Catégories
Heavy Stoner Blues International

Child : electric church [Interview]

Si nul n’est prophète en son pays, CHILD en est peut-être l’exemple parfait. En effet, les Australiens sont signés sur le label italien Heavy Psych Sounds et avouent sans peine que l’Europe est plus à l’écoute et réceptive à leur musique. Résolument Blues, voire Soul dans l’esprit et dans l’approche, le trio se montre particulièrement abordable et affiche même un côté très familier. De fait, l’aspect Stoner n’est pas si prépondérant, malgré l’épaisseur des riffs et une batterie assez lourde et appuyée. Avec ce quatrième album, « Rebirth », le trio livre une vision très psychédélique aux notes bleues qu’il distille avec une conviction de chaque instant. De retour sur sa grande île, le guitariste et chanteur Mathias Northway revient sur cette récente escapade sur le vieux continent et, bien sûr, sur ce nouvel opus.

– Tout d’abord, un petit mot sur cette tournée européenne que vous venez de terminer. Est-ce que ça conserve toujours une saveur particulière de jouer si loin de l’Australie pour vous ?

Absolument ! Je crois même qu’on a donné plus de concerts en Europe qu’en Australie. C’est toujours un peu comme rentrer à la maison. Ça fait un moment qu’on fait ça et c’est toujours un plaisir de jouer devant le public européen, car l’accueil et la reconnaissance qu’on reçoit pour notre travail sont bien plus pertinents qu’en Australie.

– Justement, ce quatrième album est sorti en pleine tournée et donc loin de Melbourne. Quel effet cela te fait-il et quelque chose de spécial est-il prévu à votre retour ?

Je suis ravi simplement d’avoir un nouvel album et je pense déjà au cinquième, en fait. Sa sortie ne concerne finalement pas vraiment Melbourne. Notre label est italien et la plupart de nos fans sont hors d’Australie, c’était donc logique de cibler ce marché pour « Rebirth ».

– Parlons de « Rebirth » et de son titre aussi éloquent que significatif, qui n’est peut-être d’ailleurs pas si anodin. En quoi CHILD commence-t-il une nouvelle vie à tes yeux ?

Je ne vois pas de signification particulière à ce titre. Le départ de Michael (Lowe, batteur et l’un des membres fondateurs, – NDR) y a beaucoup contribué, c’est sûr. Ne plus pouvoir jouer avec mon meilleur ami et devoir adopter une nouvelle approche pourrait en effet symboliser la nouvelle vie dont tu parles.

– Par rapport à « Soul Murder », « Rebirth » est plus lourd et plus introspectif aussi. Il marque un certain changement de ton dans un ensemble également plus mid-tempo. Même si l’album reste très Blues, avez-vous voulu appuyer sur le côté Stoner et Heavy Rock de votre jeu cette fois ?

Honnêtement, je ne cherche pas à être quoi que ce soit. Je joue ce qui me semble juste. Je joue pour avoir mon propre son. Je ne cherche pas à rentrer dans une case ou un genre. Je joue ce que j’aime entendre et c’est ce qui constitue le son que j’apporte au groupe. Je ne force rien, je le ressens.

– A propos de Blues, l’Australie est souvent tiraillée entre le British Blues et sa source américaine. Cette dernière semble d’ailleurs avoir votre préférence. Et puis, il y a aussi des similitudes vocales assez évidentes avec Lenny Kravitz. Est-ce que les pionniers du genre restent la première référence chez CHILD ?

Je peux t’assurer que je n’essaie pas d’imiter Kravitz. Cela dit, je ne suis pas contre l’idée d’être aussi bien conservé que lui à 60 ans ! (Rires) Je pense qu’il est toujours important de rendre hommage aux pionniers. Ils ont fait de même pour les leurs, et ainsi de suite. C’est une forme de transmission, à mes yeux. Le Blues britannique a eu une influence considérable sur moi. En ce qui concerne la guitare électrique, je dirais qu’à l’exception de Buddy Guy, toutes mes influences ont un lien avec le Royaume-Uni. Hendrix en est un bon exemple, même s’il est américain… (Sourires)

– Par ailleurs, trois ans après « Soul Murder », on vous retrouve avec un album très resserré contenant six morceaux uniquement. Est-ce que vous aviez le désir d’aller à l’essentiel, d’être le plus efficace possible ?

J’ai opéré des changements importants dans ma vie, ce qui m’a permis d’être plus productif. L’album « Rebirth » a été écrit et enregistré en six mois environ, ce qui est extrêmement rapide pour nous. De plus, il ne nous restait que peu de temps avec notre batteur originel, Michael, nous devions donc faire vite. L’efficacité n’est pas innée chez moi. Je préfère prendre mon temps, mais quand il est compté, il faut trouver des solutions.

– Il y a sur « Rebirth » un fort contraste entre des compositions musicalement profondes et assez sombres et un chant très lumineux, presque Soul. Est-ce cette intensité qui fait finalement l’essence-même de CHILD ? C’est une force que l’on retrouve chez très peu de groupes…

C’est tout simplement ce qui me semble juste. Je fais ce que je fais. Il n’y a pas de formule magique, ça vient naturellement. Si ça me semble juste, c’est juste. Je n’ai rien d’autre à ajouter.

– Enfin, j’aimerais que tu nous parles de cette fameuse ‘Electic Church’ à laquelle vous faites souvent allusion et que vous créez lors de vos concerts. Est-ce votre manière de consolider cette communion que vous entretenez avec le public et vos fans ?

Je crois que l’important, c’est de vivre ensemble une expérience profonde et, si possible, transcendante. Il faut que chaque concert soit unique. Je n’aime pas les groupes qui jouent sans conviction. Jouer sur scène ne doit pas être pris à la légère et son pouvoir ne doit pas être sous-estimé. Si on me donne un micro, je me donne à fond à chaque fois. Bien souvent, plus la scène est grande, plus il est difficile de créer un lien avec le public. Il faut donc être à la hauteur. C’est peut-être pour ça que j’utilise un ampli Marshall complet à chaque concert, quelle que soit la taille de la scène.

Le nouvel album de CHILD, « Rebirth », est disponible chez Heavy Psych Sounds.

