnow. Avant la fin des années 1940, lorsque les frontières polonaises ont été modifiées après la guerre, cette ville s’appelait ‘Dievenow’ (prononcé DEE-VEH-NOV). Elle était alors germanophone. Comme tu peux t’en douter, voici le lien, la première partie, ‘Dieven’, qui vient de l’ancien nom de ma ville natale. Ensuite, ‘Noire’, comme la plupart des gens le savent aussi sans doute, est un mot français, de chez toi, qui signifie noir, sombre, lugubre, etc… ce qui fait partie de mon enfance. Les périodes sombres, les difficultés personnelles, les promenades nocturnes sur les rivages de la Baltique en chantant, en composant des mélodies… dont certaines figurent d’ailleurs sur cet album.
– Sur « The Story Of A Gunslinger », on retrouve également plusieurs clins d’œil sonores comme des éléments tribaux ou Country, et plusieurs ballades viennent aussi ponctuer l’ensemble. L’univers de DIEVENOIRE a-t-il vraiment des frontières, ou est-ce que l’exploration musicale reste votre principale source d’inspiration ?
Je n’ai jamais voulu être cataloguée. Quand on m’a demandé quel était le style de DIEVENOIRE, je n’avais absolument aucune idée de comment le décrire car, comme tu l’as dit, les morceaux ont des ambiances très différentes. Et j’aime ça ! (Sourires) Si je devais définir un style, ce serait un mélange de Blues doux, de Hard Rock, de ballades gothiques sudistes et de berceuses crasseuses. Je n’aime pas ces étiquettes. Un de nos fans, rencontré au ‘Rock Fest’ et qui nous voyait pour la première fois, s’est exclamé : « J’adore ce Rock bien crasseux ! » Voilà. A partir de ce jour, je considère DIEVENOIRE comme du Rock bien crasseux. Quant à savoir où cela nous mènera, et à quel point ce sera plus doux, plus lourd ou plus crasseux, seul l’avenir nous le dira ! (Sourires)
– Il y a également une chose vraiment étonnante, notamment car il s’agit d’un album-concept. Pourquoi les morceaux ne respectent-ils pas la chronologie de l’histoire ? Vous avez voulu procéder par flash-backs ou de manière aléatoire, même si cette aventure a une fin ?
(Rires) J’adore tout autant que je déteste vraiment cette question ! (Rires) Franchement, j’aurais adoré que l’histoire suive une chronologie cohérente sur l’album et qu’on puisse l’écouter de manière à la comprendre. Cependant, en enchaînant les chansons dans l’ordre chronologique, ça ne sonnait pas juste. Soit c’était trop ennuyeux avec plusieurs ballades à la suite, soit ça ne collait pas. Du coup, je me suis dit qu’en les disposant de façon à ce que l’écoute soit fluide, l’auditeur prendrait plus de plaisir à l’écouter et essaierait aussi de reconstituer le puzzle. Après tout, ces chansons n’expliquent pas tout de façon explicite, mais elles sont très subtiles. Le pistolero est-il vraiment une personne, ou est-ce une métaphore utilisée par le narrateur ? (Sourires)
– Enfin, ce premier album est sorti il y a près d’un an. Est-ce que vous vous concentrez surtout sur la scène en ce moment, ou avez-vous déjà commencer le travail d’écriture du successeur de « The Story Of A Gunslinger » ? Et sera-t-il dans le même esprit ?
Le groupe étant en pleine restructuration, nous allons faire une courte pause dans les concerts, afin de trouver les bons musiciens et, en attendant de travailler sur des démos à partir de mes nouvelles compositions personnelles. L’écriture du nouvel album sera cette fois-ci complètement différente, car nous avons déjà testé quatre nouveaux morceaux lors de nos six ou sept derniers concerts. Et je sais exactement ce que je veux en faire, ainsi que du reste de l’album. Je vise à nouveau dix titres, mais le concept de l’album restera le même que pour le premier opus. Le second sera riche en émotions de toutes sortes : un mélange de colère, de haine, de déception, mais aussi, à l’inverse, une passion intense et le désir ardent de l’amour. J’aime laisser libre cours à mon inspiration, sans contrainte, ni idée préconçue sur les sujets à aborder ! (Sourires)
Avec « Entire State Of Tim Montana «, le songwriter signe probablement sa réalisation la plus personnelle et la plus intime. Des réserves indiennes à Los Angeles, puis Nashville, avant un retour du côté de Yellowstone, TIM MONTANA nous invite à un road-trip hyper-Rock’n’Roll et très sudiste. Son duo avec Royale Lynn vient aussi nous rappeler ses affinités avec la Country, tout en conservant cet état d’esprit libre et indépendant. Ce disque raconte de belles histoires, parfois touchantes, et d’une honnêteté viscérale. Juste monumental.
TIM MONTANA
« Entire State Of Tim Montana »
(BMG)
Le guitariste et chanteur sort son septième album et il vient renforcer cette authenticité et cette sincérité qui le caractérisent depuis ses débuts. Profondément attaché à l’Etat dont il tient son nom et plus largement à l’Ouest américain et à l’Histoire des Amérindiens auprès desquels il a passé une partie de son enfance, TIM MONTANA se singularise par un Hard Rock imprégné de Southern Rock et à la narration très Country. Cultivant l’art du riff massif et grâce à sa voix rauque, il s’est forgé une identité unique, hors des sentiers battus et loin des conventions.
Passé « Courtdown » en introduction, sorte de conversation entre Martin Sheen, Charlie Sheen et l’ancien Terminator Robert Patrick, l’immersion validée par les trois acteurs est immédiate et « Beautiful Hate » ouvre les festivités avec force. Heavy et porté par une mélodie accrocheuse, le premier morceau (il y en a 14 autres !) ne laisse aucun doute quant aux intentions artistiques de TIM MONTANA. Rugueux dans l’approche, mais particulièrement soigné dans sa production, « Entire State Of Tim Montana » s’annonce renversant.
Captivant par son aspect cinématographique, l’ensemble parcourt des atmosphères variées, où il est question d’amitié, de survie et de persévérance. Le musicien rend hommage au peuple de la Nation Crow sur « Watch Me Down » avec Crazy Dog et WolfBear, avant d’accueillir Jerry Cantrell d’Alice In Chains sur « Kinda Like It ». Puis, TIM MONTANA réalise un rêve sur « Brown Sugar » où Billy F Gibbons et Slash se joignent à lui. Très intense et équilibré, ce nouvel opus renferme des trésors de vérité, tout en gardant une attitude sensible, attachante et rebelle. Incontournabale !
Radical et percutant, ce premier album de QUINTANA DEAD BLUES EXPERIENCE est aussi très rafraîchissant. Hyper-Rock’n’Roll et instinctif, le style des Français est pourtant nappé de Blues, ce qui lui confère une chaleur familière. Flirtant avec le Stoner Rock, « Ashes » concilie mélodie et distorsion pour obtenir une unité musicale riche en variations. Efficace, l’ensemble garde aussi une touche empirique et un charme très DIY.
QUINTANA DEAD BLUES EXPERIENCE
« Ashes »
(Independant)
Après une longue période dans une formule en one-man-band, Piero Quintana double la mise avec l’arrivée d’Adrien Shiavone derrière les fûts. Et le duo fait des étincelles. Brut et sauvage, « Ashes » est le reflet d’une musique authentique et viscérale. Dans un esprit très Garage Rock, c’est bel et bien un Heavy Blues ravageur et tendu que livre QUINTANA DEAD BLUES EXPERIENCE. D’ailleurs, le parallèle patronymique avec le Blues Explosion d’un certain Jon Spencer évoque quelques similitudes dans l’intention.