Catégories
Dark Gothic Heavy Blues International

DieveNoire : gothic far-west [Interview]

Basé à Chicago, DIEVENOIRE est apparu l’an dernier avec un premier album aussi surprenant qu’inspiré et parfaitement réalisé. Il faut dire aussi qu’autour de sa chanteuse, Lariyah, s’est constitué un groupe de musiciens aguerris et, surtout, issus d’univers très différents. Avec « The Story Of A Gunslinger », les Américains ont frappé fort et dans cet univers où le western croise le Metal et le Blues, on retient d’abord une originalité assez unique à travers laquelle l’audace ressort comme un leitmotiv, aussi pertinent que personnel. Alors que le quintet a enchaîné les concerts et qu’il procède à quelques changements de line-up avant de se plonger pleinement dans l’écriture de son deuxième album, sa fougueuse et touchante frontwoman revient sur l’évolution et les intentions de ce qui était au départ, un projet solo.

– Pour commencer, j’aimerais que l’on présente le groupe, car il est atypique à bien des égards. Tout d’abord, vous êtes issus de registres très différents comme le Black Metal, le Doom, le Metal Progressif et le Heavy Rock. Pourtant, vous vous retrouvez autour d’un Hard Rock très bluesy aux accents gothiques. Comment cette connexion a-t-elle eu lieu ?

Oui, c’est certain, le mélange des styles de nos autres groupes est assez différent, n’est-ce pas ? (Sourires) Je pense que c’est un atout majeur pour DIEVENOIRE. L’inspiration vient de l’intérieur, pas des influences à proprement parler. Personnellement, j’ai baigné dans la musique gothique à l’adolescence, puis dans le Heavy Metal plus tard, deux genres très portés sur les ballades et une ambiance plus lente et douce. L’album était conçu comme une histoire très émouvante et je voulais qu’il le reste. Le nouvel album s’annonce déjà comme une approche assez différente. J’ai vraiment hâte de sortir le premier single au plus vite, si possible cette année… (Sourires)

– Ce qui était au départ ton projet solo, Lariyah, a finalement rassemblé des musiciens chevronnés avec un style qui a aussi évolué pour donner votre premier album, « The Story Of A Gunslinger ». Et on a presque l’impression que le fait que ce soit un album-concept est une évidence. A quel moment vous êtes-vous dit qu’il fallait articuler vos chansons autour d’une même histoire ?

Tu sais, j’ai toujours adoré les histoires et les contes. Depuis que j’ai entendu l’album « The Crimson Idol » de W.A.S.P., avant même de commencer à chanter, évidemment, je rêvais d’écrire des romans, de devenir réalisatrice ou quelque chose du genre. Lancer DIEVENOIRE m’a donné l’idée de créer cet univers western moderne, où je pouvais donner vie à une histoire à travers une présentation audio, agrémentée de quelques clips vidéo, bien sûr.

– Ce qui est également étonnant, c’est cette ambiance très Southern qui enveloppe l’album, car il est réalisé par Jakob Herrmann, connu pour son travail avec Draconian, Thyrfing ou Art Nation, c’est-à-dire des styles très éloignés du vôtre. Aviez-vous aussi besoin d’un regard extérieur très différent pour que l’aventure soit justement complète et unique ?

Eh bien, pour commencer, Jakob est un artiste très polyvalent. Il passe beaucoup de temps dans ce qu’il appelle sa deuxième maison : la Nouvelle-Orléans, où il baigne principalement dans le Blues, le Jazz et le Rock, ce qui est peut-être aussi une échappatoire au Metal omniprésent ! (Rires) Blague à part, je pense que les musiciens, ou les artistes en général, ne devraient jamais stagner dans leur travail, sinon cela devient mécanique. Je crois au progrès et à la nécessité de se réinventer régulièrement. Je crois qu’il faut trouver de nouvelles inspirations pour évoluer. Et d’un autre point de vue, j’avais une idée très précise du son que je voulais pour les chansons et je n’avais jamais travaillé avec un producteur auparavant, malgré toutes ces années passées sur d’autres projets. J’ai donc décidé de tenter le coup et de voir où cela nous mènerait. J’ai été absolument bluffée par la façon dont Jakob a transformé le son de DIEVENOIRE, et crois-moi, c’est beaucoup plus puissant que l’idée de départ, plus simple aussi et dans un Blues Rock sombre. Il a su donner cette dimension plus lourde au son et j’en suis vraiment ravie. Il s’agissait en quelque sorte de définir une direction musicale, d’amplifier ce que nous avions créé, sans forcément réécrire les chansons à partir de zéro.

– Il y a un autre contraste assez saisissant, ce sont les tessitures musicales et ta voix, Lariyah, que l’on retrouve surtout dans le Rock et le Metal Alternatif, plus que dans le Blues Rock. L’idée était-elle justement de confronter ces différents univers ?

Ma voix est très douce et orientée ballades, j’en suis parfaitement consciente. Je voulais mélanger ces sonorités contrastées et intégrer ce Rock légèrement Blues à mon travail vocal. Bien sûr, il y aura des critiques et je les accueille avec grand plaisir ! (Sourires) Si on se contentait de faire toujours la même chose, il n’y aurait jamais rien de nouveau, ni d’original. Pour un premier album, je pense qu’il a donné un bon aperçu de ce à quoi ressembleront mes prochains morceaux, et crois-moi, non seulement les instruments seront plus puissants, mais ma voix le sera aussi… (Sourires)

– D’ailleurs, d’où vient le nom de DIEVENOIRE, qui est en partie d’origine lituanienne, et comment est née cette idée d’un far-west gothique avec ce pistolero, dont on suit les aventures ?

Rien de lituanien là-dedans, mais presque. J’ai vécu vingt ans en Pologne. Je suis née et j’ai grandi dans une toute petite ville au bord de la mer Baltique, appelée Dziwnow. Avant la fin des années 1940, lorsque les frontières polonaises ont été modifiées après la guerre, cette ville s’appelait ‘Dievenow’ (prononcé DEE-VEH-NOV). Elle était alors germanophone. Comme tu peux t’en douter, voici le lien, la première partie, ‘Dieven’, qui vient de l’ancien nom de ma ville natale. Ensuite, ‘Noire’, comme la plupart des gens le savent aussi sans doute, est un mot français, de chez toi, qui signifie noir, sombre, lugubre, etc… ce qui fait partie de mon enfance. Les périodes sombres, les difficultés personnelles, les promenades nocturnes sur les rivages de la Baltique en chantant, en composant des mélodies… dont certaines figurent d’ailleurs sur cet album.

– Sur « The Story Of A Gunslinger », on retrouve également plusieurs clins d’œil sonores comme des éléments tribaux ou Country, et plusieurs ballades viennent aussi ponctuer l’ensemble. L’univers de DIEVENOIRE a-t-il vraiment des frontières, ou est-ce que l’exploration musicale reste votre principale source d’inspiration ?

Je n’ai jamais voulu être cataloguée. Quand on m’a demandé quel était le style de DIEVENOIRE, je n’avais absolument aucune idée de comment le décrire car, comme tu l’as dit, les morceaux ont des ambiances très différentes. Et j’aime ça ! (Sourires) Si je devais définir un style, ce serait un mélange de Blues doux, de Hard Rock, de ballades gothiques sudistes et de berceuses crasseuses. Je n’aime pas ces étiquettes. Un de nos fans, rencontré au ‘Rock Fest’ et qui nous voyait pour la première fois, s’est exclamé : « J’adore ce Rock bien crasseux ! » Voilà. A partir de ce jour, je considère DIEVENOIRE comme du Rock bien crasseux. Quant à savoir où cela nous mènera, et à quel point ce sera plus doux, plus lourd ou plus crasseux, seul l’avenir nous le dira ! (Sourires)

– Il y a également une chose vraiment étonnante, notamment car il s’agit d’un album-concept. Pourquoi les morceaux ne respectent-ils pas la chronologie de l’histoire ? Vous avez voulu procéder par flash-backs ou de manière aléatoire, même si cette aventure a une fin ?

(Rires) J’adore tout autant que je déteste vraiment cette question ! (Rires) Franchement, j’aurais adoré que l’histoire suive une chronologie cohérente sur l’album et qu’on puisse l’écouter de manière à la comprendre. Cependant, en enchaînant les chansons dans l’ordre chronologique, ça ne sonnait pas juste. Soit c’était trop ennuyeux avec plusieurs ballades à la suite, soit ça ne collait pas. Du coup, je me suis dit qu’en les disposant de façon à ce que l’écoute soit fluide, l’auditeur prendrait plus de plaisir à l’écouter et essaierait aussi de reconstituer le puzzle. Après tout, ces chansons n’expliquent pas tout de façon explicite, mais elles sont très subtiles. Le pistolero est-il vraiment une personne, ou est-ce une métaphore utilisée par le narrateur ? (Sourires)

– Enfin, ce premier album est sorti il y a près d’un an. Est-ce que vous vous concentrez surtout sur la scène en ce moment, ou avez-vous déjà commencer le travail d’écriture du successeur de « The Story Of A Gunslinger » ? Et sera-t-il dans le même esprit ?

Le groupe étant en pleine restructuration, nous allons faire une courte pause dans les concerts, afin de trouver les bons musiciens et, en attendant de travailler sur des démos à partir de mes nouvelles compositions personnelles. L’écriture du nouvel album sera cette fois-ci complètement différente, car nous avons déjà testé quatre nouveaux morceaux lors de nos six ou sept derniers concerts. Et je sais exactement ce que je veux en faire, ainsi que du reste de l’album. Je vise à nouveau dix titres, mais le concept de l’album restera le même que pour le premier opus. Le second sera riche en émotions de toutes sortes : un mélange de colère, de haine, de déception, mais aussi, à l’inverse, une passion intense et le désir ardent de l’amour. J’aime laisser libre cours à mon inspiration, sans contrainte, ni idée préconçue sur les sujets à aborder ! (Sourires)

L’album de DIEVENOIRE, « The Story Of A Gunslinger », est disponible sur le Bandcamp du groupe et partout ailleurs sur le Net : https://dievenoire.bandcamp.com/album/the-story-of-a-gunslinger

Photos : Darrelle Esquitin (1, 4)

Catégories
Hard Rock Southern Rock

Tim Montana : wide wild West

Avec « Entire State Of Tim Montana «, le songwriter signe probablement sa réalisation la plus personnelle et la plus intime. Des réserves indiennes à Los Angeles, puis Nashville, avant un retour du côté de Yellowstone, TIM MONTANA nous invite à un road-trip hyper-Rock’n’Roll et très sudiste. Son duo avec Royale Lynn vient aussi nous rappeler ses affinités avec la Country, tout en conservant cet état d’esprit libre et indépendant. Ce disque raconte de belles histoires, parfois touchantes, et d’une honnêteté viscérale. Juste monumental.

TIM MONTANA

« Entire State Of Tim Montana »

(BMG)

Le guitariste et chanteur sort son septième album et il vient renforcer cette authenticité et cette sincérité qui le caractérisent depuis ses débuts. Profondément attaché à l’Etat dont il tient son nom et plus largement à l’Ouest américain et à l’Histoire des Amérindiens auprès desquels il a passé une partie de son enfance, TIM MONTANA se singularise par un Hard Rock imprégné de Southern Rock et à la narration très Country. Cultivant l’art du riff massif et grâce à sa voix rauque, il s’est forgé une identité unique, hors des sentiers battus et loin des conventions.

Passé « Courtdown » en introduction, sorte de conversation entre Martin Sheen, Charlie Sheen et l’ancien Terminator Robert Patrick, l’immersion validée par les trois acteurs est immédiate et « Beautiful Hate » ouvre les festivités avec force. Heavy et porté par une mélodie accrocheuse, le premier morceau (il y en a 14 autres !) ne laisse aucun doute quant aux intentions artistiques de TIM MONTANA. Rugueux dans l’approche, mais particulièrement soigné dans sa production, « Entire State Of Tim Montana » s’annonce renversant.

Captivant par son aspect cinématographique, l’ensemble parcourt des atmosphères variées, où il est question d’amitié, de survie et de persévérance. Le musicien rend hommage au peuple de la Nation Crow sur « Watch Me Down » avec Crazy Dog et WolfBear, avant d’accueillir Jerry Cantrell d’Alice In Chains sur « Kinda Like It ». Puis, TIM MONTANA réalise un rêve sur « Brown Sugar » où Billy F Gibbons et Slash se joignent à lui. Très intense et équilibré, ce nouvel opus renferme des trésors de vérité, tout en gardant une attitude sensible, attachante et rebelle. Incontournabale !

Catégories
Garage Rock Heavy Blues Stoner Blues

Quintana Dead Blues eXperience : rebell yell

Radical et percutant, ce premier album de QUINTANA DEAD BLUES EXPERIENCE est aussi très rafraîchissant. Hyper-Rock’n’Roll et instinctif, le style des Français est pourtant nappé de Blues, ce qui lui confère une chaleur familière. Flirtant avec le Stoner Rock, « Ashes » concilie mélodie et distorsion pour obtenir une unité musicale riche en variations. Efficace, l’ensemble garde aussi une touche empirique et un charme très DIY.