Enregistré en trois petits jours aux studios Silver Recordings de Bilbao sous la houlette de Martin Guevera (Capsula), « Ashes » respire la vérité du live et la complicité entre le chanteur-guitariste et son batteur est d’une incroyable spontanéité. QUINTANA DEAD BLUES EXPERIENCE ne triche pas et va à l’essentiel avec beaucoup de liberté. Cela dit, il est loin de manquer de finesse. Elle se dissimule dans la puissance des riffs et entre les lignes des textes du Bordelais. L’identité du tandem se dévoile sans filtre dans une émotion palpable.
Propulsé par une énergie débordante, le combo présente un mur du son infranchissable. L’épaisseur des guitares et la force de frappe du cogneur en chef offrent une étonnante densité aux morceaux, à travers lesquels quelques effluves Grunge émergent. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si QUINTANA DEAD BLUES EXPERIENCE se fend d’une reprise de Nirvana, « School ». Et le timbre profond et bluesy du frontman, posé sur des titres rugueux à souhait, donne aux compostions un élan très communicatif (« Spell On Me », « Wild As Fire », « Still Haunted »). Costaud !
Alors que les Américains menaient une aventure pour le moins hachée avec la sortie de quelques opus et d’un live, il aura peut-être fallu cette date française pour redonner de l’élan à la formation. Près d’une décennie d’absence et HERMANO remontait sur scène, comme si de rien n’était pour une performance hors-norme. Depuis 2016, la machine est relancée, son label Ripple Music réédite ses disques dans des versions remastérisées et ce « Clisson, France » confirme que le Heavy Stoner Blues du combo reste un modèle du genre.
HERMANO
« Clisson, France »
(Ripple Music)
Et si finalement, ce concert du 18 juin 2016 avait été le déclic pour HERMANO ? Chauffé à blanc et devant un public tout acquis, le groupe avait offert une prestation marquante immortalisée sur ce live. Insaisissable et jouissant d’une liberté absolue depuis sa création en 1998, ce projet parallèle s’est pourtant forgé une solide réputation au fil des années, malgré une discographie peu étoffée. Mais le mythe s’est installé et après huit ans de break, c’est au Hellfest que la magie a opéré à nouveau et où les riffs ont fuzzé dans une torpeur partagée.
Soudés par une forte amitié et un amour inconsidéré pour le Stoner Rock et le Heavy Blues, John Garcia (ex-Kyuss, chant), Dandy Brown (Orquestra Del Desierto, basse), Dave Angstorm (Luna Sol, guitare), Mike Callahan (Disengage, guitare) et Chris Leathers (Supafuzz, batterie) ont fait souffler un vent de folie et livré un set stratosphérique. Bien sûr, celui s’articule surtout autour des albums « ...Only A Suggestion » (2002) et « Dare I Say… » (2004), et HERMANO leur a offert une dimension incroyable basée sur une phénoménale énergie.
Le plaisir et l’envie d’être là et de faire partie des moments forts de cette onzième édition du festival breton se sont clairement faits sentir dès les premières notes de « Let Side Bleeding ». Le quintet était prêt à en découdre et les versions de « The Bottle », « Cowboy Sucks », « Is This Ok », « Kentucky », « Angry American » ou « Señor Moreno’s Plan » ont fait vibrer la foule grâce à un jeu électrisant. HERMANO, avec son parcours pour le moins atypique, reste l’un des fleurons majeurs du Heavy Stoner Blues et « Clisson, France » est à classer parmi les indispensables.
L’album est disponible d’un simple clic sur la bannière en page d’accueil.
Devenus en quelques années un fer de lance du revival Rock Psych 70’s, les Hollandais ne cessent d’arpenter les scènes du monde entier. Cependant, ils ont trouvé le temps de s’offrir une sorte de récréation avec « Fuego! », un EP exclusivement composé de reprises, sur lequel le trio sort littéralement des sentiers battus. La sélection des morceaux parlent d’elle-même : originale et tout sauf mainstream. Une occasion aussi pour DEWOLFF de se faire plaisir et de présenter avec ses fans (et aux autres!) quelques titres qui ont forgé son style. Et c’est vrai qu’on y voit plus clair sur ses intentions, Entretien avec le très occupé guitariste et chanteur Pablo Van De Poel, qui revient aussi sur l’expérience « Muscle Shoals », marquante à plus d’un titre pour le groupe.