QUINTANA DEAD BLUES EXPERIENCE

« Ashes »

(Independant)

Après une longue période dans une formule en one-man-band, Piero Quintana double la mise avec l’arrivée d’Adrien Shiavone derrière les fûts. Et le duo fait des étincelles. Brut et sauvage, « Ashes » est le reflet d’une musique authentique et viscérale. Dans un esprit très Garage Rock, c’est bel et bien un Heavy Blues ravageur et tendu que livre QUINTANA DEAD BLUES EXPERIENCE. D’ailleurs, le parallèle patronymique avec le Blues Explosion d’un certain Jon Spencer évoque quelques similitudes dans l’intention.

Enregistré en trois petits jours aux studios Silver Recordings de Bilbao sous la houlette de Martin Guevera (Capsula), « Ashes » respire la vérité du live et la complicité entre le chanteur-guitariste et son batteur est d’une incroyable spontanéité. QUINTANA DEAD BLUES EXPERIENCE ne triche pas et va à l’essentiel avec beaucoup de liberté. Cela dit, il est loin de manquer de finesse. Elle se dissimule dans la puissance des riffs et entre les lignes des textes du Bordelais. L’identité du tandem se dévoile sans filtre dans une émotion palpable.

Propulsé par une énergie débordante, le combo présente un mur du son infranchissable. L’épaisseur des guitares et la force de frappe du cogneur en chef offrent une étonnante densité aux morceaux, à travers lesquels quelques effluves Grunge émergent. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si QUINTANA DEAD BLUES EXPERIENCE se fend d’une reprise de Nirvana, « School ». Et le timbre profond et bluesy du frontman, posé sur des titres rugueux à souhait, donne aux compostions un élan très communicatif (« Spell On Me », « Wild As Fire », « Still Haunted »). Costaud !

Photo : Jessica Calvo

Catégories
Stoner Blues Stoner Rock

Hermano : l’empreinte des grands

Alors que les Américains menaient une aventure pour le moins hachée avec la sortie de quelques opus et d’un live, il aura peut-être fallu cette date française pour redonner de l’élan à la formation. Près d’une décennie d’absence et HERMANO remontait sur scène, comme si de rien n’était pour une performance hors-norme. Depuis 2016, la machine est relancée, son label Ripple Music réédite ses disques dans des versions remastérisées et ce « Clisson, France » confirme que le Heavy Stoner Blues du combo reste un modèle du genre.

HERMANO

« Clisson, France »

(Ripple Music)

Et si finalement, ce concert du 18 juin 2016 avait été le déclic pour HERMANO ? Chauffé à blanc et devant un public tout acquis, le groupe avait offert une prestation marquante immortalisée sur ce live. Insaisissable et jouissant d’une liberté absolue depuis sa création en 1998, ce projet parallèle s’est pourtant forgé une solide réputation au fil des années, malgré une discographie peu étoffée. Mais le mythe s’est installé et après huit ans de break, c’est au Hellfest que la magie a opéré à nouveau et où les riffs ont fuzzé dans une torpeur partagée.

Soudés par une forte amitié et un amour inconsidéré pour le Stoner Rock et le Heavy Blues, John Garcia (ex-Kyuss, chant), Dandy Brown (Orquestra Del Desierto, basse), Dave Angstorm (Luna Sol, guitare), Mike Callahan (Disengage, guitare) et Chris Leathers (Supafuzz, batterie) ont fait souffler un vent de folie et livré un set stratosphérique. Bien sûr, celui s’articule surtout autour des albums « ...Only A Suggestion » (2002) et « Dare I Say… » (2004), et HERMANO leur a offert une dimension incroyable basée sur une phénoménale énergie.

Le plaisir et l’envie d’être là et de faire partie des moments forts de cette onzième édition du festival breton se sont clairement faits sentir dès les premières notes de « Let Side Bleeding ». Le quintet était prêt à en découdre et les versions de « The Bottle », « Cowboy Sucks », « Is This Ok », « Kentucky », « Angry American » ou « Señor Moreno’s Plan » ont fait vibrer la foule grâce à un jeu électrisant. HERMANO, avec son parcours pour le moins atypique, reste l’un des fleurons majeurs du Heavy Stoner Blues et « Clisson, France » est à classer parmi les indispensables.

L’album est disponible d’un simple clic sur la bannière en page d’accueil.

Photo : Dawn Brown

Catégories
International Psych Rock 70's Southern Rock

DeWolff : golden tracks revisited [Interview]

Devenus en quelques années un fer de lance du revival Rock Psych 70’s, les Hollandais ne cessent d’arpenter les scènes du monde entier. Cependant, ils ont trouvé le temps de s’offrir une sorte de récréation avec « Fuego! », un EP exclusivement composé de reprises, sur lequel le trio sort littéralement des sentiers battus. La sélection des morceaux parlent d’elle-même : originale et tout sauf mainstream. Une occasion aussi pour DEWOLFF de se faire plaisir et de présenter avec ses fans (et aux autres!) quelques titres qui ont forgé son style. Et c’est vrai qu’on y voit plus clair sur ses intentions, Entretien avec le très occupé guitariste et chanteur Pablo Van De Poel, qui revient aussi sur l’expérience « Muscle Shoals », marquante à plus d’un titre pour le groupe.

– Avant de parler de « Fuego! », j’aimerais que l’on revienne sur « Muscle Shoals », sorti il y a un petit plus d’un an maintenant. Tout d’abord, comment se sent-on en pénétrant dans un studio aussi mythique ?

C’était vraiment incroyable ! J’y avais déjà été une fois en 2019, alors que j’étais en vacances dans la région. J’avais d’ailleurs été visiter les studios. J’en avais fait plusieurs fois le tour en me disant que si je pouvais enregistrer un jour dans un endroit comme celui-ci, ce serait vraiment un rêve ! Pour cet album, nous avions décidé d’aller là-bas. Ce qui est drôle, c’est que tu peux juste envoyer un email, mais ça ne veut pas dire que tu pourras enregistrer pour autant. Dans notre cas, cela a été possible. Nous sommes donc allés sur place et rien que le fait d’être dans ces pièces avait quelque chose de magique ! Tu peux littéralement ressentir toute l’Histoire de la musique qui a traversé les studios. Et ensuite, le son qui en ressort est franchement magique, car tu peux reconnaître les sonorités d’anciens disques.

– D’ailleurs, saviez-vous que l’album serait enregistré là-bas avant de composer les morceaux ? Parce que cela peut aussi avoir une certaine influence sur l’écriture, non ?

Oui, c’est vrai, nous le savions un peu avant le processus de composition, seulement trois chansons étaient prêtes, quelque chose comme ça. En fait, l’idée originelle était d’enregistrer l’album avec Chris Robinson des Black Crowes à Los Angeles. Mais, après réflexion, nous nous sommes rendus compte que ce serait très difficile de caler un rendez-vous avec lui, car c’est un homme très occupé et nous sommes aussi un groupe très occupé ! (Sourires) Donc, quand nous nous sommes aperçus que cela ne se ferait pas, nous avons envoyé un email à Muscle Shoals.

– « Muscle Shoals » est votre album le plus Soul et le plus organique aussi. Est-ce que l’application et cette sérénité affichée tiennent d’une certaine manière à la solennité de l’endroit ?

Oui, je pense. Quand j’étais sur place, il n’y avait aucune raison de s’inquiéter. En revanche, mon inquiétude se situait plutôt sur le fait de savoir si je serai suffisamment bon pour enregistrer là-bas. Mais dès notre arrivée, je me suis dit qu’il fallait s’amuser de cette expérience. Et on l’a fait ! La plupart du temps, on s’est vraiment éclaté ! On n’a pas été forcément intimidés ou effrayés par rapport à l’endroit. Nous l’avons fait normalement et de la manière la plus naturelle pour nous. Et cela tient aussi aux gens que nous avons rencontrés sur place et qui ont entendu notre musique. Ils nous ont dit que c’était incroyable et que c’était exactement le genre de musique qu’il fallait jouer là-bas. Alors, finalement, on a été très à l’aise pendant l’enregistrement.

– Pour conclure sur cet album, c’est probablement celui qui sonne le plus américain aussi, alors que DEWOLFF a toujours eu un son européen dans sa production. Est-ce que votre objectif était aussi d’expérimenter quelque chose de différent au niveau du son ?

En fait, la plupart du temps, nous essayons de capturer le son de l’endroit où nous sommes, tout comme les vibrations qu’il dégage. Nous avons beaucoup expérimenté sur le placement des micros et sur place et nous avons accordé une grande confiance à notre ingénieur du son Ben Tanner pour ça. Par exemple, lorsqu’on essayait la batterie, il me demandait toujours mon avis. Je lui faisais part de mes doutes, car je pensais qu’elle devait être plus puissante. Alors, il me demandait ce que je pensais utiliser comme micro et on faisait des essais pour que ça fonctionne le mieux possible. On a donc fait pas mal d’expérimentations. Et puis, au fil des années, nous avons aussi beaucoup appris à ce niveau-là et il y a toujours des choses qui changent. Finalement, ça ne sert pas à grand-chose de tout préparer à 100 %, on préfère le faire à 75 ou 80% parce que, suivant où vous vous trouvez en arrivant, cela aura de toute façon une influence sur les morceaux. Alors, même si tu prépares déjà tout à fond, ça ne sera jamais le résultat final.

– Parlons maintenant de « Fuego! ». D’où est venue l’idée d’un EP de reprises ? C’est quelque chose que vous aviez en tête depuis un moment déjà, ou c’était l’occasion de faire une coupure après « Muscle Shoals » pour repartir avec une certaine fraîcheur ?

C’est quelque chose qui nous trotte dans la tête depuis un moment déjà. La principale raison est que nos fans sont de réels amoureux de musique, tout comme nous. Nous sommes très curieux de ce qui se fait et surtout a été fait. Des choses que nous ne connaissons pas forcément au départ. Parfois, je discute avec des gens qui adorent DEWOLFF, Led Zeppelin ou Deep Purple, notamment. Je peux leur demander s’il connaissent Little Feat, par exemple. Et là, je me dis : ‘Oh, mon dieu !’ ! C’est dans ces moments-là que je dis qu’il y a tellement de bonne musique. C’est vrai aussi que nous sommes un peu collectionneurs, mais il y a énormément de choses dont les gens n’ont jamais entendu parler et c’est vraiment dommage. Donc, c’est parti aussi un peu autour de ça. Et puis, ce sont aussi des morceaux que nous adorons jouer. On joue sur les arrangements, on s’amuse et c’est également un bon défi pour nous. Par exemple, si tu prends la chanson de Little Feat, c’est un titre que nous connaissons depuis une dizaine d’années. C’est un morceau que nous avons essayé de jouer de plein de manières différentes, mais nous n’y sommes jamais vraiment parvenus, car c’est trop compliqué ! Alors, pour cet EP, nous nous sommes dits qu’on allait y arriver et nous l’avions fait ! Voilà, on peut enfin la jouer ! (Sourires)

– D’ailleurs, vous l’avez enregistré dans ton studio et il est sorti sur votre label, Electrosaurus Records, ainsi qu’avec Suburban Records. Là aussi, vous aviez besoin de changements, de plus de proximité et de contrôle dans la production notamment ?

Oui, c’est vrai que nous avons notre label et l’idée était surtout de le maintenir en vie. Et c’est bien de sortir quelque chose dessus de temps en temps. Et c’est aussi une question financière pour être honnête. Quand nous sortons quelque chose chez Mascot, nous ne percevons qu’un faible pourcentage des recettes, Mais nous ne sommes pas partis pour autant ! Cela dit, lorsqu’il s’agit de ce genre de projet, c’est bien de le faire sur notre propre label, car c’est une opportunité intéressante.

– « Fuego! » est un véritable hommage aux artistes qui vous ont profondément marqué et influencé. Cela dit, on retrouve la touche DEWOLFF dès les premières notes. On s’éloigne donc des versions originales. Quelle a été l’intention première, car on vous sent très libres dans l’interprétation ?

Tu sais, cela dépend vraiment de la chanson. Si tu prends la chanson de Little Feat, par exemple, rien que de la jouer nous-mêmes lui donne beaucoup de différences et elles se font assez naturellement. Nous suivons l’originale, bien sûr, sauf pour les solos, et même de manière assez précise. Nous créons juste des versions différentes, mais fidèles. C’était la même chose pour la chanson de Leon Russell, qui est plus Rock, mais cela se fait vraiment de manière inconsciente et elle dénote de l’originale, c’est vrai. En fait, on prend les originaux, nous les jouons et, rapidement, cela devient du DEWOLFF de façon un peu automatique.