– Avant de parler de « Fuego! », j’aimerais que l’on revienne sur « Muscle Shoals », sorti il y a un petit plus d’un an maintenant. Tout d’abord, comment se sent-on en pénétrant dans un studio aussi mythique ?
C’était vraiment incroyable ! J’y avais déjà été une fois en 2019, alors que j’étais en vacances dans la région. J’avais d’ailleurs été visiter les studios. J’en avais fait plusieurs fois le tour en me disant que si je pouvais enregistrer un jour dans un endroit comme celui-ci, ce serait vraiment un rêve ! Pour cet album, nous avions décidé d’aller là-bas. Ce qui est drôle, c’est que tu peux juste envoyer un email, mais ça ne veut pas dire que tu pourras enregistrer pour autant. Dans notre cas, cela a été possible. Nous sommes donc allés sur place et rien que le fait d’être dans ces pièces avait quelque chose de magique ! Tu peux littéralement ressentir toute l’Histoire de la musique qui a traversé les studios. Et ensuite, le son qui en ressort est franchement magique, car tu peux reconnaître les sonorités d’anciens disques.
– D’ailleurs, saviez-vous que l’album serait enregistré là-bas avant de composer les morceaux ? Parce que cela peut aussi avoir une certaine influence sur l’écriture, non ?
Oui, c’est vrai, nous le savions un peu avant le processus de composition, seulement trois chansons étaient prêtes, quelque chose comme ça. En fait, l’idée originelle était d’enregistrer l’album avec Chris Robinson des Black Crowes à Los Angeles. Mais, après réflexion, nous nous sommes rendus compte que ce serait très difficile de caler un rendez-vous avec lui, car c’est un homme très occupé et nous sommes aussi un groupe très occupé ! (Sourires) Donc, quand nous nous sommes aperçus que cela ne se ferait pas, nous avons envoyé un email à Muscle Shoals.
– « Muscle Shoals » est votre album le plus Soul et le plus organique aussi. Est-ce que l’application et cette sérénité affichée tiennent d’une certaine manière à la solennité de l’endroit ?
Oui, je pense. Quand j’étais sur place, il n’y avait aucune raison de s’inquiéter. En revanche, mon inquiétude se situait plutôt sur le fait de savoir si je serai suffisamment bon pour enregistrer là-bas. Mais dès notre arrivée, je me suis dit qu’il fallait s’amuser de cette expérience. Et on l’a fait ! La plupart du temps, on s’est vraiment éclaté ! On n’a pas été forcément intimidés ou effrayés par rapport à l’endroit. Nous l’avons fait normalement et de la manière la plus naturelle pour nous. Et cela tient aussi aux gens que nous avons rencontrés sur place et qui ont entendu notre musique. Ils nous ont dit que c’était incroyable et que c’était exactement le genre de musique qu’il fallait jouer là-bas. Alors, finalement, on a été très à l’aise pendant l’enregistrement.
– Pour conclure sur cet album, c’est probablement celui qui sonne le plus américain aussi, alors que DEWOLFF a toujours eu un son européen dans sa production. Est-ce que votre objectif était aussi d’expérimenter quelque chose de différent au niveau du son ?