– Si on a la surprise de découvrir quelques chansons, il y a aussi la présence de Joe Bonamassa sur « The Fan » de Little Feat (Lowell George) avec un incroyable solo, dont il a le secret. Comment s’est montée cette collaboration ? Vous vous connaissiez déjà, car c’est un choix est très judicieux sur ce titre ?

J’ai rencontré Joe Bonamassa il y a deux ans environ. J’étais encore en voyage avec mon ex-compagne et nous étions aussi sur sa tournée auparavant. C’est le début de l’histoire, car nous avions joué sur la croisière ‘Keep The Blues Alive’ en Méditerranée. Après ça, il a dit au cours d’une interview collective qu’il aimait vraiment le groupe. Alors, quand je suis retourné au Etats-Unis il y a quelques mois, je me suis dit que s’il aimait notre musique, peut-être qu’il voudrait me rencontrer. Pourquoi pas ? (Sourires) Je lui ai envoyé un message sur Instagram et il m’a invité dans sa maison. J’y suis allé, j’ai vu toutes ses guitares et c’était totalement incroyable ! Ensuite, nous sommes restés en contact. Donc, nous étions en plein enregistrement de l’EP, et comme je savais qu’il était fan de Lowell George car il avait acheté son ampli, je lui ai envoyé un message. Je lui ai expliqué qu’on enregistrait un EP avec cette petite chanson de Little Feat en lui proposant de jouer dessus. Il m’a dit de la lui envoyer et qu’il allait le faire. Nous avions un délai très court et je lui ai demandé s’il pouvait la faire dès le lendemain, plutôt que la semaine suivante. Et il l’a fait ! C’était parfait ! (Rires)

– Un mot aussi sur ce medley long de dix minutes qui clot « Fuego! ». Est-ce que ces trois chansons vous ont immédiatement paru évidentes dans leur enchaînement, et leur fusion tient-elle d’un ordre précis ?

Tu sais, il y a beaucoup de chansons que nous aurions souhaité reprendre. Nous en avions enregistré cinq et nous avons commencé à réfléchir à une sixième. Cela a démarré en jouant « Fire And Brimstone », mais la version originale est tellement cool que cela aurait impossible de faire mieux ! (Sourires) Alors, on a juste commencé à jammer et j’avais en tête quelques titres qui étaient en accord avec celle de Link Wray. L’un d’entre-eux était « Hawg Frog », de Buzz Clifford, qui est assez simple à jouer. Et la dernière était « I Walk On Guilded Sprinters » de Dr. John. Ce sont toutes des chansons parfaites pour jammer ! Ensuite, on a réfléchi à l’ordre des morceaux et ce qui s’accordait et s’enchaînerait le mieux. Et en une demi-journée, les arrangements étaient faits !

– Enfin, est-ce que vous préparez déjà votre prochain album, ou les concerts sont-ils votre priorité pour l’instant ? Ou les deux ?

En fait, nous sommes très occupés par les concerts en ce moment, c’est vrai, et nous allons allés en Nouvelle-Zélande, en France aussi, en Scandinavie… Nous n’avons pas encore de nouvelles chansons pour un album. Mais ça va arriver ! (Sourires) Et puis, je suis occupé par d’autres projets, car nous venons de créer un groupe de Metal avec mon autre frère. Je suis d’ailleurs en train de mixer l’album à l’heure où nous parlons. Nous ferons quelque chose de neuf avec DEWOLFF, mais pas dans l’immédiat, Et puis, « Fuego! » vient de sortir et « Muscle Shoals » est encore chaud… Chaque chose en son temps ! (Sourires)

L’EP de DEWOLFF, « Fuego! » est disponible chez Electrosaurus/Suburban Records, et « Muscle Shoals » chez Mascot Label Group.

Photos : Satellite June (1, 2, 4, 5) et Svan Leijen (3).

Retrouvez les dernières chronique du groupe :

Catégories
Hard 70's Psychedelic Rock Rock 70's Southern Rock

DeWolff : first loves

Si certains se demandent de quelle manière le trio a bâti sa personnalité artistique et s’est façonné ce son à la fois vintage, organique et très contemporain, « Fuego! » devrait vous donner quelques réponses quant aux origines de son épopée. Avec ce choix très audacieux, DEWOLFF ne s’est pas contenté de simples covers, tant on les croirait issues de son propre répertoire pour quelques unes d’ente-elles. Ce format court est bien plus qu’un hommage, c’est un acte d’amour à tous ceux, qui lui donné la flamme qui l’anime aujourd’hui.

DEWOLFF

« Fuego! »

(Electrosaurus/Suburban Records)

Après une escapade au légendaire studio Fame de Muscle Shoals, Alabama, où il a enregistré le disque du même nom, qui reste un sommet de sa carrière, DEWOLFF sort un peu en catimini « Fuego! ». Sorte de long EP ou de mini-album, c’est selon, il contient six morceaux, dont un medley de trois titres pour une demi-heure purement Psych et terriblement Soul, Blues et Rock. Le groupe s’est vraiment fait plaisir à travers quelques reprises qui, d’après lui, ont forgé son identité et construit son style. Et c’est un bond assez inédit dans les années 70 auquel nous invitent les Hollandais.

A en juger par la tracklist de « Fuego! », DEWOLFF a voulu quelque chose de très personnel, car les chansons choisies sont d’une autre sphère que celles proposées habituellement par d’autres. Et cela en dit également long sur la culture musicale des trois jeunes musiciens. Ici, les bases sont solides et vont puiser dans les fondations-mêmes de cette tradition qu’ils entretiennent avec tant de brio. Et puis, c’est une belle occasion pour les plus curieux d’aller à la découverte de ces formations presque inconnues pour beaucoup, qui ont laissé une belle trace dans le temps.

Et il en a un que l’on connait bien et qui pose un brûlant solo sur « The Fan » de Little Feat, c’est Joe Bonamassa, qui bat ici son propre record de featurings sur une année. Par ailleurs, DEWOLFF est éblouissant sur « Judgment Day » des Redbone, sur le « Roll Away The Stone » du grand Leon Russell et la cover de Free, « Fire And Water », est magistrale. Après le génial « Faster And Faster » d’Eden Rose, les Néerlandais se lancent dans un mix très personnel de « Fire And Brimstone » (Link Wray), « Hawg Frog » (Buzz Clifford) et « I Walk On Guilded Sprinters » (Dr. John) sur dix minutes. Somptueux !

Retrouvez les chroniques de leurs derniers albums :

Catégories
Heavy Blues Rock 70's

Black Magic Tree : enchanting forest

Dans une frénésie joyeuse, BLACK MAGIC TREE présente son deuxième long format avec un enthousiasme plus que palpable. Gorgé de mélodies entêtantes et d’adrénaline, « Terra » livre autant de douceur que de rugosité dans son Heavy Rock vintage, qui navigue entre un Blues fougueux et des ambiances psychédéliques planantes. La puissance et l’atmosphère très électriques à l’œuvre sont la marque d’un groupe sûr de son propos, et surtout aussi énergique que créatif.

BLACK MAGIC TREE

« Terra »

(Majestic Mountain Records)

Issu de la scène underground berlinoise, BLACK MAGIC TREE a émergé en 2019 avec un EP, « Of Animal And Men », un an à peine après sa création. Avec « Through The Grapevine » (2021), il avait confirmé sur son premier album la volonté de marier un Classic Rock nerveux avec des influences Blues et Psych, un chemin d’ailleurs emprunté par leurs compatriotes de Kadavar d’une certaine manière. En tout cas, il y a une vraie tonalité germanique provenant de cette nouvelle vague que l’on retrouve aussi sur « Terra ».

Pour son arrivée dans son nouveau label, BLACK MAGIC TREE a investi le Big Snuff Studio de la capitale avec Richard Behrens, ingé-son de Kadavar et Elder en concert, pour l’enregistrement et le mix, le tout masterisé par Roland Wieger. « Terra » sonne donc terriblement organique, faisant ressortir l’aspect live du combo. Dans cette chaleur 70’s délicieusement nostalgique, les nouveaux morceaux prennent une dimension enivrante. Contagieux et hyper-groovy, ce deuxième effort marque une nouvelle ère pour le quintet.

La cascade de riffs se déverse dès les premières notes de « Time Parrots (Hit Me Up !) », ce qui en dit long sur l’appétit des Allemands et donne déjà la tonalité de « Terra ». En alternant un côté massif et rentre-dedans avec des titres plus légers et accrocheurs, BLACK MAGIC TREE affiche l’étendue de ses capacités, son irrévérence assumée et surtout un potentiel énorme qui lui laisse une marge franchement exponentielle (« Popcorn & Coke », « Grace », « Chasing The Light », « Summer » et le très italien « Veleno »). Renversant !

Retrouvez la chronique du premier album :

Catégories
Classic Rock Heavy Blues International

Tapeworm Electric : une profondeur intemporelle [Interview]

Très instinctif, malgré un ancrage profond dans un Classic Rock très anglais, TAPEWORM ELECTRIC sort son épingle du jeu et frappe fort avec un premier album très réussi. Le quintet hellène semble même avoir trouvé son allure de croisière et livre un Heavy Blues percutant, basculant à l’envie vers un Hard Rock brûlant. Grâce à une chanteuse dont la voix est aussi puissante qu’envoûtante, la formation athénienne sonne très live et la spontané dont elle fait preuve la rend encore plus accrocheuse. Le groupe revient sur la sortie, toute récente, de son premier opus « Moonshine ».

– A la sortie de votre premier EP, « Fire » en 2019, vous aviez déjà fait forte impression et les quatre singles sortis en 2021 et 2022 avaient confirmé votre potentiel. Vous sortez votre premier album après huit ans d’existence. L’attente est finalement assez longue. Aviez-vous besoin de certitudes sur vos morceaux et votre jeu ?

La principale raison de ce retard vient de la stabilité du line-up. Lorsque nous nous sommes sentis en confiance en tant que groupe, nous avons commencé à travailler sur la création de cet album. Pet parmi les autres raisons, on peut citer la baisse d’activité pendant la période du Covid et des difficultés personnelles que nous avons aussi pu rencontrer individuellement.

– Vous avez aussi récemment signé chez Pitch Black Records. Cela faisait-il également partie des conditions pour sortir « Moonshine », d’avoir le support d’un label ?

Oui, le soutien et les conseils d’un label, qui se soucie réellement de la musique et du groupe, ont grandement facilité la sortie de l’album. Pitch Black Records s’est chargé de toute la distribution, du pressage des CD, de la promotion, etc… Nous avons ainsi pu nous concentrer pleinement sur la création des morceaux.

– « Moonshine » est particulièrement abouti pour un premier album, grâce à des morceaux très accrocheurs et aussi une production très soignée. On a vraiment l’impression que TAPEWORM ELECTRIC est passé à la vitesse supérieure. Comment s’est passé l’enregistrement et quelles ont été vos priorités afin d’obtenir ce son si organique, chaleureux et authentique ?

C’est un grand compliment pour nous, merci beaucoup. En effet, nous avons pris le temps de présenter nos idées et nous avons gardé celles qui nous semblaient justes. Nous sommes ensuite passés à la préproduction : nous avons enregistré les morceaux, les avons écoutés et apporté quelques modifications, avant d’entrer en studio pour finaliser l’album. On privilégie toujours l’expressivité des chansons, sans en faire trop. Nous nous concentrons sur les mélodies, des performances solides et l’énergie live du groupe. Au niveau de la production audio, on a surtout cherché à conserver un son aussi naturel que possible. Sur le disque, vous entendez de la vraie batterie, de vraies guitares et il n’y a aucun traitement par IA sur les voix.

– Passé « Interlude », l’intro basée sur une slide très épurée, on pourrait s’attendre à ce que « Moonshine » tende plutôt vers le Blues et pourtant, c’est le côté Heavy Rock qui prend le dessus. Votre Classic Rock est très intemporel, même s’il sonne actuel. Est-ce que votre intention est de perpétuer cet héritage Rock et comment cela se traduit-il dans votre écriture ?

Le blues n’est-elle pas la mère de toute la musique contemporaine ? Par ailleurs, c’est vrai qu’on adore le son du Heavy Blues britannique et ensuite son évolution vers le Hard Rock. On a grandi en écoutant Led Zeppelin, Deep Purple et Uriah Heep. Ces héros nous inspirent beaucoup, mais notre écriture est spontanée. On essaie de composer pour exprimer ce qu’on ressent et créer une musique qui nous parle.