En fait, la plupart du temps, nous essayons de capturer le son de l’endroit où nous sommes, tout comme les vibrations qu’il dégage. Nous avons beaucoup expérimenté sur le placement des micros et sur place et nous avons accordé une grande confiance à notre ingénieur du son Ben Tanner pour ça. Par exemple, lorsqu’on essayait la batterie, il me demandait toujours mon avis. Je lui faisais part de mes doutes, car je pensais qu’elle devait être plus puissante. Alors, il me demandait ce que je pensais utiliser comme micro et on faisait des essais pour que ça fonctionne le mieux possible. On a donc fait pas mal d’expérimentations. Et puis, au fil des années, nous avons aussi beaucoup appris à ce niveau-là et il y a toujours des choses qui changent. Finalement, ça ne sert pas à grand-chose de tout préparer à 100 %, on préfère le faire à 75 ou 80% parce que, suivant où vous vous trouvez en arrivant, cela aura de toute façon une influence sur les morceaux. Alors, même si tu prépares déjà tout à fond, ça ne sera jamais le résultat final.
– Parlons maintenant de « Fuego! ». D’où est venue l’idée d’un EP de reprises ? C’est quelque chose que vous aviez en tête depuis un moment déjà, ou c’était l’occasion de faire une coupure après « Muscle Shoals » pour repartir avec une certaine fraîcheur ?
C’est quelque chose qui nous trotte dans la tête depuis un moment déjà. La principale raison est que nos fans sont de réels amoureux de musique, tout comme nous. Nous sommes très curieux de ce qui se fait et surtout a été fait. Des choses que nous ne connaissons pas forcément au départ. Parfois, je discute avec des gens qui adorent DEWOLFF, Led Zeppelin ou Deep Purple, notamment. Je peux leur demander s’il connaissent Little Feat, par exemple. Et là, je me dis : ‘Oh, mon dieu !’ ! C’est dans ces moments-là que je dis qu’il y a tellement de bonne musique. C’est vrai aussi que nous sommes un peu collectionneurs, mais il y a énormément de choses dont les gens n’ont jamais entendu parler et c’est vraiment dommage. Donc, c’est parti aussi un peu autour de ça. Et puis, ce sont aussi des morceaux que nous adorons jouer. On joue sur les arrangements, on s’amuse et c’est également un bon défi pour nous. Par exemple, si tu prends la chanson de Little Feat, c’est un titre que nous connaissons depuis une dizaine d’années. C’est un morceau que nous avons essayé de jouer de plein de manières différentes, mais nous n’y sommes jamais vraiment parvenus, car c’est trop compliqué ! Alors, pour cet EP, nous nous sommes dits qu’on allait y arriver et nous l’avions fait ! Voilà, on peut enfin la jouer ! (Sourires)
– D’ailleurs, vous l’avez enregistré dans ton studio et il est sorti sur votre label, Electrosaurus Records, ainsi qu’avec Suburban Records. Là aussi, vous aviez besoin de changements, de plus de proximité et de contrôle dans la production notamment ?
Oui, c’est vrai que nous avons notre label et l’idée était surtout de le maintenir en vie. Et c’est bien de sortir quelque chose dessus de temps en temps. Et c’est aussi une question financière pour être honnête. Quand nous sortons quelque chose chez Mascot, nous ne percevons qu’un faible pourcentage des recettes, Mais nous ne sommes pas partis pour autant ! Cela dit, lorsqu’il s’agit de ce genre de projet, c’est bien de le faire sur notre propre label, car c’est une opportunité intéressante.
– « Fuego! » est un véritable hommage aux artistes qui vous ont profondément marqué et influencé. Cela dit, on retrouve la touche DEWOLFF dès les premières notes. On s’éloigne donc des versions originales. Quelle a été l’intention première, car on vous sent très libres dans l’interprétation ?
Tu sais, cela dépend vraiment de la chanson. Si tu prends la chanson de Little Feat, par exemple, rien que de la jouer nous-mêmes lui donne beaucoup de différences et elles se font assez naturellement. Nous suivons l’originale, bien sûr, sauf pour les solos, et même de manière assez précise. Nous créons juste des versions différentes, mais fidèles. C’était la même chose pour la chanson de Leon Russell, qui est plus Rock, mais cela se fait vraiment de manière inconsciente et elle dénote de l’originale, c’est vrai. En fait, on prend les originaux, nous les jouons et, rapidement, cela devient du DEWOLFF de façon un peu automatique.