– Cela dit, il y a toujours un fond bluesy chez TAPEWORM ELECTRIC, comme s’il était un peu la base de votre musique. Le percevez-vous comme le socle de votre style, celui qui vient propulser ensuite une dimension clairement Rock et très 70’s aussi ?

Cette influence bluesy est innée, elle coule vraiment dans nos veines. Notre style repose avant tout sur nos influences, et notamment sur tous ces grands groupes de Rock des années 70 inspirés par le Blues donc, mais aussi par des formations qui vont de Fleetwood Mac à Black Sabbath.

– Pour celles et ceux qui vous suivent depuis vos débuts, il y a une grande similitude entre le morceau qui ouvrait « Fire », c’est-à-dire « Worms », et « Moonshine », qui figure sur l’album. S’en est même bluffant, c’est une sorte de signature ?

Le seul point commun entre « Worms » et « Moonshine », c’est leur intro très Blues. « Worms » est un morceau Hard Rock Shuffle qui parle de la société actuelle, tandis que « Moonshine » est une chanson d’amour aux guitares saturées. Les tempos et les structures d’accords sont également différents. Pourtant, c’est vrai qu’il existe une formule que nous avons tendance à utiliser régulièrement dans notre approche des riffs et l’architecture des morceaux. Si c’est notre signature, alors il est difficile de s’en défaire.

– L’une des choses qui frappe à l’écoute de votre musique, c’est bien sûr la puissance et la luminosité de ta voix, Argyro. D’ailleurs, c’est l’un des atouts majeurs de TAPEWORM ELECTRIC. De quelle manière qualifieriez-vous cette évolution assez incroyable entre « Fire » et « Moonshine » sur ces six dernières années ? C’est un travail constant et une plus grande confiance en soi ?

Argyro est une chanteuse et une professeure de chant exceptionnelle. A nos débuts, elle était, et elle l’est toujours, passionnée par la Soul. Elle n’avait pas l’habitude de chanter des morceaux plus Rock, mais elle avait déjà cette énergie en elle. C’est vrai qu’elle a travaillé dur sur ses performances et elle a aussi commencé à écouter aussi des musiques plus Rock. Cela dit, elle évolue constamment et elle se dépasse sans cesse et cela s’entend clairement sur l’album.

– George Kasapidis, votre bassiste, prend aussi le lead vocal sur deux morceaux : « Right Reasons » et « Turn Into Black ». Est-ce que chacun chante ses propres textes, ou il s’agit plus simplement pour apporter de la diversité ?

Tous les membres du groupe ne chantent pas leurs propres textes, mais si l’un d’entre-eux ressent le besoin de prendre le micro et de s’exprimer, il en a la possibilité. « Right Reasons » et « Turn Into Black » sont des chansons très personnelles et il semblait tout simplement naturel que ce soit George qui les interprète.

– Enfin, j’aimerais que vous me disiez un mot de « Hold On », long de sept minutes et qui possède un réel esprit jam. C’est un titre très varié avec une atmosphère qui passe de sonorités à la Black Sabbath à un chant qui rappelle Heart, et qui peut même donner quelques frissons. Vous l’avez voulu comme une sortie d’hommage, ou un instant de plaisir simple et de partage ?

« Hold On » est une chanson qui est restée dans un tiroir pendant plus de 15 ans. Elle parle de rédemption, de l’exorcisme de nos démons intérieurs et de la paix avec soi-même. En fait, il en existait déjà une très courte démo. Alors, lorsque George l’a présentée au groupe, l’idée de la retravailler nous a paru évidente. On y trouve un petit hommage aux groupes qu’on adore à travers l’intro à la batterie, les twin-guitares, les passages psychédéliques… Il y a des références directes, c’est vrai. Par ailleurs, on n’a jamais caché notre amour pour tous ces groupes, mais nous avons surtout essayé de les réinterpréter à la sauce TAPEWORM ELECTRIC.

« Moonshine », le premier album de TAPEWORM ELECTRIC, est disponible chez Pitch Black Records.

Catégories
Blues Rock Heavy Blues

The Bateleurs : éblouissant

La nouvelle sensation Heavy Blues déferle du Portugal et même si le quatuor n’en est pas à son coup d’essai, « A Light In The Darkness » devrait mettre tout le monde d’accord. Véloce, ce nouvel opus est encore plus tranchant que le précédent, et THE BATELEURS prend une nouvelle dimension. Ici, tout est plus précis et les émotions sont canalisées avec soin, tout en maintenant un solide impact. Grâce à quelques notes d’orgue Hammond savamment distillées, les guitares gagnent aussi en profondeur et le chant de Sandrine Orsini en luminosité et en relief.

THE BATELEURS

« A Light In The Darkness »

(Discos Macarras Records)

Trois ans après le très bon « The Sun In The Tenth House », qui faisait suite à son premier EP « The Imminent Fire » sorti en 2018, THE BATELEURS semble encore plus inspiré sur ce deuxième album qui le hisse parmi les meilleurs groupes de Blues Rock européen. Et de très loin ! En tout cas, « A Light In The Darkness » vient secouer le microcosme avec beaucoup de fraîcheur. La formation de Lisbonne approfondit son style, toujours paré d’un Classic Rock très contemporain qui le rend irrésistiblement Heavy et accrocheur.

Côté line-up, Ricardo Galrão prend le relais de Marco Reis à la guitare, et les Portugais ne semblent pas déstabilisés pour autant, car la fluidité est toujours au rendez-vous sur ces nouveaux titres. Et puis, THE BATELEURS peut toujours compter sur l’allant et la forte personnalité de sa chanteuse Sandrine Orsini. Son magnétisme et surtout sa puissance vocale offrent à « A Light In The Darkness » une dynamique imparable. Les riffs sont costauds, le groove haletant et le son est d’une chaleur organique saisissante.

Réalisée par les Lisboètes et mixé par leur bassiste, la production est vigoureuse et contemporaine, tout en laissant une grande place à l’authenticité inhérente au style. THE BATELEURS ravive l’esprit vintage de son registre avec force et volonté. Très Rock’n’Roll, la frontwoman guide les morceaux avec prestance et caractère, et manie les ambiances tout en feeling (« A Price For My Soul », « The Lighthouse », « Best Of Days », «  Gardens Of Babylon », et le génial « Before The Morning Is Done » et ses saveurs celtes addictives). Monumental !

Retrouvez la chronique de « The Sun in The Tenth House » :