– Si on a la surprise de découvrir quelques chansons, il y a aussi la présence de Joe Bonamassa sur « The Fan » de Little Feat (Lowell George) avec un incroyable solo, dont il a le secret. Comment s’est montée cette collaboration ? Vous vous connaissiez déjà, car c’est un choix est très judicieux sur ce titre ?
J’ai rencontré Joe Bonamassa il y a deux ans environ. J’étais encore en voyage avec mon ex-compagne et nous étions aussi sur sa tournée auparavant. C’est le début de l’histoire, car nous avions joué sur la croisière ‘Keep The Blues Alive’ en Méditerranée. Après ça, il a dit au cours d’une interview collective qu’il aimait vraiment le groupe. Alors, quand je suis retourné au Etats-Unis il y a quelques mois, je me suis dit que s’il aimait notre musique, peut-être qu’il voudrait me rencontrer. Pourquoi pas ? (Sourires) Je lui ai envoyé un message sur Instagram et il m’a invité dans sa maison. J’y suis allé, j’ai vu toutes ses guitares et c’était totalement incroyable ! Ensuite, nous sommes restés en contact. Donc, nous étions en plein enregistrement de l’EP, et comme je savais qu’il était fan de Lowell George car il avait acheté son ampli, je lui ai envoyé un message. Je lui ai expliqué qu’on enregistrait un EP avec cette petite chanson de Little Feat en lui proposant de jouer dessus. Il m’a dit de la lui envoyer et qu’il allait le faire. Nous avions un délai très court et je lui ai demandé s’il pouvait la faire dès le lendemain, plutôt que la semaine suivante. Et il l’a fait ! C’était parfait ! (Rires)
– Un mot aussi sur ce medley long de dix minutes qui clot « Fuego! ». Est-ce que ces trois chansons vous ont immédiatement paru évidentes dans leur enchaînement, et leur fusion tient-elle d’un ordre précis ?
Tu sais, il y a beaucoup de chansons que nous aurions souhaité reprendre. Nous en avions enregistré cinq et nous avons commencé à réfléchir à une sixième. Cela a démarré en jouant « Fire And Brimstone », mais la version originale est tellement cool que cela aurait impossible de faire mieux ! (Sourires) Alors, on a juste commencé à jammer et j’avais en tête quelques titres qui étaient en accord avec celle de Link Wray. L’un d’entre-eux était « Hawg Frog », de Buzz Clifford, qui est assez simple à jouer. Et la dernière était « I Walk On Guilded Sprinters » de Dr. John. Ce sont toutes des chansons parfaites pour jammer ! Ensuite, on a réfléchi à l’ordre des morceaux et ce qui s’accordait et s’enchaînerait le mieux. Et en une demi-journée, les arrangements étaient faits !
– Enfin, est-ce que vous préparez déjà votre prochain album, ou les concerts sont-ils votre priorité pour l’instant ? Ou les deux ?
En fait, nous sommes très occupés par les concerts en ce moment, c’est vrai, et nous allons allés en Nouvelle-Zélande, en France aussi, en Scandinavie… Nous n’avons pas encore de nouvelles chansons pour un album. Mais ça va arriver ! (Sourires) Et puis, je suis occupé par d’autres projets, car nous venons de créer un groupe de Metal avec mon autre frère. Je suis d’ailleurs en train de mixer l’album à l’heure où nous parlons. Nous ferons quelque chose de neuf avec DEWOLFF, mais pas dans l’immédiat, Et puis, « Fuego! » vient de sortir et « Muscle Shoals » est encore chaud… Chaque chose en son temps ! (Sourires)
L’EP de DEWOLFF, « Fuego! » est disponible chez Electrosaurus/Suburban Records, et « Muscle Shoals » chez Mascot Label Group.
Photos : Satellite June (1, 2, 4, 5) et Svan Leijen (3).